Eric Pireyre, Psychomotricien : précisions sur le packing
Un psychomotricien parle du packing
Dans un courrier datant du 30 juin 2009 et adressé à Mme R. Bachelot, Ministre de la santé, le président de l’association « Léa pour Samy » a choisi de faire porter son combat, après les psychiatres, du côté des psychomotriciens. Je suis calomnié et implicitement accusé de maltraitance envers les patients autistes dont je m’occupe.
Je voudrais rappeler ici certains points qui ne seront pas du tout inconnus ni des psychomotriciens ni de leurs collègues du soin psychique en général.
Le packing est une technique ancienne qui a fait ses preuves, cliniques et empiriques il est vrai pour l‘instant, mais réelles dans la prise en charge de l’autisme. Les psychomotriciens, praticiens en santé mentale diplômés d’Etat depuis 1974 en France, peuvent faire le choix de s’impliquer dans ce type de soin. Leur place y est naturelle tant la souffrance se joue sur le terrain de l’image du corps dans les pathologies autistiques. Le décret de compétences de 1994 donne effectivement aux psychomotriciens la mission de « Contribuer, par des techniques d’approche corporelle, au traitement des déficiences intellectuelles, des troubles caractériels ou de la personnalité, des troubles des régulations émotionnelles et relationnelles et des troubles de la représentation du corps d’origine psychique ou physique ». Il ne s’agit donc pas pour les psychomotriciens de simplement « prendre en charge » des patients autistes, mais de participer à l’ensemble des soins apportés à ces derniers dans la mesure où leurs souffrances portent en très grande partie sur la relation psychopathologique qu’ils entretiennent avec leur corps. Par ailleurs, l’origine psychique ou physique des troubles de l’image du corps, stipulée dans le décret de compétences, ne préjuge donc pas forcément d’un point de vue particulier sur l’origine de l’autisme. Que l’autisme soit considéré comme une maladie mentale ou non, ses conséquences sur la relation au corps sont telles qu’elles justifient, du point de vue légal mais pas seulement, l’intervention psychomotrice.
Cette intervention est toujours discutée en équipe, les médecins, éventuellement psychiatres, se réservant enfin la décision finale. La prescription est donc médicale. Mais la prise en charge par packing ne peut pas relever du seul psychomotricien de l’institution. Le packing réclame un dispositif très particulier impliquant plusieurs soignants : médecins, psychologues, éducateurs, infirmiers… L’engagement des membres de l’équipe non impliqués directement dans les séances de packing est de même indispensable. Cette participation collective et collégiale est, dans l’immense majorité des cas, une garantie contre toute pratique déviante et maltraitante.
La technique en elle-même est présentée aux parents qui donnent leur accord. Elle est pensée, et continuellement ajustée pour optimiser le profit thérapeutique pour le patient. Ainsi, si la tête peut effectivement être enveloppée dans les draps, le visage ne l’est bien sûr pas. Bien sûr que le patient doit pouvoir respirer. Mais bien sûr aussi qu’il doit pouvoir parler s’il en a la capacité et le désir. S’il ne dispose pas de la parole, il est tout à fait capable, l’expérience le montre, de faire comprendre son acquiescement ou son désaccord. Dans ce dernier cas de figure, il est arrivé à toutes les équipes soignantes de devoir stopper les séances de packing.
Comment peut fonctionner le soin par packing ? Au-delà d’une simple prise de conscience de la peau et des limites corporelles, indubitable par ailleurs et qui permet de lutter contre les angoisses de morcellement, il s’agit pour le patient de se réapproprier son corps. En effet, l’une des caractéristiques de l’autiste est de ne pas disposer d’un corps qui lui appartienne en propre. Cette non appartenance est la conséquence d’une déconnexion du corps et de l’esprit. Cette non appartenance, entre autre, a pour conséquence de priver l’autiste d’un sentiment de continuité d’existence et d’une identité solidement assises. Pour obtenir un effet thérapeutique sur la prise de conscience des limites corporelles, un apaisement, même transitoire, des angoisses de morcellement, et un retentissement sur la conviction de continuité d’existence et l’identité, il est nécessaire de recourir à une stimulation sensorielle importante. C’est le froid puis le réchauffement qui s’ensuit qui constitue le préalable à une reconnexion du corps avec l’esprit. Le fait que les draps soient serrés participe également à l’effet thérapeutique. C’est pour ces raisons que le patient doit être en maillot de bain.
Il est certain que, présenté ainsi « abruptement », un tel projet de soin peut en effrayer plus d’un. Il est nécessaire de rappeler que chaque personne présente des seuils sensoriels particuliers. Nous ne sommes pas tous, autistes ou non, sensibles de la même façon. Nous ne percevons pas les informations sensorielles avec la même intensité ni la même acuité. Les réticences et angoisses de certains soignants et des familles trouvent donc leurs origines ailleurs. Probablement dans un parcours personnel singulier, source de projections multiples.
Que vit le soignant dans une séance de packing ? Psychomotricien ou non, il est exposé à la pathologie de son patient et doit y faire face. L’organisation de ce soin en équipe aide à prendre conscience des souffrances du patient et de leurs retentissement sur les « entourant ». Combien d’entre nous se sont sentis envahis par l’angoisse, la dépression, la souffrance… du patient ? Combien de temps faut il à chaque fois pour surmonter ce mal-être qui nous envahit à notre insu ?
Que nous disent les patients qui peuvent s’exprimer verbalement ?
« Ca m’aide à mieux me sentir moi ».
« Je me sens plus exister »
Le médecin se souvient de cet adolescent qui lui a réclamé, en apparence à brûle-pourpoint, « un pack » lors d’un entretien avec ses parents et au cours duquel on lui racontait, pour la première fois, certains éléments, angoissants, de ses origines.
Pour s’éloigner de la clinique, je souhaite quand même répondre a minima aux autres attaques dont je fais l’objet. Les paroles que l’on a mis dans ma bouche « avec des guillemets » sont calomnieuses. Je les aurais tenues lors du colloque sur le packing à l’hôpital Théophile Roussel en décembre 2008. Or, si j’ai participé à l’organisation de cette rencontre, je n’y ai en aucune façon pris la parole ! On ne peut donc même pas affirmer qu’elles sont rapportées hors contexte.
Je déplore, pour finir, les conséquences de cette polémique pour plusieurs raisons :
elle retentit inévitablement sur l’état de santé de nos malades ainsi que sur celui de leur famille ;
elle nuit aux soins à apporter à des patients porteurs d’autres pathologies et donc non concernés de prime abord par nos débats ;
elle implique de façon totalement infondée des membres tout à fait honorables de nos professions auxquels je tiens ici à apporter mon soutien et mon respect ;
elle n’est absolument pas constructive mais plutôt motivée par des objectifs masqués ;
elle atteint quasi aveuglément les uns ou les autres.
En conséquence et pour ne pas offrir de tribune au président de l’Association « Léa pour Samy », ma réaction s’arrêtera là.
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