POINT DE VUE DE PSYCHOTHERAPEUTES, MEMBRES DE LA CIPPA
POINT DE VUE DE PSYCHOTHERAPEUTES, MEMBRES DE LA CIPPA CONCERNANT LA COMPREHENSION DE LA TECHNIQUE DU PACKING
Les controverses, parfois passionnelles, au sujet de cette technique viennent d’une méconnaissance de beaucoup de parents et de professionnels concernant le mal-être corporel de la plupart des sujets avec autisme et pouvant être très intense chez certains. L’expression de ce mal être appartient au domaine de ce que le Pr J.C. Ameisen, dans la réponse du Comité d’éthique à la saisine de 2004 et dans l’Avis 102, appelle le « la vie intérieure des personnes atteintes du syndrome autistique ». C’est précisément le travail des psychanalystes de s’approcher le plus possible de cette vie intérieure ; c’est notre pierre à l’édifice. Les témoignages d’adultes autistes évoqués par J. C. Ameisen rejoignent ce que les enfants peuvent aussi nous faire comprendre dans les séances de thérapie, analytique où ils sont en expression libre, ou psychomotrice, la psychomotricité s’occupant plus particulièrement des constructions corps/espace.
Ce mal être corporel ainsi que les angoisses spatiales qui lui sont liées (tomber, être englouti, se répandre) nous permettent de comprendre les stéréotypies que par contre beaucoup s’accordent, et bien en dehors du courant psychodynamique, à reconnaître, comme une manière de s’auto-stimuler pour « se sentir ». Tous ceux qui formulent les choses en ces termes reconnaissent donc implicitement. ce mal-être Une grande partie des travaux psychanalytiques des trois dernières décennies concernent les approfondissements de ces aspects du handicap autistique gênant beaucoup les apprentissages quand une grande partie de l’énergie et de l’attention est mobilisée pour se tenir à défaut d’auto contenance.
En effet, les enfants nous précisent qu’il faut ce faire ou se refaire un sentiment d’enveloppe et d’unité corporelle autour des grandes articulations (axe vertébral) et périphériques, correspondant à ce que le langage populaire appelle ‘être dans sa peau’. Ils théâtralisent eux-mêmes que pour se faire, il faut rassembler le tactile, le sonore dans la communication pénétrante du regard. On peut aussi formuler les choses en termes de structuration de base de l’image du corps au sens du ‘moi corporel’. Du point de vue développemental, cette structuration se fait dans la première année de la vie notamment par l’organisation des sensorialités dans la communication émotionnelle avec forte participation du jeu du regard, domaines particulièrement troublés dans l’autisme.
Il y a une bonne convergence entre les travaux des psychanalystes se trouvant en position de recueillir beaucoup de détails sur les anomalies sensorielles des enfants, ainsi que sur leurs dysrégulations émotionnelles et d’autre part les travaux de psychologie développementale, les recherches cognitivistes et neurophysiologiques concernant ces mêmes domaines. Dans les définitions de l’autisme, le consensus se déplace de la formulation trouble cognitif à la formulation ‘trouble cognitivo émotionnel’.
N’y a-t-il pas intérêt à combiner les approches et à dialoguer sur le plan théorique en liaison avec les recherches de la neurophysiologie et notamment celles concernant les connectivités neuronales, et la biochimie du cerveau ? C’est cela que Pierre Delion propose d’appeler la « pédopsychiatrie intégrative ».
Dans le courant psychodynamique, nous obtenons des améliorations :
• dans les thérapies psychanalytiques, individuelles ou groupales, en rassemblant les expressions et démonstrations spontanées des enfants souvent en langage préverbal et en communiquant avec empathie verbalement et gestuellement notre décryptage de leur langage et notre compréhension ; les enfants nous témoignent que cela leur fabrique du ‘tout autour’, c’est-à-dire de ‘l’enveloppe’, de ‘la peau’ et/ou de meilleures articulations corporelles. Les enfants pouvant bénéficier de ces séances savent eux-mêmes trouver dans le décor les appuis sensorielles pour les rassembler dans la communication du regard, et en élaborer des représentations, éventuellement modelées, dessinées, théâtralisées dans le jeu symbolique avec les objets abstraits ou figurés
• dans le packing, réservé aux cas très graves, la proposition est de ressaisir le sensoriel fortement au niveau du tactile de la peau qui ne se sent pas ou très mal et à reprendre cette sensorialité dans la communication. Certains enfants montrent eux-mêmes spontanément une quête des éléments de la technique, cherchant à s’envelopper, se serrer très fort, trouver des surfaces froides pour s’y coller le maximum de peau, se tremper partiellement ou totalement dans l’eau froide dont l’un des effets thérapeutiques est sans doute de saisir la peau par serrage. Le froid n’est donc pas choc douloureux et l’enveloppement n’est pas contention contraignante, mais soulageante et apaisante. Le deuxième élément important du côté sensoriel bien signalé par P. Delion, est le réchauffement rapide, le tout inséré dans la communication par la voix exprimant l’empathie, et les paroles donnant la compréhension au plus près des expressions de l’enfant.
• Dans les thérapies psychomotrices, les propositions de jeux moteurs, de jeux d’échanges, d’explorations de l’espace et des objets sont très attentives au registre de ces troubles sensoriels et d’organisation corporelle et spatiale.
Les aides à la communication, les propositions éducatives et instructives plus structurées ne peuvent que bénéficier du fait du travail fait dans ces thérapies qui elles-mêmes n’ont de sens que si elles s’insèrent dans une prise en charge complète.
L’esprit de la CIPPA est ainsi d’avancer à réaliser et à perfectionner les articulations entre les approches éducatives, instructives et thérapeutiques, ainsi que le travail et les recherches qui se font dans la famille. En effet, contrairement à ce qui se passe habituellement dans les thérapies analytiques proposées aux enfants souffrant de troubles névrotiques, d’anxiété ou de dépression où le thérapeute reste réservé et un peu à l’écart des autres intervenants dans l’éducation et l’instruction de l’enfant, dans les troubles graves et particulièrement dans l’autisme où nous avons eu à décrypter le langage préverbal, le thérapeute doit communiquer aux parents et aux professionnels les éléments de compréhension qu’il possède dans un échange régulier d’observations partagées. Il peut ainsi valider ou permettre certaines interprétations parentales ou professionnelles assorties de réassurances qui peuvent être trouvées spontanément dans la vie quotidienne comme auprès des bébés et des très jeunes enfants, mais qui sont souvent indisponibles en raison de la dysharmonie du développement que présentent les enfants ; par exemple les agrippements, collages corporels ou tensions musculaires extrêmes peuvent être comprises comme réactions au vécu de chute souvent mis en scène dans les manipulations d’objet « T’agrippe pas comme ça, tu vas pas tomber, je suis là… » disent les parents.. Or, nous apprenons qu’un des facteurs de la communication participant à la fabrication du sentiment d’enveloppe est la réponse compréhensive au plus près de ce que vit l’enfant.
Nous appelons donc, non seulement autour du problème du packing, mais autour de la conception globale de la prise en charge de l’autisme, au renforcement du dialogue afin de réduire les clivages fortement induits par la nature même des troubles autistiques, leur gravité, et sans doute par leur part encore incomplètement connaissable suscitant divergences et conflits.
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