TOUT CECI N’EST PAS NOUVEAU par Jean Oury
« Tout ceci n’est pas nouveau »
Lecture par Jean Oury, lors de la séance de son séminaire à Sainte-Anne (21 janvier 2009) du message qu’il a envoyé récemment aux « copains » :
ÉCOUTEZ !
Voici la transcription qu’en a faite Annick Bouleau, et qui sera intégrée aux prochaines ’prises de notes’ de cette séance du 19 janvier :
« TOUT CECI N’EST PAS NOUVEAU. »
Déjà à l’automne 1967, je dénonçais un avenir hyperségrégationniste lors des Journées sur l’enfance aliénée. Mais le temps passe. Et les retombées de 68 ont vu se développer très rapidement l’univers des gestionnaires. Pas simplement en psychiatrie, mais sur le reste de toute la médecine et de l’éducation. Tout le monde devenait client. Et la logique de l’entreprise s’est mise très rapidement en place. Nous sommes tous devenus des produits dans cette concrétisation de ’l’économie restreinte’.
On a vite reconnu le profil, appuyé naïvement par des idéologies pseudo-révolutionnaires complices de la transformation des hôpitaux de toutes sortes en machines administratives fonctionnant de façon ubuesque dans le brouhaha assourdi des tiroirs caisses. L’idéologie galopante — cours séjours, suppression des « malades », réduction drastique du personnel : infirmiers, médecins, etc, pseudo-concept de “santé mentale”, surencombrement paradoxal, logique pseudo-technocratique avec hyper-cloisonnement hiérarchique, etc.
La suppression de plus de 100000 lits en psychiatrie, des écoles d’infirmiers psychiatriques, le numerosus clausus des médecins, etc… qui s’est opposé vraiment à ça ?
Ça fait des dizaines d’années que nous dénonçons la destruction de la psychiatrie. Il a fallu beaucoup de bonne volonté ou d’inconscience politique pour en arriver là. Alors, maintenant, qu’un moustique, ou une puce, vienne s’agiter et proclame l’accomplissement de la destruction de la psychiatrie, de l’éducation, pourquoi pas ? bien que les puces transmettent la peste qui a toujours été une maladie internationale. Bien sûr, Hitler, aussi, était une puce qui a été lancée sur le marché par le grand capital. On en voit le résultat.
C’est pas fini ! surtout, soutenu par cette Armada de pseudo-sciences de toutes sortes camouflant sans trop le savoir une idéologie de mort programmée. Que ce discours de Sarkozy et toutes ses pirouettes nous réveille de la léthargie politique qui date de loin, nous pourrons peut-être en saluer l’opportunité.
Il est peut-être encore temps de profiter de cette occasion un peu sordide pour redéfinir collectivement ce qu’il en est de la psychiatrie et de L’ACCUEIL dans les services hospitaliers, accueil rendu difficile par le manque de personnel et la montée au pouvoir des idéologues pseudo-positivistes d’autant plus puissants qu’ils ignorent absolument le matériau sur lequel ils s’implantent. Mais qui les a laissé faire depuis si longtemps ? Qui s’est vraiment opposé à la montée d’un bureaucratisme aussi débile ?
Nous souhaitons que des regroupements se constituent à partir des réflexions concrètes de notre travail de base, contre ce cloisonnement de fausse hiérarchie, aussi bien en psychiatrie, en pédagogie, etc., cloisonnement d’une logique néopositiviste dégénérée, sorte de division du travail ridicule et tragique. Hegel ne disait-il pas déjà avant 1800 que la division du travail était une des bases de l’aliénation sociale. Après “68”, on avait essayé de mettre en place ce qu’on avait appelé des “collèges” de formation, de réflexion : ça n’a pas fait long feu, par l’infiltration d’une sorte d’intellingenstia absolument incompétente. Tout reste donc à faire, à se réunir, à se constituer en cellules de réflexion concrète, pourquoi pas ?
Cet article, rédigé par Annick Bouleau est tiré du site « Ouvrir le cinéma« , dont elle est une des animatrice.
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