Michel Balat – Psychanalyse – Sémiotique – Eveil de coma

Auteur/autrice : Ian Balat

  • L’équipe de France a un problème d’inscription

    L’équipe de France a un problème d’inscription

    L’équipe de France a un problème d’inscription

    Ian Balat le 22 juin 2010 à 16:01:06

    Une équipe nationale est une « institution » qui travaille sur une surface. Dans ce cas, un terrain de football. Les différents acteurs sur une surface entament des relations particulières, obéissent aux mêmes règles et sont confrontés à une autre équipe. A ce jeu, n’importe qui pourrait jouer, pourtant dans ce cas, ce ne sont que des joueurs professionnels (ils pourraient également être amateurs, puisque ce sport est un sport amateur) qui représentent non pas une nation mais qui agissent pour le compte d’une fédération qui a une délégation de service public. Ce n’est pas la France qui joue, mais des représentants de la Fédération Française du Football Amateur. Or dans ce jeu d’équipe, le sens même du mot équipe est équivoque. Ce ne sont pas des personnes réunies pour une épreuve (comme on parlait d’équipée) qui vont jouer leur partie, mais une institution qui est représentée au travers des personnes qui ont été réunies. Je pourrais presque comparer l’équipe de France à un jury d’assise. D’ailleurs, le caractère impérieux de la représentation et de ses obligations est rappelé depuis quelques temps ad nauseam.

    Ce qui m’intéresse avant tout dans l’affaire qui va s’achever dans quelques heures, c’est l’incapacité de cette équipe à inscrire. Il est évident que depuis quelques temps, non seulement, l’équipe n’arrive plus à construire du jeu (comme on dit) mais également à inscrire des buts. Cette incapacité à inscrire peut se comprendre de différentes façons. Les analyses sportives ont été nombreuses, mais ce qui m’a mis la puce à l’oreille, c’est cette feuille froissée lue par le sélectionneur encore en poste le jour de la grève (de l’entraînement) des joueurs. L’équipe de France est en manque de scribe. Le rôle d’un sélectionneur est d’inscrire la parole de l’équipe sur le terrain, de lui permettre de s’exprime, comme on dit, par son jeu, mais également de parler à la place des joueurs, de dire ce qu’ils ne peuvent pas dire puisque, je le rappelle, ils sont des représentants. Mais depuis quelques temps, l’équipe était muette. Il a fallu que des paroles qui n’auraient pas dû sortir de l’équipe soient inscrites par d’autres scribes pour que l’équipe se mette à inscrire, pas sur le bon support encore, mais j’espère que ça ne saurait tarder.

    Il faut s’amuser pour pouvoir inscrire. Ben jusqu’à présent, on s’est bien fait chier.

  • De la bureaucratie

    De la bureaucratie

    Zéro défaut, Qualité Totale

    La société d’audit Andersen Consulting organise une compétition d’aviron avec le Syndicat des boulangers. Les deux équipes s’entraînent dur. Cette compétition a été organisée par les cadres d’Andersen qui cherchent à convaincre les boulangers de l’intérêt de les mandater pour améliorer la productivité de la boulangerie française.

    Lors de la première épreuve, les boulangers gagnent avec plus d’un kilomètre d’avance. Les consultants d’Andersen en sont très affectés. Le management se réunit pour chercher les causes de cet échec. Une équipe d’audit composée de seniors managers est désignée. Après enquête, ils constatent que l’équipe est constituée d’un barreur, de cinq consultants qualité et de trois rameurs, alors que l’équipe adverse comporte un barreur et huit rameurs. La direction décide de lancer une réflexion pour la revanche, réflexion confiée à un board d’experts de haut niveau.

    Leur avis, entouré de précautions oratoires, est de procéder à une réorganisation. Il est décidé de rédiger un manuel qualité, des procédures d’application, des documents de suivi. Une nouvelle stratégie est mise en place, basée sur une forte synergie. Elle doit améliorer le rendement et la productivité grâce à des modifications structurelles. On parle de Zéro Défaut, de Qualité Totale. La nouvelle équipe Andersen comprend désormais : un directeur général d’aviron ; un directeur adjoint d’aviron ; un manager d’aviron ; un superviseur d’aviron ; un consultant d’aviron ; un contrôleur de gestion d’aviron ; un chargé de la communication d’aviron ; un barreur et…

    …un rameur.

    La course a lieu et l’équipe Andersen termine cette fois avec deux kilomètres de retard sur l’équipe des boulangers qui s’obstinent à fonctionner avec un barreur et huit rameurs ! Humiliée, la direction d’Andersen prend une décision rapide, mais courageuse : elle licencie le rameur, — celui-ci n’ayant pas atteint ses objectifs,— elle vend le bateau et annule tous les investissements prévus.

    Avec l’argent ainsi économisé, le pilote du projet récompense les managers et superviseurs, augmente les salaires des directeurs et s’octroie une indemnité exceptionnelle de fin de mission.

  • Blog-Tone : Chroniques de La Défense, Mercredi 18 Février 2009

    Blog-Tone : Chroniques de La Défense, Mercredi 18 Février 2009

    Chroniques de La Défense

    Refaire les chemins de La Défense a, inévitablement, fait resurgir certains souvenirs de mes trajets passés. Alors je me souviens moi aussi. Je me souviens du petit jardin qui dominait l’Arche, celui que je traversais tous les jours et qui était occupé, les nuits d’été, par des petits groupes d’itinérants. C’était un lieu de rendez-vous, un lieu d’échange, un lieu de sociabilité. A sa place on peut trouver à présent un multiplex, dont j’ai vu la lente construction. D’abord, se furent les échafaudages, les amoncèlements de plaques, de sacs, d’outils. Puis vinrent les machines. Le jardin fut comblé. Puis des trous creusés, afin de faire communiquer les étages inférieurs avec cette plate-forme. Rapidement, il ne me fut plus permis de traverser cet espace, un labyrinthe apparut. Il fallait faire un coude, traverser le bâtiment connexe, passer quelques portes qui ne fermaient jamais. Rapidement, les fondations de ce qui est à présent achevé se remarquèrent, sur lesquelles poussèrent bien vite des murs, puis un plafond. Le labyrinthe disparut avec l’ouverture de la large allée qui à présent borde ce lieu.

    Voilà un souvenir de La Défense, il y avait à la place de cet ensemble de verre, d’acier et de béton un petit jardin que je traversais tranquillement les nuits d’été. C’était il y a cinq ans à peine. Je m’en suis souvenu la semaine dernière. J’avais oublié. J’avais oublié que j’avais oublié.

  • Blog-Tone : Chroniques de La Défense, Jeudi 5 Février 2009

    Blog-Tone : Chroniques de La Défense, Jeudi 5 Février 2009

    Chroniques de La Défense

    J’ai pensé un moment faire comme une amie et me lancer dans un blog sur La Défense qui la présenterait comme un lieu aux mille recoins, avec ses perspectives cachées, ses petits secrets, ses rencontres possibles. Mais je n’ai pas son œil et La Défense n’est pas le Père-Lachaise. Ici, il n’y a rien à voir, ici on traverse, on est en transit, on ne reste pas à La Défense, on ne flâne pas à La Défense, on ne s’arrête pas pour admirer la Grande Arche, elle s’admire depuis un hélicoptère ou depuis l’Arc de Triomphe ou encore depuis un plan d’architecte, on ne l’admire pas depuis ses escaliers, elle écrase malgré son vide, et très vite on finit par l’ignorer. J’ai cherché à me souvenir de ce qu’était pour moi La Défense avant d’y mettre les pieds, et j’ai dû arriver à cette conclusion qu’elle n’était rien. Je ne savais pas que cela existait, je devais connaître ce nom, mais il ne suscitait rien en moi. Il doit bien y avoir chez quelques personnes des souvenirs d’avant La Défense, d’un Puteaux de l’ancien temps, comme j’ai pu en avoir, sans les voir vécus, des souvenirs de l’ancien Montmartre ou du Perpignan d’avant guerre. Mais lorsque je regarde alentour, rien d’ancien ne subsiste, il faut pour cela aller un peu plus loin, plus au nord et atteindre Neuilly. Mais on est à la défense comme dans des mines de charbon, rien ne rappelle autre chose que le travail. Les corons locaux seraient les détritus débordant des poubelles.

    Définitivement, il n’y a rien à voir à La Défense.

  • Blog-Tone : Les chroniques de La Défense, mercredi 4 février 2009

    Blog-Tone : Les chroniques de La Défense, mercredi 4 février 2009

    Chroniques de La Défense

    Je retrouve avec une joie évidente les plaisirs de la chasse. La chasse aux mots. La chasse aux citations, aux articles pertinents, au travers de la presse. Aujourd’hui par exemple, dans Les Echos, un bel article sur le stress au travail à La Défense. Comme quoi. Une sociologue italienne a soulevé récemment un problème intéressant. Dans les années 80 est apparu un nouveau discours du maître, le discours managérial. Dans ce discours, la responsabilité du travail est transférée au salarié. Le salarié est devenu responsable de son travail, il est devenu responsable seul. Dans ce discours, il ne s’appelle plus salarié mais collaborateur, il est en première ligne, il assume la charge de son travail, il en rend comptes. Il doit donc assumer les erreurs, les fautes, l’entreprise se déresponsabilise. Mais la qualité de ce travail ne change pas, cela reste le travail de l’entreprise, ce n’est pas son travail propre, ce n’est pas son activité, c’est toujours le même travail fractionné, un travail à la chaîne, il n’y participe que partiellement. Responsabilité complète sur un travail partiel, parcellisé. Résultat, le stress du salarié augmente. Inévitablement. Il doit se justifier d’un travail qui le dépasse, qu’il ne maîtrise pas, il surinvestit. Cette surcharge l’isole un peu plus, l’oblige à s’oublier et parfois cela finit en burn out. L’inspection du travail de Nanterre a frappé fort en obligeant les entreprises à se justifier sur les conditions de travail de leurs salariés. Peu nombreux, mal équipés, sans pouvoirs importants, les inspecteurs du travail tentent tant bien que mal de faire leur boulot, celui de protéger les salariés contre ce genre de discours. Beaucoup de salariés l’ont pourtant si bien intégré qu’ils ne réagissent plus, ils prennent même le parti de leurs patrons, le parti de l’entreprise. La culture de la résistance s’est appauvrie, remplacée par une culture du résultat, une culture d’entreprise.

    La Défense est une des forges du discours du manager, un lieu d’expérimentation. J’ai en mémoire la scène de révolte dans Metropolis, au milieu des machines, des hommes et des femmes en colère qui ruent contre leurs conditions. Esthétiquement, La Défense ressemble au lieu imaginé par Lang. Peut-être qu’un jour…

    On peut toujours rêver.

  • Blog-Tone : Les chroniques de La Défense, mardi 3 février 2009

    Blog-Tone : Les chroniques de La Défense, mardi 3 février 2009

    Les chroniques de La Défense

    Dimanche soir, petit matin du lundi, dernier métro, j’ai voyagé seul la moitié du temps. Personne dans mon compartiment. A Saint-Lazare, quelques voyageurs me rejoignent. On se sépare à Concorde, pour mieux se retrouver quelques mètres plus loin. Ce ne sont pas les mêmes, mais je ne fais pas la différence. J’ai eu l’occasion de prendre le premier métro vers La Défense, le premier RER plus exactement, ce qui n’est pas la même chose. Dans le premier métro, on trouve un peu de tout, dans le premier RER on trouve toujours le même, beaucoup de femmes, noires, elles sont en petits comités, elles font ce trajet depuis longtemps ensemble, elles parlent de choses et d’autres, en dialectal mâtiné de français. La langue vernaculaire du RER de 5h25. Elles s’éparpillent toujours en groupes tout le long des arrêts, mais la majeure partie sort à La Défense. Elles vont nettoyer les bureaux. J’étais souvent le seul blanc dans mon compartiment. Bien dodu et barbu. J’allais à l’époque travailler une petite poignée d’heures. Je finissais mon contrat. Je n’avais pas grand-chose à faire. Je faisais acte de présence. J’étais plutôt content d’y aller. J’étais déjà ailleurs.

    Hier, donc ce matin, je suis sorti seul de la gare de La Défense, j’ai traversé seul le petit morceau d’esplanade qui me mène à mon bureau. J’ai jeté un coup d’œil depuis l’escalator sur sa face nord. Il faisait froid. Depuis mes hauteurs, j’ai pensé au désert des tartares, les crénelures sous mes pieds, à imaginer la vie pour laquelle tout ça avait été conçu, la foule qui va, la foule toujours présente, la foule intrinsèquement liée à cette dalle, aspirée et recrachée par les tours. J’imaginais les milliers de petits chemins fabriqués par tous ces gens qui se comportaient en masse comme des globules, chargés d’oxygène à l’arrivée et ressortant lourds de gaz nocifs ; ils purifient un air qui n’est même pas pour eux. C’est grâce à eux que vit ce Léviathan de béton, mais ils l’ont oublié. La défense transforme, écrase et retraite chacun d’eux. Chacun de nous. La Défense est un lieu qui fait semblant de vivre.

    La Défense est un désert en-dedans encerclé de vie.

  • Blog-Tone : Chronique de La Défense, 1 février 2009

    Blog-Tone : Chronique de La Défense, 1 février 2009

    Chroniques de La Défense

    Je suis de retour dans l’espace du tunnel. Depuis deux semaines à présent.

    Le premier jour, j’ai singé un cortège, moi en tête et me suivant toutes les fois passées sur ce chemin. Ce premier jour, j’ai vu beaucoup de choses. Je me suis décidé au dernier moment à prendre un vélo plutôt que le métro. Il me fallait traverser Paris jusqu’aux bords du Bois de Boulogne, lieu de la dernière station des vélos en libre service de la ville de Paris. Après la première côte, un incident, plutôt un incendie dans un immeuble jouxtant la Terrasse, fameux hôtel Montmartrois planté sur un coin du cimetière Montmartre. Je ne dus mon passage qu’à l’impréparation manifeste d’une jeune recrue de la maison poulaga qui ne sut s’opposer à ma volonté impérieuse de traverser le pont. Zigzag entre les camions de pompiers, coups d’œil à l’immeuble évacué et reprise de ma route. Après la porte Maillot, je longeai le bois. À quelques mètres de ma première escale, je vis quelques grosses voitures noires aux vitres teintées garées à l’arrache qui marquaient l’entrée d’un immeuble cossu gardé par des hommes en noir, lunettes noires et bras croisés. J’ai pensé immédiatement que des mafieux russes devaient avoir un rendez-vous. Cette vision me fit sourire. Je me garai enfin et repris ma route pédibus jusqu’au premier pallier de la vaste esplanade de La défense.

    Il faisait noir. Pas de lune, pas de réverbère allumé, ces vastes espaces se traversent à tâtons, et en imagination, l’on voit surgir de toutes parts des hordes funestes, avec un fort accent méditerranéen. Je me désespère souvent de mon racisme primordial. Les seuls habitants permanents de ces lieux sont des chats, gras et peureux. Ils s’enfuient et se terrent dans les milliers de coursives et renfoncements qui constituent les seuls espaces privatisables de ce désert bétonné. Je les vois s’éclipser ne laissant à mon œil que la vision fugace de longues queues s’achevant dans un trou. C’est l’image qui me vint de ce ventre plat et froid qui en journée fourmille de milliers de bactéries en costumes stricts, j’en traverse du trou jusqu’à la gueule immonde qui dégueule sa perspective du Louvre jusqu’à Saint Germain. Je sors de cette gueule par une de ses caries pour atteindre le but de mon chemin, le triste et glauque passage sous un échangeur quelconque qui jouxte les bureaux où je passerai mes nuits.

    Et peu après le lever du jour, je prendrai le chemin inverse non plus sur son ventre mais dans ses boyaux. Le lombric depuis lors m’y ramène toutes les nuits.

  • Blog-Tone : Terroristen, Mardi 9 décembre 2008

    Blog-Tone : Terroristen, Mardi 9 décembre 2008

    Terroristen

    Le terroriste, c’est le grand autre. Un ennemi principiel, une part maudite qu’il faut retrancher à tout prix du corps social. Le terroriste cristallise les angoisses. Il est montré du doigt, mis au ban, c’est un monstre. Un monstre aveugle (puisque un monstre est toujours aveugle, hein !) qui tue sans discernement. C’est un être fanatique, toujours en conspiration et dont les actions ne sont guidées que par l’idéologie. Le terroriste cache toujours quelque chose, et s’il vit parmi nous, il est toujours suspect de masquer les raisons réelles de sa présence. Un terroriste a une part obscure qui le condamne de facto. Ainsi toute altérité devient le signe d’un possible être-terroriste.

    La figure du terroriste, fanatique, hirsute et fiévreux, les traits déformés par la haine qu’il porte en lui, est une image d’Epinal qui traverse les âges. Il agresse le corps social, tue sans discernement (donc), et peut être dans certains cas assimilé à un malfaisant, à un malfrat qui sous couvert de grandes idées (dont la noblesse est toujours discutable), ne cherche qu’à s’enrichir. Le terroriste accepte son statut de terroriste, et recevoir cette appellation est pour lui le but de son action. Il veut être reconnu, parce que le terroriste a besoin de cette publicité (le fait de rendre public) pour exister. Un terroriste ne le devient que quand il est appelé terroriste.

    Mais le terroriste est aussi un bouc émissaire, il est stigmatisé (inévitablement), il porte une faute, il est une mauvaise conscience, la preuve que quelque chose ne marche pas, ou alors, c’est qu’il est fou, la preuve que quelque chose ne marche pas en lui (ce qui peut aller de paire, faut pas déconner). Le terroriste est aussi bien le signe d’un malaise qu’un malaise. Son évocation trouble. Il trouble le jugement, inspire le dégoût et suscite la condamnation immédiate. Le terroriste doit être abattu. Il n’a pas le droit de cité. C’est pour lui l’ostracisme ou la mort.

    Qui peut bien avoir le droit légitime de nommer quelqu’un terroriste ? Qui a ce pouvoir hallucinant de taxinomie ? J’ vais pas vous faire un dessin. J’ai remarqué un truc qui me chiffonne depuis pas mal de temps, c’est que ce pouvoir de stigmatiser s’est peu à peu déconcentré, voire décentralisé. Certains termes sont employés pour démontrer la puissance d’un groupe voire d’une personne, et parmi ces termes il y a celui d’antisémite qui est devenu un enjeu dans le champ médiatique. Celui qui peut désigner quelqu’un comme antisémite, et être écouté donc reconnu comme légitime pour le faire, se retrouve avec cette arme de destruction massive qui est normalement aux mains de l’Etat : la taxinomie. Bourdieu est devenu antisémite, Siné, Pudlowski, Morin… j’en passe. Souvent pour régler des différents qui n’ont rien à voir avec un quelconque antisémitisme (il y a des antisémitismes, d’où le terme quelconque).

    Et histoire de taquiner, je souhaite finir en disant que souvent les Etats qui traitent des personnes morales ou physiques de terroristes sont des Etats terroristes.

  • Blog-Tone : On achève bien les poneys, Lundi 8 décembre 2008

    Blog-Tone : On achève bien les poneys, Lundi 8 décembre 2008

    On achève bien les poneys

    .

    Petit rappel. Sarkozy n’a rien inventé. Ça m’emmerde de causer encore de ça, mais ça sera rapide ; par contre, il a été inventé, inventé par une société à un certain stade de son histoire ; parce qu’il faut en remplir des conditions pour fabriquer un tel truc. Les aberrations, les états-limites, bref les anomalies dans une société sont de bons indicateurs de son état. Ça marche aussi avec les trains qui arrivent à l’heure, avec les non-événements, quand tout paraît tellement normal qu’on ne remarque plus que quelque chose s’est passé, ou ne s’est pas passé. Il faut pour cela des baromètres. Ces baromètres deviennent à leur tour des enjeux, j’en ai déjà causé avec les indices. Dans mon nouveau quartier par exemple, un baromètre fondamental va être détruit (je dis baromètre mais c’est évidemment bien plus que cela), une épicerie solidaire qui existait depuis plus de dix ans va être fermée faute de subventions de l’Etat, alors même que de plus en plus de familles venaient y acheter le minimum pour pouvoir subsister.

    Il y a un baromètre que j’aimerais bien voir mis en place, celui qui mesurerait la fréquentation des castings des émissions de télé-réalité. Ce principe d’émission est né en Hollande il y a une bonne dizaine d’années, mais avait déjà été imaginé dans les années 80 par Robert Sheckley, son bouquin avait donné lieu à un film fameux, « Le prix du danger. » Dans sa version effective, le spectateur rentre dans l’intimité d’une poignée de cobayes et désigne régulièrement un participant à sacrifier. Ces émissions ont eu un grand succès, mais depuis quelques temps, ça se tasse. Toutefois, un certain engouement existe encore autour des personnes qui sortent « vivantes » de ces émissions, et certaines acquièrent un certain renom. C’est le cas de la Nouvelle Star par exemple. La mise en scène de la réussite et du talent des impétrants suscite un grand-espoir chez beaucoup de jeunes gens. Une participante à un de ces castings m’a fait une description très colorée de cet événement.

    Plusieurs heures de queue, dans le froid, dans une foule atone, qui se demande ce qu’elle fait là. Au fur et à mesure qu’elle avance pourtant, elle commence a se souvenir du but de sa présence. Le bout du tunnel se rapproche, des animateurs sont envoyés régulièrement pour créer une ambiance, pour exciter les participants, caméra sur l’épaule. La mise en scène commence. La foule devient à la fois actrice et spectatrice, elle est filmée, reconstituée quand arrivent en son sein les premières personnes sorties choisies du casting, chacun peut voir que quelque chose arrive. Ce qui est jusqu’alors imaginé, prend de la réalité. La foule atone se transforme en troupeau, les doutes s’effacent, la mise en scène suscite la mise en scène, des sons commencent à émerger, certains chantent malgré le froid, d’autres font les clowns, chacun exprimant un versant de la foule, soumission ou détachement. L’espoir grandit, on va être entendu, le jury est à portée de voix, plus que quelques mètres.

    Ça dure cinq secondes.

    La foule est devenue spectacle. Sa mise en scène était le but de ce « castring » ; l’œil de la caméra est le spectateur concentré, son surmoi, son obscénité. Il faudrait un baromètre de l’obscénité, un baromètre politique.

  • Blog-Tone : Forclusion du possible, Mercredi 3 décembre 2008

    Blog-Tone : Forclusion du possible, Mercredi 3 décembre 2008

    Forclusion du possible

    Dans ma Ford intérieure, je me dis que tout de même c’est un peu excessif comme titre. Et ce d’autant plus qu’en y réfléchissant bien, je ne sais pas trop de quoi je vais causer. Je vais partir de quelques exemples.

    En écrivant le terme « forclusion » m’est revenue une anecdote de bureau, comme on dit. Suivre le fil qui a mené à la décision qui était imposée à tous est délicat, un faisceau complexe de raisons personnelles, de relations entre des salariés et quelques cadres importants et un constat économique un peu bancal, mais il n’en restait pas moins qu’il a fallu un jour s’entendre dire que le travail se limitait au contrat de travail, et que seul celui-ci prévalait. Première conséquence, il fallait arriver à l’heure. Lorsque l’on connaît le travail effectué, il est une évidence que l’heure d’arrivée n’a rien à voir avec la qualité du travail fourni. Ce qui pourtant était avancé en premier lieu. Ensuite, je savais que le but visé était le contrôle de quelques-uns, la possibilité offerte de lancer des procédures de licenciement. A partir du moment où tous les cadres travaillaient ensemble à imposer cette décision, tout devenait possible pour la Direction. Deuxième conséquence, je démissionnais. Ce n’était pas une décision directe et obligatoire, mais le climat devenait insupportable.

    Autre exemple, plus personnel donc je vais être évasif. Depuis un déboire amoureux assez lourd, j’ai du mal à m’acclimater à certaines relations, je n’arrive plus à imaginer sereinement ce qui pourrait advenir et fais preuve d’une certaine incontinence amoureuse. Je deviens incapable de penser le possible et dans l’urgence je détruis ce sentiment. Je ne parviens plus à laisser filer et garder la certitude de ce qui peut arriver. Immanquablement, je limite la relation par la constitution d’un genre de contrat.

    Autre exemple que je tire d’un courriel qui m’a été adressé récemment en réaction à un de mes blogs, et qui venait confirmer ce que m’avait dit une amie. Dans certaines mairies ou collectivités territoriales, il est possible de mettre en place des actions sociales, culturelles, sportives… si tout enjeu politique est absent, souvent du fait des nombreuses réélections des décisionnaires en place. Dans les collectivités où les politiques sont en lutte pour le pouvoir, ces actions dépendent entièrement de ces luttes. Il devient impossible de travailler sereinement, et tout ce qui a été fait peut être remis en cause du jour au lendemain.

    Pris dans de telles situations, on déprime, on éprouve un sentiment de déchéance, d’inutilité. Mais à chaque fois, il existe des solutions, qui passent par la lutte ; personnelle, politique ou/et sociale ; il ne faut pas se laisser aller à penser que tout s’achève avec cet échec, que rien d’autre n’est possible ; que ce qui est arrivé avait le caractère de la nécessité. C’est ce moment important qu’il ne faut pas foirer, le moment du basculement. J’ai déjà vu des renoncements qui annonçaient de véritables explosions psychologiques, quand face à un événement sur lequel on pensait ne pas avoir prise, on s’invente pour ne pas avoir à supporter l’échec.

    Il faut prendre le pouvoir, assumer l’échec et rouvrir le possible.

  • Blog-Tone : Ensemble tout devient possible, Mardi 2 décembre 2008

    Blog-Tone : Ensemble tout devient possible, Mardi 2 décembre 2008

    Ensemble tout devient possible

    Premier point : le site du candidat Nicolas Sarkozy n’étant plus accessible, je ne peux pas certifier l’absence de virgule entre Ensemble et Tout. Dans son prospectus, à aucun moment les deux termes ne sont séparés. « Ensemble c’est… », « Pour qu’ensemble cela… » etc.

    Deuxième point : les définitions sont prises du Littré ; je vais orienter mon discours donc je ne vais pas utiliser toutes les acceptions des termes discutés.

    Troisième point : je m’engage à ne faire preuve d’aucune neutralité.

    Les définitions

    Ensemble : A la fois, en même temps, simultanément / En corps, en masse / Le tout ensemble, le tout pris à la fois et sans avoir égard aux détails.

    Tout : Qui comprend totalité, intégrité, qui ne laisse rien au dehors.

    Devenir : Prendre une certaine manière, une certaine qualité.

    Possible : Qui peut être, qui peut se faire.

    Correspondances

    Je constate que les termes de ce slogan vont par paires. Ensemble / Tout et Devenir / Possible. Le premier couple signifie une totalité. Le second une ouverture.

    Autres paires : Ensemble / Possible et Tout / Devenir, paires par opposition puisque la première désigne une totalité finie et ce qui ne la contient pas ou bien la totalité de ce qui n’est pas fini, et la seconde désigne une totalité en mutation.

    Enfin Ensemble / Devenir et Tout / Possible, paires beaucoup plus intéressantes puisqu’elles désignent des totalités non finies.

    C’est parti !

    A chaque fois nous avons un pré-requis : être Ensemble , et l’absence de virgule signifie l’immédiateté de la relation. Il n’y a pas un temps pour Ensemble et un temps pour la suite. Tout vient en même temps. Cet Ensemble Tout n’accepte pas le séparément rien. C’est Ensemble Tout qui est pré-requis. C’est ce qui va permettre un mouvement vers, une ouverture vers. Il faut tout fermer pour que tout s’ouvre. La totalité est le possible, puisque le devenir possible ne l’est que parce que rien n’est au-delà. L’unicité de la totalité est le seul devenir du possible.

    Cela n’a rien avoir avec la possibilité d’agir ensemble pour faire quelque chose, on n’ouvre pas des possibles par la lutte commune ; le possible n’existe que parce qu’il est dans ce qui est déjà uni. Que tout devienne possible à partir du moment où l’unité est faite est l’exacte contraire du slogan de 68 « Soyez réalistes, demandez l’impossible », à aucun moment il n’est demandé d’imaginer ce qui pourrait être, mais de faire que tout soit parce que tout est. L’unité est le seul champ des possibles. La constitution dans ces conditions d’un ministère de la pureté de la race devenait obligatoire. Tout ce qui n’est pas dans l’Ensemble doit être écarté pour que les seuls possibles soient déjà dans l’Ensemble.

    Que sont ces possibles qui sont déjà là, puisque ce qui est possible est ce qui peut être ? Il existe des ensembles de possibles, chacun dépendant de certaines conditions. Mais affirmer que tout n’est possible que parce qu’un Ensemble existe déjà, c’est ignorer l’infinité des conditions d’existence d’autres ensembles de possibles. Le seul Possible est donc d’être Ensemble.

    Ce n’est pas Tout qui est Possible parce que il y a un Ensemble, mais seul n’est Possible que l’Ensemble. Et là, on pouvait s’attendre à Tout.

    Et pour le coup, putain !, on est servi.

  • Blog-Tone : Conditions de la condition, Lundi 1 décembre 2008

    Blog-Tone : Conditions de la condition, Lundi 1 décembre 2008

    Conditions de la condition

    Depuis trois heures, je rature, reprends, modifie ce satané papier. Je voulais au départ réagir à une idée développée par Emmanuel Todd dans en entretien accordé à Médiapart. Il s’étendait avec une certaine lascivité intellectuelle (c’est un grand jouisseur) sur ce constat que nous étions dans une période désertique. Les idéologies ont été remplacées par du vide, et l’idéologie dominante, il disait cela en partant d’une analyse sur la reproduction des élites, est une idéologie du vide. Les penseurs du capitalisme ne reconnaîtraient pas leur(s) petit(s). Et, chose amusante, ce vide est aussi un vide des solutions de remplacement. Il n’y a pas d’idéologie prête à prendre le relais. Pas de communisme ou de fascisme, donc nous avons le temps de penser ce qui va bien pouvoir advenir. Je résume bien sûr.

    Après ce constat, je voulais glisser subrepticement vers cette idée subtile et quasiment diabolique, que le capitalisme (le processus historique…) commençait à ressembler, dans la construction du discours sur le capitalisme par les élites, à l’Islam. Une fois le choc passé, je voulais présenter les concepts de Jahiliya, de Fitna, les associationnistes, la finitude du nombre de noms de Dieu, etc. Bref les trucs de base. Puis, après avoir également fait un petit point sur la nature trinitaire de Dieu en Occident, l’importance de cette nature dans l’histoire de la pensée, et cité de manière très fine Aristote, je pensais pouvoir opposer nature trinitaire et nature unitaire du divin et démontrer que le glissement de l’un vers l’autre est ce processus en cours dans la pensée du capitalisme. Ce que n’aurait pas entièrement refusé Bruno Etienne qui nous disait que l’avenir du capitalise est en Islam.

    Force m’est de constater que cette tentative est un échec. Je ne peux qu’effleurer le sujet, en donner la structure fondamentale et conclure, tout penaud, que le vide dont parlait Todd n’est qu’apparent, ce qu’il ne nie pas (c’est Todd tout de même, oh !), et qu’il existe un discours clé en main prêt à resubstantifier le discours du capitalisme (le capitalisme ne parle pas, c’est un raccourci).

    Epilogue : que trouve-t-on donc en face, si selon Todd, y’a plus rien ? Laissons causer cet autre libidineux qu’est Zizek : « Nous sommes aujourd’hui dans l’impossibilité de penser cette alternative. Mais je crois tout de même que nous sommes proches d’une explosion. Chez Lénine, déjà, l’utopie véritable est liée à l’urgence. On devient utopiste dès lors qu’on ne peut pas faire autrement. Dans ce sens, je crois que nous serons de plus en plus contraints à l’utopie. Le moment utopique de Lénine, avant et juste après la révolution d’Octobre, était le fruit d’une situation totalement désespérée. Une telle réaction serait liée au fait que le champ des choix « réalistes » n’est pas « réaliste » au sens de conforme à l’espace de l’idéologie hégémonique. »

  • Blog-Tone : Et si, samedi 29 novembre 2008

    Blog-Tone : Et si, samedi 29 novembre 2008

    Et si

    Vittori de Filippis a été arrêté à son domicile, au petit matin, par une bande de cow-boys. Ancien directeur de la rédaction de Libération, toujours journaliste dans ce même journal, il était visé par un mandat d’amener signé par le juge Muriel Josié, dans le cadre d’une accusation en diffamation intentée par une personne qui ne supporte pas qu’on dise du mal d’elle, et qui s’obstine malgré les procès perdus, à vouloir gain de cause. Bref, un procédurier. Voir un journaliste menotté, ça fait comme une sorte de fussoir. Voir quiconque menotté d’ailleurs ; mais dans certains cas, ça cause un peu plus ; un politique menotté, un enfant menotté… Dans ces cas-là, il se passe quelque chose. Un truc qui cloche. Une charge symbolique forte qui ne laisse pas indifférent. Si l’on se place du côté du juge d’instruction, ou du flic à la manœuvre, toutefois, il n’y a rien d’anormal là-dedans. Ce sont des procédures. Mandat d’amener donc intervention de la police, donc menottes, donc incarcération, donc fouille au corps… Tout citoyen étant justiciable, il doit se soumettre aux procédures judiciaires. Toute procédure en cours doit être menée à terme. Sauf erreur dans la procédure. Car une erreur dans une procédure peut amener à la nullité de cette procédure. Mandat d’amener donc…

    La validité d’un acte juridique dépendra des conditions de l’acte. Remplissez ces conditions et vous pourrez lancer la procédure. Cette procédure validera a posteriori et a priori cet acte. La procédure limite par conséquent les actions de justice. Elle protège les justiciables car à tout moment il est possible de la remettre en cause. La violence de la procédure dont je parlais plus haut est l’autre conséquence de sa limitation. Puisqu’il faut la suivre à la lettre, il n’est pas possible qu’elle se passe autrement ; quelques soient les conditions de son application. Et si c’était le cas de toute procédure ?

    J’ai eu l’occasion misérable de vivre de l’intérieur une procédure de licenciement dans une entreprise. Un salarié dont j’avais la responsabilité ne voulait plus travailler. Sans toutefois vouloir abandonner son poste. Il fallait donc mettre en place une procédure qui permettrait de démontrer qu’il mettait en danger le bon fonctionnement du service. Pour ce faire, il fallait pouvoir lui signifier plusieurs fois (trois fois je crois) qu’il faisait mal son travail et que les mises en garde n’avaient aucun effet. Ensuite, il devenait possible de présenter son dossier aux RH pour licenciement. Entre temps, il démissionnait.

    Une procédure est un processus inexorable. Sa conséquence est inscrite a priori, et son aboutissement n’est possible qu’en toute violence. Mais ce qu’il ne faut jamais oublier dans les procédures c’est qu’elles ont été choisies. Le choix d’une procédure est le choix d’une violence, et celui qui masque ce dernier choix derrière la procédure est ce que Sartre appelait un « salaud. »

    Désolé monsieur, c’est la procédure.

  • Blog-Tone : Les tièdes, vendredi 28 novembre 2008

    Blog-Tone : Les tièdes, vendredi 28 novembre 2008

    Les tièdes

    Certains jours, il me faut beaucoup de temps pour simplement imaginer de quoi je vais bien pouvoir causer, voire si je vais causer de quoi que ce soit. Le plus souvent, c’est par manque d’envie. J’avoue. Dans les cas où c’est imaginer quoi dire qui m’empêche, la frustration est grande et le résultat, quand il existe, est à mon goût un peu miteux. Sans présumer de la qualité de ce qui suit, je dois avouer que c’est d’un flash que ça va s’écrire.

    Le chômage officiel remonte. Nous sommes donc un peu plus nombreux. Les raisons de cette hausse existent en quantité. Malgré les efforts colossaux de l’administration actuelle de briser tous les baromètres, tous les instruments de mesures indépendants, elle a dû accepter cette évidence. Faisons notre petit tour du Littré, afin de trouver un biais : « la statistique est la science qui a pour but de faire connaître l’étendue, la population, les ressources agricoles et industrielles d’un Etat. » C’est un terme qui m’a toujours fasciné, car pour moi c’est une science d’Etat, la possibilité de mesurer ce qu’il faut maîtriser. Par la statistique, la connaissance va créer du pouvoir, la possibilité offerte in fine de détruire l’objet de l’étude. Contrairement à la sociologie qui est une science de combat, la statistique est une science de contrôle. Il y a eu de nombreux débats autour de la mesure des origines, des appartenances imaginaires, symboliques etc. or en sociologie ces mesures sont fondamentales pour bien connaître l’objet étudié. D’un autre côté mettre en place de tels outils peut être dangereux car la connaissance peut engendrer du simple flicage. Depuis quelques années toutefois, les différentes administrations au pouvoir se sont évertuées à briser tous les outils statistiques indépendants pour constituer des outils de non-mesure, des outils qui justifieraient a priori les politiques menées. Par exemple, le chômage baisse parce que les outils de mesure ont été changés, les prix baissent car le panier qui servait à mesure les fluctuations des prix n’est plus le même etc.

    Malgré cela, le chômage augmente. Tout ne serait donc pas dans l’instrument de mesure. Il est par contre devenu plus difficile de savoir comment il augmente. Il faut pour cela faire appel à des spécialistes qui vont savoir déchiffrer, analyser, trouver les tendances, démontrer. C’est dans ces cas-là qu’apparaissent les tièdes. J’ai eu un petit flash ce matin, une anecdote d’un de mes professeurs de fac. Il s’entretenait avec un quelconque imam autour de l’islamisme radical, et cet imam lui expliquait combien la foi était structurante, ne plus avoir ce doute permet de trouver sa place dans le monde. Il faut un appareillage idéologique, même s’il est con comme une religion, ça permet de savoir où l’on va, qui l’on est, pour soi et les autres, même si par ailleurs c’est aussi une aliénation. Après faut faire gaffe. Ce jeu complexe entre identité, aliénation et idéologie est le cœur des rapports humains, il permet d’établir des codes, des obligations, des espaces de relation… Il faut l’accepter et le comprendre. Dans l’état de vide intellectuel dans lequel nous errons depuis quelques temps, il faut des bornes, il faut marquer le terrain, comprendre ce qui se passe, ne pas oublier que l’on est agi comme on agit. C’est dans ce sens qu’il faut pratiquer l’analyse de combat, ne pas hésiter à faire preuve de violence analytique, de prendre parti, d’aller contre la tiédeur ambiante quitte à faire preuve d’excès.

  • Blog-Tone : Coin ! jeudi 26 novembre 2008

    Blog-Tone : Coin ! jeudi 26 novembre 2008

    Coin !

    Il fallait bien qu’un jour mes yeux se décillent. Je commençais à en être très irrité, mais on se fait à tout. Certaines compagnies ne sont pas plus souhaitables que cela, pourtant on s’y fait avec le temps. Une question d’habitude. On se retrouve à faire des choses peu intéressantes et l’on se dit que c’est ça la vie aussi. Qu’après tout, on ne choisit pas entièrement son environnement. Heureusement, des moments particuliers existent. Je cite souvent une scène des « 120 journées de Sodome » de Pasolini, quand une des demoiselles esclaves dans un effort absolu de faire comme si tout cela était normal s’étouffe en tentant de manger de la merde. Ce matin, j’ai un peu eu cette sensation. Tous les matins, je me tapais un truc qui avait des relents. Des relents de Sarkozye. Abonné depuis presque quatre ans à Libération, au moment où le journal se mourrait, j’en avait fait un genre d’engagement citoyen, pour que ce journal vive et porte une parole de gauche, je le gardais parfois contre ma raison. Car dès son premier édito, Joffrin annonçait ce que serait son canard, un truc un peu boiteux mais qui s’engageait résolument à gauche. Depuis l’accession du nabot à la tête de l’Etat, le wait and see joffrinien, sa volonté de raison garder me portait sur le système analytique. Certains éditos allaient jusqu’à trouver l’action du petit caporal positive. Ces jours-là, je l’avoue, j’en pétais une durite. Mais aujourd’hui, ils sont allés trop loin. C’est pas Joffrin himself qui est allé trop loin, mais son journal. Dans un article à chier, une certaine Roussel, travaillant visiblement au service culturel, donc dans le service le plus snob du journal, a défendu le travail d’investigation des deux journalistes qui ont pondu « Le Vrai Canard. »

    Dans le Canard Enchaîné de la veille, Michel Gaillard étrillait par le menu cette enquête à deux sous. L’argumentation était solide, la mise en bière bien ficelée. Ce n’est pas la première fois qu’une investigation était ainsi remise à plat. Je me souviens encore de l’article qui était paru peu après la sortie de l’ouvrage « L’affaire Yann Piat » qui critiquait les méthodes et les conclusions des deux journalistes dont un était au Canard à l’époque. Quand le Canard se plante, il assume. Quand un de ses journalistes déconne, il assume. Il y a certainement de l’arrogance là-dessous, mais il me semble que c’est surtout le fait d’une vision du journalisme, vérifier ses sources, consolider ses analyses, présenter les points de vue tout en gardant un ton décalé, une distance avec ce qui est en jeu.

    Libération se prend au sérieux, Libération détient la vérité, Libération est un journal de gauche, Libération me fait chier. Donc je me désabonne. Maintenant, qu’est-ce que je vais pouvoir lire pour me réveiller ?

  • Blog-Tone : Le parti (suite), mercredi 25 novembre 2008

    Blog-Tone : Le parti (suite), mercredi 25 novembre 2008

    Le parti (suite)

    « La campagne, c’est la période où vous tuez vos ennemis : la transition, c’est le moment où vous poignardez vos amis. »

    Le fin mot de James Carville (ancien conseiller de Bill Clinton), d’un cynisme consommé, résumera très bien la période qui commence. Pourtant, je vois mal la très hétéroclite alliance autour de Mme Aubry s’en laisser compter aussi facilement. Les marquis qui ont soutenu la candidature Royal par contre s’en feront un plaisir. Ils voulaient la victoire, en acceptant la défaite les premiers, ils exhibent leur légitimisme de bon aloi, attendant en retour des places de choix. Se sachant incontournables, des messieurs comme Collomb ou Guerini, vont avec emphase abandonner leurs places de premiers soutiens à l’ex première dame du parti. « E buon i soldi », fameuse réplique du Parrain, sera le grand inspirateur des petites manœuvres qui commencent. Les amis de Fabius et Strauss-Khan voudront truster un maximum de postes afin de préparer les candidatures de leurs chouchous (l’aveuglement des militants qui soutiennent un candidat m’a toujours effrayé), Delanoë ayant disparu, pas mal de postes sont à prendre, et il n’est pas impossible que de nouvelles têtes apparaissent au sein même du Conseil National.

    Voilà pour les hommes. Le reste est plus intéressant.

    Depuis plusieurs années, l’opinion publique régresse. Chute des ventes de journaux, apparition de publications gratuites qui livrent sans analyses des informations basiques, abaissement du niveau général de la qualité des journalistes, égalisation des informations diffusées par les journaux télévisés, perte de confiance dans les grands médiateurs qu’étaient les journalistes, les politiques, les analystes et autres spécialistes des états du monde, en d’autres mots, trahison (s’il était possible de faire pire) des clercs de tout ordre, ont réduit les consensus autour de sujets généraux et favorisé l’apparition dans le monde politique de personnalités messianiques auxquelles il est facile de s’identifier. Parallèlement, un autre processus est en cours.

    Augmentation de la fréquentation des marchés de proximité, constitutions d’associations et de réseaux d’associations très dynamiques, recherche des liens au plus proche, multiplication des micropublications aussi bien sur papier que sur le web, poids grandissant des structures mutualistes (hors secteur bancaire, faut pas déconner), bref une autre manière d’aborder le lien social qui va favoriser le voisinage aux grands problèmes généraux qui jusqu’alors passionnaient la société française. La disparition du Parti Communiste au profit du communisme municipal et la régionalisation du Parti Socialiste s’inscrivent dans cette perspective. Il me semble que ce que nous avons vécu ces derniers jours au PS est le dernier feu d’une manière d’aborder le Parti et ses équilibres. Il est clair que le discours halluciné de Mme Royal a un écho réel chez les militants et les adhérents car il exprime un besoin de reconstruire des solidarités qui avaient été laissées de côté par le projet Mitterrandien de prise du pouvoir. Lent processus qui n’a pas grand-chose à voir avec les hommes du parti. Ils vont tout faire pour conserver leurs prérogatives, mais l’évolution générale du parti ne dépend pas d’eux. On verra.

  • Blog-Tone : Le parti, mardi 25 novembre 2008

    Blog-Tone : Le parti, mardi 25 novembre 2008

    Le parti

    Avec le temps, j’ai appris à modérer mes analyses sur le parti socialiste. Je pensais, honnêtement, après la période jospinienne, que le parti allait éclater ; puis, avec la Royal, qu’une nouvelle génération émergeait. J’ai même cru que le NPA allait pousser le parti à se réformer. Eh bien makach ! A chaque fois, c’est le statu quo, ou alors le compromis mollasse. Le PS s’obstine à ne pas changer. Ce qui à chaque fois en prend un sacré coup, c’est la construction idéologique du parti. Pour que survive sa structure fondamentale (les instances et les hommes) il a fallu enterrer toute possibilité de construire un corpus idéologique, un programme voire toute intention programmatique. Alors que, fondamentalement, le parti socialiste s’est constitué autour de thèses, d’ouvrages, de prises de position intellectuelles, chaque membre du parti qui voulait un tant soit peu progresser dans les instances du parti se devait d’avoir couché sur le papier ses idées. Cette tradition existe encore, mais loin des œuvres de « l’ancien temps », les nouveaux écrits sont de vulgaires auto-hagiographies, occasions d’exhiber son petit trou du cul.

    L’échec récent d’un homme comme Bertrand Delanoë me laisse pourtant quelque peu espérer. Comme son prédécesseur au poste de poltron en chef, il a honteusement renoncé au socialisme pour raison de modernitude et progressance. Le libéralisme à 30 centimes qu’il voulait promouvoir à l’intérieur même du parti, s’il a déjà fait pas mal de ravages, ne semble pas convenir à la multitude des adhérents dont tous veulent savoir ce qu’ils pensent sans jamais les écouter. Bien entendus, jamais suivis. Le groupuscule de barons, qui se tiennent par les couilles et les trompes, a réussi, dans un parti de militants, à constituer un parti dans le parti, avec ses harems et obligés, et pense à présent pouvoir se passer d’eux. Tel est l’enjeu de tout ce cirque entre les deux prétendantes : est-il possible d’assurer enfin les instances dirigeantes du parti contre tout risque démocratique ? Mme Royal se donne le beau rôle, mais elle frémit à l’idée que sa place puisse dépendre de la petite multitude. Encore une fois, ça va finir en compromis, en partages des tâches et des places, avec leurs petits avantages afférents. Puisque le PS est certain de ne pas accéder au pouvoir avant longtemps, les chasseurs de maroquins ont placé tous leurs espoirs en lui.

    Certains comme Jean-Cul Mélanchon le font en faisant mine d’en partir, d’autres en jouant les réformateurs, quand d’autre se rêve en ultime sauveur. Tout ceci serait très amusant, s’il ne s’agissait que de théâtre. Or, le parti est une des composantes (volens nolens) de notre démocratie, le seul espoir d’une chiée de gens dans la mouise et le seul à pouvoir prendre le pouvoir pour eux. Le cancer dont il souffre ne doit pas être de son seul fait, il a été rendu possible par ses adhérents et militants, mais les métastases viennent de plus loin. Sans trop me tromper je peux dire que je suis aussi responsable de ce qui se passe, parce que j’ai renoncé. Prouvez-moi que j’ai tort, et faites revoter.

  • Blog-Tone : Ambiance, jeudi 30 octobre 2008

    Blog-Tone : Ambiance, jeudi 30 octobre 2008

    Ambiance

    Ce matin, je n’ai pas trouvé libé dans ma boîte aux lettres. Non pas que j’ai renoncé à mon abonnement, mais plus simplement, et comme je m’en suis douté à la simple vision de cette absence, le syndic du livre était en grève. Très critiqué, ce syndic n’en fait pas moins un travail important dans le monde de la presse. Il est un point de repère, une borne, qui permet de voir où en est la presse et, plus généralement, le monde de l’édition. Mais je ne voulais pas du tout parler de lui. J’ai découvert mon libé quotidien sous un format pdf d’une belle qualité d’aloi, et grâce à ma connexion Numéricable, j’ai passé plus d’un quart d’heure à rêvasser devant la page de garde du site. Je ne fais qu’évoquer, un soit-dit-en-passant en quelque sorte. C’est ce que j’ai lu dans libé qui m’a poussé malgré moi à lancer mon traitement de texte. Quelque chose qui s’est passé dans le cinquième arrondissement de Paris et qui se passe un peu partout en France. Parce qu’il me semble qu’avec ça nous touchons au cœur du politique. Et pour une fois M’sieur Joffrin l’a évoqué.

    Un vieux problème. Une énigme ; un truc pas vraiment résolu. La différence entre ce qui est légal et ce qui est légitime. Quand on définit les deux termes, on voit tout de suite que ce n’est pas la même chose. Faisons comme Ponge et ouvrons notre Littré : « Légal », du latin Legalis, qui est prescrit par la loi ; « Légitime », du latin legitimus, qui a un caractère de loi. L’un est écrit, l’autre pas. L’un définit le Pouvoir, l’autre l’Autorité. Le premier est borné, le second est induit. D’un côté nous sommes dans le monde de l’inscription, dans le second dans le monde de la relation. Et ce deuxième monde est celui de la politique. La politique ce n’est pas la loi, c’est le monde de la relation qui permet cette loi. Ce qui est premier en politique, c’est ce qui relit*, pas ce qui régit. Le monde de la loi est un monde figé (pour faire plaisir aux juristes je dirai fixé), un monde de la Lettre. Et ce qui est la lettre de la loi, c’est ce qui est légitime. La lettre de la Lettre, c’est la différence entre l’application du droit et le zèle dans son application. Le fondamentalisme, la bureaucratie, ou leurs formes extrêmes que sont le communisme soviétique ou le nazisme, détruisent la lettre de la Lettre, fétichisent la loi. Le fils de pute qui avec zèle applique le règlement X ou Y, ou s’en tient à la loi telle qu’elle est écrite, se sent légitime dans son action dans certains cas, notamment celui ou la loi n’a plus de lettre. L’actuelle gabegie législative a comme conséquence de détruite la lettre pour la Lettre et de remplacer ce qui est politique par de l’administratif. En me relisant je vois que je suis sur le point de tomber dans un piège. Ce n’est pas une relation diadique (vi, je l’ai dit) mais une relation à trois. Tout ceci est permis par des rapports sociaux. C’est par ce que nous sommes à un moment de l’histoire de notre société que ce petit pic fasciste est atteint. Je dis petit parce que ce n’est qu’un début.

    Et je me dis qu’on a là un truc pas mal pour savoir où l’on en est. Dans la triade vous les mettriez où vous les trois zouaves ? Personnellement je vois bien un Société/Droit/Politique, mais ça n’engage que moi ☺

    *Note du claviste (comme on le disait ou dit encore dans Libé) : ce relitpourrait bien être un lapsus calami si l’on y lisait relie comme semble y pousser le contexte. Pour gratter un peu, ne faudrait-il pas y voir le fameux débat sur l’histoire du mot religionoù se partagent les partisans de religare (relier) et de relegere (relire) ?

  • Blog-Tone du samedi 25 octobre 2008 : Le retour de la refoulée

    Blog-Tone du samedi 25 octobre 2008 : Le retour de la refoulée

    Le retour de la refoulée

    J’ai une imagination plutôt féconde. Je ne parle pas d’aventures dans des mondes merveilleux, mais de choses plus immédiates, de trucs qui défrisent les pâquerettes. Et comme chaque spectateur devant un événement, je ressens cet étrange souffle de l’exception. Depuis quelque temps tout de même ce petit souffle prend les allures d’un fond d’air. Omniprésent. Et il me titille la machine à fantaisies. Il me fait voir des choses plus grandes que « nature ». Ainsi ce vent mauvais, ce ventre fécond, cette impatience, cette angoisse, ce grondement, de ces choses qui sourdent comme on dirait tremblement pour parler d’une colère. Ce souvenir d’une lecture qu’un papier lu récemment m’a remis en mémoire. C’était dans « Le Talon de Fer », une scène, celle où l’on se dit tout, celle qui lance le reste. Quand le héros annonce sous les cris d’un parterre de grands patrons que la guerre est déclarée, il lui est répondu : « nous la gagnerons ».

    Après quelques années détestables, dont l’Histoire semblait avoir été bannie, elle revient comme une évidence ; la lutte des classes est l’Histoire. Certains grands patrons ne l’ont jamais perdu de vue. Ils savent. Simplement ils voulaient la cacher par des constructions qu’ils ne maîtrisaient jamais entièrement. Ce cynisme qui a nourri plusieurs générations se dévoile. Warren Buffet déclarait il y a peu, la lutte des classes existe et « nous sommes sur le point de la gagner » et toutes les décisions présentées comme des plans de sauvegarde des biens de tous ne sont en fait qu’une spoliation généralisée des biens du plus grand nombre. Nationalisation des banques ? Bien pire que cela, la destruction du travail de tous pour le profit d’une minorité. La valeur que nous créons préserve les biens de ceux qui la détruisent. Nous garantissons les orgies de nos maîtres. Déguisée sous les oripeaux d’une conscience universelle, le patronat mondialisé (il est lui-même pris dans ce processus) prépare sa victoire finale contre tout travail. La destruction de la nature dont on nous rebat les oreilles est la fausse conscience du droit univers de l’homme spectaculaire. La mise en abîme de notre propre destruction en tant qu’être-dans-l’Histoire.

    Et ça, ça fout les boules.

  • Blog-Tone : Un miroir posé sur le Monde, jeudi 9 octobre 2008

    Blog-Tone : Un miroir posé sur le Monde, jeudi 9 octobre 2008

    Un miroir posé sur le Monde

    L’Europe de Sarkozy ressemble étrangement à Sarkozy lui-même. Profitant du Salon de l’Auto pour présenter un plan d’aide à l’industrie automobile « nationale », il a décrit l’Europe telle qu’il la voit : « Absence de pensée manifeste », « organisation informelle. » Il faut briser les règles pour rendre l’Europe efficace, propose-t-il au détour d’une « réflexion » sur la politique industrielle américaine. L’Europe est un carcan, il faut savoir le briser en temps utiles. Et tout ceci était dit avec naturel, presque sans notes, comme en aparté. C’est la pensée de Sarkozy Nicolas, c’est ce qui lui vient spontanément lorsqu’il aborde ce sujet. Nous avions déjà pu lire sa « philosophie spontanée » au détour d’une double entrevue accordée à Michel Onfray pour un magazine de vulgarisation. Je suis toujours surpris par la capacité qu’a ce petit bout d’homme à déraper. Cela semble venir comme ça, naturellement comme on dit, je suis certain que c’est préparé, et pourtant, cela n’a pas la « structuration » des dérapages de l’autre spécialiste du genre, le gros borgne. Lui il faisait écrire ses dérapages, il les préparait avec beaucoup d’application, c’était planifié, et à force d’entendre le personnage on savait que l’homme derrière avait bien fourbi ses armes. Ses sorties scintillaient.

    Une Europe sans pensée manifeste. C’est le cœur de la pensée européenne du gouvernement en place. Il n’y a pas d’idée d’Europe, de rêve d’Europe chez ces gens-là. Le Marchiani de Sarko, son petit porte-flingue, celui qui porte un nom d’oiseau, avait bien préparé le terrain en disant combien le carcan européen pesait sur l’économie française, qu’il fallait faire preuve de souplesse dans l’application des critères de Maastricht. Et ce petit côté « I want my money back » des libéraux. L’Europe comme grande zone de libre échange. L’Europe que si cela profite directement, rapidement, immédiatement même, une Europe à moindre coût, une Europe de larbins, de serviteurs, de bouc-émissaires. Sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, il n’y a pas de pensée positive, ce ne sont que des calculs, des placements idéologiques à court terme, aucun grand plan d’ensemble, que des petits services. Cette petitesse politique est le miroir de la petitesse de ces hommes. Il n’y a rien de grand en eux, ce sont des louis-philippards, entourant un Louis Napoléon de pacotille. Malgré tout, on sent bien que derrière il y a un projet de société, qu’il y a une adhésion, une idéologie, l’application de la formule trop souvent oubliée « l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante ». Celle-ci n’a pas partie liée avec la classe gouvernante, elle se sont fondues, et la sortie proclamée de l’Histoire (dont l’enseignement est remis en cause dans l’Education nationale) est le signe manifeste de cette fusion-acquisition, comme on dit maintenant. Avec un cynisme désobligeant, le président en exercice confessait à ses débuts sa volonté d’être riche, d’intégrer ce monde des dirigeants. Et qu’après tout, le reste ils s’en branlait.

    Documents joints

  • Blog-Tone : 3300, mercredi 8 octobre 2008

    Blog-Tone : 3300, mercredi 8 octobre 2008

    3300

    Ça baisse dans tous les coins. Les bourses s’allègent, les positions se renforcent, des plans sont érigés, ça fusionne un peu partout, on parle de trou d’air, d’injection de liquide, de fonds touchés, de pertes qui se multiplient, de pots cassés… certains matins, c’est un peu dur. Hier, Fred m’a dit que le CAC devrait baisser jusqu’à 3300 points avant de rebondir. Certainement. J’y comprends que dalle à tout ça. J’ai simplement biché les tristes mines des hommes troncs ce matin, y’avait tellement de mouvements chez Euronext que le système de cotation a buggé, ils savaient pas si c’était volontaire ou non, ils croyaient que tout s’était arrêté. Qu’il n’y avait plus rien. Une suspension. Tout le monde a l’air dépassé par les événements. Alors on sonde, partant du principe que c’est une crise de confiance, on sonde l’opinion, savoir si les gens flippent, s’ils ne vont pas retirer leurs économies, savoir si ce que font les gouvernements ça sert à quelque chose. Les gens normaux ont un peu la fièvre, mais pas plus. Ça n’a pas l’air de nous concerner. Pour le moment.

    Les fonds de pensions américains, ces fonds qui gèrent les retraites d’une partie de la populations, ont perdu 2.000 milliards de dollars ces 15 derniers mois. Ce modèle de retraite vient d’en prendre un coup dans l’aile. Le premier ministre en exercice s’était fait le chantre de ces fonds en France. Est-ce qu’on va en causer de ça ou sera-ce à qui noie le mieux le poisson ? C’était tout de même le truc des libéraux pour assurer les retraites. Est-ce qu’on va remettre ça sur le tapis ? Reparler du Fond de réserve des retraites, le truc que le gouvernement actuel refuse d’abonder et essaie de siphonner depuis quelques temps ? On peut commencer à voir les courants qui traversent cette tempête, ce qui se joue en dessous.

    Et je me permets de faire remarquer simplement que le taux de suicide n’a pas augmenté chez les golden boys.

  • Blog-Tone : Le jeu, Mardi 7 octobre 2008

    Blog-Tone : Le jeu, Mardi 7 octobre 2008

    Le jeu

    Petit ras-le-bol aujourd’hui. Je commence à saturer. Beaucoup d’infos. J’ai passé presque deux heures à lire la presse. Je voulais partager des trucs sur la crise. Mais je me rends compte que je n’ai plus grand-chose à dire. À part cette peur qui prépare. Cette crise offre des opportunités. Permet de renforcer certaines positions. La baisse des indices boursiers est un moment du jeu. Une orgie de destruction de valeur. Un truc ma foi assez typique. Tout cela ne nous concerne pas.

    Ce qui se passe à Sandouville est bien plus intéressant. Une lutte sociale en cours. Là on est dans le dur. Des ouvriers qui luttent contre une direction qui est dans le jeu, soutenue par un gouvernement qui travaille pour elle. Un article dans le Libé d’aujourd’hui m’a sorti de ma torpeur de poule devant un réveil, un article sur le dur. L’enquête d’un sociologue qui s’est fait embaucher dans un abattoir. Il cause du travail concret. Des conditions de travail en temps de crise. Pendant la vache folle. Et il décrit le travail humain tel qu’il est. Un travail toujours en invention. Réglementation en évolution constante, décisions contradictoires de la direction, nécessités de la production, obligations de résultat, et une pratique qui se construit collectivement au plus près des tâches. Ça c’est notre jeu. Et bien que je ne le pratique plus depuis déjà pas mal de temps, j’ai l’impression d’être toujours dedans. Le travail me poursuit ; même sans emploi, je suis dans le travail. La recherche d’emploi, de poste, comprendre les demandes du recruteur, savoir analyser cette demande pour fournir les arguments pour l’embauche, la multiplication des biais de présentation, les courriels envoyés qui s’accumulent. C’est du travail. Le travail pour retrouver un emploi. Au-delà de cette pratique de la recherche, j’invente mon travail au fur et à mesure, je l’imagine, comme je l’imaginais en poste. Je crée ma pratique personnelle du travail comme activité quotidienne parce que rien ne les sépare. C’est une chose que je commençais à oublier à cause de cette crise. À force de jongler avec des choses abstraites, je perdais de vue ce qui est réellement, pratiquement. L’exercice de commentaire est une partie de mon travail, mais il ne le limite pas. Le tout étant de ne pas l’oublier.

    Une pensée pour Jean-Paul qui doit avoir le moral dans les chaussettes…

  • Blog-Tone : Les loups entre eux sont très civilisés, Lundi 6 octobre 2008

    Blog-Tone : Les loups entre eux sont très civilisés, Lundi 6 octobre 2008

    Les loups entre eux sont très civilisés

    Et si une partie des turbulences financières, dont on cause largement dans les follicules, les troquets et les blogs, était amplifiée par les banques elles-mêmes ? J.P. Morgan par exemple, importante banque d’affaire, aurait fait chuter Lehman Brothers en gelant certains de ses actifs, et racheté Bear Stearns et Washington Mutual, tout cela parce que ces banques manquaient de liquidités. Puis nous voyons BNP Paribas rachetant Fortis par tronçons après refinancement par divers États européens, et soit dit en passant, ce rachat a pu se faire grâce à des fonds publics. Si l’on regarde d’un peu plus près les banques en danger, ce sont surtout des banques d’affaire, des fonds d’investissement et des banques de détail (qui gèrent des comptes courants) qui se sont lancées dans la banque d’investissement (ce qui a été rendu possible, je le rappelle, par l‘abrogation du Banking Act qui depuis les années 30 séparait ces deux activités pour que « plus jamais ça »). L’assèchement du crédit fragilise les banques qui ont parié sur des produits spéculatifs mais ne touche que marginalement les activités de banque de dépôt (autre nom des banques de détail). Les Caisses d’Épargne et les Banques Populaires (qui continuent à se rapprocher lis-je amusé sur mon télescripteur) ou encore Dexia sont fragilisées par leurs activités de placement de produits spéculatifs et par certains placements immobiliers (n’oublions pas qu’au départ la crise était immobilière, du fait des spéculations sur ce marché). On ne parle pas ou quasiment pas de la Banque Postale, par exemple, qui ne fait que du détail (dépôt et épargne classique) ; pour l’instant.

    Donc sont surtout touchées les institutions financières qui se sont appuyées pour se développer sur des produits financiers à risque. Les aides accordées ou débloquées par divers États vont profiter à ces institutions-là. Or, pour la très grande majorité des gens de base (vous et moi) la fin de ces activités ne nous en toucherait pas une. Pourtant, nous sommes contraints de régler une partie de la note ; de manière honteuse. Utiliser par exemple l’épargne populaire pour sauver les spéculateurs immobiliers, est tout de même un comble. Pouvoir trouver des milliards pour préserver les gains des plus riches quand il semble impossible de trouver des fonds pour aider les plus démunis d’entre-nous est… Pourtant ça passe tout seul. Pendant ce temps-là, le PS prépare son congrès et le NPA se digère. Quant au PC.

    Le prochain mauvais coup sera règlementaire. Jusqu’à présent, il existe des régulateurs assez puissants même si peu connus du grand public, des normes contraignantes qui obligent les banques à se préserver sur certains marchés, ou à assurer leurs actifs. Eh bien beaucoup de ces garde-fous vont tomber, pour le plus grand bonheur des petits sorciers de la « haute finance ». La crise profite à certains. Il serait peut-être temps de s’énerver. Personnellement, je suis assez bon au lancer de poids.

  • Blog-Tone : Le prochain train, vendredi 3 octobre 2008

    Blog-Tone : Le prochain train, vendredi 3 octobre 2008

    Le prochain train

    J’ai pris une assurance habitation qui a bien fonctionné. J’ai eu un dégât des eaux et un mois et demi après, après plus de deux ans et demi de versements réguliers, je peux dire que cette assurance a été un bon placement. Dégât entièrement couvert, des aides diverses et un retour assez rapide à une situation normale. J’étais assuré contre un risque, par un contrat clair, auprès d’une entreprise spécialisée. Maintenant, imaginons que nous ayons tous pété les plombs, que nous sommes derrière le miroir. Alors on ferait comme si…

    Au lieu de m’assurer moi, j’assure mon voisin. Je vais voir un assureur et je lui demande d’assurer mon voisin, un voisin que je connais à peine. Mieux, je vais voir quelqu’un pour assurer mon voisin. Même pas un assureur, juste quelqu’un. Et je propose de faire un contrat sur un risque, par exemple que mon voisin va perdre son portefeuille. En fait que mon voisin ne pourra plus payer ses charges et finira inscrit à la Banque de France. On va même pas faire de contrat, on va faire ça sur un bout de papier, entre nous. À la confiance, hein ! Et ce bout de papier je déclare qu’il représente la dette de ce voisin, et cette dette je la mets en location sur cinq ans. Si au bout de cinq ans, mon voisin n’est pas inscrit à la Banque de France, je paie le montant de sa dette, rubis sur l’ongle. Et ce bout de papier je le loue pour le montant de sa dette à 5% par mois par exemple avec en prime cet engagement que si dans les cinq ans, mon voisin il fait banqueroute, je verse le montant de sa dette, pareil, rubis sur l’ongle.

    Bienvenus dans le monde des CDS, des « credit default swap ». Une invention fabuleuse qui commence à peine à être réglementée et qui pesait l’année dernière environ 65.000 milliards de dollars. Mais certaines estimations vont jusqu’à 650.000 milliards de dollars. Personne ne sait vraiment. Et ce qui rend cette machine formidable, c’est que ces obligations, comme on dit, peuvent être revendues, et revendues encore jusqu’à ne plus savoir qui s’était engagé au départ. Mieux encore ! Les dettes engagées n’ont pas à être bloquées, elles n’apparaissent nulle part. Axa par exemple est dans ce marché à hauteur de 450 millions d’euros, sur AIG et Lehman Brothers… Enfin, d’après les dires d’Axa. Les docteurs Folamour de la Phynance sont d’une imagination débordante et d’une irresponsabilité sans bornes. Et cerisier sur la fosse septique, impossible de savoir exactement quel placement classique s’appuie sur ces obligations. Il y a du monde à la barre disent-ils, espérons que ce sera à la barre d’un tribunal.

    Je me permets de vous renvoyer vers deux articles :

    http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=8634

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2008/09/30/le-piege-des-credit-default-swaps_1100669_3234.html

    Ça laisse rêveur.

  • Blog-Tone : Qui se sent merdeux se torche, jeudi 2 octobre 2008

    Blog-Tone : Qui se sent merdeux se torche, jeudi 2 octobre 2008

    Qui se sent merdeux se torche.

    J’ai enfin pu lire quelques analyses un peu plus poussées sur la crise du crédit. Et si j’ai bien compris, les banques nous tiennent par les couilles.

    Afin d’obtenir toujours plus de pognon, elles jouent le chantage au crédit. Le jeu est simple. Les dépôts effectués auprès des banques doivent être garantis jusqu’à un certain niveau. C’est un système assez peu contraignant qui autorise en fin de compte les banques à utiliser comme elles le souhaitent les dépôts effectués par les agents économiques (entreprises et ménages). Seule une petite partie du pognon déposé dans une banque est réellement dans cette banque. Tout le reste circule dans un réseau financier mondial complexe à la vitesse de plusieurs milliers de milliards par jour. Par exemple, un de ces nœuds de circulation (Clearstream, la fameuse chambre de compensation) voit passer tous les jours mille milliards d’euros, à peu près, d’opérations financières en tout genre. C’est de l’argent, mais arrivé « à un tel niveau de concentration qu’il en devient image ». Afin de pouvoir continuer ce jeu, les banques ont, toutefois, besoin d’un peu de fraîche. En temps normal, les banques centrales sont là pour filer un coup de main ; chaque banque du coin a des dépôts obligatoires chez elles qui garantissent, pour faire court, les dépôts des clients et si y’a un soucis, elles refilent un peu de thune, histoire de boucler les fins de mois. Le risque aujourd’hui, c’est que les banques, comme elles ont joué avec un pognon qu’elles n’avaient pas, refusent de laisser sortir le moindre kopek de leurs coffres et se tournent systématiquement vers les banques centrales. Les banques centrales deviennent alors prêteuses en premier recours.

    Mais voilà, comme les banques ne veulent plus prêter, elles font plus leur boulot. Dans not’ beau système, « les prêts créent les dépôts » ; c’est parce que les entreprises empruntent que les gens ils ont un boulot, donc de la thune, donc des dépôts chez les fafioteurs. Alors qu’est-ce qu’ils disent cézigues ? Que si on leur donne pas de flouze, ça sera tintin pour les entreprises. Ce qu’on appelle le « crédit Crunch ». En d’autres terme, si vous voulez qu’on vous en prête, c’est dans le cul la balayette. Nous voilà donc en plein chantage des banques. Et le risque de récession est réel ! À force de proposer des placements merdeux à 25%, les banques (et les assureurs, voire les supermarchés) ont créé des produits financiers tout pourris qui reposaient sur du rien. Une véritable cavalerie. Alors ? Ben va falloir banquer. Et derrière, rien ne sera fait. Cette crise a déjà eu lieu, tout ce petit monde était au courant, au Japon, y’a pas très longtemps, mais ça marche tellement bien en temps normal qu’y’a aucune raison de tout changer. Donc on va payer. Personnellement, je fais mien le fameux proverbe grec (merci Sana !) « Quand ton ennemi t’encule, surtout ne bouge pas, tu pourrais le faire jouir ». Et si on ne payait pas ?

  • Blog-Tone : Il n’est pire aveugle… mercredi 1er octobre 2008

    Blog-Tone : Il n’est pire aveugle… mercredi 1er octobre 2008

    Il n’est pire aveugle…

    Dans le cadre chaleureux de quelque débat télévisé, j’ai eu l’occasion d’assister à une passe d’arme entre économistes, journalistes et analystes financiers. Ce genre de rendez-vous se sont multipliés ces derniers jours. Dans le contexte actuel, cela semble normal. Cela s’appelle le besoin d’information légitime des spectateurs. Vous êtes chez vous, au calme et soudain vous vous retrouvez assaillis par les informations. Vous découvrez une crise. Un événement sous vos yeux. L’Histoire ! Bref vous en demandez plus ; paraît-il. Donc, un débat. Alors qu’ai-je ouï…

    D’abord, qu’il ne fallait pas paniquer. Ce qui est déjà pas mal. Tout est fait pour que nous paniquions. Rythme des informations, grandiosité (ben quoi ?) des chiffres, excitation des commentateurs, multiplication des annonces officielles et analyses définitives sur la fin de quelque chose. J’ai donc appris que le modèle politique américain s’était effondré (!), que l’État avait son rôle à jouer dans la régulation de l’économie, que le capitalisme avait des hauts et des bas mais que le communisme c’était pire, que seul un effort collectif permettrait de sortir de la crise, etc. Disons que tout était fait pour que le spectateur se sente concerné par ce qui se tramait dans le calme des agences financières. Nous devions nous préparer à mettre la main à la poche. Que c’était notre devoir. Mais que le capitalisme c’était une bonne chose, et qu’il fallait simplement le réguler un peu. L’État intervient en notre nom pour éviter une débâcle. Afin de préserver notre épargne, notre argent. Nous allons donc payer pour des entreprises qui ont passé ces dernières années à virer du monde pour améliorer leurs profits, à maximiser leurs profits en jouant sur des produits purement spéculatifs afin d’atteindre le sacro-saint pourcentage à deux chiffres de rendement, à augmenter tous les frais possibles et imaginables jusqu’à en créer de nouveaux (paiement des opérations sur chèques, coût des retraits dans les agences concurrentes, frais de dépassements…) Certaines de ces entreprises se sont mises en danger pour acheter des concurrents et ces opérations, nous allons les payer. À perte qui plus est. A-t-on jamais vu gouvernement de droite (je précise, mais c’est purement rhétorique) demander un remboursement quelconque pour l’aide apportée à une entreprise d’intérêt national ? J’ai même vu cet e….. de Seillière (qui nous doit plusieurs milliards je le rappelle) se réjouir du pognon que venait de rafler ses misérables comparses à nos représentants.

    Dans ces conditions, demander l’interdiction des licenciements, le remboursement des aides apportées aux entreprises qui licencient malgré leurs bénéfices et la pénalisation du droit des affaires, entre autres choses, paraît être la moindre des choses. Je rajouterais la castration des banquiers, mais par bonheur ils n’en ont pas.

  • Blog-Tone : Petit message à l’attention des anti-américains primaires… mardi 30 septembre 2008

    Blog-Tone : Petit message à l’attention des anti-américains primaires… mardi 30 septembre 2008

    Petit message à l’attention des anti-américains primaires…

    Regarder les infos à la télé, ça permet de rester informé, mais qu’est-ce que ça rend con ! A force de me faire défoncer les yeux et les oreilles par les analyses à chaud et autres réactions en direct, j’ai fini par oublier quelques petites choses fondamentales. Et d’abord que les États-Unis ont été fondés par des protestants. Ça a l’air idiot dit comme ça, mais c’est pourtant le cœur du « truc » (esprit du peuple, nation, idéologie… pour le coup je n’ai pas d’idée arrêtée ; je pencherais plutôt pour l’idéologie américaine, mais j’ai l’impression que c’est plus que ça. Max Weber en avait déjà largement causé). La Grâce, l’effort, la responsabilité individuelle pour n’en citer que quelques-unes, sont des conceptions de la place de l’homme dans le monde toujours aussi présentes. Et l’idée simpliste selon laquelle le capitalisme américain est autonome, anhistorique, impérialiste, soutenu par un peuple entier, empêche de lire correctement ce qui se joue en ce moment outre-atlantique.

    L’éclatement de la bulle spéculative immobilière a touché des entreprises financières qui depuis plusieurs années faisaient des bénéfices à deux chiffres. Sans création de valeur. L’impossibilité devant laquelle se sont trouvés des milliers de familles américaines à rembourser les prêts shylockiens (les taux usuraires sont au moins limités et réglementés) sur lesquels s’appuyaient de nombreux produits spéculatifs a simplement, mécaniquement, de manière prévisible, fait s’effondrer un pan de cette économie virtuelle. Dans cette affaire, les seuls floués ont été les petits propriétaires expulsés de leurs maisons pour défaut de paiement. Ce fait n’a pas été oublié lors des débats d’hier au parlement américain. L’administration Bush, à laquelle a été associée la future administration Obama, avait en tête de garantir la solvabilité de cette partie du système bancaire qui s’était développée sur l’absurde cavalerie financière des subprime. Les réactions de beaucoup d’Américains (un peuple qui, je le rappelle, n’hésite pas à lutter pour ses libertés) a forcé ses représentants à mettre les responsables de la crise face à leurs responsabilités. Beaucoup d’emplois seront perdus, de la valeur sera détruite, mais au moins le peuple américain aura montré son caractère.

    En France, c’est une pantalonnade qui se joue. Notre parlement est aux ordres, j’ai noté quelques réactions mais rien à voir avec ce qui se passe de l’autre côté. Nos administrations vont voler au secours de nos si incompétents dirigeants économiques. Nos élites sont d’une bêtise ! et ça ne date pas d’hier (il suffit de lire Benda, ou plus récemment Todd). Pour comprendre ce qui se passe, il faut commencer par éteindre la télé, la radio, arrêter de lire la presse française et lire les anciens. Comme dit Chérèque, on cherche à nous enfumer. Et il sait de quoi il cause.

  • Blog-Tone : Alors, obèse ? lundi 29 septembre 2008

    Blog-Tone : Alors, obèse ? lundi 29 septembre 2008

    Alors, obèse ?

    Moi qui suis fumeur, je connais bien le problème qu’affrontent la plupart des obèses. Et je parle des obèses très tranquillement, puisque l’ayant été, j’ai toute licence sur le sujet. Pour être obèse, il ne suffit pas de grignoter, ou de manger beaucoup. Il y a certainement des trucs avec les hormones, l’habitude, l’hygiène physique… enfin la manière dont le corps va traiter ce qu’il ingère. Il est tentant lorsque l’on est obèse de se défausser sur je ne sais quelle fatalité qui empêche de retrouver un poids plus correct, moins dangereux pour le corps. Comme il est parfois plus que tentant d’en faire de même lorsque l’on fume. Personnellement, je fume parce que j’aime ça, tout en connaissant les risques que je prends. On peut m’objecter que dès lors, je devrai assumer seul les conséquences de mon addiction ! Je suis certain que, comme le font déjà certains assureurs, la sécurité sociale refusera un jour de traiter les pathologies qui touchent les fumeurs. L’obésité prend ce chemin délicat qui mène à l’exclusion. Stigmatisés, obèses et fumeurs mènent le même combat. Et affrontent les mêmes problèmes.

    Le tabac est surtaxé. Le prix de la clope est quasi prohibitif, et il va encore augmenter. Il est évident que cela a des effets directs sur sa consommation. Et sur certaines maladies, notamment cardiaques. Lorsque je vois toutes les saloperies qui se retrouvent dans la fumée que nous inhalons, j’ai un léger frisson. Et cette question me vient : qui a mis ça dedans ? Et quel est le lien entre les molécules présentes et les maladies causées. Je ne conseille à personne de commencer à fumer, c’est un choix qu’il faut avoir fait en connaissance de cause ; informer sur ce sujet est fondamental, mais diaboliser est une belle connerie. Et puis faire le lien, comme une évidence, tu fumes donc tu tousses, comme si il n’y avait pas d’autres facteurs… ou tu manges des bonbons donc tu es gros. Une alimentation toute pourrie, c’est effectivement un facteur de risque, mais quels peuvent être les effets d’une augmentation du prix des sucreries ? Est-ce que le sucre est le seul facteur favorisant l’obésité ? Est-ce qu’une simple campagne d’information sur les risques d’une alimentation mal équilibrée suffit (je pense à l’abject mangerbouger.fr) ? Et si la solution était plus simple : arrêter d’utiliser les produits bas de gamme comme déversoir pour tous les déchets de la chaîne agroalimentaire. Quand on n’a pas le sou, on bouffe de la merde. Pourquoi ne pas assainir l’industrie agroalimentaire ? Ou plus simplement, lutter contre la pauvreté.

    Sur ce, Shana Tova !

  • Blog-Tone : Talon de fer et rideau de fer, vendredi 26 septembre 2008

    Blog-Tone : Talon de fer et rideau de fer, vendredi 26 septembre 2008

    Talon de fer et rideau de fer

    Et ce qui m’étonne et m’étonnera toujours, c’est que ça marche. Prenez un air martial, un ton définitif, puis dites que la catastrophe est proche mais qu’on va tout faire pour remonter la pente, ensemble, que le plus dur est devant nous, etc. Le petit rat qui s’occupe du chômage là-dessus nous dit que ça va exploser mais que c’est pas leur faute, l’hystéro qui gère la thune que c’est la récession et que le budget va être bordélique, la taulière des tauliers que c’est un onze septembre bancaire, etc. C’est si évident, si simple dans son exécution, tellement gros, que ça passe. Un grand communicant qui revient à la mode le disait : la foule est plus à même de croire un gros mensonge qu’un petit mensonge. Susciter la panique pour obtenir l’obéissance ; un vieux truc. Alors ? Pour masquer ses saloperies, la petite oligarchie qui soutient le Louis-Napoléon de Neuilly met en scène une crise pour gagner plus en faisant travailler plus les autres, pour pouvoir gratter encore plus de pognon à l’État. Comme il l’a dit à Toulon, l‘État interviendra pour protéger l’épargne des petites gens, non pas en renforçant les pouvoirs de la Caisse des Dépôts, par exemple, dont c’est la mission initiale, mais en… ça il l’a pas dit, mais je suis prêt à parier qu’il fera comme d’habitude, en refourguant de la fraîche à ceux dont les bilans comptables seront les mieux trafiqués. Toutefois, et contrairement à ce qui est ressassé ad nauseam, il existe des règles comptables internationales très strictes, une réglementation bancaire internationale qui s’impose à tous les pays, même si les organes chargés de ces contrôles ne sont pas toujours à la hauteur, bref le capitalisme est régulé et qu’il suffit que les États imposent ces règlementations souvent draconiennes. Mais il est tellement plus facile de dire que rien ne va, que rien n’a été fait, que le passé n’existe pas, et que tout doit se faire maintenant. Du passé faisons table rase disions-nous, c’est le nouveau mot d’ordre du capitalisme triomphant. Le mot d’ordre de toutes les dictatures. Quelque chose d’important est en train de se mettre en place sous nos yeux, un mur entre nous et notre passé se construit. Un nouveau rideau de fer.

  • Blog-Tone : Points de suspension… jeudi 25 septembre 2008

    Blog-Tone : Points de suspension… jeudi 25 septembre 2008

    Points de suspension…

    Précision. J’ai oublié d’évoquer dans mon blog d’hier une mécanique classique qui a son importance. Les tensions à l’intérieur même de l’Empire l’obligent à se tourner vers l’extérieur. Nous retrouvons cette mécanique dans le capitalisme. C’est ce que j’ai appelé plusieurs fois dans ce blog « les fronts pionniers », le besoin de dévorer des espaces. Et que l’on retrouve, d’une certaine façon, chez Gabel lorsqu’il décrit les processus de spatialisation du temps, mécanique fondamentale de la réification et de la fausse conscience. Cette négation des contradictions internes « détemporalise » le phénomène qui prennent la forme des antiennes classiques : « Notre Empire est éternel », « le capitalisme est naturel »… mais encore les troubles schizoïdes.

    Brèfle. Profitant honteusement de la présence d’un poste de télévision dans mes environs visuels immédiats, j’ai regardé, affalé comme il se doit, un reportage intéressant sur le retour de l’Etat en Nouvelle Zélande. Dans les années 80, ce pays s’était lancé (le gouvernement de ce pays…) dans un vaste programme de privatisation de ses services publics (entendus au sens large – Banque, Assurance, Chemins de fer…). A la fin de cette décennie d’ouverture des capitaux, une panne d’électricité de six semaines dans la capitale économique, Auckland, a obligé les élites politiques locales à repenser la place du politique dans l’économique ; toute honte bue, les travaillistes au pouvoir durent renationaliser quelques services fondamentaux : banques, chemins de fer, distribution d’énergie… Mais le mal était fait ; de nombreuses villes de province étaient en crise, le système de protection sociale en lambeaux et les infrastructures obsolètes. Il faut à présent 12 heures pour parcourir les 600 km entre Auckland et Wellington, les grandes industries sont aux mains de capitaux spéculatifs notamment australiens, les aides sociales inexistantes. Le retour en arrière est impossible même si la situation semble s’améliorer. Par contre, le nationalisme local se porte bien. Plutôt que de lancer une vaste réforme économique et faire une politique sociale de gauche, les travaillistes locaux ont excité la fibre patriotique des descendants de prostituées, bagnards et autres massacreurs d’indigènes. Résultat des courses, les petites gens travaillent plus pour gagner moins, la situation économique est florissante et les étrangers (hors touristes) ne sont pas les bienvenus. Y’a un climat. C’est toujours intéressant de regarder les pays en pointe dans ces affaires, ils nous en disent long sur notre avenir immédiat.

  • Blog-Tone : Une histoire d’Ours, mercredi 24 septembre 2008

    Blog-Tone : Une histoire d’Ours, mercredi 24 septembre 2008

    Une histoire d’Ours

    Sur notre promontoire eurasien, l’inquiétude règne. Car LA question se pose encore. Comment arrêter une civilisation aussi dévoreuse d’espace ? L’impérialisme Russe semble être aussi vivace qu’au XVIème siècle et l’épisode de résorption de la fin du millénaire s’être achevé. Ce qui me surprend toujours avec la Russie, c’est sa capacité à ne pas imploser. Par quel « miracle » des peuples aussi différents peuvent-ils coexister dans un même Etat ? On ne peut pas parler de volontariat, ou de vouloir-vivre-ensemble, toutefois, l’appartenance à cet immense ensemble n’est pas sans contreparties. Certes, les peuples absorbés ont perdu leur autonomie historique, mais une intégration par le haut a toujours joué en faveur de ces nations. L’armée, le clergé, l’administration, la noblesse d’Etat pour faire court, mais également les noblesses locales, ont cimenté cet ensemble en s’appuyant, avant tout, sur la slavité et l’orthodoxie. En reprenant le flambeau de Constantinople et en devenant par là même la troisième Rome, l’orthodoxie a amené avec elle les expériences impériales romaine et byzantine. D’une certaine manière l’Empire russe est la suite historique de l’Empire romain.

    Bon, mais alors c’est quoi cette idée de zone de libre échange économique entre l’Union européenne et l’Empire russe ? J’en reste sur le cul. A chaque fois que l’Europe s’est tournée vers la Russie, nous avons connu la guerre. Ceux qui ont fait un minimum d’études le savent. La puissance russe doit être contenue. Se laisser séduire par l’esprit Grand-Russe est dangereux, mais l’ignorer est impossible. Ce n’est pas une coopération qu’il faut proposer mais une opposition. La diplomatie européenne ne fait pas le poids face à son homologue russe. Militairement, nous sommes des nains. Alors c’est quoi le calcul dans cette affaire ? Je crois que nos petits diplomates pensent pouvoir tenir l’ours en chaîne économiquement. C’est tellement idiot que j’ose à peine l’écrire. Si cette zone de libre échange devait voir le jour, il est clair que c’en sera fini de l’Union Européenne. Qu’un nabot syphilitique y ait pensé ne m’étonne pas plus que ça, mais que cela puisse advenir me terrorise.

  • Blog-Tone : La fatalité. 23 septembre 2008

    Blog-Tone : La fatalité. 23 septembre 2008

    La fatalité

    J’ai entendu, aujourd’hui, une fois de plus, sortant de la bouche d’un dirigeant d’une puissance moyenne de la périphérie de l’Europe, cette idée qu’il fallait moraliser le capitalisme financier. Ça ne mange pas de pain, c’est devenu un classique de ces périodes de soubresaut. Et nous savons à présent que ce ne sont que des paroles en l’air. Disons des paroles de réconfort. Que rien ne sera fait. C’est une illusion. Il n’est pas possible de moraliser le capitalisme, quelque soit le qualificatif qui lui est joint. Le capitalisme est un système de valeurs, une manière d’appréhender l’homme dans sa globalité, une vision du monde plus qu’un simple système économique. C’est à force de mauvais emploi du terme que la confusion a été rendue possible. Le capitalisme est une idéologie.

    « Moraliser le capitalisme financier » c’est simplement trouver les justifications adéquates aux souffrances qu’engendre pour de larges franges de l’Humanité la crisouille actuelle. Le capitalisme détruit le travail pour générer des profits. Il a besoin pour se développer de terreaux fertiles, de grands espaces. La crise des subprimes est une conséquence de l’exploitation des travailleurs pauvres américains. Vaste espace. Et l’on voit bien que sans grands espaces à exploiter le capitalisme engendre ce bon vieux réflexe si humain : la guerre. La terreur est consubstantielle au capitalisme, elle permet de tenir l’humanité enchaînée, dans sa forme la mieux organisée ce système de terreur s’appelle le nazisme. Le ventre d’où est sortie la bête immonde est toujours fécond. Notre peur est maïeutique. Il nous faut lui résister.

  • Blog-Tone : Le Four est tini…, 28 juillet 2008

    Blog-Tone : Le Four est tini…, 28 juillet 2008

    Le Four est tini…

    J’ai suivi avec un intérêt nauséeux la dernière étape du Tour, celle qui menait la caravane sur les Champs-Élysées. Pas seulement parce qu’elle foutait le tournis cette étape (près de 50 bornes à monter et descendre les Champs) mais aussi (voire surtout) pour les commentaires éclairés des spécialistes de l’épreuve, j’ai nommé les commentateurs sportifs. Une bien belle espèce s’il en est. Les trois premières heures se passèrent en dérives sur le Tour, le cyclisme, la France, les retransmissions sportives, les vannes à 30 centimes d’euro, la gloire journalistique, jusqu’aux stratégies adoptées par les différentes équipes, les grands moments de ce Tour (ce fut rapide) et surtout que ce Tour il était propre. Bilou (alias Bilalian), chef des gens qui commentent les sports sur l’ORTF, nous en a sorti de bonnes.

    Avec des trémolos dans la voix il causa avec sa sérénité habituelle de la force du Tour, du professionnalisme des suiveurs, des équipes techniques, de l’importance de montrer la France qu’elle est belle et que c’est une fête populaire. Et là, il s’est embarqué dans des trucs pas trop clairs le bilou. Car monsieur dépêches (un téléscripteur à la place du cerveau) ne sait pas bien mentir, tout en parlant de fête populaire, il ne pouvait s’empêcher de faire montre d’un mépris sans bornes pour ce petit peuple qui bouffe des merguez retraitées, du mauvais rosé, dans ses caravanes sans conforts, en short délavé, tee-shirt publicitaire et charentaises aux pieds. Le peuple, ça pue. Chassez le naturel, il revient en vélo (comme disait Pierô).

    Et puis il y a eu ce long intermède sur les étapes du Tour hors de France. Un enchaînement de commentaires sur la beauté de la France, sur l’inutilité d’aller voir ailleurs, sur la qualité des petites routes de France, des petits villages de France, des petits coins magnifiques de France, bref la grandeur de la France dans tout ce qu’elle a de petit. Que faire un tour en Espagne ou en Italie, c’était pas nécessaire, et qu’après tout, ça n’apportait rien au niveau sportif.

    La France elle est belle, le Tour il est beau, tout va bien. Mais tout serait parfait si seulement la France du Tour pouvait être propre.

  • Blog-Tone : Le Tour, 24 juillet 2008

    Blog-Tone : Le Tour, 24 juillet 2008

    Le Tour

    Donc. Pendant ce long mois et demi de silence, pas mal de choses se sont passées. Rien qui ne vaille vraiment la peine de s’user le ciboulot, mais nonobstant (quel joli mot) y’a une accumulation.

    Qu’avons-nous vu ? Une photo grand format qui disparaît de la devanture de l’échoppe du Maire de Paris, un Premier Ministre plié en et divisé par deux, un footballeur de haut niveau au cœur déformé, une femme politique qui fait de la variétoche quand une autre se fait cambrioler, Mozart qu’on assassine à Aix, un cobra qui se shoote… et de toutes ces nouvelles qui ont fait la une (tout dépend de quoi), je dois avouer que seule la dernière m’a vraiment intéressé.

    Ricco se dopait. Tout ce petit monde le savait, il fallait seulement le prouver, trouver la faille. Une EPO indétectable mais qui pendant l’effort laisse sa trace dans les urines. Et voilà le travail. Fallait bien chercher. Il fallait savoir qu’il y avait quelque chose à chercher, utiliser les outils adéquats, et enfin trouver un marqueur incontestable. Puis se fut l’exclusion de l’athlète. Puis le départ de l’équipe. Toutefois, j’ai perçu quelques signes de déception. Venant d’un peu partout, mais surtout de la presse, l’idée que ce tour était un peu lent, que c’était un tour de transition, que le spectacle n’était pas vraiment là (la montée de la Croix de Fer fut exemplaire), qu’il manquait quelque chose, ces moment d’anthologie qui font l’épopée, qui font l’histoire du tour. Oui mais voilà, sans dope…

    Car nul ne peut placer plus de deux accélérations dans une montée à 10% sans artifices (Sastre n’en a placé qu’une et a mis quatre minutes de plus que Pantani et consorts pour monter l’Alpe d’Huez), nul ne peut lutter contre un peloton en chasse, nul ne peut gagner deux étapes de montagne d’affilée etc. C’est facile à comprendre, pas de dopage, pas de spectacle. Et si spectacle il y a, il décevra tout le monde. Imaginez une course d’équipe avec bons de sortie, des arrivées en sprint massif, un tour de baroudeurs, sans l’exploit du chiffre, sans la souffrance de ceux de devant, un tour qui se fait à l’arrière, à la pédale, dans le dur, un tour d’ouvriers. Et ça, la télé n’en veut pas.

    Le tour dévore. Flétrit les chairs. Brise les corps. Vomit son insanité fondamentale. De la merde dans le sang des coureurs pour de la merde dans l’estomac des voyeurs, de l’EPO pour mieux vendre du boudin. Bref, une traînée publicitaire.

    Alors soyez logiques, rendez-nous Ricco ou arrêtez tout !

  • Blog-Tone : Hymen, jeudi 5 juin 2008

    Blog-Tone : Hymen, jeudi 5 juin 2008

    Hymen, jeudi 5 juin

    Bien évidemment, commenter une décision de justice est une chose qui ne se fait pas. D’ailleurs, rares sont les hommes politiques (et donc les femmes politiques, puisqu’il faut accoler un féminin à un masculin, manière de bien marquer la séparation et d’insister sur la concession faite, comme on pourrait dire encore — comme cela se fait aux États-Unis, mais évidemment pas en France — un homme politique noir, ou afro-français — j’imagine… —, ou une femme politique arabo-française — voire islamo-française, mais là encore je délire —, il serait même pensable de prendre quelque partie d’un individu et de l’essentialiser — la séparer, j’insiste — et de conclure que si l’un ne va pas sans l’autre, comme la tradition est la sagesse du monde, qu’il n’y a pas de contrainte en religion — vous n’en reviendriez pas si je vous disais que ce sont les stricts observants d’une religion fort décriée qui le soutiennent —, qu’un voile peut s’accrocher à une branche — ah ! souvenez-vous de ces chevauchés dans les films de cape et d’épée, dans ces romances où la trinité voile/cheval/donzelle passait par l’accrobranche (qui est devenu est véritable activité m’a-t-on dit) et une tache de rouge quelque part — et que le vote des femmes blanches de plus de 50 ans qui vivent dans les Appalaches est captif, nous devons convenir ensemble d’une chose bien délicate, l’hymen n’a rien de religieux, sauf chez les catholiques) qui l’ont fait.

    J’ai — je passe à autre chose — l’occasion de lire quelques articles sur la chirurgie de l’hymen et le passé politique d’Hillary Clinton, et je me suis demandé s’il était possible de refaire la virginité politique de quelqu’un (j’allais dire d’une professionnelle, mais je crois que cela aurait été de fort mauvais goût) dans un monde post-racial (énhaurme !) où le seul changement brandi comme maxime de toute action peut suffire pour accéder à la magistrature suprême. Obama, en toute justice, vient d’être désigné (on dit nominé aux États-Unis) pour représenter le Parti Démocrate aux prochaines présidentielles, et je n’ai pas pour habitude de commenter des décisions de justice. Amen !

  • Blog-Tone : Libération, 14 avril 2008

    Blog-Tone : Libération, 14 avril 2008

    Libération, 14 avril 2008

    Une crise surprenante qui ne surprend personne. Les grandes organisations internationales s’y attendaient, les acteurs principaux des marchés mondiaux la préparaient, les prévisionnistes l’avaient décrite. La grande crise alimentaire a commencé. Sous nos latitudes, elle prend le nom de baisse du pouvoir d’achat, sous leurs latitudes, famine. Ses causes sont tellement nombreuses, qu’il semblerait raisonnable de se demander comment il aurait été possible de l’éviter. Modification du climat, crise financière, spéculation sur les marchés des matières premières et dérégulations, hausse du pétrole et investissements massifs dans les biocarburants, baisse des aides aux pays du tiers-monde, évolution des modes de consommations des géants du sud… Ce que je trouve admirable dans ce constat, c’est qu’il oblige. À partir du moment où une situation est devenue incontrôlable, où trop de critères sont en jeu, il devient obligatoire de prendre des décisions, de mettre en place des mesures drastiques, de combattre avec « courage », par « sens du devoir », par « obligation morale », dans « l’urgence humanitaire », etc. Bref, il faut agir.

    Les putes de supermarché qui nous gouvernent vont nous déballer leur sempiternelle camelote, nos éditorialistes préférés vont écrire la plume dans le cul qu’il faut réguler tout ça, qu’il y a eu urgence, les déchets de notre classe dirigeante évacués dans les différentes organisations internationales vont nous expliquer doctement qu’il fallait s’y attendre… Cela me fait furieusement penser aux réformes de la Protection Sociale. Il suffit de ne pas financer, de laisser pourrir une situation pour ensuite expliquer qu’il n’est pas possible de continuer comme ça, qu’il faut réformer, couper dans le vif et faire preuve de « courage » et de « sens du devoir ».

    « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. » (Allocution de Nicolas Sarkozy prononcée à l’Université de Dakar)

    Le talon de blé est à l’œuvre, de l’autre côté. Nos dents creusent leurs tombes.

  • Blog-Tone du 1 avril 2008 : We’ll have to talk about that

    Blog-Tone du 1 avril 2008 : We’ll have to talk about that

    We’ll have to talk about that

    Il me semble que c’est en cherchant de nouvelles choses à voir sur le site de HBO que j’ai croisé cette série ; In Treatment. Depuis que je m’y suis mis « sérieusement », j’ai multiplié mes sources d’information. Il y a bien évidemment les sites des grands chaînes américaines (dont HBO), le site de la BBC, qui produit d’excellentes séries, le site a-suivre.org, un collectif d’amateurs du genre qui va gratter un peu partout des informations sur les séries, les feuilletons et les téléfilms, et enfin Libé qui a une petite rubrique qui vaut le détour.

    Dès le premier épisode, le ton est donné ; une pièce, deux personnes, peu de mouvements de caméra. 22 minutes. La réalisation se concentre sur les acteurs et le texte. La tension est forte. Beaucoup de silences. Ici on parle. Les histoires personnelles servent de décor. Gabriel Byrne est Paul, psychanalyste américain, ancien jeune-turc. Nous sommes invités à suivre quelques-uns de ses clients. Des cas spéciaux, pour lui. Le lundi, ce sera Laura, le mardi Alex… et un couple. Et puis en fin de semaine, c’est Paul qui retrouve son ancienne psy. Il parle de lui, de ses clients, de ses difficultés. Ces clients si spéciaux, c’est sa manière à lui de continuer sa psychanalyse, il en parle très directement, les mots animent les visages ; les gestes sont rares, on se lève pour prendre une respiration, on se replace sur son fauteuil, on se mouche. Ça évacue beaucoup.

    In Treatment est une série israélienne (BeTipul), réécrite pour le public américain. L’adaptation en a été faite par un réalisateur déjà croisé chez les « Sopranos », « Six feet under » ou encore « Carnivàle », Rodrigo Garcìa. Je ne sais pas si en France une chaîne la diffusera. J’espère. Ça vaut le coup d’œil. Le dernier épisode de la première saison a été diffusé le 28 mars.

  • Blog-Tone : The 4400, 24 mars 2008

    Blog-Tone : The 4400, 24 mars 2008

    The 4400

    Quand un phénomène angoissant surgit, il existe deux manières de l’aborder. La première consiste à analyser ce phénomène comme la résultante d’un processus interne au sujet. Il s’agit alors de comprendre ce qui dans le sujet a permis l’émergence d’un tel phénomène. Il faut alors analyser ce sujet, dévoiler ses mécaniques internes et relier ces dernières au phénomène. Il devient possible de trouver des solutions adéquates et faire en sorte que de tels phénomènes ne se répètent pas. C’est très général tout ça, mais c’est volontaire. La deuxième manière de l’aborder est de considérer que ce phénomène est indépendant du sujet, qu’il est extérieur et que son apparition est fortuite. Dans ce cas, il suffit de bombarder l’Irak.

    Tout le propos des 4400, série bien comme il faut et fort sympathique à ses débuts, est de mettre en garde l’humanité (puisque tout le monde est abonné à Hollywood) contre les dangers qui pèsent sur l’avenir du monde. L’apocalypse est à nos portes, elle est pimpante et rayonnante, elle attend juste un peu que toutes les conditions soient bien réunies pour débarquer. Alors que faire pour que ce qui doit arriver n’arrive pas. Les 4400 ont la solution, il faut que dans des milliers d’années, les hommes aient atteint un niveau technologique tel qu’ils puissent venir capturer quelques clampins du millénaire qu’on vient de quitter, les modifient et les renvoient au début de ce millénaire pour qu’ils puissent, sans que quiconque se bouge le cul, sauver l’humanité, la terre et le peuple Américain. Parce qu’eux, ils ont un vrai projet pour l’avenir, avec des vrais moyens, car certainement ils ont eu de vrais débats…

    Ceci dit, cette manière de voir les choses a un nom : la providence. D’autant plus facile à gober outre-atlantique que « provide » est largement usité. Nous on a les sauveurs, les hommes providentiels, les leaders charismatiques, ça évite de se prendre la tête avec des choses compliquées à comprendre et d’agir de manière « intelligente ». Comme disait l’autre avant de jouer avec son flingue sur le bord du canal : « Ma politique n’est ni de gauche, ni de droite, elle est bonne ». Ou à peu près. Tous unis, E.T. va nous sauver et faisons la guerre en Afghanistan.

    J’ai un peu dérapé sur la fin on dirait.

  • Blog-Tone du 14 mars 2008 : J’écris, tu… ?

    Blog-Tone du 14 mars 2008 : J’écris, tu… ?

    J’écris, tu… ?

    Les livres tenaient salon. Grands et petits, minces et gros, chers et accessibles, brillants et fades, lourds et légers, colorés, noir et blanc et monochromes, souples et rigides, brochés et reliés, in-quarto et in-folio, parfois illustrés, parfois non coupés, seuls et en collection, avec et sans collaborations, neufs et d’occasion, romans, nouvelles, poèmes, encyclopédies, dictionnaires, bandes dessinées, de poche, d’étude, recherches, d’agrément, guides, de recettes, monographies, biographies, photographies, récits de voyages…

    Tant mieux.

    « Peut-être que ce que je suis en train de commencer ne sera qu’une de ces nombreuses histoires dont je n’arrive à écrire que le début. Nombreuses… en fait une dizaine, tout au plus. Mais elles se ressemblent toutes. Elles commencent par l’affirmation qu’elles finiront et s’achèvent en plein récit au bout d’une centaine de lignes. A peine des histoires en fait, des ébauches de commencement. Des petits débuts. Le premier trait de ce qui s’annonce soi-même comme une grande fresque. A chaque fois, j’exprime dans ces prémices ma volonté de mener au bout quelque chose d’important, qui va me dépasser par sa complexité et surtout sa longueur. Je rêve dans ces premiers mots des cent milles qui doivent suivre, de l’immense voyage qui doit débuter, d’une traversée onirique d’un monde que j’ai en moi, presque achevé mais inachevé parce qu’inécrit. Je sais que j’ai assez de mots pour tout dire de ce que j’ai presque sous les yeux, chaque forme, chaque idée mais quand il s’agit de mettre ceci devant moi sous une forme exprimée, je n’arrive à saisir que le moment fugace d’une ligne, d’un mouvement, un visage. Je ne cherche pas à toucher une chose par une multitude d’approches, comme l’objeu de Ponge, mais à écrire la multitude en moi d’une seule manière. Par l’écriture construire en le mettant là, devant moi. L’obje. Un univers vaste qui tient en une chose et dont la seule cohérence est encore d’être inécrit. »

  • Blog-Tone : L’antépénultième degré, 08 mars 2008

    Blog-Tone : L’antépénultième degré, 08 mars 2008

    L’antépénultième degré, 08 mars 2008

    L’art de perdre son temps est un art qui se perd. C’est dans l’esprit du temps. Et c’est fort dommage. Les seuls qui défendent encore cette manière d’être arguent que perdre son temps, c’est souvent le gagner, car l’efficacité n’a rien à voir avec l’usage rationnel du temps. Ce qui est peut-être pire que de condamner tout simplement celui qui perd son temps parce qu’il le perd. On serait encore autorisés à perdre raisonnablement son temps pour des raisons rationnelles. Nous sommes tombés bien bas.

    Perdre son temps, c’est perdre son temps. Et la seule raison de cette perte de temps c’est de le perdre. On n’a rien à y gagner, cela ne permet rien, n’ouvre aucune perspective. On perd son temps. Car le temps, nous en avons tous de reste. Nous en sommes largement pourvus. Pourtant nous nous battons pour ne pas en avoir, pour que le temps à perdre soit perdu pour nous. Nous mettons tout en place pour ne pas avoir à supporter ce temps à perdre qui pour moi importe le plus. Ce n’est pas un temps pris sur du temps passé à faire quelque chose, c’est le temps originel que nous sauvons de quelque chose à faire pour son usage fondamental. Tous nous nous battons pour créer du temps utile à partir d’un temps qui n’est autre que nous-même sous notre forme la plus simple. Notre temps.

    Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic. Tac. Tic…

    Perdre son temps est devenu la chose la plus difficile qui soit. Et la chose la plus condamnable. Alors ne perdons pas un instant, perdons-les tous !

  • Blog-Tone : American Gladiators, 26 février 2008

    Blog-Tone : American Gladiators, 26 février 2008

    American Gladiators

    Quand j’étais plus jeune (phrase que j’ai de plus en plus l’occasion de dire ces temps-ci), j’étais fasciné par deux sports : le golf et le catch. Pas grand-chose de commun entre ces deux activités, sauf que je pouvais en suivre des retransmissions sur canal+. Le golf accompagnait avantageusement mes insomnies, quand au catch, c’était plus une activité télévisuelle post-scolaire. Et à force, j’ai fini par me laisser transporter par ces mises en scènes excessives, ces combats sur-joués, et les nombreux effets de manchette qu’occasionnent les affrontements grotesques que proposait, si je ne m’abuse, la télévision canadienne. Et rien que pour l’accent québécois des présentateurs, cela valait le coup. A l’époque la grande star du catch s’appelait Hulk Hogan. Il était impressionnant mais par rapport aux autres catcheurs, il était dans la moyenne. Ce qui le différenciait des autres était son goût prononcé pour la mise en scène, il avait des gimmicks que toute la foule reprenait, il trouvait un second souffle quand tous pensaient qu’il allait perdre, il savait jouer avec les nerfs des spectateurs et puis, il était champion du monde.

    Hulk Hogan était déjà depuis longtemps dans le circuit à l’époque. J’ai même du assisté à son dernier match professionnel il me semble. Il y a plus de quinze ans. Ensuite il a joué dans une série qui lui était consacrée. Il a animé des émissions. Un vrai pro de la com’. Cette année, il a repris le chemin des ondes en tant qu’animateur d’un show qui avait un grand succès au moment où il a arrêté sa carrière : American Gladiators. Le pitch… Des américains normaux affrontent des « gladiateurs » surentraînés dans une arène chauffée à blanc, lors d’épreuves souvent hallucinantes. Il y a des éliminatoires, puis deux demi-finales et un « Grand finale », à chaque fois, les concurrents, après avoir passé l’épreuve des gladiateurs, doivent s’affronter lors d’un parcours d’obstacles particulièrement éprouvant. Pour gagner 100 000 dollars, une bagnole et le droit de devenir gladiateurs eux-mêmes. L’éliminateur qu’ils l’appèlent. A chaque fois je m’accrochais à mon siège. C’est tellement bien foutu que je me laissais prendre au jeu. Je vibrais avec ces p’tits gars d’Amérique, qui jetaient toutes leurs forces dans cette dernière bataille. Comme on dit, ils luttaient contre eux-mêmes pour trouver la volonté de finir ces épreuves. Et là, c’est le drame…

    Toutes les mises en scène, c’est-à-dire celle de la vie de ces p’tits Américains, les enjeux personnels, la lutte contre les gladiateurs, puis l’épreuve finale, concentrent toute l’attention (focus) du spectateur et de l’acteur sur la puissance de l’individu (puissance de la volonté), sa sortie de son cadre social (déréalisation) et son entrée dans l’ordre des gladiateurs (réification). Et ce processus classique d’aliénation s’achève par la glorification de deux individus qui correspondent exactement au WASP moyen. Une émission fasciste dans ses modalités (l’individu est transcendé lors d’un parcours initiatique et intégré dans une structure de combat) qui en plus a servi lors de son épreuve finale à présenter un film (Vantage Point) dans lequel le Président des Etats-Unis est assassiné par des terroristes. Parce que j’oubliais un élément fondamental, pour entrer dans le Nouvel Ordre il faut dépasser LA peur.

    N’ayez crainte, cette émission arrivera certainement en France.

  • Blog-Tone : L’antépénultième degré, 25 février 2008

    Blog-Tone : L’antépénultième degré, 25 février 2008

    De loin, il était reconnaissable à sa démarche.

    L’antépénultième degré, 25 février 2008

    De loin, il était reconnaissable à sa démarche.

    A ses petits pas rapides. Ses pieds se projetaient légèrement vers l’extérieur et décrivaient de légers cercles qui faisaient cahoter ses épaules. Son buste rigide transmettait directement ses pas à ses cervicales, faisant dodeliner irrégulièrement sa tête. Il devait tous les vingt pas hausser les épaules pour calmer la douleur qu’inévitablement ressentait son cou. Sa petite taille accélérait ridiculement ce processus et donnait l’impression qu’il était en permanence excité. Ceux qui tentaient de le suivre devaient au bout d’un certain temps faire abstraction de lui et retrouver leur rythme sous peine de littéralement exploser. En sa présence les métabolismes se modifiaient et tous s’en plaignaient. « Je dois parfois me boucher les oreilles, fermer les yeux et compter jusqu’à cent pour retrouver mon calme » me disait encore hier un de ses amis. « Il semble toujours en train de combattre quelque démon intérieur » m’écrivait un de ses anciens collaborateurs.

    Je le connaissais depuis pas mal de temps, mais ces derniers mois tout allait plus vite. Les états qu’il traversait normalement en une semaine, il les traversait en ce moment en une journée. Il était changeant, irritable, et aucune de ses décisions ne pouvaient être discutées. Ce qu’il décidait devait être appliqué immédiatement, car il ne pouvait être dans l’erreur. Tout devenait urgent. Ce qui sortait de lui devait immédiatement prendre forme. Vous ne vous imaginez même pas à quel point ! Récemment il aurait fait une crise parce qu’un toilette était inaccessible, et pour passer ses nerfs aurait exigé que lors de ses nombreux déplacements un toilette lui soit toujours réservé. Il y a peu, il aurait exigé que sa secrétaire dorme dans sa chambre pendant ses déplacements au cas où il aurait une chose urgente à faire. Quand j’ai voulu en savoir plus, personne n’a osé commenter cette décision, mais son plus proche collaborateur m’a assuré que c’était strictement professionnel. Ce que je n’ai pas mis en doute.

    De loin il était reconnaissable à sa démarche et je le vois qui se rapproche de moi. Il ne m’a pas encore vu semble-t-il, il parle nerveusement à son garde du corps. Il porte des lunettes noires. Il paraît plus nerveux que d’habitude. Malgré moi je commence à angoisser. Il m’a vu, il me sourit. Je tente un sourire que je sens crispé, j’ai l’impression d’être avalé par quelque chose qui me dépasse, de rentrer dans une bulle où l’on a piégé un ouragan. Il me prend la main et me dit :

    « J’en peux plus de tous ces pauvres cons ! »

  • Blog-Tone : L’antépénultième degré, 18 février 2008

    Blog-Tone : L’antépénultième degré, 18 février 2008

    Le paon et la pintade

    L’antépénultième degré, 18 février 2008

    Le paon et la pintade

    De sa basse-cour, une pintade regardait amèrement un paon. Elle se disait, voici un oiseau tout plein de lui-même à exhiber ainsi toutes les plumes de sa queue. Il est arrogant, prétentieux et ridicule entouré ainsi de dizaines de petits oiseaux affolés par son hémicycle multicolore. Cette scène lui soulevait le cœur. Comment pouvaient-ils se laisser séduire par un animal aussi inutile ? Et elle pensait que tous ces improductifs méritaient bien ce petit roi, ce tocard, quand elle reine de sa basse-cour n’avait alentour que des animaux à la bonne chair, succulents et appétissants. Canards, dindes, oies, poules et poulets tous nécessaires à la vie de la ferme. Sans eux, rien de tout ceci n’existerait, même ce paon. Il serait crevé dans quelque recoin du sous-bois voisin, incapable qu’il était de se nourrir lui-même. Ce parasite la mettait hors d’elle. Elle préféra s’en aller rejoindre les siens et cacaber au milieu des cancanes et des cacarbes.

    Le paon ignorait superbement ses bruyants voisins qui dandinaient dans leur fange. Il préférait les doux tirelies de l’alouette, les trisses de l’hirondelle et les chants du rossignol. Il était fasciné par la légèreté de leur vol, leur souplesse, leur rapidité. Il se sentait reposé par leur présence lui qui toute la nuit avait veillé sur la tranquillité de la basse-cour. Sans lui rien de tout ceci n’existerait, ces volatiles patauds passaient leurs journées à se gaver et leurs nuits à digérer leurs festins. Il était seul aux aguets toute la nuit durant prêt à sonner l’alerte au moindre danger nocturne. Il était la dernière barrière contre les prédateurs de la nuit, renards et chiens sauvages. De plus, la beauté de son plumage fascinait les visiteurs et attirait de nombreux chalands. Il faisait la gloire et la richesse de ses maîtres. Enfin, il connaissait le terrible secret de la basse-cour, le cœur de son existence, seul il savait le grand mystère de ce lieu, l’abattoir où tous devaient finir. Il en était le protecteur désintéressé.

    Et chacun, pintade et paon, sûr de sa vraie valeur, criaillait qu’il était le vrai représentant du lieu au grand désarroi du fermier irrité par ces cris bruyants et disgracieux.

    Moralité, rendez-vous le 16 mars.

  • Blog-Tone : L’antépénultième degré, 15 février 2008

    Blog-Tone : L’antépénultième degré, 15 février 2008

    L’antépénultième degré, 15 février 2008

    Sarkin Sybol était fou.

    Nul n’en doutait. Mais personne n’en faisait trop cas. Après tout, il parlait bien. Et puis il était très dynamique. Il était également séduisant. Paraîtrait-il. Mais Sarkin Sybol était avant tout puissant. Indéniablement. Sarkin Sybol avait du pouvoir. Il avait du pouvoir parce que personne n’avait été capable d’en vouloir plus que lui. Il en avait même beaucoup. Il pouvait presque tout faire. Et tout dire. Et penser à haute voix. Et il aimait le pouvoir. Pour le pouvoir. Et pour ce qu’il permettait. Et peu s’opposaient à lui.

    Son pouvoir grandissait. Démesurément. A présent, il recouvrait tout. Nul n’y échappait. Rien n’était hors de sa portée. A quoi pouvait servir plus de pouvoir ? Si cette question avait le moindre sens, elle l’acquerrait à ce moment précis. Lui-même, dévoré par le doute, ne semblait plus savoir qu’en faire. Il l’avait dénudé. Il avait fait réapparaître les vieux stigmates. Il retrouvait dans cet excès cette volonté née de temps plongés obstinément dans l’oubli. Comme de la flamme d’un four dont on dit qu’elle brille trop. Sa lumière le brûlait de l’intérieur. Sa peur le soir d’être seul. Sa honte d’être abandonné. Son incontinence affective. Son excitation permanente. Et cette douce sensation que tout lui appartenait. Que rien ne s’opposait.

    Sarkin Sybol était fou. Mais il n’était pas fou seul. Il était fou à millions. Il était fou comme ceux alentour qui le disaient puissant. Il était comme un roi de carnaval qui refuserait que le soleil se lève. Un carnaval qui durerait cinq ans.

  • Blog-Tone : L’antépénultième degré, 11 février 2008

    Blog-Tone : L’antépénultième degré, 11 février 2008

    L’antépénultième degré, 11 février 2008

    Nicolas était ravi de voir son fils Jean et son ami David jouer ensemble aux billes. Bien que peu habile à ce jeu, David amusait beaucoup Jean. Ses maladresses faisaient également sourire Nicolas. Au fil du temps pourtant, Jean commença à s’ennuyer. David n’était pas très bon. Il était même souvent mauvais. Et les moments qu’ils ne passaient pas ensemble à jouer aux billes, David les passait à jouer avec d’autres personnes que Jean. Et il perdait beaucoup de billes. Alors Jean devait le laisser gagner un peu, et Nicolas devait offrir d’autres billes à Jean. La réputation de David était faite dans la cours de récréation et de nombreux joueurs se pressaient autour de lui afin de gagner ses billes. C’était tellement simple. Alors Jean finit par le dire à son papa. Alors Nicolas a dit à David de ne plus jouer qu’avec Jean, sinon il n’y aurait plus de billes. Mais David se croyait meilleur que sa réputation, et il s’obstina.

    Un jour que Nicolas envoyait un SMS, Jean vint le voir pour lui dire qu’il ne voulait plus jouer avec David, qu’il n’avait plus de billes et qu’il préférait, lui, avoir les billes et jouer contre les autres. Alors Nicolas alla voir David, le traita de gamin, le gronda et lui dit qu’il n’était pas capable de jouer correctement, et que c’était fini, qu’il sifflait la fin de la récréation et que maintenant il devait se débrouiller seul. Alors David se mit à pleurer et Jean était triste mais aussi bien content de ne plus avoir ce boulet avec lui. Parce qu’en fait, il n’avait jamais supporté David. Il faisait semblant pour faire plaisir à son papa qui était triste. Parce que maman était partie. Et que sa nouvelle maman elle jouait trop aux billes avec d’autres messieurs que papa.

  • Blog-Tone : Libération, 1 février 2008

    Blog-Tone : Libération, 1 février 2008

    Libération, 1 février 2008

    Tout ce petit monde se tient bien au chaud. Et nul n’oserait défaillir. La solidarité qui existe entre les grands patrons de France est admirable. Et chacun est prêt aux pires saloperies pour que l’édifice ne présente aucune aspérité. Tout est bien lisse. Jusqu’au tenancier de la Banque de France qui n’hésite pas, comme le fit son prédécesseur en son temps, à affronter le ridicule plutôt que d’énoncer la plus simple des évidences. Pas un poil d’éthique ou de morale là-dedans, ce n’est même pas une question de compétence, juste une question d’édifice. Le mur de Berlin ne tenait pas tout seul. Les cardinaux du capitalisme gallican savent où sont leurs intérêts, et comment les défendre et quand un danger survient, quand un d’eux est pris la main dans le pot de confiture, ils sont capables de mobiliser tous les moyens en leur possession pour faire se lever le plus épais des brouillards. La Société Générale était fêtée par ses pairs comme l’entreprise la plus rentable dans son exploitation des économies des plus faibles de par le monde, six années à la suite ! Alors pour sauver l’ogre il fallait bien payer de sa personne et mobiliser toute la cour. Jusqu’à la CGT de la Société Générale qui est allée montrer son cul.

    Certes le cas Kerviel est intéressant, le rachat possible de la Société Générale vaut bien le bruit qu’on en fait dans la presse, la réforme (qui ne se fera certainement pas, faut pas déconner) des « autorités » de régulation bancaire est un problème en fait passionnant, mais le cœur de cette mascarade, dans laquelle se joue l’avenir de dizaine de milliers de salariés et les économies de millions de personnes de par le monde, est cette solidarité de fer entre les grands administrateurs français organisée pendant le ministère de Moussiou Balladur.

    Plus le capitalisme est dit sauvage et plus il est organisé. Simplement les régulateurs ne sont pas ceux que l’on croit…

  • Blog-Tone du 25 janvier 2008 : Heuristique de la peur

    Blog-Tone du 25 janvier 2008 : Heuristique de la peur

    Heuristique de la peur, 25 janvier 2008

    J’avais été marqué durant mes premières années d’études par la lecture de Hans Jonas. Je trouvais le principe de responsabilité qu’il développait particulièrement intéressant car il permettait de penser les conséquences directes d’actions quotidiennes. Une sorte de principe général à usage quotidien. Ce n’était pourtant ni un vade mecum, ni une philosophie, plutôt la recherche d’une transcendance dans l’immanence comme on disait. Ce n’était pas très bien écrit, parfois cela manquait d’argumentation mais l’idée centrale était pratique. Elle a d’ailleurs inspiré pas mal de penseurs de l’écologie politique. On lui doit l’infâme principe de précaution. Mais on ne peut pas lui en vouloir, comment pouvait-il savoir qu’il engendrerait un tel monstre ? Si je parle aujourd’hui d’heuristique de la peur ce n’est pas pour rien.

    La peur permet de construire de nouvelles formes d’actions qui éviteraient les conséquences du phénomène qui la génère. C’est ainsi que toute la polémique autour du réchauffement climatique est née. La peur peut être heuristique. A partir d’un scénario catastrophe, il est possible d’établir des règles d’action qui permettraient de prévenir les conséquences des présupposés qui ont généré cette peur. Agir en conséquence, mais pas toujours en connaissance de cause, puisqu’il est impossible de savoir exactement quelles seront les conséquences réelles et directes de ce qui est en train d’advenir. Si la peur est un mauvais guide, il paraîtrait sensé de se dire qu’une réflexion sur cette peur, sa mise en perspective, peut ouvrir un champ d’action jusqu’alors caché par cette même peur. Cela paraît même raisonnable.

    Or, ce sage principe de responsabilité ne permet de prévenir que ce qui pourrait arriver, et permet également de faire l’impasse sur les circonstances qui ont permis l’émergence de cette peur. La peur seule suffit, et elle engendre seule l’action. Il est possible d’utiliser des analogies pour penser les actions à mener, de construire des routines facilement utilisables, que l’on peut mettre en place rapidement, des procédures d’alerte par exemple. Mais le grand vice de cette idée de la précaution est qu’elle est antidialectique. Ce qui a permis la génération des conditions de la peur n’est pas pris en compte. La situation de peur est anhistorique et son règlement purement « géométrique », spatialisé disait Gabel. La seule temporalité qui reste est le futur, pire un futur « conditionnel », celui qui ne peut générer aucune pensée, aucune confrontation d’arguments raisonnés. Ce qui est discuté n’existe pas, et ce qui n’existe pas justifie l’action. Une vraie saloperie intellectuelle.

    Pourquoi je parle de ça ? Un papier à la gloire de Jérôme Kerviel aurait-il été plus adéquat ? Simplement parce qu’une fois de plus un événement anxiogène inspire l’usage du conditionnel. « Il faudrait moraliser les circuits financiers. » Bah ! Je resterai poli.

  • Blog-Tone : House MD, 23 janvier 2008

    Blog-Tone : House MD, 23 janvier 2008

    House MD, 23 janvier 2008

    Peut-être est-ce parce que je n’ai pas toujours su trouver les sous-titres adéquats ? Peut-être que mon anglais n’est pas aussi bon que je pouvais le croire ? Peut-être suis-je trop sensibles à certains sujets ? Peut-être est-ce parce que je vois le mal partout ? Ou peut-être ai-je raison ? Il n’en demeure pas moins que ce qui m’avait semblé être une série originale, bien écrite, agréable, légère n’est qu’une série américaine comme il s’en produit trop depuis quelques années.

    Auparavant, la légèreté était de mise. Bien que très fournies en personnages et en actions, les propos de ces séries étaient misérables. Les personnages étaient typiques, les réactions téléphonées, les relations ennuyeuses, bref c’étaient des feuilletons, des petits en-cas, des trucs pas trop lourds qui justifiaient l’achat d’un journal pour tout le ménage, puis une fois télévisés, permettaient de vendre aux familles agglutinées devant leur poste des machines à laver, des voitures ou des cigarettes. C’était simple. Ça marchait. Parfois c’était plus fin que ça en avait l’air, parce que la pression était plus forte, les scénaristes devaient faire preuve d’imagination, insérer un autre récit dans le récit, faisant de Bewitched par exemple la série sur l’Amérique moyenne triomphante et une critique sauvage de l’antisémitisme du WASP américain.

    Et puis il a bien fallu produire plus de contenus, pour plus de chaînes, pour plus de publicité. Une surenchère d‘écriture, proposer toujours mieux, toujours plus prenant. Les personnages se sont étoffés, les actions se sont multipliées, il fallait que le client soit satisfait des prestations fournies par la chaîne avec laquelle il avait un contrat. Je ne parle pas du téléspectateur, mais du vendeur de téléphones portables et de voitures, de produits financiers et de parfums. Téléspectateur captivé, annonceur content. Alors il fallut toucher le plus possible l’âme de ce petit puit de consommation vissé à son fauteuil. Il fallut lui parler de lui en plus grand. Qu’il se sente concerné. L’Amérique profonde est réactionnaire, religieuse, blanche, alors on lui donne ce qu’elle veut pour qu’elle reste accrochée au poste, qu’elle sache ce qu’elle doit consommer. Le rupin New-yorkais doit avoir du Seinfeld pour rester devant son poste car on y parle de lui. L’intello californien veut qu’on se moque de lui tout en flattant ses talents, on lui refourgue Californication. Le scénariste avait carte blanche, alors il fonçait. Une surenchère qui pouvait gêner l’annonceur. Alors il fallut s’y prendre autrement, garder la forme acide qui plaît tant au téléspectateur, mais y rajouter ce qui auparavant était au premier plan.

    Car Dr House est plus fin. Il rend hommage à ces séries gnan-gnan qui parlaient d’hôpital, du beau chirurgien qui opère des blondes à forte poitrine qui tombaient amoureuses de lui après qu’il les a sauvées. Puis il va reprendre ce qui a fait le succès du soap tout en rajoutant le sabir médical popularisé par ER. Ce Dr House est exécrable, odieux, supérieur, mais quel talent ! Quelle vista ! Un vrai génie. Au départ il bouffe tout, Hugh Laurie est magistral, les autres personnages sont des faire-valoir, une série pour des urbains csp++ qui se savent supérieurs. Et puis, et puis… lentement, le reste du monde s’organise contre lui, son talent est remis en cause, son génie critiqué, il doit également se battre contre son addiction. Les thèmes abordés sont plus polémiques : la réussite sociale, la concurrence dans le travail, l’avortement, l’euthanasie, la responsabilité individuelle… et House est systématiquement en porte-à-faux. Il a des idées différentes des autres, il est rationnel et individualiste, ne croit en rien, sauf au froid diagnostic. « Tout le monde ment », comment permettre l’existence de la moindre vérité hors de la Raison. Mais son environnement le fait parfois plier. Et si le fœtus était un humain, et si l’euthanasie était réellement un problème, la famille un repère dans un monde sans repères… Le discours droitier s’insinue, on sent à qui parlent les producteurs, les responsables de la chaîne, ils veulent faire plaisir à l’annonceur qui sait lui ce qu’est la vraie Amérique.

    Quelle chaîne déjà ? La Fox bien évidemment…

  • L’aliénation, par Ian Balat

    L’aliénation, par Ian Balat

    Introduction

    Nous nous proposons d’analyser le concept d’aliénation — l’aliénation comme marque de la société moderne, mais une marque qu’elle a acquise de l’histoire de l’occident. La mauvaise lecture qui est faite du concept est due à de multiples problèmes (religion, sacré, polysémie, vacuité factice, mauvaise délimitation). Ce concept une fois déchargé de ces scories se révèle être opératoire au travers de quelques concepts qui ne sont en fait que sa reprise : fétichisme, réification, fausse conscience. Car, le concept d’aliénation n’est pas limité à une simple définition, il fait appel à un réseau conceptuel dense qui forme une grille de lecture efficace de la société moderne. Chez Debord, il trouve toute sa densité pratique, il est un instrument efficace de critique de la société capitaliste.

    Il est nécessaire de faire un historique du concept d’aliénation, historique qui nous obligera à confronter les différents théoriciens de l’aliénation. Tout d’abord, le concept d’aliénation est issu de deux domaines différents : d’une part le droit et d’autre part la médecine.

    En droit, l’aliénation est celle des biens ; elle est le transport fait à un autre d’une propriété mobilière ou immobilière, c’est la perte d’une propriété. En psychiatrie, l’aliénation mentale est l’envahissement du sujet par l’étranger, une perte de raison, le patient est défini comme un être anormal, dérangé et socialement mal intégré. Dans les deux cas, il y a perte.

    (…)

    Documents joints

  • Blog-Tone : Les Echos, 22 janvier 2008

    Blog-Tone : Les Echos, 22 janvier 2008

    Les Echos, 22 janvier 2008

    Quand il s’agit de comprendre un phénomène économique complexe, la lecture des Echos est plus utile que celle de Libération. Il faut maîtriser le volapuk économique. Les termes imbittables pullulent. Mais l’approche générale est plus riche. L’article central sur le Krach boursier d’hier proposé aujourd’hui par Libération commence par un petit cours de morale. Grave erreur lorsque l’on veut expliquer un mécanisme financier. Utile pour saisir les motivations individuelles, dangereux lorsque l’on veut comprendre les mécanismes d’un champ. Une idée pourtant se retrouve et dans Libération et dans Les Echos, celle de l’autonomie relative du champ financier par rapport à l’économie réelle.

    En temps de crise, des idées jugées fantaisistes en temps normal ressurgissent. Depuis quand parle-t-on d’économie réelle dans la presse ? C’est d’économie tout court dont il est question. Les yoyos des bourses sont des phénomènes économiques à part entière. La production de nouveaux instruments financiers également. Il en va de même de la décision de la BCE de conserver ses taux directeurs à un niveau élevé. Et soudain on apprend que ce n’était pas de l’économie. C’était autre chose. Cela concernait en fait les banques, les assureurs, les Banques Centrales, les fonds de pension et de placement, les bourses… une autre économie. Un jeu d’écriture. Quand une banque décide de proposer un produit de placement à forte rentabilité adossé à des titres eux-mêmes adossés à des produits dérivés (indirectement) de dettes, où est l’économie réelle ? Au bout du fusil. Les ménages pauvres américains, anglais, espagnols… ce sont eux qui financent ce géant qui s’acharne à poser Ossa sur Pelion, et ce sont eux qui paient le prix final. Eux, c’est nous. Alors un « choc sur l’économie réelle » ? C’est à se demander qui a perdu de vue la réalité dans cette affaire.

    « En refusant toute importance au revenu brut, c’est-à-dire à la quantité de la production et de la consommation indépendamment du surplus, en refusant donc toute importance à la vie elle-même, les abstractions de l’économie politique ont atteint le sommet de l’infamie. » Critique de l’Economie Politique, Karl Marx, 1844.

  • Blog-Tone : Casual friday, 18 janvier 2008

    Blog-Tone : Casual friday, 18 janvier 2008

    18 janvier 2008

    Les dresseurs de grands fauves utilisent l’allemand pour donner des ordres à leurs bêtes. Parce que l’allemand est une langue dure. L’afrikaner semble également marcher, si j’en crois une amie. Donnez un ordre en italien à un Lion, il devrait vous sauter dessus et vous bouffer tout cru. Si je suis ce raisonnement bien sûr. Il est alors plus facile pour un allemand d’être dresseur de fauves. Pourtant je n’ai pas le souvenir d’avoir vu un dresseur de fauves allemand, ce qui ne veut pas dire qu’il n’en existe pas. Disons plutôt qu’il semble plus facile d’utiliser l’allemand pour dresser un fauve, cela n’en dit pas plus sur la nationalité du dresseur. Ni du fauve d’ailleurs.

    Sami Naïr, après Edgar Morin, nous a servi son couplet sur la politique de civilisation. C’est normal, puisqu’il fait partie des fondateurs du terme. Il protège son bébé. Donc il cause en intellectuel mondain (je veux dire dans le monde) et discute des limites du modèle d’action de Monsieur Sarkozy concernant cette nouvelle politique. L’homme sait argumenter, c’est sa langue maternelle. Il parle bien, écrit bien, et comme Edgar Morin, il construit une réflexion critique sur la politique de civilisation passée à la moulinette des petits messieurs de l’administration élyséenne. Force m’est de constater que l’argumentation ne porte pas. Elle est séduisante, mais elle n’a aucun effet. Ce qui était jusqu’alors fondé sur une pratique sociale, devient le lieu d’une expression émotionnelle. Le pathos remplace la praxis. Ce sont deux langues différentes. Le pathos soumet les foules, comme l’allemand les fauves. Nos intellectuels gagneraient à devenir bilingues. Ils nous aideraient au moins à comprendre ce qui nous arrive. Faudrait-il déjà qu’ils acceptent de voir qui leur arrive quelque chose. Morin déniait. C’était pathétique. Il subissait la langue.

    On a connu des grands fauves plus gaillards.

  • Blog-Tone : House MD, 14 janvier 2008

    Blog-Tone : House MD, 14 janvier 2008

    House MD, 14 janvier 2008

    Un monde bien dangereux que celui dans lequel nous vivons. A tout moment nous pouvons être agressés par ces petites choses logées dans notre environnement. Au coin de la rue, dans nos supermarchés, sur nos vêtements, dans les crèmes que nous utilisons, dans le métro, sur les barres du métro, sur ses sièges, dans nos parcs, en voiture ou en vélo, elles nous traversent, nous inondent et parfois elles restent là, bien au chaud, paresseusement installées sur notre peau, lovées dans nos muqueuses ou se baladant dans notre sang. Pour la plus grande gloire de l’Empire, nous fabriquons de nouveaux monstres, nous élevons ce qui sera peut-être les hérauts de notre destin. Ces petites choses prolifèrent et se renforcent, elles deviennent de plus en plus agressives avec le temps, elles finissent même par développer leur propre logique. Elle deviennent intelligentes et pourtant ne sont pas plus grandes qu’une tête d’épingle. Et ces petites choses se multiplient à la vitesse de l’image, bâtissant de véritables cités sur nos rétines, elles agissent, sans jamais se mouvoir, sur la moindre parcelle de nos cerveaux.

    Ces supers bactéries prennent de multiples formes, mais une notamment a attiré mon attention, grossissant à vue d’œil sur l’image inversée de ma rétine. Elle s’appelle House. Elle est virulente. Elle a trouvé, dans les nombreux espaces libres de la grouillante citadelle qui vit sous mon crâne, un lieu de villégiature dans lequel elle compte bâtir un immense empire. Car la bactérie House est résistante, coriace, vorace, imaginative. Son ADN parle pour elle. Un scénariste qui a été touché par la grâce de Calliopé, un producteur doué qui a enfin appris à marcher droit, un acteur shakespearien qui retrouve un rôle à sa mesure et une flopée d’acteurs, de scénaristes, de réalisateurs, de producteurs qui prennent un malin plaisir à participer à cette orgie télévisuelle. Quand c’est bien écrit, bien monté et bien joué, ça se voit tout de suite. Merci à tous ceux qui ont œuvré pour qu’enfin mes yeux voient. Je leur dirai seulement : « qui me rendra ce temps ? »

  • Blog-Tone du 11 janvier 2008 : Libé, 11 janvier 2008

    Blog-Tone du 11 janvier 2008 : Libé, 11 janvier 2008

    Libération, 11 janvier 2008

    Le mieux disant culturel. Qu’est-ce qu’on en a bouffé ! C’était le but affiché par l’administration Chirac pour justifier la privatisation de TF1. Et puis devoir choisir entre un bétonneur et un marchand d’armes pour cultiver les téléspectateurs, en leur imposant des critères minimalistes, sous la surveillance d’une bande de soupeurs ; autant demander à des renards d’améliorer la qualité d’un cheptel de poulets… Pourtant l’argument a porté à droite, ce qui renforce l’idée que j’évoquais tantôt sur la fonction de la culture chez les petits penseurs conservateurs. Bouvard et Pécuchet ont pris du galon depuis. Le président actuel vitupérait les intellectuels, dénigrait la réflexion, laissant dire à sa Ministre de l’Economie qu’il était temps d’arrêter de penser. Voilà qui est fait pour crédibiliser cette idée que la fin de la publicité permettra à l’ORTF de ne plus faire la course à l’audimat à tous prix et d’améliorer la qualité de ses programmes. Quand on voit l’état d’indépendance de ce même office vis-à-vis de l’administration, on ne peut que se réjouir du renforcement de ses liens avec le Ministre du budget. Madame Albanel présentant le JT de 20h, quelle classe. Dans ce cas, Hortefeux ferait un excellent Ministre de la Culture et de la Communication. On peut même imaginer un grand Ministère de la Propagande et de l’Intérieur sous sa direction. Une bonne idée d’annonce pour masquer le prochain coup fourré contre le droit du travail.

    D’ailleurs… Les partenaires sociaux n’arrivent toujours pas à s’entendre sur le contrat de travail. Le patronat semble renoncer au paritarisme d’après guerre en laissant les gouvernements décider à sa place contre les syndicats. Pourtant le club des cinq n’est pas au mieux, avec une représentativité qui frôle les 5%, les syndicats ne survivent que grâce aux prérogatives que leur accorde le droit du travail. Il faut s’attendre au pire. Et malgré mon imagination fertile je crois ne même pas avoir les moyens de l’entrevoir.

    En Allemagne les mêmes partenaires sociaux discutent âprement du salaire minimal. Mais à un tout autre niveau, car là-bas le paritarisme veut vraiment dire quelque chose.

    Et puis la Colombie, Cécilia, Attali, la rétention de sûreté, Israël, le dépistage de la surdité et le PS. Quel « et » bien venu.

  • Blog-Tone du 10 janvier 2008 : Libé, 10 janvier

    Blog-Tone du 10 janvier 2008 : Libé, 10 janvier

    Libération, 10 janvier 2008

    Les sujets d’actualité ne manquent pas. Ça fourmille même. Parthénogenèse ? In vitro ? Quels sont les sujets qui ont un réel intérêt ? A force de suivre l’actualité, je finis par ne plus bien savoir quel sujet est important. Quel fil dois-je suivre pour comprendre le sens de l’histoire ? Toutes ces traces doivent construire une direction, ou alors à quoi bon ? Quand je tente de deviner le vecteur directionnel de cet immense fourbis, je suis comme un parieur jouant à la roulette, j’utilise des séries qui n’ont de logique qu’a posteriori, elles n’ouvrent aucune perspective pour l’avenir, impossible de découvrir avec ces constructions quel sera le prochain numéro. Il n’existe pas de martingale, et en fin de compte toute théorie qui lie hasard et gain débouche inévitablement sur une perte. Des théoriciens de l’Histoire veulent croire que « ça » avance vers quelque chose qui sera toujours positif. Ce que nous appelons le progrès. Que les séries qui s’inscrivent peuvent se définir comme ayant une somme positive.

    Evidemment, y’a des processus. Le dépérissement du travail, l’accumulation du capital, le progrès technique, le désenchantement du monde, l’unification de l’Histoire… mais tous ces processus, ces vecteurs historiques, ne sont validés que sur de courtes périodes. Imaginez le monde si le modèle Athénien avait triomphé de l’Histoire ! Il est possible de constituer des futuribles, à partir de processus concurrents, mais aucun de ces futurible ne s’imposera définitivement. Il est possible d’avoir une idée de ce qui va advenir en trouvant les vecteurs les plus dynamiques, et en observant bien ce qui en est train de se passer, il est possible de les définir. Un travail d’enquête passionnant mais qui nécessite plus que la lecture d’un simple quotidien. N’ayant pas les moyens techniques et intellectuels pour un tel travail, je ne peux utiliser qu’une seule méthode : la rêverie.

    D’où parfois ces délires autour d’un sujet souvent quelconque. Par exemple, prenons les élections aux Etats-Unis. Je ne sais pas grand-chose sur les Etats-Unis, leurs mœurs, leur histoire, leur organisation politique, mais à force de pratiquer l’actualité américaine, à force de lire des analyse concurrentes sur ce qui s’y passe, à force d’accumuler des informations souvent secondaires et très rarement de première main, il m’est possible d’imaginer une victoire claire et nette des républicains à la prochaine présidentielle. De la partie la plus conservatrice de ce parti. L’opinion publique américaine est travaillée par la peur, l’incertitude de l’avenir, la crainte du dépérissement de son modèle. C’est en plus grand ce qui s’est passé en France. Les Démocrates, comme le Parti Socialiste l’année dernière, sont incapables (pour l’instant, mais rien ne vient le contredire) de faire vibrer l’opinion publique américaine. Pourtant le bilan de l’administration Bush fils, comme l’était celui de Chirac, est particulièrement désastreux. Qui fera vibrer l’imagination de l’Amérique majoritaire ?

    Il est possible de faire l’analyse inverse. Et avoir raison. Précision importante tout de même, je ne dis pas ça parce que je me serais levé du pied gauche, ou parce qu’il fait gris dehors, mais parce que je ne vois pas comment il pourrait en être autrement. Je n’y échappe pas, encore un pari…

  • Blog-Tone du 9 janvier 2008 : Libé, 9 janvier

    Ian, le retour, en pleine forme !

    Blog-Tone du 9 janvier 2008 : Libé, 9 janvier

    Libération, 9 janvier 2008

    J’dis pas qui s’pass’ rien, mais d’là à dire qui s’pass’ que’qu’chose…

    Pendant ce petit mois à cheval entre deux années, j’ai un peu feuilleté la presse, vu les journaux télévisés, j’ai pratiqué l’actualité de manière un peu différente. Rien de remarquable. Et reprendre la lecture quotidienne de Libé m’a fait du bien. J’ai retrouvé mes marques. L’actualité est une habitude en fin de compte, au même titre que le café du matin, ou celle de se laver les cheveux une fois tous les deux jours. Ça rythme. Quelque chose s’achève quand la quatrième de couv’ a été parcourue, que le journal se retrouve plié à mes pieds, et autre chose peut commencer. J’ai eu sous les yeux toute la matinée ce titre de Libé « L’escamoteur » qui résume pour ce journal la conférence donnée hier par monsieur Sarkozy. Et cela m’a rappelé quelques petites choses.

    Il est de tradition à droite de parler de culture pour faire oublier le reste. J’ai ce souvenir bien précis d’un de mes professeurs, du temps de mes études, qui critiquait ma génération la traitant de génération de l’avoir et non plus de l’être. Nous ne cherchions que le bonheur matériel, posséder des biens et nous oubliions ce qu’était la véritable richesse : la culture. Venant de cet homme, que j’ai appris à connaître plus tard, c’était la pire des hypocrisies. Il n’avait de culture que celle du pouvoir et cherchait par tous les moyens à en accumuler toujours plus. L’orgueil que sa foi condamnait (il était très croyant) était chez lui une pratique quotidienne. Mais il n’était pas le seul à professer ces âneries. Un seul de ces professeurs de droite, si bien intentionnés, avait ce réel soucis d’enseigner ce que l’on nomme les humanités à ses étudiants. « Sodome est sauvée » disait-il souvent quand un seul savait, rachetant l’ignorance des autres.

    Et monsieur Sarkozy dans tout ça ? Edgar Morin, pour qui j’ai une réelle estime, aurait inspiré (Emmanuel Todd en sait quelque chose) cette belle sentence « politique de civilisation » au président en exercice. Mais chez lui, c’est le cœur d’une action politique, dont le but est de recréer du lien entre les citoyens. Tout simplement. Cela implique un lourd travail de redéfinition de la civilisation occidentale. Un truc énorme qui ressemble bien à Edgar Morin, intellectuellement bien évidemment. Melle Laguiller a très simplement défini ce que l’administration actuelle entendait par cette formule : « Il n’y a que la volonté réaffichée de servir les plus riches et de mystifier les classes populaires. » Rien de neuf sous le soleil donc. Un de mes profs avait écrit cette formule tout aussi claire : « les étudiants se font enculer par des prêtres dans les chiottes de la pensée », je crains tout de même que la prêtrise sarkozienne n’ait raison des fondements de la pensée de Monsieur Morin.

    J’dis pas qui s’pass’ rien, mais d’là à dire qui s’pass’ que’qu’chose…

  • Blog-Tone du 9 décembre 2007 : Libé, 9 décembre

    Blog-Tone du 9 décembre 2007 : Libé, 9 décembre

    Libé, 9 décembre.

    Une ouverture vers l’avenir (titre ironique)

    Il est possible de définir simplement les buts du gouvernement actuel :

     privatiser les derniers secteurs publics
     fournir au patronat une main d’œuvre soumise

    D’où ce nom de gouvernement d’ouverture. Ouverture vers une libéralisation complète de l’économie, masquée par un simulacre d’ouverture politique.

    Détruire les tentatives d’organisation des plus faibles en montrant que tout leader sorti du peuple est achetable (Amara), en isolant les plus faibles (Hortefeux et Boutin), en détruisant les protections en place (Bertrand et Dati) et en masquant le tout avec quelques petits messieurs (dont Kouchner).

    Les régimes spéciaux… C’est General Motors qui m’a remis la puce à l’oreille. Ce géant de l’industrie américaine avait failli disparaître à cause du poids des pensions de l’entreprise (les retraites et la santé des ouvriers dépendent de ses fonds). Les régimes spéciaux de la SNCF, d’EDF ou même de l’Opéra de Paris empêchent ces entreprises d’être privatisées, le poids des pensions devenant trop lourd sans le soutien de l’Etat (de la Caisse des dépôts notamment.) En les intégrant au régime général, ce poids disparaît, elles deviennent de ce fait privatisables plus facilement. Aux États-Unis, l’État Fédéral est venu en aide à GM en finançant une partie des pensions qui restaient attachées à l’entreprise. En France, ce seraient ces mêmes pensions qui seraient détachées.

    On peut imaginer une autre finalité : en généralisant les régimes généraux (en détruisant tout régime spécial si vous préférez) le gouvernement préparerait une généralisation des régimes particuliers en « définançant » (comme le dire autrement ?) les régimes généraux. On irait vers la fin de notre système de protection sociale par répartition. On peut imaginer par la suite la généralisation des régimes par capitalisation.

    Par ailleurs, l’autre grande tâche du gouvernement est de « démodeler » le droit du travail en le rendant le plus illisible possible et d’isoler les justiciables. Bref offrir au patronat une main d’œuvre éclatée et sans droits. Un cauchemar en train de se construire sous nos yeux, lentement, pièce par pièce. Il est possible d’imaginer à terme une véritable privatisation de la justice. Ce qui avait été tenté par le gouvernement Chirac dans les années 80.

    J’oubliais ! Il n’y a pas de Libé le dimanche.

  • Blog-Tone du 4 décembre 2007 : Libé, 4 décembre

    Blog-Tone du 4 décembre 2007 : Libé, 4 décembre

    Libé, 5 décembre.

    Jusqu’à la nausée. Je pense parfois au cercle de la merde du Salo de Pasolini. On a beau savoir comment ça fonctionne, que ça marche comme ça depuis une foultitude de temps, ça reste de la merde. Élu déjà depuis une grosse poignée de mois, Monsieur Sarkozy n’a fait que favoriser ses amis et écraser les plus faibles d’entre nous. Et Libé (entre autres) continue de gloser sur le projet de loi sur le pouvoir d’achat, sur le « choc de croissance », sur Fadela Amara et alii. Bien sûr, débattre c’est bien, c’est nécessaire, il faut préférer l’affrontement des points de vue, mais parfois, c’est dur. Et le pire dans cette comédie, c’est que j’ai quelques amis qui sont sarkozystes (soft mais tout de même) et qu’il faut que je garde mon calme quand on parle politique. La dialectique (que j’aime bien résumer comme « l’art de faire la part des choses ») c’est bien mais parfois ça fait vraiment chier.

    Sinon Platoche est pas si con que ça, en fait. Très sensé même. Il a accordé une entrevue intéressante à Libé sur sa politique à la tête de l’UEFA. Il cause gros sous, mais surtout, et c’est tout à fait remarquable, il parle football, une très belle langue lorsqu’on en maîtrise la grammaire. Après, c’est juste une question de vocabulaire. Cette entrevue me conforte dans l’idée que Libé est devenu un excellent journal sportif. Et c’est écrit sans ironie.

    Dans le Libé d’hier, dossier très clair sur le Darfour. Comment se fabrique un massacre. Rien de spontané ou de naturel, il n’y a pas de fatalité en ces choses, pas non plus de projets bien arrêtés, cela se fabrique au fil du temps, sur des lignes plus ou moins faibles, ça avance. Au Darfour il a suffit d’une année pour que 200 000 personnes périssent. Et la bienveillance (la non-malveillance) des Etats-Unis, de la Russie et de la Chine. Comme au bon vieux temps.

    Pour finir cette belle phrase de Monsieur Jouyet, le petit pendant de Monsieur Levitte, le Foccard de Monsieur Sarkozy, au sujet des félicitations officielles adressées au Tsar : il dit « ne pas voir de contradiction entre le fait de faire entendre partout la voix de la France en ce qui concerne la défense des droits de l’Homme et assurer le développement économique. » Salo !!

  • Blog-Tone du 3 décembre 2007 : Libé, 3 décembre

    Blog-Tone du 3 décembre 2007 : Libé, 3 décembre

    Libé, 3 décembre

    Fin de l’interlude. Ou de l’intermède. Durant ces quelques jours, quelques articles intéressants. Pas toujours pour les meilleures raisons. Dans la semaine donc…

    Libé a « répondu » au Time qui annonçait la fin de la culture française. La mort de la culture française. L’attaque était dérisoire, les exemples absurdes, la démonstration étique, et le style… j’ai pu apprécier (peut-être pour la première fois) ce qu’est un article écrit en mauvais anglais. De la part d’un magazine de classe internationale, c’est à peine compréhensible. Et puis leur sarkophilie devient insupportable. La fin de mon abonnement au Time. La mort de mon abonnement etc.

    Larrouturou, Larouturrou, Larouturou, laroutturou… bref, puisqu’Al Gore est Nobel de la paix, Larrouturou mériterait le Nobel d’économie. Un exposé bien fichu sur la crise du capitalisme. A force d’annoncer les fins de trucs et de machins, y’en a bien une qui finira par arriver. Et puis même si on annonce ça avec 50 ou 100 ans d’avance… en plus on passera pour visionnaire. Alors j’annonce la fin de l’Internet ! Je prends une option. Je développerai plus tard. Donc l’hyperlibéralisme conduit le monde à sa perte. C’est écrit dans les courbes, c’est une tendance qui force cette conclusion, c’est simplement logique parce qu’inévitable. Soit. Nous devons tous finir depuis tant de temps que je m’étonne chaque matin (ou ce qui en fait office) de lire le journal, un café à la main et de ne voir réduit en cendres que ma clope.

    Comment que ça marche tout ce bazar ? Parons au plus pressé, faisons simple, glanons… « Le discours capitaliste est le substitut du discours du maître : Il y a juste une inversion entre le signifiant maître S1 et le sujet $. « C’est follement astucieux ». Il a été inventé par Marx. Tout ce dont il s’agit dans le discours c’est uniquement la plus-value. La plus-value c’est la forme scientifique du « plus-de-jouir ». L’exploitation du désir est la grande invention du discours capitaliste. « On ne pouvait rien faire de mieux pour que les gens se tiennent un peu tranquilles, et d’ailleurs on a obtenu le résultat. C’est beaucoup plus fort qu’on ne le croit. Heureusement qu’il y a la bêtise qui va peut-être tout foutre en l’air ». » Folles espérances…

    Sinon, ce soir y’a Ségo en concert au Théâtre du Rond-Point. J’hésite encore un peu, je trouve trop facilement quoi faire de plus intéressant… Mon plus-de-jouir à moi.

  • Blog-Tone du 22 novembre 2007 : Libé, 22 novembre

    Blog-Tone du 22 novembre 2007 : Libé, 22 novembre

    Libé, 22 novembre

    A force de prendre du recul sur un problème, certaines perspectives changent de manière parfois radicale. Outre le danger de chute, il existe celui de ne plus voir l’objet qui suscitait ce mouvement très raisonnable, au premier abord, d’observation plus générale. Une perspective, c’est un risque. Et chacune a son piège. La France est un pays riche.

    Si l’on fait une moyenne, un Français gagne 1900 euros par mois (!!). L’inflation est d’à peu près 2% par an. 8% de la population active est au chômage et 13% des Français vivent sous le seuil de pauvreté. « On » est au-dessus de la moyenne européenne. J’ai même eu l’occasion de voir un film dans lequel il est dit expressément que la France est un pays de gens heureux et sans problèmes (Sicko de Michaël Moore). C’est une question de perspective. Si le Français est une entité statistique moyenne, il n’a que des raisons de se réjouir, puisqu’il n’affronte que des moyennes. Mais comme le Français est râleur, il saisit la moindre occasion de sortir dans la rue manifester. Sans raisons valables, et pour défendre des avantages que le monde entier lui envie, ou devrait lui envier (dixit Michaël Moore). Les gens heureux sont raisonnables.

    Les grèves actuelles ne seraient donc qu’un prurit très français, une tradition. Et ceux qui sont les font n’ont, au final, que de mauvaises raisons de les faire. Pourquoi se battre pour garder des avantages qui coûtent à ceux qui ne les ont pas ? De plus, les grèves ont un coût « exorbitant » qui correspond, d’après le patronat, au prix des avantages accordés (!!!) aux personnes qui les font. Bref, il faut être équitable, c’est-à-dire rentrer dans la moyenne. C’est la grande force de la moyenne, elle n’a pas d’histoire, elle est rationnelle, calculable et elle s’impose par son évidence.

    Une chose m’a profondément choqué (et c’est rare). La défiscalisation des heures supplémentaires, cela veut dire que les entreprises ne paient pas certaines charges sur les heures supplémentaires travaillées par leurs salariés. Ce qui devait revenir aux différentes caisses de la Sécurité Sociale est donc offert aux entreprises (1,5€ revenant à chaque salarié par heure supplémentaire – gagner plus…), donc CNAV et CNAM sont spoliées. Cette défiscalisation appauvrit les deux caisses fondamentales de notre système de redistribution (celui qui fait passer la pauvreté statistique de 26% de la population à 13%). Les nouvelles heures supplémentaires participent à la destruction du système général de retraite (et ce n’est pas la seule technique employée pour atteindre ce but). Celui qu’il faut réformer paraît-il… Pour la fine bouche, le coût des régimes particuliers est équivalent au dixième des avantages fiscaux accordés par le gouvernement aux ménages les plus riches.

    Juste une question de perspective. La France est un pays riche.

  • Blog-Tone du 13 novembre 2007 : Libé, 13 novembre

    Blog-Tone du 13 novembre 2007 : Libé, 13 novembre

    Libé, 13 novembre

    Jour de grève. Le jour où le « ça va de soi » ne va plus. Les trains sont conduits, les guichets sont ouverts, l’électricité circule, et l’on finit par oublier que derrière ces habitudes, il y a des êtres humains. C’est un jour pendant lequel le guichet prend la parole, le train nous dit quelle est sa vie, l’électricité qu’elle n’est pas un miracle chaque jour recommencé. La grève, ça humanise. Les usagers deviennent autre chose, ils affrontent leurs habitudes, et peuvent ce jour-là les mettre en question. Que le parcours quotidien jusqu’alors simplement épuisant, à Paris notamment, devient insupportable, que ce petit enfer quotidien n’est possible que grâce à d’autres personnes qui vivent elles-mêmes leur petit enfer quotidien, que nous ne sommes pas agglutinés, mais que nous vivons ensemble. Les jours de grève, le quidam parle au quidam, ça échange, la promiscuité devient de la proximité. C’est un beau jour qu’un jour de grève.

    En outre, c’est un jour où le travail est réellement mis en valeur. Il n’est plus cette quantification objective qui nous est serinée à longueur de temps, mais une qualité personnelle. Il redevient un acte d’individu, et perd son autonomie imaginaire. Il n’est plus « le » travail, mais une personne qui a une activité dans la société. Et chacun peut affirmer cette évidence que c’est moi qui fait ce travail-là.

    Sinon, Facebook vend ses bases de données aux publicitaires (« Nous allons aider vos marques à faire partie des conversations quotidiennes qui se produisent tous les jours entre les membres », Mark Zuckerberg, PDG de Facebook… »), cette phrase de Bertrand Delanoë que je sors malicieusement de son contexte : « On ne peut pas ignorer totalement le suffrage universel. Si on y arrive tant mieux. Si on n’y arrive pas, ce sera dommage. » Et puis cette réflexion de l’excellent Didier Le Reste : « Je pense qu’il y a une prise en otage des régimes spéciaux pour régler d’autres questions et peut-être préparer l’opinion à d’autres réformes. Notamment celle de 2008, qui va demander de nouveaux sacrifices aux retraités du régime général. »

    Ce soir, « The Cave » de Steve Reich est joué à la Cité de la Musique. Ça fait 6 mois que j’attends…

  • Blog-Tone du 16 novembre 2007 : Libé, 16 novembre

    Blog-Tone du 16 novembre 2007 : Libé, 16 novembre

    Libé, 16 novembre

    Lorsqu’une grève survient, apparaît un personnage bien étrange : le gréviste. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à un autre personnage : le fumeur. Qui lui-même n’est pas trop éloigné du malade, du jeune… du fou. Un individu, complexe, avec son histoire, un nom, des goûts, une apparence physique qui est rarement la même d’un jour à l’autre, etc. est transformé en une chose qui le dépasse, mais qui dépasse également le locuteur qui le nomme ainsi (le non-fumeur, le psychiatre, le vieux, le médecin…). Il est soudain investi par quelque chose, sa substance même s’en retrouve modifiée. Ce personnage-là est désigné, montré comme. Il est transfiguré/défiguré. Un double processus de transsubstantiation (il était auparavant salarié/travailleur/une fonction quelconque) et d’essentialisation. Et s’il devient tel pour moi, je suis transformé en son pendant aussi imaginaire : l’usager.

    Libé a ouvert sa nouvelle (et fort sympathique) rubrique, « Le contrejournal », à quelques lecteurs/bloggeurs intrigués par ce personnage de l’usager. Son destin est celui du gréviste. L’un ne va pas sans l’autre. Une parcelle de l’usager pourtant existe par ailleurs, c’est celui qui fait un usage de… Nous sommes tous, par quelque chemin que ce soit, des usagers, mais ce terme est rarement employé, nous serons dits citoyens, contribuables, consommateurs., etc. car ce terme d’usager a ce petit quelque chose que la novlangue n’aime pas : il est trop vrai. Consommateur lui est préféré car il a perdu à force d’usage (justement) son caractère pourtant évidemment destructeur : consomption. Je ne suis un usager des transports publics que les jours de grèves, sinon, je suis client, ou bien je consomme un service. Chaque fois, je suis perdant. J’ai beau affirmer cette évidence que je ne suis pas un consommateur comme les autres, je finis systématiquement chapeauté de ce diminutif. Mon ADN mute (mutatis mutandis).

    Alors les jours de grève, que m’arrive-t-il ? Je deviens l’autre face du gréviste et ensemble nous devenons quelque chose que nous avons oublié inconsciemment, quelque chose de scotomisé (comme on disait) : les membres d’une même classe en lutte. Qui a l’usage des services publics n’a pas d’autres moyens. Et nous n’osons nous dire : « je suis moi aussi en lutte pour me rapproprier les moyens de production, camarade. », nous sommes ensemble dans les mêmes lieux, à parler des mêmes choses, à ne vivre à peu près correctement que parce que tout ce qu’il y a autour de nous, nous l’avons bâti ensemble, pour nous. Alors le gros con qui passe à la télé parce que ça le fait chier de louper une journée de travail ou de poser une RTT, il est comme moi, un prolétaire en lutte qui a oublié.

    Usagers et grévistes de tous les pays, unissez-vous ! Bon, ça claque moins, il n’en reste pas moins qu’un usager est un gréviste en puissance.

  • Blog-Tone du 08 novembre 2007 : Libé, 08 novembre

    Blog-Tone du 08 novembre 2007 : Libé, 08 novembre

    Libé, 8 novembre

    Après une période de grosse flemme, je tombe sur un libé hors du commun qui me secoue un peu les neurones et me force à retaper sur mon clavier. Un libé des philosophes, c’est ainsi qu’il s’est nommé. Je m’attendais à quelques articles difficiles, des réflexions, des tentatives de mise en perspective de sujets d’actualité. Y’en a. Mais la grande majorité des papiers ressemblent à s’y méprendre aux articles habituels. Peut-être un peu mieux écrits. Qu’y trouvons-nous ?

    Une double page sur une bibliothèque de tablettes d’argile bilingues sumérien et akkadien. Quelques portraits de mal-logés manifestant rue de la Banque. BHL qui cause du Pakistan (fort bien d’ailleurs). La Russie redevient Grand-Russe. La question rom et l’Europe. Le « nous » et le « eux » d’après Viggo Brondal. Michel Onfray a l’anti-ségolénisme tenace. Qu’Hortefeux pilote un ministère de la peur. A droite l’on veut jouir sans entraves. C’est quoi le bonheur ? Les subprimes sont vraiment un cas d’école. Grenelle n’est plus ce qu’il était. Le rugby fait vibrer les plumes (ce n’est pas une contrepèterie). Et que Lénine n’est pas mort en vain.

    Entre autres.

    La flemme me reprend soudain…

  • Blog-Tone du 05 novembre 2007 : Libé, 05 novembre

    Blog-Tone du 05 novembre 2007 : Libé, 05 novembre

    Libé, 5 novembre

    Ce samedi pourtant, le dossier de Une était très intéressant. La reconnaissance inévitable des enfants conçus pour autrui. La justice française semble avoir tranché ce problème. Mais ce fut long à se dessiner, six ans de bataille pour un couple passé par une mère porteuse californienne pour faire reconnaître l’enfant porté pour eux comme le leur. Il est possible de traiter ce sujet sous l’angle de la famille moderne, du lien familial ; il est également possible de se concentrer sur le droit international et comment certaines zones géographiques génèrent du droit. L’angle « bioéthique » est celui qui m’intéresse le plus : la liberté de la conscience qui se fait chair. Mais j’attendrai une autre occasion pour en causer.

    Un truc me gonfle particulièrement lorsqu’il est question de critique du capitalisme, c’est cette manie de vouloir lui trouver des adjuvants qui expliqueraient ses effets nocifs. Le dernier en date est le préfixe « super » qu’un économiste démocrate, Robert Reich, a utilisé pour démontrer qu’il affaiblit la démocratie. Le consommateur remplace le citoyen dans les processus décisionnels quotidiens, et le lobbyiste prend le pas sur le représentant de la nation dans la constitution des lois. Le propos est en soi pas trop original, mais il permet simplement de constater qu’il devient nécessaire de trouver de nouvelles manières de combattre la puissance coercitive des grandes entreprises. Le consommateur citoyen doit, en plus de son éthique personnelle, adopter une posture politique et s’organiser pour faire pression sur le législateur. Pour M. Reich, il est inutile d’agir directement sur les entreprises pour les rendre « responsables » (socialement, écologiquement, etc.ment) il faut travailler sur la loi qui seule peut les contraindre. Ce qui reviendrait à terme, mais ceci n’est pas dit explicitement dans l’entretien accordé par cet économiste, à remettre en cause la libre organisation du marché. Pourquoi pas… Encore un « améliorateur » du capitalisme.

    Pendant ce temps, la crise des « subprime » (qui n’a rien d’une crise puisque c’est un événement consubstantiel au capitalisme) continue. Afin de développer un nouveau marché, une technique de placement financier a été inventée. Prenons des foyers ayant des revenus très bas, donc des capacités d’épargne inexistantes, mais imaginons un delta d’épargne possible. Accumulons tous les deltas d’épargne de ces foyers, et posons qu’il est possible grâce à eux d’alimenter le marché de l’immobilier, qui commençait à arriver à saturation. Comme ce delta est « peu certain », créons à partir de lui un produit financier à risque, suivant la technique éprouvée des dérivés. En dérivée, un marché peut être facilement démultiplié. Vous n’avez presque rien au départ et par « miracle », un marché de plusieurs milliards apparaît sous vos yeux. Pour répondre à l’effondrement de la bulle Internet et la baisse des revenus engendrés, de nombreuses entreprises de placement financier se lancent sur ce nouveau marché. Et puis, il faut se rendre à cette évidence, une fois de plus, ce fameux delta est tel qu’il ne peut alimenter toute la théorie des dérivés qui « dérivent » de lui. Le retour de « valeur réelle » est nul. Et ce qui était « réellement » à la base de toute cette construction financière est détruit. Comme pour le Titanic, qu’est devenu l’iceberg ? Que sont devenus les foyers surendettés ? Pourquoi causer de Citigroup et de son PDG ? Un cas d’école du développement normal du capitalisme. Et il n’a rien de super…

  • Blog-Tone du 24 octobre 2007 : Libé, 24 octobre

    Blog-Tone du 24 octobre 2007 : Libé, 24 octobre

    Libé, 24 octobre

    Hier, j’ai bien reçu Libé, comme tous les jours (ou presque), mais je n’ai pas eu le temps d’en causer. Pourtant il contenait quelques articles intéressants. Pourquoi Hillary Clinton devrait triompher devant Barack Obama lors des caucus organisés jusqu’en février. Pourquoi l’Espagne attire les investisseurs du monde entier. Une étude sur les maladies professionnelles, vers la fin du pétrole, comment financer la Sécu, etc. Mais j’avais mieux à faire.

    Aujourd’hui également, j’ai mieux à faire, mais cette fois, j’ai le temps. Donc… Et je commence par la fin. JM Bigard est un comique. Comique au gras-double qui arrive parfois à écumer l’amère couche de vulgarité qui souvent surnage de ce genre d’humour. Sa dérive mystique est particulièrement irritante, restent quelques sketches écrits avec Laurent Baffie qui ont une saveur particulière. Mais je reste méfiant, le rire, ça ouvre les chakras et permet même au plus sordide d’entrer loin en soi. Son naturalisme populaire est parfois insupportable, surtout quand on n’en rit pas.

    Alors ce Grenelle de l’environnement ? Il m’est d’avis qu’il n’en sortira rien. L’écologie politique n’existe pas. Mais si elle doit exister, cela ne peut être que contre tout ce qui s’est fait jusqu’à présent. D’abord, je ne vois rien qui la soutienne historiquement et socialement, elle n’est pas en soi une réponse mais plutôt un prurit. J’y vois plus un contrecoup de plusieurs choses : retour à la terre, retour romantique au passé paysan mythifié, un anti-discours industriel qui suit de près la fin du monde ouvrier, une idéologie de rattrapage qui suit de près la fin du communisme, comme peut l’être, d’une certaine manière, l’islamisme radical, mais aussi, et c’est ce qui rend l’écologie politique difficile à lire, une tentative de réforme du capitalisme. C’est dans cette dernière perspective qu’elle est souvent traitée. Je suis toujours surpris de lire dans tous les discours écologistes le primat donné à la Raison, une Raison anhistorique dont la justification se trouve dans le futur possible d’une Humanité soudain unie à son environnement. Une Raison régressive. Le capitalisme a besoin de fronts pionniers pour continuer son développement, l’écologie lui offre quelques perspectives intéressantes, et elle n’existe, à mon sens, que par ce fait.

    Sinon, entretien intéressant avec Martine Billard sur le PLFSS (le projet de loi de finance de la sécu) qui permet de rappeler cette évidence que la Sécu n’est pas une entreprise, qu’elle n’a pas à être rentable, que la question fondamentale n’est pas celle de son « trou » mais de son financement. Proposer une vision comptable de la Sécurité Sociale c’est vouloir sa destruction. Rien de plus.

    Sarkozy est au Maroc. Cette phrase piochée dans l’article page 20 : « La différence entre un businessman français et un espagnol, c’est qu’en sortant de l’aéroport, le Français va voir son ambassade pour savoir dans quel domaine investir tandis que l’Espagnol demande où il peut construire son usine ». Le Maroc reste un enjeu de politique intérieure en France.

  • Blog-Tone du 26 octobre 2007 : Libé, 26 octobre

    Blog-Tone du 26 octobre 2007 : Libé, 26 octobre

    Libé, 26 octobre

    J’ai renoncé à lire tout article concernant le « Grenelle » de l’Environnement. D’abord parce que le terme Grenelle est utilisé sans discernement avec comme but évident de l’affaiblir. Utilisez un mot souvent, dans des contextes très divers et vous le verrez perdre tout son sens. Ensuite ce machin ne sert qu’à préparer les municipales. Cela n’empêche pas de rester vigilant.

    Milner propose une analyse de la série des Harry Potter. C’est en quelque sorte la suite du Juif de savoir : analyse des fonctions historique et sociale de l’Université. Cette fois-ci il s’applique à démontrer la résistance du système universitaire anglais à l’idéologie libérale de Thatcher/Blair, la fonction de l’éducation dans la lutte contre le dénigrement de l’intelligence constamment mise en avant par les tenants de la création de valeur marchande comme fonction fondamentale de l’Homme en société. C’est sain, intelligent (c’est Milner, donc…) et utile au quotidien.

    Petit article pour les amateurs d’ouverture politique, à droite. L’exemple allemand devrait les calmer. En participant au gouvernement Merkel, le SPD perd des soutiens par les deux ailes. Le tournant libéral de Schöder avait déjà clairsemé les rangs de son parti, mais la décrue se transforme en débâcle. 230 000 adhérents perdus en 10 ans. C’est l’équivalent (au doigt mouillé, son fichier Rosam étant peu fiable) du PS français.

    Piratage. Entretien avec Denis Olivennes, chargé d’une mission quelconque par Sarko. L’homme n’est pas un foudre de guerre, il n’est pas con, donc son rapport est inintéressant. Le problème du piratage des « œuvres » sur l’Internet ne touche que les majors et les artistes les plus distribués. C’est une question de volume. C’est le plus-de-profit de ces entreprises culturelles qui est atteint. De nouveaux modèles de distribution se mettent en place, modèles plus souples, qui génèrent moins de profits mais qui permettent une distribution à la mesure de l’Internet. Les producteurs de logiciels connaissent bien ce problème, mais ils ne sont jamais interrogés sur le piratage, car il fait partie de la vie même du logiciel, c’est grâce aux pirates qu’un logiciel comme Word est devenu le traitement de texte par excellence. Contrairement à ce que veulent nous faire croire les pourfendeurs des « téléchargements illégaux », le statut de l’œuvre n’est pas impliqué, une merde restera une merde, ce sont les profits que ces merdes génèrent qui sont attaqués. Une œuvre de dépollution. Ils auraient pu en causer au « Grenelle ».

  • Blog-Tone du 29 octobre 2007 : Libé, 29 octobre

    Blog-Tone du 29 octobre 2007 : Libé, 29 octobre

    Libé, 29 octobre

    Ce week-end, Libé a paru, des articles intéressants ont été écrits, sur les taux des prêts immobiliers par exemple, dont on peut dire qu’ils perpétuent cette vieille tradition qui veut que l’on devienne esclave par l’usure, sur l’Argentine et ses régulières poussées de fièvre péroniste, sur cette Suède pourtant tant vantée (poussée de fièvre anti-social-démocrate de Libé ?), et bien d’autres choses. Mais ce week-end m’a trouvé plus enclin à cliqueter qu’à taper. Alors j’ai cliqueté. Entre autres choses.

    Ce matin (ce qu’il en restait à mon réveil) dossier sur cette immigration choisie qui a tant fait pour l’élection de l’actuel président de la République. Comment prendre tous ces débats sur l’immigration ? Quel point de vue adopter ? Fondamentalement, l’Homme est un animal migrateur, ce n’est que récemment qu’il s’est sédentarisé, créant ainsi (par la force des choses, disons) des espaces aux ressources restreintes l’obligeant à constituer toutes sortes de machineries intellectuelles complexes (régimes politiques, stratégies économiques, techniques d’exploitation etc.) Nous avons tous ce besoin de migrer, de changer d’espaces, d’aires (ères et air fonctionnent également) ; parfois ces migrations se font par nécessité, une fuite vers un ailleurs forcément meilleur. Est-il réellement humain d’adopter un point de vue politique sur cette question de la migration humaine ? Qui doit migrer, migre, ce qui est inventé pour permettre ces migrations caractérise réellement les sociétés d’accueil, c’est notre espace imaginaire qui est en jeu, pas notre économie. Certainement pas notre économie.

    Pour le reste, Idriss Déby défend les enfants du Tchad (je suis obligé de faire une très longue pause après avoir écrit cette phrase, grammaticalement correcte, mais qui est fondamentalement absurde), la gauche italienne tente de solder un lourd passé (une gauche sinistrée), Jack Lang parle, le PS ne sait pas encore comment il va se déchirer sur la question de institutions européennes, et comme prévu, comme annoncé, comme beaucoup le redoutait, la loi sur le racolage passif isole, affaiblit, puis détruit les prostitué(e)s. Enfin, le PSG a perdu au Parc, et c’est pour moi, avec le fait que je n’ai presque plus de tabac, la grande nouvelle du jour.

  • Blog-Tone du 31 octobre 2007 : Libé, 31 octobre

    Blog-Tone du 31 octobre 2007 : Libé, 31 octobre

    Libé, 31 octobre

    Ils existent. Il est possible de ne pas avoir affaire avec eux, de les ignorer, pourtant ils sont bien là. Dans nos vies professionnelles, nous savons qu’il est parfois nécessaire d’en passer par eux. Les occasions sont toutefois rares. Plusieurs fois, je les ai côtoyés. Ils m’ont aidé dans une certaine mesure, mais j’ai toujours dû, en fin de compte faire contre eux. Leurs intérêts parfois divergent de ceux des salariés moyens, car ils ont leurs enjeux propres, et parfois sont obligés d’aller à l’encontre de leur fonction première : protéger les intérêts des salariés. Eux, vous l’avez deviné, ce sont les syndicats. J’ose même un : ce sont les syndicalistes. J’ai de nombreux souvenirs de rencontres avec certains syndicalistes. En fin de compte, c’est-à-dire après des conflits sociaux parfois très durs, ils m’ont toujours été inutiles. A force de participer à des réunions avec les patrons des boîtes que j’ai fréquentées, ils finissent par développer une très grande proximité avec eux. Certains se retrouvent, après quelques années, intégrés au capital de ces boîtes, et participent ainsi à leur bon fonctionnement, garantissant une certaine paix sociale. Heureusement, tous ne sont pas ainsi. C’est ce que Libé tente de démontrer dans son dossier de Une, Sodome est sauvée, un a résisté. Ça fait mal au cœur. Mais cette résistance est pour le coup remarquable, car ce n’est pas une petite corruption comme nous en rencontrons d’habitude, de ces petites corruptions sur une augmentation de salaire un plus importante que d’habitude, un bureau un peu isolé ou plus spacieux, des horaires plus souples, c’est la résistance à une mécanique bien huilée dont le but était (oh ! est) d’écraser toute résistance. Dans le cœur même de la Grande Industrie française, le domaine exclusif de l’UIMM. Cette résistance n’est pas toujours nécessaire, il faut être confronté à cette machine de guerre pour avoir à lui résister, mais à de moindres niveaux, elle est ce qui devrait caractériser la « fonction syndicale », la démonstration de la possibilité de résister au patron, simplement savoir dire non, savoir définir quelle est sa place dans une entreprise, à quoi (et qui ?) nous servons. J’ai moi aussi croisé une personne qui a su lutter tout en étant représentante syndicale. Une seule. C’est pas glorieux en neuf ans. Ça fait mal au cœur.

    A part « ça », les pandores ont les boules, la banquise disparaît, cet imbécile (débile, idiot, crétin… fonctionnent également, mais je ne veux pas paraître insulter quelqu’un qu’en fin de compte je ne connais pas, et c’est simplement ce qu’il dit quand il parle politique que j’adjective) d’Allègre (bah ! in fine, je retire ce que je viens d’écrire, ces adjectifs lui vont bien) reconnais que Ségolène est toujours dans le jeu (encore une parenthèse, normalement je devrais utiliser des notes de bas de page, c’est dans ces coins reculés que l’on égorge en Université) parce qu’elle ne critique pas le président de la République (ce qui démontre le bon usage des termes précédents), ce dernier vient de s’accorder une jolie augmentation de salaire, il est désormais possible d’envoyer des mèls depuis l’au-delà, et puis du cul, du cul, du cul, Libé reste Libé…

    Novembre va commencer. Peut-être la Une de demain ?

  • Blog-Tone du 25 octobre 2007 : Libé, 25 octobre

    Blog-Tone du 25 octobre 2007 : Libé, 25 octobre

    Libé, 25 octobre

    Allez ! On y croit ! Le gouvernement serait dans une passe délicate et le Président de la Droite serait en difficulté. Et donc… ?

    Double page sur la sortie de « Paroles de sans papiers ». Des parcours ordinaires, dans la France ordinaire. De mon fauteuil, je ne vois jamais cette France-là. Quand je vais dans la rue, je ne la remarque pas. Dans le métro, au supermarché, chez les uns et les autres, elle s’obstine. Invisible. Facile à occulter. Il faut se dépasser pour l’apercevoir, faire l’effort de poser son regard sur elle, et comme sur certains trompe-l’œil, de ces jeux qui laissent apparaître une image dans l’image, il devient impossible de ne pas la voir. Jusqu’à ne voir plus qu’elle. La foule disparaît, ne laissant à notre attention que les flics en maraude, les passants qui regardent le sol et qui font quelque écart quand l’Ordre surgit, un petit groupe qui se délite, une personne qui se lève et tourne le dos, des disparitions successives. Des errances dans des flux. Quelque chose qui ne va plus de soi. Un monde de « détails ».

    Sinon, le quotidien de Libé, quelques articles politiques sans grand intérêt ; un article sur la traduction de Frederic Jameson, philosophe marxiste américain, qui me fait furieusement penser à Slavoj Zizek ; la Suède est un pays imaginaire dont la face obscure ne cesse de m’étonner, il y a définitivement quelque chose de pourri au Royaume de Scandinavie.

  • Blog-Tone du 30 octobre 2007 : Libé, 30 octobre

    Blog-Tone du 30 octobre 2007 : Libé, 30 octobre

    Libé, 30 octobre

    Actualité en roues libres, si j’en crois le Libé du jour. Les mêmes sujets reviennent : l’arche de Zoé, la Commission Balladur, Sarkozy (pour un oui, pour un non), EADS, les finances de la Sécurité Sociale (sa branche maladie surtout), les frasques de M. Laporte… Peut-être deux-trois articles sortent du lot, mais quel ennui ! J’ai espéré un moment que le « Time » m’apporterait quelque chose d’intéressant à lire. Même pas. Un article sur la crise de la BBC, et encore. Un article pourtant dans Libé, dans les pages Rebonds, sur l’UIMM. Mais qui, hélas, finit par ces mots qui laissent le reste sujet à caution : « J’ai lu dans la presse que l’UIMM avait financé la campagne de Giscard en 1974 ou en 1981. » Je peux me permettre d’écrire ceci, mais d’un spécialiste dont on attend quelques certitudes, c’est un peu léger.

    Alors je me suis concentré sur un long article sur le Grand Paris. C’est lui qui a sauvé ma matinée, j’exagère peut-être un peu. J’ai le souvenir (voir supra) de réflexions du maire actuel de la capitale sur la place de Paris dans le monde. Paris devait se donner les moyens de rivaliser avec les autres grandes métropoles mondiales, ou au moins avec Londres (c’était pendant cette affligeante campagne pour l’obtention de l’organisation des JO de 2012). Question de prestige, savoir attirer les talents, les grandes entreprises (leurs sièges sociaux au moins). A présent, ce sont les Franciliens qui sont le centre des préoccupations. Paris est plus qu’elle-même, ses frontières doivent être dépassées, non pas simplement sortir du périphérique mais atteindre les frontières de sa région. Ce que l’on appelle l’intégration. Des mots qui reviennent : frontière, intégration/assimilation, individualité (des cités alentour, pardon ! des villes alentour), partage des richesses, partage des compétences, communauté (urbaine)… Cette question du Grand Paris semble récupérer (cristalliser ?) les grandes problématiques qui sont discutées en ce moment en France, à des degrés divers, pour des raisons différentes, mais avec les mêmes mots. Depuis 1982 (date de sa dernière réforme) Paris a complètement changé, depuis 1950 elle a perdu près d’un million d’habitants, sa petite couronne a récupéré une partie de ces départs, mais la grande majorité s’est installée un peu plus loin, ce qui a entraîné la création de villes nouvelles, augmenté les migrations quotidiennes, la pression automobile et « spécialisé » certaines villes (Neuilly vs Gennevilliers). Cette question du Grand Paris, qui sera la question des prochaines municipales, est à mon sens une question qui permet de masquer le vrai problème de Paris. Paris est une ville de pénuries factice. Très largement dotée en logements et en emplois, la plupart des grands développements récents qu’elle a connus n’ont eu pour but que cette pénurie, une destruction systématique. A qui profite le crime ? Et pourquoi ce crime est-il passé sous silence lorsque l’on parle de ce Grand Paris ? J’aurai largement l’occasion de revenir là-dessus.

  • Blog-Tone du 2 novembre 2007 : Libé, 2 novembre

    Blog-Tone du 2 novembre 2007 : Libé, 2 novembre

    Libé, 2 novembre

    Puisque j’ai fait nuit blanche, je peux dire, sans rougir, que le premier et le deux sont le même jour. En plus, ça tombe bien, il était possible, avec les Libé de ces deux jours, de n’en faire qu’un.

    Le pétrole à 100$ le baril. C’était une des craintes majeures des économistes dans les années 80. Les Verts de l’époque s’étaient appuyés sur cette possibilité pour inciter les pouvoirs publics à développer les énergies alternatives. Bon, ben, on y est. Mais avec quelques nuances. A l’époque le dollar était à 10 francs (4 aujourd’hui), la Russie Soviétique et la Chine à l’autre bout du monde. A présent des accords sont passés directement entre Etats sur le pétrole et les autres matières premières (Russie/Chine, Brésil/Chine…), et les grosses entreprises consommatrices paient le pétrole sur d’autres marchés. C’est donc le pétrole du quidam qui en a pris un coup dans l’aile. Surtout le quidam du bas de la mappemonde. Le pétrole n’est pas le seul touché, le plomb, le blé, le cuivre, le charbon, etc. connaissent également des hausses importantes. Et des baisses futures aussi exceptionnelles. Alors pourquoi ? Souvenez-vous du « Sucre ». Mais ce n’est pas que la spéculation sur les cours, c’est aussi une spéculation sur les Bourses. Ça se concentre au niveau mondial, et les Bourses des matières premières font de la gonflette histoire de montrer qu’elles sont bonnes à marier. Ne pas oublier que le capitalisme ne crée pas de valeur, il crée de la pénurie. C’est presque un cas d’école.

    Pauvre Clémentine Autain ! Après le XVIIème Arrondissement de Paris et le PS, c’est au tour de Montreuil et du PC de lui faire les yeux durs. Il me semble que cette fort en gueule fait partie de ces baromètres qui permettent de savoir le temps qu’il fera dans certaines couches de la politicosphère. Comment le PS considère sa gauche ? Ou pour le moins, ce qui se profile à sa gauche, juste à côté de lui. A Paris, du moins. En décembre, les listes vont être constituées pour les municipales, et d’après ce que je peux voir, celles du PS seront très roses. Même au second tour (l’orange modifie assez peu le rose, non ?).

  • Blog-Tone du 22 octobre 2007 : Libé, 22 octobre

    Blog-Tone du 22 octobre 2007 : Libé, 22 octobre

    Libé, 22 octobre

    Entretien avec Ségolène Royal, depuis Rome, où elle rencontrait W. Veltroni, le maire, et F. Rutelli, l’ancien maire et ministre des biens culturels. Que l’on soit pro ou anti, on trouvera à boire et à manger dans cet entretien tout au long duquel Royal fait du Royal. Cette manière qu’elle a de se tourner vers l’étranger pour envisager ce qu’il peut se passer en France est en train de devenir sa marque de fabrique. Et toujours ce constat qu’il faut rebâtir idéologiquement le parti, que l’ouverture au centre est la stratégie qui paiera à terme ; alors Troisième Voie ou Parti Démocrate, elle annonce qu’elle travaillera à la constitution d’un pôle lui permettant en 2012 de faire plus de 30% au premier tour. On ne peut pas faire plus idéologique…

    Les adhérents à 20 euros sont partis massivement. Mais il ne semble pas possible d’avoir de chiffres précis sur cette hémorragie. Dans la section du XVIIème arrondissement de Paris, celle à laquelle j’appartiens, 200 adhérents se sont déplacés pour désigner la candidate qui affrontera Panafieu sur ses terres. 200 sur 950, mais rien sur les renouvellements d’adhésions. Dans la même entrevue, Ségolène Royal propose de suivre l’exemple du Parti Démocrate italien et de permettre à tout citoyen de voter pour la désignation du candidat officiel à l’élection présidentielle, contre une modeste obole. Ce qui se fait déjà depuis longtemps aux Etats-Unis (avec quelques nuances, bien entendu).

    L’autre lettre de Guy Môquet, retrouvée dans ses affaires, le jour de son arrestation.

    « Parmi ceux qui sont en prison,

    Se trouvent nos trois camarades

    Berselli, Planquette et Simon

    Qui vont passer des jours maussades

    Vous êtes tous trois enfermés,

    Mais Patience, prenez courage,

    Vous serez bientôt libérés,

    Par tous vos frères d’esclavage

    Les traîtres de notre pays,

    Ces agents du capitalisme,

    Nous les chasserons hors d’ici,

    Pour instaurer le socialisme

    Main dans la main Révolution,

    Pour que vainque le communisme,

    Pour vous sortir de la prison,

    Pour tuer le capitalisme

    Ils se sont sacrifiés pour nous,

    Par leur action libératrice. »

    Poème gnan-gnan, mais ce gamin était vraiment transcendé. Pour moi qui ne crois pas à et en grand-chose, c’est un peu flippant. Peut-être est-ce plutôt ce côté-là de Môquet qui a plu à l’omniprésident. Plus prosaïquement, c’est parce qu’en meeting l’auditoire répondait très bien à « la » lettre. Mais ceci n’empêche pas cela.

  • Blog-Tone du 17 octobre 2007 : Libé, 17 octobre

    Blog-Tone du 17 octobre 2007 : Libé, 17 octobre

    Libé, 17 octobre

    La femme de César doit être insoupçonnable. Mais que se passe-t-il si elle veut se barrer ? Le nouveau statut du Président de la République lui interdit d’apparaître devant quelque Cour que ce soit. Sauf la Haute. Et encore. Donc il ne peut y avoir de procédure de divorce intenté contre lui. Il ne peut se défaire de son immunité, car elle s’impose même à lui. Le corps vivant du Président de la République est mort… Il est devenu la fonction. Voilà qui lui sied bien.

    Inconsciemment, tout le monde savait au Patronat que l’UIMM avait une caisse noire qui servait à financer certaines actions (lesquelles ? Mystère). L’UIMM c’est plus que le Medef, mais c’est un groupement d’intérêt qui s’affaiblit au fil du temps. Un reliquat d’une époque révolue. D’où est partie cette rumeur que cet argent servait à financer des syndicats de salariés ? Cela prépare les esprits à la future loi sur le financement des syndicats. Et si lors de sa discussion au Parlement un petit scandale éclatait, histoire de…

    Portrait de Didier Le Reste. Personnage important du paysage syndical français. Demain est un peu son jour. Pas de grand soir pour lui, mais la défense obstinée des droits des salariés de la SNCF. Et de ce fait, un peu plus que ça.

  • Blog-Tone du 18 octobre 2007 : Libé, 18 octobre

    Blog-Tone du 18 octobre 2007 : Libé, 18 octobre

    Libé, 18 octobre

    Je suis un indécrottable réactionnaire. Je ne vois pas d’autre solution. La nouveauté m’indiffère. Je ne cherche pas à changer les choses. Je n’aime pas ce qui paraît moderne. Ce qui est dans le vent. Ce qui est d’aujourd’hui. Pour moi 1793 c’était il y a peu de temps. Et si je devais citer les derniers grands événements de ces dernières années, je ferais tout pour n’en citer aucun arguant qu’il n’y a que des processus. Y’a des jours, j’aimerais bien croire que ça marche, qu’on va tous vers un truc sympa, ensemble, et peu importe qui est tout en haut de nos hiérarchies, on avance vers le mieux. Ben non ! Réactionnaire et pessimiste.

    Une de Libération. Une femme dépose une demande de divorce dans un obscur tribunal. Ce même jour, grève nationale pour défendre quelques droits durement acquis. (J’ouvre une parenthèse. Prenons la prime charbon pour les cheminots, cela paraît absurde. Il suffit de changer son nom en prime de Développement durable, ou d’intégration transversale, faire du marketing en quelque sorte, pour qu’elle passe sans problème. Il faudra que l’on m’explique pourquoi les droits, les avantages en novlangue, que l’on appelait compensatoires sont devenus indécents quand ils profitent à ceux qui en ont réellement besoin. 15 milliards d’avantages fiscaux (par an) pour les plus riches ça fait du bruit quelques temps, mais c’est passé… Les gains de la réforme des retraites ont été calculés au doigt mouillé, avec une marge d’erreur assez impressionnante. Je ferme cette parenthèse.) Premier article sur la grève, pages 8-9, second page 14. Divorce présidentiel, pages 1-7. Edito de Joffrin « Jamais un président en exercice ne s’était trouvé etc. » Evénement que jamais on a vu ça… donc Une. Le jour du premier grand bras de fer social, la presse (de gauche) se concentre sur le divorce du président. Je… Pfffff

    A part « ça », le mini-traité européen ne fera pas l’objet d’un Referendum en France. La crise des subprimes fera baisser la croissance française de 1,8% (OCDE) à 2% (FMI). Une baisse de +0,2%… La nouvelle personne en charge des négociations avec les syndicats au Medef est la DRH du groupe Accor, en remplacement de DGS de l’UIMM (fallait suivre), le signe que le Medef ne veut pas se mêler de la réforme des régimes spéciaux. Et un article sur la colère dans la partie Livres. Qu’y a-t-il de commun entre la colère d’Achille et la colère de la rue ? La question semble ne pas s’être posée. Indécrottable réac que je suis.

  • Blog-Tone du 20 octobre 2007 : Libé, 20 octobre

    Blog-Tone du 20 octobre 2007 : Libé, 20 octobre

    Libé, 20 octobre

    Où l’on apprend, que c’est le mascaret remontant la Seine qui aurait emporté Léopoldine « à l’heure où blanchit la campagne » Hugo, que Thomas Hugues et Laurence Ferrari se séparent, qu’une télé pour les humains de plus de 6 mois (et pas trop au-delà) va émettre en France, que pour E. Roudinesco Ben Laden est la figure absolue du pervers, que plusieurs Etats d’Amérique du sud s’organisent pour créer un FMI régional (un FMR ?), qu’en France la bise est un vrai casse-tête, que quatre cyclistes ont été tués à Paris depuis le début de l’année, qu’Yves Simon signale cette remarque que Chris Marker met dans la bouche de B. Laporte avant la rencontre contre les All Blacks : « Cette fois, avant le match, je leur ai lu la lettre de Kafka à son père » (ce qui est impossible et hilarant), qu’enfin H. Guaino est un grand Homme de la dimension de Goebbels, Beria voire Kissinger.

    Cette dernière remarque semble déplacée, et pourtant… Il accorde une entrevue à Libération. Il est fort bon. Il dit que l’assassinat de Guy Môquet est « un drame ordinaire de cette époque », que de remplacer « Camarade » par « Compagnon » lors de l’hommage officiel rendu au jeune homme n’est pas si grave : « A force de se scandaliser de tout, on finit par ne plus savoir ce qui est important » (rien que pour cette phrase je propose sa canonisation, contre un poteau). Toujours parlant de la lettre d’adieu de G. Môquet : « Dans ce texte, il n’y a aucune trace de nationalisme, aucune propagande » donc il ne comprend pas pourquoi certains professeurs refusent de la lire pour de tels motifs… (et là, je suis admiratif). Parlant de Barrès il a cette remarque qui aurait causé une débâcle intestinale au Général : « (Il) a dit des choses qu’il n’aurait pas dû dire. » Toujours sur la lettre de GM cette phrase admirable qu’il faudrait lire avant chaque cours d’Histoire : « De quelle expertise a-t-on besoin pour ressentir la vérité et la profondeur humaine de ce texte ? » Bien évidemment, cette phrase hors contexte est d’une banalité affligeante, mais dans cette entrevue elle a une saveur si particulière que je ne peux que vous encourager à vous ruer sur Libération pour en lire les pages six et sept. Et cette grande phrase aussi « Il y a eu autant de résistants que de miliciens. » Mais ce n’est pas grand-chose, H. Guaino a des ressources qui semblent inépuisables quand il évoque « son » discours de Dakar. Il se livre à un enchaînement logique sublime, magnifique, grandiose dans l’ordure qui met en lumière sa philosophie spontanée et que l’on peut résumer simplement : la colonisation a amené les Lumières à l’Afrique. Je… (soupir)

  • Blog-Tone du 15 octobre 2007 : Libé, 15 octobre

    Blog-Tone du 15 octobre 2007 : Libé, 15 octobre

    Libé, 15 octobre

    Note de lecture. Nouvelle formule de Libération. Il faudra du temps pour l’avoir dans l’œil. Rien de révolutionnaire. Une simple réforme. Format identique. Papier grossier et encre sur les doigts. Plus de place pour les lecteurs du journal. Forum, réactions sur le site. Libé a encore un long chemin à parcourir avant d’atteindre « The Guardian » qui reste, même si cela n’apparaît plus nulle part, son modèle.

    Articles. Thématique sur l’Intégration. Concept ombilical.

    Hervé Le Bras et Benjamin Stora, mise en perspective nécessaire. Mariages mixtes. Regroupement familial. Non ! Fantasme du Maghrébin qui permet à ses cinq femmes et vingt enfants de débarquer en France par regroupement. Lien mariage mixte et regroupement. Installation en France du conjoint étranger par regroupement. Possibilité réduite par les nouvelles lois. But : obliger le départ des couples mixtes. Célibat forcé des jeunes hommes mal dotés issus de l’immigration. Célibat forcé des jeunes femmes diplômées issues de l’immigration. Politique eugéniste en marche.

    Tests ADN. Mise en application grossière de ce principe eugéniste.

    Isolement des immigrés fragilisés par la nouvelle législation. Cas. Médecins du Monde (MDM). 40 000 consultations en 2006. Peur des immigrés sans-papiers de consulter, l’administration exige certains papiers pour l’obtention de l’Aide Médicale de l’Etat, exigences illégales ( ?). De plus en plus de femmes consultent MDM. Fragilisation, précarité, esclavage… L’autre France. Habitats de fortune et sans logis : 217 000 familles recensées. 600 000 relogements d’urgence en attente.

    Walter Veltroni. Maire de Rome. Nouveau Premier Secrétaire du Parti Démocrate, sorte de Modem à l’Italienne, le marais local. Promesse de Veltroni quelques années auparavant : Ceci est mon dernier mandat, je quitte la politique. 2011 il sera Président du Conseil, peut-être. Inspirateur de Lang et Delanoë. Je suis un peu déçu, c’est con, non ? J’aimais bien le personnage, gentilhomme italien, petit côté Renaissance. Homme politique en fin de compte. Une candidature qui sort d’un mensonge. Il ne vaut pas mieux que Jospin. Non, là je suis méchant.

  • Blog-Tone du 16 octobre 2007 : Libé, 16 octobre

    Blog-Tone du 16 octobre 2007 : Libé, 16 octobre

    Libé, 16 octobre

    Liberté de la presse. Sondage. Titre : « Les Français veulent des médias indépendants. » Sondage LH2. Les électeurs de droite sont moins sensibles à ce problème. Danger immédiat, le rachat des Echos. LVMH/Arnault propriétaire de la Tribune. Ce dernier est devenu l’ombre de lui-même sous Arnaud. Journal de référence à l’époque. Détruit par les ingérences du propriétaire, outil de propagande, campagnes de déstabilisation des concurrents. Face à lui De Lacharrière, grand financier, propriétaire de l’agence de notation Fitch. Entre le sida et l’hépatite C le choix est délicat. Pearson, ce groupe anglais qui possède déjà le Financial Times, vendra. La Tribune devrait tomber dans l’escarcelle de Bolloré, déjà partenaire du Monde. Tous grands démocrates, proches du pouvoir de droite ou de gauche. Ils sont aussi le pouvoir. Des médias indépendants ? Cela doit passer par la loi. Démocratie oblige.

    Les cent familles. Les maîtres des forges. Le retour des vieux démons. On apprend que l’UIMM (les patrons de l’acier pour faire court) finance un peu tout ce qui le chante. Sans devoir aucun compte à personne. Tradition oblige. Les comptes sont détruits d’une année sur l’autre. Caisse noire. Le Medef lui doit beaucoup. D’autres syndicats également semble-t-il. Des syndicats indépendants ? etc.

    Pouvoir d’achat. Commission Attali. Entretien avec Jean Peyrelevade. En seconde, en Economie et social, on m’apprenait ce que disent ces gens-là. Nuance, on m’apprenait exactement ce que disent ces gens-là. Parler d’économie au peuple comme on parle à un enfant, faire simple pour calmer, compliqué pour impressionner.

  • Blog-Tone du 19 octobre 2007 : Libé, 19 octobre

    Blog-Tone du 19 octobre 2007 : Libé, 19 octobre

    Libé, 19 octobre

    Honnêtement, Libération n’est pas un grand journal. Très irrégulier, choix éditoriaux peu judicieux, engagements douteux, une manière de se percevoir sans commune mesure avec son poids réel et sa qualité réelle. Pourtant. Pourtant des jours comme aujourd’hui, je serais presque fier d’être un vieux lecteur de ce journal (ça fait bien quinze balais). Un Libé un peu spécial. Un Libé qui invite des historiens à mettre en perspective l’actualité, à montrer comment un fait se construit, d’où vient un événement, ou pourquoi un non-événement est remarquable, comment peut-on faire de la prospective, ce qui est « futurible ». Edito de Le Goff sur l’Histoire (comme matière et présence du passé) et politique, qu’est-ce décembre 95 peut nous apprendre d’octobre 07, peut-on imaginer un renversement de la tendance boursière mondiale, pourquoi parler des Templiers puis de Juan Carlos, de Jeanne d’Arc et de Ségolène Royal (parenthèse pour avertir qu’au Théâtre du Renard, à Paris, pièce magnifique sur Olympe de Gouges – C’est tout de même aut’ chose), de Louis XIV et des OGM, etc. Bref, heureusement que parfois…

    Demeure cette question fondamentale : jusqu’où est-on dans l’Histoire ? L’Histoire est une science. C’est une science « dure » au même titre que la biologie, les mathématiques, la psychanalyse ou la physique, et, comme toute idéologie (cosmologie presque), elle est en lutte constante pour son « indépendance » en tant que matière spécifique et autostructurée. Elle maintient un dialogue constant avec les autres sciences pour étayer son statut de science et s’enrichir par croisements. Pourtant, il suffit qu’un politique impose un personnage qui a vécu et laissé une trace, pour troubler le caractère scientifique de l’Histoire. Toute science étant dans le monde, c’est un risque permanent pour elle et la prise de parole des historiens est le meilleur moyen de défendre l’Histoire comme science. Et puis ce n’est pas l’ignorance qui est dangereuse (qui connaissait Guy Môquet ?) mais l’inexactitude.

    Dont je fais assez largement preuve, j’en conviens. Mais là, on rentre dans le domaine de l’éthique personnelle. Et puis c’est un blog.

  • Blog-Tone du 2 octobre 2007 : La Question Humaine

    Blog-Tone du 2 octobre 2007 : La Question Humaine

    La Question Humaine

    Me voilà bien embêté. J’ai vu un film qui m’a ennuyé, un film que j’ai trouvé verbeux, prétentieux, mal joué, esthétiquement inintéressant, sans rythme, et pour tout dire affreusement parisien. S’il était encore possible d’en rajouter, dans le cinéma le plus imbécilement branchouille de Paris, le soir d’une sauterie organisée par l’Adami. En temps normal, il m’aurait fallu me concentrer un bon moment pour me souvenir ce que j’avais bien pu voir la veille. Pourtant, non seulement je me souviens parfaitement de ce film, de l’ambiance, de tout ce que nous avons pu en dire au sortir de la salle de projection, mais en plus je sais que je m’en souviendrai un bon bout de temps.

    Un film (français) qui veut démontrer quelque chose est obligé de cumuler tout ce que j’ai pu dire sur ce film en particulier. Film engagé mais peu engageant, qui veut éveiller mais qui endort et qui traite un sujet d’une grande subtilité de manière grossière, il faut donc que son sujet le dépasse. Je laisse donc l’histoire pour présenter le fond. Dernière chose contre ce film, il ne sera pas vu par ceux auxquels il s’adresse, pour ne s’adresser qu’à ceux qui seraient capables de le décrypter mais qui n’ont rien à y lire. Un film digne de la République de Weimar.

    Il traite de l’héritage de la taxinomie nazi.

    Il est directement inspiré de l’œuvre de Klemperer sur la Langue du Troisième Reich. Il veut démontrer l’actualité de cet héritage en fusionnant le discours nazi et le discours du maître (ici celui de la structure du pouvoir en entreprise). Il se sert pour porter cette démonstration du nouvel interprète du maître, le fameux psychologue-RH. Il élabore, à la manière du Docteur Gabel, un parallèle entre la fausse conscience individuelle et l’aliénation collective. Il décrit les effets de bord de ce nouveau discours pour en saisir de manière poétique le cœur même. Le discours du maître est un discours antidialectique qui détruit tout mouvement ; il pétrifie l’individu, le déshumanise, le transformant en « corps ». Les mots morts génèrent des cadavres. Un passage de ce film reprend l’idée de Brecht sur la responsabilité de chacun des participants, même à la plus petite échelle, à cette œuvre de destruction systématique. Comment s’en sortir ? Le film ne le dit pas. Il s’achève sur un quatuor qui exécute un air comme ils (nous ?) exécutaient (ions ?) à Auschwitz.

    En est-on arrivé là ? Le diagnostic est réservé. Le ventre etc.

  • Blog-Tone du 15 septembre 2007 : Sport et politique

    Blog-Tone du 15 septembre 2007 : Sport et politique

    Sport et politique

    Les multiples défaites d’équipes « de France » survenues il y a peu dans à peu près tous les sports (Athlétisme, Basket, Volley, Rugby, Foot), m’ont soulagé. Depuis Guillaume Le Maréchal, comme l’a démontré Duby, les grands Champions sont des outils politiques très pratiques, et très efficaces. Les exemples sont nombreux de sportifs employés comme petites mains politiques et nous avons tous encore en tête les délires de quelque ministre de l’économie tablant sur une victoire d’une certaine équipe pour redresser l’économie française. Mais les défaites récentes valent un peu plus que d’habitude à mes yeux. Notamment celle du XV, symboliquement très forte. Je m’explique.

    L’actuel président français a été élu sur un programme de crise, dans lequel l’effort personnel était surchargé et chacun, disait-il, devait pouvoir se surpasser dans le travail pour réussir. Parallèlement, l’« être Français » devenait une qualité première, il marquait l’appartenance surnaturelle à une communauté de vainqueurs, et chaque individu était traversé par une Histoire Universelle du sacrifice. L’entité « Guy Môquet » était la traduction fascisante (pauvre gosse s’il savait !) du credo « Ne vous demandez pas ce que la France peut faire pour vous, mais que pouvez-vous faire pour la France ? » La réussite individuelle est en fait un sacrifice qui permet une réussite collective. L’entrepreneur se sacrifie pour permettre à d’autres de travailler… donc l’État doit l’aider dans cet effort. Ne pas travailler, c’est insulter le sacrifice des autres. Et même mettre en péril la pérennité de l’« être Français. » dont le ministère de l’épurement de la race de l’innommable Hortefeux doit assurer l’impeccabilité. Être Français c’est travailler.

    Travail, sacrifice pour le « collectif », effort personnel, « francitude », sont les items habituellement associés aux sportifs, donc qui mieux qu’eux pouvaient porter ce programme politique. Le XV tricolore était investi de cette mission sous la houlette d’un secrétaire d’État in partibus revenu tout jouasse de Canossa. Et puis Trafalgar, Berezina, etc. L’espoir renaît… Le 21 septembre, je serai habillé tout de vert. L’administration expulse des hommes, des femmes et des enfants pour moins que ça, parce qu’ils ne sont pas français.

  • Blog-Tone du 7 septembre 2007 : Un Maroc de pacotille ?

    Blog-Tone du 7 septembre 2007 : Un Maroc de pacotille ?

    (Penser à regarder le blog avec Sylvain Bourg comme invité)

    Un Maroc de pacotille ?

    Ainsi donc, le Maroc a un Parlement, un Gouvernement responsable devant le Parlement et une Nation qui vit au travers de ses 15 millions de citoyens actifs… À part Serge (Dassault) dans le Figaro, personne n’oserait écrire ces quelques mots sans rougir de honte ou mourir de rire. Le roi règne, il gouverne, décide, exécute, il est la Nation, le descendant du Prophète (je préfère mettre une majuscule, on n’est jamais trop prudent), le commandeur des croyants… Il est presque tout, et c’est l’effet de son « bon plaisir » qu’un Parlement existe, qu’un Gouvernement existe, et que 15 millions de marocains puissent voter. Mais le Maroc existe aussi sans le Roi, voire contre lui. Et si l’on jette un œil sur les deux derniers siècles d’histoire du Maroc (j’ai un peu la flemme de causer des phéniciens), il me semble que l’on peut faire preuve d’un minimum d’optimisme sur le futur du royaume.

    Le protectorat français a « pacifié » (a noyé dans le sang serait plus juste) les campagnes marocaines et imposé le pouvoir chérifien dans le dar el siba (le pays qui ne paie pas l’impôt). Mohamed V a profité des circonstances historiques pour reprendre le chemin emprunté par cette bande de terre à l’occident du monde méditerranéen depuis les almoravides et les almohades, celui d’un empire autonome sur les berges de l’atlantique. Hassan II a imposé par la force le pouvoir royal contre les mouvements socialiste et arabiste, tout en faisant du royaume un des centres de l’Islam. Tazmamart était le symbole de cet écrasement des velléités de la bourgeoisie marocaine de s’imposer comme force sociale et politique. L’armée et la police du roi ont fini par devenir des métastases dans l’État marocain, et ont failli avoir raison du roi lui-même. L’ouverture commencée par Hassan II était inévitable, elle s’est imposée à lui. Et Mohamed VI ne fait que poursuivre ce travail nécessaire pour que la royauté puisse continuer à exister.

    Le bon vouloir du roi a ses limites. La bourgeoisie marocaine a gagné en autonomie, elle est assez puissante pour demander au roi des réformes (surtout économiques), mais pas assez pour prendre le pouvoir. Alors elle soutient le régime. Le Maroc reste toutefois un pays pauvre, paupérisé, la moitié de son peuple vit dans la misère. Terreau fertile pour une opposition radicale au pouvoir en place. Pourtant le Maroc n’explose pas… Les mouvements islamistes (plus ou moins radicaux) sont acceptés et encadrés par le pouvoir, certains sont représentés au Parlement, ils sont qu’on le veuille ou non la voix de ce peuple soumis aux lois de la misère. Le roi l’a semble-t-il compris, et la bourgeoisie marocaine fait avec, acceptant certains retours de balancier (le roi frappe les islamistes radicaux, puis la bourgeoisie libérale…), et ça tient. Mais à quel prix ? L’islamisation paranoïaque de la société marocaine s’est accélérée ces derniers années, elle se fait par le bas mais, pour en avoir discuté avec quelques bourgeois marocains, elle ne s’impose pourtant pas à tous.

    Il faudra bien que ce mouvement aboutisse à quelque chose. Rébellion directe contre le roi ? Reconnaissance par les urnes ? Constitution d’un autre Maroc dans/contre le Maroc « officiel » ? Les mouvements islamistes (car il n’est absolument pas unitaire) sont des mouvements sociaux qui s’expriment politiquement en se servant de l’Islam, et la Maroc peut permettre l’émergence d’un mouvement certes islamiste mais pacifié gardant son charabia religieux mais sur des bases « démocratiques », c’est-à-dire venant du peuple avec l’assentiment du roi (le roi du Maroc est la Nation !). Par ailleurs, une bourgeoisie spécifiquement religieuse peut s’imposer notamment grâce aux outils créés il y a plusieurs années dans les pays du Golfe, ce que l’on appelle la finance islamique comme on parle en Europe de la finance socialement ou écologiquement responsable. Il y a des chemins qui sont ouverts et le Maroc a la possibilité d’en ouvrir d’autres, aussi bien en Islam, qu’en Afrique que dans la Méditerranée. C’est pas glorieux, mais bon…

  • Blog-Tone du 22 août 2007 : Slow train

    Blog-Tone du 22 août 2007 : Slow train

    Slow train

    Contentement, satisfaction, voire soulagement. Pourquoi voire ? Et soulagement, puisque l’impensable est arrivé, puisque par un effort de ma volonté, j’ai fait quelque chose qui me semblait totalement impossible. Je me souviens avoir dit, un peu comme ça, « Il faut que je fasse quelque chose d’important », j’avais en tête en le disant l’idée d’un « gros coup », marquer un moment, me dire que là, il s’est passé quelque chose. Parce que. Disons, j’avais ce besoin d’une rupture, d’un moment en creux, la nécessité d’un point de départ, pouvoir dire « Tu vois, c’est à ce moment-là que ça a commencé » « J’ai pris ma décision tel jour, je m’en souviens comme si c’était hier » etc. Pourtant, les jours qui ont suivi cette décision un peu nébuleuse, puisque je n’en avais pas arrêté le contenu, je n’ai rien fait de spécial, il ne s’est rien passé. J’en discutais mais sans rien en dire. C’était vague. Ça montait, mais qu’est-ce qui montait ?

    Et puis, des mécanismes se sont mis en place. De nouvelles habitudes, en fait. Le terrain était prêt. Changement d’alimentation, en douceur, suppression des sessions de grignotage, puis disparition d’un repas, malgré les critiques de diététiciens en herbe certains de la dangerosité d’une telle pratique. Premières activités sportives régulières en extérieur, ce qui ne fut pas si difficile, ayant déjà l’habitude de faire quelques exercices au réveil. Mais je commençai par la natation. J’exposais donc ce corps que je voulais remodeler. J’acceptais une certaine infirmité, tout en ayant déjà en tête un corps neuf, reconstitué en quelque sorte. Puis, après de nombreuses conversations sur ce sujet, je me lançai dans les courses en rond, le sautillage, bref le jogging. Je savais pouvoir changer. Mais pas à ce point. Je savais qu’« on » pouvait changer à ce point, mais pas moi. Six mois plus tard, je constate. Pas de révolution, juste une réforme. J’ai recollé les morceaux d’un narcissisme éclaté. Il m’a suffit de prendre le bon train. The slow one.

  • Blog-Tone du 21 août 2007 : Une fissure

    Blog-Tone du 21 août 2007 : Une fissure

    Une fissure

    Depuis deux ans que je passe par là, j’avais acquis la certitude que je connaissais tout les recoins de ce parcours. Il m’a même semblé par moment pouvoir le parcourir les yeux fermés. Ce n’était pourtant pas un chemin facile, beaucoup d’obstacles, beaucoup de tournants, mais surtout une foule compacte. Et plusieurs fois j’ai eu le déplaisir de rentrer littéralement dans certaines personnes. Au moins deux fois, au moins parce que je n’ai pas la mémoire trop fiable. Et même une fois je l’ai connu sous la neige. Pour vous dire. Bref, ce parcours était devenu une sorte d’excroissance de moi-même. Pourtant ce matin, et c’est pour cela que je vous raconte ce fait aujourd’hui, ce matin donc, en le parcourant, peut-être un peu plus doucement que d’habitude, j’ai remarqué un mur lézardé. Plutôt une fissure dans un mur, celui qui continue la grande boulangerie de la rue T. Vous me direz qu’il n’y a rien d’extraordinaire dans cette vision d’une fissure dans un mur de Paris. Dans ce cas-là, je vous rétorquerai qu’il n’y a rien de bien extraordinaire à assister à un accident, chose connue, ou à la chute d’un météorite près de soi, même si je dois vous accorder que cet événement est plus rare que les précédents. Mais comprenez bien ceci, ce n’est pas la fissure qui est extraordinaire, mais le fait que depuis deux ans que je passe par ici, mon œil n’ait jamais été attiré par elle. Cela équivalait pour moi à l’apparition d’un nouveau meuble dans ma maison, ou d’un troisième bras dans ma frêle carcasse. Comment ai-je pu louper ça ? Cet événement, car je n’ai pas d’autre mot pour dire ce qu’a été pour moi cette découverte. Voilà, tout à coup quelque chose a surgi dans un mur que je frôle tous les jours depuis plusieurs centaines de jours. Arrivé au bureau, cette fissure était encore sous mes yeux et toute la journée dans ma tête. Au retour, un peu plus tôt que d’habitude, je me suis mis devant elle et je l’ai observée. C’était une fissure banale, commune, sur un mur vaguement blanc, avec des tags dessus. Cette fissure partait de la moitié du mur et s’arrêtait un peu avant le trottoir, à une demi-jambe du trottoir. Vaste fissure pour un mur d’un immeuble de sept étages. Je me suis étendu un maximum en hauteur pour, avec mon doigt, en suivre une partie. Je la sentais à peine. Elle n’était vraiment pas profonde. Peut-être venait-elle d’apparaître ? Ou s’était-elle continuée depuis un point plus élevé, ce qui explique l’incongruité de ma découverte. Après tout, je ne suis pas toujours à regarder bien haut les immeubles qui bordent ma route. Pourtant, j’ai le souvenir exact de m’être fait à moi-même cette réflexion que je devais plus souvent regarder ces immeubles, lever les yeux pour changer. Tout ceci n’enlève rien au fait que cette fissure est bien là, que je suis certain qu’elle n’y était pas et que ce simple fait m’empêche de ne pas en parler. Et ce qui m’irrite encore plus, c’est qu’en écrivant ces mots, elle est toujours sous mes yeux, dans ma tête, là. Et cela me met dans une rage indescriptible. J’ai même l’impression que plus j’en parle, et plus elle s’agrandit.

  • Blog-Tone du 6 août 2007 : Ratatouille, ou la petite matrice du désir

    Blog-Tone du 6 août 2007 : Ratatouille, ou la petite matrice du désir

    Ratatouille, ou la petite matrice du désir

    Un rat, nommé Rémy, découvre peu à peu que son odorat, si fin, ne pouvait le laisser manger ce que mangeaient les siens. Il pressent que les goûts peuvent se mélanger et ce à force de regarder la télé. Dans les étranges lucarnes il voit, chez la vieille dame sous le toit de laquelle vit sa colonie, une émission culinaire présentée par un chef de grande renommé. Il apprend la langue des hommes, jusqu’à pouvoir lire le livre de cuisine du chef précédemment évoqué : le grand Auguste Gusteau. Par un heureux hasard, ou par nécessité, le grand chef, hélas décédé, se retrouve, fantôme, virevoltant autour des moustaches du rat. Ensemble ils se trouvent embarqués par les flots jusque sous un restaurant multi-étoilé, le sien justement. Ce jour de grande découverte est aussi celui qui voit s’introduire dans la cuisine de ce restaurant un jeune commis, maigrelet et sans cervelle. Ce dernier par maladresse ruine une soupe, que le rat décide, poussé par son hubris culinaire, de sauver. Tous en cuisine croient que ce miracle est le fait du jeune commis. Mais celui-ci sait. Commence un jeu très raffiné entre le rat et le commis. Une fable je vous dis ! Un vraie fable.

    Et ce rat, si fin, torturé entre sa raterie et le désir de devenir un grand cuisinier, le voilà commandant, par un savant subterfuge, les gestes du commis. Un certain Linguini. Mais nul ne doit savoir son secret. Les quiproquos sont nombreux, très bien amenés, jusqu’à la constitution happy endeuse (mais tout aussi sublime) d’un quatuor magnifique : le rat, le commis, la p’tit’ mimine amoureuse et le terrible critique culinaire. Quatuor délicieux qui finit sous les auspices d’un savoureux Ratatouille. Pourquoi la petite matrice du désir ? Hé bien, allez voir !

  • Blog-Tone du 4 août 2007 : Curb your enthusiasm

    Blog-Tone du 4 août 2007 : Curb your enthusiasm

    Curb your enthusiasm

    « Holy cow ! » Seinfeld est de retour mais sans Seinfeld et sans New York. Larry David le producteur de cette série mythique s’est lancé dans une suite si flinguée que certains épisodes en sont presque impossible à regarder. Plusieurs fois j’ai même du mettre sur pause pour retrouver mes esprits et détendre la boule que j’avais dans l’estomac. Car cette homme est vraiment talentueux, il arrive à construire des situations inextricables, à mettre en scène la connerie humaine dans toute sa splendeur. Pas seulement la connerie en générale, mais plus particulièrement la sienne. Dans certaines situations, il introduit quelques problématiques générales bien connues de tous, ça fait un peu tarte à la crème, mais il y a ce petit plus : l’ingéniosité. Construire une situation intolérable pour un esprit humain normalement constitué en 22 minutes, ça nécessite une bonne dose de talent, d’imagination et de connaissance des petits travers de l’homme, plus exactement de l’homme et de la femme de Californie. Comme dans « Entourage », tout se passe autour d’Hollywood, autour de ce petit monde, au cœur du spectacle américain. Mais contrairement à « Entourage », on n’est pas ici pour régler des comptes, on est là pour se moquer, gratuitement. Aucune leçon a tirer de tout ça, le seul but : prendre son pied. C’est diffusé en France sur Canal Jimmy. Bien évidemment, je l’ai téléchargé sans sous-titres, et si vous en avez l’occasion n’hésitez pas ! Et pour ceux qui respectent les droits de diffusion (ça existe encore paraît-il) ce n’est pas distribué en Europe…

  • Blog-Tone du 31 juillet 2007 : Journée de merde

    Blog-Tone du 31 juillet 2007 : Journée de merde

    Journée de merde

    En fait dès hier soir j’ai senti qu’aujourd’hui serait une journée de merde. J’ai vu un film pas très bon, puis impossible d’avoir une conversation sans bailler toutes les deux secondes, et puis impossible de dormir. Pourtant j’étais fatigué, mais impossible de fermer l’œil et de sombrer doucettement. Pourtant il fallait que je me couche tôt, parce que j’avais en tête un mardi entièrement consacré à ma recherche d’emploi. Et y’a encore du boulot ! Et ce matin, impossible. Impossible de me concentrer, de suivre ce plan pourtant si simple de recherche d’emploi élaboré depuis déjà quelques semaines. Je n’ai qu’à suivre l’agenda ! Eh bien non ! Je ne suis qu’au début de cette journée de merde, et je ne doute pas qu’elle va me réserver quelques surprises désagréables. En plus ça va pas fortiche alentour, des problèmes variés qui me touchent puisqu’ils touchent des amis, en plus j’ai mal au cou à cause de la piscine hier, encore pris une mauvaise position (je nageais au bord du solarium), et j’ai mal à un orteil. Enfin on verra bien, mais la suite s’annonce pas folichonne.

    Bergman et Serrault sont morts.

  • Blog-Tone du 25 juillet 2007 : Ventoline et sang frais

    Blog-Tone du 25 juillet 2007 : Ventoline et sang frais

    Ventoline et sang frais

    Honnêtement, je tremblais en admirant le tour. J’ai craint un instant que l’Homme était arrivé à un stade supérieur, avait commencé sa mutation pour atteindre un ailleurs dont Darwin n’osait rêver : le surhomme sur ces drôles de machines. À force de voler, l’homme devait un jour voir des ailes lui pousser dans le dos, à force de courir vite et de sauter loin, ses jambes devaient se transformer pour prendre la forme puissante de celles du Kangourou, à force de grimper les cols les plus difficiles, ses poumons, son cœur et son sang devaient se modifier irrémédiablement. Et puis la médecine ayant fait des progrès extraordinaires, on pouvait voir des asthmatiques, des cancéreux et des hommes recousus de toutes parts vaincre la plus dure épreuve inventée par l’esprit humain : le Tour de France.

    Joie ! Joie ! Rien de tel n’est à craindre, l’Homme reste l’Homme, nulle mutation en vue, pas de surhomme à l’horizon, tout ceci n’était qu’un mauvais songe. Il n’y a qu’une espèce humaine, et son étalon international reste le coureur français. Il ne gagne pas d’étape (ou si peu), ses équipes sont toujours à l’arrière, il pioche dans les cols, il se fait déborder sur la plaine et perd systématiquement face au chronomètre. Le très sarkozyste et avant-Lagardiste Vinokourov n’avait pas assez de son sang pour réussir ses exploits. Le fils de la Mer d’Aral n’avait jamais bu d’eau claire. Malgré tout, cette poignée de boni hominem enfourchés sur leurs vélos restent pour moi des prolétaires sublimés, des machines à 120 tours minute sur 53×13. Au cas où vous ne le sauriez pas, Rasmussen, Contador et Evans sont dopés jusqu’à la moëlle, comme tout salarié devant dépasser une trop grand souffrance. Et puis un jour, ça casse. Pour Pantani comme pour un ouvrier de chez Renault.

  • Blog-Tone du 16 juillet 2007 : Mort aux piétons !

    Blog-Tone du 16 juillet 2007 : Mort aux piétons !

    Mort aux piétons !

    Vous avez certainement entendu parler de cette chose singulière qui vient d’être lancée à Paris, cela s’appelle Vélib’. Le principe est simple : la mairie de Paris fournit des espaces publicitaires à Decaux contre la mise en place d’un système de prêts de vélos. Toute personne qui souffre de bipédie à Paris peut louer ces véhicules individuels « au sang » pour une somme modique, pourvu qu’elle ne l’utilise pas trop longtemps. La première demi-heure est « gratuite » (c’est très relatif ça) et ensuite ça banque sec. Si vous oubliez de rendre la bicyclette, il vous en coûtera 180 euros par jour. Par ailleurs, il est conseillé avant usage d’avoir un abonnement (29€ par an) et de bien connaître le code de la route (en fait plutôt les codes de bonne conduite). Une fois l’appareil en main, il ne vous reste plus qu’à circuler. Et là, ça commence.

    La mairie de Paris, depuis quelques années, pratique une politique de limitation de la circulation motorisée (automobiles et motocycles). Le but est simple, obliger les banlieusards à prendre les transports en commun. Et ça semble marcher puisque la pollution due aux moteurs individuels utilisant des énergies fossiles a chutée de 20%. Mais contrecoup, la vie des migrants quotidiens est devenue difficile. Vélib’ est là pour eux, donc, puisque une fois sorti du RER, le parisien extramural peut se dégourdir les reins en donnant de la pédale. Mais imaginez ces millions de circulateurs abordant des bornes à vélo regroupant au mieux une quarantaine d’unités au sortir du métropolitain. Peu d’élus… Et les quelques utilisateurs effectifs devront affronter ces lieux de perdition devenus célèbres : les pistes cyclables. Vous vous imaginez des pistes bien définies, avec des plots de part et d’autre, des lieux sûrs où l’on peut tranquillement se durcir le mollet. Erreur ! Car ces pistes le plus souvent sont constellées de piétons, puisque bâties sur les trottoirs. Et l’on connaît le goût du piéton à s’imposer en tout lieu où il peut poser ses semelles.

    Comme tout bon parisien, j’ai pris mon abonnement et dès mon retour de Canet, je m’y mets, en gardant en tête cette campagne fort singulière de la sécurité routière : « Le vélo est idiot ! Ce ne sont pas les voitures mais les motos qui sont dangereuses ! dit le piéton »

  • Blog-Tone du 10 juillet 2007 : Marcher ou courir

    Blog-Tone du 10 juillet 2007 : Marcher ou courir

    Marcher ou courir

    En temps normal, je marche. Beaucoup. Traverser Paris à pied n’est pas un problème. Quand j’ai rendez-vous quelque part, je prends le temps nécessaire pour arriver à la minute près au lieu dit, en partant parfois deux heures à l’avance, juste pour le plaisir de marcher. Plus exactement, pour le plaisir de déambuler, de dériver doucement, par des endroits, comme ça, avec un but par lequel je peux passer dix fois. Il n’y a pas d’urgence dans la marche, ce sont sinon des marches administratives, des marches que je fais comme je remplis des papiers, comme je réponds à un questionnaire, des marches nécessaires, des marches idiotes (silly walks), des dé-marches. Marcher, déambuler, dériver, se laisser guider par mes pas pour que le reste se libère, le corps s’assouplit, je dodeline, le monde alentour change peu à peu, mon regard se perd, divague, je rentre alors dans un autre monde, au rythme lent, à la cadence basse, jusqu’à rentrer à l’unisson de mon pas primordial. Alors je rêve. Je reconstruis le monde.

    Quand je cours, c’est différent. Mon corps devient primordial, c’est pour lui que je travaille, pour lui que je définis mon parcours, je passe par un endroit pour passer par cet endroit, pas pour un ailleurs encore indéfini. Quand je cours, le rythme de mes pas est cadencé, il suit une logique inscrite dans l’effort que je fournis à mon corps. Mon regard ne se perd jamais, il est devant, continuellement, je ne rêve pas je m’essouffle, je vais jusqu’à perdre haleine, jusqu’au bout d’un chemin qui est déjà en moi, je n’ai pas à l’inventer, il s’impose, il est fractionné par le temps que je passe en efforts. Je ne peux pas réfléchir en courant, je ne fais que souffler. Le monde alentour devient numérique, il se compte en nombre de tours de parc et de kilomètres effectués, de courses rapides et de temps de récupération, il est multiplication de gestes. Je cours avec les autres, je m’inscris dans le monde. Alors je sue. Je me reconstruis.

  • Blog-Tone du 9 juillet 2007 : Sarkozy est un chic type

    Blog-Tone du 9 juillet 2007 : Sarkozy est un chic type

    Sarkozy est un chic type

    Beaucoup c’est pas assez. Trop, c’est mieux. Nous connaissons ceux qui ont répondu aux appels de monsieur Sarkozy, des petits marquis de l’aile droite du PS, et des petits messieurs du centre mou. Mais aux dernières nouvelles, le spectre politique touché par la gangrène sarkozyste s’élargit. Jack Lang c’est autre chose que Bockel, c’est un vieux de la vieille, un politicien blanchi sous le harnais, qui est une partie, volens nolens, de l’histoire du PS, le seul ministre de la culture (avec Malraux, tout de même) à avoir laissé une trace, un mitterrandien de première bourre, etc. bref un gros poisson (poisson rouge selon Ba-y-rou). DSK, c’est encore la taille au-dessus, c’est du solide, un gaillard un peu falot mais qui a du métier, et qui selon les bruits qui ont couru a une femme qui veut lui voir un grand destin. Ils savent ces deux-là ce qu’il en coûterait de devenir des yesmen de monsieur Sarkozy. Et pourtant…

    Comment est-il possible que des gens de gauche aient pu un instant penser travailler avec un homme comme monsieur Sarkozy ? Auraient-ils oublié qui il est ? Ce qu’il a fait, réellement ? Ce qu’il pense, dit et projette de faire ? Cet homme a embrassé les idées les plus noires sécrétées par la classe politique depuis 30 ans ! Il a repiqué du vieux champs trop calcaire de la lepénie les plus abjects discours pour les faire s’épanouir sur les terres noires de la République (on dirait du Libé, peuchère !) J’espère sincèrement que personne à gauche ne gobera ces saloperies, que ceux qui se laissent endormir par les sirène sarkozystes auront auprès d’eux quelques réveilleurs prêts à leur foutre une bonne rouste pour leur faire reprendre leurs idées. Que Lang et DSK aillent à la soupe ! Tant mieux pour eux ! Mais que ce dernier n’ose pas apparaître dans cinq ans avec les habits du sauveur de la gauche dont il voulait se parer. Et que Lang lui aussi aille au diable ! Ce ne sont que des hommes politiques, Dunkerque et Sarcelles et la France s’en remettront. Le vent nauséabond de Sarkozy permet de séparer la paille des grains, profitons-en pour faire un peu sauter le PS (sur les genoux ? NDR).

  • Blog-Tone du 5 juillet 2007 : Un étrange phénomène

    Ian, le retour

    Blog-Tone du 5 juillet 2007 : Un étrange phénomène

    Un étrange phénomène

    La première fois qu’il s’est manifesté, c’était au bord de l‘œil gauche. Près des ridules qui commencent à s’y former. C’était il n’y a pas deux ans. Je regardais la télé quand j’ai senti quelque chose, sur le bord. En un clin d’œil, il avait disparu. Je n’y ai pas fait attention sur le coup, et ce n’est que trois jours plus tard, quand il s’est à nouveau manifesté, au même endroit, ou à peu près, que j’ai commencé à tiquer. De le revoir si furtivement m’a rappelé ma première vision. J’ai vraiment commencé à m’inquiéter quand le lendemain, dès le réveil, je l’ai entraperçu. C’était presque une forme. Quelque chose de costaud, mais impossible de dire précisément ce que c’était. Même à présent qu’il est là devant moi, impossible de dire comment je le percevais. Le lendemain, puis le surlendemain et les jours qui ont suivis, il était là, il rôdait, dans les coins. Parfois près de ce satané œil gauche, parfois près du droit, ou sur les bords en bas, en haut, ou sur le bord du centre, disparaissant au premier mouvement de l’œil. Puis un jour, il m’est apparu assez longtemps pour que je puisse enfin le voir. Pas encore le regarder, juste le voir. Sa taille était importante pour des apparitions si furtives, alors j’ai commencé à élaborer des théories. Peut-être est-il si mince qu’un fois de profil il disparaissait ? Peut-être est-il entre plusieurs dimensions ? Et peut-être qu’après tout il était tout simplement dans ma tête ? Mais cette dernière réflexion n’est venu que plus tard, quand des amis m’ont vu tourner rapidement la tête sans que rien ne soit visible dans cet espace-là. Un jour enfin, il était si proche de moi que j’ai presque pu le toucher. J’ai senti son odeur en tout cas. C’était un mélange de poussière et de moisissure. Une odeur de renfermé en quelque sorte. Hier enfin, il est resté assez longtemps pour que je puisse le toucher et depuis, il est là, il est devant moi et me fixe. C’est ennuyeux.

  • Blog-Tone du 24 avril 2007 : The Shield ou les malheurs de la virtu

    Blog-Tone du 24 avril 2007 : The Shield ou les malheurs de la virtu

    The Shield ou les malheurs de la virtu

    Ouais ! C’est ma série. Sixième saison, on est en plein dedans. Un commissariat tout pourri dans Farmington, un quartier malfamé de Los Angeles, un latino qui reprend une équipe en plein désarrois, un groupe d’intervention musclé commandé par un flic qui fait son biz avec les mafias locales. Ce caïd c’est le cœur de la série. Si bien que l’acteur qui le joue en est devenu le producteur (Michaël Chiklis, la Chose dans le minable « Les Quatre Fantastiques »). Parce que le personnage est bon, très bon. Et l’acteur a ses moments. Et puis y’a un vrai climat, des histoires croisées, des gars pas nets, des gonzesses parfois flippantes. Glenn Closed débarque, saison trois, dans cet univers sordide en remplacement du précédent commissaire, un latino vérolé prêt à tout pour un poil de pouvoir. Et saison quatre, Forrest Whitaker explose tout, dès qu’il apparaît, l’ambiance déjà bien malsaine devient irrespirable.

    Ça fait du bien de voir une série sans complexes, qui ne fait pas la morale mais qui tente d’apporter un peu de nouveauté au genre. Une série sombre dont on sait que nul ne sortira indemne. Y’a pas d’espoir là-dedans, juste s’en sortir le moins mal possible. L’Amérique de Bush-Reagan ? On est dedans, mais à aucun moment ses valeurs ne sont mises en avant. C’est l’Amérique du fond du puits. Dans cette Amérique, entrer dans un hôpital c’est faire un crochet sur la route du cimetière, seuls les plus forts peuvent s’en sortir, mais uniquement sur le dos des plus faibles. Y’a parfois une petite loupiotte au fond, un bout du tunnel qui apparaît. C’est pas trop clair, mais on peut y arriver, un peu cradingue, pas trop fier de soi, mais ça reste possible.

    Tu peux compter sur ta force, mais seul, ça sert à rien, le courant est trop fort, faut s’y mettre à plusieurs. Le mariage ? Rien à attendre de ce côté, le seul couple qui résiste est infréquentable et sent le soufre. Le boulot ? Un vrai coupe-gorge, une usine d’équarrissage, et même les plus vertueux ont toujours les pieds dans la merde. Alors être un surhomme ? Même pas, mais ça aurait pu marcher, on est parfois à la limite d’y arriver, mais arriver à quoi ? C’est la solitude au bout du tunnel, la vraie. L’amitié ? Bingo ! La seule chose qui arrive à sauver les personnages de cette série, c’est la force de l’amitié, un lien puissant, incorruptible, ou presque, car quand on oublie ça, on sombre, et là, c’est le drame.

    The Shield est filmé caméra sur l’épaule, avec des angles parfois très cavaliers, un peu comme dans la série néo-fasciste « NYPD Blues », mais avec beaucoup plus de talent. Le spectateur est dans tous les drames, immergé, impossible de s’en sortir, la distance est presque nulle, je dis presque parce qu’avec le temps, on s’y fait, on gagne en distance, la force de l’habitude. Mais le réa est un petit malin, il invente constamment, et parfois ça devient une série de « Héhé ! Tu l’avais pas vue venir celle-là ? », la caméra devient un acteur du récit, elle est elle-même écrite, c’est un personnage à part entière. Et ça, c’est très fort.

  • Blog-Tone du 24 avril 2007 : Carnivàle ou Sarko chez les ploucs

    Blog-Tone du 24 avril 2007 : Carnivàle ou Sarko chez les ploucs

    Carnivàle ou Sarko chez les ploucs

    Le Bras et Lévy, dans Libé d’aujourd’hui, se livrent à une lecture des cartes électorales pleine d’espoir. Tout n’est pas perdu, la transition FN s’achève, Bayrou et Ségo sont complémentaires, et Sarko a déjà fait le plein de voix. Dans Carnivàle, « Le Carnaval de l’Etrange » en français, série qui paie un lourd tribut à l’esthétique Lynchéenne, une jeune femme lit les cartes à des américains écrasés par la crise (nous sommes entre les deux guerres), dans sa roulotte. Elle et sa mère, paralysée et détentrice du vrai pouvoir divinatoire, bourlinguent en Amérique profonde avec un cirque peuplé de gens vraiment étranges. Y’a du Browning là-dessous, un peu. Un des ouvriers de ce cirque se découvre une mission, sauver le monde de l’Apocalypse personnifiée par un cureton méthodiste qui se sent l’âme satanique.

    Voilà un joli couple. Un pauvre gars qui guérit les gens en les touchant et un curé tout fou qui se prend pour un archange diabolique. Ce dernier se sert de la radio (y’avait pas la télé à l’époque) pour interpeler les âmes perdues et leur montrer le chemin de la délivrance. Il célèbre l’Amérique qui se lève tôt et qui bosse dur, et conspue ceux qui profitent du malheur des braves gens pour faire leur beurre. Il doit être arrêté dans sa mission par ce guérisseur, ce pauvre gars qui ne comprend pas trop ce qui lui arrive et ce qu’il doit faire. Un genre de pré-macchabé, véritable manager de la troupe, le guide dans la bonne voie. C’est un reste d’homme ce mec, il ne lui reste qu’un bras, le droit, il parle par énigmes mais il sait que la rencontre entre son protégé et le diable est inévitable.

    Tout ça me rappelle quelque chose… J’ai trouvé beaucoup d’accents sarkozystes dans ce méthodiste complètement flippé, notamment ses homélies, car il s’adresse aux âmes perdues pour les ramener dans le droit chemin, enfin son droit chemin. J’ai pas vu la série en entier, mais je me doute bien du final, de la grande rencontre. Et là, y’aura pas de débat, ça va saigner. Si vous aimez Lynch, ça vaut le coup d’œil, et si vous voulez savoir ce qu’il risque de se passer le 6 mai, achetez Libé.

  • Blog-Tone du 20 avril 2007 : François qui ?

    Blog-Tone du 20 avril 2007 : François qui ?

    François qui ?

    Bon, nous admettons tous que le vide et le plein existent ensemble, et il paraîtrait même, c’est dire, qu’un même espace peut être vide et plein. En même temps. Que le vide est également une question de relation. Et d’outil. Si on ne voit pas ce que le vide a de plein, on le dit vide. L’air n’est pas vide et un courant d’air porte des choses avec lui, ne serait-ce que lui-même. Vous voyez où je veux en venir… Pas si vide que ça tout de même. Une chose me fascine, c’est ce Y. Je ne comprends pas ce qu’il fait là. Je m’explique

    BAYROU, BA-Y-ROU, entre ba et rou, qui sont des phonèmes doux, enfantins, légers, il y a ce Y. Et ce Y fait des siennes. On dit quoi ? Bérou ou baillerou ou béillerou, ce Y est sauvage avec nous, il transforme ce nom tout rond en un piège pour la langue. Ce Y est un obstacle sur une plaine, on le voit de loin, on sait qu’on s’en approche, mais une fois devant, on fait quoi ? Cet Y là, il faut l’escalader, chose absurde. Et si on le contourne on dit BAROU, comme on dit BAROIN. Alors il faut faire cet effort. Avec ce Y, on peut en faire des choses ! Un illustrateur se régalerait d’en faire tout et n’importe quoi. Mais, c’est la seule lettre avec laquelle il pourra s’amuser, les autres sont neutres, elles ne font qu’accompagner, deux à gauche et trois à droite.

    Si ce nom présente en son centre une épine dont on peut dire que sont rapport droite/gauche est un chouia plus à droite, on peut également dire l’exacte contraire. J’ai entendu dire que tout ceci n’était qu’une question de rapport, de relation. Suivant d’où qu’on s’trouve. On est toujours à la droite de quelqu’un. Soit. Dans l’espace, j’admets. C’est du continu tout ça. Mais, si on enlève l’espace de tout ça, si on remet du mouvement… Allez, je cite :

    « Un ensemble de structures intellectuelles se retrouve dans la schizophrénie, dans les différents aspects de l’aliénation politique et (dans une certaine mesure) à l’échelle de la psychologie de l’enfant. Cet ensemble s’extériorise selon le cas individuel (et aussi selon l’optique de l’observateur) comme dissociation des totalités, comme dévalorisation, comme prépondérance de la fonction identificative par rapport à l’intuition du divers (voire de l’intuition tout court), ou comme prépondérance de la fonction spatiale par rapport à la fonction temporelle. » (In Joseph Gabel, « La fausse conscience », Ed. Minuit, 1962)

    Je sais, c’est facile, c’est méchant pour ceux de gauche qui hésitent entre B. et Royal ou Laguiller (vivi, y’en a). Mais ne déconnez pas ! vous avez lu ce qu’il dit le monsieur, et c’était qu’un début. Vous expliquerez ensuite à vos petits-enfants pourquoi vous avez voté Bayrou en 2007. Je crois que vous en rougirez.

    Bises joue gauche.

    http://balatian.blogspot.com/

    http://nouvellevieparisienne.blogsp…

  • Blog-Tone du 14 avril 2007 : Greys Anatomy au cœur de l’idéologie de la classe dirigeante américaine

    Blog-Tone du 14 avril 2007 : Greys Anatomy au cœur de l’idéologie de la classe dirigeante américaine

    Greys Anatomy au cœur de l’idéologie de la classe dirigeante américaine

    Grand bouffeur de séries américaines et britanniques, j’ai, par le plus pur des hasards, déniché cette série, un peu connue en France, Greys Anatomy. S’il fallait faire un rapprochement à la Short Cut, je dirais un mélange de Urgences et de Sex and the City, mâtiné de Friends. Le propos est simple, des internes débarquent dans un hôpital de Seattle. Ce sont leurs vies, leurs relations avec les autres habitants de ce complexe hospitalier. Ça dure à chaque fois 52 minutes à peu près et tous les épisodes ont le même rythme, les mêmes événements. On suit quelques personnages d’un peu plus près, le reste sert de décor, et Seattle est totalement invisible. C’est souvent mignon, voire gnangnan, mais symboliquement, c’est d’une violence époustouflante.

    Le vrai propos de cette série, c’est l’effort individuel vers la réussite. La réussite est polymorphe, mais les moyens sont toujours les mêmes. Y sont également développés tous les thèmes chers à l’Amérique Bushiste, l’importance du mariage, le respect des différences qui deviennent des différences naturalisées, alors bien sûr, y’a du mélange, un chirurgien noir et une interne asiatique tombent amoureux, mais c’est pour la galerie, les blancs restent ensemble, faut pas déconner non plus. Il y a un couple en péril, mais le mariage est plus fort que tout. Quelques rares moments sont consacrés aux difficultés qu’affrontent le système de santé américain, mais c’est surtout pour faire rebondir un épisode. Aucun critique là-dedans. Et surtout aucune critique esthétique.

    Urgences au moins était un peu ouvert, les conditions sociales des malades étaient considérées, des réalisateurs extérieurs venaient prêter main forte et amenaient avec eux leurs univers très particuliers. Là, tout est plat, lisse, répétitif, travelings, close up, plans d’ensemble, tout vient soutenir un discours esthétique et social apaisants. L’héroïne principale est fille de chirurgien, elle est mince, élancée, amoureuse du médecin le plus mignon de l’hôpital, elle est lisse, ses crises sont pathétiques et son jeu d’une molesse remarquable. Car c’est elle qui tient plus de la moitié des épisodes, c’est elle l’âme de la série. Alors elle laisse le reste filtrer, doucement, tout nous remonte au fil des histoires, tout le background remonte, la présentation d’une Amérique qui va bien, où chacun a sa chance, où l’effort individuel est fondamental, où la réussite est une pratique individuelle, et où surtout presque rien n’est règlementé. Bref, c’est une merde qu’il faut voir comme une longue publicité, la philosophie spontanée de la classe dirigeante américaine.

    (De la part de ton père : une prise de position de Ken Loach qui change des séries !)

  • Blog-Tone du 13 avril 2007 : La distance dans la distance dans la distance

    Blog-Tone du 13 avril 2007 : La distance dans la distance dans la distance

    La distance dans la distance dans la distance

    Ça fait pas mal de temps que ça me titille, il fallait que je mûrisse tout ça, dans mon coin, tranquillement, qu’en quelque sorte j’achève un petit cycle commencé il y a plus de trois mois. En janvier, je m’inscrivais sur Meetic pour voir, et puis pour rencontrer, et puis pour passer le temps. J’ai également fait quelques tours sur d’autres sites du même genre, Parship, Match et sur un site approchant, Myspace. Ce sont tous des sites de rencontre par affinités, avec un vocabulaire spécifique, des « fins dernières » à peu près semblables. Sauf que…

    Meetic, c’est un catalogue. Ou mieux, une théorie de fiches, comme on dit une théorie de fourmis, une suite continue de présentations de soi égalisées. Quand on s’inscrit sur ce site, il faut remplir des fiches anthropométriques, dire ce qui l’on cherche, comment on se perçoit, ses goûts, etc. Proposer des affinités en d’autres mots. Des moteurs de recherche sont mis à la disposition des clients (mot banni du site d’ailleurs) afin de « trouver » une « âme sœur ». Le vocabulaire est explicite, des exemples viennent le confirmer, et dès lors que l’on s’y inscrit, que l’on en parle autour de soi, on le sait, « ça marche ». Mais qu’est-ce qui « marche » ?

    On se reconnaît. Mais pas au sens sartrien du terme, on se reconnaît comme dans un miroir, on cherche une vision de soi fantasmée, un regard sur soi, pas un regard de l’autre. Seul devant sa machine à compulser les fiches, on construit un imaginaire de l’autre, qui est l’expression de l’outil lui-même, pas l’expression d’un imaginaire personnel. Et cet imaginaire réifié, c’est-à-dire pétrifié par l’outil, quand la rencontre se fait te revient dans la gueule sous la forme d’un réel halluciné. La part de mystère de l’autre n’existe pas. Il n’y a que du désir de soi là-dedans, mais un désir mort, un désir inerte. On est devant ces milliers de fiches comme dans le désert des tartares, dans l’attente de quelque chose qui doit se passer mais qui n’arrive jamais.

    L’autre est enfermé dans l’outil, le dialogue qui s’instaure se fait entre deux présentations de soi réifiées, l’investissement personnel se fait sur un miroir, et les mots échangés ne sont pas aboutis, ils sont inhibés. Si une rencontre se fait hors de l’outil par la suite, elle est réellement impossible. Une distance a été construite tout au long de cet échange-faux, rien n’a encore parlé en nous, nous ne sommes que des mots floqués sur un monolithe. Si la rencontre « réelle » a lieu, elle est de fait impossible, une distance a été construite tout au long de cet échange-faux et tout ce qui peut advenir ensuite n’est possible que dans cette distance. On construit de la distance dans la distance jusqu’à la séparation finale, inévitable.

    Meetic est une forme de pornographie sociale, une des nombreuses inventions abjectes du capitalisme où le « faux est un moment du vrai », où la distance a remplacé la relation, où la seule géographie du désir est le catalogue, pas de dérive possible, il n’y a que de la compulsion. Myspace a tenté la même chose avec l’amitié. Mais pour l’instant, heureusement, ça ne « marche » pas. Pour combien de temps encore ?

  • Blog-Tone en Tableaux : n°16

    Blog-Tone en Tableaux : n°16

    Tableau 16

    Jusqu’à la dernière minute c’est encore possible, tant que tout le temps nécessaire n’a pas été entièrement dépensé, rien n’est entièrement joué. C’est ainsi qu’il pensait sur cette route, assis. Il savait qu’à tout moment, ça pouvait débouler, l’emporter, le déchiqueter, l’envoyer à des centaines de mètres de là peut-être. Mais tant que le choc n’avait pas eu lieu, il était assis, sur cette route. Il tournait le dos à la circulation, pour ne pas avoir ce dernier réflexe. Il ne voulait pas s’en sortir, sa décision avait été prise, ce devait être aujourd’hui, enfin ce soir, sur cette route. Mais il avait peur de ses réactions, il avait peur de cette idée que rien n’était joué tant que le choc n’avait pas eu lieu, qui lui imposerait de se lever et traverser définitivement. Cette idée lui semblait odieuse, remarcher vers où ? pour quoi faire ? pour qui ? Il attendrait jusqu’à ce que le camion, la voiture, ou tout autre véhicule assez puissant pour l’emboutir définitivement, surgisse et le catapulte enfin là où il voulait être. Car il voulait être ailleurs que sur cette route, ce soir-là, mais il voulait y aller d’une certaine façon.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°15

    Blog-Tone en Tableaux : n°15

    Tableau 15

    Traverser des vies. Juste en étant là. Jeter un oeil. Se retourner ensuite. Reprendre la sienne. En garder un semblant. Un petit bout. Quelques phrases. Y repenser, parfois. En oublier assez pour s’en souvenir. Refaire des gestes vus. Vivre par procuration. Croire cela possible. Continuer d’une certaine manière. Faire sans y croire. Vouloir se remanier. Pour quel but ? Pourquoi faire ? Laisser couler tout ça. Se retrouver enfin. Pourquoi pas ?

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°14

    Blog-Tone en Tableaux : n°14

    Tableau 14

    Il était seul, perdu, perdu, il se baladait, entre les crottes de chiens, il regardait le sol, sali, sali, il chantonnait, tristement. Il avait dans la tête, des mots, des mots, qui lui parlaient d’elle, ses lèvres bougeaient, une moue, une moue, sa langue sortait, vaguement. Il leva la tête, le ciel, les nuages, il ne voyait qu’elle, elle était partout, si belle, si belle, ses yeux lui piquaient, drôlement. Il accéléra, ses pas, ses pas, il voulait la voir, il n’en pouvait plus, tant pis, tant pis, il l’avait perdue, définitivement. Une voiture passa, trop vite, trop vite, il ne la vit pas, il se fit écrasé, paf, poum, il mourut ainsi, connement.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°13

    Blog-Tone en Tableaux : n°13

    Tableau 13

    Ce n’était rien. Au début ce n’était rien. Même pas une sensation. Vraiment rien, il n’y avait rien. Il y avait moi. Seul. Là. Puis un brouillard, un brouillard de mots, de gestes, d’idées, de sensations, oui pour le coup de sensations, qui s’est installé, doucement, ça montait, imperceptiblement. C’était doux au départ, vraiment doux. Ça venait de je ne sais où. Peut-être de l’extérieur ? ou peut-être de moi ? mais je ne peux rien affirmer de certain. Quand ça a commencé à monter, je n’ai pas compris que ça montait. Je ressentais quelque chose de normal, quelque chose d’habituel, comme ça se passe souvent. Quelques mots échangés, quelques regards, parce qu’il y a eu des regards, mais rien de convaincant, rien d’absolu. Des touches, des touches de couleurs presque, des choses sur lesquelles aucun mot ne pouvait être mis. Lentement, ça s’est lié, c’est devenu plus important, parce qu’il y a eu des souvenirs de ce moment, parce que dans le peu d’espace entre elle et moi, j’ai eu le temps de les faire revenir, inconstruits, déliés. Quand je l’ai revue, il y avait un passé, il y avait des choses-ensemble, du reconstruit, de l’imaginé, et des sensations qui s’étaient installées dans plusieurs parties du corps, de ùon corps. Et ce que je voyais, sentais, imaginais d’elle était plus intense dans sa présence. Elle avait pris une autre forme, elle était plus qu’elle n’était, elle était elle et ce que j’avais constuit d’elle. C’est dans ce second instant que tout s’est joué, c’est cette seconde rencontre, dans mon brouillard d’elle qui m’a rejeté dans cet état de demi-éveil. Son regard était plus que cela, ses yeux était plus que cela, sa bouche était plus que cela, son odeur était plus que cela, sa peau était plus que cela. J’étais devenu moins que moi-même parce qu’elle était là.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°12

    Blog-Tone en Tableaux : n°12

    Tableau 12

    C’est un flash qui te viens comme ça. Une pigmentation de la peau du visage qui se continue en picotements à la racine des cheveux. Les oreilles qui se bouchent. Et la vue qui se trouble, surtout ça en fait, parce qu’avec ce trouble, tout paraît moins réel, et tu te dis, non ! je n’ai pas pu dire ça ! Et comment aurais-je pu ? Je ne suis pas comme ça ! Je ne me reconnais pas, vraiment pas. Ça m’a échappé, mais d’où ça a bien pu m’échapper. C’est quelqu’un d’autre qui a parlé en moi, je ne peux le penser autrement. Alors tu fais un tour des visages alentour et tu sens cette condamnation sourde qui te viens morcellée des quatre coins de ta vue. Peut-être ont-ils mal compris eux aussi ? Mais, non, ce n’est pas ce que j’ai voulu dire, pas comme ça, laissez moi me reprendre ou bien vous expliquer. Mais elle sonne faux ta négation, parce que tu sais que tu l’as dit, tu l’as dit et tu l’as cru. Et quelques mots tu as déchiré quelque chose autour de toi, un tissu constitué de milliers de fils tissés ensemble pendant toutes ces heures. En quelques mots tu t’es dévoilé. Et tu es nu. Nu et honteux.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°11

    Blog-Tone en Tableaux : n°11

    Tableau 11

    Pourquoi pleurer ? Ce n’est rien. Tu sais bien que ce n’est rien. Ce sont des choses qui arrivent. Des choses qui passent. Tu n’as pas à t’accuser de ça. C’est un peu la faute à pas de chance. Mais n’y vois pas un destin personnel. Ce n’était pas écrit quelque part. Ça pouvait arriver. Et voilà, c’est tout. Il te faudra l’oublier. Pas tout de suite, je sais bien que ce n’est pas possible. Mais plus tard. Dans quelques jours. Tu verras, sa présence se sera déjà un peu estompée. Et tu garderas en toi quelques moments. Ce seront tes moments de lui. Il vivra un peu en toi ainsi. A ta façon. Il t’inspirera, tu verras. Ne tremble pas ainsi. Ne résiste pas, laisse toi porter. Tu commences à sentir sa chaleur qui remonte ? Tu vois, c’est comme ça que se construisent les souvenirs. Il faut les laisser te submerger, les laisser couler, à leur rythme. Il prend tout son espace en toi, toutes ses aspérités en toi, ce flot les remplit. Tu vois ce soupir, c’est un creux à présent plein. Il y en aura d’autres. Laisse ce flot t’envahir. Ferme les yeux et laisse le faire.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°10

    Blog-Tone en Tableaux : n°10

    Tableau 10

    J’avance ici d’un pas. Puis je m’arrête. Je regarde des deux côtés. Une mouche passe. Je suis une ligne blanche. Elle est continue. J’avance d’un nouveau pas. Je lève la tête. Un oiseau tombe. Il est mort. Mon troisième pas l’enjambe. Puis d’un quatrième pas, j’écrase une fourmi. Elle était là. Tant pis pour elle. C’est enfin un cinquième. Je m’arrête là. Je soupire. Une odeur de jasmin. Je la suis du nez. Elle m’oblige à me retourner. Je vois la fourmi, l’oiseau, mais plus de mouche. Des cinq pas, il m’en reste quatre. J’imagine le reste. Et je refais. Le quatrième et sa fourmi. Le troisième et son oiseau. Et le second que j’observe, longuement. J’ai perdu une mouche, j’ai perdu mon jasmin, j’ai perdu un pas. Et ma ligne blanche qui commence ici. Pourquoi continuer ? Ma mouche a disparu, et je la pleure.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°8

    Blog-Tone en Tableaux : n°8

    Tableau 8

    On appelle ça comment ? Une acouphène ? Ah ! Un acouphène. Je crois que je connaissais, mais je ne retrouvais pas le mot. Acouphène alors. Très gênant, un fond sonore, une note qui cache une note, un parasite qui mange les sons, comme un trou noir la lumière. Hein ? Et oui, c’est un peu comme ça aussi. Un Maelström qui aspire dans le plein, un volcan inversé qui crache sa lave en dedans, une poche de silence qui obstrue. Héhé ! Si tu veux aussi, comme un vagin avec des dents, une gorge béante, quelque chose qui aspire, qui broie, qui déchire, qui détruit, qui arrache. Héhé ! Si tu veux aussi. Mais c’est plus un acouphène ça ! Ah ! Oui, d’une certaine manière, ça fait tout ça à nos sons. Mais tu dois bien avoir une idée de ton acouphène à toi. Hein ? C’est qui ? c’est quoi ? Ne me le dis pas, je crois que je sais. C’était facile en même temps, son nom avait soudain disparu de ta langue.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°5

    Blog-Tone en Tableaux : n°5

    Tableau 5

    Tranversale, oblique, en biais, la tête penchée légèrement sur le côté, l’oreille gauche écoutant l’épaule gauche et la droite le ciel. Prête à tout accueillir, les yeux ouverts, le regard un peu perdu dans la distance. La démarche lente, qui semble n’avoir aucun but précis autre que de mettre un pied devant l’autre, un peu sur le côté, balançant cet ensemble, comme un roseau dans un vent doux. Cette chevelure, surtout cette chevelure. Elle disait autre chose, elle parlait de réveil difficile, qu’elle n’avait pas assez dormi, qu’elle avait dû se dépêcher, que ce matin venait de lui échapper, qu’elle avait quelque chose à faire. Rien sur son visage n’exprimait l’urgence de ses cheveux, c’était une plaine vallonnée sous un ciel lourd, l’annonce d’une tempête ou d’un simple coup de vent. Ses mains encore ailleurs qui frôlaient du bout de leurs doigts sa robe en coton, aux plis stricts, au tissu dense, elles parlaient de sa peau, ses mains, de la peau de l’autre, vers lequel tout ceci, peut-être, s’était embarqué. Elle avait au large un but à atteindre, un lieu imprécis, mouvant, île, précipice, continent, gouffre, elle n’avait pas encore choisi quelle forme il prendrait, pour elle, aujourd’hui. Elle souquait sur ses anches, elles avaient perdu leur ondoiement habituel. Elle se forçait à prendre ce chemin, elle s’imposait d’aller là-bas, parce qu’il le fallait, parce qu’il fallait en finir avec ces matins difficiles qui s’achèvent dès le réveil, qui la trouvaient fatiguée, les yeux brouillés par un mauvais sommeil. ll fallait en finir, et sa bouche semblait dire « en finir ».

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°4

    Blog-Tone en Tableaux : n°4

    Tableau 4

    J’ai bien passé une heure devant cette porte. J’étais sur son palier, debout, les jambes bien droites, le dos légèrement courbé, le regard un peu en dessous. Et j’imaginais ce qu’il pouvait bien y avoir derrière elle. J’étais certain au debut, que je n’y trouverai que l’autre palier, la même chose que ce qu’elle me présentait, mais en miroir. Je voyais clairement ma situation si j’avais été de l’autre côté, la poignée non plus à droite, mais à gauche. A un certain moment, cette image inversée est devenue floue, ce n’était plus moi mais quelqu’un d’autre qui était de l’autre côté. Quelqu’un qui avait la même position que moi, mais inversée, la poignée à gauche. Les jambes droites, le dos courbé et le regard en dessous. J’imaginais que nous voyions la même chose, la même porte mais en sachant que de l’autre côté il y avait quelqu’un d’autre. La porte se mit a bouger légèrement, ou plutôt elle ondulait, doucement. Elle changeait de forme, se courbait, laissant un jour au-dessus de la poignée, en haut, à droite. Et de ce jour, me parvenait des sons. Une respiration, une respiration irrégulière, et de légers mouvements, comme des mouvements de fatigue, quand le buste se redresse légèrement, et fait un regard un peu moins en dessous. Jusqu’à ce que le regard aille droit, devant la porte et pour la traverser, juste au-dessus du juda. Je ne pouvais pas rester ainsi des heures à observer cette porte qui ondule et ce juda fermé. Je devais faire quelque chose. Me vint l’idee que peut-être, si j’ouvrais ce juda, je verrais ce qu’il y avait vraiment derrière cette porte, juste un regard, pour savoir enfin, et sortir de cet état de malaise, ces jambes lourdes, ce dos douloureux et ces yeux qui commençaient à loucher. Alors je m’avancai, doucement, un pas, la jambe droite qui se traîne, puis d’un mouvement de hanche rapide, la gauche qui avance, jusqu’à ce que mon pied touche cette porte, juste sous le juda. Et ma main droite, qui soulève lentement le petit loquet du juda, et mon oeil qui s’y pose. Et qui voit mon oeil qui me regarde l’oeil, comme inverse, mon oeil droit regardant mon gauche.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°9

    Blog-Tone en Tableaux : n°9

    Tableau 9

    On ne se parlera pas. C’est une décision qu’on a prise à deux, d’un commun accord, tacite. On ne se parlera pas parce que les mots n’ont rien à faire dans notre histoire, parce qu’ils gâcheraient tout. On s’en doutait un peu au départ. C’est pour ça que le tout premier mot avait mis du temps à venir. Et une fois qu’il est arrivé, on s’est regardé et on a compris pourquoi, pourquoi il avait mis tant de temps à arriver, celui-là, et pourquoi aussi ça serait le dernier. Et depuis on s’est fixé cette règle, on ne se parlera pas. Notre langue entre en carême, elle sera chaste, elle ne poussera pas nos dents, ne se roulera pas, ne se collera pas à nos palais, gardera une forme inaudible, plate, gisante. Elle sera ainsi pour nous deux, mais pas pour les autres ; les autres, eux, ne sont pas concernés par notre langue commune, ils n’ont pas à savoir ce que nous en faisons, c’est notre langue secrète et jamais nous ne la partagerons.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°7

    Blog-Tone en Tableaux : n°7

    Tableau 7

    Tiens ! Une araignée, juste là, sous mes yeux, sur ma moquette. Elle est petite. Peut-être vient-elle juste de sortir du cocon maternel ? Elle découvre le monde, ou elle est perdue. Elle paraît seule. Elle hésite, elle ne sait pas quoi faire. A son âge, elle est un peu plus qu’une poussière. Est-ce qu’elle chasse ? C’est un peu tôt. Elle doit découvrir le monde, elle en est là. Je pourrais arrêter sa quête, en un geste, juste en posant mon doigt sur elle. Un seul regard la rapproche de sa fin, je l’ai repérée, cela ne me coûterais rien de poser mon doigt sur elle. Juste tendre mon bras, geste répété mille fois dans une journée. Et puis, j’ai peur des araignées, des grosses araignées, pas des toutes petites comme elle. Mais tout de même, elle porte en elle sa taille future, et ma future crainte. Je peux m’éviter une longue traque, car elle grossira, puis elle se cachera, et puis je la verrai, et certainement j’en aurai peur. Elle se déplace difficilement, elle fait des petits bonds, mais ses bonds représentent plus de 10 fois sa taille. Et quand elle sera plus grande, ses bonds seront d’autant plus grands. Je suis certain qu’elle n’arrivera pas à grandir, il n’y a rien ici pour une araignée si petite, aucun avenir. Elle devra partir. Ou périr, par hasard, sous mes pieds, ou sera enfermée dans un petit sac plein de poussières. Et elle périra. Alors, à quoi bon ce geste ? Mais elle est là, en ce moment, et sa simple présence m’inquiète, elle me plonge dans mes souvenirs d’araignées, énormes. Et aujourd’hui, je n’en veux pas. Aujourd’hui j’ai vu trop de choses sur le bord de mes regards. Aucun de nous deux ne mérite le geste que je vais faire. Mais je ne veux plus de toi dans ma vie. Adieu.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°6

    Blog-Tone en Tableaux : n°6

    Tableau 6

    Il y avait d’abord, au milieu du plafond, des hirondelles. Il y avait d’abord un grand lit, un vieux lit. Il y avait d’abord, une armoire et une coiffeuse. Et puis peut-être d’autres meubles. Il y avait ensuite des personnes. Il y avait ensuite deux personnes. Et puis, il y avait une personne. Il y avait une personne couchée de tout son long. Une personne aux bras croisés. Il y avait ensuite une personne habillée en noir, au teint pâle. Il y avait ensuite une porte. Une porte qui était fermée. Il y avait une porte fermée, parce que elle cachait une personne couchée de tout son long, les bras croisés, le teint pâle, qu’il ne fallait pas déranger. Il y avait enfin, des personnes qui déambulaient devant cette porte, des personnes à la mine pâle, des personnes qui déambulaient calmement, dans une maison où on courrait pourtant. Il y avait cette porte ouverte, à la poignée un peu haute et une langue de lumière qui vint déposer sur ce teint pâle un dernier regard. Et peut-être depuis le souvenir de ce regard sur tous ces visages éteints.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°3

    Blog-Tone en Tableaux : n°3

    Tableau 3

    J’imagine avoir eu le souvenir de quelque chose qui aurait pu être. En janvier, un peu par hasard, en me baladant dans un parc pas trop loin de chez moi, j’ai cru voir l’indice d’un petit signe venant de pas trop loin de moi. Comme tous les signes, on peut passer au travers, mais celui-ci était assez remarquable. Il émanait d’un endroit normalement vide. Un de ces lieux que l’on contourne du regard, sur lequel rien ne donne l’occasion de s’arrêter. Dans l’ombre d’un arbre, vous savez là où personne ne passe, où le sol est toujours bien tanné, de ces grands arbres que l’on contourne toujours par la gauche, peut-être par habitude, ou par atavisme. Dans ce lieu, j’avais la sensation que quelque chose m’appelait. Je ne suis pas un grand aventurier, je suis de ceux qui prennent toujours le même trottoir quand ils vont au bureau, qui ne cherchent pas un accès plus rapide aux quais de leurs métros, ou qui ne s’aventurent jamais dans les lieux un tant soit peu interdits. Mais cette sensation d’être appelé était trop forte, et mon humeur du moment était, bien grand mot tout de même, à la découverte. Parce qu’il me manquait une pièce ce jour-là, parce que je n’avais pas bien dormi, parce que j’avais été éveillé par un rêve érotique, parce que ma peau voulait ressentir autre chose que mes mains sous la douche ou les fibres de mes vêtements. Alors mes pas suivirent mon regard. Je m’approchai doucement de ce lieu mystérieux. Et plus j’avançais, et plus cette sensation s’atténuait. A quelques pas de l’arbre, il n’en restait plus rien. Je m’arrêtai juste avant d’entrer dans ce micro-sanctuaire. A l’affût. Mais rien ne vint. Je restai ainsi une bonne demi-heure. Plus aucun signe, plus la moindre sensation, juste le dos qui crissait légèrement. Il fallut me rendre à l’évidence, j’avais rêvé tout ça. Pourtant, il y avait bien eu quelque chose, là, dans ce lieu, sur cette partie vierge, à droite de cet arbre. Alors je me reculai. Et avec chaque poignée de pas, cette sensation regagnait en intensité et quand j’atteignis le lieu de ce premier émoi, elle avait retrouvé sa force initiale. Je devais être là, à ce point précis, à présent marqué d’une croix. Quand, les jours un peu troubles, ma peau me rappelle la douceur de ce sentiment, j’y reviens. Je place mes pieds sur ma croix, je regarde dans la distance, cette joie inaccessible, et au moment de partir, par un dernier soupir, je regrette de ne pouvoir la porter avec moi.

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°2

    Blog-Tone en Tableaux : n°2

    Tableau 2

    Coeur 110 battements minute. Rien à faire. Dormir, page 73. Submergé, je vois, je vois partout des visages. Je vois des corps. Et je compte. 1,1,1,1,1. Je vois un corps et je vois des visages. 1,1,1,1,1. Un visage. Et la machine se met en marche, elle tourne toute seule, mes yeux parcourent les pages. Dormir, page 80. Le coeur continue. Ca va mieux, 90 battements minute. Alors ? Alors je me lève sous mes pieds le visage, et je compte. Sous le lit, le visage. Je me lève, devant moi encore le visage. Alors ? Alors rien, je continue. Et j’écris, Coeur 110 battements minute. Mais c’est faux ! Mon coeur bat 1,1,1,1,1, et ce visage, et son visage. Je compte, Tableau 2. Demain ca ira mieux, demain, compte un jour de plus. Un corps, un visage, un jour. Page 80. Page 80. Page 80. Page 80. Rangée dans un petit espace juste derrière mes yeux elle attend. Demain, demain ca ira mieux. Demain je verrai son visage. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain. Tout ira mieux. Demain…

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  • Blog-Tone en Tableaux : n°1

    Blog-Tone en Tableaux : n°1

    Tableau 1

    azertyuiop, et je compte 2,4,6,8,9 clopes, et ce morceau entendu pour la 15ème fois, et la page 12 qui s’imprime et mes doigts sur ces 102 touches. Et les livres que je ne compterai pas, les objets qui traînent et toute cette poussière, cette multiplication de particules, ces nombres de plus en plus longs qui rajoutent leurs milliers a leurs centaines et qui m’envahissent, me rentrent dans les poumons et me sortent par la bouche. J’accumule les unités pour changer la nature de ma solitude pour qu’elle devienne une unité de plus dans ce ramassis d’objets, et je jouis de la répétition de ces mêmes notes, de ces sons qui suivent ces sons jusqu’aux notes les plus douces, juste un fil qui vient lentement trancher cette répétition unie. Et je recompte. L’impression s’est arrêtée, il n’y a plus d’encre, page 15, et le clavier a le même nombre de touches, le morceau que j’écoute pour la 15ème fois. Plus que 8 clopes. Et j’expire doucement un léger nuage de fumée. 2 chaussures, 5 clefs, et quelques dents qui mordent le bout de ma langue.

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  • Blog-Tone du 21 février 2007 : Des moments en creux

    Blog-Tone du 21 février 2007 : Des moments en creux

    Des moments en creux

    Deux chats se parlaient ainsi :

    Cher Toaw, cela faisait bien longtemps que nous ne nous étions point vus. Qu’avez-vous fait de ces milliers de moments qui nous ont séparés ?

    Bien cher Toaw, je n’ai point vu ce temps que vous évoquez passer. J’en ai fait des milliers de choses que je n’aurai pas le courage de vous décrire. J’ai presque parcouru la totalité des espaces connus, fait des rencontres, divagué sur une myriade de points différents avec différents membres de notre immense communauté. J’ai bien utilisé tout ce temps, n’ayez crainte.

    Loin de moi l’idée d’un crainte quant à cet usage. Je vous sais fort intelligent, et je sais également que vous n’êtes point de ceux qui gâchent. Mais j’avais cru qu’il vous fallait parfois lever la patte quelques instants, une poignée tout au plus. Avez-vous eu de ces moments-là ?

    Pas le moindre, hélas ! Tout occupé que j’étais à rattraper le temps perdu.

    Mais duquel parlez-vous cher Toaw ?

    Mais de ceux passés avec vous. Nous avons tous une manière très personnelle d’aborder le temps que l’on passe. Pas celui qui passe, celui qui file, mais celui qui n’est qu’à nous. Ce temps que l’on peut observer, comme une rivière qui coule, sur le bord, avec tous les événements qui surnagent. C’est ce temps-là, le temps que l’on peut voir, dans lequel nous sommes libres de passer la main, mettre un pied ou plonger dedans. Celui qui prend la forme de notre corps. C’est ce temps-là que nous abordons tous d’une manière différente.

    J’ai honte d’entendre de telle ignominies ! Vous ne pouvez dire tout ceci sans rougir de honte ! Tous les moments que nous avons vécus ensemble se limiteraient pour vous à des temps perdus.

    Je le crains fort quand j’ai enfin compris tout ce que je pouvais faire de mon temps. Toutes nos cabrioles et galipettes étaient fort sympathiques, je dois l’avouer, mais au regard du reste extrêmement ennuyeuses.

    Vous m’avez blessé. Votre cruauté envers moi est sans limite. Qui vous a appris à me haïr de la sorte ?

    Je dois une nouvelle fois vous faire un aveux. C’est vous. Jusqu’à un âge avancé, ce temps-là je le regardais couler, sans le toucher, je le voyais charrier ses heures, dans mon coin, je me laissais hypnotiser par lui. En fait, je n’avais aucune envie de le changer, d’en enlever ni une goutte, je voulais presque qu’il soit ainsi, intouchable. Je ritualisais ces moments à outrance, j’organisais des milliers de techniques d’évitement, avec le secret espoir qu’il passera plus vite, jusqu’à ce qu’il m’amène quelque chose de plus grand, de plus beau, de meilleur. Je l’évacuais un peu, c’est vrai, mais sans jamais en changer la course, la direction ou la vitesse. Il était là, il était à moi, c’était mon temps, mais il restait lui-même.

    Je ne peux le croire. Et pourtant, vous l’avez dit. Mais j’y pense, si vous avez compris ceci des temps passés ensemble, c’est qu’ils n’ont pas été aussi inutiles que vous le disiez tantôt ?

    Certes non, ils devaient être des moments nécessaires, de ces passages obligés. J’ai peut-être été un peu trop dur avec vous. Vous m’étiez cher, il fut un temps, et c’est dans cet esprit de souvenir attendri que je vous accorde ce bémol.

    Un bémol. Vous me blessez dans mon âme. Jamais plus je me tournerai vers vous, jamais plus je ne vous adresserai le moindre miaow, vous ne pourrez plus jamais compter sur moi. La blessure que vous venez de me causer sera toujours ouverte et suppurante. Je crois que je vous hais.

    À force d’en ressentir la force, toute la vitalité qu’il avait en lui, j’ai décidé d’y tremper la main. Parce que c’était peut-être le moment. Parce que j’avais besoin de son contact, dans ma solitude, il n’était plus celui qui m’amènerait quelque chose, il était ce qui s’amenait, il était la chose que j’attendais depuis si longtemps. Ce temps nu était à moi, non plus une partie extérieure de moi, mais une façon de moi, une forme de moi que je devais me réapproprier. C’était là. Il me suffisait d’un geste.

    Ne soyez pas ainsi cher Toaw. Débarrassez-vous de cette haine, elle ne vous est d’aucune utilité dans les temps qui viennent. C’est un cadeau que vous fait là.

    Un cadeau ! Vous ajoutez de la souffrance à ma souffrance.

    Non, n’y voyez rien de méchant, de malin. C’est un cadeau, je vous donne ce que vous auriez fini par découvrir avec le temps, mais auriez du en passer par les milliers de moments qui font une quête, vous auriez usé vos griffes et vos crocs sur des problèmes absurdes. Je vous livre mon graal avec simplicité. Oubliez tout ce que nous avons fait ensemble et partez à la découverte d’un temps qui n’est qu’à vous et oubliez moi, c’est presque une supplique, oubliez tout ce que nous avons appris ensemble.

    Hypocrite Toaw ! Vous avez fait votre quête et pensez qu’elle sera aussi la mienne. Je n’en ai cure. Je ferai la mienne quand mon temps viendra, mais n’ayez crainte, je saurai vous oublier.

    Et puis une fois goutté, le temps devient une drogue, un bienfait qui envahit, qui submerge tout, qui écrase tout ce qui pouvait être à coté. On s’en éclabousse, on l’avale, on le respire. Il est partout autour de soi, il devient tout le reste et soi, un immense bain.

  • Blog-Tone du 19 janvier 2007 : Meetic vs APEC

    Blog-Tone du 19 janvier 2007 : Meetic vs APEC

    Meetic vs APEC

    Je quitte un catalogue pour un autre, de nouvelles règles du jeu, de nouveau enjeux. Mais à part ça, j’ai eu du mal à voir la différence. On remplace rencontre par emploi… Une peut-être, Meetic, c’est plus ergonomique que l’APEC. Les américains avaient tiré les premiers avec Match, mot qui en dit plus long que notre Meetic national. En rapprochant les profils qui « matchent », il permet de motiver les rencontres, au plus proche. D’ailleurs, sur le modèle des speed datings, nous avons à présent des jobs datings durant lesquels un salarié en mal d’emploi a quelques minutes pour convaincre un employeur en rut qu’il est le meilleur pour le poste. Et souvent, ce pauvre salarié ne sait pas quel est ce poste, il se vend, point final. Sur Meetic c’était un peu le cas, tout le monde cherche l’amour, peu ou prou, avec ses moyens, en utilisant ses mots, parfois une photo retouchée ou antédiluvienne. Avec toujours le risque de tomber à côté. Mais il faut que ça matche !

    L’APEC, c’est un peu l’ANPE en plus classe, de la moquette dans les couloirs, une salle d’attente bien trop grande pour le nombre de personnes qui s’y trouvent, des ordinateurs partout (bon, beaucoup étaient en panne), plein de fiches explicatives, des brochures à profusion et un conseiller particulier qui passera plus d’une heure à trouver le meilleur moyen de trouver, ou au moins de chercher. Et qui répond rapidement aux mèls ! Je suis certain qu’une boite de placement se servira un jour de la totalité des outils mis en place par Match et Meetic, mais il faudra que les salariés en manque d’emploi (je l’écris au moins une fois : les chômeurs) paient un abonnement, après tout, ce sont les demandeurs les plus actifs qui raquent.

  • Blog-Tone du 16 février 2007 : Mes mots (extraits)

    Blog-Tone du 16 février 2007 : Mes mots (extraits)

    Mes mots (extraits)

    Des boutures, des graines, planter, faire croître… Les mots sont de quelque part. Ils ont tous une histoire, une origine. Aucun n’est séparé des autres mots. Ils sont tous les fils d’autres mots, des générations de mots, et certains sont presque immortels. Et puis, chaque mot a en lui les mots qui suivront, la possiblité de générer d’autres mots. Ou encore de générer autre chose que des mots. Il ne suffit pas qu’une chose soit par elle-même, il faut qu’elle soit aussi nommée. Qu’elle soit portée à la connaissance d’une sorte de communauté, des personnes qui partagent une façon particulière de nommer le monde. Qui parle du monde d’une certaine manière, qui diront « verre », et non pas « Glass » ou « Kass ». En nommant une chose elle apparaît à la connaissance de tous et peut ensuite prospérer, donner d’autres mots et créer d’autres choses.

    J’amène un mot dans un environnement, peu importe, je nomme quelque chose, peu importe, je précise une partie d’un ensemble, peu importe, je crée. Je fais émerger. Et puis ça se développe. Racines et branches, ou spores, ou rhizome, ou mycélium, le mot va prendre tout son espace, de lui-même, et parfois aller au-delà, jusqu’à étouffer d’autres mots, d’autres manières de nommer quelque chose, et parfois faire disparaître la chose nommée. Ou en créer une. Rien n’est figé dans cet univers qui tient sur la pointe d’une plume.

    Et avec le fil ténu de la plume se dessine cette hypophyse, ce lieu contradictoire qui permet aux mots et aux choses de se rencontrer. De se compénétrer.

    Combien de mots utilise-t-on en pensant en connaître vraiment le sens ? Des mots parfois simples, parfois complexes. Et nous sommes certains de bien les utiliser. D’en connaître le sens exact. Nous pouvons même en donner notre définition, en contexte. Voire une définition simple, avec une origine que nous certifierons de véridique. Mais tous ces mots n’ont de sens que pour nous, employés ainsi. Ils sont une part de notre langue personnelle, un usage particulier. Nos mots vont s’étendre et en même temps perdre leur territoire. Parfois, ils peuvent retrouver leur sens original, leur vrai sens dirons-nous, leur sens commun. Ils ne nous appartiennent plus, nous les rendons à tout le monde. D’autres mots que nous aimons employer vont perdre, un jour, au détour d’une conversation, leur goût si particulier. Ils n’auront plus le charme que nous leur trouvions. Ils deviennent anodins. Malgré leur définition si précise, ils deviendront vagues, ils se perdront. Pour nous.

    Et tous ces mots que nous picorons à droite, à gauche. Ces mots qui ont un parfum particulier, qui nous viennent à la bouche en les expirant par le nez, qui n’ont pas trouvé la voix adéquate, que nous n’avons pas en nous dans leur totalité. Des mots que nous aimerons dire plus tard, parce qu’ils vont nous rappeler ce moment particulier où nous les avons entendus pour la première fois, la personne qui les a dits. Ils nous viendront comme dans un rêve, une image de quelque chose qui remonte à notre surface, un peu déformé par la distance, mais qui reste le souvenir d’un moment précis. Ce mot-là.

    On se parle tous par des milliers de canaux différents. La parole est souvent prépondérante. On échange des mots, à l’écrit ou à l’oral. On devise. On construit des discours avec des mots, mais ce n’est qu’une partie infime de tous les échanges que nous pouvons avoir. Presque tout se fait au dessous, par d’autres voies. Nos gestes soulignent nos mots, les complètent. Mais on exprime d’autres choses sans gestes et sans mots. Nos respirations communiquent, nos estomacs, nos peaux, nos corps, nos reins, toutes les parties de ce que nous sommes. Mais également nos souvenirs, nos regrets, nos fantasmes, toutes ces choses immatérielles, évanescentes communiquent entre elles. Tout échange en nous, tout parle, nous explosons constamment, éparpillant nos êtres sur tout ce qui est autour de nous. Et notre manière de floquer cet objet-là de nos êtres en dit plus long sur nous que tous nos mots réunis. N’oublions jamais cela. Certains le savent, encore moins nombreux sont ceux qui savent lire dans tous ces petits détails, qui repèrent les traces que nous laissons alentour. Il existe des signes de notre passage, une théorie de fantômes de nous qui errent dans les espaces que nous avons occupés, les temps que nous laissons derrière. Et tous ces fantômes de nous se parlent entre eux, et parlent aux autres fantômes de nous, ceux que vous laissez derrière vous. Dans une immense cacophonie d’inscriptions. Notre halo est plus vaste que nos vies. Alors que valent nos pauvres paroles et nos quelques gestes face à cette immense armée invisible. Dites un mot et pensez tout ce que vous dites réellement dans le même temps. Vous n’en finirez jamais de vous taire si vous saviez vraiment. Vous auriez trop peur de dire ce qui vous êtes. Vraiment.

  • Blog-Tone du 26 janvier 2007 : Vers le bord

    Blog-Tone du 26 janvier 2007 : Vers le bord

    Vers le bord

    Depuis quelques temps, j’ai acquis un rythme de vie très particulier. Acquis n’est pas vraiment le mot adéquat, plus trouvé, parce que ça passera. Je suis débout extrêmement tôt pour quelqu’un qui n’a rien à faire, techniquement, qui n’a pas à se déplacer ou des choses à faire dehors. J’occupe de manière très variée mes journées entre la recherche d’emploi, l’écriture, la lecture, le visionnage de films, les passages sur Meetic, les appels à droite, à gauche. Disons que tout le temps que je devrais passer dans un bureau, je le passe entre mes quatre murs. Et c’est extraordinaire. Je sais qu’il faut que ça cesse, qu’il faudra que ça cesse, et pourtant, je n’ai jamais été autant comblé. Mais pas pour des raisons évidentes. Pour des raisons très personnelles.

    La grande quête actuelle, est celle de l’autonomie. Tout le monde veut être autonome, être son propre patron, ne pas avoir de chef au dessus, pouvoir faire ce qu’il entend faire quand il le souhaite, bref au premier sens du mot se donner à soi ses propres règles. Ce qui est fondamentalement absurde, des milliards d’humains qui fixeraient leurs règles ? Des règles qui ne vaudraient que pour eux ? Mais pour ce faire, il faudrait que les « autres » acceptent également les règles que nous nous sommes fixées. Il faudrait alors parler d’autarcie, principe selon lequel nous nous suffisons chacun à nous-mêmes. Faire son pain, ses légumes, se chauffer en coupant du bois… (!?) en quoi cela est-il réjouissant ? Je ne veux pas de tout ça, je veut être hétéronome pleinement, n’avoir aucune règle propre et ne jamais me suffire à moi-même.

    Je suis dans mon temps. Il m’entoure, m’enferme et me protège. Tout mon temps me comprime pour sortir de moi tout ce qui ne pouvait en sortir. Et tous les jours, je découvre des choses nouvelles, des choses toujours plus profondes, des souvenirs, des idées, des moments, des traces de milliers d’instants qui sont régurgités de mon corps, ça suppure en quelque sorte. Mais je sens venir l’heure où ce temps qui m’entoure, nettoyé de tout espace, aura la même teneur que mon corps. Une osmose. A ce moment-là, j’aurais atteint mon bord, l’arête du bord, et tout le vide devant. Ça vient, doucement ça vient. Et à ce moment-là, tout pourra basculer, ce qui devrait être une chute sera mon nouveau parcours, tout mon espace aura basculé de 90°. Je marcherai sur un abrupt à la vitesse de mes pas. J’ai toujours été ultra-libéral avec moi, avec mes sentiments, ils ont toujours pris le pas sur le reste, et aujourd’hui ils me remplissent et me disent gentiment à l’oreille : bientôt, bientôt.

  • Blog-Tone du 16 janvier 2007 : Meetic

    Blog-Tone du 16 janvier 2007 : Meetic

    Meetic

    Depuis quelques temps, je porte à mon poignée droit un collier que j’avais acheté au Sénégal. C’est un collier multicolore que je dédouble pour qu’il tienne, et la deuxième boucle depuis ce matin passe entre le pouce et l’index. Ainsi affublée, ma main semble différente, j’ai même l’impression qu’elle ne m’appartient plus tout à fait. Et cette présence me détend. Ce collier a une histoire, et sa forme est pour moi un souvenir d’autre chose encore. Et ainsi équipé, un peu étrangé (forme active) à moi-même, je passe du temps à feuilleter le catalogue en ligne des cœurs perdus, j’ai nommé Meetic.

    Et j’en passe du temps, croyez moi, à lire des fiches signalétiques, des annonces pleines d’espoirs, à visualiser des photos qui présentent la gente féminine sous (presque) toutes les coutures. Et le caractère massif de ce catalogue, son absence d’histoire, en fait un triste aide-mémoire. Le souvenir de personnes jamais rencontrées. La compulsion quotidienne de cette théorie d’individus, la présentation onirique de soi, les rêves couchés en quelques mots souvent mal choisis, tout cela crée de la distance avec ses propres souhaits, ses propres fantasmes. Toutes ces personnes sont comme ma nouvelle main, ce décorum les étrange. Mais il existe une possibilité de remettre tout ça à sa place, de déshabiller chacun, de rendre à chacun sa nudité réelle. On peut échanger et se dire on se verra, mettre du toi et du moi dans cet espace d’elles et eux.

    Y’a du nous dans Meetic. Mais il faut d’abord en passer par le je triste. L’aliénation ce n’est pas qu’être étranger, c’est aussi se mettre devant soi et se réapproprier. Mais ça prend du temps. Ça tombe bien, j’en ai. Plein.

  • Blog-Tone du 9 janvier 2007 : Assedic

    Blog-Tone du 9 janvier 2007 : Assedic

    Assedic

    Youpi ! J’ai un nouvel employeur, le premier de France : les Assedic. Voilà une boîte qui fonctionne super bien, qui attire plein de monde, beaucoup de gens très qualifiés, et qui connaît un succès fou. Quel bonheur d’en être ! Je dois avouer que ces derniers temps, ne pas avoir de statut me pesait un peu. Je suis à présent chômeur, avec bientôt ma carte de membre, et puis j’aurai plein de réductions partout. Vendredi, je vais discuter avec quelqu’un d’important pour moi, un agent de l’ANPE. Quelqu’un de compétent qui me dira ce que je peux faire de mon avenir, il m’aidera de toutes ses forces, et grâce aux moyens de mon entreprise, j’aurai un vrai poste avec un salaire décent. Rien que d’y penser, cela me met le cœur en fête.

    Je ne sais pas trop comment m’habiller pour y aller. Et dois-je passer chez le coiffeur avant, parce que mes cheveux me font une tête impossible. Et puis dois-je être rasé de près ou dois-je garder une petite barbe, pour faire genre. Et aussi, est-ce que je dois porter mon petit ensemble avec ma chemise neuve, ou bien être un peu casual, détendu. J’hésite, parce qu’il faut que je paraisse dynamique, avec une grosse envie de réussir. Et surtout il faut que je crois en moi, en mes capacités, et que je sois en mesure de présenter mon projet professionnel avec précision tout en gardant une part de rêve. Parce que rêver c’est important quand on va à l’ANPE. Et même parfois, il ne reste que ça.

  • Blog-Tone du 7 janvier 2007 : 1, 2, 3, soleil !

    Ian Balat, le retour du blog-tone…

    Blog-Tone du 7 janvier 2007 : 1, 2, 3, soleil !

    1, 2, 3, soleil !

    J’expérimente depuis quelques jours, et ce pour la deuxième fois de ma vie, ce qu’il est communément appelé le largage. Les histoire d’amours finissent mal en général, on le savait, mais quand ça finit vraiment, ça prend une autre pâte. Comme je disais étant enfant : « c’est expériable. » Alors comme j’avais sous la main encore un peu de cervelle, je l’ai mise à contribution pour réfléchir un chouïa sur ce sentiment d’abandon.

    Vous imaginez bien que je ne suis pas resté comme un con à pleurer sur mon triste sort (mais un peu tout de même), j’ai essayé de « récupérer l’affaire. » Donc SMS, mèls, coups de fil puis siège de l’appartement de la belle. C’est pendant ce dernier épisode que j’ai ressenti « réellement » quelques petites choses qui jusqu’alors n’étaient que des idées.

    Je suis parti de ce petit jeu 1, 2, 3, soleil ! je tournais le dos au chemin qu’elle devait prendre, et me retournais parfois avec l’espoir de son apparition. Ce jeu doit être une sorte de réinterprétation de l’abandon et de la parousie. Second petit truc, l’apparition. A force d’imaginer que quelque chose doit advenir, des formes d’hallucination se présentent à nous. Il va venir ! Phrase bien connue de tous les fanatiques de l’apocalypse. Et puis troisième petite chose c’est l’affrontement entre ce que l’on peut imaginer dans ces momens-là et la réalité, ou plutôt la réalisation partielle de l’imaginaire. Dans l’attente d’un événement, l’imaginaire réinvestit totalement notre entourage multipliant les presques vus, les presques sentis, les presques entendus.

    Une fois face à l’objet de mes attentions (je n’ose utiliser « objet de mon désir ») tout le trouble qui m’entourait disparut. Le dévoilement en quelques sortes après l’angoisse de l’attente et ses jeux. Elle comblait la faille que j’avais laissée s’ouvrir à mes pieds. Bon, ça n’a pas fonctionné, mais je ne m’abandonne pas tout espoir. Perseverare diabolicum. 1, 2, 3.

  • Blog-Tone de début décembre 2006 : Ian voyage au Sénégal

    Blog-Tone de début décembre 2006 : Ian voyage au Sénégal

  • Blog-Tone du 22 novembre 2006 : www.ubu.com

    Blog-Tone du 22 novembre 2006 : www.ubu.com

    www.ubu.com

    Depuis quelque temps, je tente de me doter d’une culture musicale un peu plus classique. C’est une tâche ardue à mon âge. Je n’ai pas dans l’oreille les grands arias, les suites et autres pièces musicales fondamentales. Je ne connais presque rien des grands courants musicaux, j’avais juste un peu de musique arabo-andalouse, un peu de baroque, et puis Chopin, Satie. Diverses rencontres ont porté à ma connaissance Verdi, Puccini, Mahler, Beethoven, Bach, et puis Dvorak, Grieg, Bartok et quelques contemporains. La liste est longue, et plus j’en connais et plus je vois l’étendue de mon inculture. Tous les jours, j’en apprends davantage. Mais voilà, ne pas avoir cette base fondamentale n’est en fin de compte pas si handicapant. Je ne m’enferme dans aucun genre, je suis prêt à tout écouter, à tout découvrir, et il suffit parfois de goûter une chose pour se laisser aspirer dans un nouvel univers.

    Ce fût une rencontre anodine. Un jour que je discutais avec un collègue, est arrivé dans la conversation un film imbittable, constitué d’images enchaînées sur des thèmes de Philip Glass. Un mot-clé. Ce nom en amenait un autre, Steve Reich. Et un style, la musique de sample, d’échantillon, pour faire court. Des formes reprises, modifiées, déformées, enrichies. Une musique qui sied bien au mode de production social moderne, sa réinterprétation pour tout dire. A partir de ces deux auteurs, j’ai commencé un tour d’inspection de tout ce qui se produisait d’abord au plus proche, et par cercles en savoir plus loin. John Adams, Robert Ashley, Mauricio Kagel et Ligeti, Pärt, Gorecki, et Bartok, Britten et John Coltrane. Ces courants musicaux ne sont pas autonomes, sui generis, ils sont une part de courants culturels plus vastes, ils en sont une forme.

    Tous ces courants, ces cheminements, ces auteurs, toutes ces rencontres, ces œuvres, tout ce magma peut se retrouver, partiellement certes, mais gratuitement, immédiatement sur un site. Je ne peux que vous encourager à aller y grappiller quelques morceaux, quelques textes ou quelques films.

    Ian Balat

    http://balatian.blogspot.com/

    http://nouvellevieparisienne.blogsp…

  • Blog-Tone du 19 novembre 2006 : Socialisme périphérique ?

    Blog-Tone du 19 novembre 2006 : Socialisme périphérique ?

    Socialisme périphérique ?

    La victoire de Melle Royal était attendue, presque écrite d’avance. À chaque Assemblée Générale, les nouveaux adhérents martelaient qu’ils voulaient un représentant du PS au second tour, et un représentant qui puisse battre Sarkozy. Les sondages allaient dans ce sens ; Melle Royal était la plus à même d’exaucer ces deux vœux. Plusieurs chevau-légers du parti se sont ralliés au panache de Ségolène, contre une promesse, par opportunisme, parce qu’il le fallait. La particularité du ticket Royal c’est qu’il associe les légitimistes du parti et les « modernes », ceux qui n’ont pas encore le poids qu’ils mériteraient au sein du parti. Maintenant que les urnes ont parlé, nous pouvons un peu mieux comprendre ce qu’il est en train de se passer dans le parti.

    Depuis belle lurette, le PS n’est plus un parti ouvrier mais un parti de salariés, de cadres moyens. Le PS n’est plus un parti de militants, et c’est une nouveauté, mais un parti d’adhérents, nouvelle forme d’engagement politique, moins concrète, moins sensible aux discours totalisants, aux constructions idéologiques. Le PS a aussi beaucoup recruté hors de ses bastions, dans des régions où il était moins bien implanté. Ces évolutions expliquent en grande partie le succès de Melle Royal, de son discours pragmatique, moins orthodoxe, plus souple, moins idéologique, parce que ça tâtonne, on fait dans l’immanent, l’exemple concret, les valeurs sont là mais un peut en retrait, ce sont des pré requis, des évidences. Quelques-uns de ses adversaires l’ont attaquée sur les valeurs socialistes, mettant en doute le simple fait qu’elle puisse être de gauche, faisant choux blanc à chaque fois.

    Ce discours simple, cette façon de dialogue avec les adhérents a plu, mais il ne faut pas oublier que cela n’a en aucun cas modifié les vieilles allégeances, les vieux bastions ont suivi en majorité les appels des dirigeants des fédérations, les éléphants ont toujours le même poids, les structures du parti sont toujours aussi pétrifiées. Pas de révolution au sommet, peu de sang neuf, c’est à la base que les choses ont changé et il faudra du temps pour que ça remonte. Il faudra aussi voir si les nouveaux adhérents vont rester dans le parti, s’ils vont renouveler leur carte, s’ils vont aller sur le terrain. Rien n’est moins sûr. Ce n’est après tout peut-être qu’une bulle spéculative, un petit jeu mis en scène par une poignée de caciques du parti.

    Les différentes études sur l’évolution du vote des Français montre que depuis les débuts de la IIIème République, les évolutions ont été très lentes, et même marginales, et que seules les grandes évolutions sociales engendrent des évolutions politiques. Le succès du Front National n’est pas le fait de Mitterrand, mais la conséquence de la déréliction du monde ouvrier et de ses représentants classiques, ou plus loin de nous la fin du monde paysan et de ses solidarités explique en partir la montée du fascisme en Europe.

    Or que s’est-il passé ces vingt dernières années ? Paupérisation du salariat, perte de revenus des classes moyennes, explosion de la part du capital dans le travail, et donc de la rentabilité du travail, et enfin, mais je m’avance peut-être un peu trop, la fin de la fonction historique des classes intellectuelles. Dans le même temps, la représentation politique a peu évolué. Irait-on tranquillement vers ce qu’on appelait la fin du politique ? Dans la société spectaculaire la politique n’est plus un enjeux, cette forme réifiée des rapports sociaux semble perdre sa fonction symbolique, elle ne catalyse plus les luttes sociales. Comme aux Etats-Unis, deux partis se partagent les fonctions de l’État au mieux des intérêts des classes dirigeantes, sans s’en cacher. On sait qui gouverne et pour qui, vous avez pu le lire dans les journaux, comme une évidence. Nous savons ce qu’il en coûte au peuple américain de vivre sous ce régime.

    Plus que 400 ans.

    Voir le blog de Ian et aussi la suite de son feuilleton

  • Blog-Tone du 15 novembre 2006 : Zapatero

    Blog-Tone du 15 novembre 2006 : Zapatero

    Zapatero

    Voilà un destin surprenant. Le leader du PSOE avait cette image de premier de la classe, un peu falot, sans charisme, loin du tonitruant, et encore, Felipe González. Arrivé par hasard à la tête du gouvernement espagnol après l’horrible carnage de mars 2004, il avait dû constituer un gouvernement à partir d’une équipe sûre de perdre, mal préparée, gratter à droite et à gauche (façon de parler) pour présenter un projet de gouvernement cohérent. On voit, plus de deux ans plus tard, les résultats. La gauche espagnole a repris en grande partie les programmes des gauches libérales européennes, et Zapatero se trouve être un compromis étonnant entre Tony Blair et Lionel Jospin. Il a gagné en épaules, a su gagner l’estime de nombreux dirigeants européens, a remis l’Europe au centre des intensions politique du gouvernement espagnol, a imposé à une Espagne que l’on croyait rétrograde des innovations sociales importantes.

    L’exemple d’un gouvernement de gauche, certes libéral, mais qui a su imposer en politique ce petit quelque chose qui manque en France. Au sortir des multiples débats entre les différents candidats à la candidature, je ne vois toujours pas ce que la SFIO a de réellement original ; ça ressemble à ce que nous avons vu auparavant, on reprend le flambeau de Jospin, on prépare une « gouvernance » partagée avec les verts, les radicaux et les néo-communistes, pas de politique sociale innovante, rien de révolutionnaire en termes économiques (on aurait aimé au moins quelques propositions « socialistes » : cogestion, régulation voire nationalisation…), c’était vraiment le moment puisque paraît-il le candidat désigné sera le prochain Président de la République. Dit-on dans les milieux autorisés.

    Virer la Droite est la première chose à faire, après cinq ans de régressions sociales le boulot de reconstruction sera difficile. Ensuite, faire le boulot que Jospin n’a pas fait, renforcer notre système de protection sociale, puis revenir sur les « innovations » introduites dans le droit du travail, relancer la construction européenne… Travail parfois ingrat, délicat, mais nécessaire. Alors en cette veille de vote des adhérents du PS, qui serait le meilleur candidat ? Voilà la question que tout le monde me pose, en argumentant à l’envie sur les capacités d’un tel ou d’une telle, sa carrure, sa puissance intellectuelle, ses performance en épaulé-jeté, et tout le bazar. Personnellement, ces questions sont absurdes puisqu’elles n’intéressent en fin de compte que les caciques du parti, dans mon esprit, c’est aux adhérents de donner une direction au Parti Socialiste, une impulsion à gauche, c’est pour cette raison (uniquement la dernière) que je voterai Fabius, malgré tout ce que je peux penser du personnage et de la politique qu’il a réellement menée. J’y irai comme la dernière fois que j’ai eu à voter, à reculons, mais c’est un devoir. Ce n’est que ça.

  • Blog-Tone du 13 novembre 2006 : Blogs (bis)

    Blog-Tone du 13 novembre 2006 : Blogs (bis)

  • Blog-Tone du 13 novembre 2006 : Blogs

    Blog-Tone du 13 novembre 2006 : Blogs

    Blogs

    Quand on découvre le monde des blogs, au début, on est nauséeux, toujours les mêmes petites choses malhabilement montrées, les petits tas de secrets comme les grandes découvertes, ce matin, j’ai fait ceci ou ça c’est le Caire au petit matin, voici mon enfant ou mon chien ou le dernier papier électronique. Parfois on y croise des curriculum vitae, des démonstrations mathématiques et puis… Il y a des petites choses délicates, des moments partagés sans exhibitionnisme, des univers qui se découvrent, doucettement, des amis qui se parlent juste comme ça, des particuliers qui atteignent un petit quelque chose d’universel. Il y a de la poésie là-dedans, des souffrances légères, des joies paisibles, y’a d’la vie quoi !

    Depuis quelques temps, je navigue dans cet Océan de trois fois rien, d’abord pour pêcher des idées de mise en forme de mon propre blog, des « tips », des outils pratiques, je lis les pages en HTML, un peu comme un vieux loup, à la dure, et aussi pour lire ce qui se montre à voir. J’en garde quelques uns sous le coude, je pose un commentaire ici, une invitation là, et je retourne, souvent régulièrement d’ailleurs, vers certains. Hier, j’ai vu un homme, viré de son entreprise avec un petit pécule, démontrer, en action, qu’il pouvait le faire grandir en jouant sur des sites de paris en ligne ; j’ai vu une jeune fille faire des roulés-boulés dans le sable avec des sourires jusque-là ; j’ai vu une dame âgée qui présentait son Paris ; j’ai vu un jeune homme qui rêvait sa vie en faisant des collages sur des airs Situ ; j’ai vu un jeune couple avec enfant faire leur tour du monde.

    Ce sont des petits contes, des petites histoires souvent sans prétentions, des instants de vie. Mais au milieu de combien de choses sans saveurs, sans qualités, sans imagination, des blogs de passionnés à la manque, d’obsédés, de culs bénis, de culs terreux, à dix fautes la ligne. Il faut passer par des tunnels de médiocrité pour atteindre cette petite chose, ce moment de recueillement qui offre un soupir. Mais bon, je n’échangerai pour rien au monde une page de London contre tous les blogs du monde. Faut pas déconner !

  • Blog-Tone du 10 novembre 2006 : Ana (étude)

    Blog-Tone du 10 novembre 2006 : Ana (étude)

    Ana (étude)

    … d’une rencontre fortuite, inattendue, un instant fragmenté, qui n’avait plus aucun lien avec ce qui se passait. Je marche tout le temps, sans arrêt, j’aime ça, je réfléchis, j’imagine les endroits que je traverse, les visages que je vois, ce qui je suis, tout ce que je pourrais être, tous ceux que je pourrais rencontrer, tout ce qui pourrait m’arriver, tout. Je faisais tout ça sans savoir que je construisais patiemment ce moment où tout s’échappe, où tout se brise, où tout disparaît, où tout s’évapore autour de soi. Une fine lame d’instant qui tranche le temps qui passe. L’incontinuité, la disharmonie, le trou. A glance in the glimpse. Et tout s’est éclairci, tout est devenu réel, vrai, sincère, délicat, tout est devenu beau, tout m’arrivait à la fois, tout ce qui se cachait, un surgissement. Une lalarmelarmerlarmeme au fond des yeux. Dans cet évanouissement, j’ai retrouvé la sensation de mes mains qui se ferment, des ongles qui irritent la paume, les poils qui frissonnent dans le vent, la chaleur de ma peau qui se touche, l’énergie qui se tient dans le petit espace vibrionnant au sein de ma chair. Mes veines sourdaient dans mon oreille la pulsation disparue de mon cœur, marquaient cet instant perdu par une vibration que j’appelais Anaanaanananannanannananannana. Un souffle de mon métabolisme, là. Doucement. Et j’ai entendu, j’ai entendu, j’ai entendu, j’ai entendu mon nom sortir de mon oreille en écho froissé…

  • Blog-Tone du 8 novembre 2006 : Répétitions et dissonances

    Trop de Steve Reich nuit…

    Blog-Tone du 8 novembre 2006 : Répétitions et dissonances

    Répétitions et dissonances

    Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est irn. Rien n’est rienn. Rien n’et rien. Rien n’est rien . Rin n’est rien. Rien n’est ren. Rien n’en rien. Rien n’est rien . Rien en’es rien. Rnei n’est rie. Nrie n’est rie. Rein n’est rne. Rien ’es neir. Rien ’en Rien. N’ie rn’es rie. Rien n’es nri. Riene n’esi. Rien ‘ne irn. Ien’ne . Rien sn’ei rien ‘enst. Rien ‘net ri. Rien n’et Ri. Nirne ’n rn. Risn ‘iN. Rien dnei. Nei rns. Nriein e. Rien dn’ei . nrisn ‘e n. rien ‘ne n’. Irn risn ‘. Rin st n. eirtn e’. Rien n’est rien. Rien ‘nes ri. Rien ‘esti. Eirn esi . rien st’e. Rien n’ei rin. Ri’n eisnr. Rien ‘nesi. Rien en’is t. rien ‘nest . rien ‘nest r. Rien nesi rrn. Rin esis. Rien n’et rie. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien. Rien n’est rien.

  • Blog-Tone du 6 novembre 2006 : Internationale syndicale

    Blog-Tone du 6 novembre 2006 : Internationale syndicale

    Internationale syndicale

    Depuis la première Internationale, les centrales syndicales n’ont jamais été capables de s’imposer au niveau mondial. Les différentes unions constituées l’ont toujours été dans le « sens » de l’histoire. Ils ont toujours été des moyens de contrôle, jamais des acteurs. Pourquoi cela changerait ? John Monks (Secrétaire Général de la Confédération Européenne des Syndicats) et Guy Ryder (Sec. Gén. de la Confédération Syndicale Internationale) ne sont pas des foudres de guerre, ce sont des lobbyistes, des gentlemen habitués aux longues discussions avec les différentes institutions mondiales, aux colloques et autres conventions. Ils expriment le point de vue de leurs confédérations respectives avec beaucoup de diplomatie. Mais ils ont toujours été incapables de mener à bien des actions internationales structurées. Ces dernières ont été le fait d’ententes entre syndicats nationaux (souvenons-nous de Vilvoorde) ou d’ONG. Ces dernières par des actions d’éclat ou un travail de lobbying intense ont su imposer à certaines entreprises multinationales le respect de normes de travail minimales.

    Alors, qu’attendre de cette nouvelle Internationale Syndicale ? Déjà un travail sur le terrain. Par le passé, les différentes organisations ont surtout pondu des rapports sur les conditions de travail dans différents pays, ont alerté l’opinion internationale sur ces problèmes et fait des recommandations. D’actions directes, nulles traces. Ensuite outre ce travail d’information nécessaire, la construction d’outils d’analyse de l’évolution du capitalisme mondial. Si l’on se réfère aux derniers discours entendus à Vienne, lors du congrès qui a créé le CIS, rien de neuf de ce côté. Le but affiché est des plus classiques : rendre le capitalisme acceptable dans sa forme mondialisée. On est loin des aspirations anarchistes des premières Internationales. Enfin, constituer des actions syndicales transnationales. C’est peu demander pour un syndicat mondial, mais même ce simple vœu ne pourra se réaliser car il n’existe aucune structure tournée vers l’action dans ces confédérations.

    Le poids du syndicalisme dans le monde est insignifiant, la CIS comptera 166 millions d’adhérents, une goutte d’eau dans l’usine monde, et seules les actions lancées en direction des acheteurs des produits de cette usine ont eu quelques effets. Il semblerait que dans quelques pays (Bangladesh notamment), la naissance d’une réelle conscience de classe a permis l’organisation de structures de type syndicats et la mise en défaut des entreprises et des États qui jusqu’alors profitaient de l’apathie de la classe ouvrière. Cette évolution est presque mécanique, elle suit l’augmentation du niveau de vie général et l’alphabétisation des masses. Le capitalisme a en lui les germes de sa disparition, il faudrait simplement trouver de bons horticulteurs pour faire pousser tout ça plus vite. Isn’it ?

  • Blog-Tone du 28 octobre 2006 : Suspension

    Blog-Tone du 28 octobre 2006 : Suspension

    Suspension

    A force de dialoguer, on finit par découvrir des choses sur soi-même. Il est bien évident que personne ne passe tout son temps à l’introspection et que pour faire surgir ce que l’on a en soi, il faut créer des occasions ou profiter d’occasions de le faire. Par la lecture, il est également possible de permettre ce surgissement et plus notre goût est « éduqué », plus ces surgissements seront nombreux et riches d’enseignements sur soi. En feuilletant l’un des ouvrages du Dr Gabel, que j’évoquais il y a peu, je suis tombé sur le concept de « suspension. » Bien évidemment avant de pouvoir en saisir toute son importante (si tant est qu’elle en ait), il me faudra beaucoup de temps et de persévérance. Mais à l’instant, il évoque quelques petites choses que je m’empresse de coucher sur le papier (sur l’écran en fait).

    Quand je me présente à quelqu’un, je donne une partie de mon état civil, des choses apparentes qui ont, pour partie, formé ma personnalité. Suivant mon état de fatigue j’aurai un certain maintien, mon visage sera plus ou moins détendu, et mes vêtements plus ou moins distendus. Mais c’est bien moi qui suis là-devant. Puis en conversant, je laisserai, plus ou moins consciemment, apparaître certains traits de caractère, certains tics de langage, des mimiques, mon bric-à-brac personnel. Mais beaucoup de choses resteront cachées, dans des recoins, ou sous des dalles. Bref je ne serai moi que d’une certaine façon. Avec le temps et les rencontres, tout ceci prendra de l’épaisseur, les couches se multiplieront et suivant qui est devant moi, surgiront ces petits riens qui sont ce que je suis.

    Dans une certaine mesure toutefois car il n’est pas possible de se présenter d’une manière si impeccable. Toujours à la première rencontre, je présenterai en fin de compte qui je suis réellement. C’est dans ce premier moment que je peux évoquer la suspension. Ce n’est pas qu’un soupir, un blanc, un moment fugace, c’est aussi tout cet appareil complexe qui me constitue. C’est tout ce que je pourrais dire si. À la fois la longue théorie des possibles et tout ce que je pense et je suis en fait. Cet instant sera en suspension à chaque nouvelle rencontre, il sera une vapeur en attente de condensation. Ce qui fait la poussière d’une maison condamnée.

  • Blog-Tone du 23 octobre 2006 : Évidence

    Blog-Tone du 23 octobre 2006 : Évidence

    Évidence

    Mon goût prononcé pour le cinéma de genre a été flatté au-delà de mes espérances par le visionnage intense d’une série récemment disponible. Un producteur américain a réussi un tour de force en réunissant les plus grands réalisateurs de ce cinéma : Dante, Romero, Argento, Landis, Carpenter, Hooper et Miike pour ne citer qu’eux. Cette série vient à peine d’être éditée en France, mais aux States, cela fait longtemps que les aficionados ont eu la chance de les voir. J’ai passé la semaine à les télécharger et le week-end à les regarder. À force de visionnage, m’est venue une idée, trouble au départ, mais peu à peu, elle a pris forme. La force du genre vient de l’immédiateté de l’Univers dans lequel nous sommes transportés. Cinéma du code par excellence, il possède une grammaire spécifique, un vocabulaire à part et une galerie de personnages identifiables au premier coup d’œil. Et pourtant, cette immédiateté, pour qu’elle fonctionne, ne doit pas prendre la forme de l’évidence.

    Les univers qu’il a construits, ce cinéma doit les respecter. Il faut qu’ils gardent leur cohérence, que les genres du genre ne soient pas mélangés. Un film de zombie ne peut accepter de vampires sans tomber dans le pastiche, un film de monstre ne peut en accepter qu’un, un loup-garou ne peut déplacer les objets par la pensée. Ces environnements codés ont été constitués par des maîtres, dans un film original le plus souvent. Puis des reprises les ont définitivement assis. Et seuls ces maîtres avaient la possibilité de les renouveler. J’en ai déjà parlé pour le Monde des morts. Mais ce que je disais sur l’immédiateté de ces univers n’est pas si vrai. La force de ces films repose sur des indices. Ils ne construisent pas de réalité mais laissent des traces de quelque chose qui pourrait être. Ils imaginent une autre appréhension de la réalité.

    Les indices d’événements ont une force dramatique que n’a pas l’événement lui-même, tout en montrant (monstrare – monstre) ils donnent une indication, un espace limité qui situe un phénomène, ou un type de phénomène précis. L’indice qu’il se produit quelque chose transforme un périmètre sensible, lui donne une autre pâte. Cette petite déchirure excite l’imagination et le spectateur surinvestit l’indice. L’apparition d’un monstre dans cet état d’esprit a des effets sensibles directs. Certains réalisateurs, comme Sam Raimi, s’en sont servi pour développer des effets normaux dont Hitchcock, dans un autre genre, était également très friand.

    Reprenons cet appareil Indice/Indication – Evénement/Phénomène et amusons nous avec. Dans l’univers déréalisé du travail, toute trace d’une effraction du réel est surinvestie comme l’indice d’un événement. Cette parousie n’entraîne pas ce frisson si spécifique, mais une forme de dépression collective, un déni de ce qui vient d’apparaître. L’événement est un monstre que l’on chasse en détournant le regard. Il n’y a plus dans l’univers du travail ce phénomène quasi surnaturel que l’on pouvait tous observer, son achèvement : une œuvre. Cette absence déréalise tout ce qui le précédait. On en a perdu même l’indice.

  • Blog-Tone du 15 octobre 2006 : Hoquets

    Blog-Tone du 15 octobre 2006 : Hoquets

    Hoquets

    C’est quoi une rupture ? Il y a longtemps de cela, je m’étais demandé s’il existait un terme qui nommait la ligne formée par le flux et le reflux de la mer sur la plage. C’est une ligne continue mais toujours mouvante, qui disparaît à peine esquissée. C’est une chose fragile mais que tout le monde connaît. Qui n’a pas laissé une fois ses pieds s’enfoncer dans le sable en deçà de cette arête ? Qui n’a pas expérimenté la caresse de l’eau sur ses talons et la sensation du sable qui s’effrite sous la voûte plantaire ? Cette délicate continuité me fascine encore aujourd’hui, mais elle a pris des formes qui la rendent presque méconnaissable.

    C’est la matrice de toutes mes questions sur les processus d’aliénation, sur la perception du temps, sur les relations humaines… Ce fil fragile, ce plaisir sensuel, ce mouvement constant, tout cela je le retrouve dans les répétitions morbides : devant une machine à sous, devant un ordinateur, dans la contemplation de mon travail, dans l’observation de la foule. La passivité qu’induit cette répétition, je la combats à grands coups de ruptures : d’abord par des dénis, ensuite par des actions enfin par des constructions intellectuelles. Il n’est pas possible de sortir spontanément d’un état contemplatif, il faut construire des occasions de sorties, et pour les construire, il faut « réorienter » ses névroses. Ce sont mes échecs qui m’ont donné ce petit coup de pouce nécessaire.

    Nous fantasmons tous notre vie. On s’imagine qui nous sommes constamment, nous inventons tout, tout le temps. Puis la réalité nous rappelle à l’ordre des choses, nous revient dans la gueule avec violence. Ce sont des moments-clés qu’il ne faut pas louper, des rendez-vous avec la vie qui permettent de se redéfinir. Des ruptures dans une continuité imaginaire, des occasions de devenir. Je tente de toutes mes forces de profiter de ces instants pour constituer un être-dans-le-monde authentique, de ne pas me mentir sur qui je suis et ce qui est alentour. C’est un exercice extraordinaire mais qui parfois est douloureux. Il ne faut pas passer à côté. Léo Ferré a eu cette formule magnifique à mon sens : « Entends la mer qui te remonte dans la gueule ». La réalité se vomit, il faut s’y préparer par des hoquets.

  • Blog-Tone du 7 octobre 2006 : Noria

    Blog-Tone du 7 octobre 2006 : Noria

    Noria

    La fin s’approche. Dans peu de temps, j’affronterai la machine inerte qu’est l’ANPE. Je vis les jours qui viennent comme un répit pendant lequel je peux à ma guise observer et agir sans craintes. Ma démission est devenue un laissez-passer pour toutes les sphères de l’entreprise dans laquelle je travaille. La noria des jours qui passent ne meut plus aucune machine. Je suis en quelques sortes au repos. Pourtant, comme à chaque fois dans ces moments-là (je n’en suis pas à mon coup d’essai), j’ai un regain d’énergie insoupçonnable ne serait-ce que quelques jours auparavant. Cette énergie me porte à des choses que je n’osais faire. Ce vide au-devant de moi devient ce que je cherche depuis longtemps, ce premier moteur non mû. Mais il n’a rien d’autonome, c’est un construit, un horizon, un vide qui aspire, la sensation de vertige qui déséquilibre tout un Univers. Un vide qui s’impose, dont je devine le bord, mais qui ne m’intéresse pas. Je suis face à lui décomplexé, détendu, ouvert. Je sais être au rebord d’un monde, mais je veux signer d’un dernier geste le monde que je quitte.

    La chose qui m’a le plus marqué pendant ces années dans cette entreprise, c’est la puissance destructrice de l’inertie. Le lent flot des journées de travail brise plus durablement que n’importe quelle action ouvertement destructrice. Il suffit de laisser les volontés des salariés s’écraser contre le silence revendiqué de l’administration. Nul ne peut voir au-delà de cette puissance, elle est un mur qui masque ce vide créateur dont je parlais. Hiérarchies, procédures, routines, primauté de l’outil, tout ceci détruit peu à peu la volonté des salariés ; les écrase, mais en même temps, cela détruit également la volonté des membres de cette hiérarchie qui deviennent eux-mêmes des êtres sans volonté propre, qui ne veulent plus qu’à travers ça. D’où mon état d’euphorie, relative, actuel.

    Ceci étant dit, il me semble que la grande question de l’entreprise telle que j’ai eu l’occasion de la voir – peut-être n’est-elle pas comme ça en fin de compte – c’est celle du vide. Toujours, il faut être dans le plein, il faut que tout soit marqué quelque part, que tout ait une référence dans un autre lieu que celui où on agit. Pourquoi créer des procédures quand tous les gestes se font par habitude ? J’ai vu comment se créait une procédure. Elle vient sur quelque chose d’existant mais qui a évolué, laissant un vide, une possibilité de faire autrement. Dans ces moments-là chacun a une idée de comment faire, mais cela n’est pas « viable » en entreprise, il faut tous agir d’une même manière sinon le salarié individualise sa manière d’agir, de l’unique apparaît, donc le danger de devenir « irremplaçable ». Je crois que c’est dans une usine Renault que des managers ont eu l’idée de laisser les salariés inventer de nouvelles manières de faire un geste, et si elle s’avère plus efficace, elle est déposée et devient la nouvelle manière de faire ce geste. Et le salarié reçoit un bonus.

    Un roman de Jack London est éclairant à ce sujet. « Star Rogue » est l’histoire d’un prisonnier qui subit la torture de l’enserrement pour briser en lui toute volonté de mal agir. Une fois enserré, le prisonnier défaille et sombre dans un long rêve dans lequel il vit des vies anciennes qui ont existé. Cet enserrement, cet enlèvement de tout espace, je l’ai vu fonctionner en entreprise et ceux qui y sont pris se déréalisent doucement, sombrent dans une autre vie qui n’est pas eux. Ils agissent de manière éhontée. Ils brisent ce « gentleman agreement » nécessaire pour vivre ensemble en bonne intelligence. Ils deviennent schizophrènes. Donc paranoïaques, puisque tout de même beaucoup continuent d’agir « normalement » autour d’eux, donc ne reconnaissent pas en lui celui qu’il est devenu. Je lis actuelle « La fausse conscience » du Dr Gabel, je pense pouvoir tirer de cette lecture des outils pratiques pour comprendre ce que j’ai cru entrevoir.

  • Blog-Tone du 4 octobre 2006 : Violence (suite)

    Blog-Tone du 4 octobre 2006 : Violence (suite)

    Violence (suite)

    Et puis l’Université. Je me souviens de cette période bénie quand tout était permis. Aucune obligation de présence, cours magistraux que nous suivions dans l’anonymat presque complet ; car passer inaperçu dans un amphithéâtre de 500 places est plus facile que dans une salle de 40 avec appel en début de cours. Et cette promiscuité délicieuse, ces échanges de regards, ces nouveautés si loin de mes habitudes, bref l’Université au début, c’est vraiment chouette. Et puis, ça se gâte. Il faut achever un cursus, passer des épreuves parfois difficiles, montrer patte blanche et comme disait un de mes maîtres « passer sous les fourches caudines » ou « sortir du couvent des oiseaux ». On perd énormément par la suite, on doit accepter de se soumettre à des professeurs qui ont tout pouvoir sur vous. Car passer son bac, c’est en fait anodin, on reste nombreux jusqu’au bout. Finir un cursus c’est plus exigent, on n’est plus qu’une poignée à la fin, et dans notre environnement le pourcentage de professeurs augmente considérablement. Puis il faut bien les choisir, miser sur le bon cheval en quelque sorte, donc fréquenter les professeurs les mieux pourvus dans le champ.

    Cette caste, car c’est comme cela qu’elle se perçoit, de professeurs d’Université peut tout. Elle peut vous accepter dans son sein comme vous détruire. Tant que vous êtes simples étudiants, elle n’a aucune considération pour vous, quand vous devenez disciples, elle est votre maître absolu. Obéir, travailler pour eux, faire des recherches qu’ils pilleront sans vous citer, être constamment humiliés par leurs égos surdimensionnés. Et ce mépris incalculable ! Il suffit d’avoir affronté l’administration quand on a une demande impérieuse pour se convaincre qu’en fin de compte tant que vous n’êtes pas du sérail, vous n’êtes rien. Même dans l’armée une telle violence n’existe pas, malgré la discipline et la présence d’armes meurtrières. Un Professeur d’Université est comparable à un Commissaire Politique soviétique, ou un Inquisiteur, devant lui vous avez tort, vous êtes un accusé perpétuel, mais vous ne savez pas de quoi, vous payer un prix que vous ignorez pour des fautes inconnues. Parce que c’est vous, parce que c’est lui. Cette violence hallucinante dans une démocratie se perpétue, s’excuse indéfiniment, rien ne peut la remettre en cause que l’acte individuel de sortir de l’Université. Je regrette parfois de n’avoir pas continué plus loin mes études, et puis je regarde ceux qui sont restés et je compte ceux qui ont réussi à vivre de cette passion. Aucun.

  • Blog-Tone du 3 octobre 2006 : Violence

    Blog-Tone du 3 octobre 2006 : Violence

    Violence

    Nous avons tous un petit lexique idéologique grâce auquel nous comprenons le monde environnant. Souvent les définitions que nous y trouvons sont floues. Ce sont des maximes, des phrases colportées, des images, rien qui ne puisse en l’état être intégré dans le Larousse. Mais la plupart de ces termes nous sont communs. Violence est un terme « surchargé », le vocabulaire associé y est important, les images multiples, et chacun a son ou ses expériences de la violence. Pour contrarier les effets de cette Violence, il faut organiser des contre-feux, créer des paravents voire monter des murs. Une campagne d’affichage sur le sujet a été lancée récemment, les murs de Paris en sont couverts, son propos est simple : que les victimes parlent des violences qu’elles subissent, dans les établissements scolaires. Sur l’affiche sont notées des mots également surchargés (violence, racket, harcèlement, viol) accompagnés de ce slogan : « La violence si tu te tais elle te tue ». Pour le site www.jeunesviolencesecoute.fr la violence est définie comme « tout ce qui porte atteinte à autrui ».

    Cette campagne d’information lancée par L’Île-de-France vers les lycées (la Région est compétente en ce domaine) dure depuis six ans, ses effets ne sont pas évidents. Le récent classement paru dans Le Point des établissements scolaires les plus violents n’apporte aucune donnée fiable car il se base sur une « main courante » des violences déclarées. Les plus « violents » sont ceux qui ont une administration pointilleuse qui répond avec diligence aux soifs statistiques du Ministère. Pas de comparatif dans le temps non plus, ce sont des statistiques statiques qui mêlent heurts sur le parvis de l’établissement, jets de gomme et lacérations sur une année. Tout ce discours (sensibilisation et condamnation) a une fonction à mon sens : limiter la compréhension réelle de la violence scolaire, comparable à celle d’un univers carcéral, comme décrit par Erwin Goffman dans Asile. C’est la violence même de l’institution qui est masquée, travestie par un discours calque de celui constitué sur les banlieues. Opposer intérieur/extérieur n’est pas suffisant, l’école est dans la société mais elle a ses propres règles, ses conflits internes institution/étudiants/professeurs, et ses enjeux. Un champ comme un autre et il faut le considérer comme tel. Avec ce bémol que ceux pour qui il fonctionne en sont ses prisonniers.

  • Blog-Tone du 29 septembre 2006 : Fissure

    Blog-Tone du 29 septembre 2006 : Fissure

    Fissure

    Depuis quelques temps, j’ai pris l’habitude de déambuler dans la rue, un iPod aux oreilles. J’ai un goût prononcé pour les musiques électroniques et bien rythmées. Ça m’aide à passer le temps lors de mes pérégrinations administratives (voir Blog du 25 septembre 2005). Certains de ces morceaux présentent des ruptures de rythme, des variations violentes, des pics sonores. Quand ces moments arrivent, la douce rêverie qui naît de ma foulée s’interrompt, mes pupilles se dilatent, la perception du monde se trouble, l’espace d’un instant. De cette petite fissure temporelle sortent toutes sortes de choses. Des petits flashs, des idées disparates, des images, mais rien qui n’avait de lien avec ce qui s’enchaînait auparavant. Et puis, je me suis dit qu’après tout, ça peut fonctionner sur une échelle plus importante.

    Une société qui tourne, qui ronronne mais qui se voit affligée de petites fissures, où des événements soudain surgissent ou des petits groupes qui se décalent légèrement, qui ne font pas comme tout le monde, culturellement, socialement ou politiquement, doit générer des idées de ce type, des flashs, images ou idées disparates. C’est un peu ce qui s’est passé lors de tous les grands chocs historiques, on peut observer un peu avant des petites fissures qui ont généré de la nouveauté, qui ont détonné dans le décor. Pas besoin de grands mouvements pour que ça naisse, juste une fissure, un petit bruit, un souffle. Les grandes déflagrations ne font s’effondrer que les édifices déjà détruits.

  • Blog-Tone du 28 septembre 2006 : Temps (suite)

    Blog-Tone du 28 septembre 2006 : Temps (suite)

    Temps (suite)

    Bien évidemment, quand je parlais d’abrutissement, je ne faisais pas montre d’une originalité trop excessive. La littérature ouvrière des siècles passés fourmille d’exemples marquants d’abrutissement dans le travail. Quand après 14 heures passées sur une machine, les petites mains devaient s’en retourner chez elles pour retrouver un semblant de force, qui s’évanouissait quasiment dès leur réveil, l’abrutissement était évident : moral, physique et social. L’abrutissement moderne est plus « sournois ». Après de longues études, le salarié moderne à l’espoir de la réussite chevillée au corps. Progression sociale, confort matériel, liberté individuelle, et j’en passe, définissent ses « valeurs sociales de cohésion ». Tout est fait pour qu’il acquière par le travail les moyens de son accomplissement personnel. C’est dans cette perspective que la nouvelle gestion du temps dans l’entreprise abrutit le salariat. Il reste dépossédé de son travail, mais cette dépossession n’a plus l’évidence formelle du résultat physique de son travail, on ne compte plus les objets matériels mais les services achevés. Cette volatilité du résultat du travail ne peut se résumer dans le temps/production. Il était possible de définir une marchandise par le temps de travail qu’elle renfermait. Rien de tel avec les services, le processus de production qui les définit est immatériel. Et le temps réel passé sur chaque tâche est de fait incalculable. Il est passé à autre chose.

    Je ne peux dire voilà mon travail, voilà le temps que j’ai passé dessus, je ne peux évoquer que les procédures définies (fameuses normes ISO), le cheminement du service en constitution, mais je sais que tout le travail que j’injecte dans ces procédures est inutile. Le temps que je passe sur mes tâches, je sais qu’il peut être réduit à peau de chagrin par la machine, j’en ai la preuve sur le long terme, et le temps effectif que je peux mesurer aujourd’hui je sais que dans peu de temps, il sera quasiment inexistant. Pourquoi ne pas m’en libérer tout de suite ? Il suffit d’une requête et un service est rendu presque automatiquement. Pourquoi dois-je passer ce temps inutile sur cette tâche précise, routinière ? C’est dans cette perspective que j’essayais de comprendre en quoi le temps du salarié est du temps perdu. Je tentais de trouver la raison immanente de ce gâchis. J’ai opté pour une raison sociale, mais il doit y en avoir d’autres plus subtiles. Ou pas. Peut-être n’est-ce qu’un mauvais rêve ?

  • Blog-Tone du 27 septembre 2006 : Temps

    Blog-Tone du 27 septembre 2006 : Temps

    Temps

    Depuis que je me suis mis en marge de mon entreprise, j’ai tout loisir d’observer l’épaisseur du travail effectif. La lecture du « Droit à la paresse » de Lafarge m’a été sur ce point d’une grande utilité. Qu’est-ce que le travail en entreprise ? Quel est le travail réel du salarié en entreprise ? Le jour de l’embauche, nous signons un contrat qui oblige, qui contraint : lieu de travail, horaires et tâches. Le salarié donne de son temps contre rémunération, une partie de ce temps n’est d’ailleurs jamais pris en compte, de la préparation à son départ vers l’entreprise à la récupération de son départ de l’entreprise. Le temps-entreprise est un temps-machine, adossé au fonctionnement d’un réseau d’outils. Ces outils son intégrés aux tâches des salariés, mais avec l’usage, il faut se rendre à l’évidence que ces sont plutôt les tâches des salariés qui sont intégrées dans l’outil de travail. La cadence du travail rythme le temps travaillé. Les Hz de l’ordinateur sont les secondes de l’employé. L’individu n’est plus que son « poste de travail », donc entièrement remplaçable, il est résumé au temps donné en appui à la fonction machine.

    Toute la journée fuit dans la contemplation du travail réel de la machine ; les gains de productivité immenses qu’elle permet effectivement s’évanouissent dans la nécessaire occupation du temps. Car que faire de tout le temps libéré ? Comment l’occuper ? Quelle société moderne peut se permettre de laisser une vaste majorité de son peuple libre de tout travail ? L’abrutissement est devenu, de fait, une des fonctions principales de l’entreprise.

  • Blog-Tone du 26 septembre 2006 : Indigène – Autochtone

    Blog-Tone du 26 septembre 2006 : Indigène – Autochtone

    Indigène – Autochtone

    Le mot connaît un regain d’usage. ’Indigène’ fourmille dans la presse, en Une, en pages Politique, ou Sociale, ou Culture ; moins en Faits Divers. Quand sont évoquées les populations indigènes, il faut comprendre les populations des anciennes colonies françaises. Le terme indigène n’est pas neutre, il fait référence au sang, à la substance de l’autre, à sa différence indépassable, quand autochtone se limite à la terre. L’indigène était dépossédé de sa terre parce qu’il était substantiellement incapable de la mettre en valeur, il était usurpateur d’une terre qui de droit appartenait au colon, au civilisateur. L’indigène était endémique, maladie du lieu qu’il fallait éradiquer par tous les moyens. Les écrits des théoriciens de la colonisation française sont sur ce point hallucinants, mais rien de neuf sous le soleil, le précédent américain était là.

    Durant la « deuxième guerre de trente ans » (George Steiner) de nombreux colonisés ont combattu auprès des indigènes pour libérer les terres irrédentes de métropole et de son Empire avant d’être oubliés. Que les enfants et petits-enfants de cette « armée des ombres » reviennent sur cette période devenait nécessaire, urgent même. Ils rappellent qu’ils sont eux aussi la France, indigènes de ce pays et non pas autochtones de banlieue. Tout ce travail de mémoire sera également fait par ceux qui ont lutté pour qu’elle soit oubliée. En admettant enfin que les fils des colonies sont aussi français, l’histoire officielle redonnera l’espoir, encore socialement et économiquement illusoire, qu’ils ont les mêmes droits que les fils du Berry et de l’Hainaut. Après tout « l’armée de réserve » aura toujours besoin de bras.

  • Blog-Tone du 20 septembre 2006 : Limite

    Blog-Tone du 20 septembre 2006 : Limite

    Limite

    Nous avons tous, à un moment ou à un autre, fait l’expérience du territoire animal. Rentrer dans ce périmètre défini par un individu a comme conséquence directe l’adoption de postures agressives par cet individu. Il existe des limites qu’il ne faut pas franchir, ce sont souvent des limites définies de manière peu évidentes, pour nous. Nous avons nos propres limites, peu évidentes pour les autres, mais il existe des règles tacites à peu près connues de tous, et acceptées comme telles. Avec quelques variantes toutefois. Qui dépasse ces limites, s’expose à une réaction violente de notre part ; des réactions qui souvent nous dépassent elles-mêmes. Nous avons un agir animal que les règles de bonne société ont bien compris. Ces limites individuelles se transforment en limites sociales, dès lors elles ne sont plus tacites mais écrites. Tous les codes qui régissent notre quotidien le prouvent. À tout moment de son existence, les Hommes en société sont soumis à des règles que parfois ils ignorent, mais qui sont écrites quelque part. Et certainement pour le bien de tous.

    Ce ne sont là que des limites a minima, nécessaires pour vivre ensemble. Il en existe d’autres, qui sont la conséquence directe du vivre ensemble, mais qui ne relèvent plus d’une quelconque animalité. Elles sont d’ordre idéologique et parfois difficilement identifiables. Il faut en faire l’historique, comprendre d’où elles viennent et comment elles ont pu, pour certaines acquérir ce caractère naturel. Par exemple le droit de propriété individuel ; c’est un droit qui a été entièrement construit à l’époque de Locke, et mis en musique par lui pour soutenir le grand effort de décommunalisation des terres anglaises. Le but étant de permettre l’industrialisation de l’élevage, et du tissage. Ce concept de propriété individuelle n’a ensuite été attaqué que sur le principe des droits naturels : « Le premier ayant clos un champ et dit ceci est à moi », je fais ça de mémoire, garantissant ainsi à cette construction idéologique l’apparat d’un droit quasi animal.

    Une fois ce droit naturalisé, il suffit d’une force qui contraint légitimement tout le monde (ou presque) à le respecter, et le tour est joué. Ainsi l’Angleterre s’est-elle vue gratifiée d’un État qui remplaçait l’ancienne relation de fidélité des Seigneurs au Roi, par une garantie de la propriété des grands propriétaires par une force légitime et financée par eux. L’État est au départ une affaire de garantie. Pour s’imposer à tous, il fallut édicter des règles contraignantes, s’appuyer sur les forces sociales les plus conservatrices, et trouver des terra nullus pour les expropriés. Ce fut un long processus, beaucoup plus complexe, mais je simplifie pour aller droit au but.

    Quand nous sommes devant une limite qui nous semble infranchissable, il faut s’interroger sur la réalité de cette limite, son histoire et sa fonction réelle. Dépasser une limite que pourtant tous semble admettre est un des plus grands plaisirs qui soit ; il faut le faire avec malice comme le petit garçon qui cria pendant le défilé : « Le Roi est nu ».

  • Blog-Tone du 14 septembre 2006 : Al-Qaïda

    Blog-Tone du 14 septembre 2006 : Al-Qaïda

    Al-Qaïda

    Peut-être qu’à force de faire des revues de presse pour des groupes industriels, j’ai fini par prendre un pli mais ce groupe terroriste ressemble plus à une franchise qu’à une holding. Le terme a été utilisé pour la première fois par les services de renseignement du gouvernement américain en lieu et place de Maktab al-khadamat, mouvement constitué pour lutter contre l’occupation soviétique de l’Afghanistan, avec des financements américains. À la fin de cette occupation, cette organisation n’avait plus lieu d’être. Pourtant, elle continuait ses activités. Après tout, pourquoi laisser à l’abandon une organisation riche en hommes et en moyens, et bien structurée. Oussama Ben Laden en prenait seul la tête, faute d’associés. De nombreux mouvements islamistes radicaux agissaient dans divers pays musulmans, mais sans liens solides entre eux. Mouhammar El Khadafi, Hassan El Tourabi et bien d’autres avaient tenté de les organiser ; en vain. Ces petites structures locales occupaient des niches très rentables, qui généraient d’importants revenus. Parfois ils remplaçaient l’État auprès de certaines populations acquérant par ce biais une fonction politique importante. Al Qaïda avait trouvé un marché pour se développer.

    Des actions d’éclat faisaient connaître ce Groupement d’intérêts auprès des professionnels, certains devenaient des franchises. Les revenus générés par cette nouvelle structure attiraient d’autres mouvements mal organisés. Elle offrait son aide contre des rétributions ou finançait des actions pour ouvrir des marchés locaux en devenir. Le marché européen par exemple était quelque peu délaissé. Quelques campagnes ont suffi. Après il fallait trouver des slogans, un discours, bref marqueter tout ça. Peut-être certains croient vraiment parler pour leur dieu… On ne sait jamais, des publicitaires ont sombré dans le mysticisme. Personnellement, je ne vois dans ce groupe terroriste qu’une franchise bien dirigée, efficace mais qui aura un peu de mal à survivre à son fondateur.

  • Blog-Tone du 13 septembre2006 : Gaza

    Blog-Tone du 13 septembre2006 : Gaza

    Gaza

    Pourquoi la situation des populations de Gaza ne s’améliore-t-elle pas ? Depuis la création de l’État d’Israël, les populations déplacées sur ce fin littoral de la Méditerranée vivent dans le dénuement le plus total. Malgré les plans d’aide, les accords de développement, les actions menées sur le terrain par toute sorte d’organisations humanitaires, la vie à Gaza est intenable. Et pourtant, ça tient. Prises en tenailles entre le Hamas et Israël, elles gardent l’espoir. Les groupes islamistes radicaux ont sous la main un vivier de désespérés quasi inépuisable (plus d’un million d’habitants) ; bien qu’entreprenante, la petite bourgeoisie naissante ne peut travailler dans des conditions décentes. Seules 200 000 personnes parviennent à subvenir à leurs besoins sans l’aide d’organisations caritatives.

    L’État palestinien est exsangue, impossible de payer les fonctionnaires, les dettes, de financer les infrastructures sans crédits ou aide internationale. L’Union Européenne a beaucoup investi pour un résultat nul. L’arrivée au pouvoir du Hamas a encore un peu plus isolé ce pays. Les sanctions économiques qui ont été prises par l’UE et les États-Unis devraient être bientôt levées, mais pour quoi faire ? Si tout ce qui est fait doit être systématiquement défait, comment sur le long terme permettre le développement de ces territoires ? Le développement durable est pour ce pays un enjeu critique.

    Aller vers où ? Tant que Gaza reste un enjeu intérieur pour Israël, rien ne peut être fait. Les différents gouvernements se servent de ces populations pour asseoir leurs positions intérieures. C’est un peu comme si nos gouvernements bombardaient la Corse à la moindre crise politique. C’est facile, efficace mais heureusement dans le cas de Gaza, ça semble marcher de moins en moins bien. Les partisans de la paix avec ce micro-État sont nombreux, les enjeux de politique intérieure semblent mieux posés, bref Israël commence à ressembler à une démocratie. Sans ça, pas de vie décente à Gaza.

  • Blog-Tone du 12 septembre2006 : Un anniversaire spectaculaire

    Blog-Tone du 12 septembre2006 : Un anniversaire spectaculaire

    Un anniversaire spectaculaire

    Je ne dois pas être loin de la vérité en écrivant que nous avons tous un souvenir précis du 11 septembre 2001. Ce jour-là, j’ai peu travaillé, et nul n’était là pour me rappeler mes tâches. J’étais hypnotisé par le long défilé des images sur l’Internet. Mon bureau était devenu une matrice à fantasme sont je suis ressorti les yeux au ciel. Impossible de me détacher de cette vision d’un avion se jetant contre une tour. Je revois sa vitesse, l’impact et la gigantesque gerbe de métal, de verre et de fumées qui en résultait. Et puis une fois devant mon poste de télévision ce bandeau en bas de l’écran de CNN « America at war ». A partir de ce moment, tout ce que j’avais absorbé de l’événement, je le vomissais. Quelqu’un interprétait l’image à ma place, le moment de tremendum perdait sa religiosité pour devenir un objet-là. La séparation induite par ce discours a suscité tout le reste des événements.

    La période qui a suivi cet événement fut intellectuellement très pauvre. Tout le monde présentait les images comme des discours. Rien ne parlait plus qu’elles. L’iconodoulie faisait des ravages, l’image devenait sacrée. De plus, elles se multipliaient, de nouveaux témoignages visuels arrivant sans cesse ; la machine s’emballait. Seuls les prêtres des média étaient autorisés à disserter, à dire l’image, à dire son discours inhérent. Tout cela aboutissait à la reprise du « Grand Jeu » et la deuxième destruction de l’Irak. La route des Indes passait par New-York !

    Juste en passant, Peter Gabriel écrivait une chanson sur cet événement dans laquelle il chantonnait : « So well, pretend it’s all well conceived, Build solid as steel, stuff we believe. Now he’s gone. Ian is gone, his time is done. » Na !

    White Ashes

    Mamma’s little boy has fallen down,

    Mamma’s little boy has hit the ground.

    Now he’s gone, Ian is gone, ?his time is done.

    The weight of a dream ?can take you down.?

    White, white ashes, building crashes down.?

    So well, pretend it’s all well conceived,

    Build solid as steel, stuff we believe.

    Now he’s gone. Ian is gone, ?his time is done.??

    The weight of a dream can bring you down.

    The weight of a dream can bring you down.

    White, white ashes, building crashes down.

    White, white ashes, building crashes down.

    Mamma’s little boy, doing good.

    Mamma’s little boy did all he could.

    Now he’s gone, Ian is gone, time is done.

    The weight of a dream can bring you down.

    The weight of a dream can bring you down.

    White, white ashes, building crashes down.

    White,

    Peter Gabriel, Album : OVO : Millennium Show

  • Blog-Tone du 10 septembre2006 : Individualisme + Complot

    Blog-Tone du 10 septembre2006 : Individualisme + Complot

    Individualisme

    En novembre 1914, lors d’une conférence à l’École des Pairs, le Science Po japonais, Sôseki exposait ce qu’il entendait par individualisme. Ne pouvant aborder de front un sujet aussi sensible dans le Japon de l’époque, il multipliait les digressions, les apartés, et les bons mots. Et quand il s’est agi de rentrer dans le vif du sujet, il a évoqué un point crucial que l’on a tendance à oublier : l’individualisme est une question de moyens. Lui-même ne pouvait affirmer son individualisme que parce qu’il était un intellectuel mondialement reconnu. Parce qu’il avait acquis les moyens de son indépendance, parce qu’il avait un certain pouvoir. La grande question politique du Japon de l’époque était celle de la puissance de l’État. Grâce à sa victoire contre la Russie, le Japon était devenu une puissance régionale qui pouvait rivaliser avec les grands Empires occidentaux. Mais le modèle occidental jusqu’alors imposé par l’État ne convenait plus à la classe dirigeante japonaise ; une fois dépassé par l’élève, le maître devenait moins respectable.

    C’est donc la constitution d’une voie japonaise de développement qui se jouait. Sôseki voyait, avec inquiétude, la classe dirigeante prendre un pli militariste. C’était pour lui un dilemme moral : il vaut mieux en temps de paix développer la morale individuelle qu’une prétendue morale d’État. De fait, il abordait la question de la réussite individuelle, acquisition de l’indépendance de l’individu par le pouvoir et l’argent, sans une seule fois s’intéresser aux conséquences sociales de l’apparition d’une bourgeoisie nationale indépendante. La question de l’État n’est qu’une question morale. Celle de l’individualisme une question de pouvoir. Nous retrouvons cette même rupture pendant la République de Weimar. La constitution d’un nouveau corpus idéologique se fait contre l’État ante, laissant cette coquille vide prête à servir un groupe constitué d’aventuriers.

    Depuis la grande rupture libérale des années 80, nous sommes entrés dans une configuration équivalente à celles évoquées. La classe dirigeante est en train de créer un nouveau corpus idéologique dont la fonction est de détruire ce que l’on appelait l’État providence. L’État doit seulement assurer la paix sociale et garantir la liberté des grandes entreprises. Comme les citoyens de la Grèce antique les nouveaux citoyens ne seront plus qu’une poignée, face à une multitude de serviteurs et d’allogènes sans droits. La maîtrise de l’appareil d’État est l’affaire de quelques individus, en d’autres mots, l’État est à prendre. La démocratie risque de connaître quelques temps difficiles. Une nouvelle raison de rester vigilants.

    Complot

    Je viens de m’en rendre compte. A force de disserter sur les classes dirigeantes et l’Empire, il est possible en me lisant, que germe l’idée dans l’esprit du lecteur qu’il existe un genre de complot d’un petit groupe d’obscurs multimilliardaires qui aurait comme but de faire main basse sur les richesses de la planète. Groupe organisé et cohérent qui a un projet unique. Evidemment, rien de tel n’existe. C’est une vision hollywoodienne du monde. Ce que mon professeur de Sciences Politiques appelait le syndrome E.T., la fameuse poupée de Frank Oz. Cela équivaut à chercher hors champ les mécanismes qui régulent ce champ. En prenant parfois l’entreprise comme exemple, j’essaie de comprendre certains mécanismes transversaux par analogie. Ce qui se joue dans un service c’est peu ou prou ce qui se joue dans un parti politique. Les capitaux sont rares et les acteurs pléthoriques.

    Cette théorie du complot fait hélas de nombreux dégâts. Il est plus facile de penser une entité pétrifiée qu’un groupe en mouvement, de disserter sur des objets morts que sur du vivant. Réifier « les chômeurs », c’est plus simple que de comprendre la fonction de « l’armée de réserve ». On comprend mieux pourquoi Sarkozy oblige les immigrés sans papiers à ne rien réclamer quand on sait que cette main d’œuvre permet aux grands groupes du BTP de réduire leurs masses salariales. Il n’y a pas de complot là-dedans, mais des mécanismes que l’on peut observer, comprendre et au final dénoncer. En fait j’essaie à présent d’appliquer ce que j’avais lu et réorganisé pour faire mon mémoire sur l’aliénation.

    Car il s’agit de cela, d’aliénation. En ne cherchant pas à comprendre ce qui nous arrive, nous acceptons qu’une partie de notre vie soit aliénée, nous soit étrangère. Certaines paranoïas ou conduites schizoïdes que j’observe au quotidien à mon bureau sont le fait du travail tel qu’il est organisé. Ce sont des petits flashes, mais ils expriment l’étrangeté du salarié. Comment peut-on supporter d’endosser tous les jours un habit qui n’est pas le sien et ce pendant plus de sept heures par jour ? Pas de complots, mais des mécanismes.

  • Blog-Tone du 7 septembre 2006 : Classe dangereuse

    Blog-Tone du 7 septembre 2006 : Classe dangereuse

    Classe dangereuse

    L’idée de Nation a perdu de son efficacité. A son évocation, les foules ne se déplacent plus. La classe dirigeante n’en a plus l’usage, elle est simplement gardée au chaud, au cas où. Elle est devenue d’autant plus inutile que la constitution de groupes industriels mondiaux (Finance, Utilities, Industrie lourde…) est devenue nécessaire. La nouvelle classe dirigeante mondialisée a besoin de revenus plus élevés pour asseoir son pouvoir sur le plus grand nombre. Dans cette course, la classe dirigeante française est très en retard, car elle est restée très nationale. Elle ne joue que depuis peu le jeu européen, mais elle veut garder la main sur la majorité des revenus générés par les grandes fusions en cours. D’où ces débats un peu obscurs sur Enel/Suez, Arcelor/Mittal ou Euronext/Nyse. Mais elle apprend.

    La classe dirigeante turque est, elle, issue de l’armée en grande partie, et de ce fait il est plus difficile pour des investisseurs étrangers de s’imposer dans les entreprises turques. Mieux vaut, pour la classe dirigeante européenne, faire de la Turquie un genre d’arrière-cour pour touristes ou un gisement de main-d’œuvre à bas prix. Et accepter de payer des prébendes aux factions locales.

    L’Empire n’est pas toujours limité aux nationaux. L’Empire romain a presque définitivement décliné quand les bourgeoisies allogènes se sont imposées dans le pouvoir central et que les citoyens romains sont devenus des citoyens de l’Empire comme les autres. C’est ce qui est en train de se passer aux Etats-Unis. Un quart des multimilliardaires dans le monde ne sont pas américains. On peut voir en eux des gouverneurs locaux mais dans la perspective de la création d’Empires « décentralisés » certains ont pris de l’avance. Les 100 premières entreprises chinoises représentent 80% du PIB du pays quand en France 1% de la population possède 13% du PIB. L’Empire repose sur une société inégalitaire, en gardant ceci en tête il est plus facile de reconnaître nos ennemis.

  • Blog-Tone du 6 septembre 2006 : Europa

    Blog-Tone du 6 septembre 2006 : Europa

    Europa

    Lorsque l’on jette un œil sur le devenir des Empires, on s’aperçoit qu’ils ont quelques caractéristiques communes : un territoire immense, une classe dirigeante très réduite et un état de guerre permanent. Ces Empires se sont constitués grâce à une nouvelle idéologie très dynamique qui permettait la soumission du plus grand nombre à un petit groupe constitué. Les États-Unis ne sont devenus Empire que par la volonté de la grande bourgeoisie industrielle du Nord Est qui instrumentalisa un courant religieux très vivace chez les premiers américains d’Europe. En quelque sorte, ils ont créé une Union de la Forge et de la Foi. Nous pouvons appliquer ce schéma aux autres Empires : Soviétiques, Romain, Chinois… à quelques nuances près.

    Actuellement, l’Empire américain domine seul malgré l’émergence d’un Empire chinois et la réémergence de l’Empire Russe. Ces trois grands se toisent pour le moment sans jamais s’affronter directement. L’Union Européenne devra régulièrement choisir vers quel Empire se tourner. Pour l’instant, la question ne semble pas se poser. Pourtant Emmanuel Todd dans « Après l’Empire » s’interroge sur la permanence de ce statu quo, sur l’appétit de l’Empire américain et surtout tente de penser la position de l’Europe dans ce nouveau concert des nations, si proche du sommeillant ogre russe.

    Le devenir-Empire de l’Europe ne doit pas être un espoir. Pourtant, c’est quelque chose qui titille notre classe dirigeante et qui apparaît dans certains débats comme celui sur la Turquie où la recherche de l’unité imaginaire de l’Europe a comme finalité l’émergence d’une classe dirigeante cohérente et unie. Heureusement, il y a encore du boulot mais les différents regroupements économiques et la création d’un grand Board économique sont un pas dans cette direction.

  • Blog-Tone du 31 août 2006 : Chômage

    Blog-Tone du 31 août 2006 : Chômage

    Chômage

    La tension monte. Pour contrer le grand mouvement social en préparation, le gouvernement multiplie les effets d’annonce. Après les chèques transport pour les fonctionnaires, les allègements fiscaux pour les TPE, l’augmentation de la prime pour l’emploi, nos gouvernants se réjouissent de la baisse du chômage du mois passé. Et pourtant, à chaque fois, c’est un mensonge de plus. Le chèque transport ne verra jamais le jour, les allègements fiscaux sont critiqués par les argentiers en chef du parlement, qui ne comprennent pas non plus comment sera financée la hausse de la prime pour l’emploi. Quant à la baisse du chômage, nous savons tous ce qu’elle représente réellement.

    Malgré tout, les ministres font la queue pour montrer leurs bouilles dans les rédactions et se faire interviouver par des journalistes chaponnés par des employeurs qui composent une partie appréciable de la classe dirigeante. Je me demande parfois pourquoi s’obstiner à lire la presse, regarder la télé ou écouter la radio quand on sait comment tout ce petit monde fonctionne. Le but de la manœuvre étant d’éviter qu’une large couche de la population ne sombre dans le désespoir et ne prenne conscience de ses conditions de vie objectives. L’illustration que la politique n’est que la réification des rapports sociaux.

  • Blog-Tone du 30 août 2006 : Dialectique

    Blog-Tone du 30 août 2006 : Dialectique

    Dialectique

    Voilà un petit outil passé de mode mais qui reste très pratique et très efficace. Je lis tous les jours dans la presse des articles sur des objets morts, des concepts inertes, des institutions pétrifiées. Medef, Etat, Nation, Parti Socialiste… tous ces mots ont été coupés de leurs « réalités », se sont pétrifiés pour ne plus être que la définition communément admise par leur usage. La faute est partagée. Il est plus facile pour le Parti Socialiste d’être un sigle identifiable sur l’échiquier politique par les personnalités qui le composent qu’être la Section Française de l’Internationale Ouvrière défendeur des droits des prolétaires et gestionnaire des crises du capitalisme au mieux des intérêts des ouvriers. En plus ça fait vieillot.

    Il faut remettre du mouvement dans ce vocable empesé, trouver les contradictions inhérentes à la fonction qu’il désigne pour lui rendre sa place historique. L’organisation du parti ne permet pas un tel mouvement actuellement, avec les adhésions en masse le processus de pétrification s’est même accéléré. La crise du 21 avril l’a tout juste un peu ébranlé. Cela donne une vague idée de l’énergie qui doit être dégagée pour la renaissance de la SFIO. J’avais espéré un éclatement, rien de tel n’est advenu. Il faudra hélas compter sur une repolitisation de la direction de ce parti pour qu’il se retrouve. Ou « espérer » une déflagration sociale. Bref apporter de la contradiction dans ce qui paraît monolithique. Ce qui est la fonction même de la dialectique.

  • Blog-Tone du 29 août 2006 : La Rochelle

    Blog-Tone du 29 août 2006 : La Rochelle

    La Rochelle

    Il était évident que des coups se préparaient à La Rochelle, que des comptes allaient se régler, des débats s’enflammer et les discours se multiplier. On en a eu pour notre argent : entre les larmes contenues de M. Jospin, les envolées de M. Hollande, le silence obstiné de Mme Royal et les moues agacées des autres prétendants à la course au trône, on avait le choix. Mais le coup est venu d’ailleurs. Irrités par le tohu-bohu engendré par l’Université socialiste, la droite de gouvernement lançait son offensive. Dès dimanche, entretien avec M. Borloo, puis intervention le lendemain de M. Chirac et de M. de Villepin. M. Sarkozy et M. Breton quant à eux glissaient leurs noms dans les espaces encore libres. La Rochelle assiégée devait être plus tranquille.

    Cette guerre de position médiatique devient lassante. Ces gesticulations fatiguent la vue et une nouvelle fois ne sont là que pour détourner le regard de ce qui est vraiment important. La patronne du Medef encourageait ce matin les français à accepter un peu mieux le système économique actuel, car un effort est nécessaire selon elle. Les revenus réels d’une large couche de la population française sont en baisse. Le chômage des jeunes est galopant. Un grand mouvement de revendications est en train de s’amorcer dans la fonction publique. Bref, la situation sociale est très tendue. Alors un peu de poudre aux yeux…

  • Blog-Tone du 24 août 2006 : L’autre corps

    Blog-Tone du 24 août 2006 : L’autre corps

    L’autre corps

    Il existe un risque de perdre de vue les véritables enjeux sociaux et économiques de la période que nous vivons en focalisant notre attention sur les personnes. Parler de Sarkozy et Royal, Royal et Jospin ou Tartempion et Ribouldingue, c’est une forme de renoncement à notre libre analyse de ce qui se passe réellement. On transfère une partie de soi dans un autre monolithique qui n’est en fait qu’une expression maladive de notre égo. On se repaît de cet autre imaginaire en faisant comme s’il était soi. Entendez ce qui se dit sur ces hommes politiques, le partage que l’on fait de leurs mots, de leurs prises de position, ou de ce qu’ils nous laissent voir d’eux. La pipolisation rend encore plus fort ce transfert d’être. Plus leurs corps est présent plus on s’oublie en eux.

    Or, ils sont tous à peu près aussi cons que n’importe qui. Ils sont mal fringués, ont deux idées sur un papier qu’un conseiller leur a filées, ils sont eux-mêmes non pas sujets mais objets d’autre chose. Il faut les écarter de notre champ de vision pour avoir enfin une idée des forces qui les manipulent. Comme dans la caverne de Platon. Mais c’est plus facile de parler de ces gens-là, que de ce qui est vraiment en train de se jouer en ce moment. Non pas que les hommes politiques se valent tous, mais il ne faut pas s’aveugler dans la contemplation de leurs personnes.

    C’était juste une petite mise au point.

  • Blog-Tone du 23 août 2006 : Ségozy

    Blog-Tone du 23 août 2006 : Ségozy

    Ségozy

    Dans les AG du PS auxquelles j’ai participé, la grande majorité des nouveaux militants évoquaient le 21 avril. Et c’était souvent LA raison de leur adhésion. Actuellement, Mme Royal présente quelques garanties sérieuses contre un nouvel échec dès le premier tour, et sa victoire supposée au second tour face à Sarkozy est somme toute bien secondaire. Il faut exorciser cette élection.

    Se lancer dans la course à la présidence sans vouloir vraiment le poste est absurde, mais pour y arriver, il faut parfois faire preuve d’imagination. Un ticket Hollande/Royal même s’il n’est pas totalement absurde pose un problème : qui jouera le vice ? A La Rochelle ça devrait se décanter. Le Premier Secrétaire a le parti en main, mais il n’est pas seul à prendre la décision : c’est le vote des adhérents qui compte. Plus de la moitié sont nouveaux, ils ont été très sollicités par les divers courants du Parti, dans ce brouhaha (les mèls se multiplient actuellement) les votes iront vers le candidat qui proposera le plus de garanties contre… un nouveau 21 avril.

    C’est un raisonnement un peu tautologique (doux euphémisme) mais je vois mal une armée de nouveaux adhérents arriver avec la volonté de soutenir un courant plutôt qu’un autre, le plus simple c’est de voter pour la direction. Sarkozy a appliqué ce raisonnement à l’UMP et d’autres avant lui (Mao, Staline, Hitler, César, etc.). Et ça marche !

    C’est ce constat qui m’a fait penser au ticket légitimiste Hollande/Royal.

  • Blog-Tone du 22 août 2006 : Ségolène

    Blog-Tone du 22 août 2006 : Ségolène

    Ségolène

    Assez tôt, j’ai eu l’impression que Mme Royal roulait pour quelqu’un. Femme politique bien implantée au Parti Socialiste, elle manquait pourtant de soutiens. En sortant du bois avec fracas, les ralliements se sont multipliés. Mais à mon sens, c’est un peu faute de mieux. Il est de tradition au Parti Socialiste de désigner comme candidat légitime le Premier Secrétaire, qui est également (sauf crise) le représentant de la motion majoritaire (amalgame de plusieurs projets). François Hollande, malgré une longévité rare à ce poste n’arrive pas à « fédérer » les énergies autour de lui. En d’autres mots, Flanby ne fait pas rêver. D’où à mon sens un deal avec sa compagne qui deviendrait la fédératrice des courants légitimistes au sein du parti. D’ailleurs, seuls les représentants des grands courants sont encore dans la course à l’investiture. Pas de candidats très minoritaires, pas de courants alternatifs, bref, que du lourd.

    Et puis, il y a le cas Jospin. En se mettant en réserve, il oblige ses soutiens à se dévoiler, à travailler pour lui. Sa garde rapprochée est ancienne, et il fut un temps pléthorique, mais toujours solide et bien implantée dans parti, et quelques éléphants pourraient, avec le temps et faute de mieux, rallier la cause de l’ancien premier ministre. Se mettre en réserve c’est également s’enfermer dans une logique de dernier recours très risquée. Avec une Ségolène populaire à ses côtés, François Hollande pourrait faire la nique à tout ce beau monde. Et sans avoir l’air d’y toucher.

    Plus c’est gros…

  • Blog-Tone du 21 août 2006 : Courriels

    Blog-Tone du 21 août 2006 : Courriels

    Courriels

    Depuis quelques temps, les journaux économistes se font l’écho d’un mal qui ronge les entreprises : les mèls tout pourris. Cela n’a rien à voir avec les pourriels et autres junk mails, ce sont des mèls mal écrits, envoyés aux mauvaises personnes, au mauvais moment, en trop grandes quantités… Bref des mèls mal adressés. Chaque jour je dénombre dans ma boîte Outlook une cinquantaine de mèls. La plupart sont des mèls à caractère informatif, qui m’alertent sur l’arrivée d’un article dans une revue, d’un retard d’envoi… ce sont des mèls automatiques, très utiles pour qui sait les lire. Une dizaine sont des mèls de clients qui demandent une chose, ou une autre, ou deux choses différentes à des intervalles réduits. Déjà dans ceux-ci, quelques fautes apparaissent, des oublis, des accords dissonants, c’est gênant. Mais ce sont les clients. On n’a pas à être bien habillés quand on va acheter son pain. Par contre les mèls envoyés en interne (une poignée seulement heureusement) cumulent les tares mentionnées plus haut.

    Quand une petite main du service adjacent fait des erreurs, ou oublie les formules de politesse consacrées, ou encore joue un jeu dangereux avec la grammaire, ça passe. Ce sont des mèls informatifs qui ne dérangent que les puristes. Quand un collègue fait les mêmes fautes, c’est plus difficile à accepter. On est dans le même bain, et savoir qu’un égal (en termes hiérarchiques) a un usage si alternatif du français, c’est dur pour l’égo. Heureusement, ces tares éclatent dans les mèls des supérieurs. C’est une joie pour quelques uns d’entre nous de dénombrer les fautes d’orthographe, d’accords, de grammaire, de lister les personnes non concernées dans A ou CC. Que de telles maladresses existent au-dessus fait réellement plaisir. C’est un baume pour l’égo, on peut laisser aller notre mépris, ironiser. On sourit en pensant qu’un client tatillon (et puissant) pourrait lire un tel mèl et se moquer de celui dont on ne peut dire du mal que de dos. C’est puéril, mais ça soulage. Et ça, ils n’en parlent pas dans la presse économique.

  • Blog-Tone du 18 août 2006 : Liban

    Blog-Tone du 18 août 2006 : Liban

    Liban

    Ce pays me fait plus penser aux « Reyes de Taïfa » andalous qu’à un État-Nation moderne. Confetti de peuples dans un espace réduit, une histoire riche qui les unit, et toujours cette fonction de plaque tournante. Le Liban est un centre, un nœud historique, géographie, humain, religieux et économique. De nombreux Empires se sont disputés ce lieu depuis les phéniciens : Grecs, Romains, Arabes, Ottomans, Britanniques… Les accords Sykes-Picot et la déclaration Balfour ont presque définitivement oblitéré toute chance de voir un jour naître un Liban indépendant. Israël, la Syrie et à présent l’Iran veulent mettre la main sur l’eau et la finance libanaise. On pourrait évoquer d’autres enjeux : accès à la méditerranée, sécurité des frontières… mais il me semble que les enjeux immédiats sont pour ces trois puissances régionales des enjeux intérieurs. Ces opérations extérieures permettent de masquer, un temps, les crises économique et sociale qu’elles traversent. Une bonne guerre pour rassembler un pays autour de ses dirigeants, et qu’aucune tête ne dépasse !

    En toute honnêteté, je ne vois rien de religieux dans tout ça. Peut-être le silence de la presse sur les vrais raisons de ce conflit.

  • Blog-Tone du 17 août 2006 : Procédure

    Blog-Tone du 17 août 2006 : Procédure

    Procédure

    Depuis près d’un an, les salariés de l’entreprise dans laquelle je travaille sont constamment ennuyés par un mal qui atteint les structures pétrifiées : la procédure. Ce mal est ancien, il touche toutes les institutions qui ont perdu de vue leur véritable raison d’être, qui ont proclamé leur indépendance de leur milieu. Dans le cas qui m’intéresse, ces procédures pourraient devenir un moteur d’évolution intéressant pour les salariés, elles pourraient faciliter nos tâches, alléger notre travail. Mais voilà, elles ont été proclamées par une instance trop lointaine, qui ne fait qu’effleurer la réalité de notre travail, sa réalité quotidienne, celle qui casse les articulations, brise les dos et affaiblit notre vue.

    Il faut faire ceci de telle façon, puis cela d’une autre manière, quand un contrordre n’arrive pas entre temps. Les buts nous sont connus, à peu près, mais l’absurdité des moyens rend ces buts absurdes. Pourtant il est nécessaire de les atteindre sans quoi c’est notre travail qui en pâtira. Mais si c’est au prix auquel nous le payons actuellement, qu’ils aillent au diable ! Et hélas les responsables objectifs de nos malheurs n’en seront jamais inquiétés.

    Alors, brisons nos doigts, nos dos…

  • Blog-Tone du 16 août 2006 : Le grand-chose

    Blog-Tone du 16 août 2006 : Le grand-chose

    Le grand-chose

    Depuis quelques temps, je suis devenu sensible aux petits riens. Que ce soit dans ma vie ou dans mes pérégrinations culturelles, ils ont pris peu à peu une place importante. Des petites touches de vie, une couleur, un bruit, un mot, un geste, une expression, ils forment en s’agrégeant quelque chose d’impressionniste, indéfinissable au premier abord, mais qui a du sens quand je prends un peu de distance. Ce n’est pas si nouveau pour moi, mais avec autant de force, jamais.

    Ces messages physiques, je les perçois mieux aussi parce que j’ai appris à y prêter attention. Mes lectures m’ont beaucoup aidé à les apprécier, des rencontres m’ont obligé à y être attentif, mais surtout ma nouvelle disponibilité me rend plus curieux de ce qui est alentour. L’acquisition du sens de la découverte se fait un peu contre soi, en tout cas contre ses évidences, il faut ouvrir un chemin à la théorie des petits choses, les laisser circuler en soi et ressentir leur force cumulée. Les petits riens, comme un Léviathan, finissent par constituer un grand-chose capable de mouvoir, de faire faire. Un premier moteur.

  • Blog-Tone du 14 août 2006 : Retour

    Blog-Tone du 14 août 2006 : Retour

    Retour

    Dans l’air du temps, le retour fait un come-back. Les vacances s’achèvent, la campagne pour les présidentielles est déjà bien entamée, la saison sportive bat son plein, bref les occasions de retours sont nombreuses. Mais tous les retours se valent-ils ?

    On peut faire des retours avec beaucoup de choses : un départ manqué, une guérison, un cycle qui s’achève, un investissement rentable, une animation… chaque fois un retour différent est en jeu. Avec un bon retour, un chanteur peu mieux placer sa voix, un gérant habile peut espérer un bon retour sur investissement, un vacancier qui veut profiter au maximum de ses vacances peut s’attendre à un retour difficile, un sportif qui recouvre ses capacités un retour triomphant, et un homme politique qui est parti un peu précipitamment, un retour délicat.

    Dans mon cas, le retour s’est bien passé. Un train vide, une actualité insignifiante, et malgré un temps pourri, le plaisir de retrouver mon quartier, ma maison. Et puis l’idée que tout le temps que la presse libère pourrait être mieux utilisé.

    D’où ce petit blog de retour.

  • Blog-Tone du 12 Juillet 2006

    Blog-Tone du 12 Juillet 2006

    Coupé du Monde

    Après celle de Corée du Sud, c’était peut-être la coupe du monde la plus fliquée. La grand peur des autorités était le Hooligan. Figure mythique, presque sacrée du monstre intouchable, craint et détesté, souvent issu de l’ancienne classe ouvrière, donc deux fois sale. Le hooligan était prié de rester chez lui, interdit d’entrée dans le cercle magique du stade.

    Dans l’enceinte, tout est ritualisé. Le spectateur est contrôlé, encadré, il doit respecter des règles strictes de bienséance et est prié de participer à la Grand Messe qui se joue en contrebas sur la pelouse. Là, deux groupes de mages parés de couleurs spécifiques s’affrontent sous le contrôle d’un prêtre sachant les écritures et seul capable d’interpréter les signes. Il a droit de vie et de mort sur les participants. Gardien et juge, il porte une tunique sacré que nul ne peut toucher. Il est l’œil qui voit tout, il est impeccable.

    Quand les hooligans participent à ce rituel, ils font entrer le profane dans l’enceinte sacrée. Ils sont le monde contre la règle, l’attache physique des équipes. Chose insupportable quand les nations sont censées s’affronter dans une parodie guerrière, ils sont le corps présent, celui qui touche, qui réalise l’affrontement. Le hooligan n’a pas sa place dans le spectacle de l’affrontement.

    Alors quand tout à coup la réalité des corps des joueurs apparaît, la parodie se mue en tragédie. Miasmes, saignements, fractures, coups… tout ceci inquiète le spectateur, lui renvoie l’image de son propre corps meurtri, fatigué, sale. Le dégoût exprimé dans ces moments est mystique, extatique. Les muscles se raidissent, le visage se déforme, l’effroi s’incarne. Qu’elle apparaisse sur le terrain ou dans les tribunes, cette présence du corps est condamnée moralement ou physiquement. Dans les tribunes, ce sont les autorités civiles qui interviennent, sur le terrain, les autorités sportives. Un corps brisé n’aura pas les mêmes droits.

    Alors Zidane. Que penser de ce geste soudain entrevu par les seules étranges lucarnes ? Mille fois condamné, il reste un geste d’homme, la négation de ce qui régit le combat dans l’arène. Il impose le corps là où il n’y a que des symboles. Une fois son nom écrit sur l’ostracon, il est rejeté dans le monde, banni de l’assemblée. Il n’arrivait pas à partir seul, ce geste le condamne enfin à ne plus revenir. Il réalise le souhait de n’être plus que soi.

  • Blog-Tone du 10 Juillet 2006

    Blog-Tone du 10 Juillet 2006

    C’est enfin terminé !

    Après quatre semaines de football non stop, de lecture acharnée de l’équipe, de revisionnage des matches sur Internet, de longues discussions méta footballistiques, je peux enfin me détendre et reprendre le cours des choses comme si de rien n’était. Il n’est pourtant pas possible de ne pas dire au moins un mot sur ce dernier match.

    La « divine surprise [1] » de la qualification de l’équipe de France pour la finale a pu laisser croire un instant que les pouvoir vaudous supposés de son sélection avaient des effets réels. La magie de ses incantations [2] a payé malgré l’évidence de l’indigence de l’équipe, de ses joueurs et de son sélectionneur. Après les matches contre des « petites équipes [3] », dont il faut dire qu’elles n’existent plus, le niveau relatif des « Bleus » s’est élevé, incontestablement. Il fallait trouver une raison à cela, la presse nous la livrait en pleines pages, le préparateur physique. Comment des joueurs aussi vieux [4] pouvaient-ils tenir ce rythme ?

    Et puis il y eut l’engouement. J’ai lu des éditos enflammés qui peu avant envoyaient au bûcher les mêmes hommes, le même système de jeu, la même équipe [5]. Pierre Ménès [6] avouait que l’équipe qui gagne a toujours raison. Ne serait-il pas bon de reprendre les critiques là où elles ont été laissées ? Car la France jouait peu ou prou comme l’équipe Grecque durant l’Euro 2004, un jeu fermé, défensif, qui envoyait dans les pattes des défenseurs adverses des attaquants faire-valoir dont la seule fonction était de gêner le travail de relance adverse et de piquer des sprints en contre-attaque. Cohn-Bendit avait honni le sélectionneur et demandé qu’il ne soit pas celui de la Mannschaft.

    Qu’à cela ne tienne, il s’est réincarné en Raymond Domenech. A la différence près qu’il avait sous la main pléthore de joueurs de talent. Passons sous silence les douloureux matches de préparation, le choix final [7] et le rocambolesque retour de Zidane et consorts. Allons droit au but.

    France-Italie, finale de la coupe du Monde organisée par l’Allemagne, 09 juillet 2006. J’étais partagé. J’ai un peu d’Italie sur moi, un peu de France partout ailleurs. J’ai joué la provocation en pariant la victoire des Azzuri. Et puis Marcello Lippi c’est autre chose. Le match est fermé, comme prévu malgré, une ouverture précoce du score d’une superbe Panenka de Zidane. Vient l’égalisation italienne [8] . Puis le match s’emballe, l’équipe de M. Coach [9] pratique un jeu ouvert qui dérange l’équipe italienne. La tension monte. Les prolongations sont entièrement bleues. Et puis. Et puis… Le coup de tête sur Materazzi. De la gloire à l’ignominie commentent certains journaux. En fait, on nage dans la tragédie biblique, le rédempteur qui sombre dans le gouffre, Moïse qui s’arrête aux portes de la terre promise.

    Domenech dans la peau d’Aaron. Et Ribéry dans le rôle de Josué ?

    Notes

    1. Maurras

    2. « Rendez-vous le 9 juillet »

    3. Le même Maurras parlait de « Pays inutiles »

    4. On se calme, depuis quand 34 ans c’est vieux ?

    5. C’est un trois temps très prisé par Péguy

    6. Son blog sur Yahoo ! était d’une violence hallucinante, et le retour des lecteurs après les 8ème pires encore…

    7. Ou le non choix…

    8. Un ami râlait que quand on mène 1-0 en finale de coupe de Monde, on garde le score.

    9. Ses joueurs ne l’appellent que comme ça…

  • Blog-Tone du 7 juin 2006

    Blog-Tone du 7 juin 2006

    Laurent qui ?

    Laurent qui ?

    Je suis affligé. Pourtant je n’attendais pas grand-chose de ce meeting. Mais avoir si peu ! Hier vers 20h30, dans un gymnase du 14ème arrondissement de Paris, les aficionados de Laurent Fabius se réunissaient pour communier ?, c’est un peu excessif, pour voir et entendre leur favori et, le cas échéant, emmener avec eux quelques nouveaux adhérents afin qu’ils adhèrent une nouvelle fois mais cette fois-ci au comité de soutien de Laurent Fabius pour la candidature à la candidature.

    Il est arrivé avec un peu de retard. Car ce jour était celui de la constitution du programme du Parti Socialiste pour 2007. Son entrée dans le gymnase ne se fit pas dans la liesse générale, quelques applaudissements, un peu plus nourris dans les premiers rangs, et c’est tout. Le calme vint vite. Le maire du coin prenait alors la parole. Il remerciait les militants et les adhérents venus en nombre, il accueillait M. Fabius et les élus présents par des paroles aimables. Rapidement il évoqua la candidature de l’ancien Premier Ministre en insistant sur l’importance du débat interne etc. Puis il invita l’éminent membre du Bureau National à s’adresser à la foule et aux journalistes, peu nombreux, présents.

    Il prit donc la parole non sans avoir soufflé un « c’est à moi ? » un peu étonné. J’attendais d’un homme politique de cette envergure, ou en tout cas avec un tel curriculum vitae, un discours éclatant, plein de finesse, d’élégance, parsemé d’envolées ou que sais-je encore.

    Ces premiers mots furent des mots d’excuses pour son retard, le justifiant par le fait qu’il sortait d’une réunion importante. On s’en doutait. Puis il entama le corps de son discours. Une attaque du programme de M. Sarkozy. Normal, le maire de Neuilly étant le candidat « naturel » de la droite. Mais son argumentation était plus que douteuse. Il présentait le programme de la droite en trois mots : précarité, communautarisme et atlantisme. Dit comme ça, c’est un peu dur à comprendre, une fois explicité c’est inaccessible.

    Autant le premier terme, je voyais à quoi cela faisait référence, autant les deux autres… Je ne vais pas reprendre la totalité de son discours. Il opposait à ces trois termes son programme : économie solidaire, république et laïcité et Europe et internationalisme. Cela ressemblait à un devoir d’un élève moyen de Science Po. Le pire arriva peu après. Il affirmait qu’il ne fallait pas se battre sur le terrain de la droite (suivez mon regard) mais sur nos principes et nos valeurs (principes et valeurs socialistes supposais-je malicieusement). Après avoir développé longuement une argumentation peu convaincante sur sa réponse au programme de la droite, dire ça, c’est faire preuve d’un sacré culot. Le tout accompagné de moulinets et de petites envolées signalant qu’il fallait applaudir. Mes bras croisés commençaient à s’engourdir.

    Bien évidemment, le programme concocté par le Parti était largement inspiré de ses idées, donc il était le mieux placé pour le défendre, donc… Ces derniers mots furent largement applaudis. Commençait alors la série des questions de la salle. Inutile de s’étendre là-dessus. Une pourtant fut pour lui l’occasion de revenir sur son passé, pourquoi il était socialiste, s’il avait changé. Pour un homme repéré par Mitterrand et qui fit toute sa carrière uniquement grâce à lui, l’homme est bien peu charitable. François M. ne fut pas cité une fois.

    Je sortais de ce meeting de deux heures un peu fatigué. J’avais écourté ma nuit pour l’écouter. J’attendais un étalon de la politique, j’ai vu une rosse. Après tout, ces meetings ne sont pas inutiles. J’espère pouvoir assister à ceux des autres éléphants. Mais j’ai peur de ce que je vais y voir et entendre. Sitôt adhérent, sitôt détaché.

  • Blog-Tone du 6 juin 2006

    Blog-Tone du 6 juin 2006

    Sur Clearstream (reprise du précédent)

    Depuis quelques mois, nous entendons, nous lisons, nous parlons Clearstream. Les tenants et aboutissants de cette affaire sont nombreux et obscurs et nous ne retenons de tout ceci que l’écume, qui par ailleurs est juste : ce gouvernement est corrompu. Nous focalisons notre attention sur les conflits de personnes, les petites « combinazioni » et parfois, juste comme ça, ce qu’est la société Clearstream est discuté.

    Clearstream est une société de règlements-livraisons et une chambre de compensation. Elle appartient à la Bourse de Francfort. Elle permet des échanges rapides et simples de titres, de capitaux… Ces échanges sont soldés à terme (sur une période donnée), sont garantis, puis les titres, options… achetés sont envoyés aux clients. C’est un rouage fondamental de la bourse ; les échanges de titres ne se font pas par l’opération du saint-esprit. Et ces opérations « Post-marché » coûtent très cher selon une étude de la Commission de Bruxelles. Les marges générées par Clearstream en ont fait la vache à lait de la Bourse de Francfort.

    Depuis quelques années, nous assistons à des regroupements boursiers régionaux sur tous les marchés. Euronext (France, Pays-Bas, Belgique, Portugal et Londres), Deutsche Börse (Francfort), LSE (Londres), NYSE (New York), CME (Chicago) etc… grâce à ces bourses, il est possible de tout coter : actions, matières premières, dettes, valeurs monétaires, émissions de CO2… Certaines se sont spécialisées, mais la plupart touchent un peu à tout. Euronext par exemple cote des entreprises, mais au travers du LIFFE (marché des dérivés de Londres), elle permet l’échange de produits dérivés. Ces derniers sont le plus souvent des options sur l’achat d’un titre, par exemple je place une option d’achat sur un titre s’il atteint telle cote à telle date, et cette option, je peux l’échanger… Il est possible de multiplier ce type de produits : actions, valeurs monétaires, matières premières…

    *

    Les grands regroupements boursiers ont commencé dans les années 90 et depuis ce phénomène s’est accéléré. Les grandes bourses mondiales se sont regroupées pour faire baisser le coût de leurs opérations en créant des « synergies ». Elles attirent ainsi plus facilement les entreprises qui cherchent des investisseurs. La bourse de Londres depuis quelques mois est celle qui a connu le plus d’introductions. De nombreuses entreprises américaines ont décidé de s’y faire coter car, depuis le scandale Enron, la réglementation comptable américaine est beaucoup plus contraignante (réglementation Sarbanes-Oxley). Ce nouvel ordre mondial oblige les grandes bourses américaines à s’intéresser aux bourses européennes, et les grandes bourses européennes à se regrouper pour se protéger.

    Ces bourses sont elles-mêmes des sociétés cotées ; elles représentent des investissements très rentables qui attirent de nombreux fonds d’investissements. Ces fonds ont des participations conséquentes dans toutes les bourses. Ce sont eux qui commandent en sous-main toutes ces opérations. Les regroupements ne se feront que s’ils y ont un intérêt. Intérêt immédiat, ou à terme.

    Les rapprochements du NYSE et d’Euronext et du NASDAQ (bourse qui cote les valeurs technologiques – New York) et du LSE est une nouvelle étape dans cette course à la taille. Les bourses américaines peuvent ainsi profiter des introductions sur les marchés européens, mais également intégrer les marchés des dérivés sur lesquelles elles sont peu présentes. Les bourses européennes devraient normalement profiter de l’immense potentiel du marché américain (moitié de l’épargne mondiale) et attirer les entreprises asiatiques et russes en mal de financement.

    Dans ce contexte, les chambres de compensation et les entreprises de règlements-livraisons ont acquis une position importante. Intégrées (Clearstream) ou indépendantes (Euroclear, Clearnet), elles deviennent le deuxième cœur du système boursier mondiale. Un peu comme chez les céphalopodes, les bourses assurent les échanges entre les investisseurs et les entreprises, et les entreprises comme Clearstream vont irriguer le système boursier de l’intérieur. L’affaire des frégates et des faux listings tombent mal pour la Bourse de Francfort, car en pleine recomposition, elle lui ôte de nombreux soutiens et rend trop visible un système « gris » qui assure une grande partie de ses revenus. La direction de Clearstream fait des pieds et des mains pour que l’entreprise Clearstream n’apparaisse plus en tant que telle dans les articles traitant de « l’affaire ». Peut-être devront-ils une fois encore changer de nom ? L’échec de l’offre de fusion Deutsche Börse/Euronext marque peut-être la fin du système européen actuel de compensation et règlements-livraisons. Après la Commission de Bruxelles qui a demandé une baisse des commissions versées, la BCE s’attaque aux Hedge Funds (fonds d’investissements), propriétaire des bourses et acteurs principaux des marchés financiers. L’AMF (autorité de régulation des marchés européens) commence elle aussi à ruer dans les brancards et demande une extension de ses compétences.

    L’affaire Clearstream ce sont plusieurs choses à la fois : reversement de commissions à différents acteurs de la vente des Frégates à Taiwan, règlements de comptes à la tête d’EADS, les faux listings mettant en cause M. Sarkozy et, par la bande, M. De Villepin, le système européen de réglements-livraisons et la place du Luxembourg (qui héberge Clearstream) dans le marché financier européen. Indirectement nous pourrions ajouter de nombreux autres enjeux, mais laissons cela à Denis Robert.

    Je me suis intéressé avant tout à la place de cette entreprise dans le ballet actuel des bourses mondiales ; il me semble que sa position devient intenable, que rapidement elle devra faire de nombreuses concessions aux régulateurs européens, à ses clients et donc rapporter moins à la bourse de Francfort, qui de ce fait en sera très affaiblie. Prédatrice, la Deutsche Börse deviendra une proie. Je suis stupéfait par le silence assourdissant des élites économiques françaises sur ce sujet, à un moment-clé du développement du capitalisme (la constitution d’un réseau boursier mondial intégré ce n’est pas rien !) seuls deux parlementaires de droite ont réagi.

  • Blog-Tone quotidien du dimanche 23 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du dimanche 23 avril 2006

    Au final à force de divaguer je peux dire avec un peu plus d’assurance, je le connais. Mais en même temps, je ne peux plus croire qu’écrire sur soi est la meilleure façon de se connaître. Il faut avoir la force de supporter la piqûre des mots sur sa peau. Je préfère laisser le temps écrire sur moi. Pour me relire, il me suffira d’un miroir. Mais dans les choses du temps qui passe, rien n’est écrit d’avance…

  • Blog-Tone quotidien du samedi 22 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du samedi 22 avril 2006

    Il n’y a pas de plus long chemin que celui qui fait le tour de soi-même. Et j’en sais assez pour dire que j’ai encore beaucoup de temps avant d’avoir la moindre idée de l’endroit vers où il conduit. D’un pas devenu plus rapide, je le longe laissant mes doigts caresser la surface rugueuse de mon existence. Quand j’y découvre une caverne à présent, je la passe, sachant qu’à chaque fois il n’y a rien de bon à y trouver. Plusieurs fois je les ai visitées, et honnêtement je pourrais sur le fronton de chacune écrire : « toi qui passe ici, n’y reviens plus jamais ».

  • Blog-Tone quotidien du vendredi 21 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du vendredi 21 avril 2006

    J’ai fait sauter le troisième sceau de mon existence et je lis tout ce qui m’est advenu sans qu’un seul instant je n’aie pu me douter que ce qu’y m’arrivait pût dépendre de moi. Je tiens cette lettre dans la paume de ma main, sur le parchemin de sa chair. Et j’entends le doux murmure au creux de mon oreille. Je t’aime.

  • Blog-Tone quotidien du jeudi 20 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du jeudi 20 avril 2006

    Un bruissement de l’espace, l’indice qu’il se passe quelque chose, qu’un pli se fait dans la distance juste à un regard de moi. Une douce ondulation de la température, une vague d’humanité qui vient m’envahir. C’est cette petite chose subtile que je n’avais plus su voir depuis trop longtemps et qui me revient comme une comptine, par l’intervertissement de deux syllabes, le doux murmure du passé. J’attends que mon corps craque, que mes jointures chantent mes souvenirs.

  • Blog-Tone quotidien du mercredi 19 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du mercredi 19 avril 2006

    J’ai oublié ce que je voulais écrire, je m’étais pourtant juré que quand une idée me venait je devais l’écrire, au moins deux trois mots-clés pour plus tard, pour quand je serai devant ma machine. Et j’ai oublié de le faire. Pourtant sur le moment, j’étais certain que c’était une bonne idée, une petite histoire comme ça, qui passe sur le dos des anges. Impossible de retrouver de quoi il s’agissait, même le plus petit début d’un quelque chose, une miette de l’idée ou la sensation de ce que ça aurait pu être. Ça ne fait rien. Si c’est si important, ça reviendra. Et pourtant je suis triste d’avoir perdu cette petite chose qui ne m’appartient pas.

  • Blog-Tone quotidien du mardi 18 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du mardi 18 avril 2006

    Depuis que je suis arrivé ici, je n’arrête pas de caresser le sol, en faisant des ronds avec la paume de ma main. Surtout autour de la table basse près des cousins sur lesquels je suis assis. Je recommence encore. Je cherche les petits riens accumulés avec le temps, les petites secondes d’inattention qui font tomber des cendres, du pain, des copeaux de parmesan. Toutes ces secondes, je les réunis par ce geste circulaire pour en faire les minutes de mon temps qui passe. Et je les jette dans le cendrier.

  • Blog-Tone quotidien du lundi 17 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du lundi 17 avril 2006

    Et si on tournait le dos ? Ben à toutes ces choses, tous les trucs-là ; tu vois bien tout ça qui n’apporte rien, tu vois le temps qu’on perd à chercher des machins dont on n’a pas besoin : tout ça quoi ! Tu ne vois pas ce que je veux dire ? Et bien regarde-toi, tous les stigmates accumulés avec le temps, il est urgent de tout laisser tomber et de reprendre ce qui n’est que toi, le toi toi. Et bien déjà commence par ne plus lever le sourcil de cette manière, il n’est pas à toi ce geste, rends-le à qui il est et retrouve le tien !

  • Blog-Tone quotidien du dimanche 16 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du dimanche 16 avril 2006

    Ne plus avoir l’œil qui me regarde, et me retrouver avec mon seul regard alentour. La solitude ça te multiplie un homme, ça lui rend tout ce qui n’appartient qu’à lui. C’est lui rendre enfin toutes ses vies ensemble, d’un seul geste. Je revois tout ce que je suis, d’avant et d’après, toujours changeant et sans jamais devoir cacher une once de ce que j’ai depuis toujours en moi. C’est la grande force de la solitude, le retour. Je profite de tous ceux que je suis. Le seul danger, c’est de n’avoir plus que ça.

  • Blog-Tone quotidien du samedi 15 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du samedi 15 avril 2006

    C’est quand la dernière fois que vous avez vu quelque chose de mort. Ce matin je rêvassais Parc Monceau, près de l’étendue d’eau juste à gauche quand vous prenez l’entrée principale, je prenais place sur un banc, un bouquin à la main, profitant des premiers soleils du printemps. Au bout de quelques pages, j’apercevais près des grilles qui empêchent les enfants d’accéder au bord de l’eau une charogne. Peut-être un reste de pigeon ? Sa chair était à nu, mais elle n’était plus sanguinolente. Une corneille décide d’en faire son festin. Son bal a duré près d’une heure, sous les regards vides de certains passants. Et je me demandais en les observant, c’est quand la dernière fois que vous avez vu quelque chose de mort ? Beaucoup l’espace d’un instant laissaient dériver leurs regards sur la chose sur le sol, marquant un silence rituel. J’ai compté une demi-douzaine de ces instants vides. C’était une bonne journée.

  • Blog-Tone quotidien du vendredi 14 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du vendredi 14 avril 2006

    Le duvet tenait dans l’espace, englué dans l’épaisseur de l’air. Des milliards de molécules l’enserraient, l’extirpant du temps. Il me semblait qu’il me regardait, espérant un souffle de ma part, juste une pichenette pour le rendre à la gravité. Je sentais qu’un simple clignement d’œil suffirait. Je fermais les yeux avec l’espoir qu’il ne serait plus. Et m’endormais.

  • Blog-Tone quotidien du jeudi 13 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du jeudi 13 avril 2006

    Je n’en peux plus de rire seul de ce que je vois. J’ai mal aux côtes, je suis tout rouge et rien ne peut arrêter ce hoquet. J’ai beau essayer de retrouver mon calme, je sens bien que quelque chose m’a définitivement échappé. Quand je ris, tout de suite mon regard va chercher au dehors quelqu’un pour partager ce moment, quelqu’un pour rendre ce moment un peu immortel ; mais rien ne vient le valider une fois pour toutes. Alors il échappe à tout contrôle et comme un cancer il fait sa propre vie jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien. Un dernier soupir et puis plus rien.

  • Blog-Tone quotidien du mercredi 12 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du mercredi 12 avril 2006

    Si en quarante jours le Christ a trouvé sa fonction historique, pourquoi toi en deux ans tu n’as même pas su qui tu étais. C’est un monde tout de même ! Tu es né à une époque où tout est possible, où n’importe qui peut devenir ce que bon lui chante et toi tu es incapable d’avoir ne serait-ce que le début du commencement de l’idée de ce que tu veux devenir. Pourquoi ? Tu dois bien y trouver quelque chose ; ce doit être voulu ! À mon sens cette indécision est ce que tu es vraiment. C’est cette voie qui est la tienne. Tu dois être indécis, c’est ta fonction historique. Ne cherche pas plus loin et assume ! Tu verras qu’à partir de ce moment-là toutes les portes que tu voyais fermées s’ouvriront comme par enchantement. Sur les milliards de chemins sur cette terre, des millions te sont réservés.

  • Blog-Tone quotidien du mardi 11 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du mardi 11 avril 2006

    Nous avons pris le parti d’en rire. Au début ce n’était pas facile, on ne rit pas de ces choses-là. Et puis, en y repensant, en relativisant, on se dit que, pourquoi pas ? Après tout ça arrive tout le temps à des gens très différents, partout dans le monde. Quand ça t’arrive à toi, c’est toujours plus dur parce que tu commences en te disant, pourquoi à moi ? Mais en fait tout ça ressemble à une immense mascarade et ce qui est écrit dans la vie d’un groupe finit toujours par s’effacer. Nous n’aurons droit à aucun historien. Et nos souffrances disparaîtront avec nos cendres. Alors passons à autre chose ! Et advienne que pourra.

  • Blog-Tone quotidien du lundi 10 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du lundi 10 avril 2006

    Il faut que j’arrête, et vite ! Il faut que je me pose pendant très longtemps, que je ne bouge plus. Et même je ne veux plus jamais bouger. Je veux rester là, assis jusqu’à la fin de tout. J’ai trop forcé, trop donné pour rien, je n’ai jamais su investir sur un terme plus long que mon bras, que ma jambe, que mon corps, jamais. Tout ça pour me retrouver encore vidé. Mais il faut que je me remplisse, il faut que je trouve quelqu’un pour me remplir pour que je puisse redonner encore, jusqu’à la prochaine étape. Je ne sais rien faire d’autre en fin de compte que donner ce que l’on m’a rendu de juste droit.

  • Blog-Tone quotidien du dimanche 09 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du dimanche 09 avril 2006

    Toute la journée je divaguai dans la ville, sans but défini, uniquement avec des étapes fixées au hasard et guidé par la seule envie de marcher encore un peu. Et peu à peu mes jambes me parurent lourdes, mes pieds endoloris, mes bras engourdis, mon dos me gênait, jusqu’à ce que mon esprit ne fut plus qu’une vaste fumisterie. À ce moment, je rencontrai quelqu’un qu’il me semblait connaître. Nous parlâmes un peu de ce que nous faisions, eh bien nous faisions la même chose mais lui n’était pas encore arrivé à mon état d’épuisement. Nous fîmes quelques pas ensemble. Je comprends à présent pourquoi je n’arrive plus à me lier à quiconque, je suis trop épuisé.

  • Blog-Tone quotidien du samedi 08 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du samedi 08 avril 2006

    J’ai beau me creuser la tête je n’arrive pas à me souvenir quand cela a commencé. Et plus j’y pense plus j’acquiers la certitude que c’était toujours là. Ça a dû commencer par petites touches, comme un tableau impressionniste, une apparition au coin de l’œil, puis par moments ce devait être un peu plus clair, jusqu’au jour où j’ai bien vu une forme minuscule qui galopait sur le sol, ou plus, qui rampait. Des insectes, d’abord des insectes puis des formes plus allongées, comme des souris, et avec le temps ça grossissait jusqu’à devenir des loups. Je me suis posé plusieurs fois la question, était-ce l’alcool, le manque de sommeil ou ma vision qui faiblissait ? À chaque fois je tentais une expérience nouvelle. Ne pas boire, beaucoup dormir, changer de lunette, eh bien ça revenait. A présent j’ai peur de ce qui peut arriver et, quelle sera sa prochaine forme ? est-ce que je sentirai son frôlement ?

  • Blog-Tone quotidien du vendredi 07 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du vendredi 07 avril 2006

    J’ai passé ma journée entière à regarder la course du soleil. Il est apparu ici et a disparu là. Entre ces deux instants il a fait viuuuuuu ! tout ça. Ce long chemin juste au-dessus du regard. À un moment, il s’est arrêté et a brillé pour tout le monde avec la même force, puis waaaaaa ! il est retombé. Je me suis demandé si un jour il pouvait ne plus faire tout ça, parce qu’on est tellement habitués à le voir tous les jours faire la même chose que beaucoup d’entre nous avons oublié qu’il existait. Ce jour arrivera, mais c’est pas demain la veille. En attendant, il continue, et si je m’obstine à le regarder, il est clair que pour moi il ne brillera plus de la même manière.

  • Blog-Tone quotidien du jeudi 06 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du jeudi 06 avril 2006

    Un mégot racorni dans un cendrier sale, un peu de goudron sur le bord d’un livre et cette odeur entêtante de jasmin, rien de plus. Elle restait parfois des heures allongée là, à fixer ces lignes, à murmurer des mots, et entre deux soupirs elle regardait autour, histoire de voir si quelqu’un veillait. C’était ça mon grand plaisir, veiller à ce que rien ne vienne la déranger dans la contemplation de ses livres. Il a bien fallu pourtant que je la dérange, juste une fois, pour savoir jusqu’où ces instants étaient sacrés. Jusqu’au bout, mon pote, jusqu’au bout.

  • Blog-Tone quotidien du mercredi 05 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du mercredi 05 avril 2006

    Chaque matin j’ai la même fulgurance, un chat passe à toute vitesse près de moi. Juste au coin de l’œil, cela peut être du coin de la porte jusqu’à l’angle du lit, ou du bureau à cette chaise. Parfois il passe au moment du réveil, parfois c’est au café qu’il se montre, toujours vif comme l’éclair, sauf ce matin. Ce matin, il s’est arrêté devant moi, il s’est assis et m’a regardé longuement. Il a souri. Un chat ne sourit jamais sans raison ; j’ai compris que ma vie était à un tournant. J’ai voulu l’attraper, le serrer contre moi. Je sais qu’il ne reviendra plus. Mais il me tarde demain matin, juste pour être certain.

  • Blog-Tone quotidien du mardi 04 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du mardi 04 avril 2006

    Il a bien dû y avoir un moment où il s’est passé quelque chose qui a fait que j’en suis arrivé là. Et à force d’y penser, je suis certain que je finirai par trouver la vraie raison de tout ça. Je ne peux rien m’expliquer sans au moins évoquer cette possibilité. Alors, c’était quand, où, avec qui, et comment ça a bien pu se passer ? Faut-il que ce soit vraiment traumatisant ? Est-ce que ce peut être une chose toute simple qui avec le temps a envahi un espace qui ne lui était pas réservé ? Ou alors il n’y a rien, et puis même s’il y avait quelque chose, en quoi cela changerait le cours de mon passé ?

  • Blog-Tone quotidien du lundi 03 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du lundi 03 avril 2006

    Tu n’avais pas le droit de faire ça ! Et puis qui es-tu pour te permettre de telles choses ? Pour qui tu te prends ? Tu crois que tu peux, parce que tu le veux, t’amuser, comme ça, à détruire des choses si importantes ? Et en quel honneur ? En vertu de quoi ? Sous le regard de qui ? Parce que ça aussi c’est pas rien, le regard des autres. Tu croyais faire ça en douce dans ton coin sans que quiconque d’autre l’apprenne un jour, sans un juge plus ou moins impartial qui te rappellerait à l’ordre, sans même un œil là juste au dessus, ou un doigt qui te désigne ? Tu t’es cru un instant la chose la plus importante de l’Univers, le centre de toutes choses, le premier moteur non mu, la pierre angulaire ou que sais-je encore ? Tu t’es pris pour le grand ordonnateur, le maître des éléments, bref pour Dieu ! Et bien ton blasphème sera puni, parce que tu n’es qu’un petit personnage mesquin, plein de lui-même à en éclater, et tout ce que tu viens de détruire sera toujours là, avec toi, dans ton jardin personnel, et plus personne jamais ne te fera confiance. Et tu crèveras seul.

  • Blog-Tone quotidien du dimanche 02 avril 2006

    Blog-Tone quotidien du dimanche 02 avril 2006

    L’écume des jours, peut-être ?

    L’écume des jours, peut-être ?

    Une fine pellicule amère qui se forme à la surface de ce qui bout, une patine qui protège, une membrane à travers laquelle il y a de l’échange. Une peau sans laquelle nous n’arriverions pas à supporter ce monde. Le liquide qu’utilisent les animaux pour se protéger des agressions du monde extérieur. C’est aussi ce qui recouvre tout ce qui nous entoure ; une poussière policée qui enjoint constamment de ne pas faire, d’obéir, de ne pas porter atteinte. Quelque chose qui éloigne de nos mains et qui sacralise, qui aliène jusqu’à nos entrailles. Cette écume vient se coller partout où notre esprit peut aller ; toute chose pensable en est badigeonnée.

    Ce qui nous rend sociable, ce qui nous rend individu, ce qui nous ouvre au monde, ce qui nous en protège et nous en sépare. Notre peau et notre prison. Mais après tout, ce ne sont que des mots.

    *

    Techniquement, chaque paragraphe va être écrit en 10 minutes pas plus. C’est la première amertume, ou la première acidité.

    Pour répondre suivant la même ’technique’ envoyez en mail à michel.balat@wanadoo.fr ou à ian_balat@yahoo.fr.

    *

  • Blog-Tone du 16 février 2006 : … et Dieu dans la merde.

    Blog-Tone du 16 février 2006 : … et Dieu dans la merde.

    … et Dieu dans la merde.

    La critique du fait religieux est un sport reconnu d’utilité publique, mais heureusement très encadré. Chacun a le droit de dire certaines choses à qui veut l’entendre comme : je ne crois pas en dieu, je ne suis pas concerné, c’est pas mon problème, ou des généralités du type : dieu est mort ou dieu il sent des pieds. Il ne faut pas faire de discrimination entre les dieux, du type : le dieu des juifs il est plus fort que celui des chrétiens ; sauf quand on est chrétien, dans ce cas, on peut dire à peu près tout ce qu’on veut sur ce dernier ; si on est juif ou musulman ou bouddhiste, on est tout de même mieux protégé contre ces discriminations que lorsque on est chrétien, parce que la justice protège les minorités (jurisprudence). Il est par contre strictement interdit d’insulter les croyants (sauf généralités du genre il faut être con pour croire en dieu). Dire que les croyants dans tel dieu sont des cons ou que telle religion rend con (sauf si c’est la sienne bien entendu), c’est une insulte condamnée par la loi (dans certains cas).

    Confondre enfin une religion et un groupe d’Hommes (rien que cela) est condamnable. Dire les français sont des chrétiens c’est nier qu’il y a des français juifs, des français musulmans, des français bouddhistes, athées ou que sais-je encore. Simplement commencer une phrase par Les juifs… ou Les musulmans… ou Les chrétiens… c’est nier qu’il existe des différences incommensurables entre coreligionnaires. Les généralités sont des objets intellectuels difficiles à manier qui peuvent vous péter à la gueule en moins de temps qu’il n’en faut pour les dire.

    Exemple. Les caricatures de Mahomet diffusées dans la presse ne sont à première vue que des caricatures d’un prophète comme nous en vîmes de Jésus, Abraham et consort. Mais voilà, dans ce genre d’affaires, il faut savoir faire la part des choses entre ce qui relève de la croyance personnelle et de la politique. Un catholique pratiquant ne lira pas « La Religieuse » de Diderot, au même titre qu’il n’utilisera pas de contraceptifs ou ira à la messe au moins le dimanche, c’est une question de doctrine et de pratique. Un bon musulman respectera les piliers de l’Islam, mangera hallal etc. Il est possible ensuite de faire la part du culturel et du cultuel, mais, dans la pratique de la foi, les deux sont liés. Rien n’oblige un croyant sincère à s’imposer des choses qu’il condamne ; sauf cas particuliers prévus par la doctrine. Les caricatures faites de Mahomet peuvent choquer, c’est d’ailleurs pour ça qu’elles sont faites. Mais dans le cas actuel, aux premières condamnations habituelles se sont ajoutées des condamnations d’État. Le fond du débat ne porte pas sur la liberté d’expression ou la possibilité de représenter le prophète. Dans les pays musulmans qui ont connu des émeutes à cause de ces caricatures c’est un problème politique, il y a eu volonté d’instrumentalisation des peuples musulmans par des autorités illégitimes pour les détourner des véritables urgences. En France c’est un problème de positionnement des autorités censées représenter les musulmans de France, pour pouvoir continuer à avoir les moyens de constituer un gallicanisme musulman, il fallait qu’elles prennent position pour asseoir un peu mieux leur légitimité.

    Exemple. Dieudonné a déconné en faisant parler, dans un sketch très mal écrit, un juif sioniste, terroriste à première vue, sans avoir pris le temps de poser son personnage. Le trouble ne vient pas du fait qu’un humoriste noir se moque de juifs (ou alors mon gars t’es raciste), mais qu’un humoriste ait traité un sujet très sensible en se lançant dans une diatribe miteuse. Il n’est pas possible d’évoquer certaines questions avec autant de légèreté. Il faut laisser ces choses aux Patrick Sébastien et autres Vincent Lagaf’, caricatures vivantes de l’idiot du village qui exprime sans contraintes le racisme du vulgus pecum. Sa deuxième erreur a été d’avoir tenté de défendre sa position en invoquant le manque de considération apporté par « La France » aux souffrances du peuple noir, quand, dans le même temps, elle reconnaissait celles du peuple juif. Ce que « on » appelle le deux poids deux mesures. Il brisait en cela le pacte qui le liait à ceux qui riaient jusqu’alors avec lui et assumait de fait la fonction transgressive des groupes comme les « Black Panthers », mais à la sauce normande. Pourquoi pas ? Après tout, la constitution d’associations de défense des droits des minorités passe souvent par des phases troubles. Simplement il est temps pour lui d’assumer totalement sa nouvelle fonction. Et d’en accepter les conséquences.

    Annexe :

    L’éthique du journal Jyllands-Posten qui a publié les caricatures : http://www.jp.dk/udland/artikel:aid…

  • Blog-Tone du 14 février 2006 : Sincérité

    Blog-Tone du 14 février 2006 : Sincérité

    Sincérité.

    Je me permets de me faire l’écho d’un débat qui agite une section locale du parti socialiste. Un de mes amis en fait partie. Il a un poste que l’on appellerait en entreprise de chargé de communication, ou plutôt d’assistant chargé de communication. Il a eu l’idée de proposer que les débats administratifs soient retranscris et rendus publics. Ces minutes permettraient aux militants de voir comment se prennent les décisions, qui s’implique, sur quelles questions, avec quels arguments, etc. Mais voilà, cette idée paraît bien saugrenue à certains participants, notamment les plus impliqués. Un d’entre eux dans un mèl alambiqué tente d’expliquer que retranscrire les minutes des débats nuirait à la sincérité de ceux-ci, que la bonne foi revendiquée par le transcripteur est illusoire car il ne pourra s’empêcher de laisser transparaître son point de vue et que de toute manière seules les conclusions doivent être rendues publiques car elles seules ont des conséquences sur la vie de la section.

    L’ultime argument est le suivant :

    « Les débats internes n’ont pas à être communiqués, car ils traduisent simplement le cheminement de la pensée et des arguments des uns et des autres en cours de réflexion : cette transmission faussera à terme la fonction même de ces débats, une fois que ceux-ci seront devenus publics, car les propos seront interprétés, voire déformés, ce qui entraînera, par simple prudence des orateurs un risque d’insincérité. »

    Le cheminement de la pensée des animateurs d’une section administrative, qu’est-ce que cela peut-il bien être ? Ce brave garçon (mais le sexe importe peu en cette matière) ne souhaite pas que les chicayas qui sont le lot des huis-clos politiques soient connus de tous, que tout ceci ait l’apparence d’une parfaite unanimité, que la synthèse triomphe. Certes, le Parti Socialiste traverse une période difficile et le moindre débat est l’occasion d’affirmer son appartenance à un courant, de défendre sa motion, son chef de file. Pourtant, cette section périphérique pourrait apporter un peu de fraîcheur à sa très encombrante voisine (XVIIIème), ouvrir quelques perspectives, permettre un peu de débat, des échanges peut-être vifs, mais cette section est jeune.

    Cet exemple me conforte dans l’idée que ce parti n’est plus réformable, qu’il est temps qu’il implose pour donner à tous ces courants l’occasion de se présenter aux suffrages universels. 🙂

  • Blog-Tone du 8 février 2006 : Déni 2 : La bonne volonté

    Blog-Tone du 8 février 2006 : Déni 2 : La bonne volonté

    Déni 2 : la bonne volonté.

    Le nouveau management devait apporter à tous la possibilité de s’épanouir en entreprise, d’y trouver sa voie, de faire d’une collection de tâches une activité. Les nouvelles ressources humaines devaient permettre à l’employé de bureau de devenir un partenaire de l’entreprise, un élément indispensable et « proactif », c’est-à-dire capable de créer de la valeur grâce à ses idées. Jack Welsh en son temps avait modélisé la nouvelle entreprise en reprenant le mythe des trois races de la Grèce Antique : la plus méritante recevait la récompense suprême, la progression dans l’organigramme et les émoluments attachés, la seconde effectuait les tâches fondamentales, celles qui permettent à l’entreprise de fonctionner sans recevoir plus que ce qui lui était donné, quand la troisième, en perpétuel renouvellement, se voyait proposer inexorablement la sortie.

    Ce discours « progressiste » n’a qu’une seule fonction : faire accepter à moindre frais l’augmentation des charges de travail imposées aux salariés et le manque de clairvoyance des dirigeants devenus avec le temps de simples comptables de la bonne gestion financière de l’entreprise. Les ressources humaines élaguaient sans cesse les branches mortes d’entreprises connaissant un perpétuel hiver.

    Tout ça finit par se voir, et les salariés de moins en moins crédules commencent à refuser ce qui se présente à tous comme un phénomène inexorable, nécessaire. C’est à ce moment qu’est apparue cette idée magnifique que l’on pouvait faire appel à la bonne volonté de chacun pour sauvegarder la force de l’entreprise. Dans un plan social existe toujours les départs volontaires, les reclassements volontaires, toute une panoplie de petits arrangements qui laissent penser que le salarié a son mot à dire. Quand une fusion a lieu, il est plus facile de faire appel à l’esprit « civique » des salariés (serrez les fesses ! en d’autres mots), de demande un surcroit de travail ponctuel, un investissement personnel plus important que de mettre en place une nouvelle organisation du travail ou d’embaucher.

    Ceci dit, le mot d’ordre de 68 est toujours d’actualité, le tout étant de le compléter judicieusement :

    L’imagination au pouvoir ! (des salariés, des actionnaires, des dirigeants, de l’Etat, des fonds de pension, du capital investissement) – rayer la mention inutile.

  • Blog-Tone du 4 décembre 2005 : Déni 1 : L’enfermement

    Blog-Tone du 4 décembre 2005 : Déni 1 : L’enfermement

    Déni 1 : L’enfermement.

    Comment tout ça tient ensemble ? J’ai toujours du mal à ne pas me poser cette question. Pourquoi des personnes si différentes acceptent-elles de rester enfermées dans des lieux clos ? Par quel miracle des individus qui n’ont en commun qu’un genre de contrat peuvent-elles supporter de s’enfermer ensemble pendant parfois plusieurs années ? Et continuer à vivre comme si tout ça était normal ?

    La question dépasse le simple cadre de l’entreprise, dont cette série est le centre. Les événements récents dans nos banlieues, par exemple, peuvent être abordés par ce biais du vouloir-pouvoir-devoir vivre ensemble. Goffman dans Asiles posait cette question aux institutions psychiatriques, mais également à toute institution qui enferme des personnes ensemble malades/enfants/religieux et leurs surveillants. Tous sont soumis aux mêmes règles même si des statuts, des fonctions existent, l’enfermement soumet tout le monde aux mêmes rythmes de vie. En banlieues (un peu d’étymologie !) cet enfermement est spatial, social, politique, culturel et en dernière instance économique. Il l’est dans le sens où nous parlons d’économie de l’enfermement, d’organisation générale du lieu-clos-ayant-ses-propres-règles, comme une prison, un asile, un parti politique ou une entreprise. Quand il y a reconnaissance des limites par les personnes enfermées commence l’intégration final des valeurs de l’enfermement. « On » parle alors de culture des banlieues, d’entreprise, du parti…Quelle est la différence entre un stalinien français des années cinquante, un rappeur de Trappes des années quatre vingt dix, un ouvrier de Renault ou de Michelin ou encore une étudiante en droit vivant chez papa-maman dans le seizième arrondissement des années soixante dix (Étude de l’IS) ? Les « valeurs centrales de cohésion » ne sont peut-être pas les mêmes mais le degré d’enfermement est équivalent.

    Il me semble que cette question de l’enfermement devient la question centrale d’une société qui devient inégalitaire (Emmanuel Todd). A partir du moment où une limite est définie, qu’elle soit imaginaire et/ou réelle, des règles s’établissent, des valeurs se créent et l’enfermement commence. L’effort pour sortir devient personnel ou le fait de groupes de pairs, nous devons faire notre « great treck », notre sortie d’Egypte en créant des brèches dans ce qui nous apparaît comme uniforme.

    Revenons à notre entreprise. Je vis au quotidien la création d’une culture d’entreprise, la mise en forme de limites dans les fonctions, de spatialisation des tâches, de rapports client/prestataire en interne, et toute cette misère a des effets réels sur les interactions entre personnes, nous ne nous traitons plus en bons camarades qui font un peu semblant, – mais pas toujours heureusement, – de s’accepter, nous devenons des échelons dans l’organigramme, nous devenons nos tâches.

    Comme dirait Palahniuk je suis la fonction client déçue de Ian.

  • Blog-Tone du 23 novembre 2005 : Interlude

    Blog-Tone du 23 novembre 2005 : Interlude

    Interlude.

    Je suis en manque de spécialistes. À part Emmanuel Todd et Hervé LeBras, je traverse la presse comme un désert. Il se passe toujours quelque chose mais on n’y trouve rien. Pourtant je m’obstine ; malgré l’échec Zizek, je sais que quelque part, quelque chose doit émerger. Mais pour trouver cette rareté il faut se mettre en veille. C’est un peu ce que je fais tous les jours avec la presse, mais pas vraiment non plus. Il y a quelques nuances qui valent la peine d’être évoquées.

    Longtemps (disons pendant huit ans) j’ai voulu faire de la veille économique. Cette activité équivaut à s’installer sur un marché et tenter d’en comprendre les enjeux émergeants. Ou mieux encore de s’installer près d’un malade et de sentir en lui les moindres sursauts de la maladie. Bref de repérer les signes de ce qui se passe dessous. Moi, je fais de la surveillance, de la garderie de coupures de presse. Je suis là comme un surveillant à l’école, j’interviens en cas de chahut, quand un incident intervient. Ce dernier nous l’appelons citation. Une entreprise apparaît dans un texte, nous individualisons l’article et nous l’intégrons dans un nouvel ensemble qui s’appelle revue de presse.

    Ce métier a à peu près un siècle et demi. Il a poussé peu à peu la presse à écrire des articles, en inventant la coupure de presse ; vous pourrez vérifier, un journal était un enchevêtrement de mots. La lecture des vieux journaux est une chose rébarbative. Aujourd’hui, du premier coup d’oeil on peut voir que ça c’est un article, même si du fait des évolutions juridiques récentes on commence à s’y perdre un peu.

    La surveillance est née avant la veille. La première a modifié en profondeur la façon d’écrire la presse, la deuxième commence à peine le même processus. Quand la veille aura pris le pas sur la surveillance, les entreprises iront à la pêche à l’information. Déjà le métier commence à être submergé par ce que l’on appelle les agrégateurs de contenus. Comme les surveillants, ils individualisent un article dès qu’une citation apparaît, mais ils font ça de manière automatique. Donc, à terme, notre métier disparaîtra.

    Les entreprises reprendront à leurs charges la simple surveillance de la presse, liant leurs services de veille et de surveillance. La grande question est : est-ce que cette fois encore la presse changera ? En surface, rien ne le laisse penser et pourtant, imaginez un instant que tout un chacun puisse consulter des bases de données faciles d’accès et personnalisables à l’extrême ; que restera-t-il à la presse classique ? Il est 19h, le gouvernement vient de prendre une décision importante, il est 15h une étude vient de paraître, il est 7h un attentat vient d’être commis, eh bien vous avez sous les yeux l’analyse de chacun de ces faits, avec commentaires de spécialistes. Et tout ceci, contrairement aux presse radio et télé, à votre rythme…

    Ce qui se transforme actuellement c’est la nature même de l’article de presse. L’Internet devait révolutionner le monde de l’information, et il tient « ses » promesses. Et ce sont les entreprises qui mènent la danse. N’oublions pas que ce sont les annonceurs qui « suscitent » le journal, que les services de publicité vendent le lectorat aux annonceurs (fonction OJD). Avec l’appui des entreprises/annonceurs ce qui se fait dans le métier se retrouvera dans la rue.

    C’est une révolution lente mais elle a déjà rendu impossible tout retour en arrière. Ce qui va advenir à présent est irrémédiable. Espérons que ça nous conviendra.

  • Blog-Tone du 16 novembre 2005 : obstruction (et déni) 5

    Blog-Tone du 16 novembre 2005 : obstruction (et déni) 5

    Obstruction et déni

    Le grand escogriffe a annoné son discours devant une vingtaine de millions de français. Un étonnant discours de synthèse.

    Analyser les « événements » des banlieues a été pendant quelques jours décrété sport national. Deux équipes s’affrontaient. La première soutenait que tout ceci était une question de valeurs, quand la seconde répétait inlassablement qu’il n’en était rien, tout ceci était social. Quelques francs-tireurs tentaient des synthèses, quelques tireurs d’élite le contre-pied. Une nouvelle fois, Emmanuel Todd semblait être le plus perspicace. Dans un long entretien accordé au Monde, il revenait sur les ressorts cachés de cette crise dont les événements actuels marquent le troisième temps. Avril 2002, Mai 2005, Novembre 2005 : défiance vis-à-vis des élites, « révolte » de la petite bourgeoisie d’Etat, demande de reconnaissance. Pour faire simple. Le grand intérêt de tout ceci était de rappeler, pour les cancres du fond, que le politique, c’est la réification des rapports sociaux, que régulièrement ce qui est caché ressurgit avec plus ou moins de violence, tout dépend de la force de l’obstruction.

    Pourtant, ce semble être le déni de reconnaissance de l’existence d’individus dans les banlieues pauvres des grandes agglomérations françaises (et européennes) la cause immédiate du déclenchement de cette crise. Anonymat des premières victimes, anonymat de la foule des casseurs, anonymat des victimes des violences, anonymat des responsables… ça fait penser furieusement à La foule des zéros de Grosz. Ce processus de désindividualisation contredit définitivement la théorie (de droite) de la crise des valeurs. Ne pas reconnaître des valeurs partagées par des personnes qui vivent dans des lieux clos, ce que sont les banlieues, c’est reprendre la vieille formule raciste des « arabes analphabètes » des colonies : ils ne parlent pas français, ils sont analphabètes.

    Les « valeurs » partagées, comme le remarquait Todd, sont les mêmes, en fin de compte, dedans et dehors. C’est la reconnaissance de ce fait qui empêche de comprendre le fond de la crise que traverse la société française depuis la fin du millénaire. La nouvelle délimitation des domaines de l’Etat semblait faire plus ou moins l’unanimité, mais seule ce que Todd appelle l’élite (20% de la population française au capital culturel, social et économique élevé) soutenait ce processus « nécessaire à notre temps. » Quand le « peuple » (quintiles inférieurs) prend la parole, il n’a plus besoins d’oracles pour être compris. Les actions sont directes. Nos oracles, mais après tout ils n’ont toujours fait que cela depuis les temps immémoriaux, interprètent pour le compte de leurs maîtres le charabia de l’étrange divinité enfermée dans le temple.

    Étonnant discours de synthèse disais-je. Et si nos dirigeants vivaient eux-mêmes le fantasme de leurs fonctions ? Et si eux-mêmes finissaient par croire que tout ceci était bien réel ? Qui sont tous ces gens que l’on appelle français après tout ? Tout ce que nous vivons est enfermé dans notre langage. Jack London avait écrit un roman fabuleux (fable) Star Rogue, celui d’un homme qui revivait ses vies antérieures quand son corps était comprimait par une camisole. N’en sommes nous pas là après tout, tellement comprimés que nous sommes obligés de fantasmer nos vies.

    Et un jour… 400 ans, ça paraît long tout à coup.

  • Blog-Tone du 6 novembre 2005 : Obstruction 4

    Blog-Tone du 6 novembre 2005 : Obstruction 4

    Obstruction et déni.

    Les banlieues seraient à feu et à sang. Il y aurait des émeutes et des batailles rangées auraient eu lieu dans certaines villes pauvres de France. Le gouvernement français aurait pris des mesures par le biais de son ministre de l’Intérieur pour répondre à ces violences. Et l’armée est prête à intervenir ! Hongrois rêver.

    Je suis stupéfait par ce qui se passe actuellement dans certaines banlieues pauvres de Paris. Faisons un point sur ces « événements » : deux anonymes traqués par la police meurent électrocutés, des manifestations de colère s’ensuivent, des flics bien équipés débarquent sur place et prennent la tannée. Le ministère de l’intérieur lance ses compagnies anti-émeutes à l’assaut d’un quartier en ébullition, ils frappent sans discernement et, en plein ramadan, un fumigène tombe dans une mosquée de fortune. J’aurai voulu faire n’importe quoi, je n’aurai pas fait autrement. Sur ces entrefaites, le ministre de l’intérieur fait un discours immonde, à chaud, devant une forêt de micros/caméras. Le ministre du loto social dénonce, avec le consentement des parrains du gouvernement, les débordements du ministre de l’UMP. La gendarmesque, des teneurs de murs et des petits caïds expulsent leurs humeurs mauvaises. Et voilà !

    Quinze ans de non-politique sociale, d’incurie jospinienne et un incident sordide nous permettent d’assister en direct, presque minute par minute, au spectacle de l’explosion de la misère. Comme pour AZF, il suffit de mélanger quelques produits entre eux et de leur faire prendre l’air et boum ! La déflagration se fait sentir jusqu’à Toulouse.

    Chirac fait salon sur le sujet quand j’écris ces lignes, il doit se féliciter à mots à peine couverts de l’échec de son ministre de l’Intérieur, il lira un peu plus tard un discours qu’il peinera à déchiffrer et proposera un plan de rénovation sociale ou un truc comme ça. La situation se calmera d’elle-même. Faute de combattants.

    Mais rien ne changera car nos entreprises ont besoin de cette main d’œuvre peu qualifiée, qui gagne juste assez pour pouvoir survivre et qui dépend totalement d’elles. Quant aux personnes trop mal dotées pour avoir le droit de gagner un salaire misérable, elles ne présentent aucun intérêt et ne représentent aucun danger car ne peuvent s’organiser en mouvements révolutionnaires, et pire ne votent pas ; elles peuvent tout juste exprimer leur détresse comme ça, en passant. Comme aujourd’hui.

    À quoi bon gaspiller des capitaux pour elles ? Autant le donner au Medef ou aux grands exploitants agricoles, aux personnes sans qui notre République est en l’état ingouvernable. Jack London dans le Talon de fer prophétisait un règne de 500 ans à ces gens-là avant que nous ne prenions le pouvoir. C’était il y a 100 ans ; ça paraît encore jouable…

  • Blog-Tone du 1er novembre 2005 : Obstruction 3

    Blog-Tone du 1er novembre 2005 : Obstruction 3

    Obstruction.

    Et si l’entreprise était la mystique annoncée pour ce siècle. En terme de divin, d’idéologie rien de bien neuf ces derniers temps sous le soleil. Nous en sommes arrivés à nous inventer des ennemis, des combats mais au fond tout était déjà là. Nous piochons dans les doctrines de temps reculés. Quand j’essaie d’imaginer ce qu’était la guerre froide, l’église catholique dans les temps anciens, je suis pris de vertiges. La destruction nous menaçait quotidiennement, nous n’avions le choix qu’entre le paradis et l’enfer, le capitalisme et le communisme ; la paix sur terre était une vue de l’esprit, aussi bien pour le corps que pour l’âme.

    La chute du Mur a été notre édit de Caracalla, et depuis nous répétons continuellement les mêmes rengaines dans la paix universelle, à une échelle toujours plus petite : petits murs, petits fossés, petits conflits. Mais il nous faut encore croire en quelque chose, en quelque chose d’immédiat, d’accessible, de visible. Il nous faut reconstruire nos églises, avec ses rites, sa hiérarchie, sa doctrine, et quel meilleur lieu pour cela que nos entreprises. Tous les jours nous nous y rendons, nous lui consacrons notre temps, nous lui devons nos vies, nous soumettant à ses volontés ; elle a constitué sa doctrine, avec ses pères, ses cardinaux, ses curés de campagne et ses ordres, tous les jours nous voyons ses papes et antipapes à la télé, dans nos journaux, à la radio qui nous répètent combien elle est bonne avec nous, combien nous devons la respecter et œuvrer pour sa gloire, quel que soit le chemin que nous choisissons. Et ce culte s’est répandu dans le monde entier.

    Dans tous les pays du monde nous la retrouvons, servie par les mêmes personnes, toutes différentes mais fondamentalement identiques. Qu’elle soit de Chine, de France, du Japon ou d’Afrique du Sud l’entreprise est constituée de la même manière, avec les mêmes buts, régie par les mêmes règles, réunissant en son sein des croyants qui servent tous le même dieu. Un dieu à présent invisible, dématérialisé, dont nous oublions le nom. Il ne restera de son culte que Son culte, de ses rites que Ses rites, et toute trace de son existence terrestre sera bientôt effacée ouvrant pour les siècles des siècles la voie de Sa Gloire à l’humanité.

    Je crains d’oublier pour qui je travaille à force de travailler pour lui, sans le voir. En entreprise, nous ne travaillons que pour l’argent, l’oublier c’est servir Sa gloire.

  • Blog-Tone du 23 octobre 2005 : Obstruction 2

    Blog-Tone du 23 octobre 2005 : Obstruction 2

    Obstruction

    En entreprise, tout le monde admet qu’il faut apprendre à vivre ensemble et faire semblant de s’accepter les uns les autres. Et pour que ça dure a été inventé ce « vouloir vivre ensemble » qu’est la « culture d’entreprise ». Est paria celui qui ne l’accepte pas ; qui s’y oppose est accusé immédiatement de vouloir la ruine de l’entreprise. Et j’ai déjà entendu la formule « l’entreprise aime la ou quitte la ! ». L’insatisfaction de l’individu est traité de manière expéditive. Dans les limites du droit.

    Dans la plupart des associations d’individus, les rapprochements se font par affinités, on se met ensemble parce que l’on a quelque chose à partager, à mettre en commun. Chacun y met du sien comme on dit, on se découvre. En entreprise, rien de tel. On est là pour produire, c’est-à-dire participer à un moment d’un processus qui nous dépasse, et pas pour créer, c’est-à-dire se reconnaître dans le résultat d’un processus qu’on maîtrise.

    Un petit groupe d’entrepreneurs d’État (Bébéar, Kessler, Peyrelevade… Seillière) a constitué une doctrine qui est en train d’écraser littéralement la concurrence. Ces doctes hommes qui ensemble ont bien mis 500 000 personnes au chômage et qui ont toujours eu leurs places réservées dans les divers Conseils d’Administration de nos grandes entreprises appellent les français à l’effort individuel. Il faut se remettre au travail, renoncer à son petit confort et accepter de se dépasser, pour le bien de tous.

    Les entreprises ont besoin de nous. De nous individus totalement remplaçables mais toujours disponibles et prêts à faire l’effort de nous dépasser pour correspondre au poste auquel nous devons aspirer. À terme, il faudrait que chacun puisse rentrer en totale adéquation avec un poste temporaire, pour lequel il faudra montrer une totale dévotion.

    Cette partie avancée du patronat traduit sans détours le souhait de tout patron d’avoir dans son entreprise des salariés heureux de travailler ensemble pour son plus grand profit. Tout le monde sait cela absurde, mais je constate un genre de consensus autour de cette idée. C’est ce que sous-entend le plan de relance Villepin-Borloo. C’est ce que j’entends régulièrement dans l’entreprise dans laquelle je travaille.

    Heureusement, la réalité fait obstruction à ce fantasme. L’utopie patronale, même si elle fait déjà des dégâts, c’est pas pour demain.

  • Blog-Tone du 18 octobre 2005 : Obstruction 1

    Blog-Tone du 18 octobre 2005 : Obstruction 1

    Obstruction.

    L’entreprise est un lieu de rencontres, une manière de point d’accueil. Je peux être amené à travailler avec des personnes qu’en temps normal je n’aurais aucune chance de croiser. Et avec elles, nous échangeons comme jamais nous n’aurions pu échanger, et tous nous nous ouvrons des perspectives. Ce brassage se fait dans des conditions ordinaires. Nul besoin de l’Événement pour susciter le contact car il est ici quotidien. Parfois il faut un petit plus pour que quelque chose commence, une remarque, un clin d’œil, une action.

    Il est donc facile d’entrer en contact avec quelqu’un, mais difficile de rencontrer quelqu’un. Dans l’armée, à l’église, ou plus près de nous à l’école puis à l’université, l’impétrant doit accepter quelques règles strictes, bien que parfois non dites. Il faut apprendre le langage de l’institution, ses rites, ses codes et ce sans intermédiaires. Dans l’entreprise, nous retrouvons ces petites choses qui font ces institutions millénaires, mais les intermédiaires sont nombreux : il y a toujours entre soi et le résultat de son travail etc… Et pour compenser cette solitude primordiale du salarié ont été créés par le Droit les représentants du personnel, les délégués syndicaux… des intermédiaires entre soi et les détenteurs de la « violence légitime » : chef de service, directeurs et tout ceux qui sont inscrits dans le haut de l’organigramme.

    La rencontre dans ces conditions se fait entre égaux. Avec le temps il est même possible de constituer de véritables amitiés. Mais il existe trop d’obstructions pour que de telle choses adviennent simplement. Par un heureux hasard, j’ai pu rencontrer plusieurs personnes avec lesquelles j’ai pu développer ce délicat sentiment d’amitié. Et par ce « canal » j’ai pu découvrir un auteur extraordinaire : Chuck Palahniuk. Je ne pouvais pas l’évoquer hors contexte.

    Palahniuk est surtout connu pour être l’auteur de « Fight Club ». Mais c’est celui de « Choke » que j’invoque ici. Le titre évoque l’obstruction et la libération, et en contexte la réalité escamotée qui resurgit violemment. Tout le roman tourne autour du jeu subtil de la réalité et du fantasme, de l’obstruction et du déni. Les évocations sont multiples, les descriptions minutieuses, le malaise continu. Et de rappeler que le réflexe de tussion se perd, qu’en entreprise je vois tous les jours des personnes s’étouffer sans pouvoir rien faire.

    Voir aussi : impuissance

    Voir aussi : mort

    Et dans la recherche de ses origines, il ne trouve que le fantasme d’un autre.

  • Blog-Tone du 3 octobre 2005 : D’où parles-tu camarade ?

    Blog-Tone du 3 octobre 2005 : D’où parles-tu camarade ?

    D’où parles-tu camarade ?

    Dans une entreprise coexistent plusieurs hiérarchies. Elles se croisent, s’affrontent, se complètent mais toutes se plient à ce que l’on nomme l’organigramme. Il désigne la chaîne des responsabilités et des décisions légitimes. C’est une organisation descendante, pyramidale qui nécessite l’assentiment de certains. Un organigramme qui est refusé par une majorité des cadres de l’entreprise serait voué à l’échec. C’est donc une organisation consensuelle qui définit par extension les postes pourvus et, à terme, accessibles aux strates inférieures. Le haut de l’organigramme désigne la direction et les parties restantes le management. La première partie dépend à volonté des propriétaires de l’entreprise (collège familial ou d’actionnaires) et le reste est relativement autonome. La partie managériale est d’ailleurs un bon indicateur de la richesse humaine de l’entreprise car on y retrouve des salariés en progression.

    Dans les petites structures, les deux parties de l’organigramme sont plus fortement imbriquées du fait du nombre restreint des acteurs. La direction peut plus facilement s’intéresser à ce que l’on appelle le Low Management, les managers les plus proches des salariés. Dans les grandes structures, la direction a un droit de regard sur le Top Management, et laisse la désignation des autres strates à ce dernier.

    Cet ordonnancement général légitime a minima les ordres reçus et donnés. Une entreprise s’organise par le découpage et la délimitation des tâches et des responsabilités, l’organigramme n’est à première vue que l’expression purement hiérarchique de cette organisation. Mais à côté de ce découpage institutionnel existent d’autres hiérarchies. Tout un chacun a sa propre hiérarchie de valeurs et parfois certaines valeurs personnelles vont à l’encontre de certains agencements organisationnels. On peut trouver aberrant que telle personne soit déconsidérée car elle a tel statut dans l’entreprise ou permettre à telle autre d’avoir un tant soit peu de pouvoir. Chacun a sa manière de voir les choses en quelque sorte. Nous avons tous notre façon d’organiser notre travail, et notre vie avec le travail. L’organisation générale proposée par l’entreprise peut être, dans ces deux cas, sujette à caution.

    Dans les temps de conflits, l’organigramme est retourné, comme à Carnaval, pour quelques temps. Les rapports dans l’entreprise se laïcisent, les fonctions s’effacent pour redonner leur place aux individus. On peut mesurer dans ces moments le degré d’aliénation de chacun. Comme on disait avant, d’où parles-tu camarade ?

  • Blog-Tone du 25 septembre 2005 : administratif.

    Blog-Tone du 25 septembre 2005 : administratif.

    Administratif

    J’appelais administratif le temps passé à effectuer certains parcours. Ce temps répétitif scandait mon quotidien. Je retrouvais les mêmes endroits suivant le même ordre. Parfois je modifiais légèrement mon parcours, histoire de changer pour changer. Mais sur ces parcours administratifs je pouvais découvrir des petits riens auxquels, avec le temps, j’accordais de plus en plus d’importance. Aujourd’hui encore, ces petits riens peuvent entièrement transformer ma journée. Découvrir un recoin est un plaisir incommensurable. Dans la répétition, une petite modification peut justifier tout ce qui a été fait auparavant. Une année après avoir intégré mon emploi actuel, j’ai découvert un escalier, gigantesque pourtant, à un cil de mon parcours. Tous les jours je le regarde comme si c’était la première fois. Et les travaux qui m’obligent actuellement à des petits détours n’y changent rien.

    J’ai pu observer que ces petites choses si importantes pour moi sont fuies par d’autres. Changez la chaise d’un collègue et il entre dans une rage folle, déplacez un bureau et vous suscitez un dépressif. J’ai vu ces choses-là arriver. Ces parcours administratifs semblent nécessaires à l’équilibre de chacun, ils bordent notre vie, lui offrant un territoire dans lequel nous pouvons nous épanouir.

    Par ces parcours administratifs, nous cartographons nos surfaces intérieures à l’échelle de la vie sociale. Nous y puisons ce qui va constituer notre règle, le sens à donner aux chemins de notre territoire. Notre géographie intérieure se constitue par le traversement de lieux clos ayant chacun son fonctionnement avec ses règles. Nous les affrontons jusqu’à constituer une jurisprudence assez vaste qui englobera tous les aspects de notre vie. Les parcours administratifs nous offrent la chance, ensuite, de mettre en forme notre propre thésaurus, de faire en quelque sorte le tour de notre propriété.

    J’ai appris sans rien faire à utiliser ces moments perdus.

  • Blog-Tone du 15 septembre 2005 : « La terre des morts ».

    Blog-Tone du 15 septembre 2005 : « La terre des morts ».

    « La terre des morts »

    Georges Romero pour le premier « Crépuscule des morts » s’était largement inspiré de deux grands mouvements : l’expressionnisme et le gothique. Il s’attardait longuement sur les visages déformés des zombies, leurs démarches saccadées et leurs chairs en décomposition. Murnau a dû apprécier l’hommage. La panique des civils surpris par cette invasion fantastique était la première marque de leur future transformation. L’arrière plan quand il n’était pas surchargé par les arbres et les stèles des cimetières se limitait aux planches de bois des vieilles maisons où se cloîtraient les premiers survivants. Machen ou Lovecraft n’étaient pas loin.

    Il a écrit et réalisé peu après une suite qui se réfère directement aux émeutes de Los Angeles. Récemment, le même réalisateur a repris ce récit pour l’insérer dans les temps nouveaux qui s’ouvrent. Ces zombies sont devenus la règle et les hommes l’exception. Ces derniers pour survivre doivent piller les magasins des anciens temps car ils sont privés de tout outil de production. L’élite corrompue qui veut oublier l’horreur qui rôde sur le seuil (Lovecraft encore) et qui ne pense qu’à son plaisir immédiat est servie par une multitude soumise et sans avenir. Les références à la situation actuelle des États-Unis sont nombreuses et souvent très fines. Elles le sont tellement que j’ai parfois l’impression que Romero avait imaginé ce que nous voyons actuellement à la Nouvelle-Orléans.

    Un de mes chouchous, Emmanuel Todd, quand il intervient à propos de l’Amérique moderne insiste sur un point fondamental : la prédation. Les administrations Bush ont repris ce trait du capitalisme libéral, que l’on nomme pudiquement développement externe, et en ont fait le premier moteur de leurs politiques intérieure et extérieure. L’apparition de cet outil politique dans l’Histoire n’est pas récente, mais pour son application à une si large échelle, il faut remonter aux grands Empires. L’Empire libéral américain exporte/importe son mode opératoire jusqu’à l’anarchie. Ce qui se passe à la Nouvelle-Orléans se passe tous les jours en Irak, ce que Romero a imaginé est en ce moment ce qui se voit aux Etats-Unis.

    Il semble que nous soyons arrivés quelque part au bout d’un processus Historique. Pour subsister, le capitalisme a besoin de fronts pionniers, de vastes espaces qui permettent d’empêcher qu’il ne ronge ses propres bases. Le tissu industriel américain encore puissant aujourd’hui se délite à une vitesse hallucinante et il n’est sauvé que temporairement par le développement rapide de la Chine. Les capitaux prédateurs trouvent dans ce pays un exutoire qu’ils ne trouvaient plus dans le commerce électronique.

    J’ai toujours pensé que c’est dans les marges que s’inscrit l’histoire. Cette puissance historique qui nous submerge est incarnée dans « La terre des morts ».

  • Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Un bien étrange métier.

    Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Un bien étrange métier.

    Un bien étrange métier.

    Je me souviens de mes premiers pas dans le métier de la pige presse. J’ai commencé comme colleur-monteur à tiers-temps, à L’Argus de la Presse. Tâche répétitive qui consistait à découper des articles de presse et les faire rentrer dans des feuilles A4 avec en-tête du journal et nom du client. J’ai fait ça pendant 2 mois ; en même temps, je travaillais dans un théâtre. J’étais placier. J’étais également vendeur sur site pour Psion, à la FNAC des Champs-Élysées. Je n’étais donc, dans ma vie professionnelle, qu’un exécutant, un rouage de machineries relativement accessibles dans leur ensemble. Ces trois métiers ensemble me permettaient de gagner mes premiers sous et de ne plus dépendre entièrement de l’argent que me donnaient mes parents. Mais quand on a fait une grande école et qu’on a un peu d’ambition, on ne reste pas longtemps dans ce type de postes. Rapidement, j’intégrais à l’Argus le service Études en trois quart-temps ; au théâtre je devenais Chef contrôleur. Et je quittais la FNAC. Ces deux nouvelles activités étaient accessibles tout en nécessitant un minimum d’organisation et d’esprit d’initiative. Piece of cake ! J’ai fait une saison à la Comédie des Champs-Elysées, sous la direction d’une dame extraordinaire qui m’a appris à résister aux pires pressions. Elle pouvait être odieuse, mais son charisme était tel que je fermais ma gueule et j’observais. Un jeune imbécile qui cumule les conneries, un couard sournois, un petit chef à la con, voilà ce que j’étais ; humainement, je ne valais pas tripette, et c’est dans ce théâtre que j’ai crevé tous mes abcès. Quant à l’Argus, j’y découvrais la vraie vie de bureau, mesquine, absurde, sous la direction d’un chef sympathique, mais qui lâchait prise, dégoûté par le peu de considération qu’avait la direction de l’entreprise pour son travail. J’avais donc un minimum de liberté, j’en usais avec bien peu de modération. Et grâce à ce chef de service, la direction me proposait un poste bien plus intéressant.

    En deux ans je passais de la fonction de rouage à un poste de « middle manager », chef de rayon, celui des revues de presse électronique. Un stand-by de six mois à plein temps comme indexeur de sites web plus tard, je prenais enfin en charge le service promis. Je travaillais en bonne intelligence avec quelques commerciaux et la direction générale. Malgré les multiples difficultés que représentait l’installation d’un service ex nihilo, je restais relativement indemne. Mon salaire progressait, mes fonctions me plaisaient, ma vie professionnelle prenait un tour intéressant. Et ma vie quotidienne suivait. Je n’avais plus qu’un seul métier, et je m’y plongeais entièrement.

    Je n’oubliais rien de mes erreurs passées, aussi bien au bureau qu’à la maison ; les deux Ian se mélangeaient pour devenir une personne qui se nourrissait de tous les aspects de sa vie. Mes colères, mes peines, mes joies transparaissaient dans toutes mes activités. Il est facile d’oublier que quelqu’un qui arrive au bureau a une vie quand il n’y est pas. J’ai appris à relier tout ça dans ma personne. À partir de ce moment-là, je pouvais considérer que j’étais devenu un adulte.

    Et c’est un adulte qui voulait continuer à monter, lentement, mais toujours plus. Je faisais ça avec, en tête, cette définition de l’ambition qui me faisait la fuir : Tout faire pour y parvenir afin d’y arriver (sic). Je ne voulais pas de ça. Ce rejet de l’ambition pour elle-même m’a conduit à lutter constamment contre moi-même, mes collègues et surtout mes chefs. L’ambition si souvent portée aux nues par les raclures qui nous gouvernent est devenue pour moi la pire des abjections. S’il faut vouloir pour soi, c’est contre soi, pas contre les autres.

  • Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Monsieur Sarko avait promis.

    Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Monsieur Sarko avait promis.

    Monsieur Sarko avait promis, Monsieur Sarko avait promis…

    Sur l’air de la Carmagnole, on pourra bientôt chanter la litanie des mensonges de Monsieur Sarkozy. Comme des chiens de berger à flanc de montagne, certains journaux reviennent sur les diverses annonces du ministre multicartes, et commencent à en faire le compte. Une fois en troupeau, elles sont impressionnantes. Sous les divers gouvernements de notre Tataglia de président, le petit roquet a beaucoup jappé : le temps de travail, la nouvelle politique de l’immigration et ses expulsions connexes, les divers impôts, les aides à la création d’entreprise, la sécurité des rues, l’organisation de la police du territoire, la Corse… Sur tous ces sujets, le Petit Hongrois, comme aime à lui rappeler la presse fasciste, a fait chou-blanc. Il n’a rien résolu, bien pire il a, à chaque fois, rendu tous ces sujets explosifs.

    Car le bonhomme n’est pas l’homme d’action qu’il se fait toujours un plaisir de présenter, il ne sait pas prendre de décisions, il laisse l’administration les prendre pour lui et ses successeurs doivent en subir les conséquences. Un service du Ministère de l’Intérieur planifie depuis quelques temps la fermeture de Sangatte en se basant sur les comptes-rendus des RG et des flics de base sur place, et Sarko paraphe, sans se soucier des conséquences. Les flics pendant plusieurs années ne peuvent plus faire leur Biz dans certaines cités : Sarko y va, inspiré par les rapports partiaux accumulés par un quelconque service de Beauvau, avec journalistes embarqués, et fait donner du bâton. Trop d’impôts sur les hauts revenus nuit à la compétitivité des entrepreneurs français : eh bien, cette aberration inventée par un groupe de « penseurs » libéraux anglais de la fin des années soixante dix, et qui excite encore certains groupes de pressions bien implantés à Bercy, inspire à monsieur Monsieur l’idée de leur abaissement.

    Je sais bien que ce triste personnage est devenu le prototype de l’homme d’action, de l’homme qui a le courage de ses convictions, comme le présentent Le Figaro, Les Échos, TF1 et, hélas, l’(ex-)ORTF, mais tout de même, pourquoi en faire autant ? N’y a-t-il pas là-dessous quelque machination du très puissant Parrain de la droite française pour donner à croire que l’homme est enragé et, comme le chien du proverbe, faire qu’il soit abattu. Ou simplement que, comme le papillon contre la lampe, il s’excite jusqu’à épuisement ou consomption. Dans tous les cas, nous avons là un drôle de personnage qui mériterait plus qu’une hagiographie médiatique, une monographie psychiatrique.

    Enfin, j’en viens dans ces moment à me dire que cet homme ne sera jamais président, mais restons en alerte, est-il sûr que le pire n’est jamais sûr ?

  • Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Civilization.

    Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Civilization.

    Civilization.

    Quand nous faisions nos humanités, nous devions dans le même temps connaître le long cheminement qui a permis à telle idée d’apparaître à tel moment. Nos professeurs nous enseignaient que le cours de l’Histoire est lent avec parfois quelques petits rapides, débordements ou écluses. Bref, que l’Histoire c’est du long terme. Quand nous voyons tous les jours dans la presse les événements se multiplier, il est raisonnable de penser que c’est par l’effet d’une accélération que le temps historique est changé et que cette vieille dame a soudain un bon coup de fouet. Peut-être ses derniers feux ? Certains l’ont écrit. Et d’autres en on fait leur gagne-pain.

    De ces derniers, je ne puis m’empêcher d’en citer un, dont le talent est reconnu depuis des années, ce n’est pas un historien, c’est un créateur de jeux. Sid Meier a, dans le domaine des jeux que l’on appelle « God Like », ou simulateur de divinité, presque tout inventé. Il est parvenu à faire suivre à ses multiples fans le cours des histoires de dizaines de civilisations, d’où le nom de son jeu phare : Civilization. Ça commence avec trois fois rien, et à force de recherches, de combats, d’expansion, le joueur constitue une civilisation puissante qui domine le monde de la tête et des épaules. Mais cette série (le numéro quatre va bientôt sortir) n’utilise qu’un seul principe fondamental : l’accumulation. Ce n’est que par l’accumulation de biens, de connaissances, d’armes que les civilisations progressent. Cette vision agressive et très limitée du cours de l’Histoire est actuellement la seule qui prévaut dans les Relations Internationales, et son achèvement après accélération est la domination par une seule civilisation de toutes les autres. Georges Bush jouerait-il à ce jeu ?

    L’Histoire, c’est du long terme et l’idéologie qui prévaut actuellement n’est qu’une étape de cette longue randonnée au travers des siècles. Je viens d’achever le cycle de « Fondation » d’Asimov ; cette lecture arrivait au bon moment. L’auteur présente la fin d’un Empire Universel et la lente constitution du suivant d’après les plans d’une poignée de chercheurs éclairés. Ces derniers ont fondé une petite République de chercheurs, noyau du futur Empire, soutenue en sous-main par une Phalange de « Psychohistoriens » capables de guider le cours des événements. Les péripéties, nombreuses, s’achèvent honteusement par un cinquième tome d’une nullité affligeante pour un tel romancier.

    La Duplice Démocratie-Libéralisme finira par être dépassée comme moteur de l’Histoire ; qui sait par quoi ? et je trouve embarrassant pour eux que de nombreux estimables hommes de science et de pouvoir se laissent aller à présenter l’idéologie actuelle comme éternelle. Les Reich de mille ans n’ont jamais fait long feu.

  • Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Un logement !

    Blog-Tone du 4 septembre 2005 : Un logement !

    Un logement !

    Le cri le plus impressionnant qu’il m’ait été donné d’entendre c’est « Au secours ! » La voix brisée par la détresse, les cordes vocales qui osent à peine le formuler, n’en laissant sortir qu’un souffle malgré la puissance de l’impulsion fournie par les poumons. Combien de ces cris on été murmurés puis dans un crescendo, une fois les cordes vocales détendues, hurlés dans ces immeubles en feu un peu partout dans Paris ? Et la mort qui vient lécher les corps, l’explosion des chairs et les chutes depuis les fenêtres, les pantins ensanglantés sur le macadam. Par trois fois, le feu a ravagé des taudis parisiens. Au cœur de la vie parisienne, des îlots décrépits survivent ; au cœur de la modernité l’État français permet à l’Ignoble d’assouvir son appétit de vies. Des marchands de sommeil exploitent la situation précaire de dizaines de milliers d’exilés africains, asiatiques et européens. Les exilés de la misères ne sont pas tous si exotiques. Des citoyens considérés par l’administration comme français depuis plusieurs générations vivent également dans les mêmes conditions. Quelle que soit la couleur de la peau, la misère est la misère. Et quel que soit son visage, l’Ignoble est l’Ignoble. Qui sont ces propriétaires qui osent laisser ces familles vivre dans ce dénuement ? Ce ne sont pas des Harpagons ou Ténardiers, ce sont parfois des institutions d’État : Caisse des dépôts, SNCF, Crédit Lyonnais, Banque de France… Tous ces groupes qui font la politique de l’État français sont bien plus responsables que ces abjects petits propriétaires tant décriés. Il faut avouer que la mairie de Paris cette fois-ci fait son boulot, mais pour qui ?

    Reloger les précaires dans la petite et moyenne couronne, c’est libérer de l’espace pour les revenus élevés dans Paris. Réhabiliter les logements, comme c’est le cas actuellement, c’est garder les prix élevés, conserver le pouvoir de nombreux propriétaires et leurs revenus. Paris n’a jamais considéré ses pauvres, elle les a toujours dévorés comme Saturne ses enfants, pourtant ce sont eux qui font la richesse de la ville, eux qui nettoient ses rues, transportent ses habitants, les nourrissent, prennent soin de ses enfants… En vomissant par ses fenêtres toute sa pauvreté, Paris découvre qu’elle est infectée. Et ses médecins comme au temps de Molière ont toujours les mêmes remèdes : la purge ou la saignée.

    Comment peut-on permettre de telles choses ? Et surtout QUI !

  • Jeudi 7 juillet : “This is not cricket !”

    Jeudi 7 juillet : “This is not cricket !”

    “This is not cricket !”

    Profitant de la désignation de Londres comme ville Olympique en 2012, quelques caciques français en ont profité pour exhiber leurs penchants anglophobes dans les étranges lucarnes. Certains le firent avec une bonne foi désobligeante, comme ce vieil homme qui n’aimait pas leurs habitudes alimentaires, d’autres avec fourberie, comme cet autre qui ne supportait pas leurs viles tendances aux intrigues de cour. Personnellement, je me réjouis de cette victoire. Paris n’avait pas besoin de ça. Entre le saccage du bois de Boulogne, le « réaménagement » des quais entre Jemmapes et Valmy et le bétonnage des Batignolles et de Saint-Denis, nous n’y aurions rien gagné. Le traditionnel « quand le bâtiment va, tout va » hérité du temps du Baron Haussmann fait encore beaucoup de dégâts dans l’opinion publique française. Quant aux 100 000 emplois promis, ils semblaient n’être, en fin de compte, que poudre aux yeux.

    Une longue période propagandaire s’achève avec la désignation de Londres. Ce type de compétition pour la compétition, largement médiatisé, nous est à présent familier. Il impose peu à peu ses règles et son vocabulaire. Où seront nos élections d’antan ? Nomination, SMS, clips… nous élirons, peut-être, sur le mode de la Real TV. Est-ce le fait du hasard ou d’une sale habitude, mais en quelques jours nous avons assisté à de nombreuses élections sous nos latitudes : Medef, Jeux Olympiques, FranceTélévisions et à chaque fois les mêmes méthodes (par tour avec élimination successives). Contrairement aux élections démocratiques, tout se joue en coulisse, mais pour garder l’aura démocratique, ces élections particulières s’en réclament, chargeant peu à peu nos bonnes vieilles habitudes de lourdes suspicions.

    Mais où seront nos élections d’antan ?

  • Vendredi 8 juillet : Et soudain, l’anglais nous est cher.

    Vendredi 8 juillet : Et soudain, l’anglais nous est cher.

    Et soudain, l’anglais nous est cher. Hier encore, il était fourbe, calculateur, sans foi ni loi, nous devions penser de lui pis que pendre, et soudain…

    De nombreux journaux ont été étonnés par le flegme de la foule britannique, par l’absence de panique. Il est évident que contrairement aux attentats de New York et Madrid, celui-ci était souterrain. Quand on a sous les yeux d’immenses immeubles qui s’effondrent avec fracas ou des trains éventrés, l’effet est bien plus impressionnant ; la violence de l’acte apparaît, elle est là, rappel de la déflagration. Le bus déchiré était sans perspective, masqué, isolé, loin du regard des passants qui ne purent voir qu’une carcasse comme on en trouve après un accident « commun ». La fumée qui sortait du métro était elle aussi semblable à toutes les fumées émises par les incendies urbains, fumée mêlée, blanchâtre et noire, à l’odeur âcre. Dans les commentaires de la presse, il restait un peu de cette anglophobie exprimée la veille. Le britannique n’est pas comme nous, il est flegmatique, détaché et au final, ça le rend sournois.

    L’effroi transforme, écrase et oblige à se détourner. Ce sentiment coupe les liens normaux avec ses semblables, rend étranger à soi-même, étranger à soi-même dans le regard de l’autre ; il rend nu. Cette aliénation ne peut être dépassée qu’en retrouvant quelque chose de perdu. Le regard vide des personnes qui sortent d’un attentat appelle le regard de l’autre. Ce regard fou qui passe si bien à la télé.

    Relier, c’est le travail le plus difficile, le plus dur, le plus inaccessible à ceux qui n’ont pas à le faire. Retrouver ce qui a été perdu en un instant, après ce flash, l’effroi, le tremendum. Ce petit voile que l’on aperçoit quand quelque chose qui ne devait pas se passer se passe ; c’est entrevoir ce qui a été vécu là-bas, en grand.

  • Mardi 16 Août : Idées noires.

    Mardi 16 Août : Idées noires.

    Idées noires.

    J’ai quitté la presse deux doigts sur la couture, je la retrouve au repos. Les Échos si diserts sur les réussites du gouvernement sont revenus quelque peu sur leurs positions, même Le Figaro prend un pli critique (peut-être un effet de son positionnement ouvertement Sarkozyste ?). Une étude de l’Insee sur l’évolution de l’emploi en France nous apprend qu’entre 1993 et 2001, plus de 2 millions d’emplois ont été créés en France. Depuis, c’est Waterloo. Ce retour du temps long en économie est un réel soulagement. Les diverses politiques menées depuis 4 ans n’ont aucun effet positif sur les domaines de « référence » : l’emploi, le pouvoir d’achat, la confiance.

    Les gouvernements Louis-Philippards de Monsieur Chirac sont d’une superbe inanité, ils n’ont fait qu’entretenir la pénurie tout en libérant des moyens pour financer la paix sociale. Les réformes annoncées n’ont que des finalités palliatives, rien sur le long terme : baisse des remboursements des dépenses maladie des particuliers au profit des médecins, baisse des retraites par répartition au profit des retraites par capitalisation, précarisation de l’emploi et baisse des allocations chômage, sans oublier les diverses actions annoncées mais non financées, les lois votées inapplicables, etc… On n’est pas loin du Lay de Villon. Qu’attendre d’un gouvernement de droite après tout ?

    La rentrée scolaire et politique arrive, les syndicats promettent qu’elle sera agitée, que le gouvernement devra affronter l’ire sociale. Les exigences soutenues par les syndicats sont de plus en plus sectorielles, elles concernent le plus souvent une branche d’activité, parfois un statut. Avec la fin des grands conflits généraux et des prises de position globales des syndicats, les gouvernements successifs et le nouveau patronat ont gagné en liberté d’action. L’avenir me semble bien sombre, peut-être que la reprise du boulot noircit mes idées, il n’empêche que rien ne vient étayer la pensée inverse.

  • Vendredi 29 : À la botte.

    Vendredi 29 : À la botte.

    À la botte.

    Alors comme ça, M. Villepin est en train de réussir son pari. Il devait faire baisser le chômage en cent jours et, à mi-parcours, le voilà qui baisse de 1,4%. 35 200 demandeurs d’emplois en moins, c’est un chiffre inattendu. Pour l’instant, l’équipe gouvernementale reste prudente, mais quelle jubilation ce doit être ! Le prochain Président de la République peut en effet se réjouir car juillettistes et aoûtiens reviennent de ou partent en vacances avec la certitude que le gouvernement travaille bien pour eux. Ces résultats sont sortis dans la presse patronale avant d’être présentés par le gouvernement ; c’est une tradition bien établie à présent, quand les chiffres du chômage sont bons, c’est la presse gouvernementale qui sort ces chiffres la veille et quand les chiffres sont mauvais…

    Aujourd’hui, Les Échos s’y sont collés. Un beau dossier avec intervention d’économistes, un ton prudent mais confiant, la certitude affichée que ça va aller mieux. Mais, zone d’ombre importante, l’emploi des moins de 25 ans va mal ; ce chômage est massif et se développe rapidement, les débouchés après les études sont peu nombreux, les actions dans ce domaine inefficaces, bref la bérézina. Heureusement, nos doctes analystes trouvent les mots qui rassurent, l’emploi des jeunes ’sur-réagit’ à la croissance, quand elle est molle ce chômage est important. Donc il faut retrouver la croissance, comme ce n’est pas la priorité du gouvernement, l’honneur est sauf.

    Je pars en vacances le cœur léger, je sais qu’en revenant, les journaux que je lirai seront toujours là où je les ai laissés avant de partir. À la botte du gouvernement.

    Bonne vacances, et bon courage.

  • Jeudi 28 : Niger.

    Jeudi 28 : Niger.

    Niger.

    Dans l’avant-dernier pays le plus pauvre du monde, 3,5 millions de personnes sont menacées par la famine malgré les nombreuses campagnes de préventions lancées par les Nations Unies. Cette semaine, une nouvelle campagne a été lancée en France, dans certains médias et par certains médias, pour porter à la connaissance du grand public le massacre qui s’y prépare. Mais dans ce cas, pas de crise politique, pas de guerre, c’est une famine « structurelle » : pas assez de terres arables, pas assez d’eau et pas assez de moyens mis en œuvre pour développer l’agriculture. Ce simple constat doit être complété.

    Le développement de l’agriculture dans les pays pauvres d’Afrique n’est plus à l’ordre du jour depuis longtemps, même les cultures de survivances sont abandonnées au profit de latifundias qui ne produisent plus que pour l’exportation, les autres produits agricoles sont importés à vil prix des pays développés. Le dumping pratiqué par ces derniers pour écouler leurs productions détruit plus sûrement les cultures que les nuées de sauterelles.

    Les aides fournies par les organisations humanitaires (gouvernementales ou non) ont des effets secondaires inattendus. Sans contrôles, elles n’atteignent que rarement les populations concernées ; distribuées par des organisations caritatives, elles aident les gouvernements à installer les populations déplacées donc entérinent leurs politiques. Pour que l’aide arrive et soit utile, et que soient mises en place de véritables politiques de développement, seules les institutions gouvernementales internationales peuvent aider réellement à régler définitivement ces problèmes.

    Depuis des lustres, nos gouvernements nous font la leçon sur l’aide au tiers monde, le développement des pays pauvres, la nécessaire coopération internationale… même M. Chirac y est allé de son couplet. M. Mitterrand en son temps avait ouvert la voie des promesses non tenues. Et pourtant, lors des grandes conférences de la Francophonie, combien d’actions pourraient être menées ! À trop demander aux associations, les États se sont désengagés de ces grands combats internationaux. Le Niger parle français, c’était une colonie française, le franc CFA est sa monnaie, alors que fait l’État français ? A-t-on entendu M. Douste-Blazy ? M. Chirac est-il intervenu ? Seul le Ministère de la défense a agi !

    Sous couvert de non paternalisme, de non intervention dans les affaires d’un État souverain, l’État français se refuse sa seule fonction internationale viable : l’aide au développement. Avec peu, il est possible de faire vite et beaucoup. Le temps passe plus vite en temps GMT, comment faire comprendre ça au Ministre délégué à l’Agriculture de Corrèze.

  • Lundi 22 : Le Jospinisme.

    Lundi 22 : Le Jospinisme.

    Le Jospinisme.

    La « gauche plurielle » a marqué la vie politique française de ces dix dernières années. Après la disparition de Mitterrand, une nouvelle façon de considérer la place du parti socialiste, à gauche, est apparue. Il y avait déjà eu quelques tentatives de recomposition, mais elles avaient été bloquées par le Commandeur. Le gouvernement Jospin a su trouver un équilibre entre les grands courants de la gauche française en acceptant de reconnaître le poids de structures politiques jusqu’alors considérées comme secondaires. Cette organisation constitutive des démocraties pluralistes était, ne l’oublions pas, une relative nouveauté sous nos latitudes. Il fallait remonter à la Quatrième pour trouver quelque chose d’approchant, mais à cette époque, tout tournait autour d’un parti aujourd’hui moribond, le parti Radical, survivance de la Troisième.

    Ce Jospinisme reste encore vivace mais au niveau local dans les grandes villes tenues par la gauche : Paris et Lyon. A Paris, le « gouvernement » Delanoë est l’exacte réplique du gouvernement Jospin, les mêmes équilibres y sont en jeu. Il ne faut pas oublier que Jospin et Delanoë étaient membres du club du 18ème avec, entre autres, Vaillant. Les forces qui déchirent actuellement le parti socialiste vont à terme le recomposer durablement. Entre sociaux libéraux, radicaux socialistes, gauche nationale, gauche populiste… tous les courants ont la possibilité de s’imposer dans le paysage politique français.

    Le gros du parti socialiste ne devrait plus être cette étrange coalition de courants hétéroclites, mais le noyau de tous les futurs gouvernements de gauche aussi bien au niveau local, qu’au niveau national. Les débats sur l’Europe, les services publics, la politique économique, les réformes des grandes institutions sociales ont petit à petit dessoudé ce Golem rouillé ; les forces qui vont s’en échapper auront ensemble le poids nécessaire pour que la gauche revienne durablement aux affaires. Mais les coups bas, les attaques mesquines, les grandes envolées ridicules des petits caporaux du parti risquent de retarder ce retour en grâce. Il ne faudrait pas que ces braves gens se retrouvent ensemble le cul dans la bassine laissant les français choisir entre deux vermines comme ils le firent il n’y a pas si longtemps. Le Jospinisme n’est pas une doxa mais une praxis, qu’on se le dise.

  • Jeudi 18 : Fusions et crise.

    Jeudi 18 : Fusions et crise.

    Fusions et crise.

    Nous sommes en période de mise en place. Pendant deux mois, nous ne savions pas si notre entreprise allait faire main basse sur notre principal concurrent. Petit à petit, ce dernier, pourtant leader sur le marché des revues de presse, a sombré. Les raisons de cette lente agonie sont nombreuses. Les dernières années, malgré les nombreux clients gagnés en pratiquant une politique des prix aberrante, il a dû déposer son bilan. Les repreneurs étaient peu nombreux, la Sécodip (ma boîte) était du nombre. Il y a deux mois, à peu près, la décision tombait, Presse Plus était racheté par le groupe TNS Sofres qui l’intégrait à sa filiale revue de presse, la Sécodip. Et depuis, c’était l’angoissante attente.

    Car quand deux entreprises fusionnent ce n’est presque jamais pour sauver des emplois, mais avant tout pour améliorer la rentabilité, augmenter le chiffre d’affaires, créer des « synergies ». Dans ce cas, nous n’avions pas trop à craindre pour nos places car Presse Plus allait payer le plus lourd tribut, la moitié des salariés restaient sur le carreau. Une personne était désignée pour élaguer les effectifs, remettre à plat les contrats. Pouvait commencer l’intégration définitive. Il a fallu que soient repensés l’architecture informative et les flux d’information, remodelé l’espace de travail, formées les équipes et enfin accueillis les impétrants.

    Quand je vois le stress généré dans une petite entreprise par ce type d’événement, j’imagine ce que doivent endurer les salariés de boîtes plus importantes. Car ce n’est pas la proximité qui est anxiogène, c’est l’éloignement des centres de décision, le secret qui les entoure, la lenteur de circulation des informations. L’attente motive les fantasmes, les angoisses et les rares relais vraiment efficaces sont les représentants du personnel. Mais souvent, sous nos latitudes, leurs fonctions de crise sont plus que limitées par un manque de culture syndicale. J’ai d’ailleurs été surpris par l’absence des syndicats dans la période qui vient de s’écouler ; aucun signe de vie de leur part, ils avaient démissionné, honteusement j’espère. Et nous attendons encore.

  • Mercredi 17 : Le tout, c’est d’y croire.

    Mercredi 17 : Le tout, c’est d’y croire.

    Le tout, c’est d’y croire.

    Rien ne vaut un bon film de genre, et ce quelque soit son genre. Même avec peu de moyens, des acteurs limites, une réalisation à la vas-y comme je te pousse et un scénario écrit avec les pieds, les films de gladiateurs, gores, de pirates ou de science-fiction ont des codes si bien connus que le spectateur averti adhère, obligatoirement. Et puis il y a les maîtres du genre, ceux qui inventent et que les suivants reprennent, quasi religieusement. Romero a récemment retrouvé les chemins des studios pour tourner une suite du Jour des morts-vivants ; pendant une vingtaine d’années, une foultitude de réalisateurs a repris et usé consciencieusement les hauts faits de ce génie du genre, ils auront grâce à ce dernier opus de quoi se renouveler un peu.

    Mais le film de genre ce ne sont pas que des codes, c’est un univers auquel il faut adhérer. Acteurs, réalisateurs, producteurs et spectateurs doivent ensemble croire dans ce qui se passe malgré tous les défauts des décors, du jeu ou des dialogues, il faut y croire, comme si ce que l’on avait sous les yeux était la réalité. C’est la condition sine qua non de l’existence du genre. Une frange des spectateurs les moins éclairés se fait parfois prendre par de faux prophètes qui veulent nous faire croire qu’ils ont inventé quelque chose. Cette engeance introduit dans ces films la pire des calamités : la distance.

    Un film de grand-guignol doit se regarder au premier degré, il faut être dégoûté, un film de gladiateur ou d’épées se doit d’être viril, un film de samouraï doit exalter le bushido, etc… il faut que chaque fois l’intention soit simple et accessible. Il est possible de parsemer ces films de moments ironiques, comiques, moqueurs, décalés, mais l’intention ne doit pas en être altérée. Il est difficile pour les impétrants de comprendre comment un être qui a un minimum de jugeote peut apprécier ces films Z, c’est pourtant simple : c’est parce qu’ils sont sans concessions et d’une pureté parfois révoltante.

  • Mercredi 13 : Les pôles de compétitivité.

    Mercredi 13 : Les pôles de compétitivité.

    Les pôles de compétitivité.

    Le gouvernement Sarkozy veut créer des pôles de compétitivité. Cette « nouvelle » politique a pour but de regrouper des entreprises de pointe performantes sur le marché mondial, et de créer des emplois. Ce n’est pas la première fois qu’une telle idée est mise en application. Ce nouvel avatar du Plan quinquennal, des zones franches, des zones de développement prioritaires et autres redynamisations du tissus industriel… connaît un important succès aux Etats-Unis, en Angleterre, en Allemagne et en France. Car elles existent déjà à Grenoble, Toulouse et Nice, notamment, et associent des entreprises et des centres de recherche.

    Pourquoi tout ce ramdam autour de ces pôles ? Avant qu’une grosse minorité des français ne parte en vacances, il faut montrer que le gouvernement travaille, qu’il travaille pour l’emploi des français, et comme un seul homme. J’ai pu lire dans la presse que même sur ce sujet, M. Sarkozy s’est opposé aux autres ministres compétents, notamment M. Breton. Celui-là voulait plein de pôles quand celui-ci n’en voulait qu’une poignée sur lesquels investir lourdement pour qu’ils aient un poids international. Jusque dans ce type de choix, le ministre de l’Intérieur fait preuve de son populisme petit bourgeois désormais légendaire.

    Ces pôles, s’ils créent des emplois, ne concerneront que des personnes très diplômées et très spécialisées, et ne s’adosseront qu’à long terme à des industries susceptibles d’embaucher du personnel moins qualifié. Cette simple constatation explique également pourquoi le gouvernement ressort ce projet des cartons (car ce qui a été proposé traînait depuis longtemps dans quelque obscur bureau) juste avant les départs en vacances des universitaires et futurs chercheurs.

    La trop célèbre France d’en bas n’est pas, et n’a jamais été, le centre des politiques des gouvernements Chirac. Tout discours venant d’un des membres de ses gouvernements n’est qu’un mensonge honteux. Il faudra bien que ça rentre un jour.

  • Mardi 12 : Quelle mouche a piqué Delanoë ?

    Mardi 12 : Quelle mouche a piqué Delanoë ?

    Quelle mouche a piqué Delanoë ?

    Quelle mouche a piqué Delanoë ? Pourquoi, le lendemain des attentats de Londres, a-t-il attaqué avec autant de rage le gouvernement Blair ? Après une tragédie, il existe une période de latence, de recueillement ; comme en temps de guerre on observait une trêve pour enterrer ses morts. Mais là, rien, l’attaque a été directe, violente, en tribune. A force de fréquenter le personnage, très présent dans les médias, j’avais pris l’habitude de l’entendre dire des choses rondes, bien tournées, parfois il attaquait, même durement, mais dans les règles de l’art, avec dérision ou ironie. Il a toujours fait preuve de tempérance, sauf sur cette affaire des jeux olympiques. Pourquoi ?

    Paris – Londres – Bruxelles. Un triangle de 2 heures de côté entre trois pôles économiques et politiques majeurs de l’Europe. La compétition est devenue acharnée ces derniers temps et Londres a largement pris le dessus. Paris se vide lentement de ses habitants, peu d’entreprises s’y installent et de nombreuses usines de sa périphéries ferment ou se recomposent ; la ville garde son aura internationale mais dans les faits, elle est moins attractive que Londres et Bruxelles. Cette dernière est en rapide expansion malgré d’importants conflits avec sa périphérie, conflits linguistiques notamment, et elle bénéficie de forts investissements structurels induits, entre autres, par sa fonction européenne.

    Londres, quant à elle, explose. Centre financier mondial, pôle de recherche dynamique, elle attire de nombreuses entreprises de pointe dans sa périphérie et créée des emplois.

    Son maire, personnage haut en couleurs, a su réorganiser la ville sans nuire à son développement. Londres devient la nouvelle Ville Lumière. Face à ce succès récent, la municipalité parisienne semble désarmée et comptait sur les jeux pour relancer une politique de développement atone. Cet échec est aussi l’échec personnel du maire.

    Delanoë se croit un destin national, il veut autre chose, et si près de 2007, les jeux auraient été une bénédiction. Il a mis toutes ses forces dans la bataille, bénéficiant en plus du soutien des plus importantes entreprises françaises. Cette arme de guerre aurait été d’une efficacité redoutable dans une campagne politique. Ce nouveau Chaban-Delmas devait rêver d’une campagne à l’américaine avec ses amis du spectacle et tout le tremblement. Et tout s’effondre à cet instant du « London 2012 ». Chacun peut recréer l’expérience que vient de vivre Delanoë, il suffit de fuir la réalité, de vivre un rêve pendant une longue période, puis qu’arrive un événement qui vous rappelle la dureté de la réalité.

    Delanoë est un somnambule qu’on vient de réveiller, il est en rage.

  • Lundi 18 : Audi. Vide. Sile. + Un spectacle de Guy Freixe

    Lundi 18 : Audi. Vide. Sile. + Un spectacle de Guy Freixe

    Audi. Vide. Sile.

    Le 14 juillet, comme tous les ans, nous avons eu droit au défilé réglementaire du fleuron de l’armée française. Cette année, pour la première fois j’osais sortir, et quelle n’a pas été ma surprise de découvrir Paris envahie par la troupe. Opéra était le théâtre des opérations de la Légion Etrangère. Elle exhibait ses chars, ses canons, ses médailles, invitant les passants à visiter ses engins verdâtres. Des militaires isolés patrouillaient un peu partout, s’arrêtant à la demande pour un portrait. Alors que l’opération Vigipirate renforcée est en place depuis les attentats de Londres, ces militaires en goguette ajoutaient malgré tout une touche de couleur bienvenue à la gendarmesque.

    L’armée a pris ses quartiers depuis longtemps dans les gares, les métros et les lieux officiels, mais sa présence dans la rue était une nouveauté. A chaque pas, devoir supporter la vue d’un homme en uniforme, mitraillette au bras, est une expérience stressante. Depuis des années, je ne voyais, excepté les domestiques, les militaires qu’à la télévision, en opération, loin d’ici. Cette proximité, angoissante, m’a toutefois rappelé que la présence d’uniformes est un signe d’anormalité, signe que nous ne sommes pas dans l’ordre des choses. Même si dans ce cas précis, c’était plus une opération de communication qu’une opération proprement dite.

    Le spectacle de l’armée en ville évoquait un autre spectacle. Tous les jours face à la presse, je suis en passivité, je regarde défiler des pages de choses retranscrites, souvent identiques. Je sais que jamais je ne serai en mesure d’en modifier une, de répondre à l’écrit par mon écrit, d’apporter dans le numéro du lendemain une modification quelconque. La page est là, autonome, s’imposant à moi. Ainsi se vit la presse au bout d’un certain temps. On la regarde, sans rien dire. La passivité face au média ne peut se combattre que par la connaissance de ce qu’il transmet. Il faut à la presse répondre par l’Histoire, à la télévision par l’action, à la politique par l’engagement.

    Certains le font. Ai-je le choix ?

    Regarde. Ecoute. Tais-toi.

  • Mardi 19 : Le « spectacle diffus » du volontariat.

    Mardi 19 : Le « spectacle diffus » du volontariat.

    Le « spectacle diffus » du volontariat.

    Une manière d’imposer sans commander commence à connaître une vogue inquiétante. Jusqu’alors engagement volontaire, elle est devenu, dans l’entreprise notamment, une méthode de management qui permet aux chefs de ne plus imposer mais de susciter. Dans le cadre de politiques publiques, il oblige, sans contrainte, sans violence visible, les citoyens à faire des efforts. Cette idée garde encore un peu de sa force quand il s’agit d’engagement humanitaire ou social, voire politique. Le volontariat est le signe de la démission évidente des responsables, une manière d’imposer par l’intérieur, par la volonté de celui qui fait l’effort, sans signifier la moindre coercition. En motivant le volontariat, il est plus facile de faire croire que la personne qui se porte volontaire le fait librement.

    Le Lundi de Pentecôte est remis en cause depuis sa création et, à présent qu’il est clairement établi qu’imposer un jour travaillé aux salariés pour financer une branche de la Sécurité Sociale n’est pas efficace, le gouvernement va certainement choisir la voie du volontariat, comme recommandé par le rapport Leonetti. Chaque salarié devra donc « choisir » un jour pendant lequel il travaillera sans être payé. Imposer le volontariat, formule ironique et déjà bien patinée par l’usage, perd de sa distance pour devenir une forme pratique d’aliénation. Combien d’entreprises se réorganisent en proposant un volontariat au départ, ou à la reconversion ? Le salarié qui de toute façon ne retrouvera pas son travail initial doit s’imposer le choix de le modifier.

    Par le volontariat, il n’existe plus de responsable désigné, de force visible qui impose ; c’est ce que Guy Debord appelait le « spectacle diffus », aliénation sans visage, toile de fond de la modernité.

    Le volontariat est en train de devenir, sous nos yeux, l’outil de coercition par excellence des sociétés pacifiées.

  • Vendredi 22 : La confusion (2).

    Vendredi 22 : La confusion (2).

    La confusion (2).

    L’absence de définition précise est le meilleur moyen de susciter la confusion. A partir d’une définition imprécise, partielle ou partiale, il est facile de la motiver. Une politique de l’immigration basée sur l’amalgame entre migrants, par exemple, permet de faire passer toute une série de mesures précises qui les toucheront tous. De plus, elle va autoriser le contrôle de personnes qui jusqu’alors n’étaient pas inquiétées. L’administration une fois lancée à la chasse aux nouveaux « indésirables », rien ne peut plus l’arrêter ; de plus, l’impunité accordée aux pandores permet l’utilisation de moyens qui placent régulièrement la France en bonne place dans les études annuelles d’Amnistie Internationale. Avec le premier flic de France actuel nous pouvons être sûrs que les dérapages seront nombreux.

    Les nouveaux attentats à Londres fournissent une autre occasion de créer de la confusion. Les premières tueries de Londres, au su des avancées de l’enquête, étaient le fait de jeunes gens entraînés et embrigadés dans des camps tenus par les premiers cercles d’Al Qaeda. Les explosifs utilisés ainsi que les méthodes de mise à feu sont signées en quelque sorte. Cette fois-ci, c’est un groupe informel, mal préparé et sans « expertise » qui a agit, qui voulait certainement se placer sur le marché des valeurs terroristes. Ces petits groupes sont nombreux, agissant seuls, sans concertation, voulant imposer une marque, une signature pour prouver qu’ils existent. Le marché du terrorisme ressemble à n’importe quel marché avec ses campagnes de communication, son marketing, ses OPA et autres refinancement. Il n’y a pas de lutte idéologique là-dedans, pas une miette. C’est une course au pouvoir, rien de plus.

    Lutter contre la confusion est un combat quotidien ; tous les sujets sont susceptibles d’être touchés. Dans les périodes de vacances, les rares garde-fous ne fonctionnent plus, l’opinion publique s’endort et va se répandre sur les plages. D’ailleurs, il est toujours amusant de constater que la presse du littoral laisser traîner dans ces moments des articles qui sortent du quotidien.

  • Lundi 25 : Regardez l’homme !

    Lundi 25 : Regardez l’homme !

    Regardez l’homme !

    Septième Tour de France pour Lance Armstrong. Une telle longévité au plus haut niveau est une chose rare, et sur le Tour de France, une première. La presse a déjà beaucoup glosé sur le cas de cet homme qui sort d’un cancer et de l’anonymat du peloton pour vaincre et écraser toute la concurrence. Du talent, de la volonté, du travail et une équipe solide, c’est en résumé ce qui a permis ce tour de force. Reste cette suspicion de dopage qui traîne autour et de l’homme et de son sport. J’ai acquis la certitude qu’il n’y a pas de dopage à recherche de son côté. Le cyclisme est lié au dopage depuis ses grandes épreuves. Pour supporter l’effort et la souffrance, le cycliste a besoin de ce moteur supplémentaire ; sans lui, il racle son corps à la route, il le déforme, jusqu’à en épuiser toute sa chair. Le dopage peu à peu n’est plus une aide pour l’effort mais dans l’effort, une drogue pour oublier, pas pour dépasser.

    Pour Armstrong, ce devait être cela au début ; on sait que ses premiers tours de roues chez les professionnels ont été suivis par des équipes médicales qui « chargeaient » les coureurs dont ils avaient la… charge. Son cancer des testicules peut avoir un lien avec ces expériences. Mais après, après la maladie, le coureur anonyme est devenu une légende. Je ne reviens pas sur les raisons avancées par les nombreux spécialistes qui se sont penchés sur son cas.

    Le corps de ce coureur disparaît dans l’effort. Il est évanescent, la machine semble tourner seule, sans l’aide d’aucune chair. Ce corps dans la forge de l’entraînement devient autre chose. Tous les coureurs que l’on voyait sur le Tour exprimer quelque chose par leur corps, l’effort, la souplesse, la vitesse, la douleur… De ce corps, rien ne vient, aucun signe interprétable. Quand Rasmussen, la chair à vif, se perdait dans le contre la montre, là il y avait un corps.

    L’artisan qui inscrivait dans son corps son métier a disparu pour devenir cycliste, sprinter, marathonien, footballeur… Le sportif est l’artisan de son sport, il l’incorpore, le fait vivre par son corps et fait, comme il se doit, son tour. Dans son pèlerinage de clubs en équipes, le sportif reproduit la geste des compagnons pour créer enfin son chef-d’œuvre, c’est-à-dire lui-même. C’était ça Armstrong. La grande transformation de l’homme continue, mais rien de neuf sous le soleil.

  • Mercredi 20 : Édito sombre.

    Mercredi 20 : Édito sombre.

    Édito sombre.

    Cette nuit, j’ai aperçu les regards impatients, tapis dans les nuées mortes. Le visage crispé d’un inconnu allongé dans le noir. En passant devant lui, je me suis imaginé qu’elle aurait été ma vie de l’autre côté, si rien ne s’était passé. Le temps d’un clignement d’œil, un instant entre deux marches. Et si, si je n’étais pas, si je n’avais pas. Je ne me souviens plus de cette rêverie, seul reste le sentiment d’un désachèvement éternel, d’avoir loupé une marche.

    Puis j’ai repris ma route, dans l’escalier sombre, jusqu’à la porte de la cour. Mon araignée était toujours là, blottie, veillant sur le jardin. Son poids déformait légèrement sa toile. Ma clef la fit bouger. En refermant la porte, j’ai pensé que jamais je n’aurai dû prendre certains chemins. Il ne faudrait jamais prendre certains chemins.

  • Jeudi 21 : La confusion (1).

    Jeudi 21 : La confusion (1).

    La confusion (1).

    Sur ce terrain, un homme politique a démontré tout son talent ces dernières années. Ministre multicartes, chef de parti, homme de médias, cycliste, il peut tout faire et tout dire sans jamais avoir à assumer les conséquences de ses actes. Nicolas Sarkozy, depuis son retour en grâce, n’a plus abandonné les devants de la scène. Les sujets qu’il aborde, il les traite avec une apparente facilité, exposant tous les enjeux de façon claire et proposant des solutions simples. Budget, sécurité, macroéconomie, sécurité… dans tous ces ministères, il a imposé son style, ses réformes, garanti la paix sociale et ouvert des perspectives. Apparemment.

    En fait, si l’on regarde juste d’un peu plus près tout ce qu’il a fait, rien n’a jamais abouti. Il a toujours soutenu des idées reçues, à peine masquées, exposé des généralités sans finalités pratiques et repris à son compte des actions menées par ses prédécesseurs ou leurs administrations. Et malgré cela, il est l’homme politique en qui les français ont le plus confiance, le centre de toutes les attentions de tous les partis et l’espoir d’une Majorité déchirée.

    Récemment Patrick Weill s’est penché sur ses propositions en matière d’immigration de travail. En quelques mots, il a retourné les pauvres arguments du Ministre (état des lieux, politiques appliquées dans d’autres pays, conséquences de ces politiques, résultats espérés en France) et démontré les dangers de sa politique. Nicolas Sarkozy se nourrit de l’inattention de ses contemporains et de la trop grande mansuétude de la presse et du personnel politique. Il peut sans vergogne avancer des demi-vérités sans être inquiété des conséquences de ses actes. Il n’est jamais assez clair pour être publiquement attaqué. En cela, il ressemble à Jacques Chirac qui n’a jamais constitué de politiques publiques concrètes.

    Il est agréable de penser qu’un jour ils paieront pour leurs forfaitures, mais l’expérience montre que rien n’est jamais reproché aux hommes de pouvoir tant qu’ils bénéficient de la clémence de la minorité la plus avancée. Espérons que malgré tout comme en Italie, ou comme cela s’est passé à Perpignan à la fin du règne d’Alduy père, ils seront justiciables des erreurs qu’ils ont commises.

  • Mardi 26 : Pepsico-Danone.

    Mardi 26 : Pepsico-Danone.

    Pepsico-Danone.

    L’affaire Pepsico-Danone est plus une affaire de nationalisme que de mondialisation. Pendant deux semaines, elle a secoué les médias, la classe politique et les syndicats. Tout le monde avait son petit mot à dire. « Danone doit rester français » ou au moins européen. Qui a-t-il derrière tout ceci ?

    La Nation, tout le monde sait ce que c’est, mais personne n’a jamais été capable de la définir. Est-ce le génie d’un peuple, ses cimetières et ses chaires, un vouloir vivre ensemble, la sang et la langue, la Civilisation ? C’est plus simplement la négation de ce qui n’est pas dans un périmètre et en même temps tout ce qui est dans cet espace imaginaire. Par exemple, tout événement s’étant passé sur les territoires de la France actuelle avant leur accession à l’Histoire de la France n’est pas la Nation française ; est française toute personne qui est française, donc pas anglaise, pas chinoise, pas bantoue et certains de rajouter par fantaisie qu’il faut être de surcroît chrétien, voire catholique, ou blanc de peau, ou encore qu’il faut savoir parler français correctement.

    La nationalité de l’entreprise dépend également de qui la définit : structure du capital, composition du conseil d’administration, langue utilisée… Danone est français, mais peut également être américain, ou suédois. Après tout, quelle différence ? Eh bien cette différence a échaudé les ardeurs guerrières des défenseurs de l’emploi français. C’est le second volet de cette petite histoire, l’emploi français.

    Il y a peu encore, il fallait travailler à l’étranger, favoriser l’installation d’entreprises étrangères pour créer des emplois en France, pousser des entreprises françaises à absorber d’autres entreprises à l’étranger, ou regrouper des entreprises nationales pour qu’elles deviennent intouchables dans une économie mondialisée. Ce temps est fini. A présent, l’emploi se crée sur le territoire français, avec des entreprises françaises, pour des français et avec l’aide de l’État français. C’est un peu le fond de la politique de l’emploi proposée par le Gouvernement Chirac-Villepin. Ce nationalisme du labeur peut évoquer le ’travailleur français’ du PCF, mais fait surtout penser à une forme de pétainisme de mieux en mieux assumée. Sur ce registre, je conseille à tous la lecture des discours de Pétain pendant la collaboration, on dirait du Villepin (« La France ce vieux pays… »).

  • Mercredi 27 : Une histoire d’œil.

    Mercredi 27 : Une histoire d’œil.

    Une histoire d’œil.

    Les ministres des sécurités intérieures et extérieures ont proposé que la ville de Paris soit, comme celle de Londres, quadrillée de caméras. L’exemple de Levallois-Perret n’aura servi à rien. Dans la ville de M. Balkany, un réseau équivalent a été constitué il y a quelques années, et pour quels résultats ! Voir des personnes marcher dans la rue, repérer des véhicules en infraction, faire croire que des personnes regardent de l’autre côté de la fibre pour sécuriser les passants… L’exemple de la « réussite » du système londonien dans la recherche des poseurs de bombes a inspiré le ministre des affaires policières. Caresser le « peuple » dans le sens du poil est devenu sa priorité, montrer qu’il est capable de prendre le meilleur de tous les système sa nouvelle politique. Pourquoi ne pas avoir parlé de Balkany, pourtant proche politiquement et géographiquement ?

    Pour ces gens-là, seul compte l’effet d’annonce. Dire ’nous ferons comme à Londres’ c’est s’approprier la « réussite » de la police londonienne, sans effort. Tous les jours, nous voyons dans les rues de Paris, dans les couloirs du métro, dans les bus, dans les magasins des caméras braquées sur nous, mais souvent tout ce qu’elles voient ne « sert » à rien. Pas d’enregistrement, pas de personnel devant les écrans de contrôle, voire pas de fonctionnement du tout, c’est un genre d’avant-scène, la place du souffleur.

    A Londres, les enregistrements pallient le manque de personnel, peu de services ont infiltré convenablement les cellules intégristes, « keep the natives natives » reste le mot d’ordre, les pakistanais restent des pakistanais. En France, cela fait longtemps que l’algérien doit être français, le portugais doit être français… Ces caméras, c’est simplement la « politique » de l’immigration appliquée du ministre des cultes et de l’aménagement du territoire, l’étranger est étranger et doit être considéré comme tel, le but n’est pas que son séjour se passe bien mais que son départ soit déjà prévu. Politique des quotas, immigration choisie, « affirmative action » tout est en place pour faire rentrer la politique française de l’immigration dans un nouvel âge : celui de la séparation assumée.

  • Vendredi 1er : Jules Verne et Vidal-Naquet.

    Vendredi 1er : Jules Verne et Vidal-Naquet.

    Jules Verne et Vidal-Naquet.

    Ce matin, j’ai achevé la lecture d’un roman, un peu faible mais qui vaut le coup d’oeil, de Jules Verne : Les 500 millions de la Begum. Il est question d’un héritage en déserrance qui trouve un héritier prêt à le partager avec l’humanité entière. Ce savant, Français, décide de l’utiliser pour créer une ville dans laquelle les principes de l’hygiène « moderne » seraient appliqués dans toute leur plénitude. Mais un allemand se découvre des droits sur cet héritage et décide d’en réclamer sa part. Si l’on passe sur la description des caractères (très XIXème), les allusions racistes (plus qu’allusives), les revendications nationales (« Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine… ») et les péripéties longues et peu poussives, il reste une œuvre intéressante dans sa structure : opposition FranceVille (hygiène, santé, bonheur)/Ville de l’acier (gigantesque usine à canons), affrontement direct, dépassement du conflit (pétrification du vil Herr Schultze) et union (dans un immense élan de liesse populaire et un mariage entre un Alsacien et une Française). Cet ouvrage vaut également pour sa description de la Ville de l’acier, une des rares villes géométriques de la littérature française.

    Spontanément je n’aurais jamais eu l’occasion de lire ce roman, il m’a été, en quelque sorte, conseillé par Pierre Vidal-Naquet. Dans L’Atlantide, il étudie le mythe de la civilisation disparue, l’histoire de sa légende et ses usages. Il évoque de nombreux ouvrages dont certains vont certainement finir entre mes mains. La dernière partie concerne les camps de concentration. Leur organisation a beaucoup à voir avec celle des villes utopiques. Il cite également un ouvrage peu connu de Perec qui évoque les camps. À lire.

    Tout cela n’avait rien à voir avec l’actualité. Jusqu’à un certain point…

  • Lundi 4 : Les jeux de Londres ?

    Lundi 4 : Les jeux de Londres ?

    Les jeux de Londres ?

    Mercredi, Paris et les autres villes sauront si Londres a les jeux. Dans les canards, les dossiers se multiplieront sur le sujet, laissant peu de place aux restes de l’actualité. Puis tout rentrera dans l’ordre : Blair dirigera l’Europe, Sarkozy pompera, le G8 se réunira, Parisot sera élue à la tête du Medef, etc., la vie reprendra le dessus. La trêve des confiseurs (longue pendant l’été) commencera à peu près à ce moment-là pour s’achever début septembre. S’ouvrira une période de calme, mais également d’ennui. Que nous réservera la presse cet été ?

    Nous le savons tous. Il suffit de penser à tout ce que l’on peut écrire et dire sur les vacances, au bord de l’eau, en montagne, les restaurants, les boîtes de nuit… sans oublier ce quotidien que l’on veut fuir (paraît-il), quotidien sordide, avec ses malheurs (maladies, chômage), et ces péripéties politiques qui gênent la tranquillité des français au repos. Déjà on voit poindre des dossiers suspects, des articles trop longs, des pages que l’on sent inutiles. Les phrases perdent en densité, les informations se diluent, les signatures se multiplient, les illustrations prennent de plus en plus d’espace, bref la presse se délite peu à peu ouvrant largement ses colonnes aux suppléments Découverte, Vacances Lointaines, Vins, Loisirs Nautiques…

    C’est un moment béni pour la pige. On traque la citation dans des lieux improbables, les colonnes dévolues à tel ou tel client disparaissant, il ressurgit victime d’une sorte de syndrome chinois dans les colonnes de l’autre cahier, où aucun d’entre nous ne s’était encore aventuré. On découvre des lieux qui nous étaient jusqu’alors interdits, des lieux obscurs où la CFDT, la CNAMTS ou encore le Ministère de la Jeunesse et des Sports, ou celui de la Santé et des Solidarités n’ont jamais mis les pieds, les pages Finances ou pire encore les pages Luxes.

    Bref, mes vacances, je les passerai la tête dans les pages, des mots plein les yeux.

  • Mardi 5 : Qu’est-ce qu’un fait ?

    Mardi 5 : Qu’est-ce qu’un fait ?

    Qu’est-ce qu’un fait ?

    Salman Rushdie, dans le Libé d’aujourd’hui, commence un papier sur l’hypocrisie de l’administration Bush par cette question trop peu souvent posée : qu’est-ce qu’un fait ? Tous les jours dans la presse, nous voyons défiler des faits, parfois appelés, quand ils sont marquants, événements. Par exemple, l’élection de Laurence Parisot à la tête du Medef est un événement (politique et syndical), mais également un fait majeur (élection d’une femme, une première à la tête du patronat) et également un fait (elle est élue).

    En sociologie, nos professeurs insistaient souvent sur ce point : « un fait est un construit », ou encore « un fait, ça n’existe pas ». Un arbre qui tombe, cela semble un fait, mais en fin de compte, à bien y réfléchir, c’est une action engendrée par une ou plusieurs autres actions (gravité, foudre, vent, voiture, hache, tremblement de terre…) qui ont des causes (rencontre de deux masses d’air, alcool, oops !, bûcheron, tectonique des plaques…) dont certaines sont effectuées dans certains buts (voie express en construction financée par le Conseil Régional, le Département et la Communauté de communes…). Vu comme ça, dire que telle ou telle chose dans le canard est un fait, une évidence, devient un « jugement » bien peu sérieux.

    La seule chose que l’on peut considérer, à la limite, comme des faits (entendu comme pétrification d’une action, ou mieux encore, transcendance « spontanée ») ce sont les faits divers. Cette catégorie d’articles très appréciés des lecteurs assidus, permet, en quelques lignes, de rentrer dans l’âme humaine. Un fait, qui s’est construit, longuement, par toute une série d’actions parfois complexes, exprimé en peu de mots, et qui se réalise par sa simple existence, fait partie de ces grandes constructions humaines qui fait toucher du doigt quelque chose qui ressemble comme deux gouttes d’eau à du divin.

    Par exemple : un arbre est tombé sur Laurence Parisot, 45 ans, la veille de son élection à la tête du Medef. Il a été déféré au parquet des Yvelines, après avoir été entendu par la gendarmerie. Son avocat a déclaré qu’il ne souhaitait faire aucun commentaire.

  • Luundi 11 : Le Tour de souffrance.

    Luundi 11 : Le Tour de souffrance.

    Le Tour de souffrance.

    Le Tour de France est un événement personnel qui accompagne nos souvenirs. Chacun a son Tour. Pour moi, c’est les vacances, le soleil, la plage, et aux heures les plus chaudes de la journée, c’est ce moment passé à la fraîche, sur le canapé, dans la pénombre, dans les courants d’air. C’est la geste des costauds du peloton, d’individus exceptionnels soutenus par une foule hurlant leurs noms. C’est des corps déformés par le vélo, soumis à sa puissance. Le corps du cycliste est voué à son outil de travail ; suivant qu’il est grimpeur ou sprinter, il aura des muscles fins ou épais, un cœur lent ou rapide, mais toujours un souffle hallucinant. Il est l’ouvrier de sa machine, il lui donne la vie. Il est le moteur non mu qui permet tout le reste. Le centre d’un monde de souffrances.

    L’homme cycliste n’est pas. Il est un conte, une fable. Il n’est qu’une tranche d’effort, un moment de douleur. La route ne se fait jamais seul, là Bahamontes a lancé une attaque, ici Hinault a définitivement gagné le Tour, c’est là encore que Casartelli a chuté ; les lieux se succèdent avec leur vie propre, dépassant chaque individu mais l’intégrant dans cette histoire qu’ils peuvent à leur tout marquer. La route du Tour, c’est le « Tour de souffrance », ce sont des hommes qui vont se briser dans cette conquête, par goût, par obligation, par hasard. Le vélo impose comme impose la mine ou la vigne, il crée sa société, modèle ses corps, génère sa propre histoire.

    Le Tour arrive dans la montagne ; cet événement m’a absorbé. En voyant Rasmussen en danseuse sur le Ballon d’Alsace tout m’est revenu comme si une année n’était pas passée, comme si rien d’autre que le Tour n’était arrivé. J’étais dans tous les lieux et avec toutes les personnes avec qui j’ai partagé ce spectacle.

  • Mercredi 6 : La récidive est à la mode.

    Mercredi 6 : La récidive est à la mode.

    La récidive est à la mode.

    La récidive est à la mode. Pour la justice, elle signifie que le récidiviste doublera sa peine. Pour le médecin, elle signifie que la maladie reprendra sous une forme proche. Je me souviens d’une phrase que m’avait sortie un des mes employeurs ; nous nous étions accrochés au sujet d’un collègue, petite querelle vite réglée ; mais il m’avait averti que cette première altercation sur ce sujet ne devait pas se reproduire, car cette erreur deviendrait une faute. Instruit par l’expérience, toute réédition d’une action a des conséquences connues, et de ce fait, si untel agit de la même manière, c’est qu’il cherche les mêmes effets. Cause/effet, air connu. Sauf que…

    30% des personnes condamnées pour délit sont récidivistes, donc sachant que tel délit engendre telle condamnation, et que toute récidive double la peine encourue, elles cherchent cette condamnation. Toute personne condamnée une deuxième fois sait sa faute, elle agit donc avec préméditation, sachant les effets exacts de son action. Il existe donc des personnes (en nombre) qui veulent être condamnées a des peines toujours plus lourdes. Et ce discours, poussé juste un peu plus loin ici, est généralement accepté sans critique.

    Il est possible de transformer une récidive en médecine en récidive pénale. Un cancer qui reprend sous une forme proche, alors qu’il avait guéri, peut être dû à la répétition d’actions favorisant son apparition et son développement. Ainsi fumer, boire… sur un cancer guéri, c’est vouloir sa réapparition.

    Pénale ou sanitaire, la faute est condamnée par un doublement/renouvellement de la peine ; la presse charrie tous les jours son lot d’articles dont le seul fondement est cette rapide exploration de l’âme humaine. La faute doit être condamnée car elle n’est pas le fait du hasard mais bien un choix du condamné. Le pauvre est pauvre parce qu’il le veut, le chômeur au chômage parce qu’il le veut, le malade malade parce qu’il le veut… ad nauseam.

  • Jeudi 30 : Un peu de lassitude.

    Jeudi 30 : Un peu de lassitude.

    Un peu de lassitude.

    Cette nuit a été difficile ; en voir la fin est un petit soulagement, je vais pouvoir passer à autre chose. Rien de bien méchant, juste un peu de lassitude. Sarkozy a accordé une entrevue au Figaro, Xavier Bertrand au Parisien, Jean-Louis Debré à La Croix et Villepin a publié une tribune dans Le Monde. Bref, la routine. Je suis toujours surpris par la pusillanimité de la presse certains jours, de la manière parfois frénétique avec laquelle elle accepte son rôle de média du pouvoir. Et que disent ces gens ? Qu’ils travaillent en bonne intelligence, que tout va pour le mieux, que la France est forte avec eux (« avec nous »)… la palme pour Sarkozy tout de même dont l’entrevue était doublée par un dossier dans Le Parisien sur lui et sa femme (en Une !). Il y a des jours comme ça. Un peu de lassitude.

    Je pensais, en parcourant un article sur l’utilisation du 49.3 par le gouvernement, aux journaux gratuits. N’utilisent-ils pas eux-même d’une certaine façon le 49.3 ?

    Irresponsables devant leurs lecteurs, ils peuvent écrire à peu près n’importe quoi (jusqu’à une certaine limite), servir n’importe qui (idem) protégé par des revenus garantis par des partenariats aux travers de différentes régies publicitaires. Mais ce n’était pas suffisant. Je me souviens encore du jour où cette presse a été définitivement légitimée : quand Raffarin a accordé un long entretien à Métro.

    Ce rapport Presse-Politique a beau être ancien, instruits par l’expérience, ils pourraient faire quelques efforts pour être plus discrets.

  • Mercredi 29 : Un philosophe pop.

    Mercredi 29 : Un philosophe pop.

    Un philosophe pop.

    Slavoj Zizek est la future Nouvelle Star des « Rebonds » et autres « Débats et opinions ». Introduit au grand public par le Nouvel Observateur, ce philosophe pop, façon commode de le classer, est un véritable Arlequin. Philosophe « marxien », psychanalyste lacanien, critique de cinéma, écrivain, chroniqueur, il semble n’exister aucun domaine qui lui soit totalement inconnu ou interdit. The Guardian publiait ce mois-ci un papier sur le ‘non’ à la constitution européenne des Français et des Hollandais signé Zizek. Il évoquait les espoirs que faisait naître un tel acte de libération, sa signification profonde etc., bref un genre de chronique.

    Ces articles ont pullulé dans la presse ces derniers temps, en choisir un, se poser et le lire était un exercice délicat. J’ai eu l’occasion de repérer quelques personnes qui comptent (pour moi) : Emmanuel Todd, Hervé Lebras (et Jacques Lévy), Bruno Etienne… je sais que ces signatures sont signes de qualité. Récemment Emmanuel Todd tentait d’analyser à chaud le ‘non’ français. D’une plume sombre il s’appliquait à démontrer qu’une grande fraction de l’élite (20% de la population française) et qu’à gauche, les personnes les plus attachées au service public à la française avaient tourné le dos à la construction européenne « classique ».

    Entre les articles de Zizek et de Todd, il y avait une grande différence de ton : d’un côté un homme de tribune qui parle au cœur et de l’autre un homme d’estrade qui parle à la raison. Celui qui parlait pour les vainqueurs honteux se devait de réjouir, celui qui parlait aux défaits amers se devait de comprendre. Comme beaucoup de ceux qui ont voté ‘oui’ en pensant ‘non’, entre le « parce que » et le « pourquoi » je dois avouer que mon cœur balance.

  • Mardi 28 : Le jeu des trois citations.

    Mardi 28 : Le jeu des trois citations.

    Le jeu des trois citations.

    Certains journalistes ont une fâcheuse tendance à écrire sur un peu tout en même temps ; au détour d’une anecdote, ils s’autorisent quelques envolées, revirent sur l’actualité pour finir sur le temps béni de… leur enfance, du dernier gouvernement ou du temps que « c’était mieux avant ». Certains d’entre eux se sont spécialisés dans ce type d’évocations avec parfois un certain bonheur, on les appelle des chroniqueurs. J’apprécie particulièrement ceux du Figaro, comme Stéphane Denis, Alain-Gérard Slama, Alexandre Adler, Ivan Rioufol ou encore Jean-Pierre Robin, car avec eux je peux jouer au jeu des trois citations. Par exemple aujourd’hui c’est Stéphane Denis qui s’y colle. Je parcours rapidement sa chronique et je vois : « Tétradrachme », « Polignac » et « Ahmadinejad » ; souvent ça n’amuse que moi mais parfois, si les sujets abordés sont assez divers, ça peut tirer un sourire.

    L’information remaniée par ces plumes a une saveur très particulière. Le chroniqueur normalement devrait rapporter un événement marquant avec précision et dans un ordre chronologique ; force est de constater que les chroniques d’antan (voilà que je m’y mets moi aussi) sont passées de mode. Le chroniqueur ne va plus rapporter quelque chose mais rapporter à lui. C’est la semaine vue par ou encore tel événement commenté par… Stéphane Denis évoque dans sa chronique les réformateurs, entamant sa prise de plume avec Sarkozy (soupir) pour évoquer les écuries d’Augias et les difficultés que rencontrent les « nettoyeurs », espèce qui, semble-t-il, réapparaît tous les quarante ans (ah ? bon !) dans le paysage politique français.

    C’est pour ça que j’apprécie le jeu des trois citations ; on peut parfois tirer de ce charabia trois petites choses futiles qui ensemble peuvent, comme un assortiment accidentel de couleurs, jurer, faire sourire ou simplement effrayer. Mais, et c’est là la limite de ce jeu, jamais ça ne stimulera les parties nobles de ma boîte crânienne.

  • Lundi 27 : La revue de presse.

    Lundi 27 : La revue de presse.

    La revue de presse.

    Aujourd’hui, 11 cigarettes Gauloise Blanc-bleu roulées dans du papier Job Sup’air et une Camel ; un seul café ; journaux lus : 20 minutes et ses locales, Métro et ses locales, La Croix, Libération, Le Figaro, Herald Tribune et Financial Time. Je ne lis plus les économistes (français) depuis pas mal de temps, et l’habitude aidant, je ne suis plus du tout sollicité. En fin de nuit, tout a tendance à se mélanger, les élections en Iran, l’application de la réforme de l’assurance maladie, l’omniprésent Sarkozy et sa dernière lubie. Avec le temps, la presse une fois lue laisse peu de trace comme un peu de sable sur les mollets. Et c’est une fois que j’en ai fini avec elle que je frotte doucement cette fine pellicule et que s’effacent les derniers souvenirs de la nuit.

    Nous suivons, car nous travaillons en équipe, avec un certain intérêt la réorganisation du paysage politique français, les grands événements politiques internationaux, les grandes évolutions économiques et sociales… mais nous n’en gardons que des petites choses que nous partageons ensuite avec plus ou moins de bonheur. Le rôle de Soros dans les révolutions à l’Est, les nouveaux « philosophes forains », le rôle des Etats-Unis au Darfour, le déménagement du siège de l’ONU… jusqu’à la lecture « juste pour se dégoûter » de certains éditos et chroniques.

    Aujourd’hui, jour de reprise, nous souffrons tous de « jet lag », la conversation était molle, la lecture peu personnelle, nous efforçant surtout de ne pas louper les bons articles pour nos clients, je n’ai gardé pour moi qu’un papier de Zizek paru dans Le Monde du 27, que je lirai à la maison, au repos.

  • Samedi 18 : La honte (essai).

    Samedi 18 : La honte (essai).

    La honte.

    Depuis cette nuit, j’ai froid aux pieds. La faute à notre nouveau voisin, un ancien taulard revenu de ses crimes. Il était là, preuve de sa nouvelle vie. Son installation a été mal accueillie dans la copropriété. Nous, locataires, on s’en fichait. Mais il y a un moment où il faut choisir son camp. Alors pour ne pas être mal vus, on s’est montré indisposés nous aussi. Et nous avons signé ce genre d’appel au départ rédigé par le président de la copro.

    J’ai croisé une fois notre fugitif malgré lui. C’était au premier abord un bon gars, aux manières cordiales, bien fichu. Il s’habillait sobrement, le visage clair, des lunettes droites soulignant une coiffure nette. Je me sens un peu coupable de n’avoir rien fait ; des appartements pour nous c’était pas ça qui manquait. Pour lui, ça se comptait sur les doigts de la main. Dans tous les cas, il aurait rencontré les mêmes problèmes. Ce qui faisait la différence, ce sont les gens prêts à le défendre. Moi qui me dit de gauche et ouvert à tout, me voilà hurlant avec les loups. Je ne devrais pas me le pardonner. Je crois que lui m’a pardonné, me pardonnait même le jour où nous nous sommes croisés. Il m’avait parlé de façon très chaleureuse, chose inhabituelle dans les parages, il donnait le meilleur de lui me semble-t-il à présent. Il ne me racontait pas le pourquoi du comment mais les vieilles habitudes des voisinages, je suis moi tu es toi, je suis ici et toi ? Je peux t’aider pour… Et le temps, la santé (si j’ose).

    Les locales ont évoqué cette arrivée après une semaine. Pourtant c’est une chose commune que le replacement des anciens prisonniers en fin de contrat avec la justice. Ils ont payé leur dette, maintenant ils doivent payer leurs impôts. Fonder une famille nécessite une bonne dose de courage après un enfermement aussi long. Il faut se remettre à parler normalement avec des gens normaux, marcher normalement dans des rues normales, agir normalement sous des regards inquiets. La vie continue et peu s’en soucient.

    Après qu’il s’est bien installé qu’il a pris ses marques, un journal du coin a publié une partie du casier du bonhomme. Peut-être avez-vous entendu parler de cette affaire ? Le directeur de cette feuille de choux a expliqué qu’il était citoyen d’informer les électeurs imposables des agissements de ce nouvel arrivant. Des dangers qu’il a représenté pour la société et des risques toujours vifs qu’il pouvait encore faire courir aux enfants, vieillards et autres. Je n’ai pas eu ce follicule sous les yeux, mais nombre de mes camarades de sorties canines l’ont vu, lu et retenu. Meurtrier, deux fois, mais inconscient de ses actes, il a purgé une peine trop légère à leur goût, de dix ans par vie abrégée, raccourcie pour bonne conduite et réelle contrition. Cet homme n’était pas digne d’accompagner nos heures domestiques et de rôder près de nos frigidaires, voitures, femmes et télévisions. Il fallait renvoyer au plus vite ce malfaisant assoiffé de sang, haineux et irrécupérable.

    Que dire à ces gens. La peur était palpable, nous nous en imbibions. Je le regardai passer sous notre fenêtre seul, avec son chien. Après tout nous avions d’autres problèmes en tête. Les personnes comme nous devaient comprendre des gens comme eux. Et si nous nous opposions ? Alors comme disait un pote du parti, c’était vers le front national qu’ils se porteraient. La gauche devait entendre ce peuple effrayé par les erreurs sociales que sont ces meurtriers et autres agresseurs quotidiens, qui pourrissent la vie de tous et caetera. J’aurais dû faire quelque chose. Mais la peur…

    Son procès eut lieu lors d’une réunion de copropriété. Nous simples locataires n’y étions pas tous. Le logeur de notre Maudit ne vint point. Aucun officiel malgré les mises en garde ne s’était déplacé. Un journaleux attendait sagement dans un petit troquet près de là. Ce soir là j’étais seul devant ma télévision, aucunement ému par le drame qui se nouait à deux pas d’ici. Je zappais sur les chaînes du câble à la recherche d’un truc pas trop con à regarder. Après deux heures de délibérations, il fallait qu’il parte. Au plus vite. Un voisin présent à cette réunion me racontait sa prise de parole pendant que pissait tristement son vieux berger de je ne sais où dans un des emplacements « toilettes pour chien » de la résidence. J’étais triste.

    Georges a fait ses bagages hier devant un huissier. Des voisins l’ont aidé. Une assistante sociale lui a trouvé un nouvel appartement dans une villa partagé par trois anciens détenus réintégrés de longue date pour deux d’entre eux, le troisième fait parfois un extra, tous les cinq ans, sans grandes conséquences. Tout est bien qui finit bien en a conclu un des jurés. Mon ami de cellule philosophe s’est promis la prochaine fois d’être sur le terrain le premier quand ce type de problème se reposerait. Moi je me suis promis de ne plus regarder la télé quand un drame de ce genre se noue à deux pas de chez moi. J’ai pris l’Internet à la place. Mais mon chien ne vient plus me chauffer les pieds quand je me repose. Il m’en veut encore.

    Le 18 juin 2005

    RTF – 9.4 ko(RTF)