Au-delà de cette limite…, par Caroline Eliacheff
AU DELÀ DE CETTE LIMITE…
par Caroline Eliacheff
Il y a des limites que nul ne devrait se permettre de franchir, pas plus certaines associations de parents d’enfants autistes que les autres. Pourtant, dans le but louable de « défendre » les autistes, une association, Léa pour Sami, franchit de façon répétitive ces limites en prenant pour cible les pédopsychiatres en général et les psychanalystes en particulier. Fait-on avancer la cause de ces enfants quand on use et abuse de la désinformation et de la calomnie ? Jusqu’à présent, aucun professionnel n’a réagi publiquement par respect pour la souffrance de parents atteints par la maladie de leur enfant et peinant à trouver des réponses adéquates, tant nous sommes en retard en matière de places d’accueil et de pédagogie adaptée pour les enfants autistes.
Nul parent, même s’il encense une méthode qui a fait ses preuves pour son enfant n’est en droit de chercher à l’imposer à tous les enfants à l’exclusion de toute autre. Nul spécialiste ne se prétend détenteur d’un savoir, ou d’une pratique, qui s’appliquerait à tous les enfants autistes en excluant toute autre approche : l’autisme, par la variété de sa clinique et probablement de ses causes, n’autorise pas la simplification, si rassurante soit-elle.
C’est pourquoi la pétition et la manifestation du 2 avril dernier à l’initiative de l’association Léa pour Sami devant le Ministère de la Santé pour je cite »demander un moratoire contre le « packing » fin de citation est particulièrement choquante : les médecins sont accusés de prendre les enfants pour des « cobayes » à qui on appliquerait « des méthodes scandaleuses » et j’en passe… Au fait, de quoi s’agit-il ? D’une technique d’enveloppement qui a des indications précises mais limitées puisqu’elle concerne des jeunes se mutilant gravement ou tellement violents qu’ils mettent en péril la vie familiale, la poursuite de leurs soins et de leur intégration scolaire. Cette technique obéit à des règles éthiques précises. Elle ne constitue qu’un élément, à un moment donné, de l’ensemble de la prise en charge de ces patients. Alors qu’elle est pratiquée depuis plus de dix ans dans le monde entier, le Professeur Delion a présenté un projet d’évaluation de ses effets thérapeutiques avec avis favorable du Comité de Protection des Personnes. C’est pour empêcher cette évaluation — ratifiée par les instances scientifiques — que cette association mobilise d’autres parents avec des arguments injustifiables.
Notre silence finit par nous rendre complices. Contrairement aux idées véhiculées par cette association qui ne jure que par les méthodes éducatives dont ils prétendent que les pédopsychiatres se désintéressent, l’ensemble des professionnels concernés par la psychose et l’autisme a intégré l’apport des neurosciences, des techniques éducatives et de la psychothérapie. Ils réorganisent leurs dispositifs avec les moyens dont ils disposent pour en faire bénéficier les enfants, avec le soutien actif des parents dont l’adhésion est non seulement souhaitée mais indispensable.
Il ne faut pas nous leurrer sur le sens de ces attaques. Le professeur Delion quant à lui n’a rien à prouver : sa compétence, son humanité, sa rigueur et son inventivité sont unanimement reconnues. Mais à travers lui, c’est la possibilité de délivrer des soins aux autistes quand ils en ont besoin, à leur fratrie et à leurs parents, qui est visée. L’autisme serait-elle la seule maladie à ne pas englober le psychisme au prétexte qu’elle serait d’origine génétique ou neurobiologique ? C’est aussi la mort souhaitée d’une collaboration — oh combien précieuse — entre neuroscientifiques et pédopsychiatres dans l’élaboration d’hypothèses cognitives et psychopathologiques qui nourrissent la recherche et à terme le traitement des autistes. C’est pourquoi il est grand temps de réagir et de ne plus laisser passer ces entreprises de désinformation aussi bruyantes que nocives.
(mai 2009)
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