Michel Balat – Psychanalyse – Sémiotique – Eveil de coma

Auteur/autrice : Michel Balat

  • Colloque AMPI Marseille 2018

    Colloque AMPI Marseille 2018

    Documents joints

  • Colloque « Tosquelles III »

    Colloque « Tosquelles III »

    Documents joints

  • Les enveloppements : évaluation

    Les enveloppements : évaluation

    Le texte qui suite était très attendu. Depuis plusieurs années, Pierre Delion et son équipe proposaient l’étude qui va suivre (même si celle-ci a dû se plier à des oukases que nous connaissons bien). Les lecteurs pourront la diffuser autour d’eux, le plus largement possible. Notons que c’est la première étude argumentée sur la question des enveloppements humides.

    Michel Balat

    Documents joints

  • Stage à la Borde du 14 au 18 mai 2017

    Stage à la Borde du 14 au 18 mai 2017

    Argument du stage

    Accueillir et prendre soin de patients psychotiques au long cours en s’appuyant sur une même équipe au sein d’un établissement psychiatrique semble de moins en moins être la stratégie actuelle de la psychiatrie. Cette politique de santé initiée dans les années 70 par la circulaire sur le secteur a été remise en question depuis une trentaine d’années. Une division administrativoéconomique de plus en plus marquée entre le sanitaire (dont le rôle est réduit au traitement de la crise), le médicosocial ( prise en charge du handicap) et le social ( groupes d’entraide mutuels, familles et pairs aidants) nous oblige à résister pour maintenir une continuité humaine et relationnelle des soins face à ce découpage fortement critiqué par de nombreuses familles qui sont amenées contre leur gré à compenser ce délitement.

    Cette nouvelle orientation dans la prise en charge des soins psychiatriques pour les pathologies « lourdes » s’appuie sur un changement de conception de l’homme et de la folie. En effet, aujourd’hui, la psychiatrie redevient une branche de la neurologie où l’organe malade est le cerveau que l’on doit remettre dans un fonctionnement normal à l’aide de molécules et de psycho(neuro)éducation. Le « reste » de cette approche est le handicap que notre société doit accompagner à l’aide du médico-social et du social.

    Notre point de vue est différent, nous ne pouvons réduire le délire, les hallucinations, les troubles graves du comportement, les troubles de l’humeur à un dysfonctionnement neurobiologieque de notre cerveau. Nous pensons qu’il y a une intrication très profonde entre la causalité neurobiologique et la causalité psychique et que nos patients ne sont pas à rééduquer mais à accueillir dans leur singularité en tenant compte de leur historial et de leurs entours afin de permettre la reconstruction d’un monde habité et habitable.

    Pour cela il faut que les travailleurs puissent s’engager dans les risques psychiques de la rencontre avec ces patients profondément touchés dans leur existence et dans leur capacité d’être avec l’autre. Cet engagement au long cours, ces rencontres transférentielles sont supportables à la condition de pouvoir penser et élaborer des stratégies collectives pour tenir face à des manifestations psychopathologiques parfois très difficiles à supporter et qui nous mettent en difficulté. Comment éviter de se débarrasser de ces patients « qui ne seraient pas adaptés à notre structure de soin » quand les débordements pulsionnels nous épuisent et touchent nos limites. Comment travailler pour sans cesse adapter nos capacités d’accueil et tenir compte de la singularité de chacun de ces patients en souffrance ?

    Le club et la responsabilisation concrète des patients dans la vie quotidienne sont une gageure à remettre sans cesse en mouvement pour soutenir une thérapeutique active où le potentiel soignant des patients est pris en compte et opérotropisé.

    Des réunions de constellations permettent de penser le cheminement singulier de nos patients et d’accueillir chez les travailleurs les effets psychiques parfois insoutenables de cette souffrance qui prend les formes les plus variées et les plus improbables du fait de cette existence dissociée propre à la psychose.

    Sans cesse confrontés au chaos de la psychose nous devons inventer collectivement des praticables en laissant place aux initiatives individuelles, aux bricolages qui trouvent des chemins auxquels nous n’aurions jamais pensé et qui permettent de greffer de l’ouvert dans ces univers clos et stéréotypés.

    Documents joints

  • Et si Alzheimer(s) et autisme(s) avaient un lien ?

    Et si Alzheimer(s) et autisme(s) avaient un lien ?

    Pierre Delion

    Et si Alzheimer(s) et autisme(s) avaient un lien ? Enjeux et perspectives
    7ème Colloque sur les âges de la vie. Paris, 6 octobre 2017.
    Conditions politiques et éthiques pour une clinique humaine

    Pierre Delion

    1. Parenté

    En 1997, Michel Balat avait organisé avec François Cohadon, Edwige Richer, Jean Oury et moi, un colloque intitulé « Autismes et éveils de coma », dans lequel nous avions évoqué à partir de nos spécialités respectives, la neurologie et la psychiatrie, nos pratiques cliniques et thérapeutiques concernant l’autisme d’une part et l’éveil de coma d’autre part. A l’origine de cette idée, vécue par certains comme provocatrice, la difficulté du rapport des patients autistes et comateux avec le langage articulé dans une parole, et leur éclairage utile par la sémiotique peircienne.

    2. Un modèle pour penser l’humanité des soins

    Vingt ans après, cette idée revient grâce à Catherine Bergeret Amselek sous une autre forme, celle d’un lien entre la maladie d’Alzheimer et les syndromes autistiques. Certains vous diront qu’il s’agit là du mariage de la carpe et du lapin, que ces pathologies n’ont rien à voir ensemble et qu’il est vain de vouloir les rassembler pour en tirer quoi que ce soit. D’autres prétendront que l’idée est plus proche de la fable d’Esope revue par La Fontaine, le renard et la cigogne et sa célèbre morale : « trompeurs, c’est pour vous que j’écris, attendez vous à la pareille ». Le projet commun de dîner ensemble réunit les protagonistes, mais lorsqu’il faut se mettre à table, les incompatibilités des manières de table apparaissent clairement, et tour à tour, les protagonistes font l’expérience de la disette. Pour ma part, j’y vois le grand intérêt de rapprocher deux pathologies radicalement différentes mais pouvant devenir les modèles d’une déshumanisation de la médecine. En effet, entre 1997 et aujourd’hui, dans le domaine que je connais le moins mal, celui de l’autisme et plus généralement de la pédopsychiatrie, c’est bien le problème qui se pose avec une acuité de plus en plus grande : appliquer à la pédopsychiatrie les règles de la seule médecine scientifique sans plus accorder aucune importance à ses déterminants relationnels, supprimer la psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle dans le champ de l’autisme, mettre de plus en plus d’enfants sous psychotropes, fonder l’approche de la pédagogie sur les seuls résultats des neurosciences. Et en ce qui concerne les personnes âgées, les informations entendues cet été à propos des cadences infernales dans les maisons de retraites ne sont pas là pour nous rassurer. Bref, ces deux maladies posent de façon éclatante le problème de l’humanité des soins. (.)

    Documents joints

  • Journées PSYPROPOS 2017

    « Avoir un lieu pour être »

    Journées PSYPROPOS 2017

    SAMEDI 14 OCTOBRE à BLOIS

    Argument

    « AVOIR UN LIEU POUR ÊTRE. »

    Quand un enfant voit le jour, il n’est pas en mesure de subvenir seul à sa survie. Il rencontre l’absolue nécessité de devoir compter pour quelqu’un : il doit pouvoir être désiré pour traverser l’épreuve de sa néoténie, et devenir désirant après un long processus de séparation-individuation, porté par la fonction phorique maternelle qui l’accueille dans la structure symbolique.

    Dès la naissance, il y a cette expérience vécue de la dépendance. Comme le précise Françoise Dastur, la « première expression de l’être n’est ni l’être-objet, ni l’être-sujet », citant Merleau-Ponty qui ajoute « le langage nous a, et ce n’est pas nous qui avons le langage. », distinguant « l’être naturel » de « l’être dont le langage est la maison ».

    L’expression française traduisant l’allemand « es gibt », est « il y a ». Ce « y » est le lieu de l’inscription où « être et avoir » trouvent à s’articuler. Mais pour cela, il faut se situer, délimiter « la chair du corps » de la « chair du monde ». Ce processus est celui qui ouvre à la possibilité d’être « en repos de soi-même ». Nous retrouvons cette notion chez Winnicott qui évoque la nécessité d’avoir accès à un « espace de tranquillité » pour générer « la capacité d’être seul ».

    Tout au long de l’existence, cet espace du contact primordial qui antécède la séparation sujet-objet est essentiel : base de notre existence, il est lieu de nos inscriptions.

    L’ensemble des pratiques sociales concernant les divers champs où il est question d’« humaniser les relations humaines » selon la belle expression de Roland Barthes, parmi lesquels les champ sanitaire, éducatif, psychothérapique, psychanalytique ou pédagogique, doivent intégrer cette dimension.

    Elle excède l’économie restreinte au processus de production-consommation et concerne, disait Jean Oury, « l’économie générale » au sens de Georges Bataille, elle prend soin du Narcissisme originaire dont Freud formule l’hypothèse dès 1914.

    Sur le plan phénoménologique, Erwin Strauss, Viktor von Weizsäcker ou Henri Maldiney élaborent l’espace pathique où l’homme s’accorde au monde alentour. Sensible à ce qui peut advenir, il s’y sent participer, dans « le lieu sans lieu de l’être perdu ». S’y mouvoir lui permet d’y trouver son horizon comme le danseur dans l’espace de la danse, sa création. L’humanisation de l’homme n’est pas dans son accompagnement par les autres, mais bien dans son cheminement partagé avec eux.

    Le site de la création participe de ce moment pathique où monde intérieur et monde alentour sont unis dans le moment d’émergence où se met en œuvre cette présence indistincte à soi-même et au monde.

    Winnicott le spécifie comme champ transitionnel : « espace intermédiaire d’expérience, n’appartenant ni à la réalité intérieure ni extérieure et qui se prolonge tout au long de la vie dans l’expérience de l’art, la vie imaginative, la religion et la création scientifique ».

    C’est aussi là que s’opère le processus de séparation-délimitation du corps et du monde, dont Lacan a promu l’opérateur logique : le miroir. Le Stade du Miroir permet que s’articulent et se distinguent les registres de l’imaginaire, du symbolique et du réel ; il soutient la structuration du fantasme articulant le sujet de l’inconscient à l’objet du désir, procurant le sentiment continu d’exister indispensable au processus d’historicisation de toute personne. La fonction stabilisante du fantasme permet à chacun de s’éprouver le même, tout au cours de sa vie en croissance, dialectisant le même et l’autre sans risquer d’être confronté au vécu de fin du monde ou de catastrophe existentielle (François Tosquelles) qui peut survenir dans les processus psychotiques.

    Être et avoir une image du corps rassemblée par l’assomption structurante de cet idéal imaginaire, requiert la structure d’un lieu où les entours (Jean Oury), le langage, les habitudes, la structure familiale jouent un rôle unifiant l’existence tout au long de la vie.

    Pour chacun, de sa naissance à sa mort et durant tout le processus de son éducation, sa socialisation, sa vie affective, son travail, et les diverses mises en formes de son potentiel de création et d’invention, ce lieu demeure actif ouvert à l’accueil et à l’inscription de ce qui fait événement. Quand une thérapeutique est nécessaire, un accueil ouvert à ce site de l’émergence est indispensable, c’est seulement à cette condition que toute reprise d’existence devient possible.

    Psypropos étudiera en cette année 2017 cette question du Lieu, ce champ d’expérience vécue qui doit être respecté sans contestation pour « soutenir l’existence en toute circonstance » selon la proposition éthique d’Hélène Chaigneau.

    Documents joints

  • La psychiatrie humaniste, un concept toujours nouveau ?

    Samedi 7 octobre à Blois/ Pierre Delion et Patrick Coupechoux

    La psychiatrie humaniste, un concept toujours nouveau ?

    Les rendez-vous de l’histoire

    Documents joints

  • De l’équipe au collectif

    SAMEDI 21 OCTOBRE 2017

    De l’équipe au collectif

    29800 LANDERNEAU

    De l’équipe au collectif : un travail d’élaboration nécessaire et permanent

    C’est dans un contexte de transition – remaniement interne

    à notre secteur mais aussi gouvernemental – qu’il nous est

    apparu essentiel de requestionner la notion d’équipe et

    l’enjeu de son articulation avec un collectif soignant. La

    prescription de pauvreté actuelle, et encore annoncée pour les

    services sanitaires et sociaux, doit nous faire réfléchir à

    l’utilisation de nos richesses existantes.

    En psychiatrie, par exemple, l’augmentation du nombre des

    patients hospitalisés sous contrainte et la précarisation

    croissante des soignants semblent les signes, entre autres,

    de changements radicaux dans une société plus craintive et

    moins tolérante. Le travail de secteur continue, pour

    autant, d’avoir comme mission, les soins mais aussi la

    réinsertion sociale et l’accompagnement. Notre travail n’est

    pas de conduire à l’enfermement des patients.

    Ce qui « soigne » un patient n’est jamais prédéfini. Les

    chemins de la rencontre dessinent des ensembles

    d’individualités complémentaires. Ceux-ci se construisent

    et se déconstruisent au fil des histoires de vie, de l’évolution

    des pathologies, de la façon dont les patients se laissent ou

    non « apprivoiser » mais aussi de nos idées et de nos

    remises en question.

    Pour être en confiance et accompagner les patients en

    dehors des murs de l’hôpital, l’implication de chacun

    semble nécessaire. Suffit-elle ? Comment s’organiser pour

    que cette implication ne s’essouffle pas et continue de se

    travailler au quotidien ? Ne doit-on pas parler plutôt de

    « co-responsabilité » ?

    Des objectifs communs permettent à certains collectifs de se

    former. Mais au-delà, c’est peut-être grâce à la capacité de

    ses membres à se nourrir intellectuellement et à toujours

    veiller à élaborer ensemble une organisation de travail, que

    des actions collectives pourront prendre en compte la

    singularité de chaque patient.

  • Une matinée avec Edwige RICHER

    Une matinée avec Edwige RICHER

    à Canet, le 19 novembre 2016

    Canet, le 19 novembre 2016

    Une journée avec Edwige RICHER

    Le dr Edwige Richer est venue nous présenter la question du coma, de l’éveil de coma et la façon dont elle en a conçu le soin à Château Rauzé, à Cénac, près de Bordeaux.

    Travaillant dans le service du Professeur François Cohadon, à l’Hôpital Pellegrin de Bordeaux, neurochirurgien et pionnier en matière d’étude sur le coma depuis les années 70, elle a consacré toute sa vie professionnelle à la mise en place théorico-pratique des soins aux personnes cérébrolésées, dès leur sortie de la réanimation.

    Michel Balat : Nous avons inauguré la salle où nous sommes en 1997 pour un colloque Autisme et éveil de coma avec Edwige, Pierre Delion, Oury, Cohadon, etc. et nous nous proposons, les 15 et 16 septembre prochain, donc en 2017, de faire « 20 ans après ». Ce n’est pas mal, non ? cela serait bien de voir ce qu’on a foutu en 20 ans ?

    Edwige : qu’est ce qu’on fait en maison de retraite ?

    Rires….

    Michel : Oui…. Pour autant que je sache, les retraités en question ne sont pas très en retrait. Et donc ce premier débat nous a donné l’occasion de faire ensuite « les Journées avec » dans cette même salle, parce que tout le monde était enthousiasmé par l’endroit.

    Il faut dire qu’avec Edwige nous avons cheminé pendant 25 ans, depuis 1990…

    Edwige : sans interruption…

    Michel : Je laisse la parole à Edwige que je remercie vivement d’être venue jusqu’à nous.

    Documents joints

  • Autisme et éveil de coma, vingt ans après

    Le vendredi 15 septembre à Elne, au Mas Flor

    Autisme et éveil de coma, vingt ans après

    Le vendredi 15 septembre 2017 sera organisé une rencontre avec Pierre Delion et Edwige Richer sur un thème que nous avons traité ici il y a 20 ans.

    Vous trouverez en pièce jointe le document de présentation avec la partie inscription. Notez que les inscriptions peuvent encore être faites jusqu’au 15 septembre…

    Il est plus que probable que nous poursuivions la rencontre le samedi matin.

    Nous vous remercions par avance et vous souhaitons une excellente fin de vacances d’été avant de nous retrouver.

    L’équipe de La Tuchê

    Michel Balat

    Documents joints

  • « La Logique du Fantasme », séminaire de Lacan

    A paraître

    « La Logique du Fantasme », séminaire de Lacan

    Synthèse des notes du séminaire par Michel Roussan

    Après L’Identification, L’Angoisse, Problèmes cruciaux pour la psychanalyse et L’Objet de la psychanalyse, voici La Logique du fantasme, cinquième séminaire de Lacan transcrit par Michel Roussan. Cette nouvelle fois encore, il s’agit de la meilleure, de la plus fiable des versions que l’on peut se procurer ici et là.

    On pourra s’adresser à Michel Roussan, soit en appelant au 06.20.34.83.92, soit en écrivant à m.roussan@free.fr

  • Les causeries de Canet

    Reprise des Causeries le Lundi 11/09 à 18h15

    Les causeries de Canet

    Lieu : mon cabinet

  • L’événement par Victor Martinez

    L’événement par Victor Martinez

    L’ ÉVÉNEMENT

    Histoire, langue, événement : du Bouchet nous apprend que le poème

    est le lieu d’un événement sans signe. Ce paradoxe tient d’une part à

    l’implication du poème dans le monde sensible, matériel, perceptif, à un

    point blanc d’incandescence tel qu’il devient soudure invisible sans signe

    ni interstice (« dans le blanc dans la flamme 1 ») et, d’autre part, à un

    éloignement de ce monde, reconduit par réfraction à une « matière

    indifférenciée 2 », à une « annulation 3 », à un « volume global 4 » qui le

    retirent de toute implication matérielle (« immatérielle, je dis – la

    terre »). L’engagement rejoint le dégagement, et la langue vibre de la

    tension résultant de l’effort de s’adjoindre une réalité qui s’est annulée :

    une

    contamination matérielle et tonale a soudé le monde à la langue, à tel

    point

    que le monde apparaît comme un manque. « Puissance doit être traduite par

    infirmité 6 » et « la somme blanche 7 » s’établit sur une « 

    soustraction

    ininterrompue 8 ». Si « l’espace /a figuré que je suis 9 »,

    c’est parce qu’il constitue, chez du Bouchet, le nom de l’événement muet au travail.

    « POURQUOI SI CALMES »

    L’événement est immanent et invisible ; c’est dans la tonalité

    contraire,

    « l’oubli » ou le « calme », qu’on peut le transcrire. La tranquillité des

    surfaces est l’autre signe d’une rupture des temps : « déchirure -je vois la

    tragédie dans la fenêtre ouverte -/aussitôt cela ne devient qu’un peu d’air

    frais – mes yeux calmes 10 ». Les surfaces se recomposent, enveloppant

    « l’orage » : « le calme qui précède un orage et le silence qui s’ensuit !

    comme confondus et recomposés dans l’attente 11 ». Le poète revient,

    dans

    Pourquoi si calmes, sur la distinction faite par Henri Maldiney entre

    l’événement et le non-événement. Le philosophe, interrompu lors d’une

    conférence par une sirène, réagit (du Bouchet transcrit) : « un événement,

    au sens strict, conjugue en lui le caractère du soudain et de la première

    fois », « la nouveauté est ressentie à même la transformation de

    l’existence », « ce bruit de sirène constitue un phénomène périodique, il

    prend place dans une représentation mais ne vous atteint pas 12 ». C’est

    pourtant la banalité de l’accident qui permet au poète d’introduire l’idée

    d’événement sans signe, celui, silencieux, qui porte « atteinte à la

    langue 13 », désigné comme « irréparable 14 », « irréversible 15 » « terrible 16 » C’est « la matière de l’effondrement 17 » de toute une

    époque qui prend le visage de « l’inapparent 18 ». Dans la déprise du

    présent produite par l’irruption de la sirène, la circonstance, au sein de

    la banalité et de l’indifférence, s’ouvre à un « entre-temps 19 » dans

    lequel se reconnaît le lieu de la parole : « dans le calme de la parole

    rétablie sera ravivé le temps de la perturbation 20 ». La question posée

    par le philosophe (« Pourquoi si calmes ? ») se retourne en son

    contraire : « la question aura eu valeur aussi bien d’injonction : rappelez-vous… rappelez-vous ce sur quoi, ordinairement, silence est fait

    aussitôt 2l ». La parole au présent de Maldiney, s’arrêtant sur la « 

    banalité »

    du « non-événement », « n’en renvoie pas moins à un autre temps 22 »,

    « temps qui aura aussi été celui d’un déchirement 23 », ce « calme » n’étant

    pas le calme, mais du « temps rompu 24 ». Il faut, écrit du Bouchet,

    « percevoir l’intonation d’une parole qui rétablira un temps comme

    immémorial, égaré 25 » : le « muet » devient indifféremment le « vif 26 »

    Les marqueurs de l’histoire et de l’événement ont, dès les abords de

    l’oeuvre, un autre nom que ceux de l’histoire et de l’événement. Les

    « essais » du tournant des années quatre-vingt-dix, …désaccordée comme

    par de la neige, Pourquoi si calmes, Matière de l’interlocuteur, ne font

    que revenir sur une intuition au départ de l’entrée en langue du poète,

    qu’il s’agisse des carnets ou des premiers grands titres, de Dans la

    chaleur vacante à L’incohérence. Lorsque les rapports du signe au sens

    sont

    défaits ou annulés, il est possible de voir ce qui soutient l’ensemble du

    langage. Alain Badiou constate que « s’il existe un événement, son

    appartenance à la situation de son site est indécidable du point de vue de la

    situation même 27 ». L’événement, « imprésentable » (Badiou) du point

    de vue de la représentation, agit, non dans la sémantique ou la

    thématique de l’oeuvre, mais à titre d’opération structurante, dans les

    substrats matériels et les phénomènes tensionnels de la langue, la syntaxe

    ou

    les rapports de lettre à lettre. Au sein de Dans la chaleur vacante s’établit

    ainsi une opération structurante traversant les signes, dans le « moteur

    blanc 28 » de leur fonctionnement silencieux. Si l’événement est

    réellement un marqueur de réalité, il ne peut que disparaître de la saisie du signe.

    On note ailleurs que « présence n’a pas de place 29 », que « manque : /1e

    monde 30 » ou que si « tu es là, tu manques 31 » Le blanc figure

    « l’infigurable » de cet attachement à un « monde sans figure 32 » ou sans

    image. L’événement se « dessine » en défaut, dans la vacance d’un « vide 33

     »,

    dans une parole qui « réserve les vides sur lesquels le temps accueilli se

    prononce 34 ». La thématique élémentaire, le travail du matériau verbal et

    le

    fonctionnement des valeurs sémantiques, y compris dans l’exercice de

    traduction, sont affectés par cette donnée initiale.

    Documents joints

  • Jean Oury, Séminaire de La Borde du 21 avril 1990

    Jean Oury, Séminaire de La Borde du 21 avril 1990

    Je voyais un homme tout à l’heure, en consultation, « bloqué » depuis des années. Il était venu il y a un an. Il était resté une journée ici, mais était vite reparti ; ça lui avait fait peur. Moi-même, je lui avais fait peur ! Pour lui, j’étais « une tête pensante », tandis que lui se figurait n’avoir pas de « tête » du tout, que rien ne s’inscrivait. Un fond ni mélancolique, ni vraiment dépressif, mais plein d’arrière-mondes qu’il ne pouvait pas dire. Il voulait que je lui affirme qu’il était détérioré, à force d’avoir bu. Il disait que son père aussi avait été un soulot, un « pauvre type ».

    Je feuilletais une revue ces jours-ci – il en arrive des paquets chaque jour ! – « Ca y est, on a trouvé dans le chromosome machin deux gènes… L’alcoolisme est héréditaire, etc. ». Ca peut justifier qu’il n’est pas nécessaire d’avoir de position « morale » avec les alcooliques : c’est héréditaire. Quand même ! Dans un sens, c’est vrai, il ne faut pas avoir de position « morale », car ça augmente la culpabilité et ça devient horrible. Mais que ce soit justifié par le fait que le chromo¬some s’est tordu et que ça se transmet depuis Vercingétorix ! Non ! Remarquez que Vercingétorix devait boire de l’hydromel.

    Alors, ce type-là, il a pu me dire, au bout d’un certain temps, d’un quart d’heure (je suis pressé, tout le temps), des trucs qui n’avaient pas pu émerger, mais qui n’étaient pas vraiment « refoulés »… Il les avait là, sur la patate. On peut dire qu’il n’avait pas d’inconscient ; il avait une patate, qui commençait à pourrir. En venant, il a fait la gueule à sa femme dans la voiture et lui a dit : « Tu ne rentreras pas au bureau, ce coup-ci ! ». Il avait pris cette décision héroïque. Comme il est quand même un peu primitif d’allure, je me suis demandé : « Pourquoi lui a t’il dit ça ? Pauvre bonne femme ! ». Mais il avait raison. Après, il s’est détendu. Au bout de vingt minutes, il m’a dit : « eh bien, je me sens mieux d’avoir dit tout ça ». Il faut dire que lui, comme « paroxysmal », il s’y entend. On pourrait dire « hy+ », mais pas toujours ; ses passages à l’acte peuvent être extérieurs ou intérieurs ; mais toujours limite, dangereux. Puis il m’a dit : « Eh bien, j’ai moins peur »… Il était content et je lui ai dit : « Il faudra que je vous revois » – « Quand vous voulez ! Et tout seul ! » – D’ailleurs, il a ajouté : « Je suis tombé sur une bonne-femme qui est drôlement bien ! Elle est patiente ! ».

    (…)

  • Theory and Play Of The Duende

    Frederico Garcia Lorca

    Theory and Play Of The Duende

    Translated by A. S. Kline 2007 All Rights Reserved. This work may be freely reproduced, stored, and transmitted, electronically or otherwise, for any non-commercial purpose.

    Ladies and Gentlemen,

    Between 1918 when I entered the Residencia de Estudiantes in Madrid, and 1928 when I left, having completed my study of Philosophy and Letters, I listened to around a thousand lectures, in that elegant salon where the old Spanish aristocracy went to do penance for its frivolity on French beaches.

    Longing for air and sunlight, I was so bored I used to feel as though I was covered in fine ash, on the point of changing into peppery sneezes.

    So, no, I don’t want that terrible blowfly of boredom to enter this room, threading all your heads together on the slender necklace of sleep, and setting a tiny cluster of sharp needles in your, my listeners’, eyes.

    In a simple way, in the register that, in my poetic voice, holds neither the gleams of wood, nor the angles of hemlock, nor those sheep that suddenly become knives of irony, I want to see if I can give you a simple lesson on the buried spirit of saddened Spain.

    Whoever travels the bull’s hide that stretches between the Júcar, Guadalfeo, Sil and Pisuerga rivers (not to mention the tributaries that meet those waves, the colour of a lion’s mane, that stir the Plata) frequently hears people say : ‘This has much duende’. Manuel Torre, great artist of the Andalusian people, said to someone who sang for him : ‘You have a voice, you understand style, but you’ll never ever succeed because you have no duende.’

    (…)

  • Psychanalyse et Sémiotique : inscription de fortune et fortune de l’inscription

    Michel Balat

    Psychanalyse et Sémiotique : inscription de fortune et fortune de l’inscription

    Centre d’études du vivant Séminaire « La psychanalyse travaillée par les extériorités »

    Centre d’études du vivant

    Séminaire « La psychanalyse travaillée par les extériorités »

    http://centredetudesduvivant.net/?page id=905

    Vendredi 18 janvier 2013

    Michel Balat

    « Psychanalyse et Sémiotique : inscription de fortune et fortune de l’inscription ».

    (Samuel Liévain)

    Tout d’abord, bienvenue à tous pour cette première séance du séminaire intitulé « La psychanalyse travaillée par les extériorités ». Nous sommes très heureux d’accueillir Michel Balat qui vient de loin, de Canet-Plage, à côté de Perpignan.

    Je vais commencer par présenter l’objet du séminaire, ensuite je donnerai la parole à Michel Balat. Et puis, s’ensuivra une discussion, un débat autour de l’intervention de Michel Balat.

    Tout d’abord, on a prévu dans ce séminaire d’inviter — puisqu’il s’agit de la psychanalyse travaillée par les extériorités — des personnes « extérieures » à la psychanalyse qui, au moyen d’un autre discours viennent l’interroger, la mettre en question, la mettre en tension. Ce qui évidemment constitue une sacrée bizarrerie puisque Michel Balat est psychanalyste. D’emblée, la question de l’extériorité se constitue comme un problème : Est-ce que finalement il y a une stricte « intériorité » de la psychanalyse ? Est-ce qu’il y a un domicile, est-ce que la psychanalyse peut-être domiciliée, voire domestiquée… ? Évidemment, nous faisons l’hypothèse que si la psychanalyse peut se « tenir debout », s’instituer — on reviendra sur cette notion d’institution — c’est parce qu’elle se sert, s’adosse à d’autres discours.

    L’enjeu de ce séminaire c’est d’interroger d’abord un fait, un fait assez massif, puisque la psychanalyse a surgi et s’est développée en empruntant des pierres à des champs extérieurs, nombreux et variés : l’anthropologie, la biologie, l’économie, la grammaire, l’histoire, la linguistique, les mathématiques, la médecine, la philosophie, la physique, la sémiotique, … la sociologie, les sciences politiques, et même la théologie.

    (…)

  • Sign-Body (extraits des Collected Papers de Peirce)

    Sign-Body (extraits des Collected Papers de Peirce)

    Sign-Body CP de Peirce

    1.537. Now in genuine Thirdness, the first, the second, and the third are all three of the nature of thirds, or thought, while in respect to one another they are first, second, and third. The first is thought in its capacity as mere possibility ; that is, mere mind capable of thinking, or a mere vague idea. The second is thought playing the role of a Secondness, or event. That is, it is of the general nature of experience or information. The third is thought in its role as governing Secondness. It brings the information into the mind, or determines the idea and gives it body. It is informing thought, or cognition. But take away the psychological or accidental human element, and in this genuine Thirdness we see the operation of a sign.

    5. 290. Thus, we have in thought three elements : first, the representative function which makes it a representation ; second, the pure denotative application, or real connection, which brings one thought into relation with another ; and third, the material quality, or how it feels, which gives thought its quality.†P1

    5.291. That a sensation is not necessarily an intuition, or first impression of sense, is very evident in the case of the sense of beauty ; and has been shown [in 222], in the case of sound. When the sensation beautiful is determined by previous cognitions, it always arises as a predicate ; that is, we think that something is beautiful. Whenever a sensation thus arises in consequence of others, induction shows that those others are more or less complicated. Thus, the sensation of a particular kind of sound arises in consequence of impressions upon the various nerves of the ear being combined in a particular way, and following one another with a certain rapidity. A sensation of color depends upon impressions upon the eye following one another in a regular manner, and with a certain rapidity. The sensation of beauty arises upon a manifold of other impressions. And this will be found to hold good in all cases. Secondly, all these sensations are in themselves simple, or more so than the sensations which give rise to them. Accordingly, a sensation is a simple predicate taken in place of a complex predicate ; in other words, it fulfills the function of an hypothesis. But the general principle that every thing to which such and such a sensation belongs, has such and such a complicated series of predicates, is not one determined by reason (as we have seen), but is of an arbitrary nature. Hence, the class of hypothetic inferences which the arising of a sensation resembles, is that of reasoning from definition to definitum, in which the major premiss is of an arbitrary nature. Only in this mode of reasoning, this premiss is determined by the conventions of language, and expresses the occasion upon which a word is to be used ; and in the formation of a sensation, it is determined by the constitution of our nature, and expresses the occasions upon which sensation, or a natural mental sign, arises. Thus, the sensation, so far as it represents something, is determined, according to a logical law, by previous cognitions ; that is to say, these cognitions determine that there shall be a sensation. But so far as the sensation is a mere feeling of a particular sort, it is determined only by an inexplicable, occult power ; and so far, it is not a representation, but only the material quality of a representation. For just as in reasoning from definition to definitum, it is indifferent to the logician how the defined word shall sound, or how many letters it shall contain, so in the case of this constitutional word, it is not determined by an inward law how it shall feel in itself. A feeling, therefore, as a feeling, is merely the material quality of a mental sign.

  • Plaidoyer pour une formation des infirmiers en psychiatrie et en santé mentale

    Plaidoyer pour une formation des infirmiers en psychiatrie et en santé mentale

    par Jean-Paul Abribat, Jean-Yves Casaux et Eliane Mercier

    Plaidoyer pour une formation des infirmiers en psychiatrie et en santé mentale

    Initiative de Jean-Paul Abribat, Jean-Yves Casaux et Eliane Mercier.

    Quoi qu’on pense de la réforme des études, des exigences demeurent quant à la compétence requise pour travailler auprès de personnes nécessitant des soins relevant de la santé mentale. Et ces exigences concernent la formation initiale des infirmiers, sans préjuger d’une nécessité d’approfondir ces orientations dans le cadre d’une formation continue.

    La formation initiale actuelle pose la psychiatrie comme un apport optionnel ; elle élude donc, d’entrée, qu’il s’agit de mettre au centre le fait psychiatrique dans toutes ses dimensions. Il s’agit de comprendre que ce fait est saisissable d’abord dans le champ des soignants : au niveau du quotidien, du journalier, du banal et du bénin de leur travail.

    Depuis la circulaire du 15 mars 1960, la pratique infirmière a largement participé à la politique de secteur, notamment pour réduire les effets iatrogènes de l’hospitalocentrisme. Actuellement, le volontarisme affiché en matière de modernisation du dispositif de soins en santé mentale trouve une traduction très claire dans les orientations de la circulaire du 14 mars 1990. C’est le centre médico-psychologique qui est le pivot du dispositif d’un secteur. Ces orientations délimitent le cadre des évolutions concernant le champ professionnel infirmier. Leur traduction dans le réel suppose que le personnel soignant, en particulier les infirmiers, en soit l’artisan au quotidien notamment pour :

    participer à la diversification des pôles d’activités sans que cette diversification entraîne cloisonnement et étanchéité pour les patients comme pour le personnel ;

    garantir la continuité des soins en assurant la permanence et la cohérence des prestations dans la double dimension d’un accompagnement clinique et social, respectant la spécificité de l’un et de l’autre et visant à les articuler.

    Relativement aux contenus de formation, une formation en soins psychiatriques ne peut faire l’impasse sur sa position épistémologique à propos de la maladie mentale et du statut du Sujet. Ceci veut dire : – que l’abord du symptôme doit être envisagé dans la spécificité qu’il a dans le champ psychiatrique ; – que l’abord de la situation de soins ne peut se faire sans son appréhension dans le champ social qui détermine, d’une certaine manière, le soignant et le soigné comme des acteurs sociaux.

    Relativement aux démarches formatives, il faut que la formation prenne en compte et indue dans son processus la question des obstacles à l’appropriation des connaissances et au changement.

    1.Eugène Enriquez- la Formation permanente. préface. Encyclopedie du savoir moderne. 1975. p. 16. D’où une logique pédagogique qu’il ne faut centrer ni sur l’objet de connaissance en soi ni sur la seule affectivité du sujet, mais bien -sur des situations concrètes mettant en œuvre l’individu réel, avec son inconscient, ses projets, ses attaches sociales, son statut, son rapport aux autres, au groupe et à son travail, ainsi qu’en témoigne Eugène Enriquez.(1) D’où, les réquisits essentiels suivants.

    (….)

  • Ce qui s’est appelé psychiatrie en France

    Ce qui s’est appelé psychiatrie en France

    par Jean Pierre Rumen

    Je viens de retrouver, en fouillant dans mes archives, ce texte dont l’envoi était ainsi formulé :

    « Bonjour Monsieur. J’étais au colloque de Blois du 28.02.2008 et j’ai eu grand plaisir à vous écouter. J’ai pensé que nos préoccupations étaient proches et je me permets de vous adresser un article récent qui, j’espère, retiendra votre attention. Croyez à mes sentiments bien cordiaux. JPR »

    Le voici, tel qu’il m’a été remis.

    M. B.

    Ce qui s’est appelé psychiatrie en France après les quatre décennies qui ont suivi la défaite de l’hitlérisme et qui a marqué une considérable avancée de la civilisation n’est désormais plus possible. L’œuvre de destruction aura été incomparablement plus efficace, plus rapide que la construction. Pas tout à fait achevée, on s’emploie à la parfaire en ridiculisant jusqu’à l’idée de possibilité de modification mentale, de travail de la parole : alors fleurissent d’innombrables méthodes psychothérapiques, toutes éradicatrices de symptôme, d’innombrables « psys » qui, bien entendu réclament la garantie de l’Etat. La « délégation » à des « auxiliaires médicaux » est au demeurant la politique officielle de l’Europe en la matière. Alors se multiplient les attaques contre la psychanalyse au nom de la science mais contre la neurobiologie elle même qui a démontré que le tissu cérébral se modifiait, même macroscopiquement sous l’effet de l’activité mentale, n’en déplaise aux tenants du tout génétique !

    Le service public de psychiatrie fut longtemps une fierté pour notre pays. Il était en grande partie le fruit de la Résistance et de la révolte devant les conditions faites aux malades mentaux et leur extermination. On venait de tous les coins du monde pour se former. Les services de psychiatrie (même et peut-être surtout non universitaires) accueillaient de nombreux stagiaires étrangers. L’expérience du treizième arrondissement de Paris était exemplaire. Cette époque d’après guerre a bénéficié, il est vrai, de la collaboration d’une exceptionnelle qualité entre médecins et fonctionnaires de responsabilité du Ministère et des Directions. La Commission des Maladies Mentales se réunissait et travaillait de façon positive. C’était l’époque où l’on pouvait entendre un directeur d’hôpital (ancienne manière), dire qu’il considérait que son rôle était de permettre à « ses » médecins de travailler… Un peu plus tard il aurait appris à l’Ecole Nationale de Santé à considérer qu’il était « le seul maître à l’hôpital » !

    (…)

  • AMPI 2017 XXXI èmes Journées de Psychothérapie Institutionnelle

    Psychopathologie des soins quotidiens Une boussole pour soignant désorienté

    AMPI 2017 XXXI èmes Journées de Psychothérapie Institutionnelle

    Jeudi 12 & Vendredi 13 OCTOBRE 2017 à MARSEILLE

    Psychopathologie des soins quotidiens

    Une boussole pour soignant désorienté

    Le partage de la vie quotidienne avec les personnes psychotiques est l’occasion de nombreuses interrogations, que ce soit en institutions

    sanitaires, médico-sociales, en prison, dans la rue …

    Le quotidien est fait de situations où la banalité apparente est le support

    de questions existentielles auxquelles il est bien difficile de répondre dans

    l’instant, l’octroi d’une cigarette revêtant la même importance qu’une

    réponse sur le devenir après la mort ou la réalité d’un complot persécuteur.

    L’interlocuteur désemparé va alors se réfugier derrière son statut, le

    règlement intérieur, tout protocole bienvenu, la loi … pour ne pas « répondre », évitant ainsi la difficulté, mais aussi une possibilité de rencontre, se privant d’une occasion de transfert.

    Transformer cette vie quotidienne en outil de soin est bien plus constructif

    et dynamisant. La vie quotidienne comme source inépuisable de messages adressés, comme possible lieu de rencontre, comme chemin vers l’autre, comme facteur de changement. Cet engagement dans l’aventure relationnelle s’appuiera sur un collectif à construire, une formation initiale et continue centrée sur la psychopathologie, les sciences humaines, sur une analyse permanente du dispositif institué et des processus instituants et créatifs … outils travaillés par le mouvement de psychothérapie institutionnelle.

    Cette lecture psychopathologique du soin quotidien pourra ainsi constituer

    une boussole, un repère pour toute personne ayant une fonction soignante.

    Venez participer à la construction de cette boussole lors des journées de

    l’AMPI, mais attention c’est un objet rare : Ne la perdez pas !

  • Ouverture prochaine du D.U. « Pratiques institutionnelles et statut du Sujet », à Paris 7

    Ouverture prochaine du D.U. « Pratiques institutionnelles et statut du Sujet », à Paris 7

  • De la sensation à l’interprétation

    De la sensation à l’interprétation

    par Françoise Attiba

    De la sensation à l’interprétation

    Françoise Attiba

    Je travaille depuis de longues années en psychiatrie et j’ai commencé dès mes études à me former en psychanalyse. Lacan prévalait dans les années 80, j’ai donc lu les séminaires, travaillé en cartel, bossé la théorie mais j’étais très ennuyée parce que je n’arrivais pas à faire coïncider un tant soit peu tous ces concepts avec l’expérience que j’accumulais peu à peu. C’est en travaillant avec d’autres à la Criée à Reims que j’ai rencontré des soignants qui se posaient des questions quant à la psychothérapie des psychoses. Même si de moi-même par intuition mais surtout en me laissant enseigner par les patients j’avais commencé à élaborer mes propres outils, c’est surtout la rencontre avec Ferenczi, Winnicott, Searles, Benedetti et Oury qu’enfin la théorie rencontrait mon expérience avec les patients. L’interdit posé par le lacanisme sur la psychanalyse anglo-saxonne m’avait tenu éloignée de textes essentiels. On n’est jamais assez curieux et toujours trop pris par la doxa du moment. Les concepts de Réel, de jouissance sont cruciaux pour l’approche des psychoses ; mais qu’en est-il de celui de forclusion du Nom du père par exemple qui a laissé les patients psychotiques sur le bord de la route de la psychanalyse pendant tant d’années ?

    Je vous ai amené de la clinique qui aborde de façon indirecte ce concept de jouissance qu’on ne peut prendre de front, car il a à voir aussi avec le corps subtil, bien que l’on puisse voir parfois une vague de jouissance désarticuler un sujet dans ce que la psychiatrie appelle les rires immotivés par exemple ; j’ai préféré nouer ce concept avec celui du transfert et parler de la jouissance sous transfert, la mienne et celle du patient.

    Il est des patients, lorsque l’on travaille en psychiatrie publique qui arrivent, dans notre bureau de psy, comme dirigé par un circuit fléché, une sorte de parcours obligé, un automatisme, un prévu d’avance. C’était le cas pour Luc.

    (…)

  • Un voyage dans le temps du transfert

    Un voyage dans le temps du transfert

    par Françoise Attiba

    Un voyage dans le temps du transfert

    Françoise Attiba

    Je suis née dans un pays de frontière, dans les Ardennes. Là où jouxte la Wallonie, la partie francophone de la Belgique. Les ardennais aiment toujours aller y chercher un peu d’ailleurs. Quand j’étais petite, ce qui me fascinait, c’était cette partie de terre entre les deux frontières, terre dont mon père m’avait dit qu’elle s’appelait le no man’s land. Et je me demandais comment elle pouvait exister sans âme qui vive pour l’habiter. J’avais étendu cette idée de no man’s aux animaux et aux oiseaux. Cette zone était devenue dans mon imagination une zone d’ où tout pouvait surgir, la sorcière et la fée, la biche et le sanglier. C’est bien plus tard que j’ai lu des textes sur la friche, cette zone indéterminée d’où peuvent surgir tous les possibles. Et c’est devenu pour moi une métaphore du transfert, cet espace intermédiaire qui s’étale de façon inexorable lorsque çà se noue. La frontière ce n’est pas seulement cette promenade en Belgique, mais c’est aussi trois forçages, trois entrées en force de l’armée allemande, trois fois dévasté cet espace magique. Où en sont les traces ? Lorsque des zones du paysage d’autrefois, des zones ravagées et gelées viennent intruser le présent, cela fait il commémoration ou nouvelle géographie ? On m’a dit que les frontières ont disparu, faut-il le croire quand les murs poussent. Que sont devenus les no man’s land ? Ce sont-ils disséminés un peu partout, émiettement du possible…

    Le no man’s land, Platon l’appelle chôra, à la fois lieu et matrice, ni sur terre ni dans le ciel, « la chôra est une propriété du sensible, à mi-chemin entre être et non être ; elle n’est pas quelque chose, mais la condition de possibilité de toute chose ».

    Ces zones de l’imaginaire, là où s’origine l’invisibilité, Marie Josée Mondzain écrit dans son livre passionnant confiscation, pour une autre radicalité, en parlant de la chôra : « l’invisible est la condition du visible, à partir d’un espace sans lieu qui opère radicalement comme pure indétermination matricielle et donc féconde sans avoir eu besoin d’être fécondée. » Elle poursuit en associant les chrétiens et la vierge, tenant lieu d’une « membrane diaphane et intacte qui met au monde, comme on fait apparaître sur un écran l’image naturelle, archétype de toutes les images possibles, image engendrée de l’inengendrée, visibilité qui ne cesse de mourir pour ressusciter. »p 170

    Cette zone, sur la brèche, entre visible et invisible, membrane sensible, appelé par les grecs l’hymen, une friche bien étonnante m’ a évoqué un bout d’analyse.Un souvenir de protocole éducatif et pédagogique qui tente de dire la naissance et l’écrasement de cette zone, de dire autrement l’exil qui grave une inoubliable géographie de la sensation, sensation qui assigne intimement et politiquement, qui marque le sujet comme une malédiction ou un franchissement.

    (…)

  • Intervention de Marie Depussé

    Psypropos 2008

    Intervention de Marie Depussé

    En 2008 l’association PSYPROPOS avait choisi pour thème de ses journées d’étude :

    “Dire le plaisir de la langue”

    Nous avions naturellement demandé à Marie Depussé de prononcer une conférence inaugurale le 10 Juin 2008 à Orléans.

    Avec générosité, elle nous avait proposé de nous dire son plaisir de la langue, à partir de ce beau mot de « parloir » que Beckett avait su lui confier…et qu’elle avait évoqué dès les premières lignes de son tout dernier livre d’alors “BECKETT CORPS A CORPS”.

    Voici le texte en souvenir de Marie Depussé, morte le 15 août 2017.

    “ÉCOUTE LES FEUILLES

    Beckett lisait les textes qu’il aimait à ses amis, ou plutôt, il les récitait, comme il touchait un piano. (…)

    Parler, il peut le faire, mais la langue n’est pas un lieu, tout juste un parloir.”

    Partant de sa connaissance de Beckett, elle nous permit de cheminer avec elle, dans son propre questionnement de la langue, parmi les amoureux de la langue qu’elle avait pu fréquenter dans ses lectures, ses rencontres, ses surprises, ses trouvailles créant des appositions dont elle nous proposa le partage. L’humour, le sérieux côtoient le tragique, le dire ne se fait pas toujours oublier quand une voix de cette qualité fait entendre l’inouï, tout près du silence.

    Voici donc la transcription de son interven-tion qu’elle avait aimablement relue pour la publication des actes de ces journées d’étude.

    Le Parloir

    Marie DEPUSSÉ

    Vous pardonnerez, je l’espère, la désorga-nisation de cette conférence, l’étalement de toutes ces paperolles, comme disait Proust. La demande de Michel Lecarpentier m’a été adressée un peu tard.

    Je vais tenir compte, comme je le peux, du thème de Psypropos. Le titre, Le Parloir, me vient de Beckett : C’est un mot à lui. C’est un terme assez triste, mais un peu insolent, aussi. Il n’est pas loin de l’internat, de la taule, mais sug-gère une sorte d’excès, de débordement d’une parole à la fois vide et obstinée, puisque dans un parloir, on ne peut faire que ça, parler. (Les pri-sonniers y font aussi des enfants, qu’on appelle enfants du parloir).

    Il est d’usage, ici, de dire son argument. Je dirai d’abord que le plaisir de la langue, on ne peut le dire, il me semble, qu’en se référant au terme de Lacan, cet emboutissement de deux mots comme il aime à en faire, « lalangue ». Ceci posé je dirai que le plaisir le plus incontestable de la langue (je continue, pour répondre au titre, à l’écrire comme ça) est le lapsus ou le mot d’esprit.

    Deuxième proposition, le plaisir de la langue, C’est celui de la lecture. J’utiliserai un texte de Proust, magnifique, pour vous le faire entendre. Plaisir à rencontrer la langue d’un autre, dans la solitude. L’écrivain étant mort, ou pour le moins absent, ne nous demandera pas de réponse.

    Troisième proposition, que je n’illustrerai pas, le plaisir, rare, qu’on éprouve à entendre par-ler, de préférence à distance, à la radio par exemple, un être qu’on sent seul face à la problématique du champ de la parole et du langage. Son silence nous arrête, et parfois il bégaie. Ce n’est pas qu’il parle mieux, C’est qu’il parle.

    Je serai, comme Proust, du côté de la mé-fiance à l’égard de la conversation, bien que je me sois permis d’écrire, avec Jean Oury, Conversations sur la Folie . Je m’en expliquerai, si vous le souhaitez. Le titre m’était venu à cause de Claudel, de ses Conversations dans le Loir et Cher. Cela dit, je suis sûre qu’un livre d’entretiens n’est lisible qu’à partir d’un certain travail de mise en scène, qui relève du théâtre et de l’écriture. À condition qu’un des partenaires prenne la place du scribe. J’emploie le mot dans son sens courant, plutôt vague, pas dans les sens que lui donne Peirce, parce que, pour lui, le scribe ne sait pas ce qu’il écrit. A condition donc qu’un des deux fasse le travail de mise en forme, par écrit, d’un échange de paroles.

    Je vais commencer, au risque de vous ennuyer, par tenter de réduire le flottement qui n’en finit pas, pour beaucoup d’entre nous, entre langue, langage, parole.

    (…)

  • L’ESTHETIQUE DES RYTHMES par Henri Maldiney

    L’ESTHETIQUE DES RYTHMES par Henri Maldiney

    L’ESTHETIQUE DES RYTHMES

    Henri Maldiney

    (1967)

    I—LE DESTIN DE L’ART ET LA NAISSANCE DU RYTHME

    Le philosophe est un perturbateur. C’est là son trait commun avec l’artiste, s’il est vrai, comme dit G. Braque, que l’art soit fait pour troubler et que la science rassure. Il trouble la bonne conscience, même et surtout scientifique. Mais il commence par ébranler la sienne. A cet égard l’esthétique est exemplaire. Sa première question met en jeu son existence même avec celle de son objet. Cette question la voici : l’art peut-il mourir ? L’art doit-il mourir ? — “ il est mort ”, répond Hegel. Ce constat de décès prête à l’ironie. Il date d’un siècle et demi pendant lequel l’art a eu et a encore une assez belle survie. Mais que la multitude des artistes ne fasse pas illusion ! Schiller nous en prévient : “ Il y en a beaucoup de bons et d’intelligents ; mais tous comptent pour un seul, car ils sont gouvernés par les concept. Triste est l’empire du concept : avec mille formes changeantes il n’en fait qu’une, indigente, vide. ”

    Hegel est le philosophe du concept, mais le concept hégélien n’est pas une idée fixe ; et les vers qu’il cite de Schiller prennent alors un autre sens, encore plus grave pour l’art. Le concept est le sens qui gouverne tout à travers tout. Non pas un sens tout fait qui attend d’être mis à jour, mais un sens qui s’effectue lui-même dans l’histoire du monde et qui, en se produisant en elle, y produit la lumière dans laquelle il vient à son propre jour. L’art a été cette lumière où l’esprit se savait lui-même comme esprit. Il a été le plus vivant de la vie. Mais l’art ne vit de l’esprit qu’aussi longtemps que l’esprit vit de l’art. Or l’esprit a dépassé cette forme de lui-même, il a cessé de se constituer et de se communiquer sous une forme sensible dans les œuvres de l’art. Il a désormais à se réaliser et à s’exprimer dans les conduites et les situations humaines qui sont son existence effective, et à se savoir en elles comme sujet et objet de son monde. Le rôle de l’art est seulement d’ordonner le décor de la vie, d’une vie dont le sens se décide hors de lui. L’esthétique doit céder la place à l’éthique.

    Documents joints

  • Une vidéo de Pierre Delion

    Une vidéo de Pierre Delion

  • Mort de Salomon Resnik, psychiatre et psychanalyste

    Elisabeth Roudinesco

    Mort de Salomon Resnik, psychiatre et psychanalyste

    in LE MONDE du 08.03.2017

    Mort de Salomon Resnik, psychiatre et psychanalyste

    Psychanalyste et psychiatre argentin, membre de l’Association psychanalytique internationale, Salomon Resnik est mort à Paris le 16 février

    LE MONDE | 08.03.2017 à 12h02 |Par Elisabeth Roudinesco

    Né à Buenos Aires le 1er avril 1920, Salomon Resnik est mort le 16 février à Paris, où il s’était installé en 1968, tout en formant des élèves en Italie et notamment à Venise. Clinicien bienveillant et jovial, il aura consacré sa vie à s’occuper passionnément des malades mentaux avant et après l’apparition des traitements chimiques qui dominent aujourd’hui le savoir psychiatrique.

    Fils d’immigrants juifs venus d’Odessa, il s’engage à l’âge de 18 ans dans des études de médecine, puis évolue vers la psychiatrie. Il rencontre alors les pionniers de la psychanalyse en Argentine, et notamment Enrique Pichon-Rivière (1907-1977), auprès duquel il se forme. Ce maître mélancolique, fondateur avec quelques amis, en 1942, de l’Association psychanalytique argentine (APA), rattachée aussitôt à l’International Psychoanalytical Association (IPA, 1910), l’initie à la clinique des psychoses et à différents types de pratiques de groupe. Par sa conception de la « maladie unique », Pichon-Rivière, clinicien éclectique de grande envergure, soutient l’idée que la folie doit être traitée à travers trois approches : sociale, psychique, psychosomatique.

    Compréhension innée

    Resnik restera l’héritier de cette tradition humaniste, dont il deviendra l’un des illustres représentants. Comme le souligne son ami et collègue Pierre Delion, professeur de pédopsychiatrie à Lille, « Salomon connaissait de nombreuses langues – espagnol, français, italien, russe, ukrainien, yiddish –, mais il parlait aussi le psychotique » (Rencontre avec Salomon Resnik. Culture, fantasme et folie, Erès, 2005).

    Autant dire que Resnik avait une compréhension innée de la langue de la folie. Et c’est pourquoi, en 1957, comme de nombreux Argentins, il quitte Buenos Aires pour se rendre en Europe, et d’abord en France, pour y parfaire sa formation auprès des ténors de la psychothérapie institutionnelle. Inventé en 1952 par le psychiatre Georges Daumezon (1912-1979), ce terme désigne une thérapeutique de la folie qui vise à ¬l’institution asilaire en privilégiant une relation dynamique entre les patients et les soignants.

    Déjà adepte de cette approche, Resnik rencontre donc François Tosquelles (1912-1994) et Jean Oury (1924-2014). Cependant, toujours curieux de nouvelles approches, il décide de partir pour Londres, afin de se former auprès des plus prestigieux cliniciens de l’école anglaise : Melanie Klein (1882-1960), célèbre psychanalyste d’enfants, et Herbert Rosenfeld (1910-1986), sur le divan duquel il suit une nouvelle tranche d’analyse tout en participant aux travaux de la Tavistock Clinic.

    Un enseignant admiré

    Il s’initie alors à une pratique différente de la folie – et surtout de la schizophrénie – qui met l’accent sur la nature inconsciente de l’identification projective dans le traitement des psychoses, c’est-à-dire sur un mode spécifique de structuration psychique du patient consistant à introduire sa propre personne dans celle d’autrui pour lui nuire. Dans cette perspective, Resnik se rapproche également des thèses d’Esther Bick (1902-1983) sur la genèse de l’autisme et de Wilhelm Ruprecht Bion (1897-1979), clinicien d’origine indienne, personnage flamboyant et turbulent, analyste de Samuel Beckett, spécialiste des états-limites (borderline states), souvent comparé à Jacques Lacan pour ses innovations.

    Quand Resnik décide de s’installer de nouveau à Paris, il a donc acquis toute la culture psychiatro-psychanalytique du XXe siècle : école argentine (groupale), école française (dynamique), école anglaise (intrapsychique). Autant dire qu’il est déjà devenu, par ses diverses migrations, un enseignant admiré. On retiendra deux ouvrages majeurs, Temps des glaciations. Voyage dans le monde de la folie (Erès, 1999), dans lequel il montre comment des patients psychotiques évitent les souffrances par une congélation de leur être, et Biographie de l’inconscient (Dunod, 2006), où il décrit, comme dans un roman, les différentes facettes de la vie intrapsychique.

    Resnik expliquait volontiers que son désir d’explorer le monde scintillant de la déraison remontait à un souvenir d’enfance : « Lorsque j’étais enfant, j’étais fasciné par une robe noire de ma mère, avec des paillettes qui me donnaient l’impression d’un univers étoilé et étonnant. Chaque paillette était un petit soleil. »

    Salomon Resnik en cinq dates

    1er avril 1920 Naissance à Buenos Aires

    1968 S’installe à Paris

    1999 «  Temps des glaciations. Voyage dans le monde de la folie  » (Erès)

    2006 «  Biographie de l’inconscient  » (Dunod)

    16 février 2017 Mort à Paris

    • Elisabeth Roudinesco

  • Le souffle, la conscience et la vie. Chroniques d’un médecin réanimateur par François Fourrier

    Recension de Pierre Delion

    Le souffle, la conscience et la vie. Chroniques d’un médecin réanimateur par François Fourrier

    Ouvrage paru chez Albin Michel. 2017

    Le souffle, la conscience et la vie. Chroniques d’un médecin réanimateur.

    François Fourrier

    Albin Michel. 2017

    Recension par Pierre Delion

    François Fourrier, professeur à la faculté de médecine de Lille2 et ancien chef du service de réanimation médicale au CHRU de Lille, vient de signer un ouvrage formidable sur son expérience professionnelle. A partir d’histoires cliniques qui illustrent le modèle des pathographies imaginées par Von Weiszacker comme mises en forme d’une médecine humaine, Fourrier nous propose de partager avec lui les aventures transférentielles qu’il a vécues tout au long de sa carrière de médecin. La réanimation médicale est une spécialité singulière de la médecine, puisqu’elle accueille les patients venant des urgences ou des services de spécialités confrontés à des états pathologiques particulièrement graves et nécessitant le recours à des « aides à vivre » sous formes de machines sophistiquées (respiration, circulation sanguine, …) dont dépendent la survie : « Venir après la catastrophe, simplement tenter de remettre les choses à leur place » déclare-t-il avec une modestie louable. A travers ces exemples poignants, François Fourrier nous permet de comprendre les situations de très grande complexité, souvent au bord de la mort, auxquelles sont confrontés les réanimateurs : thérapeutiques d’abord, mais aussi très vite, éthiques, biographiques, légales, pluridisciplinaires. Plutôt que de nous entraîner dans une présentation théorique au risque d’être loin de chacun des cas concernés, l’auteur préfère nous livrer des exemples précis, ceux de Mohammed, de Marlène, de Miran, d’Estelle et de plusieurs autres, dans lesquels il déroule l’histoire clinique détaillée telle que le médecin est entraîné à le faire, mais avec une particularité très intéressante, analogue à l’enquête historique. En effet, pour reconstituer les circonstances dans lesquelles le patient a sombré dans sa décompensation et qui dans certains cas peuvent expliquer les symptômes présentés, il est nécessaire de se livrer à un enquête approfondie, quasi-policière, afin de rassembler les pièces du puzzle. Et pour ce faire, François Fourrier nous montre une méthode construite à la fois sur une rigueur scientifique absolue, mais également comportant toujours une présence de l’autre, même dans le coma, créant de facto une intersubjectivité, condition de possibilité d’une médecine humaine. Les nombreuses références médicales, y compris les plus pointues, sont l’objet de descriptions explicatives extrêmement pédagogiques. Elles aideront sans aucun doute ceux qui pensent habituellement que la médecine n’est pas accessible au citoyen ordinaire. A chaque fois, elles sont contextualisées pour permettre au lecteur de comprendre l’histoire clinique exposée. Mais à côté de ces aspects spécifiquement médicaux, les récits de François Fourrier sont pénétrés de ce que nous autres, les psychistes, appelons le contre-transfert : à plusieurs reprises, il expose, quelquefois de façon très intimiste, les effets produits sur lui-même par la présence de tel ou tel patient, que ce soient ses propres états d’âme, les actions qu’il « doit » entreprendre pour résoudre tel ou tel problème énigmatique, les avis qu’il requiert auprès de ses collègues, de membres de son équipe, d’amis ou de proches des patients. Et plutôt que de considérer qu’il s’agit de phénomènes dont il faudrait se protéger pour « rester scientifique », il assume cette position en première personne et enrichit aussitôt de cette complexité nouvelle l’équation de chaque patient qu’il tente de résoudre. Avec un art consommé de la narration, François Fourrier nous entraîne dans son sillage sur les chemins de ses émerveillements affectifs, de ses satisfactions professionnelles mais aussi de ses angoisses et de ses questions existentielles. A ce titre, son livre est une bible pour le médecin, celui qui ne veut pas abandonner la part humaine de son exercice, tout en menant le plus loin possible sa démarche selon la fameuse « evidence based medicine ». Son exemple montre que loin d’être impossible à mener, une telle démarche est non seulement possible mais nécessaire. Que des professeurs de médecine de ce niveau en soient les acteurs-narrateurs est une bonne nouvelle pour l’avenir d’une médecine performante pétrie d’humanité.

  • FONCTION POÉTIQUE ET VIE QUOTIDIENNE par Antoine Viader

    FONCTION POÉTIQUE ET VIE QUOTIDIENNE par Antoine Viader

    FONCTION POÉTIQUE ET VIE QUOTIDIENNE

    par Antoine Viader

    PRÉAMBULE

    « Le Comte se promenait ce matin dans son parc en lisant le journal les mains croisées derrière son dos … ». Les auteurs qui écrivaient des feuilletons comme par exemple Ponson du Terrail ou Eugène Sue devaient rendre leurs copies rapidement aux directeurs des journaux. Alors il arrivait que le lecteur tombe sur ce genre de phrase cocasse. C’est ce qui risque de m’arriver car il n’est pas toujours facile d’écrire et je préfère annoncer la couleur sans aucune prétention.

    Il est plus facile pour écrire un texte d’avoir un prétexte. Par exemple quand on doit préparer une intervention dans un colloque où le thème est déjà affiché. Par ailleurs, dans ces cas, on est invité et on sait plus ou moins à qui on s’adresse. Ici, il y a aussi une adresse, une adresse à ceux que je connais et à ceux qui peuvent être sensibles à ce genre de texte et éventuellement à d’illustres inconnus. S’adresser aux autres est un mouvement naturel quand l’autre existe encore ce qui n’est pas toujours le cas dans certains lieux où règne une bureaucratie totale. L’autre que j’évoque ici ce n’est pas le grand autre ni le petit autre de Lacan mais plutôt autrui au sens de Lévinas. Le désir de s’adresser à l’autre et de confirmer qu’on est bien en contact correspond à une fonction du langage que Jakobson décrit comme la fonction phatique. Des siècles auparavant, Ramon Llull avait « découvert » lui, une pulsion particulière qu’il appelait en catalan « l’affat », et c’était la pulsion de s’adresser à l’autre.

    Articuler ces deux « notions », fonction poétique et vie quotidienne me paraît à la fois nécessaire et difficile et avec le risque de tomber dans des banalités. En effet, si la fonction poétique a été explorée par divers auteurs dont, bien sûr, François Tosquelles avec son ouvrage : « Fonction poétique et psychothérapie », qui avait puisé cette fonction chez Roman Jakobson, et si Jean Oury avait parlé de la « logique poétique » à plusieurs reprises, le terme de vie quotidienne me semble plus difficile à définir. On sait que Jean Oury avait fait un séminaire sur ce thème en 1986-87 qui n’a pas été publié. Donc, je n’ai pas eu accès à ce séminaire à part la première séance. François Tosquelles, de son côté, ne s’est pas centré explicitement sur la vie quotidienne dans ses écrits alors que l’essentiel de son travail à Saint Alban et ailleurs portait sur les conditions de vie des malades hospitalisés ou non et même des soignants et des « bien portants ».

    Donc, je vais essayer de développer ou de creuser un peu plus ce que ces termes représentent pour nous concrètement. Impossible, en tout cas pour moi, de traiter ces thèmes l’un après l’autre. Ces deux approches me paraissent non seulement inséparables mais, en quelque sorte, imbriquées comme lorsqu’on voit les veines sur une planche de chêne ou de marbre.

    La fonction poétique du langage n’est pas la poésie mais elle s’infiltre dans tous les discours et dans toutes sortes d’écriture. En ce qui concerne la vie quotidienne il me semble qu’il est difficile de donner une définition de cette notion, si on peut l’appeler une notion. Le mot définition est en elle même difficile à définir. Il ne s’agit pas de se plonger dans la linguistique et autres sciences du langage. On peut juste dire qu’un mot, une notion ou un concept renvoient toujours à d’autres mots et que la « chose » en question reste inaccessible. Cependant, Albert Camus avait bien dit que « mal nommer les choses ajoute au malheur du monde ». Et quand on écoute les propos des journalistes, des « communicants » des hommes politiques et des réseaux sociaux, on ne peut que lui donner raison.

    Si on revient malgré tout au mot « définition » on sait qu’à l’origine il s’agissait de fixer ou de déterminer quelque chose, la mettre dans un cadre. A ce sujet on pourrait évoquer à contrario les personnages du regretté Gotlib qui débordaient toujours des cases de ses BD. Ceci dit, pour que les personnages débordent des cases, il faut que les cases existent. On peut aussi prendre l’exemple des mots croisés où les définitions poussent le cruciverbiste à trouver la signification adéquate. Naturellement, dans ces définitions il s’agit de trouver des significations secondaires connotées dans d’autres contextes et de préférence avec humour sinon le jeu en question n’aurait aucun intérêt. Il s’agit bien de jeu car dans la plupart des cas les définitions et les « solutions » jouent sur les mots et constituent des jeux de mots. Sans s’appesantir sur les mots croisés (que Lacan conseillait aux psychanalystes), et sur certains de leurs auteurs comme Tristan Bernard ou Georges Pérec, on n’est pas très loin de « La psychopathologie de la vie quotidienne » de Freud. En fait, j’ai pris cet exemple pour en élargir le sens comme quand on se demande : « qu’est que ça veut dire ? ». Cette question ouvre un champ immense d’interprétations possibles entre les dénotations soit disant fixes et objectives et les valeurs subjectives des connotations qu’on retrouve dans les définitions des dictionnaires. On pourra me dire que cette question pose question en elle même. En fait elle se pose lorsque quelque chose a été dit. Il reste donc autre chose à dire puisque le dit n’a pas épuisé le dire.

    Ce préambule est sans doute trop long et on peut se demander pourquoi faut il « préambuler » avant de déambuler.

    En fait, il me semble nécessaire de s’arrêter sur le seuil (j’aurais pu dire « liminaire » qui correspond justement au seuil mais on ne reste guère sur le seuil avant d’entrer ou de sortir de la maison) à propos de ces notions telles que définition ou signification. Mais ces mots il faut les situer dans le contexte particulier où ils se manifestent qu’on pourrait désigner comme le paysage. Donc, on pourrait aussi désigner la vie quotidienne comme un chemin où peut apparaître la différence entre signification et sens. A ce propos les mots qui nous posent question constituent des éléments d’un chemin comme des pierres ou de petits pavés sans oublier les marges, les fossés, les plantes qui poussent sur les bords du chemin… Pour ne pas être trop désorienté, les jalons ou les bornes sont aussi nécessaires mais la curiosité ou le désir de trouver au-delà de nos horizons trop bornés s’ouvrent toujours des chemins de traverse. Et si on a trop de mal à définir quelque chose on peut toujours tenter de l’illustrer.

    Je me permets d’ajouter quelques banalités supplémentaires : Dans la vie courante on ne fait pas vraiment attention quand on dit, par exemple : « je suis malade ». Être malade appartient donc à l’auxiliaire « Être » par opposition à l’auxiliaire « Avoir ». Mais si on peut être malade on peut aussi avoir la grippe. En espagnol et en catalan on peut être de façon différente, « estar » et « ser » selon, par exemple, si on est malade : « estoy emfermo » ou être un homme : « yo soy un hombre ». Donc en français il n’y a pas ces nuances. Par contre, dans le champ psychiatrique on parle différemment suivant les maladies somatiques et mentales et même entre les psychoses et les névroses. Par exemple on dit couramment que ce malade est schizophrène mais on dit rarement qu’il a une schizophrénie. Si un malade àa un ulcère de l’estomac il ne devient pas pour autant un ulcéré de l’estomac. Même parmi les névroses d’un côté on dit que cette malade est hystérique et d’autre côté que ce malade a une névrose obsessionnelle. Il y a donc, à ce niveau, une question d’identité, une question qui devient fondamentale pour certains malades.

    Dans le même sens, lors des dialogues les plus courants, les locuteurs trouvent sans se poser de question les expressions les plus euphoniques tout en gardant la même signification. Par exemple, Jakobson explique pourquoi quelqu’un parle de Jeanne et Marguerite plutôt que Marguerite et Jeanne « car ça sonne mieux » tout comme « l’affreux Alfred » plutôt que l’ « horrible, le dégoûtant… » etc. « Sans s’en douter, elle appliquait le procédé poétique de la paronomase ». On retrouve ce genre de formulation dans de nombreux écrits où la fonction poétique reste sur le plan latent. Par exemple dans les titres des Fables de La Fontaine où « Le Chêne et le Roseau »,

    « Le Corbeau et le Renard », « la Cigale et la Fourmi », etc. sonnent mieux que l’inverse.

    I

    UNE NOIX

    Une noix

    Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ?

    Qu’est-ce qu’on y voit

    Quand elle est fermée

    On y voit la nuit en rond

    Et les plaines et les monts

    Les rivières et les vallons

    On y voit

    Toute une armée

    De soldats bardés de fer

    Qui joyeux partent pour la guerre

    Et fuyant l’orage des bois

    On y voit les chevaux du roi

    Près de la rivière

    Une noix

    Qu’y-a-il à l’intérieur d’une noix ?

    Qu’est-ce qu’on y voit ?

    Quand elle est fermée

    On y voit mille soleils

    Tous à tes yeux bleus pareils

    On y voit briller la mer

    Et dans l’espace d’un éclair

    Un voilier noir

    Qui chavire

    On y voit les écoliers

    Qui dévorent leurs tabliers

    Des abbés à bicyclette

    Le quatorze juillet en fête

    Et ta robe au vent du soir

    On y voit des reposoirs

    Qui s’apprêtent

    Une noix

    Qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ?

    Qu’est-ce qu’on y voit ?

    Quand elle est ouverte

    On a pas le le temps d’y voir

    On la croque et puis bonsoir

    On n’a pas le temps d’y voir

    On la croque et puis bonsoir

    Les découvertes

    Si j’ai cité cette chanson de Charles Trenet ce n’est pas seulement parce que c’est une chanson poétique qui nous relie à la fonction poétique du langage comme de nombreuses chansons du même style mais à cause du thème même, c’est à dire de l’opacité de la vie humaine. En effet, si l’auteur écrit ces derniers mots, « bonsoir les découvertes » c’est bien pour cela qu’on ne peut découvrir que ce qui était couvert ou enfermé. Sans doute on peut évoquer les « Grandes Découvertes » c’est à dire les explorations dans des mondes inconnus. Mais on sait aussi qu’une fois ces mondes découverts ils deviennent l’objet d’exploitation, de colonisation et d’extermination. La reconnaissance de l’opacité de l’autre et du mystère qu’il présente sont rarement respectés. A titre d’exemple on pourrait reprendre la Controverse de Valladolid où il s’agissait de savoir si les indiens d’Amérique avaient une âme, donc si c’étaient des êtres humains. Comme on sait, le légat du Pape finit par reconnaître ce caractère humain aux indiens mais il affirme à la fin que ce ne sera jamais le cas des nègres. Donc, si le mot respect a un sens dans les relations interpersonnelles, dans les rencontres et les échanges, c’est bien à ce niveau qu’il faut reconnaître l’opacité de l’autre.

    J’insiste sur ce point alors que depuis longtemps on prône au contraire la transparence à tous les niveaux, que ce soit sur le plan de la conscience de soi et des autres, du moi lucide, ou de la communication.

    En fait, pour reprendre l’exemple de la Controverse de Valladolid, ce qui est en question c’est l’image de l’autre. C’est bien l’image des peaux-rouges et des noirs que le légat oppose à celle des blancs. Et en arrière plan le commerce des esclaves. Car si les indiens et les noirs ne sont que des animaux comme les autres on peut les faire travailler sans les payer. A ce niveau l’image d’autrui n’a aucune profondeur, aucune histoire, aucun mystère. Mais, même si on reste sur le registre du regard on peut voir la différence entre cette image stéréotypée et le visage.

    Le visage, au sens de Lévinas, a une toute autre dimension, celle de la singularité, de sa propre profondeur. « Le visage parle » dit Lévinas.

    Le visage est spécifique à l’être humain. Il est différent de la face et de la figure et il ne constitue pas la somme des parties de la face. Il y a quelque chose de plus que l’ensemble de ces parties, front, pommettes, joues, nez, menton, bouche, etc. Les animaux n’ont pas de visage. Ils peuvent avoir une face, un museau un groin et un regard sans doute mais le visage et le regard humains sont différents.

    Dans le champ psychiatrique on peut retrouver la problématique du visage avec par exemple le « test » de Szondi.

    Entre l’image de l’autre, le visage de l’autre, la parole de l’autre et ce que j’ai appelé le « mystère » ou l’opacité de l’autre on se trouve à la croisée des chemins. A ce sujet, j’ai écrit mystère plutôt qu’énigme. Je me souviens d’une réflexion de François Tosquelles qui me disait : « Tu te rends compte, il y a beaucoup de gens qui m’apportent leurs problèmes mais personne n’amène ses mystères. Les problèmes et les énigmes ont des solutions, alors que le mystère de la vie n’a aucune solution ».

    La croisée des chemins c’est un lieu de rencontre. Bonne ou mauvaise. Sans insister sur la rencontre d’Œdipe et son père Laïos et la mort de ce dernier, toute véritable rencontre est inattendue. Oury comme Maldiney soulignent le caractère imprévu de la rencontre. C’est ce que souligne aussi, en se référant à Edgar Poe, Roman Jakobson :

    « Tout naturellement c’est à Edgar Allan Poe, poète et théoricien de l’anticipation déçue, qu’il a été donné d’évaluer, du point métrique et psychologique, la satisfaction qui chez l’homme est liée au sentiment de l’inattendu surgissant de l’attendu, l’un et l’autre impensables sans leur contraire, « comme le mal ne peut exister sans le bien ».

    On ne peut pas parler de rencontre sur le plan psychiatrique sans évoquer la « praecox gefühl » de Cornelius Rümke longuement commenté par Jean Oury. A partir de cette première rencontre qui marque le diagnostic médical pour le thérapeute mais aussi, si on se réfère à Szondi et à Schotte, le « diagnostic » non médical pour le « patient », on se retrouve sur le chemin de l’accueil ou du rejet, de l’hospitalité ou de l’exil.

    On aborde ici le champ du « pathique », champ dégagé par Viktor von Weizsäker et Erwin Straus et labouré par Jacques Schotte, Henri Maldiney et Jean Oury entre autres.

    Sans s’appesantir sur ce champ, il y a des éléments indispensables en ce qui concerne la vie quotidienne et aussi sur la fonction poétique. On pourra y revenir à plusieurs reprises.

    Pour le moment, ce qui pourrait articuler la vie quotidienne et la fonction poétique du langage c’est peut être le récit adressé à autrui. Quelle que soit l’importance des autres éléments, c’est dans le registre de la parole qu’on peut retrouver la dimension de l’opacité et du mystère de l’autre. Quand on s’adresse à l’autre il y a toujours la dimension du transfert que ce soit volontaire ou non, que ce soit une relation « positive » ou « négative ». Et s’il y a transfert entre en jeu le désir inconscient et cet « obscur objet du désir ». Juste pour rappeler ce que disait François Tosquelles à propos d’Ulysse et du récit que celui-ci avait fait à Nausicaa de ses aventures ce qui lui avait permis de regagner Ithaque.

    II

    Les champs sociaux, labourés, en friche, en jachère …

    On peut élargir ces éléments au champ social avec Pierre Sansot. Ce sociologue ne semble pas se référer explicitement à la psychiatrie ni à la psychanalyse ni non plus au registre du « pathique » . Cependant, il n’est pas très loin de ces thèmes quand il décrit « Les formes sensibles de la vie sociale », l’un de ses ouvrages ou quand il évoque « La poétique des banlieues ».

    Pierre Sansot s’interroge sur la position de l’observateur par rapport au thème à observer ; dans son cas c’est sur la ville, sur les stades de football ou de rugby, sur les foules, etc. Dans le champ psychiatrique et psychothérapique nous avons l’habitude de nous poser ce genre de question et il s’agit toujours d’analyser la subjectivité du thérapeute pour ne pas être encombré par ses propres opinions préconçues ou ses sentiments spontanés. On peut résumer cette approche avec la question essentielle formulée par Jean Oury : « Qu’est que je fous là ».

    Sans être psychiatre ou thérapeute voici ce que dit Sansot à propos de sa démarche : « Quand l’observateur de la vie sociale raconte la manière dont il aborde et investit l’objet qu’il s’est proposé, il élabore une narration … ». Un peu plus loin :

    « Dans une approche et en vertu d’un parti pris différent, l’objet et le sujet s’entremêlent à tel point que le premier se dévoile à travers les errances, les tâtonnements, les découvertes du second ».

    Je me permets de citer un autre passage plus long où l’auteur développe deux approches différentes, l’une plutôt scientifique ou cartésienne et l’autre plus sensible :

    « Éloge de la description »

    « Les hommes quelconques aiment le sensible jusqu’à délirer autour de lui et jusqu’à savoir que l’essentiel se situe dans l’apparaître et qu’il faut se défier de tout ce qui prétend en rendre compte ou se substituer à lui. En quoi, sans le savoir, ils rejoignent l’une des leçons de la phénoménologie. La description sera un sens irremplaçable si de son côté l’apparaître est indépassable. Si l’apparaître était un premier degré du savoir ou encore une illusion, il devrait s’évanouir au regard de la science, à l’égal de ces théories préscientifiques qui n’ont d’intérêt que pour l’historien des sciences ou pour l’érudit. Or le savoir le plus subtil, le plus rigoureux, n’entame pas la région de l’apparaître, c’est à dire que ce dernier ne constitue pas une somme d’impressions fugitives et de chatoiements mais le monde dans sa robustesse et dans son éclat tel qu’il se livre à l’homme ».

    Ce passage est à mon avis très intéressant dans la mesure où Pierre Sansot évoque l’ « époché », la réduction phénoménologique de Husserl qui a pour but de « déblayer » les idées préconçues afin que le sujet puisse avoir accès à un regard « naïf ». D’autre part, quand il parle de l’ « apparaître », on retrouve des notions aussi élaborées par Jean Oury avec des expressions telles que l’ « apparaître du retrait » ou « l’élan retenu », expressions puisées chez Francis Ponge dans son poème : « La fabrique du pré ». À propos de ce terme, « pré », Oury parle d’un côté du pré de Francis Ponge, qui a existé réellement du côté de Chambon sur Lignon, et du préfixe qu’il désigne comme la préposition par excellence en reprenant des expressions telles que pré-représentatif, pré-objecivé, pré-conçu, etc. Dans le champ pathique il n’y a pas l’opposition classique entre sujet et objet. Dans le même registre Oury cite aussi à plusieurs reprises l’expression de Zutt : « Le corps en apparition ».

    Même si Sansot parle des ouvrages d’Erving Goffman, auteur entre autres d’ « Asiles », je ne sais pas s’il s’est approché concrètement de la psychiatrie. Mais on trouve des convergences parmi ces approches, par coïncidence ou par une sensibilité commune envers les hommes et les femmes en situation et en société.

    Puisque on se retrouve sur le champ du « pathique » on peut relever quelques éléments fondamentaux dans ce « paysage ». Par exemple, voici ce qu’écrit Jacques Schotte dans « Nosographie » :

    « Cette dimension primordiale révélée par le sentir sur laquelle s’enlève tout ce qui ressortit à la perception, il s’agit maintenant de la rapporter à et de l’approcher de la notion de Stimmung.

    « Pour ce qui concerne le mot de Stimung, milieu ou ambiance, l’idée dont il est porteur vient de la Grèce classique et évoque à travers une métaphore musicale une façon globale de vivre et à la fois de penser notre manière de vivre le monde. Stimmen en allemand signifie, en effet, accorder, au sens où on accorde un instrument, où on met et résonnance harmonieuse ses différentes cordes.

    « …. Et ceci renvoie aussitôt à la notion de tempérament qu’on peut adjoindre à celle de l’humeur ».

    « …Aussi bien, l’horizon le plus général qu’évoque le terme de Stimmung concerne le problème du rapport harmonieux entre l’homme et le monde, rapport à l’intérieur duquel peut exister une concordance de l’homme avec lui même à plusieurs « niveaux » susceptibles de présenter chacun à leur manière spécifique de discordance, le terme se rencontre de fait dans le vocabulaire psychiatrique à propos de la schizophrénie ».

    Une autre notion très importante dans le champ du pathique c’est le terme de « Umgang » proposé par Viktor von Weizsäker. Jean Oury traduit ce terme par « aller et venir autour » en ajoutant que c’est le propre de l’homme. Dans la même séance du séminaire sur les « Les symptômes primaires de la schizophrénie », Oury lie ce mouvement humain à la sculpure de Giacometti, « L’homme qui marche » en soulignant aussi une autre notion fondamentale, le rythme, en référence à Henri Maldiney et à Émile Benveniste. Cependant la traduction habituelle du terme « umgang » c’est « commerce ». Et on peut l’élargir à tous les échanges interpersonnels et à tous les niveaux. C’est pourquoi il m’a semblé intéressant d’évoquer une fois ou deux le « Café du Commerce » comme une sorte d’ « agora » où on peut s’asseoir, marcher, dialoguer, etc. Il est dommage que ce genre de conversation et les lieux où elles se produisent disparaissent peu à peu au profit sans doute des réseaux sociaux.

    Tout en restant sur ce même registre, c’est à dire dans la vie quotidienne et au niveau du pathique, on peut trouver d’autres liens comme par exemple les photographies dans la rue ou à l’école en particulier avec Robert Doisneau. Il y a de multiples pistes dans ce champ d’où on peut aussi se promener, chercher, dialoguer comme les péripatéticiens de la Grecque antique

    Avant d’abandonner le champ du pathique on peut revenir sur la fonction poétique ou plutôt sur la logique poétique qu’évoque Jean Oury. Pour celui-ci, c’est au niveau du champ pathique que la logique poétique trouve sa source et ses racines. Je ne sais pas si c’est uniquement dans ce champ qu’émerge la possibilité de créer. Oury, et il n’est pas le seul, lie ce champ pathique à l’objet transitionnel et à l’espace potentiel de Winnicott. Et Winnicott lui même désigne cet espace comme un lieu de culture et de création. D’autre part, Oury et Schotte articulent aussi ces champs avec le vecteur Contact du test de Szondi, où il s’agit essentiellement des relations entre le sujet et l’objet c’est à dire la mère. En fait, les notions de sujet et d’objet ne sont pas à ce niveau vraiment identifiés ni séparés. Ce qui compte ce sont les mouvements, comme s’accrocher, abandonner, aller à la recherche, etc. Enfin, on pourrait aussi lier ces champs avec, c’est le cas de le dire, la notion de jachère proposée par Masud Kahn.

    Donc, on retrouve ici aussi des approches différentes qui convergent ou qui se superposent à propos de ces problématiques de base.

    Puisque on évoque des métaphores plus ou moins agricoles entre le pré, les champs, la jachère et les friches, on pourrait ajouter quelques éléments concernant la terre et le terrain. Il y a une famille de mots tel que l’humus qui nous conduit facilement à l’humeur, à l’humour et à l’homme. L’humeur et les humeurs restent liées au tempérament qui pour Schotte et Oury correspond au « stimmung » illustré par le « clavecin bien tempéré ». L’humour constitue un élément indispensable dans les relations interpersonnelles surtout dans les espaces psychiatriques où il s’agit de se garder de se prendre pour soi même, de prendre du recul par rapport à son propre discours, contre les tentations de prestance en opposition à la notion de présence. On oppose classiquement l’humour à l’ironie, souvent agressive et « mordante », mais il ne faut pas oublier la méthode socratique, l’ironie socratique qui, en feignant son ignorance, permettait à l’interlocuteur de découvrir qu’il n’était pas tellement bête et ignorant de sorte que Socrate arrivait à rendre ces gens plus intelligents. C’est une méthode que François Tosquelles a largement utilisé quand il disait, par exemple, en entrant dans une réunion : « je suis venu pour apprendre ».

    Ceci dit, en ce qui concerne la fonction poétique du langage, François Tosquelles, qui connaissait très bien l’œuvre de Winnicott et celle de Szondi, celui qui était aussi un ami proche de Jacques Schotte et surtout de Jean Oury, ne m’a pas parlé, autant que je m’en souvienne, du champ pathique, et je n’ai pas non plus trouvé cette notion dans ses écrits. Lorsqu’il parlait de la fonction poétique il se référait à Jakobson et à Lacan. Donc, lorsqu’il liait fonction poétique et psychothérapie il soulignait le fait que ce n’est que la fonction poétique du langage qui permettait au sujet, malade ou non, de se reconnaître en tant que sujet du désir inconscient et de reconnaître les autres. C’est peut être à ce niveau qu’on peut retrouver des liens avec le registre du pathique quand il insistait sur le fait que ce n’était pas seulement les contenus des énoncés du sujet qu’il fallait prendre en compte mais le sujet de l’énonciation, c’est à dire être attentif au rythme, aux cadences, aux hésitations aux mouvements involontaires, etc. A condition sans doute que le thérapeute ait de son côté une écoute poétique. On a bien compris que François Tosquelles n’a pas du tout tenté d’appliquer le travail des poètes professionnels ou amateurs à la psychothérapie. La fonction poétique était déjà concrètement présente dans les discours authentiques des patients et autres interlocuteurs. La lecture qu’il a fait du poème de Gabriel Ferrater, « In mémoriam » le démontre clairement.

    Cependant, de nombreux poètes s’interrogent sur l’utilité de la poésie dans le champ social avec les conflits, les épreuves et les luttes. On connaît le poème d’Éluard : « La poésie doit avoir pour but la vérité pratique ». C’est un très beau poème mais je pense que la « vérité pratique » en question doit être située dans le contexte du moment. On sait qu’Éluard et Aragon ont écrit une ode à Staline. Dans le même sens voici quelques vers d’Atuhalpa Yupanqui dans : « Le poète »

    « Tu te crois différent

    parce que tu te dis poète

    et tu as un monde à part

    au delà des étoiles

    A force de regarder la lune

    tu ne sais plus rien voir

    tu es comme un pauvre aveugle

    qui ne sais où il va

    Va voir les mineurs

    les hommes dans les champs

    et chante pour ceux qui luttent

    pour un morceau de pain.

    Un dernier poète qu’on peut citer également : Il s’agit de Gabriel Celaya poète espagnol avec son poème : « La poésie est une arme chargée de futur »

    « Poésie pour le pauvre, poésie nécessaire

    comme le pain de chaque jour

    …..

    Ce n’est pas une poésie goute à goutte pesée

    ce n’est pas un beau produit. Ce n’est pas un fruit parfait,

    c’est le plus nécessaire : ce qui n’a pas de nom

    ce sont des cris dans le ciel, et sur terre des actes … »

    Je ne crois pas que les discussions et les polémiques sur une éventuelle poésie « engagée » soient vraiment essentielles. Ce sont les hommes et les femmes qui s’engagent ou non avec leur propre fonction poétique qui ne produisent pas nécessairement des œuvres poétiques.

    Je me souviens de ce poète québécois, aussi bûcheron, qui avait répondu aux poètes académiciens qui lui demandaient de définir la poésie. Il a dit : « Pour moi, la poésie c’est quand deux mots se rencontrent pour la première fois ».

    La référence à ce poète bûcheron nous offre une passerelle vers les problématiques de l’outil, du travail, de l’artisanat entre autres. Ce qui rejoint la « boîte à outils » et la collection du même nom fondée par Jean Oury et Pierre Delion. On sait que c’est la présence d’un tailleur de pierre qui assistait aux séminaires de La Borde qui a permis à Oury et à Delion d’exploiter le concept d’outil. S’il s’agit pour ces auteurs d’outils pour penser, analyser, créer et transmettre, on peut aussi dire quelques mots du livre d’André Velter et de Marie-José Lamothe : « Le livre de l’outil » où il s’agit du travail des ouvriers et des artisans depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Ces outils soigneusement élaborés, polis par l’usage, deviennent pour l’ouvrier et l’artisan « à sa main », des outils qui resteront comme leur utilisateur singuliers et uniques. Certains outils, comme la serpe, la hache ou le marteau n’ont guère changé depuis leur création. Bien sûr, avec les machines-outils et la production industrielle la notion d’outil a bien changé. Sans tomber dans la nostalgie passéiste de ces époques qui n’appartenaient nullement à un utopique âge d’or, on peut cependant critiquer cette production- consommation sans frein dans nos sociétés. C’est ce que disent les auteurs : « La production massive de biens de consommation aberrants voire nuisibles, a détruit l’alibi de la nécessité. Enfermer des millions d’hommes pour les contraindre à produire l’inutile et le désagréable, c’est programmer la déchéance de l’aventure humaine ». Les auteurs soulignent l’opposition entre l’homme muni de l’outil et conscient de son but et le système anonyme que représente une chaîne de montage : « Cette conquête, (conquête de l’univers de soi même et du sens), qui aspire à la connaissance, ne demande ni armes ni destructions ni oppressions ; elle ne requiert d’autre outil que l’esprit appliqué au maniement des siens, et impulsé par eux. J’appelle outil de l’esprit le silex taillé ou l’ordinateur, sous certaines conditions. La chaîne de montage, elle n’est pas un outil : c’est une structure à décerveler, à enlaidir, à retarder la naissance de toute liberté ».

    « Toute considération seulement technique sur l’outillage est une considération étriquée ou nulle. Un geste non conscient de ses origines et de ses fins érige des murs aveugles ».

    Ces quelques remarques juste pour introduire la dimension poétique de ces métiers manuels. Il faudrait lire ces pages magnifiques sur le travail du forgeron, du charron ou du luthier. Le luthier construit des luths, des violons et des guitares qui deviennent à leur tour des outils et des instruments. En même temps ce livre nous introduit aussi à la dimension historique de la vie du travail quand ce travail est véritablement créatif :

    « Le véritable trésor humain, tel qu’il apparaît dans l’art, qui est intuition et maitrise du temps universel concret , et dans l’invention des outils, qui concourt à maîtriser ce temps sur le plan de l’action, aura été le plus violemment nié par les siècles industriels ».

    La dimension historique dans n’importe quel travail est indispensable si on veut garder le sens du travail humain alors qu’on vit de plus en plus dans l’immédiat et où la mémoire devient de plus en plus courte. Si on évoque des événements comme la Shoa ou le Front Populaire on nous renvoie à la préhistoire. Il y a bien sûr d’autres ouvrages littéraires ou cinématographiques qui montrent l’aliénation et la souffrance subis par les hommes, les femmes et les enfants avant et pendant cette société dominée par le capitalisme et la production industrielle et post- industrielle. Tout le monde connaît « Les temps modernes » de Charles Chaplin et les romans de Zola par exemple mais on pourrait y ajouter le rapport de Villermé écrit dans les années 1830 sur l’état physique et moral des ouvriers dans les usines où travaillaient les tisserands dans des condition effroyables. Une fois de plus, je ne conteste pas l’effet positif du progrès scientifique et technique qui a permis à la plupart des gens de vivre mieux. Mais on peut s’interroger sur le sens de ces progrès lorsque on mesure uniquement la « réussite » et l’ « échec » aux millions qu’on a obtenus ou qu’on n’a jamais eus ni désirés.

    III

    Un détour du côté de Beckett

    Quelques mots trop brefs sans doute sur Samuel Beckett. Les romans et les pièces de théâtre de Beckett représentent des personnages, qui, s’ils n’apparaissent pas toujours ouvertement comme des psychotiques, se trouvent sur cette crête où ils finissent par basculer.

    Didier Anzieu a écrit un livre particulièrement intéressant sur Becket où on retrouve divers couples parfois presque en symbiose et parfois en antagonistes. Anzieu, qui a lu et relu tous les ouvrages de Beckett s’identifie à celui-ci car tous les deux ont souffert d’avoir des mères froides et rejetantes, mais des mères aussi possessives où l’enfant ne sait pas comment il peut se situer. On sait que Didier Anzieu, psychanalyste reconnu, avait fait une psychanalyse avec Jacques Lacan qui, quelques années auparavant avait écrit sa thèse sur la paranoïa et ses rapports avec la personnalité en utilisant le « cas Aimée », une malade internée à Saint Anne à la suite d’une tentative de meurtre contre sa supposée rivale dans son délire d’érotomanie. Ce que n’avait pas dit Lacan à Anzieu c’est que la malade en question c’était sa mère.

    Dans son livre sur Beckett, Anzieu discute plusieurs fois avec un personnage nommé Giraud qui pourrait bien être Lacan. Mais ce qu’explique Anzieu c’est que l’origine des romans de Beckett il y a la psychanalyse qu’il a faite pendant deux ans avec Bion à Londres. Beckett était allé voir Bion à l’époque où il souffrait d’asthme, de furoncles, quand il buvait et se montrait violent. Anzieu montre comment apparaît dans « Watt », M. Knott comme le double de Bion que Watt tente d’approcher mais qui se comporte comme un persécuteur ambigu et déroutant. Watt, (Bekett) se trouve confronté ainsi à Bion comme Molloy va visiter sa mère. D’autres personnages apparaissent dans ce roman, dont Sam, avec lequel Watt entretient des échanges verbaux mais aussi physiques car les deux se tiennent côte à côte, ventre à ventre sans savoir pour quoi ce genre de contact. Les deux marchent de conserve souvent à reculons et parlent en inversant les mots et les phrases. D’autres personnages incarnent plus ou moins Bion dans d’autres romans comme « Malone meurt », « Molloy » ou « L’innommable » mais aussi la mère de Beckett. En fait, il me semble que les difficultés que cherche à surmonter Becket, c’est qu’il a du mal à trouver un tiers dans ses relations. Chaque fois, ses efforts échouent et il retombe dans une relation duelle, une dyade où il n’y a pas de rencontre. C’est le cas, je crois, dans « En attendant Godot » où le personnage que Vladimir et Estragon attendent sans espoir c’est sans doute une mère inaccessible. Beckett effectue d’autres tentatives lorsque Molloy prend des cailloux dans sa poche pour les transférer dans une autre poche ou quand Malone pendant son agonie essaie de rassembler ses « possessions » hétéroclites pour en faire un inventaire. Je ne sais pas si, comme le dit Oury, la logique poétique naît de ce champ du pathique. Je serais plutôt d’accord avec Anzieu quand il dit : « Ce chapelet de cailloux sur lequel exerce sa pensée, c’est l’allégorie du travail de création en cours ». C’est tout qui reste de ce qui aurait pu exister et qui n’a pas réellement existé. Je crois que c’est du fond de la faille, du fond de la « spaltung » que le sujet tente de se reconstruire à travers une éventuelle création poétique, littéraire ou artistique. Anzieu insiste sur la négativité foncière de Beckett avec un transfert négatif envers Bion. Bion lui avait conseillé de s’éloigner de sa mère ce qui avait provoqué l’interruption de la psychanalyse et le rejet de Bion. Ce n’est que plus tard, lorsqu’il s’est installé à Paris, donc loin de sa mère, que le changement s’est produit lorsqu’il s’est mis à écrire en français, une langue différente de sa langue maternelle.

    Il faudrait développer tout ça mais on ne peut donner ici qu’un aperçu de l’expérience et du travail de Beckett, que tout soignant en psychiatrie devrait lire de préférence en groupe.

    En guise de conclusion

    Ces divers détours pour en arriver au champ psychiatrique tel qu’il apparaît actuellement. Comme je suis maintenant loin du terrain, j’essaie de m’informer. Ainsi, j’ai lu récemment un article dans le quotidien « Le Monde ». Il s’agit dans cet article d’un service médical spécialisé dans l’hématologie. Il semble que le professeur qui dirige ce service se soit aperçu qu’il serait utile que les membres de l’équipe, médecins, internes, infirmières, aide-soignantes et ASH, puissent parler entre eux et avoir un petit temps pour discuter des malades. Je n’insiste pas sur ce genre de découverte ni sur les spécialistes formés à enfoncer les portes ouvertes.

    Certains se souviennent peut être d’une pièce de théâtre de Simone de Beauvoir , « Les bouches inutiles » où se posait la question, lors d’un siège, s’il fallait nourrir tout le monde ou sacrifier les bouches inutiles afin que les combattants puissent continuer à lutter contre les assaillants.

    Si j’évoque cette pièce ce n’est pas seulement parce que quarante pour cent des malades mentaux internés dans les hôpitaux français sont mort de faim pendant l’occupation comme l’avait révélé Max Lafont dans son livre « L’extermination douce ». Car la bouche ne sert pas seulement à manger mais aussi à parler. C’est pourquoi on peut se demander si les soignants ont le droit de s’exprimer sans parler des malades, en dehors de l’application des protocoles. Il est vrai que l’application des protocoles ne nécessite pas la parole. Il suffit de cocher des cases. Ça permet sans doute de gagner du temps et comme on le sait, le temps c’est de l’argent en tout cas dans l’hôpital-entreprise. Que reste-t-il alors aux soignants et aux malades ? Si dans ce système cloisonné on trouve un vasistas ouvert, oublié qui permet de respirer, c’est ce qui reste de la fonction poétique. L’air qu’on respire, l’eau qu’on boit, le pain qu’on mange ce n’est rien d’autre que la fonction poétique du langage et qu’on continue à écraser avec ces systèmes néo-positivistes et bureaucratiques où il ne reste aucun jeu pour que les paroles et les choses jouent ensemble. Il est bien évident que dans ces situations c’est l’éthique qui est en question.

    Si la fonction poétique est écrasée par la bureaucratie et les idéologies simplistes qui stérilisent toute tentative de création, on peut se référer au roman de Boris Vian, « L’arrache-cœur » où dans un village, un maquignon vend les vieux et les estropiés pour pas grand chose, un batelier est chargé de prendre sur soi la honte du village en repêchant avec sa bouche et ses dents les charognes qui flottent dans le « ruisseau rouge ». Le batelier est très riche puisque le village le couvre d’or dont il ne sait pas quoi faire. Une autre version de « L’horreur économique » de Rimbaud reprise par Viviane Forrestier. Finalement, puisque le batelier est mort, c’est le psychiatre, Jacquemort, qui s’y colle ce qui n’est que justice puisque Boris Vian propose cette métaphore où la société traite les fous comme des charognes.

    Il reste peut être aux membres des équipes psychiatriques de revenir à ces questions sur ce mystère spécifiquement humain : « Qui y a-t-il à l’intérieur d’une noix, qu’est ce qu’on y voit quand elle est fermée ? ».

  • Salomon Resnik (1er avril 1920-16 février 2017)

    Salomon Resnik (1er avril 1920-16 février 2017)

    par Pierre Delion

    Salomon Resnik (1er avril 1920-16 février 2017)

    Salomon Resnik nous a quitté le 16 février. Il s’agit d’un des grands psychanalystes de notre temps. Une de ses passions : les psychoses. Il a su se former auprès des plus grands mais surtout développer son propre style avec un talent formidable. Né le 1er Avril 1920 en Argentine de parents émigrés russes, il passe son enfance et son adolescence à Buenos Aire. A dix huit ans, il décide de faire médecine et devient psychiatre. Déjà, pendant sa médecine, sa rencontre avec plusieurs psychanalystes, dont Ernest Pichon Rivière, va avoir des effets décisifs sur sa trajectoire. Il devient analyste dès 1954, membre de la Société Psychanalytique d’Argentine, puis titulaire en 1957 et membre de la Société Psychanalytique Internationale. Il prend en charge très tôt des personnes psychotiques et autistes avec un talent qui lui vaut la reconnaissance de ses collègues sud-américains. Mais, suite à sa participation au congrès de L’Association Internationale de Psychanalyse à Genève en 1955, où il rencontre notamment Melanie Klein, il décide de venir se former plus encore en Europe. Après avoir fait une escale à Paris en 1957-1958, pour approfondir la sémiologie psychiatrique avec Georges Daumezon et d’autres, et rencontré Tosquelles, Oury et Lacan, il décide d’aller rejoindre Mélanie Klein en Angleterre, qui le prend en supervision mais lui conseille de faire une « deuxième tranche » auprès de Herbert Rosenfeld. Là il rencontre les principaux psychanalystes de l’école anglaise, Donald Winnicott, Esther Bick, Mickaël Balint, Wilfried Bion, Ronald Laing et d’autres, avec lesquels il va se lier d’amitié. Quelques années plus tard, en 1968, il décide de venir s’installer à Paris et forme de très nombreux élèves à la psychanalyse, avec un intérêt particulier pour la psychanalyse des psychoses et pour les groupes. Il est invité à Paris par Daumezon (1970) à former des soignants de son service à la psychothérapie de groupe des psychoses, ainsi que par Guyotat à Lyon (1974), qui le fera nommer professeur associé de psychiatrie. Il devient membre de la Société française de psychothérapie psychanalytique de groupe (SFPPG), et en est le président de 1990 à 1994. Il continuait à aller régulièrement à Venise pour y recevoir des analysants et animer de nombreux groupes de thérapies avec des analystes en formation et également avec des patients psychotiques hospitalisés.

    Il a participé à la formation de très nombreuses équipes de psychiatrie, d’enfants et d’adultes, sachant mêler avec un génie rare la pédagogie et la supervision, la psychopathologie complexe et l’analyse du double-transfert, l’histoire de la psychiatrie clinique et les aléas institutionnels. Sa très ancienne et profonde formation d’analyste de personnes psychotiques lui a permis de communiquer avec ces patients singuliers de façon incroyable. J’ai pu mesurer cette faculté rare lors de très nombreuses sessions de travail qu’il est venu animer dans mon service à Angers, de 1992 à 2002, lorsque j’y étais pédopsychiatre de secteur. Nous voyions un enfant autiste ou psychotique avec ses parents, ses soignants habituels et son pédopsychiatre référent en entretien. Les consultations étaient filmées lorsque les parents étaient d’accord, et le document réalisé servait ensuite à la formation de l’ensemble de l’équipe de notre service de pédopsychiatrie. Même avec des enfants ne disposant d’aucun langage, ou avec d’autres, présentant des psychopathologies « extrêmes », les rencontres avec Salomon Resnik permettaient de relancer un processus thérapeutique et de créativité qui pouvait d’être tari. Il savait se servir des phénomènes transférentiels qui touchaient les soignants engagés avec les enfants dans les soins et les aider à en exprimer le suc pour faciliter la compréhension générale de chacun d’eux. Sa connaissance des groupes lui était particulièrement utile lors de ses formations d’équipe.

    Il a écrit de nombreux ouvrages, en espagnol, en anglais, en français, en italien. Les plus connus sont « Personne et psychose », dont le sous titre est « études sur le langage du corps ». Ce livre reprend en profondeur les questions de l’image du corps dans la psychose à partir d’un cas clinique présentant un syndrome de Cotard, et propose de déployer des articulations entre le monde interne de la personne psychotique et ses moyens d’expression, notamment par le corps. C’est un aspect auquel Salomon Resnik restera très sensible tout au long de son œuvre. « Espace mental » est la transcription de ses cours à l’Université de Paris VII, à l’invitation d’Ophélie Avron. Il aborde une « écologie du transfert » pour mieux mettre en perspective la possible communication entre le monde interne du malade mental et celui de son psychanalyste qui saura utiliser son propre espace mental pour mieux l’y accueillir et ainsi transformer les éléments transférentiels en autant d’éléments échangeables. « Temps des glaciations » décrit le processus de « gel progressif » qui atteint les personnes psychotiques si elles ne sont pas aidées par une approche humanisante à se réchauffer, quand elles le peuvent, au contact du monde intersubjectif, et dont les cas cliniques évoqués sont d’une force inégalée. Salomon Resnik a écrit beaucoup d’autres livres que je ne saurais tous citer ici.

    Mais pour ceux qui ont eu la chance de le rencontrer, sa présence avait quelque chose d’unique, alliant une qualité d’accueil de l’autre exceptionnelle, avec une intuition clinique hors norme. Jean Ayme avait l’habitude de le présenter comme un polyglotte jonglant avec habileté entre les nombreuses langues qu’il avait apprises au cours de sa très longue existence, mais parlant également « le psychotique » avec une rare intelligence. Nous partageons notre immense tristesse avec Anna Resnik Taquini, son épouse, et tous ceux qui ont pu profiter de sa présence et de son enseignement.

    Pierre Delion

  • 31ème JOURNÉE NATIONALE DE LA PSYCHOTHÉRAPIE INSTITUTIONNELLE

    SAMEDI 01 AVRIL 2017, à Centre hospitalier « Les Murets » – 94510 La Queue en Brie

    31ème JOURNÉE NATIONALE DE LA PSYCHOTHÉRAPIE INSTITUTIONNELLE

    ART ET FOLIE Enjeux politiques et pratiques soignantes

    Argument

    L’impérieuse nécessité de la liberté et de la création, ont nécessairement partie liée avec l’expression dont l’histoire est consubstantielle à celle de la psychiatrie. La problématique de l’expression occupe d’ailleurs une place majeure dans notre discipline depuis les années 1970. Dans le sillage de la psychothérapie institutionnelle, elle a pris tout son élan d’être aussi une nouvelle manière de vivre le lien entre l’institution psychiatrique, le champ social et la dimension culturelle. Les ateliers d’expression, que Jean Oury appelait « praticables », proposent des « sites » ou des « scènes » où peuvent apparaitre et se développer de véritables partitions, ouvertes sur l’espace psychique interne, véritable lieu entre le corporel et la réalisation symbolique, entre l’énergie et la représentation. « Est-ce que la frontière entre « normalité » et pathologie a une valeur quelconque dans le domaine esthétique ? » Plutôt que de prétendre cerner les différences entre les « normaux » et les « malades mentaux », il faut essayer de saisir ce qui est en question dans la fabrication de « quelque chose ». J.Oury n’affirmait-il pas : « création et schizophrénie, c’est la même chose ».

    D’ailleurs, lorsque la pensée psychotique n’est pas une coquille vide ou une ritournelle, les grands délires, qu’ils soient paranoïaques ou schizophréniques, peuvent présenter un caractère « plein » ou « comblant », pour reprendre les termes de Jacques Lacan dans le séminaire qu’il a consacré aux psychoses. Ce caractère pouvant procurer une jouissance extasiée, parfois érotisée comme en témoigne l’écrit célèbre du président Schreber.

    Jacques Derrida évoquait, à propos d’Artaud, « cette démiurgie manuelle à la fois agressive et réparatrice, meurtrière et amoureuse ».

    Parviz DENIS

  • Marc Ledoux commente les textes de Freud sur le masochisme.

    Elne, le 21 octobre 2016

    Marc Ledoux commente les textes de Freud sur le masochisme.

    Transcription : Laurence Fanjoux-Cohen

    Elne, le 21 octobre 2016

    Marc Ledoux commente les textes de Freud sur le masochisme.

    Transcription : Laurence Fanjoux-Cohen

    Public : Marc, fais-nous le masochisme sans lire ce que tu as préparé !

    Marc : oooh, …., non. Non, non, non. On continue sur la pulsion et on est à la fin de sa trilogie sur les pulsions, et on va introduire la pulsion de mort. Le problème économique du masochisme, je vous avais promis ça et c’est terriblement difficile. Demain, on parlera du vecteur sexuel que Szondi a travaillé avec le masochisme et que Freud a touché sans approfondir le lien entre le sexuel et le masochisme originaire et le paroxysme… donc la criminalité. Freud en a touché un mot et je vais essayer d’y revenir.

    On commence.

    Je vais le faire en trois parties :
     d’abord la scène masochiste qui s’inscrit dans la psychiatrie classique, dans le langage courant en allemand et dans la littérature et qui s’élargit dans le fantasme masochiste
     ensuite la morphologie masochiste, la mise en forme du masochisme érogène, du masochisme moral et du masochisme féminin
     et enfin les enjeux du masochisme et c’est là où Freud arrive avec toute cette dialectique de la pulsion de mort et l’intrication pulsionnelle

    La scène masochiste :

    Elle se constitue dans un dialogue avec Kraft-Ebing qui a écrit la psychopathie sexualiste où il impose, contre le terme courant algolachnie (la volupté dans la souffrance), la référence à un nom d’auteur, Leopold von Sacher-Masoch. Ainsi, ce Leopold Masoch voit son nom affecté d’un isme dans le chapitre 9 du manuel de psychopathie sexualiste : masochisme.

    L’élève de Kraft-Ebing, Mole, remarque que le masochisme a existé de tout temps et retrouve la première description littéraire dans un souvenir d’enfance de Jean Jacques Rousseau que vous retrouvez dans son livre Confessions . Rousseau dit qu’il se souvient qu’à 3-4 ans, il trouvait un certain plaisir à recevoir des fessées de sa gouvernante. Et si vous trouvez ça trop lourd le masochisme, vous pouvez toujours vous reposer en lisant les Confessions de Jean Jacques Rousseau. C’est souvent repris quand on étudie le masochisme. Ce passage a été redécouvert par les psychiatres allemands, comme Mobius qui inscrit le masochisme dans le langage courant. « Il est maso celui-là pour supporter ça ! ». On le dit en français ! ou alors une façon d’être comme trouver son bien être dans la souffrance. Et c’est intéressant de voir à travers la lecture que Freud fait de Mobius, comment il va transformer la description que fait Kraft-Ebing. (Vous retrouvez d’ailleurs pleins de petits passages de son manuel dans plein de traductions de poche…)

    (…)

  • Filmer la folie Mardi 24 janvier 2017 à 20 h à Montpellier

    Filmer la folie Mardi 24 janvier 2017 à 20 h à Montpellier

    Filmer la folie 

    Le cinéma UTOPIA

    et

    l’association d’aide à la santé mentale Croix Marine Languedoc Roussillon

    ainsi que le partenariat exceptionnel de

    Languedoc-Roussillon Cinéma et des Films d’un jour

    vous invitent

    le mardi 24 janvier 2017 à 20 h

    dans le cadre de leurs soirées débats « filmer la folie »

    à la projection du documentaire de Sonia CANTALAPIEDRA

    « Saint Alban, une révolution psychiatrique » (2016)

    La projection du film (60 mn) sera suivie d’un échange. Il sera animé par Jean Pierre MONTALTI, psychiatre, et Joseph MORNET, psychologue avec la participation exceptionnelle de la réalisatrice, Sonia CANTALAPIEDRA et de Jacques TOSQUELLAS, psychiatre et fils de François TOSQUELLES

  • Fonction subversive du récit par Daniel Caserotto

    Fonction subversive du récit par Daniel Caserotto

    Notes pour : « Fonction subversive du récit ».

    Ce texte a été primitivement rédigé en préparation d’une rencontre à Sarrant (Gers), organisée par l’Association culturelle « Métiers à tisser » autour de la vie et l’œuvre de Fernand Deligny . Vous trouverez des ouvrages de cet auteur à la bibliothèque professionnelle du foyer de Castille. Le thème développé ici était imposé par les organisateurs. Ce qui suit peut faire l’objet d’une reprise dans une réunion à thème, ou ailleurs, si le cœur vous en dit.

    En guise d’introduction

    Le langage et la parole, sont plus que des outils dans notre travail. Notre existence est bâtie de la chair même des mots. De fait, l’étude de la structure des échanges verbaux peut inciter à mettre en question une transformation des rapports humains qui ne soit pas superficielle.

    Partir à la recherche d’une parole que l’on souhaite un tant soit peu libératrice en regard des différentes formes d’aliénation (psychique, sociale, culturelles ) que nous subissons peut nous engager sur des chemins abrupts sortant des certitudes naïves de la bonne communication. Il nous faudra peut-être aujourd’hui renoncer dans la foi en la maitrise complète de nos prises et échanges de parole, et de leurs effets.

    Ecouter, parler, échanger, dans une relation aux autres que l’on souhaite authentique ne va pas de soi. De tout temps j’ai éprouvé des difficultés avec la réception de ce que les autres m’adressent, et des difficultés à trouver une parole convenable, adaptée (spontanée ou non) au gré des circonstances. Ce malaise a pu être à l’origine de mon intérêt professionnel et personnel pour ces questions, autant que la volonté, toujours mise à mal, d’être soi-même.

    Les dérives continues de la prise de parole dans le but de convaincre, de séduire, de persuader, peuvent constituer des obstacles à la reconnaissance de l’autre comme être singulier et identifié. Aussi cet essai n’est fait que de suggestions non pas du type de prendre ou laisser, mais à envisager comme une amorce de réflexion, en commun éventuellement.

    ******

    (…)

  • La surprise par Daniel Caserotto

    La surprise par Daniel Caserotto

    La surprise

    Activité écriture-journal, une expérience

    Daniel CASEROTTO

    Nous souhaiterions pouvoir vous relater avec suffisamment de précision et d’authenticité des morceaux choisis de l’histoire vécue de cette activité plus ou moins bien nommée : activité écriture-journal afin d’en faire apparaitre en partie son utilité. Toutefois, même dans une hypotypose1 réussie les mots ne suffisent jamais à rendre entièrement compte ni des choses ni des pensées. On cherche par la parole, l’écriture, le langage, la chose même tout en sachant qu’on ne l’aura pas puisque ce sont les mots, les signes qui manifestent la séparation avec la chose.

    Et de ce qu’il n’y point de parallélisme entre le référent et le signe, entre le réel et le langage, nous avons des difficultés à l’admettre. On aurait très bien pu s’accommoder de l’état de chose où tout va de soi, une légende approximative, un commentaire à peu près satisfaisant des événements dont nous sommes les témoins ou les protagonistes. Or il se trouve des esprits inquiets pour trouver que le sens commun, le discours d’accompagnement n’est pas de nature à éponger la crainte, le tourment qui est notre plus fidèle compagnon, et alors on prend la parole, on se saisit d’une plume, d’un bout de papier et on essaie d’obtenir une meilleure approximation sachant qu’effectivement nous n’avons aucune chance de nommer congrument ce dont il retourne. Ces échecs relatifs de la mise au net de l’aventure à laquelle nous sommes tous les jours conviés propulsent des dérives et des attentes, qui attisent des formulations renouvelées à condition qu’un lieu, un moment, et une ou des personnes soient là pour les accueillir, et quitte encore à constater une insuffisance. Mais après tout rien ne s’oppose à ce que nous tentions la perte. (…)

  • Psypropos : Samedi 19 novembre 2016 au Musée des Beaux Arts, Orléans

    Psypropos : Samedi 19 novembre 2016 au Musée des Beaux Arts, Orléans

    « ACCUEIL ET HOSPITALITÉ. PARTAGER L’INVENTION DU QUOTIDIEN. »

    Psypropos : Samedi 19 novembre 2016 au Musée des Beaux Arts, Orléans (1, rue Fernand Rabier, face à la cathédrale)

    Accueil des participants : 10h

    Modération de la matinée : Marie-Christine Hiebel-Barat et Elisabeth Batier

    10h30 : Jean-Pierre CAVALIÉ (Délégué Régional de la CIMADE)

    « Peut-il y avoir société sans hospitalité ? »

    11h10 : Débat

    11h20 : Monique TRICOT (Psychanalyste, membre du Cercle Freudien)

    « L’hospitalité du transfert »

    12h : Débat

    12h10 : L’Arbrapalabre (avec Marc Ledoux) : « L’accueil du tout petit dans une Maison verte : un accueil subversif ? »

    12h50 : Débat 13h : Pause déjeuner

    Modération de l’après-midi : Marie-Christine Hiebel-Barat et Sylvie Misek

    14h 30 : Anne GOTTMAN (Sociologue, Directrice émérite au CNRS-CERLIS)

    « L’hospitalité, les mœurs et le droit. »

    15h10 : Débat

    15h 30 : Didier DAENINCKX (Romancier) :

    « De Saint-Denis à Saint-Alban »

    16h10 : Débat

    16h : Yacine AMHIS (Psychiatre, psychanalyste, La Criée, Reims) :

    « Témoigner dans la clinique. »

    16h40 : Débat

    17h 30 : Clôture de la Journée.

    [Bulletin à renvoyer dès que possible pour votre inscription (par défaut sur place)

    à PSYPROPOS 120, route de Tour-en-Sologne – 41700 COUR-CHEVERNY

    (Les montants comprennent l’inscription et les actes des journées)

    Nom : Prénom :

    Adresse :

    E-mail :

    Adhésion annuelle (Soutien à l’association Psypropos) : 10 €

    Inscription pour Blois & Orléans :

    UNE JOURNEE BLOIS OU ORLEANS 40€
     Tarif étudiant 25€

    DEUX JOURNEES BLOIS ET ORLEANS 70€
     Tarif étudiant 40€

  • Canet, le 08 09 2014- Concept, contradiction et transfert

    Canet, le 08 09 2014- Concept, contradiction et transfert

    Canet, le 08 09 2014- Concept, contradiction et transfert.

    M. B. : Nous sommes le lundi 8 septembre 2014. Pour commencer, je me disais que je pourrais vous livrer quelques réflexions générales. J’ai récemment parcouru un certain nombre de livres, en particulier mon livre fétiche, L’emploi métaphorique des noms des parties du corps en hébreu et en akkadien , il est bien sous tous les rapports ; ensuite, un livre à mettre en toutes les mains, et surtout dans toutes les têtes, Méduse et cie de Roger Caillois…

    Geneviève Feixas : Lacan le cite…

    M. B. : Oui, Lacan et tout le monde cite Caillois parce que c’est monstrueux d’intelligence, il a notamment inventé les sciences diagonales. Il parle d’un livre formidable que j’ai trouvé à New Delhi, Adaptive coloration in animals . Puis, Le cauchemar d’Ernest Jones, une rareté car peu d’auteurs ont écrit sur le cauchemar.

    Toutes ces lectures m’ont donné une idée sur la question du concept. Ça fait longtemps que j’aborde la question des concepts, mais de façon latérale. Le concept n’est pas fixe, je cite souvent John Dewey qui dit que le concept de bois s’est modifié dès lors qu’on a inventé la pâte à papier. On ne voit plus le bois de la même façon, ses possibilités ont été élargies, ça, c’est pragmaticiste, il est possible de faire autre chose avec le bois que ce que l’on faisait jusque-là.

    Les choses marchent un petit peu comme ça, on dispose d’un concept erratique qui sert à beaucoup de choses, comme l’inconscient, dont tout le monde parle depuis toujours. Avec Freud, l’inconscient prend une autre dimension, c’est un concept qui se stabilise en termes de connaissance, de possibilité, de ce que ça ouvre à la pensée, sur le plan pratique, pragmaticiste.

    Même chose avec le transfert, Jacques Schotte montre que c’est une vieille histoire, en prenant les exemples du transfert affectif ou du transfert d’une partie à une autre du corps. Quand Freud arrive, il transforme le transfert.

    Tous ces concepts ont tellement l’air d’être que Lacan écrit Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, comme s’il n’y en avait que quatre. Il y en a sous doute beaucoup d’autres, mais l’idée de disposer de quatre concepts fondamentaux nous convient, on se dit qu’on dispose enfin des concepts de la psychanalyse ! Or, précisément, les concepts ne vont pas rester fixes indéfiniment, c’est tout l’intérêt, on pourrait dire que chaque analysant, comme dit l’autre, et chaque analyste, modifie légèrement le concept.

    Avec l’arrivée de la pâte à papier, il en va de même, le concept de bois a lui aussi évolué. Et contrairement à ce qu’on s’obstine à penser, un concept est processuel, il n’est pas fixe une bonne fois pour toutes. Si vous cherchez chez Freud une définition du transfert, vous ne la trouverez pas. Il y a des usages, il y a des avancées, des utilisations du terme, mais il n’y a pas de concept tel quel. Lacan a fait un séminaire toute une année à propos du transfert, il vient faire sa pâte à papier, rajouter quelque chose et on peut trouver intéressant de prendre les choses comme il les présente.

    Cela constitue une difficulté dans la pensée, parce qu’à partir du moment où un concept est processuel, il est, comme dirait Dali, fondamentalement contradictoire. Il porte en lui les germes d’un développement et déploie toujours une contradiction.

    Aucun déploiement sans une contradiction. Quand vous marchez, une seconde après, vous n’êtes plus au même endroit ni dans la même position, vous avez un pied qui est levé puis abaissé. Il y a là une série, des événements qui sont incompossibles au sens de Peirce, et ces incompossibilités font le déploiement du concept.

    Il ne s’agit pas pour moi de définir ce qu’est un concept, mais, en tout cas, un concept est contradictoire. Lorsque vous avez une pensée, celle-ci cède déjà le pas à une pensée ou à des séries de pensées qui lui succèdent, qui sont différentes, la pensée ne peut être pensée figée. Bien sûr, on peut se débrouiller, avoir des astuces, par exemple je peux dire le penser et même le corpenser, mais dès qu’on le dit, on fige qu’on le veuille ou non, même si l’on a placé un verbe. Il vaut mieux s’exprimer en verbes qu’en noms. Si on s’exprime en noms, le nom propre est donné…

    Francesca Caruana : Ça substantive…

    M. B. : Oui. Le rhème est verbal, ça cause, même si l’on peut distinguer les deux verbes. Peirce distingue le say-way et le tell-way : dans les deux cas il s’agit du verbe dire, mais nous ne sommes pas en présence du même type de dire.

    Si nous voulons porter un certain mouvement intérieur, nous ne pouvons nous appuyer sur aucun concept qui ne soit en lui-même contradictoire, voilà l’étendue de la question que nous devons appréhender.

    Il faut aller dénicher les contradictions internes au concept, non pas au sens où celui-ci est auto-contradictoire définitivement mais où il est contradictoire au sens de la logique du vague de Peirce.

    La logique du vague est la logique de la contradiction qui veut que deux choses contradictoires peuvent coexister ; ce que j’essaie de stimuler en vous et en moi-même, c’est une chose que l’on oublie tout le temps de faire, à savoir, la recherche du contradictoire dans le concept.

    Cela s’applique tout à fait aux quatre concepts de la psychanalyse, et en particulier à celui du transfert. Schotte a fait vraiment un travail magnifique, parce qu’il a une grande culture et connaît l’allemand, il dit qu’il existe deux types de transfert.

    Dans la pratique, en médecine de réhabilitation, faire un transfert, c’est faire passer quelqu’un de son fauteuil roulant au siège des toilettes.

    Pierre Delion, quand il a essayé de former ses internes aux rudiments de la psychanalyse et de la psychiatrie, en leur parlant de transfert, ceux-ci avaient l’air de comprendre mais à la fin de son intervention, quelqu’un lui a dit : « Je ne vois pas très bien le rapport entre le transfert et ce que vous dites, parce que le transfert, c’est quand on fait passer quelqu’un de son fauteuil roulant au siège des toilettes ». Là, il s’est demandé où il était tombé, mais en même temps c’est vrai, et c’est intéressant de mettre ça dans le paysage, ça a du sens de parler de transfert comme ça.

    Dans (trans)fero il y a fero, un verbe que j’adore parce que c’est le verbe le plus irrégulier qui soit en latin. Quand on l’emploie au présent de l’indicatif, c’est le verbe fero, je porte ; quand on l’emploie au parfait, c’est tuli ; et quand on l’emploie au participe, c’est latum. Voilà un truc qui est extraordinaire, par exemple lateral vient de latum, donc de fero.

    Transférer et translater ont pour origine le même verbe, et c’est quelque chose d’intéressant. Dans transfero on a trans, qui est le meta grec, le über allemand, on est là dans le fait d’aller au-delà. Le transfert originairement est un transport, on transfère. Übertragung, et ça c’est une coquetterie de Schotte qui n’en parle pas, c’est traduire. Transfert et traduction c’est pareil, transducere c’est conduire au-delà ou bien porter au-delà. On sent bien là quelques affinités.

    G. F. : … dans ma vision à moi, je trouve que la psychanalyse est un voyage…

    M. B. : Eh bien voilà, on est en transfert, entre deux états, parce que nous avons toujours besoin de cette fixité des états. On ne pourrait pas penser si nous n’avions pas de choses fixes, mais elles sont plutôt fixoïdes ; on devrait dire la fixoïdité des choses, pour dire que ce n’est pas vraiment fixe. On sait bien que notre corps n’arrête pas de se transformer, qu’il passe son temps à ça, mais vous aurez du mal à penser le corps comme un truc qui se transforme tout le temps, on a envie que ce soit un peu fixe tout de même…Je vous renvoie à la lecture de Adaptive coloration in animals et de Méduse et cie de Caillois parce que le phénomène de la mimesis y est décrit de façon remarquable.

    Si vous faites une lecture fixiste de ce que je peux être amené à dire, ça ne veut proprement rien dire car cela n’a de sens que dans un mouvement, c’est pour cette raison que je fais des blablas, pour vous tenir au courant. Ils sont une chronique, à mon sens, des contradictions internes des concepts que j’utilise.

    Pour vous, il peut se passer autre chose, à un moment donné vous pouvez vous dire c’est ça !, mais méfiez-vous de cette évidence soudaine, de c’est ça ! Cette exclamation exprime un sentiment vif et subit, mais comme toutes les lumières, cela cache son point de départ.

    Si je reprends l’exemple du concept, eh bien, je me souviens avoir fait un de mes premiers blablas là-dessus. Il y avait là Marc Bertrand et son acolyte, prof de philo et j’avais proposé de leur parler du transfert uniquement avec de la sémiotique, sans utiliser de concepts psychanalytiques. J’avais regardé de près fero, tuli, latum, comment ça se passait en grec, et au fur et à mesure, on voyait se déployer quelque chose qui était l’ordre de la pensée psychanalytique.

    Dans les dictionnaires, le concept est présenté de la façon suivante, sens 1, sens 2, mais il n’y a pas de sens 1 et de sens 2, c’est toujours mêlé.

    Oury disait toujours le nom d’un auteur d’un concept. Il fallait alors se plonger dans l’œuvre avec les annexes et les contextes pour avoir une petite idée du sens de ce terme au sens de Heidegger, au sens de Kierkegaard, etc… On découvrait un océan, on était tranquille, assuré de ne pas avoir le sens du dictionnaire où le cas du concept est réglé en une ligne…

    On passe à un autre registre, le transfert des états affectifs,. On n’est plus dans le transfert comme c’était conçu jusque-là, le transfert dans les parties du corps. Oury qui lit l’allemand, dit que Freud dans Étude sur l’hystérie emploie déjà le terme de transfert pour parler d’un changement de l’investissement d’une partie du corps dans une autre partie du corps.

    Dans le deuxième sens, on a le transfert affectif, même si c’est un terme ancien qu’on n’ose plus utiliser après Lacan, à tort, une certaine labilité dans la possibilité des investissements affectifs, ce qu’on appelle communément les cœurs d’artichaut, par exemple.

    On est dans quelque chose de différent qui renvoie à ce que vous pensez du transfert, le transfert sur l’analyste : « ah ! ça y est ! on tient quelque chose de fixe, le transfert sur l’analyste ! ». On entend habituellement le discours suivant : « Oui, c’est comme ces gens que tout à coup on se met à aimer, et puis ça passe. ». C’est le transfert affectif, avec toutes ses variétés.

    Qu’est-ce que ça a à voir avec le déplacement ? Nul déplacement. À la rigueur pour le cœur d’artichaut, le déplacement marcherait assez, mais pour l’analyste…

    Habituellement, on entend dire qu’il s’agit d’un déplacement sur une représentation, l’analyste venant représenter le père, la mère, l’oncle, la tante de Burgos, etc. Mais tous ceux qui ont décidé de plonger dans cette aventure savent bien que ça ne se passe pas comme ça ; en revanche, on peut substituer à cet ordre de l’utilisation du transfert auquel vous souscrivez, le transfert de contact au sens de Schotte ou au sens de Marc Ledoux, attention ! faites gaffe ! ce n’est pas tout à fait ce que vous croyez…

    Est-ce que cela suffit pour établir deux positions contradictoires pour le transfert ? Non, parce qu’on pourrait très bien ramener l’un à l’autre. On pourrait dire a priori que le transfert de contact peut organiser un déplacement, de la tante de Burgos jusqu’au psychanalyste par exemple.

    Les déplacements concernent toujours quelque chose d’un investissement, à savoir les affects. L’utilisation de l’idée de transfert est présente chez les psychologues et les philosophes qui ont précédé Freud.

    On voit clairement le transfert dans ce que Descartes écrivait : « Lorsque j’étais enfant, j’aimais une fille de mon âge, qui était un peu louche ; au moyen de quoi, l’impression qui se faisait par la vue en mon cerveau, quand je regardais ses yeux égarés, se joignait tellement à celle qui s’y faisait aussi pour émouvoir la passion de l’amour, que longtemps après, en voyant des personnes louches, je me sentais plus enclin à les aimer qu’à en aimer d’autres, pour cela seul qu’elles avaient ce défaut ; et je ne savais pas néanmoins que ce fût pour cela. »

    Ceci pour vous dire que la recherche de la contradiction n’est pas si simple. Où est la contradiction la plus saisissable dans la question du transfert ? C’est une magnifique idée de Schotte et aujourd’hui la causerie lui est consacrée parce qu’il m’a vraiment enthousiasmé dans mes lectures. Il dit que la contradiction est à prendre du côté du transfert positif et transfert négatif, c’est cette polarité qui est intéressante, positif-négatif. Ce qui donne la force au concept de transfert c’est justement le fait qu’il peut donner lieu à des systèmes d’investissement qui sont eux-mêmes contradictoires. Des systèmes dans lesquels la même personne et cette fois-ci, les mêmes personnes en présence, vont établir ce qu’on appelle habituellement un transfert positif, avec ce qu’on appelle des résistances, l’existence d’un transfert négatif.

    Si vous prenez le transfert négatif uniquement au sens de positif j’aime, négatif je n’aime pas, c’est un peu dualiste, et ça ne se passe pas comme ça. Pour Schotte, le travail analytique est un transfert positif. Le négatif arrive dans la dimension de résistance : « Ne crois pas que parce que je t’aime, je m’en vais te dire tout ce que tu veux, j’établis des restrictions ».

    Restrictions qui viennent nier intérieurement le transfert qui se produit. Pas de transfert positif sans transfert négatif, pas de transfert sans résistance.

    Mais le mot résistance est un mot un peu compliqué, avez-vous déjà réfléchi à la question de l’ohm…

    Julien Allemand : O-h-m ? C’est la résistance électrique.

    M. B. : Qu’est-ce que ça veut dire la résistance électrique ?

    J. A. : Eh bien, quand un courant doit traverser un conducteur il va se trouver freiné par la matière même qu’il traverse mais qui, du coup, va créer un échauffement… L’ohm est la valeur de résistance… je n’ai pas la définition exacte mais je sais simplement que pour le corps humain c’est dans les 500 000 ohms…

    M. B. : Cinq cent mille hommes dans un seul…

    Public : Quelle résistance !…

    M. B. : Là, le transfert positif est tout petit… Il y a plus de transfert négatif que positif chez l’homme…

    On dispose de quelque chose de très important à pouvoir penser, qui permet d’éviter de tomber dans cette espèce de travers qu’on pourrait par ailleurs dénoncer.

    Si quelqu’un vous dit : « Le transfert, c’est quand Machin ou Machine aime son psy », vous aurez bien raison de lui dire que c’est un peu simplet parce que, non seulement c’est tragiquement partiel mais ça n’en représente pas toute la portée intérieure. C’est une grande bataille qui se mène continuellement entre justement ce qui permet ce travail et ce qui est destiné à l’en empêcher ; le transfert se constitue dans ce monde-là… Mais toi, tu es la spécialiste de ça, ton nom porte ça, son métier c’est de porter, elle porte des feixas…

    G. F. : Ah ! les terrasses…

    M. B. : Non, le faix, en français, c’est le poids. Feixas, c’est le poids, la charge… Tu ne le savais pas ? Oui, le portefaix…

    G. F. : Eh ben non…Je le savais pas… enfin je le savais pas sur mon nom mais… heureusement pour moi… mais attends, c’est dingue ça… On ne me l’a jamais dit…

    Public : (rires)

    M. B. : On t’a trompée ignominieusement… Tu as bien fait de venir aujourd’hui malgré la pluie… C’est la contradiction, tu portes quelque chose qui est destiné à t’empêcher de porter, et c’est continuellement ça. J’en parle comme je parle de la sémiose, le représentement doit s’effacer pour qu’il y ait un interprétant qui vient à la place, etc., et ça continue. Le concept de sémiose l’illustre le mieux, un représentement en lui-même n’a pas d’en lui-même, il est un être pour l’interprétant.

    F. C. : Mais… pour régler la contradiction… regard de la sémiose ?

    M. B. : Dans la sémiose, le représentement doit disparaître pour donner lieu à l’interprétant, et l’interprétant devient à ce moment-là un représentement pour un autre interprétant… On voit bien que la disparition est au cœur de la sémiose.

    F. C. : Il n’y a pas quelque chose qui est plutôt de la transformation ?

    M. B. : C’est un peu là-dessus que j’attire l’attention, qu’est-ce que transformer ? C’est disposer d’une chose à un moment donné et disposer d’une autre chose après. Ces deux choses étaient là en même temps au point de départ, à ceci près qu’il ne s’agissait pas de ces deux choses puisqu’elles n’avaient pas encore accompli leur destin.

    F. C. : Autant sur le transfert, cette mise en mouvement où l’on comprend la contradiction dans un phénomène de résistance, c’est-à-dire qu’il y a vraiment des incompossibles qu’on peut comprendre et particulièrement dans la cure analytique, autant dans la sémiose il y a vraiment…

    M. B. : Mais tu vois, regarde tes mains, tu as vu tes mains…

    F. C. : Oui, si tu veux, il y a une part qui est abandonnée mais qui ne résiste pas…

    M. B. : Il fallait bien qu’il y ait un représentement… Et que ce représentement cède quelque chose pour que l’interprétant puisse être…

    F. C. : Mais ça revient à donner au representamen une place fixe…Ça lui donne une place qui est un état…

    M. B. : Mais qui est une place forcée parce que le représentement surgit en contexte. On ne peut pas dire qu’il a une place fixe puisqu’il n’a pas d’être en lui même, il n’est que dans un contexte.

    Il y a déjà là un surgissement. Quelque chose surgit et, tout à coup, on prend un concept, et on s’empresse de croire qu’on a compris quelque chose… Il faut se méfier tout de suite de cette croyance. Ceci dit, il n’en reste pas moins qu’on a compris quelque chose, et c’est énorme parce que ça veut dire qu’on a avancé, qu’on a participé à ce processus de liaison ou de lien ou de relation avec le concept, mais la question est de continuer.

    Je vous ai dit que, dans le transfert, il est important pour l’analyse de partir de la contradiction positif-négatif, mais c’est simplement pour vous donner un point de vue. Il n’y a pas de positif en soi et de négatif en soi, les deux sont en relation…

    Je suis en train d’essayer de vous perdre là et je souhaiterais que vous puissiez sortir d’ici en vous disant que vous ne comprenez plus rien…

    Public : C’est souvent… ( rires)

    M. B. : Ah oui, souvent ? …On touche à quelque chose de très important, la logique du vague qui est la logique même du processus. Le contradictoire, les contradictions sont mises ensembles et se déploient dans un devenir…

    Public : Est-ce que c’est pas la dialectique ça ?

    M. B. : Oui, enfin, un des éléments de la dialectique… J’ai toujours dit que la sémiose, c’est la dialectique, mais l’intérêt est d’aller jusqu’au point de contradiction, non pas chercher la contradiction pour la contradiction mais savoir ce qui donne le déploiement.

    La logique du vague est une logique de l’enquête, c’est quelque chose que je maintiens depuis toujours. C’est pour cette raison que je dis que l’objet de la logique du vague est un singulier, parce que c’est contradictoire en soi, puisqu’il est sin, c’est-à-dire seul parmi tous les autres.

    Chaque fois que vous allez essayer d’attraper quelque chose comme ça, vous aurez toujours quelque chose de contradictoire. Le point intéressant est la modalité de pensée, ne pas penser en termes fixistes, même si l’on ne peut pas s’en empêcher. Les mathématiciens, qui assument pleinement la non-existence de leurs objets, travaillent, eux, selon la logique du vague, parce que précisément ce dont ils parlent n’existe pas. Ils sont déjà confrontés à l’existence et pourtant…

    C’est le vieux problème que je me pose depuis l’âge de quatre ans, le réel est la condition des mathématiques. En parlant du cercle, Platon dit bien qu’il n’est aucun cercle tracé, et pour pouvoir définir le cercle, il est obligé de nier toute existence matérielle du cercle.

    Quand vous étiez petits, on vous disait qu’en mathématiques on ne fait pas de démonstration avec des figures ; et on vous reprenait quand vous disiez : « On voit bien que c’est la bissectrice ou la médiatrice », parce qu’on ne peut pas faire appel au sens de l’observation pour pouvoir assumer quelque chose en mathématiques.

    Il est intéressant de penser un petit peu la logique psychanalytique comme ça, quand on vient vous parler de la tante de Burgos et de tout ce monde-là, ce n’est pas d’eux dont on vous parle, parce que c’est toujours quelque chose qui se déploie dans le transfert.

    Il y a très longtemps, j’avais écrit un petit article, dans lequel j’avais parlé du transfert comme système tonal, vous pouvez le trouver sur mon site. Oury me disait souvent que c’était la meilleure chose qu’il avait lue depuis longtemps sur le transfert. Moi, je me demandais pourquoi il pensait ça… Mais c’est parce que le système tonal n’est pas soumis au principe de contradiction. A posteriori, on peut dire « j’ai senti… », et là c’est fini, on l’a fixé dans des états, des attitudes, des objets, des pensées, mais dans le déploiement tonal tout est entièrement ouvert, ce qui signifie que c’est contradictoire à l’intérieur de lui-même, qu’il y a bien quelque chose qui fait un mouvement.

    J’avais parlé du transfert comme système tonal à l’occasion du travail avec les traumatisés crâniens. Je disais qu’il y avait du transfert dans les réunions qu’on fait tous ensemble, les équipes et les blessés, puisqu’on cause et qu’il se passe quelque chose. Je posais la question aux équipes, de quoi est-ce qu’on cause ?, est-ce qu’il s’agit de ce qu’on dit ? Non, les traumatisés crâniens ne s’exclament pas comme l’inspecteur Bourrel pour exprimer leur compréhension de ce qui est dit en leur présence et je disais qu’au bout du compte, le transfert est un système tonal.

    Oury, à qui ça avait plu, le disait souvent et maintenant je commence à comprendre pourquoi. Cela lui rappelait les premiers textes de Jacques Schotte sur le transfert dans lesquels justement celui-ci parle du contact. Le tonal et le contact sont circonvoisins, ce sont des choses tout à fait semblables.

    En même temps, ça vous éclaire peut-être sur le système tonal dont je parle ici régulièrement, parce que le tonal ce n’est pas quelque chose, mais je suis bien obligé de dire que c’est quelque chose parce que sinon, je vais finir par ne plus pouvoir parler, d’ailleurs c’est ce que j’essayais de vous dire et puis j’ai démarré sur autre chose…

    J’ai lu il y a bien longtemps un livre intitulé Les idéalités mathématiques , de Jean-Toussaint Desanti, un type d’une intelligence supérieure, mais il n’empêche qu’il est obligé d’appeler ça des idéalités, il les fabrique comme objets. Ce sont des objets idéaux, et maintenant il peut en parler. Mais là où il semble ne pas avoir tort, c’est que, pour pouvoir en parler, encore faut-il les substantifier.

    Mais vous m’avez souvent entendu dire qu’il vous est possible d’en parler de façon substantielle à condition d’éradiquer ensuite tout ce qui provient du caractère substantiel que vous avez attribué à la chose, à condition de vous débarrasser de toutes les conséquences du substantiel.

    C’est ce que votre prof de maths vous a appris à l’école, il vous disait que vous pouviez tracer des figures, mais que si vous deviez faire une démonstration, il vous faudrait la faire sur les « idéalités » et pas sur les cercles réels ou les triangles réels que vous aviez sous vos yeux parce que c’était prendre le risque de tirer des conclusions liées aux particularités qu’introduisent les réalités matérielles des choses.

    Au lieu de faire un triangle quelconque, vous risquiez de le faire vaguement rectangle, ou vaguement isocèle, et d’en tirer des conclusions que vous penseriez être valables pour ces triangles mais qui sont liées au fait qu’il est isocèle ou presque isocèle ou bien rectangle ou presque rectangle… Un triangle quelconque s’appelle un triangle scalène, moi j’aime bien, c’est joli.

    G. F. : On le disait avant, un triangle quelconque…

    M. B. : Officiellement, on dit scalène, mais à l’école ils n’osaient pas parce qu’ils pensaient que les élèves ne comprendraient rien. Scalène ça veut dire qu’il n’est répertorié dans aucune revue des triangles ayant des propriétés particulières : « Scalène » veut dire « boiteux », en grec. C’est très difficile de faire un triangle scalène, très difficile… « Ce qu’on ne peut atteindre en volant… »

    Pour pouvoir penser, vous êtes obligés de substantifier, mais au moment où vous aurez tiré des conclusions de ce que vous avez pensé, il faudra que vous fassiez attention à éradiquer tout ce qui provient de la particularité, si je puis dire, de votre objet de pensée.

    Si je me fais bien comprendre, c’est le cœur de ce dont on parle actuellement. Le transfert au sens psychanalytique moderne, c’est le résultat de quoi ? Eh bien, c’est Breuer et Freud, avec Breuer qui fout le camp et qui va faire un enfant à sa femme, tout de suite, « attention ! ah non ! pas ça ! », et l’autre, Freud, tranquille, qui prend cette chose-là, qu’il va appeler le transfert.

    Le point de départ est très grossier, et sans doute y a-t-il du déplacement et de l’affect dans le transfert, mais je ne le réduits à aucun de ces éléments, c’est un processus. Freud dit que non seulement c’est un processus mais que nul ne peut se dire psychanalyste s’il ne se met pas dans le transfert, s’il ne considère pas le transfert comme l’élément fondamental de son travail, c’est la base. On sait que ça fait la différence…

    Vous savez que je lis régulièrement le supplément magazine Version Femina de L’Indépendant du dimanche. J’en parle souvent parce que c’est une lecture passionnante. Il y a une psychologue qui répond au courrier des lecteurs et qui comprend bien les choses mais elle ne travaille pas avec le transfert, c’est ça le problème, ça ne fait pas partie de sa boîte à outils ; dans le rapport qu’elle a avec les gens qui lui écrivent, il n’y a pas cette dimension transférentielle d’où la difficulté de ce genre d’exercice.

    G. F. : Il n’y a pas de contexte déjà…

    M.B. : Oui. La réponse donnée est massive, le problème, c’est qu’il n’y a pas de transfert.

    Lorsque je suis amené ici à dire à quelqu’un « faites ça ! », ça n’a rien à voir avec l’histoire de Femina, parce que la personne sait que dans le transfert il ne s’agit pas d’une injonction, c’est ce qui me permet de le dire… C’est parce qu’on est dans un bain transférentiel que ce n’est pas une injonction. C’est pour cette raison que je dis que c’est un système tonal, quelque chose qu’on ne peut pas délimiter. C’est quelque chose qui est bien plus vaste que ça, c’est une certaine manière d’être avec l’autre, une manière transférentielle justement.

    On peut dire que c’est ça le transfert, ce n’est pas délimité, c’est quelque chose d’hyper complexe…

    Je ne dis pas ça pour critiquer Femina, je trouve cette femme intelligente, et ça doit aider les gens ça, je n’ai pas trop de doute là-dessus.

    Louise Jacob : Peut-être qu’il manque la tonalité. Elle est là plus pour répondre…

    M. B. : Mais il y a une tonalité dans l’écriture, donc je ne suis pas trop d’accord là-dessus… C’est quelque chose de particulier…

    Dominique Stievenard : Il manque l’échange, non ? Parce qu’il y a la question de la personne, et il y a une réponse, mais il n’y a pas de possibilité à ce moment-là que la personne qui reçoit cette réponse-là… il n’y a pas de répartie, il n’y a pas de contradiction…

    M. B. : Vous essayez de décortiquer un mécanisme de communication. Si vous pouviez vous débarrasser de tout ça, de ce que vous venez de dire là tous d’une façon ou d’une autre, ce serait bien, on aurait peut-être alors commencé à toucher quelque chose sur le transfert ; il me semble qu’il faut se débarrasser de tous ces mécanismes de communication, et que la question est en deçà de toutes ces histoires…

    Je m’interroge sur le concept, à savoir ce qu’on entend par transfert, et ce que j’essaie de vous dire c’est que finalement le transfert est presque l’autre nom de la psychanalyse.

    G. F. : Tu dis que c’est la psychanalyse, mais la psychanalyse il faut y aller, quoi, c’est-à-dire qu’à un moment donné, il faut que quelqu’un aille rencontrer un autre…

    M. B. : Oui, il y a de la rencontre, il y a du travail, il y a tout ce que tu veux, et tout ça est vrai, je ne suis pas en train de dire que ce que vous dites est faux, mais je vous invite à vous en débarrasser pour pouvoir essayer de saisir le caractère d’un pur processus d’être.

    C’est peut-être pour cette raison que Oury appréciait ce court texte d’une demi page où je disais que là, personne ne répond, on cause entre nous, et pourtant, et pourtant il se passe quelque chose…C’est intéressant le verbe se passer, il se passe quelque chose… Le psychanalyste doit être dans une certaine disposition d’être, mais pas plus précis que ça, pour que le transfert ait lieu.

    Peut-on peut dire que le transfert a lieu parce que le psychanalyste est dans une certaine disposition d’être ? Non. Peut-être que le transfert le conduit dans cette position d’être, allez donc savoir, en tout cas il y a là une conjonction immense.

    Dans le transfert lui-même, dans son existence au jour le jour, et dans ses déploiements et développements, comme toute chose, la contradiction fondamentale l’anime. C’est cette contradiction entre transfert positif, aller vers l’autre, et le transfert négatif, résister à ce mouvement. On pourrait faire une histoire naturelle d’une analyse à partir de ces deux choses-là, c’est pour cette raison qu’on ne peut pas comparer avec d’autres pratiques.

    Ça peut se faire de toutes les façons je veux dire, le tout c’est qu’on soit avec. D’où l’importance du concept d’avec de Danielle Roulot et de Jean Oury. C’est un concept tout à fait fondamental parce que ce qui est en question est une certaine façon d’être avec, ce que l’on voit dans le livre de Danielle Roulot, L’avec schizophrénique.

    Mais ce n’est pas la même chose avec quelqu’un d’autre et pour cette raison, Oury disait toujours qu’il faut avoir au moins une sorte de diagnostic immédiat pour savoir avec qui l’on est.

    Lui, en plus, avait les mots, mais les gens pas cultivés comme moi, eh bien, on a quelques éléments mais pas plus, donc si vous voulez, la question est là : c’est une certaine manière d’être avec l’autre.

    On peut y mettre l’accueil, si voulez, mais déjà le mot accueillir est le pire qui soit, il pousse au crime car il fait comme s’il y avait l’un et l’autre, et que l’un accueille l’autre. Non, non, c’est être avec. Il y a dans cette dimension de l’être avec quelque chose de bien plus fort, de telle manière que la psychanalyse de ce point de vue est un exercice, et là je pèse mes mots, singulier, au point où l’on pourrait dire que nous disposons bien sûr de cet utile outil du transfert mais il ne s’agit jamais de la même chose.

    Et voilà, j’espère que j’ai réussi à vous désorienter…

    F. C. : Est-ce que ça ressemble ou est-ce que c’est fait de ce que tu appelais les syntons ?

    M. B. : Non, en revanche cette histoire de l’art me tracasse, et a priori tirer du côté de création me paraît le plus astucieux. Aujourd’hui, la difficulté de parler de l’art tient au fait qu’on le définit sociologiquement ; si on parle de la création, on est peut-être déjà devant autre chose. La création est une contradiction de base, ce n’était pas et c’est, voilà ce qu’est la création, et c’est pour cette raison que je dis toujours que la création est ex nihilo.

    Je m’appuie sur Lacan, qui dit la même chose, c’est ex nihilo, parce que avant il n’y avait rien et maintenant il y a ça, voilà, c’est ça le niveau de la création.

    Il n’y avait rien, là où ce qui est créé, est. Je ne parle pas de l’objet nécessairement… Avant, il n’y avait rien, il n’y avait pas ça. C’est ça le rien.

    F. C. : … du rien dans l’idée d’absence…

    M. B. : Non, tu tires le rien vers l’idée d’absence et moi, je dis rien, je ne dis pas absent. Ce n’est pas pareil rien et absent, on n’est pas dans le ab, c’est ex nihilo, quelque chose surgit …

    Et vous pouvez le tourner dans tous les sens, c’est pour cette raison que je dis que parler de la manière la plus rigoureuse c’est de parler de la création ex nihilo.

    F. C. : C’est très idéaliste de dire ça parce que c’est juste la description, c’est même dualiste parce que c’est la description parfaite de l’acte : il y a rien, il y a quelque chose ; mais ce n’est pas la création, parce que ça veut dire que la création serait un acte, non, c’est justement un processus, et il est impossible de dire qu’il y a rien et que tout à coup il y a quelque chose …

    M. B. : Bon, moi, j’essaie de simplifier, mais…

    Public : C’est la gestation…

    M. B. : Non, ça c’est le point de vue de l’artiste…L’acte de création se produit ex nihilo, tout à coup, une parole surgit qui n’avait jamais tonné. Tu peux toujours t’interroger pour savoir d’où elle vient, tu ne le sauras pas ; tu peux faire de l’histoire de l’art mais il n’empêche que tu ne sauras jamais ce qui fait que ça a surgi à ce moment-là.

    F. C. : C’est pas grave !…

    M. B. : Mais est-ce que je dis que c’est grave ? Je suis en train au contraire de permettre de nettoyer le terrain…

    F. C. : On peut dire il n’y a rien et puis il y a des planètes…

    M. B. : Non, non, c’est à partir du rien, c’est ex nihilo. C’est dommage que je n’aie pas enregistré tous ces séminaires à l’époque, j’avais fait un séminaire sur le nothing…tu dois avoir les notes…

    Je pense à une émission absolument saisissante que j’ai vue. Il s’agit d’une bande de paléontologues qui repèrent un grand nombre de traces de pas dans l’argile du sol d’une grotte et qui pensent à une danse rituelle. Et là, un type a une idée absolument géniale, qui lui vient ex nihilo, il dit : « Est-ce que nous ne pourrions pas demander aux Bushmen qui ont l’habitude des traces de venir faire un tour à Pech Merle pour interpréter les traces ? »

    Toute l’équipe part à leur encontre dans le bush. Ils s’aperçoivent qu’ils sont capables à partir d’infimes traces sur le sol de dire l’âge de la bête, sa direction, sa vitesse, le type de bête, etc., à partir d’un rien, d’un petit caillou déplacé. Les paléontologues les amènent en avion à la grotte de Pech Merle. Ils arrivent devant toutes ces traces et commentent : « Là, c’est un petit garçon qui avait neuf ans ; là c’est une femme qui marchait, elle devait avoir vingt-cinq ans ; là-bas c’est un homme, d’une cinquantaine d’années ».

    Ils observent les talons, et en déduisent qu’ils portaient des poids : « Regardez, là-bas il y a un trou, ils prenaient de l’argile et ils la transportaient, les traces sont plus légères, et quand ils reviennent, elles sont un peu plus approfondies, ils sont deux, un homme et un enfant. En suivant les traces des pas, ils arrivent jusqu’à un magnifique monument de bisons en argile. Ils venaient dans cette grotte pour faire des bisons en argile.

    Je trouve que c’est une belle représentation de l’ex nihilo. Tu ne te demandes pas d’où ça vient, qu’est-ce que ça fait, etc., les types étaient là, il y avait l’occasion, qui fait le larron, l’occasion, la tuché, tout à coup ils rencontrent quelque chose et ça se fait. Il me semble que c’est de ce côté-là qu’on peut trouver de façon la plus intéressante toute cette dimension.

    Mais je dois m’arrêter parce que c’est l’heure largement… À la prochaine !

  • Stage de La Borde du 15 au 19/05 2017

    Stage de La Borde du 15 au 19/05 2017

    Espace, transfert et club thérapeutique

    ASSOCIATION CULTURELLE

    de La Borde

    120 route de Tour en Sologne

    41700 COUR CHEVERNY

    Espace, transfert

    et club thérapeutique

    du 15 au 19 mai 2017

    Clinique de La Borde

    Le stage est élaboré par l’Association Culturelle de la Clinique de la Borde

    en partenariat avec les Ceméa

    Habilitation DPC Ceméa : 5089

    Adresse mail : assoc.culturelle@cliniquedelaborde.com

    Adresse du site :

    www.assoc iationculturelledelaborde.org

    fax : 02 54 79 77 96

    ESPACE ET TRANSFERT

    Club et liberté de circulation

    Pour Jean Oury : « L’abord de la personne psychotique commence par l’espace. Il s’agit qu’il y ait des lieux, des espaces où l’on puisse se reconnaître, où il puisse y avoir du Dire. Ce n’est que secondairement qu’il y aura accès à la temporalité. […] Espace transitionnel, jachère, espace du Dire, sont des modalités d’espace du transfert comme « tenant lieu » de continuité. »

    On considère généralement que le transfert ne peut être établi avec le malade psychotique : « le transfert n’existe pas chez le psychotique ! » La position éthique des professionnels et psychiatres travaillant dans le champ de la Psychothérapie Institutionnelle est d’affirmer le contraire, non seulement le transfert existe dans la psychose mais il se manifeste si massivement que ce concept demande quant à lui un remaniement théorique particulier.

    Le schizophrène présente une personnalité fermée et en même temps non délimitée. Notre travail collectif est de créer ce qu’on appelle (en reprenant la terminologie de Gisela Pankow) des « greffes de transfert » au niveau de l’espace. À partir de ces « greffes de transfert », Jean Oury introduira la notion de « greffes d’ouvert ».

    La dissociation schizophrénique ne permet pas l’établissement d’un transfert sur une seule personne, car à l’image de cet éclatement, le transfert du schizophrène se manifestera envers différentes personnes et même différents lieux. Jean Oury parlera de « transfert dissocié ».

    Que ceci implique-t-il d’instituer au niveau de notre travail concret ?

    Durant cette semaine de stage, nous proposons de présenter les différents outils et concepts sur lesquels s’appuie la Psychothérapie Institutionnelle, les techniques destinées à travailler et à modifier l’ambiance. Le travail sur l’ambiance d’un établissement psychiatrique nécessite la prise en compte du registre « pathique », ce qui ne se voit pas, ce qui compte dans les rencontres, l’accueil de l’insolite qui permet que ces rencontres aient lieu.

    Ce sont là des principes de base, comme la liberté de circulation qui nécessite une hétérogénéité des espaces et le respect de la singularité des personnes.

    Pouvoir passer d’un lieu à un autre, repose sur cette distinctivité : que ces lieux soient différents ainsi que les acteurs évoluant dans l’établissement.

    Tout ceci s’articulant avec le Club, structure organisée pour déjouer l’opposition statutaire patient/soignant, support concret d’échanges avec les autres à l’intérieur et à l’extérieur de l’hôpital, support transférentiel, respectant les capacités de tout un chacun à travers des responsabilisations afin d’organiser la vie quotidienne.

    L’accueil des malades, la libre circulation, les « constellations », l’ambiance, le club thérapeutique, la vie quotidienne, autant d’outils permettant qu’un transfert puisse s’établir chez le patient psychotique sans oublier qu’il ne peut être opérant que si une interprétation du transfert peut avoir lieu : « Il s’est passé quelque chose » qui fait « qu’après ce ne sera jamais plus pareil ».

    PUBLIC CONCERNÉ

    Toutes les personnes travaillant avec des malades ou en formation.

    MOYENS PÉDAGOGIQUES

    Notre méthode pédagogique est une méthode interactive sollicitant la participation maximale des participants à la formation et fait appel à leur expérience et leur vécu. Les moyens pédagogiques font alterner repérages théoriques et/ou méthodologiques, analyse de l’expérience, étude de cas, travaux de groupe et permettent ainsi une réflexion à la fois personnelle et collective avec les réalités professionnelles.

    OBJECTIFS

    – situer les problèmes collectifs concrets
     reprendre des techniques de psychothérapie collective
     Appréhender les différents concepts de base (transfert multi-référentiel,..).

    RESPONSABLE PÉDAGOGIQUE

    Docteur Michel LECARPENTIER et l’Association Culturelle de la Clinique de la Borde.

    ORGANISATION DU STAGE

    Date : du 15 au 19 mai 2017

    Horaire : 9h-13h et 14h-17h (35h)

    Lieu : Clinique de la Borde

    120, route de Tour en Sologne

    41700 Cour Cheverny

    Tél : 02 54 79 77 70

    E-mail : assoc.culturelle@cliniquedelaborde.com

    Coût : 800 euros TTC incluant 5 repas de midi

    Le repas du jeudi soir est offert par l’Association Culturelle sous réserve de s’y inscrire dès le début du stage.

    L’hébergement et les frais de déplacements ne sont pas compris.

    HÉBERGEMENT

    Office du tourisme de Blois

    02 54 57 00 41

    Www.tourismeloir-et-cher.com

    Quelques adresses :

    La Bonneheure, Bracieux

    02 54 46 41 57

    Ethic Etapes, Blois

    02 54 52 37 00

    Hôtel du Château, Tour en Sologne

    02 54 46 50 20

    Anne et Bertrand Château, Cour Cheverny

    02 54 79 98 26 ou 06 72 52 49 67

    DE PARIS PAR LE TRAIN

    L’accès le plus commode au départ de Paris est le train : à la gare d’Austerlitz, prendre direction Tours et descendre à Blois puis :

    Soit un taxi pour vous rendre à la clinique (≈ 25€)

    Soit la « chauffe » (navette entre la gare de Blois – la clinique)

    Inscrivez-vous une semaine avant le stage en téléphonant au 02 54 79 77 77 et en demandant le poste 7743.

    Attention : le chauffeur n’est pas autorisé à emmener les personnes sur un autre trajet.

    EN VOITURE

    La Clinique est située à 15 km au sud de Blois : direction Vierzon, Romorantin-Lanthenay

    Traverser la forêt de Russy.

    À 5.5km, au lieu-dit « Clénord », prendre à gauche, après le pont, direction : Tour en Sologne.

    La Clinique est située à 3km après ce croisement et est annoncée par un « H » sur votre droite.

    « L’accès fondamental à la psychose s’inscrit dans des structures spatiales », soulignait le psychiatre japonais Kato.

    Bulletin d’inscription

    Stage du 15 au 19 mai 2017

    association culturelle de La Borde

    Nom :

    Prénom :

    Etablissement :

    Fonction :

    Adresse personnelle :

    Adresse mail:_____________________________________

    Tél : _____

    Signature :

    ATTESTATION DE PRISE EN CHARGE

    Je soussigné,

    Agissant en qualité de

    m’engage à prendre en charge les frais de cette inscription.

    A le _________________

    Signature et Cachet

    A renvoyer avant le 21 avril 2017

    (Par courrier postal, par fax ou par mail)

  • Le devenir pathique de l’homme par Marc Ledoux

    Le devenir pathique de l’homme par Marc Ledoux

    Le devenir pathique de l’homme – 2011

    -les circuits pulsionnels

    -le passage du test de Szondi

    -la logophanie et l’eidologie de Von Weizsäcker

    -la nécessité de la pathographie de la clinique

    Marc Ledoux

    Transcription : Laurence Fanjoux-Cohen

    Alors, pour commencer, ce n’est pas de la pub mais une invitation à travailler : avec des copains, on a traduit de l’allemand au français le livre de Von Weizsäcker dont Schotte a tiré ses meilleurs cours et que vous pouvez trouver aux éditions Millon. Cela s’appelle Pathosophie.

    Schotte passe d’une psychiatrie pulsionnelle à une anthropopsychiatrie en posant la question philosophique de ce qu’est l’homme. Von Weizsäcker passe d’une anthropologie médicale à la pathosophie en posant la question d’une prudence, d’un savoir (sophia) du côté d’une méditation de sage par une réflexion centrale sur le pathos au sens de ses catégories pathiques. Dans un de ses livres qui s’appelle Des cas et des problèmes : récit anthropologique dans la clinique médicale (1947), il écrit : Nous ne devons pas expliquer ni comprendre, mais concevoir. Et cela se fait en articulant des concepts pour construire une anthropologie médicale pathosophique. Je puis assurer que je n’ai point abandonné cette tâche, comme homme de laboratoire, comme neurologue, comme médecin généraliste.

    Je vous invite à suivre ce parti pris et de continuer notre réflexion, c’est à dire comment concevoir et approfondir cette anthropopsychiatrie en rapport avec les catégories pathiques.

    Depuis longtemps et sous l’impulsion de Maldiney dans le chapitre Le moment pathique dans le texte Le dévoilement et le moment pathique dans la phénoménologie d’Erwin Straus, un texte de 1966, nous avons inscrit le pathique comme dimension intérieure du sentir sensible dans le circuit du contact. Le pathique chez Erwin Straus se réduit à ce rapport au sensible. Dans notre contribution à Lisbonne autour de la rencontre Jacques Schotte/Von Weizsäcker, puis dans les séminaires du samedi à Louvain La Neuve, nous avons essayé des trucs, comme ça et on a inscrit les verbes pathiques dans les circuit : dürfen (oser) dans le contact, müssen (contraindre) et wollen (vouloir) dans le vecteur S, sollen (devoir par obligation morale- le français, c’est très compliqué quand même) dans le vecteur P et können (pouvoir ) dans le Sch. Ensuite on a repensé ces rapports en inscrivant le savoir, mais au sens de cette prudence, de cette méditation du sage dans Pathosophie. Dans le sch et dans le contact avec le couple oser et pouvoir.

    Les verbes pathiques, comme modalités du pathique, nous ouvrent la voie à un concept pathosophique fondamental, la logophanie. Von Weizsäcker a jusqu’à la fin de sa vie tenté de produire des concepts. Vous pouvez trouver ça en pages 149 à 161 de son livre. La logophanie et l’eidologie sont deux nouveaux concepts pour montrer que tout concept établi, logique, chosifié – quel danger que chosifier un concept ! – est dérivé d’un mouvement passionnel, d’un mouvement d’être éprouvé, d’un mouvement antélogique. La logophanie, c’est l’apparaître (phanos) du logos dans le sens du mouvement de répartition, de dispersion et de recueillement. L’eidologie, c’est découvrir que d’être éprouvé, c’est le passionnel qui correspond à une pensée très rigoureuse. Une logique de l’eidos, une logique du voyant. J’ai vu ! Quelle initiation cela suppose de pouvoir voir !

    Est-ce que l’anthropopsychiatrie, à partir d’une méditation du sage, peut se concevoir sous l’angle de la logophanie et nous libérer, enfin, d’une approche trop chosifiée et mosaïque ?

    Je vous donne quelques pistes, simplement. D’abord l’acte même de subir et de faire le passage du Szondi, ensuite l’antélogique du thème phylogenèse/ontogenèse, le mouvement passionnel des circuits puis finalement une écriture pathographique de la clinique.

    L’acte du passage du Szondi : en pratiquant les concepts pathiques de décision et rencontre de Von Weizsäcker, c’est dans la décision de prendre des photos que se déploient les forces pulsionnelles. Ainsi se transforme le concept de destin articulé dans sa logique philosophico-tragique littéraire en objectalité clinique. La notion de choix comme mouvement passionnel nous permet cette transformation. Dans l’épreuve qu’est le passage du test de Szondi, le matériel des visages humains présente l’humanité elle-même en nous. Le fait de choisir entre le sympathique (se mettre à l’épreuve avec, dire oui) et antipathique, (ne pas se mettre à l’épreuve avec, dire non), est une opération (ein leistung) pathique c’est à dire une opposition en deçà de tout jugement logique ou de valeur morale ou libidinale (il me plait) qui ouvre sur l’antélogique. C’est une opposition, comme dit Von Weizsäcker, pleine de sens. C’est l’évènement du passage, c’est à dire quelque chose qui m’arrive et que je m’approprie. Qui choisit ? c’est l’événement de ce passage qui choisit. Et dans l’interprétation des choix, le sujet s’aperçoit d’avoir choisi et le sens qu’a pris cet acte de choisir. Cet évènement révèle la tension entre liberté et nécessité dit Szondi, entre le vouloir et le devoir dit Von Weizsäcker. Décisif est le rapport entre oser/pouvoir (dürfen/können) et savoir. Se risquer à être choisi dans la vie et assumer le choix.

    L’antélogique de la phylogénèse et l’ontogenèse : cette logique trouve ces répondants dans l’antélogique de la pathogenèse. Bien sûr que la loi biogénétique fondamentale chère à Hegel trouve un usage fécond chez Freud. Cette loi qui dit que : L’histoire de l’évolution individuelle et de l’ontogénie est une répétition abrégée et rapide, une récapitulation de l’histoire évolutive paléontologique ou de la phylogénie conformément aux lois de l’hérédité et de la confrontation au milieu. On retrouve cette loi dans l’idée de chaine phylogénétique transmise qui réémergerait dans le vécu ontogénétique. Les scènes originaires, la séduction, le coït parental, etc… que Freud trouve à l’origine de sa recherche dans le discours des névrosés, sont considérés finalement comme des fantasmes originaires au même titre que les grands complexes comme l’Œdipe, la castration, etc… Freud dit dans son introduction à la psychanalyse qu’il est possible que tous les fantasmes qu’on nous raconte dans l’analyse aient été, jadis, aux temps originaires de la famille humaine, réalité. Et qu’en créant des fantasmes, l’enfant comble seulement à l’aide de vérités préhistoriques les lacunes de la vérité individuelle. Au point que, dans l’homme aux loups, là où les évènements ne s’adaptent pas aux schémas héréditaires, ils subissent dans le fantasme un remaniement. Toute l’activité fantasmatique s’alimente donc dans ce travail de récapitulation de chaines phylogénétiquement transmises. La fameuse thèse du meurtre du père dans Totem et Tabou prend tout son sens dans cette perspective. Là encore, il y a bien moins invention de Freud que réactualisation d’un schéma d’explications déterminées. On reste dans la logique d’explications. L‘hégelisme sert là encore de référent pour expliquer les mécanismes majeurs du psychisme. Les comparaisons et les différences entre l’hégelisme et Freud nous mèneraient trop loin sauf ceci : pour Hegel, la grande prophétie moniste a sonné la réconciliation de l’homme avec la nature. On y est à nouveau ! de la réconciliation de l’homme avec le grand Tout. L’homme se voit signifié une nouvelle pleine de promesse en lui, en l’homme… en lui l’humanité se réalise avec sans doute quelques promesses de bonheur. La santé mentale vous promet le bonheur. Faites une psychothérapie et vous trouverez le bonheur ! si ce n’est pas ça une prophétie moniste !

    Chez Freud, point de pensée de la réconciliation. Non ! L’homme ne se réconcilie pas avec quelque mère Nature, principe de régénération, ni même avec sa nature. Il n’est pas dupe. Il sait, l’homme, qu’il ne peut plus se cacher longtemps, qu’il n’a pas le sens qu’il croyait dans le monde s’il est vivant et dans sa psyché. Et il découvre qu’il n’est pas le centre de tout. Et il doit l’accepter. Et faire son deuil des illusions. Ses illusions sont dangereuses. C’est la méconnaissance de la force de l’étranger en soi qui est le cœur de toute la pathogenèse.

    Pour Von Weizsäcker, la force de l’étranger, c’est la maladie par excellence et en particulier ce qu’il appelle la biose par laquelle l’homme par définition est malade et dont il veut –ou pas-guérir. L’homme n’est pas, il a à devenir. Dans Etudes et pathogenèse, il dit : Les maladies ne surgissent pas d’un quelconque hasard mais naissent d’un mouvement passionnel de la vie. La compréhension de leur devenir dépend de notre faculté à suivre ce mouvement de la passion. Les maladies sont des évènements qui atteignent une vie qui est toujours en train de s’affecter elle-même, une vie qui n’est pas seulement de l’ordre du fait à expliquer mais toujours aussi de l’ordre du pathir à concevoir. Pour circonscrire comment une maladie nait, évolue, se résout, on ne peut se contenter d’en prélever un fragment, un cliché instantané que l’on amènerait au laboratoire. Il importe aussi bien en clinique de resituer cet instantané dans l’histoire de vie du sujet qui fait (faire-produire) cette maladie. Dans ces mouvements passionnels de la vie, les moments de maladie n’apparaissent pas seulement comme des mouvements défaillants ou déficients, les scléroses, mais bien souvent aussi comme des réponses improvisées par la vie du sujet face à des situations de crises, de mise en question, comme des moments où le sujet vivant cherche une voie pour atteindre un nouvel équilibre, même provisoire, qui mérite d’être évalué de façon nuancée en terme de gains et de sacrifices. Thème très cher à Von Weizsäcker, le sacrifice !

    L’autre piste, c’est la logophanie et l’eidologie des circuits. Voilà, on reprend maintenant toute notre tradition de travail avec le Szondi. Allez, on essaye d’approfondir un peu. Quel est le mouvement passionnel, antélogique des circuits ? quelle logique est sous-jacente aux lettres et signes des circuits ?

    Supposons que les circuits -quand même ! – soient devenus une évidence… l’eidologie, cette logique rigoureuse, se découvre assez vite, -et ça c’est le coup de génie de Schotte même s’il ne l’a jamais nommé eidologie-, dans le tableau de Mandeleev dans lequel la clinique nous montre son mouvement passionnel dans sa pathogenèse. On découvre, par l’éidologie, la pathogenèse des circuits.

    Un exemple : dans l’écriture esthétique de la formule : « la névrose est le négatif de la perversion comme la psychose est le positif de la psychopathie » où le négatif et le positif se situent dans un rapport au fond inaccessible, de la vie et de la mort, la mort dans la névrose. Par exemple, dans la névrose obsessionnelle, la mort comme accident. Toute la structure obsessionnelle est construite pour ne pas se confronter avec la mise à l’épreuve de mourir comme solidarité de la mort pour tuer. Ou dans l’hystérie, la mort de quelque chose, la mort de l’idéal, la mort d’une place unique. La mort dans la névrose se transforme en guide pour bien vivre dans la perversion. La perversion donne des règles de bien vivre. Et il peut bien les donner puisque c’est lui qui les invente ! La santé mentale est la construction d’un monde pervers. Eh bien, dans cette transformation, la névrose est le négatif de la perversion, se scelle, se cache, ce qui se découvre dans la deuxième partie de la formule : la psychose est le positif de la psychopathie. Et c’est quoi ? Vivre, dit Von Weizsäcker, c’est ce qui bouge. Négatif : sans arrêt, sans pause -Je ne peux pas arrêter de. Positif : en cherchant une pause dans laquelle on peut mourir à, et « de mourir à » donne la vie à la présence de l’absence jusque dans les hallucinations. Le pathique dans son eidologie est cette lutte permanente entre la vie et la mort dans une solidarité réciproque et la santé est une lutte permanente de bien savoir, de bien concevoir cette solidarité.

    Avec la logophanie, peut-on découvrir la logique passionnelle dans les circuits ?

    Dans le contact, comment aura lieu la vie de chacun dans la structure universelle du zoe ? Suivons un peu les transformations du bios (la vie de chacun) en zo-os. Ça a commencé avec Foucault, ça a continué avec Agamben et tous les commentaires passionnels, politiques sur la bio-politique. C’est une honte quand on essaye d’être au plus proche de ce qu’est un homme dans sa dimension pathique si on fait de la politique (pas, le politique !). Suivons ces transformations là et cela déclenche des mouvements passionnels extraordinaires. Une de nos réponses à nous : la psychiatrie, c’est la science et la médecine est une spécialité de la psychiatrie.

    Dans le vecteur sexuel, et ça, c’était l’énorme trouvaille de Szondi quand, à la célèbre maxime de Freud : « Là où ça était, je dois advenir », Von Weizsäcker rajoute : « là où j’étais, le ça doit advenir ». Coup de génie ! Le corps comme réceptacle dans un moment où le je cède le pas dans une inconscience à la mort à une improvisation du sujet charnel. Ce corps à l’œuvre de vie et de mort, dans, par exemple, l’endormissement. Demandez à toutes les mamans du monde qui restent à aider à endormir un petit bébé… ou même des plus grands qui ont besoin parce qu’ils sont trop excités… dans la danse, ou … le geste cède le pas au ça dans le corps. Ou dans l’autisme… ou dans l’accompagnement de comateux végétatifs. Tout le travail de Michel Balat qui parle de son travail à Bordeaux dans son livre, l’éveil du coma.

    Dans le vecteur P, la logophanie… Comment la violence est fondatrice et pas seulement destructrice, e-. Comment la crise est transformatrice : hy+. Comment la honte est la face noire de la vie qui bouge : hy-. Et comment le pouvoir est l’ontique de la possibilité pathique : e+. Reprenons le circuit des affects dans sa dimension originaire de surprise de pathique et non pas dans l’ontique à maitriser ou à glorifier. Reprenons le circuit des affects dans son agir de ce qu’il pâtie.

    Et dans le Sch, reprenons les facteurs de travail, k+/k-. Il y a le travail du deuil, il y a le travail du rêve, et avec Von Weizsäcker, on a compris qu’il y a un travail de la maladie. La maladie ne nous tombe pas simplement sur la tête, mais nous la produisons. Donc il y a dans les circuits la possibilité de faire un travail de pontonnier. C’est notre travail finalement à La Borde. Est-ce que tu dois faire de la pêche ? as-tu de la patience ? est-ce que tu es débordé et est-ce que tu dois faire autre chose… pour ne jamais rien foutre… sauf d’être là ? est-ce que tu as une certaine connaissance de garagiste, un petit peu quand même… ? et est-ce que tu es capable de faire des ponts et ne pas rester cloisonné dans tel ou tel service avec une pyramide hiérarchique… est-ce que tu es capable de faire un travail de pontonnier pour permettre dans le Sch que le dilemme moi/autre ne se résout pas à une forteresse du Moi et une transparence de l’autre ? Le dilemme est un mouvement passionnel antélogique où l’autre est l’opacité du Moi et le Moi l’instance du pathir.

    Comment écrire ça ? … on écrit des petites monographies, quelques feuilles sur les gens dont on s’occupe. Pas une vignette clinique. Non ! ça suffit les vignettes cliniques où la symptomatologie n’est là que pour montrer, démontrer le bien-fondé d’une hypothèse métapsychologique. Non ! Pas un dossier où l’accumulation d’informations a comme fonction de standardiser les faits divers et d’ordonner une transmission transparente et d’offrir une scène d’évaluation. Non ! Pas une biographie où la vie de quelqu’un se construit comme la représentation d’un personnage, l’histoire de sa vie se réalisant dans une mise en scène de personnages. Non ! mais plutôt une pathographie où la vie de quelqu’un se construit comme une mise en forme, une gestaltung, d’une présence pathique. On va essayer d’écrire son antélogique à vivre dans la crise. La vie est crise. Les centres de crise, quelle connerie ! c’est surtout une énorme connerie quand on va mettre ça dans une structure logique. La vie est crise, la vie en crise est le lieu de transformation de la vie et de la mort, de subir et de faire de la maladie accessible dans la réciprocité, et c’est ça la pathographie, de la narration et du savoir médecin/malade.

    Documents joints

  • Le 19 novembre Journée avec Edwige Richer

    Le 19 novembre à l’Ecoute du port (Canet en Roussillon)

    Le 19 novembre Journée avec Edwige Richer

    Autour de l’éveil de coma

    Les associations TUCHÊ, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette trente cinquième « journée avec… » ont demandé au Dr Edwige Richer de venir nous présenter de la question du coma, de l’éveil de coma et de la façon dont elle en a conçu le soin à Château Rauzé, à Cénac, près de Bordeaux.

    Travaillant dans le service du Professeur François Cohadon, à l’Hôpital Pellgrin de Bordeaux, neurochirurgien et pionnier en matière d’étude sur le coma depuis les années 70, elle a consacré toute sa vie professionnelle à la mise en place théorico-pratique des soins aux personnes cérébrolésées, dès leur sortie de la réanimation. (cf. http://www.franceculture.fr/emissio…

    Nous avions pu organiser en 1997 une rencontre dans ce lieu-même lors d’un colloque organisé avec Pierre Delion intitulé « Autisme et Eveil de coma, signes et institution ». Nous avions reçu alors Jean Oury, Gérard Deledalle et bien d’autres qui, depuis, ont participé aussi à ces Journées avec…

    Nous aurons, comme à l’accoutumée, trois temps d’échange : le matin, dès 9h ; l’après-midi, à 14h30 ; de 16h30 à 18h.

  • Mon combat pour une psychiatrie humaine

    Ouvrage de Pierre Delion, chez Albin Michel

    Mon combat pour une psychiatrie humaine

    Ce livre de Pierre Delion, écrit en collaboration avec Patrick Coupechoux, est une somme sur la pédopsychiatrie telle que Pierre Delion l’a reçue et construite. Pour ceux qui suivent ce site, qu’ils sachent qu’ils ont là l’expression la plus profonde du pragmaticisme peircien : la construction théorique engageant les actes et conduites possibles.

  • Cinq articles sur Tosquelles

    Cinq articles sur Tosquelles

    Eric Favereau, Philippe Artières historien

    http://www.liberation.fr/france/201…

    Documents joints

  • Collectif Autismes Pluriels Lettre au Président, Le 18 juin 2016

    Collectif Autismes Pluriels Lettre au Président, Le 18 juin 2016

    Collectif Autismes Pluriels

    Le 18 juin 2016

    Monsieur le Président,

    Dans votre discours à la Conférence nationale du Handicap du 19 mai 2016, vous avez annoncé le projet d’un « 4ème plan autisme qui sera celui de l’apaisement et du rassemblement […] sans préjugés et sans volonté d’imposer une solution plutôt qu’une autre » .

    Il est temps en effet de cesser d’opposer les personnes et les approches, et de vouloir imposer une vérité unique.

    Il faut désormais garantir la pluralité à tous les niveaux et pour cela, concrètement :

    Recevoir et entendre toutes les associations de parents, d’usagers et de professionnels sans discrimination

    Respecter la pluralité des différentes approches dans les prises en charge, et le libre choix des familles et des usagers

    Garantir la pluralité dans les formations pour les professionnels ainsi que dans la recherche

    Développer la prise en charge précoce et l’accueil des personnes autistes en créant les places suffisantes pour garantir la continuité et la sécurité des parcours

    Actualiser les recommandations de l’HAS

    Monsieur le Président,

    Vous êtes le gardien de la constitution. Nous vous demandons de bien vouloir faire respecter dans le monde de l’autisme, les libertés fondamentales de pensée, d’expression et de la recherche.

    Garantissez le pluralisme.

    E-mail : collectifautismespluriels@gmail.com

  • Manifeste Collectif Autismes Pluriels

    Manifeste Collectif Autismes Pluriels

    Manifeste

    Collectif Autismes Pluriels

    Être ouvert à la pluralité

    Professionnels engagés dans la prise en charge et l’accompagnement des enfants, adolescents et adultes autistes dans les services publics et associatifs, personnes autistes, familles, citoyens concernés,

    Nous en avons assez,

    Des caricatures et attaques contre les équipes pluridisciplinaires du sanitaire et du médico-social,

    De l’utilisation abusive des recommandations de la Haute Autorité de la Santé publiées en 2012, et du climat de suspicion et de haine où l’on cherche à opposer les approches et les méthodes, alors qu’elles peuvent être complémentaires,

    De l’uniformisation des formations et des entraves aux recherches scientifiques,

    De la place accordée à des organismes privés, en conflits d’intérêts notoires, au détriment des missions du service public.

    Nous appelons au débat ouvert, aux échanges apaisés, au développement des recherches, à la collaboration, pour des aides plurielles, adaptées à chaque enfant, adolescent, ou adulte, en fonction de son âge, de ses difficultés, de sa situation et de son évolution, ainsi que de ses choix ou de ceux de sa famille s’il s’agit d’un mineur.

    Nous demandons :

    La réactualisation des recommandations de bonne pratique par la Haute Autorité de Santé, en tenant compte de tous les travaux conduits depuis 2012,

    L’élaboration d’un nouveau plan Autisme, en assurant une représentativité de tous les acteurs, que ce soit au niveau des associations de parents ou des différents professionnels,

    La garantie que les recherches engagées à ce jour pour évaluer des méthodes ou des dispositifs de prise en charge de l’autisme puissent être conduites jusqu’à leur terme, et que leurs résultats soient diffusés et pris en compte par la HAS,

    La cessation immédiate de toute forme de conflit d’intérêt dans les domaines de la formation et du soutien à la recherche.

    Nous, professionnels, personnes autistes, familles, citoyens, demandons à tous , y compris les politiques, que la raison l’emporte en garantissant la pluralité des expressions et l’ouverture aux différentes approches, et que la priorité commune demeure la prise en charge précoce et la création de places et de dispositifs en nombre suffisant pour accueillir les personnes autistes et accompagner leurs familles.

    E-mail : collectifautismespluriels@gmail.com


  • 23/24 septembre 2016 Colloque « François, Jean, Hélène… et les autres »

    Polyphonie et polyfolie

    23/24 septembre 2016 Colloque « François, Jean, Hélène… et les autres »

    Proposé par Jacques Tosquellas, Fernando Vicente, Pierre Delion, Florence Fabre et Michel Balat

    Deux journées de formation sur

    Polyphonie et polyfolie

    Proposé par Jacques Tosquellas, Fernando Vicente, Pierre Delion, Florence Fabre et Michel Balat

    Lors de du premier colloque d’Elne autour de François Tosquelles et de Jean Oury, il y a deux ans, décision avait été prise de renouveler ces rencontres. Nous voici à pied d’œuvre.

    Le titre général en sera « François, Jean, Hélène, Horace et les autres… », en référence familière à l’amitié, mais aussi à ce que Jean Oury soulignait fréquemment comme tâche : assurer l’immortalité de ceux qui ont œuvré à l’élaboration de nos outils quotidiens. Il s’agit pour tous ceux qui assument la poursuite de cette œuvre concrète de continuer à créer des concepts, des pratiques, en un mot, des institutions, travaillant ainsi à la constitution, dans nos lieux de travail, d’un collectif qui pour être, comme le disait Jean Oury, une machine abstraite, n’en a pas moins des effets, eux bien tangibles, sur l’ambiance et le soin.

    Le titre particulier de ces deux jours, Polyphonie et Polyfolie laisse entendre à la fois que la langue de chacun, pour singulière qu’elle soit, n’est pas sans développer des harmoniques délicats qui donne sens à la parole, et que ceux-ci savent toucher à tous les types de folies qui, dès lors, s’avèrent profondément familières. Ajouterons-nous avec Tosquelles qu’à tout prendre, il n’est pas nécessaire d’être spécialiste de l’une ou l’autre de celles-ci.

    Dès lors nos propos tourneront autour de 3 grands thèmes, « Le bébé et la langue », « Langue et corps » et « Polyphonie et langue des pères ».

    Horace Torrubia appelait de ses vœux des rencontres où l’on puisse se parler sans passer par les modalités héritées de l’apprentissage scolaire, amphi et autres. Aussi proposerons-nous, à partir d’un thème par demi-journée brièvement introduit devant tous par l’un de nous, trois ateliers en parallèle sur la même idée, permettant à chacun de prendre la parole hors des hiérarchies scolarisantes, puis de faire le point tous ensemble sur le thème en fin de demi-journée.

    Tarifs

    Formation initiale 160 euros

    Formation continue 250 euros

    Étudiants, Chômeurs 60 euros

    Les repas de vendredi midi et soir et de samedi midi sont inclus

    Voir le(s) document(s) attaché(s)

  • ARRETER LA TECHNIQUE DU PACKING : HORS DE QUESTION !!

    Les parents de Romain :

    ARRETER LA TECHNIQUE DU PACKING : HORS DE QUESTION !!

    ARRETER LA TECHNIQUE DU PACKING : HORS DE QUESTION !!

    Notre fils Romain, actuellement âgé de 14 ans et demi, souffre d’un autisme atypique : psychotique, agité, en tension permanente, pensée morcelée, il a énormément de difficulté à cerner ce qui se passe à l’intérieur de son corps, depuis tout petit. Il n’a aucune conscience de son enveloppe corporelle et ne peut donc pas faire ‘barrage’ aux stimuli intérieurs et extérieurs. S’il souffre, il hurle. Si des bruits extérieurs le gênent (même s’ils sont infimes), il crie également en se bouchant les oreilles avec les deux mains et se réfugie dans sa chambre, son cocon.

    Il est suivi depuis l’âge de 5 ans et demi à l’hôpital de jour « La Rose Verte » d’Alès et nous ne pouvons que louer tout le bénéfice qu’il a su tirer de cette prise en charge quotidienne, pluridisciplinaire, attentive, pratiquement une prise en charge « à la carte », adaptée au cas de notre enfant.

    (…)

    Documents joints

  • Lettre du Dr François Claus à Ségolène Neuville

    Lettre du Dr François Claus à Ségolène Neuville

    Docteur François CLAUS

    75 place d’Acadie

    34000 MONTPELLIER

    claus.f@orange.fr

    Madame Ségolène NEUVILLE

    Secrétaire d’Etat

    Chargée des Personnes Handicapées

    14 avenue Duquesne

    75007 PARIS

    Montpellier, le 23 mai 2016

    Madame,

    Pédopsychiatre de Service Public depuis 35 ans, je me permets de retenir votre attention quelques minutes pour vous soumettre quelques réflexions.

    Le débat autour de l’autisme m’inquiète depuis très longtemps. Ces derniers temps, il m’effraie par son sectarisme, son approche univoque et son refus du débat apaisé.

    L’émission à laquelle vous avez participé sur France 2 en est une illustration : un débat où l’on invite que des personnes défendant une même idéologie sans aucun contradicteur sur une chaîne de service public qui devrait avoir un souci de pluralisme.

    Mais pour aborder le fond :

    Les recommandations de « bonnes pratiques » de l’HAS devraient être benoitement acceptées et mises en pratique par tous, professionnels et parents, sans critique.

    Or, ce rapport qui a le vernis de la science se révèle, à l’étude, plutôt contestable.

    Quelques remarques :

    • Un nombre non négligeable de personnes ayant participé aux travaux ont émis un avis non conforme dont des universitaires reconnus. Un rapport qui est loin d’être consensuel.

    • ABA est la méthode préconisée selon ce rapport. Cependant même ces experts lui ont donné le grade b (présomption scientifique) et non a (preuve scientifique établie)

    • Nombre d’études montrent que cette méthode est loin d’être la panacée. Le taux de 43 % de résultats positifs de l’étude princeps de LOVAAS s’avère entaché de nombreux biais en particulier dans la sélection des échantillons et des critères retenus (articles de Victoria SHEAH et de Régine Castaing. Les études plus récentes ne sont guère plus concluantes – voir en particulier article de Jean Claude Maleval et de Michel Grollier qui indique des résultats positifs encore plus inférieurs).

    • Le renforcement aversif qui était préconisé par LOVAAS y compris choc électrique serait abandonné en France mais pas complètement.

    • Votre ministère pourrait diligenter une enquête sur l’éventuelle maltraitance par ABA dans les établissements pratiquant cette méthode.

    • Des vidéos de séances ABA circulant sur internet montrent des enfants confrontés à des situations de détresse anxieuse sans réaction des professionnels.

    • Pour poursuivre sur ce sujet de la maltraitance, vous venez d’interdire la pratique du packing. Cette méthode a des indications très précises et très restreintes – des cas dramatiques d’enfants automutilateurs – donc finalement très, très peu de situations. Une étude devait être faite, confié au Pr Pierre DELION. Personnellement, je n’ai pas eu connaissance des résultats de cette étude et suis surpris d’une décision d’interdiction aussi rapide avant même publication de l’étude.

    • ABA commence à être critiqué et remis en cause dans les pays initialement promoteurs (EU et Canada). La France suivra dans 20 ans ?

    • La méthode DENVER (également critère b pour l’HAS) est un dérivé d’ABA pour petits. Elle s’adresse aux enfants de 12 mois à 3 ans. Or les recommandations de l’HAS préconisent de ne pas porter le diagnostic d’autisme avant 24 mois. L’HAS ne s’est pas ému de cette contradiction chronologique ?

    • Les méthodes psychanalytiques « non consensuelles » reposent sur l’absence de preuve scientifique. En fait, l’HAS a refusé d’étudier les travaux portant sur les monographies d’enfants autistes, seule méthode d’approche possible pour étudier les effets de ces méthodes. Elle privilégie l’étude de cohortes que ces méthodes ne permettent effectivement pas.

    • Des nouvelles méthodes d’apparition plus récente mériteraient d’être étudiées. En particulier, l’Affinity Thérapy qui s’appuie sur les trouvailles singulières de chaque enfant. Elle se situe à l’inverse d’une méthode unique qui serait valable pour tous, mais part des ébauches de solution qu’a déjà trouvée chaque enfant individuellement. Le livre de Myriam PERRIN « Affinity therapy » est, à ce sujet particulièrement intéressant.

    • Quelques associations de parents, pas forcément représentatives ont pignon sur rue et investissent l’espace médiatique. D’autres plus discrètes comme « La Main à l’Oreille » dont l’approche est relativement différente mériteraient plus d’écoute de la part des tutelles et des médias.

    Depuis le début de ma pratique je suis très sensible à la détresse des familles que j’ai accompagnées au plus près de leurs souffrances au quotidien. Je pense qu’elles méritent le plus grand respect et surement pas d’être manipulées ou instrumentalisées.

    Ces injonctions dogmatiques et scientistes sont très difficiles à vivre et décourageantes pour des professionnels engagés dans le soin avec un souci permanent de formation depuis des années.

    Veuillez agréer, Madame la Ministre, l’expression de mes respects les plus sincères.

    Docteur François CLAUS

    Documents joints

  • Notes sur le packing (Mai 2016), Pr David Cohen

    Notes sur le packing (Mai 2016), Pr David Cohen

    NOTE SUR LE PACKING

    Professeur David Cohen

    Le packing est une pratique de soins qui consiste à envelopper dans des draps humides des personnes en règle générale en situation d’agitation ou d’automutilation, pour essayer d’apaiser et de contrôler ces troubles du comportement. Quelles que soient les polémiques concernant ce traitement, cela relève surtout de la thalassothérapie et du soin adjuvant.

    Quelques mots d’un point de vue historique

    Le packing à l’époque où il n’y avait aucun traitement médicamenteux pour soigner les malades psychotiques agités, s’inscrivait dans la panoplie des traitements par hydrothérapie. On trouve dans la littérature ou dans les anciens traités, finalement deux indications principales, soit une alternative à la contention et en particulier à la contention mécanique, soit le packing avec consentement du patient et sur une période un peu plus prolongée quand on veut justement essayer de contrôler les troubles du comportement. Egalement dès les années 30, il est proposé dans les dermatites atopiques à la Mayo Clinic aux USA.

    Chez l’adulte

    La plus ancienne publication à ma connaissance est publiée dans le British Medical Journal (1878) où l’on décrit un cas de délirium tremens qui a été contrôlé grâce à un enveloppement humide. Intéressante et rapportée dans l’article, l’appréhension du patient lorsqu’il sort de son delirium tremens devant la sortie des draps. Il dit au médecin que c’est la seule chose qui lui a permis de l’apaisement. Le premier important papier est publié en 1916 dans le Journal of Nervous and Mental Diseases par Adler, où il décrit une série d’un millier d’enveloppements avec des effets calmants dans la très grande majorité des cas.

    Avec l’avènement des neuroleptiques et des antipsychotiques, la pratique du packing est devenue beaucoup plus limitée, même s’ils ont finalement toujours été utilisé en psychiatrie d’adultes de manière relativement marginale. En terme de publications dans la littérature internationale, Ross rapporte dans l’American Journal of Psychiatry (1988) une série de 46 cas où il décrit le packing comme étant tout à fait sûr comme pratique, 38 patients sur 46 sont décrits comme calmés par les enveloppements, qui étaient d’abord utilisés comme alternative à la contention dans cet article, mais Ross remarque que 30% des patients demandent à poursuivre les enveloppements alors que d’un point de vue de l’agitation ou des automutilations ils allaient mieux. Très récemment les collègues Suisses Opsonner (2016) ont publié une série de 172 enveloppements. Ils ont noté que ces enveloppements étaient essentiellement pratiqués au niveau de soins infirmiers sur prescription médicale. Le packing était associé à une diminution de la posologie d’antipsychotiques et d’anxiolytiques. Par ailleurs ils confirment également le caractère tout à fait sûr de cette pratique.

    Chez l’enfant

    La pratique est beaucoup plus limitée en pédiatrie mais rappelons qu’il existe 2 indications classiques : l’enveloppement sec pour les risque d’hypothermie chez les prématurés ; et l’enveloppement humide pour les dermatites atopiques. Plusieurs études ont été publiées. De nombreux livres de dermatologie en français recommandent du reste la méthode. D’un point de vue historique pour la psychiatrie, j’ai retrouvé un vieux textbook allemand qui date des années 1850 avec un schéma qui présente un enveloppement humide d’enfant. Sinon la première publication est une série de 8 cas dans le JAMA (1921) d’enfants ayant présenté une encéphalite de Von Economo et des troubles du comportement résiduels. Pour contrôler les troubles du comportement, ils ont utilisés des enveloppements secs ou humides, et montré que les enveloppements humides étaient beaucoup plus efficaces dans les cas sévères.

    Plus récemment Goeb et coll. (l’équipe de Lille, 2008) ont décrit une dizaine de cas d’autistes avec troubles du comportement qui s’étaient améliorés après enveloppements humides. Enfin, plusieurs publications (dont certaines de mon équipe) ont rapporté soit des cas uniques, soit des séries de cas présentant un syndrome catatonique, des troubles du comportement associés à l’autisme ou à des pathologies borderline avec les mêmes résultats à savoir que le packing apparait comme un traitement adjuvant intéressant. En tout, une trentaine de cas ont été rapportés.

    (…)

  • Rassemblement pour une approche des autismes humaniste et plurielle

    Rassemblement pour une approche des autismes humaniste et plurielle

    Documents joints

  • Autour de l’interdiction du packing

    Autour de l’interdiction du packing

    Textes divers

    1. Le Conseil National professionnel de psychiatrie (avec document joint)

    2. Lettre de l’HAS (document joint)

    3. Article dans le journal La Croix

    4. Article dans Libération

    5. Un article de Maleval sur ABA (doc joint)

    6. Une évaluation des recommandations de l’HAS par Régine Casting (doc joint)

    7. Article Mediapart du 15 mai


    1. Chères collègues,

    Chers collègues,

    Chères Amies,

    Chers Amis,

    Le communiqué de presse « AUTISME : L’HEURE EST À LA MOBILISATION CHEZ LES PSYCHIATRES » a été adressé aujourd’hui à midi aux principales agences de presse.

    Il s’agit d’un « communiqué n°1″qui, après consultation de ses différentes composantes, devrait être diffusé la semaine prochaine par Conseil National Professionnel de Psychiatrie.

    De votre côté, vous avez toute liberté pour diffuser ce communiqué.

    Par ailleurs, il apparaît que nous manquons de descriptions rédigées à la fois globales et claires des transformations en cours dans le registre de l’autisme au niveau des départements et des établissements. Si des écrits existent sur ces points, il serait bon que nous en disposions pour pouvoir éventuellement les communiquer à l’appui de nos préoccupations.

    Bien amicalement,

    Bernard Odier

    Président FFP-CNPP

    Jean Chambry

    Président du Collège Pédopsy FFP-CNPP

    Communiqué de presse de la F.F.P., du C.N.U. de pédo-psychiatrie et du C.N.Q.S.P. du 12 mai 2016

    AUTISME : L’HEURE EST À LA MOBILISATION CHEZ LES PSYCHIATRES

    La prise en charge de l’autisme en France a toujours manqué de moyens quels que soient les âges des personnes concernées.

    La psychiatrie, dans le système de santé et de protection sociale français a, depuis des décennies, assuré deux fonctions.

    D’une part, elle réalise et accompagne des prises en charges actives, désaliénantes, basées sur les acquisitions scientifiques pertinentes et successives.

    D’autre part, elle est un recours et un accueil ultime, par défaut, quand les carences de places ou le rejet social aggravent le sort, la dépendance et les co-morbidités des personnes autistes, notamment les plus dépourvues de moyens.

    On doit à la vigoureuse action des associations de parents d’avoir obtenu que l’autisme devienne une priorité de santé publique en 1995.

    Depuis, les plans autisme successifs ont, année après année, avec leurs différents axes, amélioré la visibilité des problèmes en cours (insuffisance du diagnostic et des prises en charges multipolaires précoces, ruptures de prise en charge aux âges charnières, destin asilaire de certain adultes, insuffisance de l’aide aux aidants, rejet social et rejet par l’éducation nationale, etc.).

    La redistribution des rôles dans l’accompagnement est en marche.

    Il est en effet heureux que toutes les disciplines concernées soient mieux représentées dans les projets que souhaitent les familles et les professionnels pour les personnes autistes.

    Cet éventail va des spécialités de la médecine exploratoire, de l’éveil sensoriel et de la rééducation psychomotrice, de la sensori-motricité, à l’éducation, à la scolarisation, la psychologie, la neuro-pédiatrie, la psychiatrie, la pédopsychiatrie, et toutes les autres disciplines nécessaires au traitement des co-morbidités somatiques et psychiatriques, à tous les âges de la vie.

    Dans cet enrichissement pluridisciplinaire progressif, il est heureux qu’un consensus scientifique et international se dégage pour écarter les tentations de toute discipline isolée à exercer une suprématie sur les autres.

    Il est aussi heureux que le double rôle historique de la psychiatrie ait évolué.

    Pour les prises en charge actives et multipolaires, elle est en mesure d’aider à fédérer plusieurs disciplines parmi celles qui sont nécessaires.

    Pour les prises en charge par défaut, le développement du médico-social d’abord, de l’intégration et de l’inclusion sociale ensuite, tendent à diminuer le rôle de « dernier recours » sans moyens spécifiques qui fut longtemps dévolu à la psychiatrie, un rôle assimilé à tort à une captation médicale et abusive par les hôpitaux.

    Dans ce contexte, les professionnels de santé et singulièrement ceux de la psychiatrie ont été, dans leur diversité, acteurs, souvent moteurs, parfois conservateurs (car les plus anciens), mais toujours concernés par l’accompagnement de l’autisme, à la fois maladie neuro- développementale dont l’origine est diverse, notamment dans ses causes génétiques, et handicap invalidant de gravité variable.

    Ils sont plusieurs dizaines de milliers, formés et qualifiés, qui suivent depuis des années les évolutions en cours dans ce domaine. Avec leurs syndicats et leurs instances professionnelles multiples, ils contribuent à ces transformations avec le soutien discret de plusieurs dizaines de milliers de familles.

    Aujourd’hui, tous sont inquiets.

    Avec une extrême violence polémique, certains courants hostiles au système de soins et à la protection sociale se targuent d’avoir droit de cité dans les cabinets de nos ministères. Des lobbyistes s’expriment dans les instances de la république comme s’ils étaient des sous- ministres ou leurs superviseurs.

    Sous prétexte de désaliénisme, des intérêts privés se sont imposés dans des domaines qui relevaient jusqu’ici du service public et de l’université. Des organismes en conflit d’intérêt remportent des appels d’offres sans concurrence.

    Les Recommandations de Bonnes Pratiques de la HAS sont détournées de leur esprit et de leur lettre pour justifier des détournements scientifiques. Un obscurantisme pesant s’installe. Des exemples de Bonnes Pratiques dans des pays étrangers sont avancées comme modèles mais ce sont précisément les mêmes qui aujourd’hui dans ces pays sont critiquées pour leurs effets pervers, après des années d’aveuglement et de dépenses inutiles. Il faut se garder de ces emballements médiatiques qui en matière sanitaire affollent les médias, dérégulent les pratiques (dernier exemple en date : les cabinets dentaires low-cost) et déstructurent les soubassements de l’offre de soins.

    De plus en plus nombreuses, des familles inquiètes s’organisent et se rassemblent dans plusieurs associations nouvelles, réclamant de la démocratie et de la transparence, mais elles sont vouées à la discrimination et à l’hostilité des fonctionnaires dans des agences et des groupes de travail de la république où règne une atmosphère de chasse aux sorcières.

    C’est pourquoi la FFP, le CNU de pédo-psychiatrie et le CNQSP avec leurs cinquante associations scientifiques et leurs milliers de membres s’adressent au président de la république pour qu’il mette bon ordre à des dérives antidémocratiques qui ne peuvent qu’accentuer la réprobation et la colère de ces professionnels et de ces familles.

    Nous sommes déterminés à faire progresser la prise en charge de l’autisme, en imposant le retour à la démocratie dans les discussions, y compris en engageant des contentieux là ou cela est nécessaire et en appelant les personnels de santé et les familles à s‘exprimer par tous les moyens autorisés par la loi.

    Dr Maurice BENSOUSSAN, Président du Collège National pour la Qualité des Soins en Psychiatrie

    Professeur David COHEN, Président du Collège National des Universitaires de pédo-psychiatrie

    Docteur Bernard ODIER, Président de la Fédération Française de Psychiatrie

    Dr Bernard ODIER, Président de la F.F.P.

    06 86 97 37 87 odierbernard@wanadoo.fr

    Dr Maurice BENSOUSSAN, Président du CNQSP

    06 16 81 11 21 maurice.bensoussan@wanadoo.fr

    Pr David COHEN, Président du C.N.U. de pédopsychiatrie

    06 24 26 77 07 david.cohen@aphp.fr


    3. Article du journal La Croix

    Autisme, la pratique du « packing » va être limitée

    Pierre Bienvault, le 11/05/2016 à 0h00

    Une circulaire ministérielle vise à priver de financement les établissements médico-sociaux qui utilisent le packing, méthode destinée à certaines formes d’autisme sévère. Déconseillé par les autorités sanitaires, ce traitement est dénoncé comme une maltraitance par certains parents tandis que les médecins visés parlent de « calomnies ».

    Comme souvent en matière d’autisme, le débat est houleux. « Il faut que la France en finisse avec cette pratique maltraitante », s’insurge Danielle Langloys, vice-présidente de l’association Autisme France. « Nous sommes victimes de calomnies de la part de certains parents qui ne savent pas de quoi ils parlent. Et qui sont malheureusement soutenus par un gouvernement tyrannique », riposte le professeur Pierre Delion, consultant en pédopsychiatrie au CHRU de Lille et enseignant à la faculté de médecine.

    L’objet de cette vive querelle ? Le packing, un traitement utilisé par quelques médecins consistant à envelopper dans des linges froids certains enfants atteints de formes sévères d’autisme et ayant une tendance à l’automutilation. À l’avenir, ce traitement ne pourra plus être utilisé dans les établissements médico-sociaux. Tel est en tout cas le souhait de Ségolène Neuville, la secrétaire d’État chargée des personnes handicapées.

    Comme l’a révélé le site Hospimédia, elle vient de diffuser une circulaire pour interdire tout financement aux établissements qui utilisent cette méthode. « Cette pratique doit être considérée comme une mise en danger de la santé, de la sécurité et du bien-être moral et physique des personnes », souligne le texte ministériel. « Une circulaire aussi imbécile qu’inefficace », s’agace le professeur Delion, qui doit publier dans les prochaines semaines les résultats d’une étude scientifique sur le sujet.

    Ce médecin réputé est le chef de file des défenseurs de cette technique de soins très particulière. « On enveloppe un enfant en sous-vêtement dans du linge qui a été passé sous l’eau froide à environ 10 ° avant d’être essoré. Puis, on le place dans une couverture pour se réchauffer. En trois à cinq minutes, il retrouve une température de 36 ° puis, au bout d’une heure, de 37°. Pendant tout ce temps, deux ou trois soignants restent à ses côtés. »

    Cette pratique permet à l’enfant, selon le professeur Delion, de se détendre et de retrouver le sourire. « Cela peut être utile pour créer une sorte de choc thermique chez l’enfant. Le fait d’être serré dans ce linge lui permet de se sentir contenu et d’abandonner, dans bien des cas, ses pratiques d’auto-mutilation », précise-t-il.

    Mais le packing est dénoncé avec force par plusieurs associations de parents. « Il n’y a qu’en France que l’on utilise cette pratique barbare dont l’efficacité n’a jamais été démontrée de manière scientifique », affirme Danielle Langloys. Pour mesurer l’intérêt de cette approche, le ministère de la santé a financé en 2008 un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) placé sous la responsabilité du professeur Delion et du CHRU de Lille.

    Durant plus de huit ans, une étude a été conduite avec 14 équipes hospitalières. « Nous allons publier nos résultats, sans doute à la rentrée, dans une revue scientifique », indique le professeur Delion. « Il est honteux que la secrétaire d’État n’ait pas attendu la publication de ce travail avant de rédiger cette circulaire », réagit le professeur Bernard Golse, chef du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Necker, qui ne pratique pas lui-même le packing.

    De son côté, Ségolène Neuville affirme tenir compte d’un rapport de la Haute Autorité de santé (HAS) de 2012. Très critiquée par les pédopsychiatres d’inspiration psychanalytique, cette institution avait alors estimé qu’en l’absence de données sur son efficacité ou sa sécurité, il convenait de s’opposer « formellement » au packing en dehors de programmes de recherche.

    Surtout, la secrétaire d’État a pris acte d’un rapport de janvier 2016 de l’ONU estimant que cette technique s’apparentait à un acte de maltraitance. « Elle ne doit plus être pratiquée dans nos établissements », a affirmé Ségolène Neuville le 21 avril dernier. Mais sa circulaire ne concerne que les structures médico-sociales, pas les services hospitaliers. « Or c’est dans les hôpitaux de jour qu’on trouve encore quelques équipes qui font du ­packing », indique Danielle Langloys.

    Pierre Bienvault

    4. Article de Libé

    Autisme : l’étonnante interdiction du « packing »

    — 9 mai 2016 à 20:21

    Ségolène Neuville, secrétaire d’Etat en charge des Personnes handicapées, et médecin de formation, ne ferait-elle plus confiance aux études cliniques ? Elle vient de décider, dans une circulaire révélée par le site Hospimedia, que le « packing » serait interdit en France.

    Le packing, c’est une technique devenue le symptôme des tensions dans la prise en charge de l’autisme. C’est une méthode d’enveloppement du corps de l’enfant dans des draps humides ou secs. Les draps sont peu à peu retirés, avec autour des personnes accompagnant l’enfant. Apparue dans les années 60 en France, elle est utilisée, soit dans les cas d’autisme infantile « avec manifestations d’automutilations », soit dans les cas de « psychose avec tendance à l’agressivité destructrice ». Le but étant de faire reprendre aux enfants une certaine conscience de l’image de leur corps. Le packing est devenu le symbole du conflit exacerbé entre certaines associations de parents d’enfants autistes et le milieu de la pédopsychiatrie.

    Neuville a donc décidé de l’interdire. Dans la circulaire, il est écrit : « La signature des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens avec des gestionnaires d’établissements accueillant les personnes avec des troubles du spectre de l’autisme est [désormais] strictement subordonnée […] à l’absence totale de pratique du packing. » D’après la circulaire, « cette pratique doit être considérée comme une mise en danger de la santé, de la sécurité et du bien-être moral et physique ».

    Or, cette décision est prise alors que la secrétaire d’Etat avait demandé, il y a deux ans, la réalisation d’une étude scientifique pluridisciplinaire sur cette pratique, afin de sortir des anathèmes. Cette enquête, réalisée par l’Inserm, doit être rendue publique le mois prochain et publiée dans une grande revue médicale. Elle semble indiquer l’efficacité de cette pratique, dans certains cas. Ségolène Neuville n’a donc pas jugé bon d’attendre ces résultats.

    7. Article Mediapart du 15 mai

    Le packing : polémique ou pas ?

    11 MAI 2016 PAR BCHAMAK BLOG : LE BLOG DE BCHAMAK

    Suite à la décision de l’interdiction du packing par Ségolène Neuville, il me paraît important d’analyser l’historique de la polémique autour de cette pratique d’enveloppement utilisée dans des situations d’impasses thérapeutiques pour illustrer l’influence croissante d’un lobbying associatif qui veut imposer une méthode, en l’occurrence comportementale, à l’exclusion des autres.

    Dans son discours du 21 avril 2016, Ségolène Neuville, Secrétaire d’Etat chargée des personnes handicapées et de la lutte contre l’exclusion, s’est exprimée sur le packing, cette pratique marginale utilisée dans quelques cas graves, qui consiste à envelopper dans des linges humides (et souvent froid) un patient immédiatement réchauffé à l’aide de couvertures en présence d’au moins deux soignants (Alberne, 1992 ; Delion, 2008). Mme Neuville s’est posée en garante de la mise en œuvre des recommandations de la HAS et de l’ANESM, et a adopté la position de l’ONU qui qualifie le packing d’acte de maltraitance. Sa décision d’adresser une circulaire aux ARS pour interdire cette pratique est fortement critiquée par les parents qui en ont constaté les bienfaits sur leur enfant et les professionnels qui utilisent cette approche pour aider notamment les personnes qui s’automutilent. Mme Neuville considère que « le sujet n’est pas tant de savoir si cette pratique fait polémique ou pas » et pourtant…

    Avant le milieu des années 2000, aucune polémique concernant le packing n’avait éclaté. La diffusion le 17 avril 2007 sur France 5 d’un court reportage sur le packing pratiqué dans un hôpital de jour à Bordeaux déclencha des réactions hostiles sur les forums de discussion sur internet entre parents d’enfants autistes alors même que les images présentaient une séance de packing pratiquée par un psychomotricien avec un enfant qui paraissait calme et détendu. La présidente d’Autisme France adressa alors un courrier pour dénoncer la promotion de cette pratique à la direction de France 5, aux interlocuteurs ministériels et aux médias. Le président d’une autre association, Léa pour Samy (aujourd’hui Vaincre l’Autisme) décida qu’il fallait interdire le packing même s’il déclarait n’avoir jamais assisté et ne vouloir jamais assister à cette pratique.

    La même année paraissait le livre du pédopsychiatre Pierre Delion sur le packing et un programme hospitalier de recherche clinique (PHRC) visant à évaluer l’efficacité de cette pratique sur des enfants autistes présentant des troubles sévères a été accepté et approuvé en 2008 par le comité d’éthique du Centre hospitalier de Lille mais en juin 2008 plusieurs associations de parents allaient utiliser la mort d’un enfant intervenu au Canada pour attiser la polémique sur le packing : cet enfant était mort étouffé suite à l’utilisation d’une couverture lestée trop lourde par un éducateur qui a laissé l’enfant sans surveillance. Les associations de parents en France ont lancé une grande vague de communication expliquant que les psychanalystes faisaient du packing et qu’un enfant était mort au Canada. Elles ont suscité émotion et indignation alors même qu’il n’y avait pas de lien entre l’utilisation sans surveillance d’une veste lestée pour adulte qui recouvrait la tête de l’enfant et la pratique du packing qui nécessite l’implication de plusieurs professionnels qui entourent l’enfant et prennent soin de lui.

    Lors de la journée mondiale de l’autisme le 2 avril 2009, Le président de Vaincre l’Autisme organisa une manifestation contre le packing sur le pont des arts, où les manifestants s’étaient enveloppés dans des draps et demanda un moratoire sur le packing. La Ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, rejeta le moratoire et demanda, le 30 juin 2009, un avis au Haut Conseil de la Santé publique qui publia en février 2010 un rapport favorable au packing utilisé dans des conditions contrôlées considérant que le packing ne présentait pas de « risques notables identifiés à ce jour ». Mécontentes, des associations de parents ont mobilisé leurs adhérents pour envoyer aux directeurs d’hôpitaux de nombreux courriers réclamant l’arrêt immédiat de la pratique du packing.

    Evelyne Friedel, mère d’un enfant autiste et avocate au barreau de Paris (ancienne présidente d’Autisme France et présidente d’Autisme Europe de 2008 à 2011) profita du 9e congrès international d’Autisme Europe en Sicile en octobre 2010 pour obtenir de plusieurs spécialistes de l’autisme de se prononcer contre le packing jugé non éthique (lettre publiée dans l’American Academy of Child & Adolescent Psychiatry en février 2011). Aucun d’entre eux n’avait assisté à des séances de packing et aucun ne connaissait les conditions d’applications de cette approche. Le droit de réponse demandé par Pierre Delion a été refusé par la revue.

    À l’initiative de Vaincre l’autisme, lors d’une conférence à Glasgow (29-30 mars 2011), le Professeur suédois Christopher Gillberg, président du comité scientifique de Vaincre l’autisme, a officiellement annoncé le lancement du Manifeste International contre le Packing, proposant aux participants de signer la pétition. Le président de Vaincre l’autisme écrivit au directeur du CHU de Lille, ainsi qu’à celui de la Salpêtrière pour les mettre en demeure de répondre aux questions concernant l’utilisation des fonds publics pour la pratique du packing. En décembre 2011, Vaincre l’autisme entamait deux procédures devant l’ordre des médecins à l’encontre des Professeurs Pierre Delion et David Cohen, respectivement responsables du service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent au CHU de Lille et de l’hôpital Pitié-Salpêtrière. Convoqués le 12 avril 2012 devant le Conseil de l’ordre des médecins, ils ont expliqué leurs pratiques et l’affaire a été classée mais les recommandations de la HAS décourage les praticiens d’utiliser cette méthode. Le 5 mars 2012, Vaincre l’Autisme diffusait sur You Tube un film contre le packing avec une mise en scène propre aux films d’horreur et le 8 Mars 2012 la HAS publiait ses recommandations sur les interventions en autisme et classait le packing comme une technique formellement contre-indiquée, sauf dans le cadre du PHRC.

    Lors de leur visite en novembre 2013 au service de pédopsychiatrie de l’hôpital de la Salpêtrière, les contrôleurs envoyés par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL, 2013) ont constaté que « le respect des droits des enfants et adolescents, en qualité de patients et de citoyens est une préoccupation affichée et partagée par l’ensemble de l’équipe » et que « la pratique du « packing » a fait l’objet d’études et d’évaluations de l’équipe médicale, tant du point de vue thérapeutique qu’éthique. Il apparait qu’elle est mise en œuvre avec discernement, dans le respect du bien-être du patient, exclusivement sur prescription médicale et avec l’accord des parents ».

    Pourtant, Madame Neuville n’a pas hésité à parler de maltraitance sans même avoir pris connaissance ni de ce rapport ni de celui produit par le Haut Conseil de la Santé publique (2010). Est-ce qu’un lobbying intensif de quelques associations suffisent à interdire une pratique (très marginale par ailleurs) qui soulage certains patients et que réclament d’autres parents ? Madame Neuville a-t-elle visionné des séances de packing ? A-t-elle vu le film diffusé en janvier 2014 où Eglantine Éméyé citait le packing comme le seul moyen pour soulager son fils autiste polyhandicapé sujet aux automutilations ? A-t-elle consulté d’autres associations, et en particulier le RAAHP (Rassemblement pour une Approche des Autismes Humaniste et Plurielle) en total désaccord avec les prises de position d’Autisme France et de Vaincre l’Autisme ? A-t-elle connaissance du rôle du packing dans la réduction de prescription des anxiolytiques et des neuroleptiques (Journal of Psychiatric and Mental Health Nursing, 2016) ? Pourquoi n’a-t-elle pas attendu les résultats du programme de recherche sur le packing (PHRC) avant de se prononcer sur son interdiction ? Cette décision, prise sous influence d’un lobbying associatif intense, est potentiellement préjudiciable aux patients qui, par cette approche, peuvent éprouver un soulagement au moins partiel dans certaines situations particulièrement difficiles dites « d’impasse thérapeutique ». Face à la gravité et aux lésions parfois irréversibles de certaines automutilations, ce défaut d’accès au packing constitue une forme d’abandon de soins. La méconnaissance de l’extrême gravité de ces situations cliniques par la HAS et Ségolène Neuville dénote une absence de prise en compte de la réalité de terrain.

    Références

    Alberne T. (1992) L’enveloppement humide thérapeutique, Les empêcheurs de penser en rond.

    CGLPL (2013) Services de pédopsychiatrie et de psychiatrie adulte de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris). Rapport de visite, 18-21 novembre 2013.

    Delion P. (2008) Le packing avec les enfants autistes et psychotiques, érès.

    Eméyé E. (2015) Le voleur de brosses à dents, Robert Laffont.

    Haut Conseil de la Santé Publique (2010) Risques associés à la pratique du packing pour les patients mineurs atteints de troubles envahissants du développement sévères.

    Copyright Médiapart Dimanche 15 Mai 2016

  • Suppression de la circulaire interdisant le packing

    Pétition

    Suppression de la circulaire interdisant le packing

    Cette pétition est très importante et nécessite l’aide de tous. Cliquer ici pour la signer :

    https://secure.avaaz.org/fr/petitio…

    Merci beaucoup

    Voici le texte de la pétition :

    Nous demandons le retrait immédiat de la circulaire du 22 avril 2016 interdisant la pratique du packing dans les établissements médico-sociaux.

    Cette circulaire budgétaire (n°Direction Générale de la Cohésion Sociale/SD5C/DSS/CNSA/2016/126 relative aux orientations de l’exercice 2016 pour la campagne budgétaire des établissements et services médico-sociaux accueillant des personnes handicapées et des personnes âgées, mise en ligne le 3 mai 2016) interdit la conclusion de Contrats Pluriannuels d’Objectifs et de Moyens (CPOM) avec les Etablissements et Services Sociaux et Médico-Sociaux (ESSMS) recourant au packing :

    « Enfin, la signature des CPOM avec des gestionnaires d’établissements et services accueillant les personnes avec des troubles du spectre de l’autisme est strictement subordonnée au respect d’engagements de lutte contre la maltraitance, et donc à l’absence totale de pratique du « packing » au sein des établissements et services médico-sociaux couverts par le CPOM. (…) ». Aussi, cette pratique doit être considérée comme une mise en danger de la santé, de la sécurité et du bien-être moral et physique des personnes accompagnées par ces établissements et doit donc faire l’objet des mesures appropriées et prévues dans le Code de l’action sociale et des familles (articles L. 331-5 et suivants) ».

    Cette circulaire, en déclarant que les soignants qui pratiquent le packing sont des professionnels maltraitants sur la foi d’allégations qui n’ont aucun fondement ni clinique ni scientifique, ne fait que traduire en acte une politique portée par un groupe de pression ignorant totalement les réalités de la cause qu’il prétend défendre.

    Depuis Valérie Létard jusqu’à Ségolène Neuville en passant par Marie Arlette Carlotti (mis à part Roselyne Bachelot qui avait obtenu du Haut Conseil de la Santé Publique un avis favorable au packing), nos ministres délégués aux handicapés ont pris partie pour les uns contre les autres, pour le comportementalisme contre la psychanalyse, alors qu’on attendrait d’un ministre chargé d’une question d’une telle importance, celle de l’autisme, sinon une retenue, du moins une capacité à trouver un équilibre qui devrait être attaché à l’exercice de ces hautes fonctions publiques.

    Ces ministres ne connaissent de l’autisme que ce que certains groupes de pression leur en ont dit de façon caricaturale, sans prendre la peine de se renseigner auprès des praticiens hospitaliers de secteurs et des professeurs des universités qui accueillent les cas d’autistes les plus graves dans leurs services.

    Les recommandations de l’Haute Autorité de Santé sont promulguées comme nouvelle vérité absolue, sous couvert de la science, alors qu’elles posent problème dans la communauté scientifique, notamment en ce qui concerne les fameuses réussites des méthodes comportementalistes versus les méthodes de la pédopsychiatrie de secteur.

    Cette circulaire déclare la guerre aux praticiens du packing sans savoir de quoi il retourne, en se fiant uniquement à des calomnies et à des moyens de désinformation dignes des régimes totalitaires (cf le film d’horreur réalisé sur un soi disant packing par une association d’opposants), et en les traitant de praticiens maltraitants.

    Pour avoir osé prononcer de telles accusations sans l’ombre d’une preuve, les équipes soignantes sont diffamées, alors qu’elles ont passé une grande partie de leur existence professionnelle à soigner les enfants autistes les plus graves avec le peu de moyens dont elles disposent.

    Les établissements qui continueront à pratiquer le packing pourraient tout simplement ne pas recevoir leur budget et être rayés de la carte du médico-social ? Mais dans quel système politique sommes-nous ?

    Ces techniques relèvent d’un autre âge de sinistre mémoire.

    Comment peut-on qualifier de maltraitante une pratique qui vise précisément, et y arrive le plus souvent, à arrêter des manifestations d’automutilations dont les décideurs politiques n’ont sans doute même pas idée ?

    Comment se fait-il que les parents qui ont vécu cette expérience de l’automutilation de leurs enfants et qui ont vu une nette amélioration par la technique du packing ne soient pas entendus par ceux qui écrivent de telles circulaires ?

    Pourquoi n’ont ils pas été reçus au même titre que des associations extrémistes, saturées de haine pour les psychiatres et leurs équipes ? Pourtant les psychiatres d’enfants et leurs équipes de pédopsychiatrie sont-elles nécessaires pour certains enfants autistes, et notamment pour les plus gravement atteints ? , Parce qu’il en va de notre éthique professionnelle et que personne d’autre ne veut le faire.

    La pédopsychiatrie publique est disqualifiée de façon indigne, alors qu’elle rend service à de très nombreux enfants et à leurs parents au médico-social, à la mesure de ses moyens, notamment en accueillant des enfants orientés dans le médico-social et qui présentent des automutilations. Ils ont besoin de packing et voilà qu’une circulaire irresponsable va le leur interdire.

    La pédopsychiatrie va-t-elle disparaître pour donner ses crédits au médico-social et au pédagogique ? Dans un tel cas, Sa mort laissera sur le bord du chemin les autistes les plus graves, ceux dont personne ne parle et avec lesquels les parents sont le plus en difficulté ?

    Et il n’y aura plus de services, hospitaliers, au sens propre, pour les accueillir.

    Pourtant, dans l’ensemble des troubles envahissants du développement/troubles du spectre autistique, il n’ y a pas que des enfants porteurs de syndromes d’Asperger, il y a surtout les autres, et notamment, parmi eux, ceux présentant un niveau de sévérité bien plus important, et dont on ne parle pas dans les médias.

    Les enfants autistes ont besoin de l’éducatif toujours, et pour ce faire leurs parents peuvent évidemment choisir la méthode qu’ils souhaitent. Ils ont besoin du pédagogique si possible, mais nous savons que tous les enfants autistes ne peuvent pas aller à l’école, même si nous employons tous les moyens pour y parvenir. Et enfin, lorsque ces deux approches complémentaires ne suffisent pas, ils ont besoin du thérapeutique si nécessaire, et entre autres soins très diversifiés, des techniques d’enveloppement dont le packing est une possibilité. Et ce sont les équipes de pédopsychiatrie qui sont chargées de ce troisième volet de la prise en charge, très souvent en articulation avec le médico-social.

    Faire croire par démagogie que les enfants autistes peuvent, tous, bénéficier de méthodes éducatives comportementales exclusives et ainsi être inclus à l’école est un fantasme (et les résultats des recherches menées dans les centres expérimentaux Applied Behaviour Analysis tendent à montrer que les attentes ne sont pas du tout au rendez vous), qui s’il est appliqué sans ménagements, conduira dans le mur d’un totalitarisme qui ne dit pas son nom. Mais entretemps, les moyens mis à la disposition des enfants autistes par les équipes de pédopsychiatrie auront disparu car la disqualification qui règne en haut lieu à ce sujet aura rapidement des effets délétères sur la pédopsychiatrie elle-même.

    Les équipes de pédopsychiatrie seraient toutes infiltrées par la psychanalyse et, à ce titre, elles seraient perdues pour l’autisme.

    D’ailleurs, des parlementaires, de droite comme de gauche, font beaucoup de bruit à ce sujet en mélangeant tous les problèmes, et tentent d’interdire l’enseignement de la psychanalyse à l’Université dans ce domaine. Quelle régression intellectuelle !

    Mais les équipes de pédopsychiatrie d’aujourd’hui se sont formées, ont modifié leurs pratiques en profondeur et les critiques qui leur sont adressées sont devenues infondées dans la plupart des cas. Bien sûr, certaines équipes ont pu commettre des erreurs regrettables et nous dénonçons ces pratiques révoltantes. Mais de grâce, que les critiques de la psychanalyse soient actualisées ! Il faut arrêter de dire ces inepties qui ne concernent plus les équipes de pédopsychiatrie depuis belle lurette ! Il faut cesser ces couplets sur la culpabilisation des mères et toutes ces fariboles ! Tous les parents se sentent coupables dès lors qu’ils ont un enfant malade, quelle que soit sa maladie. Notre fonction consiste à transformer cette culpabilité inévitable en énergie pour leur enfant.

    La psychanalyse nous aide à penser la qualité de la relation entre un enfant et ses soignants, ce que nous appelons le transfert, pour mieux être en lien avec lui et l’aider à grandir.

    Nous ne prenons pas les enfants autistes sur notre divan, nous tentons de les comprendre à partir de ce qu’ils vivent avec nous « dans le transfert ». Cette réflexion porte un nom : la psychopathologie. Et quand elle est mené collectivement par une équipe soignante, c’est ce que nous appelons la psychothérapie institutionnelle. Voilà autant d’acquis fondamentaux de toute pratique psychiatrique.

    Viendrait-on reprocher à un mathématicien d’utiliser la théorie euclidienne sous le prétexte de l’apparition des théories post-euclidiennes ?

    Viendrait-on reprocher à un philosophe d’utiliser certaines théories philosophiques plutôt que d’autres ? La physique moderne vit sous le règne de la théorie ondulatoire et de la théorie corpusculaire.

    La connaissance en psychiatrie n’est pas réductible aux seules neurosciences et à la génétique, et la psychanalyse nous a aidé à accorder toute son importance aux processus relationnels, et aussi à les théoriser dans le cadre des sciences humaines dont elle fait partie.

    Pourquoi, sous le prétexte de faire moderne, devrait-on, et qui plus est par décret, supprimer certains pans de la connaissance au détriment d’autres ?

    L’Histoire nous a montré que les périodes au cours desquelles ce phénomène est arrivé ne coïncidaient pas avec une saine démocratie.

    Tous ces mouvements dictés par la démagogie font craindre un effondrement des valeurs de la démocratie, et ces décisions en matière d’autisme, et plus précisément celles concernant le packing, sont précisément dictées par des groupes de pression qui ont plus à voir avec l’idéologie ou le commerce qu’avec la science et la clinique. Sinon, pourquoi ne pas attendre le résultat d’un Programme Hospitalier de Recherche Clinique entamé depuis plusieurs années et qui pourrait donner des éléments de réponses cliniques et scientifiques ?

    Pourquoi prendre de telles décisions à la sauvette, comme si nos décideurs avaient peur des résultats ?

    Nous attendons autre chose qu’un ministère de la haine en lieu et place d’une autorité pour remettre de l’équilibre et de la mesure dans un domaine dans lequel nous avons besoin des uns et des autres dans une paix de travail retrouvée au service des enfants autistes et de leurs familles.

    Premiers signataires :

    Pierre Delion, Patrick Chemla, Yves Gigou, Michel Balat, Sarah Gatignol, Franck Drogoul, Catherine Vanier, Alain Vanier, Maud Ravary, Céline Lallié, Mileen Janssens, Paul Machto, Bernard Golse, Marie Allione, Claude Allione, Martine Charlery, Dominique Amy, Hervé Bokobza, Catherine Dupuis, Sophie Legrain, Madeleine Alapetite, Samuel Mingot, Bernard Claude, Daniel Denis, Yvette Denis, Olivier Aprill, Benjamin Royer, Michel Lecarpentier,

  • LE 4 JUIN 2016 Une journée avec Anne Bourgain et Alvaro Escobar

    LE 4 JUIN 2016 Une journée avec Anne Bourgain et Alvaro Escobar

    LE 4 JUIN 2016 à l’Ecoute du Port de Canet en Roussillon

    PDF – 297.8 ko(PDF)

    Présentation de la journée

    Les associations ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette trente quatrième « journée avec… » ont demandé à Anne Bourgain et à Alvaro Escobar Molina de venir nous présenter leurs travaux.

    Anne Bourgain, psychanalyste, membre du Cercle Freudien, a travaillé dans l’équipe de recherche d’Alvaro Escobar (Groupe de Recherche pour une clinique analytique de l’enfermement) à l’université d’Amiens de 1994 à 2004. Elle a fondé avec d’autres l’association à venir (2015) qui tend à soutenir la rencontre entres chercheurs, artistes, psychanalystes, doctorants, étudiants (… ) d’horizons culturels et géographiques divers autour d’enjeux contemporains.

    Alvaro Escobar Molina, psychologue clinicien, a travaillé à l’université d’Amiens comme maître de conférences. Psychanalyste, il vit actuellement à Paris. Après des années passées avec des prisonniers, il a écrit un ouvrage sur l’enfermement (Klincksieck 1989) et de nombreux articles. Ce travail d’accompagnement le mène aujourd’hui à l’écoute d’artistes et de communautés monastiques.

    Nous aurons, comme à l’accoutumée, trois temps d’échange : le matin, dès 9h ; l’après-midi, à 14h30 ; de 16h30 à 18h.

  • Commentaire de Pulsions et destins des pulsions par Marc Ledoux

    Elne les 29 et 30 janvier 2016

    Commentaire de Pulsions et destins des pulsions par Marc Ledoux

    Elne le 29 janvier 2016

    Commentaire de Pulsions et destins des pulsions par Marc Ledoux

    Le développement pulsionnel

    Le sadomasochisme

    Le narcissisme

    Marc : Bon, c’est beaucoup trop….

    Sylvie Arbiol-Pous : Allez, fais le nous sans lire ton papier…

    Marc : NOOOn. C’est difficile !

    Michel Balat : Fais-le nous en allemand !

    Marc : Nooon, c’est vraiment difficile. Ouh là là.

    Allez, allez !

    Public : rires

    Marc : bon, écoute, c’était trop prétentieux de ma part. Vous avez proposé la pulsion, et vraiment, c’était trop compliqué, alors j’ai préparé et je ne suis pas arrivé jusqu’au bout, je suis arrivé à… la transposition de l’amour en la haine et je ne suis pas allé plus loin. Je me suis cassé la tête avec ce texte extrêmement difficile, et peut-être qu’après il sera encore plus compliqué quand j’aurais essayé de l’éclairer. Je n’y arrive pas bien.

    Donc, je n’ose pas quitter le texte. Je demande pardon. Si vous êtes d’accord pour que je revienne, je continuerai sur l’amour et la haine, le plaisir et le déplaisir et à travers ça, vers la pulsion de mort et la pulsion de vie. Et je me suis beaucoup arrêté sur le narcissisme, ce qui était très cher à Oury… et c’était aussi un peu triste pour moi de travailler là-dessus et de discuter avec lui, comme ça, sur le narcissisme originaire. Car, nous (à La Borde), on n’arrête pas de l’utiliser tout le temps, ce narcissisme originaire.

    Mais ça veut dire quoi le narcissisme originaire ? C’est dommage qu’il ne soit pas là mon papa, car on aurait pu discuter (rires). J’espère que vous allez sentir ça, et ce n’est même pas évident chez Freud non plus. Et si vous en avez marre, vous le dites.

    Donc, c’est sur la pulsion.

    (…)

  • XXVIIIèmes JOURNEES VIDEO PSY

    IMPRESSIONS, EXPRESSIONS ET LANGAGES DU CORPS

    XXVIIIèmes JOURNEES VIDEO PSY

    Montpellier les 22, 23 et 24 MARS 2016

  • A mes amis

    A mes amis

    Michel Balat

    Mes chers amis,

    la rue de mon enfance, celle où nous jouions aux billes (elle était en terre battue), au rugby et autres amusements, est devenue (mêmes maisons, mêmes trottoirs) ce que l’on appelle en jargon actuel une « pénétrante », avec feux rouges, passages « cloutés », etc. Nous connaissions, grâce à nos jeux, la moindre parcelle de cette rue : tout était mis en scène dans nos jeux, la moindre déclivité était notée et utilisée. Qui s’intéresse maintenant aux détails du sol où, en chacun, gisait le diable ? Les grands stratèges de la DDE et autres ont fait de cette singulière une « particulière » (donc appartenant à un « général »), cette rue-là est devenue « une » rue et peut ainsi rentrer dans des calculs « stratégiques ». Enfant, j’ai vu arriver le goudron et, sinon les plumes, plutôt les rouleaux compresseurs. Nous nous enivrions de l’odeur et des bruits, nous nous régalions du spectacle du rouleau écrasant le bitume. Je ne savais pas qu’à 8 ans, j’étais déjà en 2016 !!! 1984 est situé au milieu exact de cette (longue !) période.

    Vincent Auriol et René Coty, puis de Gaulle, etc., chacun a continué ce long travail, ont déployé la généralité toute-puissante. (D’ailleurs même de Gaulle était général.) Aucun « chef d’État » n’y a manqué jusqu’à ce jour. Le capitalisme se nourrit et s’envole à tire-d’ailes (noires) grâce à cette extention minutieuse de ce qui, état général, peut se compter, se calculer.

    Pas d’espoir.

    Et, précisément, parce qu’il n’y a pas d’espoir, il peut se faire que certains continuent, dans le fatras des exigences générales, à chercher le diable. Un sourire, disait Jean Oury, ne s’évalue pas !

    Pour ma part, et j’en finirai là avec mes conneries, je n’ai ni colère (quoique !), ni dégoût (quoique…), mais essentiellement du mépris.

    Michel Balat

  • DE CARCASSONNE À PARIS (28 Novembre 2015 et 3 et 4 Décembre 2015)

    DE CARCASSONNE À PARIS (28 Novembre 2015 et 3 et 4 Décembre 2015)

    par Antoine Viader

    DE CARCASSONNE À PARIS

    (28 Novembre 2015 et 3 et 4 Décembre 2015)

    À Carcassonne il s’agissait de la fonction poétique du langage à partir du livre de François

    Tosquelles : « Fonction poétique et psychothérapie » avec comme sous-titre :

    « Lecture d ’In Memoriam de Gabriel Ferrater ».

    A Paris, le colloque portait sur François Tosquelles et le travail.

    J’ai rédigé ce texte à partir des interventions et des paroles échangées à l’occasion de ces deux

    colloques.

    Si on commence avec le colloque de Carcassonne, je dirais que j’ai d’abord pensé aux problèmes

    de traduction.

    Il me semble que l’exercice de la traduction lorsqu’on est traducteur amateur demande beaucoup de

    modestie. D’abord, si on veut faire une traduction correcte il faut, je pense, connaître l’auteur et pas

    seulement la langue pratiquée. C’était le cas quand j’ai proposé à François Tosquelles de traduire le

    livre ici cité. Je crois qu’il était assez content de pouvoir être lu par les lecteurs français, donc j’ai

    commencé ce travail en lui envoyant dix ou vingt pages par semaine pour me donner son avis. Mais

    le problème c’est qu’il m’en renvoyait le triple, et je ne savais pas comment faire une sorte de

    synthèse entre l’original et les suppléments. Quelque temps après on s’est retrouvé à Saint Alban où

    il m’a dit que ce n’était pas la peine de continuer car je n’y arriverai jamais. J’ai donc accepté ce

    jugement, tout en me disant, cependant, que ce n’est pas moi qui étais incapable de traduire ce livre

    mais que lui était incapable de terminer son ouvrage,

    Il y a une grande différence entre une traduction insuffisante et un livre inachevé. D’un côté, une

    traduction insuffisante porte sur la qualité alors que beaucoup de livres restent en quelque sorte

    inachevés, quelle que soit leur valeur.

    Ainsi, Tosquelles disait dans ce même livre : « Le travail poétique d’un poète ne s’achève pas dans

    le texte qu’il produit. Il se poursuit activement chez les lecteurs » J’y reviendrai.

    En ce qui me concerne, je pense que la traduction de ce livre est assez correcte car comme je l’ai dit,

    je connaissais assez bien l’auteur. Par contre, je ne connaissais pas Gabriel Ferrater donc j’ai eu

    beaucoup plus de difficultés à traduire ses poèmes.

    …/…

  • Annick Bouleau lectrice de Peirce et Deledalle

    Annick Bouleau lectrice de Peirce et Deledalle

  • DU clinique de l’autisme et des psychoses 2016

    DU clinique de l’autisme et des psychoses 2016

    Voici la plaquette 2016 du DU clinique de l’autisme et des psychoses

    (orienté par la clinique analytique et par la psychothérapie institutionnelle) proposé par l’université Paris 13 qui reprendra en janvier 2016. Il reste encore quelques places pour cette formation dont les deux premières éditions ont été très appréciées par les participants.

    Pascale Molinier – Elie Pouillaude – Anne Bourgain

    Responsables de la formation

    pour toute précision complémentaire merci de contacter madame Claude

    Lafouge, secrétariat de la formation continue.

    sec1-fc.lshs@univ-paris13.fr

    Documents joints

  • À paraître le 13 mars 2016 : Le numéro spécial dédié à Jean Oury de la revue INSTITUTIONS Offre de souscription

    À paraître le 13 mars 2016 : Le numéro spécial dédié à Jean Oury de la revue INSTITUTIONS Offre de souscription

    Cet ouvrage collectif, proposé par la revue INSTITUTIONS, évoque les multiples « lieux du dire »

    que Jean Oury a permis d’ouvrir à l’institution comme à chacun dans sa singularité. Il parcourt à

    plusieurs voix l’histoire d’un engagement polyphonique, et les outils de Jean Oury élaborés au sein

    d’une clinique à l’écoute du sensible.

    Vous pouvez dès aujourd’hui souscrire à ce numéro d’environ 200 pages pour la somme de 16€

    jusqu’à la date du 25 janvier 2016. Il sera ensuite vendu 19€.

    Documents joints

  • Article de John Dewey , le 3 février 1937 dans The New Republic

    Article de John Dewey , le 3 février 1937 dans The New Republic

    Traduction de Laurence Fanjoux-Cohen

    Article de John Dewey , le 3 février 1937 dans The New Republic Vol. 89 N°1157

    Le travail de Charles Sanders Peirce a mis longtemps a s’imposer de lui-même ; cependant il y a toutes les raisons de croire que le processus débute seulement et d’espérer que son influence va largement augmenter dans le futur. La raison fondamentale de cette longue période de désintérêt est qu’il était en avance sur son temps. Le climat de l’opinion n’était pas favorable à la réception de ses idées. Le terrain intellectuel et moral n’était pas préparé. Pourtant, même si le terrain est récalcitrant à une période donnée en raison de préoccupations et d’idées préconçues, il est néanmoins travaillé et cultivé sans cesse si bien que finalement des zones apparaissent où des graines qui n’auraient pas pu pousser plus tôt s’implantent et se développent.

    Mais cela n’est pas la seule raison qui explique que Peirce ait été négligé. Il faut avouer qu’il a jeté autour de lui beaucoup de pierres, parfois des cailloux, parfois des rochers pendant qu’il était en train de semer des idées germinales. Il anticipait la direction que prenait la science, en déduisait ses conséquences et les mixait avec des questions qui apparaissaient non seulement extraordinaires pour l’époque, mais, et on peut le supposer, seront toujours extraordinaires. Il y a beaucoup de choses superflues et arbitraires dans ses écrits. Ils montrent un curieux mélange d’un travail inhabituel et d’une pensée totalement systématique associés à une incapacité d’aller jusqu’au terme d’à peu près chaque ligne de pensée qui a été commencée. On peut dire qu’il associait un esprit discipliné à une personnalité qui ne l’était pas. Cette combinaison n’est pas fréquente. Cela provoque dans l’apparence de ses écrits non seulement des difficultés comme on peut s’y attendre quand un penseur explore de nouveaux champs mais aussi des contradictions troublantes et une multitude de départs qui vont à peu près nulle part. De plus, il n’y a à peu près aucun sujet auquel il n’a pas touché. Ce que j’ai à dire omet tout sauf un petit nombre d’idées directrices.

    Peirce restera toujours le philosophe de la philosophie. Ses idées n’atteindront le grand public que par la médiation et les traductions d’autres personnes. Ce fait est d’autant plus paradoxal que Peirce, plus qu’aucun autre philosophe des temps modernes, insistait pour que la philosophie commence avec le monde du sens commun et de ses conclusions et se termine par l’application à ce monde du sens commun. Toutefois il alliait ce point de vue à une approche extraordinairement technique qui n’était pas confinée aux technicités de l’expression, -qu’il inventait ad hoc s’il ne pouvait pas en trouver de déjà faites-, ce à quoi souvent une remarquable connaissance de la pensée scholastique aussi bien que de celle de Kant lui permettait d’accéder.

    J’imagine qu’une certaine prise en compte de sa conception du sens commun et de sa relation à la philosophie constitue la meilleure introduction à ses idées. Il ne pensait pas le Sens Commun de la façon dont le pensait l’école écossaise (ainsi nommée). Il consistait pour lui non pas tant comme un corps d’opinions largement répandues que comme les idées qui nous sont imposées dans les processus de la vie par la nature même du monde dans lequel on vit. Les hommes pourraient être théoriquement sceptiques vis à vis d’elles, mais aussi longtemps qu’ils vivent, ils agissent en fonction d’elles. Il accordait donc une importance fondamentale à ce qu’il appelait les instincts, non pas en tant que formes de savoir, mais comme façon d’agir à partir de quoi le savoir s’accroît.

    Je me souviens d’une fois où il disait que « les instincts qui sont favorables à l’assimilation de nourriture et ceux qui sont favorables à la reproduction ont dû depuis le début, impliquer certaines tendances à penser vraiment la physique d’un côté et le psychique de l’autre ». Puisque l’homme ne peut pas vivre sans un certain degré d’adaptation pratique aux conditions réelles du monde, qu’elles soient physiques ou sociales, les idées des hommes en dépit de toutes les extravagances avec lesquelles elles sont brodées doivent aussi avoir un certain degré d’adaptation naturelle au monde et à la société. La Philosophie pourrait être, toutefois, le Sens Commun Critique, un terme de Peirce dans lequel l’adjectif critique est hautement important. Le sens commun non critiqué est à la fois trop vague pour servir de guide sûr à l’action dans de nouvelles conditions et trop rigide pour autoriser le libre jeu de l’enquête, qui commence toujours avec le doute. La première règle de la raison, dit-il, est de ne pas bloquer l’enquête. Le sens commun non critiqué est souvent le grand blocage de l’enquête.

    Bien que Peirce, comme la plupart des autres philosophes maintienne que la philosophie a affaire d’une certaine façon à ce qui est universel, il conçoit ce qui est universel dans un sens différent de la plupart des philosophes. Le sens commun est essentiellement une affaire d’expérience, et non pas comme la plupart des précédents empiristes l’avaient conçu, une affaire de sensations. Dans un passage, il le décrit comme consistant en ces idées et croyances que la situation de l’homme lui impose –une citation qui pourrait être paraphrasée ainsi : le sens commun représente les idées et croyances que l’homme doit avoir afin de rencontrer dans ses activités les injonctions urgentes et impératives amenées par sa situation. Il s’ensuit que le thème universel ou commun de la philosophie consiste dans ces observations que chaque personne peut faire à chaque heure de sa vie éveillée. Bien que Peirce fût avant tout un scientifique et possédât ce qu’il appelait un esprit de laboratoire par opposition à « l’esprit de séminaire », il n’avait aucune sympathie pour ceux qui affirment que la philosophie doit être basée sur les conclusions de la science. Au contraire, chaque science, selon lui, repose sur d’importants principes tenus pour acquis. Rejetant la notion que ces principes sont un système d’axiomes ou de vérités auto-évidentes, l’examen critique du sens commun reste la seule méthode avec laquelle les principes scientifiques peuvent être organisés.

    Bien que le matériel de la philosophie dérive des observations que chacun peut faire, il ne s’ensuit pas cependant que ces observations soient faciles à faire. Je ne connais rien qui ne tranche plus que sa remarque : « il est extrêmement difficile de porter notre attention aux éléments de l’expérience qui sont constamment présents… nous devons avoir recours à des moyens indirects, afin de nous rendre capables de percevoir ce qui nous crève les yeux avec un éclat qui, une fois remarqué, devient presque oppressant par son insistance ». Par conséquent le sens commun non critiqué est un sujet très hétéroclite. La difficulté de voir de quoi sont faits ses composants nous fait croire que nous les voyons alors qu’en fait, nous les voyons à travers les lunettes de notions philosophiques qui ont été recueillies par l’éducation et la tradition.

    En dehors de ses écrits logiques, les volumes publiés consistent dans une grande mesure en l’exposé des éléments qu’il pensait pouvoir être trouvés dans l’expérience de chaque homme. Même ses écrits logiques n’étaient pas, dans son esprit, des matières séparées mais connectées à l’expérience commune, même la plus formelle. L’un des éléments est l’existence dans toute chose quelles que soient les potentialités qui ne sont pas actualisées à ce moment, qui n’ont pas été actualisées dans le passé et qui peuvent ne pas être actualisées dans n’importe quel temps futur fini. D’où l’émergence continuelle du nouveau et de l’imprévu. Avant William James, il parlait de la doctrine de l’Univers Ouvert basant celle-ci sur l’expérience que chacun a.

    Il appelait le second élément majeur actualité, prenant le mot dans son sens le plus littéral et le plus brut. La « preuve » de l’existence en général et en particulier se trouve dans le fait que nous sommes forcés de réagir et que les choses réagissent sur nous en retour de notre réaction à elles. C’est l’élément non intellectuel, non rationnel de notre expérience. Il ne peut pas être expliqué, encore moins justifié. Simplement il est ; nous ne pouvons pas le laisser car nous devons le saisir. Il ne peut même pas être décrit en ses propres termes ; il peut seulement être expériencé et ensuite être désigné à d’autres (qui subissent les mêmes interactions brutes) au moyen de mots démonstratifs comme ceci, cela, maintenant, ici, et des noms de couleurs, de sons, etc. Nos sensations ne sont pas une connaissance ni une source de connaissance, elles sont.

    S’il n’y avait aucun autre élément dans l’expérience, alors la pensée et la connaissance seraient impossibles. Mais il y a un troisième élément, car chaque expérience comporte un élément d’attente, de prédiction virtuelle. Chaque réaction brute a des conséquences qui sont anticipées comme des parties de l’expérience. Cet élément constitue la phase de continuité ; c’est l’élément rationnel qui rend possible la réflexion et c’est le socle de la connaissance, qui exprime toujours une généralité. C’est le travail de l’enquête de développer cet élément de prémonition du futur qui ne serait sans elle qu’une expérience des plus stupides. Comprendre la continuité de la chose expériencée avec les autres choses rend l’action subséquente plus intelligente et cette action crée en retour une plus grande continuité et une plus grande vraisemblance dans la nature. La science se manifeste dans les activités qui mettent les choses en lien plus étroit les unes avec les autres. C’est donc essentiellement une entreprise morale. Car le principe de base de la morale est l’identification croissante de l’individu avec tous les modes de pensées et d’actions qui rendent la communauté existante encore plus pleinement une communauté. De telles attitudes sont à l’opposée de celles avec lesquelles les individus se conforment simplement à ce qui est déjà pensé et fait dans une communauté. Peirce était vivant quand l’idée de l’évolution était à son acmé dans l’esprit de sa génération. Il l’appliqua partout. Mais pour lui, cela signifiait une croissance continue en termes d’interrelations que ce soit dans l’univers de la nature, de la science ou de la société, et qu’il appelait continuité. Bien que les conclusions de l’enquête ne soient validées que si elles sont reproduites par d’autres individus qui mènent les mêmes enquêtes expérimentales, l’existence de la communauté est impliquée dans toute connaissance. « Le principe social est enraciné intrinsèquement à la logique »- il n’y a pas de logique en dehors de lui. S’il y avait quelque chose comme un individualiste farouche, celui-ci n’aurait ni langage, ni pensée ni connaissance. D’où, soit dit en passant, l’importance fondamentale que Peirce accordait dans ses écrits logiques aux signes et aux symboles ainsi qu’à faire de toute logique une logique de relations.

    L’insistance sur la continuité toujours croissante ou la généralité sur les voies d’action et de disposition différencie le pragmatisme de Peirce de celui de James. Ce dernier avait raison d’attribuer sa doctrine pragmatique à Peirce dans la mesure où elle insiste sur les conséquences et l’inclusion de l’élément d’action qui sont concernés dans toute connaissance. En dehors de ces considérations, il y a deux différences de base entre elles. Peirce était plus un pragmatiste dans le sens littéral du mot, qui exprime l’action ou la pratique. Pour James, quelque action était indispensable pour garantir l’action : c’était une voie indispensable. Pour Peirce, les habitudes d’une action raisonnable ou les modes généraux d’action étaient la fin de toute connaissance. Le fait que la conséquence de la connaissance est générale marque l’autre différence. La connaissance tend à produire des moyens d’actions et ces moyens d’agir sont infiniment plus importants que n’importe quel résultat effectué par l’action.

    L’autre aspect important de la philosophie de Peirce était ce qu’il appelait le Probabilisme qu’il opposait à l’Infaillibilisme dans toutes ses innombrables formes. Dans son affirmation que chaque proposition scientifique n’est que probable, quel que soit ce en quoi elle est exacte en elle-même et la justesse du raisonnement produit pour l’atteindre, il a anticipé la conclusion à laquelle la science dans son développement propre (largement contre la volonté des scientifiques) a été depuis contrainte d’aboutir. Dans certains cas, même la proposition 2 et 2 font 4 n’est pas parfaitement certaine. L’apport de la doctrine du probabilisme, en accord avec la position pragmatique générale réside dans les attitudes générales et les moyens d’action qui découlent de son acceptation. Ces attitudes, comme toutes les attitudes, sont en fin de compte morales. Elles transcendent tout dogmatisme, toute condescendance, tout appel à l’autorité et aux premières vérités ultimes ; elles maintiennent vivace l’esprit du doute comme tout jaillissement du travail d’enquête continuellement renouvelé- qui est un travail et non un scepticisme argumenté. La science ne consiste pas en un quelconque corps de conclusions mais en un travail de recherche toujours renouvelée qui ne proclame ni ne permet jamais de finalité mais conduit à de toujours nouveaux efforts pour apprendre. L’unique et ultime justification de la science comme méthode d’enquête est que si elle persiste, elle se corrige d’elle-même et tend à se rapprocher toujours plus d’un accord stable et commun de croyances et d’idées. Parce que la science est une méthode d’apprentissage et non un corps fixé de vérités, elle est l’espoir du genre humain.

    A certains égards, cette idée prise pragmatiquement, c’est-à-dire en termes de conséquences qui résulteraient si elle était acceptée généralement dans l’action, est la plus révolutionnaires de toutes les idées possibles. Elle est bien plus révolutionnaire pour le futur des relations sociales que ne le sont les prescriptions qui reposent sur l’acceptation d’une doctrine rigide, même si cette doctrine est révolutionnaire quant aux conditions existantes. Cette idée est si loin d’être acceptée dans la pratique courante que dans presque tous les secteurs – parmi les adhérents des doctrines politiques et économiques « révolutionnaires » comme parmi ceux dont les croyances survivent des anciennes conceptions conservatives ecclésiastiques – qu’on considère qu’elle conduit à une perplexité et une confusion quasi complète plutôt que d’amener à un accord progressif et à la concorde. L’insécurité et la peur font que les gens adhèrent à un certain corps fixé de vérité sociale supposée être déjà établie scientifiquement. Le désaccord sur quelles sont les vérités fixées autoritairement qui doivent diriger l’action sociale provoque la confusion et la discorde qui sont les traits marquants de la vie sociale actuelle au sein des nations et entre elles.

    Je ne peux pas conclure ce simple aperçu de la contribution potentielle de Peirce à la pensée vivante sans remercier profondément les Drs Hartsborne et Weiss d’avoir édité les textes éparpillés de Peirce ainsi que l’Université de Harvard pour avoir rendu possible leurs travaux et la publication des résultats.

    Traduction de Laurence Fanjoux-Cohen (avec la collaboration de Michel Balat).

  • Stage de La Borde du 9 au 13 mai 2016

    Stage de La Borde du 9 au 13 mai 2016

    Le Collectif. Accueil de la dissociation schizophrénique et processus psychothérapique

    PUBLIC CONCERNÉ

    Toutes les personnes travaillant avec des malades ou en formation.

    MOYENS PÉDAGOGIQUES

    Notre méthode pédagogique est une méthode interactive sollicitant la participation maximale des participants à la formation et faisant appel à leur expérience et leur vécu. Les moyens pédagogiques font alterner repérages théoriques et/ou méthodologiques, analyse de l’expérience, étude de cas, travaux de groupe et permettre ainsi une réflexion à la fois personnelle et collective avec les réalités professionnelles.

    OBJECTIFS

    – situer les problèmes collectifs concrets
     reprendre des techniques de psychothérapie collective
     Appréhender les différents concepts de base (transfert multi-référentiel,..).

    RESPONSABLE PÉDAGOGIQUE

    Docteur Michel LECARPENTIER et l’Association Culturelle de la Clinique de la Borde.

    ORGANISATION DU STAGE

    Date : du 9 au 13 mai 2016

    Horaire : 9h-13h et 14h-17h (35h)

    Lieu : Clinique de la Borde 120 route de Tour en Sologne 41700 Cour Cheverny

    Tél : 02 54 79 77 70

    E-mail : assoc.culturelle@cliniquedelaborde.com

    Coût : 710 euros TTC incluant 5 repas de midi (10 euros le repas soit 50 euros). Le repas du jeudi soir est offert par l’Association Culturelle sous réserve de s’inscrire dès le début du stage.

    L’hébergement et les frais de déplacements ne sont pas compris.

    HÉBERGEMENT

    Office du tourisme de Blois

    02 54 57 00 41

    Www.tourismeloir-et-cher.com

    Quelques adresses :

    La Bonneheure, Bracieux

    02 54 46 41 57

    Le Saint Florent, Mont près Chambord

    02 54 70 81 00

    Hôtel du Château, Tour en Sologne

    02 54 46 50 20

    Anne et Bertrand Château, Cour Cheverny

    02 54 79 98 26 ou 06 72 52 49 67

    DE PARIS PAR LE TRAIN

    L’accès le plus commode au départ de Paris est le train : à la gare d’Austerlitz, prendre direction Tours et descendre à Blois puis :

    Soit un taxi pour vous rendre à la clinique (≈ 25€)

    Soit la « chauffe » (navette entre la gare de Blois – la clinique)

    Inscrivez-vous une semaine avant le stage en téléphonant au 02 54 79 77 77 et en demandant le poste 7743.

    Attention : le chauffeur n’est pas autorisé à emmener les personnes sur un autre trajet.

    EN VOITURE

    La Clinique est située à 15 km au sud de Blois : direction Vierzon, Romorantin-Lanthenay

    Traverser la forêt de Russy.

    À 5.5km, au lieu-dit « Clénord », prendre à gauche, après le pont, direction : Tour en Sologne.

    La Clinique est située à 3km après ce croisement et est annoncée par un « H » sur votre droite.

    ASSOCIATION CULTURELLE

    Clinique de la Borde

    120 route de Tour en Sologne

    41700 COUR CHEVERNY

    Tél : 02 54 79 77 70

    Fax : 02 54 79 77 96

    Adresse mail : assoc.culturelle@cliniquedelaborde.com

    Adresse du site :

    www.associationculturelledelaborde.org

    Le Collectif

    Accueil de la dissociation schizophrénique

    et processus psychothérapique

    du 9 au 13 mai 2016

    Le stage est élaboré par l’Association Culturelle de la Clinique de la Borde

    en partenariat avec les Ceméa

    Habilitation DPC Ceméa : 5089

    Le Collectif

    Accueil de la dissociation schizophrénique

    et processus psychothérapique

    Le Collectif… difficile de le définir. Il y a toute une année des séminaires de Jean Oury à Ste Anne. En résumé, il dit que le Collectif est une « machine abstraite ». Ce n’est pas la collectivité, ce n’est pas le personnel, ni les patients. Ce n’est pas un groupe, même si tous ces facteurs participent à cette machine abstraite. Une institution doit toujours être en mouvement, c’est ainsi que l’on peut définir la « machine abstraite » qui est partout, mais insaisissable. Le Collectif ne s’attrape pas comme un objet. Avec le « progrès » de doctrines comme le cognitivisme et le comportementalisme, tout se fige.

    Il faut d’abord soigner l’hôpital disent F. Tosquelles et J. Oury. C’est-à-dire mettre en question la hiérarchie statutaire, faire ce que ces psychiatres ont mis en parole et en acte. C’est ce que J. Oury appelait « l’asepsie ». « On ne fait pas une opération chirurgicale sur un tas de fumier », et sans cette asepsie, la « machine abstraite » ne pourrait pas fonctionner.

    Sans cet effort pour soigner l’hôpital, il ne saurait y avoir de Collectif, machine toujours remuante, et qui lutte contre la « maladie mortelle » qui forme des clans, des « nous » contre les « eux » et garde une structure pyramidale qui étouffe toute possibilité d’initiative. Il faut se rappeler que les patients ne choisissent pas leurs transferts selon une hiérarchie des statuts.

    Comment soigner la maladie de l’établissement ? Le cloisonnement ? La pyramide hiérarchique, qui fige chacun dans son rôle propre, sa conduite obéissant aux protocoles trop souvent réduits à leur dimension de contrainte sécuritaire, fermés au paysage intime de la personne malade ?

    L’événement de l’hospitalisation est souvent vécu comme une privation de liberté qui redouble les effets psychiques déstructurants et déstabilisants d’une maladie qui confronte déjà la personne à une catastrophe existentielle. Il importe de l’accueillir, d’entrer en contact avec elle et de lui procurer les conditions concrètes d’un cheminement personnel et d’un processus thérapeutique qui regagne du terrain sur la pathologie. La Constellation transférentielle (Tosquelles) de ceux qui comptent peut soutenir la continuité existentielle mise à l’épreuve par les discontinuités vécues de la vie.

    Une analyse institutionnelle permanente des altérations de l’ambiance est indispensable pour que la logique économique managériale de l’établissement ne provoque pas d’effets psychiques iatrogènes, réactionnels ou pathoplas-tiques qui majorent les symptômes de la maladie ou en ajoutent : agitation, violence, gâtisme, passivité, syndrome de glissement…

    Facteur d’asepsie pour l’ambiance, le club thérapeutique intra et extra-hospitalier soigne ces maladies de l’établissement et procure, aux patients comme au personnel, un espace d’inscription et une loi d’échanges, en prise sur les logiques permettant une restructuration psychique, et ouvert aux potentialités thérapeutiques de chacun, au transfert, à l’interprétation, aux greffes de fantasme et aux reprises d’existence redonnant du sens à la vie.

    Le club est l’outil principal de la création ex nihilo d’un champ de praxis ouvert à une histoire partagée. Il accueille les émergences du désir de chacun dans un processus thérapeutique généralisé propice au traitement des psychoses, ce qui est la visée-même du « Collectif ».

    Danielle ROULOT et Michel LECARPENTIER

    Bulletin d’inscription

    Stage du 9 au 13 mai 2016

    Nom :

    Prénom :

    Etablissement :

    Fonction :

    Adresse personnelle :

    Tél :

    Signature :

    ATTESTATION DE PRISE EN CHARGE

    Je soussigné,

    Agissant en qualité de

    m’engage à prendre en charge les frais de cette inscription.

    A le _________________

    Signature et Cachet

    A renvoyer avant le 21 avril 2016

    (Par courrier postal, par fax ou par mail)

  • 30EME JOURNEE NATIONALE DE PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE Le 12 MARS 2016 à LANDERNEAU ( 29800)

    30EME JOURNEE NATIONALE DE PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE Le 12 MARS 2016 à LANDERNEAU ( 29800)

    HISTOIRES DE VIE QUOTIDIENNE : QU’EST-CE QUI FAIT EVENEMENT ?

  • Carcassonne, RENCONTRE Samedi 28 novembre 2015 à 15h30

    Carcassonne, RENCONTRE Samedi 28 novembre 2015 à 15h30

    Les Méditerranées Autour de l’oeuvre de François TOSQUELLES

    PDF – 1.3 Mo(PDF)

    RENCONTRE

    Samedi 28 novembre 2015 à 15h30

    Les Méditerranées

    Autour de l’oeuvre de François TOSQUELLES

    avec la participation de :

    Jacques TOSQUELLAS, Michel TOSQUELLES,

    Antoine VIADER, Patrice HORTONEDA, Gaëlle BALAT,

    Joan JORDÁ (peintre), Jean-Pierre BAROU (écrivain-éditeur)

    Coordination : Yannick GAYRAUD et René PINIÈS

    Centre Joë Bousquet et son Temps

    Maison des Mémoires – Maison Joë Bousquet

    53, rue de Verdun – 11000 Carcassonne

    Tél./ Fax : 04 68 72 50 83

    Courriel : centrejoebousquet@wanadoo.fr

  • Journée avec Pierre Delion le 7 novembre 2015 à L’Ecoute du port, Canet en Roussillon

    Journée avec Pierre Delion le 7 novembre 2015 à L’Ecoute du port, Canet en Roussillon

  • Passage du cinéma, 10-15 septembre 2015 au Gran Lux, St Etienne

    Passage du cinéma, 10-15 septembre 2015 au Gran Lux, St Etienne

    En septembre, PASSAGE DU CINÉMA, 4992 – le livre, fête ses deux années d’existence.

    La fête se déroulera à Saint-Étienne, au Gran Lux, à l’occasion de la programmation cinématographique RABBIA ECCETERA autour de la figure de Pasolini et de la notion de fragment (10-15 septembre 2015).

    Pour la première fois sera présenté le projet d’ensemble des VERSIONS de Passage du cinéma, 4992. Une ouverture au possible, un champ de praxis où les interprétations successives portées par les différentes versions modulent en permanence la relation au livre Passage du cinéma, 4992, pièce maîtresse, certes, de ce projet, dans sa fonction d’embrayeur.

    Une VERSION EXPOSÉE conçue pour cette manifestation provoquera des résonances formelles, graphiques, structurelles, sonores, entre les quatre VERSIONS FILMÉES existantes et l’ouvrage de quelques « invités » : Pierre Bayle, Jean-Luc Godard, Alexandre Laumonier, Tanguy Viel.

    La VERSION FILMÉE 3 sera également projetée dans la salle du Gran Lux, le samedi 12 septembre à 17.00, suivie d’un temps de dialogue.

    S’il se passe des choses intéressantes pendant ces jours-là on en référera sur la page Facebook de l’éditeur (Ansedonia), en accès libre, tout public.

    Venez si vous passez par là. Et de toute façon, prévenez tout le monde !

  • Le lac de Peirce : une métaphore de la conscience

    Le lac de Peirce : une métaphore de la conscience

    Le lac de Peirce : une métaphore de la conscience

    Extrait du Tome VII des Collected Papers of Charles Sanders Peirce

    Traduction de Laurence Fanjoux-Cohen et Thomas Chevrier

    7.553. Pour une fois, nous allons choquer les psychologues physiologistes en tentant non pas une hypothèse sur le cerveau mais en faisant la description d’une image qui correspondra point par point aux différentes caractéristiques du phénomène de conscience. La conscience est comme un lac sans fond dans lequel les idées sont suspendues à différentes profondeurs. En effet, ces idées constituent en elles-mêmes le milieu propre de la conscience. Les percepts seuls restent à la surface de ce milieu. Nous devons imaginer qu’il pleut continuellement sur le lac et que cette pluie ressemble au flux ininterrompu de nos perceptions. Toutes les idées autres que les percepts sont à plus ou moins grande profondeur et nous pouvons supposer qu’il existe une force de gravitation telle que plus les idées sont profondes plus le travail pour les amener à la surface sera important. Ce travail virtuel, que les mathématiciens appellent « les potentiels » de particules est le négatif de « l’énergie potentielle «  ; et l’énergie potentielle est la représentation du degré de vivacité de l’idée. Nous pourrions aussi bien dire que le potentiel, ou la profondeur, représente la qualité de concentration nécessaire pour distinguer l’idée à cette profondeur. Et on ne doit pas penser qu’une idée doit être réellement amenée à la surface de la conscience pour être discernée. L’amener à la surface de la conscience reviendrait à produire une hallucination. Non seulement toutes les idées ont tendance à graviter vers le néant, mais on peut imaginer que nombre d’idées réagissent les unes avec les autres selon des attractions sélectives. Cela illustre les associations entre les idées qui tendent à les agglomérer en idées uniques. De même que notre idée de distance spatiale consiste dans le temps qu’il faudrait, avec un effort donné, pour passer d’un objet à un autre, de même la distance entre les idées est mesurée par le temps qu’il faudrait pour les combiner. Ainsi si l’on cherche le terme français pour shark ou linchpin, le temps nécessaire pour retrouver le mot oublié dépend de la force d’association entre les idées des mots anglais et français et de circonstances qui naissent de l’écart entre les deux mots. Ceci, je dois l’avouer, est excessivement vague ; aussi vague que le serait notre notion de distance spatiale si nous vivions au sein de l’océan et étions démunis de quoi que ce soit de rigide pour prendre des mesures, étant nous-mêmes de simples portions de fluides.

    7.554. La conscience est plutôt comme un lac sans fond dans lequel les idées sont suspendues à différentes profondeurs. Les percepts seuls restent à la surface de ce milieu. La signification de cette métaphore est que les idées qui sont les plus profondes ne sont discernables que par un grand effort et maitrisables par un encore plus grand effort. Ces idées en suspens au sein de la conscience ou plutôt constituant elles-mêmes le fluide sont attirées les unes les autres par des habitudes et des dispositions associatives, -ces premières en association par contiguïté, ces dernières en association par ressemblance. Une idée qui est près de la surface n’attirera une idée qui est très en profondeur que dans les rares cas où l’action s’exercera suffisamment longtemps pour que cette dernière soit amenée à un niveau de discernement aisé. Dans le même temps, la première s’enfonce dans une conscience imprécise. Il semble qu’il y ait un facteur comme une force d’entraînement qui fait que l’idée qui était originellement imprécise devienne plus vivace que celle qui l’a attirée. De plus, l’esprit n’a qu’une surface limitée à chaque niveau ; dès lors faire remonter une masse d’idées implique inévitablement en faire descendre d’autres. Un autre facteur encore semble être une sorte d’agglomération ou d’association avec toute idée vivante, comme c’est le cas pour ces idées que nous nommons des buts. Selon ce principe, ces idées visant un but déterminé auront particulièrement tendance à émerger et à être retenues à la surface par le flux des perceptions entrantes et à retenir ainsi avec elles toutes les idées qui leur seraient associées. Le contrôle que nous exerçons dans le raisonnement de nos pensées consiste à vouloir maintenir à la surface certaines pensées où elles peuvent être examinées attentivement. Les niveaux des idées facilement maitrisées sont ceux qui sont si près de la surface qu’ils sont fortement affectés par nos buts immédiats. Cette métaphore est vraiment pertinente.

  • Une journée avec… les équipes de la Rose Verte et de la Maison-Lune. 6 juin 2015. Complet.

    Une journée avec… les équipes de la Rose Verte et de la Maison-Lune. 6 juin 2015. Complet.

    Une journée avec…

    les équipes de la Rose Verte et de la Maison-Lune.

    6 juin 2015

    Matin.

    Michel Balat — Je propose que les invités viennent ici, en groupe… pour montrer que ce sont des équipes quand même. Il faut bien que ça se voie… même les retraités, même les ex [brouhaha]… du coup, ça vide la salle [rires]… Vous avez donc, ici rassemblées, une partie des équipes de la Rose Verte et de la Maison-Lune, toutes les deux inspirées par Marie Allione. Ils nous ont présenté, hier, le film extraordinaire qui a été fait sur la Rose Verte, autour duquel a eu lieu une discussion et, aujourd’hui, on va leur demander de nous présenter leur travail, comme ils l’entendent. C’est un travail extrêmement construit, très précis, comme on a pu le voir hier soir […] Je vais donner la parole à Marie…

    Marie Allione — J’ai dit à Michel qu’aujourd’hui, j’étais une pièce rapportée, puisque je les ai quittés et que j’ai passé la main à Catherine Angot qui n’a pu être là aujourd’hui. Je crois que la question de la transmission est importante, dans nos services de pédopsychiatrie, de ce que nous recevons de nos maîtres. Le contexte est cependant un peu rude et nous travaillons dans des conditions hostiles. Michel Roussan, qui est dans la salle, m’a envoyé deux pages de questions et je ne sais pas si vous voulez qu’on parte de cela ou si vous voulez qu’on parle de choses plus théoriques…

    M. Balat — Est-ce qu’on pourrait avoir un point de vue descriptif du type de travail ? D’abord en commençant, à gauche, par la Maison-Lune et, ensuite, les trois Verte…

    Présentation de la Maison-Lune.

  • Colloque des 39 au Sénat le 09 septembre de 13h30 à 18h00.

    Colloque des 39 au Sénat le 09 septembre de 13h30 à 18h00.

    Colloque des 39 au Sénat

    le 09 septembre de 13h30 à 18h00.

    Dans le cadre de l’examen du projet de modernisation de la loi de santé par le Sénat en septembre, projet adopté en première lecture à l’assemblée nationale et après l’audition du 06 juillet au Sénat d’une délégation composée de membres des 39, du Fil Conducteur et de patients, ainsi que des actions et contributions auprès des commissions parlementaires depuis le meeting du 01 novembre 2014,

    le collectif des 39 organise et anime un colloque le 09 septembre après-midi au Sénat, colloque parrainé par Aline Archimbaud, sénatrice du groupe écologiste, afin de présenter les arguments critiques dans cette loi relatifs à la psychiatrie, au médico-social, à la prise en compte des patients et faire part de propositions pour continuer à défendre une hospitalité pour la folie auprès des parlementaires et des journalistes qui répondront à notre invitation.

    Dans ce qui se dessine l’hospitalité pour la folie n’est plus de mise, la souffrance humaine est niée. C’est la dignité de chacun qui est bafouée et la démocratie touchée et amoindrie une fois de plus.

    Ce projet de loi sous couvert de modernisation et de meilleure gestion a réussi à faire unité de désaccord à la fois des professionnels et de leurs organisations, ainsi que de bon nombre d’associations de patients lors des auditions préalables dans les mois précédents.

    Quand les réalités de travail des équipes se vivent au quotidien des postes non remplacés, des ateliers d’expressions culturelles qui sont fermés, des listes d’attente pour un premier rendez-vous possible souvent plusieurs mois après en pédopsychiatrie notamment, des contentions qui se multiplient (alors qu’elles sont dénoncées) dans les chambres d’isolement désormais renommées « chambre de soins intensifs » ;

    Ce projet de loi fait fi de l’histoire de la clinique psychiatrique, de ses acquis et de ses recherches et dénie la dimension du sujet dans l’expression de ses souffrances. La modernisation est au tempo de la biopsychiatrie, de l’éradication des symptômes et de la rentabilité économique.

    Le secteur du médico-social prend le même chemin et les réformes annoncées des métiers du social sont pensées et construites sur les mêmes approches.

    Ce colloque de quatre heures s’organisera autour de trois tables rondes

    Dont les thèmes ont été décidés lors de la réunion mensuelle du collectif du 04 juillet dernier. Chaque table ronde d’une heure trente environ permettra de présenter pendant quarante cinq minutes les éléments essentiels de nos propositions et d’échanger avec les parlementaires présents ainsi que les journalistes et les participants. Les thématiques des trois tables rondes retenues sont celles-ci :

     Pour l’hospitalité de la folie, non à la contention.

     La pédopsychiatrie (titre à préciser)

     Espaces citoyens pour les patients (clubs, associations…) (titre à préciser)

    Chaque table ronde est préparée par un petit groupe et l’organisation globale du colloque est assurée par quelques-uns d’entre nous.

    Si parmi vous qui lisez cette lettre, certains ont des contacts avec des parlementaires, députés ou sénateurs, n’hésitez pas à leur en parler et à nous communiquer leurs coordonnées à cette adresse (dodam22@orange.fr) avant le 31/08/15 si vous pensez que leur présence peut être importante. Déjà Denys Robiliard nous a confirmé sa présence.

    Pour plus de renseignements, le programme définitif de ce colloque sera consultable sur le site des 39 à la fin du mois d’août.

  • AMPI-Marseille les 9/10 octobre 2015

    AMPI-Marseille les 9/10 octobre 2015

    L’altérité

    DECLINAISON DE L’ALTERITE

    « LES MODALITES DE LA PRESENCE A L’AUTRE »

    Curieuse place que celle laissée à l’Autre dans notre société du 21ème siècle !

    Cause du « déclin national » quand il prend le visage de l’étranger, il est cause de tous nos malheurs dans la vie quotidienne, travail compris.

    Toujours l’Autre fautif.

    Comment sommes-nous passés de l’Altérité fondatrice du sujet de LEVINAS, du « Je est un Autre » de Arthur RIMBAUD…à cet autre forcément dangereux, hostile dont il faut se méfier.

    Mais alors qu’en est-il de l’Identité tributaire de l’Altérité et qui ne peut se développer que par rapport à Autrui ?

    Que devient la personne malade dans cette évolution de la perception de l’Autre ?

    Quelle place pour cet Autre dans un protocole où il n’a rien à dire ?

    Quelle place pour cet Autre attaché en « cellule d’isolement » re-baptisée pudiquement CSO, chambre de soins obligés ?

    Salutaire ouvrage donc que celui de P. COUPECHOUX, « Un homme comme vous », nous rappelant notre fondamentale fraternité en humanité avec le fou.

    L’humanité du fou disparaît dans l’objectivation moderne de la maladie mentale.

    L’humanité du soignant disparaît dans l’exécution robotisée de tâches prescrites et codifiées dans le rôle propre du statut.

    Mais l’humain résiste !

    Les outils du mouvement de psychothérapie institutionnelle sont là pour re-penser le souci de l’Autre, pour réhabiliter l’Altérité…

    L’Autre au centre du dispositif de soin permettra rencontre, dispute professionnelle, construction de l’hétérogène, création d’une équipe, voire d’un collectif… les conditions basiques des soins aux personnes malades.

    Venez donc nous rencontrer et vous disputer avec ces autres qui vous attendent avec plaisir à Marseille…

  • Pourquoi punissons-nous les criminels ? Charles S. Peirce, 4 Mai 1892

    Pourquoi punissons-nous les criminels ? Charles S. Peirce, 4 Mai 1892

    Traduction française : Laurence Fanjoux-Cohen et Sarah O’Neal

    Pourquoi punissons-nous les criminels ?


    Charles S. Peirce, 4 Mai 1892


    (Destiné à être publié par The Independant, mais refusé par le rédacteur en chef, cet article est signé : Outsider.)

    Traduction française : Laurence Fanjoux-Cohen et Sarah O’Neal

    Pourquoi punissons-nous les criminels ? J’ai posé cette question à beaucoup de gens compétents, et la réponse a été unanime : la sécurité de la société requiert que l’homme coupable d’un crime doit être empêché de mal agir à nouveau et que celui qui est sur le point de violer la loi en soit dissuadé par le spectacle de la punition des autres.


    Ce sont les raisons presque universellement données et je crois qu’aucune réponse plus puissante ne peut être trouvée. Mais si cela était suffisant, comment les lois existantes pourraient-elles être défendables ? Le principe conforme au décret « La vengeance m’appartient, je l’exercerai, dit le Seigneur », démontre que l’état n’a aucun droit de répandre sur la tête des criminels un courroux aveugle et sans but. En fait, il s’attribue tout pouvoir de punir les criminels pour leurs actes passés. Ce qu’ils ont fait n’est en lien avec la punition que comme indication de ce qui pourrait être fait dans le futur ; et les peines ne sont infligées que pour prévenir des crimes futurs. Y eût-il une seule autre façon de s’assurer qu’un homme soit sur le point de concevoir et exécuter un crime, cela fournirait précisément la raison même de l’enfermer ; même si la pensée du mal n’était pas encore entrée dans son esprit. En bref, dans cette manière d’envisager la punition, ce qui est infligé est justifié par la simple raison que la sécurité de la société l’exige.
De la même façon, lorsqu’une nation tremble pour son existence en raison d’une invasion étrangère, les soldats peuvent envahir un champ ami et le transformer en fortifications, détruisant ainsi le sol fertile. C’est un outrage ; mais il a pour justification d’avoir été dicté par une terreur mortelle. C’est précisément ce sur quoi la raison s’appuie pour mettre en place ce qui est appelé « punition ». Là est un criminel que vous devez aimer si vous êtes chrétien, et si vous ne promettez pas de l’aimer, le calice et l’hostie de la communion vous seront refusés, au péril mortel de votre âme. Vous êtes contraint pour votre propre sécurité et celle de vos voisins, de priver cet ami et ce frère de sa liberté — non pas toutefois et surtout pour la sauvegarde des vies, mais pour celle de la propriété —. N’êtes-vous pas alors dans l’obligation d’être particulièrement attentionné à son bien-être et son confort ? Si vous êtes chrétien, il y a là matière à sérieuse réflexion. Si vous êtes juif, vos obligations sont pratiquement les mêmes.


    Il faut bien admettre que la doctrine chrétienne de l’amour a été autant sous-estimée que ses maximes historiques ; cela non pas tant par quelque démarche de la science, car toutes les recherches des psychologues scientifiques défendent le maintien du principe de charité, mais simplement par le développement d’un esprit anti-chrétien au sein même de l’église. On voit cela par quelques petites indications comme la fréquente désignation actuelle d’un ecclésiastique comme « ministre de Dieu », alors qu’il était appelé usuellement serviteur de Dieu et ministre des hommes. On le voit lorsque la transmutation d’un ministre en agent de police, ou en bras armé trop zélé pour la police, reçoit l’approbation générale des pratiquants, dont la seule exigence serait qu’ils n’agissent pas comme agents provocateurs. Cette religion anti-chrétienne, cette déification politico-économique de l’égoïsme comme seul sentiment respectable autour duquel doivent tourner toutes les sérieuses affaires de la vie, finira par corrompre tous les liens de la société et par la laisser dans la même condition de désintégration que celle que les chrétiens ont trouvé à l’époque de Pétrone et Apulée.


    Mais même les dévots du Dollar Tout-Puissant verront que le traitement actuel des criminels est abject, — même dans leur conception de l’abject, à savoir non rentable. On a souvent entendu les économistes suggérer la peine de mort comme une bonne délivrance pour tous types de criminels, ce qui est une suggestion qui met à nu le cœur de l’abomination sanglante devant laquelle nous sommes tous appelés à nous mettre à genoux. Mais la réponse pertinente est que la communauté n’a pas encore été éduquée à un respect suffisant des droits de propriété pour admettre ce plan. Ainsi la présente méthode des sanctions judiciaires ne remplit certainement pas ce à quoi elle est destinée. Ainsi nous visons à prévenir le même homme de commettre à nouveau le même crime ; et malgré toutes ces féroces lois, bien des hommes sont condamnés vingt ou trente fois pour la répétition du même délit, sans parler de ceux qui ne sont même pas décelés. Maintenant, au delà des aspects dramatiques de ces faits qui ne sont pas de nature à impressionner l’homme d’aujourd’hui, les procédures légales nécessaires pour mener à bien ces condamnations répétitives coûtent DE L’ARGENT !! Le remède que les économistes et le divin dollar exigent est de punir plus durement, de rendre les prisons plus effrayantes, de tourmenter les âmes des pauvres diables, bref, de poursuivre des méthodes que tout dresseur d’animaux qualifierait des plus insensées pour un cheval ou un chien. La seule réaction qu’ils concèdent à ce fait est qu’il y a encore dans les jurys un certain nombre d’hommes old-fashioned au cœur tendre qui, nonobstant tous les serments du monde ne peuvent être amenés à emprisonner un homme lorsqu’ils pensent que la sentence serait trop cruelle ; et les prisons sont déjà assez cruelles et effrayantes pour que les jurés soient incités à les utiliser.


    Ensuite, considérons dans quelle mesure les punitions existantes agissent pour détourner les hommes du crime. Le criminel lui-même qui a un sens bien plus réaliste que tout autre des misères et des tortures de la prison n’est pas détourné le moins du monde par elles. Dans les 20 minutes qui suivent sa libération de prison, s’il en a l’occasion, il accomplira à nouveau l’ancien crime. Mais son châtiment, s’il ne peut lui servir à l’empêcher, empêchera encore moins les autres de son espèce. Les observations indiscutables du Professeur Lombroso concernant les criminels en Italie expliquent ce fait en montrant que cette classe d’hommes montre une sensibilité nettement anormale à la douleur. Les physiologistes ont établi les mêmes faits dans les autres pays. Il est curieux de voir une telle répugnance à admettre ces faits scientifiques par ceux qui sont engagés à défendre le présent système de peine. Jusqu’ici les emprisonnements fréquents d’un même homme pour des délits similaires suffisent à démontrer que de telles peines n’ont aucun effet dissuasif pour de tels hommes. En ce qui concerne ceux qui ne sont pas encore criminels, on ne peut nier que la perspective de la peine doit être, dans l’état existant des choses, un fort motif de s’abstenir de violer la loi ; toutefois il y a peu de doute que ce qu’ils craignent le plus est l’ignominie sociale. La peine judiciaire excite bien moins leur imagination, et se présente comme une simple privation de liberté. Les tortures de la prison ne sont pas connues de telles personnes, ou sont mises en doute. Et les choses inconnues ou mises en doute peuvent difficilement affecter leurs esprits. On peut encore dire que c’est une question d’opinion et de conjoncture ; que peut-être ces terreurs inconnues ont vraiment bien plus d’importance qu’on ne croit. Concédons cela comme simplement possible, quoiqu’improbable. Même si un système plus humain devait s’avérer, de façon inattendue, un peu moins dissuasif que l’actuel pour une petite classe de futurs criminels, il ne pourrait pas échouer à être presque tout à fait dissuasif pour les professionnels, et cela serait de loin plus important.


    « Mais alors, comment voulez vous que l’on punisse les criminels ? » peut-on me demander. La réponse est : reconnaissez les faits de la science, aussi désagréables soient-ils à votre cœur politico-économique assoiffé de sang. Reconnaissez le fait que le criminel est un homme à l’esprit malade. Et rejetez entièrement l’idée de punition. Premièrement, enfermez-le dans un asile et coupez-le des contacts maléfiques. Deuxièmement, faites de votre mieux pour adoucir ses susceptibilités, pour renforcer sa volonté, et pour élever son esprit. Troisièmement, rendez son sort aussi heureux que vous le pouvez. Quatrièmement, empêchez-le de propager son influence, et cinquièmement, gardez le confiné jusqu’à ce que vous soyez sûrs qu’il est guéri et qu’il serait sans danger de le laisser partir.


    « Mais comment devrions-nous traiter les criminels dans ces asiles ? Devons nous les dorloter dans le luxe ? » La réponse est : Traitez-les comme si vous les aimiez. Bien entendu, si vous êtes un économiste, vous ne les aimez pas et vous ne devez pas les aimer ; parce que vous croyez dans le divin pouvoir régénérateur de l’égoïsme universel. Alors traitez les criminels comme vous le feriez si vous les aimiez ; parce que, au bout du compte, c’est la méthode la moins chère. Une condition de leur bonheur est qu’ils puissent ressentir qu’ils gagnent leur vie. Par conséquent, sixièmement, ils devront apprendre qu’il n’y aura pas de reproduction ici, et peu de communication avec leurs amis et que les personnes qui auront préféré travailler dur dans ces conditions auront le droit d’y entrer. Alors, ils ne seraient pas relâchés avant d’être absolument et de façon définitive guéris de ce penchant anormal. Si de telles personnes s’avéraient être très nombreuses, les établissements deviendraient de grandes sources de revenus pour l’état. Mais tout ceci est imaginaire : les gens n’essayeraient pas plus d’entrer en de tels lieux, qu’ils n’essayent d’entrer actuellement dans les infâmes asiles.


    Et quel en serait le résultat ? Tout d’abord, la criminalité héréditaire disparaitrait immédiatement. Nul ne serait jamais condamné plus de deux fois, et très rarement plus d’une. Lors, un certain nombre, pas forcément négligeable de personnes, seraient récupérés et deviendraient membres précieux de la société. Pour des personnes commettant un crime pour la première fois, une telle punition serait pratiquement aussi dissuasive qu’actuellement ; peut-être même un peu plus, dans la mesure où la période de détention serait bien plus longue. La part essentielle de la punition de telles personnes, la part sociale, qui est la plus terrible et très excessive, ne serait pas directement affectée. Les jurys seraient plus disposés à prononcer la peine. Par conséquent, les appels seraient moins nombreux. Les crimes seraient bien en baisse, lorsque les voleurs professionnels seraient tous enfermés à double tour. Le montant payé aux personnes en lien avec les cours criminelles serait extrêmement réduit, et leurs intérêts seraient totalement opposés à un tel changement. Souvenez vous-en, lorsqu’ils exprimeront leurs opinions au sujet de cette proposition.


    Les frais des nouveaux établissements seront tout d’abord lourds ; mais plus tard, quand ils seront devenus en partie auto-financés, quand les familles des criminels auront été éradiquées et que le crime aura bien diminué, les dépenses ne pourront pas trop excéder celles des pénitenciers existants. Les bénéfices seront pris dans l’appareil de la justice.


    Les pertes des individus seront grandement réduites.


    Tous ces bénéfices proviendront de gens ayant laissé de côté leur rancœur néfaste et non-chrétienne, et qui ont reconnu la totale vérité de la science selon laquelle les gens qui commettent des crimes sont des esprits malades.

    (Extrait des Writings of C. S. Peirce N°8 pp. 341/344

  • Après la projection du film « Les enfants de la Rose Verte »

    Le vendredi 5 juin au cinéma Castillet, Perpignan

    Après la projection du film « Les enfants de la Rose Verte »

    Marie Allione et Jérémy Marmoret, dialogue avec le public

    Après la projection du film « Les enfants de la Rose Verte ».

    Pourquoi le film ?

    Marie Allione — On a fait ce film, essentiellement, pour quatre raisons. D’abord parce que, depuis une vingtaine d’années la pédopsychiatrie est très malmenée, parfois maltraitée, surtout dans ses aspects d’inspiration psychanalytique d’une part et, d’autre part, dans sa tradition psychopathologique. Malmenée par tout le monde et en particulier par certaines associations de parents extrémistes, alors que nous avions toujours entretenu, dans nos services, des relations de confiance avec les parents. D’ailleurs, c’est ce qui nous a poussés, avec Claude Allione, à interviewer des parents et qui a fait l’objet d’un livre qui s’appelle AUTISME. Donner la parole aux parents , publié peu avant de faire ce film.

    Il y a eu ensuite les recommandations de la Haute Autorité de la Santé, dont la plus grande partie est extrêmement intéressante mais qui nous ont donné un coup quand on a vu que le packing était formellement non recommandé et que la psychothérapie institutionnelle et la psychanalyse étaient non consensuelles. Les mots ayant un poids, « non consensuel » ne veut pas dire « non recommandé » mais on avait vite fait le saut pour voir ce qu’ils voulaient dire et dont on a maintenant la confirmation : une mise au pas militaire de toutes les institutions puisque, derrière ça, la troisième raison, c’est que la secrétaire d’Etat et aux handicapés, la ministre de la santé — qui n’est jamais venue au secours des professionnels de santé alors que, par exemple si, au travers d’un policier, le corps de la police est attaqué, le ministre de l’Intérieur vient le défendre —, la ministre de la Santé nous a laissés seuls. Du coup, nous nous soutenons de choses comme ça, de vous voir ce soir, de publier et de continuer nos recherches. Les recommandations de la HAS nous ont vraiment mis en difficulté, en particulier avec le packing qui est une technique d’enveloppement des enfants. On a censuré deux choses dans ce film : le packing, que nous pratiquons, et le terme de « psychose » qui est devenu un gros mot, tous les troubles des enfants ayant été regroupés dans ceux du spectre autistique, vaste champ qui va du plus au moins handicapé alors que nous autres, cliniciens, distinguons les modes de pensée, les modes d’organisation des mondes intérieurs des enfants autistes comme étant différents des modes d’organisation des enfants psychotiques. Il faudra cependant sûrement revenir là-dessus et redécomposer cette catégorie des troubles du spectre autistique qui est devenue un vaste fourre tout.

    La quatrième raison, c’est que tous les documentaires passés à la télévision vont dans le même sens en montrant des autistes dits Asperger, à savoir des autistes de haut niveau, qui accèdent à la parole, très performants dans certains domaines intellectuels mais absolument pas sur le plan affectif, du fait que c’est précisément le corps à corps affectueux qui pose problème à l’autiste. Tous ces documentaires allant dans le même sens, on s’est dit que ça ne correspondait pas aux autistes que nous voyions dans nos services et qu’il faudrait faire, un jour, quelque chose là-dessus, sachant que nous ne sommes pas des spécialistes de l’image.

    C’est alors que j’ai eu la chance de rencontrer Bernard Richard, cinéaste, qui a été professeur à l’école de cinéma, qui est documentariste et a fait plusieurs documentaires dont un, à l’occasion duquel j’ai eu l’occasion de le connaître, sur un service très renommé en son temps en Lozère, qui s’appelait Solstices , qui était un service de placement thérapeutique. Bernard Richard s’est beaucoup occupé d’un neveu autiste – raison pour laquelle il s’est intéressé à la question et qu’il est incollable sur le sujet – dont la mère était décédée. A cette occasion, il était allé voir Maud Mannoni dans l’espoir que son neveu soit pris en charge à Bonneuil mais ils l’ont renvoyé sur Solstices en Lozère où ce garçon a été accueilli sept ou huit ans. Quand Bernard Richard a su que Solstices allait fermer, il a voulu comprendre pourquoi et il en a fait un film. Quand je lui ai proposé de faire quelque chose sur la Rose Verte, il a été très intéressé, sur un plan militant, mais à condition de pouvoir faire ce qu’il voulait, sans censurer quoique ce soit. Nous avons malgré tout censuré le packing pour plusieurs raisons : d’abord parce que l’enfant qui était en packs à ce moment là n’a pas voulu être filmé, ce qui nous arrangeait bien, et ensuite parce que nous ne voulions pas donner de bâtons pour nous faire battre, ce film devant pouvoir être projeté sans être trop attaqué si l’on voulait faire passer un message et si l’on voulait aussi discuter avec les gens avec lesquels on aime bien discuter. En effet, maintenant, toutes ces équipes travaillent ensemble, à tel point que notre ami Pierre Delion parle de psychiatrie intégrative, du fait qu’on intègre dans nos pratiques un certain nombre de données qui nous viennent à la fois des neurosciences, des sciences cognitive, etc. Elles sont extrêmement utiles pour ces enfants, sans qu’il y ait lieu de mettre en doute ce que les parents disent sur le fait que certaines méthodes comportementales ont pu aider leurs enfants et les aider eux à progresser avec leurs enfants. La question est de savoir pourquoi il faudrait supprimer tout le reste. Cette rencontre avec Bernard Richard a donc emporté le morceau, il a simplement dit qu’on le laisse filmer ce qu’il avait envie de filmer. L’écriture du film est aussi de lui, même s’il a dit que, dans le montage, on l’avait aidé au scénario. On lui a dit deux ou trois petites choses mais il n’en a pas tenu compte.

    Au sujet du nom de la Rose Verte, il s’agit d’une condensation : on a donné ce nom au service, pour créer un peu de poésie et de dialectique entre l’hôpital et le lieu où l’on accueille ces enfants, du fait que les murs sont roses et les volets verts. Pour ce qui est de la mère qui s’est fait tatouer une rose verte sur l’avant bras, ça n’a rien de sensationnel : c’est simplement que cette maman s’était d’abord fait tatouer une rose rose à la naissance de son premier enfant, une fille et que, quand son fils Morgane est né, du fait de ses disfonctionnements, il l’a mise en panne sèche : elle n’avait jamais rien fait pour lui, en tout cas pas le même tatouage que pour sa fille. C’est au cours de la thérapie de cet enfant, quand il a commencé à être en lien avec elle — car il ne lui faisait pas signe quand il était bébé — qu’elle a dit, un jour, qu’elle allait demander à son mari de lui offrir de quoi faite un tatouage pour Morgane et que ce serait une rose verte. La rose existait donc déjà sur son bras, celle de sa fille. Ça n’a rien de plus sensationnel que de témoigner du travail d’ouverture de ces enfants et de la façon dont les mamans peuvent se remettre à rêver leur enfant quand il se met à être en lien avec elles alors qu’auparavant elles sèchent, du fait de la pathologie de l’enfant.

    Le référent.

    X. — Je suis grand-père d’un petit garçon autiste et j’ai reconnu des similitudes entre l’établissement où est notre petit-fils et le vôtre, notamment dans la difficulté à savoir quel est le référent de l’enfant. C’est peut-être évident pour les parents mais pas forcément pour les grands-parents qui sont confrontés à la confidentialité que doit le praticien vis à vis des parents et, parfois, à la barrière des parents.

    M. A. — Dans nos pratiques il arrive que nous recevions des grands-parents, souvent quand les parents nous le demandent mais, en général, on ne voit pas la famille élargie. On la connaît par le récit, par le discours, par ce que l’enfant ou les parents, qui restent les interlocuteurs principaux, veulent bien apporter. Il y a, bien sûr, différentes formes d’accueil des enfants dans les hôpitaux de jour des secteurs de pédopsychiatrie. Chez nous, il y a un soignant référent qui est désigné, qui s’engage dans une relation avec un enfant. Vous aurez néanmoins compris que l’ensemble de l’équipe porte tout ça et que l’enfant peut côtoyer presque tout le monde, dans les temps interstitiels ou dans les ateliers où il rencontre d’autres personnes que son référent. Le référent est le dépositaire de la trajectoire thérapeutique de l’enfant, c’est celui qui aura tout le temps l’enfant dans sa tête, qui va le porter dans sa tête, qui sera l’interlocuteur des parents, de tous les partenaires extérieurs et qui sera aussi moteur du soin en y engageant quelque chose qui fera que ses idées, ses réflexions, ses sentiments, ce qu’il éprouve, sera mis au travail. C’est cela, le référent, ça engage la personne et ce n’est pas quelque chose de formel. On peut savoir qui c’est. Dans les services de pédopsychiatrie, en général, il y a quelqu’un qui occupe cette fonction. Ça peut parfois changer quand la personne s’en va mais quand on a un enfant en soi qui présente ce type de pathologie, comme disait Roger Misès, « il faut une tranche de vie pour le soigner », donc il faut que les soignants soient là dans la longue durée. D’ailleurs je suppose que si vous utilisez le mot « référent » c’est que c’est quelque chose qui vous parle.

    La Rose Verte structure « autiste » ?

    X. — En tant que parent d’un jeune adulte autiste, j’ai connu des hôpitaux de jour il y a quelques années en arrière et, en regardant ce film, je me suis aperçu que c’est une structure qui est toujours complètement autiste : il n’y a aucun contact avec l’extérieur. Par exemple l’atelier conte ne se fait pas dans une médiathèque et tout est fait à l’intérieur de la structure, il n’y a rien qui ressort. Les parents sont complètement étrangers, on en parle très peu. Certes ils donnent leur ressenti et font un bref historique de leur enfant mais ils ne participent ni au soin ni à la prise en charge. J’ai toujours ressenti cela, en tant que parent, et je m’aperçois qu’en quinze ans, ça n’a pas changé.

    M. A. — Votre remarque est extrêmement précieuse. Certes, dans notre service, on fait en sorte que ce ne soit pas comme ça mais je crois qu’on a beaucoup péché par rapport au fait que les parents se sont sentis tenus à l’écart de ce qui pouvait se passer dans les services de soins. Là-dessus, ils nous ont beaucoup appris et bousculés en demandant à être au cœur du dispositif de soins et à en être partenaires. D’autres choses nous ont beaucoup apporté par rapport à ça, en particulier ce qui nous vient des Etats Unis sur les méthodes Schopler et un certain nombre de techniques cognitivo-comportementales qui ont tout de suite associé les parents aux prises en charge des enfants. Ce n’est pas une tradition chez nous, les parents ne viennent pas dans les hôpitaux participer aux soins, et il y avait une culture qu’il fallait infléchir. Les parents nous ont beaucoup poussés à changer les choses et ce que vous avez dit était tout à fait juste il y a une dizaine d’années. Actuellement, je pense que c’est bien plus ouvert. Là, ça se voit moins parce que le réalisateur est resté dans la structure mais il y a des enfants qui, par exemple, vont dans des lieux de vie. Pourquoi l’atelier conte ne se fait pas dans une médiathèque ? Les conteurs du service vont parfois y faire des ateliers, mais pour d’autres enfants. On peut y intégrer un enfant autiste mais c’est une autre dynamique. Quand on est centré sur le soin et le cœur du travail soignant, c’est un peu comme un petit laboratoire où les enfants se livrent à leurs expériences : on est là pour les aider à les mettre en forme et en sens. Ça comporte un côté cocon, qui est moins négatif que ce que soulève votre remarque, qui est tout à fait judicieuse… mais je pense que vous en aviez d’autres à faire, ou d’autres reproches ?…

    Je crois que c’est parce que les parents nous ont reproché d’être des lieux fermés que les lieux ont essayé de s’ouvrir à l’extérieur. Je crois qu’il est important que les parents comprennent et saisissent ce qu’on fait et c’est ce à quoi un document comme ce film vise. Sinon, le travail qui s’y fait est invisible, même pour nous. Le fil rouge du travail, c’est la mise en forme, par la parole et le récit, de ce qui se passe avec les enfants.

    (…)

  • Rendez-vous le SAMEDI 17 OCTOBRE 2015 à Landerneau

    L’Association Culturelle du Personnel du Secteur 13 de Psychiatrie Générale du Finistère

    Rendez-vous le SAMEDI 17 OCTOBRE 2015 à Landerneau

    Jouer de nos conflits Une nécessité quotidienne pour un travail en équipe

  • Dialogue entre Marie Allione et Cosimo Santese

    Dialogue entre Marie Allione et Cosimo Santese

    A Propos des extraits du film de Bernard Richard : Les enfants de la Rose Verte

    Qu’en est-il de l’atmosphère institutionnelle ?

    Dialogue entre Marie Allione et Cosimo Santese

    Marie Allione

    Depuis que je fréquente ces lieux de soins, les hôpitaux de jour, j’ai retenu deux choses. La première est que le

    mode d’existence au monde des enfants autistes et des enfants psychotiques rend nécessaire cette question de

    l’institution, car leur prise en charge doit être diversifiée et intégrative. Leur vécu est clivé ou morcelé et ce qui

    caractérise leur façon d’être, c’est leur tendance à tout confondre pour faire en sorte que tout soit pareil, ou à tout

    cliver ou morceler. Et ils utilisent des mécanismes de défense, si bien décrit par Wilfred Bion et Mélanie Klein : l’attaque

    envieuse qui défait nos capacités de penser et notre plaisir à inventer et l’identification projective qui nous fait éprouver

    pour notre propre compte leurs affects insupportables mais aussi l’identification adhésive qui isole le soignant.

    C’est ensuite que les sentiments éprouvés par les soignants sont complexes et fonctionnent en miroir de

    l’enfant. Ce peut-être un sentiment d’intrusion, un sentiment de vidange, un sentiment d’incompétence, d’inanité et

    parfois un vertige, un malaise, du non sens.

    A partir de là, comment faire en sorte pour que le dispositif institutionnel puisse permettre aux soignants de

    penser le soin et de rester vivants et créatifs ? Comment faire pour que les soignants laissent la place à l’émergence de

    ces choses archaïques et à la vérité que l’enfant porte en lui ? Il faut sans doute cultiver une certaine ambiance et

    l’atmosphère institutionnelle aurait pour fonction essentielle de favoriser l’activité de penser. Si vous le permettez, voilà

    une histoire comme réponse possible à cette question. Elle illustre un style de travail institutionnel et met en lumière

    l’importance du travail de régulation.

    C’est un tout petit garçon autiste pour lequel un diagnostic de surdité est en suspens. Ce qui nous complique

    drôlement la tâche. Pour nous, le retrait du monde qui l’entoure nous paraît très actif. Marin va à la crèche et puis il vient

    à l’hôpital de jour pour ses soins. Sa soignante est notre orthophoniste et elle prendra le parti d’être avec Marin, sans ses

    habituels outils de spécialiste. Elle est là auprès de lui, elle se ballade avec lui, elle l’emmène dans les jardins publics, elle

    fait les magasins, elle joue, elle le suit ; et lorsque nous les croisons dans les couloirs, nous les voyons faire des acrobaties.

    Claire le porte, elle fait des porters comme les danseurs portent leur partenaire. Il y a du corps qui s’élance et qui

    tourne. On pourrait les voir danser. C’est Marin qui a transformé Claire en danseuse, et elle s’est laissé traverser par cela.

    Pour autant, c’est elle qui le porte et lui sert de centre de gravité.

    Cosimo Santese

    C’est vrai, je me souviens de cette histoire, et ce que tu viens de dire sur la place qu’occupe le centre de gravité pour

    ces deux-là est passionnant et très éclairant pour conceptualiser le type de travail clinique que nous faisons et une

    certaine forme d’institution dans laquelle ce travail est possible. Ton histoire me rappelle quelque chose que racontait

    Jean Oury dans son livre de dialogue avec Patrick Faugeras. Jean Oury rapporte une nouvelle écrite en 1811 par Heinrich

    Von Kleist et qui s’intitule Sur le théâtre de marionnettes. Il y raconte l’admiration que portait le danseur étoile de la ville

    au spectacle des marionnettes auquel il se rendait à chaque représentation. Un jour que le montreur de marionnette lui

    demandait les raisons de cette admiration le danseur répondit tristement qu’il ne pourrait jamais atteindre la perfection

    des mouvements que lui, le montreur, réussissait à donner à la marionnette en tenant dans sa main le noeud de tous les

    fils avec lequel il la faisait danser. On appelle ce noeud « l’âme » de la marionnette ou le « centre de gravité ». Jamais,

    disait le danseur, il ne pourrait atteindre cette virtuosité car il avait, lui, son centre de gravité à l’intérieur de son corps. Il y

    avait chez ce danseur comme le regret de manquer d’un autre entre les mains duquel il aurait senti comme une sécurité

    de base, l’assurant de pouvoir aller jusqu’au bout de sa créativité en se jouant, le temps qu’il faut, de la pesanteur.

    Comme Marin avec Claire, porté sans être aliéné. (…)

  • Sant Jordi 2015 à Bages avec Eddy Pons, dessinateur de presse

    Vernissage le 24/04 à 18h30, Casa Carrère

    Sant Jordi 2015 à Bages avec Eddy Pons, dessinateur de presse

    Conférence 25/04, 15h30 à la médiathèque

  • Le samsah La Racine de la rue d’Oran en danger

    Le samsah La Racine de la rue d’Oran en danger

    Lundi 26 janvier 2015

    L’article qui suit s’est soldé par un licenciement !!! Voir l’adresse suivante :

    http://blogs.mediapart.fr/edition/c…

    Lundi 26 janvier 2015.

    Le samsah La Racine de la rue d’Oran en danger.

    L’équipe du SAMSAH tient à témoigner et alerter sur les événements que nous sommes en train de vivre. Nous allons tenter de formaliser ce qui se passe et expliquer ensuite notre fonctionnement actuel que nous tenons à défendre.

    La direction nous annonce que l’équipe va déménager, elle va louer des locaux plus loin, mais dans le quartier. Le conseil général a donné son aval. Il s’agit notamment de rendre accessible les locaux aux personnes handicapées (ce qui n’est certes pas le cas actuellement).

    La Sauvegarde 13 ne louera donc plus de locaux au sein de l’immeuble où habitent les bénéficiaires. Dans une logique de partage du territoire, il est aussi question que ce SAMSAH prenne en suivi les personnes du 4eme arrondissement. Il serait aussi question d’arrêter de suivre les personnes résidant dans le 1er.

    La disparition de la salle commune, notre outil de travail principal pour créer de la rencontre et pouvoir accéder à l’intérieur des appartements sans être trop persécutant, et la fin de notre présence quotidienne, nous inquiète quant au devenir des locataires de cet immeuble. Avec l’expérience, nous pouvons témoigner que les moments d’absence de l’équipe (les weekends, les vacances, le manque de personnel…) ont des effets délétères et rapides sur l’état des locataires, les gens ne sortent plus de chez eux ou se font envahir, le risque de squat existe en raison de la vulnérabilité des personnes, l’immeuble l’a pu l’être dans les périodes où nous avons été absents, les intervenants divers (infirmiers libéraux, livreurs de repas, agent de ménage..) ne peuvent plus entrer pour assurer leur travail. Les locataires décompensent, ils sont pour certains en état d’incurie, en état d’agitation ou de repli, en rupture de soins.

    Tout aussi alarmant, la direction nous annonce que les prises en charge au long cours, sur plusieurs années, ne sont pas (plus) notre mission. Le décret d’application de la Loi 2005 prévoit pourtant cette accompagnement sur du très long terme. Il faudrait maintenant travailler avec des mesures MDPH courtes et non renouvelables, puis mettre fin à l’accompagnement. Nous savons bien que cela ne correspond pas au temps nécessaire pour les patients psychotiques, pour créer du lien et accepter notre présence auprès d’eux. La notion de handicap psychique est suffisamment floue pour permettre aux services médico-sociaux d’accompagner des publics très différents : personnes souffrant de maladie mentale sévère, personnes souffrant de déficience légère ou grave. Et nous voyons bien les différences qu’implique l’accompagnement de publics n’ayant pas du tout les mêmes besoins. La direction de La Sauvegarde 13 souhaite-t elle ne plus accompagner des personnes souffrant de pathologies psychotiques sévères ? Ce service renvoie les malades à l’hôpital psychiatrique et l’hôpital renvoie vers le médico-social. Nous tirons la sonnette d’alarme sur la prise en charge quotidienne de ces patients.

    (…)

  • Canet, le 21 janvier 2008

    Canet, le 21 janvier 2008

    Canet, le 21 janvier 2008

    Pourquoi on est nul en maths ? La question de l’écriture… encore !

    M. B. : Bon, nous sommes le 21 janvier 2008. On reprend. Oui, je disais donc qu’on va reprendre ce que j’avais dit la dernière fois parce que c’était peut-être un peu brouillon du fait que je n’arrivais pas à me concentrer à cause du mal de dents.

    O. F. : Aujourd’hui c’est une date historique.

    M. B. : Pardon ?

    O. F. : Aujourd’hui c’est une date historique.

    M. B. : Et pourquoi ?

    O. F. : Décapitation de Louis XVI.

    D. S. : Ça a un lien avec les dents.

    G. P. : L’arrachage des dents.

    O. F. : C’est la castration suprême là.

    M. B. : Comme quoi quand même il y a… Est-ce que c’est anodin de dire ça ?

    O. F. : Non, ben non, ça ne l’est pas !

    M. B. : D’autant que j’ai un peu grossi ces derniers temps, Louis XVI n’est pas loin ! (rires).

    G. P. : …

    M. B. : Oui, entre mon dentiste et Louis XVI, il y a des choses qui circulent comme ça, c’est étrange. Bon, cela étant dit, tout cela étant posé, les vœux de mort étant exprimés (rires) je peux continuer. Je disais que la dernière fois, ça partait un peu dans tous les sens, ça n’allait pas, et on va reprendre un petit peu toutes ces choses-là. J’aurais dû commencer par dire que la place de l’écriture n’est pas si facile à saisir. À un moment donné, dans l’humanité, l’écriture surgit. Son importance, celle du surgissement, est telle qu’on fait commencer l’histoire avec elle. On sait que dans les peuples qui ne disposent pas de l’écriture, la transmission orale permet de faire subsister les choses sur trois générations, pas plus, autrement dit toutes les trois générations un « effacement » se produit. Bon, mais est-ce que c’est vraiment effacé ?

    Public : …

    M. B. : Oui, sur le plan mémoriel c’est effacé, sauf peut-être certains événements tout à fait considérables qui, eux, vont rester du fait de leur non inscription dans la parole. Parce qu’après tout il n’y a pas de raison pour que ça ne fonctionne pas pour les peuples comme pour les individus, c’est à dire que ce qui n’a pas pu être inscrit va rester, et va traverser les générations : c’est ce que j’ai coutume d’appeler le « a-générationnel ». Je vous cite toujours un cas, qui n’est pas celui d’un peuple mais d’une personne, — il faut pas non plus identifier l’un à l’autre, mais enfin bon, au moins par analogie —, celui de cette dame qui connaissait sept générations, c’est-à-dire que se transmettait de génération en génération la mémoire de sept générations, en commençant par une précise, c’est-à-dire que la génération d’avant connaissait six générations, celle d’avant cinq, etc., alors, ça, c’est un symptôme. Parce que, interrogez-vous… les arrière-grands-parents ça commence à devenir très flou. Peut-être vous avez quelque chose de plus ancestral, à propos de faits mémorables, mais généralement, les arrière-grands-parents constituent l’horizon de la mémoire familiale de tout un chacun.

    Donc, il semble que l’arrivée de l’écriture permet d’instaurer une mémoire. On voit bien d’ailleurs que les légendes, qui se lisent, ne peuvent être instaurées qu’à partir d’une écriture ; avant ça, il y a peut-être des mythes, mais pas de légendes. Mais je laisse ça momentanément de côté. L’arrivée de l’écriture installe des choses tout à fait massives, extraordinairement importantes dans « l’histoire » de l’humanité. Il semble qu’on puisse fixer les écritures les plus anciennes entre le Nil, le Tigre et l’Euphrate, des régions qui ne sont guère éloignées les unes des autres. Quand on regarde la carte, eh bien, entre l’Irak, — la Mésopotamie — et l’Égypte, il n’y a pas loin.

    Il ne suffit pas de faire ces remarques élémentaires, mais de se demander ce qu’elles révèlent après coup. L’idée que je propage est la suivante : l’écriture révèle à un moment donné quelque chose qui aura été présent, et mis en avant, « phénoménologisé » si je puis dire, par elle. C’est-à-dire que l’écriture révèle ce qui était jusque là caché, et qui n’a pu être produit que par la grâce de ce qui vient de surgir. Lorsque l’écriture arrive, c’est avec une certaine logique interne, une logique qui avait la possibilité d’être, et on peut la mettre comme ce qui était déjà là comme possible. Ça révèle un possible.

    Alors est-ce que ceci est vrai de toute écriture ? C’est une question qui se pose. La dernière fois je vous faisais remarquer que, sans doute, l’élément qui devrait pouvoir nous permettre de dire qu’il y a une écriture au sens essentiel qu’on lui donne, c’est lorsqu’elle fonctionne comme un rébus. Par exemple, si je veux dire été je vois qu’il faut trois lettres. Pour autant il nous faut bien voir qu’au moins deux opérations subsistent dans un tel « mot », été. L’une pour laquelle, — et c’est le rébus proprement dit, — implique que les deux lettres en question, é et t, valent, respectivement pour les sons qu’elles indiquent conventionnellement — et en ce sens, ce sont des symboles, au sens de Peirce. Mais l’autre, c’est le pur arrangement par concaténation des deux lettres dont la seule raison d’être est leur distinctivité. Mais notons que cette distinctivité tient compte aussi des positions dans la chaîne concaténée : notez que les deux é ne se distinguent que par leur place. (Rébus, il y en a qui sont des latinistes là ? C’est dans la déclinaison de res, qui veut dire la chose, rebus veut dire les choses.) On sait que le A par exemple provient de la tête de bœuf, alors ça ça a un sens parce que a, aleph, ça doit vouloir dire bœuf, enfin il faut vérifier. Voyez, par exemple Ouaknin sur cette question. Le B est censé représenter la maison, beth, enfin je crois, etc. On passe à l’image, ce qu’on appelle les pictogrammes, qui représentent un son. Enfin je ne sais pas si on a raison d’appeler ça des pictogrammes…

    Dans l’écriture égyptienne comme vous le savez sans doute, on a un mixte de ça, puisque tantôt il faut prendre certains hiéroglyphes comme représentant la chose, l’objet, tantôt il faut le comprendre pour le nom de l’objet, et à ce moment-là on parle du phénomène du rébus qui tient pour le nom d’un autre objet, — qui n’a rien à voir avec les objets qui le composent. Cette écriture-là est ainsi hybride, d’une certaine façon, mais dès qu’elle devient cursive, le caractère hybride disparaît, puisqu’il n’y a plus la possibilité du dessin, du pictogramme. Mais voyez à quel point est ambigüe l’histoire des pictogrammes : quand les scribes égyptiens lisaient leurs écrits ou quand ils les fabriquaient, ils utilisaient toujours des « pictogrammes », mais dont certains n’avaient pas la fonction de représenter une image, mais un son, celui du mot que l’image était censée présenter. L’écriture est de l’ordre phonématique, et fait oublier l’origine des lettres au profit des phonèmes que les lettres viennent nous présenter, la succession des phonèmes nous permettant d’accéder à un mot. Ce n’est pas très compliqué. Oui ?

    J. M. : Est-ce que tu veux dire que le chinois n’est pas une écriture ?

    M. B. : Je pensais justement au chinois, parce que ça ne fonctionne pas tout à fait de la même façon. Non, c’est très complexe, parce que quand on prend un signe chinois, il est déjà composé de traits distinctifs. Si parmi vous certains pouvaient s’y intéresser et en parler au cours de cette année, ça me ravirait l’âme. Je réserve pour le moment les réponses sur le chinois. L’écriture comme écriture vient révéler ce qui, d’une certaine façon, est là, présent, latent. La question du latent consiste à considérer que quelque chose est là, — je pense que le mot vient de latus, lateris, le côté, — ce qui est mis de côté.

    Après l’écriture arrive presque en même temps toute la problématique de la numération. Pour pouvoir parler de numération authentique, il faut qu’elle puisse désigner n’importe quel nombre possible. Si on ne peut pas faire ça, on ne peut pas parler de numération. Je fais allusion ici à ce qu’on appelle les premiers systèmes de numération tels qu’on peut les observer dans des peuplades primitives (à la Lévy-Bruhl). Par exemple les papous du détroit de Torres, — évidemment vous allez me demander qui sont les papous du détroit de Torres ? Ce sont de des vieux copains, je les connais depuis longtemps, enfin je connais quelque chose d’eux. Le détroit de Torres, est entre la Nouvelle-Guinée et l’Australie. La Nouvelle-Guinée n’est pas loin d’être l’antipode de Canet-plage, c’est facile à retenir, bien que l’antipode de Canet soit un peu dans l’eau, mais enfin bon, ce n’est pas loin. Ils avaient une « numération » très intéressante. Ils comptaient avec le corps, avec les doigts ça allait, et puis le poignet, le coude, l’épaule, le menton, le nez, un œil, une oreille, l’autre oeil, l’autre oreille, et puis on va descendre de l’autre côté, etc., les genoux, les pieds, pas le sexe. J’avais fait tout un fromage là-dessus, sur le fait qu’il n’y avait pas le sexe. Mais j’ai souvent fait remarquer que ces papous-là ne comptaient pas. Ils énuméraient jusqu’à trente-trois. Il y a mieux ! Un type comme Bède le Vénérable avait fait une numération sur les mains, un truc inouï, on pouvait pratiquement compter, je crois, plus d’un million avec uniquement les mains, c’est très riche et distingué la main de Bède !

    L. F.-C. : Comment tu l’écris ?

    M. B. : B, è, d, e. On ne devrait appeler numération qu’un système logique de représentation de quelque nombre que ce soit. C’est là que je vous avais fait tout le laïus sur les numérations hybrides et les numérations de position ; je vous rappelle, la numération hybride c’est la numération comme la nôtre, orale. Quand on énonce des nombres, on le fait en numération hybride, mais quand on écrit, on écrit en numération de position. La numération hybride, on peut la qualifier de dualiste, fondamentalement ; la numération de position on peut la considérer comme triadique puisqu’elle impose la notion de position, précisément, et si elle impose cette notion, c’est qu’un chiffre, qui a une certaine valeur en lui-même, placé dans un succession de chiffre, a une valeur numérale qui dépend de la place qu’il occupe à l’intérieur de la succession. Si je prends 1515, par exemple, pour voir, vous avez deux 1 là, dont l’un vaut dix, et l’autre mille, et pourtant c’est le même 1.

    Il faut faire rentrer un peu de clinique là-dedans parce que ça risque vite de nous étouffer tout ça. Pour qu’un enfant puisse accéder à la numération de position, encore faut-il qu’il ait un corps, et que son corps soit repéré dans l’espace ; s’il n’a pas ce corps repéré et identifié dans l’espace, il ne peut pas accéder à la notion de position, il pourrait accéder à la numération additive, sans problème et sans difficulté. Jeudi nous avons parlé d’un gosse qui avait le syndrome de l’autiste génial.

    Public : D’Asperger.

    M. B. : D’Asperger, voilà, il était génial, mais il n’était pas repéré, et il calculait tout le temps, mais il arrivait à faire des choses tout à fait extraordinaires. Je me suis toujours appuyé sur cette différence entre les deux types de numération pour dire que, à partir de la caractéristique de dualisme pour la première numération et triadicité pour la deuxième, dans la mesure où la première était dualiste, on ne peut pas atteindre ce qu’on peut atteindre avec la triadicité, c’est-à-dire que la triade ne peut jamais être qu’un objectif limite là-dedans. Ça a des conséquences très concrètes, j’en ai déjà parlé ici, mais enfin je le reprends aujourd’hui, c’est qu’on voit là un mode d’écriture, à savoir le mode d’écriture de la numération hybride qui correspond en gros, aux idéogrammes, ce qu’on appelle les idéogrammes ou pictogrammes ; la numération de position je la ferais correspondre à l’écriture « rébusienne », parce qu’avec elle vous n’avez que dix symboles, — on peut même n’en avoir que deux— , et avec dix symboles on peut représenter tous les nombres possibles, de même que dans l’écriture avec vingt six lettres je ne sais jamais combien il y a de lettres dans l’alphabet… Combien il y en a au juste ?

    Public : Vingt-six.

    M. B. : Ah, vingt-six ! et ces vingt-six lettres de l’alphabet permettent d’écrire tout ce qu’on veut. Dans la numération hybride même, il y a des raccourcis. Essayez d’écrire mille millions de trois cent quatre-vingt huit mille cinq cent quatre-vingt treize sabords, de l’écrire avec des chiffres romains, eh bien, vous n’êtes pas arrivés ! Certes, les Romains avaient mis des barres sur le M pour signifier la « montée » en base. C’était quasiment multiplicatif. Pourtant non, une numération multiplicative aurait consisté à écrire CM pour 100 000. Or CM signifie 900 ! Les Grecs avaient le même problème, même s’ils avaient une numération un peu plus canulée que les romains, mais elle était hybride, ça n’allait pas. Conclusion, si on veut pouvoir écrire n’importe quel nombre avec une numération hybride il faut constamment créer des symboles, pour éviter de se retrouver à écrire, par exemple, un million de M pour indiquer un milliard ! Ce n’est pas possible, ça dépasse les limites de la lecture. Dans notre numération parlée nous avons ce type de problème, dix mille, cent mille, un million, on raccourcit en donnant un nom, dix millions, cent millions, un milliard, nouveau raccourci. Mais après… Certes, il y a les pico, les nano, d’un côté, les tera, les méga, les giga, etc., de l’autre, dans le désordre, bien des termes servent à exprimer des nombres très grands, ou très petits, mais nous sommes face à ce que j’appelle une hémorragie symbolique. J’ai toujours pensé que ça avait un rapport avec les néologismes, c’est-à-dire que, quand on est confronté à cette difficulté amenée par la numération hybride — la création continue de nouveaux symboles — ou dans tout équivalent que nous pourrions lui trouver, le même problème se posera à nouveau. Et, bien entendu, cet équivalent sera à trouver dans certaines fonctions de l’écriture.

    Nous l’avons montré pour la numération, puisqu’on sait qu’on parle numération hybride et donc on sait qu’on est limités dans nos expressions, on le sait, donc pas de problème. Est-ce que vous savez que les créateurs de la numération de position, enfin les vrais créateurs, c’est-à-dire ceux qui ont vraiment mis ça au point, vivaient au IVe siècle après Jésus Christ. C’est tardif, extraordinairement tardif, — c’était une époque où on ne pouvait pas dire zéro pour la naissance de Jésus Christ, parce que le zéro n’existait pas. À force de déconner je finis par me paumer ! Ce sont des gens qui l’ont inventé, ça ne s’est pas fait tout seul, un type s’est cassé la calebasse pour pouvoir arriver à trouver ça — comme l’écriture, c’est inventé par des gens, mais on ne connaît pas le nom du (ou des) bonhomme(s). En sanscrit, — je répète ce que j’ai lu —, ils énoncent les chiffres comme ils sont écrits dans la numération de position, par ex pour dire 123 ils disent 1, 2, 3 ou 3, 2, 1, je ne sais plus, mettons 3, 2, 1. Ça, c’est rationnel, c’est-à-dire qu’il y a un accord entre la langue, l’écrit, et le système de numération, c’est très intéressant. Alors que nous, francophones et autres, nous sommes en discordance dans l’expression orale avec l’expression écrite : quand vous lisez les chiffres dans la numération de position vous les lisez en hybride. À cette discordance vient s’ajouter la question des bases. Nous sommes habitués à penser en base 10, mais dans la numération orale interviennent des bases utilisées au cours de l’histoire. Par exemple, on peut repérer une ancienne base 60 dans la série rompue : …quarante, cinquante, soixante, soixante et dix ; le suivant, quatre-vingt, fait référence à une ancienne base 20 ; …quatorze, quinze, seize, dix-sept, laisse entendre au loin une ancienne base 6. La numération hybride orale est porteuse d’une histoire, celle de sa propre constitution et de ses avatars : elle déploie la richesse des créations humaines, celle des diverses bases. Jusqu’à la base 12 qui intervient dans un terme tel que « la grosse » : « une grosse d’œufs » signifiait il y a moins d’un siècle, 12 fois 12 œufs, soit ce qui succède à la « douzaine » comme base. Vous voyez là toute cette complexité autour de la numération, et encore est-ce plus simple que l’écriture.

    C’est plus simple, mais vous ça vous tracasse un peu parce que vous êtes moins habitués, non ? Enfin j’en sais rien ! Mais peut-être parmi vous certains n’ont pas aimé les mathématiques ? Il y a longtemps, j’ai fait l’hypothèse que c’était lié au CP, et particulièrement au moment où il faut admettre que « 1 » et « 1 », ça peut faire onze et pas nécessairement deux, que « 1 » peut « valoir » aussi bien 1 que 10, alors que c’est le même signe exactement qui gît sur le tableau. Il m’a semblé constater que le non accès à cette duplicité du « 1 » allait empêcher de distinguer ce qu’il est convenu d’appeler les « situations additives » (Paul a 3 pommes et Jacques 2, combien y a-t-il de pommes ?) des « situations multiplicative » (3 personnes ont chacune 2 pommes, combien y a-t-il de pommes ?). Répondre « 5 » aux deux questions est l’indice de la difficulté.

    Maintenant, — pour reprendre la question au niveau de l’écriture plus généralement — quand vous regardez un hiéroglyphe vous ne savez pas s’il faut le lire comme un objet, donc comme une icône, ou bien comme un son, c’est-à-dire un symbole à forte valeur indiciaire, — l’indice étant ici l’habitude d’associer un son, le mot énoncé, au signe en question, le symbole étant la convention sous-jacente « lire le son ». Nous rapprocherons cela de la situation précédente où le « 1 » est, soit une icône — comme le sont la plupart des signes mathématiques — au sens où le « trait vertical » image le « je compte 1 », soit un symbole, — lui aussi à composante indiciaire puisque le « 1 » est associé au « paquet » des dix traits verticaux de la base — puisqu’apparaît la convention de la position dans la concaténation, la mise en chaîne.

    Dans la concaténation, deux successifs sont convenus différer de par leurs positions respectives et distinctes. D’ailleurs, l’enfant aura parfois des difficultés pour passer à l’écriture faute d’avoir saisi la question de la concaténation si lui-même ne se situe pas distinctivement. Il faut qu’il puisse se différencier des « autres » pour pouvoir saisir qu’une position différente peut amener à des significations différentes, que ce n’est pas la même chose pour lui s’il est dans la famille ou à l’école. Mais en même temps, si l’enfant n’a pas l’idée du « même », il ne pourra pas avoir l’idée de la répétabilité du signe, du représentement, qu’il est. Cela pose la question de l’homme-signe dont on a déjà parlé. Un représentement, pour être représentement, doit être répétable (question du « même »). Mais en contexte, il est chaque fois un autre représentement au sens où il engage une autre sémiose, d’autres interprétants. Ça ne veut pas dire, bien entendu, que c’est le contexte qui est interprétant, loin s’en faut. Pour saisir autrement cette question, pensez à l’histoire de l’imbécile qui, dit-on, regarde le doigt quand on lui indique quelque chose du contexte. Les interprétants, qui sont ce qu’on pourrait appeler la signification du représentement, ne seront pas les mêmes suivant les différents contextes. Donc on ne peut pas dire « un représentement » comme on parlerait d’une étoile dans le ciel des idées, avec toute sa cohorte d’interprétants, sa voie lactée.

    F. C. : …une question, tu disais que la numération arrive au IVe siècle après Jésus-Christ, c’est-à-dire que tu fais une grande différence entre le comptage et la numération.

    M. B. : Oui, mais je préfère à « compter » le terme d’« énumérer », par exemple les indigènes du détroit de Torres énuméraient.

    F. C. : …et les première tablettes qu’on trouve, qui sont censées être des tablettes d’écriture, en fait c’est simplement un comptage des troupeaux qu’on enfermaient dans les billes.

    M. B. : Il y avait les billes à l’intérieur, mais la plupart du temps il y avait un signe pour indiquer le nombre de billes, c’est-à-dire qu’il y avait non seulement un système pour indiquer le nombre de billes, mais un signe pour indiquer ce que ça comptait.

    F. C. : …et là c’était pas un système symbolique déjà ?

    M. B. : Oui, c’est déjà symbolique, à très forte composante indiciaire ! On pouvait aller voir et compter directement. Il est probable que, dès cette époque, il y ait eu un système de numération ; mais, pour être clair, « énumérer » ne signifie pas nécessairement refus du symbole. C’était une convention pour les papous que d’énumérer sur leur corps.

    L’écriture surgit dans une dimension clairement interprétante, et je dis bien « dimension ». On a le sentiment que l’écriture est un signe en lui-même, un signe primaire, mais pas du tout : son surgissement en fait quelque chose d’interprétant. Par ailleurs vous pourriez dire, et vous auriez sans doute raison, que lorsque l’écriture se crée, elle devient typique. Mais si je voulais dire quelque chose par écrit à quelqu’un ici, je lui mettrais un mot et je lui ferais passer, et là, on ne pourrait pas dire que ce serait interprétant, mais un représentement. Ça ne doit pas nous troubler, évidemment, puisque tout interprétant est un représentement, enfin vous connaissez l’histoire, l’interprétant est un représentement du même objet que le représentement. Ça va ? d’accord ?

    Mais dès qu’on met de l’écriture, alors à ce moment-là se pose une question et peut-être de manière beaucoup plus claire qu’elle ne se posait pour la parole, même si pour la parole elle se posait parce qu’après tout des fois il fallait gueuler. Démosthène était obligé de prendre des cailloux pour pouvoir apprendre à parler parce qu’il devait gueuler dans le forum, — c’est assez grand le forum, —vous imaginez les Athéniens, enfin ceux qui avaient le droit de se réunir dans le forum, eh bien, il n’y avait pas de porte voix à l’époque, et il fallait avoir des voix qui portent. D’où l’histoire de Démosthène avec ses cailloux dans la bouche, et courant sur les collines d’Athènes, ça va, c’est pas loin, mais enfin, courant tout en déclamant des trucs. Je sais pas comment il n’a jamais avalé ses cailloux ! je me suis toujours posé cette question, parce qu’on connaît bien l’histoire, mais vous imaginez, si vous mettez des cailloux dans la bouche, vous pouvez vous étouffer, non ? Tu l’as déjà fait ça ?

    G. P. : Oui, il faut saliver quand tu cours…

    M. B. : Ah, il faut saliver quand tu cours… Tu l’as fait donc tu as l’expérience, qu’est-ce qu’il faut faire ? Enfant, je me disais : mais Démosthène risque de crever !

    G. P. : Non, quand on était gosses pour courir on utilisait un caillou.

    M. B. : Un caillou ?

    G. P. : Oui

    M. B. : Mais lui il mettait beaucoup de cailloux

    G. P. : Mais moi je croyais qu’il mettait des cailloux parce qu’il avait des défauts de prononciation.

    M. B. : Oui, c’est ça, c’était pour corriger ses défauts de prononciation mais en même temps c’est pour apprendre à élocuter comme il faut. Toi tu dis que non.

    G. P. : Non, tu peux courir avec un caillou dans la bouche.

    Public : Nous, dans les spectacles on mettait de l’eau dans la bouche, on chantait avec, on parlait, on bougeait, on chantait, puis on jouait.

    M. B. : Et l’eau restait…

    Public : Eh bien, au début c’est… mais après on arrive à maîtriser, on arrive à chanter avec.

    M. B. : C’est génial ça.

    Public : Ça demande de l’entraînement.

    M. B. : Ça demande de l’entraînement, bon, ça va, lui, côté entraînement il était pas gêné, je veux dire il faisait ça tout le temps, oui, puisqu’il était bègue, alors ça c’était un problème pour un orateur. Très bien, bon à savoir. Peut-être je dormirais un peu mieux cette nuit que les nuits habituelles.

    Donc bien sûr il y a toutes ces questions de la folie qui est du niveau de la psuké pour parler comme les Grecs, ; la psuké c’est le souffle, souffle froid, qu’il faut bien différencier de la phusis ? la physique, quoi, psychique, physique, c’est la voix, ça fout le camp.

    G. P. : Par rapport à ça, la voix qui fout le camp, la dernière fois, il y avait un enfant qui reprenait les comptines en avalant l’air, et il chantait en avalant, comme si les mots venaient et s’incorporaient…

    M. B. : C’est fou ça, comment il faisait ?

    G. P. : (borborygmes pour représenter l’enfant qui avale les mots) Comme si les mots…

    M. B. : Oui, c’est extraordinaire ça

    G. P. : On l’a tous fait, remarque

    M. B. : Oui, on s’est amusé, c’est vrai.

    G. P. : Mais quand tu le vois en face… il avalait les mots, il incorporait…

    Public : C’est le coup des Inuits qui chantent…

    M. B. : Ah, oui ?

    Public : … dans la bouche de l’autre, enfin ils font des improvisations comme ça, c’est assez…

    M. B. : Ah, dans la bouche de l’autre, je connaissais pas ça !

    Public : Ils se servent de la résonnance de l’autre comme ça, une espèce d’improvisation…

    M. B. : Eh oui, on doit pouvoir le faire puisque quand on s’amusait à taper sur les dents pour faire des variations, ou bien quand dans le truc de Françou là…

    Public : La guimbarde.

    M. B. : La guimbarde, oui. Donc il me semble qu’avec l’écriture on arrive devant quelque chose de nouveau c’est de pouvoir penser la matérialité, parce qu’on est dans la phusis, on n’est plus dans la psuké. Ça va ? On pense la matérialité, mais d’ailleurs à un point extraordinaire c’est que quand même je ne sais pas si vous vous êtes déjà demandé pourquoi ça s’appelait les hiéroglyphes, c’est quand même quelque chose ça : c’est une inscription pérenne, qui est d’une dimension sacrée, hiéros c’est le sacré ; alors là on peut dire que c’est une matière sacrée. La dimension matérielle du langage apparaît, — à mon sens, faut voir, il faudrait lire des trucs là-dessus, mais il me semble qu’on peut faire l’hypothèse, l’abduction —avec l’écriture. Ça doit avoir des conséquences absolument fabuleuses, en particulier des conséquences sur la parole.

    G. P. : Sur le corps

    M. B. : C’est ça, sur le corps, sur la parole donc sur le corps, puisqu’à ce moment là, la parole elle-même est en attente de matérialité, en appel de matérialité. Quelle est la dimension de matérialité de la parole ?

    C’est là qu’arrive l’idée suivante : il y a un niveau de l’écriture typique, mais d’un autre côté il y a l’écriture singulière. « Fonction paternelle et autorité parentale », si je peux dire ça c’est parce que c’est écrit là, et quand je le lis, même sans le lire, quoique, je tiens à vous rappeler que jusqu’au XIXe siècle les lectures se faisaient toujours à haute voix, toute lecture était déclamée, bon, à voix basse, mais elle était toujours déclamée, et le grand progrès du XIXe siècle a été de perdre cette déclamation de l’écriture. Les enfants, on le voit bien, quand ils apprennent à lire, sont obligés de mettre ça dans leur bouche, — il y a un certain rapport entre les yeux et la bouche, c’est un truc qui implique la musculature, — mais en même temps on peut dire que c’est totalement singulier ce qu’il y a là, et vous reconnaissez ainsi notre vieille amie la tessère, — enfin je peux prononcer le mot ! Alors la tessère d’écriture, qui est peut-être la première idée de tessère, — c’est-à-dire s’il n’y avait pas l’écriture on pourrait pas penser la tessère.

    F. C. : Pardon Michel, tu disais que la parole pouvait amener l’idée de la tessère ?

    M. B. : Non, je disais à partir de ce qu’il y a là, je disais « Fonction paternelle et autorité parentale », voilà, c’est une tessère, eh bien, par ailleurs cette tessère est la tessère d’un type, évidemment, puisque le mot « fonction » existe ailleurs, enfin il n’est pas singulier, « paternelle » itou, etc. Enfin bon, on voit bien que là on est devant le jeu type/tessère tout à fait classique que nous connaissons bien, et arrive alors cette idée qui est sans doute le reste, si je puis dire, de la dimension matérielle de l’écriture, c’est le fait du surgissement de l’écriture comme interprétant, c’est le fait que la tessère interprète le type, la position de base. Quand on y songe, on se dit « Mais bon Dieu… mais c’est bien sûr ! c’est comme ça que ça marche ! » Quand on vous dit « ah ! il a interprété Mozart comme personne ! » Mozart, oui, bon, on n’est même pas sûr qu’il soit là où l’on dit qu’il est, je crois, non ? Vous qui savez ça. Oui… on ne sait pas parce qu’on l’a foutu dans la fosse commune.

    Public : Il y a différentes versions.

    M. B. : Oui, il y a sans doute des versions, en tout cas ce n’est pas tout à fait sûr, bon, déjà sur son corps c’est foutu ; déjà lui-même quand on lui demandait « Mais enfin monsieur Mozart, — je ne sais pas si on l’appelait divin Mozart déjà, enfin au moins monsieur, — cette symphonie que vous venez d’écrire ou ce concerto ou cet opéra, ce morceau que vous venez d’écrire, comment ça s’est passé pour vous, qu’est-ce que vous aviez dans la tête, et là il répondait, Mozart, — j’en ai fait un fromage il y a quelques années, je vous avais bassiné avec ça, mais bon, donc là je ne fais qu’une allusion pour rappeler de mauvais souvenirs à ceux qui ont été bassinés, —« Ah ! mais elle était toute entière là ! », et comme je le crois parce que ce type n’avait pas de raison de dire des bêtises, je pense qu’il y a là l’origine même de la symphonie entière. Son écriture n’était pas liée à des logiques discursives, mais c’est très important ça, je trouve fantastique qu’il ait pu dire des trucs pareils. Je ne sais pas si tous les musiciens sont à ce niveau-là, mais enfin ça c’est assez remarquable. Cet exemple mérite réflexion et il a été un moment crucial dans l’élaboration du « concept » de musement.

    Ainsi l’interprète scriptural était l’interprète du type que Mozart avait « dans la tête ». D’ailleurs on voit bien que c’est un type ! Alors évidemment nous on va dire oui mais alors l’écriture c’est écrit. À une époque où je m’intéressais beaucoup aux chansons traditionnelles catalanes, je faisais des fouilles un peu partout. J’avais le droit d’aller à la bibliothèque de Perpignan, de rentrer dans des endroits où il n’y avait personne et de fouiller, particulièrement le legs de Carsalade Du Pont. C’était un type assez extraordinaire, un évêque. Là j’ai trouvé des partitions, entre autres, et je me souviens avoir été amené à consulter un des grands musicologues catalans de Barcelone, dont le nom évidemment m’échappe, donc je ne pourrai même pas lui rendre hommage, qui m’avait dit : « là il y a une faute », et, effectivement, quand on jouait le truc avec ce qu’il disait ça changeait tout, c’était équilibré. Ah, c’était fabuleux, cet homme l’avait vu tout de suite. Les transcripteurs faisaient parfois des conneries, comme nous quand on tape à la machine, on fait plein de fautes. Par ailleurs, il y a quelque chose que je pratique très souvent. J’ai, du catalan une connaissance purement orale, de la tradition familiale, des mots que j’entendais autour de moi, et Dieu sait si on parlait catalan chez moi, mais pas tout le temps, on parlait essentiellement français. Mais de temps en temps, surgissaient des expressions familières, des expressions toutes faites, dont je n’ai qu’une connaissance auditive. Puis, avec les années, elles se sont transformées avec la répétition et la mémoire qui fait son travail, les mots. Ce qui fait que parfois, quand j’énonce des expressions catalanes qui me viennent à des gens qui sont bien installés dans la langue, ils me disent : « mais c’est pas ça ! » Bien entendu, c’est eux qui ont raison. Il en est de même pour les chansons populaires, le scripteur a sa chanson, qui s’est transformée au contact de sa famille, etc. Rien de ce que je vous dis là n’est hors sujet, nous sommes dans le vif. Mais avec l’écriture, quelque chose se fixe, on donne une interprétation fixée du type qui était là. On voit bien qu’avec l’écriture quelque chose se fixe. Je ne dis pas que ça fixe la langue, loin s’en faut, il y avait une écriture de l’ancien français et Dieu sait si ça change. À ce propos, et par association d’idées, je vous recommande un livre, un roman absolument fabuleux, un roman de Pierre Pelot, qui s’appelle C’est ainsi que les hommes vivent , mais il faut avoir le temps, 1200 pages, un pavé comme ça, mais alors !

    Public : de quel auteur ?

    M. B. : Ah voilà la question qu’il ne fallait pas poser, déjà j’ai retenu le titre, bon, facile parce que « est-ce ainsi que les hommes vivent ? » C’est ainsi que les hommes vivent, il répond, mais il ne se pose pas la question. On y voit tout un tas de mots qu’il fait resurgir tout à coup du fond des âges et des provinces. J’y suis très sensible puisqu’avec le musement et tous ces machins-là, le représentement, je me suis amusé à faire ressortir justement des mots de l’ancien français. Je donne un exemple : « les parents avaient dû amourer leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ». Amourer, fabuleux ce truc, il ne dit pas tuer, on ne peut pas tuer ses enfants, enfin bon, je vous laisse avec cette phrase. Trêve de variations sur le thème de l’interprétant.

    On pose ici que l’écrit est un interprétant, un signe écrit cette fois-ci au sens de la scription. On peut distinguer scription et inscription, on peut dire qu’on inscrit un type mais on ne dit pas qu’on l’écrit, on fait l’inscription d’un type, mais on écrit une tessère : c’est une scription. C’est pour poser les choses dans un cadre logique repérable : scription côté interprétant, inscription côté scribe. Alors ce que j’appelle le scribe, évidemment, c’est celui qui inscrit. Et pour inscrire, il faut qu’il puisse écrire, et je vous rappelle que ce sont des choses latentes dans ce que je raconte depuis longtemps. Par exemple, quand je vous fais l’histoire de la pythie.

    Je résume brièvement, la pythie, comment ça se passe ? Delphes, l’oraculant, — l’oraculant c’est celui qui vient demander l’oracle, je lui donne ce nom, c’est comme l’analysant, pour m’amuser un peu, bon —, l’oraculant arrive auprès des herméneutes, — les herméneutes c’est la bande de filous qu’il y avait autour de la pythie, enfin de prêtres — qui le reçoivent. Ils lui disaient « de quoi tu veux causer ? » Il le disait et, dans un premier temps, les herméneutes expliquaient comment il fallait poser la question à la pythie, où il fallait se disposer, les mots à choisir, etc., bon. Arrivait le jour J. Lors de la lourdisation de Delphes, c’était tous les jours, la pythie faisait son apparition tous les jours, mais à une époque plus ancienne elle faisait ça une fois par mois ou à peu près. Il y a eu encore avant la Sybille, le rocher de la Sybille à Delphes ! Voici donc l’oraculant, la pythie, la fumée, elle mâchait du laurier, enfin bon, tout ça, elle était sous acide, la pythie, il pose sa question herméneutisée à la pythie, et l’autre folle se met à éructer des borborygmes comme ça, — elle cause pas, elle éructe, mais l’oraculant était averti, sinon il aurait foutu le camp, en disant quelle conne ! Il recueille les éructations de la pythie, puis il se retire dans l’Adyton, ça s’appelle, et là il cause avec les herméneutes. Les herméneutes fabriquent un distique ou un court bout rimé, qui est ce qu’a dit la pythie. On voit bien qu’il faut une écriture des éructations de la pythie et qu’il faut… Soit dit en passant, on s’est aperçu très rapidement que les herméneutes payaient des gens qui devaient se promener dans Delphes, on les appelait les proxènes, c’est pas pour rien, et ce qui les caractérisait, c’est qu’ils avaient de longues oreilles, qu’ils laissaient traîner dans Delphes, et quand il y avait quelqu’un de nouveau qui arrivait, ils venaient discuter, dans les cafés, dans les bistrots de Delphes, pour voir un peu de quoi il était question, se faisaient une petite idée de ce qu’il faudrait répondre à ce brave couillon. Vous voyez que c’est un peu plus compliqué, c’est-à-dire que tout était déjà préparé, les types étaient joués. Mais maintenons ce qui a pu être avant la lourdisation une écriture pythique. Le couple pythie-herméneutes est un couple indissociable, c’est le couple de l’écriture. Aux herméneutes le type, à la pythie les tessères, l’écriture, c’est comme ça qu’on peut dire les choses, et du coup, l’interprète sera évidemment l’oraculant, puisque c’est lui qui va interpréter le distique, de façon parfois dramatique puisque de temps en temps il se trompait.

    Hier je regardais un dvd que j’ai trouvé par miracle, ça faisait des années que j’avais envie de voir ce film, Œdipe-roi, de Pasolini. Je ne me souvenais pas à quel point c’était dépouillé cette histoire de Pasolini, c’est assez extraordinaire. Il y a au moins le passage par l’oracle d’Apollon, où on voit qu’Œdipe se fait avoir. Vous connaissez l’histoire… Il allait consulter l’oracle à Delphes, il était lui de Corinthe. Il part sur les routes, et arrive à l’oracle, qu’il consulte, il fait la queue, attend un bon moment, et va consulter la pythie, qui lui dit : tu vas tuer ton père et coucher avec ta mère. Lui, emmerdé comme pas deux, parce qu’il croit quand même ce qu’on lui dit, pense : « je ne peux plus retourner à Corinthe ». Il trace alors sa route au hasard, et finalement arrive à Thèbes, où il se passe ce que vous savez. Vous voyez l’interprétant, là, c’est très intéressant, la bonne femme disait « vrai » et puis les premiers interprétants de l’inscription pythique s’avéreront, certes, fautifs, mais en même temps, l’amèneront à réaliser la parole inscrite pour, finalement, se voir révéler l’interprétation « finale ».

    Public : J’ai entendu un truc qui m’a interpellé là par rapport à la question de l’écriture là, une interview de Michel Serres, et il disait que lui pour rentrer dans dans l’écrit, il avait eu besoin au départ de le faire pour une personne, jusqu’à ce que la chose devienne plus générale, mais ce que ça avait été vraiment un élément fondamental de l’entrée dans l’écriture.

    M. B. : Je crois que ce qu’il dit là n’est pas tout à fait généralisable, même si l’écriture s’adresse à quelqu’un d’un peu indistinct. Ça sert de vertèbre.

    À suivre…

  • Traduction en arabe dialectal (darija marocaine) du « Discours de la servitude volontaire » de La Boétie

    Traduction en arabe dialectal (darija marocaine) du « Discours de la servitude volontaire » de La Boétie

    par Hakima Berrada et Mostafa Naoui

    عبودية الناس

    راه الناس اللي بغاوها

    إتيان دو لابويسيه (كاتب فرنساوي من القرن 16)

    ترجمة : حكيمة برادة و مصطفى الناوي

    2001

    كَثْـرَةْ الحُكّـَامْ مَـا فِيْهَـا رْبَـــاحْ

    حَاكْــــــمْ وَاحْـــــدْ وُ سْدِّيْنَـــا

    و مَـــلِكْ وَاحْـــــدْ وُفَضِّيْــــــنَا

    هَاكَّا اخْطَبْ أوليس ف كتاب هوميروس، وْ ُلو كَانْ قَال كثرة الحكام ما فيها رباح وحبس لُو كَانْ جَابْهَا فْ الصوَابْ ؛ وَ لَكِنْ إِلا جَيْنَا لَلْحَقّْ كان عليه يقولْ بْالِّلي لَحْكَامْ دْيَالْ الجْمَاعة مَا يَمْكنش يكون فيه الرّْبَاحْ ما دَامْ لَحْكَامْ دْيَالْ الْفَرْدْ، غِيرْ كَا يرجع سيّدْ، قَسْوَة وْحْمَاقْ. عِوَضْ من هَاذْ الشِّي، عَكْسْ الآيهْ و قال : حاكْم واحد وسدينا ، و ملك واحد و فضينا .

    بِيناتْنَا أوليس يمكن لينا نعذروه، حيث استعمل هاذ الكلام باشْ يطفِي الفْتْنَة فْ وَسْطْ الجَيْشْ. و هَاكَّا، كَا يَظْهَرْ لي، مْلِّي مَا صَابْ كِي يدِيْر دَار كِي صَابْ ؛ وِيلاَ رْجْعْنَا لَلْحَقّْ، مَا كاينش شي مُصِيبه اكْثرْ مْن أَنَّ الْوَاحْدْ يْكُوْن تحْت طَاعْةُ سيّدْ اللِّي بْطَبِيعْتُو مَا يمكن ليناش نثيقو فيه مَا دَامْ قَادْرْ عْلْ الشَّرّْ وقتما رشقْ لِيه، و كُلّْمَا كثْرُوا الحُكَّامْ كُلَّمَا كثْرَتْ المْصَايْبْ. مَا بْغَيْتشْ دَابَا نناقش هَاذْ الْمُشْكَلَة اللِّي اشْحَالْ ادَّاوْا وْ جَابُوا فِيهَا : مُشْكِلْةْ وَاشْ الجُمْهُورِيَّاتْ احْسَنْ مَنْ الملكياتْ؛ وْ لَو كَانْ بْغِيتْ، قْبلْ مَا نْشُوفُو بْلاَصَة هَاذْ الْحُكْمْ الْفَرْدِي وسْط لْحْكَامْ لُخْرَى، يْقولوا لِينَا بَعْدَا وَاشْ عَنْدُو شِي بْلاَصة وَسْطْهُمْ، حِيثْ فِيْنْ بْلاَصْة الجمهور فْ حُكْم اللِّي كُلْ شِي فِيْه فْ يدّْ وَاحْدْ . نْخَلِّيوْ هَاذْ الْمُشْكِلْ لْوَقْتْ آخُرْ خَاصّْ بِيهْ. [حيثْ] فُوقْ هَاذْ الشِّي مَا كَا يَجْبّدْ غِيرْ الصّْدَاعَاتْ السِّياسِيَّة .

    اللِّي بْغِيتْ أَنَا نَفْهَمْ دَابَا هُوَ كِيفَاشْ هَاذْ الْعَدَدْ كلُّو دْيَالْ بَنِي آدَمْ، دْيَالْ الْقُرَى، دْيَالْ الْمُدُنْ وْ دْيَالْ الُقَومَانْ خَاضْعِيِنْ لْطُغْيَانْ [شخص] وَاحْدْ اللِّي قوّْتُو كُلّْهَا هُمَا اللِّي اعْطَاوْهَا لِيهْ، و اللِّي ما يْقْدرْ يْسِيءْ لِيهٌمْ إِلاَّ بْقْدَرْ مَا كَا يَصَبْروا لِيْهْ، و اللِّي مَا يْمْكَنْ لِيهْ يضُرّْهُمْ غِير إِلاَ فَضُّلُوا يصَبْرُوا علِيهْ عْلَى يْوَاجْهُوهْ . مْصِيبَة كْبِيرَة جَارِي بِهَا الْعَمَلْ ، كَا تْبَكِّي وْ مَا بْقَاتْشْ عْجُوبَة، هَاذْ الْمَنْظَرْ اللِّي كَا نْشُوفُو فِيهْ مليون دْبْنَادْمْ يْخَدْمُوا فْ الذّلْ وْ رَقْبَتْهُم مَرْبُوطَة بْلاَمَا تْكُونْ شِي قُوَّة اقْوَى منّْهُمْ هِيَّ اللِّي بَزَّزْتْ عْلِيْهُمْ، وِ لَكِنْ حِيثْ فتْنَاتْهُمْ وْ سَحْرَاتْهُمْ غِيْر سْمِيَّةَ : الْوَاحْدْ . وهَاذْ الْوَاحْدْ مَا عَنْدْهٌم لاَشْ يْخَافُوا مْنُّو و هُوَ غِيْرْ وَاحْدْ، و مَا عَنْدْهُم لاَشْ يَتْغَرمُوا بِيهْ وهُمَا مَا كَايْشُوفُو مْنُو غِيْر الْوِيْل والظُّلْمْ . بن آدم ضْعِيفْ، وعليها كانطيعوا بزاف دْ الأحيان، القوة وكَا يْخَصْنَا دِيْمَا نْتْرجَّاوْ حِيث ما يمكن ليناش نْكونٌوا دِيْمَا احْنَا هُمَا القْويِين. شُوفْ دَابَا إِلاَ شِي أُمَّة اضْطَرَّتْ تَخْضَعْ بقوة السّْلاَحْ لْوَاحْدْ ( بْحَالْ اللِّي جْرَى لأثِينَا فْوَقْتْ حُكْمُ الثلاثين طاغية ) مَا شِي عْجُوبَة أبداً ، كَا يْخُصْنَا غِيْرْ نتفقصوا عليها؛ وِيْلاَ جِيْنَا للحق ما كا يَخَصْشْ الْوَاحْدْ ولاَ يَتْعَجَّب و لا يتفقص، كا يْخَصُّوا بالعَكْسْ يْعَضّْ فْ الصّْبَرْ باشْ يْوَجّْدْ رُوحُو للطَّرْحْ الجَايْ.

    وَاجْبْ الصَّدَاقَة اللِّي كَا تَرْبَطْ بِينَاتْنَا كَا يَاخُذْ وَقْتْ كْبِيْر مَنْ حَيَاتْنَا، وُ هَاذِي حَاجَة طَبِيعِيَّة. مَعْقُولْ نْحْبُّوا الْمْزِيَّة و نْقَدّْرُوا الْفْعَالْ الطَّيِّبَة وْ نْعْتَرْفُوا بالْخِيرْ الْلي كَايْتْدَار فِيْنَا، نَخَلِّيوْا شْوِيَّا مْنْ رَاحْتْنَا بَاْش نْزِيدُوا فْ رَاحْة وْ شَرَفْ الصَّدِيقْ اللِّي حَبِّينَاهْ و اللِّي كَا يْسْتَحقّ.ْ لِهَذَا إِلا سُكَّانْ شِي بْلاَدْ لْقَاوْا شِي شخصية كْبِيرَة من بِينْهُمْ ثْبْتَاتْ لِيْهٌمْ، بَاعْمَالْهَا فطْنَة قْويَّة فحْضَانْتْهٌمْ وُ زْعَامَة كْبِيرَة ف الدَّفاع عْلِيْهٌمْ و نْبَاهَة بَالْغَة فْ حُكْمْهُمْ، و إِلاَ بْدَاوْا من هْنَا يْوَالْفُوا يْطِيعُوه طَاعَة عَمْيَّا لْحَدّْ أنهم يْعْطِيوهْ امتيازات زَايْدَة عليهم مَاعْرَفْت وَاشْ مْنْ المَعْقُول يْحَيْدُوه من البْلاَصَة اللِّي كانت فيها افْعَالُو مْزْيَانَة باش يْحُطُوه فْ بْلاَصَة اللِّي تْقْدَرْ تْصبحْ فِيهَا خَايْبَة؛ واخَّا طَبِيعِي وُ مَعْقُولْ نْكُونُوا طَيّْبِينْ مْعَ هَاذَاك اللِّي تصَرَّفْ مَزْيَان مْعَانَا و نْثِيقٌوا فيه بْلاَمَا نْحْضِيوْا اطْرَافْنَا .

    و لَكِنْ يا سِيدٍي ربي، آشْ هاذْ الشِّي؟ كِيفَاشْ نْسمِيوا هَاذْ الشِّي ؟ آشْ هَاذْ الْوِيلْ ؟ آشْ مَنْ شُوْهَة أو، اكْفَسْ من هَاذَا، آش مْنْ شُوهَة مْشوّْهَة ؟ مْلِّي المْلاَينْ دْ النَّاسْ مَاشِي غِيرْ طَايْعِينْ وْلكن خدمْ وُ مَاشِي مَحْكُومِينْ وَ لَكِنْ مْضْطَهدِينْ، مَا عَنْدهُمْ لا امْلاَكْهُم و لا نَاسْهُم و لا عْيَالاَتْهُمْ وَلاَ عْيَالْهُمْ، وُ حْتَى حْيَاتْهُمْ مَاشِي دْيَالْهُمْ ! صَابْرِينْ عْلْ السّْلب و النّْهْبْ و التْسلْكِيطْ و الكْهَابة، وهَاذْ الشِّي كلُّو مَا جْايْشْ مْنْ جِيشْ أَوْ مْنْ عَسْكَرْ هَمَجِي مفْرُوضْ عْلِيهُمْ يْدَافْعُوا عْلَى نفسهم ضدُّو، جَايّْ من واحْدْ بُّوحْدُو مَا هُوَ لا هيركيل و لا شمشون، مَا هُوَ إِلاَ ارويجل، و هو في الغَالِبْ أكبر خَوَّاف و أكبر مْبَنَّتْ فالأُمَّة، ما مْوَالْفَشْ بالبارود و لكن برملة المْحَارُكْ إِلاَ خْرَجْ لِيْهَا . مَا عنْدُو قُوَّة بَاشْ يآمر الناسْ و لا حتى قُدرة باشْ يدير خَاطْر حتى امريوة ! غَادِ نْسَيمِوْا هاذَا ذْلّْ ! و الناس اللِّي كا يخضعوا ليه غاد نقُولُوا عليهم بأنهم قُفَّة دْ الذَّلْ ! إِلاَ زوجُ أوْ ثْلاَثَة أو حْتَى ارْبْعَة ما دَافْعُوشْ عْلَى رَاسْهُم ضد واحد، هاذِي حَاجَة غْرِيبَة بالْحَقّْ كَا توقع حيث يمكن تكون نفسهم قليلة، و لكن إلا مْية، إِلاَ أَلْفْ صَابْرِينْ عْلَى واحد غَاد نقٌولُوا باللِّي هما اللِّي مَا بْغَاوْشْ يْهَزُّوا الرَّاسْ . اللاَّ، مَا غَادِيْش نْقُولُوا حيث ما قَادْرِينْش عْلِيه و اللاَّ خَايْفِينْ مْنُّو، غَادِينْ نْقُولُوا : مَا مدِّينهَاشْ فِيهْ. أمَّا إِلاَ مَاشِي مْيات رَاجْلْ وْ مَاشِي أَلْفْ، وْ لَكِنْ ميات بْلاَدْ وْ أَلْفَ مْدٍينَة، مليون رَاجْلْ، شْفْنَاهٌمْ مَا قَادْرِينْشْ يْهَجْمُوا عْلَى وَاحْدْ اللِّي مَا كَا يصْبَحْ المْحْظُوظُ منهم عندو إِلاَّ اخْدِيمْ و عَبْدْ، كَاْينَة شِي سْمِيَّة نْسمِّيوْا بِيهَا هَاذْ الشِّي؟ وَاشْ هَاذا ذْلّْ؟. بالْحَقّْ كُلّْ بْليَّة عَنْدهَا ف العَادَة نَوْع من الحدود اللِّي مَا يمكن لِيهَاشْ تْفَوتْهَا . زُوجْ دْ الرْجَالْ وْحْتَى عَشْرَة، يمكن يْخَافُوا مْنْ وَاحْدْ، وْ لكن أَلْفْ، وْ لكن مليون د بنادم، و لكن ألف مدينة إِلاَ مَا وَقْفَاتْشْ تْدَافع عْلَى رَاسْهَا ضد واحد، هاذا ما بقاش ذْلّْ، حِيثْ الذّْلْ مَا وْاصَلْشْ حتى لْهَاذْ الْحَدّْ. والشجاعة، من جِهْتْهَا مَا كَا تعْنِيشْ أَنَّ واحد بُوحْدُّو يْنَقَّزْ سُورْ و اللاَّ يهجم على جيش واللاَّ يحتل مملكة. إِيْوَا أَشْنُو هَاذْ الشُوهَة المْشُوْهَة اللِّي بزَّافْ عْلِيهَا حْتَى سْمِّية الذَّلّْ، وُ اللِّي حْتَى الْنَّعْتْ الخَايْبْ بَزَّافْ عْلِيهَا، وُاللِّي كَا تَنْكُرْهَا حْتَى الطبيعة اللِّي صَنْعَاتْهَا وُ اللِّي حْتَى اللّْسَانْ رَافْضْ يْكَنِيْهَا ؟

    (…)

    Documents joints

  • Les 5 et 6 juin 2015 à l’écoute du port, Canet-en-Roussillon

    37èmes Journées avec…la Rose Verte et la Maison Lune

    Les 5 et 6 juin 2015 à l’écoute du port, Canet-en-Roussillon

    Le 5 juin au cinéma Castillet de Perpignan, à 20h30, aura lieu la projection du film Les enfants de la Rose Verte en présence des quelques-un(e)s des protagonistes de cet Hôpital de jour de pédospy. Celle-ci sera suivie d’un débat avec la salle.

    Le lendemain 6 juin, dans le cadre habituel de nos journées, à Canet-en-Roussillon, nous recevrons des membres des équipes de pédopsy de la Rose Verte d’Alès et de la Maison Lune du Vigan.

  • A partir du Vendredi 10 avril à 18h30 Francesca Caruana expose à Perpignan

    A partir du Vendredi 10 avril à 18h30 Francesca Caruana expose à Perpignan

    CENTRE D’ART CONTEMPORAIN

    3, avenue de Grande Bretagne. 66000 Perpignan – Tél. 04 68 34 14 35

    www.acentmetresducentredumonde.com

    Le Club des mécènes du Centre d’Art ACMCM

    Le Maire de Perpignan – Jean-Marc PUJOL

    Le Maire adjoint délégué à la culture – Michel PINELL

    Le Président de la Région Languedoc Roussillon – Damien ALARY

    Le Président de la Fondation Mécènes Catalogne – Jean-Pierre NAVARRO

    Le Conseil Général des Pyrénées-Orientales

    ONT LE PLAISIR DE VOUS CONVIER AU VERNISSAGE DE L’EXPOSITION DE

    FRANCESCA CARUANA

    RECTO

    Vendredi 10 avril à 18h30

    Exposition du 11 avril au 31 mai 2015

    Tous les jours de 14h à 18h

  • RENCONTRES SANS ALIBI – MARCEVOL (66) 27/30 04 2015 Peut-on penser les questions du pouvoir et de la cruauté ?

    Urgent pour les 66 : s’inscrire pour le repas du soir !!!

    RENCONTRES SANS ALIBI – MARCEVOL (66) 27/30 04 2015 Peut-on penser les questions du pouvoir et de la cruauté ?

    RENCONTRES SANS ALIBI

    Peut-on penser les questions du pouvoir et de la cruauté ?

    Sur une initiative de l’association A-Venir

    Du mardi 28 au jeudi 30 avril 2015

    Sur le site du prieuré de Marcevol

    Ces rencontres invitent à entendre l’appel lancé par Jacques Derrida aux psychanalystes réunis à la Sorbonne en juillet 2000 : penser la cruauté reste une tâche urgente. La question que nous souhaitons poser, en ces temps troublés où les violences souvent inanalysées ne manquent pas de se

    répéter ou de faire retour sous des formes nouvelles, est la suivante : qu’en est-il dix ans après la disparition du philosophe ? Nombre d’analystes ne considèrent-ils pas comme une vue de l’esprit ou une invention derridienne ou majorienne les pulsions de cruauté et/ou de pouvoir pourtant

    développées par Freud ?

    (…)

  • L’art et elles, du 7 au 15 mars Casa Carrère, Bages

    Spécial Copains

    L’art et elles, du 7 au 15 mars Casa Carrère, Bages

    Vernissage le 7 mars à 18h30 Casa Carrère

  • FREUD et DORA : une lecture par Marc LEDOUX

    FREUD et DORA : une lecture par Marc LEDOUX

    Word – 214.8 ko(DOCX)

    FREUD et DORA : une lecture par Marc LEDOUX

    Elne, le 31 Octobre 2014

    Marc Ledoux : Bon, je suis désolé, je ne dis pas que j’étais angoissé, ce n’est pas la question, mais Laurence avait proposé que je parle de l’hystérie, et il y a tellement de choses sur l’hystérie que moi, j’ai proposé de commenter Dora. Donc, je vais rester sur Dora, sur Freud. Je suis désolé si vous ne l’avez pas lu. Je l’ai préparé et je l’ai écrit parce que quand on travaille sur un texte, je dois me retenir pour ne pas partir… oups !

    Public : ah non ! Pas de lecture ! Laisse toi aller !

    Marc : ah, non ! Laisse moi ! J’ai préparé ! Et Michel m’a dit qu’il aimait entendre l’allemand. Donc, je me suis permis de penser que vous alliez vous acheter les œuvres de Freud en allemand. Et je vais donc faire le texte allemand et en même temps l’édition française Cinq psychanalyses traduit par Marie Bonaparte.

    Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ? De toutes façons, vous n’avez pas le choix (rires). Si vous voulez la lecture freudienne ou lacanienne ou je ne sais pas quoi sur l’hystérie, qu’est ce que c’est une femme, qu’est ce que c’est un homme, qu’est ce que c’est l’amour, et tout ça et tout ça dans la question sur l’hystérie, c’est certain, et bien vous pouvez prendre ce truc, c’est bien, c’est dans Figures de la psychanalyse chez Érès, sur l’hystérie… ils sont tous là-dedans. Gérard Pommier, Alain Vannier, Jacques Sédat et tout ça, L’hystérie et la question du père, l’hystérie dans l’air du temps, Folie et hystérie virile, La jouissance négativement phallique, L’hystérie masculine, Ma fille est hystérique, voilà pour les psychanalystes purs et durs, vous prenez ce bouquin là, chez Érès.

    Sylvie Arbiol-Pous : Fais-nous du Ledoux !

    ML : Voilà, je prends donc Dora. Ça m’a fait du bien de retravailler Dora, de redécouvrir le génie de Freud. Purement lui. Dans sa manière de penser, dans l’évolution de sa pensée, son écriture, etc. Bon, ça m’a fait plaisir. Alors, en allemand, ça s’appelle Bruchstück einer Hysterieanalyse, et bruchstück ça veut dire fragment. Il l’a écrit en 1901, il n’a pas osé le publier tout de suite et il dira pourquoi, il a attendu trois ans et demi, jusqu’en 1905. Donc, je vais suivre le texte et donner des commentaires.

    (…)

  • Israël contre les Juifs par Pierre Stambul

    Israël contre les Juifs par Pierre Stambul

    Israël contre les Juifs

    Pierre Stambul

    C’est un refrain bien établi. Vous critiquez Israël et le sionisme ? Vous êtes antisémite ! Un Juif français veut pouvoir « vivre son judaïsme » ? On l’invite à faire son « alyah » et à apporter sa pierre à la colonisation de la Palestine.

    On essaie de nous marteler que l’histoire des Juifs s’est achevée et qu’Israël en est l’aboutissement. Israël fonctionne comme un effaceur de l’histoire, de la mémoire, des langues, des traditions et des identités juives. La politique israélienne n’est pas seulement criminelle contre le peuple palestinien. Elle se prétend l’héritière de l’histoire juive alors qu’elle la travestit et la trahit. Elle met sciemment en danger les Juifs, où qu’ils se trouvent. Et elle les transforme en robots sommés de justifier l’injustifiable.

    Retour sur un passé récent

    L’histoire des Juifs français n’a strictement rien à voir avec Israël. Régulièrement spoliés, massacrés ou expulsés par différents rois très chrétiens, les Juifs ont acquis la citoyenneté française avec l’Abbé Grégoire pendant la Révolution. Ces deux derniers siècles ont été marqués par une quête de la citoyenneté et de l’égalité des droits. L’affaire Dreyfus a révélé que, si une partie de la société française était antisémite, une autre partie, finalement majoritaire, considérait que l’acquittement et la réhabilitation de Dreyfus étaient l’objectif de tous ceux qui étaient épris de liberté et refusaient le racisme. L’histoire des Juifs français a été marquée par leur participation importante à la résistance contre le nazisme et le régime de Vichy, puis par l’engagement de nombre d’entre eux dans des luttes progressistes et/ou anticoloniales. Les intellectuels juifs de cette époque s’appelaient Raymond Aubrac, Marc Bloch, Laurent Schwartz, Pierre Vidal-Naquet, Stéphane Hessel. C’était une époque où beaucoup de Juifs pensaient que leur propre émancipation passait par celle de tou-te-s. C’était une époque où le racisme, le fascisme et la haine de l’autre étaient considérés comme des abjections à combattre. Les enfants juifs allaient à l’école publique, jamais il ne leur serait venu à l’idée de se séparer des autres dans des écoles confessionnelles.

    On s’efforce aujourd’hui en Israël d’effacer l’histoire des Juifs dans les différents pays où ils ont vécu. Si les Juifs ont longtemps été considérés par les antisémites en Europe comme des parias inassimilables et s’ils ont été persécutés parce qu’ils constituaient un obstacle aux nationalismes fous qui rêvaient de sociétés ethniquement pures, ils n’ont jamais recherché la séparation mais au contraire l’insertion à l’intérieur des sociétés dans lesquels ils vivaient.

  • RENAÎTRE, par Peggy, traumatisée crânienne : un livre à lire absolument

    RENAÎTRE, par Peggy, traumatisée crânienne : un livre à lire absolument

    Publié aux éditions Ex Nihilo, www.editions-exnihilo.fr

    Peggy Serre vient de publier un livre extraordinaire à plus d’un titre : — un témoignage si vivant d’un chemin singulier à travers les difficultés d’une vie dont le trauma crânien a défini le nouvel exercice, — une aide précieuse pour tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont été confrontés à un coma traumatique prolongé et à une rééducation toujours obscure quant à son devenir, — une sincérité absolue sur les conditions de ce long chemin et son ressenti face aux difficultés qu’être « différent », comme on le dit si peu subtilement, amène dans les rapports sociaux où le simple coup d’œil induit le classement catégoriel.

    Je laisse au lecteur le soin de trouver de quoi puiser dans cette mine à ciel ouvert sur le strauma crânien, ses séquelles et conséquences.

    Merci chère Peggy

    Michel Balat

  • Le 21 février, à Canet, Journée avec… Danielle Roulot et Michel Lecarpentier

    Le 21 février, à Canet, Journée avec… Danielle Roulot et Michel Lecarpentier

    Nous reprenons à Canet, à L’Écoute du Port, comme d’habitude, les « Journées avec… ». Ce sont cette fois-ci Danielle Roulot et Michel Lecarpentier qui viendront parler de ce qui se présente à eux actuellement. Ce sont deux psychiatres, à La Borde depuis bien des années et dont le dernier livre de Danielle Roulot « L’avec schizophrénique » fait saisir, à travers les récits et les prises de position, la dimension éthique du travail qui s’y opère.

  • 29e Journée nationale de psychothérapie institutionnelle à la Halle aux grains

    29e Journée nationale de psychothérapie institutionnelle à la Halle aux grains

    Liberté de circulation, vie quotidienne et psychoses

  • Stage de La Borde du 4 au 8 mai 2015

    Stage de La Borde du 4 au 8 mai 2015

    Vie quotidienne et existence

  • Conférence à la Médiathèque. Perpignan le samedi 31 janvier à 15h

    Conférence à la Médiathèque. Perpignan le samedi 31 janvier à 15h

    Itinéraires d’enfants sourds

  • Port-Vendres, le Dimanche 7 décembre, dès midi, à l’atelier « les 3 Maquereaux »

    Spécial potes

    Port-Vendres, le Dimanche 7 décembre, dès midi, à l’atelier « les 3 Maquereaux »

    Dimanche 7 décembre, à partir de midi, l’atelier « les 3 Maquereaux » vous invite à venir découvrir ou retrouver Patrick Soladie, entouré de Véronique Le Besnerais, Florise Pagès, Henri Bouissou et Corine Ferté, peintres et céramistes. Ils ont accepté ma proposition : enchanter le quotidien en travaillant sur des supports inhabituels, paravents, meubles, luminaires. Pour Patrick Soladie, ça n’est pas une première : il travaille depuis toujours sur des supports de récupération, cartons et planches. Oeuvres anciennes et plus récentes à découvrir ainsi qu’une série de livres de l’artiste, pièces uniques publiées par Richard Meier pour VOIXéditions.

    Dégustation-vente de vins choisis par Christophe, le caviste de la Cave St Martin à Port-Vendres et des fameux chutneys de Flow Mercier.

    Et il fera beau ! JVH

  • Pourquoi écrire ? Comment écrire ?

    Pourquoi écrire ? Comment écrire ?

    par Antoine Viader

    Pourquoi écrire ? Comment écrire ?

    Plus particulièrement, pourquoi et comment écrire quand on a travaillé dans la psychiatrie et qu’on s’est frotté à la psychanalyse ?

    Raymond Roussel avait écrit, un livre parmi d’autres, où il expliquait : « Comment j’ai écrit certains de mes livres ».

    Je n’ai nullement l’ambition de me comparer à cet auteur que les surréalistes on considéré comme l’un de leurs précurseurs.

    Plus modestement, je me suis interrogé sur les occasions qui m’ont amené à écrire quelques textes, ou plutôt, à recommencer à écrire après une interruption de dix ou douze ans. Cette interruption a été due, d’une part, à la retraite en 2001, c’est-à-dire, n’être plus sur le terrain, auprès des malades et des soignants, et d’autre part, à cause d’une maladie, certes transitoire, mais avec quelques séquelles.

    Ces occasions m’ont été fournies par le séminaire qu’on avait créé il y a plus de vingt-cinq ans (à peu près à la même époque où on a crée aussi l’AMPI). Le séminaire a continué au fil des années avec d’autres participants mais toujours avec Jaques Tosquellas, quelques autres fidèles, dont Alain Abrieu et moi-même.

    Donc, j’ai recommencé à écrire pour ce séminaire ce qui entraîne aussi un certain style. Pour un séminaire, on écrit un texte, ou simplement des notes, et on en parle sans lire exactement ce qu’on avait écrit. Ce qui permet des interruptions, des questions, d’autres apports, des contestations etc. Ce qui enrichit ce travail. De plus, l’auteur du texte, ou des notes, parle aussi d’autre chose, provoquées par les autres participants, par des associations d’idées, d’autres souvenirs etc.

    Donc, dans cet espace partagé, je propose une première hypothèse : j’ai dit m’être frotté à la psychanalyse, en tant que psychiatre et aussi patient ou analysant. Alors, je me suis dit, que celui qui parle à d’autres est en position d’analysant, et ceux qui écoutent sont en position d’analyste. Peu importe les statuts. Ce qui compte, je pense, c’est la parole qui, dans les échanges, entraîne inévitablement le transfert. Parfois ça accroche, ou ça prend, parfois non…

    Je vais essayer de m’appuyer sur quelques souvenirs de François Tosquelles :

    François Tosquelles me disait : « une analyse bien amorcée, peut continuer toute seule ». C’est une ouverture pour accueillir les échanges autrement, les paroles des autres, mais aussi, les paroles même du sujet.

    (…)

  • Présentation du livre de Francesca Caruana

    Présentation du livre de Francesca Caruana

    Les éditions L’Harmattan et l’auteur, Francesca Caruana

    ont le plaisir de vous inviter à la présentation de son ouvrage

    Ecritures et inscriptions de l’oeuvre d’art

    En présence de Michel Butor

    Pour cette soirée, nous avons la grande joie et l’immense

    honneur d’accueillir Michel Butor

    Le vendredi 21 novembre 2014 à 19h00

    Espace L’Harmattan – 21 bis rue des Ecoles, 75005 Paris

  • Pour Jean Oury, les rendez-vous de l’histoire

    Pour Jean Oury, les rendez-vous de l’histoire

    Voici l’enregistrement de l’hommage rendu à Jean Oury à Blois récemment.

    Oury

  • Hommage à Jean Oury (1924-2014) par Pierre Delion

    Hommage à Jean Oury (1924-2014) par Pierre Delion

    Conférence en hommage à Jean Oury (1924-2014)
    Par Pierre Delion
    Lille, le 15 Septembre 2014

    Pierre Delion : Je remercie l’association culturelle représentée par Paola Brice, sa présidente, de bien vouloir m’accueillir pour prononcer cette conférence sur Jean Oury, sa vie, son œuvre. Il m’a aidé à devenir ce que je suis, et je suis sûr que c’est le cas de nombreux soignants de psychiatrie. Il est décédé le 15 mai dernier à l’âge de quatre vingt dix ans, vers onze heures du soir à La Borde, -vous voyez quelle élégance le caractérise, un de ses grands succès comme auteur, comme écrivain a été Onze heures du soir à La Borde ,-. Je tenais absolument à faire une soirée consacrée à sa mémoire, étant bien entendu que, évidemment, il faudrait des dizaines de soirées pour suffire à la mémoire d’un tel personnage. Ceux qui l’ont connu savent que c’est un géant de la psychiatrie qui vient de disparaître, je dis bien de la psychiatrie, puisque Buzaré avait repris en guise de titre de son livre, l’aphorisme de Oury : « la psychothérapie institutionnelle, c’est la psychiatrie ». Pour lui, psychanalyse, psychothérapie institutionnelle et psychiatrie étaient les aspects complémentaires d’une même approche du malade mental, consubstantiellement liées les uns aux autres. Bien sûr il n’était pas question pour lui de mélanger ces champs spécifiques dans une confusion généralisée, mais bien au contraire de les mettre au service d’une pensée et d’une pratique visant à accueillir les patient avec la plus grande singularité.

    Son message est d’autant plus important actuellement que la psychiatrie est en train de changer profondément, et que peut-être la manière dont il a réussi à en visiter la pratique et la réflexion, de façon à la fois si intelligente et si humaine, risque de disparaître d’un souffle, si on ne se pose pas la question, non pas celle de comment conserver son héritage, mais celle de cultiver dans nos pratiques, de façon efficace, les différents concepts qu’il nous a transmis. J’utilise ce mot « efficace » parce qu’il l’aimait beaucoup, mais pas dans le sens que lui attribuent les technocrates d’aujourd’hui, plutôt au sens de Lévi Strauss, du structuralisme, de l’efficacité symbolique, choses auxquelles il tenait beaucoup, sans jamais les fétichiser.

    (…)

  • Trois textes d’Antoine Viader

    Trois textes d’Antoine Viader

    Les uns et les autres

    Avec quelques touches autobiographiques et autocritiques.

    On pourrait ouvrir une perspective, plutôt que de formuler une hypothèse à vérifier, à confirmer ou à infirmer.

    Donc, disons : les uns sont les autres .Sans doute, on pourrait aussi mettre en exergue la phrase bien connue de Rimbaud : « Je est un autre »

    En parcourant ce chemin, on peut espérer rencontrer les « nous ».

    On peut mentionner d’abord, la scène de séparation s qui rend l’individu divisible et divisé. Le langage, la séparation primordiale d’avec la mère, la séparation entre le sujet et le moi et le sujet, lui-même divisé. Ce qui fait qu’on reste hétérogène en soi -même, qu’on le veuille ou non. L’identité nous est donnée par les autres, le nom, le prénom, les rencontres. Cette identité reste fragile, fragmentée, reconstituée partiellement. Qui ne s’est pas posé la question : « qui suis-je ? ». Pourquoi je suis le fils de mes parents, et pas d’autres ? On connaît cette histoire du roman familiale…

    Ainsi, dès le début, le chemin de la vie ou plutôt, de l’existence, nous expose à ces expériences et ces épreuves : aliénation, exil, ségrégations…

    Je vais essayer de développer un peu ces démarches.

    (…)

    Le secteur psychiatrique

    Questions subsidiaires

    Après avoir été considéré comme une coquille vide, on entend maintenant que le secteur renaît de ses cendres. Il faut se rappeler que cet oiseau fabuleux, le phénix, avant de renaître il se consumait lui même. Était ce le cas pour le secteur ? Que faisaient les psychiatres de cette agonie ? Que faisaient la plupart d’entre eux avant, pendant, et après de cet outil indispensable et souvent mal utilisé ?

    Je ne reviendrai pas sur l’historique du secteur. On peut se référer au numéro 17 de la revue « Recherches » consacré au secteur, repris par Patrick Coupechoux dans son dernier livre « Un homme comme vous » avec aussi ses apports personnels.

    Juste un mot sur les divergences entre François Tosquelles et Lucien Bonnafé. On sait que la pomme de discorde c’était la psychanalyse. François Tosquelles a toujours soutenu que la Psychothérapie Institutionnelle marchait sur deux jambes. Une jambe psychanalyste et une jambe marxiste. Bonafé, communiste, résistant, proche aussi des surréalistes, est resté opposé à la psychanalyse et , comme beaucoup de psychiatres communistes et même des psychanalystes communistes, s’est rangé du coté de la ligne Jdanov.

    Malgré tout, son apport au secteur est considérable. Je vais seulement souligné l’aspect anthropologique du Secteur qu’il a développé. On peut se rappeler aussi que Jacques Schotte, de son coté, souhaitait créer une psychiatrie anthropologique.

    (…)

    À l’aventure

    Il existe des revues de psychiatrie bien connues comme L’ « Information Psychiatrique » ou L’ « Evolution Psychiatrique ». Il y avait aussi la collection fondée par Roger Gentis : « l’Ouverture Psychiatrique ».

    Si j’avais pu créer une nouvelle revue, avec l’aide des collègues et amis, on aurait pu la nommer ainsi : « L’Aventure psychiatrique ». Un titre à la fois pompeux et assez ironique.

    Ce petit texte, je vais me contenter de l’écrire « à l’aventure »… Ce qui me plait, dans le mot aventure, c’est sa polysémie.

    On peut aller à l’aventure, errer, explorer des pays inconnus, avoir une aventure sentimentale… en tous cas, on peut faire des rencontres et avoir des surprises.

    Il ne s’agit pas de ce que les antis psychiatres anglais comme Cooper ou Laing dans les années 80 désignaient comme le « trip », un voyage dans la folie avec ou sans substance hallucinogènes. Et non plus des expériences de poètes ou peintres comme Henri Michaux ou Antonin Artaud et d’autres, malgré l’intérêt de ces observations.

    (…)

  • Les sentiers de la création, les sous-jacences du cheminement créatif par Jean Oury

    Les sentiers de la création, les sous-jacences du cheminement créatif par Jean Oury

    Les sentiers de la création, les sous-jacences du cheminement créatif

    Jean Oury

    La Force le samedi 4 avril 2009, Colloque organisé par l’Association culturelle La Palabre (John Bost, La Force) et l’Association L’Atelier (Narsac)

    Jean Oury : Je ne sais… Vous m’entendez ? Je ne sais pas trop quoi dire là, alors il faut commencer quand même… Nous étions venus ici il y a déjà pas mal de temps, c’était il y a plus de trente ans, en septembre 77, pendant trois jours, avec Tosquelles, vous connaissez bien Tosquelles, qui à ce moment-là était déjà… on peut dire qu’il demeurait à Granges-sur-Lot… ce n’est pas tellement loin hein… et puis avec Danielle Roulot qui était là… il y a trente deux ans de ça, alors bon, c’est simplement pour situer, ça a dû changer depuis, et puis notre ami Fleuret, qui est là depuis quelques années, et qu’on connaît depuis très longtemps aussi, qui a travaillé quinze ans à La Borde, qui était généraliste, et puis après a été dans le Nord et maintenant le voilà dans cette région, je crois que c’est lui qui a favorisé, disons, cette rencontre… Bon alors pour parler, disons de… de je ne sais quoi, de création esthétique, ça me fait toujours un peu… J’ai pas mal de réticences de parler de ça, parce que je me méfie, c’est peut-être un tempérament de base… Quand je reçois quelqu’un et que je lui demande « alors qu’est-ce que vous faites ? » et que ce type me dit « je suis artiste », j’ai envie non pas de le fiche dehors mais enfin pas loin, parce que j’ai l’impression qu’on est tous des artistes. C’est peut-être une position non pas narcissique mais, enfin je me méfie, disons, d’avoir un statut particulier. Ça fait bien longtemps, dans les années quarante… je suis arrivé en 47, jusqu’en 49, à l’hôpital de Saint-Alban, et là il y avait déjà eu beaucoup de choses qui s’étaient passées, en particulier depuis je crois 1914… c’est vieux, il y avait le grand-père de Lucien Bonnafé, qui était lui aussi psychiatre à Saint-Alban, et tout un travail avait été fait autour d’un schizophrène qui est devenu célèbre, non pas pour lui-même mais pour ce qu’il avait fait, c’est Auguste Forestier.

    (…)

  • JOURNÉE D’ÉCHANGES CLINIQUES ARTHEMES CORPS EN JEU MÉDIATIONS CORPORELLES ET SOIN PSYCHIQUE SAMEDI 29 NOVEMBRE 2014 AMPHITHÉÂTRE DU GUESCLIN à BÉZIERS

    JOURNÉE D’ÉCHANGES CLINIQUES ARTHEMES CORPS EN JEU MÉDIATIONS CORPORELLES ET SOIN PSYCHIQUE SAMEDI 29 NOVEMBRE 2014 AMPHITHÉÂTRE DU GUESCLIN à BÉZIERS

    JOURNÉE

    D’ÉCHANGES CLINIQUES

    ARTHEMES

    CORPS EN JEU

    MÉDIATIONS CORPORELLES ET SOIN PSYCHIQUE

    SAMEDI 29 NOVEMBRE 2014

    AMPHITHÉÂTRE DU GUESCLIN à BÉZIERS

  • Canet, le 12 05 2014- Miroir plan, miroir sphérique – Scribe, museur, interprète

    Canet, le 12 05 2014- Miroir plan, miroir sphérique – Scribe, museur, interprète

    Canet, le 12 05 2014- Miroir plan, miroir sphérique – Scribe, museur, interprète

    M. B. : Nous sommes le lundi 12 mai 2014.

    Quand quelqu’un pose une question, j’essaie d’y répondre, c’est la règle mais sous la forme que je veux, pas sous la forme de la thèse parce que c’est trop compliqué.

    Rappelez-vous, je vous remets la dramaturgie en scène, tout commence avec Lacan sur le miroir plan, qui donne une image virtuelle, ce n’est pas une image réelle car que si on regarde derrière il n’y a pas d’image, c’est un effet d’optique. L’image virtuelle est renversée et, qui plus est, avec une symétrie verticale, la gauche est à droite et la droite à gauche, on a tellement l’habitude qu’on ne s’en aperçoit pas, on ne se voit pas. Les gens qui se rasent seraient stupéfaits de leurs gestes s’ils se trouvaient en face d’eux mêmes avec un miroir sans tain, ce ne serait pas du tout les gestes qu’ils ont l’habitude de voir dans le miroir. Lacan insiste beaucoup là-dessus mais habituellement on n’y met pas trop l’accent.

    Ça c’est une chose.

    Vous connaissez les principaux éléments, ce que l’enfant voit dans le miroir pour la première fois lui fournit son corps, l’unicité, c’est i(a). Ce i(a), il le renvoie sur son corps de l’autre côté et cette fois-ci du même côté que lui par rapport au miroir, il se le renvoie sous la forme de i’(a) qui est le moi ; en face, c’est le moi idéal, et i’(a) c’est le moi. Mais Lacan ajoute quelque temps après une petite complexité qui est le miroir sphérique, dont la particularité est la suivante : dans un miroir sphérique si on n’est pas trop loin du centre de la sphère, si par exemple, vous posez sur le centre virtuel de la sphère un petit objet, vous le verrez dans le miroir sphérique cette fois-ci inversé mais une inversion horizontale, et non plus verticale, cette fois-ci, la symétrie est horizontale, et contrairement à l’image qui était virtuelle dans le miroir plan, l’image est réelle dans le miroir sphérique. Le miroir plan est l’expérience de la bougie allumée… Je me souviens qu’on l’avait reproduite, j’avais pris un miroir sphérique, une bougie, et l’on avait pu voir effectivement qu’il y avait la lumière sur la bougie, et cette fois-ci la flamme de la bougie éclairait réellement, même si elle n’était pas du tout sur la bougie, on avait l’impression, c’est un autre effet d’optique, qu’elle était sur la bougie.

    Lacan invente un truc qui est l’histoire du bouquet de fleurs, il installe un pot de fleurs à la hauteur, le miroir sphérique est là, vous avez une planche qui est placée à la hauteur du centre de la sphère, sur cette planche il pose un pot, et au-dessous, sous la planche, il attache un bouquet de fleurs. Si quelqu’un regarde à une certaine distance, il voit les fleurs dans le pot, ce qui pose la question de l’inversion. Il appelle a le bouquet de fleurs, le a qui fera florès, si je puis dire, puisque les fleurs vont se développer largement par la suite avec l’objet a. Cet objet a explique aussi la présence du a dans le i(a) et le i’(a). Il que le vase est le corps et que l’objet a est recelé à l’intérieur du corps. Il prend l’exemple de ce qu’il appellera par la suite l’agalma et il finit par dire que dans le désir amoureux habituellement ce qu’on désire c’est l’objet qui est dans le corps de l’autre, ça c’est une des formules… Mais on peut dire que si l’on place le miroir sphérique ici et le miroir plan là, on obtient une construction absolument intéressante, une possibilité de créer cette fois-ci l’image dans le miroir complété de tout l’arrière fond du miroir sphérique. C’est un bref résumé, je vous renvoie à la lecture de Lacan, vous avez ça dans les Écrits, dans le rapport Lagache, entre autres, où c’est extrêmement détaillé, il montre comment tout ça peut être utilisé et peut opérer. Je l’ai utilisé en découpant les rôles du miroir sphérique et du miroir plan.

    (…)

  • Les 26-27 septembre 2014, à Elne (66), Journées autour de François Tosquelles

    Les 26-27 septembre 2014, à Elne (66), Journées autour de François Tosquelles

    Les 26-27 septembre 2014, à Elne (66), Journées autour de François Tosquelles

    Progamme et inscriptions(PDF)

    Argument

    Le premier contact de François Tosquelles avec la maladie mentale a eu lieu à l’Hôpital Psychiatrique Père Mata à Reus, région de Tarragone, en Espagne. Très jeune, grâce à son oncle, il fréquente les lieux et il rencontre le professeur Lopez Mira. Ils travaillent à ce qu’on peut appeler une psychiatrie extensive, qu’il mettra en place plus tard, en tant que responsable d’un secteur dans la zone républicaine,

    pendant la guerre civile espagnole. En traversant les Pyrénées, il va se trouver avec d’autres réfugiés espagnols dans le camp de concentration de Sept-Fons , et plus tard il partira vers la Lozère et l’Hôpital de Saint-Alban.

    Le travail de restructuration de l’établissement psychiatrique au service d’une thérapeutique collective tournée vers le sujet malade

    (travail qui prendra plus tard le nom de Psychothérapie Institutionnelle) deviendra son objectif principal pendant son existence, en tant qu’homme et psychiatre.

    Son humanisme, il a pu le transmettre à tous ceux qui l’ont approché. D’ailleurs, il disait que l’humanisme et une analyse permanente de notre tâche quotidienne, étaient les ciments indispensables à toute tâche thérapeutique dans une institution, pour faire barrage à une aliénation sociale et psychique toujours menaçantes.

    Donc, une formation permanente, sur place, est toujours nécessaire. Où en sommes-nous aujourd’hui de ces valeurs ?

    Nous souhaitons et nous espérons réfléchir pendant ces journées sur des concepts si anciens, peut-être, mais si nécessaires, entourés comme nous le sommes aujourd’hui par des orages si violents.

    Un grand travail est prévu dans des ateliers.

    Programme

    Les journées de travail se dérouleront à partir de 9h autour d’un café convivial. Il y aura des temps de discussion et de pause.

    Vendredi 26 Septembre 2014

    Matin : 10h Présentation des journées sur François Tosquelles par Fernando Vicente, Jacques Tosquellas et Michel Balat ;

    10h30 Hommage à Jean Oury : Yannick Oury, Pierre Delion, Pepe Fabregas, Michel Lecarpentier, Michel Minard.

    Après-midi : de 14h30 à 18h30 :

    Ateliers (durée 2h) et films (durée 2h).

    Les Ateliers :

    • Le Travail : Pascale Molinier, Lise Gaignard, Elisabeth Vilella, Damien Cru.

    • Le POUM : Frank Drogoul, Maria Teresa Carbonell, Jacques Tosquellas.

    • Le Politique : Antoine Viader, Valentin Augusti , Guillermo Homet.

    • L’Institution : Danielle Roulot, Patrice Hortoneda, Patrick

    Heché, Patrick Estrade.

    • La Psychothérapie Institutionnelle aujourd’hui :

    Mathieu Bellahsen, Marie France Negrel , Raymond Negrel, Michel Lecarpentier, Guy Rousseau, Jean-Marc Urtis.

    • Réunions et Formation : Pepe Garcia, Joan Vegué, Maguy Monmeyrand, Alain Abrieux, Ginette Michaud.

    • Transmission : Patrick Chemla, Jean-Marie Artarit, Elias Vallejo, Enrique Serrano, Alain Castera.

    Des projections de films concernant François Tosquelles auront lieu dans le cinéma qui jouxte la Salle des Fêtes d’Elne, suivies de discussions animées par Michel Tosquelles et Germaine Bonnal :

    • Regard sur la folie, Mario Ruspoli, (France, 1961, 53mn, 16 mm), production Argos films.

    • François Tosquelles, Une politique de la folie, François Pain, Jean- Claude Polack et Danièle Sivadon (France, 1989, 54 mn), production La Sept/ARTE.

    • Interviews : informations complémentaires sur le site tosquelles.com

    Samedi 27 Septembre 2014

    Matin : de 9h à 12h30 (Présidence : Patrick Faugeras)

    Conférence plénière : Pierre Delion, Yannick Gayraud, Pierre-Joan Laffitte, Marc Ledoux.

    Après-midi : de 14h à 16h :

    Ateliers (durée 2h) et films (durée 2h).

    16h : Conclusion : Pierre Delion

  • Publications de grand intérêt

    Publications de grand intérêt

    À paraître

    François tosquelles, Archives complètes, Chantier I, 1928-1943,

    Sardanes,

    volume coordonné par Jacques tosquellas, fin septembre 2014,

    Boite à outils institutions,

    commandes : annick.de-moncuit@orange.fr

    Ce premier Chantier inaugure de nombreux autres volumes à venir.

    il s’agit non seulement d’empêcher l’amnésie d’oeuvrer, mais d’empêcher

    tout « vol de l’histoire » – au sens de Jack Goody d’éviter toute

    mainmise d’une histoire dominante sur une autre – tant sur le travail

    de François tosquelles, sa pratique, ses positions de psychiatre ou de

    citoyen engagé, mais par là et au-delà, sur une grande partie des

    mouvements qui ont secoué la psychiatrie, en France ou ailleurs. Ce

    travail de devoir d’histoire fait face aux attaques mortifères permanentes

    menées contre une psychiatrie à visage humain, qui continue à

    considérer l’autre souffrant comme un sujet à part entière, un homme

    parmi les autres hommes.

    (…)

    voir la suite dans le document attaché

  • AMPI 2014 XXVIIIèmes Journées de Psychothérapie Institutionnelle 7 & 8 NOVEMBRE 2014 MARSEILLE

    AMPI 2014 XXVIIIèmes Journées de Psychothérapie Institutionnelle 7 & 8 NOVEMBRE 2014 MARSEILLE

    AMPI 2014

    XXVIIIèmes

    Journées de Psychothérapie Institutionnelle

    7 & 8 NOVEMBRE 2014

    MARSEILLE

    Cité des Associations

    93 La Canebière – 13001 Marseille

    Métro Noailles (ligne 2)

    UNE ÉQUIPE SUFFISAMMENT BONNE…

    La solitude du soignant dans les établissements de soins s’accroît pouvant aller

    jusqu’au burn-out, cet état de stress qui associe épuisement et sentiment d’incapacité

    professionnelle.

    Mais que fait l’équipe !

    L’équipe, notion bien complexe, un incontournable du soin institutionnel.

    En effet soigner une personne psychotique nécessite d’être à plusieurs. Mais les

    modalités de se retrouver à plusieurs et constituer « un groupe » sont multiples.

    Philosophes, sociologues, anthropologues, analystes ont permis des avancées

    considérables dans la compréhension de la genèse et des effets de groupe.

    Citons pour mémoire les travaux de Woodburry, Bion, Jones, Oury, Tosquelles…

    Woodburry préconisait comme principe fondamental dans la constitution d’une

    « équipe thérapeutique » :

    « Faire le mieux qu’on peut avec ce que l’on a ».

    Alors comment instiller de la vie, susciter la prise de parole, promouvoir la

    créat ivi té, le travail de subjectivation pour soignants et soignés, favoriser

    l’engagement relationnel, accepter la surprise, retrouver sa capacité à rêver pour

    rendre une équipe thérapeutique ?

    Le mouvement de psychothérapie institutionnelle a été créé dans cet objectif,

    proposant une praxis articulant aliénation sociale et aliénation mentale,

    c’est-à-dire lecture sociologique et psychanalytique de toute situation.

    En effet, la psychanalyse demeure bien utile dans ses élaborations sur le manque,

    le désir, limite à la tentation totalisante sociétale actuelle, d’où la référence à

    Winicott pour qualifier une équipe qui serait thérapeutique : suffisamment

    bonne…

  • Les r.-v. de l’histoire, Blois, 9/12 octobre 2014

    Les r.-v. de l’histoire, Blois, 9/12 octobre 2014

    Voir le site en cliquant ici.

  • Canet, le 14 avril 2014- Le tableau de l’angoisse (suite)

    Canet, le 14 avril 2014- Le tableau de l’angoisse (suite)

    Canet, le 14 avril 2014- Le tableau de l’angoisse (suite)

    M. B. : Nous sommes le lundi 14 avril 2014.

    Une première chose, L’avec schizophrénique de Danielle Roulot est sorti, publié chez Hermann, la postface est superbe, c’est un dialogue entre Danielle Roulot et Jean Oury sur l’avec schizophrénique, un très bon livre.

    À part ça, vendredi soir, Marc Ledoux a dit beaucoup de choses très utiles sur le plan clinique et sur le plan théorique, c’est vraiment très intéressant… les questions de l’art thérapie, on est tous très contents d’avoir eu ça.

    On en était resté à notre fameux tableau de l’angoisse qu’on examine pas à pas et la dernière fois, plus particulièrement, la sorte de logique négative qui imprègne le tableau dans sa dimension sémiotique. C’est déjà négatif puisque ce sont des empêchements, des embarras, des inhibitions, mais on peut en faire ressortir le caractère négatif en mettant justement en correspondance avec les éléments sémiotique.

    Je vous rappelle ce qu’on appelle habituellement les dix classes de signes, tout d’abord, la première classe le ton iconique rhématique. En ce qui concerne les tons, on ne peut pas aller plus loin que ça, le ton est iconique rhématique, c’est tout et c’est déjà pas mal parce que ça permet de nourrir tout une partie du tableau.

    La seconde c’est la trace iconique rhématique…

    Public : Le ton intervient aussi dans ces cas-là…

    M. B. : Non … Certes, toute trace iconique rhématique suppose un ton iconique rhématique, mais la trace iconique rhématique, en tant que trace, n’a pas de ton. En revanche, chaque trace a son ton et il peut y en avoir plusieurs, ce n’est pas monotonal, une trace, ça peut être varié, ce n’est pas monotone. On l’a bien vu, hier au cours des séances de grand guignol qu’on fait le dimanche à Elne, une stagiaire a versé du sable très fin au fond d’un baquet et mis des coquillages qu’elle collectionne depuis des années, ramassés sur une plage à la Vieille Nouvelle, à Port la Nouvelle mais c’est la Vieille Nouvelle, elle a donc jeté des oxymores là-dessus… Pourrait-on voir les traces que laissent les coquillages sur le sable ? Eh bien, on n’a pas pu répondre parce que sur le plan pratique c’est difficile à faire, ceci pour dire que les tons sont multiples pour les traces.

    La troisième classe est la trace indiciaire rhématique, on sent bien que les traces ont la capacité d’être indiciaires, elles sont bien les indices de quelque chose, si l’on avait enlevé les coquillages, si l’on avait réussi à résoudre l’équation proposée, on aurait eu le sable avec des traces, mais aurait-on pu identifier qu’il s’agissait de coquillages, ce n’est pas sûr, ils ne sont pas toujours zébrés…

    La quatrième classe est la trace indiciaire dicente, la photographie en est la plus connue, elle dit quelque chose, c’est un indice mais associé de façon régulière à un certain type d’icône. Avant, ça marchait de façon relativement simple, vous aviez le flux lumineux émis par la source qui passe par un objectif et va se projeter sur une surface qui est perpendiculaire au flux, une surface sensible qui reçoit les photons. Ces derniers sont ensuite révélés par la photographie, la photo elle-même, mais la photographie agit comme un révélateur, elle est obligée de faire l’objet d’un flashage quelconque pour pouvoir faire ça, nous n’avons là que des opérations indiciaires.

    (…)

  • Canet, le 30 juin 2014 La production de la négativité dans le chemin de l’angoisse.

    Canet, le 30 juin 2014 La production de la négativité dans le chemin de l’angoisse.

    Canet, le 30 juin 2014

    La production de la négativité dans le chemin de l’angoisse.

    M. B. : Nous sommes le lundi 30 juin 2014, donc dernière séance de l’année dite scolaire. C’est fou ça, il y a les années scolaires et les autres, des années qui ne sont pas scolaires, c’est bizarre comme système… Il y a aussi les vacances qui sont scolaires, et les autres, enfin c’est étrange. Le scolaire est envahissant… sur le plan psychopathologique c’est très important. Il y a toute la dimension des problèmes scolaires non résolus, c’est énorme, Oury appelait ça le complexe scolaire.

    L’inhibition, tous ces machins-là c’est vraiment du complexe scolaire, les rêves où on va passer l’examen mais on n’a pas de crayon ou bien on est en retard… c’est le complexe scolaire tout ça…

    Bon, quelques mots autour de samedi, comment vous avez trouvé ? (la journée du 28 juin avec Elie Pouillaude sur le concept de double aliénation)

    Geneviève Feixas : Déjà très sympathique, non ?

    M. B. : Déjà très sympathique…

    G. F. : C’est un jeune garçon, voilà…

    M. B. : Ouais, il en veut…

    G. F. : Il en veut, il travaille beaucoup…

    M. B. : Vous avez vu son gros livre… Ce n’est pas n’importe quoi un livre comme ça, c’est énorme… il faut le lire, il y a les vacances scolaires pour ça… (rires)

    Martine Pascal : Moi j’ai trouvé qu’il a été très clair, limpide… c’était très agréable, c’est vrai qu’il y avait un côté très séduisant dans ce qu’il nous exposait, alors après toi tu voyais des failles, des pièges, des choses comme ça…

    M. B. : (rires)

    M. P. : … nous on était un peu dedans, enfin moi personnellement en tout cas…

    G. F. : Il a un peu botté en touche, sur Bourdieu… il n’a pas bien compris la sous-jacence…

    M. B. : C’est-à-dire moi je ne suis pas très sensible à la séduction, alors j’écoutais vraiment ce qu’il disait pour voir, et je savais qu’il y avait l’affaire Bourdieu qui allait arriver à un moment donné, donc ça va, il l’a servie sur un plateau… un jour il faudra que je réfléchisse à savoir pourquoi je n’aime pas Bourdieu mais je dois avoir des raisons, c’est un dualiste qui se cache derrière un triadiste, il y en a beaucoup comme ça ! Il y en a deux qui sont le contraire et que j’aime bien, c’est évidemment Benveniste, mais il y a aussi Roland Barthes, pas un dualiste du tout…

    Francesca Caruana : Sur la fin des travaux en tout cas…

    M. B. : On sent qu’il n’est pas dualiste. De même que Saussure qui a l’air dualiste, mais en fait c’étaient les gens qui ont pris les notes qui étaient des dualistes, mais lui non, il avait une pensée beaucoup plus riche que ça. C’est énorme ! Quand il dit que la linguistique pour se créer comme science doit oublier le monde, ce n’est pas un petit oubli… d’ailleurs j’en avais discuté avec notre amie, la copine de Jean-Pierre Kaminker, Claudine Normand, la grande spécialiste française de Saussure, qui a écrit Bouts, brins, bribes, elle est morte maintenant…

    Alors, Bourdieu, je vois bien qu’il est dualiste… parce que c’est l’histoire des champs… le champ, c’est quelque chose que j’ai beaucoup travaillé quand on faisait la théorie de la relativité. Le champ c’est un truc très habité, il faut voir quelles sont ses forces, comment elles sont définies… sinon on ne peut rien faire avec, peut-être des vaticinations mais pas des choses concrètes…

    Mais à part ça, moi je l’ai trouvé aussi très bien, j’ai appris beaucoup de choses sur l’entfremdung et … l’entäusserung, ça c’est vraiment intéressant, ce n’est pas la même chose, je n’avais jamais repéré ça, c’était un moment vraiment chouette, enfin pour moi…

    Et vous, qu’est-ce qui vous a séduit, puisque vous avez été séduits, il paraît ?

    (…)

  • Diplôme d’université. Clinique de l’autisme et des psychoses. Université Paris 13 – UFR LSHS

    Diplôme d’université. Clinique de l’autisme et des psychoses. Université Paris 13 – UFR LSHS

    Diplôme d’université. Clinique de l’autisme et des psychoses.

    Approche clinique, psychopathologique, anthropologique et institutionnelle. En formation continue.

    Université Paris 13 – UFR LSHS – 99 avenue Jean-Baptiste Clément – 93430 VILLETANEUSE.

    LIEN

    La prochaine session du DU « Clinique de l’autisme et des psychoses. Approche clinique, psychopathologique, anthropologique et institutionnelle  » se déroulera de novembre 2014 à septembre 2015 à l’université Paris 13 . On peut encore s’y inscrire.

    Il comprend 160 heures de formation réparties en regroupements mensuels de deux jours. Prévue pour accueillir un groupe de 15 stagiaires, cette formation n’implique pas l’interruption d’une activité clinique et/ou institutionnelle.

    Inspiré par la clinique analytique et la psychothérapie institutionnelle, le DU est composé d’enseignements fondamentaux sur la clinique des psychoses – clinique de l’adulte, mais aussi de l’enfant et de l’adolescent – assurés par des cliniciens, psychologues, psychiatres, psychanalystes, littéraires travaillant sur la psychose, et plusieurs interventions d’équipes (Centre Artaud, clinique de La Borde, club thérapeutique d’Abbeville, ASM 13, Longjumeau, CH Pinel Dury les Amiens, Canet-en-Roussillon (66), etc. )

  • Formation qualifiante La Psychiatrie aujourd’hui : l’institution et le secteur 2014 – 15, Université Paris Diderot

    Formation qualifiante La Psychiatrie aujourd’hui : l’institution et le secteur 2014 – 15, Université Paris Diderot

    Formation qualifiante La Psychiatrie aujourd’hui : l’institution et le secteur 2014 – 15

    Responsable de la formation : Paul-Laurent ASSOUN Pr Université Paris Diderot Paris 7

    Coordinatrice pédagogique : Linda DE ZITTER

    En partenariat avec Les Hôpitaux de Saint-Maurice,

    le Service du Dr. Fréderic KHIDICHIAN, Chef du pôle Paris Centre, secteurs 75G01/02

    Télécharger la plaquette ici.

    Objectif de la formation

    Dans le cadre de ce stage inscrit à la Formation Permanente de Paris-Diderot, nous proposons de questionner ce qu’il en est de la psychiatrie.

    Aujourd’hui, le champ psychiatrique est dévasté par les conséquences de la protocolisation qui, à l’instar de la médecine, assujettie au discours de la science, produit une logique d’éradication des symptômes, avec comme seul repère une normalité modelée par les notions de santé et d’hygiène mentale. Ce formatage met en cause l’accompagnement singulier et éloigne patients et soignants de la possibilité de soin, en faisant table rase des outils qui, dans leur structure et éthique même, résistent à cette mise au pas.

    Au cours de ce stage qui se déroulera sur trois Journées, les matinées seront animées avec les interventions de conférenciers.

    Les après-midi seront consacrés à l’accueil d’équipes qui par leur pratique et leur orientation théorique, en position de chercheur offrent des alternatives institutionnelles à l’accueil de la Folie et nous permettent de réfléchir ensemble aux moyens de cultiver ce champ, singulièrement et collectivement, pour relancer le processus de subjectivation.

    Public

    Tout personnel soignant (infirmier, éducateur, psychologue, médecin, assistant social, ergothérapeute…) dans le champ psychiatrique et tout intervenant dans le champ social.

    thème

    Transfert et Institution

    Les matinées : conférence d’un invité, à propos du transfert chez Freud, Lacan, et ses applications dans l’Institution.

    Les après-midi : « illustration » par les propos des équipes du Pôle Paris Centre, de La Chesnay, Laborde, du Pôle 15 de Seine-St-Denis, etc (une équipe par journée). En préparation

    Dates

    Les thématiques seront précisés ultérieurement
     mercredi 12 novembre 2014 : Mathieu BELLAHSEN : De la santé mentale vers la psychiatrie

     mercredi 28 janvier 2015 : Olivier DOUVILLE

     mercredi 25 mars 2015 : Hervé BOKOBZA

    Durée : 18 heures – 3 journées – de 9h30 à 12h30 et de 14h à 17h

    Lieu de la formation

    Les cours auront lieu à :

    CAPPC-HAD des Hôpitaux de Saint-Maurice

    116 A rue du Temple

    75003 Paris

    Salle de réunion, niveau RdC

    voir plan

    Tarifs

    * Prix formation continue : 396€

    * Inscription à titre individuel : 198€

    * Tarif étudiant : 90 €

    Pour les employeurs, une convention de formation sera établie après réception de l’accord de prise en charge. Pour les individuels : faire un chèques à l’ordre de l’Agent Comptable de l’Université Paris Diderot

    Renseignements et inscription

    Le personnel des Hôpitaux de Saint Maurice doit faire la demande auprès de leur service de Formation Continue.

    Localisation

    Bât. Olympe de Gouges

    bureau 414

    8 rue Albert Einstein

    75013 Paris

    Accès :

    Métro ligne 14, RER C station Bibliothèque François Mitterrand

    Bus : 62, 64, 89, 132, 325

    Tram T3a : station Avenue de France

    adresse postale :

    Université Paris Diderot Paris 7

    UFR d’Études Psychanalytiques

    Service Formation Continue

    case 7058

    75205 Paris cedex 13

    Nous joindre :

    tél. : 01 57 27 63 94 ou 63 96,

    nous écrire

    Fax : 01.57.27.63.78

  • Journée avec… Élie Pouillaude.LE 28 JUIN 2014 À PARTIR DE 9H À LA CHAPELLE SANT JORDI À ELNE (PARKING SANT JORDI)

    Journée avec… Élie Pouillaude.LE 28 JUIN 2014 À PARTIR DE 9H À LA CHAPELLE SANT JORDI À ELNE (PARKING SANT JORDI)

    Journée avec… Élie Pouillaude.

    LE 28 JUIN 2014 À PARTIR DE 9H À LA CHAPELLE SANT JORDI À ELNE (PARKING SANT JORDI)

    Extrait de l’argument :

    L’idée princeps de la psychothérapie institutionnelle est qu’il faut au préalable

    traiter l’aliénation sociale du lieu de soin pour pouvoir ensuite accéder à l’aliénation

    psychopathologique des patients. Le problème actuel majeur que rencontrent

    les établissements psychiatriques est que l’augmentation de l’aliénation

    sociale que leurs imposent les structures étatiques depuis quelques années est

    telle qu’il devient de plus en plus difficile d’y répondre. L’analyser et s’en défaire

    suppose un dispositif institutionnel toujours plus étendu et fiable. Beaucoup

    d’établissements soit ne le possèdent pas, soit le possédaient mais prennent

    conscience de l’insuffisance de ce dispositif à remplir son rôle d’analyse face à

    cette augmentation de l’aliénation sociale. Chaque clinicien sérieux constate alors

    amèrement que c’est bien la prise en charge de l’aliénation psychopathologique

    des patients qui s’en ressent et se complexifie. Les mots d’ordre actuels deviennent

    ainsi la dépression face à cette dégradation des politiques de soin ou la

    résistance à ces nouvelles aliénations sociales qui écrasent la pratique clinique.

    Toutefois, résister à une aliénation ne consiste pas simplement à se dresser face

    à ses principes mais demande également d’analyser le rapport que l’on entretient

    avec elle au coeur de soi. Il semble que c’est à ce travail que nous invite

    Bourdieu en reconfigurant, dans un au-delà de Marx, les rapports étroits qu’entretient

    psychiquement le sujet, fût-il « soignant », avec les structures aliénatoires

    de l’organisation sociale. De ce travail peut-on, sans doute, attendre une

    analyse des résistances, inconscientes, à résister.

  • Canet, le 07 avril 2014- Le tableau de l’angoisse – Suite

    Canet, le 07 avril 2014- Le tableau de l’angoisse – Suite

    Canet, le 07 04 2014- Le tableau de l’angoisse – Suite

    M. B : Nous sommes le lundi 7 avril 2014.

    Francesca Caruana : Est-ce que je peux t’embêter avec une question ?

    M. B : Mais tu ne m’embêtes pas…

    F. C : C’est que je crois ne plus comprendre ce qu’est le symptôme, parce que tu disais l’autre jour que ni l’angoisse ni l’inhibition n’étaient un symptôme. Mais comment ce n’est pas un symptôme, l’angoisse ?

    M. B : Eh bien, on peut mettre ça comme point de départ, et ensuite on analyse cette prise de position.

    F. C : Mais si tu dis ça c’est que tu as déjà vérifié que ça ne l’était pas…

    M. B : Non, mais là, c’est une position. Quand on utilise les concepts, on fait une hypothèse, parce que certains viennent d’emblée mais d’autres viennent dans un rapport, et souvent certaines décisions sont prises par un penseur, ici, c’est Freud en l’occurrence, qui dit voilà, je décide que l’angoisse et l’inhibition ne sont pas des symptômes, que ces trois sont des coordonnées distinctes de la vie psychique, c’est une décision.

    F. C : Et le symptôme c’est quoi alors ?

    M. B : Justement, du coup ça donne un autre contenu à la dimension de symptôme, idem pour l’angoisse et l’inhibition… Je me souviens quand j’ai commencé ce travail, j’essayais de voir d’où venait l’angoisse, je ne pouvais pas m’en empêcher, c’était plus fort que moi, tout en ayant lu dans tous les sens Inhibition, symptôme, angoisse. On s’aperçoit qu’on ne peut absolument pas produire quoi que ce soit qui puisse permettre de savoir d’où ça vient, comment elle naît. Si vous avez fait comme moi, vous vous êtes aperçu que vous pouvez poser des questions, faire l’examen le plus strict, jamais vous n’arriverez à savoir dans quelles circonstances l’angoisse est sortie. Le symptôme, lui, on peut le dater, le signifier, on voit qu’on est obligé de produire des indices il nécessite la production d’indices, il s’agit de faire un travail pour arriver jusqu’aux indices ; le symptôme n’est pas un indice en soi, contrairement à ce qu’on dit habituellement, il s’agit de produire des indices. Pour l’angoisse, on le voit bien…

    F. C : Le symptôme d’angoisse n’existe pas…

    M. B : C’est ce que je suis en train de te dire…

    F. C : Oui, mais quand on les conjugue, le symptôme il faut chercher les indices…

    M. B : Tu ne trouveras jamais d’indices de l’angoisse, et c’est Freud qui le décide, de même pour l’inhibition qui n’est pas un symptôme. On voit clairement que l’inhibition n’a pas de rapport direct avec l’angoisse, il n’y a pas d’angoisse sous-jacente, peut-être à l’exploration mais pas dans le moment… En même temps, ce n’est pas un symptôme parce qu’à aucun moment l’inhibition se présente comme telle aux yeux émerveillés du public, c’est inhibé, c’est tout ce qu’on peut dire…

    Public : L’angoisse ne porte pas sur un objet…

    M. B : C’est ça qui est compliqué, Lacan dit que l’angoisse n’est pas sans objet, mais c’est l’objet a. Comme l’objet a est un truc auquel personne ne comprend rien, ça va, ce n’est pas un objet modèle courant, même si c’est sans doute l’objet le plus courant qui soit mais ça c’est une autre paire de manches… L’angoisse n’est pas sans objet a, c’est l’aphorisme de Lacan concernant l’angoisse, on voit bien qu’il est obligé d’en parler négativement : n’est pas sans. Reprenons le tableau, la dernière fois, j’en ai fait le tour complet en partant de l’angoisse jusqu’à l’émoi, en sautant les trois zones dangereuses qui sont le passage à l’acte, l’empêchement, et l’émotion. On peut maintenant essayer d’examiner cette négativité sémiotique, ça va devenir plus compliqué…

    Laurence Fanjoux-Cohen : Juste une question, tu as dit que Freud avait dit qu’un acte il faut que ça coûte…

    M. B : Ça coûte la levée d’une inhibition.

    (…)

  • Canet, le 31 mars 2014 – Le tableau de l’angoisse- suite

    Canet, le 31 mars 2014 – Le tableau de l’angoisse- suite

    Canet, le 31 03 2014- Le tableau de l’angoisse- suite

    M. B. : Nous sommes le lundi 31 mars 2014.

    La présentation par Pierre Legendre du livre de Mourir pour la patrie de Kantorowicz « remet sur le tapis les questions vives du juridisme, précieuses à l’histoire industrielle, qui nous file entre les doigts. Précieuses, car on n’abolira ni la mort, ni le pouvoir, ni la parole malgré le bruitage ambiant. Et nous pouvons toujours courir pour saisir ces trois fameuses questions avec lesquelles se déclarent et s’organisent la vie en société et la reproduction des sujets, car elles sont d’abord justiciables, selon un mot que j’emprunte à Eliot, d’une appréhension sensuelle de la pensée, et si j’avais à décrire d’un trait leur contenu, je dirais un chaos. C’est tout cela, les institutions, la mort, le pouvoir et la parole, noués par les savoir-faire de ce que nous appelons en occident le droit

    A ce jeu, la science fiche le camp et le politique fait son entrée, l’humanité affronte le tourment d’exister, le gouvernement s’échafaude pour le salut ; dès lors, quel historien et quelle histoire fabriquer pour entrer dans ce jeu, au surplus est-ce à proprement parler d’historique qu’il s’agit ? »

    Le politique fait son entrée, Oury l’a repris très largement dans ses deux années de séminaire où il accordait la plus grande place au fait que le politique, c’est la mort, le pouvoir, la parole, noués par le juridique.

    C’est un peu ce que je disais avant hier à notre ami Damien Cru qui confondait un peu le politique et la politique. La mort, le pouvoir et la parole ont des échos dans la politique mais le politique est une façon conceptuelle de penser la chose politique… Voilà un peu ce que je voulais vous dire en introduction.

    Peut-être quelques mots sur la journée avec Damien Cru de samedi, comment vous avez vécu ça, personne ne dit rien…

    Thérèse Martiris : Moi je trouve que dès le matin les échanges, les questions…

    M. B. : Oui, ça y allait, c’était vivant même si, comme toujours, après le repas, l’après-midi, les yeux se ferment un peu …

    Louise Jacob : J’ai trouvé intéressante l’analogie un peu sémantique qu’il y avait entre le métier du tailleur de pierre et son métier de consultant… aider à résoudre les conflits dans le monde du travail…

    Julien Allemand : Oui, j’y ai réfléchi ensuite et je me suis dit que ça lui sert quand même de base dans son travail de consultant, de s’être confronté longtemps au métier où on sait que ce sont les faits qui vont juger ce qu’on va dire, parce qu’au final ce sont les faits qui donnent la raison…Il reprend les choses un peu tabula rasa chaque fois, je trouvais ça super, moi ça m’a beaucoup parlé du fait que je suis un peu de la partie…

    (…)

    Documents joints

  • « La Pataugeoire » d’Anne-Marie Latour réédité

    « La Pataugeoire » d’Anne-Marie Latour réédité

    J’ai le très grand plaisir de vous faire part de la ré-édition de l’ouvrage « La pataugeoire ; contenir et transformer les processus autistiques » par les éditions Erès.

    Il s’agit d’une édition actualisée et augmentée : le texte initial a été conservé mais une nouvelle introduction permet d’affirmer la pertinence de cette approche dans le contexte (polémique) actuel.

    D’autre part, des compléments placés en fin d’ouvrage témoignent de questions nouvelles et d’avancées dans la compréhension et le maniement de la technique :

    « la manipulation concrète de l’eau et des objets favorise la formation de catégories essentielles telles l’espace, le temps, la permanence, la conservation, la réversibilité, etc., et facilite la création de liens de causalité, indispensables à la structuration et au développement d’une pensée. Dans le cadre d’une pataugeoire, expérimenter, jouer, recréer, mobilisent toutes les ressources de l’enfant via l’exercice de sa motricité fine ou globale. Ce « travail de fond » vient potentialiser et consolider ses fonctions intellectuelles dans des mises en forme ludiques qui apparaissent pour eux comme de véritables trouvailles.

    La structuration du moi corporel est ensuite réexaminée en approfondissant le problème de son organisation spatiale. Dans les états archaïques, il apparaît que le corps n’est perçu que comme matière ou substance qu’il devient urgent de délimiter et contenir dans une forme, celle-ci devant en outre résister aux mouvements. Cette prégnance de la matérialité du corps se traduit dans un comportement singulier en adhésivité, en collage aux qualités matérielles de l’environnement, que nous appelons échotonie. S’y oppose dans le travail thérapeutique, le jeu avec les objets dont le choix par l’enfant semble relever d’une véritable expérience esthétique ; il permet en outre de soutenir le passage pour le psychisme de l’enfant, d’une fonction « auto » à une dynamique spéculaire puis réflexive.

    La nécessité de donner forme au corps, ou plus exactement aux sensations du corps, passe par des étapes maintenant bien repérées et décrites dans l’ouvrage. Ces étapes sont des préalables à la construction et la stabilisation du contenant corporel, c’est-à-dire du sentiment d’avoir un corps, que celui-ci soit stable, organisé, délimité et enfin approprié. Elles sont, pour cette raison, appelées images du corps pré-contenantes. L’une d’entre elles, le « moi-tuyau » sera approfondie.

    La pataugeoire est un des dispositifs les plus adaptés pour partir tranquillement à la découverte du corps et pour sa « construction ». Il apparaît dans cet espace que tout peut concourir à expérimenter et raconter le corps. Habituellement, les relations corporelles, puis les jeux partagés de la petite enfance sont les expériences permettant de s’approprier progressivement les qualités, les compétences mais aussi les impossibilités du corps propre, ses dimensions émotionnelle, cognitive et instrumentale. Les enfants avec autisme singulièrement sont peu disposés aux jeux de corps à corps et même à ces jeux partagés qu’il faudra pourtant bien mobiliser. Or, une pataugeoire se constitue elle-même, au fil des séances, comme un corps intéressant à explorer et connaître. L’hypothèse qu’elle peut fonctionner comme un analogon du corps, permettant bien des activités et des expérimentations en médiatisant les découvertes et les échanges entre enfant et soignant, sera développée. »

    bien cordialement,

    Anne-Marie Latour

  • Marie-Odile Supligeau : L’INCONSCIENT EXISTE : DES CONTRE-TRANSFERTS L’ONT RENCONTRÉ… SUR LE TERRAIN. TÉMOIGNAGES

    Marie-Odile Supligeau : L’INCONSCIENT EXISTE : DES CONTRE-TRANSFERTS L’ONT RENCONTRÉ… SUR LE TERRAIN. TÉMOIGNAGES

    Marie-Odile Supligeau : L’INCONSCIENT EXISTE : DES CONTRE-TRANSFERTS L’ONT RENCONTRÉ… SUR LE TERRAIN. TÉMOIGNAGES

    FIACaen-2014

    cric14.e-monsite.com

    « La psychanalyse n’a pas le privilège

    d’un sujet plus consistant, mais doit

    plutôt permettre de l’éclairer aussi bien,

    dans les avenues d’autres disciplines. »

    Jacques LACAN

    « Écrits » – Du sujet en question ; p. 230.

    En préambule, je dois vous demander votre absolution. Car, après avoir dit un : – « Oui ! » plein de reconnaissance à nos amis du CRIC, et titré cette intervention :

    « L’INCONSCIENT EXISTE : DES CONTRE-TRANSFERTS

    L’ONT RENCONTRÉ… SUR LE TERRAIN. TÉMOIGNAGES »

    j’ai signé un faux, « une déclaration de non-conflits d’intérêts ». Rien du côté de « rémunérations altérant l’information scientifique et de qualité » mais, parmi les monceaux de paperasseries, cigles infernaux, fichiers compressés avec lesquels se démenait Madeleine ALLAPETITE pour satisfaire aux exigences DPC, il y avait, je cite :

    « Si vous estimez que des… convictions philosophiques, politiques ou religieuses, amitié ou antipathie avec une personne dont les intérêts pourraient être affectés par votre intervention…, (et donc) être interprétées comme des conflits d’intérêts, si (ces convictions) devaient être connues des participants… rapprochez-vous de notre organisme ».

    Un faux, parce que je suis en conflits d’intérêts –libidinaux- comme nombre d’entre vous j’imagine, avec cette mouvance à qui je dois tant, à laquelle j’ai un peu donné (au comité de rédaction de la revue « Institutions » pour l’actuel et, depuis des décennies, au gré de compagnonnages aux déroulés enchevêtrés). Nous avons fait les « 400 coups » pour mettre concrètement en œuvre, cette fameuse « valeur humaine de la folie », cette manière « d’envisager autrui », poinçons des psychothérapie et pédagogie institutionnelles. Me voici donc parjure, parce que lestée d’insolvables dettes. Là est ma joie : j’ai reçu beaucoup, j’ai donné sûrement et, sans l’ombre d’un remord j’entends récidiver, ici et maintenant… Avec vous.

    J’ai choisi de ne pas taire cette anecdote. « Être parjure » avec le leurre de sauver nos principes, nos pratiques, devient un des compromis embrouillant la ligne de démarcation entre résistance, délinquance et soumission pour des équipes aux prises avec des procédures administratives abjectes. Avec les réjouissances et soulagements immédiats, mais avec les pièges inhérents à la manœuvre, à moyen terme. Obtenir un consentement formel pour un désaccord su, sur le contenu, est une configuration de la perversion. Jusqu’à quels seuils se compromettre ? Nous seront précieux les éclairages de Claude ALLIONE, il titre son dernier ouvrage : « La haine de la parole ». Je comptais –admirativement- sur ceux de Didier PETIT (voir sa modestie, son sérieux, son art du partenariat et du « ne pas lâcher », dans son récent article exemplaire ). Quant à Pierre DELION, vous savez les uns les autres l’ampleur de notre dette à son égard ! Enfin, ce nom qui nous a porté : Jean OURY, son absence et son silence qui, désormais, nous hanteront.

    (…)

  • Canet, le 24 mars 2014 – Le tableau de l’angoisse ( suite).

    Canet, le 24 mars 2014 – Le tableau de l’angoisse ( suite).

    Canet, le 24 03 2014- Le tableau de l’angoisse ( suite).

    M. B. : Nous sommes le lundi 24 mars 2014.

    Je reprends le tableau de lundi dernier.

    J’insiste sur l’intérêt de ce tableau qui n’est pas cette fois-ci le parcours repris plusieurs fois sur l’empêchement, l’embarras, et tous ces machins-là, mais le rapport entre la sémiotique et le tableau. Je vous rappelle que c’est un tableau marqué par la négativité, ce que vous voyez apparaître en sémiotique n’est pas du fait de la présence de l’élément en question. Prenons la question de l’indice, une question que j’ai souvent abordée mais de façon un peu rapide, parce que je trouve que c’est la plus difficile en sémiotique, je vais donc commencer par là…

    C’est l’indice qui crée le monde, ce qui est difficile à penser, ce n’est pas du tout le monde auquel on se réfère indiciairement qui est la pensée habituelle, dualiste que nous avons. Il y a le monde et des signes qui viennent se débrouiller avec le monde, cette conception est à remettre en question, je ne dis pas « éradiquer » parce qu’on ne peut pas s’empêcher de penser ainsi, moi compris, mais il n’empêche qu’il y a un travail à faire pour éviter ça, pour essayer de comprendre que c’est grâce aux indices à notre dispositions qu’on peut fabriquer le monde… Prenons l’exemple de Robinson Crusoe, il voit une trace de pas, il se trouve dans état de désêtre absolu très bien décrit Tournier dans son livre Robinson ou les limbes du pacifique…L’exemple que je prends est un peu vicié parce qu’il a déjà fréquenté des êtres, ce n’était pas un enfant sauvage mais il n’empêche que dans ce moment-là, quand il voit cette trace de pas, il ne se dit pas que c’est Vendredi mais le diable, c’est extraordinaire…

    Dans son monde si fermé, il est incapable de penser à l’homme, et l’idée que l’indice est l’indice d’un homme est une idée fausse, qui n’est pas du tout présente dans le bouquin, c’est d’ailleurs très astucieux de la part de Daniel Defoe… Il n’arrive pas à ce moment-là à créer l’homme, il va lui falloir attendre un certain temps pour pouvoir arriver à en fabriquer un.

    Le monde tient parce que nous avons des indices, sans indices, il ne tiendrait pas. Ce sont des réflexions qu’on peut avoir particulièrement avec le délire, il n’y a pas d’indices, le monde échappe totalement, un peu comme Robinson Crusoe, qui n’est pas dans la disposition de pouvoir référer à quelque monde que ce soit. Il est avec ce pas, comme dit Lacan, comme un poisson devant une pomme, il y a le diable, qui signifie ce qui est jeté en travers, le diabolon…

    (…)

  • Canet, le 17 mars 2014 – Le tableau de l’angoisse.

    Canet, le 17 mars 2014 – Le tableau de l’angoisse.

    Canet, le 17 03 2014 – Le tableau de l’angoisse.

    M. B. : Nous sommes le lundi 17 mars 2014. Aujourd’hui, vous avez entre les mains le tableau de l’angoisse qui est aussi sur le site à la rubrique… J’ai noté entre parenthèses les grands contributeurs Freud, Lacan, Oury, Delion. Et pour ma part, ma contribution sous un jour sémiotique. C’est mon truc, des choses sur lesquelles j’ai déjà travaillé dans mon deuxième tome du Good Book, il y a tout ce qu’il faut dedans, mais c’est un peu compliqué, personne n’arrive à me lire, petit à petit, on passe aux aveux, on me dit que je suis illisible… Soit dit en passant, pour ceux qui suivent Marc, figurez-vous que le livre de Burton (of London) sur la mélancolie est cité par Peirce dans Matter is effete mind ; je m’en suis rendu compte en relisant des trucs, c’est rigolo ça, il cite Burton mais ça ne m’étonne pas, il devait être un peu mélancolique lui aussi, les génies sont mélancoliques, c’est classique…

    (…)

  • Rencontre avec Pascal QUIGNARD Le 11 Octobre 2014 à Montpellier

    Rencontre avec Pascal QUIGNARD Le 11 Octobre 2014 à Montpellier

    Rencontre avec
    Pascal
    QUIGNARD

    Le 11 Octobre 2014

    Psychanalyse
    et écriture

    SALLE PÉTRARQUE

    1 place Pétrarque

    Montpellier

  • Le colloque de l’association ISADORA aura lieu le vendredi 6 et le samedi 7 juin 2014 à Saint Martin de Vignogoul

    Le colloque de l’association ISADORA aura lieu le vendredi 6 et le samedi 7 juin 2014 à Saint Martin de Vignogoul

    Journées ISADORA 2014  » EN RÊVE… « 

    Le colloque de l’association ISADORA aura lieu le vendredi 6 et le samedi 7 juin 2014 à la Clinique de Saint Martin de Vignogoul à Pignan 34570 (Montpellier).

    Pour tout renseignement et inscription :

    http://www.isadora-vignogoul.com/sp…

  • Psypropos le 3 juin

    Psypropos le 3 juin

    En cette année 2014, les 24èmes journées d’étude de Psypropos auront pour thème : »JEUX DE CONSTRUCTION »

    Notre Conférence inaugurale se déroulera le Mardi 3 juin 2014, à 20h15, au Muséum des Sciences Naturelles Rue Marcel Proust (tout près de la gare SNCF), à ORLÉANS

    Catherine VANIER (Psychanalyste, docteur en psychologie, Présidente du Centre d’Etudes et de Recherche Pédagogiques et Psychanalytiques (CERPP)

    et Alain VANIER (Psychiatre, psychanalyste, Professeur à l’Université Paris VII – Diderot.)

    nous font l’honneur et l’amitié d’intervenir en proposant comme thème de leur CONFERENCE :

    « Bonneuil : un lieu créatif pour accueillir les enfants en difficulté. Psychiatrie, antipsychiatrie, psychanalyse, pédagogie et société. »

    Créée par Maud Mannoni en 1969, l’école expérimentale de Bonneuil aide des enfants à cheminer dans la vie, de leur dépendance initiale à l’indépendance nécessaire pour construire leur existence d’adulte.

  • Samedi 17 mai 2014 : Quel avenir pour la psychiatrie ?

    Samedi 17 mai 2014 : Quel avenir pour la psychiatrie ?

    + Rencontres de la Criée

    Rencontres de la Criée

    Vendredi 16 mai 2014 et samedi 17

    9h00 – 13h00

    Présidente : Annie Douce

    Discutant : Patrick Chemla

    Ouverture : Emile Lumbroso

    • Emile Lumbroso : Les aléas de la transmission
    Transmettre est une nécessité, pour que se perpétuent les métiers dans le champ
    de la santé mentale. Ce n’est pas seulement enseigner un savoir théorique, mais
    aussi former infirmiers, psychologues, assistants sociaux, éducateurs, psychiatres.
    Il s’agit de léguer l’expérience accumulée depuis la création de la psychiatrie en
    France. Pour qu’il y ait transmission, il faut du désir de part et d’autre, pour réinventer
    une pratique s’articulant autour de l’éthique du sujet.

    • Anna Angelopoulos : Conte et représentation de l’impensable
    Le conte oral transmet une pensée en images. L’on y repère souvent des points ou
    des tâches aveugles, c’est-à-dire des lacunes dans la transmission dues à des oublis
    du conteur. Ces lapsus d’images trahissent la pensée inconsciente du conte dont
    les mécanismes sont les mêmes que ceux du rêve. La manière singulière du conte
    populaire de traiter la transmission de l’impensable à travers ces motifs aveugles
    qui font trou dans le récit, n’est pas sans lien avec certains moments forts de notre
    pratique clinique dont je donnerai quelques exemples.

    • Pierre Dardot : Transmettre et inventer

    La transmission est ce par quoi un héritage se constitue dans l’ordre de la culture,
    héritage qui lie ceux qui viennent après à leurs prédécesseurs. Mais toute transmission
    est menacée par la répétition, la routine et l’inertie. C’est ainsi que se perd
    l’héritage. En effet, si être héritier est un état, hériter est d’abord et avant tout
    une tâche qui reste toujours à accomplir. C’est pourquoi faire vivre un héritage
    requiert une réinvention dans et par des pratiques nouvelles capables d’obliger
    tous ceux qui s’y engagent (cum-munus). Seules de telles pratiques peuvent faire de
    l’héritage un véritable « commun ».

    • Jean Oury : Transmettre !

    Qui transmet à qui ? Quoi transmettre ? Catégorie du transfert, des « transferts » ?
    Cela implique rencontre (tugkanon) et déchiffrement. A partir de quoi ? D’une expérience
     : singulière ? Collective ? Intervient logiquement toujours, un processus
    « d’interprétation ». Et c’est là la difficulté ! Qui interprète ? Quoi ? A qui ? Existe
    là forcément un « processus dialectique ». C’est un grand mot, dangereux, mais
    qu’il faut maintenir car transmettre, c’est « transférer ». Dans un autobus : ce qui
    est dominant, ce n’est pas forcément le but à atteindre, mais ce qui apparaît, par
    hasard, du paysage, à travers les vitres. De l’inattendu ? Encore faut-il un autobus !
    Décision à prendre en évitant tout ressassement pseudo-pédagogique. Comment
    se transmet la façon de sourire ? Et le Silence ? Et le pathique ? S’agit-il d’un « 
    transpassible » ? A développer sur le plan collectif, institutionnel ! Etc.

    (…)

    Samedi 17 mai 2014

    9h00 – 12h30

    Quel avenir pour la psychiatrie ?

    Forum citoyen des 39, animé par Patrick ChemlaLe forum citoyen des 39 se tient à l’occasion des 14èmes Rencontres de la
    Criée.

    Ouvert et libre d’accès pour tous, il est distinct des journées de formation
    et permet une ouverture et un débat public sur la situation de la
    psychiatrie et sur son avenir.

    Ouverture par Adeline Hazan, Maire de Reims, sous réserve.

    • Philippe Bichon, psychiatre, collectif des 39, et Le fil conducteur

    • Christine Chaise, UNAFAM Reims

    • Mireille Battut, présidente de « La Main à l’Oreille »

    • Serge Klopp, cadre de santé, collectif des 39

    • Humapsy, Association de patients suivis en psychiatrie

    • Patrick Landman, psychiatre et psychanalyste,
    initiateur de l’appel « STOP DSM »

    • Thierry Delcourt, psychiatre et psychanalyste,
    vice président du Syndicat National des Psychiatres Privés.

  • Le vendredi 16 mai 2014 à Alès : L’HÔPITAL DE JOUR DANS LE PARCOURS DE SOIN DES ENFANTS AUTISTES

    Le vendredi 16 mai 2014 à Alès : L’HÔPITAL DE JOUR DANS LE PARCOURS DE SOIN DES ENFANTS AUTISTES

    Projectiton du film Les enfants de la Rose Verte

    vendredi 16 mai 2014 à Alès : L’HÔPITAL DE JOUR DANS LE PARCOURS DE SOIN DES ENFANTS AUTISTES

    Avec la participation de Jacques Hochman, Marie Allione…

    Salle le Capitole

    10 place de l’Hôtel de Ville

    Argument

    Des psychiatres, psychologues, psychomotriciens, infirmiers, éducateurs, orthophonistes, secrétaires, aide-soignants travaillent quotidiennement dans les hôpitaux de jour où ils prennent en charge des enfants et des adolescents présentant des troubles envahissants du développement ou des troubles autistiques dont les formes sont parfois très sévères.

    Dans la discrétion tous ces professionnels font un travail de qualité dans lequel les capacités d’accueil et de lien, l’ouverture permanente sur le monde, l’empathie, l’écoute clinique et l’inventivité thérapeutique dominent avec, le plus souvent, des effets très positifs sur le développement et la qualité de vie des enfants, améliorations dont témoignent des parents tout aussi discrets.

    Pourtant aujourd’hui le travail de ces soignants et l’hôpital de jour comme dispositif de soin sont de plus en plus critiqués et parfois même durement attaqués.

    Les raisons de ces mises en cause et de ces attaques sont diverses. Elles s’inscrivent, entre autres, dans des rapports entre l’éducatif et le thérapeutique qui varient selon l’époque et la géographie ; elles sont motivées aussi par des souffrances qui n’ont pas toujours été entendues à leur juste mesure par les professionnels du soin ; elles sont parfois soutenues par des prises de position de femmes et d’hommes politiques plus fascinés par les effets d’annonce et le baromètre de l’opinion que par les avancées réelles des recherches cliniques et scientifiques. Et nous croyons que c’est surtout à cause de la méconnaissance des diverses théories et des pratiques éclectiques, qui sous-tendent la richesse du travail de la plupart des hôpitaux de jour, que la défiance peut s’installer. Cette méconnaissance par le grand public vient servir aujourd’hui des positions extrêmes et des intérêts particuliers qui prônent la disparition des hôpitaux de jour au profit exclusif de certaines méthodes éducatives comportementales, elles-mêmes remises en cause dans les pays d’où elles sont importées.

    Nous avons donc voulu témoigner de nos pratiques soignantes dans un esprit d’ouverture à une pédopsychiatrie qui intègre au mieux toutes les nouvelles données concernant ces pathologies si complexes, si diverses et encore assez énigmatiques que l’on regroupe actuellement sous le terme de troubles du spectre autistique.

    Nous avons voulu aussi ouvrir la réflexion de cette journée sur ce mouvement antipsychiatrique qui n’en finit pas de nous éclabousser, sur les dernières recherches à propos des signes très précoces et sur les accordages entre les diverses approches éducatives, pédagogiques et thérapeutiques.

  • La 28e journée nationale de Psychothérapie Institutionnelle de la FIAC se tiendra à Caen le samedi 24 mai sur Eduquer et Soigner

    La 28e journée nationale de Psychothérapie Institutionnelle de la FIAC se tiendra à Caen le samedi 24 mai sur Eduquer et Soigner

    28e journée nationale de Pi de la FIAC qui se tiendra à Caen le samedi 24 mai sur Eduquer et Soigner

    Pour tout renseignement :

    cric14.e-monsite.com

  • Spécial copains : Bages 2014 Exposition de Claude Massé

    Spécial copains : Bages 2014 Exposition de Claude Massé

  • Canet, le 15 décembre 2008- Amour et malentendus

    Canet, le 15 décembre 2008- Amour et malentendus

    Canet, le 15 décembre 2008- Amour et malentendus

    Michel Balat : Nous sommes le lundi 15 décembre 2008.

    J’étais à Bordeaux jeudi et vendredi, et c’était pas mal, les vendredis après-midi à la réunion de la clinique, un thème est choisi par les gens qui aimeraient parler de quelque chose, là on sortait d’une crise liée aux primes, sous quel critère les donner, ça pose beaucoup de malaises généraux…Ce vendredi après-midi, pour la première fois, il y avait trois thèmes, un premier posé par la personne à l’accueil téléphonique, qui se sentait submergé par les familles, il faut dire qu’il est gentil, qu’il sait écouter les gens, mais il n’en peut plus parce que des fois, il en prend plein la gueule de leurs difficultés, d’autant qu’il est lui même passé par des choses comme ça. Le second thème était Humanité et prime et pour le troisième, la violence des soignants sur les blessés. On a parlé plus particulièrement de la question de la violence et de l’humanité, on a à peine traité le thème « Humanité et prime », et sur l’accueil, on a abordé la question de vouloir le bien des patients, quelque chose qui a l’air d’être un mot d’ordre de base, contre lequel je m’élève régulièrement, depuis des années, je le dis chaque fois que je le peux, vouloir le bien de quelqu’un est la pire des choses… A la fin, j’ai trouvé une formule, que je vous livre, qui a plu à tout le monde et qui a permis d’effacer un peu l’effet désastreux du discours ambiant, à savoir que les blessés vous demandent de vous occuper de leurs maux et, eux, s’occuperont de leur bien… A la réflexion, ce n’est pas si con que ça, parce que ça veut dire qu’on ne peut pas savoir le bien de l’autre, il n’y a que lui qui peut le savoir.

    Le mal, lui, est identifié puisqu’on travaille autour du malaise, de la souffrance, on peut essayer de faire quelque chose, mais le bien de l’autre on ne saurait le vouloir, parce qu’on ne le connaît pas, et c’est à chacun de s’occuper de son propre bien, en tout cas pas aux autres.

    Au sujet des appartements thérapeutiques, il me semble qu’on a pu voir ce que pouvait signifier la greffe de possible. Oury parle de greffe d’ouvert, Maldiney parle de possibilisation, comment possibiliser une situation.

    Pour vous resituer théoriquement la chose c’est dans le fameux tableau Inhibition, symptôme, angoisse, un tableau dont on se sert beaucoup, élaboré par Lacan dans le Séminaire sur l’angoisse. En lisant de gauche à droite et de haut en bas vous avez en haut à gauche l’inhibition, à droite l’empêchement, à côté l’embarras, au-dessous sous l’inhibition, se trouve l’émotion, à côté le symptôme, et à suite le passage à l’acte, et enfin au-dessous tout en bas, vous avez l’émoi, l’acting out, et l’angoisse.

    (.)

  • Maldiney, le transpossible et le transpassible. Exposé de Marc Ledoux. Elne, le 11 avril 2014

    Maldiney, le transpossible et le transpassible. Exposé de Marc Ledoux. Elne, le 11 avril 2014

    Maldiney, le transpossible et le transpassible. Exposé de Marc Ledoux

    Elne, le 11 avril 2014

    Marc Ledoux : Bon allez, sur Maldiney. La dernière fois, j’en ai un peu parlé, il venait de mourir et je vous ai demandé si c’est possible de se réunir autour de lui. Et dans un élan maniaque, j’avais proposé le transpossible et le transpassible, mais c’est extrêmement difficile et comme je suis très attaché à lui, je veux le respecter et à partir de moi même, essayer d’aller au fond de ses textes, d’autant plus que plus je le lis, plus c’est difficile. Alors je ne sais pas, si je le fais comme je l’ai préparé, c’est terriblement compliqué, Laurence m’a dit tout à l’heure de raconter des anecdotes, mais quoi, je raconte quoi ? Il a souvent raconté, c’était un homme très sérieux.

    Georges Perez : Comment vous êtes vous rencontrés ?

    ML : Moi ?

    Laurence Fanjoux Cohen : Oui, toi !

    ML : Mais, moi, je ne suis personne !

    LFC : Justement

    ML : je ne sais plus.

    Michel Balat : Il faudrait avoir les interviews d’Oury. On a entendu hier sur France Culture, les cris de Marc.

    ML : je ne sais plus où je l’ai rencontré la première fois… c’était à Louvain… avec Schotte. (allume un cigare)

    GP : C’est interdit de fumer Marc

    MB : tu es gonflé !

    ML : (éteint son cigare) Non, non. Il a raison.

    Je sais qu’il m’a dit un jour, c’était un colloque qu’on faisait sur le Szondi, Schotte était là et comme à chaque fois on essayait d’aborder chaque vecteur de manière la plus large possible. C’était sur le vecteur C et c’est un texte qu’on peut retrouver dans le livre Le contact et dans le livre L’homme et sa folie et j’avais fait quelque chose sur Schuman. Et plus tard, à Budapest, sur le vecteur P, c’était un moment superbe, comme on était dans la ville de Bartók, j’avais fait quelque chose sur Bartók et lui, on se connaissait déjà, il disait c’est bien. Moi, j’ai abordé la peinture par l’œuvre-même et jamais par le peintre, ni par l’histoire. Ça, c’est sa phrase célèbre : « il n’y a pas d’histoire de l’art ». Il n’y en a pas. Même quand ils ont fait il y a 5 ans une journée pour lui à Royaumont, il y avait Didi-Huberman qui avait été son élève à Lyon, et qui avait écrit tout et n’importe quoi, et là, il avait essayé de tuer son maitre en disant « il y a bien une histoire de l’art ! ». Mais, là, Maldiney était encore très vif, et il a bien réagi contre ça. Il disait qu’il abordait la peinture par la peinture même, de la même façon que moi Marc, je pouvais aborder Bartók et Schumann par leur musique et non par leur biographie. C’est vrai que j’avais essayé de faire apparaître la psychopathologie ou la structure existentielle de ces musiciens à travers une analyse de leur musique. Donc, ça, c’est quelque chose qui nous a lié. Je l’aimais beaucoup. Et à chaque fois qu’il venait chez nous, avec sa femme qui est peintre, on se retrouvait. Il racontait des histoires. Par exemple sur ses dernières œuvres. Ouvrir le rien. L’art nu. « Marc, tu l’as lu ? Je te le donne. Parce que pour la première fois, j’ai écrit ma propre vision sur la peinture. Jusque là, c’était à propos de, où je pouvais développer des petites choses. Mais là, c’est ma grande œuvre. Des gens me demandent pourquoi je parle toujours des mêmes peintres. Cézanne, Mondrian, même un flamand… surtout sa sculpture, il aimait beaucoup le baroque. Mais il disait qu’il n’y a pas de baroque en Europe mais au Brésil où je l’ai accompagné une fois. Ça c’était impressionnant quand même… dans L’art nu, il y a un monsieur dont j’ai oublié le nom qui a fait une sculpture devant une église, sur cette grande esplanade. Là dessus, il a beaucoup écrit. Kandinsky, Delaunay, Bazaine, Van Gogh bien sûr, Nicolas de Staël. Les gens demandaient donc, pourquoi toujours les mêmes, pourquoi pas sur Gauguin ? Il était très hostile aux musées, au comment les musées étaient conçus, et à quoi ils servent… il était très hostile et il y allait quand même. C’était très parlant pour moi qui n’y connais rien, de l’accompagner quand il allait voir une expo. Courbet par exemple à Paris. Il disait « j’écris sur les peintres qui me regardent. Qui me touchent. Et ce sont les peintures qui me regardent. Et il y en a qui m’ont regardé, qui m’ont touché et c’est là dessus que je travaille. » C’est une petite anecdote qui est restée. Son grand ami peintre, Tal Coat… il faisait de la montagne avec lui. Quand je l’ai eu au téléphone un mois avant sa mort, il allait bien, il attendait la mort mais sa tête allait bien et il écrivait encore, il lisait encore, Hegel, toujours le même… il me disait qu’il y avait une chose qu’il regrettait, c’est de ne plus pouvoir monter le Cervin, il le faisait maintenant dans sa tête. C’était une des premières montagnes qu’il avait montée. Il était alpiniste. IL parle souvent à partir de son vécu, quand il est sur la crête du Cervin avec Tal Coat, quand il voit soudainement non pas un objet apparaître mais à la fois dans cette opposition du ciel et la terre, il y a l’apparaître. Et cette sensation, il va l’utiliser souvent pour essayer d’approfondir sa phénoménologie.

  • Vient de sortir : Francesc Tosquelles par Jacques Tosquellas

    Vient de sortir : Francesc Tosquelles par Jacques Tosquellas

  • FETE DE LA SANT JORDI à BAGES les 25 et 26 AVRIL

    FETE DE LA SANT JORDI à BAGES les 25 et 26 AVRIL

    BAGES les 25 et 26 AVRIL FETE DE LA SANT JORDI, un événement incontournable

    4 points forts :

    La peinture : ANITA GARCIA à la Casa Carrère

    Le livre : Un col.loque sur l’oeuvre de CLAUDE DELMAS à la Médiathèque Joan Pau Giné

    L’écrivain est entouré de ses mis : Claude Massé, Henri Lhéitier, Richard Méïer, Michel Fourquet et Jacques Quéralt

    La Chanson, la poésie : Présentation du LIVRE + 4CD et du digipack 4CD CANTEN GINE à la Médiathèque.

    Hommage à Joan Pau GINE , avec la reprise de ses textes par 92 Chanteurs de Catalogne Sud et Catalogne Nord

    Soirée spectacle : CANTEN GINE , artistes de Catalogne Nord et de Catalogne SUD chantent GINE et nous font aussi découvrir leur propre répertoire.

  • Exposé complet de Marc Ledoux à Elne + le frontispice de Burton, le vendredi 10 Janvier 2014 : La mélancolie

    Exposé complet de Marc Ledoux à Elne + le frontispice de Burton, le vendredi 10 Janvier 2014 : La mélancolie

    Elne, le vendredi 10 Janvier 2014

    La mélancolie Exposé complet de Marc Ledoux

    Je vais faire ce soir une traversée sur la mélancolie. Ce sera impossible d’arriver à la manière de Maldiney… à qui j’aimerais faire un hommage. Il vient de mourir. 102 ans. Mais ce sera trop compliqué je crois pour traverser et arriver à la manière dont Maldiney a essayé d’approcher au plus proche la mélancolie, surtout à travers Binswanger. Je ne sais pas si on aura le temps… on verra…

    On peut dire que la mélancolie c’est en même temps la folie au sens psychiatrique du terme et l’expression de l’âme humaine dans son noyau le plus profond. C’est un mot, c’est une notion qui rend possible, c’est rare, entre la pensée actuelle et la tradition antique à partir de la question universelle : d’où vient la folie, d’où vient le chagrin profond, la fureur, le suicide et où cela nous amène. En opposition avec ceux qui invoquaient une raison surnaturelle ou une punition divine, la pensée médicale donnait la priorité dès l’antiquité à une cause naturelle. Toute la théorie de la bile noire. Je ne sais pas si je dois m’arrêter là, parce que cela demande beaucoup d’explications autour de Platon… toute cette tradition, mais j’y reviendrai pour dire tout ce qui m’a le plus passionné là-dedans.

    Donc la théorie de la bile noire est le noyau d’une approche passionnelle de la mélancolie qui s’est transformée plus tard dans une approche nerveuse. Le noir, l’oppressif et la lourdeur restent présents comme un continuum aussi bien dans la clinique que dans la littérature. Et donc, c’est à partir de là que je dois être honnête, c’est un cours que j’ai préparé pour Louvain, que je continue à préparer, à partir de cet axe là avec en première partie, l’antiquité, Platon et la doctrine de la manie, Aristote et la doctrine qui est un peu connue de la génialité et…

    LFC : génial ?

    M : oui, génial, l’homme et le génie. C’est déjà plus connu ça, ce rapport dans la mélancolie. C’est un petit texte de ce grand livre d’Aristote. Il y a Jacky Pigeaud qui a fait une traduction et un bon commentaire dans ce petit livre : « l’homme de génie et la mélancolie ».

    Si ce soir on s’arrête là-dessus, on va faire une heure, j’ai pensé, allez lis Jacky Pigeaud et c’est bon, pour ensuite faire celui-là, ce gros livre. Mais si vous voulez, on peut faire Aristote…

    En 1621, à la fin de la renaissance, il y a ce livre en deux tomes, le livre de la vie, le livre de l’univers : L’anatomie de la mélancolie de Robert Burton. Là, je vais m’arrêter un peu quand même.

    Et dans une première partie, je voulais commenter aussi un dialogue avec le livre de Gladys Swaine « Dialogue avec l’insensé », un article magnifique qu’elle a écrit sur « Permanence et transformation de la mélancolie. »

    Dans la deuxième partie, je vais aborder ce qu’est la pensée psychiatrique autour de la mélancolie, avec deux méthodologies : la méthodologie sémiologique avec Kraepelin et la méthodologie typologique, le classique de Tellenbach La mélancolie. Dans mon cours, je continue tout de suite avec une rencontre entre la psychanalyse et la phénoménologie, et puis aussi Binswanger et son livre difficile Mélancolie et manie. Et surtout Binswanger relu par Maldiney. Je ne sais pas où on arrivera tout à l’heure. Demain, certainement, quand on fera les profils, si vous êtes d’accord, j’aborderai la mélancolie selon Szondi.

    (…)

  • L’ INATTENDU DANS LA RENCONTRE, avec Jean Oury le Vendredi 25 avril 2014 Salle communale à ALGANS (81) 20 heures

    L’ INATTENDU DANS LA RENCONTRE, avec Jean Oury le Vendredi 25 avril 2014 Salle communale à ALGANS (81) 20 heures

    L’ INATTENDU DANS LA RENCONTRE

    Vendredi 25 avril 2014 Salle communale à ALGANS (81) 20 heures

    « Caminante, no hay camino, se hace camino al andar… » Antonio MACHADO.

    Le chemin se fait en marchant…Et en marchant on peut faire des rencontres ! Le hasard peut il se programmer ? S’organiser ? Quelles conditions préalables pour une rencontre ?

    La rencontre avec l’inattendu est elle encore possible quand parfois tout est « borduré », réglé, tracé, cadré, voire contraint ? Comment faire alors pour que l’inattendu, qui attend parfois en vain dans un coin, trouve enfin une place ? Au sein de l’institution, dans le collectif ? Parmi les soignants…

    Donnons nous les moyens d’accueillir la surprise et l’imprévu.

    De l’attachement aux petits riens… Ces petits riens qui créent du lien et permettent d’être là !

    Travaillons le quotidien, mettons le en récit pour créer les conditions nécessaires d’un accueil possible, dans une certaine ambiance… Soyons créatifs. Imaginons et proposons des lieux, des espaces d’ouvertures au possible.

    Pour ne pas oublier, ne pas en rajouter, finalement pour ne pas ne pas nuire… Imprévu, étonnant ? Etonné ! Il est temps, place à l’inattendu, à la rencontre, à la transmission…

    Nous vous proposons ce soir de marcher à la rencontre de Jean OURY

    Avec la participation de Jean OURY, Psychiatre à la Clinique de la Borde, Maguy MONMAYRANT, Psychologue et Fernando VICENTE , Psychanalyste

    TOLTEN, souffleur de son et de sens, ponctuera la soirée par une intervention slamée.

    PS : Tes plats ou boissons même les plus inattendus seront les bienvenus !

    06 14 38 06 90 Mail : lespsycausent@gmail.com Site : http://lespsy-causent.over-blog.fr/

    Entrée libre et Sortez libre !

  • Canet, le 08 décembre 2008 – Histoire d’un bateau dans le delta O

    Canet, le 08 décembre 2008 – Histoire d’un bateau dans le delta O

    Canet, le 08 12 2008 – Histoire d’un bateau dans le delta O

    M. B. : Nous sommes le huit décembre 2008.

    Je résume la situation évoquée la dernière fois, deux personnes sont au bord de la plage et l’une dit à l’autre : « Tu vois le bateau là-bas, il transporte des marchandises et pas de passagers. », Peirce dit que l’autre ne voit pas le bateau et pose la question suivante : quel est l’objet du signe ?

    C’est là qu’on voit la grande différence entre la sémiotique et la linguistique, si l’on demande à un linguiste quel est l’objet du signe, il vous dira le bateau, évidemment, et vous même, si je ne vous avais pas averti, vous m’auriez tous répondu le bateau.

    Si l’on part de la langue, et si l’on essaie de définir une méthodologie, on ne sortira jamais de la langue ; la sémiotique, elle, est elle fondamentalement pragmaticiste. Ces précisions sont à prendre en ligne de compte pour étayer la suite des événements.

    Un des fonds de la sémiotique est fondamentalement pragmatique mais le pragmatisme inventé par Peirce en 1870 n’a rien à voir avec la définition de pragmatisme dans un dictionnaire qui est une horreur… L’idée fondamentale du pragmatisme telle qu’elle est exprimée dans une maxime célèbre est celle-ci : « La signification d’un concept est la signification de l’ensemble des actes auxquels le concept pourrait conduire ». Là, le pourrait est intéressant… Le pragmatisme est la préoccupation de l’acte comme possible, si l’on cause c’est pour induire des actes possible, sinon on ne causerait pas.

    Austin a écrit un livre dont le titre en français est Quand dire, c’est faire mais c’est un peu rapide, dire n’est pas nécessairement faire, en revanche ça conduit à des faire possibles, ce qui est la chose intéressante. Austin faisait référence à ce qu’il a appelé le performatif, où, de temps en temps, des paroles prononcées sont déjà un faire, il prend l’exemple de la chambre des députés quand elle dit : « la séance est ouverte », il est évident qu’en le disant, il ouvre la séance… Tout le monde a réfléchi sur le performatif, même mes copains, Oury, Horace Torrubia, mais moi, ça ne me branche pas tellement, c’est une des possibilités du langage mais c’est plutôt une des possibilités du signe, pourquoi foutre la langue là-dedans ? Elle n’y est pas nécessairement, un signe cabalistique qui ouvre une séance dans une secte secrète, ça, c’est performatif, et pourtant rien à voir avec la langue… Il faut faire attention à tout un tas de trucs qui sont déposés et qui ne sont pas très intéressants. De 1870 jusqu’en 1914, Peirce a réfléchi à la question du pragmatisme, ça le hantait, et un jour il a eu cette formule extraordinaire quand on réfléchit à son fondement : « Le pragmatisme c’est la logique de l’abduction. »

    Pourquoi ? L’abduction est un des arguments fondamentaux qui se rapproche de l’hypothèse, l’inspecteur Bourrel fait une abduction dans Les cinq dernières minutes. J’en vois qui sourient, d’autres non, j’en abduis que certains ne connaissent pas l’inspecteur Bourrel. Je ne le déduis pas, parce que je n’en sais rien, vous pourriez aussi ne pas avoir envie de sourire, pourtant j’abduis que chaque personne qui ne sourit pas ne connaît pas l’inspecteur Bourrel, c’est une abduction, une hypothèse. L’abduction est cette capacité que nous avons de produire une idée générale qui va être posée, non pas comme une vérité absolue mais comme quelque chose de problématique mais qui est arrivé comme idée… Si cette idée est arrivée, si elle a quelques raisons d’être, comment va-t-on pouvoir y accéder d’une quelconque façon ? On ne le pourra que par les effets qu’elle va produire, par exemple vous connaissez l’histoire célébrissime de la pomme de Newton, qui ne s’est sans doute jamais produite : « Bon Dieu !, mais c’est bien sûr !, la lune tombe sur la terre. », cette idée princeps pour la compréhension de la mécanique céleste. Jamais personne n’avait eu l’idée que la lune tombait sur la terre, au contraire, on pourrait dire que cette idée n’est pas vraiment naturelle, on ne voit pas tomber la lune, on voit simplement qu’elle fait le tour, et c’est tout ce que l’on peut dire, or, lui dit qu’elle tombe, ce qui est une idée inouïe mais il avait beaucoup étudié, il avait largement pensé ce champ-là. Une pomme qui tombait d’un arbre l’aurait inspiré mais ce n’est même pas la peine, il suffit qu’un jour, il se réveille et se dise « Bon Dieu !, mais c’est bien sûr !, la lune tombe. », et il fabrique toute la mécanique céleste, c’est une abduction, mais elle n’aurait aucun intérêt comme abduction si elle ne conduisait pas à des expériences qui vont pouvoir mettre en évidence la véracité de ce qu’il pense, de vérifier si cette histoire a quelque sens.

    Quand l’inspecteur Bourrel dit : « Bon Dieu !, mais c’est bien sûr ! », une idée vient synthétiser quelque chose, on ne sait pas quoi, une idée surgit et il va à ce moment-là partir à la recherche d’indices guidés par l’abduction primaire. La raison d’être de l’abduction est de pouvoir conduire à des actes, à ce qu’en seraient les développements pratiques, c’est pour cette raison que le pragmaticisme est la logique de l’abduction, et ça c’est d’une force absolument inouïe car là, on comprend à la fois le pragmaticisme et l’abduction, à condition de les mettre vraiment en parallèle, sans les séparer sinon c’est fichu, ce n’est même pas la peine d’en parler, et vice versa.

    Tout cela pour vous dire que nous sommes là dans une dimension pragmaticiste.

    (…)

  • Jacques Testart : « Un eugénisme invisible est à l’oeuvre » in Le Point

    Jacques Testart : « Un eugénisme invisible est à l’oeuvre » in Le Point

    LE POSTILLON

    PROCREATION

    ©Le POINT, 27 février 2014

    Jacques Testart : « Un eugénisme

    invisible est à l’oeuvre »

    Dans “Faire des enfants demain” (Editions du Seuil), le biologiste Jacques Testart, “père” en 1982 du

    premier bébé éprouvette français, met en garde contre les dérives de la médecine procréative.

    René Frydman était le gynécologue ; lui, Testart, le biologiste, celui qui, dans la pénombre de son laboratoire, réalisa l’impensable : la fécondation in vitro (FIV), la reproduction hors du corps humain. C’était en 1982 et le monde entier s’inclinait, éberlué, devant la naissance en France d’Amandine après celle de Louise Brown, en Angleterre. Aussitôt après, le couple scientifique Frydman Testart implosait. Alors que la FIV et surtout la congélation de l’embryon ouvraient un champ infini de pratiques et de questionnements engendrement des années après la fécondation, don d’ovules, GPA (gestation pour autrui) , Jacques Testart adoptait une attitude peu appréciée de ses pairs. I’incitation à la prudence. Trente ans durant, alors que le recours à l’AMP (assistance médicale à la procréation) explosait partout dans le monde développé, accompagnant un inquiétant déclin de la fertilité, alors que les avancées techniques offraient toujours plus de possibilités à trie société en pleine redéfinition de la famille et du genre, Testait a tenté de convaincre les scientifiques et les politiques de mettre des limites à une médecine procréative sommée de combler un insatiable désir d’enfant. En humaniste et athée convaincu, il a prédit, souvent avec des années d’avance, ce que nombre de ses pairs refusaient de croire, notamment le tri d’embryons, qui se pratique désormais partout. Et se pratiquera demain, il est en convaincu, à grande échelle …. V. M.

    Le Point : Mesuriez vous, en 1982, les bouleversements sociétaux qu’allait provoquer la FIV ?

    Jacques Testart : Non. J’étais, comme Frydman, poursuivi par les paparazzis, et j’étais très surpris par l’émoi provoqué, alors que nous n’avions rien inventé, seulement reproduit, hors du corps, le mécanisme naturel de la procréation…

    Aujourd’hui, Smillions de bébés ont été conçus par FIV

    dans le monde, et le recours à l’AMP ne cesse d’augmenter.

    Oui, en Europe, ce sont chaque année 8% de couples supplémentaires qui y ont recours. Cette croissance est sans doute une réponse à l’infertilité masculine, qui augmente dans l’espèce humaine, et une façon de pallier l’âge de plus en plus tardif auquel les femmes décident de procréer. Mais il y a aussi une forme d’accoutumance. Beaucoup de gens refusaient le recours à la FIV il y a trente ans ; aujourd’hui, c’est un acte banal, alors qu’il faudrait lui conserver une certaine gravité. Au moins 25% des couples traités en FIV le sont pour des stérilités dites idiopathiques, c’est à dire sans cause apparente. Dans les années 8o, c’était 5%…

    Qu’en concluez vous ?

    D’abord qu’il reste d’énormes progrès à faire pour comprendre l’infertilité : on aide des couples à avoir un enfant, mais il faudrait comprendre pourquoi ils n’en ont pas naturellement. La toxicité des perturbateurs endocriniens, qu’il faudrait interdire, les parades qu’il faut leur trouver d’urgence sont des champs de recherche inexplorés. Mais j’en conclus aussi que, parmi ces patients chez lesquels aucune cause de stérilité n’a été trouvée, beaucoup n’avaient sans doute pas besoin de la médecine et auraient eu des enfants sans FIV. Seulement, ils sont impatients, la technique est là, et il faut bien faire tourner les centres d’AMP, publics ou privés…

    Depuis la.première ‘FIV’, quelles ont été d’après vous les

    grandes avancées scientifiques de l’AMP ?

    L’injection intra cytoplasmique de spermatozoïde (ICSI), qui est une réponse extraordinaire à l’infertilité masculine. Dans la nature, il faut des dizaines de millions de spermatozoïdes pour qu’un ovule ait une chance d’être fécondé, mais avec l’ICSI on réalise la parité des gamètes : un spermatozoïde pour un ovule ! Autre avancée : la congélation de l’embryon puis celle de l’ovule, la cellule la plus rare du corps humain, qu’on sait désormais conserver sans risque. Mais j’y suis pour ma part plutôt opposé.

    Pourquoi ?

    Une des clés pour éviter le trafic d’embryons et les dérives commerciales liés aux cellules souches embryonnaires était de ne stocker qu’une des cellules sexuelles, en l’occurrence le sperme, qu’on sait depuis longtemps conserver. Songez que maintenant on a à disposition dans le monde, dans des cuves d’azote liquide, des milliards de spermatozoïdes et des milliers d’ovules souvent anonymisés, de quoi faire des mariages en laboratoire sans que plus personne ne soit concerné. Ce matériel biologique peut potentiellement être dévié. On me répond qu’il y a des règles bioéthiques, sauf qu’on sait à quelle vitesse ces règles évoluent et sont contournées…

    La congélation permet surtout l’autoconservation. Le Collège des gynécologues plaide pour que les Françaises aient le droit de congeler leurs ovules, pratique autorisée dans de nombreux pays. Vous y êtes pourtant opposé…

    Je congèle 125 ans et je suis mère à 50… L’argument égalitariste est toujours le même : puisque les hommes peuvent

    procréer sans limite d’âge, alors pourquoi pas les femmes ? Sauf que la difficulté qu’ont les femmes, et je ne la minimise pas, à mener leur carrière puis à réaliser à 35 ans qu’elles sont moins fertiles est une question sociétale. C’est injuste, mais je ne vois pas ce que la médecine, censée traiter des pathologies, a à faire là dedans. Avec le désir d’enfant, un égalitarisme sans fin s’est insinué dans ces questions de bioéthique : les homosexuels veulent être comme des hétérosexuels, les célibataires comme des couples, les hommes comme des femmes, les femmes âgées comme des jeunes en âge de procréer. Mais où cela va t il s’arrêter ? Ce n’est nullement une question de morale, mais de limite ; je ne suis pas opposé à ce que des lesbiennes ou des gays élèvent un enfant, mais qu’ils se débrouillent pour le faire…

    Que voulez vous dire ?

    Je vais peut être choquer vos lecteurs, mais l’insémination artificielle n’est pas un acte médical compliqué : il suffit d’un verre et d’une paillette, éventuellement stérilisés ! Les lesbiennes américaines se sont débrouillées pendant des années pour faire cela toutes seules avec la complicité d’amis, de parents. Que l’Agence de biomédecine, pourquoi pas, leur explique comment procéder au mieux, mais en quoi les médecins sont ils concernés par cette demande ?

    Et les couples d’hommes ?

    Même chose, cette fameuse GPA pourrait se dérouler de façon conviviale, humaine : une amie, une cousine qui accepte de porter l’enfant. Au moins, les choses seraient dites, les acteurs nommés. Si les homosexuels ne parviennent pas à trouver ce genre de complicité sans l’aide de l’establishment médical et sans rémunération, cela signifie peut être qu’il n’est pas si hurnain que cela de porter un enfant que l’on va donner. Et encore une fois, la conception est une affaire privée, qu’est ce que les médecins ont à faire là dedans ? On leur demande désormais de réparer de la souffrance…

    Vous étiez très opposé à l’autorisation du diagnostic pré-impiantoire (DPI)…

    En 1986, dans mon livre « L’œuf transparent », je condamnais d’avance le tri des embryons. On m’avait alors ri au nez, arguant qu’on ne saurait jamais établir le génome dès la fécondation. Quatre ans plus tard, c’était fait… J’ai tout entrepris pour que le DPI soit interdit. Les lois de bioéthique de 1994 l’ont cependant autorisé pour des maladies graves et incurables. En France, cela reste bien contrôlé. Seuls trois centres, dotés de comités scientifiques et éthiques, sont autorisés à le pratiquer, mais déjà les critères changent. Dans le centre de Strasbourg, on autorise maintenant le DPI pour éviter certaines formes de cancer familial, c’est à dire qu’on est passé de la détection d’une maladie grave à celle d’une prédisposition, ce qui ouvre à d’infinies possibilités…

    Mais c’est pour éviter aux familles la souffrance de l’avortement thérapeutique…

    Je ne suis pas du tout opposé à l’avortement thérapeutique, car il est en lui même une limite aux dérives eugéniques. Parce qu’il est pénible, traumatisant, il ne peut se pratiquer que pour des raisons importantes. Alors que le tri d’embryons est si facile ! Dans le monde, on trie déjà selon le sexe, par exemple. Songez qu’en Angleterre le strabisme est reconnu comme raison valable de procéder à un DPL En Australie, les médecins acceptent, lorsqu’une famille connaît des cas d’autisme, de sélectionner les embryons, mais comme on ne connaît pas de gène de l’autisme et qu’on sait qu’il ya au moins trois fois plus de garçons que de filles atteints, alors, que fait on ? On supprime les garçons…

    Que faire pour mettre une limite ?

    Puisqu’il est inhumain de s’entendre sur une liste de maladies qui justifieraient l’élimination des embryons, le plus simple, ç’aurait été de limiter le tri à une seule et unique maladie grave par couple. C’était un moyen d’éviter les dérives eugéniques. Je me suis battu pour cela, mais je n’ai pas été entendu. Le Comité d’éthique a même récemment plaidé pour que soit autorisé, en cas de DPI, la recherche systématique de la trisomie. On comprend li logique : si un couple se lance dans un DPI pour éviter, par exemple, la maladie de Huntington, ce n’est pas pour que la femme soit enceinte d’un enfant trisomique. Sauf qu’on voit ce qui va suivre. Au nom de l’égalité, pourquoi tous les couples en FIV ne réclameraient ils pas, eux aussi, qu’on trie leurs embryons pour éviter les trisomies, et alors pourquoi pas tous les couples ? C’est de l’eugénisme, selon vous ?

    Bien sût Un eugénisme doux, invisible et démocratique. On ne sait aujourd’hui produire qu’une dizaine d’embryons par FIV, mais quand on saura, sans douleur ni contrainte, en faire cent, et cela viendra, vous imaginez la palette de tri qui s’offrira aux couples ?

    PROPOS RECUEILLIS PAR VIOLAINE DE MONICLOS

    « Faire des enfants demain » de JacquesTestart (Seuil, 216 p., 16€).

    « La conception d’un enfant est une affaire privée.

    Qu’est ce que les médecins ont à faire là dedans ? »

    Le Point 2163 127 fevrier 23H121

  • DEPASSER LA TECTONIQUE DES PLAQUES Par Yannick PINARD

    DEPASSER LA TECTONIQUE DES PLAQUES Par Yannick PINARD

    DEPASSER LA TECTONIQUE DES PLAQUES

    Par Yannick PINARD

    Dans un article paru en Mars 2012, dans la revue « Institutions » (1) sous le titre : « Education et soins : pour une réflexion éthique », je réagissais à la décision de la H.A.S d’exclure la psychanalyse, la psychothérapie institutionnelle et le packing de l’approche d’éducation et soins des personnes autistes.

    Au regard de mes quarante années de fonction d’éducateur spécialisé, j’essayais de montrer que l’opprobre que jetait cette décision sur ces approches et sur les professionnels des secteurs Psychiatrie et Médico-Social, relevait d’un discours manichéen tendant à faire croire qu’en matière d’autisme, tous les maux ne venaient que de ces approches et de ces professionnels, justifiant une « juste » attitude coercitive de l’Etat.

    A l’arbitraire de ce discours, j’opposais l’impossibilité actuelle d’identifier de façon définitive les causes, non pas de l’autisme mais des autismes, tant ce syndrome prend des formes multiples suivant les personnes qu’il touche. J’opposais aussi la complexité extrême de la prise en charge des personnes présentant des troubles mentaux, notamment dans une société élitiste comme la nôtre qui professe l’acceptation de tout handicap, mais concrètement le rejette. J’opposais enfin à cette explication univoque, les responsabilités conjointes, non pas des professionnels mais de certains d’entre eux, comme de certaines associations de parents et de l’Etat, dans les dérives qui nous concernent aujourd’hui.

    La parution du troisième plan Autisme, accompagné de ce diktat incompréhensible et intolérable martelé par madame Carlotti, signent, par leur outrance, un aveu : celui que le champ de l’autisme n’est pas qu’un simple révélateur d’une discorde, mais une instrumentalisation délibérée qui prend corps dans les années 1990, pour aboutir à ce discrédit et cette mise au pas de la Psychiatrie et du Médico-Social que nous connaissons aujourd’hui.

    Une tectonique des plaques :

    Depuis la création des Etats-Unis d’Amérique, la persistance rétinienne du rêve américain dans l’imaginaire collectif est prompte à lui accorder toutes les vertus, en posant sur lui un regard aussi énamouré que pourvu d’œillères, tout entier acquis à l’attrait du « nouveau » et du « tout est possible » qui lui est adjoint. La rencontre entre le « nouveau monde » et l’ancien, fait alors l’effet d’une tectonique des plaques, tant cette rencontre n’est pas conçue comme un tuilage, mais comme une vérité quasi messianique qui nous viendrait d’outre-Atlantique et s’imposerait à nous. De fait, et toujours avec un temps de retard, nous adoptons plus que nous adaptons, sans réserves, ce qui nous vient des U.S.A.

    Il en est de même pour ce qui est des questions de santé mentale et particulièrement en matière d’autisme. Les choix radicaux et monolithiques que vient de prendre l’Etat avec le troisième plan Autisme, sont directement soumis aux délires d’un D.S.M en voie d’identifier une pathologie par personne, aux neurosciences et aux théories comportementalo-cognitivistes , considérés comme LA « révolution culturelle » de nos secteurs Psychiatrie et Médico-Social, attendue par nos concitoyens… au moment même où, aux U.S.A. celles-ci sont battues en brèche !… c’est l’effet « métro de retard »… ce revirement états-unien n’ayant pas pour nous valeur d’enseignement.

    Nos secteurs avaient pourtant tenté de raisonner l’Etat, en élaborant de façon scrupuleuse et ouverte, autour du professeur Misès, une Classification Française des Troubles Mentaux de l’Enfant Et de l’Adolescent (CFTMEA) à une période où le D.S.M ne sévissait pas encore, qui présentait l’énorme avantage d’être à la fois un outil nosographique et clinique pertinent pour les professionnels dont je suis.

    L’Etat avait donc toutes possibilités de soutenir cette CFTMEA, non comme une « exception culturelle » française, du vieux monde contre le nouveau, mais comme une approche raisonnée, respectueuse des personnes et des apports des différentes disciplines. D’autant que Misès était, sinon l’instigateur, au moins le propagateur d’une approche psycho-dynamique en matière d’éducation et soins, qui en avait les mêmes valeurs et avait été adoptée par la plupart des professionnels comme colonne vertébrale de l’exercice de leurs métiers.

    Ce que l’Etat n’a pas fait… en exigeant de Roger Misès, en cette année 2012 doublement funeste pour lui, d’opérer la jonction avec la C.I.M.10.

    En lieu et place de l’hommage que la nation aurait dû rendre à cet homme qui a consacré sa vie à affiner une approche intelligente de la personne mentalement perturbée, elle lui a infligé le double affront de ce grand écart et de la décision de la H.A.S… au moins aura-t-il été préservé de celui du troisième plan Autisme.

    (…)

  • Pour faire le portrait… par Antoine Viader

    Pour faire le portrait… par Antoine Viader

    Pour faire le portrait…

    Antoine Viader

    Francois Tosquelles, j’y pense souvent, jusqu’à faire son portrait. Chacun connaît le poème de Jacques Prévert : « Pour faire le portrait d’un oiseau »… En ce qui concerne François Tosquelles, il n’avait pas besoin qu’on lui dessine de cage, même ouverte….

    Je me souviens du film de Ruspoli : « La fête prisonnière », tourné à saint Alban en 1961 à l’occasion d’une fête où, comme d’habitude, les villageois, les soignants et les malades se rencontraient et faisaient la fête ensemble. Je crois que Ruspoli a déniché une fenêtre dans le « château » où il y avait encore des barreaux. Ce qui pouvait justifier peut-être le mot prison… peu importe…

    François Tosquelles nous a quittés en 1994 sans laisser d’adresse. Bien sûr, physiquement, il gît dans le caveau familial de Granges sur Lot. Mais, nous a-t-il vraiment quittés ? Lui même l’avait dit à propos des morts : « Tant qu’on pense à eux, qu’on parle d’eux, ils restent vivants ».

    Pour faire le portrait de François Tosquelles, il faudrait quelques pages d’écriture.

    Ce serait donc une légende :

    Alors, écrire en pensant à lui, esquisser quelques traits de son visage, peut être…

    Comment le formuler ?

    Je ne vais pourtant pas écrire sur lui, de lui, pour lui. Pourrais je écrire « avec » lui ?

    Il faudrait le rejoindre à l’horizon de son paysage, de notre paysage dans un échange sans parole…

    Je ne parlerai que très peu d’anecdotes, de rencontres avec les uns et les autres, de ses écrits, et même, si ça se trouve, entre lui et moi.

    Je tenterais d’envisager sa démarche intérieure plutôt que ses mouvements extérieurs, mais peut on séparer ces deux approches…

    Si je me permets d’écrire ainsi, c’est que je l’ai connu, admiré et aimé et qu’il reste, pour moi, présent à ma propre pensée, aussi proche qu’avant.

    J’ai écrit, ailleurs, que François Tosquelles était un authentique habitant du langage. On pourrait de nouveau lui ouvrir ce lieu, comme il l’a fait pour les autres, que Henri Maldiney nomme (c’est le titre de l’un de ses livres) : « Aître de la langue et demeures de la pensé ».

    Donc habitant mais aussi passager. Il faut bien assumer le voyage de la vie et prendre ce train, le… « Au train où vont les choses »… d’un auteur qui n’était pas un philosophe professionnel mais un dessinateur de Bd, le dénommé « Fred ».

    On pourrait même dire que l’humour, c’est la poésie de la tristesse.

    (…)

  • Elisabeth Roudinesco : de quoi la « théorie du genre est-elle le fantasme ?

    Elisabeth Roudinesco : de quoi la « théorie du genre est-elle le fantasme ?

    Copyright Le Huffington Post du 3 février 2014

    Elisabeth Roudinesco
    Historienne de la psychanalyse

    De quoi la « théorie du genre » est-elle le fantasme ?

    Publication : 03/02/2014 07h16

    Réunis en une grande coalition boursoufflée, voici que les représentants de l’extrême-droite, toutes tendances confondues – anti-mariages gay, appuyés sur un catholicisme intégriste, salafistes habités par la terreur d’un maléfique lesbianisme américain, lepénistes anti-système, baroudeurs de la quenelle, anciens du Groupe union défense (GUD), multiples partisans de Dieudonné, de Robert Faurisson, d’Alain Soral, de Farida Belghoul, de Marc Edouard Nabe et autres écrivains illuminés, habitués des plateaux de télévision -, nous offrent un spectacle tonitruant pour commémorer le quatre-vingtième anniversaire de l’irruption des ligues fascistes hurlant contre la République, sur fond de crise économique majeure. Les images partout diffusées ressemblent à celles du 6 février 1934, même si les protagonistes de ces défilés intitulés « jour de colère » se détestent les uns les autres et affirment ne pas partager les opinions de leurs alliés. La haine de l’autre est toujours enfantée par l’union de ceux qui se haïssent entre eux. Rien à voir avec le magnifique poème biblique sur la colère de Dieu (Dies Irae).

    Et c’est pourquoi on retrouve dans leurs rangs une même thématique : slogans conspirationnistes, détestation des élites, des intellectuels, des femmes, des étrangers, des immigrés, de l’Europe cosmopolite, des homosexuels, des communistes, des socialistes et enfin des Juifs, le tout ancré dans la conviction que la famille se meurt, que la nation est bafouée, que l’école est à l’agonie, que l’avortement va se généraliser, empêchant les enfants de naître, et que partout triomphe l’anarchie fondée sur une prétendue abolition généralisée de la différence des sexes.

    Le thème n’est pas nouveau, il était déjà présent sous une autre forme dans certains discours apocalyptiques de la fin du XIXé siècle qui affirmaient que si les femmes travaillaient et devenaient des citoyennes à part entière, elles cesseraient de procréer et détruiraient ainsi les bases de la société, laquelle serait alors livrée, d’un côté aux « infertiles » – sodomites, invertis et masturbateurs – agents d’une dévirilisation de l’espèce humaine, et de l’autre aux Juifs, soucieux, d’établir leur domination sur les autres peuples en usant d’une fertilité sans commune mesure avec celle des non-Juifs. Le thème du Juif lubrique, incestueux et pourvu d’un pénis sans cesse érigé, aussi proéminent que ses fosses nasales, est une des constantes du discours antisémite.

    Aujourd’hui, les ligues de la colère prétendent dénoncer, après le vote de la loi sur le mariage entre personnes du même sexe, un nouveau complot fomenté à la tête de l’Etat pour détruire davantage la famille et la différence anatomique des sexes. Il aurait pour objectif d’imposer l’enseignement dans les écoles républicaines d’une prétendue « théorie du genre » visant à transformer les garçons en filles, les filles en garçons et les classes en un vaste lupanar où les professeurs apprendraient aux élèves les joies de la masturbation collective. On retrouve ici le thème de l’infertilité érigé en complot contre la reproduction sexuée et l’idée de la généralisation de l’accouplement entre personnes du même sexe. En effet, aucun enfant ne peut naître biologiquement d’un acte sexuel qui unirait une femme devenue homme et un homme devenu femme.

    Mais de quoi cette « théorie du genre », qui n’existe pas, est-elle le fantasme ? Pourquoi une telle rumeur a-t-elle pu se propager dans les réseaux sociaux sans que les médias n’aient eu le temps de l’invalider ? Comment des parents – heureusement très minoritaires – ont-il pu céder à cette ridicule campagne de panique, baptisée « journée du retrait de l’école », où se mêlent terreur de l’inversion des sexes, de l’annulation des différences et de la pédophilie ?

    Pour répondre à cette question, il faut d’abord rappeler que le genre, dérivé du latin genus, a toujours été utilisé par le sens commun pour désigner une catégorie quelconque, classe, groupe ou famille, présentant les mêmes signes d’appartenance. Employé comme concept pour la première fois en 1964 par le psychanalyste américain Robert Stoller, il a ensuite servi à distinguer le sexe (au sens anatomique) de l’identité (au sens social ou psychique). Dans cette acception, le gender désigne donc le sentiment de l’identité sexuelle, alors que le sexe définit l’organisation anatomique de la différence entre le mâle et la femelle. A partir de 1975, le terme fut utilisé aux États-Unis et dans les travaux universitaires pour étudier les formes de différenciation que le statut et l’existence de la différence des sexes induisent dans une société donnée. De ce point de vue, le gender est une entité morale, politique et culturelle, c’est-à-dire une construction idéologique, alors que le sexe reste une réalité anatomique incontournable.

    En 1975, comme le souligna l’historienne Natalie Zemon Davis, la nécessité se fit sentir d’une nouvelle interprétation de l’histoire qui prenne en compte la différence entre hommes et femmes, laquelle avait jusque-là été « occultée » : « Nous ne devrions pas travailler seulement sur le sexe opprimé, pas plus qu’un historien des classes ne peut fixer son regard sur les paysans (…) Notre objectif, c’est de découvrir l’étendue des rôles sexuels et du symbolisme sexuel dans différentes sociétés et périodes. » L’historienne Michelle Perrot s’est également appuyée sur cette conception du genre dans ses travaux sur l’histoire des femmes, ainsi que Pierre Bourdieu dans son étude de la domination masculine. Et d’ailleurs, à bien des égards, cette notion est présente dans tous les ouvrages qui traitent de la construction d’une identité, différente de la réalité anatomique : à commencer par ceux de Simone de Beauvoir qui affirmait en 1949, dans Le deuxième sexe, qu’on « ne nait pas femme mais qu’on le devient ».

    Dans cette catégorie des gender studies, il faut ranger aussi l’ouvrage exemplaire de Thomas Laqueur, La Fabrique du sexe, (Gallimard 1992) qui étudie le passage de la bisexualité platonicienne au modèle de l’unisexualité créé par Galien afin de décrire les variations historiques des catégories de genre et de sexe depuis la pensée grecque jusqu’aux hypothèses de Sigmund Freud sur la bisexualité.

    Dans le même temps, le livre magistral de la philosophe américaine Judith Butler, Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion (La Découverte, 2005), publié à New York en 1990, eut un grand retentissement, non pas dans la société civile, mais dans le monde académique international. S’appuyant sur les travaux de Jacques Lacan, de Michel Foucault et de Jacques Derrida, elle prônait le culte des « états-limites » en affirmant que la différence est toujours floue et que, par exemple, le transsexualisme (conviction d’appartenir à un autre sexe anatomique que le sien) pouvait être une manière, notamment pour la communauté noire, de subvertir l’ordre établi en refusant de se plier à la différence biologique, construite par les Blancs.

    Dans cette perspective se développa ce qu’on appelle « la théorie queer » (du mot anglais « étrange », « peu commun »), tendance ultra-minoritaire au sein des études de genre et qui contribua à cerner des comportements sexuels marginaux et « troublés » : transgenre, travestisme, transsexualisme, etc… Elle permit non seulement de comprendre ces « autres formes » de sexualité mais de donner une dignité à des minorités autrefois envoyées au bûcher, puis dans les chambres à gaz, et aujourd’hui bannies, emprisonnées, torturées par tous les régimes dictatoriaux. Ce fut l’honneur des démocraties de les accepter et à ce titre la « théorie queer » eut le mérite de faire entendre une « différence radicale ». C’est un délire et une sottise d’imaginer que les trans-bi et autres travestis que l’on voit défiler depuis des années dans les Gay Pride puissent être source d’un quelconque danger pour l’ordre familial et la démocratie. Bien au contraire, cette présence témoigne de la tolérance dont est capable un Etat de droit.

    Comme on le voit, les études de genre, quelles que soient leurs orientations – des plus modérées aux plus excessives – n’ont rien à voir avec un quelconque programme de propagande judéo-bolchevique à l’usage des écoliers. Faire croire que l’on pourrait enseigner les oeuvres de Freud, de Butler, de Laqueur, de Foucault, de Bourdieu ou de Stoller à des enfants de 11 ans, relève du délire. Et d’ailleurs, on sait que dans plusieurs établissements scolaires, les élèves ont déjà tourné en dérision les fantasmes des ligues en jouant au jeu de la jupe à toto, du pantalon à Bécassine et du zizi à Julot et à Julie. A l’ère des tablettes et de la toile, il ne faut tout de même pas prendre les enfants pour des imbéciles.

    Mais puisque les études de genre, rebaptisées « théorie du genre » par les ligues fascistes, sont ainsi « descendues dans la rue » pour servir de slogan grotesque à une vision complotiste de l’Etat, cela veut dire qu’une nouvelle conceptualité, aussi sophistiquée soit-elle, peut devenir, à l’insu des auteurs qui s’en réclament, l’enjeu d’un combat politique imprévisible.

    Autrement dit, en touchant à une représentation de la sexualité inacceptable pour les tenants de l’ancien ordre familial, les études de genre ont réactivé dans la société contemporaine, minée par la misère, le vieux fantasme d’une terreur de l’abolition de toutes les différences, à commencer par celle entre les hommes et les femmes. Comment s’en étonner quand on sait que ces études ont été suscitées par l’observation des transformations de la famille occidentale, par l’entrée des femmes dans un ordre historique autrefois dominé par les hommes et enfin par l’émancipation des homosexuels désireux de sortir, par le mariage, de la catégorie des « infertiles » ?

    Certes, ces études ont donné naissance à des extravagances et la « théorie queer » suscite des débats contradictoires dans le monde académique. Il faut s’en réjouir. Toute approche nouvelle engendre des dogmes, des excès, des attitudes ridicules, et la valorisation excessive du sexe construit (gender, queer, etc) au détriment du sexe anatomique est aussi critiquable que l’a été pendant des décennies la réduction de l’identité sexuelle à l’anatomie, c’est-à-dire à une donnée immuable induite par la nature. On connaît les dérives de ce « naturalisme » fort bien critiqué en France par Elisabeth Badinter. C’est sans aucun doute par référence à cette « théorie queer » et à ses minuscules dérives qu’a été inventée par des ignares la rumeur selon laquelle des comploteurs – adeptes de Foucault, Derrida, Lacan, Beauvoir, Bourdieu ou Freud – viseraient à pervertir les écoliers.

    Pour ma part, il y a belle lurette que j’ai intégré dans mon enseignement d’historienne de la psychanalyse, les études de genre et je ne crois pas avoir fomenté le moindre complot contre l’école républicaine. N’en déplaise aux ligues fascistes. Il ne faut pas s’y tromper : l’ennemi à combattre aujourd’hui c’est la « bête immonde » dont les partisans accrochent pêle-mêle au cou de leurs enfants en bas âge, lors de leurs manifestations, des pancartes où l’on peut lire : « à bas les homos, à bas les Juifs, à bas Taubira, à bas les familiphobes, dehors les étrangers, etc… ». Je me demande ce que penseront ces enfants-là quand, parvenus à l’âge adulte, ils découvriront le spectacle de ces manifestations auxquelles, bien malgré eux, ils avaient été conviés.

  • Pierre Delion : Lettre ouverte à ceux qui peuvent découvrir à leurs dépens la perversion de publicités mensongères circulant sur le Net comme s’il s’agissait de vérités établies

    Pierre Delion : Lettre ouverte à ceux qui peuvent découvrir à leurs dépens la perversion de publicités mensongères circulant sur le Net comme s’il s’agissait de vérités établies

    Lettre ouverte à ceux qui peuvent découvrir à leurs dépens la perversion de publicités mensongères circulant sur le Net comme s’il s’agissait de vérités établies

    Pierre Delion

    Sans vouloir me réjouir de ce que nous sommes désormais fondés à nommer l’affaire Peillon, consécutive à cette incroyable aventure d’enfants qui sont retirés de leurs classes parce qu’on leur inculquerait, sous le prétexte de cours sur la sexualité, des éléments d’information plus que tendancieux visant à répandre la perversion sur les « genres » dans nos chères têtes blondes, je constate que les gouvernants sont maintenant ouvertement confrontés à une peste qui a envahi nos champs professionnels depuis quelques années et qui tend à se répandre de façon exponentielle.

    En effet, lorsque les soignants pratiquant la technique du packing ont découvert lors d’une belle journée mondiale de l’autisme que cette technique, utilisée de façon très rare pour soigner efficacement les auto-mutilations chez les enfants autistes, était vilipendée outrageusement par certains parents d’enfants autistes groupés au sein d’associations prêtes à se servir de tous les moyens pour la faire disparaître de nos pratiques soignantes, sont-ils tombés des nues. La suite a donné raison aux détracteurs, malgré une succession de pare-feux mis en place par les instances officielles du ministère de la santé, et notamment par le Haut Conseil de la Santé Publique. Mais c’était sans compter sur la force des systèmes d’influence modernes qui ne s’embarrassent pas des scrupules de la démocratie : pour Peillon comme pour le packing, il est aujourd’hui possible d’envahir les espaces ciblés qui permettent de modifier en profondeur une tendance, voire le transformer radicalement, y compris en prenant le pouvoir dans des domaines dans lesquels un point de vue éclairé devrait prévaloir. Pour ce faire, pas besoin de justifications approfondie, il suffit de rassembler autour d’une publicité bien faite un certain nombre de personnalités qui disposent de réseaux larges et implantés, et de leur demander de bien vouloir transmettre chez leurs affidés un message simple : telle technique est barbare parce qu’elle réunit quelques éléments qui peuvent la faire passer pour telle, quitte à en travestir la réalité. A l’appui, vous joignez un petit film genre épouvante et voilà la mission accomplie : vous semez dans les chaumières le doute sur l’intégrité de telles et telles personnes, en les calomniant pour défendre une telle cause, sans aucune précaution pour leur travail, leur réputation et leur avenir. La conviction d’avoir raison l’emporte sur toutes autres préoccupations, et tout cela au nom d’une éthique mise en avant pour défendre une idée contenue dans le message véhiculé larga manu. Si d’aventures, vous arrivez à convaincre quelques scientifiques internationaux, ce qui a été le cas pour la technique du packing, en noyant suffisamment le poisson puisque le contenu du message soit dénué de toute vérification possible et orienté vers la thèse que vous défendez, vous prenez d’un coup une force considérable puisque vous pouvez vous appuyer sur la réputation intacte de ces savants qui ne sauraient être dupes des arguments avancés. Si, non content d’en être déjà arrivés là, vous souhaitez vraiment enfoncer le clou de votre combat acharné pour la défense des enfants victimes de ces méthodes épouvantables, alors vous n’avez plus qu’à toucher les cercles du pouvoir. Pour cela, il suffit de faire marcher vos réseaux et le nombre de clics sur internet obtenus sur les sites spécialisés dans ces opérations de noyautage devient l’argument principal, utilisé en son temps par Staline : « le Vatican ? Combien de divisions ? », celui du nombre d’électeurs potentiels concernés par votre position et qui ne manqueront pas d’attirer les votes en votre faveur. Toujours est-il que si, par ailleurs vous êtes repéré comme faisant partie du continent en perdition nommé « psychanalyse », alors là, pas de chance pour vous, toutes les forces hostiles convergent en votre défaveur, et vous avez beau arguer de votre fonction, de vos titres et travaux, de vos réussites argumentées, des quelques organismes officiels qui s’obstinent à vous défendre et à vous soutenir contre vents et marées, de votre réputation en opposition avec toutes les calomnies adressées par nombre de critiques qui précisément ne vous connaissent pas personnellement, cela n’a plus aucune importance, vous voilà emporté par ce tsunami d’avis négatifs, tous aussi creux et plein de vent que les arguments utilisés pour vous abattre. Vous auriez pu croire un instant que le changement de gouvernement vous donnerait la possibilité de vous exprimer devant de nouvelles instances qui se seraient réveillées de leurs moments de coma sous influence ? Que nenni !, c’est presque pire, à croire que la solution n’est plus dans le Politique.

    Et puis, un soir, une émission réalisée par une mère d’enfant autiste, qui a la cote dans le public des téléphages, vient témoigner de son « si long combat », ce qui vient faire écho à ce que vous dites depuis plusieurs années sans effets aucuns, en assurant que la technique du packing a fait beaucoup de bien à son enfant, et qu’elle ne comprend pas qu’on ait pu en arriver à l’interdire aux autres enfants qui en auraient bien besoin. Alors, des parents et des professionnels en grand nombre viennent vous demander ce qui s’est passé, pourquoi cette technique a été interdite alors qu’aucun écrit ni aucune publication nationale ou internationale n’en a dit le moindre effet négatif, négligeant en passant les publications et livres où les résultats positifs étaient démontrés, pourquoi les pouvoirs publics se sont laissés abuser par des publicités mensongères pour laisser les détracteurs livrer leurs messages pervers, pourquoi et comment la Haute Autorité de Santé a pu sortir de telles contre-vérités malgré son engagement de rigueur scientifique, et comment tous ces éléments continuent de s’auto-entretenir par un effet dont seuls les connaisseurs d’Internet savent l’impossibilité de l’endiguer par la production de savoirs exacts, l’entropie des informations divulguées dans une démocratie médiatique approximative. Déjà la revue Prescrire, qui délivre des informations rigoureuses sur les pratiques médicales, avait fait remarquer avant l’été dernier l’absence de rigueur dans la publication des recommandations émises par la HAS en mars 2012. Les retours nombreux consécutifs au témoignage d’Eglantine Emeyé viennent confirmer cette inflexion et vont rendre à nouveau possible une vraie information. Les résultats de la recherche entreprise au CHRU de Lille viendront probablement confirmer l’efficacité de cette technique.

    Mais la similitude des mécanismes de désinformation utilisés avec l’affaire Peillon de façon encore plus antidémocratique me pousse à intervenir pour poser la question à nos contemporains : comment se défendre de ces moyens de pressions hyperagissants et anonymes qui viennent gangréner notre démocratie en faisant appel à des technique dignes de l’intoxication en période de guerre, et qui ont comme objectifs de déstabiliser suffisamment les personnes ressources de ce pays au profit d’avis donnés par des « experts » de papier, dont l’expertise ne se trouve pas dans les sujets abordés, mais dans d’autres domaines qui, pour en être connexes, ne peuvent en aucun cas être considérés comme pertinents. Demanderait-on à un généticien des cancers digestifs son avis éclairé dans la technique opératoire pour les métastases cérébrales ? Bien sûr que non. Eh bien, c’est ce qui s’est passé en matière de packing, toutes les personnes interrogées et appelées à juger de son efficacité et de sa pertinence n’ont aucune connaissance dans ce domaine précis et ont donné un avis certes intéressant en tant que citoyen, mais nul en tant que spécialiste. Et pourtant les décisions ont été prises avec ces avis de personnes incompétentes dans le sujet traité.

    Il en va de notre fonctionnement démocratique de trouver des moyens de lutter contre ces impostures scientifiques. La science doit aider le Politique à prendre les bonnes décisions en matière de santé, mais à condition que la démarche soit essentiellement scientifique et non idéologique ou commerciale. Ces évènements doivent être médités pour ce qu’ils sont, des signes avant-coureurs d’une société qui ne saura plus comment savoir avec justesse ce qu’il est bon de savoir sans soupçonner que ce savoir peut être contaminé par d’autres considérations portant sur des intérêts partisans. Ces faux débats aboutissant à des décisions arbitraires, livrés sans dépasser la conflictualité nécessaire aux processus de pensée, sont délétères pour nos contemporains.

  • Canet, le 24 septembre 2007 Le concept de continuité (II)

    Canet, le 24 septembre 2007 Le concept de continuité (II)

    Canet, le 24 septembre 2007

    Le concept de continuité (II)

    M. B. : Bon, nous sommes le lundi 24 septembre 2007. La dernière fois, je vous avais montré que la question de la continuité pouvait très bien échapper à l’observation scrupuleuse des choses, mais qu’une réflexion approfondie sur les conditions nécessaires à toute chose en mouvement nous amenait à supposer la continuité. Je vous avais donné des éléments à partir de l’histoire d’Achille et la tortue, et je vous avais indiqué que, sans aucun doute, la continuité était supposée pour pouvoir parler du déploiement des interprétants dans la sémiose, et ce, quand bien même on en rendrait compte par le discontinu, puisque rendre compte de quelque chose, c’est couper dans le continu, ce qui nous donnait une indication sur la notion de coupure.

    Je vous avais fait remarquer que la notion de coupure avait été introduite par les mathématiciens pour définir les nombres réels — il ne m’avait pas paru absolument indispensable d’expliquer comment ils procédaient, même si ça pouvait présenter un intérêt, parce que ça réclamait un effort disproportionné par rapport au résultat —, avant d’être reprise par Lacan. Quand il dit que « le signifiant est une coupure », eh bien, il faut le penser comme une coupure dans la continuité du discours. Ce que j’avais essayé de justifier, et puis l’orage est venu à ce moment-là faire une coupure dans mon discours…

    G. P. : Tu peux un peu développer là, le rapport de la continuité et du signifiant ?

    M. B. : Eh bien, en somme, le signifiant apparaît comme discontinu dans un continuum. On peut avoir ça de manière plus claire si l’on songe à toutes les concaténations possibles de signifiants : la potentialité de signifiants comme possibles peut être pensée comme un continuum. Tous les discours possibles qui peuvent être tenus par exemple, mais à condition de les poser non pas au niveau du signifié mais au niveau du signifiant. Lacan parle d’une batterie du signifiant. Par exemple, en mathématiques on connaît bien ça, avec les groupes continus : un groupe continu peut-être engendré par un nombre fini d’éléments. On a un nombre fini d’éléments, mais en les faisant jouer les uns avec les autres on peut avoir un continuum sans difficultés. C’est toujours comme ça que j’ai traduit le signifiant chez Lacan, mais vous pouvez peut-être soutenir autre chose… Je vous rappelle que ce sont mes propres abductions, ma propre lecture.

    Il me semble que ce que je suis en train de vous dire est justifié par le fait que toute la réflexion du dernier Lacan porte sur la topologie de figures continues : le tore, la sphère trouée, ce qu’il appelle le cross-cap, etc. Il dit finalement que le signifiant fait une coupure dans ces figures topologiques, donc on voit bien que la batterie signifiante engendre de telles structures.

    C’est un petit peu comme dans les groupes de Lie, par exemple — puisque c’était ma spécialité, enfin il paraît… Je ne me souviens même plus de ce que c’est… Sophus Lie, c’est un type formidable, un grand mathématicien, un des fondateurs de l’algèbre topologique —, on sait qu’il y a des groupes de Lie qui sont engendrés par un nombre fini d’éléments. Ce sont des questions que vous vous êtes sans doute posées, même enfant : combien de phrases différentes peut-on faire avec les mots dont on dispose et avec la grammaire qui est la nôtre ? Bon, on s’aperçoit que c’est infini. A priori c’est infini. On ne peut pas réaliser une infinité de phrases, mais par contre, il y a une possibilité d’une infinité de phrases ; et pour cette infinité-là, chaque phrase introduit une discontinuité dans le continuum de toutes les phrases possibles. Ceci pour vous donner quelque chose qui est plus clair. Donc, quand on parle de signifiant, c’est à ce niveau-là, c’est-à-dire qu’à un moment donné, il y a quelque chose qui surgit et qui fait coupure dans un continuum.

    Bon. Alors la chose qui paraissait intéressante d’un point de vue un peu plus peircien, disons, c’était le fait qu’il nous faut supposer le continu. Sauf que le continu est du niveau de la tiercéité, or la supposition introduit la hiérarchie, puisque sub-poser, c’est poser dessous ; alors, là, il nous faudrait trouver un mot, il nous faudrait sur-poser (rires) Ça n’existe pas, ça ? Il n’y a pas un terme pour dire ça… vous qui êtes savants, pour dire que c’est couvrant ? J’attirais votre attention là-dessus parce que c’est une question qui est très embêtante : au bout du compte, on a le sentiment que le continu est une sorte de donné immédiat.

    Je vous faisais remarquer que lorsque vous vous tournez vers n’importe quel paysage, vous avez un sentiment de continuité, mais ce sentiment de continuité n’a rien à voir avec la continuité, qui est clairement, elle, du niveau de la tiercéité. Et au point même où, dans un passage, Peirce fait remarquer la chose suivante : si la pensée était discontinue, nous ne pourrions même pas penser le continu. Or nous pouvons penser le continu, c’est donc que le continu est l’être-même de la pensée.

    Bon, il dit ça beaucoup mieux que moi ; moi je résume des arguments plus complexes, mais il me semble qu’on doit pouvoir trouver ça dans les Collected Papers dans un chapitre qui est consacré au continuum. Quand je l’aurai retrouvé, je le mettrai en ligne… mais en anglais, alors !

    Il y a donc cette distinction importante à faire entre le continuum qui est, disons, perçu, senti, entre le sentiment de continuité — alors le sentiment de continuité, ça nous dit quelque chose quand même : quand Winnicott parle du sentiment continu d’exister, ce n’est pas pour rien —, entre le sentiment continu d’exister et la continuité, qui est, elle, du niveau d’une loi, par exemple…

  • Canet, le 17 novembre 2008 Interprétation des rêves, figurabilité, pensée du rêve et travail du scribe.

    Canet, le 17 novembre 2008 Interprétation des rêves, figurabilité, pensée du rêve et travail du scribe.

    Canet, le 17 novembre 2008

    Interprétation des rêves, figurabilité, pensée du rêve et travail du scribe.

    M. B. : Nous sommes le 17 novembre 2008, et… ça fait vingt-deux ans que je fais ça… (rires) C’est effrayant, toutes les conneries que j’ai racontées en vingt-deux ans, c’est même pas pensable, et encore on en rajoute… Le week-end dernier, l’association des psychologues des Pyrénées Orientales m’avait invité à venir parler de l’accueil et on a passé un très bon moment … Officiellement je devais parler de la question de l’accueil, c’était presque une sorte de synthèse panoramique de la question de l’accueil, qui était…

    Public : J’ai eu des échos…

    M. B. : Ah ! qu’est-ce qu’on t’a dit ?

    Public : Que c’était bien.

    M. B. : Oui, j’ai trouvé aussi.

    Public : On est partis dans plein de chemins…

    M. B. : Oui, absolument. Ça m’a permis de découvrir une acception du mot accueil qu’on ne connaissait pas, c’est « accueillir le chemin », pas mal ça comme truc, ça a commencé comme ça, ça ne pouvait que bien partir… Cela fait un bout de temps qu’on n’a pas travaillé et la dernière fois, on a fait un truc sympa, qui était de se présenter, mais on ne va pas le faire chaque fois… Ces longues périodes, en novembre et en mai où on ne se voit pas d’un moment font une longue coupure et on du mal à reprendre…Une idée autour de laquelle on pourrait discuter m’est venue à l’occasion de ce qu’on appelle une supervision d’équipe, dans un endroit que certains ici connaissent bien, je vais essayer de brancher ça sur l’ensemble des préoccupations qui sont les nôtres, surtout sur la question de l’écriture. Je vous rappelle en gros l’idée de base, on en était à dire que l’arrivée de l’écriture avait instauré quelque chose de nouveau dans le langage. Est-ce que c’est réellement nouveau ou est-ce que c’était déjà présent mais à l’état latent, il faudrait être historien, anthropologue, ethnographe, que sais-je, pour pouvoir répondre à cette question… On va faire comme si, hypothèse de base, l’écriture transforme, elle vient imposer une certaine structure dans la langue qui n’apparaissait pas jusque là. Je vous avais cité un passage de notre ami Karl Marx, il est sympa, il dit des trucs biens, c’était sur la formule générale du capitalisme, dans …

    Public : Chapitre IV.

    M. B. : Ah, chapitre IV, je vais vous le lire parce que c’est intéressant…

    (…)

  • Canet, le 04 novembre 2013 Autour de La Décision par Jean Oury

    Canet, le 04 novembre 2013 Autour de La Décision par Jean Oury

    Canet, le 04 novembre 2013

    Autour de La Décision par Jean Oury. La question de l’écriture et du corps

    M. B. : Nous sommes le lundi 4 novembre 2013.

    Aujourd’hui j’aimerais revenir sur deux textes, le premier c’est le séminaire de Jean Oury de 1986, La décision, je vous le recommande parce que c’est remarquable. Le second, c’est le mien, « Encorporation, scription, et inscription : sujet et traduction », un des chapitres de Psychanalyse, Logique, Eveil de coma. Vous y retrouverez l’histoire du croissant, le pragmatisme, et des éléments qui vont avec la décision.

    Il y a notamment quelque chose qui m’a beaucoup intéressé, connaissant Oury depuis décembre 86, — là ça se termine en juin 86. Il a reçu ma thèse en septembre ou octobre, et je l’ai passée en décembre —, j’ai donc rencontré Oury en décembre 86, entre temps il n’avait rien lu de ce que j’avais écrit, et je retrouve des préoccupations qui étaient les miennes quand j’écrivais toutes ces conneries, ça me scotche, ça, non pas l’histoire du croissant que j’ai écrite plus tard, en 92 ou 93.

    Ce qui m’a beaucoup intéressé c’est une référence à Viktor von Weizsäcker, l’auteur de Pathosophie, que Marc Ledoux a traduit, la chose intéressante porte sur la décision. Vous pourrez découvrir que Oury parle de la décision d’une façon extrêmement élaborée, et il en fait un concept superbe, il s’intéresse à un moment donné sur… est-ce que, à un moment donné, quelqu’un prend une décision ? Il dit qu’on ne peut dire une chose comme ça, la décision se prend, enfin il ne le dit pas exactement comme ça, je le traduis dans mon langage, dans ce que je comprends de ce qu’il écrit, parce que ce sont là des traductions, on traduit tous les textes des autres, on passe notre temps à ça.

    Je me souviens de « mon bon Riguet », le mathématicien de Lacan, chez qui j’avais passé trois jours, chaque fois que je parlais il traduisait dans sa langue à lui, c’était tout à fait étonnant, il avait inventé les gractes, il traduisait tout en gractes, ce n’est pas fou, chacun est comme ça, quand je vous parle, je vous dis des trucs que vous traduisez dans votre langue… c’est la raison pour laquelle j’avais écrit un texte sur la traduction, je disais que la traduction est le minimum qu’on puisse faire, on traduit la langue de l’autre, et si on la traduit ça signifie qu’on la connaît un peu.

    Il faut s’initier à la langue de l’autre, on ne peut pas se précipiter dans la traduction sans porter un minimum d’intérêt à la langue de l’autre, et en particulier quand on reçoit quelqu’un il parle une langue qui nous est étrangère, c’est un peu ce que veut dire Lacan avec lalangue, chacun parle sa « lalangue », c’est-à-dire qu’il parle son truc qui s’est inscrit dans son corps sans qu’on sache où ni comment, quand je vous parle de tessère corporelles… il parle de quelque chose qui est cette langue qu’il a en lui, qu’il présente dans la langue qui sert de médiateur un petit peu, dans laquelle il va fournir quelques éléments de compréhension à l’autre, mais il ne faut pas s’arrêter à la compréhension de ce que les personnes disent, c’est pour ça qu’il n’y a rien à comprendre dans le travail psychothérapique, la seule chose c’est de pouvoir entendre tout à coup un truc qui sonne, et qui amène la présence… on entend quelque chose de lalangue qui surgit, et qu’on traduit à ce moment-là dans ce qu’on comprend de la langue de l’autre, c’est la position d’Horace Torrubia, qui disait « notre travail c’est d’apprendre la langue de l’autre », et ce n’est pas si simple. Car ce n’est pas parce que nous parlons la même langue que l’on peut apprendre la langue de l’autre.

    (…)

  • Canet, le 01 octobre 2007 La réalité du signe n’est pas dans son objet mais “dans” le processus

    Canet, le 01 octobre 2007 La réalité du signe n’est pas dans son objet mais “dans” le processus

    Canet, le 01 octobre 2007

    La réalité du signe n’est pas dans son objet mais “dans” le processus

    M. B. : Donc nous sommes le lundi premier octobre 2007… J’aimerais partir de ce bouquin-là… Psychanalyse, Logique, Éveil de coma. Je trouve que l’introduction a son intérêt pour ce que nous faisons… Je me propose de vous la lire, tant pis !… mais avec les commentaires, qui ne seront pas inutiles… (rires) Parce que ça pose la question du signe. Ce n’est pas long, il y a trois pages. Ça ne vous ennuiera pas trop… Et peut-être que ça vous donnera envie de le lire… j’en vendrais trois de plus… ou deux ou un… ou zéro, ce qui est le plus probable.

    Le signe conçu comme un processus…

    G. P. : D’emblée.

    M. B. : D’emblée… est quelque chose qui ne dépend pas de ce que tel ou tel pense ou de ce qu’une quantité quelconque de personnes en pensent, autrement dit le signe est (au sens de ce terme depuis le XIIIe siècle) réel.

    G. P. : … ça commence fort…

    M. B. : Bon, « le signe conçu comme un processus », c’est une idée que vous commencez à avoir en tête, mais « l’indépendance du signe par rapport à la pensée de chacun », ça, c’est un nouveau point important. Je vous lis ce texte aujourd’hui, ou plutôt cette année, parce qu’il pose toutes les questions de l’interprétant. Et je vois que là, je l’aborde de front, donc ça vaut peut-être le coup d’aller regarder ça de nouveau ; et peut-être que ça permettra de redresser les conneries éventuelles.

    En tout cas, le signe est réel dans ce sens-là, c’est-à-dire que c’est le signe qui fait penser ; ce n’est pas la pensée qui fait le signe.

    Depuis des années, depuis 1986, je fais des exposés de sémiotique, en public, et je dois dire que j’ai parfois été amené à faire des remarques qui s’appuyaient sur des exemples pris pendant les vacances.

    Une année, c’était il y a bien longtemps, hélas, je passais des vacances au bord du Vésuve, à vrai dire près de Sorrente, et j’avais remarqué une chose : le matin, dès que je me mettais sur le balcon de la chambre d’hôtel où nous étions et que je voyais le Vésuve, je pensais au Vésuve… J’étais stupéfait de penser au Vésuve.

    Ça vous paraît comme ça, étrange, mais c’est quelque chose d’énorme. Et bien sûr, je peux penser au Vésuve sans être devant lui, la preuve aujourd’hui, mais pourquoi y penser quand on est devant lui ?

    Public : On peut avoir plein de choses à penser…

    M. B. : Ah !… « On peut avoir plein de choses à penser », donc je me dis quand même qu’il y a quelque chose dans la perception du Vésuve qui me contraint à penser au Vésuve : voilà. Bon, c’est une connerie, c’est une petite bêtise mais une bêtise vécue. Et les bêtises vécues, ça vaut de l’or parce que c’est incontournable : on l’a vécu, on l’a remarqué, on s’est posé la question, et ça vaut le coup.

    Chez Freud, il y a plein d’exemples là-dessus : une comptine ou une idée saugrenue survient, si vous remontez le cours de l’histoire de cette comptine qui vous est venue tout à coup en tête, ou de cette idée qui vous a parue étrange, alors que vous étiez en train de faire autre chose, eh bien, vous verrez que dans les minutes qui précédaient, vous avez été en contact avec un signe qui pouvait évoquer cette chose-là. Donc on voit bien que la question du signe porte sur le fait que le signe, d’une certaine façon, s’impose. Même si vous niez l’avoir vu, il est pris en charge par le penser.

    (…)

  • Canet, le 06 octobre 2008 L’univers du discours

    Canet, le 06 octobre 2008 L’univers du discours

    Canet, le 06 octobre 2008-

    L’univers du discours

    M. B. : Nous sommes le 6 octobre 2008. Avant de reprendre, j’aimerais vous raconter une petite histoire. Mercredi dernier, j’étais à Paris, j’entamais mon chemin pour aller à Sainte Anne, solitaire avec mes rêveries, quand tout à coup, un type se jette sur moi et me dit « Ah, je voulais vous voir ! Je suis sculpteur, je fais des films et samedi 4 octobre, je suis à Cerbère au festival du court-métrage, mon film est programmé à 10h. ». On va voir le film en question. Il me dit qu’il ne s’agit pas d’un court-métrage, mais d’un film court, il a raison, c’est différent, son film dure quatorze minutes quatorze secondes ; on a vu aussi un court-métrage époustouflant qui durait quarante cinq minutes. Il assiste au séminaire d’Oury de façon régulière parce qu’il se reconnaît pleinement dans ce qui s’y raconte, il s’appelle Côme Mosta-Heirt, il est sculpteur et fait des installations. Dans son film, il est sur l’écran, avec des ampoules autour du cou qu’il doit allumer derrière lui, il demande de l’aide et fait des essais, par exemple, les ampoules sont suspendues dans un coin de la pièce et il dit qu’il faudrait une chaise à tel endroit de l’espace ; à un autre moment, il tient un bâton qu’il pose contre un mur, « Juste, c’est ça qu’il faut ! ». La tonalité générale est celle de l’humour et de la dérision, c’est l’artiste qui trouve enfin la place exacte qu’il cherchait pour l’objet. Pendant tout ce temps, il donne des ordres à un type qui tient la caméra, et du coup, quand le type doit bouger, la caméra bouge un peu. Il lui dit qu’il devrait mettre la chaise à tel endroit, etc. On se rend compte très rapidement par cette invention qu’il fabrique de l’espace, on voit de la profondeur. De façon générale, les films projettent la profondeur sur l’écran, on a l’impression de la voir, mais là, on est immergé dans celle-ci, parce qu’en s’adressant au cameraman-assistant, il donne un au-delà de l’écran qui de façon générale n’est pas visible.

    D’autre part, l’arrangement de tous les objets qu’il réclame n’est pas vu par le spectateur : quand il dit qu’il faudrait poser le tabouret à tel endroit, qu’il faudrait poser un morceau de bois à tel autre, rien n’est visible, ou alors ce sont des morceaux, des bouts, des bribes, les objets sont constamment hors champ, lui est au centre de l’organisation, mais sa présence est souvent réduite à l’apparition d’une partie du corps, d’un bout d’oreille… Il fabrique de l’espace en profondeur, en trois dimensions, en mettant les objets hors champ, en les faisant vivre comme s’ils étaient indispensables à la scène, les choses changent quand une chaise est installée, même si on ne la voit pas. On voit comment l’interaction des signes a lieu quand bien même les signes ne sont pas vus par nous et je trouve ça absolument prodigieux. Le cadre a l’air de tout fermer mais ce n’est pas le cas. Il ne cherche même pas à totaliser quoi que ce soit, mais toutes ces bribes sont réunies sur l’écran, même si on ne les voit pas. Le film s’intitule Haro l’artiste. Quand la caméra se déporte, on ne voit plus qu’une partie de sa joue, ou une oreille, ou ses mouvements gênés par une grande pancarte, le corps est vivant dans ce qui est représenté

    Lundi dernier, j’ai parlé de la question du corps en tant que corps des signes et j’ai trouvé inouï que ce bonhomme présente dans son film exactement ce dont il est question dans cette histoire des tessères. Mais ce n’est pas tout, je vous le donne en mille, à la fin de la projection je vais vers lui, et je lui dis « Formidable ! » et lui me répond : « Oui, je sais et si je vous ai demandé de venir c’est parce que je savais que pour vous ce serait formidable. ».

    J’ai trouvé ça magnifique, je me dis qu’on pourrait le faire venir dans le cadre d’ « une journée avec » à Canet. Il suffit de voir le film pour comprendre que le narcissisme est un peu exclu. Pendant les quatorze minutes intenses que dure le film, je me disais que la question des tessères était mise en scène totalement, on y voyait leur solidarité. Quand je vous parle de tessères, vous avez l’idée de tessères sonores, de vibrations qui font vibrer votre tympan, mais on en oublie cette dimension du corps. L’écran de la parole nous masque généralement ce qui est présenté par cet artiste, à savoir les agencements des tessères corporelles. Je me disais qu’on avait là une des plus belles façons de voir les tessères. Il s’agit d’agencements qui nous permettent de voir quelque chose sur l’écran qui permet la parole, finalement, ce type touche au langage.

    (…)

  • Canet, le 29 septembre 2008 – Ce que Mozart nous apprend des tessères corporelles La nécessité de la distinctivité au sein du corps pour fabriquer les tessères corporelles. Rappel sur la notion de simplexe.

    Canet, le 29 septembre 2008 – Ce que Mozart nous apprend des tessères corporelles La nécessité de la distinctivité au sein du corps pour fabriquer les tessères corporelles. Rappel sur la notion de simplexe.

    4. Canet, le 29 septembre 2008 –

    Ce que Mozart nous apprend des tessères corporelles

    La nécessité de la distinctivité au sein du corps pour fabriquer les tessères corporelles.

    Rappel sur la notion de simplexe.

    Nous sommes le 29 septembre 2008, on continue nos histoires.

    L’autre jour, en pensant un peu à comment pouvait se dérouler cette année et aborder les questions d’écriture, je me dis qu’il fallait pouvoir disposer d’un outil sémiotique minimum. Comment faire pour vous faire passer en douce tous ces outils-là sans vous faire trop mal, du genre comment faire cuire le mouton à petit feu sans qu’il s’en aperçoive…

    Je vais faire un peu de Pierre Johan Lafitte : la dernière fois, nous avons abordé la question des caractères d’écriture, les pictogrammes, une forme très primaire d’écriture, mais pas primitive parce que je ne sais pas ce que cela veut dire. La première idée qui vient, c’est de faire le dessin de l’objet, c’est pratique, quand on veut parler de quelque chose, on montre l’objet. Quand on n’a pas l’objet sous la main, ce qui est le plus fréquent, on le dessine. Cela demande des compétences en dessin, souvent relativement limitées, quand on veut faire un bonhomme, ce n’est jamais très compliqué à faire, il y a des codes, un rond avec deux petits points pour la tête, ce n’est pas quelque chose de spontané, c’est un peu mon histoire de la pluie avec comme code des traits parallèles…

    Au départ, les choses semblent se faire comme ça, en dessinant l’objet, mais je ne crois pas qu’il existe une sorte d’écriture qui soit seulement idéographique. Ce n’est pas une idée si extraordinaire que cela, on arrive très facilement à l’idée de rébus. Le rébus c’est le pluriel de choses sinon, on écrit avec les choses. Voyons, un rébus facile….

    Public : … Citron, six troncs…

    MB : Citron… ah, six troncs, oui bien sûr…C’est une forme dégénérée de métaphore où on utilise deux choses pour représenter une chose mais si on n’introduit pas le mot avec le son, c’est foutu.

    Le rébus est une première approche d’écriture et on peut penser, que toutes les écritures, même les plus primaires ont dû comprendre des formes de rébus. Si on utilise la numération, on s’aperçoit qu’il n’existe pas de numération additive pure, elles sont toutes teintées de multiplications soit directes, soit déguisées : les latins pour représenter dix mille mettaient une barre au dessus du M, pour représenter 100 000 ils mettaient deux barres, etc. et c’est pourtant une numération purement additive…

    De cette forme d’écriture la plus primitive, on part vers quelque chose de plus en plus stylisé avec le passage du hiéroglyphe à la cursive. C’est le passage de quelques rébus à un système qui renvoie vers un matériel purement sonore pour fabriquer des mots.

    Au départ, le rébus est purement primaire parce qu’on dispose d’objets dessinables qu’on décompose en de nouveaux objets ; mais il nous faut des objets pour ça, tout à l’heure nous avons bien vu qu’il nous a fallu un petit moment pour trouver un mot décomposable en deux mots qui soient deux noms d’objets.

    Les lettres vont désigner, à partir d’un certain moment, à l’instar d’un rébus, du matériel sonore, c’est un passage, on franchit un pas, on systématise quelque chose qui au départ, n’était pas systématique…

    (…)

  • Association Culturelle « La Palabre »

    Association Culturelle « La Palabre »

    L’Association culturelle « La Palabre » fait peau neuve !

    Bienvenue sur le nouveau blog de l’Association Culturelle La Palabre !

    Vous intervenez dans le cadre du quotidien du soin, de l’éducation et du social. Vous vous questionnez sur votre travail……

    Vous êtes concernés par le prendre soin…

    Venez palabrer dans cette association qui s’inscrit dans le mouvement de la pédagogie institutionnelle et de la psychothérapie institutionnelle..

    Objectifs de l’association :

    Crée dans un but de formation, d’information et de recherche, la Palabre souhaite être un lieu de réflexions, de rencontres dans le champ de la psychiatrie, de la psychanalyse, de la pédagogie, du médico-social, de la sociologie, de la culture collective…

    Elle aspire à la mise en oeuvre d’une politique de recherche, d’approfondissement théorique et pratique de l’action de l’ensemble des acteurs des secteurs psychiatriques, éducatifs, sociologiques, artistiques et culturels dans le but de faire connaître le travail et les activités des différents secteurs institutionnels.

    La Palabre est ouverte à toute personne intéressée pour s’inscrire dans une dynamique d’échanges et de réflexion sur les pratiques.

    L’association s’inscrit dans le mouvement et pédagogie et de psychothérapie institutionnelle, elle est adhérente à la Fédération Inter-Associations Culturelle qui regroupe des associations similaires dans plusieurs régions de France.

    Des rencontres sont organisées les 2ème et 4ème mardi du mois à la Salle Lestrade à La Force (derrière la mairie) de 18H à 20H.

    Elle prévoit des manifestations, rencontres, journées de réflexion et de travail sur des thématiques diverses recouvrant l’ensemble de ses objectifs.

    Siège social:2 rue belsunce 24130 LA FORCE

    Adhésion : 10 euros par an

    Contacts : Le président : Philippe Chavaroche

    Le secrétaire:Daniel Delval

    email : infos@lapalabre.net

  • Séminaire de la Nouvelle Forge. Année 2008-2009

    Séminaire de la Nouvelle Forge. Année 2008-2009

    Séminaire
    de
    psychothérapie
    institutionnelle
    de la
    Nouvelle Forge

    Année 2008-2009

    Cette année nous nous inspirerons du philosophe Alain Badiou pour qui la vertu cruciale du moment est le courage. Lacan disait que l’enjeu d’une cure est « d’élever l’impuissance à l’impossible ». Cette élévation de l’impuissance, qui est le principal symptôme auquel nous confronte la société actuelle, à l’impossible, c’est pour Badiou la question du courage.

    Si l’héroïsme est le faire-face à l’impossible, le courage est la vertu d’endurance dans l’impossible. Le courage c’est de tenir un point d’impossible face aux lois et aux discours dominants de notre société et c’est déjà là rompre avec l’impuissance et la tentation dépressive. Mais prenons garde à ce que le courage n’est jamais de recommencer comme avant mais bien, à partir de cet avant, de se tourner vers un point qui n’était pas.

    Enfin, nous aurons à l’esprit que lorsqu’on reçoit un coup global, comme c’est le cas dans nos professions, le courage qui y répond est local. Le courage oriente localement dans la désorientation globale. Ainsi, le séminaire se présente comme une invitation à décliner le courage du local des pratiques comme réponses subjectives à l’objectivation générale.

    ———–

    Conçu depuis sept ans comme un instrument d’élaboration et de transmission d’une pratique référée au mouvement de la psychothérapie institutionnelle, le séminaire de la Nouvelle Forge est ouvert à quiconque travaille dans le secteur de l’éducation, du soin et du social.

    Chaque séance comporte une intervention suivie d’une discussion avec l’ensemble des participants et se clôt sur un échange autour d’un verre aux alentours de 20 heures.

    (…)

  • Canet, le 22 septembre 2008- Travail d’extraction : phanéron et opérateur de précission- corpspenser, spirale, tresse et numération.

    Canet, le 22 septembre 2008- Travail d’extraction : phanéron et opérateur de précission- corpspenser, spirale, tresse et numération.

    Canet, le 22 09 2008- Travail d’extraction : phanéron et opérateur de précission- corpspenser, spirale, tresse et numération.

    M. B. : Nous sommes le 22 septembre 2008. Ces derniers temps j’ai essayé d’aborder à ma façon la phanéroscopie de Peirce, qui est légèrement différente de la phénoménologie héritée de Kant, de Husserl et consorts, mais aujourd’hui, je me bornerai à souligner les points qui me paraissent importants.

    Dans la conception habituelle de la phénoménologie, le phénomène est tout ce qui apparaît, à quoi Peirce substitue ce qui est apparent, ce qui n’apparaît pas nécessairement ; et pour que cela apparaisse, un certain travail est nécessaire, à savoir un travail d’extraction des éléments de ce que Peirce appelle le phanéron.

    Le phanéron est tout ce qui est apparent, et rend illégitime la question : à l’esprit de qui, à quel moment et où ? Ce qui signifie que dans l’extraction des éléments du phanéron, on devra extraire aussi le temps, l’espace, et le sujet. Ces choses me paraissent assez massives, et j’ai la faiblesse de les trouver importantes parce que ça correspond très bien à tout le travail d’élaboration que l’on peut faire, à savoir ne pas admettre la conception du temps, de l’espace ou du sujet, comme conditions nécessaires a priori ; je reprends ces choses régulièrement depuis vingt ans parce que ça vaut la peine de les rappeler.

    Dans la pratique, ça organise notamment le fait de ne pas considérer d’emblée que les choses nous sont données en direct, la perception, ça se travaille. Je reprends ici l’exemple que donne Peirce de ces deux types qui discutent au bord de la mer. L’un des deux dit à l’autre : « Tu vois ce bateau là-bas ? il ne transporte que des marchandises. » L’autre ne voyait pas de bateau, et du seul fait que cette phrase ait été énoncée, un bateau est extrait de l’horizon, et le type se met à le voir. Ce sont des choses que vous connaissez par cœur, mais il est très important de les réinvestir dans notre travail et si j’insiste, c’est parce que dans le cadre de l’observation du nourrisson, il importe de disposer d’une variété d’outils pour pouvoir extraire ce qui est à observer. Esther Bick était peircienne d’une certaine façon, parce qu’elle disait qu’il fallait former les gens qui disposeraient en eux-mêmes d’un nombre suffisant d’outils pour aller chercher ce qui est à observer… et cela ne va pas de soi.

    (…)

  • PSYPROPOS 2013 : « Le désir à l’épreuve des normes » + Journée de formation CROIX-MARINE Prévenir les risques de passage à l’acte suicidaire

    PSYPROPOS 2013 : « Le désir à l’épreuve des normes » + Journée de formation CROIX-MARINE Prévenir les risques de passage à l’acte suicidaire

    Samedi 23 novembre 2013 au Musée des Beaux Arts, Orléans (1, rue Fernand Rabier)

    Accueil des participants : 10h Elisabeth Demessine, Eric Labussière, Valérie Viginier.

    Modération de la matinée : Eléonore Franceschini et Elisabeth Batier

    10h 30 : Simone KORFF SAUSSE (Psychanalyste, membre de la SPP. Docteur en psychopathologie fondamentale et psychanalyse, maître de conférence à l’université Denis Diderot Paris 7) :

    « La norme tue le désir »

    11h 15 : Delphine LOISEAU (Professeur d’Arts Appliqués) : « J’ai un bon mobile, celui d’être instable »

    12h 30 : visite de l’exposition d’Art Brut André ROBILLARD 13h : Pause déjeûner

    Modération de l’après-midi : Michel Lecarpentier

    14h 45 : Bernard STIEGLER (Philosophe) : « Capitalisme et pulsion »

    15h 30 : Jean OURY (Psychiatre, psychanalyste) : « Le désir, sa structure inconsciente inaccessible directement. Problème majeur de l’épistémologie de la psychanalyse. Son accès par la « sous-jacence », « l’acting-out », le « passage à l’acte » et le « fantasme ».

    16h 15 : Débat 17h : Clôture de la Journée

    Argument : Le désir et la norme sont tous deux problématiques. Si le premier concept évoque l’aliénation psychique et la structure de l’Inconscient dans son rapport au langage, la seconde notion se réfère à l’aliénation sociale.

    Tu apprendras par l’épreuve, Pathei Mathos, disait déjà Eschyle, situant le pathos, ce passage inévitable entre destin et contrainte. La déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen proclame : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. » La construction et les processus d’humanisation dans la cité confrontent chacun à cette affirmation de liberté idéale à l’épreuve du réel de la réalité sociale et du désir.

    La société s’organise en fonction de ses lois d’échanges ; chacun s’y trouve inséré, dans une économie qui mesure, évalue, investit, offre, sélectionne, hiérarchise, classe, dès le plus jeune âge, ses citoyens dans l’organisation d’une économie restreinte au processus de production-consommation dominant. La fonction politique de la norme est de proposer le cadre d’une intégration : tous ceux qui pourront s’y conformer et s’y adapter, trouveront une place et ne seront pas marginalisés.

    Michel Foucault distingue normation, réfèrée à un idéal, et normalisation statistique. La modélisation normative, active à bas bruit, travaille silencieusement les conduites humaines : la promotion du mot handicap est sur ce point édifiante. Dans sa théorie de la médiation, Jean Gagnepain situe la norme comme concept central du plan éthique qu’il articule avec les plans logique (le signe), ergologique (l’outil), et sociétal (la personne). Georges Canguilhem parle de normativité : tout vivant affirme ses propres normes, elles lui permettent d’affronter le milieu ou de lui résister, dans d’autres conditions, il est capable d’instituer d’autres normes.

    Qu’en est il du désir ? Dès 1900 Freud souligne : « Le rêve est un acte psychique complet, sa force pulsionnelle est dans tous les cas un désir à accomplir. » L’être humain est un être de désir. Jean Oury précise : « le désir-inconscient-indestructible est inaccessible directement ». Pour Lacan : dès sa naissance, celui ou celle qui désire ne vise pas seulement la satisfaction d’un besoin, mais s’adresse, par nécessité, à un autre pour lui demander s’il ou elle est désiré(e) : demande d’amour dont la visée est aussi d’entendre une parole structurante. Dans la constellation familiale, cet appel rencontre un écho plus ou moins pertinent, chacun étant renvoyé à sa propre angoisse, à son propre désir, à son ambivalence.

    Pour Freud, « Des désirs insatisfaits sont les forces pulsionnelles de l’imagination poétique. », pour Hölderlin « L’homme habite en poète » et Tosquelles accorde « fonction poétique et psychothérapie » : comment préserver cette fonction poétique de l’homme et du langage dans les pratiques sociales, éducatives et de soins en psychiatrie notamment où le grand renfermement fait aujourd’hui retour ?

    Dans l’économie actuelle, intoxiquée de logiques normées, de dispositifs normalisants, d’offres privilégiant la désirabilité et le conditionnement du désir, comment soutenir la possibilité de penser l’accueil du singulier ? Quelle éthique du respect de chaque existence humaine peut-elle s’élaborer à l’épreuve des aliénations et au carrefour du désir et des normes ? Comment favoriser le cheminement personnel dans les champs collectifs qui doivent s’ouvrir aux logiques de l’économie générale au sens de Georges Bataille ?

    Bulletin d’inscription à adresser dès que possible chez Patrice RIDOUX 9, rue vieille levée 45100 Orléans. avec votre chèque à l’ordre de PSYPROPOS

    Les montants comprennent l’inscription et les actes des journées – par défaut inscription sur place –

    Nom : Prénom :

    Adresse :

    E-mail :

    Adhésion annuelle (Soutien à l’association Psypropos) : 10 € ❑

    Inscription pour Blois & Orléans :

    UNE JOURNEE ORLEANS ❑ 40€ ❑

     Tarif étudiant 25€ ❑


    FÉDÉRATION D’AIDE À LA SANTÉ MENTALE JOURNÉE DE FORMATION CONTINUE CROIX-MARINE COORDINATION RÉGIONALE CENTRE
     Reconnue d’utilité publique – Organisme Formateur n° : 11 75 203 79 75 siret n° : 347 399 701 00023 ape : 913 E

    JOURNÉE AGRÉÉE par l’A.N.F.H. et l’U.N.I.F.A.F.

    Mardi 19 novembre 2013 de 9 h à 17h à la Clinique de Saumery

    37, Rue de Saumery 41350 Huisseau-sur-Cosson. Tél. : 02 54 51 28 28

    PREVENIR LES RISQUES DE PASSAGE A L’ACTE SUICIDAIRE,

    dans les champs social, médico-social, sanitaire et familial. »

    Argument « En France, chaque année, au moins 220.000 tentatives de suicide sont dénombrées par l’Instituit de Veille Sanitaire et 10.400 personnes en décèdent. Dans les six départements de la Région Centre, il est constaté une surmortalité de 25% qui inquiète les pouvoirs publics. Au-delà de la disparité des risques selon les âges, la différence sexuelle (3 décès sur 4 touchent des hommes et 1 sur 4, des femmes), on peut repérer des inégalités sociales et géographiques. Nombre de passages à l’acte ont lieu en établissement d’accueil ou spécialisé. Nombreuses aussi sont les personnes qui ont consulté dans les jours ou semaines précédant leut acte.

    Si les statistiques restent souvent incomplètes, les données épidémiologiques sont aussi trop grossières pour offrir un support suffisant à tous ceux qui personnellement ou professionnellement vivent ou connaissent dans leur entourage, des problématiques avec risque de passage à l’acte suicidaire.

    Les professionnels des champs médicaux, sanitaires, éducatifs, pédagogiques, judiciaires et sociaux ne sont pas protégés eux-mêmes de cette thématique humaine qui traverse les siècles, ils sont souvent au contact de personnes en souffrance qui expriment ou font craindre un risque de passage à l’acte, même s’ils n’en explicitent pas l’intention. L’expérience commune, vécue et partagée par tous, atteste que, le plus souvent, il n’est pas possible de garantir à soi seul, le passage vers un autre horizon moins périlleux.

    A qui donc faire appel ? Comment greffer ce nouveau contact indispensable ? De qui espérer une réponse qui offrira un recours et une possibilité d’envisager la situation dans toute sa complexité (médicale, familiale, sociale, professionnelle, etc.) ? Est-il possible de traiter ou contre-balancer la « composante réactionnelle » souvent décisive, de manière que la personne puisse reprendre un cheminement lui permettant de dépasser et d’assumer la phase critique ? Comment assurer ensuite une continuité de cette thérapeutique multiréférentielle, maintenir un lien transférentiel avec l’intéressé(e), son entourage, et la disponibilité de la constellation de ceux qui comptent parmi les intervenants professionnels fréquentés ?

    La journée permettra de se questionner sur les divers types de prévention distingués par l’Organisation Mondiale de la Santé. Ainsi, la prévention primaire (empêcher l’apparition du phénomène de la crise suicidaire), secondaire (permettre la résolution sans passage à l’acte, de la crise) et tertiaire (tendre à préserver d’une récidive) sont-elles trois temps indissociables de l’approche collective de cette problématique humaine la plus subjective et la plus universelle. Depuis sa naissance, chacun a affaire à la question des générations qui l’ont précédé et mis au monde. La prévention primaire dépend de l’Histoire et de la géographie humaine des territoires, bien au-delà de la simple mise en œuvre d’une information générale : les effets délétères ou bénéfiques des personnes et des établissements à la rencontre desquels se forme la personnalité, devraient pouvoir être questionnés (maternité, famille, crèche, école, associations culturelles et sportives, État, champ social et de la citoyenneté…) ; la possibilité d’y interroger en toute circonstance ce remarquable préalable hippocratique « d’abord ne pas nuire » en est le socle essentiel. Sur le plan social et familial, l’accueil, ouvert à ce qui est le plus singulier en chacun, l’écoute « à bas seuil d’exigence » » et la possibilité d’un écho respectueux à toute manifestation personnelle symptômatique d’une souffrance, d’un mal-être, ou d’une discordance, sont les bases de la prévention secondaire qui vise à procurer un espace ou se conjoignent déjà la prévention et la prise en charge thérapeutique. Enfin, la continuité des soins actifs, le maintien des liens familiaux et de l’insertion scolaire ou professionnelle et sociale constituent la base de la prévention tertiaire.

    Gageons que l’Observatoire Nationnal du Suicide annoncé le 10 septembre 2013 par le Ministre de la Santé, Marisol Touraine sera un outil important d’analyse, de prévention et de lutte contre ce qui constitue une des plus graves problématiques de Santé Publique aujourd’hui et qui n’est pas une fatalité.

    Dr Michel Lecarpentier

    PROGRAMME DE LA JOURNÉE

    09 H Inscriptions Accueil 9 h30 : Présentation et animation de la journée

    Docteur Michel LECARPENTIER (psychiatre, Délégué Régional Croix-Marine Centre)

    9 h 35 : « Politiques de prévention du suicide : Je t’aide, moi non plus…. »

    Dr Marc FILLATRE (psychiatre, responsable de l’unité pour adolescents du CHU de Tours, vice-président de l’Union Nationale de Prévention du Suicide, président du réseau VIES 37)

    Discussion avec la salle

    10 h 25 : « Histoire de la prévention et de ses dérives possibles. Limites de la suicidologie comme science. Utilité de l’observatoire national du suicide. »

    Philippe CARETTE, Docteur en psychologie, directeur du Centre Popincourt à Paris 11ème, cofondateur de la FEALIPS (Fédération Européenne des Associations luttant contre l’Isolement et pour la Prévention du Suicide)

    Discussion avec la salle

    11 h15 : Pause (Présence de la radio RCF)

    11 h 45 : « Missions de la FRAPS. Coordination Suicide de Loir-et-Cher : groupe de travail transdisciplinaire (lieux de soin, lycées, maison des ados, médecins scolaires, Unafam..) sur la prévention du suicide, plan stratégique régional de santé (PSRS). »

    Mme Christelle LUBINEAU, responsable de l’antenne territoriale de Loir et Cher de la FRAPS

    Discussion avec la salle

    12 h 30 : DEJEUNER sur place (s’inscrire)

    14 h : « Suite à un accident de voyageur… » Qu’est-ce qui pousse nos contemporains à se mettre en travers de la voie ? »

    Dr Nathalie GISBERT, (psychiatre) Clinique de Saumery

    « Situations cliniques à Saumery : le Club Thérapeutique comme dispositif de réanimation psychique des adultes et des adolescents. Prévenir les passages à l’acte ? Contenir, comprendre et interpréter les auto-agressions. Accueillir le risque du déchaînement pulsionnel en évitant l’isolement des personnes en danger et celui des professionnels. »

    Discussion avec la salle

    15 h 15 : « Conduites à risque et suicide : la survie psychique ne s’éprouve parfois qu’au prix de l’ordalie et les produits dits toxiques peuvent paradoxalement aider à vivre. »

    Dr Sylvain LAMBERT, psychiatre, Service d’Addictologie du CHU de Nantes, responsable d’une unité de prise en charge des Troubles des Conduites Alimentaires

    Discussion avec la salle

    16 h : Débat général sur l’ensemble des travaux. 17 h : fin de la journée

    À NOTER : JOURNEES D’ETUDE PSYPROPOS : « LE DESIR A L’EPREUVE DES NORMES »

    Samedi 23 novembre 2013 à Orléans (Musée des Beaux Arts, près la Cathédrale) :

    Simone KORFF-SAUSSE ( Psychanalyste), Delphine LOISEAU (Professeur d’Arts Appliqués), Bernard STIEGLER (Philosophe), Jean OURY (Psychiatre, psychanalyste)


    FICHE INDIVIDUELLE D’INSCRIPTION : MARDI 19 NOVEMBRE 2013 : « PREVENTION SUICIDE »

    Inscription individuelle : 30 Euros Formation Continue : 60 Euros UNAFAM : 15 euros

    NOM……………………………….Prénom………………….Profession…………………………………e-mail :………………………..………. Adresse……………………………………………………………………………………….. Souhaite avoir : Une convention OUI NON Une facture acquittée OUI NON

    Une attestation de présence OUI NON Autre…………………………………. Repas : 10 Euros à l’ordre de : « Saumery »

    Règlement : • Par chèque à l’ordre de CROIX-MARINE • Par virement bancaire à l’ordre de FASM CROIX-MARINE

    Organisme Formateur n° : 11 75 203 79 75 siret n° : 347 399 701 00023 ape : 913 E

    Nouvelles coordonnées bancaires : Caisse d’Épargne Ile de France C/Etabl. : 17515 C/Guichet : 90000 Compte n° : 08172088534 C/rib : 78

    Merci de retourner votre bulletin d’inscription pour le samedi 16 novembre 2013 à Mme Marie-Christine HIEBEL :

    Direction pôle psychiatrie CHU Bretonneau, 2 bld Tonnelé 37000 Tours tél : 02 47 47 97 52 mc.hiebel@chu-tours.fr ______________________________________________________________________________________________

    COORDINATION RÉGIONALE CROIX-MARINE CENTRE 120, Route de Tour-en-Sologne 41700 COUR-CHEVERNY

    TÉL. : 02 54 79 77 70 FAX : 02 54 79 77 96 ou par E-mail : croix.marine.centre@wanadoo.fr

  • Canet, le 08 septembre 2008 – Les catégories chez Peirce : priméité, secondeité et tierceité- Possibilité abstraite, existentielle et relationnelle

    Canet, le 08 septembre 2008 – Les catégories chez Peirce : priméité, secondeité et tierceité- Possibilité abstraite, existentielle et relationnelle

    Canet, le 08 09 2008 – Les catégories chez Peirce : priméité, secondeité et tierceité- Possibilité abstraite, existentielle et relationnelle

    M. B. : C’est reparti pour un tour… Nous étions autour de cette question intrigante qu’on n’a pas encore bien cernée, la question de l’écriture et il se trouve que cet été je suis allé faire un petit tour à La Borde pendant trois jours. On a eu des discussions en privé et en public avec Oury et Danielle Roulot, très intéressantes, surtout celle en public où on a bien pu discuter et ce qui m’a intéressé, c’est de voir la surprise d’Oury à propos de certaines formulations, je me disais que ça vaudrait le coup de revenir sur un certain nombre de formules que j’ai pu utiliser pour les préciser…

    Je vois ici des personnes qui n’ont pas l’habitude de venir, ça permettra de revoir un peu les quelques structures de base. Aujourd’hui, j’aimerais présenter les choses de la manière suivante, à partir d’une remarque de Peirce tout à fait fondamentale et qui a des conséquences absolument inouïes… Peirce est un vieux copain mort il y a bientôt cent ans avec qui on travaille tout le temps… Il fait la distinction entre ce qu’on appelle habituellement le phénomène c’est-à-dire ce qui se passe et ce qu’il appelle d’un nom un peu baroque, le phanéron ; il faut lui pardonner parce que chaque fois qu’il créait quelque chose d’un peu différent des autres, il trouvait nécessaire d’employer un autre mot pour exprimer cette chose-là pour ne pas s’emmêler les pinceaux. Si les deux mots ont la même racine, autour du verbe apparaître, la grande distinction qu’il fait par rapport au phénomène, c’est que celui-ci couvre le champ de tout ce qui apparaît, dans les traités médicaux par exemple, c’est quelque chose qui est très important en médecine, dans un traité de sémiotique médicale trouvé un jour sur les quais à Paris, le bonhomme faisait une distinction très importante entre le phénomène, le symptôme et le signe ; c’est intéressant quand même comme truc. Le phénomène étant ce qui apparaît, tout à coup, quelque chose de différent se passe et il dit : c’est le constat de quelque chose qui s’est modifié dans l’économie générale, ce sentiment de modification s’appelle le phénomène. Le symptôme est le phénomène mais aggravé car il est connoté négativement, c’est quelque chose qui ne va pas ; il y a pas de jugement porté sur le phénomène, c’est simplement la reconnaissance d’un état de fait, alors que le symptôme, c’est déjà quelque chose de négatif. Le signe est la maladie dévoilée, on trouve les causes. Quand on trouve les causes du symptôme, on a affaire au signe. Ce sont des termes qui restent encore dans la médecine. Le phénomène est un terme qui a son histoire propre, mais c’est toujours l’histoire de quelque chose qui apparaît, on le voit clairement dans l’utilisation médicale du terme. Le phanéron est quelque chose de beaucoup plus subtil que ça, ce n’est pas ce qui apparaît, c’est ce qui est apparent. Mais, allez-vous me dire, quelle est la différence entre ce qui apparaît et ce qui est apparent, c’est que ce qui est apparent n’apparaît pas toujours, par exemple tout ce qui est du registre du témoignage, on voit bien qu’il y a une grande différence entre ce qui est apparent et ce qui apparaît, je ne parle pas de ceux qui décrivent un grand blond ou un petit brun, c’est dans le registre où certaines personnes notent certaines choses et d’autres, non, non, ce qui apparaît n’est pas la même chose, dans les deux cas, il faut bien supposer qu’il y a un socle commun, qui est ce qui est apparent, et ce qui est en potentialité, en possibilité d’apparaître. C’est cette possibilité d’apparaître que Peirce met au fondement de sa philosophie ; ça me paraît être quelque chose d’absolument indispensable, parce que ça pose la question tout de suite des opérateurs nécessaires pour transformer l’apparent en apparaître ; les opérateurs sont des opérateurs très divers, on peut par exemple attirer l’attention, l’opérateur de l’attention. Je reprends l’exemple du bateau : « Vous voyez le bateau là-bas ? », si vous n’avez pas une très bonne vue, vous ne verrez pas le bateau mais vous en verrez les traces, une trace blanche, et vous direz : « Eh bien, c’est un bateau », voilà un opérateur d’extraction mais il y en a bien d’autres, en particulier beaucoup d’outils théoriques sont des extracteurs de phanéron, c’est-à-dire la transformation de ce qui est apparent en quelque chose qui apparaît… Dans notre travail on le voit constamment, tout à l’heure il y a quelqu’un qui parlait de l’inhibition qu’il avait au travail, parce qu’il devait faire un travail de prospection et que ça ne lui plaisait pas, du coup il remet au lendemain et son chiffre d’affaire baisse, finalement je lui demande ce qu’en pense ses patrons mais le problème, c’est que ce sont des copains qui le disculpent, je lui dis que s’ils le disculpent c’est qu’il y a de la culpabilité dans l’air… « Ah », me dit-il, « j’avais pas noté que j’avais dit disculper… »…Pour poursuivre un peu, disculpa en catalan ne veut pas dire la même chose que disculper, disculpa me veut dire excuse-moi, ça ne veut pas dire lève la culpabilité de ma tête, ce n’est pas pareil… On s’aperçoit qu’à travers des exemple comme ça, que l’apparaître ne va pas de soi, c’est quelque chose qui nécessite un certain travail ; il y a peut-être des opérateurs fondamentaux, c’est ce que je vous propose de reprendre aujourd’hui, à propos d’un opérateur fondamental dont j’ai déjà parlé ici, les nouveaux arrivants vont trouver ça tout neuf mais même si les autres l’ont déjà entendu, j’ai cru comprendre que c’était nécessaire d’y revenir parce que c’est un opérateur très important. Cet opérateur porte un nom là aussi très emmerdant parce que ce n’est pas un nom commun, c’est l’opérateur de préscission, du terme préscinder. C’est quoi ? eh bien, c’est un opérateur qui hiérarchise dans l’apparent certains niveaux. On peut finalement considérer qu’il y a trois grands niveaux fondamentaux dans tout phénomène : le premier, c’est le niveau qualitatif, on peut être sensible à la qualité d’un phénomène, l’humeur d’une personne, le temps qu’il fait, l’ambiance d’une salle, et de manière plus concrète, la couleur d’une vallée, la taille d’une personne, etc. quand quelqu’un arrive en séance ou quand on rencontre quelqu’un d’une quelconque façon, il y a ce niveau de priméité où tout à coup on saisit quelque chose de l’autre… Priméité est le mot complexe pour exprimer ça, la qualité, j’attire votre attention là-dessus parce que c’est très important, la qualité est une pure possibilité abstraite ; si je dis ce stylo est orange, il n’est pas orange, on fait comme s’il était orange, et la question qui se pose, c’est cette couleur orange, c’est la rencontre avec tout le système visuel, c’est très compliqué, le stylo, sa matière, etc., mais au bout du compte, ou en en amont de tout ça, il y a cette possibilité abstraite d’orange, qui s’est en quelque sorte réalisée dans un objet au sens d’une rencontre, il faut bien qu’il y ait quelqu’un qui observe, etc. Ça va ? Je suis désolé de passer par ces chemins vaguement philosophico-machins mais cette question des possibilités abstraites est tout à fait décisive dans notre boulot et nous avons intérêt à les cultiver, cela nous permettra d’avoir des variations et des finesses de perception, le fait de noter quelque chose, de détailler, ce qu’on appelle les notations fines, quelqu’un qui a bien travaillé, si je puis dire, ses possibilités abstraites et qui peut rencontrer un certain niveau des choses que tout autre ne rencontrerait pas… j’en parle là au niveau de la possibilité abstraite qui vient, certes, tant qu’elle n’est pas réalisée dans quelque chose ; elle est une possibilité pure, on ne sait même pas que c’est possible, mais il n’empêche qu’il y a un certain type de travail qui permet à de telles possibilités d’advenir, par exemple la fonction d’accueil dont on parle beaucoup dans toute la psychothérapie institutionnelle, une culture de la possibilité abstraite. A Château Rauzé, ah oui, pour ceux qui ne le savent pas, c’est une clinique qui s’occupe de patients en éveil de coma, dans laquelle je travaille depuis une vingtaine d’années, on travaille de façon régulière la question de l’accueil en la posant de la manière suivante : si la personne qui arrive dans Château Rauzé ne nous transforme pas d’une quelconque façon, ne fait pas naître en nous des possibilités abstraites non révélées jusque là, eh bien, c’est pas de l’accueil ; il n’y a accueil que s’il y a quelque chose qui en nous se met tout à coup à prendre : ah, tiens, je ne savais pas que je pouvais ressentir ça… ce que je dis ne concerne pas nécessairement une personne, c’est beaucoup plus vaste que ça. Cette question de la possibilité abstraite est très importante, par exemple, à contrario dans un certain service d’un hôpital que je ne nommerai pas, le prétendu patient qui arrive est obligé de passer par les défilés de ce qui est déjà parfaitement connu de tous, il est interdit de ressentir quoi que ce soit d’autre que ce qu’il faut ressentir face à ce patient. Autre exemple, à l’école d’infirmières, il est dit : « Vous ne vous assiérez pas sur le lit du patient. »… Tout ce que vous pourriez ressentir à ce moment-là est hors champ, vous travaillez dans des domaines parfois difficiles, ce n’est pas toujours simple, vous avez de l’angoisse… mais c’est interdit, l’angoisse est interdite, il ne faut pas en parler… évidemment ça se fait représenter par autre chose mais il n’empêche qu’il y a tout cet ensemble de choses qui fait que la priméité, les possibilités abstraite, etc., ne sont pas reconnues pleinement pour la richesse des formes de rapport qu’elle permet d’accueillir. La priméité est un point très important, c’est une première catégorie de Peirce, c’est sur quoi on doit pouvoir puiser toutes nos possibilités de perception de l’autre, de relation avec l’autre, etc. La deuxième catégorie pourrait s’appeler la catégorie des faits, pour le dire vite mais c’est beaucoup plus vaste que ça… il y a un niveau où on peut observer les choses en ne voyant que ça, on ne voit que des faits, the hard facts, comme disent les anglais, vous vous heurtez à quelque chose, vous vous appuyez sur une table, vous parlez, vous faites résonnez des tas de trucs, le corps bouge, etc., ce sont des éléments qui ne sont pas du registre de la priméité mais qui sont déjà du registre dit de la secondéité, parce que c’est second par rapport au premier. Il y a un problème de dénomination, Peirce appelait la priméité le monde de la qualité et la secondéité, le monde de l’Existant… C’est compliqué, parce qu’il y a des débats terribles avec l’Existant, il faut dire l’Existant au sens de Peirce qui n’est pas la même chose que l’Existant au sens de Heidegger ou d’autres… Fondamentalement, le fait est ce que vous rencontrez dans une dimension qu’on pourrait qualifier de matérielle, par exemple, si le type qui vient vous voir n’avait pas un corps, eh bien, il ne viendrait pas vous voir, ce sont des choses simplettes mais cela met l’accent sur une certaine dimension de la présence à l’autre qui n’est pas simplement liée à la pure possibilité abstraite réalisée, mais à ce qui permet justement cette réalisation. C’est un peu compliqué les faits, et c’est même idiot, pourquoi ? parce que si vous essayez de trouver des causes aux faits vous n’en trouverez pas, les faits sont sans cause, c’est terrible ça… Notre ami Peirce dit la chose suivante : qu’est-ce qui cause un fait ? tout ce qui n’est pas lui ; avec ça vous êtes bien avancés…

    (…)

  • Canet, le 15 septembre 2008 – Histoire d’Une Moitié de Poulet- Primeité, secondeité, tierceité.

    Canet, le 15 septembre 2008 – Histoire d’Une Moitié de Poulet- Primeité, secondeité, tierceité.

    Canet, le 15 09 2008 – Histoire d’Une Moitié de Poulet- Primeité, secondeité, tierceité.

    M. B. : Nous sommes le lundi 15 septembre.

    Je lis pour la deux cent soixante-dix huitième fois Lacan, ça m’entretient de reprendre de temps en temps des livres qui m’ont intéressé et je suis tombé sur une page dans le séminaire L’envers de la psychanalyse, où il parle de manière plus détaillée de sa fameuse Moitié de Poulet. Jusque-là, je croyais qu’il possédait un livre d’école où figurait une moitié de poulet dessinée… Ça peut paraître un peu bête, mais c’est le genre de question tout à fait pertinente que se posent les enfants : comment se fait-il qu’on voit un poulet alors qu’il n’y en a qu’une moitié ? Si je suis attiré par ce genre de choses c’est parce que moi aussi j’ai eu un truc qui a été un point de base pour toutes mes interrogations, à savoir comment dessiner la pluie. Pour moi, cela c’était passé à l’école maternelle, pour Lacan à l’école primaire puisqu’il s’agissait d’un livre de lecture.

    J’ai trouvé le bouquin datant de1862 où cette histoire de Moitié de Poulet était racontée, je vais vous lire la page en question et ensuite ce à quoi il fait référence, puisque Lacan, dans ce séminaire du 21 janvier 1970 écrit : « Mon premier livre de lecture avait pour premier texte une histoire qui s’intitulait Histoire d’une Moitié de Poulet, c’était vrai, c’est de ça qu’il parlait. Ce n’est pas un oiseau plus facile à attraper que les autres quand la condition est de lui mettre du sel sur la queue. Ce que j’enseigne depuis que j’articule quelque chose de la psychanalyse pourrait bien s’intituler Histoire d’une moitié de sujet ».

    L’annonce est claire et se reporter à l’histoire nous apportera peut-être des lueurs sur la question du sujet barré. Je continue la lecture : « Où est le vrai du rapport entre cette histoire d’une moitié de poulet et l’histoire d’une moitié de sujet ? On peut le prendre sous deux angles, on peut dire que l’histoire de ma première lecture a déterminé le développement de ma pensée, comme on dirait dans une thèse universitaire. Ou bien, du point de vue de la structure, l’histoire de la moitié de poulet pouvait bien représenter pour l’auteur qui l’avait écrite quelque chose où se reflétait je ne sais quel pressentiment, non pas de la psychanalyse, comme on dit dans Le paysan de Paris, mais de ce qu’il en est du sujet. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il y avait aussi une image. L’image de la moitié de poulet était le profil du bon côté. On ne voyait pas l’autre, la coupée, celle où elle était probablement, la vérité, puisqu’on voyait sur la page droite la moitié sans cœur, mais pas sans foie sans doute, dans les deux sens du mot. Qu’est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que la vérité est cachée mais elle n’est peut-être qu’absente ».

    Une première chose intéressante, c’est que le titre exact est « La Moitié de Poulet », et dans l’intégralité du texte le m de moitié et le p de poulet sont écrits en majuscules, autrement dit c’est quasiment un nom propre, alors que là il le « communise » puisqu’il dit « Une Moitié de Poulet ». Cette histoire se racontait autrefois dans le pays de Montbéliard, c’est un conte de bonne femme mais il amusait beaucoup les enfants. La voici.

    (…)

  • Le sujet au risque des nouvelles organisations Congrès Croix Marine Caen lundi 30 septembre 2013 Restaurer le sujet dans l’homme Pierre Delion

    Le sujet au risque des nouvelles organisations Congrès Croix Marine Caen lundi 30 septembre 2013 Restaurer le sujet dans l’homme Pierre Delion

    Le sujet au risque des nouvelles organisations

    Congrès Croix Marine Caen lundi 30 septembre 2013

    Restaurer le sujet dans l’homme

    Pierre Delion

    Venant à la rescousse de la parole prophétique de Tosquelles : « Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît », Henri Maldiney, avec la puissance qui le caractérise, déclarait lors d’une conférence que j’organisai avec Salomon Resnik à Angers en 1999 sur le thème « Penser l’homme et sa psychose » : « L’homme est de plus en plus absent de la psychiatrie, mais peu s’en aperçoivent parce que l’homme est de plus en plus absent de l’homme ». On ne saurait si bien dire ce qui est en passe de nous arriver et contre lequel nous devons lutter collectivement de toutes nos forces éthiques, intellectuelles et affectives pour en empêcher la survenue. Non pas dans une attitude romantique ou esthétisante, ce qui pourrait laisser penser à une position nostalgique voire dépressive, mais dans un mouvement de rassemblement de tous les éléments épars que seule l’Histoire de la psychiatrie éclaire de la réalité de ses errements délétères et des espoirs de ses révolutions inachevées. Car enfin, il faut le dire haut et fort, une certaine idée de la psychiatrie a prévalu pendant quelques décennies, qui a permis d’accomplir de profondes modifications de son exercice auprès des personnes concernées par cette pathologie si singulière. Et tout cela pourrait tout simplement disparaître ? Et de surcroît pour de mauvaises raisons ? Il en va de cette psychiatrie à visage humain comme de la démocratie : nous ne prenons conscience de son immense importance que lorsqu’elle en vient à risquer de disparaître, nous révélant à la fois son caractère précaire et la fragilité des équilibres qui l’ont installée dans l’Histoire de nos contrées et de nos vies quotidiennes, menacée à chaque instant d’en être chassée par le côté obscure de la force … il n’est pas facile d’admettre que les avancées de l’homme ne peuvent jamais être considérées comme acquises une fois pour toute, et la correspondance entre Freud et Einstein est là pour nous rappeler avec une rigueur toujours aussi actuelle que les processus d’idéalisation, considérant la destructivité de l’homme comme amendable, sont nos pires ennemis sur le chemin de la civilisation de l’homme lui-même par les processus de Culture, seuls susceptibles de transformer la violence dans certaines circonstances. Ça n’est que lorsque l’on connaît bien ses limites qu’une évaluation des forces en présence est envisageable dans la réalité, sinon, les pièges de l’inflation imaginaire se referment sur les utopies avant même leur possibilisation. C’est en partie ce qui est arrivé à notre psychiatrie, que je qualifie de transférentielle, de ne pas l’avoir assez explicitée ou d’avoir trop négligé les attentes de psychiatrie sécuritaire qu’un socius contemporain, pétri d’un malaise entretenu par des démagogues à courte vue, et excité par des médias de plus en plus complaisants à force de simplifications, semblait préférer à toute humanisation de ses modes d’exercice. D’un certain point de vue, une guerre larvée contre l’humanité des pratiques relationnelles est déclarée, et la psychiatrie, avec la pédagogie, la justice et quelques autres grandes causes comparables, est en première ligne de ce combat. Une psychiatrie sans sujet serait une psychiatrie mortifère.

    Avant d’explorer plus en profondeur les avatars de la psychiatrie d’aujourd’hui risquant de se refermer sur ses démons connus et inconnus, il me semble utile de parcourir l’histoire de ses évolutions et révolutions pour mieux percevoir d’où s’originent les lignes de force qui président à la restauration du sujet dans l’homme.

    (…)

  • FACULTE DE MEDECINE DE LILLE2 DIPLOME UNIVERSITAIRE PSYCHOTHERAPIES INSTITUTIONNELLES Pr. Pierre Delion Année 2014

    FACULTE DE MEDECINE DE LILLE2 DIPLOME UNIVERSITAIRE PSYCHOTHERAPIES INSTITUTIONNELLES Pr. Pierre Delion Année 2014

    « Nouvelle formule » sur une année

    Présentation d’une expérience de psychothérapie institutionnelle et discussion avec les participants des concepts et des pratiques mis en valeur par l’exposé introductif.
    Deux exposés par journée, dix journées par année. Horaires de 9h30 à 17h30.
    Repas de midi libre.

    Débat animé par Pierre Delion (Lille) sur l’ensemble de l’année.

    23 janvier 2014

    Jean Oury et Michel Lecarpentier (La Borde /Blois) avec Pierre Delion (Lille)

    13 février 2014

    Fernado Vicente (Barcelone) et Serge Drylewicz et Marie Alice Blot (Tours)

    20 mars 2014

    Christophe Chaperot (Abbeville) et Patrick Chemla (Reims)

    17 avril 2014

    Michel Balat (Perpignan) et Daniel Denis (Angers)

    22 mai 2014

    Jacques Tosquellas (Marseille) et Pascal Crété (Caen)

    19 juin 2014

    Jean Michel de Chaizemartin (Landerneau)

    18 septembre 2014

    Franck Drogoul (Paris) Roger Fleuret (Bergerac)

    16 octobre 2014

    Mathieu Bellahsen et Loriane Brunessaux (Paris) et Marc Salvetat (Auch)

    20 novembre 2014

    Grigoris Abatzoglou (Thessaloniki/Grèce)

    11 décembre 2014

    Francis Turine (Namur/Belgique) et Pierre Delion (Lille)

    [Les dates de 2015 seront les suivantes : 15 janvier, 12 février, 19 mars, 23 avril, 28 mai, 18 juin, 17 septembre, 15 octobre, 19 novembre et 17 décembre 2015]

    Renseignements auprès de mlfourrier@univ-lille2.fr

    Département Universitaire de Formation Médicale Continue

    Faculté de Médecine

    Pôle Recherche

    59045 Lille cedex

    Inscriptions auprès de sandra.meaux@univ-lille2.fr

  • DU Psychose Paris 13 2014/2015

    DU Psychose Paris 13 2014/2015

    DU Psychose Paris 13 2014/2015

    Le Département de Formation Continue de l’Université PARIS 13 a le

    plaisir de vous informer de la reconduction en janvier 2014 du DU

    Traitement des psychoses. Approche clinique, psychopathologique et

    institutionnnelle qui vient d’ouvrir en janvier 2013. Merci de faire

    connaître cette formation à celles et ceux qui seraient intéressés par

    cette deuxième édition. Nous vous rappelons que ce DU autour de la

    clinique des psychoses (adultes et enfants) s’adresse à des groupes

    restreints et qu’il se déroule par sessions de 2 jours à 2 jours et

    demi par mois. Il est donc compatible avec une activité

    professionnelle moyennant une organisation particulière. Vous

    trouverez tous les détails dans la pièce jointe et les renseignements

    auprès de Claude Lafouge : sec1-fc.lshs@univ-paris13.fr

    Pour toutes questions : 01 49 40 38 48 (Tel heures bureau sauf le mercredi)

    Avec la participation des départements de psychologie et de Lettres de Paris 13.

    Parmi les intervenants extérieurs à Paris 13 :

    Patrice Eymann, Catherine de Luca Bernier (Clinique de la Borde),

    Vassilis Kapsambelis (ASM 13) , Guy Dana (Longjumeau) , Patrick Chemla

    (Centre Antonin Artaud, Reims) , Christian Pisani (Amiens), Christophe

    Chaperot (Abbeville) , Heitor de Macedo (Sao Paulo, Rio de Janeiro …

    et Paris ), Michel Hessel (Cercle Freudien), Michel Balat (Perpignan)

    ….etc …

    (…)

  • Une interview de Pierre Delion

    Une interview de Pierre Delion

  • Le blog de Vincent GATEL

    Le blog de Vincent GATEL

    Voici un excellent site, très riche, de Vincent GATEL : http://psychoblogue.over-blog.com/

  • Jeudi 14 et Vendredi 15 novembre 2013 Palais d’Auron BOURGES

    Jeudi 14 et Vendredi 15 novembre 2013 Palais d’Auron BOURGES

    4ème CONGRES NATIONAL DES EQUIPES MOBILES DE PSYCHIATRIE

    ESPACES DE MOBILITE, ESPACES DE LIBERTE

    « Le Secteur Psychiatrique : un modèle pour caractériser le soin »

    Les équipes mobiles en psychiatrie : des dispositifs pour contourner la précarité sociale, l’indisponibilité mentale, l’impossibilité physique

    ARGUMENT :

    La post-modernité se caractérise par l’accélération du temps, la multiplication des échanges, en lien avec la mondialisation et le développement de nouvelles technologies. Nos sociétés deviennent des sociétés ouvertes, placées sous le signe de l’urgence et de l’instantanéité. Leur mode d’organisation privilégie la réactivité immédiate et circonstancielle, sur laquelle, au nom d’un principe de transparence, existe un impératif de communication.

    Cette nouvelle donne temporo-spatiale pourrait réduire d’autant l’espace psychique. La culture et les institutions se trouvent infléchies par ce nouveau rapport au temps et à l’espace, favorisant le métissage, mais aussi les craintes identitaires et les replis communautaires. Dans le même temps que le mouvement semble s’épanouir, des formes de conservatisme et d’immobilisme se renforcent. Ces craintes identitaires sont d’autant plus fortes que la mondialisation uniformise les modes de vie et de consommation dans le sens du prêt à utiliser, ne donnant qu’un sens économique et monétaire au mouvement.

    Cette réduction du mouvement à la seule circulation monétaire, peut empêcher toute mobilité, jusqu’à l’interrompre. Elle prive de son sens humain de parcours symbolique, le réduisant à une agitation, qui est le symptôme du malaise post-moderne.

    C’est pourquoi le réinvestissement symbolique du mouvement peut être proposé comme une modalité thérapeutique consistant à aller au plus près des usagers demandeurs, afin de lui donner un sens et une direction, pour l’inscrire dans une trajectoire historicisée, susceptible de transformation, et reprise dans une narration.

    Les différentes interventions des équipes mobiles tendent à offrir un contenant psychique ouvrant un espace de mentalisation et de pensée là où tout n’était que réaction comportementale, à travers une agitation faisant illusion de liberté. C’est le cas en particulier chez les adolescents dont la problématique externe s’expose sur la scène de la réalité dans un espace psychique élargi ; ainsi la non-demande, le retrait, l’opposition, l’agitation, les conduites ordaliques, ne sont plus subies et se donnent à penser en termes d’exercice de la liberté. Le Secteur Psychiatrique, inspiré par la critique des institutions totalitaires née de l’expérience concentrationnaire, avait inauguré le travail dans la communauté. Bien qu’actuellement elle fasse l’objet de critiques et de dénigrements, c’est le modèle qui inspire des pratiques nouvelles de soin : réseaux, équipes mobiles dont ce colloque se veut reflet et promoteur. Un écueil de ces pratiques nouvelles consisterait à les réinscrire dans des dispositifs de réponse à l’urgence. C’est également la recherche de l’espace psychique de la conscience qui inspire l’engouement pour les pratiques de méditation privilégiant l’être plutôt que le faire.

    Ce colloque se propose de croiser les regards d’expériences pratiques diversifiées, de les éclairer d’apports théoriques issus de différentes disciplines, ambitionnant aussi d’être une invitation au voyage grâce à divers compagnonnages artistiques.

  • Début des causeries 2013/2014

    Début des causeries 2013/2014

    Les Causeries reprennent le 9 septembre 2013 de 18h à 20h, comme d’habitude, à mon cabinet, 104 bd Cassanyes à Canet-plage

  • La nef des fous Un documentaire d’Olivier Apprill (26 min)

    La nef des fous Un documentaire d’Olivier Apprill (26 min)

    La nef des fous

    Un documentaire d’Olivier Apprill (26 min)

    Une traversée de l’Atlantique avec des poètes, des comédiens et autres malades mentaux.

  • Le site de Psy Cause

    Le site de Psy Cause

    Psy Cause : « La revue et le mouvement Psy Cause associent des professionnels de différents pays et de plusieurs disciplines, qui s’expriment en langue française pour valoriser le champ de la psychiatrie. Ce site leur appartient. »

  • Livre : UNE AVANT-GARDE PSYCHIATRIQUE par Olivier Apprill

    Livre : UNE AVANT-GARDE PSYCHIATRIQUE par Olivier Apprill

    Olivier Apprill

    UNE AVANT-GARDE PSYCHIATRIQUE
    LE MOMENT GTPSI (1960-1966)
    Préface de Franck Chaumon
    Postface de Jean Oury

    Le Groupe de Travail de Psychothérapie et de
    Sociothérapie Institutionnelles (GTPSI) rassemble
    quelques acteurs majeurs de la psychiatrie, liés à l’hôpital
    de Saint-Alban et à la clinique de La Borde, hauts lieux de
    la psychothérapie institutionnelle.
    S’y retrouvent deux à trois fois par an, de 1960 à
    1966, Jean Ayme, Hélène Chaigneau, Roger Gentis, Félix
    Guattari, Nicole Guillet, Jo Manenti, Ginette Michaud,
    Jean Oury, Gisela Pankow, Jean-Claude Polack, Claude
    Poncin, Yves Racine, Philippe Rappard, Jacques Schotte,
    Horace Torrubia, François Tosquelles, et quelques autres
    – tous engagés dans la transformation du système asilaire.
    Lieu d’une pensée collective aux prises avec
    l’inconscient et la psychose, le GTPSI se distingue d’une
    simple société savante par une remise en cause
    permanente de chacun de ses membres, par la volonté
    affichée “de ne pas s’en laisser passer une”. À la
    recherche d’une cohérence théorique et clinique, ces
    praticiens ont choisi de récuser toute position du
    psychiatre qui tendrait à l’évitement de la folie.
    En retraçant l’histoire de cette avant-garde et en
    donnant à lire l’essentiel des analyses et discussions qui
    l’ont constitué, ce livre met au jour un moment et des
    travaux inédits qui restent d’une importance majeure pour
    nourrir la réflexion psychiatrique contemporaine.

    OLIVIER APPRILL est rédacteur en chef d’Arte-Magazine et auteur de documentaires
    radiophoniques. Ancien stagiaire à la clinique de La Borde, il exerce aujourd’hui la
    psychanalyse dans le cadre d’une association qui reçoit de jeunes adultes en situation
    précaire.

    ISBN : 978-2-35427-056-8 ; 25 € ; 208 pages. Distribution Sodis. En librairie le 23 mars 2013.

  • Autour de l’Icône Michel Balat

    Autour de l’Icône Michel Balat

    Autour de l’Icône
    Michel Balat

    Si l’on veut parler de l’icône, on ne peut éviter de parler des signes.

    Mais s’il y a autant de définitions de signes que de théoriciens de la chose, c’est sans doute parce qu’il s’agit d’un concept difficile à cerner. Sans doute est-ce un mot dont il faudrait presque se débarrasser, au moins comme outil théorique, car quand un mot signifie trop de choses à la fois, il peut certes aider dans le vocabulaire courant à faire des variations, mais, quant au travail d’élaboration, il n’est guère utile. Toutefois, on trouve à mon sens les choses définies avec le plus de rigueur sur le signe dans deux conceptions très précises et très différentes quant au champ qu’elles couvrent.

    La première est celle de Ferdinand de Saussure, qui dit qu’un signe est l’association d’un signifiant et d’un signifié. Qu’est ce qu’un signifiant et qu’est ce qu’un signifié ? C’est assez complexe, car Ferdinand de Saussure héritait de toute une philosophie. Pour lui, le signifiant était l’« image acoustique » du mot et le signifié, il l’illustre par le dessin d’un arbre, soit, le concept d’arbre. Le destin de cette simple représentation du signe aura un destin très riche. Mais sa limite est incluse dans sa définition : si le signifié est un concept, qu’en est-il de l’implication du signe dans le monde ? Seuls les concepts sont-ils signifiables ? Saussure indique avec force que, bien entendu, il tentait de fonder une linguistique et que la parole était hors du champ de sa théorisation.

    De l’autre côté de l’atlantique, depuis la deuxième moitié du XIXème siècle, il y avait ce philosophe sur l’œuvre de qui je travaille depuis plus de trente ans, Charles Sanders Peirce , qui, lui, avait fondé avec une rigueur extraordinaire une Sémiotique ouverte au monde, si je puis dire. Pour lui le signe est essentiellement Sémiose. C’est un processus qui se produit, un développement, quelque chose qui a un cours, dont même la fin n’est pas directement saisissable. Il y a des sémioses qui ont toujours cours, au sens, par exemple, de Blanchot dans L’entretien infini. On se rend compte que les grands tableaux qui habitent le monde sont des tableaux qui sont toujours dans la quête, ils sont toujours dans la sémiose. Si je puis dire, on n’a pas achevé la Joconde ! C’est sans doute dans l’art que les processus sont le plus marqués d’infinitude. Un signe, c’est donc un processus. Dire « ça, c’est un signe ! » c’est s’exposer à une contradiction car cette proposition est déjà dans le mouvement auquel il a donné lieu. À la place du terme « signe », Peirce en propose un autre, un peu rébarbatif, le representamen, que j’ai traduit par un terme du moyen âge, représentement un mot qui vient de Saint Bernard, un drôle de bonhomme car, entre autres, il a fait castrer Abélard. Mais je lui sais gré d’avoir inventé ce mot. Ainsi, au lieu de signe, Peirce propose représentement. Ce n’est pas une représentation. C’est en quelque sorte l’agent d’une sémiose. Par exemple, vous êtes chez vous, la radio est allumée, vous écoutez vaguement le train-train radiophonique, et puis vous entendez quelque chose qui vous sonne à l’oreille et qui vous met en action mentale. Ça arrive… Ou alors, ces revues comme Détective, je ne sais pas si cela existe toujours… vous les regardiez et ça vous faisait quelque chose, c’est une empreinte… on peut dire que ce qui attirait votre attention et vous faisait penser était « un représentement ». Le représentement est quelque chose qu’on pourrait donc concevoir comme étant l’agent d’une sémiose.

    De ce point de vue-là, le mot « arbre » peut être un représentement, qu’il soit écrit, parlé ou dessiné. Mais en même temps, le dessin de l’arbre aussi peut être un représentement. Donc, vous voyez, nous sommes là dans quelque chose qui n’est pas tout à fait dans la vision saussurienne du signe. Il est commun de dire que là où la conception du signe de Saussure est dyadique, celle de Peirce est triadique. Car pour qu’il y ait un processus, il faut au moins trois positions : pour Peirce il s’agit du représentement, de l’objet et de l’interprétant.

    Un représentement renvoie à un interprétant (et pas un interprète) ! L’interprétant vient représenter le même objet que celui que présente le représentement d’origine. Cela donne une couleur, une dynamique, une logique tout à fait différentes, tout un processus d’interprétation, la sémiose, qui va mener à quelque objet qui est l’objet que le représentement tentait de présenter.

    (…)

    Documents joints

  • Le 29 mars 2014 à partir de 9h à la chapelle sant jordi (sise parking sant jordi) À ELNE, Une journée avec… Damien Cru

    Journée avec…

    Le 29 mars 2014 à partir de 9h à la chapelle sant jordi (sise parking sant jordi) À ELNE, Une journée avec… Damien Cru

    Les Associations APEX, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette vingt-

    neuvième « journée avec… » ont invité Damien Cru, Professeur associé à l’Institut des Sciences et Techniques de l’Ingénieur d’Angers (ISTIA), à venir nous parler du travail qu’il effectue depuis de nombreuses années sur ce que l’on pourrrait appeler avec lui “Le risque de la parole”.

    Familier du séminaire de Jean Oury à Ste Anne, il y a fait une intervention remarquée, dont certains des éléments figurent dans le texte que nous proposons en illustration de sa venue parmi nous. Le titre de l’un de ses ouvrages “De l’ergonomie à la psychodynamique du travail” s’inscrit dans ce qu’avaient ouvert pour nous nos amies Lise Gaignard et Pascale Molinier le 23 septembre 2006. Nous avons beaucoup à apprendre de lui et de son travail de “pierreux”, de tailleur de pierres, héritier des bâtisseurs de cathédrales.

    Le fait que la nouvelle salle où nous allons accueillir Damien Cru dépende du cloître d’Elne donnera à n’en pas douter le style, l’ambiance de cette journée.

    La journée de travail se déroulera de 9h à 18h. Il y aura des temps de discussion et des temps de pause ; une librairie sera à la disposition des participants.

    L’accueil se fera à partir de 8h 1/2 autour d’un petit déjeuner.

  • Festibages 2013, 7ème édition

    Festibages 2013, 7ème édition

    Festibages 2013, 7ème édition

    Cette année l’artiste invité est Richard Meier.

    Vernissage de l’exposition Détour / Richard Meier.

    L’exposition sera ouverte jusqu’au 15 septembre, du mardi au dimanche, de 16 à 19h et en nocturne lors des concerts du FestiBages les vendredis de l’été, du 19 juillet au 23 août.

    Entrée libre.

    www.bages66.fr

  • Le 26 octobre 2013, « journée avec… » l’équipe de Pédopsychiatrie de Bourges à Canet-en-Roussillon

    Le 26 octobre 2013, « journée avec… » l’équipe de Pédopsychiatrie de Bourges à Canet-en-Roussillon

  • Le 19 octobre à Landerneau : Ensemble(s)

    Le 19 octobre à Landerneau : Ensemble(s)

  • COMMUNIQUE DE PRESSE des CEMEA

    COMMUNIQUE DE PRESSE des CEMEA

    PLAN AUTISME 2013 « QUAND L’ETAT SAIT LES BONNES PRATIQUES EN MATIERE DE SOIN ET DE FORMATION ! »

    Le plan Autisme 2013 a été présenté très récemment par Madame CARLOTTI, Ministre Déléguée aux personnes handicapées et à la lutte contre l’exclusion, accompagné de déclarations citées par le journal Le Monde du 2 mai 2013 :
     « En France depuis quarante ans, l’approche psychanalytique est partout et aujourd’hui elle concentre tous les moyens. Il est temps de laisser la place à d’autres méthodes pour une raison simple : ce sont celles qui marchent et qui sont recommandées par la Haute Autorité à la Santé. »

     « N’auront les moyens pour agir que les établissements qui travailleront dans le sens où nous leur demanderons de travailler. »

    Nous comprenons les pressions d’associations familiales pour aller vers plus de travail éducatif, en réaction à certains excès de pratiques psychanalytiques. Pour autant le plan Autisme tout en annonçant un certain nombre de mesures qui sont attendues (dépistage précoce, accueil des enfants à l’école, création de places en institution), exprime clairement la nécessité de la mise en oeuvre des recommandations de la Haute Autorité à la Santé (HAS) qui préconisent les approches neurocognitives, éducatives et comportementales et les méthodes de « l’analyse appliquée des comportements » et elles seules !

    Exit les approches qui réfèrent à la psychopathologie, aux courants de la psychanalyse et non reconnues les professionnels et les équipes qui construisent le soin ou le travail social du point de vue de la psychothérapie institutionnelle. L’obtention des moyens sera conditionnée à l’application de ces recommandations. De même la formation des professionnels devra en tenir compte et le justifier pour être validée !

    C’est une première, l’Etat sait et affirme ce que sont les bonnes pratiques professionnelles, y conditionne les moyens et oriente les formations des cursus initiaux et des contenus de la formation professionnelle continue. Et pourtant ces recommandations de la HAS conclues dans un climat de pression du lobbying de quelques associations actives mais minoritaires, que nous dénoncions déjà dans un précédent communiqué en avril 2012, sont des recommandations dont la pertinence a été questionnée très précisément par la revue Prescrire dans son numéro d’avril 2013. En effet, contrairement à ce qui est affirmé, aucune approche ne fait accord sur le plan scientifique dans le domaine de l’autisme et les travaux de la HAS n’ont pas non plus fait consensus.

    Ces recommandations deviennent alors partisanes sans plus. Les travaux les plus concluants s’accordent pour énoncer la complexité de l’autisme, des autismes devrait-on dire ; ce sont les approches pluri dimensionnelles qui apportent les meilleures évolutions, les approches qui combinent les réponses éducatives, comportementales et thérapeutiques. En cela les pratiques inspirées de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle sont à considérer au même titre que les autres et non à rejeter, ni à opposer systématiquement et à valoriser en terme de complémentarités.

    …/…

  • Étude à partir des « Recommandations de Bonne Pratique » de la Haute Autorité de Santé, en matière d’autisme

    Étude à partir des « Recommandations de Bonne Pratique » de la Haute Autorité de Santé, en matière d’autisme

    ÊTRE OU NE PAS ÊTRE … ÉVALUÉ
    Étude à partir des « Recommandations de Bonne Pratique » de la Haute Autorité de Santé, en matière d’autisme


    La Haute Autorité de Santé (HAS) et l’ Agence Nationale de l’Évaluation et de la qualité des établissements et Services sociaux et Médico-sociaux (ANESM) ont publié en mars 2012 deux documents sur les « interventions éducatives et thérapeutiques coordonnées chez l’enfant et l’adolescent atteints d’autisme et autres troubles envahissants du développement » : un « Argumentaire Scientifique » (HAS/AS) de 465 pages et des « Recommandations » (HAS/R) de 60 pages destinées à un public plus large.

    Une lecture attentive et une comparaison de ces deux textes me paraissent soulever de graves problèmes.

    Un cadre est proposé aux professionnels concernant le dépistage précoce des troubles autistiques pour caractériser leur évolution : mettre en place un projet personnalisé, se soucier de l’accompagnement des parents ou de la fratrie et mettre l’accent sur la nécessité de coordonner les interventions éducatives et thérapeutiques, tout cela ne peut que servir à améliorer la condition des enfants à troubles autistiques. Ces différentes mesures et modalités visent aussi à proposer un langage commun, des outils d’évaluation qui pourraient être généralisés et cherchent donc à spécifier le trouble autistique le plus tôt possible ; ceci nous intéresse malgré l’absence d’autres types d’outils tout aussi précieux, notamment ceux qui permettent l’évaluation de la personnalité, non mentionnés dans ce document. Si ces modalités sont bien inscrites dans les structures de soin depuis longtemps, l’ouverture à d’autres outils plus spécifiques pour les sujets atteints d’autisme est utile à promouvoir.

    Cependant, le chapitre 5.3.3 de « l’Argumentaire Scientifique » (AS) concernant « l’évaluation de l’efficacité et sécurité des interventions globales comportementales et développementales » a attiré plus précisément mon attention par son ampleur d’abord et par l’approche détaillée des différentes études scientifiques qui tranchent sur l’ensemble de cet argumentaire.

    Ce sera l’objet de cette étude qui se veut une lecture critique de l’utilisation, faite par l’HAS dans son Argumentaire Scientifique, des études scientifiques, pour la plupart nord-américaines, portées à la connaissance du public par son Comité de Lecture. L’HAS présente, en effet, l’efficacité de ces interventions comportementales comme une évidence dans ses deux documents (HAS/AS et HAS/R). Un examen sémantique des commentaires de la HAS/AS nous permettra d’en découvrir les ressorts.

    Dans ce parcours de lecture, plus on avance dans les applications et les méthodes, plus on s’enfonce dans une nébuleuse constituée par une accumulation d’études scientifiques. Tout semble fait pour nous démontrer que cette nébuleuse est dense et que la profusion des études devrait plaider par elle-même en faveur de l’efficacité recherchée. Quantité faisant loi.

    (…)

  • Une expérience personnelle par Antoine Viader

    Une expérience personnelle par Antoine Viader

    Une expérience personnelle

    « De la musique avant toute chose

    Et pour cela préfère l’impair »

    Verlaine

    L’art poétique

    De la musique, sans doute. Cette musique intérieure, silencieuse. Musique sans parole, subitement. Est-ce que cette musique s’arrête aussi au moment de l’accident vasculaire cérébral ?

    C’est vrai qu’avec l’aphasie, on peut rencontrer aussi l’agnosie, et l’amusie et d’autres troubles du cerveau.

    Dans mon cas, je crois que cette musique interne était déjà devenue, plus ou moins, discordante avant l’accident.

    Après, elle est revenue, à peu près, comme avant. La musique extérieure, les chansons, par exemple, n’a pas été perturbée, ou très peu, sauf une certaine amnésie. La parole est revenue petit à petit, avec le travail des orthophonistes, mais pas complètement. C’est pareil pour la mémoire, lorsqu’un mot connu vous manque sur le moment, et qu’il reviendra plus tard.

    Plus grave, c’est l’oubli des langues : ma langue maternelle, le catalan, et l’espagnol que j’ai parlé, lu et écrit pendant cinq ou six ans, à l’école, en Espagne. Je parlais ces deux langues couramment jusqu’à cet accident.
    Certains de mes amis m’ont dit que si j’avais oublié ces deux langues, c’était faute de les pratiquer. Je ne crois pas. On n’oublie pas sa langue maternelle facilement, c’est comme quand on sait nager ou faire de la bicyclette. C’est autre chose que j’ai du mal à comprendre.

    C’est pareil pour les chansons poétiques que j’aimais beaucoup, que ce soit en espagnol comme Paco Ibañez ou Atahualpa Yupanqui, en catalan comme les chanteurs des « seize juges », et en français, comme Brassens ou Léo Ferré.
    Sans doute, je connais tout ça, ou plutôt, je les reconnais mais je n’arrive pas à les mémoriser correctement.

    Il faudrait que je recommence à travailler avec obstination sur ces textes pour les posséder vraiment. Pour le moment, j’en suis dépossédé.
    Je ne m’attarderai pas sur le problème neurologique. Ceux qui se sont intéressé à l’aphasie, connaissent les deux zones particulières du langage dans le cerveau : la zone de Broca, et celle de Wernicke, et leurs connexions.

    D’autre part, on peut citer Roman Jacobson dans son livre « Essais de linguistique générale », en particulier dans le chapitre consacré à l’aphasie. Roman Jakobson propose deux sortes d’aphasie : la perturbation de la chaine métonymique, et la « colonne » métaphorique.

    Là non plus, je n’insiste pas.

    Mon texte n’aura aucune signification scientifique*.

    Je me propose seulement d’évoquer des impressions, des sensations, des souvenirs…

    On peut parler du palimpseste. Victor Hugo le définit comme l’oubli ou la mémoire effacée. Il s’agissait d’un parchemin, au moyen âge sur lequel on écrivait. Comme les parchemins étaient chers, on essayait d’effacer le premier texte, (en fait, on le grattait) pour en écrire un nouveau. Mais, du premier texte, il restait des traces, des fragments de mots, de phrases etc… On pouvait recommencer plusieurs fois cette opération, et finalement, de ces textes superposés, apparaissait comme une mémoire fragmentée.

    à travers l’aphasie, et des troubles de mémoire, on ne peut éviter de penser à la psychanalyse, au contenu manifeste du patient (le dernier texte du palimpseste), au refoulement et à l’inconscient, en tous cas pour les névrosés ordinaires. Il s’agit d’autre chose pour la psychose, lorsque Jean Oury parle à ce sujet de « l’oubli de l’oubli ». Pour ma part, je n’ai pas pensé tout de suite au palimpseste. En fait, j’ai pensé à l’amputation.

    Bien sûr, personne parmi les scientifiques n’a articulé l’amputation à l’aphasie. C’est pourtant ce qu’elle m’a évoqué. J’ai ressenti l perte des paroles et des mots, comme la perte d’un bras ou d’une jambe. Naturellement, j’ai pensé au membre fantôme : après la perte d’un bras, le blessé, ressent à l’extrémité du bras amputé, des sensations, douleurs, contact etc. On a envie de serrer son point absent, de gratter, de caresser le bras perdu…

    C’est, sans doute pour cela que j’ai pensé au membre fantôme et au palimpseste.
    En effet, dans une aphasie partielle, e nouvelles paroles reviennent, un peu différentes des anciennes. Elles n’ont pas la même consistance.

    Je ne pense pas seulement à l’anarthrie, la difficulté à prononcer des mots longs et difficiles, mais plutôt, de reconnaitre des paroles déjà connues comme s’il fallait les réapprendre de nouveau, ou les interpréter différemment.

    Je ne sais pas si ces paroles ambigües, anciennes et nouvelles, les mêmes, correspondent à ce que Roman Jakobson écrivait au sujet des deux aphasies.
    En tous cas, je pense à ces paroles ou mots nouveaux comme à des surgeons ou des rejetons qui poussent autour de l’arbre coupé. Est-ce qu’ils vont continuer à pousser, produire des fleurs, des fruits, qui sait ?

    Dans mon expérience, les paroles et mots retrouvés correspondent au contraire de ce qu’Orwell écrivait dans « 1984 », au sujet de la « Novlangue ».
    Si mes « nouvelles paroles anciennes » manquent, sans doute, de consistance, par contre, leurs significations et leur sens se sont élargis. C’est peut être, à cause du besoin de reconstruction.

    Ces briques de reconstruction, le ciment, le mortier, les matériaux du langage, ont participé à élargir les espaces, pour laisser plus de place aux connotations, et aux métaphores.

    Donc, si on veut, cela facilite les associations d’idées, la possibilité de naviguer ou de divaguer parmi les paroles, et ouvrir les espaces de la fonction créative et poétique.

    Je ne veux pas dire que je suis plus riche qu’avant. Au contraire, j’ai perdu des choses que je ne pourrai jamais récupérer. Il s’agit d’autre chose. Henri Maldiney parlait dans l’un de ses livres de « la densité du vide ». Donc, il ne s’agit pas, ou pas seulement de la fonction vicariante.

    J’ai parlé de souvenirs. Il m’en reste quelques uns.

    Il y a longtemps, le Dr Félician, psychanalyste à Marseille, avait crée un petit séminaire dans le service de Jacques Tosquellas à la Capelette.

    Ce soir là, on était très peu nombreux. Une psychologue a parlé d’un enfant autiste.il ne parlait pas, mais il dessinait. La psychologue nous a montré une des œuvres de cet enfant. C’était des tâches rouges, bleues, jaunes etc…De formes différentes, des ronds, des traits, des formes aigues… au bout d’un moment, comme personne ne disait rien, j’ai proposé à Félician ce que je ressentais. Je lui ai dit : « Il se pourrait que ses dessins soient des cris, ou des tentatives de paroles. »

    Ce n’était qu’une hypothèse. Cela m’a rappelé certains tableaux de Kandinsky.
    Récemment, j’ai reçu comme une sorte de confirmation en regardant une exposition des œuvres d’Auguste Herbin à Céret, près de Perpignan. Dans ses recherches, Herbin avait composé un « Abécédaire Plastique ». Il y avait donc une colonne avec toutes les lettres de l’alphabet, et à coté de chaque lettre il y avait des formes : des ronds, des triangles, des carrés…de toutes les couleurs et, encore à coté, des notes de musique.

    Bien sûr, l’autisme, l’aphasie, et la peinture n’ont rien avoir entre eux. Pourtant, ce qu’il y a de commun, c’est l’effort pour trouver ou retrouver quelque chose qui n’existe plus ou qui n’a jamais existé. L’effort pour s’exprimer, ou communiquer à un autre.

    Un autre souvenir. Un film cette fois ci.

    Un film de Dalton Trumbo : “Johnny s’en va en guerre”.**

    Dans son film, Johnny a sauté sur une mine. Il est complètement démembré et défiguré.il ne lui reste que son tronc et sa tête…il ne peut plus parler, mais sa pensée est restée intacte. Personne ne s’occupe plus de lui, sauf une jeune infirmière, qui, pour l’aider à communiquer, lui trace des mots sur sa poitrine avec son doigt. Lui ne peut communiquer qu’avec l’une de ses paupières et son regard expressif. C’est un cas extrême.

    Si je cite ce film, c’est encore pour souligner l’effort pour s’exprimer et communiquer avec un autre.

    Mais aussi, parce que ce film parle de douleur, de souffrance et d’espoir. L’espoir, non pour survivre mais pour compter pour quelqu’un, le temps de vivre encore un peu.

    Dans ce texte, je ne parlerai plus de douleur ni de souffrance. Peut-être, ici ou là, je parlerai d’espoir.

    Je reviens vers des paysages plus paisibles, même s’il survient parfois quelques soubresauts.

    Dans l’ambiance chaleureuse, autour de Michel Balat, à Elne, Pyrénées orientales, on pouvait se confier à des presque inconnus. C’est ce qui s’est passé.

    J’ai parlé à une jeune femme. Je lui ai parlé d’Antonin Artaud et de ses différentes angoisses. Arthaud, disait que l’angoisse entrainée par l’opium n’a pas la même couleur que son angoisse habituelle. À la suite de ça, je lui ai parlé de mon aphasie ou des séquelles de l’aphasie. Elle m’a demandé : « de quelles couleur sont tes paroles ? ».

    Je n’avais pas de réponse, mais, cette question m’a ouvert un petit boulevard de rêverie. Rêverie ou musique silencieuse… à partir de là, on peut se promener entre les autres, les pierres, les mots, les paroles…

    Si j’essaie de dessiner mes paroles, comment faire ?

    Biens sûr, on peut penser à l’art de la calligraphie en chine, ou des calligrammes d’Apollinaire, qui disait « Moi aussi, je suis peintre ! »

    Mais il s’agit d’autre chose encore. Des formes peut-être, des nuances plutôt que des couleurs primaires. Sans doute, Rimbaud a donné des couleurs aux voyelles.
    Mais encore quelque chose de différent, de plus personnel. Il ne s’agit pas non plus des accents dans les diverses régions.

    Chacun a sa voix, le timbre de sa voix qu’on peut reconnaître souvent, par exemple au téléphone, quand on se connaît, qu’on s’est déjà parlé. Je passe sur la mue de la voix des garçons au moment de la puberté.

    Je reviens donc à cette expérience particulière qu’est le retour des paroles, dans les séquelles de l’aphasie. Si je n’avais pas eu cet accident, je n’aurais jamais pensé à la couleur, ou même au gout des paroles.

    Pour évoquer, plutôt que de pouvoir décrire ces phénomènes, j’ai pensé à la « Métamorphose » de Kafka, ou au film de Cronenberg « la Mouche ». Mais tout ça est excessif. Un cauchemar.

    Pourtant, si j’écris, comme j’écris et pense, de façon cursive, le long de la plume ou du stylo bille, ce n’est pas pour rien. Ainsi, apparaissent les noms. Peut-être, sous un autre texte comme le palimpseste. On pourrait dire aussi qu’à un moment, il y a une interruption dans l’écriture cursive. J’arrête et je me promène, j’erre et je bute sur ces pierres. Ça fait mal au pied, mais pas trop. Ce qui se colore, ce sont d’autres mots : « La condition humaine » de Malraux et « L’espèce humaine » de Robert Anthelme. On pourrait l’articuler avec « le mythe de Sisyphe » d’Albert Camus.

    Quand on est malade, ou qu’on a été malade, on peut essayer d’oublier. C’est ce qui s’est passé pour moi pendant des années. Et, parfois, on pense qu’on peut profiter de cette expérience intime. Quelque chose que l’on peut apporter à soi-même et à d’autres, si on se permet de le dévoiler sans obscénité. C’est ce que j’ai tenté de dire et d’écrire ces derniers mois.

    Comme d’habitude, je m’attarde à l’ombre de ces mots surgis dans mon écriture. Est-ce que les paroles sont assez consistantes, assez opaques, pour porter leurs ombres ? Les anciennes, les nouvelles ? Je ne sais pas. Donc, si je ne sais pas, il y a quelque chose d’obscur, d’opaque. Heureusement. J’ai parlé de maladie. Maladie somatique, mentale, ou les deux ? Il faudrait creuser, dans ces paroles, pour se référer à Grodeck ou à Michel de M’Uzan.

    En tous cas, rien n’est transparent dans l’image du corps humain ni dans la condition humaine.

    Bien sûr, je préfère les questions aux réponses. Il ne s’agit pas d’interrogatoire. Les questions se posent toutes seules souvent.

    Sinon, bien sûr, il y avait « La question » à l’époque de l’ancien régime, et « La question » d’Henri Alleg pendant la guerre d’Algérie. Tortures pour obtenir des réponses et des aveux.
    Si je préfère les questions aux réponses, c’est qu’il reste une ouverture, un espace de pensée, un écart entre le Oui et le Non.
    Dans la psychanalyse, les interprétations de l’analyste ne sont pas des réponses. L’analysant pourra continuer à se poser des questions, mêmes implicites.
    J’arrête cette digression pour revenir sur l’aphasie et ses paroles perdues et parfois retrouvées.
    J’ai parlé du palimpseste. On pourrait parler aussi des paroles englouties, souterraines, qui peuvent réapparaitre à la surface en suivant une résurgence.
    Enrique Serrano, notre ami a écrit un livre intitulé : « Le fleuve de la mémoire ». Lui aussi dit qu’il ne pense pas avec sa tête mais avec ses pieds.

    Dans un autre texte, j’ai parlé de la langue comme l’une des fondations d’une nation.

    Dans le cas de l’aphasie, la perte des paroles dans des langues connues, on se sent déraciné. En tous cas, ces paroles perdues, exilées, se sont elles qui sont déracinées avec une partie de moi-même.

    Que deviennent les paroles déracinées ? Dans les rivières souterraines ? Dans « Le fleuve de la mémoire » de Serrano, ou dans les marécages de l’amnésie ?
    On pourrait chercher ces paroles flottantes dans la mer, à marée basse, comme les bois flottants qu’on retrouve après un naufrage.

    En sortant de l’hôpital, j’ai assisté partiellement aux journées de l’AMPI à cette époque. Le vendredi soir, au repas des intervenants, j’ai dit à Resnik que j’étais aphasique, même si j’arrivais à prononcer quelques mots. Il m’a dit : « Si tu ne peux pas parler, pense ! »

    Alors, comment penser ? Dans quelle langue on pense, avec des paroles silencieuses ? Je suppose que l’on pense avec la langue que l’on possède le mieux. Il n’y a pas besoin de traduire ces pensées. Par contre, dans une traduction, il faut sans doute penser alternativement dans une langue et dans une autre.

    Mais penser, c’est encore un autre pays que la parole et l’écriture.
    Descartes dit : « Je pense donc, je suis ». Et Lacan dit je crois, « Je pense là où je ne suis pas », ou quelque chose comme ça.

    Quelque chose comme ça, c’est comme ça, je pense, parle et écris. Toujours approximatif. Donc proche mais à une certaine distance, avec des pensées et des paroles en suspension…

    Comme j’ai commencé par la musique, je vais finir par l’impair. Quitte à en commettre plusieurs.

    Pour l’instant, je laisse ce texte en suspension…

    *Pour se référer à une auto-observation scientifique, il faudrait retrouver Chargas et sa maladie. La maladie de Chargas, trypanosomiase américaine, est une maladie parasitaire. Chargas, médecin chilien, atteint lui-même de cette maladie, a poursuivi, ses auto-observations au cours de la progression de la maladie jusqu’à sa mort.

    **Dalton Trumbo a été condamné dans les années 60, par la commission McCarthy, jugé comme communiste aux Etats-Unis.

  • Journées d’étude Vendredi 27 septembre et Samedi 28 septembre 2013 Rennes

    Journées d’étude Vendredi 27 septembre et Samedi 28 septembre 2013 Rennes

    Le 3ème plan autisme, que dit-il du malaise de notre civilisation contemporaine ?

    Journées d’étude

    Le 3ème plan autisme, que dit-il du malaise de notre civilisation contemporaine ?

    Vendredi 27 septembre et

    Samedi 28 septembre 2013

    Rennes

    Argument

    Et que faire dans l’attente et que dire

    Je ne sais ; et à quoi bon des poètes

    en un temps de détresse ?

    Extrait de « Pain et Vin », de Friedrich Höderlin.

    Il avait, de la mer, acheté une carte

    Ne figurant le moindre vestige de terre ;

    Et les marins, ravis, trouvèrent que c’était

    Une carte qu’enfin ils pouvaient tous comprendre.

    Extrait de « La chasse au Snark », de Lewis Carroll.

    Le 31 Mai et le 1er Juin 2013 se tenaient à Villejuif

    les Assises Citoyennes pour l’Hospitalité en Psychiatrie et dans le Médico-social. Ce week-end s’est

    terminé par un grand meeting appelant au retrait

    du plan autisme 2013. A notre retour, nous avons

    été nombreux à nous interroger, à éprouver de

    l’incompréhension, de la colère même, à la lecture

    de ce troisième plan autisme ; galimatias pour certains, exemple de novlangue pour d’autres. Ces

    journées que nous vous proposons sont nées de

    ce désir de transformer en travail ces réactions premières. Nous échangerons sur nos outils, nos boussoles, nos agencements collectifs possibles, notre

    clinique, pour nous frayer un chemin et tenter de

    comprendre ce que ce plan autisme peut nous enseigner. Benoît Le Bouteiller

  • Lettre ouverte de Mireille Battut, présidente de l’association La main à l’oreille à Marie Arlette Carlotti, au sujet de la présentation du 3ème plan autisme

    Lettre ouverte de Mireille Battut, présidente de l’association La main à l’oreille à Marie Arlette Carlotti, au sujet de la présentation du 3ème plan autisme

    Cliquez sur le titre ci-après->Lettre ouverte de Mme Mireille Battut by Jacky Garrone

    Extrait du début de la lettre, publiée sur le site du Collège de Recherche en Psychomotricité

    Lettre ouverte de Mireille Battut,

    présidente de l’association La main à l’oreille

    à Marie Arlette Carlotti, au sujet de la présentation

    du 3ème plan autisme

    Madame la ministre,

    Je viens de recevoir votre appel à soutenir votre candidature à la mairie de Marseille, sur la boite mail de l’association que j’ai créée, La main à l’oreille.

    La main à l’oreille est née en 2012, année consacrée à l’autisme Grande cause nationale, pour porter une parole autre : nous refusons de réduire l’autisme à la seule dimension déficitaire et sa prise en charge à la seule approche rééducative, nous voulons promouvoir la place des personnes autistes dans la Cité, sans nous référer à une norme sociale ou comportementale.

    C’est en 2012 que vous avez découvert l’autisme. Vous repartez maintenant vers d’autres aventures, mais vous nous laissez un 3ème Plan Autisme rapidement ficelé, accompagné de déclarations martiales : « En ouvrant ce dossier, j’ai trouvé une situation conflictuelle, un climat tendu, je n’en veux plus. » Vous avez, en effet, vécu des moments très chahutés. J’en ai été témoin lors d’un colloque au Sénat dédié à l’autisme, où un groupe de parents bien déterminés vous empêchait de parler. Le député Gwendal Rouillard, votre collègue, qui a choisi de soutenir les plus virulents, était à la tribune, les yeux mi-clos et le sourire aux lèvres. Comme vous étiez toujours coincée sur le premier paragraphe de votre discours, il a levé un bras et a demandé silence aux parents en les mettant en garde « ne prenez pas la ministre pour cible, n’oubliez pas que votre véritable ennemi, c’est la psychanalyse ». La salle s’est calmée et vous avez pu poursuivre votre propos, après avoir jeté un regard de remerciement à celui qui vous sauvait ostensiblement la mise. Vous avez retenu la leçon : vous ne voulez plus de parents chahuteurs dans vos meetings. Aussi, en partant, vous donnez des gages : « En France, depuis quarante ans, l’approche psychanalytique est partout, et aujourd’hui elle concentre tous les moyens ». Vous savez pourtant, en tant que Ministre, que depuis trente ans la psychanalyse n’est plus dominante en psychiatrie, que les établissements médico-sociaux ainsi que les hôpitaux de jour ont intégré des méthodes comportementales ou développementales dans leurs pratiques et que le problème majeur, c’est le manque de place et de moyens. Est-ce à cause de la psychanalyse que les enfants autistes restent à la porte de l’Ecole républicaine ? C’est donc en toute connaissance de cause que vous vous faites le relai d’une fable grossière, dictée à la puissance publique par quelques associations extrémistes. (…)

  • Canet, le 31 mai 2010 Travail tonal, transfert et signe parfait

    Canet, le 31 mai 2010 Travail tonal, transfert et signe parfait

    Canet, le 31 05 2010 Travail tonal, transfert et signe parfait

    M. B. : Nous sommes le 31 juin 2010… mais … il n’y a pas de 31 juin… (rires)

    Georges Perez : Cette année les séminaire s’arrêteront le…(rires)

    M. B. : C’est bizarre, j’ai fabriqué une date qui n’existe pas… Je reprends, on est le 31 mai 2010, j’avais prévu de continuer sur les histoires du général et du vague mais je voudrais vous parler du livre de Laura Grignoli qui vaut vraiment le coup, épatant, et aussi de la venue Claude Rabant, avec son livre « Métamorphose de la mélancolie » dont Georges dit qu’il est extraordinaire…

    G. P. : J’ai lu un vingtaine de pages, sauf la préface de Oury…

    M. B. : Elle est plus difficile à comprendre que le livre… Je l’ai rencontré avec sa femme qui est grecque, elle voulait qu’on organise à Delphes un colloque sur la pythie, ce serait bien, vous viendriez ?

    Public : Oui, ce serait sympa…

    M. B. : Donc je la rappellerai… (rires)

    G. P. : Qui nous accueillerait pour recueillir nos questions ?…

    M. B. : Ah, il faudrait d’abord une bande d’herméneutes ou bien de proxènes qui traîneraient dans le coin… J’ai envie de reprendre des éléments que Laura a avancés samedi et essayer d’en faire mon miel sémiotique, à tout hasard… ça ira, Laura, tu comprends ce que je dis ? Je parle assez lentement ?

    Laura Grignoli : 80%…

    G. P. : Finalement on va apprendre l’italien…( rires)

    M. B. : J’avais beaucoup abordée cette question à l’époque où j’élaborais sur le tonal, certains d’entre vous s’en souviennent, toute cette dimension dans le travail qui n’appartient pas en propre à l’univers symbolique mais qui est fondamentale pour permettre qu’il y ait le partage de quelque chose entre des personnes. Tu insistes beaucoup sur cette dimension et tu dis que dans ce travail d’art thérapie sans doute dialogue-t-on mais certainement pas dans la dimension symbolique. À Château Rauzé, dans les réunions avec les blessés, on voit bien qu’on tisse quelque chose, j’avais appelé ça un tissu tonal, il permet de pouvoir accueillir la personne ; d’ailleurs, c’est très curieux parce que j’ai eu un coup de fil impromptu de Jean Oury, hier, dimanche dans l’après-midi…Tous les dimanches que Dieu fait depuis plus de trente ans, il discute avec Danielle Roulot de 16h à 18h, vous avez ces discussions dans les Dialogues à La Borde, ça vaut le coup de le lire…Ce dimanche, ils étaient en train de réfléchir à la question de l’avec et il me dit : « Il faut que tu nous dises des trucs sur l’avec »… Danielle soutient que l’avec le schizophrène n’est pas la même chose que l’avec le normopathe, elle dit que l’avec le schizophrène est de la priméité, autrement dit du tonal, l’avec, être avec…Je lui disais que pour le travail avec les végétatifs, avec les personnes qui ne sont pas dans la langue, qui ne parlent pas, on est avec elles mais on n’est jamais sûr qu’elle soit avec nous ; certes, on partage quelque chose ? On n’en est pas tout à fait assuré et tout au long de ce travail de tissage, on regarde la personne pour voir si elle est avec nous, comme elle ne manifeste rien, on ne peut pas en être sûr et la seule chose que nous essayons de faire, c’est d’être avec elle. Je lui disais que l’avec n’est pas une relation nécessairement réflexive et ce travail, nous avons décidé depuis longtemps de le faire à partir de la parole, celle-ci non pas traitée dans le sens symbolique mais dans le sens tonal, tenter un petit peu ce que le poète réussit, essayer de faire en sorte que circule quelque chose grâce aux mots qui permettent que ça se tisse entre tous ; ce sont des trucs qu’on a élaborés depuis assez longtemps, à distinguer justement dans ces possibilités qui sont offertes par les mots, entre la dimension tonale, au sens presque premier, celui de…

    Public : La résonance…

    M. B. : Même pas, le ton comme pure présence, sans aucune distinction possible. Dans cette tonalité, il y a aussi un deuxième niveau qui est le ton du mot, le mot a un ton. Si je dis « ton » par exemple, il y a un « t » dedans qui est particulier, ce n’est pas n’importe quel mot, il a des résonances, évidemment, mais cette fois-ci des résonances de proche en proche, ça associe … La tonalité première est pure présence et la tonalité seconde est attachée au mot ; pour le troisième niveau, extrêmement important, sur lequel un travail d’élaboration serait à faire, c’est ce que j’appelle le ton de signification, les mots en eux-mêmes ont une évocation, une figure de style, une figure de mot… Un exemple, le mot imputrescible évoque en fait la putréfaction mais si je dis immarscecible, ça fait rêver parce que les significations sont différentes. Imputrescible attire l’attention directement sur la chose et ne permet pas d’avoir des associations très fortes, celles qu’il autorise sont extrêmement réduites, parce que ça inquiète. Immarscecible et on voit le visage de la vierge, intact, imputrescible certes, mais ce dernier mot n’autorise pas de significations bien plus vastes. C’est une tonalité de signification, des mots ferment et des mots ouvrent dans la signification ; ce n’est pas la signification pour elle-même mais c’est comme une sorte de réservoir de possible du mot auquel on est sensible, j’appelais ça le diaton, c’est ce autour de quoi pourrait être organisé ce que j’appelais à l’époque et encore aujourd’hui la diapathie. On parle de l’empathie, de la sympathie, mais personne ne parle de la diapathie, or c’est ce qu’on ressent dans un groupe, quand il y a quelque chose qui circule, on ne sait pas ce qui circule, ce n’est pas de l’empathie, ni de la sympathie, ce n’est pas le problème, mais de la diapathie. Chaque fois qu’on travaille dans les groupes, la question qui se pose est celle de ce pivot du groupe qu’est la diapathie, qu’on peut appeler le partage, c’est ce niveau-là qui est important. A travers cette idée du ton, de la tonalité, on touche à des choses qui sont communes au travail que font Laura ou Florence en art thérapie et à ce qu’on peut faire à Château Rauzé avec des gens privés de parole, qui n’éprouvent pas le besoin de parler, je ne dis pas la possibilité parce que je n’en sais rien, en tout cas il s’avère qu’ils ne parlent pas, et ce niveau du ton me paraît d’une très grande richesse souvent complètement laissé de côté, en particulier dans les études sémiotiques, je me souviens…

    (…)

  • Architecture Institution Psychothérapie par Antoine Viader

    Architecture Institution Psychothérapie par Antoine Viader

    Architecture Institution Psychothérapie

    « C’est ainsi que les hommes vivent » Louis Aragon.

    Ces trois mots, en guise de titre, ne sont pas articulés. Ils le seront, peut-être, chemin faisant, au cours de ce texte. En tout cas, je vais essayer de le faire. D’abord, un souvenir ancien. J’avais six ou sept ans, j’allais à l’école en Espagne. Je connaissais donc l’espagnol, je pouvais le parler, le lire, et l’écrire.

    Donc, à cette époque, j’ai lu un livre en espagnol, dont le titre était : « L’histoire des demeures ». En espagnol : « La historia de las viviendas ». En espagnol, il y a plusieurs mots pour désigner les demeures ou les maisons. Il y a donc « las viviendas » mais aussi « las moradas ».

    La maison, c’est la « casa ».

    Lorsque Heidegger disait que « le langage c’est la demeure de la pensée », je l’avais traduit en espagnol au cours des journées de Reus, il y a longtemps, par : « el lenguaje es la morada del pensar ». On pourrait aussi citer l’Évangile de saint Jean : « il y a plusieurs demeures dans la maison de mon père ».

    Je reviens à cet ancien souvenir. Je me rappelle qu’on parlait des cavernes et des « hommes des cavernes », puis les premières habitations fabriquées par les hommes eux-mêmes : chaumières, cahutes, cabanes, et même des maisons sur pilotis.

    Sans doute il y avait des chasseurs nomades, et ensuite des cueilleurs, des cultivateurs, des bergers devenus sédentaires, etc.

    Mon souvenir s’est arrêté là sur les maisons, sur pilotis. Je les ai retrouvés à Gruissan, près de Narbonne.

    Je vais citer Élie Faure dans l’un de ses livres « L’esprit des formes » Tome 2 : Un pas de plus, et nous voici au seuil de la pensée de Baudelaire, où l’apparente antinomie entre l’art et la science est résolue en quelques mots : « L’imagination est la plus scientifique des facultés, parce que, seule, elle comprend l’analogie universelle ».

    Élie Faure était un historien de l’art. Il a apporté énormément de connaissances sur l’art et l’Histoire et « l’Histoire de l’Art » (4 volumes) et d’autres ouvrages mais aussi à la culture en général. On pourrait continuer avec quelques citations supplémentaires : « le poète (Baudelaire) n’ignorait pas que le savant c’est le poète, et ce n’est la faute du savant, ni la faute du poète, si nous commençons nous-mêmes à nous en apercevoir- le savant méprise le poète, le poète redoute et respecte le savant. L’un et l’autre les yeux fermés. Celui-là n’est pas loin d’envisager le mystère comme un ensemble de phénomènes réductibles à des rapports mathématiques, ce qui est vrai, peut être, mais prouve qu’il ne le sent pas. Et celui-ci, s’il le croyait, cesserait de le sentir. »

    (…)

  • LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE 10 mai 2013 Par Collectif des 39

    LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE 10 mai 2013 Par Collectif des 39

    LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

    10 mai 2013

    Par Collectif des 39

    LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE

    Il est des mots, des discours prononcés, des dérives, en face desquels le devoir d’une prise de parole exigeante s’impose.

    Notre collectif composé de professionnels -psychiatres, infirmiers, éducateurs, psychologues, psychanalystes…- de patients et de familles, d’acteurs du monde de la culture, est né en 2008 en réaction aux prises de position de votre prédécesseur considérant les malades mentaux comme des êtres potentiellement dangereux. Il s’agissait d’utiliser un fait divers pour alimenter une idéologie politique « sécuritaire », en prenant la personne souffrante pour cible.

    Cette position, éminemment stigmatisante a provoqué un émoi justifié parmi les citoyens de notre pays : 40 000 personnes signèrent alors un texte dénonçant vivement cet incroyable recul culturel.

    Faire des malades mentaux un enjeu idéologique n’est hélas pas nouveau et la peur ou le rejet de la folie sont toujours présents dans nos sociétés. Or, seul un état républicain et démocratique permet d’accueillir les plus démunis d’entre nous et nous sommes fiers d’appartenir à un pays qui prône les valeurs d’égalité, de fraternité et de liberté.

    C’est autour de ces acquis que s’est progressivement institué un exceptionnel système de soins solidaires permettant de réelles avancées. Un système qui nous a permis de nous confronter à la complexité inhérente à toute pratique relationnelle : comment éduquer, soigner, être soigné ou comment accueillir la souffrance de l’autre.

    Cette complexité se nourrit de l’engagement, du doute, de la prise de risques. Elle exige des citoyens libres, créatifs, cultivés. La possibilité de penser est au cœur de ce processus. Une pensée ouverte et partagée, à la croisée des savoirs. Elle est alors porteuse des plus grands espoirs car elle laisse place à la singularité de chacun, à l’expression de la subjectivité et à la création collective. Elle demande une formation de haute exigence, une remise en question permanente, une appropriation par chacun et par le collectif, des projets de soin et d’accompagnements.

    Mais hélas, depuis une vingtaine d’années, des méthodes évaluatives issues de l’industrie doivent être appliquées à toutes les professions qui traitent des rapports humains, s’opposant ainsi frontalement à notre histoire et à notre culture.

    Il a été décidé que nous devrions nous plier à des protocoles imposés par « des experts » bien souvent étrangers aux réalités plurielles de la pratique.

    Monsieur le Président, pouvez-vous accepter l’embolisation de ces pratiques par des tâches administratives aussi stériles qu’ubuesques ? Croyez-vous qu’il soit possible de coter avec des petites croix la valeur d’une relation, d’un comportement, d’un sentiment ?

    Pouvez-vous tolérer que l’on ait confisqué aux citoyens leur possibilité de construire les outils éthiques d’appréciation de leur travail, de leur façon de soigner, d’enseigner, d’éduquer, de faire de la recherche ? De leur imposer des normes opposables et opposées à tout travail de créativité ?

    Pouvez-vous cautionner la victoire de la hiérarchie qui écrase, de la bureaucratie qui règne, de la soumission imposée qui s’étend ?

    Enfin, élément le plus préoccupant, ces protocoles qui excluent la dimension relationnelle de la pratique prétendent s’appuyer sur des bases scientifiques, contestées au sein même de la communauté ! Comme s’il fallait s’exproprier du terrain de la rencontre à l’autre.

    Et ces directives s’imposent partout, dans tous les domaines, dans toutes les institutions : cela va des gestes répétitifs et codifiés des infirmiers, au SBAM (Sourire, Bonjour, Au revoir, Merci) pour les caissières en passant par l’interdit de converser avec les patients pour les « techniciens de surface ». Tous les personnels se voient contraints de donner de leur temps à cette bureaucratie chronophage.

    Combien d’heures de travail abêtissant, perdu, gaspillé, activités en apparence inutiles, mais qui dans les faits, ont pour objet de nous entraîner dans des rituels de soumission sociale, indignes de la République à laquelle nous sommes attachés.

    Comment pouvons-nous accepter cela, Monsieur le Président ? Comment pouvez-vous l’accepter ?

    Le réductionnisme est à son apogée : tentative de nous réduire à une technique, à un geste, à une parole désincarnée, à une posture figée.

    Nous tenons à nos valeurs fondatrices, celles qui font de nos pratiques, un art, oui, un art qui allie les connaissances, le savoir-faire et l’humanité accueillante des hommes qui construisent leur propre histoire.

    Ouverte à toutes les sciences humaines et médicales, la psychiatrie se doit de lutter en permanence contre cette tentation réductionniste des évaluations-certifications soutenues par la Haute Autorité de Santé (HAS) qui, sous l’impact de l’idéologie ou de puissants lobby financiers, tendent à anéantir l’extraordinaire potentiel soignant des relations subjectives entre les personnes.

    Ainsi par exemple, à propos de l’autisme, de quel droit la HAS peut-elle affirmer que ce qui n’entre pas dans ses codes d’évaluation est non scientifique donc non valable, alors que des milliers de professionnels, loin des caricatures et des polémiques, travaillent en bonne intelligence avec les familles et des intervenants divers, que cela soit sur le plan éducatif, pédagogique ou thérapeutique ? De quel droit la HAS dénie t-elle la validité de pratiques reconnues, que des associations de patients, de soignants, de familles, défendent pourtant humblement ? Au nom de quels intérêts surtout, la HAS a-t -elle imposé une « recommandation » dont la revue Prescrire, reconnue pour son indépendance, vient tout récemment de démontrer les conditions totalement partiales et a-scientifiques de son élaboration ?

    Comment enfin, lors de la parution du dernier plan Autisme, Madame Carlotti, Ministre aux personnes handicapées, ose t-elle menacer sans réserve aucune, les établissements qui ne se plieraient pas à la méthode préconisée par la HAS, de ne plus obtenir leur subvention de fonctionnement ? Comment un ministre de la République peut-il imposer aux professionnels et par voie de conséquence, aux parents et aux enfants, sans plus de précaution, de travailler comme elle l’ordonne ?

    C’est une grande première, porte d’entrée à toutes les dérives futures.

    L’Histoire, la philosophie, les sciences en général nous le rappellent : l’être humain se construit dans le lien avec ses contemporains, son environnement, dans les échanges. Une alchimie complexe, unique à chaque fois, qu’une pluralité d’outils aident à penser. Quelque soit le handicap, l’âge, la maladie, les « troubles » comme on dit, de quel droit priver certains de cet accompagnement pluridimensionnel (et de tous les éclairages dont il se nourrit) ? Toute réponse univoque et protocolaire, qui dénie la singularité de chacun, est à cet égard indigne et au final stigmatisante.

    Or, cette logique techniciste n’est-elle pas déjà en route dans les autres domaines du soin psychique ? Ce même principe d’uniformisation par voie d’« ordonnance modélisée » ne peut que s’étendre à d’autres catégories de troubles (cernés par le DSM, manuel diagnostique lui aussi éminemment contesté) : à quand une méthode systématisée puis dictée, pour « les dépressifs », pour « les bipolaires », « les schizophrènes », les troubles dus à la souffrance au travail » etc.?

    Ne pensez-vous pas Monsieur le Président que cette pression inadmissible procède d’une idéologie normative, véritable fléau pour la capacité de débattre, d’élaborer des idées ?

    Monsieur le président, entendez-vous qu’il s’agit d’une vaste entreprise d’assèchement du lien relationnel, de mise en route d’une inquiétante machine à broyer la pensée, d’un système qui risque d’amener toutes les parties concernées à l’indifférence et à la résignation ?

    Monsieur le Président, vous avez les pouvoirs, de la place qui est la vötre, d’agir immédiatement pour que soient remis en cause ces systèmes qui produisent les monstres bureaucratiques de protocolarisation présents dans tous les domaines de la vie publique, notamment en psychiatrie et dans le médico-social.

    Il est des mots, des discours prononcés, des dérives, en face desquels le devoir d’une action exigeante s’impose…

    Monsieur le Président, nous vous demandons solennellement d’intervenir.

    Permettez nous de garder l’espoir.

    LE 8 MAI 2013

    LE COLLECTIF DES 39 CONTRE LA NUIT SECURITAIRE

  • AMPI Marseille les 11/12 octobre 2013

    AMPI Marseille les 11/12 octobre 2013

    FORMATIONS DANS LA PSYCHIATRIE CONTEMPORAINE…

    « AUTREMENT QUE SAVOIR »

    Travailler dans le champ de la psychiatrie nécessite une réflexion continue sur l’objet même du

    travail. Cette « évidence naturelle » semble concerner de moins en moins de monde.

    Cette absence de réflexion et la parcellisation des tâches entrainent une perte de sens qui, associée

    à l’aggravation des conditions de travail, participe de la souffrance au travail et alimente le

    discours de la plainte.

    Dans ce contexte, toute difficulté relationnelle ou institutionnelle, est interprétée comme un

    manque de connaissance et la solution proposée est une formation ad hoc.

    L’ idée de se former ne peut que susciter adhésion mais la lecture des programmes de formation en

    psychiatrie, initiale et continue, médicale et paramédicale, refroidit tout éventuel enthousiasme.

    Les formations managériales transforment le thérapeute institutionnel en un efficient gestionnaire

    d’équipe et la violence institutionnelle trouve sa solution par la découverte des arts martiaux…

    Il est dès lors urgent de s’ intéresser aux contenus des formations.

    La première urgence est de retrouver le goût de la pensée, forme de savoir que nous rappelle

    l’étymologie du mot savoir : « avoir du goût pour… ».

    La pensée est notre outil thérapeutique majeur, attaquée à la fois par les projections psychotiques

    et le productivisme de la société de consommation.

    Savoir évoque connaissances, nécessaire apprentissage de connaissances, les plus larges possibles

    comme le préconisait Lucien Bonnafé : « il faut pour les psychiatres, une culture encyclopédique

     ». Théories de tous ordres, neuro-sciences, sciences humaines, disciplines artistiques, culture

    générale et surtout ne pas oublier l’épistémologie…

    Connaissances sur l’autre et connaissance de l’autre.

    « Autrement que savoir » est le titre d’un livre d’Emmanuel Lévinas, penseur de la relation

    intersubjective, qui insiste sur l’ importance de l’autre, du visage de l’autre, dans la constitution de

    soi.

    Cette responsabilité pour autrui engendre un désir de rencontre qui différencie radicalement

    accueil, hospitalité, ambiance et protocole d’admission.

    Si le projet thérapeutique se déplace de l’abrasement symptomatique à l’organisation de la

    rencontre avec l’autre, présentement désigné patient, les soignants devront choisir les formations

    qui permettent cet accueil.

    Se rendre disponible nécessite un travail sur soi, une réflexion sur la relation à l’autre, des

    capacités d’écoute…Chacun trouvera l’outil qui lui convient, les possibilités sont multiples :

    approche groupale, psychodrame, atelier artistique…

    En cette année où Marseille est capitale de la Culture, citons Antonin Artaud : « je n’ai jamais rien

    étudié mais tout vécu et cela m’a apporté quelque chose ».

  • Prochaine « Journée avec… » Laura Grignoli le 1 Juin 2013

    Prochaine « Journée avec… » Laura Grignoli le 1 Juin 2013

    Les Associations APEX, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette 27ème
    « journée avec… » ont invité Laura Grignoli, psychanalyste, philosophe, plasticienne qui nous parlera de son travail dans l’atelier, l’Artelieu, qu’elle a fondé à Pescara, en Italie, dans les Abruzzes.

    Au cours de cette journée elle abordera aussi bien les questions conceptuelles attachées à sa pratique que, par des séquences vidéos, son approche concrète du travail au jour le jour. Elle nous fera ainsi partager sa conception d’une art-thérapie, qui est en débat à l’heure actuelle, qui met en son centre “la rencontre du sujet avec ses possibilités créatrices et expressives”.

    La journée de travail se déroulera de 9h à 18h. Il y aura des temps de discussion et des temps de pause ; une librairie sera à la disposition des participants. L’accueil des participants se fera à partir de 8h 1/2 autour d’un petit déjeuner.

  • Colloque Isadora Vendredi 17 et Samedi 18 Mai 2013 « Langues étranges »

    Colloque Isadora Vendredi 17 et Samedi 18 Mai 2013 « Langues étranges »

    Colloque Isadora

    Vendredi 17 et Samedi 18 Mai 2013 à St Martin de Vignogoul

    « Langues étranges »

    « La première oeuvre de parole n’a pas été un poème. Mais la première parole est poétique » énonce Henri Maldiney.

    Entre l’émergence préhistorique du langage et son utilisation courante actuelle, s’étend un espace d’où émane, encore et toujours, l’inquiétante étrangeté. La « première parole » continue de résonner en nous. Langues dites « mortes », langues étrangères, poétiques, musicales, picturales, toutes prennent forme en des paysages à la fois familiers et oubliés. Notre langue commune elle-même comporte des moments non thématiques qui débordent les significations fixées par la communication. Au plus profond de nous, le verbe demeure à l’infinitif, les mots restent liés, les catégories n’existent pas, le signe irradie, la métaphore est avant tout mode de penser en images. Le langage n’est pas simple conjonction d’une structure sonore et d’un étant objectif. Non seulement les mots de la poésie mais ceux de toute langue se comportent, s’articulent comme les formes des arts plastiques ou musicaux.

    Percevoir l’étrange dans une langue étrangère mène à s’ouvrir à notre espace originaire. La parole n’est-elle pas plus en prise avec la réalité que ce que nous croyons ? Dionysos n’errera-t-il pas toujours dans le paysage qui nous cerne ?

  • Les comptes-rendus de Philippe Chavaroche (Hochmann, Delion, Balat, et autres)

    Les comptes-rendus de Philippe Chavaroche (Hochmann, Delion, Balat, et autres)

    Dans son blog Philippe Chavaroche fait des compte-rendus de quelques réunions auxquelles il a assisté, par exemple les journées avec Jacques Hochmann et Pierre Delion, ainsi que ma ’conférence’ à Dax l’été dernier. Grâces lui en soient rendues.

  • Un nouveau site épatant !

    Un nouveau site épatant !

    aufildeletre.fr

    Vous y trouverez quelques articles autour des soins, ils seront bientôt plus nombreux.

    La Pataugeoire

    La psychomotricité

    Le pack sous l’angle sensori-moteur

    Orthophonie

    Packing et pataugeoire

    Thérapie institutionnelle

  • Le 27 avril 2013 de 9 à 17 h. à Gand : Autisme, continuité (d’existence et de soins) et sémiotique

    Le 27 avril 2013 de 9 à 17 h. à Gand : Autisme, continuité (d’existence et de soins) et sémiotique

    Organisé par L’Ecole Belge de Psychanalyse, Belgische School voor Pasychoanalyse

    Autisme,
    continuité
    (d’existence
    et
    de
    soins)
    et
    sémiotique

    le
    27
    avril
    2013
    de
    9
    à
    17
    h.

    au

    Prinsenzaal
    du
    Home
    Karmel,
    Prinsenhof
    39
    B,
    9000
    Gand

    Il
    faut
    croire
    que
    Peirce,
    comme
    Freud,
    n’était
    pas
    un
    de
    ces
    hommes
    qui,
    pour
    trouver
    quelque
    chose,
    ont
    besoin
    de
    savoir
    que
    cette
    chose-­là
    existe.
    Lichtemberg,
    in
    Balat1
    Les
    enfants
    autistes
    ont
    structurellement
    du
    mal
    à
    vivre
    des
    interruptions
    dans
    leur
    sentiment
    de
    continuité
    d’existence.
    C’est
    comme
    s’ils
    ne
    parvenaient
    pas
    à
    relier
    leurs
    “pointillés
    existentiels” ;
    ils
    peuvent
    rester
    (trop)
    figés
    dans
    des
    sensations
    ou
    des
    perceptions
    de
    choses
    éparses
    et
    ils
    peuvent
    tomber
    à
    chaque
    instant
    dans
    le
    gouffre
    ouvert
    entre
    ces
    choses
    qui
    restent,
    pour
    eux,
    séparées.
    Pour
    ces
    raisons,
    ils
    font
    un
    usage
    pathologique
    d’un
    mécanisme
    habituellement
    utilisé
    par
    le
    bébé
    dans
    certains
    moments
    ordinaires
    de
    « panne »
    relationnelle :
    « le
    mécanisme
    ”d’identification
    adhésive”
    qui
    vise
    à
    supprimer
    toute
    discontinuité
    entre
    le
    moi
    archaïque
    et
    l’objet,
    à
    éliminer
    toute
    perception
    de
    limite
    entre
    les
    deux »

    (…)

  • Vient de paraître : Pierre Delion Le développement de l’enfant expliqué aux enfants d’aujourd’hui Editions Erès

    Vient de paraître : Pierre Delion Le développement de l’enfant expliqué aux enfants d’aujourd’hui Editions Erès

    Pierre Delion

    Le développement de

    l’enfant

    expliqué aux enfants

    d’aujourd’hui

    Editions Erès

    « Chers enfants d’aujourd’hui, voilà pourquoi je vous écris.

    Enfants d’aujourd’hui, vous savez beaucoup de choses sur le monde ! Vous êtes bombardés

    d’informations par des médias facilement accessibles et, comme la plupart d’entre vous disposent

    d’une excellente mémoire, vous pouvez enregistrer une multitude d’éléments de connaissance et

    paraître « branchés » sur la culture ambiante. Mais si vous savez beaucoup, êtes-vous pour autant

    suffisamment en lien avec vos émotions, vos sentiments et votre affectivité ?

    Être intelligent, contrairement à ce qui est trop répandu aujourd’hui, ce n’est pas seulement savoir

    beaucoup, c’est aussi relier ce que l’on comprend et ce que l’on ressent. Cela peut expliquer

    certaines difficultés qui vous caractérisent et dont je peux témoigner lorsque je croise quelques-uns

    d’entre vous dans l’exercice de mon métier de pédopsychiatre.

    Aussi ai-je eu l’idée de vous écrire une histoire qui pourrait vous intéresser, celle du développement

    de l’enfant. » P. Delion

    Pierre Delion est pédopsychiatre, professeur à la faculté de médecine de Lille 2, chef du service de

    pédopsychiatrie du CHRU de Lille, psychanalyste.

    12 x 20 – 152 pages – 10 €

    En librairie ou à défaut :

    Éditions érès – 33 avenue Marcel Dassault – 31500 Toulouse – France

    Tél 05 61 75 15 76 – Mail eres@editions-eres.com – Site www.editions-eres.com

  • Vendredi 12 avril 2013 – 20h, à Arles, Projection-débat du film Hello ! Mrs Tustin

    Vendredi 12 avril 2013 – 20h, à Arles, Projection-débat du film Hello ! Mrs Tustin

    Ateliers Cliniques Psychanalyse Institution

    Projection-débat du film

    Hello ! Mrs Tustin

    Film entretien réalisé par Claude et Marie Allione, psychanalystes, Anduze

    Vendredi 12 avril 2013 – 20h

    Maison de la vie Associative

    Arles – Entré 5€, sans réservation

    Nos invités nous présenterons aussi leur ouvrage

    Autisme, donner la parole aux parents, ed. LLL

    et échangerons avec le public, en présence du Dr.Lafay, psychiatre, Hôpital de Jour pédopsychiatrie, Arles.

  • Canet, le 19 mars 2007 L’infinitation, l’exactitude et la vérité. Rappel sur le système tonal

    Canet, le 19 mars 2007 L’infinitation, l’exactitude et la vérité. Rappel sur le système tonal

    Canet, le 19 mars 2007

    L’infinitation, l’exactitude et la vérité.

    Rappel sur le système tonal

    M. B. : Bon, on est le 19 mars 2007. Ça grimpe… Ah ! purée ! (rires) Oh la la ! C’est une catastrophe… Le premier séminaire, c’était en septembre 86… ça fait plus de vingt ans que ça a commencé ce truc.

    Public : Plus de vingt ans…

    M. B. : Plus de vingt ans, oui.

    G. P. : À Canet, ça fait deux ans ?

    M. B. : À Canet, ça fait trois ans. Mais avant, c’était à la fac. Et puis on en a fait beaucoup chez Françou, mais c’était surtout fin juin.

    La dernière fois, le fait de devoir arrêter m’a un peu coupé en plein élan. Vous vous souvenez de ce que je racontais la dernière fois, non ? Vérité et exactitude. Il me semble que c’était autour de ça que se jouait quelque chose d’important. On pourrait même distribuer les choses de façon intéressante, on pourrait mettre trois termes là-dedans, parce que dire vérité et exactitude, c’est faire comme si ça s’opposait, ce qui est toujours emmerdant. Il me semble qu’un troisième terme, qui est d’ailleurs un premier terme, serait intéressant à installer : la Möglichkeit. Aah ! tu parles d’une möglich ! Comment on dit ça ?

    O. F. : Möglichkeit.

    M. B. : Mö…Meeuh… glichkeit, Meuh… glichkeit. Möglichkeit, c’est la possibilité.

    Alors, si on revient aux catégories peirciennes, la possibilité est à mettre du côté de l’icône, c’est-à-dire que, au fond, l’icône présente l’objet possible. C’est vraiment quelque chose qui est au niveau là de la créativité, de la création. L’icône est créative, non pas en tant qu’icône, mais dans son rapport à l’objet, où l’objet est possible. L’icône n’a pas besoin d’avoir un objet dans le monde.

    Prenez un tableau, Mona Lisa par exemple. Bon, Mona Lisa c’est un peu emmerdant parce qu’il y a un nom, et quand il y a un nom il y a déjà un symbole. Mais prenez un tableau quelconque, par exemple un portrait, que vous trouvez aux Puces… en voyant cette icône vous pouvez évidemment soupçonner qu’il peut bien s’agir de quelqu’un, mais, la seule chose que vous pouvez assumer, c’est qu’il y a un objet possible : au bout du compte, à ce moment-là, ce n’est plus vraiment l’icône qui est concernée mais l’indice. C’est-à-dire que vous allez mener une enquête sur le tableau et vous demanderez au vendeur : « voyons, où l’avez-vous trouvé ? » — « je l’ai achetée à un M. Untel qui l’avait dans son grenier ». Alors vous irez voir M. Untel qui avait le tableau dans son grenier à qui vous poserez la question : « alors ce tableau, d’où il venait ? » — « ouuh… ce tableau, il venait de mon arrière grand-tante qui habitait à tel endroit ». Alors l’arrière grand-tante c’est fichu, mais vous pourrez éventuellement le faire parler de l’arrière grand-tante : « oui, l’arrière grand-tante c’était une femme… », et vous aurez à votre disposition des photos, des descriptions, et puis, petit à petit, vous pourrez soupçonner que c’est précisément un portrait de l’arrière grand-tante, mais, à ce moment-là, ce n’est plus vraiment un objet possible, c’est un objet. Vous voyez que vous ne vous êtes pas intéressé à l’icône, vous vous êtes intéressé au tableau comme indice.

    Si vous prenez le tableau comme icône… par exemple ce tableau qui est derrière moi… vous pouvez en rêver, vous pouvez fabriquer tout ce que vous voulez. Un jour quelqu’un m’a dit que, dans un rêve, ce qui était peint sur le tableau de Patrick Soladie, qui est derrière moi, lui apparaissait comme une phrase. Bon, pourquoi pas ? et il me dit « Merde ! la phrase, je ne m’en souviens plus ! », bon, allez ! à refaire ! … (rires) on voit bien l’objet possible, on pressent qu’il y a d’autres possibilités : tout un chacun ici peut prendre ce tableau comme objet de ses pensées, mais pas au sens de ce qu’il représente.

    (…)

  • Lettre ouverte à Madame la Ministre de la Santé, Marisol Touraine

    Lettre ouverte à Madame la Ministre de la Santé, Marisol Touraine

    Lettre ouverte à Madame la Ministre,

    Madame,

    Nous sommes des professionnels de la petite enfance, pour la plupart soignants d’enfants autistes ou d’adolescents et d’adultes atteints de troubles envahissants du développement (TED) souvent associés à des situations de handicap ou de troubles secondaires.

    Nous avons récemment été très choqués par la diffusion sur FRANCE 2, le 27 novembre dernier, d’un documentaire et d’un débat ne faisant qu’une présentation unilatérale des traitements concernant cette population. Nous trouvons scandaleux que, sur une chaîne de télévision publique, la place et la parole ne soient données, encore une fois à une heure de grande écoute, qu’aux seuls représentants d’une approche exclusivement comportementale ou éducative. Ceci ne permet aucunement de clarifier honnêtement le débat et ne peut que laisser planer de terribles confusions dans l’esprit des parents qui pensent ces méthodes adaptées à tous alors qu’elles ne le sont, pour certaines, en rien.

    Les jeunes autistes que nous avons vus dans le film ne représentent qu’une infime partie de la population présentant des troubles envahissants du développement (TED) atteinte d’autisme. Ils font partie de la catégorie des autistes de haut niveau d’intelligence, atteints du syndrome d’Asperger et nous ne pouvons que nous réjouir de leur évolution spectaculaire.
    Mais les personnes autistes que nous recevons dans nos établissements ne leur ressemblent en rien et continuent à rester en marge des études scientifiques comme des medias.

    La télévision participe ainsi à une falsification de la réalité et cela n’est malheureusement que la suite de toute une cabale qui n’a cessé de monter en intensité depuis des années à l’encontre des pratiques rassemblées autour de l’approche psychanalytique et qui voit son acmé en « l’année 2012, année de l’autisme ». La télévision publique participe ainsi au dénigrement du service public hospitalier.

    Mais plus grave encore, le rapport de la Haute Autorité de Santé de mars 2012 va dans le même sens quand il évoque les méthodes d’intervention comportementale comme seules modalités recommandables.

    LES OMISSIONS DU RAPPORT ABREGE DE L’HAS

    Il est faux de dire (p.22 de l’édition restreinte) que « les interventions évaluées mettent en évidence une amélioration du quotient intellectuel, des habiletés de communication, du langage, des comportements adaptatifs ou une diminution des comportements problèmes pour environ 50% des enfants avec TED, avec ou sans retard mental. ». En effet :

    — Aucune des études choisies (pourtant, nous dit-on, avec les « meilleurs critères » : 5 privilégiées) n’a intégré les troubles secondaires ni le retard mental. C’était d’ailleurs déjà le cas de l’étude de LOVAAS (1987), créateur de la méthode ABA, qui n’a été retenue comme fiable par aucun des experts internationaux.

    — Les 47% d’amélioration ne concernent que 9 jeunes enfants sur 19 et uniquement des « Asperger ». Tous ceux qui présentaient des troubles associés ont été écartés de l’étude. Lovaas a, lui-même, rectifié ses positions en 2002 : « nous estimons que les résultats de retour au développement normal « (intégration scolaire sans AVS) « obtenus par l’application de la méthode dans ces conditions, si le traitement est complet (intensif) et véritablement administré, seraient inférieurs à 10% ».

    — Dans l’argumentaire scientifique (texte complet de la HAS), il faut s’arrêter sur des remarques essentielles faites par les scientifiques eux-mêmes et omises dans l’édition proposée au public (60 p.) et surtout jamais évoquées en public : en 2011, l’Agency for Healthcare Research and Quality (USA) a recensé 4120 articles sur ce sujet dont 714 ont été expertisés, 183 retenus et analysés.

    Voici ce que dit la HAS à partir des données de l’Agency (p.117) sur les interventions comportementales et développementales intensives :

    « L’ensemble des résultats des études de type UCLA/Lovaas montre que de jeunes enfants recevant une intervention au rythme supérieur à 30 heures/semaine pendant 1 à 3 ans […] présentent des progrès dans le domaine cognitif, du langage et du fonctionnement adaptatif. Les caractéristiques des sous-groupes d’enfants qui tirent un bénéfice de ces interventions sont mal définies. La force des preuves montrant que les interventions UCLA modifient les capacités cognitives, éducatives, de langage, les comportements adaptatifs et la sévérité des symptômes du spectre autistique est jugée faible »- (grade C donc).

    Quelques lignes plus loin, commentaire de la HAS toujours à partir de l’Agency :

    « En conclusion : 78 études montrent que les interventions comportementales et développementales intensives peuvent améliorer les symptômes de la triade autistique de l’autisme […] Cependant peu d’études sont des essais randomisés et aucune étude ne compare les effets des différentes approches »…

    Plus loin :

    « Même les enfants qui ont les gains les plus importants en capacités cognitives peuvent encore présenter un fonctionnement adaptatif, social et comportemental perturbés. Compte-tenu de ce fait et de l’absence d’observations à suffisamment long terme, il est difficile de conclure sur la possibilité que les changements liés aux interventions modifient le fonctionnement à long terme… »

    Toujours dans la conclusion :

    « Tous les enfants recevant une intervention intensive ne présentent pas de gains robustes et nombre d’enfants continuent à montrer des aires importantes de déficiences. Néanmoins, des améliorations spectaculaires sont observées chez un sous-ensemble des enfants.. ; enfin les preuves concernant les effets des interventions avec entraînements des parents sont insuffisantes et ne concernent que le court terme ».

    Ces réserves d’importance ne se retrouvent pas dans l’édition restreinte et pourtant ces études devraient être classées au mieux en « présomption d’efficacité »(soit grade B) et le plus souvent en « faible niveau de preuve »(soit grade C).

    Des études randomisées à grande échelle comme celle de l’équipe PERRY (p.143 du texte complet) au Canada, portant sur 332 enfants, incluant la comorbidité, trouvent des gains de QI plus faibles en moyenne que dans les études à petit effectif, uniquement significatifs pour les groupes A (les plus efficients) et B ; seul le domaine de la communication augmente significativement pour les groupes A et B ; les sujets des groupes B et C (les plus en difficulté), régressent même dans le domaine moteur et dans l’autonomie de la vie quotidienne, ce qui d’ailleurs est presque une constante révélée par les autres études.

    Cette étude n’a pas été jugée suffisamment intéressante par les experts de la HAS pour pouvoir la prendre en compte.

    — Quant à la méthode de DENVER, elle appelle aussi à un questionnement réel sur sa validité scientifique Les chercheurs canadiens eux-mêmes, avec leur directeur de recherche Eric FOMBONNE (voir leur rapport scientifique intégral) ont conclu à une inefficacité totale de ce programme en ce qui concerne l’objectif initial qui était l’amélioration des habiletés motrices des jeunes enfants suspectés d’autisme. Cette étude n’est pas mentionnée par les experts de la HAS.

    On est donc confronté, dans tous les commentaires qui suivent ces études, à une paradoxalité peu commune dans les véritables écrits scientifiques : il y est bien dit que ces études manquent de validation, de preuve, de groupe de contrôle, que le nombre d’enfants est insuffisant pour en tirer les conclusions requises, etc… Et pourtant, dans le même paragraphe, la conclusion ne porte que sur le résultat et continue à en vanter les mérites. Or la validité du résultat n’est-elle pas étroitement dépendante de la méthodologie ? Malgré cela, on en fait fi.

    CE QUE LA HAS A OMIS DE DIRE…

    Mais il y a encore plus grave à nos yeux. Rien n’est dit sur les modalités d’application des programmes de conditionnement concernés et notamment d’ABA, plus précisément sur la clause de « renforcement aversif » (punition), pierre angulaire de la réussite pour Lovaas. Or, même si nous supposons que nombre de ceux qui utilisent la méthode ABA la pratiquent avec discernement, il n’en reste pas moins vrai que ce renforcement aversif (contrainte corporelle intensive) est encore en vigueur à l’heure actuelle et revendiqué pour son efficacité « dans les cas extrêmes »(…) (lire l’enquête de Mediapart du 4 avril 2012, rubrique « autisme »).

    À lire la HAS, cette approche comportementale devient tout-à-fait anodine, banalisée. La HAS parle pudiquement de « renforcement » mais sans en préciser la nature. Or, il n’y a pas que des renforcements positifs et le film avec Lovaas montrait a minima le principe musclé de l’opérateur face à une petite fille.

    On est en droit de se demander pourquoi ces études aussi peu fiables ressortent en France ? Il est du ressort du politique de s’interroger sur cette pression médiatique, sur les attaques directes subies par les soignants et sur les manœuvres totalitaires qu’ emploient, sur le terrain, les prosélytes du comportementalisme soit pour faire cesser des formations adéquates, publiant des listes noires de formations à proscrire, soit pour nous empêcher de parler, soit pour disqualifier nos propos et nos idées, nous faisant passer pour des tortionnaires ou des arriérés mentaux qui faisons honte à la France.

    UNE OMISSION TOUT AUSSI GRAVE, LA SOUFFRANCE DE LA PERSONNE AUTISTE

    Nulle part, les experts n’évoquent l’angoisse, la souffrance psychique qui habitent ces sujets en permanence et ne la prennent en compte. On cherche à la juguler par ces programmes de conditionnement. La séquence fiction-réalité sur le jeune pianiste « Hugo » (France 2) montre bien pourtant ces bouffées terrifiantes qui assaillent ce garçon. N’aurions-nous donc rien d’autre à proposer que ce spray d’ocytocine pour favoriser ce lien à l’autre ?

    Ne voir que l’aspect neurologique de cette affection, d’ailleurs non encore prouvé même s’il est probable chez un certain nombre d’entre eux, ne justifie en rien le rejet d’une approche multifactorielle pour ces jeunes. On ne peut qu’être d’accord sur les volets cognitifs à travailler avec eux mais ne penser leur évolution qu’en termes de QI paraît bien réducteur de la personne. Nous soutenons qu’il est fondamental de redonner du sens aux actes, aux comportements, aux émotions, aux ressentis violents que ces patients nous expriment, de refaire du lien psychique, de les aider à habiter leur corps. Cela leur permet aussi de se sentir entendus et non objets de manipulation.

    URGENCE D’UNE PRISE EN CHARGE PLURIFACTORIELLE

    Repensons plutôt le soin avec le triptyque « soin-éducation-scolarisation » qui ne déstructurerait pas l’institution soignante, déjà très ébranlée, ni le patient, ni les parents. Les soins dits « éclectiques » qui se pratiquent de plus en plus, faute de financement suffisant dans l’hospitalier et le médico-social sont dénoncés par la HAS comme étant inefficaces. Pourquoi ne pas redonner du souffle aux structures soignantes qui œuvrent dans la cohérence et non dans l’écartèlement auquel on ne peut que soumettre le sujet avec des approches aussi contradictoires ?

    Dans les structures hospitalières et médico-sociales, l’éventail des prises en charge est large, réel, multiforme et structuré en fonction du projet personnalisé de chacun.

    Evoquons-les brièvement :

    — Les approches qui s’inscrivent dans la lignée de la pensée pédopsychiatrique française et qui sont sans cesse remaniées en fonction des nouvelles théorisations : groupe thérapeutique, approche individuelle, ateliers divers à médiateur, sont pensées en fonction de l’état et de l’intérêt de chaque enfant : Terre, Musique, Peinture ou Traces, Comptines, Conte, Psychodrame, Construction, Collages, Danse… On y partage des émotions, on sollicite leur réflexion, on les aide à gérer leur violence, à réduire les angoisses qui leur sont propres, notamment les angoisses du regard, à sortir de leur enfermement et surtout ils y apprennent à créer du lien de sens et des liens relationnels ;

    — Des lieux spécifiques servent à l’apaisement des angoisses corporelles et à la structuration de l’image du corps, que nous sommes les seuls à avoir théorisée. Ils servent à les amener à passer de la sensation dans laquelle ils sont enfermés, à la représentation intériorisée du corps grâce au travail d’équivalences corporelles du dedans/dehors, de l’enveloppement, de la tenue, de l’inscription de souvenirs partagés, etc… ;

    — La scolarisation, les techniques éducatives (apprentissages, autonomie) et cognitives ne sont pas oubliées. Nombreux sont ceux qui utilisent le PECS ou le MAKATON (pas assez encore, sans doute) qui apaisent aussi ces patients en mal de communication. Ils en comprennent vite le sens, ce qui permet de mettre en place de vrais échanges. Ces techniques et d’autres approches cognitives qu’on peut adapter à chacun d’entre eux l’aident à structurer temps et espace et deviennent des outils précieux s’ils tiennent compte et du rythme et de l’intérêt du patient avant tout ;

    — L’accompagnement des parents dans ces épreuves qu’ils traversent reste un objectif indispensable et pensé comme intrinsèque au soin propre à l’enfant. Penser avec eux la souffrance psychique n’a rien à voir avec le dessein de culpabilisation des parents qui revient en boucle dans la bouche de nos détracteurs. Et nombreux sont ceux qui nous parlent de l’apaisement que vit leur enfant après certains soins, apaisement qui persiste aussi après leur départ de la structure.

    UN ENJEU ECONOMIQUE

    Avec Mesdames les Ministres Marisol TOURAINE (Affaires sociales et Santé) et Michèle DELAUNAY (Affaires sociales, chargée des personnes âgées et de la Dépendance), il vous appartient, et nous en sommes conscients, de gérer le budget sanitaire de la France. Nous comprenons mal comment un financement de 80 000 € par enfant et par an est accordé au Centre Camus pour ce type de prise en charge totalement partielle et univoque, dénoncée d’ailleurs par la HAS 2012, alors que les structures médico-sociales en perçoivent à peine la moitié. Nos techniques sont beaucoup moins coûteuses et elles soignent, jour après jour tous ces patients, qu’ils soient Asperger, avec TED et (ou) troubles associés sensoriels ou neurologiques.

    Nous pourrions citer des dizaines et des dizaines d’enfants qui ont quitté leur établissement, sinon guéris, en tout cas apaisés, sans prise de médicaments pour certains d’entre eux (ce qui n’est pas négligeable), ayant des investissements relationnels spontanés, exprimant leurs propres désirs, faisant leurs propres choix, tout simplement découvrant le monde, s’y inscrivant mieux et pouvant poursuivre une scolarité. Ces évolutions nous en sommes heureux, nous pouvons en témoigner et les parents nous le confirment. Mais nous ne les clamons pas et personne ne semble les prendre en compte.

    Nous ne sommes pas dupes des enjeux financiers et des pressions exercées sur les politiques que ces espoirs médicaux (à prouver) ou ces programmes (qui requièrent beaucoup de personnels) ne peuvent que susciter. Il est encore temps d’élaborer une autre vision qui ne serait pas uniquement influencée par les marchands, les lobbies pharmaceutiques et autres « lobotomiseurs » des sujets ? Il s’agirait de rassembler et d’intégrer dans ces approches la totalité du sujet et non sa partie à rééduquer et qu’y soit reconnue la part souffrante de ces enfants, de ces adultes mais aussi de leurs parents et même de leurs frères et sœurs.

    Car nous ne saurions trop rappeler que les autistes ont droit, comme nous tous, à une pensée qui leur est et restera toujours singulière tout au long de leur évolution, mais qui n’atteindra pas la réalité objective car celle-ci ne vit qu’à travers le filtre de notre histoire individuelle et c’est ce qui en fait la spécificité et le caractère unique, non programmé.

    « Notre réalité mentale consciente est avant tout un univers fictionnel que nous construisons à la lumière de la réalité objective mais qui lui préexiste et qui ne se résume pas à elle. » (Lionel NACCACHE, Neurobiologiste, spécialiste d’Imagerie Cérébrale).

    Pour toutes ces raisons, nous vous demandons, Madame la Ministre, de veiller à ce que la pression des lobbies évoqués plus haut n’empêche pas l’écoute et la prise en compte du travail de fond que nous, professionnels du secteur médico-social et des hôpitaux publics nous accomplissons au quotidien. Nous qui nous sentons tous les jours un peu plus disqualifiés, maltraités voire suspectés dans nos pratiques, attendons de notre ministère de tutelle le soutien et la reconnaissance de notre travail auprès de cette population.

    Il y va de la crédibilité et de l’efficacité du document que produira votre ministère et des décisions à venir qui ne sauraient, à notre sens, faire l’économie d’une analyse objective et approfondie des diverses pratiques. Sa pertinence serait gravement mise en cause si était écartée, a priori, l’approche ouverte et pluraliste que nous, professionnels, mettons en avant.

    Veuillez agréer Madame la Ministre, l’assurance de notre respect et de nos sincères salutations.

    Fait à Bordeaux, le 19 décembre 2012

    par le« Collectif Autisme Sud-Ouest , pour une approche plurielle »
    collectifautismesudouest@orange.fr

  • La dimension du moi, le Sch, et le narcissisme du ça. Marc Ledoux

    La dimension du moi, le Sch, et le narcissisme du ça. Marc Ledoux

    Elne, le 19 Octobre 2012.

    La dimension du moi, le Sch, et le narcissisme du ça.

    Marc Ledoux

    Ce soir, j’introduis le Sch, la dimension du moi et la psychose et le narcissisme du ça. Ce sera un peu tralala, un petit peu des mots.

    Mais vous en entendez toute la journée, des mots.

    Si vous ne comprenez rien, ça ne fait rien. Ca va venir et si ça ne vient pas, ça ne fait rien.

    Freud, Szondi, et Schotte, autour du Moi. Je pense que tous les trois, à des époques différentes et dans des constellations différentes, tous les trois ont réagi chacun à leur manière, contre ce qui est à la mode et ce qu’on oublie sans le savoir et sans penser ce qu’on fait autour de la psychologie du moi. C’est quoi ça ? C’est compliqué pour nous dans la langue germanique. C’est compliqué. Pour traduire de notre langue à nous, Ich, Je, vers cette langue française, moi, je.

    Le moi, cette instance centrale de la personnalité promue par l’homme moderne qui se pense comme moi, c’est-à-dire comme sujet psychologique. Vous savez, en psychologie, il ne faut pas réfléchir pour faire la différence entre je, moi, sujet, etc. L’homme moderne fait de la psychologie dans la façon de considérer ses semblables et de se considérer lui-même. Chacun a sa psychologie. Avoir. Le sujet a une série de caractéristiques mentales ou comportementales, qu’un psychologue peut objectiver. Le moi est sujet et objet de cette vue moderne de l’homme par lui-même.

    Quelles sont les conséquences de cette idée ? Cette autopromotion produit des sciences techniques modernes centrées sur l’opposition sujet/objet. C’est énorme ce passage dans l’histoire. Le sujet objective la nature pour l’étudier dans une physique et le sujet est étudié au même moment, corrélatif, le sujet est étudié comme un objet.

    Donc la psychologie est d’une part le corrélat des sciences de la nature et d’autre part, elle est la base de toutes les sciences de l’esprit. Ce mot va revenir chez Kierkegaard, de l’esprit. Avant, cela n’existait pas. Le premier à se penser lui-même, c’est dans la modernité, ça, à se penser lui-même en fonction d’une psychologie.

    Il y a trois figures complémentaires de cette idée de l’homme moderne. D’abord, une figure – c’est un mot qui revient souvent chez Freud, figure. On va baptiser le sujet cartésien. C’est la première fois chez l’homme moderne qu’un sujet peut douter. Donc le sujet du doute et de la certitude de savoir. Ça veut dire quoi ? La première figure de l’homme moderne, c’est le moi du sujet qui juge.

    Deuxième configuration : Luther. Il a fait des choses, lui. Les conséquences sont énormes. L’homme de la réforme religieuse. L’homme de la réforme promeut, pour la première fois, l’individualité du sujet comme moi. Ça veut dire quoi ? Comme si cela ne suffisait pas… le sujet, le moi, … et hop, un sujet avec une propre individualité. A partir de là, il ne va pas arrêter de se gonfler, celui-là… qu’est ce qui se passe chez Luther ? Chacun a à faire son expérience personnelle. C’est la première fois que l’accent va être mis sur l’expérience. C’est Luther. Chacun, ayant à faire son expérience personnelle de dieu, sans médiateur. Chacun est aussi proche que chaque autre du message biblique. Dès lors, dit Luther, personne ne peut s’interposer entre ce message biblique et son semblable. Et c’est dans cet article célèbre de Johannes Lohmann, qui est un linguiste et un historien, le rapport de l’homme occidental au langage,— qu’on a traduit —, qui repère que Luther, en traduisant la bible dans la langue allemande, fait subir aux notions grecques un retournement ! Qu’il traduit comme il pense à partir d’un sujet autonome, qui ne connaît qu’un critère pour distinguer le vrai et le faux : c’est-à-dire sa propre expérience. C’est Luther qui a introduit ça en traduisant la bible. Il va promouvoir le sujet autonome, il va promouvoir le moi d’un sujet qui juge. Désormais les critères vont être sa propre expérience dans son rapport à dieu. L’homme moderne, dit Lohmann, est celui qui s’avance comme sujet conscient et qui veut être conscient de ses expériences. Il se veut être le sujet passif et actif de l’expérience qu’il fait. En nous, s’enrichir comme sujet, c’est de faire des expériences. Ça vient de Luther.

    Et la troisième configuration qui est terrible : Moi, je. Ça se modifie quand on met une virgule, mais la plupart du temps, on ne met même pas une virgule. Moi je. Les grecs, ils tombent des nues quand ils entendent ça. Ça n’existe pas chez les grecs. Le pronom personnel n’est pas explicitement marqué, jamais ! Pour les grecs, c’est le verbe par sa terminaison qui désigne la personne sans que soit avancé le moi. Le moi n’est pas chez les grecs le centre producteur de la pensée. Bien sûr qu’il existe le moi. Mais il existe pour empêcher la pensée. J’explique : s’il y a le moi chez les grecs, c’est parce qu’il se met trop en avant, et à ce moment-là, il devient le sujet de l’opinion. Et de là, Lohmann dit la doxa est l’œuvre du moi : l’opinion. Quand je dis « moi, moi, moi, », on est bien parti dans la doxa, là. C’est bien de faire des groupes de travail, c’est bien de faire des groupes de tout ça… comme ça, chacun peut dire son opinion, moi moi… on est dans la doxa. Plus on avance, et plus le moi s’exprime, et plus il est sujet de l’opinion. « Donne moi ton opinion, ose dire ton opinion… ! ». C’est ça pour les grecs.

    (…)

  • François TOSQUELLES Le bien vivant, par Yannick GAYRAUD

    François TOSQUELLES Le bien vivant, par Yannick GAYRAUD

    François TOSQUELLES

    Le bien vivant,

    Cher Monsieur TOSQUELLES,

    En principe, on n’écrit pas à quelqu’un qui n’est plus de ce monde.

    Mais avec mes amis de rencontre d’itinéraires et mon compagnon Charles, nous avons été invités par l’Association « Métiers à Tisser » à partager ce moment autour de vous.

    Vos livres, vos articles et vos paroles circulent, continuent à être étudiés, soutiennent nos réflexions, nos travaux, en bref donnent du vivant, ils éclairent les chemins à ceux qui se sont engagés « à la reconnaissance de la valeur humaine de la folie ».

    Avant que la vie m’invente la possibilité de participer à la Psychothérapie Institutionnelle, plus tard j’ai découvert que mes pas d’enfant de 10 ans avaient remonté le col de la Picade, comme pour aller à votre rencontre ? je me rappelle avoir ressenti quelque chose de grave transporté dans ces mots « guerre d’Espagne…, exilés…, passeurs » dits par les grandes personnes qui m’entouraient. Il vous a fallu marcher en suivant les crêtes les plus hautes des Pyrénées pour arriver sur ce versant français, à l’hospice de France. Vous vous êtes laissé à me dire que vos pieds ont été meurtris dans des descentes d’éboulis par vos sauts d’un côté puis de l’autre, mais sans manquer de vous repérer aux boîtes de conserve française qui traînaient… Avec amusement, vous vouliez me dire … « le chemin se fait en marchant » !

    (…)

  • « TOSQ » pour les Internes (de la Candélie) ou une « histoire de topique »

    « TOSQ » pour les Internes (de la Candélie) ou une « histoire de topique »

    par Charles Gayraud

    « TOSQ » pour les Internes (de la Candélie) ou une « histoire de topique ».

    Je remercie l’association « Métier à Tisser » de l’invitation sur cette journée autour de François Tosquelles, et plus particulièrement Marc Salvetat, Dominique Piovezan ainsi que le Directeur de Castel Saint Louis, de permettre de se rencontrer dans ce lieu.

    Ébauche d’écrit pour cette matinée, valeur cathartique dans ce retour dans le passé, dans l’ici et maintenant, comme une tranche d’analyse, pour entretenir la question du désir dans le soin, une question éthique pour Lacan.

    Entre un père Pharmacien ancien interne de l’I.P.P. (Institut Pasteur) qui rencontra un autre François en son temps quand il était prisonnier puis en politique, une mère prise par le poids du réel de l’handicap de mon frère qui fit un long voyage, une sœur Gynécologue friande de Psychanalyse et de groupe Balint, une grand mère provençale au talent de conteuse, un aïeul Entomologiste Éthologue avant l’heure donnant des cours sur la sexualité des insectes au lycée de jeune fille d’Avignon au début du siècle dernier (ce qui lui entraîna un blâme de l’éducation nationale et sa démission vint en retour), un Professeur de Philosophie de terminale demandant un volontaire pour un exposé sur « Triste Tropique » de Levi Strauss… personne dans la classe ne voulut s’y coller, je me vois levant doucement le doigt, acte inconscient, tropisme Szondien, je suis tombé dans la marmite de la Psychiatrie.

    Un stage en traumatologie en 4ème année vient égayer des études médicales, un voyage au plus loin de la nuit en 403 en direction de Rotterdam à la rencontre d’une exposition sur Jérome Bosch et Bruegel, nous n’étions pas certain d’arriver mais nous n’arrêtions pas de parler (de « barjoter » c’était le terme du moment), dans la rencontre du pathique, le paysage interne se mettait en place, sur les cinq, trois d’entre nous devinrent Psychiatre.

    Un an et demi à Casselardit à me confronter à la sémiologie affinée du Professeur Louis Gayral dans le giron de la Psychiatrie Universitaire et de la Psychopathologie (Pr. Laurent Schmitt, Drs Martine Girard François Granier Jean Pierre Gardes).

    Après un acte manqué (réussi) à l’internat des Hôpitaux spécialisés de la région de Toulouse au grand désespoir du Pr. Michel Escande, la région de Montpellier et de Bordeaux m’accueillent dans un possible, je choisie la Candelie « hôpital de la petite chandelle » (comme aimait le dire Tosquelles) en 1985 dans le service du Dr Cornil (actuellement F. Aubat), Psychiatre humaniste, fils de cheminot, juste à coté du service de feu le Dr Geoffroy où travaillent Jean Pierre Boulhol et Eric Larrieu, où ont travaillé également Elie Vallejo et Yannick, où François Tosquelles a terminé sa carrière hospitalière.

    Je m’essayai l’année suivante au concours de l’internat de la région de Paris mais préférai rester dans la région du pruneau pour une question de « transit » tout en continuant ma spécialité sur Toulouse pas très éloignée des terrains de rugby du Sud Ouest, choisissant la « Psychiatrie des champs à la Psychiatrie de la ville » :

    la Candélie est un hôpital de structure comparable à l’hôpital Marchant à dimension humaine avec ses pavillons épars et non ses tripodes à la mode des années 70 que je trouve particulièrement inaccueillant sur le plan architectural pour les patients .

    Les internes appelaient Tosquelles « Tosq » par complicité affectueuse (l’appellation a été amenée me semble-t-il par Jean Paul Cors ancien interne de la Candélie) ; il était pour nous un grand père idéal, issu d’une bande dessiné et la comparaison qu’en fait Pierre Delion tirée de Tintin dans « coke en stock » ou le marchand « senhor Oliveira da Figuera » vend tout une série d’article à Tintin pourrait en être une représentation possible dans la question de la rencontre avec Tosquelles « prendre puis redonner, largement » nous vivions à chaque séance de contrôle de thérapie (« le marchand ambulant rend 2 fois service à Tintin, non par intérêt mercantile mais par pure amitié, son atout principal, un inépuisable bagout » ; nous repartions de là recouvert de différents « objets » à travailler.

    Cet hôpital sentait bon la psychiatrie de secteur ou malgré un des services où la non mixité était toujours en place et un autre où l’organique prévalait de manière exclusive, une Directrice nostalgique de la camisole de force qui mettait en avant ses systèmes de défense avec une tonalité de Castafiore au moment des admissions difficiles (ce qui ne l’empêchait pas pour autant d’être une opérante Directrice administrative), il y faisait bon travailler avec les patients psychotiques.

    (…)

  • 23e rencontres de Périnatalité, Béziers 11, 12/04 : Enfants et parents : corps à corps, accords et désaccords

    23e rencontres de Périnatalité, Béziers 11, 12/04 : Enfants et parents : corps à corps, accords et désaccords

  • Un livre de Marie et Claude Allione, à lire absolument

    Un livre de Marie et Claude Allione, à lire absolument

    Autisme : donner la parole aux parents

    Autisme

    Donner la parole aux parents

    Le débat est très vif aujourd’hui autour des soins apportés à l’autisme.

    Pour ou contre la psychanalyse, pour ou contre les thérapies comportementales,

    pour ou contre certaines méthodes venues des États-

    Unis… Au-delà des idées toutes faites, ce livre donne la parole aux

    parents d’enfants, d’adolescents et d’adultes autistes, à tous ceux

    que l’on n’entend presque jamais, mais qui représentent une très large

    majorité. Témoignages passionnants, émouvants et presque toujours

    empreints d’une grande sagesse sur ce qu’ils vivent : l’annonce du

    diagnostic, la culpabilisation des mères, les méthodes thérapeutiques,

    la scolarisation des enfants, la validité des structures de soins, les problèmes

    qui se posent lorsque l’enfant devient adulte.

    Ce livre, loin d’opposer les formes différentes de soins et d’éducation,

    montre à l’inverse leur indispensable complémentarité en tenant

    compte de toutes les avancées et de toutes les interrogations actuelles

    sur cette pathologie très polymorphe.

    Ce livre est préfacé par le professeur Jacques Hochmann et postfacé

    par le professeur Pierre Delion.

    Marie Allione est psychiatre des hôpitaux et psychanalyste.

    Claude Allione est psychanalyste. Il est l’auteur de Espace psychique, transfert

    et démocratie en institution : à propos de Solstices et de La Part du rêve dans les

    institutions.

    Ils sont tous les deux membres de l’association Espace Analytique.

    Ed. LLL, Les Liens qui Libèrent

    Documents joints

  • Stage de La Borde du lundi 13 au vendredi 18 mai : Précarité de la psychothérapie institutionnelle

    Stage de La Borde du lundi 13 au vendredi 18 mai : Précarité de la psychothérapie institutionnelle

    Stage de La Borde du lundi 13 au vendredi 18 mai

    Précarité de la psychothérapie institutionnelle
    Reprise de quelques éléments fondamentaux (groupes, transfert, processus économique,…)

    Reprise d’un travail institutionnel ; lequel est toujours menacé aussi bien par la « société globale » que par les aléas d’un processus de déconstruction des lieux de travail psychiatrique encore existants, tels, entre autres, la clinique de la Borde.

    Il s’agit de situer des problèmes collectifs concrets tels que le fonctionnement d’un « Comité de rédac-tion » (s’appuyant entre autres sur l’expérience saint-albanaise du journal « Trait d’union » tenant lieu, avec François Tosquelles, de véritable thérapie de groupes) mais également de reprendre des techniques de psychothérapie collective telle que ce qu’on a nommé des « constellations ». Ces quelques aperçus dépassent le champ strictement psychiatrique du fait qu’une pratique déjà ancienne continue d’animer les groupes de « pédagogie institutionnelle ».

    Tout ceci repose sur la mise en acte de ce que l’on nomme, avec François Tosquelles, « polyphonie », transfert « multiréférentiel », « contre transfert insti-tutionnel », ainsi que sur les notions de « greffe de transfert » de Gisela Pankow, de « transfert dissocié » et « d’espace du dire » (Jean Oury), etc.

    Occasion d’évoquer des problèmes de psychothéra-pie de groupe (Bion, Szondi, Moreno, etc.) en les articulant avec la politique générale contemporaine.

    Jean OURY

  • Le psychanalyste en institution pour enfants et adolescents : Toulouse le 23 mars 2013

    Le psychanalyste en institution pour enfants et adolescents : Toulouse le 23 mars 2013

  • LA PSYCHANALYSE TRAVAILLÉE PAR LES EXTÉRIORITÉS : 1ère séance : vendredi 18 janvier 2013 de 10h à 12h

    LA PSYCHANALYSE TRAVAILLÉE PAR LES EXTÉRIORITÉS : 1ère séance : vendredi 18 janvier 2013 de 10h à 12h

    Le Centre d’études du Vivant (Institut des Humanités de Paris – Université Paris Diderot) a le plaisir de vous annoncer le séminaire :

    LA PSYCHANALYSE TRAVAILLÉE PAR LES EXTÉRIORITÉS

    Séminaire en plusieurs séances organisé par Jimena Garcia Menendez (Docteur en Psychopathologie et Psychanalyse), Isabelle Letellier (Docteur en Anthropologie Psychanalytique), Samuel Liévain (psychanalyste et philosophe), Beatriz Santos (Docteur en Psychopathologie et Psychanalyse), Soledad venturini (Docteur en Psychopathologie et Psychanalyse), Amos Squverer (Docteur en Anthropologie Psychanalytique).

    1ère séance : vendredi 18 janvier 2013 de 10h à 12h

    « Psychanalyse et Sémiotique : inscription de fortune et fortune de l’inscription ».

    Avec Michel Balat, psychanalyste et maître de conférences de Sémiotique et Psychologie à l’université de Perpignan.

    Salle 065E de la Halle aux Farines (rez-de-chaussée du hall E)
    Esplanade Pierre Vidal-Naquet – Paris 13°
    Métro RER : Bibliothèque François Mitterrand. Bus : 62.64.89.132.325

    La psychanalyse a toujours été chercher dans des champs extérieurs pour dire son inédit. Détour par lequel la psychanalyse a pu mieux saisir les contours de cet inédit dans un dialogue mêlant intérêt et résistance. Il nous semble nécessaire de maintenir cette ek-sistence pour la psychanalyse sans quoi elle prend le risque d’un rapport domestique au savoir de l’inconscient. En d’autres termes, les extériorités préservent l’irréductible inquiétante étrangeté du rapport à l’inconscient, inquiétude sans laquelle la clinique s’expose au sommeil dogmatique derrière une grille d’analyse rassurante. C’est donc pour continuer d’angoisser le confort de l’écoute qui peut faire oublier que le texte du malaise exige une lecture au sens d’un déchiffrage qu’aucune bibliothèque, fut-elle de Babel, ne peut recueillir. Ce séminaire propose ainsi d’accueillir des intervenants extérieurs à la psychanalyse dont le discours sur une autre scène fait travailler la psychanalyse dans son intimité.

  • Un lieu-dit à visiter !

    Un lieu-dit à visiter !

  • XXVIIème J_o_u_r_n_ée_ _n_a_t_i_o_n_a_l_e_ _d_e_ _P_s_y_c_h_o_t_h_é r_a_p_i_e_ _I_n_s_t_i_t_u_t_i_o_n_n_e_l_l_e_ _ Samedi 23 mars 2013 Maison de Gascogne AUCH

    XXVIIème J_o_u_r_n_ée_ _n_a_t_i_o_n_a_l_e_ _d_e_ _P_s_y_c_h_o_t_h_é r_a_p_i_e_ _I_n_s_t_i_t_u_t_i_o_n_n_e_l_l_e_ _ Samedi 23 mars 2013 Maison de Gascogne AUCH

    XXVIIème J_o_u_r_n_ée_ _n_a_t_i_o_n_a_l_e_ _d_e_ _P_s_y_c_h_o_t_h_é r_a_p_i_e_ _I_n_s_t_i_t_u_t_i_o_n_n_e_l_l_e_ _

    Samedi 23 mars 2013
    Maison de Gascogne
    AUCH

    JEUX et ENJEUX INSTITUTIONNELS
    Trouver – Créer – Transmettre
    Le coeur de nos pratiques de soin et d’accompagnement

    « Le soin est une sorte de pli, de décision éthique, de persévérance ».
    Jean OURY, Blois, Mars 2009.

    La pensée, les idées, les récits, les rêveries, sont certainement ce que nous avons de plus précieux pour tenir dans nos pratiques auprès de ceux que nous accompagnons pour les aider à « être là ». Mais c’est aussi ce que nous avons sans doute de plus fragile.

    Nous voyons combien aujourd’hui nos pensées sont menacées d’être enfermées dans des mathématisations scientistes, des formules langagières toutes faites, des dispositifs se voulant opérationnels, dans du « prêt à communiquer’’, dans des idéologies du contrôle, de la mesure, de l’évaluation, de la norme. Or, l’histoire de la psychothérapie institutionnelle nous l’a appris, c’est dans ces périodes de fermeture de l’histoire qu’il faut inventer, créer, rêver…

    Dès lors et dans le contexte actuel où et comment pouvons nous ’’trouver’’ les ressources pour lutter et résister, préserver la clinique, pour maintenir vivante une éthique du soin ? Nos établissements psychiatriques et médico-sociaux offrent ils encore la ’’possibilité’’ d’un travail institutionnel avec ses espaces potentiels de rencontre, d’invention, de créativité ? La rêverie, le jeu, sont ils toujours possibles ?
    Le quotidien peut-il encore être porteur de trouvailles, de circulations, de bricolages, mais aussi d’engagements individuels et collectifs autorisant l’accueil de l’autre, de sa souffrance, de sa singularité ?

    A ceux qui pourraient penser que « ce n’est pas sérieux », on rappellera avec Winnicott qu’il n’y a rien de plus sérieux que le jeu et que justement nombre de personnes que nous accompa-gnons souffrent d’une défaillance du champ transitionnel qui altère gravement leur rapport à la réalité. On soulignera avec Lacan qu’il est central de favoriser l’émergence de suppléances, nécessaire de jouer des semblants et de fabriquer des ’’praticables’’… On rappellera aussi avec Bion combien la « rêverie » n’est pas cette fuite de la réalité dans des chimères ( les « doux rê-veurs » que stigmatisent les gestionnaires « sérieux ») mais la condition même pour pouvoir penser, penser l’impensable de la souffrance de l’autre.

    Le mouvement de psychothérapie institutionnelle a forgé et transmis des outils permettant ce travail de mise en pensée, de mise en mouvement. Mais peut-être faut-il rappeler, encore et encore, que « la psychothérapie institutionnelle, ça n’existe pas », qu’elle est à inventer chaque jour, à inscrire dans une perspective créatrice soutenue par de nécessaires articulations aux contextes économique, politique, sociétal ; que ses outils doivent être affutés, adaptés, en per-manence, en fonction du moment, de la situation, auxquels nous sommes confrontés.

    La transmission se situe dans cet espace où l’histoire et les concepts de la psychothérapie institutionnelle doivent être « à la fois mémoire …. mais aussi appel, signe… appel à inventer, à créer… »*. Pour cela, loin de toute forme de prêt à penser, il nous faut peut-être concevoir la transmission dans une perspective plus transversale, et réhabiliter la fonction de « l’apprendre » à partir de la banalité du quotidien, des « petits riens », des « courants d’air » qu’évoque Pascale MOLINIER*.
    Transmettre serait alors s’emparer de ce que d’aucuns inventent dans leur coin, de ces « oeuvres » créées au plus profond de situations apparemment désespérées… les mettre en nou-veaux récits, ouvrir chez d’autres l’espace du rêve, parvenir à une clinique de l’ordinaire avec ses surgissements d’inattendu et ses « hasards de la rencontre » dont parle Jean OURY.

    Peut-on penser cette journée de réflexion comme une « foire » aux idées et aux pratiques, où chacun pourrait apporter les siennes et se saisir de celles des autres dans un jeu permanent de questionnement réciproque : « Et chez toi, qu’est-ce-qu’il se passe ? »

  • Prochaine « Journée avec… » le 9 mars avec Pierre Delion

    Prochaine « Journée avec… » le 9 mars avec Pierre Delion

  • L’Education Thérapeutique : Eduquer, soigner ? gouverner par Franck Drogoul

    L’Education Thérapeutique : Eduquer, soigner ? gouverner par Franck Drogoul

    L’Education Thérapeutique :

    Eduquer, soigner ? gouverner

    Franck Drogoul

    Je dois vous avouer que j’ai accepté d’intervenir dans votre journée de travail sans même savoir ce que voulait dire l’Education Thérapeutique. Heureusement, mes hôtes avaient préparé un dossier sur la question, se doutant que ce terme avait de fortes chances de ne pas faire partie de ma boite à outil théorique.

    Après avoir lu le dossier et avoir cherché quelques références sur internet, ma surprise a été d’apprendre que, sans faire de l’éducation thérapeutique proprement dite, je me suis trouvé, en 20 ans, un mode de travail qui conduit au même résultat : mes patients prennent dans leur immense majorité le traitement que je leur propose. Je considère même qu’au bout de quelques mois de prise en charge, ce sont mes patients qui me dictent leur ordonnance.

    En effet, j’ai été choqué, il a bien longtemps, en recevant des patients qui étaient sous psychotropes depuis des mois, voire des années, et qui étaient incapables de me dire quel était le but recherché de leurs médicaments. Pour ma part, j’explique mes prescriptions et je dois avouer que cette tache n’est pas très difficile en psychiatrie devant le nombre assez faible de classes thérapeutiques. La compliance la plus difficile est celle des régulateurs de l’humeur, car le deuil des épisodes maniaques est ce qui prend le plus de temps.

    Alors, pourquoi une telle usine à gaz, passant même via les recommandations médicalement opposables, passant par une loi qui rend cette dernière obligatoire, avec ses jours de formation, ses congrès, etc. ?

    Pourquoi donc cette importance aujourd’hui ?

    Y a-t-il un rapport avec la loi du 5 juillet 2011 organisant les soins sous contrainte, c’est-à-dire voulant obliger les patients à être compliants au traitement, sous peine de voir la police débarquer chez eux pour les reconduire à l’hôpital ?

    (…)

  • L’ERRANCE par Roland Kuhn

    L’ERRANCE par Roland Kuhn

    L’ERRANCE COMME PROBLEME PSYCHOPATHOLOGIQUE OU DEMENAGER

    par Roland Kuhn

    paru dans “PRÉSENT À HENRI MALDINEY” Ed. L’Age d’Homme, Lausanne, 1973.

    Voyager ou s’établir sont des modes fondamentaux du comportement humain auxquels correspondent des formes déterminées de l’être-au-monde, de l’étre-avec-autrui et de l’être-soi. Le nomadisme et la vie sédentaire marquent de leur empreinte aussi bien l’individu que les formes collectives et les créations culturelles, son rôle social comme ses préoccupations personnelles. Ce sont des possibilités existentielles qu’il est difficile de réaliser simultanément ; elles se rapportent pourtant l’une à l’autre. Elles se trouvent en tension lorsque la réalisation de l’une suscite le besoin de l’autre. Dans la mesure où elles se délient l’une de l’autre, les tensions disparaissent provisoirement, mais elle peuvent toujours renaître. Par là, la présence (Dasein) se déploie en repos et en mouvement, selon des jeux multiples de tension et de relâchement, en suites rythmiques se développant harmonieusement ou en irruptions critiques amenant de brusques transformations.

    Entre le pur nomadisme et la vie strictement sédentaire, il y a, malgré une apparente incompatibilité, des formes qui réalisent l’une de ces possibilités sans exclure absolument l’autre, par exemple, lorsqu’on change d’habitation selon les saisons ou selon les travaux, pour des déplacements temporaires, quand on voyage pour ses affaires tout en conservant la même demeure, etc. On a souvent peint, et de bien des façons, les années de voyage du jeune-homme et comment, avec l’âge, il cherche à se fixer ; c’est de là que sont nés pour de larges couches sociales des modèles qui contribuent à structurer la présence tout entière, jusque dans la société actuelle.

    A côté de la psychologie, de la sociologie et de l’histoire des voyages et de l’habitat, il y a place pour une psychopathologie de ces mêmes phénomènes ; elle englobe des domaines complexes dont l’explication devrait suivre des voies nombreuses et longues à parcourir. Nous nous limiterons ici à l’examen de deux phénomènes concrets : la dépression provoquée par un déménagement et l’incapacité pour certains schizophrènes de tenir en place, dont l’étude comparée permet d’accéder à quelques-unes des structures fondamentales de l’existence psychotique.

    Documents joints

  • Diplôme d’Université (DU) Traitement des psychoses (Début : janvier 2013)

    Diplôme d’Université (DU) Traitement des psychoses (Début : janvier 2013)

    Début : janvier 2013

    Chers amis et partenaires,

    En partie grâce à des initiatives étudiantes comme la création du café psycho, (qui a invité entre autres à l’université l’équipe de Ville Evrard, Mickael Guyader, le collectif des 39, la clinique de La Borde, etc …) ou comme l’association vice et verca), l’université Paris 13 (93430 Villetaneuse) a été amenée ces dernières années à développer des enseignements autour de la psychothérapie institutionnelle et plus largement autour de la clinique des psychoses de l’enfant-adolescent et de l’adulte. En mars dernier avait lieu un colloque international Actualités des cliniques institutionnelles avec la participation de Jean Oury, Patrick Chemla et bien d’autres.

    C’est dans ce contexte que le département de formation continue de l’université Paris 13 ouvre en octobre 2012 un Diplôme d’Université (D.U) . Traitement des psychoses. Approche clinique, psychopathologique et institutionnelle.
    Cette formation qui s’inscrit clairement à contre-courant de l’air du temps et de la folie évaluatrice s’adresse principalement à des professionnels (psychologues, éducateurs, assistants et travailleurs sociaux, infirmiers, etc …) confrontés à des situations – avec des patients de tous âges – pour lesquelles ils ne disposent pas toujours « d’outils » adaptés.

    La perspective portée par ce D.U est de proposer, dans un écart avec la quotidienneté du travail, un espace d’élaboration de la clinique des psychoses et de formation aux outils théoriques qui soutiennent cette clinique. Cet espace se veut
    également une ouverture vers l’échange des expériences et des vécus. Ce sera aussi l’occasion de renforcer les liens entre l’université souvent trop cloisonnée et les différents terrains où s’exerce la clinique analytique. Une dimension artistique sera travaillée (psychose et création) avec la participation de l’UFR de Littérature. Les dimensions clinique et politique sont au coeur de ce DU.

    Parmi les premiers intervenants (liste non exhaustive, réponses en attente) :
    Christian Pisani – (Amiens) Equipe d’Abbeville (80) avec Christophe Chaperot – ASM du 13 ème avec Vassilis Kapsembelis, Equipe de Longjumeau avec Guy Dana – Michel Balat (Perpignan) – Juliette Vion-Dury – Anne Coudreuse – Anne Longuet-Marx (Paris 13) Le centre Antonin Artaud (Reims) avec Patrick Chemla – Equipe de La Borde avec Patrice Eymann, Catherine de Luca Bernier … – Equipe de la Nouvelle Forge (avec Elie Pouillaude) , Michel Hessel (Paris) – Pascale Molinier , Marie Jejcic , Christine Arbisio, Eric Bidaud, Vladimir Marinov, Catherine Matha, Aline Cohen de Lara, Anne Bourgain etc … (Paris 13) (…) , Heitor de Macedo, … Marina Koussouri (Insistance) etc ….

    Tous les détails (ou presque !) sur la plaquette de présentation en pièce jointe.

    Ce Du a besoin de votre soutien pour pouvoir démarrer dès la rentrée prochaine (octobre 2012) alors que les budgets de formation sont déjà bouclés dans la plupart des institutions … il ouvrira si 10 personnes s’engagent dans cette belle aventure.

    Merci de bien vouloir diffuser dans les milieux (établissements, hôpitaux, institutions de soins, associations, CMPP … ) susceptibles d’être intéressés par cette formation qui pourra accueillir 15 à 20 participants par an.

    Diplôme d’Université (DU)
    Traitement des psychoses

    Approche clinique,
    psychopathologique
    et institutionnelle
    En formation continue

    Ce DU s’adresse principalement
    à des professionnels (psychologue,
    éducateur, assistant et travailleur
    social, infirmier, etc.) confrontés
    à des situations pour lesquelles
    ils ne disposent pas « d’outils »
    adaptés.

    Université Paris 13 – Campus de Villetaneuse

    Renseignements :
    Cellule Formation Continue -Bureau A 213 -Mme Claude Lafouge
    Tél. 01 49 40 38 48 -Sec1-fc.lshs@univ-paris13.fr

    Présentation

    Que l’on travaille dans le secteur privé ou public, dans le champ sanitaire, médico-social
    ou social, que l’on inscrive sa pratique dans le registre thérapeutique, éducatif ou soignant,
    la rencontre de la psychose interroge toujours les savoirs, les expériences et les capacités
    d’élaboration des professionnels. La pathologie psychotique, dans sa dissociation, dans ses
    processus de déliaison, dans son défi lancé à une réalité qu’elle reconstruit, est continuellement
    une mise à l’épreuve des modes de pensée individuels et collectifs de ceux qui ont en charge son
    traitement. Soutenir une pratique de soin face à ces sujets dont les fonctionnements psychiques
    « autres » attaquent les fondements mêmes de cette pratique, demande nécessairement un
    étayage des capacités d’élaboration et de contenance des professionnels concernés.

    Nous savons que cette demande est grande. La perspective portée par le DU Traitement des
    psychoses est de proposer, dans un écart avec la quotidienneté du travail, un espace
    d’élaboration de la clinique des psychoses et de formation aux outils théoriques qui
    soutiennent cette clinique. Cet espace se veut également une ouverture vers l’échange
    des expériences et des vécus.

    Le traitement des psychoses réclame du temps. Il nécessite de pouvoir porter une cure dans la
    durée du transfert, de laisser libre place aux processus de créativité, mais aussi de régression,
    afin d’en symboliser les enjeux. Il apparaît clairement que le méta-cadre actuel dans lequel
    s’inscrivent nos pratiques ne favorise pas ces processus. Les représentations dominantes de
    la psychose sont bien plus fixées sur le mode déficitaire et négatif que sur celui de la création
    et de la capacité à partager un monde. La dénomination même de certaines des psychoses
    les plus graves, telle la schizophrénie, tend à disparaître pour être remplacée par de nouvelles
    classifications. Les logiques de surmédicamentation montrent qu’elles ne peuvent répondre à
    des fonctionnements psychiques dont la désorganisation s’est structurée au long de l’histoire,
    et de la préhistoire, personnelle de l’individu. Il est également manifeste que les politiques de
    santé actuelles, basées sur la gestion et la réduction des coûts et des budgets, aboutissent à
    une augmentation de l’exclusion de la psychose face à laquelle les équipes et les personnes
    oeuvrant dans les champs éducatifs, sociaux et thérapeutiques sont de plus en plus en difficulté.

    Face à ce constat se révèle la nécessité de développer des espaces de formation et
    de transmission qui permettent de continuer à soutenir une pratique du traitement des
    psychoses qui articule l’histoire des concepts, la transmission des expériences et l’actualité
    de la clinique.

  • Vendredi 30 novembre 2012 : Enveloppements thérapeutiques et massages, les chemins de la subjectivation, Institut Mutualiste Montsouris, 42 Boulevard Jourdan 75014 Paris

    Vendredi 30 novembre 2012 : Enveloppements thérapeutiques et massages, les chemins de la subjectivation, Institut Mutualiste Montsouris, 42 Boulevard Jourdan 75014 Paris

    SPECIFICITES DES MEDIATIONS CORPORELLES
    A L’ADOLESCENCE

    Enveloppements thérapeutiques et massages,
    les chemins de la subjectivation

    Vendredi 30 novembre 2012 : SPECIFICITES DES MEDIATIONS CORPORELLES A L’ADOLESCENCE, Institut Mutualiste Montsouris, 42 Boulevard Jourdan 75014 Paris

    Argument

    Les souffrances de l’adolescent s’expriment régulièrement par et au travers du corps. Des troubles somatoformes plus ou moins bénins
    aux conduites d’automutilations en
    passant par l’anorexie et les
    conversions hystériques, c’est le corps
    qui semble contenant et contenu du
    mal-être. En cet endroit du corps
    s’exprime, bien souvent, le manque à
    dire d’autant que l’inconscient et le
    regard social s’y éprouvent et s’y
    opposent.

    Alors, si l’alchimie du verbe reste chose précieuse, nos adolescents paraissent plutôt en
    recherche et en besoin d’abord d’une autre médiation permettant une réassurance
    enveloppante appuyée sur les éprouvés corporels à un moment particulier de leur histoire.
    Le Professeur Maurice CORCOS et l’équipe de pédopsychiatrie de l’Institut Mutualiste
    Montsouris proposent une journée de réflexion consacrée à leur pratique des médiations
    corporelles auprès d’adolescents : massages et enveloppements thérapeutiques.
    Si les questions sont nombreuses, il est nécessaire de rendre compte des pratiques et de les
    discuter.
    Comment rencontrer l’adolescent et son corps ? Et, surtout, comment l’adolescent rencontre
    son corps ?
    Peut-on toucher ici l’adolescent ? Sur quelle base, dans quelles conditions ?
    Comment penser l’articulation avec les autres dimensions du soin dans une prise en charge
    globale ? L’articulation avec les familles ?
    Ce sera l’occasion de plusieurs tables rondes, toujours ouvertes à l’impératif de discussion.
    Le Professeur Vincent DODIN et son équipe sont conviés pour initier les échanges, et pour
    présenter leur pratique d’enveloppements multi sensoriels.
    Le Professeur Maurice CORCOS, président de cette journée, conclura les débats.

  • Colloque du GAIRPS 24/25/11/12 à l’IUFM de Perpignan

    Colloque du GAIRPS 24/25/11/12 à l’IUFM de Perpignan

    Comment penser avec l’hypothèse de inconscient les formations

    et les processus dont le groupe est le lieu ?

    Le GAIRPS (Groupe d’Analyse en institution et de Recherches
    en Psychologie Sociale) créé en 1971, a aujourd’hui O ans d’une
    existence ininterrompue vouée à l’analyse des effets, phénomènes
    et processus de groupe. Ses membres titulaires (psychanalystes
    et analystes de groupe) ainsi que ses autres membres venant
    d’horizons professionnels différents, travaillent dans les domaines
    de la psychothérapie psychanalytique de groupe et de l’intervention
    dans le champ institutionnel (régulations, supervisions d’équipes,
    analyse de pratiques professionnelles) selon les perspectives
    ouvertes et définies par les Théories psychanalytiques de
    groupe. Organisme de Recherche et de Formation de praticiens
    à l’Analyse de groupe, le GAIRPS, depuis l’origine, soumet son
    propre fonctionnement groupai à l’analyse de ce que la situation
    pluri-subjective mobilise et donne à voir ici des manifestations
    excentriques de l’inconscient.

    Cette tâche (par delà la contingence de tous projets manifestes)
    nous a permis de repérer comment et combien chacun, à sa
    manière, – y compris la plus modeste -, contribue, à travers la
    problématique singulière qui l’anime, à l’élaboration conjointe
    d’un nouvel espace de pensée et d’une méthodologie originale
    et congruente.

    Revenir sur nos origines pour penser notre parcours, revisiter notre
    histoire pour comprendre notre cheminement et sa logique interne
    corrélée à sa dynamique groupale, sont une manière de s’interroger
    sur ce que signifie penser dans le groupe » et sur les conséquences
    méthodologiques inscrites dans ce nouvel espace épistémologique
    où se mêlent, dans des « hiérarchies enchevêtrées l’intra-psychique,
    l’intersubjectif, le groupai, l’institutionnel, etc. C’est aussi prendre
    la mesure de ce qui de l’invisible (refoulé, occulté, dénié, forclos,
    voire encrypté) se met en scène et se figure dans le théâtre de la
    rencontre jusque dans les marges ou les coulisses du cadre.

    Qu’en est-il de ce nouvel objet de connaissance qui se révèle dans
    les groupes à partir de nos questionnements et de la méthodologie
    qui oriente et définit nos pratiques ? En quoi nous révèle-t-elle une
    autre approche insolite de l’appréhension des manifestations de
    l’inconscient ? Que recouvre ce sentiment d’avoir co-construit et
    défini un territoire d’analyse hétérodoxe sur les bords, dans les
    marges, à la frontière ?

  • Sur le packing, le blog de Nico

    Sur le packing, le blog de Nico

  • Le politique, séminaire de Ste Anne du 15/10/2004

    Le politique, séminaire de Ste Anne du 15/10/2004

  • Le 1er décembre 2012 une « Journée avec… » Paul Marciano, à l’Ecoute du Port de Canet-Plage (66140)

    Le 1er décembre 2012 une « Journée avec… » Paul Marciano, à l’Ecoute du Port de Canet-Plage (66140)

    Le précédent appel comportait une erreur de date= il s’agit du 1er décembre et non du 2 comme annoncé précédemment.

    Paul Marciano, pédopsychiatre, initiateur des Journées de St Alban et des Journées de périnatalité de Béziers, évoquera au cours des deux demi-journées les thèmes suivants : les processus d’accession de l’enfant à la Connaissance et la prise en charge en hôpital de jour.

  • Profils perdus (France Culture) St Alban – 1989

    Profils perdus (France Culture) St Alban – 1989

    Une émission de France Culture (en deux parties) sur l’histoire de St Alban exposée par des protagonistes.

  • CONSTELLATIONS. Entretien Jean Oury & Danielle Sivadon à La Borde (2003, 2004)

    CONSTELLATIONS. Entretien Jean Oury & Danielle Sivadon à La Borde (2003, 2004)

    CONSTELLATIONS.

    Entretien Jean Oury & Danielle Sivadon à La Borde (2003, 2004)

    Ces entretiens ont été enregistrés à la clinique de La Borde en 2003 et 2004. Connaissant les liens d’affection tissés depuis longtemps entre Jean Oury et Danielle Sivadon (qui a été psychiatre à La Borde dans les années 1970), nous leur avions proposé de réaliser un CD audio à partir de dialogues improvisés, comme une sorte de « musement » discontinu.

    Au départ, nous souhaitions effectuer les enregistrements en extérieur : une marche dans le parc de La Borde, une circulation d’un lieu à l’autre de la clinique afin de pouvoir capter leurs propos sur le vif. Cette traversée de différents territoires labordiens devait nous permettre de croiser les traces superficielles et les strates enfouies, l’historial et le quotidien, dans l’intention de donner à entendre un certain « tonal » de l’institution. Mais les choses ont pris un autre tour, éloigné de cette topologie idéale. Cette mise en scène a quand même abouti à la réalisation d’un premier CD diffusé dans un numéro de la revue Institutions (un CD dans lequel Jean Oury évoque ses débuts en psychiatrie et son arrivée à La Borde, complété d’une interview de son frère Fernand Oury sur la pédagogie institutionnelle).

    Les enregistrements suivants ont eu lieu en intérieur, dans le bureau de Jean Oury à La Borde. Dans cet espace très particulier baigné en permanence par une pénombre sécurisante (qui protège des lumières parfois trop crues des ciels de Loire), dans ce lieu un peu baroque qui tient d’avantage du pattern subjectif que du bureau directorial, le temps est rythmé par l’accueil journalier de la psychose. Les rencontres se sont toutes déroulées le dimanche matin, aux heures réservées par Jean Oury aux visiteurs (du dimanche). De ces heures de conversation accumulées, nous avons d’abord sélectionné quelques morceaux hétérogènes, réunis dans un mini CD intitulé Pour qu’un schizophrène puisse s’y reconnaître… Puis nous avons composé Constellations. Ces deux CD ont été autoproduits pour une diffusion gratuite. Nous remercions chaleureusement Michel Balat de les mettre en ligne sur son site.

    Constellations – Jean Oury et Danielle Sivadon, entretiens à La Borde (2004) Enregistrement, montage, mixage et réalisation : Olivier Apprill et Jean Dubuquoit (72 min)

  • Journées de l’Ampi les 12/13 octobre 2012

    Journées de l’Ampi les 12/13 octobre 2012

    Les lieux du changement. Quel espace pour le travail clinique et thérapeutique dans la psychiatrie du 21° siècle ?

    Les lieux du changement. Quel espace pour le travail clinique et thérapeutique dans la psychiatrie du 21° siècle ?

  • Colloque le Vendredi 28 septembre 2012 à Alès

    Colloque le Vendredi 28 septembre 2012 à Alès

    PATHOLOGIE PSYCHIQUE

    & HANDICAP :

    Questions actuelles

    Salle Myriapole

    1675 chemin de Trespaux

    ARGUMENT

    Il est dans l’air du temps d’inventer, un peu plus chaque

    jour, des guides de bonnes pratiques, de pratiques

    « recommandées », toujours plus définies qu’à définir.

    Pris dans les mailles de ce discours uniformisant, les

    professionnels de tous ordres sont en train de voir s’effacer

    peu à peu le fondement même de leur pratique, s’effacer

    la mise en histoire(s) de leur engagement clinique.

    Peut-on envisager une histoire de ces pathologies qui

    ne ferait pas le récit d’une singularité à l’oeuvre, qui

    renoncerait à mettre en mots l’invisible, ce qui échappe

    à l’évidence, à l’évaluation et à la preuve scientifique ?

    Le recours aux « modes d’emploi » se généralise et les

    institutions de soins et d’accueil ne sont pas épargnées

    par l’assèchement d’une parole qui n’a plus son mot à

    dire face à tant d’injonctions qui nous obligent. L’histoire

    de l’accompagnement des pathologies peut-elle se tisser,

    se transmettre, sans céder à un discours déterminé et

    déterministe ? Y a-t-il encore de la place pour « une

    psychiatrie au présent, présente à elle-même et aux réalités

    de ce monde ? » (Francis Jeanson)

    Lors de cette nouvelle journée de réflexions et de

    formation, nous vous proposons de continuer à penser

    ces petites choses qui font le tout d’une histoire, ces

    petites choses qui, en se reliant les unes aux autres, juste

    à se dire, tissent la toile de fond sur laquelle le sujet peut

    inscrire le récit de son être en mouvement. Continuons à

    inscrire ces petites histoires dans le récit de l’Histoire de la

    Psychiatrie et des institutions, telles que nous les vivons.

    Là se trouve, peut-être, l’avenir de ce qui ne saurait être,

    seulement, qu’une illusion.

    Avec (entre autres) Jacques Hochmann, Patrick Faugeras, Michel Minard…

  • A propos d’un avis de l’HAS : de qui se moque-t-on ?

    A propos d’un avis de l’HAS : de qui se moque-t-on ?

    Un pédiatre réagit aux « avis » de l’HAS…

  • Conférence de Pierre Delion le 6 et Les 7 et 8 décembre 2012. L’ASSOCIATION CULTURELLE EN SANTE MENTALE D’ANGERS

    Conférence de Pierre Delion le 6 et Les 7 et 8 décembre 2012. L’ASSOCIATION CULTURELLE EN SANTE MENTALE D’ANGERS

    2 journées de formation les 7 et 8 décembre 2012

    L’ASSOCIATION CULTURELLE EN SANTE MENTALE D’ANGERS

    organise 2 journées de formation les

    7 et 8 décembre 2012

    Sur le thème

    « Créativité et inventivité

    Dans le champ psychiatrique et médico-social

    Empêchements et possibles ».

    Accompagner des personnes dans le soin ou dans le médico-social : pour quelles finalités ? Ces finalités ne se brouillent-elles pas sous l’effet d’injonctions politiques et sociétales, d’évaluations multiples, de quantification et de protocoles envahissants ?

    Oser la créativité, oser l’expression d’une liberté d’agir en s’engageant dans la relation et dans les effets du transfert, oser penser collectivement et en prendre le temps est-il encore possible dans nos lieux de travail ?

    Comment faire vivre, dans chaque acteur de soin et de l’éducatif et au sein de nos équipes, le courage de l’initiative, de la créativité et de l’inventivité ?

    Comment chacun, patient, soignant, résident, professionnel, peut-il exercer sa citoyenneté dans le champ psychiatrique et médico-social ?

    Comment continuer à soumettre l’organisation de notre travail aux finalités du soin et de l’éducatif ? Comment résister contre ce qui, en nous ou autour de nous, suscite la soumission à des rationalités qui ignorent la dimension intersubjective ? N’est-ce pourtant pas celle-ci qui requiert notre engagement éducatif et thérapeutique ?

    Il s’agit d’identifier ce qui menace cet engagement et de partager ce que nous construisons, parfois de manière précaire, pour le faire vivre et le penser.

    Ont déjà accepté de participer :

    Mesdames et Messieurs Charlery Martine, Chemla Patrick, Coupechoux Patrick, Crété Pascal, Delion Pierre, Gaignard Lise, Oury Jean, Belhassem Mathieu, Balat Michel, Amy Marie-Dominique, Guyader, Chavaroche Philippe, association culturelle de landerneau

    Ainsi que les équipes de terrain suivantes :

    Equipe Paul Gauguin

    Equipe Chalouère

    Association du CRIC, Caen

    Association la CRIEE, Reims

    Association Culturelle en Santé Mentale

    (La plaquette définitive sera sur ce site dès qu’elle sera réalisée.)

  • Le dimanche 1er juillet. Premières rencontres de Lorris

    Le dimanche 1er juillet. Premières rencontres de Lorris

    La révolution espagnole

    Le dimanche 1er juillet. Premières rencontres de Lorris

    La révolution espagnole, ma

    gtrice et terreau de la Psychothérapie Institutionnelle

  • Conférence de Michel Balat à Dax le 20 juillet 2012

    Conférence de Michel Balat à Dax le 20 juillet 2012

    APARTÉ

    Association Pédopsychiatrique d’Action de Recherche, de Travail et d’Échange

    Hôpital de Jour Pédopsychiatrie – Route des Roches – 40100 DAX

    Tél : 05 58 91 49 40 – apartedax@voila.fr

    Le vendredi 20 juillet 2012

    A 13h45 à DAX

    Salle des Halles n°1 – place Roger Ducos

    40100 Dax

    La Psychothérapie Institutionnelle aujourd’hui

    Conférence-débat avec

    Michel BALAT

    Psychanalyste, PERPIGNAN

    Évaluer, contrôler, contraindre… A l’hôpital, à l’école, dans le champ médico-social ces maître-mots hantent nos institutions. Comment travailler la singularité du sujet aux prises avec ces institutions elles mêmes enchaînées par ces trois injonctions. La Psychothérapie Institutionnelle nous a permis de forger des outils tels que : le collectif, le club thérapeutique, la constellation transférentielle… Qu’en est-il aujourd’hui, dans le contexte idéologique et politique actuel ? Quelle place et quelle pertinence accorder à la Psychothérapie Institutionnelle dans le champ de bataille qu’est devenu la Santé Mentale ? De ceci et d’autres choses il sera question lors de cet après-midi avec Michel Balat.

    Participation aux frais : 8 €

    Etudiants et chômeurs : 2 €

  • Journée avec… Fernando Vicente et Joan Vegué : THÉRAPEUTIQUES INSTITUTIONNELLES À BARCELONA

    Journée avec… Fernando Vicente et Joan Vegué : THÉRAPEUTIQUES INSTITUTIONNELLES À BARCELONA

    Le 2 juin 2012 à L’Écoute du port de Canet-plage

    LE 2 JUIN 2012 À PARTIR DE 9H 3O

    À L’ÉCOUTE DU PORT

    PORT DE CANET-EN-ROUSSILLON…

    « U n e j o u r n é e a vec…

    Fernando de Vicente

    & Joan Vegué Grilló »

    T H É R A P E U T I Q U E S

    I N S T I T U T I O N N E L L E S À B A R C E L O N A

    Présentation de la journée

    Les Associations APEX, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette vingtquatrième

    « journée avec… » ont demandé à Fernando de Vicente, psychologue

    et psychanalyste, et Joan Vegué Grilló, médecin-directeur du Centre de

    Psychothérapie de Barcelone, de venir nous présenter leurs approches théoriques

    et pratiques dans le travail quotidien, à Barcelona et ailleurs.

    Nous aurons, comme à l’accoutumée, trois temps d’échanges : le matin, dès

    9h 30 ; l’après-midi, à 14h 30 ; de 16h 30 à 18h.

    L’accueil des participants se fera à partir de 9h autour d’un petit déjeuner

    Q u e l q u e s o u v r a g e s …

    • Fernando de Vicente. La parole en psychiatrie. Encore efficace ?

    Collection La boite à outils, Institutions, 2012.

    • François Tosquelles. Fonction poétique et psychothérapie.

    Collection Des travaux et des jours, Érès, 2003.

    • François Tosquelles. Le travail thérapeutique en psychiatrie,

    Collection Trames, Érès, 2009.

    • Jean Oury, Le Collectif, Le séminaire de Sainte-Anne. Préface de

    Pierre Delion. Collection Psychothérapie institutionnelle, Champ

    social, 2005.

    • Jean Oury, L’aliénation. Collection Débats, Galilée, 1992.

    • Jean Oury, Création et schizophrénie. Collection Débats,

    Galilée, 1989.

  • 6 mai 2012

    6 mai 2012

  • Video réalisée par Olivier Apprill. Le 4/9/04 à La Borde

    Durée du téléchargement : environ 1h. Mais ça vaut le coup !

    Video réalisée par Olivier Apprill. Le 4/9/04 à La Borde

    Qu’est-ce que je fous là ?

    Je remercie Olivier Apprill de m’avoir autorisé à mettre cette video en ligne. Michel Balat

    Qu’est-ce que je fous là ?

    …se demande une fois de plus Jean Oury, psychiatre, directeur de la clinique de La Borde.

    Comme dans chacune de ses interventions

    publiques, s’expriment ici l’exigence et la

    modestie de toute une vie consacrée à l’accueil

    de la folie en ce qu’elle a de plus singulier.

    Chaque semaine, depuis bientôt trente-cinq ans

    (la première séance date de 1971), Jean Oury se

    livre un exercice d’improvisation qui a pris, au

    fil du temps, le nom de séminaire de La Borde.

    Là, été comme hiver, à l’heure du dîner, debout

    et sans note, devant un public restreint composé de visiteurs, de médecins, de malades, de

    stagiaires, ce contemporain de Tosquelles et de

    Lacan poursuit inlassablement son travail de

    défrichage théorique et pratique. Cette performance orale hebdomadaire, véritable pensée en

    acte, est inséparable de la qualité de la parole

    qui la soutient : une parole d’une incomparable

    douceur, empreinte d’une tonalité poétique

    rare et d’une portée politique évidente.

    Ancrée dans l’histoire et l’expérience labordiennes, sur le terrain même où s’élabore en permanence depuis plus de cinquante ans une

    réflexion sur la fonction thérapeutique et les

    stratégies de soin en institution, la pensée développée par jean Oury constitue une analyse

    concrète des dimensions sociales et mentales

    de l’aliénation. S’inscrivant dans la continuité

    de la révolution psychiatrique impulsée par

    toute une génération de psychiatres à partir des

    années 40 et 50, et dont le mouvement de « psychothérapie institutionnelle » s’est voulu historiquement l’expression, elle propose un ensemble d’outils et de concepts permettant de

    transformer l’établissement hospitalier pathogène en instrument de psychothérapie.

    Refusant les cloisonnements arbitraires entre

    psychanalyse, biologie ou sociologie, refusant

    également les illusions normatives ou répressives, intégrant au contraire les multiples dimensions de la psychose, son approche de la personne humaine éclaire des aspects de la vie

    quotidienne et de l’organisation du travail qui

    peuvent intéresser bien au-delà du champ psychiatrique et des seuls professionnels de la

    santé mentale.

    Ce film contient l’intégralité de la séance du

    4 septembre 2004, année qui avait pour thème

    « le politique ». Entre exemples cliniques et souci

    éthique, il n’est question que de cela : de ce qui

    compte dans l’existence inconsciente de chacun

    et dans la construction d’un « collectif ».

    Couleur – PAL 4/3

    Zone 2 – DVD avec

    menu et chapitres.

    Réalisation : Olivier Apprill

    Image : Nicolas Bertrand

    Montage : Marc Tommasi

    Durée : 1 h 34 mn

    Production : Olivier Appriil et l’Albedo © 2005

  • L’avis du Conseil de l’Ordre, le 10/04/2012

    L’avis du Conseil de l’Ordre, le 10/04/2012

    Voici l’avis du Conseil de l’Ordre des médecins du Nord, après la plainte déposée par le président de Vaincre l’Autisme.

  • LE DESERT CROÎT, par Jean-François REY, philosophe

    LE DESERT CROÎT, par Jean-François REY, philosophe

    Copyright « Le Monde »

    LE DESERT CROÎT

    Défense de la psychiatrie en général et de la psychothérapie institutionnelle en particulier.

    Par Jean-François REY, philosophe

    Un rapport de la Haute Autorité de Santé qui doit être rendu public le 8 mars prochain conclut à la non pertinence de l’approche psychanalytique et de la psychothérapie institutionnelle. Dans le traitement de l’autisme, certes, et pour commencer. Car, au-delà de l’autisme, c’est l’humanité même de la psychiatrie qui est condamnée. La pratique du « packing », qui subit les cris de haine de la part des associations de parents d’enfants autistes, est répandue aussi dans le traitement de la psychose de l’adulte. Les témoignages de ceux qui auraient été les bénéficiaires ne seront même pas entendus. Le pédopsychiatre Pierre Delion, dont on ne dira jamais assez la gentillesse et l’esprit d’ouverture, est la victime d’une véritable persécution ; cette campagne de haine n’a cessé de gonfler jusqu’à sa convocation devant le Conseil de l’Ordre. Cette douloureuse affaire ne fait qu’augmenter le niveau d’angoisse où nous jette déjà une crise sociale et morale alimentée de toutes parts : si le scientisme gagne à l’aide d’arguments et de pressions non scientifiques, alors le désert croît. Si la psychiatrie n’est plus dans l’homme, on assistera à des pratiques de contention et de répression. Ce triste tableau m’inspire deux lignes de remarques.

    La première concerne les faits eux-mêmes. Pour la première fois on voit qu’un procès fait à la psychanalyse, discipline qui ne s’est jamais dérobée à la critique, et dont cette critique même l’a enrichie comme elle a enrichi la pensée et surtout les pratiques en milieu psychiatrique, aujourd’hui contestée par les courants cognitivistes et comportementalistes, débouche non pas sur une controverse scientifique argumentée mais sur une interdiction disciplinaire réclamée par des lobbys. Encore une fois on peut contester la prétention de la psychanalyse à la scientificité, comme l’ont fait au siècle dernier les arguments de Karl Popper (philosophe viennois ami du psychanalyste Alfred Adler), ceux de Georges Politzer ou, plus près de nous ceux de Deleuze. A côté des vociférations d’aujourd’hui, la première vague de l’antipsychiatrie des années 70, qui charriait beaucoup de préjugés et d’analyses sommaires, n’avait pourtant pas la même tonalité de haine et de bêtise. Or cette haine aboutit.

    Certes elle est nourrie de la souffrance de parents d’enfants autistes qui ont le sentiment d’avoir été culpabilisés par des discours peu nuancés. Menée à son paroxysme, la haine vise à soustraire l’enfant souffrant à une pratique qui vise pourtant à le soulager. L’autiste n’est pas un malade dit la nouvelle anti psychiatrie. La maladie mentale n’existe pas disait la première antipsychiatrie. De telles affirmations massives résonnent comme un déni de la souffrance et plus encore de l’humanité qui est ou devrait être au cœur de la clinique, si toutefois le mot même de clinique a encore un sens pour les censeurs.

    Mais les arguments ont entrainé cette fois ci une judiciarisation et un traitement disciplinaire là où un débat argumenté et scientifique fait défaut. Il convient donc d’informer : il existe de lieux de soin, des praticiens, qui résistent à cette dérive. Ils y résistent d’autant mieux qu’ils savent dénouer l’intrigue du scientisme et du judiciaire bâtie autour de l’autisme, mais dépassant de loin la seule question de l’autisme. C’est pourquoi ma deuxième ligne de remarques sera une défense et illustration d’une psychiatrie née pendant et après la guerre qui visait à supprimer l’enfermement asilaire : soigner l’hôpital avant de soigner les malades. Quand l’hôpital va mieux certains troubles disparaissent. La psychothérapie institutionnelle qu’on dénonce aujourd’hui a une histoire à faire valoir. Je me contenterai d’en rappeler quelques principes simples. L’institution doit faire du sur mesure : ce n’est pas au patient de s’adapter au milieu. Pour cela le concept analytique de « transfert » est précieux. Le transfert d’un patient, schizophrène ou non, sur l’institution, que Jean Oury appelle « transfert dissocié », consiste à organiser la « rencontre » entre le patient et d’autres personnes évoluant dans les mêmes lieux : soignants, personnels de service, autres patients. Le mot même de « rencontre » ( vieux concept stoïcien de TYCHE) est la clé de cette pratique. Pour qu’il y ait rencontre il faut qu’il y ait liberté de circuler. Mais davantage encore il faut que les lieux et les personnes soient suffisamment distincts : distinguer les sujets, distinguer les lieux pour qu’ils deviennent des sites de parole, distinguer les moments contre un temps homogène et vide, distinguer des groupes et des sous-groupes dans un réseau d’activités. En un mot résister à la tyrannie de l’homogène, face lisse du « monde administré » selon la formule d’Adorno.

    Une telle pratique de soin de l’esprit humain s’est nourri de l’apport de la psychanalyse, sans exclusive. Mais surtout, hors du débat scientifique dont pourtant on nous prive, il faut dire l’ancrage de ce traitement. « L’homme est en situation dans la psychiatrie comme la psychiatrie est en situation dans l’homme ». Ces mots du philosophe Henri Maldiney ont été illustrés dans des lieux aussi divers que la clinique de Ludwig Binswanger à Zurich ou aujourd’hui en France à la clinique de La borde. Va-t-on assécher l’élément humain dans lequel ces institutions baignent ? L’obsession sécuritaire présentant le patient schizophrène comme un danger, jointe à au recours à la justice, va-t-elle avoir raison de ces pratiques toujours en recherche ? Nous ne pouvons nous y résoudre. Le désert croît et pourtant rien n’est joué.

  • Autisme : un courrier embarrassant pour un centre toujours cité en exemple

    Autisme : un courrier embarrassant pour un centre toujours cité en exemple

    PAR SOPHIE DUFAU, PUBLIÉ sur Médiapart LE MERCREDI 4 AVRIL 2012

    Autisme : un courrier embarrassant pour
    un centre toujours cité en exemple

    PAR SOPHIE DUFAU

    ARTICLE PUBLIÉ LE MERCREDI 4 AVRIL 2012

    Télécharger(PDF)

    C’est une plainte bien embarrassante. Il y a un peu

    moins de dix mois, Fernando Ramos, père de deux

    enfants autistes, a adressé un courrier à l’agence

    régionale de santé (ARS) du Nord-Pas-de-Calais afin,

    raconte-t-il, « d’ouvrir les yeux des pouvoirs publics

    sur les méthodes utilisées par le centre Camus de

    Villeneuve-d’Ascq ». Selon lui, certaines pratiques

    employées ici relevaient « de la maltraitance ». La

    lettre reçue le 7 juillet 2011 par le directeur général

    de l’ARS a déclenché le 25 août et 9 septembre 2011

    la visite de quatre membres de l’équipe d’inspection

    (IGR). Lesquels ont remis leur rapport le 29 février

    2012. Révélé aujourd’hui par Mediapart, il conclut

    que ce centre présente des « dysfonctionnements »

    constituant « des facteurs de risques de maltraitance

    susceptibles d’avoir des répercussions sur les enfants

    accueillis »…

    C’est une plainte bien embarrassante parce que le

    centre Camus n’est pas une simple structure accueillant

    des enfants présentant des “troubles sévères du

    comportement”. C’est la tête de pont, en France,

    de la prise en charge des enfants autistes via la

    méthode comportementale ABA – pour Applied

    Behavior Analysis, ou en français, analyse appliquée

    du comportement (lire par exemple ici ou là). Ce

    centre, qui a ouvert ses portes en juin 2008, a été

    largement présenté au grand public à l’automne de

    cette année-là, lorsque l’acteur Francis Perrin a eu carte

    blanche dans l’émission Envoyé spécial de France-2

    pour présenter la méthode et les professionnels qui

    prenaient en charge son fils Louis, « un enfant presque

    comme les autres ».

    Vidéo disponible sur mediapart.fr



    De plus, en cette année 2012 où l’autisme a été déclaré

    Grande cause nationale et où la Haute autorité de

    Santé a, dans son rapport remis en mars dernier, classé

    l’ABA dans les « interventions recommandées »dans

    la prise en charge des personnes présentant des

    troubles envahissants du développement, c’est très

    souvent vers ce centre que les médias se tournent pour

    illustrer la prise en charge des enfants par les méthodes

    comportementales ou éducatives, comme le fait par

    exemple Sciences et avenir dans son numéro avril

    2012.

    Le centre Camus a été créé par Vinca Rivière (que l’on

    voit sur la vidéo ci-dessus aux côtés de Francis Perrin),

    maître de conférences à l’université de Lille 3, qui

    se targue d’avoir fait entrer en France cette méthode

    comportementale. Emanation de l’association Pas-à-

    Pas qui en assure la gestion et dont Vinca Rivière est la

    trésorière, ce centre est fortement soutenu par Xavier

    Bertrand, ministre du travail, de l’emploi et de la santé,

    ainsi qu’en témoigne une lettre de juin 2011.

    Enfin, le centre Camus accueille aujourd’hui vingt

    enfants et attend, pour fin mai ou début juin 2012,

    l’autorisation de poursuivre ses activités sous le statut

    d’établissement expérimental sous lequel il fonctionne

    aujourd’hui.

    C’est dans ce contexte qu’est arrivée la plainte de ce

    parent.

    5 000 euros de formation

    Fernando Ramos a deux filles : l’une née en mai

    2003 et l’autre en mai 2004. Dès 2006, de l’Auvergne

    où il vit, cet ouvrier se paie une formation à la

    méthode ABA avec des psychologues dépêchées

    par l’association Pas-à-Pas. Un enseignement qui lui

    a coûté quelque 5 000 euros, auxquels s’ajoutent

    environ 600 euros par mois pour les supervisions des

    psychologues, sans compter les frais de déplacement.

    En 2007, apprenant que cette association allait créer le

    centre Camus, ce père divorcé déménage dans le Nord,

    habité par « l’espoir dans cette prise en charge qui

    promettait la rémission et un accès à une vie normale

    pour mes filles et toute la famille ».

    Au début, la plus jeune des filles est contente

    d’aller au centre et à l’école, au point d’ailleurs que

    le temps scolaire est augmenté afin de permettre

    « le développement des interactions sociales ». Mais

    quelque vingt mois plus tard, tout se dégrade. Le

    père constate « une régression » de sa fille cadette :

    « Elle ne voulait plus aller au centre ; elle a eu une

    poussée gigantesque d’eczéma ; elle était redevenue

    incontinente et se faisait dessus jusqu’à dix fois par

    jour… » Elle, que des vidéos montrent à l’arrivée dans

    ce centre calme et gentille, était devenue agressive :

    « Elle jetait les objets pendant les séances, elle

    commençait aussi à taper les intervenants », raconte-t-

    il. Fin 2010 et début 2011, ce père alerte alors

    la direction du centre en estimant qu’il y avait un

    problème de prise en charge.

    Ainsi écrit-il dans sa lettre : « La mère de mes filles de

    passage dans le Nord pendant les vacances d’avril est

    repartie en pleurant lorsqu’elle a vu la psychologue

    assise sur Alicia pendant 45min dans les toilettes pour

    ne plus qu’elle bouge. » Pour que l’enfant ne jette

    plus d’objet, une procédure dite « de blocage » était

    employée, consistant à lui serrer les bras le long du

    corps : « Tous les soirs je récupérai ma fille avec

    de très nombreux bleus sur les bras et poignets »,

    poursuit-il dans sa plainte.

    De même, il raconte que sa fille a été pendant deux

    mois régulièrement consignée dans un coin d’une pièce

    murée par un matelas afin qu’elle ne se cogne pas, et

    dans le noir absolu, selon la procédure dite du “time

    out”.

    Les punitions, Fernando Ramos ne les conteste pas.

    Cela, dit-il, « fait partie de la méthode », même

    s’« il faut mettre le moins souvent possible l’enfant en

    échec ».

    L’ABA consiste en un programme de techniques de

    modification du comportement et de développement

    de compétences. Toute « réponse correcte

    est renforcée positivement c’est-à-dire suivie

    immédiatement par quelque chose de plaisant

    pour l’enfant (jouet, bravo…) ». En revanche, les

    comportements inappropriés « sont explicitement

    non renforcés et on procède à l’extinction :

    le comportement inadéquat est ignoré de façon

    systématique. Il va alors s’éteindre de lui-même

    puisqu’il n’est jamais renforcé ni socialement, ni

    d’aucune façon », est-il expliqué sur ce site de

    promotion de la méthode.

    Voici en images ce que cela donne :

    Sur cette vidéo de promotion du centre Camus, nulle

    trace des « procédures punitives » dénoncées par

    Fernando Ramos.

    Pourtant, Vinca Rivière ne les conteste pas non plus :

    rencontrée dans le centre de Villeneuve-d’Ascq le 27

    mars dernier, elle explique que « le time out, c’est une

    procédure de punition » se reprenant immédiatement

    en précisant que « littéralement, c’est une “mise au

    calme” ». Exemple : « Si un enfant a des troubles du

    comportement associé à des stimulations sensorielles,

    comme par exemple la lumière, on va faire en sorte

    que ces stimulations-là ne l’atteignent pas. On va

    alors réduire la lumière. » Plus concrètement ? Elle

    précise qu’ici, faute de salle particulière, « on occulte

    la fenêtre ». « Il y a des institutions qui mettent

    un chapeau sur la tête pour occulter la lumière »,

    poursuit-elle, voire une cagoule sur la tête de l’enfant.

    « Punition par choc électrique »

    Pour bien faire comprendre la méthode ABA,

    elle prend un autre exemple : « En analyse du

    comportement, il y a des procédures de punition par

    choc électrique. Tout le monde trouve ça scandaleux,

    mais c’est accepté par le gouvernement hollandais

    sous certaines procédures pour des troubles sévères

    et en derniers recours. Ce qu’on appelle “choc

    électrique”, on le présente en formation en faisant

    sucer une pile de 9 volts : ça picote la langue.

    Mais ça suffit à changer un comportement, je l’ai

    vu en Hollande, et l’efficacité en est démontrée

    depuis les années 50. La personne au comportement

    inapproprié (là, explique-t-elle, une femme qui

    se tapait violemment le menton – ndlr) porte

    en permanence à la taille une ceinture reliée à

    un émetteur placé sur sa cuisse. » À distance,

    « l’éducateur actionne le dispositif grâce à sa

    télécommande dès qu’elle émet le comportement. Ça

    produit effectivement un choc. Mais l’important est

    de voir que cette personne, qui ne pouvait plus rien

    faire, a diminué son comportement et a pu faire

    autre chose. On a des cas d’adulte qui ont acquis

    davantage d’autonomie avec ça. Cette punition-là, elle

    est efficace si le comportement diminue rapidement,

    sinon, ce n’est pas une bonne punition. Donc si ça ne

    diminue pas, on arrête, on va pas mettre du 80 volts !

    Mais en France, dès qu’on parle de ça, on pense à

    Vol au-dessus d’un nid de coucou… », le film de Milos

    Forman.

    Les inspecteurs mandatés par l’Agence régionale de

    santé du Nord-Pas-de-Calais n’ont pas recueilli ce type

    d’explication. Ils ont simplement examiné les faits

    relatés par la plainte de Fernando Ramos. Toutefois,

    leur enquête auprès du personnel confirme que « les

    hématomes (constatés sur les bras de la fillette) sont

    consécutifs aux blocages exercés par l’éducateur »,

    et que des temps de time-out, solution pourtant dite

    « extrême », ont bien été mis en place.

    Ils constatent aussi que le père de l’enfant n’a pas

    signé le programme “diminuer les comportements

    inadaptés” et que rien ne précise dans les comptesrendus

    de réunion dans quelles conditions s’est

    effectué le time out. Enfin, ils notent que la pratique

    a continué même après que le père, qui nous raconte

    en avoir appris l’existence par une éducatrice, en

    a demandé l’arrêt. « Tous ces manquements sont

    constitutifs de facteurs de risque de maltraitance »,

    concluent les inspecteurs.

    À l’évocation d’une plainte d’un parent, Vinca Rivière

    balaie les accusations : « Des parents en colère, je

    peux vous dire que, malheureusement, c’est courant…

    On voit bien la douleur des parents. Mais quand on

    dit que l’on a 50 % de résultats, on répète qu’on

    ne fait pas du 100 %. Maintenant, il y a aussi les

    problèmes sociaux, les parents qui divorcent… Ça a

    aussi des conséquences, mais comment aider ? On

    n’a pas forcément les moyens. Mais nos intervenants,

    ils sont tout le temps supervisés, ils savent utiliser la

    punition. »

    L’encadrement, la formation. C’est pourtant là aussi

    que le bât blesse.

    Un fonctionnement en vase clos

    Lors d’une réunion des délégués du personnel, en avril

    2011, les éducateurs et les intervenants font part de

    « leur impression d’être délaissés » et « l’ensemble des

    salariés constate qu’il y a un manque de supervision ».

    Selon les conclusions de l’inspection, « les éducateurs

    et intervenants nouvellement embauchés bénéficient

    de deux jours de formation théorique », puis de trois

    jours d’observation, suivis trois à quatre semaines plus

    tard d’une formation de deux jours. Sur le papier. Car

    dans les faits, cette seconde formation « n’a pas été

    instaurée ».

    En outre, certains parents se plaignent, en conseil de

    la vie sociale, qu’un turn-over important perturbe la

    prise en charge. En effet, depuis l’ouverture du centre,

    presque la moitié du personnel intervenant auprès des

    enfants a démissionné et « les arrêts maladie sont

    journaliers », constatent les inspecteurs au vu des

    registres de 2010 et 2011. Vinca Rivière rétorque

    que « dans les structures expérimentales, le turn-over

    est toujours important. Car l’exigence n’est pas la

    même que dans les autres structures. (…) Ici, pour

    assurer la supervision, on demande à chacun de se

    filmer. Chaque enfant a un caméscope avec lui, et les

    éducateurs doivent se filmer pour évaluer leur travail

    et son efficacité sur l’enfant. Alors certes, quand on

    met une caméra, au début ça fait drôle, mais c’est pour

    vérifier que les procédures sont bien utilisées. »

    Les parents se plaignent aussi de ne pas être informés

    que des stagiaires interviennent auprès de leurs

    enfants. Fernando Ramos a pour sa part compté dix-sept

    intervenants en un an auprès de sa fille. « Ceci est

    ce qui ressortait des plannings, mais ceux-ci n’étant

    pas fiables, elle en a eu beaucoup plus, écrit-il dans

    sa plainte. Sans compter les stagiaires qui venaient

    sans l’accord des parents faire des expérimentations

    sur les enfants, sans aucun contrôle de la direction,

    les parents n’ont jamais les résultats de tout ça, nos

    enfants servent de cobayes. »

    Assurant proposer pour chaque enfant, à raison

    d’au moins 30 heures par semaine, la présence

    constante « d’un, deux, trois, voire quatre adultes

    dans un cas très difficile », ce centre a naturellement

    besoin de beaucoup de personnel. Alors durant

    toute l’année scolaire, des stagiaires en Master

    2 “Psychologie spécialité analyse expérimentale

    appliquée au comportement” de l’université de Lille 3

    « assurent des missions d’intervention auprès des

    enfants et des tâches propres au psychologue », notent

    les inspecteurs.

    Car ce centre entretient des liens très étroits avec

    l’université de Lille 3 : dans cette université,

    Vinca Rivière est responsable, d’une part, du

    master “Analyse expérimentale et appliquée du

    comportement” et, d’autre part, du diplôme

    universitaire (DU) “Analyse du comportement

    appliqué aux troubles du développement et du

    comportement”. Elle espère de plus obtenir le 6 avril

    prochain, à l’issue d’un conseil d’administration de

    l’université, l’ouverture d’une licence professionnelle.

    « C’est le ministre de l’enseignement supérieur qui

    l’a demandée », précise-t-elle, reconnaissant que « ce

    n’est pas la voie normale » pour obtenir la création

    d’une licence pro, et que le ministère, s’il peut tout à

    fait suggérer la création d’un diplôme, est dans ce cas

    passé outre les réserves d’universitaires locaux.

    Au moment de l’inspection de l’ARS, tous les

    psychologues travaillant au centre Camus étaient

    titulaires du Master 2 et avaient réalisé leur stage

    au sein de l’association Pas-à-Pas, et notamment au

    centre Camus. C’est le cas du directeur adjoint, Olivier

    Cartigny, beau-fils de Vinca Rivière, nommé à ce

    poste en janvier 2010 après avoir travaillé au centre

    Camus comme intervenant durant ses études.

    De plus, la majorité des crédits de la formation des

    éducateurs et intervenants du centre est utilisée pour

    l’inscription au DU. Enfin, pour ce qui est de la

    supervision des professionnels du centre Camus, elle

    est assurée par l’université de Lille 3 en la personne de

    la trésorière de l’association Pas-à-Pas, Vinca Rivière.

    Bref, un système en vase clos qui fait dire aux

    inspecteurs que « les professionnels ne disposent pas

    d’un recours externe pour exprimer les difficultés

    rencontrées dans l’exercice de leur fonction » et qu’il

    est nécessaire d’organiser une supervision externe afin

    que chacun puisse s’exprimer librement, « hors du

    cadre hiérarchique ».

    80 000 euros par enfant et par an

    Mais l’ouverture n’est pas le fort de cette structure.

    Ici, aucune pluridisciplinarité dans la prise en charge

    des enfants, contrairement aux recommandations de la

    Haute autorité de santé. Pas de partenariat non plus

    avec des structures extérieures, alors que comme le

    rappelait déjà une première rencontre avec les agents

    de l’ARS en début 2011, la loi oblige les structures

    expérimentales à passer des conventions avec d’autres

    professionnels de santé.

    Mais devant le souhait de parents de voir intervenir

    kinésithérapeutes, orthophonistes, ergothérapeutes, et

    autres enseignants de français ou mathématiques,

    Vinca Rivière rétorque qu’« ici, c’est l’ABA et rien

    d’autre ». Et tant pis si la Haute autorité de santé

    recommande aux parents d’être « vigilants vis-à-vis

    des méthodes exigeant une exclusivité de traitement ».

    En cette fin mars 2012, à Villeneuve-d’Ascq, elle

    s’en explique : « Il y a les parents qui veulent

    faire ça, ça et ça… mais ce n’est pas possible, ce

    n’est pas dans le protocole scientifique et ça peut

    avoir des conséquences sur la mise en place du

    traitement. On ne fera pas entrer dans le centre

    des professionnels qui n’ont pas de connaissances en

    analyse du comportement. » Si elle reconnaît, qu’à

    l’étranger, les centres accueillent, par exemple, des

    orthophonistes, elle précise que « nous, en France,

    on ne les prend pas parce qu’ils n’ont pas la

    même approche scientifique que nous. On veut que

    les orthophonistes partent dans notre formation à

    l’université. La base, c’est notre formation ».

    À regarder l’organigramme, le centre Camus a pourtant

    bien un médecin : c’est la soeur de Vinca Rivière,

    qui y officie trois heures par semaine et s’assure que

    « les vaccins sont bien à jour », que l’enfant dort bien,

    grandit bien…, « un suivi somatique tel qu’on peut le

    faire pour n’importe quel enfant ».

    Pourtant, le centre, dont les locaux sont gracieusement

    mis à disposition par la ville de Villeneuve-d’Ascq,

    est financièrement très bien doté. Ici, le budget de

    fonctionnement alloué par le ministère de la santé

    s’élève à plus de 80 000 euros par enfant et par an. À

    titre de comparaison, non loin de là, un Itep (Institut

    thérapeutique éducatif et pédagogique) accueillant 35

    enfants majoritairement autistes fonctionne lui avec

    quelque 45 000 euros par enfant et par an.

    « Notre prix, c’est le prix de l’efficacité », rétorque

    Vinca Rivière, qui assure qu’avec sa méthode « 50

    % des enfants qui seront pris avant l’âge de 4 ans

    n’auront plus besoin de suivi au bout de 2 ou 3

    ans ». L’an passé, au centre de Villeneuve-d’Ascq,

    on ne comptait que quatre enfants dans le groupe

    des 3-6 ans, et aucun dans le groupe de 0-3 ans.

    De plus, en vertu d’une procédure « dérogatoire »

    exceptionnelle, l’admission des enfants se fait sur

    dossier sélectionné par le centre lui-même, la Maison

    départementale des personnes handicapées ne pouvant

    s’opposer à ses choix. Enfin, « le gros souci pour

    pouvoir voir l’efficacité » selon Vinca Rivière, c’est

    qu’il faut connaître « les techniques d’observation du

    traitement comportemental ». Autrement dit, à ses

    yeux, seuls les professionnels formés à sa méthode

    sont aptes à juger de ses résultats.

    Pas de chance pour la fille de Fernando Ramos.

    Elle avait 21 mois quand elle rencontra pour la

    première fois les psychologues de l’association Pas-à-

    Pas. Aujourd’hui, estime son papa, « elle est dans

    une impasse » : retourné vivre en Auvergne, il

    n’a jamais eu connaissance du devenir de sa lettre.

    Et n’a pas non plus trouvé de structure qui lui

    convienne pour accueillir sa fille. Il veille donc seul

    à ses apprentissages et à la modification de son

    comportement.

    Et l’agence régionale de santé confirme que

    l’autorisation du centre Camus sera renouvelée.

    ©Le journal MEDIAPART

    Directeur de la publication : Edwy Plenel

    www.mediapart.fr

  • Incontro con Balat/Rencontre avec Balat par Savino Bucci

    Incontro con Balat/Rencontre avec Balat par Savino Bucci

    Domenica 01/11/09

     INCONTRO CON BALAT-

    Savino Bucci

    Oggi c’e una modalità insolita nella conduzione dei corso : ci sarà un esperto

    di semiotica, tanto che il laboratorio è stato posticipato a domani. Ci saranno

    in bella mostra le nostre “valigie surreali”, potrebbero essere una indicazione,

    un punto di partenza, un’ ispirazione.

    Staremo a vedere.

    Quello che più mi affascina è la disponibilità alla sorpresa, al piacere che sarà

    quello che sarà perché ogni incontro è uno schema libero, non ci sono

    coordinate nell’oceano in cui ci incontreremo.

    Sappiamo solo che siamo in mare : le rotte ed i naviganti sono una variabile

    affidata ai venti, alle sue intenzioni ed al nostro piacere di seguirlo, al verso

    che daremo alle vele, all’ apparente casualità, al desiderio di esserci tra le

    onde e i marosi, alla consapevolezza che tutto è dentro la sorpresa.

    Scarto l’uovo pasquale, la dolcezza della cioccolata non mi fa dimenticare

    comunque la bellezza dell’inaspettato ; il dolce del dolce si aggiungerà al

    desiderio della scoperta.

    II piacere del cioccolato che si somma al piacere della sorpresa.

    Mi accorgo, dalle numerose auto parcheggiate lungo la strada, che non saremo soli, non ci sarà solo il mio gruppo :

    Vedo altri invitati, altri corsisti, esperti mentre cerco con lo sguardo la

    complicità dei miei compagni.

    In fondo alla sala c’è un signore avvolto in uno scuro cappotto alla prese con i

    suoi pensieri ; se ne sta seduto in uno dei posti, immagino destinato ai relatori :

    dev’essere Balat.

    Capelli bianchi, di un bianco che non sanno di età, sono semplicemente un

    colore e poi un’espressione sorridente, di quelle che non si vedono te ne

    accorgi, la cogli solo nel momento successivo solo dopo per la prima volta.

    Vedo Florence, la mia ballerina di Flamenco, ci sorridiamo nel breve spazio

    che ci separa dall’abbraccio, sono felice di quel contatto e del piacere che si

    respira quando si incontrano due anime scoperte.

    Ci dondoliamo, stretti, senza guardarci, sentendoci solo, balliamo insieme

    l’abbraccio.

    Felice dei ricordi e dei legami che siamo e che ci proiettano in quel che saremo, in una traiettoria sicura e penso a quel sasso profumato a forma di cuore che odora l’astuccio in cui tengo le matite e i colori, che dimenticherò di

    farle vedere, per mostrarle che l’amo.

    Per ricordarle ma, il ricordo spesso non si fa ricordare, si nasconde, si

    schernisce per quella apparizione inattesa, si sente falso, come la poesia di

    natale in piedi sulla sedia, che non è mai stata una vera sorpresa : puntuale e

    scontata.

    Sento i suoi capelli sulle guance, mi porta lontano e mi lascio cullare. Si

    stacca mi guarda negli occhi e vedo il mio stesso piacere.

    Parla francese ed io rispondo italiano, non so cosa dice e non so se sa cosa

    dico, ma sento il suo corpo ed in quel contatto diventa chiara ogni parola.

    “Je sais quelle est ta valise” mi dice e ridiamo… “Ça me plaît !”

    Sono felice che mi abbia riconosciuto più del fatto che le piaccia, come con

    la maestra che incontri per strada : è bello che ricordi tuo nome e non se eri

    più o meno studioso.

    Si volta verso quello che credevo Balat e che presto lo diventerà, lui sembra

    sorpreso di tanta effusione, mi presenta..

    “Lui è Savino”

    “Oh, Savino !”.

    Solleva le ciglia a mostrare stupore e meraviglia, all’improvviso spunta quel

    sorriso che avevo immaginato quando l’ho visto immerso nei suoi pensieri.

    Mi stringe energicamente la mano ed io sono sorpreso di tanta attenzione.

    “Tu parles français ?”

    So dire : “Je sais Catherine Deneuve”… ride di gusto tirando indietro le spalle

    Laura, arriva in soccorso : “Ha letto la tua relazione, ha compreso molte cose

    sull’arteterapia, gli è più chiaro il lavoro in Artelieù. Quello che hai critto gli è

    stata molto utile.”

  • L’enveloppe qui déchire

    L’enveloppe qui déchire

    par Catherine Vincent in Le Monde du 31/03/12

    Catherine Vincent

    Lille, envoyée spéciale

    Il ne comprend toujours pas. Lui

    qui n’a eu de cesse, durant sa carriè

    re, de faire du lien avec les malades

    et ceux qui interviennent dans le

    champ de la santé mentale, lui qui

    est unanimement salué par ses

    pairs pour son humanisme et son esprit

    d’ouverture, le voilà plongé au cœur d’une

    bataille qui le dépasse. Calomnié, humilié,

    disqualifié. Assigné devant le conseil de

    l’ordre des médecins de Lille par une asso

    ciation de parents d’autistes, qui se déchaî

    ne depuis des années contre le packing : un

    soin venu d’Amérique dont il est, en Fran

    ce, le premier défenseur.

    En vingt ans, le professeur Pierre Delion,

    chef du service de pédopsychiatrie du

    CHRU de Lille, y a formé plusieurs dizaines

    de confrères. Réservée aux cas d’autisme

    sévères avec automutilation répétée, la

    technique consiste à envelopper le patient

    dans des serviettes humides et froides,

    puis à induire un réchauffement rapide

    pour faciliter la relation avec les soignants.

    Tout sauf un acte de torture si la lettre et

    l’esprit en sont respectés – ce n’est pas tou

    jours le cas.

    Ce qui n’a pas empêché la Haute Autori

    té de santé (HAS), pressions des associa

    tions et des politiques aidant, de lui porter

    le coup de grâce : dans ses recommanda

    tions sur la prise en charge de l’autisme,

    publiées le 8 mars, elle se déclare, « en l’ab

    sence de données relatives à son efficacité

    ou à sa sécurité » et exception faite des

    essais cliniques autorisés, « formellement

    opposée à l’utilisation de cette pratique ».

    Qu’aurait-il dû faire pour défendre le

    packing ? Jouer de ses relations ? Convain

    cre les parents des quelque 300 autistes

    qui reçoivent ce soin sans s’en plaindre de

    témoigner publiquement ? Organiser une

    conférence de presse ? Pas son style. Une

    enfance sans heurts à Tuffé, « un petit bled

    de la Sarthe où [ses] parents avaient une

    toute petite quincaillerie », une scolarité

    sans faille qui le mène aux portes du collè

    ge Sainte-Croix du Mans, prestigieuse insti

    tution jésuite où il apprend – non sans pei

    ne – à côtoyer la grande bourgeoisie, sa per

    sonnalité propre enfin : rien n’a préparé

    Pierre Delion au rapport de forces. Il ne

    connaît que la confiance, l’écoute, le dialo

    gue. La relation humaine. C’est même pour

    ça qu’il est devenu psychiatre.

    Il commence sa médecine à Angers en

    1968, craint un moment de ne pas y trou

    ver sa place. « Je ne voyais que des patrons

    très hautains avec les patients, avec leurs

    équipes. Jusqu’à ce que je fasse un stage

    d’externe en psychiatrie. D’un seul coup, je

    suis tombé sur un médecin qui parlait aux

    malades, qui prenait ses décisions en

    accord avec ses infirmiers : je suis resté »,

    raconte-t-il d’une voix douce, légèrement

    voilée. On est en 1973. L’année où le minis

    tère de la santé autorise la mise en œuvre

    de la sectorisation des soins psychiatri

    ques, inscrite dans les textes en 1958 mais

    jusqu’alors restée lettre morte.

    La psychiatrie de secteur, c’est la rupture

    avec l’asile. La prise en charge du malade

    près de son domicile, le soin porté au cœur

    de la cité grâce au « potentiel soignant du

    peuple », selon le beau mot du psychiatre

    Lucien Bonnafé. La disparition de la cami

    sole et des neuroleptiques au profit des thé

    rapies relationnelles, largement inspirées

    de la psychanalyse. Une révolution cultu

    relle et clinique. Quand Delion prend le

    train de cette « prodigieuse aventure », le

    coup de foudre est immédiat, et son enga

    gement pour cette psychiatrie à visage

    humain sera indéfectible. Les enfants le

    passionnent, et ce n’est pas la rencontre

    avec sa future femme, interne en pédiatrie

    au CHU d’Angers, qui va l’en détourner.

    Bientôt, il exerce au Mans la pédopsychia

    trie hospitalière. C’est ainsi qu’il découvre

    le packing, pratiqué aux Etats-Unis pour

    apaiser les schizophrènes.

    Dans le salon vaste et clair où il nous

    reçoit, l’occupant principal est un grand

    piano noir. Pierre Delion s’y installe, joue

    quelques notes avec autant de simplicité

    que d’autres allument une cigarette. Ces

    instants de détente envolés, nous reve

    nons au packing. Il y a consacré un livre,

    des dizaines d’heures d’enseignement,

    beaucoup d’énergie et d’espoir.

    Pourquoi y croit-il tant ? « Je n’y crois pas,

    soupire-t-il. En 1984, j’hérite d’un service asi

    laire avec des enfants qui s’automutilent. On

    a tout essayé sur eux, rien n’a marché. Je ten

    te un pack : au bout de quelques semaines,

    les symptômes d’automutilation disparais

    sent. J’en parle à mes copains psychiatres,

    qui me demandent de venir dans leur service

    faire la même chose : ça marche aussi avec

    leurs gamins ! Très vite, on m’a demandé de

    faire des formations… Je ne crois rien du tout,

    sinon que cela s’est passé comme ça. Rien de

    plus. » Dès les années 1990, il réclame l’auto

    risation de mener une recherche clinique

    pour évaluer l’efficacité de la technique. Il

    ne l’obtient qu’en 2007. Trop tard ? Avec la

    violente publicité menée ces derniers

    temps à l’encontre de cette approche, l’étu

    de est à peine au milieu du gué.

    Les forums de parents qui l’agressent

    sur Internet ? D’un geste, il écarte le sujet.

    « Je n’y vais pas, j’y laisserais ma santé. » Il

    préfère se souvenir des 6 500 personnes

    qui, depuis le début de l’année, ont envoyé

    une lettre au conseil de l’ordre pour le sou

    tenir. « Ce qui me permet de tenir, c’est que

    les gens qui me connaissent me défendent,

    alors que ceux qui m’attaquent ne me

    connaissent pas. »

    M’Hammed Sajidi, président de l’associa

    tion Vaincre l’autisme, qui pourfend le pac

    king depuis plus de cinq ans, ne s’en cache

    pas : sa première rencontre avec le profes

    seur Delion remonte à février, lors de la com

    parution de ce dernier devant l’ordre des

    médecins de Lille. C’est lui qui avait assigné

    le médecin. « Nous n’avons rien personnelle

    ment contre Delion », dit-il, mais contre le

    packing, oui, qu’il qualifie de traitement

    « indigne ». Il ajoute n’avoir jamais assisté et

    ne vouloir « jamais » assister à une pratique

    qu’il assimile à de la maltraitance.

    Un avis que ne partage pas Karima

    Boukhari, mère d’un garçon autiste de

    10 ans que le packing, pratiqué au CHRU de

    Lille, a guéri de ses automutilations. « La

    première fois, on m’a expliqué comment

    allait se passer la séance. Moi qui suis d’origi

    ne méditerranéenne, cela m’a vraiment fait

    penser au hammam », se souvient-elle.

    Adel avait alors 4 ans et se blessait derrière

    les oreilles jusqu’au sang. « Au bout d’un

    mois, il ne se mutilait plus. Il était devenu

    beaucoup plus calme et communiquant. »

    Après trois ans, les séances ont pu être arrê

    tées : Adel n’en avait plus besoin.

    Pourquoi, alors, un tel déchaînement de

    violence ? Parce que l’autisme, dans ses for

    mes graves, est lui-même d’une violence

    extrême. Parce que les draps froids et la

    contention évoquent des traitements de

    sinistre mémoire. Et surtout parce que der

    rière le packing se trouve la psychanalyse.

    La bête noire des parents d’autistes, trop

    longtemps confrontés aux propos obscurs

    et culpabilisants de ses représentants. Au

    carrefour des peurs et rancœurs, Delion

    serait devenu le bouc émissaire de toutes

    ses dérives. Un comble pour un homme

    qui n’appartient à aucune école freudienne

    ni lacanienne, et qui s’est toujours montré

    critique vis-à-vis de ceux qui font de la psy

    chanalyse un enjeu de pouvoir.

    Non qu’il la renie ! Il y a été formé avec

    bonheur, et défend cet outil qui « a changé

    la face de [son] métier ». Lui qui dit avoir

    peu de regrets a pourtant celui-là : que des

    psychanalystes « continuent de penser

    comme Freud, et moins bien que lui », à pro

    pos de certaines pathologies. « Pour moi, la

    psychanalyse est comme la musique : c’est

    une culture qui me permet de penser d’une

    certaine manière. Mais nombre de psycha

    nalystes français trop orthodoxes croient

    encore pouvoir appliquer à l’autisme les

    principes du “névrosé occidental poids

    moyen”. Que cela ait mis les parents dans

    des états de sidération et de colère, il n’y a

    rien de plus normal », juge-t-il.

    Avoir la peau du packing, mise à mort

    symbolique de la psychanalyse… M

    me

    B.,

    qui souhaite garder l’anonymat et dont le

    fils « a bénéficié de cette technique plu

    sieurs fois par semaine pendant des

    années », avance une autre hypothèse. Pier

    re Delion est « quelqu’un qui aide à donner

    du sens, à faire le petit pas de côté qui per

    met de penser une situation impensable et

    très mortifère », estime-t-elle. C’est là que le

    bât blesse. Car le packing se préoccupe

    avant tout de la souffrance psychique –

    souffrance que les parents d’enfants autis

    tes ne veulent pas toujours admettre.

    Une analyse que prolonge le professeur

    de neuropédiatrie Louis Vallée, qui tra

    vaille depuis des années avec le pédopsy

    chiatre au CHRU de Lille. « Le packing tou

    che à l’inconscient, à ce qui est hors normes.

    Les parents en veulent d’autant moins

    qu’une partie de leur souffrance vient juste

    ment de ce que leurs enfants sont hors nor

    mes », avance-t-il. Il ajoute que « la HAS et

    les médias se sont laissé prendre au piège

    d’une démarche émotionnelle ». Ce qui

    dépasse l’entendement inquiète, pertur

    be, plus encore dans le champ douloureux

    du trouble mental. Mais Delion n’est pas

    un simplificateur. La complexité ne lui

    fait pas peur, elle l’attire. Il ne la résout pas,

    il l’accueille.

    A Lille, où il a été nommé professeur en

    2003, il fait ce qu’il a toujours fait : du lien.

    Comme dans l’angevine ville de Trélazé,

    où il demandait, naguère, à descendre

    dans les mines d’ardoise pour voir les

    conditions de travail des alcooliques qu’il

    soignait. Avec les pédiatres de la région, il

    mène une étude pour prévenir les consé

    quences sur le nourrisson de la dépression

    postnatale de la mère. Les résultats sont si

    probants que l’Association française de

    pédiatrie ambulatoire tente désormais de

    la développer à l’échelle nationale. Il ani

    me, à la demande de Martine Aubry – elle le

    décrit comme « un vrai humaniste, un hom

    me qui, derrière le scientifique, a toujours le

    doute » –, un groupe de travail sur la violen

    ce et l’enfance. Il développe dans les quar

    tiers lillois les plus défavorisés, avec les pro

    fessionnels de l’école et de la justice, des ini

    tiatives concrètes pour prévenir la délin

    quance des jeunes… Psychiatre dans la cité,

    encore et toujours.

    « Pierre ne se réduit pas au packing, loin

    s’en faut ! », insiste le psychiatre et psycha

    nalyste Serge Tisseron. Sollicité par son

    confrère pour mettre en place, dans le cadre

    de la prévention de la violence en classe

    maternelle, un jeu thérapeutique pour

    l’académie de Lille, il salue « la qualité de ses

    relations avec les gens de l’éducation natio

    nale » et l’attention constante qu’il porte

    « au travail des autres ». C’est pour cela aus

    si, sans doute, que Delion a reçu une stan

    ding ovation des 1 200 personnes venues

    assister, le 17 mars à Montreuil (Seine-Saint-

    Denis), au meeting de psychiatrie organisé

    par le Collectif des 39 contre la nuit sécuri

    taire. Il n’en fait pas grand cas, mais cela lui

    a mis du baume au cœur.

    Des projets de livres plein les tiroirs, un

    métier qui le captive, un solide réseau

    d’amis, trois grands enfants, dont l’un,

    médecin comme lui, l’a récemment fait

    grand-père d’une petite Jeanne qui l’émer

    veille : au fond, l’homme que nous rencon

    trons est un homme heureux. Mais,

    depuis que la HAS a marqué le packing de

    son interdit, il ne dort plus aussi bien

    qu’avant. Que dire aux parents qui lui ont

    amené leur enfant pour une séance hebdo

    madaire ? Aux confrères qui pratiquent ce

    soin et l’appellent de toute la France pour

    lui demander conseil ?

    Le psychiatre Moïse Assouline, grand

    spécialiste de l’autisme, « ne décolère pas

    de ce qui lui arrive ». Mais il compte sur

    Delion pour trouver les mots justes. Il préci

    se : « Si quelqu’un me disait : “Je vous confie

    mon enfant les yeux fermés”, je lui répon

    drais : “Ne faites pas ça, allez voir Pierre

    Delion.” » Si celui-ci peine à se remettre, il

    sait aussi pouvoir compter sur ses capaci

    tés d’adaptation. Ses années de jeunesse

    aux Glénans – il a exploré en chef de bord

    tous les pays du Nord à la voile, Groenland

    compris – l’ont rodé à l’expérience du grou

    pe et des situations imprévues. « On peut

    me mettre dans n’importe quelle circons

    tance… La preuve ! »

    À L I R E

    « L E C O R P S R E T R O U V É .

    F R A N C H I R L E T A B O U

    D U C O R P S

    E N P S Y C H I A T R I E »

    de Pierre Delion

    (Ed. Hermann,

    « Psychanalyse », 2010).

    « H I S T O I R E

    D E L A P S Y C H I A T R I E »

    de Jacques Hochmann

    (PUF, « Que sais-je ? »,

    2011).

    « L E S G R A N D E S

    P E R S O N N E S S O N T

    V R A I M E N T S T U P I D E S

    ( C E Q U E N O U S

    A P P R E N N E N T L E S

    E N F A N T S E N D É T R E S S E ) »

    de Daniel Rousseau

    (Ed. Max Milo,

    256 p., 18 ¤).

    Copyright Le Monde du 31/03/12

  • Lettre Ouverte au président de la Haute Autorité de Santé

    Lettre Ouverte au président de la Haute Autorité de Santé

    par Moïse Assouline

    Lettre Ouverte au président de la Haute Autorité de Santé

    « Une Recommandation utile aux parcours des autistes, sous réserve qu’on ne confonde
    pas l’accompagnement des personnes avec des procédures »

    par Moïse Assouline

    Je vous remercie de demander leur avis aux membres du comité de lecture sur la rédaction
    finale de la Recommandation de Bonnes Pratiques relative à l’autisme. J’approuve ce texte,
    avec certaines réserves.

    Voici le contexte de mes observations.

    Je suis psychiatre, praticien à temps plein depuis 30 ans et j’ai accompagné, avec plusieurs
    équipes pluri-disciplinaires, des centaines d’adolescents autistes et leurs familles, pour
    beaucoup pendant plus de dix ans.

    J’exerce au Centre Françoise Grémy, Paris, un complexe qui comporte : l’Hopital de
    Jour Santos-Dumont pour vingt adolescents et jeunes adultes (le premier en France, ouvert en
    1963) ; une équipe de liaison avec le département de génétique de Necker (deux cent
    bénéficiaires depuis douze ans) ; une unité d’évaluation protocolisée (tests psychologiques et
    bilans sensori-moteurs) diagnostique et fonctionnelle pour adultes (depuis 2005) ; une plateforme pour l’ insertion – relais à l’ âge adulte (depuis 1995) et une des trois UMI d’Ile de France, unités mobiles de semi-urgence créées en 2010, dédiées aux Situations Complexes en ATED (100 cas par an pour Paris et les Hauts de Seine).

    Je coordonne le pôle autisme de l’association l’Elan retrouvé, qui élargit le plateau technique
    recommandé. Il dispose en banlieue de 80 places d’ hospitalisation de jour pour enfants ou
    adolescents (répartis dans trois unités) , la moitié étant scolarisée sur site ou en milieu ordinaire.

    Il est associé à un réseau culturel d’associations créées par nos équipes : Fenêtre sur la Ville,
    qui édite le journal « Le Papotin » ; la Compagnie de Théatre et Voix Turbulences – laquelle a créé
    à son tour un nouveau complexe, médico-social (ESAT et SAS) pour adultes autistes et artistes
     ; et Zig Zag Color, qui fédère les ateliers d’art plastique de plusieurs centres. Ce pôle est lié à
    des organismes d’animation pour les loisirs et les vacances (week end, été). Il dispose d’ateliers
    et d’unités de formation qui accompagnent la sexualité des jeunes. Ajoutons que notre plateforme d’accès à une médecine exploratoire et aux soins somatiques, sans doute la plus
    développée d’Ile de France depuis 10 ans, s’enrichit cette année d’une coopération avec le
    Centre anti-douleur de l’Hôpital Trousseau.

    Ce pôle constitue un réseau avec une douzaine d’ établissements médico-sociaux (IME, FAM
    ou SESSAD) de Paris et Hauts de Seine.

    Il a anticipé et, dans certains domaines, il va au delà des Recommandations qui sont
    présentées. A noter que ce plateau technique n’a jamais bénéficié de crédits des plans autisme.
    Il s’agit du choix éthique des gestionnaires (d’abord l’ Association Sesame Autisme, de 1963 à 2007, ensuite l’association l’Elan retrouvé), soutenu par l’ Etat, de consacrer des crédits de
    pédo-psychiatrie à l’ accompagnement spécifique de l’autisme.
    Cette organisation n’a pas manqué depuis 20 ans d’observer les changements survenus dans
    l’environnement technique, administratif, associatif, familial, et politique du pays, et d’y
    participer, ce qui se décline ainsi : Commission Gillibert en 1991 (première instance
    gouvernementale sur l’autisme) ; Groupe de travail de la DGAS en 1994 (un des groupes qui a
    préparé la Circulaire Veil de 1995) ; celui de l’ ARHIF sur les Hôpitaux de Jour (1997-1998)
     ; celui de la CRAMIF sur l’ articulation du sanitaire et du médico-social (1999 – 2002) ; le groupe
    expert pour l’élaboration du SROS 3 (le Schéma d’Organisation Sanitaire, chapitre
    « préconisations pour l’autisme », 2004 – 2005) ; celui de l’étude épidémiologique de Cohorte des personnes ATED en Ile de France entre 2001 et 2007 (je suis corédacteur du rapport terminal,
    partie qualitative). Je participe depuis leur création aux instances suivantes : le CTRA d’Ile de
    France (depuis 1996), le Conseil d’administration (PEPA) du CRAIF (Centre de Ressources
    Autisme) et son conseil scientifique (depuis 2000) et au Comité ministériel CPRA ou
    « Comité National Autisme » (depuis 2007).

    Ayant été nommé dans cette instance « in tuitu personae », c’est à titre personnel que je m’
    exprime ici.

    Un grand progrès : le sujet autiste passe avant l’entente entre les institutions.

    La RECOMMANDATION est une avancée réelle. Bien qu’incomplète (et en partie fausse)
    cette synthèse sur le parcours longitudinal souhaité sera un document de référence pour
    soutenir le parcours singulier de chaque personne en tant qu’un droit.

    C’est un point d’appui nouveau pour s’opposer aux errances (retards dans les diagnostics,
    retard pour débuter les prises en charge, évictions institutionnelles pour cause d’âge,
    accompagnements partiels et amputés d’éléments clefs du plateau technique utile, etc.). Après
    d’autres textes récents, imparfaits mais nécessaires (les Recommandations de Pratiques
    Professionnelles pour le diagnostic de 2005, et l’établissement du « socle de connaissances »), la
    RECOMMANDATION marque une nouvelle étape dans la réhabilitation du sujet autiste dans la
    société.

    En effet, la Circulaire interministérielle de 1995 (la « Circulaire Veil »), qui a établi l’autisme comme
    priorité de santé publique et ouvert une période historique bénéfique, avait été suivie de « plans
    autisme » tous les deux ans assortis de financements. Mais elle avait échoué dans son objectif
    de créer en cinq ans des réseaux gradués et coordonnés articulant les soutiens soignants,
    médico-sociaux (financiers et institutionnels) et scolaires, dans tout le pays. A partir de 2000, la
    création de Centres de Ressource Autisme région par région a relancé ce mouvement. Mais la
    coordination reste entravée par le poids des cultures de services, les cloisonnements de
    compétence professionnelle et des rivalités de bureaux (des administrations et des ministères).
    Même si la Loi de 2005 oblige maintenant de manière heureuse l’Education Nationale à
    accueillir les handicapés, il y a toujours besoin d’une coordination fluide pour que cette
    révolution dans la vie sociale des autistes ne s’enlise pas.

    Or, la RECOMMANDATION opère un renversement. L’accord entre institutions perd de sa
    suprématie, laquelle est transférée au bénéfice du sujet. Ce qui va structurer les discussions
    entre services ne sera plus la recherche d’une entente préalable d’institutions (dans ce cas, les
    freins restent majeurs) mais le droit de la personne autiste à un parcours coordonné. Ce droit va
    obliger les services à répartir leurs prestations pour harmoniser le plateau technique utile.
    Autrement dit, la complémentarité des services ne sera plus octroyée à la personne sous la
    condition (aléatoire) que les prestataires s’entendent, elle devient une contrainte et un principe
    organisateur pour chacun des services (médicaux, psychiatriques, médico-sociaux, scolaires,
    sociaux, etc.). C’est le point fort de la RECOMMANDATION et la raison de mon approbation.

    Pour un droit au retour après l’exclusion d’une institution.

    Ma première réserve est que la RECOMMANDATION n’anticipe pas un des risques connus
    dans le parcours social et/ou institutionnel. Il faut pour les personnes autistes exclues en période
    de crise de leur institution ou de leur école « un droit au retour », dans l’après crise, une fois
    l’apaisement obtenu.

    La RECOMMANDATION mentionne de porter attention aux « comportements-problèmes ». Tels
    que décrits, il s’agit des troubles du comportement que toute équipe spécialisée formée en
    autisme est en mesure d’apaiser in situ, sans aide extérieure et sans le recours à l’exclusion.

    Mais la RECOMMANDATION ne mentionne pas le statut de « Situations Complexes en Autisme
    et TED » qui se situent un cran au-dessus. Elles dépassent momentanément les capacités des
    centres spécialisés en autisme, même les plus prestigieux, et elles génèrent l’éviction des
    enfants et de leur famille de tout parcours coordonné. Ces situations sont variées. Par exemple :
    une comorbidité avec des troubles somatiques instables (diabète, épilepsie résistante au
    traitement, séropositivité, …) ; ou avec des troubles psychiatriques sévères (syndromes
    persécutifs, troubles bipolaires,…) ; conduites auto-offensives (jusqu’ à mille coups par jour,…) ;
    dangerosité pour autrui (risque de mort d’un membre de la fratrie…) ; syndromes d’Asperger
    isolés au domicile, suicidaires ou agressifs ; marasmes psycho-sociaux, etc. Après 15 ans de
    recherche-action, l’Etat a créé des dispositifs dédiés, pluri-disciplinaires, aux ressources
    humaines adaptées (celui d’Ile de France notamment). Que la personne dispose d’un « droit au
    retour » serait l’aboutissement naturel de leur action réparatrice, qui s’appuie sur un
    investissement considérable. (A noter qu’il s’agit de moyens issus de la psychiatrie, non des
    crédits pour l’autisme, ce dont il faut encore remercier l’Etat, la Santé, et l’ARS d’Ile de France).
    Concernant ces exclusions, les rapports d’ activité de nos équipes mobiles peuvent en fournir
    les statistiques récentes. Sont concernés tous les types de centres, hôpitaux de Jour, IME,
    SESSAD, école ou collèges, centres comportementalistes (TEACCH ou ABA), quels que soit l’
    âges des personnes (enfants, adolescents, adultes). Contrairement à ce qui est suggéré dans la
    RECOMMANDATION, le comportementalisme rencontre les mêmes difficultés que les autres
    approches. Un IME expérimental ABA a pu appeler les pompiers pour exclure vers son domicile
    un enfant de huit ans. Réquistionné, il a demandé l’aide de la pédopsychiatrie pour pouvoir le
    réintegrer. (Sans « droit au retour », l’enfant est rayé des effectifs et oublié). Et il y a des adultes
    entre 20 et 30 ans qui, bien que n’ayant connu que des prises en charge comportementales
    depuis l’enfance, sont exclus définitivement de leur propre centre.

    La RECOMMANDATION n’a pas mentionné les Situations Complexes car elle ne les a sans
    doute pas discriminé du groupe des « comportements – problèmes » (qu’elle évoque à plusieurs
    reprises).

    Mais pour les deux cas, j’émets la plus extrême réserve sur la mention, dans l’argumentaire
    scientifique, qui a valeur de recommandation explicite, de punitions comme méthodes
    comportementales dont la validité serait « solide » et « robuste » (malgré le nombre infimes de cas
    étudiés, l’absence de groupes témoins et d’observation de longue durée cf. pages 220 à 230).
    Cette omission de la RECOMMANDATION quant aux Situations Complexes n’est pas anodine
    et les services de l’Etat (comme l’ HAS) et les associations gestionnaires seraient avisés de
    joindre les deux bouts d’un raisonnement. D’un côté l’Etat donne un statut à ces sujets après
    qu’ils furent abandonnés pendant des décennies dans le no man’s land de mouroirs lents
    (psychiatriques ou médico-sociaux) ou de faits divers familiaux anonymes et tragiques. Mais de
    l’autre, avec ce statut, il leur donne, ainsi qu’à leur familles, la possibilité nouvelle d’être à son
    tour, ainsi que les institutions, assignés devant les tribunaux quand les carences des services
    contribuent à leur malheur. Nos Unités Mobiles peuvent calmer ces familles quand des
    alternatives réussies sont mises en oeuvre et ainsi retarder (mais non éliminer) le risque du
    retour de la litanie entendue pour le sang contaminé et la canicule : « nous sommes
    responsables mais pas coupables », « nous ne savions pas », « les études scientifiques nous
    avaient donné des assurances », etc.

    Le soutien à la scolarité est fait par des services pluridisciplinaires

    Une réserve concerne la seule mention des SESSAD comme soutien à la scolarisation des
    jeunes autistes. Les SESSAD sont des nouveaux dispositifs (400 places environ dans le dernier
    plan). Mais depuis toujours, une proportion importante des Hopitaux de Jour et des IME font cet
    accompagnement en classe ordinaire pour de bien plus nombreux enfants (et bien avant la Loi
    de 2005). En Ile de France, l’enquête épidémiologique « SUIVI D’UNE COHORTE D’ENFANTS
    PORTEURS DE TROUBLES AUTISTIQUES ET APPARENTÉS EN ILE DE FRANCE DE 2002
    A 2007 » le fait ressortir nettement, surtout pour les Hôpitaux de Jour (ce qui était inattendu
    compte tenu de ce qu’en disaient déjà à l’époque certaines associations). La
    RECOMMANDATION cite des enquêtes disponibles, déplore leur faible nombre, mais elle a
    éliminé cette enquête de la liste (alors qu’elle est citée dans l’Argumentaire scientifique de l’
    HAS…). Ces éléments sur les parcours devraient être rétablis.

    L’autisme devrait-il être est-il exclu de la sexualité ou seulement de la psychanalyse ?

    Une réserve concerne la pauvreté de la Recommandation relative à la prise en compte de la
    sexualité des adolescents et des personnes autistes en général. La timidité de la
    RECOMMANDATION est stupéfiante car les rédacteurs ne peuvent ignorer que l’aggravation de
    certains troubles du comportement a un rapport avec la sexualité émergente de ces personnes
    vulnérables, et que toutes les équipes et les familles sont en demande d’aide, de formation et
    d’innovations.

    Notre plate-forme d’ateliers sur la sexualité a débuté il y a longtemps par la mise en place de
    l’éducation sexuelle standardisée des écoles (celle qui est souhaitée par la
    RECOMMANDATION) puis elle s’est étoffée à mesure, créant de nouvelles médiations, en
    réseau avec des associations partenaires (de prévention des abus sexuels, d’artistes, etc.).
    Nous avons bénéficié de l’aide de psychanalystes pour conduire ce travail (soutenu par la
    Fondation de France). Nous avons organisé en 2011 des formations pour tout notre réseau,
    réunissant des psychanalystes (Julia Kristeva, Sylvie Lapuyade, Michèle Rouyer), des
    psychologues (Isabelle Hénault du Québec, Anne Ricotta de Belgique), pédagogues (Aghte
    Diserens de Suisse) plutôt comportementalistes, et des parents, tous réunis par une attention
    humaniste à la composante ordinaire de la sexualité chez les personnes autistes
    Cette indigence de la RECOMMANDATION n’est sans doute pas sans rapport avec la
    disqualification que l’HAS a voulu exprimer pour la psychanalyse « comme prise en charge de
    l’autisme ». Si la sexualité des personnes est entravée et compliquée par les conduites et les
    représentations autistiques, et de ce fait génératrice de troubles sévères du comportement, sa
    composante « ordinaire » doit être soutenue. Or la psychanalyse fournit de manière commune et
    consensuelle sous toutes les latitudes les outils conceptuels pour aider toute personne et toutes
    équipes à aborder ces questions. Elle est bien utile à une meilleure intégration sociale des
    personnes autistes sur ce plan, sous réserve qu’ils le souhaitent s’ils ne sont pas sous tutelle,
    ou, dans ce dernier cas, que leurs parents en soient d’ accord. A vrai dire, nos formulaires de
    consentement pour nos ateliers ont toujours été remplis et signés par toutes les familles.
    Ma réserve porte donc sur la nécessité de compléter cette Recommandation, et pour ce faire,
    que l’ HAS surmonte dans son comité de rédaction une alliance dogmatique et arriérée entre
    quelques parents intraitables et des scientifiques qui semblent avoir peur du sexe.

    Les abus psychodynamiques et et les abus comportementalistes

    A ce point, j’émets une réserve sur la tonalité générale donnée par la RECOMMANDATION
    quant à la présentation des courants comportementalistes versus les courants
    psychodynamiques.

    La RECOMMANDATION distribue aux approches comportementalistes sans discrimination ni
    prudence des « grades B », présentés comme critères de validité, comme si cela avait une grande
    valeur scientifique ou clinique, abusant de l’ignorance du public. Elle fait une impasse historique
    sur le risque de dérives maltraitantes connues en France et dénoncées en leur temps (dès les
    années 90), y compris par les courants comportementalistes « doux » (comme le TEACCH de
    Schopler). Pour créditer encore cette emphase, la RECOMMANDATION a voulu diminuer la
    psychanalyse et la psychothérapie institutionnelle. C’est cette tonalité qui a excité la presse et
    exalté les dogmatismes, ce qui est peu digne de ce que nous attendions de la Haute Autorité de
    Santé.

    Que la psychanalyse ne soit pas consensuelle n’est pas nouveau et c’est son honneur. Dans les
    années 60, ce sont ses idéaux qui ont amorcé la réhabilitation du sujet autiste dans sa famille et
    dans la société, qui les ont extrait de la défectologie psychiatrique et asilaire, contre l’avis des
    autres courants dominants de l’ époque, qui en faisaient de « pauvres choses à réparer et à
    supporter ». Plus tard, certains courants de psychanalyse vulgarisée ont imposé une fausse
    hiérarchie de savoir et de pouvoir sur des autistes et leurs familles. Il nous a fallu dans les
    années 80 et 90 assumer le droit du travail et limoger des salariés représentant ces courants.
    Même si cela fut violent, pour eux de le subir (et pour nous de le faire) la démocratie nous a
    suffit pour soutenir l’exercice légitime de l’accompagnement contre des pratiques inacceptables
    et nous n’avions guère besoin de chasser le diable comme des moinillons brandissant un
    crucifix.

    La « psychothérapie institutionnelle » n’est pas consensuelle, c’est vrai aussi. C’est sans doute
    la raison pour laquelle il revient à nos équipes de pédopsychiatrie (inspirées en partie par ce
    courant) alliées à des artistes de réussir des productions culturelles parmi les plus belles et les
    plus durables de ces dernières décennies avec et pour des personnes autistes (elles sont citées
    plus haut, et elles s’ exposent tous les deux ans depuis 2000 au festival du Futur Composé du
    Dr Gilles Roland-Manuel, dans les salles de Paris fréquentées par le public ordinaire, avec
    d’autres productions issues du médico-social). Ce courant oeuvre pour compenser les risques
    iatrogènes et les effets secondaires de l’accompagnement spécialisé. C’est un paradoxe bien
    connu que toute assistance comporte une part de « puérilisation » du sujet aidé, Ma réserve est
    donc ici que, même si la RECOMMANDATION capitule devant l’aversion au mot même de
    « psychothérapie » de certains lobbyings, elle devrait recommander (sous un autre nom pourquoi
    pas), l’attention institutionnelle à réparer les effets secondaires de l’assistance aux personnes,
    tout ce qui accroit leur invalidité au lieu de leur autonomie, une condition essentielle de
    l’exercice soignant et éducatif.

    L’HAS devrait aussi rééquilibrer sa valorisation sans mesure de l’ABA. Elle doit préciser quelle
    est la frontière entre les stimulations « de type ABA » acceptables pour des enfants petits et
    celles qui sont maltraitantes. Peut-elle ignorer que l’imprécision sur ce plan amènera des
    bénévoles et des parents à faire de la surstimulation sensorielle comme dans la « Méthode
    Doman – Delacato » ? La RECOMMANDATION a signalé celle-ci parmi les méthodes non
    recommandées : merci au regretté S. Tomkiewicz et à D. Annequin, du centre anti-douleur de
    Trousseau, qui l’ont évalué en 1987 dans un « rapport du Ministère des affaires sociales et de
    l’emploi » ! (Sans cela, aurait-elle obtenu aujourd’hui « un grade B » ?).

    De même, pour les adultes, nous observons que des abus comportementalistes génèrent de
    plus en plus de soi-disants TOC (Troubles Obsessionnels Compulsifs) qui sont générateurs
    d’exclusion institutionnelles et de renvoi au domicile ou en Hôpital Psychiatrique. Or, ce ne sont
    que d’anciennes stéréotypies autistiques qui deviennent envahissantes car elles sont activées
    par des formes de conditionnement inadaptées ou par la dépression. On trouve ici une
    justification comportementaliste pour l’éviction d’autistes, une variante (tout aussi laide) de cet
    argument avancé par des pseudo-psychanalystes : « la structure » psychique de l’autiste le
    pousserait à réclamer sa propre exclusion.

    Le packing de Pierre Delion

    Ma dernière réserve porte sur la méthodologie de la RECOMMANDATION qui empêche de
    manière dissimulée le Pr Pierre Delion de poursuivre sa recherche sur le packing avec
    suffisamment de cas. Je ne suis pas psychanalyste et, dans le plateau technique de notre
    réseau, il n’y a jamais eu de packing, faute de ressources spécialisées. En effet, le « packing » a
    de multiples visages, comme l’ABA, le TEACCH ou la psychanalyse se pratiquent de manière
    variée selon les hommes, femmes et services qui s’en réclament. Praticien de terrain, je ne suis
    ni chercheur ni académique. Mais la soumission de l’HAS à la cabale publique contre Pierre
    Delion, pionnier de la pédopsychiatrie intégrative, est pour moi une tache pour tout le corps
    médical.

    La pratique du packing du Pr Delion, dont l’humanisme est une référence éthique pour les
    professionnels de ce champ, est un aspect de l’attention qu’il porte au développement sensorimoteur
    de l’ enfant, appliqué au domaine des auto-mutilations graves, dont sans doute les
    auteurs du lobbying n’ont pas la représentation. La créativité scientifique, humaine et préventive
    de l’approche sensori-motrice, qu’il partage avec le neuro-pédiatre Roger Vasseur et le
    psychologue suisse André Bullinger (qui en est le concepteur unanimement apprécié dans la
    communauté scientifique) révolutionne l’approche clinique de l’autisme. Or l’expérience du Pr
    Delion avec le packing a été présenté comme la peste au moyen âge, un bestiaire où la
    psychanalyse serait accouplée à la torture physique. Dans les années 1980, le Pr Serge
    Lebovici fut traité de nazi par un groupe de parents extrémistes. Françoise Grémy, cofondatrice
    de Sesame Autisme et de plusieurs centres pour adolescents, mère d’un enfant autiste, dont
    notre centre porte le nom, s’interposa pour limiter ces dérives et l’HAS se serait honorée en en
    faisant autant aujourd’hui.

    L’approche sensori-motrice préconise des rééducations intensives coordonnées avec les
    parents pendant les périodes sensibles du développement, notamment la première année, pour
    les enfants autistes ou à risque autistique. Sans contrôle et hors ces périodes sensibles, cette
    stimulation est délétère. Le packing concerne des troubles rares et exceptionnellement graves,
    et il exige une méthodologie rigoureuse et des moyens adaptés. Sans ces conditions, il est
    délétère, nous enseigne Pierre Delion. Il serait honnête que l’HAS combine une réserve
    générale sur le packing avec la possibilité qu’il poursuive sa recherche avec les parents
    désespérés qui le soutiennent.

    Autrement dit : que l’HAS retire son opposition formelle au packing en indiquant seulement les
    conditions drastiques qui encadrent son exercice et qu’elle attende les résultats de son
    évaluation pour savoir s’il peut être recommandé et dans quelles indications. En procédant
    ainsi, il y a bien moins de risque physique pour les enfants que dans la surstimulation ABA des
    bébés quand elle est pratiquée par des personnes ni formées ni encadrées. Là encore, les
    « deux poids et deux mesures » sont inquiétants car nous attendons de l’HAS qu’elle ne soit pas
    au service de lobbyings sectaires mais à celui de la science (et de la conscience).

    En résumé : une approbation assortie de six réserves

    En résumé : de ma modeste place, j’approuve la RECOMMANDATION car elle donne la
    suprématie au soutien du sujet dans son parcours de soins, d’éducation et d’insertion au
    détriment des particularismes des institutions. Mes réserves portent sur les points suivants.
    Intégrer la notion de « Situations Complexes en ATED » et ajouter un « droit au retour’ en cas
    d’exclusion. Enlever toute équivoque sur le bien fondé des punitions. Mentionner l’étude
    épidémiologique de ’ »Cohorte en Ile de France de 2002 à 2007 » et l’aide historique et actuelle
    des Hôpitaux de jour à la scolarisation des autistes. Mentionner l’utilité de toutes ressources
    usitée par le monde ordinaire (ce qui inclut la psychanalyse) pour comprendre et aménager la
    sexualité des personnes handicapées. Rééquilibrer l’excessive valorisation des pratiques
    comportementalistes (la mise en avant de procédures considérées comme « scientifiques » et le
    lobbying ont pris le pas sur les considérations cliniques et éthiques). Mentionner l’importance
    majeure pour les soignants et les éducateurs de corriger les effets secondaires de leur propre
    assistance (ce qui n’ est pas l’apanage de la psychothérapie institutionnelle mais doit être
    conservé comme principe d ’accompagnement quel que soit le nom qu’on lui donne). Permettre
    au Pr Pierre Delion de mener sa recherche sur le « packing » jusqu’au bout.

    Conclusion : pour de prochaines Recommandations qui évalueraient la clinique de
    l’autisme

    Pour l’autisme, la plus grande fermeté est nécessaire contre l’exclusion. C’est cela qui contraint
    les équipes et les administrations à affronter des pathologies et des handicaps complexes et à
    inventer des solutions cliniques et institutionnelles. La modestie des praticiens de proximité
    (cliniciens, pédagogues, éducateurs) en est une conséquence, en opposition à l’arrogance de
    professionnels qui supervisent de loin, quelle que soit leur approche.
    La RECOMMANDATION devait évaluer les parcours et contribuer au redressement des retards
    et des ruptures dans le soin, l’éducation et d’insertion sociale. Elle aura cette utilité et elle va
    faciliter les prises en charges en réseau, nous lui en sommes gré.
    Mais elle a opéré un glissement sous la pression de lobbyings pour vali
    der ou invalider des
    approches dont elle a confondu le rapport aux protocoles (l’intention de mesurer, la description
    des procédures et la mise en oeuvre des observations) avec les résultats cliniques, souvent
    indigents.

    C’est une erreur méthodologique sérieuse que de prochains travaux devront rectifier sinon, dès
    les prochains mois, des accompagnements aberrants s’imagineront avoir été cautionnés à
    l’avance par la RECOMMANDATION.

    En 2005, l’ HAS a donné cinq point d ’excellence à notre Centre après quatre jours de visites
    d’experts pour son accréditation. Je vous remets sans hésiter ces points, Mr le Président, si
    cette appréciation n’a pas porté sur le contenu de notre travail mais sur ses seules procédures,
    car ce pourrait bien être un leurre dangereux pour nos patients et leurs familles.

    M.A.

  • Autisme : réponse des équipes de pédopsychiatrie

    Autisme : réponse des équipes de pédopsychiatrie

    Texte élaboré par des soignants du Secteur Nord-Ouest du Gard

    Pétition : Autisme et HAS, réponse des équipes de pédopsy

    Pour : Haute Autorité de Santé, Assemblée de la République, Premier Ministre

    Ce manifeste, élaboré par les soignants du Secteur de Psychiatrie de l’Enfant et de l’Adolescent du Centre Hospitalier d’Alès, est proposé au soutien de toutes les personnes concernées par le soin aux personnes autistes, avec pour objectif de créer une dynamique de pensée autour de la souffrance psychique.

    Suite à la publication des recommandations de la Haute Autorité de Santé définissant les « bonnes pratiques » dans la prise en charge des enfants et adolescents autistes, où elle déclare « s’opposer de façon formelle » à la pratique du packing et où elle estime que les interventions fondées sur les approches psychanalytiques et la psychothérapie institutionnelle ne sont pas « pertinentes » pour « favoriser l’épanouissement personnel, la participation à la vie sociale et l’autonomie de l’enfant et de l’adolescent »,

    Suite aux attaques et à la vision caricaturale que certains voudraient donner de nos pratiques,

    Nous, personnels des équipes pluridisciplinaires de pédopsychiatrie signataires de ce manifeste, tenons à réagir :

    Oui, la psychanalyse fait partie de notre « boîte à outils » pour penser les fonctionnements psychiques et les angoisses terrifiantes auxquelles sont confrontés ces enfants.

    Oui, en faisant de nos hôpitaux de jour des lieux de partage de la vie quotidienne, en essayant d’analyser avec des intervenants extérieurs ce qui se joue sur la scène institutionnelle, nous nous reconnaissons dans le mouvement de la psychothérapie institutionnelle.

    Non, les hôpitaux de jour ne sont ni des forteresses ni des prisons, et nous ne sommes pas des tortionnaires sectaires. Nous sommes, nous aussi, soucieux de l’avenir et de la meilleure intégration possible de ces enfants dans la société, dans le respect de leurs différences.

    Oui, chaque enfant est au centre d’un dispositif d’ouverture permanente au monde qui l’entoure. Nous travaillons de concert avec l’Education Nationale, avec des I.M.E, avec les services de l’ASE et tous les partenaires sociaux pouvant prendre une place auprès des enfants dont nous avons la charge (centres de loisirs, associations culturelles, etc.) et nous pouvons témoigner, ainsi que les parents et les Centres Ressource Autisme (CRA), de l’évolution positive de ces enfants lorsqu’ils bénéficient de ces multiples articulations.

    Non, nous ne culpabilisons pas les parents. Au contraire, nous accueillons et partageons leurs souffrances, leurs doutes, mais aussi leurs joies et leurs espérances. Nous écoutons et prenons en compte leur demande d’être accompagnés dans la recherche de solutions pour alléger le poids que peut représenter la vie quotidienne avec leurs enfants ; et si nous n’imposons jamais rien, nous sommes toujours engagés auprès d’eux.

    Oui, certains d’entre nous pratiquent le packing, mais toujours avec l’accord des parents et après avoir expliqué en quoi cela consiste ainsi que les raisons cliniques pour lesquelles nous le proposons. Nous respectons toujours les réactions des enfants et nous nous laissons guider par eux. C’est pourquoi nous pouvons affirmer n’avoir observé que des effets positifs chez la plupart des enfants ayant bénéficié de cette technique.

    Oui, nous nous élevons face aux démarches visant à interdire et judiciariser nos pratiques, car lorsqu’on veut les interdire et ne promouvoir qu’une seule forme de prise en charge à l’exclusion de toute autre, on dessine une société qui s’apparente à une forme de totalitarisme. Les attaques faites à la psychanalyse – comme à toutes les formes de thérapies relationnelles qui s’appuient sur la conception d’un sujet libre ne se réduisant pas à une simple collection de comportements à rééduquer – nous semblent s’inscrire dans le mouvement actuel et plus général d’attaques faites à la culture, à la complexité de la pensée ainsi qu’à toutes les formes de créativité qui continuent d’échapper à la volonté scientiste de tout évaluer, de tout quantifier.

    Oui, nous continuons à penser que l’usage de la Parole dans nos institutions de soins, sous quelque forme que ce soit, reste le meilleur des outils pour préserver l’humain en chacun de nous.

    Afin de permettre à la diversité d’exister, nous nous engageons à faire vivre toute la clinique qui est aujourd’hui la nôtre, à continuer d’accueillir ces enfants pour ce qu’ils sont – en leur offrant des espaces où évoluer et se construire – et non pas pour ce que nous voudrions qu’ils soient, et à encourager la dialectique plutôt qu’à laisser s’installer la simplification et l’uniformisation de la pensée.

    C’est aussi dans cet esprit que nous soutenons le professeur Pierre Delion pour son éthique, faite du respect du sujet humain, de l’accueil de la souffrance des enfants et de leurs parents, et pour le portage attentionné des équipes avec lesquelles il travaille.

    Nous voudrions que ce texte ne reste pas une simple réaction ponctuelle ; nous souhaitons, avec tous ceux qui sont intéressés, continuer à écrire et témoigner de nos pratiques sur un site en voie de création et dans de futures rencontres. Pour vous informer sur la création de ce site vous pouvez vous connecter à :

    http://www.balat.fr/Autisme-reponse…

    Signer la pétition :http://www.petitionpublique.fr/Peti…

    Premiers signataires :

    Alain Millot (éducateur) Hôpital de jour « la Maison Lune » 30120 Le Vigan

    Cosimo Santese (psychologue) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Jean-Luc Brochard (éducateur) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Dominique Cambessedes (éducatrice) Hôpital de jour « la Maison Lune » 30120 Le Vigan

    Isabelle Chassaigne (éducatrice) Hôpital de jour « la Maison Lune » 30120 Le Vigan

    Nicole Coudrais (assistante sociale) Hôpital de jour « la Maison Lune » 30120 Le Vigan

    Anissa El-Gouch (éducatrice) Hôpital de jour « la Maison Lune » 30120 Le Vigan

    Jocelyne Moulin (psychomotricienne) Hôpital de jour « la Maison Lune » 30120 Le Vigan

    Fatiha Nefzaoui (psychologue) Hôpital de jour « la Maison Lune » 30120 Le Vigan

    Cécilia Quiot (secrétaire) Hôpital de jour « la Maison Lune » 30120 Le Vigan

    Chantal Vigouroux (maîtresse de maison) Hôpital de jour « la Maison Lune » 30120 Le Vigan

    Brigitte Delmas (psychomotricienne) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Marie-Catherine Thivel (orthophoniste) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Sarah Fernandez (psychologue stagiaire) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Jérémy Marmoret (psychologue clinicien) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Elisabeth Vacchelli (secrétaire médicale) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Leïla Hideche (agent de service hospitalier) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Marie Allione (psychiatre des hôpitaux) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Philippe Murru (éducateur) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Gislaine Ziv (cadre assistante pôle psychiatrie Alès)

    Martine Duffaud (agent de service hosp. qualifié) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Angélique Bataille (éducatrice) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Agnès Belotti (éducatrice) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Amar Ladjal (éducateur) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Pauline Vigne (infirmière stagiaire) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Nicolas Tournaire (art-thérapeute) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

    Marie-Hélène Assenat (cadre de santé) Hôpital de jour « la Rose Verte » 30100 Alès

  • La folie n’est pas une infraction

    La folie n’est pas une infraction

    Par Eric Favereau in Libération du 19/03/12

    SOCIÉTÉ Hier à 0h00

    « La folie n’est pas une infraction »

    Psys et membres d’associations de malades étaient réunis samedi en Seine-Saint-Denis pour

    contester la politique du gouvernement, à l’appel du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire.

    Par ERIC FAVEREAU

    Ce fut le moment le plus chaleureux, le plus symbolique aussi. Samedi, à Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint-

    Denis), aux portes de Paris, tout le monde est debout dans ce hangar où s’entassent plus d’un millier de

    participants à l’appel du Collectif des 39 contre la nuit sécuritaire. Et la foule d’applaudir à tout rompre le

    professeur Pierre Delion, pédopsychiatre à Lille.

    Le vieux médecin est ému. Il hésite. Il a été mis au pilori ces derniers jours car il pratique dans son service le

    packing : une technique de tradition psychanalytique utilisée pour des patients autistes très gravement atteints,

    mais fortement contestée par certaines associations de parents d’autistes. Elle consiste à recouvrir dans un drap

    humide le malade, puis à le réchauffer progressivement.

    « Scientiste ». Le 9 mars, la Haute Autorité de santé (HAS) a déclaré que non seulement « le packing ne devait

    en aucun cas se faire », faute d’avoir été évalué, mais aussi que « la psychanalyse, comme la psychothérapie

    institutionnelle, n’étaient pas recommandées dans la prise en charge de l’autisme ».

    Une prise de position polémique, dernier avatar d’un vieux conflit entre la psychiatrie biologique et

    comportementale d’une part, une psychiatrie plus humaniste et proche de la psychanalyse de l’autre. Les

    pouvoirs publics ont choisi. Depuis plus de quatre ans, la politique gouvernementale en matière de psychiatrie a

    été fortement déséquilibrée, renforçant le volet sécuritaire. D’abord, en 2009, avec un plan de sécurisation des

    hôpitaux psychiatriques (multiplications des chambres d’isolement, instauration des bracelets

    électroniques, etc.). Puis avec une loi instaurant, en 2011, les soins obligatoires à domicile (et plus seulement à

    l’hôpital). Et voilà que tombent ces recommandations polémiques de la HAS…

    A quelques semaines de l’élection présidentielle, le rassemblement initié par le Collectif des 39 autour du thème

    « quelle hospitalité pour la folie en 2012 ? » avait valeur de bilan et de symbole. Simple coup d’épée dans l’eau

    un brin nostalgique ? Ou début de reconquête ?

    Psys, soignants, membres d’associations de malades, ils sont venus très nombreux. Avec la forte envie d’en

    découdre, en particulier contre la HAS et son « faux discours scientiste ». Le collectif a d’ailleurs clôturé cette

    journée très offensive en appelant tous les psychiatres de France à ne plus « collaborer » avec la Haute Autorité

    de santé. Dès la matinée, Pierre Joxe, figure de la gauche, lançait : « Vous n’avez rien de moribonds. Ce ne sont

    pas quelques réformes réactionnaires qui vont tout bouleverser. La situation est certes consternante, mais ce

    que le législateur a détruit, un autre législateur peut le reconstruire. » Pierre Joxe fait référence à son combat

    actuel sur le dispositif de prévention et de protection de la jeunesse, aujourd’hui « totalement effondrée ».

    « La folie n’est pas une infraction », poursuit avec force le magistrat Serge Portelli. Martelant : « La médecine

    n’est pas là pour surveiller, elle est là pour soigner. »

    Puis arrive le pédopsychiatre Pierre Delion, combatif mais inquiet. Comme un reflet du moment. Après une

    standing ovation, il prend la parole : « Et je serais, moi, un barbare ? Et je ferais, moi, de la torture, interroge-t-il

    de sa voix douce. Rendez-vous compte qu’aujourd’hui, on en arrive à recommander de mettre des casques sur

    les enfants agités ! » Puis, avec son visage de vieux sage, il affirme : « Il faut nous mettre debout pour dire « cela

    suffit ». »

    « Bulle ». Debout ? Loriane et Mathieu, deux jeunes psychiatres, le sont. Dès le début, ils ont été dans le

    collectif des 39. Lui travaille à l’hôpital d’Etampes (Essonne). Loriane est pédopsychiatre dans un Centre médico-psychologique à Corbeil-Essonnes. « Si j’y crois ? Drôle de question, dit-elle. Je pense à ce que j’ai à faire,

    j’essaye de maintenir à tout prix une éthique dans mon travail de psy. Et, pour moi, ne pas être seule est

    essentiel. Même si on traverse une période difficile, on réfléchit et on essaye de mettre au point des pratiques

    émancipatrices. » Dans un grand sourire, elle ajoute : « Non, je ne me sens pas moribonde. »

    Mathieu, acquiesce : « J’en ai encore pour quarante ans à faire de la psychiatrie, et rien n’est foutu. Je reprends

    le service de Michaël Guyader, un grand psychiatre qui s’est battu contre l’asile. Je n’ai pas connu ce combat-là,

    et mon travail est différent : c’est aussi de rouvrir des lits, de faire des lieux d’hospitalisation accueillants. Dans

    ce service, il y a une histoire. Et c’est possible de travailler, de créer des collectifs. » Puis d’affirmer : « Mais si on

    reste dans notre bulle, on se fait dégommer. »

    « La folie n’est pas une infraction » – Libération Page 1 sur 1

    http://www.liberation.fr/societe/01… 20/03/2012

  • Lettre aux amis de la pédopsychiatrie d’aujourd’hui

    Lettre aux amis de la pédopsychiatrie d’aujourd’hui

    Pierre Delion, Lille le 20 Mars 2012, jour du printemps

    Lettre aux amis de la pédopsychiatrie d’aujourd’hui

    Pierre Delion, Lille le 20 Mars 2012, jour du printemps

    Chers amis, nous voilà maintenant dans une situation extrêmement préoccupante au sujet de l’autisme et des recommandations qui viennent de sortir de l’HAS, puisque les soins seront prescrits, pour certains d’entre eux par des forces extérieures à notre corps professionnel. Je ne dis pas que seuls les pédopsychiatres doivent indiquer des soins, puisque l’expérience de la psychothérapie institutionnelle nous a justement appris à partager nos décisions avec l’ensemble de nos équipes, à prendre en compte les avis de nos partenaires, et le tout, sous l’égide bienveillante des parents, quand cela est possible. Mais là, nous faisons une nouvelle expérience, celle d’avoir à assumer des décisions venues de l’extérieur de notre champ de compétences, et qui, selon notre expérience antérieure, semble peu adaptées, sinon inadaptées aux problèmes rencontrés. L’exemple du packing vient immédiatement à l’esprit et va être dans les semaines qui viennent un réel problème lorsqu’il va nous falloir répondre aux parents qui veulent à tout prix continuer ce soin pour leur enfant, alors que, hors de la recherche lilloise, la HAS, instance opposable en droit, s’y oppose formellement, même à titre exceptionnel. Ces parents nous rappellent d’ailleurs qu’ils n’ont pas été consultés dans ces décisions, alors qu’ils étaient les premiers concernés par leurs enfants bénéficiant du packing. Voilà un exemple à partir duquel nous allons devoir réfléchir pour trouver des aménagements, sans nous mettre en danger puisque vous savez que le président de « vaincre l’autisme » a prévenu qu’il intenterait un procès en justice à toute personne dérogeant à ces recommandations. On peut lui faire confiance sur sa détermination à ce sujet. Mais voyons plus globalement comment va se passer la suite. J’ai peur que, concernant les autres soins relationnels, la même procédure soit mise en place assez rapidement : la pataugeoire, l’équithérapie, les ateliers conte et autres activités thérapeutiques des hôpitaux de jour de nos secteurs de pédopsychiatrie. Comment va-t-on précéder ? Allons nous laisser éradiquer ces outils thérapeutiques sur lesquels nous instituions nos soins avec les enfants ? Comment dès lors mettre davantage les parents des enfants que nous soignons dans le coup de ces nouvelles modalités de soins imposées ? Jusqu’alors j’avais toujours eu beaucoup de réticences à le faire. Pour le packing, j’avais vraiment résisté à l’idée de demander aux parents de prendre partie pour défendre le soin de leur enfant, pensant que nos organisations professionnelles le feraient sans réticences. L’histoire récente nous montre qu’il n’en est rien et que nous allons devoir changer de stratégie à ce propos. Il va nous falloir permettre aux parents engagés avec nous dans les soins de leur enfant soit de fonder de nouvelles associations, soit de s’engager dans les associations existantes pour y apporter d’autres points de vue demeurés en retrait jusqu’alors. En effet, lorsque je discute avec des parents, engagés que nous sommes avec eux dans une confiance réciproque nécessaire à tout soin de leur enfant, je suis frappé de voir comment ces parents jugent les réactions des représentants d’associations de parents d’enfants autistes avec étonnement et sagesse. Avec étonnement, car il leur paraît souvent curieux que ces parents puissent avoir une telle haine vis à vis des pédopsychiatres et de leurs équipes, sauf à considérer qu’il s’agit d’expériences traumatiques anciennes qui tournent en boucle sur les forum et dans les discussions des détracteurs. L’hypothèse la plus vraisemblable est que ces parents ne sont plus en lien avec nos équipes à la suite de désaccords sans doute compréhensibles, mais généralisés à outrance. Avec sagesse, et l’exemple le plus frappant qu’ils prennent, là encore, est celui du packing, car ces parents pensent que les principaux détracteurs ne savent visiblement pas de quoi ils parlent, si j’en juge aux films d’horreur que « vaincre l’autisme » monte et promeut pour démontrer l’inanité de cette technique, comme si leur avis de témoins ne suffisait pas à convaincre. D’ailleurs, je suis très étonné que le président de « vaincre l’autisme », si prompt à faire des procès, n’ait pas encore trouvé un seul cas de parents prêts à le suivre pour les reproches qu’il fait au packing. Cela devrait attirer l’attention d’un pouvoir scientifique, l’HAS, sur l’écart entre ce qui est proféré avec une extrême violence et la réalité de ce qui est dénoncé. Mais cela devrait surtout attirer l’attention des pouvoirs publics et des politiques qui, loin de tempérer ces excès, s’en servent lâchement pour ne pas répondre aux besoins énormes dont il est question dans cette guerre de l’autisme. Pour avancer sur ces problèmes importants, il faut une nouvelle approche qui prenne en considération les avis de tous les parents et pas seulement ceux qui sont contre. Il nous reste à trouver les moyens de déclencher un tel débat.

    Mais plus avant, c’est l’ensemble de la pédopsychiatrie qui est menacée, car déjà certains s’élèvent contre le fait que les pédopsychiatres aient quoi que ce soit à dire sur les « dys », sur les « thada », et bientôt sur l’ensemble de notre champ pédopsychiatrique. Soit la neurologie, discipline médicale plus noble, va rafler la mise, soit le médicosocial la récupèrera. On peut penser que pour des argument techniques et financiers, ce sera la deuxième solution que sera retenue En effet, les neuropédiatres ont déjà beaucoup de travail avec leur spécialité et je les vois mal se charger de la prise en charge des TED/TSA, des « dys », et des autres pathologies pédopsychiatriques, d’une autre manière que ce que nous faisons actuellement, c’est-à-dire, dans les bons cas, en coopération. Par contre, le médicosocial pour les cas les plus graves sera mis à contribution, mais sans les moyens nécessaires à une bonne qualité d’accueil de ces enfants, et surtout sans que les aspects médicaux, que la pédopsychiatrie prenait en compte, le soient réellement. Un grand absent du débat, mais cela ne durera pas, l’éducation nationale. En effet, les parents, « vent debout » sur la loi d’intégration scolaire, réclament un maintien de leur enfant dans l’école avec les autres enfants sans problèmes particuliers. C’est aussi la position que les pédopsychiatres de secteur ont toujours défendu, on l’oublie trop souvent, dans le cadre d’une politique de pédopsychiatrie dans la cité. Si les moyens prévus dans la loi en question étaient disponibles pour ce faire, cela serait une expérience à tenter. Mais les derniers évènements politiques en faveur du handicap à l’école ont montré, par la suppression de près de 80 000 postes y compris des Rased, que les promesses n’ont pas été tenues. Les instituteurs, même motivés, peuvent-ils accueillir dans leurs classes autant d’enfants qu’il est annoncé ? Le chiffre mirobolant de 650 000 enfants autistes en France, résultat d’une OPA portant sur l’ensemble des enfants les plus gravement atteints dans leur développement, va trouver là ses limites en termes d’effets d’annonce ! Les enseignants ne sont pas prêts dans les conditions actuelles à faire cet effort. Les parents vont devoir trouver des solutions dans le médicosocial pour ceux qui n’auront pas les moyens de faire les frais eux-mêmes de ces suppléments d’éducation non républicains. Et le médicosocial est souvent content de trouver auprès des équipes de pédopsychiatrie le secours dont il a naturellement besoin dans le cadre d’une politique de secteur digne de ce nom ! Seulement voilà !, à force de tirer sur le pédopsychiatre, de le disqualifier, de le vilipender et de lui faire porter la responsabilité que le manque cruel de moyens porte en réalité, les équipes de pédopsychiatrie vont se déliter, leurs forces vont se répartir autrement et, au vu de la réputation faite par le gouvernement actuel à cette spécialité médicale et nombre de médias, les jeunes praticiens vont se poser la question à deux fois avant de décider de s’y engager. Le débat est devenu tellement fou dans la plupart des médias que la dissuasion vis-à-vis de la pédopsychiatrie va s’exercer sans juste discrimination et conduire à un nouveau manque de moyens humains, accentué par une politique imbécile de santé publique. Ne nous y trompons pas, ce qui arrive avec l’autisme est la suite logique de ce que nous avons déjà connu avec le combat de « pas de zéro de conduite » lorsque le gouvernement voulait imposer une vision politique de la prévention prédictive, sans rapport avec les petits d’hommes, mais davantage inspirée de celle des rats de laboratoires. La réaction d’alors avait été suffisamment forte pour que nous puissions constituer un rapport de force de nature à empêcher l’imposition de mauvaises décisions par un pouvoir ivre de scientisme.

    Nous vivons aujourd’hui une contre-offensive de ce même pouvoir devenu cynique et démagogue.

    Une seule solution face à ce qui arrive aujourd’hui, tous debout contre ces manières de gouverner la santé qui font appel à des parodies de sciences et à des alliances avec les intégrismes de tous bords.

    Nous devons

    redonner à la pédopsychiatrie la place qu’elle a, notamment auprès des enfants qui présentent les pathologies les plus graves, pour que personne ne soit laissé au bord du chemin.

    Nous devons faire passer à nos représentants professionnels le message qu’il n’est plus possible de céder le moindre pouce de terrain du bon sens clinique à l’outrance actuelle et qu’il faut en venir à un véritable débat technique entre professionnels, relayés par des rencontres avec les parents des enfants concernés et leurs familles, et soutenus par des moyens appropriés proposés par les politiques dont c’est la mission.

    Nous vivons actuellement une confusion des rôles qui risque de fragiliser les mécanismes de la démocratie en demandant aux parents d’être des chercheurs et des avocats, aux chercheurs de donner un avis éclairé sur des domaines qui ne sont pas de leurs compétences, aux politiques de dire ce qui est techniquement utile pour les soins et aux professionnels de devenir les victimes de la vindicte populaire.

    Nous ne pouvons pas continuer d’entretenir ces fantasmes mortifères, ni leurs effets inévitables, car lorsque le soufflet retombera, qui sera en mesure de prendre en charge les enfants en grande souffrance et leurs parents désemparés ?

    Les politiques actuels auront, espérons-le, quitté le pouvoir, les représentants d’associations seront aux prises avec des promesses de guérisons non tenues auprès de leurs adhérents, et les professionnels seront tellement disqualifiés qu’ils auront le plus grand mal à inspirer à nouveau confiance aux parents pour pratiquer humainement selon une politique qui antérieurement, avait mis plusieurs générations à se concrétiser.

    Il est grand temps d’en revenir à la raison, non pas celle d’une science érigée en pourvoyeuse de miracles, mais celle d’un juste milieu, articulant sans cesse les dernières découvertes de la science fondamentale avec ceux des sciences humaines, dans une éthique du lien et de l’humain.

  • Roger Misès s’insurge contre la HAS

    Roger Misès s’insurge contre la HAS

    PAR GUY BAILLON, publié par mediapart.fr in « Contes de la folie ordinaires »

    Roger Misès s’insurge contre la HAS

    PAR GUY BAILLON

    ARTICLE PUBLIÉ LE DIMANCHE 18 MARS 2012

    Guy Baillon psychiatre des hôpitaux, Yves Gigou

    cadre-infirmier psychiatrique : interview de Roger

    Misès.

    Roger Misès s’insurge contre la HAS

    Roger Misès professeur émérite de psychiatrie

    infanto-juvénile a accepté qu’Yves Gigou pour le

    collectif des 39, fasse une vidéo (réalisée par Olivia

    Gilli du collectif des 39) autour de son avis sur la

    Haute Autorité de la Santé. Yves m’a demandé de

    l’accompagner. Je l’ai suivi avec d’autant plus de

    plaisir que je sais que Roger Misès est un homme

    auquel la France doit beaucoup.

    Roger Misès a accepté malgré une grande fatigue qu’il

    sait cacher (si nous l’interrogeons sur elle, il réagit

    en disant que participer à ces mobilisations contre

    l’obscurantisme le soutient avec force !).

    Nous le savions très vigilant devant les attaques

    actuelles menées contre la psychiatrie et très précis

    dans sa volonté de la soutenir. Il nous le montre ce

    jour dans son propos.

    (Une petite excuse pour le lecteur, ayant réalisé cette

    vidéo trop tard, le 12 mars, pour être vue le 17, nous

    n’avons pris de la bande son de 30’ que les 5’ de

    ce texte lu au colloque des 39, avec les risques de

    déformation dont nous sommes seuls responsables.)

    Pour ceux qui ne connaissent pas Roger Misès,

    rappelons qu’il a commencé à construire la psychiatrie

    infanto-juvénile dès 1950 en prenant la direction de

    la Fondation Vallée, près de Bicêtre et de Paris, où

    étaient ‘abandonnés’ dans des conditions inhumaines

    tous les enfants les plus gravement touchés de la

    région, autistes entre autres, tous étiquetés grands

    arriérés. Il s’en est occupé toute sa carrière, et a

    commencé immédiatement à bâtir une « nouvelle

    clinique psychiatrique » basée sur le travail d’équipe

    pluridisciplinaire avec éducateurs, pédagogues, aux

    côtés de psychiatres et d’infirmiers psychiatriques en

    s’appuyant sur toutes les apports théoriques actuels,

    en particulier la psychanalyse, tout en devenant luimême

    psychanalyste. C’est dire s’il était le mieux

    placé pour élaborer la circulaire du 14 mars 1972 qui

    créait la psychiatrie de secteur infanto-juvénile, en

    effet le ministère lui a demandé de l’écrire comme

    celle de 1992. Déjà nous voyons que ce n’était pas du

    discours, c’était de la pratique décrite et proposée. Ces

    circulaires ont créé un tissu de 321 équipes couvrant

    la totalité du territoire. Misès sera aussi l’auteur et

    le meneur de jeu de l’élaboration d’une classification

    française des maladies mentales de l’enfant et de

    l’adolescent qui se révèlera comme l’une des armes

    les plus coriaces contre l’envahissement par le DSM

    et son idéologie nord américaine.

    Son propos, ce 12 mars 2012, à deux jours près date

    anniversaire des circulaires de 1960, 72, 92 créant la

    politique de secteur, est fait de mots simples :

    Nous lui demandons de préciser au Collectif des 39

    ce qu’il pense de la HAS après son rapport et ses

    déclarations :

    Roger Misès commence par dire que la nouvelle loi

    sur le handicap (dont le handicap psychique), méritait,

    à sa parution, en 2005, d’être soutenue, parce qu’elle

    permettait de compenser le handicap (donnée évolutive

    et non fixée, car ce terme définit les conséquences

    sociales des troubles psychiques graves), tout en

    s’inscrivant dans les projets qui soutiennent la réponse

    en termes de soins pour ces troubles psychiques

    graves ; ainsi était mis à disposition des familles

    l’ensemble des moyens du sanitaire et du médicosocial.

    Dans toute sa pratique, comme dans tous ses

    propos théoriques, ce lien du soin avec le social a

    toujours été présent (en ce sens on peut constater

    que la psychiatrie infanto-juvénile a été constamment

    en avance sur la grande partie de la psychiatrie

    générale).

    Il était fondamental, précise-t-il, de maintenir en

    France simultanément l’aide au handicap et l’éclairage

    psychopathlogique, avec d’une part le soin à visée

    mutative (c’est-à-dire entrainant un changement

    psychique), et d’autre part l’appui social. Ceci dans

    une perspective multidimensionnelle ; il est en effet,

    dit-il, nécessaire de prendre en compte en même temps

    les trois grandes dimensions de l’être humain, ses

    composantes physiques, psychiques et relationnelles

    ou sociales, mettant ainsi en évidence la singularité de

    chaque enfant, la complexité de ses problèmes, ainsi

    que les potentialités de chaque sujet.

    Misès a précisé que son expérience de 40 ans lui avait

    permis de suivre des enfants très atteints, dont des

    autistes, ‘sur le long cours’ (nous savons tous que ce

    ‘long cours’ est le critère non contestable de toute

    évaluation) et de témoigner qu’ils ont profondément

    évolué grâce à ce travail d’équipe associant

    pédagogues, éducateurs et soignants psychiatriques,

    ensemble et chacun dans leur rôle.

    Mais quelques années après 2005 il a constaté que

    cette loi, au lieu de jouer son rôle d’union entre le

    soin et la compensation a de plus en plus évité le soin

    (sous l’influence de certaines familles et de certaines

    MDPH). Misès a senti cette dérive et a commencé

    à la dévoiler, d’autant qu’il l’avait anticipée dans le

    combat qu’il a mené longtemps avant.

    Aujourd’hui la HAS confirme cette dérive.

    Misès constate que la HAS remplit là une fonction peu

    glorieuse !

    Roger Misès rappelle en effet qu’il a accompagné

    la révolution de la psychiatrie qui au lendemain

    de la guerre a permis de construire une nouvelle

    cliniquepsychiatrique grâce à la reconnaissance et

    l’implication du rôle fondateur du contexte du secteur

    intégrant les différents acteurs du soin et de l’Action

    sociale, au delà des murs des institutions, dans la Cité

    (l’école, la pédiatrie, la PMI, la justice, le social), et

    d’abord avec la famille.

    Mais il insiste pour préciser que le mouvement

    de régression actuel a commencé dès 1980 quand

    les pouvoirs publics ont voulu appliquer en France

    la classification nord-américaine du DSM et les

    concepts qui l’accompagnaient (son idéologie), la

    prééminence du modèle bio-médical niant toute

    dimension psychopathologique : seuls comptaient les

    facteurs organiques, les autres étaient évacués. Donc

    cette théorie installait l’irréversibilité des troubles

    comme ‘credo’ et retirait du soin sa dimension

    mutative de changement psychique ! Ainsi, souligne

    Misès, le DSM a été imposé par les pouvoirs publics

    aux équipes dans le seul but de réduire les dépenses

    de santé, d’installer un contrôle gestionnaire et de

    renforcer le seul personnel administratif !

    Pour cette raison très vite Roger Misès s’est acharné

    avec ses collègues à construire une classification

    française des troubles de l’enfant et l’adolescent,

    intégrant l’éclairage multi-dimensionnel tout en

    évitant de se laisser enfermer dans une simple

    opposition passive, parce que cette classification était

    accompagnée d’une échelle d’équivalence avec le

    DSM. Cela a permis à la France jusqu’à aujourd’hui de

    résister à la domination bio-médicale et gestionnaire

    en soutenant l’importance des techniques humaines

    relationnelles.

    Roger Misès ne comprend pas, n’accepte pas, que la

    HAS n’ait pas tenu compte de tout cet acquis, qu’elle

    ait écarté les avis des professionnels de la psychiatrie

    de l’enfant et de l’adolescent de la France entière !

    Misès n’accepte pas que la HAS puisse obliger la

    psychiatrie française à se soumettre à un modèle

    extérieur à l’expérience française, celui des USA, qui

    évacue le soin dans sa visée curative, ciblant la réponse

    sur la seule éducation, le seul comportementalisme,

    préférant à une psychiatrie ouverte, une psychiatrie

    fermée.

    Roger Misès s’insurge en soulignant que la HAS a

    formulé un diktat, et qu’en même temps elle n’a rien

    réglé.

    A Yves Gigou, lui demandant ce qu’il pensait de

    l’influence des familles dans cet avis, Misès répond

    que toute sa carrière il a travaillé avec les familles avec

    beaucoup d’attention, qu’il a même organisé plusieurs

    colloques avec elles en 1994 à Grenoble, en 1996 à

    Nancy, en 1997 sur l’autisme, montrant à chaque fois

    que la coopération avec elles était possible et féconde.

    la famille est une alliée. La souffrance des familles

    ensuite a été instrumentalisée par certains contre cette

    collaboration.

    Misès s’est acharné en plus à former de nombreux

    psychiatres et à transmettre cette expérience aux

    soignants.

    Je peux en témoigner, tout jeune Psychiatre des

    Hôpitaux en 1969, je me suis inscrit aussitôt à la

    formation des psychiatres que Misès avait obtenu

    de créer au Ministère (toute une semaine nous

    avions cours et stages sur la psychiatrie infantojuvénile

    naissante). Bien que psychiatre d’équipe

    généraliste, j’ai tout fait chaque année pendant 10

    ans pour y participer, tellement j’avais compris que

    la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent était la

    meilleure clé pour la carrière de psychiatre. A la

    même époque, je ne le connaissais pas, Yves Gigou

    était infirmier chez Misès, avant de devenir cadre

    dans notre équipe généraliste de Bondy, 20 après,

    partageant ces découvertes.

    A la fin de notre entretien, Roger Misès, ne peut

    s’empêcher d’exprimer son émotion avec un terme

    fort :‘’ J’ai peur ‘’, nous dit-il, ’’J’ai peur de ce qu’il

    va advenir des générations de psychiatres avec ce

    diktat ; ceux qui ont été formés vont être écartés, que

    vont-ils devenir ? Les autres sans formation autre

    que biologique et comportementale, comment vont-ils

    faire ?’’

    Sa conclusion est sobre, solennelle.

    (Roger Misès ne dira pas un mot de plus) :

    ’’La Haute Autorité de la Santé n’est pas digne’’.

  • Communiqué de presse de la FASM Croix-Marine

    Communiqué de presse de la FASM Croix-Marine

    La HAS et l’autisme : une autorité de moins en moins haute

    COMMUNIQUÉ DE PRESSE

    PARIS, le 16 MARS 2012

    La HAS et l’autisme : une autorité de moins en moins haute

    La FASM Croix-Marine a pris connaissance des recommandations de la Haute autorité

    de santé (HAS) et de l’Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des

    établissements et services sociaux et médico-sociaux (ANESM) sur la prise en charge

    des personnes avec autisme.

    Si elle se félicite de constater la recherche de convergence entre ces deux agences à

    propos de troubles qui nécessitent fréquemment un recours successif et/ou conjoint

    des dispositifs sanitaire et médico-social, la FASM ne peut que regretter la rédaction

    finale de ces recommandations qui posent à la fois des questions de méthodologie,

    d’éthique scientifique et d’indépendance qu’on est en droit d’attendre d’une instance

    qui se veut « haute autorité ».

    Avant toute chose, il faut rappeler la situation inacceptable et même scandaleuse qui

    est faite dans notre pays aux personnes avec autisme qui, quel que soit leur âge, sont

    souvent contraintes d’aller en Belgique pour trouver des conditions d’accueil et de

    prise en charge acceptables. Sans entrer dans une vaine polémique, la FASM déplore

    que la HAS cautionne une hypothèse qui ferait d’une soit disant référence à la

    psychanalyse la cause de ce retard inadmissible, en dédouanant ainsi les pouvoirs

    publics de leur carence. La réalité est que les “plans autisme” successifs et les

    déclarations de bonnes intentions se sont accumulés au fil des ans sans que,

    concrètement, les moyens nécessaires aient été donnés aux professionnels engagés

    ainsi qu’aux familles afin de créer les réponses indispensables en matière d’accueil, de

    soins, d’éducation et de scolarisation adaptée.

    La FASM fait deux constats :

     dans son chapitre « Définition de ses recommandations sur l’autisme », la HAS

    fait l’impasse totale sur l’absence de consensus concernant la notion de « spectre

    autistique » préconisé par le DSM qui recouvre des réalités cliniques d’une très

    grande hétérogénéité. Ainsi des recherches cliniques internationales ont mis en

    évidence des troubles complexes et évolutifs du développement de l’enfant pour

    lesquels il n’est pas exact de dire « qu’ils persistent à tous les âges de la vie », à

    la différence des troubles autistiques validés sur le plan clinique.

    Pour une action coordonnée en faveur des personnes

    présentant une souffrance ou un handicap psychiques

     Les recommandations concernant l’évaluation initiale des troubles visant à proposer sans délai un projet personnalisé, mais aussi les évaluations ultérieures devant associer la famille, rendent bien compte des pratiques des équipes disposant des moyens nécessaires. Il faut néanmoins souligner que de nombreuses familles rencontrent de grandes difficultés pour accéder dans des délais décents à ces évaluations du fait d’une insuffisance des équipements ; la prise en charge de beaucoup d’enfants est, par ailleurs, insuffisante car ponctuelle du fait du manque de places, aussi bien dans les hôpitaux de jour, les IME ou les écoles ordinaires lorsqu’ils pourraient en bénéficier.

    Concernant les interventions recommandées, la FASM s’étonne de voir mis sur le même plan, comme s’il s’agissait de comparer des stratégies alternatives de prise en charge, des modes d’intervention qui ne relèvent pas des mêmes logiques (méthodes éducatives, psychanalyse, psychothérapie institutionnelle, packing, chimiothérapies) qui ne peuvent être, si nécessaire, que coordonnées et complémentaires. Cet amalgame est d’autant plus surprenant qu’il vient d’un organisme qui revendique une démarche objective : la première condition d’une réflexion scientifique est de ne pas confondre des objets relevant de catégories différentes, ce qui ne semble pas avoir été le cas.

    Plus précisément, il existe aujourd’hui un quasi consensus de tous les professionnels compétents et de la majorité des familles pour considérer que les enfants avec autisme ont besoin d’une éducation et d’une scolarité dans un environnement spatio-temporel structuré, utilisant différents supports facilitant la communication. Fallait-il pour autant que la HAS privilégie une méthode éducative au point de s’en faire le porte-parole en reprenant les termes mêmes utilisés dans les manuels supports de la méthode ABA ? Contrairement à ce que ce texte de la HAS sous-entend, les critères de validité scientifique concernant les interventions fondées sur l’analyse appliquée du comportement sont très faibles, comme l’a pointé une sommité internationale de l’autisme telle que Laurent Mottron, chercheur que l’on ne peut soupçonner d’inféodation à la psychanalyse. L’académie américaine de pédiatrie, de son côté, a également souligné que la force de la preuve de la technique ABA était très insuffisante et la cote bien en dessous du B que lui accordé la HAS. De même, une association de personnes autistes de haut niveau (Satedi) se montre très critique envers cette méthode.

    Par ailleurs, comment ne pas être indigné, lorsqu’on lit qu’il faut recourir à un taux d’encadrement d’un adulte pour un enfant pendant 25 heures par semaine lorsqu’on met cette préconisation en regard des refus réitérés des pouvoirs publics d’accorder, là à un hôpital de jour un poste d’orthophoniste, là à un IME un poste supplémentaire d’éducateur, là dans une école accueillant des enfants avec autisme le ou les postes d’auxiliaire de vie scolaire nécessaires ? De qui se moque la HAS si ce n’est d’abord des familles confrontées à ce refus récurrent des pouvoirs publics de prendre en compte les besoins élémentaires de ces enfants ?

    La FASM se demande où la HAS a vu pu voir des interventions fondées exclusivement sur des approches psychanalytiques ou sur la psychothérapie institutionnelle ? Certes, il ne s’agit pas de nier la réalité des a priori, des pratiques et des propos aussi blessants qu’indigents soutenus par certains qui se réclament de la psychanalyse, mais ces errements ne reflètent en rien la place occupée par la psychanalyse dans les dispositifs de soins ou médico-sociaux. La psychanalyse n’est pas un traitement de l’autisme et n’a pas vocation à se substituer aux approches éducatives et pédagogiques. En revanche, elle propose un outil pour la compréhension du vécu émotionnel des enfants, ainsi que de celui des professionnels engagés auprès d’eux. De même, la psychothérapie institutionnelle ne peut être présentée comme une alternative aux interventions éducatives : elle est une modalité de travail permettant de soutenir le collectif des intervenants pour faire en sorte que l’institution concernée reste vigilante sur sa bientraitance (pour reprendre une formulation de l’ANESM dans ses recommandations de janvier 2010).

    Quant au packing, qui est une réponse de dernier recours pour des situations, rares, souvent dramatiques, car rebelles aux réponses déjà proposées, la FASM déplore qu’au moment où un projet de recherche clinique est en cours (projet qui a reçu toutes les habilitations prévues par les procédures de la Santé et de l’Université), la HAS le condamne sur des arguments énoncés comme éthiques. Les autorités de la HAS se sont peut être fait une opinion à partir de la seule visualisation d’un clip au montage scandaleux manipulant des images de type film d’épouvante. Si elles avaient été témoins d’une séance, elles auraient pu constater l’importance de la dimension humaine et relationnelle de cette pratique utilisée par des professionnels chevronnés et formés et le soulagement qu’elle peut apporter à des enfants en grande souffrance (tout comme à leur famille souvent désespérée devant des symptômes majeurs et résistants). Le constat serait, alors, tout autre : on est bien dans le registre de la bientraitance contrairement à la caricature véhiculée par certaines familles qui ignorent en fait de ce dont il s’agit.

    En conclusion, la FASM constate que ces recommandations, bien loin de compléter les recommandations de l’ANESM de janvier 2010 et d’apporter une expertise scientifique solidement étayée, s’inscrivent dans un contexte idéologique dont l’HAS se fait complice par ses raccourcis et ses approximations. Alors même que des coopérations nouvelles s’étaient développées entre familles et professionnels, comme l’attestent le fonctionnement des Centre de ressources autisme (CRA) et le dernier congrès de l’Association nationale des centres de ressource autisme (ANCRA) à Strasbourg en juin 2011, ce texte se rapproche plus d’un manifeste visant à faire interdire la psychanalyse et la recherche clinique et à conforter les méthodes comportementales et plus particulièrement l’une d’entre elles, prenant ainsi le risque de rallumer des guerres dont les premières victimes seront les enfants, et les personnes autistes en général, ainsi que leurs familles, qui se croient pourtant entendues.

    La FASM Croix-Marine attachée à une conception solidaire et au service public des soins et de l’Education, ne peut accepter la voie dans laquelle la HAS s’est implicitement engagée. En effet, ce dont il est question, in fine, c’est du basculement revendiqué par certains des moyens du service public vers un marché de la formation à la méthode ABA, méthode qui, contrairement à ce qui est proclamé, est loin de faire l’objet d’un consensus international et qui est même remise en question là où elle est apparue.

    C’est ainsi bien mal engager cette année 2012 de l’autisme, déclarée grande cause nationale.

    Avec ces recommandations, la HAS a montré que, loin de l’impartialité que requiert sa mission, elle a accepté d’infléchir ses positions sous l’influence de lobbies et de politiques. Certains ont même prétendu faire interdire la psychanalyse par la loi, ce qui certes peut faire sourire, mais montre le parti pris irrationnel qui sous-tend des démarches dont la HAS se fait malheureusement l’allié objectif.

    La FASM constate que ces recommandations viennent s’ajouter à un certain nombre d’autres dysfonctionnement qui interrogent sur le fonctionnement et l’indépendance de la HAS : rappelons pour mémoire le retrait à la suite d’une décision du Conseil d’Etat des recommandations de bonnes pratiques de 2009 concernant le traitement médicamenteux du diabète type 2, ou celles concernant la maladie d’Alzheimer que le président de la HAS a pris lui-même l’initiative de retirer.

    Ces recommandations sur l’autisme apportent une preuve de plus que la HAS n’est plus, si elle l’a jamais été, la haute autorité indépendante susceptible d’aider les professionnels à améliorer la qualité des soins et d’apporter garantie et confiance aux personnes en souffrance et à leur entourage. En l’occurrence, loin de faire avancer un consensus sur les bonnes pratiques, elle réactive par son absence de rigueur et une éthique discutable des conflits inutiles et dommageables pour les usagers eux-mêmes.

    Contacts presse :

    Dr Bernard DURAND

    Président

    email : b.j.durand@free.fr

    Tel : 06 85 21 38 79

  • Pourquoi la Haute autorité de la Santé se discrédite

    Pourquoi la Haute autorité de la Santé se discrédite

    par Guy Baillon, publié le 15/03/12 sur le site du Huffington Post

    Pourquoi la Haute autorité de la Santé se discrédite

    par Guy Baillon

    La compétence espérée de la HAS est qu’elle défende la réalité des connaissances en matière de santé. Voilà qu’elle interdit la psychanalyse !

    On ne peut en vouloir à des familles en grande douleur d’exprimer leur angoisse, et devant les lenteurs des progrès réalisés dans le domaine des troubles psychiques graves, comme les psychoses et les troubles graves du développement et l’autisme d’exprimer des doutes. Mais certaines se disent avoir comme ennemis les acteurs des soins, et pour cela s’appuient sur les fausses interprétations faites par certains médias autour de termes scientifiques employés par les uns et les autres, alors que ces termes ont un sens précis dans le strict domaine qui est le leur. La HAS les suit !

    Précisons d’abord que les certitudes que nous avons sur le plan de la connaissance de la vie psychique restent modestes sur le plan strict de la science, alors que les prétentions de certains chercheurs sont parfois sans limite, d’où des excès, source d’incompréhensions multiples. En termes simples tout ce que nous savons sur le psychisme de l’être humain montre que du début de sa vie à la fin, l’homme se développe sous des influences multiples, et que les trois grands axes de nos connaissances, les dimensions physiques, psychiques et environnementales (ou relationnelles), sont dans une intrication constante, depuis le bébé qui vient de naître (cette boule de chair si vulnérable qui attend tout de nous) à la personne qui avant de s’éteindre partage avec nous son dernier souffle (et nous écoute encore).

    Il n’en est pas moins vrai qu’un certain nombre de chercheurs et, en arrière plan, d’acteurs de la société civile se sont à différentes reprises laissé prendre à l’absence de limite de leurs appétits d’argent et de renommée, ils ont souvent pris le parti d’exagérer la portée de leurs découvertes.

    Cela a été dit à propos de l’éducation à différents moments de notre histoire, avec les excès que l’on connaît, ce qui n’annule en rien le rôle essentiel de l’éducation dans l’évolution de l’homme. Cela a été dit récemment pour la psychanalyse, qui s’est montrée arrogante dans l’attitude de certains, ce qui n’empêche de reconnaitre l’importance de l’affect et ses expressions inconscientes influant nos choix de vie. Cela a été dit à propos des découvertes faites sur notre corps et des illusions sur nos programmes génétiques, certes ils n’ont aucun effet direct sur notre vie psychique, ce qui n’annule pas les espoirs de découvrir des explications biologiques à certains aspects de notre psychisme, comme c’est le cas pour certaines modalités de notre humeur (joie, tristesse).

    Mais certains termes ont été transposés sans nuance dans des champs différents : ainsi évoquer que la psychanalyse est utilisée auprès des enfants psychotiques a fait croire que l’on appliquait la méthode utilisée chez l’adulte pour lui permettre de comprendre ses choix névrotiques.

    Parler de la psychanalyse pour l’autisme n’a pas pour les soignants comme objectif d’y mener la cure type utilisée dans les névroses pendant des séances se répétant plusieurs années de suite. Cette méthode n’est pas utile pour les enfants, ni pour les patients dits psychotiques qui ont au contraire besoin du regard pour échanger et parler. Dire qu’elle est utilisée là est faux. Par contre la formation psychanalytique des soignants les aide à être attentifs aux manifestations de l’affect de leur patient, pour que ceux-ci y aient accès plus consciemment.

    Par ailleurs à l’encontre de certains courants analytiques outranciers : nous pouvons dire que tous les soins dits « institutionnels », c’est-à-dire collectifs, utilisent comme base une dimension éducative et comportementale quotidienne : en effet tout ce qui est de l’ordre du règlement intérieur (qu’il soit écrit, oral ou sous-entendu il existe dans toute structure) est pure expression éducative et comportementale. Donc même dans les espaces institutionnels où l’on dit utiliser la psychanalyse seule, le comportemental est toujours présent.

    Nous pouvons affirmer aussi que la psychanalyse est présente dans de nombreux espaces qui ne s’affichent pas comme férus de psychanalyse, dans la mesure où ceux-ci veulent s’appuyer sur l’utilisation de l’écoute, de la parole et de la recherche d’une plus grande liberté de pensée, tentant de percevoir ce qui nous influence pour trouver plus de liberté. Ils sont imprégnés des découvertes de la psychanalyse, autour de l’humain.

    Par contre ce qui est redoutable et inacceptable des différents côtés, c’est de faire croire que l’on peut créer des structures de soin autour d’une seule idée, chacun y perd sa liberté ; de ce fait pour des troubles aussi graves que l’autisme et les psychoses chacun doit être attentif pour que le fonctionnement de cette structure ne s’affiche pas comme ne reconnaissant qu’une seule influence, qu’elle soit comportementale, biologique ou psychanalytique. Les familles ont raison de se révolter devant des options qui n’utilisent qu’une référence. C’est le devoir de l’Etat que de les protéger. Ce devait être le choix de l’HAS.

    Aussi le choix de la HAS de dire que la psychanalyse doit être interdite, est un choix entaché d’attitude partisane, qui ne s’explique que par le souci d’obéir à un diktat politique auquel elle se soumet. Le pouvoir pense gagner aux élections quelques voix « familiales » en faisant croire qu’il peut condamner des soins utilisant des termes qui leur font peur : parler de l’inconscient de chacun fait peur, tout comme la folie fait peur. Cette peur est juste et normale, le but de l’homme c’est de dépasser ses peurs pour créer sa liberté. C’est en soutenant l’homme dans sa connaissance de soi et du monde qu’il va pouvoir maîtriser cette peur, signal utile pour chacun.

    Nous sommes là dans une démarche consciente, voulue par la personne. Interdire un mode de pensée (psychanalyse, éducation et comportement sont des modes de pensée) frise l’absurde, ouvre la porte à tous les excès permettant la domination de certains hommes par d’autres, grâce à l’obscurité croissante ainsi créée par cette interdiction.

    Toute proposition de soin ou d’éducation affirmée, voulue comme « monothérapique » ou « monoéducative » constitue un vrai danger pour l’homme, car elle est une fermeture. Voilà ce que devrait affirmer l’HAS. La seule raison qui explique la soumission des membres de l’HAS à quelques paroles terrorisantes (la majorité des familles ne le pense pas) est leur dépendance à l’Etat : ils lui doivent leur poste social influent.

    L’erreur la plus lourde de l’Etat est de ne pas comprendre que la rencontre avec les personnes en grande difficulté psychique comme les personnes dites psychotiques, et les personnes dites autistes, ou présentant des troubles graves du développement, exige d’affirmer que l’origine de ces troubles est « multidimensionnelle » et de veiller à ce que l’aide apportée soit aussi « multidimensionnelle », c’est-à-dire intègre les apports respectifs des trois grandes dimensions impliquées dans la vie psychique, la dimension psychique, la dimension physique, la dimension relationnelle, ce qui crée pour chacune une ouverture en continuité avec l’ensemble des acquisitions actuelles dans ces trois domaines. Cette multidimension, le Professeur Roger Misès, acteur de premier plan dès 1950, nous rappelle inlassablement dans ce débat qu’elle est la donnée fondatrice de notre pratique et de notre pensée en psychiatrie.

    La compétence espérée des membres de la HAS est qu’elle défende la réalité des connaissances, mais aujourd’hui sous la pression de quelques mouvements de familles en grande douleur, ils font le choix de l’ignorance, prenant à la lettre les termes falsifiés de certains médias, simplement parce que cela favorise les choix politiques pré-électoraux du gouvernement.

    Aujourd’hui en 2012 il est enfin temps de dépasser toutes les polémiques qui ont agité ces différents domaines et ont pu les opposer entre eux. Toutes les souffrances évoquées ici ont besoin de ce calme, de la modestie et de l’estime mutuelle des différents acteurs du soin psychique. Nous sommes en droit, à l’approche des élections, d’espérer que la HAS revienne à la raison et nous aide à obtenir l’attention de nos futurs élus pour redonner ce calme et cette énergie à tous ces acteurs du soin et refonder une psychiatrie ouverte et libre.

    Le Huffington Post

  • Comme on pouvait s’y attendre…

    Comme on pouvait s’y attendre…

    par Michel Lecarpentier

    Comme on pouvait s’y attendre…

    Michel Lecarpentier

    « La science manipule les choses et renonce à les habiter. » disait Maurice Merleau-Ponty dès la première phrase de L’œil et l’Esprit, son dernier écrit.

    Claude Lefort, dans sa préface commentait : « Merleau-Ponty interroge la vision, en même temps que la peinture. Il cherche, une fois de plus, les mots du commencement, des mots, par exemple, capables de nommer ce qui fait le miracle du corps humain, son inexplicable animation, sitôt noué son dialogue muet avec les autres, le monde et lui-même – et aussi la fragilité de ce miracle. »
    Comme on pouvait s’y attendre, la Haute Autorité de Santé, touchée par l’idéologie dominante de la science éducative, comportementale et développementale, conteste aujourd’hui officiellement la psychanalyse, la psychothérapie institutionnelle et le packing dans les pratiques d’approche des personnes qui souffrent de la massivité de leurs problématiques autistiques.

    Ce qui est déterminant structurellement pour les humains est oublié. Nous assistons à une régression topique et économique, à une idéologie qui fait prévaloir les rapports utilitaristes, de conditionnement, voire de domination dans les commerces humains. Cette régression des politiques publiques et étatiques dans de très nombreux pays se manifeste à l’extrême, par la fréquente utilisation des chambres d’isolement et des contentions, en psychiatrie comme dans d’autres services du champ sanitaire ou médico-social. Ce symptôme ordinaire fait prévaloir les stratégies de contrainte à dominante sado-masochiste, dont les protocoles visent la sécurité et requièrent une docilité acceptée. La décision de la HAS survient dans ce contexte.

    « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivait Rabelais en 1532. Médecin, il incitait à ne pas tomber dans une illusion scientiste simpliste. Aujourd’hui, il nous faut veiller à ne pas méconnaître la complexité de l’existence qui est toujours une co-existence. La simplification consensuelle des réponses normatives tend à écraser cette question de la complexité, la rabattant sur des considérations oubliant que l’humain se spécifie de ce qu’il peut dire, de sa façon de s’incarner dans sa parole… Les problématiques autistiques se trouvent donc aujourd’hui à une place paradigmatique, puisque justement le rapport au langage y est au premier plan.

    Freud, dans son hommage à J.-B.Charcot dont l’approche faisait prévaloir le « visuel » dans l’observation anatomo-clinique, précisait l’avancée de son approche psychanalytique : au-delà de ce qui peut se voir et se corriger, il proposait d’écouter la parole de la personne pour qu’elle puisse se construire dans son rapport au monde, à autrui et à sa propre subjectivité.
    Comment aujourd’hui faire entendre l’importance de demeurer attentif à cette nécessité de préserver des espaces où quelque chose puisse se dire et s’entendre d’une position subjective ? Cette exigence peut apparaître paradoxale quand elle concerne des personnes ayant une tendance autistique qui les confronte, plus que toute autre, à des difficultés extraordinaires à dire et à se faire entendre pour pouvoir se construire avec les autres.

    L’humain s’incarne dans le langage qui construit son devenir en situation, à la condition de pouvoir se trouver dans la situation vécue de partager avec autrui l’énigme du désir de chacun. « L’art de l’écoute et de l’écho » (L. Bonnafé) peut toujours être mis en précarité par les occasionnelles dominantes idéologiques des politiques proposées par les autorités.

    Demeurons « paradoxalement ouverts à l’espoir » (F. Tosquelles) dans nos contacts avec les personnes qui viennent à notre rencontre, comme jadis les professionnels de l’hôpital de Saint-Alban en Lozère où, durant la seconde guerre mondiale, aucun malade n’est mort de faim, alors que 40 à 60000 de nos concitoyens subissaient l’hécatombe des fous.

    Il importe donc que tous nos concitoyens puissent exercer leur libre choix et leur citoyenneté de plein droit en rencontrant les professionnels de leur gré. Toute assignation statutaire par la HAS, comme celle concernant les personnes autistes de tous âges, devenant impérative me semble receler la proposition d’une citoyenneté restreinte, voire d’exception qui requiert notre vigilance, car la forme de notre cité peut s’en trouver infléchie : la logique des discriminations dites positives, privilégie le fait d’avoir des semblables sur le discours qui respecte chacun dans ce qu’il est de plus singulier. C’est l’enjeu de toute organisation collective que de pouvoir ou non être en prise sur cette question du singulier. Il s’agit de demeurer ouvert à l’accueil de chacun pour ce qu’il est unique et distinct de tout autre. Le cheminement que nous pouvons alors partager avec lui et son entourage prend sens à la condition de respecter éthiquement les disparités subjectives qui se manifestent dans nos rencontres.

    « Ça fait longtemps que ça dure, mais ça ne fait que commencer », disait Samuel Beckett.

    Dr Michel LECARPENTIER. Avec l’accord des Dr Jean OURY, P. BICHON, P. COUTURIER, C. DU FONTBARE, D. ROULOT, Psychiatres à la Clinique de La Borde, et du Pr Pierre DELION, Pédopsychiatre CHRU Lille. Jeudi 8 mars 2012

  • Prise de position à la suite des recommandations de l’HAS sur les prises en charge TED/TSA

    Prise de position à la suite des recommandations de l’HAS sur les prises en charge TED/TSA

    Pierre Delion

    PRISE DE POSITION A LA SUITE DES RECOMMANDATIONS DE L’HAS SUR LES PRISES EN CHARGE DES TED/TSA

    L’HAS s’oppose formellement à toute pratique d’enveloppement humide (packing), même à titre exceptionnel, à l’exception de la recherche entreprise (PHRC Lille).

    La sortie des recommandations de l’HAS est une catastrophe pour les enfants autistes qui bénéficient du packing et leurs parents. Cette décision prise par une autorité scientifique est contraire à la réalité scientifique, clinique et thérapeutique.

    En effet, les éléments en présence sont les suivants :

    —  d’un côté,

    — un soin pratiqué par des dizaines d’équipes de pédopsychiatrie françaises pour traiter notamment les automutilations de certains enfants autistes, en accord avec les parents des enfants concernés (je rappelle que le packing ne prétend pas guérir l’autisme, tout juste soigner des comportements-problèmes),

    — une recherche menée dans le cadre d’un Programme Hospitalier de Recherche Clinique validé par des experts habilités et financés par le ministère de la Santé portant sur l’efficacité du packing dans les troubles graves du comportement des enfants TED/TSA,

    — un avis favorable du Haut Conseil de la Santé Publique indiquant l’absence de risques de la technique et

    — un avis favorable du Comité de Protection des Personnes sur les aspects éthiques de la technique,

    — des articles référencés (encore peu nombreux) sur l’efficacité du packing.

    — De l’autre,

    — une campagne calomnieuse et diffamatoire, nationale et internationale, orchestrée par des associations de parents d’enfants autistes à partir de fantasmes (aucune plainte de parents n’est reçue à ce jour) et s’en prenant, bien au-delà du packing à la psychanalyse et à la psychothérapie institutionnelle, aboutissant à la publication dans le Journal of American Academy of Child and Adolescent Psychiatry d’une lettre d’opinion, « Against the packing« , dénonçant cette technique sans aucun argument scientifique à l’appui, signée par plusieurs grands scientifiques,

    — une reprise de ces désinformations par des politiques pressés d’en découdre avec la pédopsychiatrie, et

    — une médiatisation trop partisane des éléments en présence.

    L’HAS, en prenant cette décision contraire à ses objectifs scientifiques affichés, se disqualifie gravement et met les praticiens concernés par cette technique dans une difficulté supplémentaire vis-à-vis des parents des enfants actuellement pris en charge par la technique du packing qui en réclament la prorogation.

    Elle empêche gravement la réalisation de la recherche entreprise en soumettant les chercheurs concernés à un paradoxe difficile à dépasser, puisqu’il les oblige à demander à des parents l’autorisation d’inclure leur enfant dans une recherche visant à prouver l’efficacité d’une technique qu’elle interdit par ailleurs.

    Au-delà de l’indignation que ces recommandations soulèvent dans les milieux professionnels et chez les parents des enfants concernés qui n’ont pas eu leur mot à dire, contrairement aux détracteurs qui ont confisqué le débat, c’est toute la chaîne des décisions scientifiques qui est remise en question dans notre démocratie contemporaine. Cet état de fait ne pourra rester sans effets ni sans suites.

    Pierre Delion, Lille, le 7 Mars 2012

  • Meeting du Collectif des 39 le Samedi 17 mars de 9h à 18h , à Montreuil A la Parole Errante

    Meeting du Collectif des 39 le Samedi 17 mars de 9h à 18h , à Montreuil A la Parole Errante

    Programme en fin d’article

    Samedi 17 mars de 9h à 18h , à Montreuil

    A la Parole Errante

    A moins de 2 mois d’échéances électorales importantes, nous avons décidé de nous adresser aux candidats à l’élection présidentielle pour leur demander de préciser leur position et de répondre à nos demandes formulées dans notre manifeste. Les représentants du P.S., du Front de Gauche, d’E.E.L.V., du N.P.A., nous ont déjà assurés de leur présence.

    Nous leur dirons aussi combien la politique sécuritaire amalgamant les malades mentaux à des délinquants ou à des criminels potentiels est, au-delà du caractère insultant et erroné de cette affirmation, une entrave majeure à une politique de soins digne de ce nom.

    Nous leur dirons comment la dimension relationnelle, spécificité centrale de la pratique soignante, ne peut pas être standardisée, protocolarisée, normée, référencée à des « normes qualité » comme des objets, ou des produits de consommation, promue comme tel par les procédures d’évaluation, d’accréditation.

    Nous leur transmettrons à quel point ces procédures ont généré depuis une dizaine d’années dans les établissements, une bureaucratie tatillonne, abêtissante, détournant la mission de soins vers des critères comptables et de productivité deshumanisante.

    Nous leur expliquerons qu’ hélas la Haute autorité de santé (l’H.A.S.), à travers ses conférences de consensus, de recommandation ou de processus de certification, tente de faire appliquer des conceptions opposées et étrangères à ce qui fait le fondement de nos pratiques cliniques.

    Nous leur démontrerons que les pratiques évaluatives prônées par L’H.A.S. tentent d’exclure la dimension psychopathologique du champ de notre discipline.

    Nous leur dirons comment l’utilisation abusive et idéologique de découvertes scientifiques récentes envahit le discours social ambiant, toujours en quête de sensationnalisme, espérant des issues rassurantes aux inquiétudes de l’époque. Ces excès tentent de détourner les soignants, les patients et les familles des vrais problèmes auxquels nous sommes confrontés : pénurie de moyens, insuffisance de la formation, conception réductrice de la souffrance psychique.

    Nous leur dirons aussi combien la psychanalyse a été et reste une compagne fidèle et indispensable de la psychiatrie, ou tout au moins pour ceux qui pensent que la maladie mentale est une maladie de la relation aux autres, à soi-même, au monde. La psychanalyse n’est pas une technique comme une autre. Elle représente un apport culturel indispensable à la compréhension du fonctionnement psychique humain. Ses concepts peuvent être d’une aide précieuse dans le travail au quotidien pour les équipes soignantes dans leur confrontation avec la psychose, av ec les angoisses et les complexités des enjeux institutionnels.

    Nous dirons avec force que nous refusons ce système qui demande en permanence de se plier à la norme des « trois P » :

    – apporter la preuve de résultats immédiats quant on sait que l’évolution pour les pathologies les plus complexes se mesure dans la durée,

    – prédire l’avenir,

    – instaurer la peur à l’égard des malades mentaux.

    De telles perspectives sont inconciliables avec une hospitalité de la folie.

    Nous dirons avec force et enthousiasme nos espoirs en la possibilité d’une pratique où chacun pourrait se sentir investi, concerné, attentif et fier de son engagement : telle est la psychiatrie de l’hospitalité que nous appelons à refonder.

    Nous sommes prêts à débattre de ces questions et nous dirons avec conviction que seules des confrontations sincères et sans anathème peuvent nous permettre à tous, soignants, patients, parents, d’écrire une nouvelle page d’histoire de la psychiatrie.

    Pour penser tout cela, pour avancer dans nos élaborations nous serons entourés à ce meeting par des magistrats, des philosophes, des sociologues, des neurobiologistes, des hommes d’Etat.

    Ce grand moment préparera les Assises de la psychiatrie que nous organiserons à l’automne.

    PROGRAMME

    Meeting du 17 Mars 2012

    Quelle hospitalité pour la Folie pour

    2012 ?

    9h 15 – Ouverture : Stéphane Gatti – La Parole Errante

    Emile Lumbroso, Psychologue clinicien

    Antoine Machto Psychologue clinicien

    Elie Winter, Psychiatre

     Table ronde « Le Sécuritaire » –

    Enfants, adolescents, adultes en difficultés psychiques sont-ils les nouveaux symptômes de la folie sécuritaire ? Prévenir, éduquer, soigner, protéger, sont ils des concepts dépassés dans une société où un certain discours politique revendique le contrôle, la surveillance et la contrainte comme principes de gouvernement.

    Animé par Hervé Bokobza, Psychiatre

    Lysia Edelstein, Psychologue -Protection Judiciaire de la Jeunesse

    Sylvianne Gianpino , Psychologue – Psychanalyste -Présidente du Collectif « Pas de zéro de conduite »

    Serge Klopp, Cadre infirmier

    Serge Portelli, Magistrat – vice-Président du Tribunal de Paris

    Pierre Sadoul, Psychiatre

    Pierre Joxe, Avocat, ancien ministre de l’Intérieur, de la Défense, ancien membre du Conseil Constitutionnel.

     Table ronde« Le Scientisme » –

    L’Homme Machine ?

    La politique de santé mentale actuelle tente de faire de la maladie psychique un déficit d’adaptation à la société, un handicap qu’il suffirait de compenser par un meilleur réglage de la « machine cerveau ».Le rêve scientiste de la réduction du sujet à un organe trouve de nouveaux adeptes qui nous présentent leurs « découvertes » comme des avancées décisives de la recherche scientifique.

    Quelle type de société, quelle conception de l’humain sous tendent un tel projet ?

    Animé par Philippe Bichon, Psychiatre

    Jacqueline Berger, Journaliste

    Loriane Brunessaux, Psychiatre

    André Coret, Physicien

    Guy Dana, Psychiatre –

    François Gonon, Neurobiologiste – Directeur de recherche CNRS Bordeaux 2

    1 – Table ronde La Norme –

    Les protocoles, les certifications, les évaluations ne nous laissent plus de répit. Ils sont censés protéger « l’usager » et guider les professionnels dans leurs actes vers le risque zéro, zéro pensée, zéro créativité, zéro liberté.

    Uniformité, homogénéité, traçabilité, tel est le programme que nous impose la Haute autorité sachante qui vient de se signaler par des prises de position qui ne cachent plus leur hostilité déclarée à une psychiatrie ouverte sur l’inestimable de la relation humaine »

    Restera-t-il alors encore un peu d’humain dans l’homme pour écouter l’inattendu

    Animé par Patrick Chemla, Psychiatre

    Mathieu Bellahssen, Psychiatre

    Marie Cathelineau, Psychologue clinicienne

    Hélène Davtian, Psychologue clinicienne, auteur de « Frères et sœurs face aux troubles psychotiques »

    Pierre Dardot, Philosophe

    Pierre Delion Professeur de Pédopsychiatrie

    Fred, Mathieu, Association Humapsy.

    Conclusions :

    Mathieu Bellahssen, Guy Dana, Hervé Bokobza

    Dominique Voynet , Maire de Montreuil, fera une intervention d’accueil.

    Des représentants des candidats à l’élection présidentielle nous ont donné leur accord pour participer au meeting et prendre position par rapport à notre Manifeste.

    Interviendront au cours de la journée :

    Hélène Franco, en charge des questions de libertés pour le Front de Gauche et Jean Luc Gibelin, en charge des questions de santé pour le front de Gauche pour Jean Luc Mélenchon,

    Jean Claude Laumonier du NPA pour Philippe Poutou,

    une représentante d’Europe Ecologie Les Verts, et Aline Archambaud sénatrice pour Eva Joly.

    Mr Razzi Hammadi secrétaire national du P.S., et un membre chargé des questions de santé auprès de François Hollande

    De nombreux messages, de courtes interventions supplémentaires seront exprimées tout au long de la journée.

  • Le Packing : une video

    Le Packing : une video

    Voici une vidéo sur le packing tel qu’il se pense et se fait dans un hôpital de jour sous la houlette d’Anne-Marie Vaillant.

    Télécharger la vidéo 1(MP4)Télécharger la vidéo 2(MP4)

  • Appel à une plateforme consensuelle pour l’année Autisme 2012

    Appel à une plateforme consensuelle pour l’année Autisme 2012

    Signez la pétition !

    APPEL A UNE PLATE FORME CONSENSUELLE

    POUR L’ANNEE AUTISME 2012

    Nous, professionnels de la santé, parents d’enfants TED/TSA, enseignants, chercheurs, intellectuels, éducateurs, et tous les membres de la société civile concernés, venus de tous horizons, demandons que l’autisme, grande cause nationale pour l’année 2012, cesse d’être l’enjeu de batailles opposant de façon stérile les approches nées de conceptualisations, d’époques ou de découvertes scientifiques que l’on voudrait rendre divergentes.

    Nous sommes conscients que des praticiens de la psychanalyse ont soutenu des positions blessantes en laissant penser aux parents qu’ils étaient coupables de la maladie de leurs enfants, en adoptant avec eux une attitude distante et sans empathie, et en proposant des prises en charge trop légères, alors que tout le monde s’accorde à dire aujourd’hui qu’elles doivent être précoces et intensives. Mais cette époque est désormais en grande partie révolue. D’ailleurs, la plupart des équipes de pédopsychiatrie, y compris celles qui sont de formation psychanalytique, ont construit vis-à-vis de la pathologie autistique des dispositifs centrés sur l’enfant et ses parents, sans abandonner la réflexion psychanalytique, mais en en approfondissant ses concepts, au départ plutôt réservés à la névrose, voire en en créant d’autres plus adaptés à ces pathologies spécifiques du début du développement, tout en y associant beaucoup d’autres courants théoriques allant des neurosciences à la psychologie développementale et à l’histoire des idées.

    Nous sommes également conscients, qu’à l’autre extrême, des partisans de l’éradication de la psychanalyse en ont profité pour s’en prendre, de manière injuste et excessive, à des praticiens qui ne sont en rien responsables de telles dérives, et en insistant, en miroir des psychanalystes déjà évoqués, sur telle ou telle méthode comme étant la seule à pouvoir apporter des réponses aux grandes et complexes questions posées par l’autisme, devenant à leur tour l’enjeu des mêmes conflits stériles.

    Ces oppositions, attisées par des conflits idéologiques de différents niveaux, empêchent la réalisation de débats entre les partenaires concernés, certes contradictoires, mais respectueux des opinions de tous, et conduisent des responsables politiques insuffisamment informés à utiliser ces tensions pour éviter la question des moyens nécessaires pour répondre à tous les besoins exprimés par les parents et les professionnels. Car c’est bien d’un manque cruel de moyens humains et d’équipements dont il s’agit en la matière.

    Il va de soi que ces moyens, s’ils étaient suffisants, devraient permettre aux enfants concernés de recevoir, le plus précocement possible grâce à une prévention réelle et efficace, une éducation spécialisée faisant appel aux méthodes choisies par les parents eux-mêmes, une pédagogie sous la forme d’une scolarisation ou tout autre moyen facilitant les apprentissages délivrée par l’éducation nationale et le secteur médicosocial, et une thérapeutique si nécessaire, fournie par les équipes de pédopsychiatrie de secteur dont c’est la mission, ainsi que par les équipes du médicosocial qui disposent des moyens de le faire, le tout sans que les parents, qui ont la responsabilité des décisions dès lors qu’il s’agit de leurs enfants, aient à assumer les surcoûts occasionnés par ces pathologies qui doivent être prises en charge par la solidarité nationale.

    Nous demandons avec solennité, et selon les principes intangibles de liberté de pensée, que soient respectées, s’agissant de l’autisme et de tous les autres TED/TSA, toutes les approches susceptibles d’aider les familles et de soulager leurs souffrances et celles de leurs enfants et de respecter leur dimension d’êtres de relation.

    Nous demandons que les professionnels appelés à travailler ensemble avec leurs compétences distinctes autour de chaque enfant, prennent un engagement de respect mutuel et de découverte des spécificités des autres, dans l’idée de créer des constellations de prises en charge tenant le plus grand compte de tous les paramètres énoncés précédemment (éducatif, pédagogique et thérapeutique), et de le faire, chaque fois que cela est utile, en lien avec les Centres Ressources Autismes. Il en va de la pertinence des dispositifs pour chaque enfant, sachant l’extrême polymorphisme des TED/TSA.

    Nous demandons aux chercheurs, aussi bien en génétiques et neurosciences qu’en sciences humaines et cliniques, d’aider les professionnels à intégrer leurs travaux dans les pratiques et à contribuer au débat général avec leur expertise spécifique, tout en sachant rester neutres au-delà du périmètre de leurs compétences particulières. Cette demande connaît une grande importance en ce qui concerne les prochaines recommandations de l’HAS, qui doit, pour des raisons éthiques, soutenir la diversité et la complémentarité des différentes approches des TED/TSA et s’éloigner ainsi de toute vaine polémique. En cette occurrence, elle s’honorerait de ne pas céder aux sirènes dévastatrices du lobbying et de laisser aux scientifiques la possibilité d’explorer les pistes, sans exclusive, qui permettront de faire dialoguer les neurosciences, les approches cognitivistes et les sciences humaines pour le plus grand profit des personnes présentant un TED/TSA, de leurs familles et des professionnels qui les prennent en charge.

    Nous demandons enfin aux politiques qui doivent organiser les cadres dans lesquels pourront se réaliser ces prises en charge optimales, de ne pas interférer dans les champs de compétences professionnels, mais d’aider à l’amélioration des conditions dans lesquelles les personnes avec TED/TSA sont aujourd’hui, et seront demain, accueillies et prises en charge, en permettant non seulement d’intégrer les différentes recherches disponibles ou en cours d’expérimentation aujourd’hui, mais de le faire sans oublier que la qualité de la relation humaine qui doit entourer ces enfants et leurs parents est en partie conditionnée par les moyens alloués à cette cause nationale. Il serait d’ailleurs urgent et sage d’évaluer scientifiquement la réalité des réponses apportées actuellement par les services sanitaires et médicosociaux afin de mieux préciser ce qui reste à améliorer voire à changer dans ce domaine complexe, plutôt que d’en rester aux clichés caricaturaux et approximatifs.

    D’ores et déjà ont accepté de signer cette plate forme :

    Ghislaine Meillier (Parent, Vice Présidente Sesame-Autisme 59-62), Marie Cauli (Professeur des Universités, anthropologue, Lille), Jacques Constant (Pédopsychiatre, Chartres), Jacques Hochmann (Professeur des Universités, Lyon), Catherine Legrand Sebille (Maître de conférences, anthropologue, Lille), Bernard Golse (Professeur des Universités, pédopsychiatre, Paris), Patrick Alary (Psychiatre, Pau), Pierre Delion (Professeur des Universités, pédopsychiatre, Lille), Guy Baillon (Psychiatre, Paris), Michel Balat (Sémioticien, Psychanalyste, Perpignan), Elisabeth Roudinesco (Historienne, Paris VII), Jean Paul Francke (Professeur des Universités, Lille), Jean Oury, Médecin-Directeur Clinique de La Borde, Danielle Roulot, Psychiatre, La Borde, Jean David Attia (Pédopsychiatre, Nîmes), Simone Pougnet (Cadre DASS, Montpellier), Roland Gori (Professeur des Universités, Marseille), Bernard Durand (Psychiatre, Président de la Fédération Croix Marine, Paris), Gisèle Apter (Pédopsychiatre, Paris), Henri Rey Flaud (Psychanalyste, Professeur des Universités, Montpellier), Cécile Spiesser (Psychiatre, Paris), Catherine Clément ( Ecrivain et Philosophe, Paris), Mileen Janssens (Psychologue, Gand, Belgique), Liliane Kandel (Sociologue, Paris), Henri Roudier (Professeur, Paris), Magnus Johansson (Professeur des Universités, Psychanalyste, Göteborg), Marco Antonio Coutinho Jorge (Professeur des Universités, Psychiatre, Psychanalyste, Rio de Janeiro), Julia Borossa (Historienne, Professeur Université Londres), Georges Saulus (Psychiatre, conseiller technique, Lozère), Laure Murat (historienne, professeur à UCLA, Berkeley), Caterina Koltai (psychanalyste, Professeur à la COGEAE-PUC-SP), C.Lucia Valladares (psychanalyste, Professeur à COGEAE-PUC-SP), Antoine Courban (chef du Département de Médecine et Humanités (USJ, Liban), Elisabeth Badinter (philosophe), Marie-Lise Lacas, Alain Vanier (psychiatre, psychanalyste professeur de psychopathologie, Paris VII), Marie Allione (Pédopsychiatre, Alès), Claude Allione (Formateur, Psychanalyste), Martine Bacherich-Granoff (Psychanalyste), Catherine Salinier (Pédiatre, Bordeaux), Caroline Eliacheff (Pédopsychiatre, psychanalyste), Cosimo Santese (Psychologue, psychanalyste, Alès), Georges Lançon (Psychiatre, Bagnoles sur Cèze), Ghislaine Ziv (Infirmière pôle psychiatrie, Alès), Guy Sapriel (Psychiatre, Psychanalyste, Paris), Michel Bouquet (Directeur CHRS), Myriam Duprat(Infirmière), Sophie Lamour (Parent, Militant à Sesame Autisme), Michel Montès (Psychiatre), Jérémy Marmoret (Psychologue), Martine Fourré (Psychanalyste), Wilfried Gontran (Psychologue), Grégoire Nazarian, Yvon Girad (Psychologue), Gildas Le Bayon (Psychiatre), Arnaud Fossaert (Pédosychiatre), Martine Trouilhas-Pascal (Pédopsychiatre), Brigitte Delmas, psychomotricienne

    Anne Sabadel, Psychomotricienne,

    Agnès Benedetti, Psychanalyste,

    Stephan Chedri, Psychanalyste,

    Loïc Andrien, chef de service éducatif, formateur, fondateur et rédacteur en chef de la revue Zeo,

    Jean-Marc Menard, Psychologue – Psychanalyste,

    Françoise Méric, éducatrice spécialisée,

    Françoise Roland, Orthophoniste,

    Sylvie Svetoslavsky, Psychanalyste,

    Pierre Poisson, Psychanalyste,

    Dominique Tourrès-Gobert, Pedopsychiatre, Psychanalyste,

    Didier Houzel, professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent,

    Anne marie Latour, psychomotricienne,

    Gérard Barou, infirmier,

    Jean-Luc Brochard, éducateur spécialisé,

    Gilles Olivier Silvagni (psychanalyste),

    Michel Rotfus (professeur de philosophie),Nicolas Geissmann, psychiatre des hôpitaux,

    Pascal Aubrun, pédopsychiatre, père d’une adolescente autiste, Geneviève Brisac (écrivain et journaliste), Michel Patris, , chef de service de psychiatrie au CHU de Strasbourg, Christian Guibert, pédopsychiatre des hôpitaux, Uzès, Pascale Molinier, Pr de psychologie, Lenio Rizzo, Pédopsychiatre, Padoue, Italie, Gilles Perrault, ecrivain, Jean-Philippe Catonné, philosophe et psychiatre, Philippe Duverger (professeur des universités, pédopsychiatre), Marcel Rufo, Jean-Marc Baleyte, Professeur des Universités-Praticien Hospitalier, Chef du Service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, CHRU Clemenceau 14033 Caen Cedex, Monginoux Désamparados (avocat honoraire, parent d’une adulte autiste, militant de SESAME AUTISME), Philippe Grauer, psychopraticien relationnel et psychanalyste, président du SNPPsy, directeur du CIFPR, Fabien JOLY Psychologue – Psychanalyste – Psychomotricien – Docteur en Psychopathologie coordinateur du Centre Ressources AUTISMES de Bourgogne (CHU Dijon) Vice-Président du COnseil Scientifique national de l’ANCRA membre de la CIPPA – membre titulaire de la SFPEADA – membre correspondant de PréAUT – Président de l’association « Corps et Psyché » – membre du comité de rédaction du « Journal de la Psychanalyse de l’Enfant », Denis Mellier (professeur des universités, Besançon), Josette Vidal,parent d’un adulte autiste, Sésame Autisme Languedoc, Marie-Christine Hiebel-Barat, Directeur hôpital public, directeur adjoint CHU Tours, administrateur Fédération Croix-Marine, Pr. Michel Botbol Professeur de psychiatrie infanto juvénile a l’Université de Bretagne Occidentale, Brest , Jean-Daniel Causse, Professeur des universités, directeur du département de psychanalyse de Montpellier III, Guy Baillon, psychiatre des hôpitaux, Serge Tisseron, Psychiatre et psychanalyste, docteur en psychologie habilité à diriger des recherches (HDR)à l’Université Paris Ouest Nanterre, a publié de nombreux ouvrages, Joseph Mornet, psychologue, secrétaire général de la Fédération d’aide à la santé mentale Croix Marine, Faugeras Patrick, psychanalyste Alès, Hervé Bokobza, Psychiatre, membre du collectif des 39,

  • Guerre ouverte contre la psychanalyse dans le traitement de l’autisme

    Guerre ouverte contre la psychanalyse dans le traitement de l’autisme

    © Le Monde du 17 février 2012

    Guerre ouverte contre la psychanalyse dans le traitement de l’autisme

    La Haute Autorité de santé devrait rendre un avis défavorable à la pédopsychiatrie dans la prise en charge de cette maladie, suscitant l’inquiétude des professionnels.

    Des troubles qui touchent 0,6% de la population

    Dans le douloureux casse-tête qu’est le traitement de l’autisme, la hache de guerre contre la psychanalyse est à nouveau déterrée. Et ceux qui la brandissent ne sont plus seulement des associations de parents militants. La Haute Autorité de santé (HAS), qui doit rendre publiques, le 6 mars prochain, des recommandations très attendues de bonnes pratiques sur l’autisme chez l’enfant et l’adolescent, s’apprête à classer cette approche thérapeutique au rayon des  » interventions globales non recommandées ou non consensuelles « . Plus qu’un désaveu : une condamnation.

    C’est un article de Libération, publié lundi 13 février et faisant état d’une version non définitive de ce rapport, qui a mis le feu aux poudres.  » L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques, ni sur la psychothérapie institutionnelle « , peut-on lire dans cette version provisoire.

    Dans un communiqué publié le jour même, la HAS regrette  » que les phrases citées se révèlent hors contexte ou inexactes au regard de la version actuelle du document « . Interrogée par Le Monde, elle précisait, jeudi 15 février, ne pas vouloir s’exprimer plus avant sur le sujet.

    La plus haute instance sanitaire française infléchira-t-elle sa position d’ici la fin du mois, comme le lui demandent de nombreux professionnels de la santé ? Si tel n’est pas le cas, il est à craindre que cette exclusion de principe ne mette à terre le fragile consensus qui s’ébauche, depuis quelques années, entre les différents professionnels tentant de soulager cette terrible maladie.

    La mèche avait été allumée il y a quelques semaines à l’Assemblée nationale. Le 20 janvier, le député du Pas-de-Calais (UMP) Daniel Fasquelle déposait une proposition de loi visant  » l’arrêt des pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes « , au profit exclusif des méthodes éducatives et comportementales, provoquant un tollé parmi les psychiatres. Lesquels étaient soutenus par l’Union nationale des associations de parents de personnes handicapées mentales et de leurs amis (Unapei), qui estime qu’ » interdire une forme d’accompagnement ne sert à rien « .

    Comment en est-on arrivé à ce degré de violence ? A la tentative de mise au ban de toute une communauté de cliniciens dans la prise en charge d’une maladie pourtant porteuse de tant de souffrances mentales ? Pour comprendre la virulence de la croisade actuelle, il faut retourner un demi-siècle en arrière. A l’époque où l’autisme était considéré comme une psychose infantile provenant, selon la théorie du psychanalyste Bruno Bettelheim, d’une mauvaise relation de la mère à son nouveau-né.

    Une hypothèse qui a culpabilisé des générations de parents, et que la science estime aujourd’hui largement dépassée : désormais intégré parmi les troubles envahissants du développement (TED) dans la classification internationale des maladies mentales, l’autisme met en jeu, probablement dès la vie foetale, un mauvais fonctionnement des circuits neuronaux.

    Parallèlement à cette avancée des connaissances, les enfants atteints de ce lourd handicap ont progressivement bénéficié, en Europe comme en Amérique, de thérapies d’orientation comportementaliste. Sans faire de miracles – car on ne guérit pas de l’autisme -, celles-ci permettent souvent d’améliorer le pronostic et l’intégration sociale. Or la France, de ce point de vue, accuse un net retard.

    Plus globalement, les capacités d’accueil des enfants atteints de TED y restent notoirement insuffisantes. Le secteur pédo-psychiatrique étant le seul fondé à proposer une prise en charge remboursée par l’assurance-maladie, il a cristallisé la rancoeur des parents, pour qui l’accompagnement de leur enfant s’apparente souvent à un douloureux parcours du combattant.

    La psychanalyse ayant longtemps régné en maître sur la psychiatrie et sur la prise en charge de l’autisme, la tentation était donc grande, pour nombre d’associations, d’accuser cette discipline de tous les maux. De lui reprocher de continuer à culpabiliser les parents, et de freiner la mise en oeuvre des thérapies comportementales. Des reproches partiellement fondés : la culture psychanalytique reste vivace en France, et certains praticiens continuent de s’élever violemment contre la répétition d’apprentissages simples sur laquelle sont basés les méthodes Teacch ou ABA, qu’ils qualifient de  » dressage « .

    Faut-il pour autant ranimer les conflits ? Les porter sur le devant de la scène politique ?  » Il est urgent de rétablir les équilibres, de privilégier une approche moins hospitalo-centrée et plus axée sur le projet de vie et la citoyenneté, pondère Marie-Anne Montchamp, secrétaire d’Etat auprès de la ministre des solidarités et de la cohésion sociale. Mais on a besoin de la psychiatrie, de la neuropsychiatrie, et je n’exclus pas l’intérêt de la psychanalyse. Car quand un enfant autiste arrive dans une famille, tout explose. « 

    Si le temps de la toute-puissance psychanalytique a vécu, et si la plupart des médecins préconisent désormais une prise en charge éducative et pédagogique, ils rappellent aussi qu’aucun spécialiste n’est mieux placé qu’un pédopsychiatre pour prendre en considération les singularités dont souffrent les enfants autistes : difficultés à comprendre l’autre, à ressentir de l’empathie, à prendre conscience d’eux-mêmes et de leur corps.

    La Haute Autorité de la santé entendra-t-elle cet argument ?  » Mon principal souci dans cette histoire, c’est que les choses s’apaisent. Que ce soit pour les professionnels ou pour les parents, le climat actuel est extrêmement malsain. Personne n’y gagne, à commencer par les personnes autistes « , déplore le professeur Claude Bursztejn, psychiatre et président de l’Association nationale des centres de ressources autisme.

    Alors que les recommandations de la HAS se dirigeaient  » vers des consensus acceptables pour une grande partie des professionnels, la radicalisation actuelle des positions risque fort, si elles sont maintenues, de les rendre inacceptables par les équipes de pédopsychiatrie, estime-t-il. On peut toujours faire des recommandations, mais encore faut-il que les professionnels du terrain puissent se les approprier « . Déclaré Grande cause nationale 2012, l’autisme mérite plus d’égards et de progrès que de règlements de comptes.

    Catherine Vincent

    © Le Monde

  • La technique du  » packing « , enjeu d’un violent conflit

    La technique du  » packing « , enjeu d’un violent conflit

    © Le Monde du 17 février 2012

    La technique du  » packing « , enjeu d’un violent conflit

    Lille Envoyée spéciale

    Florian s’est déshabillé de lui-même. En maillot de bain dans la petite salle, il est venu s’allonger sur le lit. Céline et Yann, les psychologues qui sont avec lui, entourent doucement ses jambes d’un linge blanc. Puis tout le corps, tête exceptée. Florian, attentif, se laisse emmailloter et recouvrir de couvertures. Les deux thérapeutes s’assoient près de lui, un de chaque côté. Dans la demi-heure suivante, ce grand garçon de 10 ans, diagnostiqué autiste profond, va rire, dialoguer, rire encore, dans un moment d’intense communication et de détente. Au Centre médico-psychologique pour enfants et adolescents du CHRU de Lille, nous venons, cet après-midi de janvier, d’assister à une séance de  » packing « . Et cela n’a vraiment rien à voir avec une séance de torture.

    Le packing ? Une technique d’ » enveloppements humides  » réservée aux cas d’autisme les plus sévères, avec automutilation répétée. Pratiquée par plusieurs dizaines d’équipes en France, elle consiste à envelopper le patient dans des serviettes humides et froides (10 à 15 0C), puis à induire un réchauffement rapide. Pour ses défenseurs, les séances permettent de lutter contre les  » angoisses de morcellement  » et facilitent la relation thérapeutique. Pour ses détracteurs, dont les plus virulents sont l’association de parents Vaincre l’autisme, il s’agit d’un  » acte de torture « . Le symbole maléfique de la prise en charge psychiatrique de l’autisme. La bête à abattre.

     » Harcèlement « 

     » Je me sens remis en cause, calomnié, disqualifié. Pour ma pratique vis-à-vis des enfants que je soigne et de leurs parents, c’est terrible.  » Le professeur Pierre Delion, chef du service de pédopsychiatrie au CHRU de Lille et premier promoteur du packing en France, s’estime victime d’un  » harcèlement professionnel « . Reconnu par ses pairs pour son humanisme et son esprit d’ouverture, ce spécialiste de l’autisme devait comparaître, jeudi 16 février, devant le conseil départemental du Nord de l’ordre des médecins, suite à une plainte déposée contre lui par Vaincre l’autisme pour manquement à l’éthique médicale. Une plainte similaire a été déposée à l’encontre du professeur David Cohen, chef du service de psychiatrie enfants et adolescents de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris).

    Leur délit ? Pratiquer le packing quand ils l’estiment nécessaire. Et soutenir le principe d’une recherche scientifique portant sur l’efficacité de cette méthode, menée depuis 2008 dans le cadre d’un programme hospitalier de recherche clinique national (PHRC). Un comité de soutien s’est constitué pour défendre les deux hommes, sous la forme d’une  » lettre ouverte au conseil de l’ordre des médecins et aux familles de personnes autistes « . Mise en ligne il y a quelques semaines, elle a réuni à ce jour plusieurs milliers de signatures de professionnels de la santé.

    Révélateur paroxystique du conflit qui oppose les associations de parents au pouvoir médical, le packing va-t-il être jeté avec l’eau de la tempête ? Son efficacité thérapeutique, il est vrai, n’a jamais été prouvée autrement que de façon empirique. C’était précisément l’objet de l’essai clinique lancé en 2008, que le Pr Delion affirme avoir appelé de ses voeux pendant de nombreuses années. Mais cette recherche est devenue, de fait, irréalisable.

     » Depuis son lancement, il y a eu une telle publicité contre cette technique qu’un certain nombre de collègues et de parents ont refusé d’y participer. On est donc au point mort « , se désole le Pr Delion, qui rappelle que  » l’alternative à cette technique, ce sont les neuroleptiques à très fortes doses « . Dans l’épreuve, il trouve un élément de consolation :  » Aucun des parents des enfants sur lesquels j’ai pratiqué ces approches intégratives ne fait partie de cette vendetta. C’est la seule chose qui me réconforte. « 

    Catherine Vincent

    © Le Monde

  • Une conférence de Pierre Delion sur le site d’Annick Bouleau

    Une conférence de Pierre Delion sur le site d’Annick Bouleau

    Voici la conférence, introduite par Pierre-Johan Laffitte :

    http://ouvrirlecinema.org/pages/rep…

  • Un conte de Sigla Mundcan

    Un conte de Sigla Mundcan

    Conte à rester éveillé assis ou petite chronique du futur antérieur.

    En ces temps là, en 2043, les « Faillites des Aptitudes à Devenir Autonome » (FADA) constituaient

    un trouble au spectre très large puisqu’il incluait les aussi bien les « Troubles des Apprentissages de

    la Propreté Élémentaire » (TAPÉ), les « Troubles du Rangement de la Caisse à Jouets » (TRCJ), les

    « Troubles de la Googlelisation » (TGoog), les « Troubles Vestimentaires Adaptés » (TVA) et les

    « Troubles de la Vie Avec les Autres » (TVAA) que l’on appelait encore avant la réforme du DSM7 :

    « Trouble du Spectre Autistique » (TSA). Un trouble apparenté au TVAA fut identifié mais il resta

    heureusement très rare : le « Trouble de la Vie Avec les Autres Auvergnats » (TVtripleA)

    Notons aussi que figurait dans cette nomenclature les « troubles du départ de sa famille » (TDF),

    que l’on ne diagnostiquait toutefois qu’à partir de 30ans, et les « troubles des aptitudes à devenir

    autonome acquises trop précocement » (TADAATP) spécifiant ainsi ce que l’on nommait avant les

    enfants « surdoués ». (Pour plus d’informations, se reporter à la version du DSM 8 consultable sur

    internet et dans toutes les mairies)

    Ces troubles faisaient l’objet d’une rééducation remboursée par les assurances (privées puisque la

    sécurité sociale avait été supprimée en 2022) pour peu que l’on ait souscrit avant la naissance un

    contrat ANTI-FADA se prémunissant ainsi contre tous ces vices de développement normal.

    Ces méthodes de rééducation étaient administrées dans des établissements spécialement mis en

    place dans chaque département sous la responsabilité du préfet qui devait rendre compte au

    ministère de l’intérieur (un des derniers qui n’avaient pas été privatisés) de l’efficacité des mesures

    de redressement des comportements inadaptés. Les personnels de rééducation formés aux

    techniques de récupération en tous genres des FADA répertoriés dans le DSM8 étaient d’ailleurs

    directement rattachés à ce ministère.

    Signalons au passage que la pédopsychiatrie ayant été interdite en 2023 (juste après la suppression

    de la sécu), les psychiatres (ceux qui restaient puisque cette spécialité avait été supprimée des

    études de médecine cette même année) avaient été renvoyés dans les centres de rétention des

    malades dangereux (CRMD) qui avaient remplacé les anciens hôpitaux psychiatriques. Ceux-ci

    avaient en effet largement fait la preuve de leur inefficacité à solutionner le problème de la folie

    meurtrière des enfants dont les « troubles prédictifs des conduites potentiellement dangereuses pour

    la société » (TPCPDS) n’avaient pas été diagnostiqués suffisamment tôt (avant bien sûr que les tests

    ne deviennent obligatoires !)

    Tout allait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où un grain de sable vint

    se loger dans cette belle mécanique ? Venu de Chine (qui était depuis longtemps la première

    puissance mondiale) une nouvelle approche de ces troubles se répandit dans le monde entier.

    Remettant en cause la notion de FADA et ses méthodes de rééducation, les savants chinois

    imposèrent une autre explication de ces troubles. Pour eux, il s’agissait non de troubles adaptatifs

    pour l’autonomie par des défauts d’apprentissage mais d’une mauvaise interaction entre le dedans et

    le dehors et réciproquement, (ce qui n’était pas sans rappeler une très ancienne notion qui

    considérait la peau un peu comme une sorte de modèle pour expliquer le fonctionnement psychique

    et qu’un mentaliste français nommé Didier Anzieu avait proposé – ndlr)

    Mais ces théories fumeuses étaient complètement ignorées des chinois, il se référait plutôt à deux

    sources, d’abord leur tradition du T’ai-Chi-Chuan qui consiste à effectuer des mouvements du corps

    dans un ordonnancement précis sous la conduite d’un maître et la parfaite connaissance qu’ils

    avaient acquis sur les neurones miroirs dans leurs expériences visant à améliorer l’unité du peuple

    chinois où tout le monde devait se ressembler.

    Ce dont était atteints ces enfants se résumait à un trouble du « chez soi ne correspondant pas au pas

    chez soi et inversement » (自己,而不是另一個 en chinois)

    La techniques consistait donc à mettre au devant des enfants atteints par ce syndrome du « pas

    comme moi-même et pas comme les autres » un maître qui effectuait des mouvements précis qu’ils

    devaient imiter. Cette méthode fut appelée « Mimesis Inside Also Outside » (MIAOu). Les

    observations scientifiques menées dans le cadre d’une recherche internationale portant sur 7 enfants

    présentant ce problème montrèrent qu’ils intégrèrent les mouvements dans leur intériorité corporelle

    et donc furent plus aptes à se retrouver eux-mêmes dans leur corps et dans leur esprit et qu’ils

    furent très vite aptes à reproduire ces gestes au point qu’ils purent les transférer à d’autres gestes de

    la vie quotidienne. Une publication dans la revue « Scientific Investigation Corporation » (SIC) du

    professeur Li-Chuong fit grand bruit. Il faut ajouter que ces techniques se doublaient de médications

    traditionnelles chinoises à base de produits dont la composition restait secrète et dont une société

    basée à Shanghaï détenait les droits pour le monde entier.

    Les tenants des techniques de rééducation des comportements basées, elles, uniquement sur le

    « comme les autres » mirent très sérieusement doute doute cette idée qu’il pourrait aussi y avoir un

    « dedans » avec un « comme soi » et que de plus, ces deux instances pourraient être liées. Pour eux

    soit on était du dehors par ses comportements, soit du dedans comme le prônait autrefois une vieille

    idéologie appelée « psychanalyse » heureusement depuis longtemps interdite. De plus il s’élevèrent

    contre la prescription de médicaments d’origine incertaine, dont la caractère scientifique n’avait pas

    été prouvé et qui de plus, n’étaient pas produits par des laboratoires pharmaceutiques qui avaient

    depuis longtemps fait leurs preuves notamment dans le traitement des troubles de l’hyperactivité

    chez l’enfant (nommés dans le DSM8 « troubles adaptatifs générés antérieurement au

    développement de l’autonomie » (TAGADA). Non seulement on ne savait pas ce qu’il y avait dans

    ces médicaments mais en plus ils coûtaient fort cher.

    Mais, soutenu par la puissance chinoise dont les scientifiques avaient acquis une renommée

    mondiale (au point de rafler la plupart des prix Nobel) cette approche était en passe de devenir

    majoritaire dans l’aide aux enfants que l’on dénommait avant les FADA même si cette terminologie

    n’était plus guère utilisée dans les revues spécialisées voire même décriée comme un archaïsme

    d’une pensée révolue. Penser que l’on pouvait de l’extérieur modifier le comportement d’un enfant

    FADA était même considéré comme un mauvais traitement puisque cette approche privilégiait une

    seule face de la personne en niant totalement ses liens avec l’intériorité que la méthode MIAOu

    avait démontré. L’imitation devenait ainsi la seule méthode reconnue par la communauté des

    professionnels de l’aide aux enfants atteints de自己,而不是另一個 (troubles du « dedansdehors

     » en français). Mais des résistances se firent jour, les méthodes de modifications extérieures

    des comportements qui avaient, soutenaient ses défenseurs, largement fait leurs preuves,

    continuaient à se pratiquer malgré les réprobations des familles qui voyaient dans ces nouvelles

    théories chinoises du trouble de leur enfant une solution enfin crédible à leurs tourments.

    Ces familles regroupées en lobby mirent toute leur énergie à discréditer les anciennes méthodes de

    rééducation comportementale et les idées des pionniers de ces approches, Watson, Skinner,

    Lovaas… Des manifestations eurent lieu devant les centres départementaux de rééducation et les

    préfets durent faire remonter au ministère de l’intérieur la grogne grandissante. On assista même à

    des mises en scène montrant des rééducateurs comportementaux grimés comme des officiers des GI

    américains qui intimaient aux enfants l’ordre de répondre « yes sir » à chaque injonction. Bien sûr,

    le caractère caricatural de ces mises en scène n’échappa à personne mais elles eurent quelques effets

    sur des personnes non averties. Quelques images tournées en caméra cachée de ces manifestations

    laissèrent croire que cela se passait réellement ainsi et cela ne fit que renforcer le rejet de ces

    archaïsmes par des familles que leur difficulté à avoir un enfant FADA avaient rendues crédules.

    Le préfet du département x…. (l’enquête étant encore en cours nous préférons garder l’anonymat –

    ndlr) fit l’objet d’une plainte pour non application des dernières connaissances scientifiques en

    matière de troubles du « chez soi ne correspondant pas au pas chez soi et inversement » (自己,而

    不是另一個 en chinois). Au ministère de l’intérieur, dans la section « rééducation des

    comportements qui empêchent de devenir autonome », on était bien embarrassé. Le ministre mit en

    place une commission de spécialistes, procédé connu depuis longtemps pour enterrer un problème.

    Le temps qu’elle rende ses conclusions, les élections seraient passées car le pouvoir craignait que

    cette affaire ne lui porte la poisse pour conserver sa majorité. En effet, les lobbyistes de la méthode

    MIAOu s’affairaient dans les milieux politiques, un député fut même sollicité pour déposer un

    projet de loi visant à interdire les méthodes de rééducation des comportements. De vives

    protestations s’élevèrent, ceux qui avaient en leur temps milité pour l’interdiction de la psychanalyse

    crièrent à l’attaque contre les idées, chose que l’on avait pas vu depuis les régimes les plus

    totalitaires que notre histoire a connu.

    Des familles allèrent s’installer en Chine pour bénéficier de la méthode MIAOu directement auprès

    des maîtres de l’imitation, mais seuls les plus aisés pouvaient se le permettre. Les familles les plus

    modestes exigèrent que ces méthodes fussent proposées en France. On assista même à un marché

    noir des médications chinoises qui se vendaient à des prix prohibitifs sur internet, sans aucune

    garantie quand à leur qualité, exploitant honteusement la faiblesse des familles plongées dans le

    désarroi.

    On en était là en 2043 au plus fort de l’affrontement des « tout dehors » et des « dedans-dehors »

    lorsque un sage africain goûtait la fraicheur du soir sous un baobab. Il observait un enfant qui ne

    voulait pas aller se coucher (dans le DSM8 : Trouble de l’Adaptation au Coucher à l’Heure de

    l’Enfant – TACHE). Sa mère lui disait : « mais dis donc Doudou qu’est-ce-que t’as donc dans la

    tête ? » (l’enfant s’appelait Doudou – ndlr.) Le sage eut soudain la vision de ce qui se passait dans la

    tête de l’enfant, il y vit des pensées, des idées, des songes, des peurs, des machins… et même

    quelque part de vilaines pensées envers sa mère qui l’em… à lui demander d’aller se coucher alors

    qu’il voulait continuer à jouer. Le sage prit alors son smartphone pour le dire à son copain

    professeur de méthodologie humaine à l’Université de Saint Florian le Bénéfou (les universités

    françaises avaient été fortement décentralisées – ndlr) : « il y a quelque chose dans le tête des

    enfants ». Cette nouvelle, relayée par des sommités intellectuelles mondiales allait faire grand bruit

    et l’investigation du « dedans » se répandit comme une trainée de dynamite. Déjà les tenants des

    approches « dedans-dehors » se mobilisaient pour dénoncer cette imposture qui consistait à ne

    considérer que le « dedans » tandis que les défenseurs du « dehors » avaient depuis longtemps

    disparu.

    Sigla Mundcan (ceci est bien sûr un pseudonyme !)

  • Journée avec… Olivier Apprill et Pierre-Johan Laffitte le 24 mars 2012

    Journée avec… Olivier Apprill et Pierre-Johan Laffitte le 24 mars 2012

    La prochaine « journée avec… » aura lieu le 24 mars 2012 à Canet-en-Roussillon, à l’Écoute du Port et les animateurs seront Olivier Apprill et Pierre Laffitte.

    « Le Séminaire de Sainte-Anne s’appuie sur la pratique psychiatrique d’Oury et sur sa clinique, mais son ampleur de pensée dépasse toute catégorisation épistémologique académique. Parler même d’interdisciplinarité ne suffit pas à saisir sa singularité profonde : ce discours n’est pas un habit d’arlequin, ou pas plus que ne l’est le quotidien de La Borde. Le discours d’Oury ne se déploie qu’au sein de sa praxis, laquelle est aussi peu éclatée et contingente, que régie et gérée par des lois générales et assurées : elle est singulière. Ni pur empirisme, ni généralisable, cette praxis ne se limite pas à « être » psychiatre, mais plus fondamentalement, elle vise à poser et assumer « la » question que pose Oury, où qu’il soit : « Qu’est-ce que je fous là ? » — Le « je » en question étant certes celui d’ « un » psychiatre, mais tout autant celui de tout sujet de la praxis, s’agît-il du sujet psychotique. Oury ne prétend pas répondre à la place de quiconque — singularité irréductible du désir —, mais à tenir son propre discours ouvert en permanence à la place d’un tel désir. Sans jamais confondre le sujet de la praxis avec le moi du séminariste, Oury peut maintenir son éthique en tant que praticien, dans la praxis du quotidien de La Borde : accueillir le lointain de l’autre, aussi loin que soit l’autre, aussi abîmée que soit son existence. Point de perspective de cette praxis de la pensée : l’éthique, « rapport entre mon désir et mon action » (telle est la version ouryenne, praxique, de l’adage lacanien, impératif psychanalytique, de l’éthique : « Ne pas céder sur son désir »). »

    Pierre-Johan Laffitte

  • Soirée débat pour les professionnels de la petite enfance le 22/03 à Perpignan

    Soirée débat pour les professionnels de la petite enfance le 22/03 à Perpignan

    Le 22 MARS 2012

    Horaires de 20h30 à 22h30 – Accueil dès 20h

    Tarifs 8 € – tarif individuel uniquement

    gratuit pour les adhérents (un reçu pourra être remis aux participants)

    Intervenante Claudie CHEBOLDAEFF – psychopédagogue

    Lieu Hôpital Saint Jean – Auditorium – 20 avenue du Languedoc – 66000 PERPIGNAN

  • Le totalitarisme ordinaire ou De la structure de l’eugénisme dans les pratiques actuelles par David Fauvel

    Le totalitarisme ordinaire ou De la structure de l’eugénisme dans les pratiques actuelles par David Fauvel

    PDF – 162 ko(PDF)

    On peut s’interroger parfois : qu’aurais-je fait dans la France de Vichy, pendant

    l’occupation allemande ? Aurais-je compris ou bien voulu comprendre, à temps la nature des

    évènements ? Aurais-je été témoin passif plus ou moins à l’abri ? Aurais-je cherché à ne pas

    trop savoir pour ne pas trop m’engager, ni prendre de risque ? Les petites lâchetés ordinaires

    peuvent nous conduire à des extrémités sans issue aucune… Nous avons entendu “plus jamais

    cela”, seulement le devoir de mémoire peut-il nous exonérer du devoir de conscience… celui

    de l’objection de conscience ?

    Le danger nous guette plus que jamais, c’est un monstre aux aguets, toujours prêt à

    dévorer sa proie… Il est d’autant plus redoutable qu’il se terre, insidieux, disséminé, larvé et

    que nous en sommes tous les porteurs – au mieux les porteurs sains, les passeurs passifs, au

    pire les porteurs agissants. La bête immonde a autant de visages que nous sommes, et autant

    de masques que possible. Son lit demeure, quelle que soit l’époque, la haine de l’autre, cette

    haine de tous les jours, presque banale, si effroyablement banale.

    Il s’agit ici du totalitarisme. Chaque matin est un matin brun en puissance (1)… Les

    racines du totalitarisme sont d’autant plus profondes qu’elles s’insinuent en de toutes petites

    choses, des choses qui peuvent paraître marginales, locales, anodines pour beaucoup… Il est si

    facile d’entrer dans la norme, de se fondre dans la servitude volontaireα, celle que R. Gori

    dénonce, et de se croire à l’abri, du bon côté.

    Être juif, Tzigane, homosexuel, handicapé, communiste, malade ou déficient sous le

    troisième Reich suffisait à perdre le droit à l’existence et à toute dignité humaine. Aujourd’hui

    en ce début 2012, être psychanalyste suffit à déchaîner cette haine de l’autre qui en passe par

    des arrêts visant à écarter toute pensée psychanalytique du champ de l’autisme… et qui

    aboutit à la proposition de Loi de M le député Daniel Fasquelle, nous y reviendrons.

    C’est toutes proportions gardées et en pesant bien nos mots que nous pouvons dire que

    les violences faites à Pierre Delion – chef de service au CHRU de Lille –, David Cohen – chef

    de service à l’Hôpital de la Salpêtrière – et à leurs équipes, sont de cette même nature

    totalitaire. Sommaires et dénaturantes, ses violences servent une cause qui va bien au-delà de

    la pratique du packing ou de la question de l’autisme… une association de familles de

    personnes autistes, Vaincre l’autisme, a déposé une plainte – la justice n’y ayant pas donné suite

    – auprès du conseil de l’ordre des médecins ; les membres de Vaincre l’autisme ont lancé des

    appels à manifester devant le Conseil de l’Ordre, au jour des comparutions de P. Delion et D.

    Cohen, s’agissant de mises en cause personnelles, ces mots d’ordre s’entendent comme appels

    à la vindicte… ils ne trompent guère sur la nature haineuse de ce combat.

    (…)

  • Pétition en défense de Pierre Delion et David Cohen

    Pétition en défense de Pierre Delion et David Cohen

  • Lettre de Madame et Monsieur B. le 23 janvier 2012

    Lettre de Madame et Monsieur B. le 23 janvier 2012

    Madame et Monsieur B. le 23 janvier 2012

    Madame, Monsieur

    Nous sommes parents d’un jeune adulte de 25 ans aujourd’hui qui, par chance, a croisé sur son chemin, durant sa petite enfance le Docteur Delion.

    Nous habitons la région a. et notre fils a été suivi de l’âge de 6 ans à l’âge de16 ans dans le service de pédopsychiatrie que dirigeait alors le Docteur Delion.

    Quand nous sommes arrivés la première fois dans ce service, nous ne savions plus comment ‘tenir’, ‘vivre’, avec notre enfant qui, aux prises avec des manifestations qui nous échappaient, nous épuisait à force d’attention de chaque seconde, de nuits éveillées, de hurlements, de comportements inadaptés dans tous les lieux où nous finissions par ne plus vouloir nous rendre avec lui ; magasin, parc pour enfants, transports en commun, salle d’attente….

    H., notre fils, pouvait se mettre en danger, manifestait beaucoup d’angoisse au moindre changement, à la moindre frustration.

    Sa scolarisation n’avait pas été possible. À ce moment-là aucune aide n’existait, la loi 2005 n’est venue que bien trop tard pour nous et H.

    H. était par défaut en IME.

    Notre rencontre avec le Docteur Delion et son équipe a été pour nous capitale car nous nous sommes sentis pour la première fois, écoutés. La souffrance de notre petit garçon était prise en compte en tant que telle, et il n’y avait aucune suspicion qui pesait sur nos épaules de parents déjà fort culpabilisés.

    Il nous a été proposé d’emblée de rencontrer très régulièrement le Docteur Delion et un membre de l’équipe, le cadre infirmier, à raison d’une fois toutes les 6 semaines.

    Ces rencontres étaient pour nous, les parents, l’occasion de relater ce qui se passait à la maison, comment nous avancions avec H. et nos deux autres enfants. H. est l’aîné, S. et R. n’ont aucune difficulté. Il était très important pour nous d’être entendus dans notre réalité du quotidien, mais aussi et surtout d’être aidés à percevoir du sens dans le

    ‘ magma’ que nous donnait à voir H.. Penser ce que nous ne comprenions pas grâce aux explications de Pierre Delion, à sa mise en perspective entre la clinique et le quotidien, nous permettait de mieux accompagner H. mais surtout, nous permettait de tenir nous, notre place. À un moment très difficile pour notre second fils qui ne supportait plus notre impuissance face aux difficultés de H., le Docteur Delion l’a reçu, l’aidant à continuer son chemin.

    Sans cet accompagnement qui nous été offert toutes les 6 semaines pendant près de 10 ans, nous n’aurions pu continuer à vivre tous ensemble sous le même toit !

    H. a toujours été d’une personnalité extrêmement attachante, et tenace dans la relation. Il a toujours beaucoup manifesté son attachement à nous ses parents, à son frère et à sa sœur, aux amis. Nous n’avions aucun doute, compte tenu de son comportement, sur le lien important et bon pour lui qui l’unissait aux personnes qu’il rencontrait en pédopsychiatrie.

    Les soins proposés à H. ont évolué au fur et à mesure de ce qui a été observé par l’équipe de service de pédopsychiatrie et par Le docteur Delion qui, dans un premier temps a rencontré H. seul.

    C’est ainsi qu’un atelier sans médiation a été proposé puis abandonné au profit d’un travail thérapeutique en pataugeoire. Le travail psychothérapique dans ce cadre n’avançait que peu.

    Il a aussi été proposé à H. un accueil avant et après la pataugeoire, autant pour que le travail autour de la relation se fasse que pour nous permette à nous de souffler un peu.

    H. était donc accueilli deux fois dans la semaine dont un après-midi entier

    En complément un traitement médicamenteux l’aidait à apaiser un peu ses angoisses.

    Le docteur Delion n’a jamais refusé le dialogue concernant les médicaments et il nous a été possible de demander à modifier, suspendre, en fonction de ce que nous observions.

    Le travail en pataugeoire ne donnant pas tous les résultats espérés, le Docteur Delion nous a proposé un soin en packing en nous expliquant bien le déroulement des séances, leur contenu, l’objectif.

    Lors de nos rencontres avec le Docteur Delion nous avions évoqué que pour calmer H. nous pouvions l’entourer de nos bras, l’envelopper de notre corps, pour l’empêcher de se débattre, l’apaiser et lui éviter de se blesser. Cet enveloppement pouvait se révéler ferme pour contenir ses colères mais s’avérait, à terme, rassurant pour H.. C’est aussi en lien à cette réflexion que la proposition de packing a été faite.

    Nous avons donné notre accord et H. tout en continuant à être reçu à l’accueil, à être médicamenté, a bénéficié d’un, puis de deux et enfin de trois packing par semaine !!!

    H. n’a jamais refusé ce soin, bien au contraire, il le réclamait.

    Jamais nous n’avons eu le sentiment qu’il subissait ce soin, mais qu’au contraire ce qui lui été proposé correspondait vraiment à son besoin.

    Jamais nous n’avons eu l’idée d’un mauvais traitement, d’une ‘torture’.

    Même pendant les vacances H. souhaitait poursuivre son packing.

    Sans ce soin, nous sommes persuadés que notre fils ne serait pas là où il en est aujourd’hui.

    Il a gagné en autonomie, parvient à mieux gérer les relations, il travaille en ESAT, se déplace seul, et envisage de quitter le domicile parental.

    Sans le packing, quels soins auraient permis à H. de sentir son corps moins morcelé ? Comment aurait-il construit une enveloppe de lui-même lui permettant aujourd’hui d’être inséré, d’avoir des relations plus apaisées et un travail auquel il se tient ?

    La construction psychique de H. s’est faite grâce au packing, à l’accompagnement du Docteur Delion et de son équipe et nous ne pouvons laisser attaquer ce dernier sans réagir.

    Nous avons tenu, nous, ses parents, parce que les soins proposés à notre fils avaient du sens et que nous étions informés, écoutés.

    Peut-être est-il plus facile de ne pas regarder la souffrance psychique de son enfant. Peut-être est-il plus facile de se dire que telle ou telle ‘méthode’ va gommer l’inexplicable, l’insupportable. Si nous avions agi ainsi aurions-nous le H. d’aujourd’hui, certes pas tout ‘lisse’ mais tellement lui, avec toute sa subjectivité et sa créativité.

    Si nous n’avions pas fait cette rencontre avec le Docteur Delion, nous n’aurions pas pu être parents comme nous l’avons été pour nos trois enfants.

    Ce soin si décrié qu’est le packing, a sauvé notre fils nous en sommes convaincus.

    L’attention et le professionnalisme du docteur Delion et de son équipe nous ont permis, nous, le reste de la famille, de poursuivre notre route.

    Nous tenons, en ces temps difficiles, à témoigner de tout ce chemin.

    H. qui est à mes côtés mais qui ne sait malheureusement pas écrire, me demande de rajouter ceci ;

    « Les soins un peu froids du packing n’étaient pas faciles mais cela me posait, me reposait. J’avais confiance, et j’étais bien. J’veux pas qu’on dise n’importe quoi de Delion, c’est un grand médecin. » H. B.

    Madame, monsieur nous restons à votre disposition pour de plus amples renseignements et vous prions de recevoir nos respectueuses salutations.

    Madame et monsieur B.

  • RENCONTRE AVEC JEAN OURY

    RENCONTRE AVEC JEAN OURY

    Dans le cadre du séminaire d’Olivier APPRILL et Pierre Johan LAFFITE au COLLÈGE INTERNATIONAL DE PHILOSOPHIE (CIPH)

    RENCONTRE AVEC JEAN OURY

    JEUDI 26 JANVIER 19 h

    Lycée Henri IV 23, rue Clovis Paris 75005

    Salle Julien Gracq, Lycée Henri IV

  • Autisme : Changer le regard par Anne Pelouas (Le Monde)

    Autisme : Changer le regard par Anne Pelouas (Le Monde)

    ANNE PELOUAS

    Montréal (Canada), correspondance

    Autisme : Changer le regard

    C’est une histoire unique,

    scientifique et humaine

    que raconte le psychiatre-chercheur canadien Laurent Mottron, instigateur

    du Centre d’excellence en

    autisme de l’université de Montréal : celle

    de sa relation de travail avec Michelle Dawson, une patiente autiste devenue chercheuse dans son laboratoire en neurosciences cognitives. Mais, pour lui comme pour

    elle, l’essentiel est ailleurs que dans l’anecdote de cette rencontre. Il réside dans ce qu’elle a pu susciter pour faire avancer la science de l’autisme, jusqu’à lui donner le statut de « variant » humain plutôt que de « trouble », traduction du terme anglais consacré autistic disorder.

    Les recherches du groupe de Montréal,

    avec quelque 8o articles publiés dans les

    meilleures revues scientifiques et dans lesquels Michelle Dawson a pris une place

    majeure, permettent d’affirmer que les

    autistes pensent, retiennent, s’émeuvent,

    et surtout perçoivent différemment des

    non-autistes. Ce groupe défend l’idée que

    la science, en considérant l’autisme comme une maladie à guérir, passe à côté de sa

    contribution intellectuelle et sociale.

    (…)

    Le domaine le plus polémique des travaux du groupe concerne ses positions sur l’intervention comportementale intensive (ICI), préconisée en Amérique du Nord.

    En 2004, Mme Dawson a publié, sur le Web

    un plaidoyer sur le manque d’éthique de

    cette technique et critique maintenant la mauvaise qualité des travaux en intervention : « La littérature sur le sujet est énorme en quantité mais pauvre en qualité

    scientifique. » Mme Dawson s’en prend

    également à l’adoption de « standards éthiques et

    de recherche beaucoup plus bas » que la normale et se demande « pourquoi les autistes vivent des discriminations même dans ce domaine ». Nombreux sont les rapports de recherche qui vont aujourd’hui dans le même sens qu’elle : selon l’Académie américaine de pédiatrie, « la force de la preuve (en faveur de l’efficacité de ces techniques) est insuffisante et basse ».

    Groupes de pression

    De nombreux gouvernements subventionnent pourtant toujours ces

    thérapies,

    qui coûtent jusqu’à 6o 000

    dollars

    (45000 euros) par an et par enfant, sous l’influence de groupes de pression. M. Mottron s’inquiète pour sa part d’un possible

    soutien gouvernemental français à l’ICI. La

    Haute Autorité de santé a en effet commandé un rapport sur ces méthodes qui lui semble biaisé en leur faveur : « En favorisant l’ABA [analyse appliquée du comportement]

    pour contrer la psychanalyse de l’autisme,

    on passe du tsar à Lénine ! »

    Au lieu de monopoliser le budget de l’enfance inadaptée pour de telles thérapies

    on ferait mieux, selon lui, d’accepter qu’il

    n’y a pas de traitement de l’autisme,

    d’aider, les autistes à trouver une fonction en société, avec garanties de droits, gestion

    pragmatique des crises adaptatives, accès

    renforcé à des services spécialisés éclectiques et aide pour une meilleure qualité de

    vie. Et surtout, il faudrait revoir l’équilibre

    entre le niveau d’aide apporté pendant l’enfance et celui donné à l’âge adulte, en augmentant le second.

    Par exemple, les fonds pour faire face

    aux coûts exorbitants des techniques comportementales seraient mieux utilisés, dit-il, pour payer des gens qui iraient dans les

    entreprises identifier des tâches où les

    autistes excellent et pour adapter leurs

    conditions de travail. Mme Dawson partage ce point de vue que ce n’est ni l’intelligence ni les habiletés qui manquent aux autistes. Ce qui est rare,-ce sont les opportunités

    qu’on leur donne d’avoir une bonne vie et

    un travail, d’être autonome et responsable,

    de contribuer à la société, plutôt que de dresser sans cesse des obstacles devant eux ».

    Copyright Le Monde du 17 décembre 2011

  • Ça y est, nous y sommes ! par Philippe Chavaroche

    Ça y est, nous y sommes ! par Philippe Chavaroche

    Ça y est, nous y sommes !

    Le député UMP et président du groupe d’études parlementaires sur l’autisme Daniel

    Fasquelle a déposé vendredi à l’Assemblée une « Proposition de loi visant l’arrêt des

    pratiques psychanalytiques dans l’accompagnement des personnes autistes, la

    généralisation des méthodes éducatives et comportementales, et la réaffectation des

    financements existants à ces méthodes ».(Lire le texte de la proposition sur le blog du

    député Daniel Fasquelle)

    La psychanalyse est jugée toxique comme un médicament frelaté et prescrit à tort. Mais il y a une

    différence de taille, la psychanalyse n’est pas une substance chimique, ce sont des idées, une

    manière de penser l’homme fut-il autiste… alors, soyons clairs, il s’agit bien d’interdire une pensée,

    un courant d’idées, une forme de théorisation accusée de « pervertir » l’approche de ces personnes et

    de promouvoir une pensée unique, celle du comportementalisme, seule jugée recevable et « pure » …

    bien sûr d’abord pour les autistes mais ensuite, pourquoi pas pour les autres, psychotiques,

    névrosés… mais voyons ces termes mêmes seront bientôt interdits car ils sont « freudiens »… ! Ça

    rappelle quand même un petit livre paru il y a quelques années, « Matins bruns » où, après

    l’extermination des chats commandée par les « scientifiques de l’État National », sont ensuite menacés

    les chiens qui ne sont pas bruns..

    C’est bien ce qu’on nous dit, la pensée (enfin une certaine pensée non conforme !) c’est du poison

    donc faut l’interdire !

    Cette proposition rappelle aussi de sombres moments ou d’autres courants d’idées se sont

    vu interdire pour les mêmes raisons visant à « purifier » la pensée : la franc-maçonnerie, le

    communisme et bien sûr le judaïsme… A quand l’interdiction des ouvrages de Freud ou

    Lacan dans les bibliothèques, l’interdiction de publier des livres sur cette démarche

    théorique et la condamnation de ses auteurs et bien sûr la destruction par le feu en place

    publique de ces ouvrages ? En arrivera-t-on comme aux USA, dans certains états, où les

    théories de l’évolution de Darwin sont en passe d’être interdites au profit des théories

    créationnistes ?

    Notons aussi que parmi les professionnels s’inspirant des théories psychanalytiques dans

    leur travail auprès des autistes figurent de très nombreux agents de la fonction publique,

    parmi lesquels des professeurs de médecine reconnus et nommés par l’état. Interdire la

    psychanalyse irait-il jusqu’à leur interdire d’exercer leur profession comme on l’a connu à

    d’autres époques pour des fonctionnaires représentant d’idées jugées elles-aussi

    subversives et « impures »… ?

    Peut-être en arrivera-t-on aussi à marquer d’un signe distinctif à la peinture les cabinets

    des psychanalystes en ville !

    Et pour moi qui, comme beaucoup, me réfère aux théories psychanalytiques dans mon

    travail de supervision d’équipe accompagnant des autistes… y aura-t-il auprès de moi un

    commissaire de la police anti-psychanalyse chargé de veiller à ce que je ne propage pas

    la « peste » (comme l’appelait d’ailleurs de façon sans doute prémonitoire Freud lui-

    même !) ou serais-je dénoncé par lettre anonyme auprès du « service des activités

    anticomportementalistes » pour avoir convoqué tel ou tel concept interdit ?

    Et comme les vieux démons reviennent toujours sur les lieux de leurs crimes, la

    psychanalyse est accusée de « pomper » l’argent des gens honnêtes en captant la

    majeure partie des moyens financiers alloués à l’autisme, peut-être avec ses doigts

    « crochus » !

    Interdire la psychanalyse qui n’est qu’un des outils théoriques de la psychiatrie (parmi d’autres dans

    lesquels figurent la neurologie, la biologie, la pharmacologie…) ne vise-t-il pas à interdire plus

    précisément la psychiatrie, ce que des groupes de pression comme l’Église de Scientologie

    s’emploient depuis très longtemps à promouvoir, on connait sur ce sujet les positions de ses plus

    célèbres représentants, notamment Tom Cruise !

    Voilà… nous y sommes… en Hongrie on taxe les chiens qui ne sont pas de race hongroise… à quand

    leur interdiction ?

  • Lettre ouverte au Conseil de l’Ordre des Médecins

    Lettre ouverte au Conseil de l’Ordre des Médecins

    PDF – 150.7 ko(PDF)

    Monsieur le Président du Conseil national de l’Ordre des médecins, Mesdames et messieurs les
    parents de personnes autistes,

    Deux médecins, le Professeur Pierre Delion, « véritable promoteur du Packing en France1 », Chef

    du Service Psychiatrie Enfant et Adolescent du CHRU de Lille, et le Professeur David Cohen,

    Chef du Service Psychiatrie Enfant et Adolescent de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtrière ont été ou

    sont convoqués devant leurs Conseils départementaux de l’Ordre des médecins suite à la plainte

    d’une association représentant des familles de personnes autistes, l’association Vaincre l’Autisme.

    Leur délit : soutenir le principe d’une recherche scientifique validée dans son objet et son

    protocole par le Comité de Protection des Personnes du CHRU de Lille, recherche menée dans le

    cadre d’un Programme Hospitalier de Recherche Clinique National (PHRC), validé en 2008

    (PHRC 2007/1918, n° Eudra CT : 2007-A01376-47), financée par le ministère de la Santé et dont

    le thème est « L’efficacité thérapeutique du packing sur les symptômes de troubles graves du

    comportement, notamment les automutilations, des enfants porteurs de TED/TSA ».

    Ces plaintes2 constituent une véritable attaque personnelle et professionnelle difficile à

    comprendre quand on prend le temps de connaître l’objet de ces attaques et les hommes qui en

    sont les victimes.

    De plus, les comparutions devant le Conseil de l’Ordre s’accompagnent d’appels à la manifestation

    devant les dits Conseils, selon des méthodes d’un autre âge qui interrogent sur les véritables

    motivations de leurs instigateurs. Elles rejoignent d’autres mobilisations telles celles qui ont

    violemment attaqué les équipes pratiquant l’avortement ou celles, plus récentes, exigeant

    l’interdiction de représentations culturelles jugées blasphématoires au nom de la religion.

    Or, la recherche scientifique est tout sauf un blasphème, même si elle va à l’encontre de

    convictions qui peuvent, en elles-mêmes quand elles ne se manifestent pas sur le mode du

    dénigrement et de la disqualification, être respectables. La science n’est pas un dogme, Pierre

    Delion et David Cohen ne prétendent pas détenir la vérité, ils la cherchent. « Toute connaissance

    est issue d’un processus de construction, processus qui consiste en une réorganisation qualitative

    de la structure initiale des connaissances et qui peut s’assimiler à un changement de conceptions3.

    Pierre Delion rappelle que « ils [les scientifiques] savent bien qu’avant de pouvoir démontrer

    quelque vérité scientifique que ce soit, le chercheur émet des hypothèses abductives (j’ai l’intuition

    que) puis conduit ses recherches pour tenter de démontrer de façon déductive et inductive les

    hypothèses émises. S’il n’y avait pas d’abord des intuitions basées sur la clinique, aucune

    découverte n’aurait pu être faite en médecine, ni a fortiori démontrées dans le cadre de l’Evidence

    Based Medicine. » C’est la base même de la recherche expérimentale.

    Une étude scientifique ne préjuge pas de son résultat, ce que font les associations de parents

    d’enfants autistes qui ont décidé que cette technique « relevait de la torture4 », qu’elle était

    pratiquée « sans protocole, sans évaluation et sans résultat3 » voire qu’elle « ouvrait la voie à l’abus

    sexuel5 » et qu’il fallait y mettre un terme parce que « dénuée de tout respect et de toute dignité3 ».

    Pourquoi, donc, s’opposer à un examen scientifiquement validé de la question du packing ?

    (…)

  • LES BATAILLES DE L’AUTISME : HIER ET AUJOURD’HUI par Jacques Hochmann

    LES BATAILLES DE L’AUTISME : HIER ET AUJOURD’HUI par Jacques Hochmann

    Jacques Hochmann

    Professeur émérite à l’Université Claude Bernard, médecin honoraire des Hôpitaux de Lyon, il a développé et dirigé pendant des décennies à Villeurbanne une unité ambulatoire de soins, d’éducation et d’accompagnement à la scolarisation et à la socialisation pour enfants et adolescents autistes. Auteur de « Histoire de l’autisme » (Odile Jacob 2009), « Pour soigner l’enfant autiste » (nouvelle édition Odile Jacob 2010) et « Histoire de la psychiatrie » (Que Sais-Je ? PUF nouvelle édition 2010) il est à l’origine d’un diplôme universitaire sur l’autisme et les troubles associés et du Centre de ressources autisme Rhône Alpes.

    LES BATAILLES DE L’AUTISME : HIER ET AUJOURD’HUI.

    L’autisme a été déclaré « grande cause nationale » en 2012. On ne peut que s’en réjouir et espérer, à cette occasion, l’ouverture de débats apaisés qui permettront une meilleure information du public. L’affaire semble pourtant mal partie !

    Depuis son individualisation en 1943 par un psychiatre américain, Leo Kanner, ce syndrome, caractérisé par un « trouble inné du contact affectif », une tendance très précoce de l’enfant à s’isoler, à refuser les changements et l’imprévu et à s’absorber dans des rituels, des stéréotypies et des intérêts restreints, fait l’objet de véritables batailles. Des points de vue exclusifs s’affrontent, avec un refus, une caricature voire une diabolisation de la perspective de l’autre qui donnent parfois l’impression que l’autisme contaminent ceux qui s’y trouvent confrontés, parents, professionnels ou même politiques, et entraînent les polémiques sur des positions d’une intolérance dont on trouve ailleurs peu d’exemples dans nos sociétés démocratiques.

    Un détour historique peut éclairer les conflits actuels. Autrefois, les autistes étaient confondus dans la grande masse des arriérés mentaux dénommés « idiots ». Ce terme dérive d’un mot grec au sens voisin de celui d’autos qui a donné autisme. Les deux mots ont subi d’ailleurs des glissades sémantiques analogues et pris un même sens insultant, très mal vécu par les intéressés et leur famille. En dehors de quelques rares expériences médico-pédagogiques vite abandonnées, les enfants autistes ont longtemps connu l’enfermement et l’abandon dans les services les plus défavorisés des anciens asiles d’aliénés où ils étaient généralement laissés sans soins et sans éducation. Seules étaient utilisées, devant les cas d’agitation, la psychochirurgie et massivement, lors leur mise en circulation, les neuroleptiques. Considérés comme des dégénérés inéducables, à l’époque où régnait une théorie pessimiste de la tare héréditaire, ils ont été victimes, dans plusieurs états des États-Unis ou en Europe du Nord, sous prétexte d’eugénisme, de stérilisation, de castration et même, en Allemagne, à la prise de pouvoir d’Hitler, d’extermination, alors que la France se contentait de l’internement à vie et de la ségrégation des sexes C’est, en réaction contre des pratiques deshumanisantes et qui leur refusaient toute perspective d’amélioration, que, à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, dans tout le monde occidental, des psychiatres en rupture avec la tradition asilaire, ont mis sur pied des équipes multidisciplinaires associant psychologues, assistants sociaux, éducateurs spécialisés, infirmiers et infirmières, et transformé les vieux services d’asiles en internats thérapeutiques. De nouvelles professions, d’orthophoniste, de psychomotricien, d’ergothérapeute, y ont vu le jour et le détachement d’enseignants de l’Éducation Nationale a permis d’y créer des classes spécialisées. Grâce à une prise en charge de plus en plus intensive et individualisée, un affinement de la sémiologie et une étude poussée des mécanismes psychopathologiques ont été rendues possibles. Après les premières descriptions de Kanner, les auteurs ont été amenés à regrouper, sous le nom générique de psychoses de l’enfant, un ensemble de troubles divers, dont l’autisme proprement dit ne formait qu’un sous-ensemble.

    La psychiatrie dans son ensemble connaissait alors une véritable révolution, En France, un corps de psychiatres publics, dont beaucoup étaient issus de la Résistance, découvraient, avec horreur, le parallélisme entre la situation des malades internés survivants de la famine qui avait décimé les hôpitaux psychiatriques pendant l’Occupation et celle des rescapés des camps de concentration. Ils se convertissaient progressivement à l’approche psychopathologique. Issue des travaux d’un certains nombres de médecins, psychologues et philosophes, elle consistait, au delà des comportements observables, à chercher à se mettre à la place du patient pour tenter d’envisager le monde de son point de vue et essayer de comprendre de l’intérieur ses croyances, ses désirs, ses émotions. Se fondant sur un mode de connaissance particulier, l’empathie (et pas seulement sur la perception visuelle ou auditive ), elle permettait de construire des hypothèses sur la signification d’un symptôme, sur la place qu’il prend dans le vécu global d’un patient, sur la manière dont il s’inscrit dans son histoire personnelle. Ce dialogue générateur à la fois de connaissance et aussi de thérapie (le sentiment d’être compris par un autre entraînant une meilleure compréhension et une meilleure gestion de soi-même) était certes facilité par l’introduction des nouveaux « médicaments de l’esprit » qui calmaient les formes les plus violentes de folie. Mais il était rendu surtout possible par une modification générale du climat institutionnel où des groupes jusque là condamnés à s’observer sans se parler (les soignants et les soignés) commençaient à communiquer entre eux. C’est ce qu’on a appelé, en France, la « psychothérapie institutionnelle ». Elle rejoignait les pratiques des communautés thérapeutiques anglaises et la milieu therapy américaine. Certes, sur le plan théorique, elle devait beaucoup aux apports de l’écoute particulière de l’autre inaugurée par Freud et à sa formulation d’une « autre scène » inconsciente sur laquelle se déploient des représentations articulées en scénarios (les fantasmes) que le sujet conscient ignore, mais qu’on peut reconstituer à partir de ses rêves, de ses lapsus, de ses actes manqués et des associations libres auxquels ces éléments donnent lieu dans un échange spécifique, la cure analytique. Mais on a encore trop tendance à confondre avec la psychanalyse une psychiatrie dynamique aux sources beaucoup plus diverses (l’éducation active de Freinet, la phénoménologie, la psychosociologie, la dynamique des groupes) et qui n’a jamais oublié son ancrage médical : la prise en compte des désordres organiques et l’utilisation des médicaments pour les corriger.

    D’abord expérimentée dans les services d’adultes, ces orientations ont rapidement gagné les services d’enfants. Avec les mêmes outils théoriques, mais en utilisant beaucoup moins les médicaments, les pédopsychiatres de la deuxième moitié du siècle dernier, ont développé des approches pluridimensionnelles où la vie quotidienne rythmée par un certains nombres d’activités éducatives, pédagogiques et thérapeutiques était utilisée pour permettre à l’enfant d’acquérir, avec des compétences sociales et scolaires, un développement des facultés d’imagination et de symbolisation. Au début à temps plein, ces prises en charge institutionnelles, ont évolué, avec la mise en place, en 1972, des secteurs de psychiatrie infantojuvénile, mais aussi avec l’évolution de la société et des demandes des parents, vers des prises en charge à temps partiel (hôpital de jour) voire très partiel (centre d’accueil thérapeutique à temps partiel) en substituant progressivement aux classes en établissement sanitaire une scolarisation en milieu normal, d’abord à l‘école maternelle puis dans les autres degrés du système scolaire. Cette inclusion scolaire, entreprise de manière isolée, dès le début des années 80, à l’initiative d’un certain nombre d’équipes pédopsychiatriques, a été généralisée par une loi en 2005. Parallèlement, le secteur médico-social, mis en place à la Libération principalement par des associations de familles d’enfants dits « inadaptés », en collaboration avec des professionnels, accueillait dans ses instituts médico-éducatifs un certain nombre d’enfants autistes ou atteints d’autres troubles graves du développement. Il connaissait une évolution similaire et, malgré des obstacles administratifs, aujourd’hui surmontés, travaillait de plus en plus en collaboration et en complémentarité avec le secteur sanitaire. Au côté des ateliers utilisant des médiations sportives, culturelles, artistiques, et des rééducations du langage ou de la motricité, diverses formes de psychothérapies individuelles ou groupales ont cherché à aider l’enfant à mieux comprendre ses émotions et à maîtriser, en les comprenant mieux, les angoisses, parfois violentes, qui pouvaient le traverser. Ces psychothérapies avaient d’abord été expérimentées aux États-Unis et en Angleterre principalement par deux écoles de psychanalystes issues l’une de la fille de Freud, Anna, qui préconisait d’associer une perspective éducative à la psychothérapie d’un enfant, l’autre de Mélanie Klein, qui soutenait une approche exclusivement interprétative qu’elle avait tenté avec succès, dès 1929, auprès d’un enfant manifestement autiste. Déjà, alors que les bombardements faisaient rage sur Londres, des controverses vigoureuses avaient opposé, au sein de la Société britannique de psychanalyse, les tenants de ces deux approches. Les auteurs français ont généralement occupé une position pragmatique médiane. Ils ont surtout multiplié les dispositifs de prise en charge, de façon hélas inégale sur le territoire national, avec des moyens qui, même si, dans un premier temps, ils ont connu une progression rapide, se sont vite révélés insuffisants avant de subir actuellement une réduction drastique. Poursuivant leurs recherches, ils ont repéré les dimensions psychotiques réversibles de certaines arriérations mentales tenues alors pour irréversibles et donc changé le pronostic d’enfants déficients intellectuels. En même temps, en affinant une distinction déjà proposée aux États-Unis par Margaret Mahler, ils différenciaient l’autisme proprement dit des dysharmonies psychotiques et, avec Roger Misès, mettaient en évidence à côté des psychoses (autistiques, dysharmoniques ou déficitaires) la catégorie des « pathologies limites » où domine l’élément dépressif et la mauvaise structuration de la personnalité qui peut se manifester par divers troubles du comportement. Certains psychothérapeutes ont été surtout inspirés par les recherches de psychanalystes anglais postkleiniens, comme Donald Meltzer et Frances Tustin qui, s’intéressant plus particulièrement à l’autisme, ont enrichi la sémiologie en décrivant les particularités du fonctionnement sensoriel des autistes (aujourd’hui retrouvées et précisées par les sciences cognitives) et approfondi l’étude psychopathologique. D’autres, comme René Diatkine ou Serge Lebovici, ont rapporté et commenté des cures détaillées et prolongées. D’autres encore ont trouvé dans les théories et malheureusement dans une utilisation parfois obscure et pas toujours bien comprise du vocabulaire de Jacques Lacan la justification de ce qui s’annonçait comme des dérives, considérées à tort comme affectant le service pédopsychiatrique public tout entier.

    Elles avaient commencé aux États-Unis où s’était étendu avec le recours extensif au diagnostic de schizophrénie infantile (aujourd’hui très limité) l’idée d’une origine purement psychologique des troubles psychiques graves de l’enfant attribués, sans preuves convaincantes, à un dysfonctionnement des interactions précoces mère-bébé, lié à une problématique inconsciente dépressive ou agressive de la mère. On proposait donc aux mères une psychanalyse associée à celle de leur enfant. La paternité de cette psychogenèse exclusive est fautivement attribuée à un éducateur de formation psychanalytique, Bruno Bettelheim, directeur d’une école spécialisée à Chicago, où se pratiquait une milieu therapy de qualité, et qui a surtout eu le tort d’utiliser pour décrire le monde tel que l’enfant se le représente (et non tel qu’il est réellement), une métaphore empruntée à son expérience personnelle dans les camps de concentration et comprise par les parents comme une insupportable et injuste mise en accusation.

    En France, cette idéologie psychogénétique a été répandue, malgré les critiques d’autres psychanalystes, par des ouvrages à grand succès éditorial, tel « L’enfant arriéré et sa mère » d’une psychanalyste d’origine belge, élève de Françoise Dolto, Maud Mannoni. Elle faisait de l’enfant autiste, psychotique ou déficient, la victime des désirs mortifères de la mère qui était supposée le réduire à l’état d’un « phallus inclus dans sa propre jouissance » (sic). En même temps, se développait une antipsychiatrie qui accusait le système en place de vouloir normaliser de force les anormaux pour les soumettre aux exigences de la société et voyait dans la famille et dans l’école les principaux agents de transmission des forces de répression. On était au décours de Mai 68, qui avait vu, entre autres, la séparation de la neurologie et de la psychiatrie. Pour répondre à une demande en extension et combler un grand retard de l’équipement sanitaire, un effort considérable de formation aboutit à la mise sur le marché rapide et mal contrôlée de plusieurs générations de psychiatres, de psychologues, d’éducateurs ou d’infirmiers dont certains, pris dans l’air du temps, se jetèrent goulûment, sans toujours bien les digérer, sur des clichés qui alimentaient leur propre rébellion contre l’ordre établi. Malgré les efforts de lieux de formation solide, à l’origine principalement parisiens, comme la Fondation Vallée à Gentilly, le Centre Alfred Binet dans le XIIIème, l’Institut de Puériculture, l’Institut Montsouris, ou suisse (les facultés de médecine de Genève et de Lausanne), malgré la multiplication ensuite en province des enseignants-chercheurs de pédopsychiatrie et de psychologie clinique associés à quelques équipes de secteur particulièrement performantes, les nouveaux professionnels, formés sur le terrain, n’intégraient pas toujours la psychopathologie dans toutes ses dimensions complexes et ses nuances subtiles. Des oppositions binaires se propageaient entre l’organique et le psychologique, le corps et l’esprit, la maladie et le handicap, le soin et l’éducation et entretenaient des égalités simplistes : psychologique=curable=maladie=soin exclusif, organique=incurable=handicap=éducation spécialisée. Elles étaient entretenues par la séparation entre les budgets sanitaires et les budgets médico-sociaux, dépendant de directions et parfois de ministères différents. D’où une tendance d’abord généreuse, mais aux conséquences néfastes, à nier la dimension somatique et le handicap, à ne tenir compte, de manière exclusive, que de la psychologie et d’un processus morbide et à en attribuer l’étiologie à l’entourage familial, afin de maintenir un espoir de changement. D’où la tendance aussi à minimiser les objectifs éducatifs et pédagogiques au nom d’un « tout thérapeutique », dans l’attente de l’éveil spontané chez l’enfant d’un désir de connaître et d’apprendre.

    De trop nombreux parents se sont alors trouvés face à des interlocuteurs qui refusaient de leur donner un diagnostic, sous prétexte de ne pas « chosifier » l’enfant en l’enfermant dans un destin immuable. En même temps, le succès de certaines théories issues des thérapies familiales systémiques, quelquefois repensées par une psychanalyse dite « transgénérationnelle », conduisait certains thérapeutes à ne voir dans la destinée de l’enfant malade que l’incarnation des difficultés de communication du système familial tout entier ou le poids d’une transmission de secrets et de non dits remontant à plusieurs générations.

    Interrogés parfois de manière intrusive sur leur propre histoire, les parents, venus consulter pour leur enfant, se sentaient malgré eux engagés dans un processus thérapeutique qui ne correspondait pas à leur demande. La culpabilité naturelle que tout parent peut éprouver quand son enfant est en difficulté était aggravée par cette curiosité maladroite. De plus, appliquant à un domaine où elles sont inadaptées les prescriptions de la cure psychanalytique, certains soignants refusaient d’informer les parents sur le contenu des séances thérapeutiques et allaient jusqu’à leur interdire l’entrée dans les lieux de soins, réservés aux seuls enfants et où, comme on l’a dit, les perspectives éducative étaient mises à l’écart. Cette culture du secret ne pouvait qu’entretenir des fantasmes de séduction ou de détournement de l’affection de l’enfant qui sont inévitables quand on confie son enfant à des tiers. Quant au refus de l’éducatif, il témoignait d’un désintérêt pour les attentes des parents souvent vécu par eux comme un mépris. Enfin et surtout, l’absence de résultats spectaculaires et immédiats dans des pathologies graves et de longue évolution, le refus d’évaluer de manière objective des pratiques considérées de l’ordre de l’ineffable accentuaient une défiance légitime. Face à des situations qui n’avaient rien d’exceptionnel ( même si elles n’étaient pas aussi répandues que des rapports successifs ont pu le prétendre, sans aucune enquête sérieuse), on comprend qu’un petit groupe de parents soit allé chercher d’autres méthodes et une autre écoute. Ignorant tout le travail entrepris quotidiennement sur le terrain et dans plusieurs congrès par des parents et des professionnels pour rapprocher leurs points de vue et mieux se comprendre, ils ont fait sécession avec la principale association de familles de personnes autistes (la Fédération Sésame Autisme) et sont partis s’informer aux États-Unis.

    Une réaction virulente contre l’attribution exclusive de l’autisme à des facteurs psychologiques environnementaux s’y était produite dès les années 60. Elle avait abouti à la création d’un puissant lobby : l’Autism Society of America qui avait obtenu la reconnaissance légale de l’autisme comme une incapacité développementale, au même titre que l’épilepsie, l’arriération mentale ou l’infirmité motrice cérébrale. Participant à l’élaboration d’une nouvelle nomenclature des troubles mentaux, alors en cours, cette association avait réussi à faire bannir le terme de « psychose de l’enfant », considéré comme stigmatisant, et à le remplacer par celui de « trouble envahissant du développement ». D’abord tenu pour un de ces troubles, l’autisme en était devenu, au fil des réactualisations de la nomenclature, le noyau autour duquel se disposait tout les autres, au sein d’un « trouble du spectre autistique » dont les critères allaient s’élargissant, multipliant par vingt la prévalence du trouble autistique. Aujourd’hui encore, les enquêtes américaines en population générale qui reposent sur des questionnaires adressés à toute personne pouvant professionnellement se trouver au contact d’enfants (enseignants, pédiatres, puéricultrices, moniteurs de centres de loisir etc…) traduisent plus la prévalence des représentations sociales de l’autisme que celle du trouble lui-même. Le diagnostic est en effet fondé non sur des tests biologiques ou sur une imagerie médicale particulière, mais sur une typologie consensuelle, soumise comme tout consensus aux groupes de pression, en quête de statut social et de compensations. Profitant d’un amendement de la constitution américaine qui oblige les états à assurer l’éducation de tous les enfants, un psychologue formé initialement par Bruno Bettelheim mais qui s’était brouillé avec lui, Eric Schopler, eut l’habileté de proposer à l’état de Caroline du Nord un programme extensif pour les personnes autistes ou présentant des handicaps de la communication, qui associait étroitement les parents à des prises en charge individualisées et structurées, selon des modèles calqués étroitement sur les particularités du fonctionnement autistique. Le développement de chaque enfant était régulièrement évalué à l’aide de tests spécifiques et le traitement adapté à l’émergence de leurs compétences. Ce programme, le programme TEACCH, fut d’abord expérimenté, en France, par un petit nombre d’établissements médicosociaux et par un nombre encore plus restreint d’établissements sanitaires. Présenté déjà par certains de ses promoteurs comme une machine de guerre contre le service public de psychiatrie et la psychanalyse qui, prétendument, l’inspirait exclusivement, il fit en retour l’objet d’attaques en règle des psychanalystes les plus intégristes et de leurs collaborateurs.

    Avec le temps, les oppositions semblaient s’atténuer et nombre d’enseignements des méthodes schoplériennes ainsi que le souci d’évaluation commençaient à diffuser un peu partout, sans annuler pour autant les acquis d’une réflexion psychopathologique ni l’attention portée à la vie intérieure des personnes autistes, aux modalités particulières de leur pensée et de leur gestion des émotions. Un certain nombre des dérives mentionnées plus haut, étaient en voie de résorption. À la suite de directives ministérielles, la pratique du diagnostic se généralisait. Les institutions sanitaires et médicosociales s’ouvraient à un partenariat effectif avec les parents, et les équipes, mieux formées, se montraient plus prudentes dans le maniement d’hypothèses causales vécues comme culpabilisantes. La neurobiologie et la génétique restaient encore pauvres en résultats probants (la plupart des dysfonctionnements ou des mutations relevées ne s’appliquant qu’à un petit nombre d’autistes et n’étant souvent pas spécifiques de l’autisme). Mais la recherche se poursuivait. Les sciences cognitives, en particulier la psychologie du développement, apportaient de nouvelles compréhensions de certains facteurs psychopathologiques et laissaient envisager une sortie par le haut des oppositions stériles inné-acquis, organique-psychologique, soin-éducation, maladie-handicap qui avaient si longtemps obscurci les débats.

    C’est alors qu’une nouvelle guerre a éclaté. Elle a pour objectif premier de faire la promotion d’une méthode déjà ancienne, développée aux États-Unis par un psychologue d’origine norvégienne, Ingmar Lovaas, alors que le courant qu’on a appelé « béhaviorisme » (traduit par comportementalisme) était dominant dans les facultés de psychologie américaine. Issu de la découverte des réflexes conditionnés par Pavlov, ce courant considérait l’intériorité psychique comme inaccessible à la science et réduisait tout le fonctionnement mental à une succession et à une généralisation de réponses à des stimulus. Jugé aujourd’hui comme dépassé par les neuroscientifiques, ce modèle a inspiré une série de traitements de modification du comportemnt par un système de récompenses et de punitions : l’ABA (en anglais applied behavioral analysis, analyse appliquée du comportement). Appliqué de manière intensive, jusqu’à quarante heures par semaine, à l’autisme, il a été présenté par son initiateur comme capable de ramener à la vie normale près de la moitié des enfants autistes dépistés précocement (ce que des évaluations postérieures ont mis sérieusement en doute, faisant état de biais de recrutement). Après avoir connu un grand succès dans les pays anglosaxons et d’Europe du Nord, il y semble actuellement en reflux, d’une part pour des raisons économiques mais aussi parce qu’il fait l’objet de critiques d’un certain nombre d’usagers (les autistes dits de « haut niveau » ou « syndrome d’Asperger) qui contestent une méthode vécue par eux comme un conditionnement dégradant. Plusieurs travaux publiés ou en cours de publication ont, par ailleurs, relativisé l’évaluation de ses résultats . Il est présenté néanmoins, en France, par certaines associations de parents, comme le seul validé scientifiquement. Ces associations, médiatiquement très introduites, ont relancé la bataille contre un ennemi largement construit par leurs attaques. Celles-ci ont en effet pour cible une « psychanalyse » qui, pour ces parents représente le mal absolu, en continuant, selon eux, à les culpabiliser et à leur refuser l’accès aux lieu de soins. À entendre la campagne menée par ces associations, qui n’hésitent pas à mettre en cause voire à menacer de poursuites des praticiens respectables, le diagnostic serait toujours refusé aux parents ou, quand il serait enfin formulé, le serait dans des termes que ces parents récusent car ils persistent à recourir à un vocabulaire d’inspiration psychopathologique. En continuant à pratiquer avec les enfants une « psychanalyse » dont on aurait démontré l’inefficacité (qui ? et où ?), la pédopsychiatrie française se rendrait coupable d’une véritable maltraitance. Sous ce terme global de « psychanalyse » ces associations n’ entendent pas seulement des psychothérapies analytiques authentiques (qui, faute d’un personnel formé en nombre suffisant, ne concernent, dans des indications précises, qu’un très petit nombre d’enfants, dont les parents sont en règle générale demandeurs ). Elles entendent plutôt l’ensemble des prises en charge institutionnelles multidimensionnelles développées dans les hôpitaux de jour et les instituts médico-éducatifs, où les théories psychanalytiques issues des travaux de quelques chercheurs offrent simplement une base théorique qui continue à donner du sens au travail quotidien. Une pratique, peut-être parce qu’elle est plus codifiée que les autres et fait l’objet de formations spécifiques, suscite surtout leur colère. C’est une méthode empirique d’enveloppements humides, le packing, utilisée d’abord avec des patients schizophrènes puis appliquée aux enfants autistes surtout dans les cas d’automutilations, afin d’apporter à l’enfant un contact apaisant, réunifiant une image du corps ressentie comme morcelée. Utilisée par un petit nombre d’équipes, dans un petit nombre de cas, cette méthode a fait l’objet d’une expertise du Haut Conseil de la Santé publique qui, sous réserve de suivre une procédure rigoureuse, l’a tenue pour inoffensive. Elle n’a, de toutes manières, rien à voir avec la psychanalyse, même si certains praticiens utilisent des concepts d’origine psychanalytique pour expliquer ses effets. Les parents réclament son interdiction. Bien introduits dans diverses instances officielles, ils ont obtenu, d’autre part, la promulgation d’un « socle commun de connaissances » dont ils voudraient faire une sorte de pensée unique imposée à tous les centres de formation. On a pu les voir ainsi revendiquer auprès d’un président d’université la suppression d’un module où il était question d’étudier, sur un plan historique, les diverses théories de l’autisme… dont celles de certains psychanalystes honnis par eux ! Espérant ainsi obtenir la haute main sur la formation, ils demandent d’avoir seuls le choix des traitements de leurs enfants, et exigent le redéploiement des budgets actuellement consacrés à l’autisme vers le financement des méthodes qui leur conviennent.

    Face à des attaques d’une telle ampleur, on aurait pu s’attendre à ce que les pouvoirs publics cherchent à calmer les passions et favorisent une discussion entre les divers protagonistes. Ils se sont, au contraire, rallié de manière unilatérale à la position défendue par les associations les plus virulentes. Il est ainsi étonnant que, contrairement à ce qui se passe dans d’autres ministères, les autorités ne prennent pas davantage en compte l’honneur des personnels,souvent nommés par concours, qui dépendent statutairement de l’Université, des Affaires Sociales ou de la Santé et dont les diplômes sont nationalement reconnus. Il est étonnant aussi qu’à l’heure où l’on vient d’attribuer leur autonomie aux universités, on puisse envisager d’unifier par décret ou par la loi le contenu des enseignements et l’orientation des recherches dans le seul domaine de l’autisme. Alors que dans les années 60 et 70, la Direction Générale de la Santé, en lien avec les professionnels et avec les associations familiales avaient soutenu fortement l’évolution des structures psychiatriques, il semble qu’aujourd’hui, sous l’influence d’une opinion et de politiques peut-être mal informés, on s’oriente vers la destruction du dispositif existant pour obéir à une véritable dictature des usagers ou, du moins, de ceux qui affirment être représentatifs de ces usagers et parler en leur nom (S’il y a, comme on l’affirme, 400.000 personnes autistes en France, combien parmi elles ou leur famille sont associées aux associations à la pointe du combat). Assimilant probablement la psychanalyse à une molécule dangereuse, un député vient même de proposer une loi interdisant son utilisation dans l’autisme, ce qui n’est pas sans rappeler fâcheusement des régimes où la pratique et la pensée psychanalytiques furent proscrites comme science « juive » ou comme science « bourgeoise ». Faudra-t-il un jour invoquer l’exception d’inconstitutionnalité pour pouvoir poursuivre des recherches hors du champ très étroitement limité des méthodes comportementalistes que le projet de loi voudrait promouvoir ?

    Une grande cause nationale mérite mieux que ces combats. Nul ne saurait nier qu’il existe des manques criants dans l’équipement national. Le problème est à la fois quantitatif et qualitatif. En dépit de réels progrès, beaucoup d’autistes, notamment les plus lourdement frappés ne trouvent pas de places adaptées. Les enfants et les adolescents commencent à être scolarisés de manière plus large, mais cette scolarisation n’est pas toujours accompagnée comme il conviendrait. Elle reste souvent symbolique et les enseignants sont laissés seuls pour assurer une pédagogie qui nécessite présence, attention et créativité. L’entrée dans l’âge adulte est un moment particulièrement difficile et angoissant pour les familles comme pour les sujets autistes. Il demande un accompagnement spécifique qui est rarement assuré. Comme l’a dit récemment dans le Monde un psychiatre, Moïse Assouline, l’intensité de la prise en charge est plus importante que telle ou telle méthode estampillée. J’y ajouterai la diversité, la complémentarité en réseau entre plusieurs approches éducatives, pédagogiques et soignantes au sens large (pas exclusivement « psychanalytiques » ou supposées telles). Cela nécessite de sortir des affrontements et des intolérances véritablement « autistiques ». Cela nécessite aussi des recherches et des évaluations qui ne peuvent se poursuivre que dans un climat de tolérance mutuelle et d’ouverture . On aimerait ainsi, pour commencer à sortir de l’image stéréotypée d’une pédopsychiatrie aliénée à une caricature de psychanalyse, que soit lancée une grande enquête sur ce qui se fait réellement dans les institutions pédopsychiatriques et médicosociales où, malgré les restrictions financières de l’heure, malgré le manque de places et de personnels, malgré aussi le discrédit dont on cherche à les frapper, sont accueillis actuellement la grande majorité des autistes. On aimerait aussi que soit engagées (ou poursuivies) des recherches sur la validité des conceptions psychopathologiques qui inspirent la plupart des prises en charge institutionnelles. Les grandes revues médicales internationales, dominées par les modèles biologiques et par une conception restrictive de la science, qui a fait ses preuves dans les sciences de la nature, mais qui ne s’applique pas aussi aisément aux sciences humaines, ne sont pas très ouvertes à ce type de recherches. Cantonnées dans des revues de moindre diffusion, adoptant souvent une méthodologie d’évaluation clinique différente de celles de l’Evidence Based Medicine appliquées à la chirurgie ou aux médicaments, elles restent mal connues de l’opinion. Celle-ci est plus sensible aux effets d’annonce répétitifs, mais souvent sans lendemain, de la découverte d’un gène ou d’une zone cérébrale responsables de l’autisme. Il ne faudrait pas que des effets de mode infléchissent, par à coups, l’accompagnement d’un trouble qui affecte le plus souvent la vie entière et qui exige stabilité et continuité.

  • L’autisme, grande cause nationale ? Par Collectif des 39

    L’autisme, grande cause nationale ? Par Collectif des 39

    10 janvier 2012

    L’autisme, grande cause nationale ?
    10 janvier 2012
    Par Collectif des 39

    L’autisme a reçu le label « Grande cause nationale 2012 ». L’exposition médiatique de ce sujet va s’intensifier, un groupe de travail s’est formé à l’Assemblée Nationale dont les premières rencontres parlementaires débutent jeudi.

    Comment ne pas se réjouir de l’intérêt porté à l’autisme face aux insuffisances actuelles de la prise en charge thérapeutique, éducative et pédagogique et des possibilités professionnelles proposée à ces patients (adultes et enfants) ? Cependant, l’aspect polémique et orienté des discours offerts au grand public empêche d’ores et déjà d’être optimiste sur l’issue de ce travail parlementaire.

    En effet, on nous donne à entendre :

    Ø De fausses évidences :

    · « L’autisme est un trouble neurologique ».

    Faux : si une dimension biologique de l’autisme est une hypothèse forte, les différentes recherches effectuées sur le sujet, tant sur le plan d’une localisation neurologique (cerveau, cervelet, tronc cérébral), que d’une anomalie génétique ou hormonale (ocytocyne), n’ont pas permis d’établir formellement une origine organique à l’autisme. Il s’agit probablement d’une pathologie liée à l’intrication de plusieurs dimensions (organique, psychopathologique, environnementale, histoire de vie).

    Mais ceci est un faux débat car une origine organique à l’autisme ne change rien au fait que ces enfants puissent évoluer grâce aux thérapies relationnelles.

    · « Le vrai problème est un grand retard diagnostique, qui montre l’insuffisance de formation des pédopsychiatres ».

    Faux : la raison de l’augmentation du nombre d’enfants autistes dépistés (passant de 1 enfant sur 2000 à 1 sur 150, environ) est l’élargissement des critères d’inclusion dans ce diagnostic de la classification DSM.

    En effet, les « troubles envahissants du développement » ou « désordres du spectre autistiques » composent une acception de l’autisme beaucoup plus large que par le passé et conduisent à appeler « autistes » des enfants ou adultes qui précédemment auraient reçu un autre diagnostic (schizophrénie infantile, dysharmonie évolutive…). Ceci aux dépens de la finesse diagnostique et, du coup, de la finesse des prises en charge, moins ajustées à la singularité de chaque patient.

    Par ailleurs, cette fausse évidence entraîne une confusion entre « diagnostic » et « prise en charge ». Que le diagnostic soit posé tôt ou tard, la vraie question est celle des modalités de suivi des enfants présentant des particularités de développement, qui ne peut être réglée par un protocole préétabli et ce, quel que soit leur diagnostic.

    Enfin, le diagnostic d’autisme est souvent posé tardivement parce que la clinique des enfants, de tous les enfants, est fluctuante et réversible, il est donc parfois dangereux voire traumatisant pour un enfant et pour ses parents de poser trop rapidement un diagnostic d’autisme. Il existe également un temps nécessaire aux parents pour accepter la pathologie de leur enfant et ce temps est propre à chacun. Si certains souhaitent un diagnostic le plus précoce possible, d’autres au contraire préfèrent que toutes les autres options diagnostiques soient éliminées précédemment.

    · « Les pédopsychiatres français refusent de se mettre à jour de l’évolution des connaissances et persistent à utiliser des classifications vieillottes telle la CFTMEA ».

    Faux : la plupart des pédopsychiatres français sont plus qu’à jour des scandales accompagnant la création des diagnostics DSM : alliances objectives entre médecins, compagnies pharmaceutiques et financeurs de l’industrie de la santé. Cette classification dite athéorique est au contraire profondément idéologique dans le sens d’une vision mécaniciste de l’être humain et se situe au carrefour d’enjeux financiers importants. Ceci lui ôte toute objectivité et toute scientificité.

    Ø Un faux procès fait à la Psychanalyse :

    · « La Psychanalyse est inefficace et inadaptée pour les enfants autistes ».

    Faux : tout d’abord, la « Psychanalyse » n’existe pas. Il y a des psychanalyses, différents courants dans la psychanalyse d’enfants, qui travaillent différemment, comme il y a différents courants à l’intérieur du cognitivisme.

    L’objet général de la psychanalyse des enfants autistes est de réduire leurs angoisses, de libérer leurs capacités d’apprentissage, de permettre qu’ils trouvent du plaisir dans les échanges émotionnels et affectifs avec les personnes qui les entourent, de permettre qu’ils gagnent du champ dans les choix de vie les concernant. Il s’agit d’un travail au long cours dont les résultats ne sont pas évaluables avec des critères mécanicistes. Ainsi, les méthodes psychothérapiques sont complémentaires des méthodes éducatives et pédagogiques. L’une ne remplace pas l’autre. Il s’agirait que ces différentes théories et pratiques puissent dialoguer sur le mode de la controverse et non sur celui de la polémique éliminationniste.

    Le vrai problème n’est pas celui de la méthode employée (psychanalyse, cognitivisme, pédagogie) mais celui de l’intensivité des suivis au cas par cas. Toute méthode, appliquée de manière intensive et raisonnée (au cas par cas pour chaque enfant) et avec un fort engagement des soignants, éducateurs, pédagogues, aboutit à des progrès chez l’enfant autiste.

    · « La psychanalyse culpabilise les parents d’enfants autistes et notamment les mères ».

    Faux : la culpabilisation des parents est une dérive malheureuse des discours soignants, éducatifs et pédagogiques de manière générale, et ce, de tout temps et de toutes époques.

    Certains psychanalystes n’y ont pas échappé et cela est tout à fait affligeant.

    La psychanalyse, en elle-même, offre au contraire les outils pour penser cette facilité qui consiste à incriminer les parents comme fautifs. En effet, par le biais des concepts de résistance du ou des thérapeutes, du contre-transfert, de la rivalité imaginaire qui peut surgir entre les équipes soignantes, éducatives, pédagogiques et les parents, la psychanalyse a construit les outils qui permettent de repérer, d’analyser et de dépasser les mouvements qui amènent un soignant, un éducateur ou un pédagogue à accuser massivement les parents d’un enfant en difficulté.

    Ø De fausses nouveautés :

    « Avec des rééducations adaptées, un enfant autiste peut progresser et gagner en autonomie, mener une vie professionnelle et amoureuse épanouissante ».

    Oui, et la même phrase est applicable « avec des soins adaptés ».

    Ø Un faux scandale et un faux espoir :

    · »Le scandale est le manque d’intégration en école ordinaire des enfants autistes alors que, lorsque celle-ci est possible, ces enfants effectuent des progrès spectaculaires ».

    Faux : l’intégration scolaire en école ordinaire des enfants autistes est un formidable tremplin pour certains, une simple aide pour d’autres, une corvée douloureuse pour d’autres encore et une souffrance intolérable pour d’autres enfin. Et ce, quels que soient les aménagements effectués.

    L’intégration scolaire fait partie des techniques pédagogiques proposées aux enfants autistes, elle ne doit pas remplacer les techniques thérapeutiques ni les techniques éducatives. Ce n’est pas l’un ou l’autre mais les trois ensemble, au cas par cas pour chaque enfant.

    Le triomphalisme des discours présentant l’intégration scolaire comme seule méthode faisant progresser l’enfant risque de provoquer de faux espoirs et, en conséquence, de lourdes déceptions pour les parents d’enfants qui ne peuvent supporter l’école et devront rester à domicile, sans place dans un établissement spécialisé.

    Ø Un vrai scandale : la pénurie de places en établissements spécialisés et adaptés, en France, pour les enfants et les adultes en difficultés.

    Il est scandaleux de devoir envoyer son enfant en Belgique car aucun établissement français adapté ne peut l’accueillir faute de place.

    Il est également scandaleux de voir certains établissements inadaptés à la prise en charge d’enfants autistes (IME, ITEP) être mis en avant pour palier à l’insuffisance du service public ou à l’absence d’hôpitaux de jour dignes de ce nom. Ces établissements se voient souvent obligés de refuser les enfants les plus en difficulté, dans l’incapacité de leur offrir un accueil adéquat.

    Cela produit une ségrégation honteuse et c’est à cela que devraient s’atteler les pouvoirs publics !

    Au total : quel sera l’effet de la mise en place du groupe parlementaire de travail sur l’autisme ? Au vu de la forte partialité des discours tenus, gageons que les conclusions aboutiront à la mise à l’écart des théories et pratiques psychanalytiques (pour des raisons idéologiques) et à une loi renforçant l’obligation scolaire des enfants en difficulté sans augmenter le nombre de places en établissements spécialisés (plus économique et plus démagogique à la veille des élections).

    C’est alors que nous, patients, parents, soignants, nous aurons beaucoup perdu. Espérons que cette année sera aussi celle de la pensée et de la controverse, pas seulement celle du populisme et de la réduction des dépenses de santé.

    www.collectifpsychiatrie.fr

    Journée d’action des 39, le samedi 17 mars 2012 à Montreuil, « La Parole Errante à la Maison de l’Arbre », 9 rue François Debergue, 93100 – Montreuil-sous-Bois, Metro Croix de Chavaux.(métro ligne 9)

    Inscriptions : http://www.collectifpsychiatrie.fr/…/index.php ?petition=9

  • TEXTE POUR LA JOURNÉE À LANDERNEAU par Laurence Fleuret

    TEXTE POUR LA JOURNÉE À LANDERNEAU par Laurence Fleuret

    TEXTE POUR LA JOURNEE A LANDERNEAU

    Catherine dit qu’elle est là, aux Urgences, à l’origine, là où il faut commencer ce travail d’accueil, au-delà des mots, dans le soin du corps, comme la nourrice soigne son bébé, avec patience, vigilance, disponibilité, acceptant ses pleurs et ses agitations, et en acceptant de le rassurer, de le bercer, de lui parler.

    Je l’ai vue à l’œuvre, toute une après-midi, accompagnant une femme de 34 ans admise aux Urgences de Périgueux pour une ivresse aiguë.

    Cette femme était marquée par des addictions anciennes, son corps en sueurs, amaigrie, maculée d’hématomes et zébré de toutes sortes de cicatrices et de tatouages. Elle titubait, tempêtait, exigeait de fumer, ou de sortir, ou se mettait à pleurer, ou soliloquait pour injurier le monde entier.

    Catherine a passé son temps à la tempérer, à convaincre le médecin des urgences de rajouter une petite dose de VALIUM et, un peu à la fois, évitant le « protocole » habituel du 10/10 (Haldol 10 mg, Valium 10 mg) ou du 20/20, ou du 30/30, enfin quelque chose qui sédate à fond pour que le patient « comate » et laisse tranquille l’équipe jusqu’à la prochaine relève…

    Etre là, accueillir.

    Catherine, qui est en fin de carrière, vient de prendre ses fonctions d’infirmière d’accueil psychiatrique au SAUP de Périgueux. « Là, c’est la psychiatrie, dit-elle, la vraie ».

    De quoi parle-t-elle ? être là, accueillir une population manifestement peu investie par l’équipe des urgences. Des gens qui n’arrêtent pas de vouloir se suicider, ou bien qui reviennent sans cesse, très alcoolisés. Une cohorte d’indésirables qui sont dans un processus de destruction alors que l’équipe à vocation médicale, pense avoir la mission de sauver la vie des gens.

    C’est facile de comprendre que ces urgentistes se lassent de réparer à l’infini des types qui s’ingénient à répéter leur fracas contre les murs de leur misérable vie.

    Tout le monde n’a pas les mêmes motivations que Sisyphe. Comment voir derrière ces débris humains aux yeux vides, noyés de sueurs, défigurés par leur propre combat, l’humain respectable qu’ils devraient être, si on se met à les regarder, les écouter, les considérer, les désirer, oserai-je dire.

    Catherine est restée patiente, toute à sa tâche, me parlant de cette femme délabrée dans des termes respectueux, la resituant dans une histoire marquée par la violence, la prostitution, et une tentative désespérée de relance au désir, depuis qu’elle venait de faire une nouvelle rencontre amoureuse.

    Je vous parle de Catherine parce quelques jours plus tôt, dans cet environnement « dit de soins », j’avais vécu un tout autre scénario.

    Madame MARTIN, une Anglaise domiciliée depuis peu en Dordogne, arrive vers minuit au SAUP, donc il n’y plus d’équipe infirmière de Psychiatrie.

    A mon arrivée aux Urgences, elle est alitée, opposante. Elle ne parle absolument pas le Français. On ne lui a pas parlé depuis que les pompiers l’ont déposée dans le sas des Urgences.

    L’entretien tourne vite au clash avec des propos violents, à la hauteur de ce qu’elle a déjà vécu à son domicile où, devant son agitation favorisée par l’absorption d’alcool et de morphinique, les pompiers, les ambulanciers, le médecin des pompiers avaient du utiliser la force physique pour la contenir et l’envoyer à l’hôpital où elle était déposée seule.

    Son mari, au téléphone, explique qu’elle s’est mise dans un état de colère indescriptible après un coup de téléphone avec son père.

    Je tente de négocier avec cette patiente une nuit aux Urgences, un traitement sédatif, pour prendre un peu de recul et reparler de cela à distance. Elle s’emporte, s’agite, annonce son départ immédiat.

    Comme je ne pouvais pas la laisser partir de l’hôpital dans cet état, je sollicite l’équipe de nuit des Urgences pour prévoir une contention et une sédation. Et là, en réponse à ma violence, la violence explose, elle se jette par terre, hurle, griffe, mord. L’infirmière est dépassée, tremble. La parole n’a pas de cours puisque aucun d’entre nous ne manie correctement l’Anglais, suffisamment pour comprendre, notamment les injures, insuffisamment pour trouver les mots.

    Aux côtés de l’infirmière, deux aides-soignants masculins gèrent la contention. A la violence de la patiente, l’un des deux répond avec une violence inouïe.

    Je ne suis pas intervenue, parce que je savais qu’alors, les hommes seraient partis, agacés, en nous laissant régler toutes les deux la situation. Je savais que cela se passerait comme cela, parce que la violence était inouïe, parce que je percevais la jubilation de cet homme à dominer avec sa force cette pauvre folle d’Anglaise qui n’avait pas de problème somatique et qui ‘emmerdait tout le monde » à des heures impossibles.

    Hier encore, j’ai passé la soirée avec Catherine aux Urgences. Elle a à nouveau évité l’assaut et le saucissonnage d’un jeune homme de 25 ans qui avait 5 g d’alcoolémie.

    Alors, je l’ai laissée à ses soins, et je suis allée de l’autre côté du service des Urgences où j’étais requise dans les box comme on dit, où « l’accueil » est transitoire, précaire, dans des lieux qui ne sont pas isolés. On profite de l’entretien du voisin, on peut s’insinuer dans son histoire, rire quand le dément répond à côté.

    Les IDE ne sont pas spécialisés dans l’accueil psychiatrique et elles le rappellent volontiers, me sollicitant puisque c’est mon métier, pour interner ce « pépé qui déambule tout nu « depuis le début de l’après-midi.

    Pendant que je parle à ce vieillard, hébété depuis que sa sœur chez qui il vit, vient de se suicider, je suis appelée d’urgence auprès d’une autre patiente qui a fait une IMV avec de l’alcool et qui veut s’en aller. Je m’exécute, sans distance, en réponse à l’immédiateté, confirmant mon rôle de pompier, mon ubiquité, ma toute puissance. Sans recul, sans réflexion, sans théorisation.

    Bilan : le vieillard se remet à déambuler et l’infirmière m’agresse, et la femme qui a pris de l’alcool et des médicaments fugue pendant son transfert du côté des chambres du SAUP.

    Au fond, Catherine n’a pas eu à lui sauter dessus non plus. Le vieillard par contre, à l’arrivée du côté des lits, est devenu plus calme, plus coopérant, et a enfilé une chemise de nuit.

    Après je me suis faite rabrouée plusieurs fois parce que je cherchais un interlocuteur pour parler de cette femme qui avait fugué, et qui était susceptible de se présenter à nouveau.

    On a fini par m’envoyer voir « l’infirmière d’accueil » mais qui n’est pas une infirmière d’accueil psychiatrique. La boucle est bouclée, système clos, clivé, comment rendre l’autre fou, le psychiatre aussi …

    Catherine, abordant son nouveau poste, m’a prêté un instant son regard neuf sur l’institution. Je l’ai vue encore préservée de l’usure des répétitions, ignorant les clivages institutionnels, les conflits d’intérêt, et capable dans ce contexte éphémère de porter son désir d’être là pour les patients dont elle avait la charge.

    Là, ou ailleurs, est la vraie psychiatrie si tant est que l’environnement ait pu être « traité » comme qui dirait décontaminé, non pas de telle ou telle personne, mais rebasé sur une trame saine de fonctionnement où peuvent se parler les conflits.

    Peut-on être là, quand le terrain est ruiné ?

    Bien sûr que le tout premier temps de l’accueil marquera à jamais le temps de la suite de l’hospitalisation, ou du suivi.

    Bien sûr qu’il n’est pas seulement l’affaire de Catherine mais celle de tous, équipe soignante et autres patients.

    Le temps de l’accueil est dynamique, transversal, se joue du protocole.

    Accueillir c’est offrir une place, c’est une démarche active.

    Pourrait-on parler de compassion… Oury parle d’entrer dans le paysage de l’autre.

    Alors bien sûr que ce processus d’accueil est la base sur laquelle pourront s’articuler les échanges, le soin, donc le transfert ou les transferts, la connivence.

    C’est « une matrice éthique du soin qui permet l’émergence de l’autre ».

    L’Accueil dans la fonction partagée contribue au rétablissement d’une ambiance propice au partage, et nécessitant vigilance et disponibilité. Il se doit d’éviter de tomber dans une logique de ségrégation, de cloisonnement, d’exclusion.

    Oury dit qu’ » accueillir c’est tenir compte d’autrui, un sujet qui a avoir avec un désir, inconscient et souvent en panne et qui se manifeste la plupart du temps sous la forme négative ».

    Ces soirées répétitives aux Urgences de Périgueux m’interrogent sur l’accueil.

    Est-il utile ici de rappeler que l’accueil n’est pas l’admission ?

    Ne vous êtes-vous jamais agacé, en arrivant aux Urgences, accompagnant un proche ou vous-même, de devoir au préalable vous inscrire « administrativement ». De sujet en souffrance, on devient le n° de SS untel à qui on édite un paquet d’étiquettes et on vous pose un bracelet. Après, l’infirmière de l’accueil remplit la fiche d’admission, après on vous conduit en box ou en chambre, on vous déshabille, on vous retire vos effets personnels, on sépare l’objet malade de son entourage trop inquiet et encombrant.

    Un « accueil » qui dépersonnalise, humilie, chosifie, qui n’entend pas la demande, la plainte, la souffrance.

    Catherine est contente d’être à sa place d’infirmière Psychiatrique aux Urgences, affirmant qu’elle était enfin là, à l’origine au moment de l’accueil. Comme si l’accueil se résumait à cet instant, et à ce lieu comme s’il n’était pas à créer en permanence, recréer, à inventer, à le vivre au moment où on s’y attend le moins.

    Pourquoi ai-je choisi de vous parler du travail de Catherine ? Parce que son enthousiasme, son engagement, son implication m’ont touchée, dans ce temps, ce lieu, ce rôle de tri, imposé dans la charge du travail du Praticien Hospitalier lambda en psychiatrie à l’hôpital Général, dans cet endroit où non seulement je déteste ce que j’y fais, mais surtout je considère comme une caricature d’un espace soit disant thérapeutique.

    Cette modalité d’intervention psychiatrique aux Urgences des Hôpitaux Généraux est désormais devenue un sport national. C’est :

     monter de toute pièce un outil à la demande des médecins urgentistes pour se substituer à leur fonction médicale d’accueil. Les urgences sont elles-mêmes une récente création ex nihilo montée de toute pièce pour se substituer à la fonction médicale d’accueil du généraliste en ville, et du médecin hospitalier à l’Hôpital.

    – se substituer pour gagner du temps, de la rentabilité, du gain.

    – c’est monter de toute pièce un appareil de soin basé sur la ségrégation, le tri, dans la notion de l’accueil imposé par l’établissement selon les normes prévalentes de l’hygiène et de l’administration : port de la blouse et des sabots, mise à nu des patients, étiquetage.

    – réponse à côté, à mille lieues d’un groupe Balint ou d’un travail avec l’équipe des urgences sur la notion d’accueil. Etre là, c’est peut-être bien plutôt l’erreur, c’est nous mettre à une place où la machine hospitalière nous positionne. Nous voilà plein d’orgueil, à revendiquer que nous serions les seuls aptes à la fonction d’accueil, nous prenant pour des Psychiatres, des Infirmiers psychiatriques, des Psychologues.

    Qu’y a-t-il de pire que de se prendre pour ce que l’on est, interdisant par là même aux autres de prendre leur place au sein d’une institution hospitalière qui pourrait se soucier des patients.

    A Périgueux, l’accueil ne se réduit pas au travail de Catherine, à qui je tiens encore à rendre hommage.

    Le Service de psychiatrie travaille depuis plusieurs années pour aménager des lieux où soignants et soignés peuvent être là.

    Dr Laurence FLEURET
    Praticien Hospitalier

  • L’ANNONCE FAITE A SYLVETTE par Laurence Fleuret

    L’ANNONCE FAITE A SYLVETTE par Laurence Fleuret

    L’ANNONCE FAITE A SYLVETTE

    Ce jour là Sylvette, que je reçois à fréquence hebdomadaire depuis six mois, tient d’abord à excuser son absence au dernier rendez-vous. Elle m’explique qu’elle a consulté avec succès un homéopathe pour son prurit, qu’elle a déménagé le 1er novembre dans des conditions épouvantables, qu’elle a repris le travail à mi-temps il y a huit jours avec beaucoup de difficultés personnelles (et aussi parce que les conditions de travail se sont modifiées en profondeur depuis son arrêt maladie qui dure depuis un an).

    Et puis, elle quitte la narration de son quotidien, comme elle le faisait habituellement pour évoquer le profond mal-être quelle a ressenti toute la journée du samedi..

    Elle est surprise d’avoir été soudainement happée par la réminiscence de cette même journée de l’année précédente, celle qu’elle nomme la journée de l’Annonce.

    Elle consulte depuis juin 2011sur les conseils de son Médecin traitant et d’une amie, pour des troubles anxiodépressifs très envahissants, apparus en mars 2011 lors d’une hospitalisation pour une embolie pulmonaire.

    Sylvette est une jeune femme de 36 ans, qui en paraît dix de moins, un peu ronde, rougissante, très timide et réservée, l’émotion à fleur de peau qui lui noie le regard à l’évocation de ses tourments.

    Lors de la première consultation, elle m’a expliqué avec précision qu’elle a été traitée pour un cancer de l’ovaire associé à 2 l d’ascite. Il s’agit d’un kératome immature. Après la chirurgie, elle a fait une cure de chimiothérapie, et à la fin du protocole, a fait une double embolie pulmonaire.

    Elle a un compagnon et un fils de 21 mois.

    Je l’ai invitée à me parler des circonstances de la découverte de ce cancer.

    Elle se plaignait depuis mai 2010 d’une douleur irradiant dans le dos et d’un gonflement abdominal. Traitée pour une gastrite, elle est retournée voir son Médecin traitant devant l’accentuation du symptôme algique, qui l’a hospitalisée (c’est vendredi). Le bilan a mis en évidence une tumeur de 10 cm et une lame d’ascite.

    Les troubles dépressifs s’étaient révélés clairement au moment de l’hospitalisation pour une embolie pulmonaire. A ce moment, dit-elle, elle était très affaiblie, avait perdu 14 Kg, et avait été transfusée plusieurs fois.

    Sylvette est la fille unique d’un couple originaire du Sarladais, artisan de profession. Sa mère a à sa charge l’un de ses frères handicapé.

    Sylvette me parla de son ventre. Il lui restait l’utérus et un ovaire, mais elle n’avait plus de menstruations, et souffrait de bouffées de chaleur.

    Son unique grossesse a été très difficile. Elle a accouché deux mois avant terme sur une éclampsie après une hospitalisation de deux mois à Bordeaux. Le bébé était minuscule à la naissance, un peu plus d’un kilo.

    Nous avions convenu de maintenir les entretiens et l’instauration d’un traitement antidépresseur.

    Six mois plus tard, Sylvette se sent mieux. Elle est très détendue, moins angoissée, a repris sa place de maman auprès de son fils, sa place au travail. Les règles sont revenues. Son compagnon est patient.

    Pourtant, samedi dernier c’était « une sale journée ». Elle n’y pensait pas la veille, c’est arrivé d’un coup. C’était la date anniversaire de l’annonce.

    Aujourd’hui elle raconte avec d’autres mots, avec une envie d’évacuer enfin une émotion profonde jusqu’alors innommable, à moitié dans la colère, à moitié étouffée, dans une retenue très obsessionnelle :

    C’est l’arrivée aux Urgences, où elle est restée en box huit heures durant. Son compagnon avait dû la laisser seule, mais revenait assurément en fin de journée.

    Elle a eu des prises de sang, un tas d’examens, une échographie et un scanner abdominal. Et son gynécologue est venue la voir dans le box pour lui dire qu’elle avait une tumeur de 10 cm sur l’ovaire avec de l’ascite et qu’il fallait « tout enlever ». Sylvette ajoute que c’était d’une grande violence, et pas du tout rassurant ; comme s’il avait lâché une bombe dans le box et était parti en courant, sans prendre le temps d’attendre l’arrivée de son compagnon. C’est elle qui a fait l’annonce à son compagnon.

    Le matin, elle était arrivée aux Urgences avec l’idée d’une possible intervention digestive, et le soir on lui programmait une stérilisation, un évidement du ventre. Son fils n’avait que 13 mois…

    Après, c’était moins grave selon elle. Elle a vu trois gynécologues, qui avaient des avis divergents. Après, les choses sont allées très vite, chirurgie, chimio jusqu’à l’embolie, en prime pour différer encore la fin des soins.

    Sylvette dit que, lorsqu’elle doit revenir à l’Hôpital, elle redoute de rencontrer le premier gynécologue, celui de l’annonce. Elle parle de hantise.

    Elle épanche son ressenti avec beaucoup d’émotion, mais retrouve le sourire. Elle finit par dire qu’elle aimerait bien avoir un deuxième bébé, mais que les médecins ne savent pas si son deuxième ovaire a survécu à la chimiothérapie.

    Piège de mère, accès interdit, avènement mortel…

    Demeurent cette souffrance et ces angoisses de mort. N’est-il pas surtout question de filiation, d’une inscription dans la lignée des mères.

    Derrière la supposée souffrance à faire surface après le traitement d’un cancer, c’est la souffrance de l’annonce de la mise à mort de son ventre qui paraît émerger.

    S’agit-il d’un effet de défense, de déplacement ou à l’inverse la prise de conscience dans le réel d’un énorme blocage dans l’identification à sa mère.

    – Quelle urgence ?
    – Quel accueil ?

    Quelle est cette urgence à envoyer Sylvette aux Urgences ? C’est vendredi veille de week-end, et le diagnostic sera fait dans la journée Etait-il urgent d’agir l’hospitalisation le week-end à l’UMO, l’unité des malades oubliés, pour y ruminer la découverte de son cancer dans son bocal aseptisé avant que la cavalerie médicale ressaisie en début de semaine ne s’organise deux ou trois jours plus tard pour être efficace et pragmatique.

    N’y aurait-il pas eu d’autres trajectoires, d’autres accueils, d’autres temps de rencontres pour aboutir le même jour, la même heure à la même intervention ?

    Et qu’est-ce qui a été loupé, scotomisé lorsque cette femme de 34 ou 35 ans fait une éclampsie ?

    Le corps comme un fusible qui pète, à l’instant de l’accouchement… Un premier signal de détresse, l’expression d’un mal être profond, peut-être déjà là, dans les limites de la maternité mise à mal dans son histoire familiale depuis deux générations.

    Le corps à nouveau se manifeste, un an plus tard avec l’éclosion… du cancer de l’ovaire. On pourrait s’interroger sur les ratages dans l’accompagnement psychiatrique qui aurait pu être proposé précédemment, aux premiers symptômes de son cancer de la maternité.

    Dr Laurence FLEURET
    Praticien Hospitalier

  • ACTUALITÉ DE WINNICOTT le 31 Mars 2012 à Montpellier

    ACTUALITÉ DE WINNICOTT le 31 Mars 2012 à Montpellier

    ESPACE ANALYTIQUE
    LANGUEDOC

    groupe Languedoc

    de l’association Espace Analytique

    ACTUALITÉ DE

    WINNICOTT

    à MONTPELLIER

    Salle Pétrarque

    2 place Pétrarque

    Espace Analytique

    www. espace-analytique.org

    audicom@wanadoo.fr

    avec la présence de la librairie Sauramps

    Argument

    Les pratiques de soin psychique, qu’elles soient dans les champs socio-éducatif, psychiatrique ou médical, sont aujourd’hui fortement mises à mal par les politiques de santé publique. L’uniformisation se généralise, les protocoles de “bonne conduite” et autres recommandations foisonnent, et ne se soucient plus du malade ni de sa singularité. Avec des concepts comme l’environnement suffisamment bon, la régression, le holding, le squiggle, etc., les théories de D.W. Winnicott nous incitent à penser la nécessité d’un “aménagement de la situation”, d’un ajustement constant du “cadre” analytique au patient comme au monde qui l’entoure. Mais le coeur de sa théorie reste le concept d’objet transitionnel. Cette aire intermédiaire d’expérience n’est-elle pas justement de nature à permettre au sujet de surmonter l’épreuve de réalité et, plus largement, de faire une place au rêve et au fantasme ? Il nous semble en effet, aujourd’hui plus que jamais, nécessaire de créer des fictions et d’oser les partager ; bref, de continuer à penser la pratique. Ces étayages psychiques sont là pour permettre au psychanalyste, mais aussi à tous ceux qui interviennent au nom de la souffrance psychique, de résister aux approches comptables et réductrices dans le domaine du soin.

    Le groupe Espace Analytique Languedoc vous propose une journée d’échanges et de débats afin d’esquisser, de reprendre ou de mettre en question nos pratiques dans la perspective de l’enseignement de Winnicott. Nous tenterons ainsi de dégager ce qui en fait l’actualité, en quoi elle peut être une théorie de référence pour les soignants, quels qu’ils soient, mais aussi un axe de résistance aux effets dévastateurs des évaluations, chiffrages, et à toutes les autres formes de désubjectivation des divers acteurs du soin.

  • Notice explicative sur les derniers évènements à propos du packing Janvier 2012

    Notice explicative sur les derniers évènements à propos du packing Janvier 2012

    Pierre Delion

    Notice explicative sur les derniers évènements à propos du packing

    Janvier 2012

    Pierre Delion, professeur à la faculté de médecine de Lille 2, chef du service de pédopsychiatrie au CHRU de Lille

    L’ampleur de la polémique autour du packing enfle chaque jour et les informations qui circulent à son propos sont tellement erronées et outrancières que je me résous à rédiger cette mise au point. Je ne peux évidemment répondre que des pratiques conformes à ce que j’enseigne depuis de très nombreuses années, et je n’ignore pas que, par ailleurs, des entreprises douteuses peuvent être incriminées car elles dérogeraient à la pratique et à l’éthique médicale. De plus, le packing ne concerne que quelques enfants porteurs de TED/TSA lorsqu’ils présentent des signes graves voire gravissimes de troubles du comportement, pour lesquels une indication précise doit être posée et une formation de l’équipe réalisée dans de bonnes conditions.

    Lorsque j’ai pratiqué les premiers packings avec des enfants autistes dans les années 1985, il s’agissait pour moi, en tant que pédopsychiatre hospitalier sectorisé, de trouver une solution de traitement pour des symptômes extrêmement préoccupants que présentaient quelques enfants avec Troubles Envahissants du Développement/Troubles du Spectre Autistique, notamment des automutilations pour lesquelles les soignants n’avaient aucun autre recours (une des premières enfants concernées s’était automutilée l’œil avec son ongle, et son symptôme automutilatoire a cédé en quelques semaines de packing). Les bons résultats de cette méthode, utilisée par mes prédécesseurs pour traiter la dissociation schizophrénique des adultes, m’ont conduit à en formaliser la pratique sous la forme d’écrits de cas cliniques parus dans diverses revues et livres. J’insistais déjà à l’époque sur le fait que la technique du packing permet de traiter l’automutilation et d’autres symptômes graves du comportement, mais ne guérit pas l’autisme.

    Lorsque les possibilités de conduire des recherches dans le cadre de Programmes Hospitaliers de Recherche Clinique ont été créées (1992), j’ai présenté des projets en ce sens au CHU d’Angers, mais sans succès. Entre-temps la pratique du packing avait rencontré un vif succès auprès de nombreuses équipes de pédopsychiatrie qui constataient que cette technique ouvrait une possibilité de traiter les symptômes graves des enfants TED/TSA déjà évoqués. Peu après ma nomination à la faculté de médecine et à la chefferie de service au CHRU de Lille, nous avons, avec l’aide de Jean Louis Goeb, construit un nouveau projet et l’avons déposé auprès des services concernés. En 2008, un PHRC National a enfin été accepté (PHRC 2007/1918, No Eudra CT : 2007-A01376-47) et le ministère de la Santé a financé notre projet de recherche visant à mettre en évidence « l’efficacité thérapeutique du packing sur les symptômes de troubles graves du comportement, notamment les automutilations, des enfants porteurs de TED/TSA ». Je rappelle que les PHRC reçoivent obligatoirement un avis favorable du Comité de Protection des Personnes du CHRU à l’origine du projet de recherche pour être validés. Actuellement, après trois ans de travail avec l’aide de Céline Lallié (psychologue PHRC) et de Maud Ravary (psychomotricienne PHRC), nous sommes toujours en phase d’inclusion des enfants dans cette recherche dans la mesure où un certain nombre d’actions ont été conduites par ses détracteurs pour en empêcher la réalisation de la recherche, ce qui nous a obligé à demander une prolongation de deux ans de l’étude, ce qui a été accordé, mais sans obtenir pour autant de financement supplémentaire.

    Les conditions de réalisation de cette étude, ainsi que la pratique du packing de façon plus large, restent problématiques pour les raisons que je vais tenter de résumer comme suit. Le président d’une association de parents d’enfants autistes (d’abord Léa pour Samy puis désormais Vaincre l’autisme) décide de faire interdire la pratique du packing, la jugeant contraire à ses idées d’éthique et de recherche en matière d’autisme. Il élabore une stratégie utilisant la dissuasion et la menace auprès des praticiens de terrain et le lobbying auprès des scientifiques et des politiques pour arriver à ses fins. Il commence par organiser diverses manifestations spectaculaires pour attirer l’attention des médias et, lors de la journée mondiale de l’autisme (2009), sa prestation sur le pont des Arts et au ministère de la Santé à Paris lui permet d’être reçu par les plus hautes autorités de la Santé auxquelles il demande un moratoire sur ces pratiques en France.

    Sensibilisée à la question de l’autisme, Valérie Létard, alors secrétaire d’Etat à la Solidarité, se fait l’écho exact de ces revendications, en soutenant de façon officielle les positions de cette association, ce qui aura des effets durables auprès de l’ensemble du secteur médicosocial dans lequel elle est très implantée. Heureusement, la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, plutôt que de céder à ces demandes tendancieuses, demande le 30 juin 2009 un avis au Haut Conseil de la Santé Publique. Cette instance reconnue rend le 2 Février 2010 un avis favorable à la pratique du packing, à la condition de suivre la méthode telle qu’elle est stipulée dans le PHRC déjà évoqué. J’ajoute que les risques psychologiques évoqués par le rapport et mis en avant par le président de l’association Vaincre l’autisme pour disqualifier la pratique du packing, font partie des précautions que j’ai moi-même transmises au Haut Conseil afin d’éviter d’utiliser cette technique sans la garantie d’une supervision. Le président de l’association en question, surpris et scandalisé de l’avis du Haut Conseil, décide de poursuivre la mission qu’il s’est fixée. Il arrive par l’intermédiaire de scientifiques appartenant ou ayant appartenu au conseil scientifique de son association, à organiser, lors d’un congrès international (Catane 2010), une réunion rassemblant plusieurs grands scientifiques, reconnus sur le plan international pour leurs travaux en matière d’autisme, et que je respecte à ce titre, qui signent une lettre (ce qui n’équivaut pas, loin s’en faut à un article scientifique) qui paraîtra dans le JAACAP (Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry) en février 2011, intitulée « Against the packing ». A noter que dans la liste de ces grands scientifiques, plusieurs ne sont pas précisément en position d’experts et/ou de médecins chargés de soigner les troubles graves du comportement (Pr. Bourgeron généticien, Pr. Rizolatti neuroscientifique des neurones miroirs…). A noter également que la réponse (en France on parle de « droit de réponse ») que j’avais proposée à cette prestigieuse revue (« Again the packing ») n’a pas été publiée, montrant à l’évidence que le débat intellectuel et scientifique n’était pas à l’ordre du jour. A noter enfin que les dits grands scientifiques, lorsqu’ils seront confrontés à la publication des résultats de la recherche actuelle sur l’efficacité du packing, à condition que les résultats soient positifs, regretteront sans doute de s’être laissés embarquer dans cette aventure peu scientifique. En effet, ils savent bien qu’avant de pouvoir démontrer quelque vérité scientifique que ce soit, le chercheur émet des hypothèses abductives (j’ai l’intuition que) puis conduit ses recherches pour tenter de démontrer de façon déductive et inductive les hypothèses émises. S’il n’y avait pas d’abord des intuitions basées sur la clinique, aucune découverte n’aurait pu être faite en médecine, ni a fortiori démontrées dans le cadre de l’Evidence Based Medicine.

    Ensuite, lors d’une récente réunion à Glasgow, en mars 2011, le Professeur Gillberg, un des auteurs de la lettre citée précédemment, lance, à l’initiative de Vaincre l’autisme dont il préside le comité scientifique, un manifeste déclarant le packing contraire à la déontologie. Non content de ces manifestations plus idéologiques que scientifiques (le président de l’association déclare dans les lettres de mise en demeure qu’il adresse aux directeurs du CHRU de Lille et de Pitiè-Salpêtrière/Paris, que les signataires de ces manifestes ne connaissaient pas le packing ! et je me permets de douter de la qualité de l’information « loyale » qu’ils ont dû recevoir à ce propos), une association proche intervient auprès d’une autre revue internationale, le Journal of physiology-Paris, pour faire retirer un article modeste que j’y avais fait paraître, intitulé « Towards a dialogue between psychoanalysis and neurosciences/vol 105, issues 4-6, december 2011, p.220-222 » exposant ma position de pédopsychiatre intégratif, et dans lequel j’ai eu le malheur de mettre le mot « packing » dans les mots-clés. Est-ce que cet article, maintenu malgré les pressions pesant sur la rédaction, présentant succinctement le packing, les articles scientifiques sur lesquels sa pratique repose et la recherche en cours actuellement à Lille, pourrait amener des lecteurs à s’étonner qu’on veuille faire taire une pratique qui finalement peut répondre à des questions que se posent un certain nombre de cliniciens aux prises avec l’automutilation ? Voilà de quoi réfléchir sur l’importance que ce mouvement accorde au débat scientifique dont il ne cesse de se prévaloir ! Plus loin encore, le président de cette association a récemment écrit à mon directeur du CHRU de Lille, ainsi qu’à celui de mon confrère le Professeur David Cohen, pédopsychiatre à la Pitié-Salpêtrière pour les mettre en demeure de répondre à des questions qu’il pose sur l’utilisation des fonds publics et autres critiques faites à l’exercice de la pédopsychiatrie publique dans les cadres hospitalier et universitaire (la pratique du packing serait une manière de détourner l’argent du contribuable). Les doubles de ses lettres adressées aux partenaires de ma pratique ordinaire (par exemple le Conseil Régional, la Mairie de Lille…) tendent à jeter un discrédit sur mes actions et recherches, et ainsi, par rebonds successifs, à empêcher la réalisation du PHRC incriminé et à me déconsidérer aux yeux des personnes avec lesquelles je suis en contact permanent pour effectuer mes missions de service public. Je rappelle que la pratique du packing représente une infime partie de mon travail de professeur à la faculté de médecine de Lille 2 et de chef du service de pédopsychiatrie du CHRU de Lille.

    Enfin, une lettre signée de Martine Aubry lorsqu’elle était candidate à la primaire socialiste, fait état de sa décision de supprimer la packing si elle était élue à la présidence de la République dès 2012. Après information auprès de l’intéressée, il apparaît que l’insertion de la mention concernant l’interdiction du packing a été introduite sans qu’elle soit au courant ; une lettre de démenti de sa part, dans laquelle elle rappelle à juste titre qu’un politique n’a pas à prendre partie dans le soin. Sa lettre est désormais disponible pour les personnes intéressées sur le site de Michel Balat.

    Toutes ces informations tronquées produites par le président de cette association, ne retenant que les arguments qui arrangent la défense de sa cause, confinent au harcèlement professionnel et à la diffamation, et on peut s’interroger, à la lumière de telles méthodes, sur le but poursuivi quand il tente d’écarter toute réflexion n’appartenant pas aux courants qu’il juge lui-même importants, et notamment, en simplifiant les problématiques complexes telles que les prises en charge des enfants TED/TSA qu’il connaît de façon partielle.

    Je remarque à ce propos que ma position de responsable d’un service de pédopsychiatrie me met au contact avec les enfants qui présentent les problématiques les plus graves et dont l’état de santé nécessite, en plus des approches éducatives et pédagogiques, une approche sanitaire quelquefois importante en temps et en espaces thérapeutiques proposés, ce qui justifie le recours aux hôpitaux de jour en pédopsychiatrie. Il ne s’agit pas pour moi de minimiser les souffrances de ces enfants et adultes porteurs de TED/TSA ni celles de leurs parents avec lesquels j’ai cheminé depuis près de quarante années.

    J’ai la plupart du temps noué des relations très positives avec eux et je note d’ailleurs que les rumeurs, disqualifiantes à mon endroit, qui circulent sur les forums ne sont écrites que par des personnes que je ne connais pas et qui ne me connaissent pas personnellement. Par contre, il s’agit manifestement d’une entreprise concertée, menée de façon méthodique, pour déstabiliser les « adversaires » qui ne pensent pas conformément à leur point de vue, et prêts à aller jusqu’au bout de leur intransigeance.

    Pour ma part, j’ai tenté depuis de nombreuses années de proposer et de réaliser des actions au niveau de ma pratique, de mes recherches et de mes enseignements universitaires qui visent à intégrer les différentes données en présence, aussi bien sur les plans scientifiques et de recherche que sur celui de la qualité de la relation humaine, dans laquelle l’approche psychanalytique nous apporte, parmi beaucoup d’autres approches qu’il s’agit d’intégrer au service des enfants autistes, une précieuse contribution. Actuellement dans mon service du CHRU de Lille, les enfants porteurs de pathologies TED/TSA sont pris en charge de manière intégrative en appui sur le trépied « éducatif toujours, pédagogique si possible et thérapeutique si nécessaire » et sous l’égide des parents. Tous ceux qui aujourd’hui colportent le contraire se livrent à de lâches calomnies (il est tellement facile de répandre ces rumeurs sur le « net » en sachant que l’on n’aura pas à en répondre en conscience, les yeux dans les yeux, devant quelqu’un que l’on connaît personnellement). Des parents dont j’ai soigné les enfants sont en train de préparer des témoignages qui viendront s’ajouter aux quelques deux mille messages de soutien recueillis sur le site de Michel Balat à la suite de ma lettre ouverte aux parents et aux professionnels d’enfants autistes. Au niveau du Centre Ressources Autismes du Nord Pas de Calais dont mon équipe CHRU est partenaire puisqu’elle assume la responsabilité de l’Unité d’Evaluation Diagnostique, notre politique suit la même logique intégrative et essaye de développer cette philosophie de travail auprès de tous les collègues de notre région. Au niveau de la faculté de médecine, mon enseignement va également dans ce sens, tendant à conjuguer de façon ouverte et apaisée, les articulations entre neurosciences et psychopathologie au service des patients présentant des pathologies pédopsychiatriques, dont les TED/TSA font partie, ainsi que beaucoup d’autres pathologies du développement. Notre équipe de recherche n’a pas à rougir des nombreux résultats obtenus dans ces domaines (interactions foeto-maternelles en imagerie cérébrale fonctionnelle, hallucinations chez l’enfant, carences affectives précoces des bébés…). Enfin, les pratiques et les réflexions engagées pour permettre aux disciplines pédopsychiatriques et neuropédiatriques de collaborer autour des problématiques complexes (THADA, TED/TSA, épilepsies, déficiences,…), par exemple en organisant des consultations conjointes, afin de rendre les meilleurs services aux enfants et à leurs parents, sont issues de la nécessité d’articuler aujourd’hui les approches neuroscientifiques et psychopathologiques.

    Nos détracteurs peuvent continuer à faire comme si nous étions d’un autre âge, d’une autre planète, d’une autre complexion, disqualifiant en passant beaucoup d’acteurs majeurs de notre santé publique, et notamment les nombreuses équipes de pédopsychiatrie qui se préoccupent, quoiqu’on en dise, des enfants porteurs de TED/TSA. Cela facilite sans doute l’accumulation d’arguments aussi fallacieux que simplificateurs, caricaturant une pratique dans laquelle je ne me reconnais absolument pas, ni mon équipe hospitalo-universitaire.

    En revanche, j’assume ce que nous sommes vraiment, des praticiens enseignants chercheurs nourris de l’humanisme de nos pères, engagés dans le soulagement des souffrances des enfants et de leurs parents et déterminés à faire cesser cette entreprise, aussi insensée que cruelle, de désinformation générale de nos concitoyens, dont les conséquences rejaillissent sur les enfants concernés et sur leurs parents et sur ceux qui les aident au quotidien.

    Qu’on prétende faire la guerre à l’autisme, soit !, encore faut-il ne pas se tromper d’ennemis.

  • Lettre de Martine Aubry à Pierre Delion

    Lettre de Martine Aubry à Pierre Delion

    Une mise au point de Martine Aubry à propos du détournement d’une lettre qui lui faisait prendre position contre le packing… sans qu’elle le sache.

  • Article du journal « Le Monde »

    Article du journal « Le Monde »

    Vendredi 9 Décembre 2011

    Société

    Un documentaire sur l’autisme suscite la controverse dans le

    milieu de la psychanalyse

    Estimant avoir été piégés et ridiculisés, trois psychanalystes intentent un procès à la

    réalisatrice du  » Mur « , Sophie Robert, jeudi 8 décembre

    Les sujets les plus complexes sont

    parfois ceux qu’on évoque de la

    façon la plus simpliste. L’autisme,

    par exemple. S’estimant victimes d’un

     » sabotage « , trois psychanalystes ont

    assigné la documentariste lilloise

    Sophie Robert, réalisatrice d’un film

    de 52 minutes intitulé Le Mur et

    sous-titré La psychanalyse à

    l’épreuve de l’autisme , en demandant

    l’interdiction de sa diffusion. L’affaire

    devait être entendue sur le fond, jeudi

    8 décembre, au tribunal de grande

    instance de Lille.

    Diffusé depuis le 8 septembre sur le

    site Internet de plusieurs associations

    de parents d’autistes, Le Mur a été

    partiellement financé par

    l’association Autistes sans frontières.

    Sa réalisatrice y met en scène une

    dizaine de psychanalystes, qu’elle a

    longuement interrogés. L’un explique

    que cette pathologie peut être la

    conséquence d’une dépression

    maternelle, un autre parle de  » mère

    psychogène  » , un autre encore de « 

    désir incestueux  » et de  » folie

    transitoire  » de la mère. Ce jargon

    psychanalytique est présenté en

    opposition avec deux familles

    filmées dans leur environnement

    quotidien, dont les enfants autistes,

    affirment les parents, ont bénéficié

    d’une prise en charge éducative et

    comportementale. L’ensemble a pour

    objet de montrer l’inefficacité, voire

    la nocivité de l’approche

    psychanalytique de l’autisme au

    regard des méthodes éducatives. Sans

    guère convaincre, tant aucune vraie

    parole n’est finalement donnée ni aux

    uns ni aux autres.

    Les trois psychanalystes qui l’ont

    assignée en justice, Esthela Solano-

    Suarez, Eric Laurent et Alexandre

    Stevens, sont tous membres de

    l’Ecole de la cause freudienne. Après

    avoir été contactés par Sophie Robert

    en septembre 2010  » en vue de la

    réalisation d’un film documentaire  » ,

    ils estiment avoir été  » piégés  » dans

     » une entreprise polémique destinée à

    ridiculiser la psychanalyse  » . Sophie

    Robert leur ayant assuré que la

    diffusion télévisuelle de ce film était

     » sérieusement envisagée, notamment

    sur la chaîne Arte  » , ils demandent à

    être considérés comme auteurs et à

    pouvoir, à ce titre, empêcher la

    diffusion de leurs propos. Le tribunal

    devra par ailleurs examiner si la

    réalisatrice est sortie des

    autorisations de tournage qu’ils ont

    signées préalablement à leur

    interview.

     » Sophie Robert est venue me voir

    pour un 52 minutes qui devait être

    diffusé sur Arte , sur la

    psychanalyse et l’autisme. Mais des

    trois heures d’entretien que j’ai

    passées avec elle, elle n’a

    pratiquement gardé qu’un bref

    passage, où je parle… de biologie ! « 

    , commente pour sa part le

    pédopsychiatre et psychanalyste

    Bernard Golse, chef de service à

    l’hôpital Necker-Enfants malades, qui

    évoque une  » affaire lamentable « .

    Même réaction de la part de Pierre

    Delion, chef de service au CHRU de

    Lille, qui s’estime  » victime d’un abus

    de confiance  » .

    Pour ce pédopsychiatre

    psychanalyste, la théorie selon

    laquelle l’autisme serait provoqué par

    la mère est  » complètement dépassée

     » .  » La psychanalyse n’a rien à dire

    sur les causes de l’autisme, dont on

    sait aujourd’hui qu’elles peuvent être

    à la fois d’origine génétique,

    neurodéveloppementale et

    environnementale  » , précise-t-il, en

    ajoutant que ce trouble nécessite « 

    une prise en charge pédopsychiatrique

    intégrative, qui

    articule trois approches : éducative,

    pédagogique et thérapeutique  » . Un

    discours qui n’apparaît nullement

    dans Le Mur , bien que Sophie

    Robert ne le démente pas.

     » Je ne conteste pas que certains

    psychanalystes disent qu’il faut une

    approche intégrative. Mais le fait est

    que j’ai découvert le contraire ,

    affirme-t-elle. J’ai découvert que

    pour le noyau dur des psychanalystes

    français, qu’ils soient freudiens,

    lacaniens ou autres, la notion de

    toxicité maternelle en matière

    d’autisme reste extrêmement

    présente. Dans leur théorie comme

    dans leur pratique. « 

    Si plus personne ne conteste

    aujourd’hui l’efficacité du dépistage

    précoce de l’autisme et de son

    traitement par des programmes

    éducatifs adaptés, la prise en charge

    de ce trouble envahissant du

    développement (TED) reste

    notoirement insuffisante en France.

    Là est le vrai problème. Et

    l’opposition entre psychanalystes et

    partisans des thérapies cognitivocomportementales

    (TCC), restée très

    vivace au pays de Lacan, n’a pas

    contribué à le résoudre, entretenant

    au contraire un climat de polémique

    dont les enfants autistes et leurs

    familles ont longtemps été les otages.

    La situation a toutefois commencé à

    évoluer ces dernières années, et la

    plupart des experts se concentrent

    désormais sur la nécessité

    d’améliorer le diagnostic et le

    traitement précoces de cette grave

    pathologie du développement, qui

    concerne environ deux personnes sur

    mille de moins de 20 ans. Depuis

    deux ans, la Haute Autorité de santé

    et l’Agence nationale de l’évaluation

    et de la qualité des établissements et

    services sociaux et médico-sociaux

    élaborent notamment des

    recommandations de bonne pratique

    sur la prise en charge éducative et

    thérapeutique des enfants et

    adolescents avec autisme. Leurs

    conclusions devraient être rendues

    publiques au premier trimestre 2012.

    Catherine Vincent

    Tous droits réservés : Le Monde Diff. 367 153 ex. (source OJD)

    8155D9A86E30490575A80E10E30F41AE6E36520A17CB034C62A0883

  • Article du journal « Libération »

    Article du journal « Libération »

    Jeudi 8 Décembre 2011
    France
    Autisme : « dogmatismes » en duel au tribunal de Lille
    Plainte . Interrogés pour un documentaire, des psychiatres contestent la dénaturation de leurs
    propos et demandent l’interdiction du film.
    Un procès pour tentative de
    « ridiculiser la psychanalyse » : c’est
    ce qui arrive à la documentariste
    Sophie Robert, assignée aujourd’hui
    au tribunal de grande instance de
    Lille pour son film, visible sur le Net,
    le Mur, la psychanalyse à l’épreuve
    de l’autisme. Trois psychiatres, Estela
    Solano-Suarez, Eric Laurent et
    Alexandre Stevens, lui reprochent
    d’avoir « dénaturé » leurs propos. Ils
    demandent l’interdiction du
    documentaire, arguant qu’ils sont les
    auteurs des interviews et ont un droit
    de regard sur leur utilisation.
    « J’aurais escamoté des propos qui
    font que ce qu’ils disent n’est pas
    ridicule », ironise Sophie Robert.
    Le film dénonce le même message,
    répété de psychanalyste en
    pédopsychiatre : les enfants autistes
    sont victimes d’une mère soit trop
    froide soit trop chaude et s’enferment
    dans une bulle. « Le grand public
    ignore que, pour les psychanalystes,
    les mères sont pathogènes par
    essence, s’enflamme Sophie Robert.
    J’ai fait un film qui ne les condamne
    pas. Ils se condamnent tout seuls
    avec leurs propos. »
    « Financeur ». Sauf que les intéressés
    ne s’y reconnaissent pas. « Ces
    théories sont totalement dépassées »,
    affirme le professeur Pierre Delion,
    pédopsychiatre au CHRU de Lille. Et
    ce serait « calomnieux » de faire croire
    l’inverse. Interviewé par Sophie
    Robert, il n’a pas porté plainte mais
    s’est senti « victime d’un abus de
    confiance », avec l’utilisation de « cinq
    secondes d’entretien totalement
    détachées du contexte ». Il dénonce le
    face-à-face du docu entre la
    psychanalyse « inefficace » et les
    méthodes comportementalistes, Aba
    ou Teach, que la réalisatrice
    plébiscite.
    La thèse de la prédominance des
    méthodes comportementalistes sur la
    psychanalyse est portée par
    l’association de parents d’autistes,
    Autismes sans frontières, « financeur
    principal du film », reconnaît Sophie
    Robert, qui assume son parti pris.
    Dans les hôpitaux, ces méthodes
    comportementalistes, basées sur la
    répétition des mêmes gestes, tiennent
    leur place à côté du thérapeutique,
    présent « si nécessaire », selon le
    professeur Delion, qui souligne : « La
    psychanalyse sert à comprendre ce
    qui se passe entre l’enfant et ses
    accompagnants. Elle n’est pas dans
    l’explication des causes de
    l’autisme. »
    Génétique. Il est désormais acté que
    l’autisme a une cause génétique. Les
    psychanalystes qui attaquent, proches
    de l’Ecole de la cause freudienne
    (gardiens des oeuvres de Lacan),
    refusent de s’exprimer. Un
    connaisseur du dossier, psy, soupire :
    « Ils adorent les procès. Cette affaire,
    c’est la rencontre entre deux
    dogmatismes », l’Ecole de la cause
    freudienne contre les
    comportementalistes. Il conclut :
    « Les modérés sont pris entre les deux
    comme dans un casse-noisettes. »
    De notre correspondante à Lille
    Stéphanie Maurice
    Tous droits réservés : Libération Diff. 144 054 ex. (source OJD)
    6C59F97169F0E909A54C0BD0C605A13F7BB2449AB46356147FD62A0

  • Abus de confiance, par Caroline Eliacheff

    Abus de confiance, par Caroline Eliacheff

    14. ABUS DE CONFIANCE

    (7 décembre 2011)

    Caroline Eliacheff, les Matins de France-Culture

    Imaginez, cher Marc, que vous soyez un ou une pédopsychiatre psychanalyste ayant une renommée nationale voire internationale dans le domaine de l’autisme auquel vous consacrez tout ou partie de votre vie professionnelle. Une personne se présentant comme journaliste, Sophie Robert vous contacte se recommandant de collègues prestigieux. Son projet : réaliser pour la chaîne Arte une émission sur les grands concepts de la psychanalyse et sur la place actuelle de cette discipline dans la prise en charge des autistes. La référence à Arte vous met en confiance. Après tout, il n’est plus si fréquent d’avoir l’occasion de parler sérieusement de la psychanalyse à la télévision et la prise en charge des autistes est le champ de controverses qu’il serait grand temps de clarifier. Vous recevez donc Sophie Robert qui vous assure que chacun aura le temps d’exposer son point de vue et qu’elle vous soumettra le montage final. Bref, toutes les conditions sont réunies pour que vous y alliez !

    Les personnes sollicitées, une trentaine, ont toutes eu droit à un long entretien, alternant questions précises et discussion libre autour par exemple de la biologie de la grossesse, de la place historique de Bettelheim ou encore du concept peu connu de censure de l’amante.

    Au final, elles se sont faites rouler dans la farine : la journaliste n’en est pas une, elle n’a jamais eu d’accord formel de la chaîne Arte qui a refusé le documentaire, ce dont elle s’est bien gardée d’avertir les protagonistes. Qu’a-t-elle fait de ces archives ? Eh bien elle n’a pas retenu la leçon de Godard qui disait que le montage est l’art de rendre l’image dialectique. Tout effet de montage étant producteur de sens, Sophie Robert a donné à son documentaire Le MUR un sens unique, celui qui conforte ceux qui veulent éradiquer la psychanalyse de la prise en charge des autistes. L’une de ses techniques a consisté à refaire hors champ une question concernant l’autisme en donnant comme réponse des phrases tronquées extraites d’un autre contexte. L’effet de ridicule est assuré mais plus grave, le message est inversé. En manipulant leurs propos, est accréditée l’idée que les psychanalystes ne font que culpabiliser les parents ; mieux encore : accrochés à des certitudes passéistes, ils sont les uniques responsables du retard pris par la France dans la mise en place de méthodes éducatives qui, elles seules, je dis bien seules, seraient efficaces. En réalité, ces spécialistes de l’autisme non seulement défendent mais mettent en pratique un trépied comportant, comme l’un d’eux le résume  » une approche éducative toujours, une approche pédagogique si possible et une approche thérapeutique si nécessaire ». Mais pour qui roule Sophie Robert ? Pour une association de parents d’enfants autistes, Vaincre l’autisme qui mène depuis des années une véritable croisade d’intoxication contre les psychanalystes. La projection en salle du MUR a été placée sous son égide avant d’être complaisamment accueilli sur internet.

    Trois des interviewés ont demandé à la justice qui se prononcera demain d’interdire ce film. La très sérieuse association CIPPA (Coordination Internationale entre Psychothérapeutes Psychanalystes s’occupant de personnes avec Autisme), dont plusieurs adhérents ont été floués a mis en ligne un dossier rétablissant la vérité autour de leurs pratiques conçues en constante articulation avec les autres approches qui loin de se contredire s’enrichissent les unes les autres. Le Mur est une pure escroquerie qui serait risible si le sujet n’était aussi grave.

  • « Le mur » : un honteux montage. Témoignages.

    « Le mur » : un honteux montage. Témoignages.

    Un film « le mur : autisme et psychanalyse » réalisé par Sophie Robert, circule sur le net actuellement depuis quelques semaines. Ce document résulte d’une série d’interviews effectués auprès de plusieurs d’entre nous sur un sujet complexe et difficile à traiter en quelques mots. Le montage se révèle une entreprise de disqualification de la psychanalyse et présente une version pervertie des positions des personnes interrogées. Devant cet abus de confiance manifeste, certains psychanalystes ont réagi en portant plainte contre la réalisatrice. La CIPPA (coordination internationale des psychanalystes psychothérapeutes de personnes autistes) fondée par Geneviève Haag et présidée par Dominique Amy, nous a proposé de réunir un dossier regroupant un certain nombre d’informations parmi lesquelles figurent les témoignages de Beranrd Golse, Laurent Danon Boileau et Pierre Delion, membres de la CIPPA et de Christine Loisel, sur les circonstances dans lesquelles nous avons été piégés. Plutôt que de répondre par la polémique, nous préférons diffuser largement les pièces du dossier afin que les personnes intéressées puissent avoir des éléments sur ce que les psychanalystes peuvent apporter aux enfants autistes, et à leurs parents, et juger par elles-mêmes du niveau des attaques dont nous sommes, pour beaucoup d’autres, les cibles actuelles.

    Pierre Delion

    PDF – 777 ko(PDF)

  • Le blog de Philippe Chavaroche

    Le blog de Philippe Chavaroche

    Notre ami Philippe Chavaroche, l’homme du Travail Social, a maintenant un blog. Ça vaut le coup !

  • Le cerveau. Le plus complexe non-ordinateur du monde

    Le cerveau. Le plus complexe non-ordinateur du monde

    par Rémi Sussan in LeMonde.fr

    On imagine trop souvent le cerveau comme l’organe central supervisant le corps entier. Un organe enfermé dans une boîte (crânienne), recevant des nouvelles du monde via les sens et communiquant ses dictats au corps (qui n’est pour lui qu’un appendice secondaire, mais bien utile) pour effectuer des actions. Dans une perspective informatique, le cerveau serait le processeur qui est capable à tout moment de consulter sa mémoire, tandis que les organes sensoriels sont les périphériques d’entrée et le corps dans son ensemble le périphérique de sortie.

    Qu’est-ce qui, dans cette description, correspond à la réalité biologique ? En gros, rien. (…)

    Voir directement l’article sur http://internetactu.blog.lemonde.fr…

    ou télécharger

  • Comment aider les enfants de maternelle qui en ont besoin ? par Pierre Delion

    Comment aider les enfants de maternelle qui en ont besoin ? par Pierre Delion

    Article paru dans L’Humanité du 18/10/2011

  • Canet, le 03 octobre 2011 Un moment poétique à Château Rauzé

    Canet, le 03 octobre 2011 Un moment poétique à Château Rauzé

    Canet, le 03 10 2011

    Un moment poétique à Château Rauzé

    M. B. : Nous sommes le lundi 3 octobre 2011. Je reviens de Bordeaux où j’avais été appelé à la clinique de Château Rauzé. Je fais un bref rappel de ce qu’est la clinique de Château Rauzé. Il y a une quarantaine d’années plusieurs neurologues, neurochirurgiens, etc., ont commencé à voir arriver dans leurs services des personnes qui avaient été victimes d’accidents de la route, et qui leur étaient amenées par le SAMU, et des personnes qui étaient dans des états qui avaient été peu observés. Le phénomène commençait à devenir massif dans les services, des états végétatifs et des longs comas, et François Cohadon s’est déplacé en Europe, en particulier en Angleterre, pour voir comment les établissements prenaient en charge les végétatifs. Dans son service ils ont essayé de mettre en place les premiers types de soins spécifiques, jusqu’au moment où Cohadon a demandé à Edwige Richer de prendre les blessés lorsqu’ils ne nécessitaient plus de soin de relative urgence, de les prendre dans une clinique qui était à l’origine une clinique psychiatrique

    C’était la première clinique de ce genre qui s’ouvrait en Europe, et Edwige a commencé à inventer les soins, à élaborer une pensée de ce qui s’y passait. À l’époque ils ne prenaient pas encore de végétatifs mais des personnes qui étaient sorties du coma et de l’état végétatif, ils ont pu observer des choses très différentes.

    Il y a un peu plus de vingt ans Edwige a décidé de prendre des végétatifs et de créer un service d’éveil, de recevoir les personnes qui sont en éveil de coma, — qui ne sont plus dans le coma parce qu’elles ont ouvert les yeux, mais qui ne réagissent à aucune sollicitation externe —, à condition que l’équipe soit suivie. On s’est rencontrés et elle m’a proposé de venir suivre l’équipe pour lui permettre de tenir le coup. Cela fait donc un peu plus de vingt ans que j’y travaille régulièrement avec entre autres ; actuellement, l’équipe d’éveil, la clinique, les UEROS.

    La clinique se trouve à Cénac sur la rive droite de la Garonne, un peu en amont de Bordeaux.

    Sur le plan institutionnel c’est très intéressant aussi puisque dès le début Edwige a compris qu’elle devait avoir les mains libres à la fois dans le travail le plus précis qui soit, et dans le travail le plus général qui soit, qu’elle devait la possibilité d’intervenir dans tous ces champs.

    Et pour cela, elle a donc conclu un accord avec le directeur de l’époque, qui était suffisamment astucieux pour accepter l’oukase d’Edwige : vous, le directeur, vous vous occupez de l’administratif, et uniquement de l’administratif ; quant à moi, je m’occuperai de tout ce qui touchera au soin, quand bien même cela chevaucherait de l’administratif.

    À partir de ce moment elle a pu créer ce qu’elle voulait, et demander au directeur d’assurer administrativement la suite ; et quand il s’agissait de monter des dossiers, ils les établissaient ensemble. Ce sont là des choses toutes simples mais qui n’ont pas cours actuellement dans la plupart des établissements.

    (…)

  • Journée de P. I. de Landerneau le 15 octobre 2011

    Journée de P. I. de Landerneau le 15 octobre 2011

    La Journée de psychothérapie institutionnelle organisée à Landerneau le 15 octobre 2011 aura pour thème : « être là… comment accueillir l’autre ».

    Etre là…

    Comment accueillir l’autre ?

    Comment s’y prendre avec l’autre, soignant, soigné ?

    Comment s’y prendre avec la rencontre, le passage, la
    transmission ?

    Comment faire avec l’aliénation sociale ?

    Et comment s’y prendre avec la psychose ?

    Comment accueillir l’autre ? Être avec lui et non à sa place
     ? Se risquer à la rencontre ? Prendre le temps de tisser
    des liens, de travailler la confiance ?

    Autant de questions essentielles trop souvent différées
    parce que nous sommes piégés par

     l’immédiateté et la culture du résultat,

     les injonctions d’une administration elle-même tenue
    par une obligation de rentabilité.

    Quand l’individualisme et les performances exigées deviennent
    des obstacles à la circulation des personnes et
    de la parole, comment continuer collectivement à donner
    du sens à ce qui fait soin ?

    Quand la solidarité et l’entraide cèdent le pas à une logique
    d’enfermement et de contrainte, n’est-il pas temps de
    reprendre les fondamentaux de la clinique ?

    Comment essayer d’entrevoir ce qui reste essentiel à préserver
    dans ce qui change ?

    Comment prendre en compte la part inestimable de ce
    travail, en partie invisible ?

    Dans une démarche personnelle ou professionnelle, chacun
    peut participer à cette journée d’échanges et de réflexion
    pluridisciplinaires à partir de l’expérience du quotidien.

  • Journée avec… Jacques Hochmann le 26 novembre 2011 à Canet-en-Roussillon

    Journée avec… Jacques Hochmann le 26 novembre 2011 à Canet-en-Roussillon

    Les Associations APEX, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette vingtdeuxième « journée avec… » ont demandé à Jacques Hochmann de venir nous présenter les nouvelles approches théoriques et pratiques en pédopsychiatrie.

    Nous aurons, comme à l’accoutumée, trois temps d’échanges : le matin, dès
    9h 30 ; l’après-midi, à 14h 30 ; de 16h 30 à 18h.

    L’accueil des participants se fera à partir de 9h autour d’un petit déjeuner.

    Présentation

    L’observation clinique le confirme, l’autisme et ce que, dans les classifications
    internationales, on appelle les « autres troubles envahissants du développement » (TED) ne sont pas qu’une construction sociale.

    À côté de l’autisme typique, tel que Kanner l’avait décrit, certaines formes sont
    dites atypiques par leur apparition plus tardive ou leur sémiologie moins complète.

    D’autres catégories, cependant, posent problème.

    Le syndrome d’Asperger a ainsi été imposé pour donner une identité à des sujets d’intelligence normale, maladroits socialement et dont les difficultés relationnelles sont mieux acceptées par l’environnement dès lors qu’elles ont reçu une authentification médicale. Il reste mal défini.

    Surtout, les classifications internationales désignent par « troubles envahissants
    du développement non spécifiés » une sorte de fourre-tout, proche de l’autisme, mais n’appartenant pas à l’autisme, un diagnostic donc purement négatif, qui traduit surtout l’embarras des cliniciens auxquels l’esprit du temps et les réactions hostiles des mouvements de parents interdisent de recourir à la dénomination de psychose infantile.

    Celle-ci, conservée ici, avait pourtant l’avantage de placer tous les troubles graves et précoces du développement sous le signe d’une même approche qui s’efforçait, au-delà du visible et de l’audible objectif, de reconstruire, en s’identifiant à lui et à sa souffrance, le vécu intime de l’enfant et sa manière douloureuse de conserver une cohérence interne et de se protéger contre un univers ressenti comme menaçant.

    Faut-il le répéter ici, cette perspective n’impliquait nullement une accusation de
    l’entourage et la mise en cause de ses défaillances supposées. Elle n’était pas
    exclusive de la prise en considération des facteurs biologiques et génétiques qui
    appartiennent à un autre niveau d’explication et laissait place à une dialectique
    complexe du déficit et de la défense. (…)

    Extrait de Pour soigner l’enfant autiste, Des contes à rêver debout, préface de René Diatkine, éditions Odile Jacob, 2010, p. 364-365.

  • Le Collège international de philosophie accueille, d’octobre 2011 à janvier 2012, un séminaire de huit séances autour du psychiatre Jean Oury, et de la psychothérapie institutionnelle.

    Le Collège international de philosophie accueille, d’octobre 2011 à janvier 2012, un séminaire de huit séances autour du psychiatre Jean Oury, et de la psychothérapie institutionnelle.

    AUTOUR DU GTPSI ET DU SEMINAIRE DE JEAN OURY A SAINTE-ANNE
    DEUX MOMENTS CRUCIAUX DE L’AVENTURE DE LA PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE

    Séminaire proposé par Olivier Apprill et Pierre Johan Laffitte
    Collège international de philosophie
    Huit séances du 12 octobre 2011 au 26 janvier 2012

    Le Collège international de philosophie accueille, d’octobre 2011 à janvier 2012, un séminaire de huit séances autour du psychiatre Jean Oury, et de la psychothérapie institutionnelle.

    La psychothérapie institutionnelle a rassemblé autour de François Tosquelles, Jean Oury, Georges Daumézon, Félix Guattari, Roger Gentis, Hélène Chaigneau, Jean Ayme, etc., tout un courant clinique, politique et psychanalytique qui a constitué un mouvement crucial pour la psychiatrie, de l’après-guerre à nos jours. Durant les dernières années, face aux politiques régressives visant à évacuer de la pratique hospitalière tout souci du sujet, et à réduire le statut anthropologique de la folie à sa gestion médicalisée, la psychothérapie institutionnelle est de plus en plus revendiquée comme un modèle, une référence, une source d’inspiration, voire de résistance.

    Notre séminaire abordera deux événements parmi cette longue histoire.

    Le premier est le GTPSI, Groupe de travail de psychothérapie et de sociothérapie institutionnelles. Cette douzaine de rencontres, qui eurent lieu de 1960 à 1965, ont constitué un moment important de l’âge d’or de la psychiatrie française. Le GTPSI, groupe en prise avec les enjeux conceptuels et politiques de son temps, est sans doute l’un des points les plus extrêmes où fut poussée l’expérimentation d’une praxis théorique fidèle à la folie, à son souci éthique et à ses impératifs épistémologiques. Le GTPSI est devenu un repère historique, point de ralliement et de reconnaissance, mais il a été rarement connu dans son détail et dans sa logique profonde ; sa singularité mérite d’être dégagée, et c’est la première étape d’une telle tâche que proposera Olivier Apprill, à partir des archives de la clinique de La Borde (fondée et dirigée par Oury) et d’entretiens réalisés avec plusieurs de ses acteurs.

    Le second événement majeur, qui constituera l’objet principal de nos séances, est le Séminaire de Sainte-Anne de Jean Oury, que tient tous les mois depuis 1980 le fondateur de la psychothérapie institutionnelle. Ce séminaire constitue, de fait, l’acte théorique majeur qui, au fil des trente dernières années, face à un public toujours plus dense, poursuit au plus près de la folie et de son quotidien l’effort, précaire et sérieux à la fois, qui maintient pensée et clinique à la hauteur juste du sujet psychotique. Pierre Johan Laffitte, à partir des archives de Jean Oury, tentera d’en dégager quelques axes, autour essentiellement des cinq premières années du séminaire. On abordera tout ensemble l’ethos, la parole et l’histoire de ce lieu crucial pour l’histoire et l’actualité de la psychiatrie et de la psychanalyse.

    De façon générale, notre approche n’est pas clinique, mais se veut une analyse praxique du discours, où sens, éthique et pertinence sont le nœud épistémologique hors duquel la pensée d’Oury reste impensable. L’objet du discours d’Oury, son régime praxique et sa profonde homologie de structure et de logique avec la folie, tels seront les angles par lesquels nous tenterons d’approcher cette pensée et la façon dont elle se donne, s’improvise, se transmet et, à travers elle-même, transmet le savoir d’un champ de la clinique et de l’éthique à l’âge contemporain. C’est au tissage de cette pensée et de sa parole que nous tenterons d’être fidèles : comment Oury propose une praxis théorique singulière ?

    Les séances seront organisées de la façon suivante :
    Après une première séance posant les grandes lignes historiques et théoriques, nous progresserons de façon chronologique par deux séances consacrées au GTPSI, puis par deux séances consacrées au Séminaire de Sainte-Anne ; nous réservons deux séances à des invités, dont Jean Oury, qui viendra en janvier parler essentiellement de l’expérience du GTPSI ; une séance de conclusion reprendra d’un point de vue théorique certains points et procédera à des ouvertures.

    Renseignements pratiques :

    Calendrier des séances :

      Mercredi 12 octobre 2011, 18h30-20h30. Séance d’introduction. Site Rue Descartes, salle JA01.

      Jeudi 20 octobre 2011, 18h30-20h30. Séance GTPSI, 1. Site Rue Descartes, salle JA05.

      Vendredi 4 novembre 2011, 18h30-20h30. Séance GTPSI, 2. Site Rue Descartes, salle JA01.

      Jeudi 17 novembre 2011, 19h-21h. Séance Séminaire de Sainte-Anne, 1. Lycée Henri-IV, salle N34.

      Jeudi 1er décembre 2011, 19h-21h. Séance Séminaire de Sainte-Anne, 2. Lycée Henri-IV, salle N34.

      Jeudi 15 décembre 2011, 18h30-20h30. Séance avec un invité. Site Rue Descartes, salle JA01.

      Jeudi 19 janvier 2012, 18h30-20h30. Séance avec Jean Oury (à confirmer). Site Rue Descartes, salle JA01.

      Jeudi 26 janvier 2012, 19h-21h. Séance de conclusion. Lycée Henri-IV, salle N34.

    Adresses et coordonnées :
    Collège International de philosophie —
    Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Carré des sciences
    1 rue Descartes, 75005 Paris
    Tél. : 01 44 41 46 80 — Fax : 01 44 41 46 86
    www.ciph.org
    Le programme sera disponible sur le site Internet du CIPh à la mi-septembre 2011.

    Nous nous tenons à votre disposition pour tout renseignement ou échange en dehors des séances elles-mêmes. Vous pouvez nous joindre aux adresses suivantes :
    o-apprill@artefrance.fr
    pjlaffitte@almageste.net

  • Ampi 2011 les 7 et 8 octobre à Marseille

    Ampi 2011 les 7 et 8 octobre à Marseille

    XXVèmes Journées de Psychothérapie Institutionnelle

    Ampi 2011 les 7 et 8 octobre à Marseille

    « s’il vous plaît… dessine moi… la psychiatrie ! »

    De l’être de cachets à la lettre de cachet, il n’y avait qu’un pas qu’au moment de l’écriture de cet argument, au printemps 2011, le parlement est en train de franchir sans état d’âme, poursuivant sa fuite en avant sécuritaire.

    La rencontre singulière avec la personne en souffrance reste la base de tout travail psychothérapique, mais comment imaginer qu’une loi prônant les soins sans consentement en ambulatoire n’aura pas d’impact sur l’accès aux soins, sur le climat de confiance nécessaire à toute demande de thérapie.

    La méfiance généralisée ainsi instituée est un obstacle aux soins.

    Pourtant, écartons toute idée de résignation.

    Surtout ne rien lâcher, sinon que répondrions nous au Petit Prince à sa demande : « s’il vous plait… dessine moi… la psychiatrie ».

    Nous avons à prendre part à ce dessin. Le papier et le crayon nous sont imposés, pas le dessin.

    Le Petit Prince est un conte poétique et philosophique, voilà bien deux dimensions à prendre en compte pour la psychiatrie d’aujourThui et de demain !

    Elles questionnent, comme la folie, l’existence de l’homme.

    Et c’est bien l’homme qui devra être le sujet de la psychiatrie du 2 1ème siècle et non pas un assemblage d’organes programmés génétiquement. Notre ambition n’est pas d’adapter la personne, en l’occurrence le patient, aux normes de la société, mais de l’accompagner à trouver le chemin de sa liberté en luttant contre ses empêchements à vivre liés à l’aliénation mentale et sociale de tout être humain, invalidants dans la pathologie mentale.

    C’est cette conception de la folie que la psychiatrie d’aujourd’hui doit s’efforcer d’irriguer dans les lieux de soins, avec la loi HPST qu’il n’est plus temps de combattre dans ces lieux de soins, mais de « subvertir »…

    Toutes les expériences de terrain sont les bienvenues ….

  • Le Musement, de Peirce à Lacan

    Le Musement, de Peirce à Lacan

    Le Musement, de Peirce à Lacan

    Michel Balat

    Revue Internationale de Philosophie, Vol. 46, N°180, 01/92

    Lacan nous invite à le lire comme lecteur de Freud. Peut-être pourrait-on lui faire le reproche d’avoir substitué à l’infinie clarté du fondateur de la psychanalyse une certaine obscurité – plus apparente que réelle, il est vrai. Pourtant, à travers ces nuages et ses nouages, ne nous signifiait-il pas une sorte de critique, portée au grand ancien : celle de nous avoir laissé croire que l’on pouvait tout uniment aborder son oeuvre, alors qu’elle recèle des pièges redoutables ? Nous pouvons le penser, d’autant que Lacan cherchait, comme il le disait, à préserver l’ »illecture » de son travail, garante, cause et soutien du désir de savoir du lecteur. Bonne leçon socratique, déjà reçue par Phèdre :

     Ce qu’il y a même (…) de terrible dans l’écriture, c’est, Phèdre, sa ressemblance avec la peinture : les rejetons de celle-ci ne se présentent-ils pas comme des êtres vivants, mais ne se taisent-ils pas quand on les interroge ? Il en est de même pour les discours écrits : on croirait que ce qu’ils disent, il y pensent ; mais, si on les interroge sur tel point de ce qu’ils disent, avec l’intention de s’instruire, c’est une chose unique qu’ils donnent à comprendre, une seule, toujours la même ! (Platon 1950 : 76).

    Que nul ne me lise s’il n’est psychanalyste ! Car il faut bien avoir quelque « connaissance expérientielle collatérale », comme le dit Peirce, de l’objet dont il est question pour pouvoir accéder par ses propres moyens au discours, et tout particulièrement à l’écrit dont les signes « guident celui qui les sait sur un chemin incertain ».

    Nous voudrions, pour notre part, tenir un pari difficile, à savoir celui qui consiste à tenter de clarifier quelques hypothèses fondamentales de Lacan à l’aide d’une oeuvre bien plus obscure encore, celle du logicien, philosophe, mathématicien, chimiste, astronome, psychologue, etc… américain Charles Sanders Peirce. . Lacan lui-même ne nous y invite-t-il pas ce 23 mai 1962 lorsqu’au cours du séminaire qu’il consacre à « l’identification », il annonce à ses auditeurs :

     J’ouvrais récemment un excellent livre d’un auteur américain dont on peut dire que l’œuvre accroît le patrimoine de la pensée et de l’élucidation logique. Je ne dirai pas son nom parce que vous allez chercher qui c’est. Et pourquoi est-ce que je ne le fais pas ? Parce que, moi, j’ai eu la surprise de trouver dans les pages où il travaille si bien un tel sens si vif de l’actualité du progrès de la logique, où justement mon huit intérieur intervient. Il n’en fait pas du tout le même usage que moi. Néanmoins je me suis amené à la pensée que quelques mandarins parmi mes auditeurs viendraient me dire un jour que c’est là que j’ai pêché (Lacan 1962 : II/449).

    A-t-il pêché chez Peirce – ou « péché » comme l’indique l’ouvrage en question en un lapsus calami des plus redoutables ? Qu’importe. L’influence de ce dernier est suffisamment assurée pour que Lacan revienne à plusieurs reprises à ses écrits, soulignant toujours l’immense apport de Peirce et dessinant les rapports étroits de leurs conceptions réciproques.

    Il est, bien entendu, hors de question dans le cadre de cet article de donner plus que quelques aperçus sur ces rapports. Nous en avons entamé les développements préalables dans notre ouvrage (Balat 1991b). Il nous paraît cependant intéressant d’approcher à nouveau deux questions, celle des catégories et celle du signifiant, afin d’aborder une nouvelle construction, celle du « musement », pour mettre à l’épreuve la validité des connexions entre les discours lacanien et peircien.

    Les catégories

    Un des maîtres mots de la philosophie de Peirce est certainement la continuité. Sous le nom de « synéchisme », il en a fait un des trois niveaux de développement de la réalité, les deux autres étant le tychisme – en quoi le hasard absolu est agissant dans le monde – et l’anancisme – expression de l’action nécessaire comme réellement présente dans la constitution de la réalité. En fait tychisme, anancisme et synéchisme – dans l’ordre – sont, respectivement, des conceptions issues des trois catégories fondamentales, à savoir, Priméité, Secondéité et Tiercéité ou, comme nous préférons les appeler (en traduisant les termes mêmes de Peirce, respectivement Originality, Obsistence et Transuasion), Originalité, Obsistence (condensation de objet et existence) et Transuasion (condensation de transfert et persuasion). Ces trois catégories sont issues, en leur pleine signification, de l’étude de la logique des relations à laquelle Peirce a tant contribué. De la reconnaissance du fait que toute relation d’ordre pluriel est logiquement décomposable par combinaison de relations monadiques, dyadiques et triadiques, il s’ensuit que ces trois types relationnels sont la marque de propriétés fondamentales de type catégoriel, à savoir ce qui est tel qu’il est – correspondant à la relation monadique – ce qui est par un autre – relation dyadique – et ce qui est en mettant en relation les deux précédents – relation triadique. Bien entendu une prise de position est sous-jacente – mais explicite chez Peirce : la logique est dans le monde. Scruter scrupuleusement et inlassablement les apparences (le phaneron), sans se laisser détourner de cette tâche par la supposition d’un inconnaissable quel qu’il soit (l’inconnu n’est pas inconnaissable), est, pour Peirce, l’indéfini travail à quoi nous nous consacrons. On comprendra dès lors le rôle central de la sémiose – processus signique – dans la construction du réel.

    Comme l’indique Deledalle (1990), la portée de l’ontologie classique est, chez Peirce, fort réduite. L’ »être » est une relation copulative et se confond avec la relation. L’Original peut être, l’Obsistant se trouve être et le Transuasif serait. S’il nous fallait trouver une formule qui rassemble iconiquement ces trois niveaux de la réalité, ce serait une fraction du type :

    à condition toutefois d’admettre, pour saisir la pleine signification de cette formule que

     la proportion en général est une équivalence ou égalité analogique. La notion de rapport précède logiquement celle de proportion dont elle est un élément (…). La proportion, elle, conformément à la définition d’Euclide, est « l’équivalence de deux rapports », la relation analogique entre deux comparaisons ; lorsque cette équivalence est l’égalité de deux rapports algébriques, nous avons A/B = C/D ou a/b = c/d, si a, b, c, d sont les nombres qui mesurent les grandeurs A, B, C, D, avec la même unité. Ce qui peut s’énoncer : « A est à B comme C est à D », expression qui montre immédiatement la relation entre cette égalité et le Principe d’Analogie. Du reste, comme le remarque déjà Vitruve, la proportion géométrique s’appelle en grec ????????, analogie (Ghyka 1952 : 43-4).

    Cette défiance vis-à-vis de l’ontologie se trouve aussi chez Lacan :

     Ce à quoi il faut nous rompre, c’est à substituer à cet être qui fuirait le par-être, soit l’être para, l’être à côté. Je dis le par-être, et non le paraître, comme on l’a dit depuis toujours, le phénomène, ce au-delà de quoi il y aurait cette chose, noumêne – elle nous a en effet menés à toutes les opacifications qui se dénomment justement de l’obscurantisme. (…) Il faudrait apprendre à conjuguer comme il se doit – je par-suis, tu par-es, il par-est, nous par-sommes, et ainsi de suite (Lacan 1975 : 44).

    Trois catégories chez Peirce, trois chez Lacan – l’Imaginaire, le Réel et le Symbolique – ne faudrait-il pas en conclure à une intime correspondance entre elles ? Lacan nous y invite :

     Tout objet, sauf l’objet dit par moi a, qui est un absolu, tout objet tient à une relation. L’ennuyeux est qu’il y ait le langage, et que les relations s’y expriment avec des épithètes. Les épithètes, ça pousse au oui ou non. Un nommé Charles Sanders Peirce a construit là-dessus sa logique à lui, qui, du fait de l’accent qu’il met sur la relation, l’amène à faire une logique trinitaire. C’est tout à fait la même voie que je suis, à ceci près que j’appelle les choses dont il s’agit par leur nom – symbolique, imaginaire et réel, dans le bon ordre (Ornicar N°9 : 33).

    Le symbolique y est donc premier. C’est que Lacan prend pour point de départ le langage et plus particulièrement le signifiant, et nous verrons plus loin en quoi il y a effectivement « du » premier dans le « signifiant » lorsque nous comparerons les deux approches. Le symbolique est, bien entendu, troisième chez Peirce et ressortit donc à la Transuasion. Car la démarche peircienne met en relief un mode d’analyse « abstractive », la « préscision », qui

     consiste en la supposition d’un état de chose en lequel un élément est présent sans l’autre, l’un étant logiquement possible sans l’autre. Ainsi, nous ne pouvons imaginer une qualité sensorielle sans quelque degré d’éclat. Mais nous supposons habituellement que la rougéité, telle qu’elle est dans les choses rouges, n’a pas d’éclat ; et il serait certainement impossible de démontrer que chaque chose rouge doit avoir un degré d’éclat (…). Il est possible de préscinder la Priméité de la Secondéité. Nous pouvons supposer un être dont la vie entière consiste en un sentiment invariant de rougéité. Mais il est impossible de préscinder la Secondéité de la Priméité. Car supposer deux choses est supposer deux unités ; et quelque incolore et indéfini que puisse être un objet, il est quelque chose, et a donc de la Priméité, même si on ne peut rien lui reconnaître comme qualité. Toute chose doit avoir un élément non-relationnel ; et c’est sa Priméité. De même il est possible de préscinder la Secondéité de la Tiercéité. Mais de la Tiercéité sans Secondéité serait absurde (MS 478 : 34-7).

    Dès lors, on peut bien reconnaître le fait que les choses commencent toujours par être signifiées, donc transuasives, sans pour autant écarter que leur mode d’être puisse référer aux deux autres catégories. Là encore, le pivot en sera le signifiant.

    Disons tout de suite que nous avons de longue date établi des relations entre Originalité et Imaginaire, Obsistence et Réel, Transuasion et Symbolique. Non que nous les ayons identifiées respectivement, mais nous avons montré comment penser les trois catégories de Lacan à partir de celles de Peirce (Balat e.g.1986, 1988 et 1991b). D’autant que Lacan, partant du symbolique, nous indique immédiatement qu’il va falloir considérer ses catégories comme des degrés de la Transuasion. Originalité et Obsistence n’en interviennent pas moins dans l’analyse. Nous avons montré que l’Imaginaire pouvait être pensé comme l’originalité d’un transuasif, alors que le Réel en était l’obsistence. Nous faisions alors appel ainsi à cette notion peircienne si profonde – tirée des mathématiques -, celle du degré de dégénérescence. Les catégories de Lacan sont des catégories, respectivement, authentique (le Symbolique), dégénérée une fois (le Réel) et dégénérée deux fois (l’Imaginaire) de la Transuasion.

    Imaginaire et Originalité

    Ainsi l’Imaginaire est-il de l’ordre catégoriel de la Priméité ou Originalité lorsque celle-ci réfère à la semiosis, processus signique (que nous appellerons ici « sémiose »). Si, en sa priméité ou originalité, l’être monadique – quasi non-relationnel – d’une chose renvoie à la « qualité du sentiment » ou, comme l’indique à plusieurs reprise Deledalle (e.g. Peirce 1978 : 205-6 ; Deledalle 1990 : 56), à l’ »affection simple » de Maine de Biran, elle peut avoir en elle-même la priméité d’un transuasif. Pour éclairer cet aspect, voici un bref résumé de la doctrine biranienne sur le sujet, donné par Delbos :

     Il y a dans l’homme une vie affective sans conscience, c’est-à-dire sans attribution au moi. (…) La sensation, réputée simple depuis Locke, se résout (…) en deux parties : l’une qui affecte sans représenter, l’autre qui représente sans affecter. (…) Outre les éléments affectifs compris dans chacun de nos sens externes, il y a aussi en nous un état affectif général qui précède toutes les modifications causées par les impressions quelles qu’elles soient, externes ou internes ; et cet état, selon les modifications qu’il reçoit, devient agréable ou pénible et détermine des mouvements de réaction en conséquence (…). Certes, ces états affectifs enveloppent un sentiment immédiat d’eux-mêmes, et à ce titre ils ne sont pas purement organiques. Mais il y aurait un abus de langage à les déclarer proprement conscients, alors que la conscience suppose la distinction du sujet et de l’objet et que dans ces états sujet et objet sont confondus (1919 : 313-4).

    Lacan, introduisant l’Imaginaire, élargit le domaine dont il vient d’être question en posant l’élément relationnel sous l’angle de l’Originalité. L’identification, qui concerne au premier chef la dimension imaginaire (même si, bien entendu, on ne saurait la réduire à elle), va précipiter – au sens chimique du terme – le médiat dans l’immédiat. La fameuse « assomption jubilatoire de son image spéculaire » par l’enfant dans la phase dite « du miroir » est conçue comme une « matrice symbolique » où, nous dira-t-il en une formule où se résume bien ce que nous soutenons ici, « le je se précipite en une forme primordiale, avant qu’il ne s’objective dans la dialectique de l’identification à l’autre et que le langage ne lui restitue dans l’universel sa fonction de sujet » (Lacan 1966 : 94 – c’est nous qui soulignons). Les trois catégories de Peirce sont indiquées ici par les termes soulignés, originalité de la forme primordiale, obsistence de l’objectivation et transuasion du langage, les deux derniers moments n’étant encore qu’en germe (matriciel) dans la forme première. Non pas pure forme, mais forme déjà « travaillée » par les deux autres instances, voilà en quoi l’imaginaire en sa constitution n’est pas « pure » originalité. D’autant que par la suite, Lacan saura mettre l’accent sur l’instigation à l’acte reçue de l’Imaginaire, allant jusqu’à interroger la place de l’image – parfois trompeuse – dans la conduite sexuelle des animaux :

     Ce que montre l’étude des cycles instinctuels chez les animaux, c’est précisément leur dépendance d’un certain nombre de déclencheurs, de mécanismes de déclenchement qui sont essentiellement d’ordre imaginaire (…). Mais d’autres comportements (cf. les études de Lorenz sur les fonctions de l’image dans le cycle du nourrissage) montrent que l’imaginaire joue un rôle tout aussi éminent que dans l’ordre des comportements sexuels. Et du reste, chez l’homme, c’est toujours sur ce plan, et principalement sur ce plan, que nous nous trouvons devant ce phénomène (Lacan 1985 : 405).

    Ici la vérité n’a pas la place – qu’elle ne recevra que du monde symbolique « L’imaginaire est déchiffrable seulement s’il est traduit en symboles » (Lacan 1985 : 247). Retenons donc que la dimension imaginaire est caractéristique du vivant qua vivant, dans ses aspects phylogéniques et ontogéniques, non sans noter qu’il y a chez Lacan une conception très large de cette catégorie puisqu’elle ira jusqu’à couvrir quantité de phénomènes dont on ne puisse dire strictement qu’ils sont humains. Mais nous sommes déjà averti par ce qu’il dira plus tard à propos de Pavlov et de sa fameuse expérience – à savoir que le bruit de trompette représente Pavlov, comme sujet de la science, pour la sécrétion gastrique (Lacan 1982 : 19) – pour ne pas déduire de cette insistance sur l’instinct et l’observation de la vie animale un quelconque penchant behavioriste chez Lacan ni une quelconque définition pan-vitaliste de la fonction imaginaire : répétons-le, il s’agit d’une conception dans la dimension langagière, ou plutôt transuasive.

    Réel et Obsistence

    Nous abordons, avec la dimension du Réel une des questions les plus passionnantes – et sans doute les plus difficiles – concernant ce domaine des catégories.

    Tout d’abord, si chez Peirce la notion d’obsistence ne fait a priori aucune difficulté sur le plan définitionnel, il n’en est pas de même pour celle de Réel chez Lacan. Cette catégorie est l’une des plus évolutives de son cheminement intellectuel – étant entendu qu’il y aurait à faire l’histoire des concepts chez Lacan, tâche dans laquelle, par exemple, Philippe Julien (1985) s’est engagé non sans quelque succès. Car Lacan n’avait pas dès l’origine une hypothèse triadique aussi claire que celle qu’il développera plus tard. Celle-ci a été constituée par lui in vivo, dans l’observation – au sens large, c’est-à-dire incluant l’élément théorique, le discours freudien, la pratique analytique, la nécessité où il s’était mis d’avoir à conceptualiser publiquement, etc… Il lui sera longtemps difficile d’affirmer basiquement le lien triadique de ses catégories, ainsi qu’il le fait dans les années 70.

    Durant plusieurs années, c’est souvent dans un système d’oppositions dyadiques qu’il se bornera à faire sentir à ses auditeurs le contenu même de ces concepts. Ce sera parfois, comme dans une conférence intitulée « Le symbolique, l’imaginaire et le réel » (Lacan 1985 : 403-29), dans une réponse à des questions posées par les auditeurs qu’il sera amené à définir la troisième catégorie absente (cas du réel dans cette conférence). C’est à partir du séminaire …ou pire, au cours duquel ses auditeurs rencontrent Peirce de manière plus approfondie, qu’il découvre les noeuds borroméens. Dès lors l’aspect triadique des catégories l’emporte sur la définition de leur contenu, ainsi qu’il en témoigne lui-même :

    Freud n’avait pas de l’imaginaire, du symbolique et du réel la notion que j’ai – qui est le minimum, car appelez-les comme vous voudrez, pourvu qu’il y ait trois consistances, vous aurez le nœud. Pourtant, s’il n’avait pas l’idée de RSI, il en avait quand même un soupçon. Et ce qu’il a fait n’est pas sans se rapporter à l’ex-sistence, et partant, de s’approcher du nœud. D’ailleurs, le fait est que j’ai pu extraire mes trois de son discours, avec le temps et de la patience. J’ai commencé par l’imaginaire, j’ai dû mâcher ensuite l’histoire du symbolique, avec cette référence linguistique pour laquelle je n’ai pas trouvé tout ce qui m’aurait arrangé, et j’ai fini par vous sortir ce fameux réel sous la forme même du nœud (Ornicar N°3 : 102).

    Quel est donc le contenu de cette catégorie ? Lacan fait le résumé de son élaboration sur la question : « Le réel, c’est ce qui revient toujours à la même place » ; « à le définir, ce réel, c’est de l’impossible d’une modalité logique que j’ai essayé de le pointer » ; « le réel n’est pas le monde. Il n’y a aucun espoir d’atteindre le réel par la représentation » (Lacan 1985 : 547-8).

    On connaît l’exemple de la « lettre volée » (Lacan 1966 : 11-61) qui exemplifie ce contenu du Réel par lequel il « revient à la même place ». N’est-ce pas précisément l’obsistence de cette lettre qui la fait constamment revenir ? La lettre volée à la Reine est cachée par le ministre dans son bureau de manière telle qu’elle n’est pas à la place où la pensée des policiers chargés de la retrouver puisse seulement imaginer qu’elle soit. Dès lors, malgré les recherches minutieuses où pas un millimètre carré d’espace n’a été sondé, ces derniers repartiront bredouilles. C’est donc de ne pas être à sa place que la lettre échappe aux investigations. Mais cette place -toute imaginaire qu’elle paraisse être comme place « possible » – est en fait déterminée par un système symbolique. Est-ce donc celui-ci qui constitue la place ? En fait non, car la lettre est là, insiste ; Lacan dira que « pour le réel, quelque bouleversement qu’on puisse y apporter, il y est toujours et en tous cas, à sa place, il l’emporte collée à sa semelle, sans rien connaître qui puisse l’en exiler ». Il semble donc qu’ainsi Lacan puisse envisager une « place » non déterminée par le symbolique : la pensée gouverne, le réel détermine. Si nous avions l’illusion d’une parfaite maîtrise de ce réel par le système symbolique – des places symboliques, c’est-à-dire des positions – la lettre volée nous montrerait qu’il n’en est rien : elle définit un certain genre de place, un genre secondal, obsistant. Notons que la dimension imaginaire se trouve tout aussi bien mise en échec ici. Quoi que je puisse en imaginer ou en dire, cette lettre est là …et je ne la vois pas. Sa place est dans le monde obsistant, celui de l’existence dyadique des corps, hors de portée immédiate de mes compétences imaginaire et symbolique sédimentées. Mais ce réel je finis par le rencontrer, ne serait-ce que dans la dimension de la tuché, du hasard.

    On peut comprendre dès lors pourquoi, avec le Réel, commence la présence insistante de l’impossible. Dans la dimension de l’obsistence, on ne peut prédiquer tout et le contraire de tout d’un sujet. La lettre volée est bien en un endroit parfaitement déterminé a priori – c’est sa dimension obsistante – c’est-à-dire qu’étant donné un quelconque prédicat, A je ne puis hic et nunc attribuer à la fois A et non-A à la lettre comme sujet. Par exemple, « elle est à tel endroit précis de la pièce » et « elle n’est pas à ce même endroit de la pièce » est inconcevable pour cette lettre réelle. C’est ainsi que Peirce définissait des prédicats incompossibles (cf. Balat 1991a). Mais nous n’en sommes pas quittes avec cette seule approche, car pour Lacan, placé dans la dimension transuasive, la lettre volée ne peut être, en l’état (policier), atteinte par la représentation.

    Bornons-nous à nouer ensemble ces deux considérations d’existence (obsistence) et d’impossibilité (incompossibilité de prédicats) pour assurer le contenu du Réel lacanien dans deux de ses dimensions. Car, fruit de la transuasion-tiercéité, il nous faudra attendre les développements sémiotiques pour rendre compte de sa troisième dimension. Bornons-nous à présenter celle-ci à partir d’un livre étonnant, Histoire sans fin de Michael Ende. Dans sa recherche, Atreju doit franchir un passage gardé par deux sphinx. Interrogeant Engywuck – l’homme de science, un gnome -, il demande s’il y a des conditions particulières pour qu’un être puisse passer par là sans encombre.

    Engywuck répond :

     (…) face à certains visiteurs, les Sphinx ferment les yeux et laissent passer. Mais la question que personne jusqu’à présent n’a éclaircie, c’est de savoir pourquoi un tel et pas un tel autre.(…) Au fil des ans, j’ai naturellement élaboré quelques théories. J’ai d’abord pensé que le facteur décisif d’après lequel les Sphinx jugeaient, c’étaient peut-être certaines caractéristiques physiques – poids, beauté ou quelque chose de ce genre. Mais j’ai dû abandonner très vite. J’ai ensuite cherché à établir certains rapports numériques : par exemple que sur cinq candidats, il y en avait toujours trois d’éliminés, ou que seuls ceux qui portaient comme numéro d’ordre un nombre premier avaient droit d’accès. Cela marchait tout à fait pour ce qui concernait le passé, mais quand il s’agissait de faire des pronostics ça ne collait plus du tout. Depuis, mon opinion est que la décision des Sphinx est absolument fortuite et dénuée de sens. Mais ma femme soutient que c’est une opinion blasphématoire, qui traduit mon manque d’imagination et n’a rien de scientifique (Op. cit. : 119).

    Symbolique et Transuasion : signe et signifiant

    Nous entamons ici la transition vers le sémiotique. Car il est clair aussi bien chez l’un que chez l’autre que nous touchons, avec le symbolique ou le transuasif, à la dimension du signe. C’est sans doute ici que l’apport de Peirce va s’avérer des plus utiles pour nous permettre de rendre plus accessible cette partie de l’élaboration de Lacan concernant le « signifiant ».

    Qu’il nous soit permis tout d’abord de lever une confusion largement entretenue au sujet de cette dernière notion. Dans un premier temps, Lacan tente un « raid » chez Saussure, lui empruntant le terme « signifiant », « oubliant » volontairement que signifiant et signifié sont indéfectiblement liés dans le « signe » (linguistique). Afin de permettre au signifiant de prendre son autonomie, Lacan crée le concept de « point de capiton » (le point de capitonnage des matelassiers) afin de maintenir l’idée de connexion entre le flot des signifiants et celui des signifiés, mais de connexion non rigide, de connexion fluctuante. Puis, conséquence de cela, il posera que le signifiant ne saurait « signifier » autre chose (au sens du signifié) que des signifiants. Ayant ainsi homogénéisé l’espace des signifiants, il constituera sa topologie, tour à tour tore, bande de Moebius, plan projectif ou bouteille de Klein. Si, localement, cet espace peut être constitué d’un avers et d’un revers, il n’en est pas de même globalement.

    Il est clair qu’ici Lacan a commis ce qu’on pourrait appeler une erreur géniale et fructueuse. Toute sa réflexion montre que la pensée dyadique lui était étrangère : comment a-t-il pu se livrer à une opération essentiellement vouée à l’échec, à savoir, celle de fabriquer du « 3 » à partir de « 2 » ? La « triadicisation » de Saussure était peut-être une opération possible en référence à la pensée de Saussure lui-même, mais certainement pas à partir du Saussure du Cours ni, en tous les cas, de l’enseignement promu par cette nouvelle et riche science linguistique. Les fines analyses de Michel Arrivé (1986) ne peuvent que nous convaincre de l’impossibilité d’un accord : impossibilité reconnue par Lacan lui-même qui décide amèrement et ironiquement de baptiser « linguisterie » tous les éléments de son cru tirés de la linguistique.

    Tournons-nous maintenant vers Peirce et sa sémiotique.

    Tout d’abord, l’objet même de la sémiotique peircienne est la sémiose, le processus de signification tant dans sa structure (relationnelle triadique), sa dynamique (le signe-action, les modes d’inférence), que dans son économie (le pragmaticisme). La sémiotique est une théorie des processus signiques. L’outil conceptuel qui prend en compte le processus, nous l’appelons, après Peirce, la semiosis ou « sémiose ».

    Cette dernière est l’action véritablement triadique qui engage une tri-coopération entre un representamen, un objet et un interprétant, de manière qu’aucune relation dyadique entre deux des composantes ne permette de rendre compte du processus complet. Bien entendu, apparaît dès lors le résultat, si l’on peut dire, du processus, et c’est lui que nous appellerons « signe ». Un signe est ainsi une structure triadique dont le développement processuel donne lieu à la semiosis ou sémiose. C’est donc proprement la relation triadique, incluant ses sujets, elle-même.

    L’élément premier du signe, le premier sujet de la relation triadique, nous l’appellerons, tout comme Peirce, le « representamen ». Le representamen sera donc un élément, le premier dans l’ordre, du signe triadique, ou le « déclancheur » de la sémiose, suivant les contextes.

    Analytiquement conçu, le signe est ainsi la relation triadique authentique de trois « éléments » : le representamen, l’objet et l’interprétant, résumant, en quelque sorte, le processus – la sémiose – qui conduit, à partir du representamen, un continu d’interprétants à produire un objet. L’élément premier de celle-ci est le representamen : c’est lui que nous tenons pour l’analogue du « point » dans la mesure où, précisément, les interprétants successifs ne sauraient être autre chose que des representamens. L’objet lui-même, dans une de ses acceptions (l’objet qualifié d’ »immédiat » par Peirce) n’est autre qu’un representamen. Mais, dans la sémiose, l’interprétant du representamen devient à son tour representamen du même objet pour un nouvel interprétant, et ceci indéfiniment. Nous verrons un peu plus loin en quoi cette régression à l’infini ne nous conduit pas à l’abdication sceptique.

    Dans sa dynamique, la sémiose met en lumière les processus inférentiels de la pensée : l’abduction – ou constitution de l’hypothèse -, la déduction, et l’induction – au sens de vérification. De ces trois modes de l’inférence, le premier est tout particulièrement digne de retenir notre attention dans le domaine de la psychanalyse puisque c’est autour de lui que s’articule l’hypothèse freudienne de l’inconscient (Balat e.g. 1991a et b).

    En sa dimension économique, autour du concept d’ »habitude conditionnelle », la sémiose révèle la richesse du pragmaticisme peircien. Ce dernier diffère fondamentalement du pragmatisme en ceci que, loin d’être behavioriste il considère précisément les habitudes comme conditionnelles et, dès lors, insiste sur la constitution et le développement des méthodes plus que sur les effets pratiques de ces dernières.

    Deux « maximes » du pragmatisme, dont Peirce est le père fondateur (cf. Deledalle 1971) sont ici à retenir : « Un concept entre par la porte de la perception et ressort par celle de l’action » et « Considérer quels sont les effets pratiques que nous pensons pouvoir être produits par l’objet de notre conception. La conception de tous ces effets est la conception complète de l’objet ». Plus tard (en 1903), Peirce donnera une définition du pragmatisme qui est la suivante : « Le pragmatisme est le principe suivant lequel chaque jugement théorique exprimable en une phrase au mode indicatif est une forme confuse de pensée dont la seule signification (meaning), si elle en a une, réside dans sa tendance à renforcer une maxime pratique correspondante exprimable comme une phrase conditionnelle ayant son apodose au mode impératif » (5-18).

    « Si ton épée est trop courte, avance d’un pas ! » disait une mère spartiate à son fils qui, partant à la guerre, se plaignait de la petite taille de son épée. Généralisée, c’est une maxime pratique exprimée en une phrase conditionnelle, et ayant son apodose au mode impératif. On voit d’ailleurs que, chez Peirce comme chez Lacan, il n’est de fait que de fait de discours. Si tous les jugements « exprimables au mode indicatif » renforcent certaines maximes pratiques « exprimables comme une phrase conditionnelle dont l’apodose est au mode impératif », c’est qu’en quelque sorte celles-ci sont le noyau de ceux-là. « Tous les hommes sont mortels » (jugement au mode indicatif) ; « Si tu es un homme, meurs ! » (noyau). Nous retrouvons le conseil de la mère spartiate.

    Si, dans la troisième maxime, Peirce dit « exprimable », il ne dit pas « exprimé » ! Bien entendu. De même que dans la seconde, il évoque les effets pratiques « que nous pensons pouvoir » être produits. N’oublions pas que nous sommes chez Peirce dans une logique de l’enquête. Il est donc clair que l’interprétant ultime d’une sémiose doit avoir dans son être une part hypothétique, même s’il paraît « trancher dans le vif ». Cette pipe – actuellement dans ma bouche – a sa qualité de pipe dans la mesure où je puis en attendre tout un ensemble de services pouvant être sollicités à tout instant. En ce sens là, la position de l’interprétant est effectivement au futur, inclus dans un conditionnel. La part de l’impératif est, elle, l’acte en tant qu’acte signifiant puisque moment propre d’une sémiose. Là est la clef du concept peircien d’ »objet dynamique » comme produit de la sémiose : c’est une habitude conditionnelle.

    Dès lors – et nous verrons plus loin en quoi l’objet occupe différentes positions dans la conception peircienne – si l’objet est produit par la sémiose comme habitude conditionnelle, nous pouvons comprendre qu’il ne peut, comme tel, être « atteint par la représentation ». Le processus de construction de l’objet, la sémiosis infinie (mais non illimitée, précisément), « tend vers » l’objet, sa limite au sens mathématique. Nous sommes là dans le registre du synéchisme, de la continuité, qui nous permet de penser des processus infinis et pourtant limités (tant spatialement que temporellement, par exemple). La structure de la sémiose où l’interprétant « devient à son tour » representamen de l’objet pour un autre interprétant qui, à son tour, « devient »…, s’appuie sur la continuité des univers peirciens. S’il nous faut malgré tout renoncer à pouvoir faire autre chose que d’approcher par la représentation l’obsistence, qui nous est donné dans l’expérience, il n’en est pas moins vrai que la sémiose est un processus qui nous conduit « aussi près que l’on veut » de l’objet existant. Avec la notion de sémiose nous pouvons ainsi toucher du doigt en quoi la « représentation » ne peut « atteindre » son objet, comme l’indique Lacan dans la troisième acception – ou propriété – du réel. On peut ainsi comprendre que l’objet a de Lacan soit considéré par lui comme non relatif (c’est-à-dire comme ne tenant pas à une relation) quoique présupposant le déploiement de la sémiose triadique.

    Signifiant et representamen

    Il peut apparaître maintenant une profonde identité dans l’approche peircienne du representamen et celle, lacanienne, du signifiant. Dans les deux cas, nous disposons d’un concept « originaire » du signe, véritable fondement de ce dernier. Car le signifiant ou le representamen est un premier et, dès lors, il n’est nul besoin de supposer en antériorité ce qui ne saurait apparaître logiquement qu’après. La formule de Lacan est : « Un signifiant est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant ». La préoccupation est pour lui, bien entendu, de donner au signifiant une présence première par rapport au sujet qu’il constitue. Pour Peirce le representamen est premier, l’objet second et l’interprétant troisième : l’ordre est logique. Dans la sémiose – la production de l’objet – le representamen est toujours premier, mais l’interprétant second et l’objet produit (l’objet dit « dynamique ») troisième. A posteriori, dans une des conceptions de la détermination du signe, l’objet dynamique pourra toujours être considéré comme premier, le representamen second et l’interprétant troisième. Tout dépend donc ici du mode d’inférence dans lequel nous nous situons, c’est-à-dire de la position de l’objet (tour à tour, respectivement, second, troisième et premier). On sait que, sur des positions voisines, Lacan a construit sa théorie des « discours » (e.g. Balat 1991b).

    Le representamen est susceptible de se présenter suivant trois modes d’être, comme premier de la relation triadique qui le lie à l’objet et à l’interprétant. Nous avons là une référence aux Catégories ou aux Univers peirciens. Suivant l’univers sous le mode duquel le representamen apparaît, le signe sera un « ton » (tone), si l’univers est celui des possibles (originaux), une « trace » (token) si c’est celui de l’Actualité (obsistants), un « type » (type) si c’est celui des Nécessitants (transuasifs). (Peirce donnera d’autres termes pour cette classification : respectivement, qualisigne, sinsigne, légisigne). Nous sommes là dans le cadre de la « grammaire spéculative » ou « grammaire pure », à savoir, « ce qui doit être vrai du representamen utilisé par toute intelligence scientifique pour qu’il puisse recevoir une signification (meaning) ». Rappelons pour mémoire les deux autres divisions de l’étude des signes : la « logique », « science de ce qui est quasi-nécessairement vrai des representamens d’une intelligence scientifique pour qu’ils puissent valoir pour n’importe quel objet, c’est-à-dire pour qu’ils soient vrais », et la « rhétorique pure » dont la tâche est de « découvrir les lois grâce auxquelles dans toute intelligence scientifique, un signe donne naissance à un autre ».

    Envisagé comme pensée, un representamen est une idée générale, envisagé comme objet, il est dans le monde et, en tout état de cause, il est un « ton » (proche de l’ »affection simple ») : le synéchisme peircien nous permet ainsi de considérer ce qu’on appelle usuellement, mais souvent fautivement, des « éléments » dans le cadre structurel où ils sont posés ; rien n’est « en soi ». Mais sommes-nous pour autant au plus près du signifiant lacanien ? Oui si, développant avec Peirce la conception du representamen comme idée générale, nous voyons que,

     la personnalité est quelque type de coordination ou connexion d’idées. Mais c’est peut-être trop peu dire. Quand nous considérons que (…) une connexion entre idées est elle-même une idée générale, et qu’une idée générale est un sentiment (feeling) vivant, il est clair que nous avons au moins fait un pas appréciable vers la compréhension de la personnalité. (…) Mais le terme coordination implique quelque chose de plus que cela ; il implique une harmonie téléologique dans les idées, et dans le cas de la personnalité, cette téléologie est plus qu’une simple poursuite vectorisée d’une fin prédéterminée ; c’est une téléologie développementale. C’est cela le caractère personnel. Une idée générale, vivante et consciente maintenant, est déjà déterminative d’actes dans le futur jusqu’à un point dont elle n’est pas maintenant consciente. (…) Cette référence au futur est un élément essentiel de la personnalité. Si les fins d’une personne étaient déjà explicites, il n’y aurait pas place pour le développement, pour la croissance, pour la vie ; et par conséquent il n’y aurait pas de personnalité. Le simple transfert de buts prédéterminés est mécanique (6.155/6/7).

    L’interprétant, dans la sémiose, étant à son tour representamen (du même objet) et ayant lui-même ses interprétants, nous pouvons voir qu’à envisager la sémiose non plus sous l’angle du système representamen/objet/interprétant, mais comme chaîne (continue) de representamens, c’est-à-dire sans la considération directe de l’objet « représenté », ce que Peirce appelle la « personnalité » devient ce qui se tisse continûment sous cette chaîne, à savoir le sujet. C’est en quoi Peirce, comme, Lacan considère le « sujet » non comme un donné a priori, comme la condition de la sémiose, mais, bien au contraire, comme, à la fois, nécessité continûment par cette dernière de telle manière qu’elle y réfère constamment. Peirce dira d’ailleurs que la pensée n’est pas dans l’homme, mais que bien plutôt l’homme est dans sa pensée, ou, mieux, dans son penser.

    Il sera sémiotiquement nécessaire que tous les « pensers » soient des déterminations d’un seul « quelque chose » correspondant à un esprit, – je l’appellerais un quasi-esprit. Sinon deux prémisses distinctes seraient simplement, par leur être même, pensées simultanément, mais non, par le fait, « copulées » en une seule prémisse et ainsi prises ensemble, de telle manière que l’une serait pensée par vous, indulgent lecteur, à l’intant même ou l’autre serait pensée par le Mikado. Comme les pensers sont tous des déterminations d’un quasi-esprit, et donc sont des signes, il s’ensuit que le quasi-esprit est lui-même un signe. Sa fonction d’amener les différents pensers en interréférence requiert, car c’est un signe, qu’il ait comme objet cet univers singulier ou ce simple corps d’univers auquel le cours entier du penser se relie en toute occasion. On peut même le considérer comme une instance des jugements, assertant tout ce qui est tacitement nécessaire dans la discussion, c’est-à-dire tout ce qui, sans être effectivement et explicitement pensé, influence cependant, comme habitude du penser, les conclusions, comme s’il était effectivement pensé (MS 292).

    Nous allons voir maintenant une illustration de cette vision du « quasi-esprit » à propos du « musement ». Bien entendu, ces considérations présupposent une conception de l’esprit (mind) non réductible à la conscience. Et c’est bien ainsi que Peirce l’envisageait, disant, par exemple que

     si la psychologie était réduite au phénomène de la conscience, l’établissement des associations mentales, la prise d’habitudes, qui sont en fait la Place du Marché de la psychologie, seraient hors de ses boulevards. Considérer de telles parties de la psychologie – qui sont, en tout point, ses parties essentielles – comme des études du phénomène de la conscience, reviendrait, pour un ichtyologiste, à dire que sa science est l’étude de l’eau (7.367).

    Le tonal et l’Autre

    Ayant développé dans plusieurs articles différentes questions concernant les rapports entre concepts chez Peirce et Lacan, nous ne pouvons que renvoyer le lecteur pour compléments à ceux-là (e.g. la conception du « ça » (Balat 1991a), de la dénégation (1989)).

    Nous voudrions ici montrer en quoi ce travail d’assimilation réciproque des concepts peut être fructueux tant dans la branche sémiotique que dans celle de la psychanalyse, étant entendu qu’il ne s’agit en aucun cas de s’occuper simplement de la « consolidation » théorique, mais bien plutôt d’assurer le développement de recherches « techniques » ou cliniques.

    La question qui se posait à nous était la suivante : dans quelle mesure peut-on parler d’une « écoute » particulière du psychanalyste ? Autrement dit, est-il possible de serrer de plus près ce que Freud appelle l’ »attention flottante » ? On sait que, sur ce point, Lacan parlait de l’écoute du signifiant. Cette technique est, certes, très « parlante » et hautement recommandable, mais en quoi correspond-elle exactement à l’activité du psychanalyste ? Théoriquement, il est vrai que considérer l’interprétant comme un representamen est, très exactement, faire une impasse sur la signification, puisqu’on reporte alors ad libitum la production de l’objet (au sens peircien de la sémiose). Mais pratiquement, comment intégrer l’idée de scansion, de rythme, de cadence à l’écoute du psychanalyste ? On peut de la même manière se demander quel est le statut des associations d’idées qui guident l’analyste dans son écoute.

    Hors du terrain propre de l’analyse, confrontés, par exemple, à la rééducation des comateux, nous nous trouvons devant la nécessité de répondre à la question du statut de la pensée chez le comateux : question hautement pratique, même si elle se donne a priori comme théorique.

    Nous ferons appel ici encore à Peirce et sa « théorie » du musement (Deledalle 1990 pour la traduction de l’article de Peirce « Un argument négligé en faveur de la réalité de Dieu » 6.452/91). Nous donnerons en fait à ce « musement » une extension peut-être plus grande que celle que lui donne Peirce dans cet article. Ce « Jeu Pur » recouvre ces sortes d’activités mentales qui vont de « la contemplation esthétique » à « la contemplation de quelque merveille dans l’un des Univers ou de quelque connexion entre deux des trois Univers, avec spéculation sur sa cause » (Deledalle 1990 : 174). Dans le domaine de la psychanalyse le musement n’est pas sans rapport avec l’ »association libre ». Pour une part, tel que nous le concevons, il peut prendre la forme de ce genre de pensée auquel nous n’avons accès que lorsqu’un événement impromptu, discordant, nous le révèle. « Tiens, j’étais en train de penser… », phrase que nous lirons comme « j’étais en (un) train de pensée » (ou de penser, si nous prenons ce dernier terme comme l’activité même). Ce type de musement, premier, ne nous est pas directement accessible puisqu’alors que nous musions, aucune conscience ne nous en était donnée. Il se présente à nous comme l’hypothèse pure, le pur possible, une promenade dans l’Univers original, l’instant indéfiniment présent que l’actualité ou l’actualisation détruit irrémédiablement en lui fournissant un temps du passé. Dans sa plus haute activité, le musement construit, échafaude ce genre d’idées qui peut-être passera ou ne passera pas la barrière de l’expression sans s’évanouir tout à fait, mais dont l’évidence de la présence atteste la réalité.

    Nous avons déjà employé un mot hérité du vieux français : le « penser ». Le musement est, lui aussi, tiré de la littérature du moyen-âge. Car un des plus beaux exemples du musement nous est donné par le fameux passage du Conte du Graal où Perceval (Chrétien de Troyes 1990 : 131sq) « muse » sur trois gouttes de sang se détachant sur la neige qui lui rappellent la joue blanche et colorée de sa mie :

     Percevax sor les gotes muse

     tote la matinee et use

     tant que hors des tantes issirent

     escuier qui muser le virent

     et cuiderent qu’il somellast. (v. 4189/93)

    Ainsi ce musement nous fait apparaître cette forme de representamen qui insiste sans pour cela atteindre l’actualité, à savoir ce que, plus haut, nous avons appelé le « ton ». Le musement est essentiellement tonal, ce qui nous ouvre la possibilité de le considérer dans le cadre même de la sémiotique. De plus nous pouvons envisager une trichotomie des tons, donc du musement (cf. e. g. Balat 1990), en tons homotoniques, ou tons premiers, syntoniques, seconds et diatoniques, troisièmes. Nous pouvons évoquer le fait que les tons diatoniques sont intimement liés aux « types » (ou légisignes), c’est-à-dire, pour l’essentiel, au langage. Le diatonique est donc ce qui, dans le musement, manifeste l’apport de ce genre d’association que Peirce appelle « association de généraux » – étant entendu que cette dernière en présuppose d’autres (au sens de la « préscision » dont nous avons parlé plus haut), à savoir, l’association par ressemblance et celle par contiguïté. Il n’est sans doute pas nécessaire d’insister sur le fait que la tonalité diatonique sera une des bases de cette « écoute du psychanalyste » qui incorpore dans l’être tonal du signifiant toutes les possibilités de signification, aussi bien celles qui peuvent être, que celles qui sont, ou encore qui seraient, dans telle ou telle condition. Aussi bien ce n’est pas la signification actuelle qui prédomine dans le tonal, mais ces modes de pré-signification marqués aussi bien de la possibilité réelle que de la nécessité conditionnelle.

    Mais envisager ainsi ce que nous pourrions appeler la « phanéroscopie » (ou phénoménologie) du tonal amène une nouvelle question, celle de la sémiose tonale. Certes cette dernière se voit privée des éléments d’actualité qui sont usuellement sa part. Pourtant Peirce nous indique une telle possibilité, à savoir le jeu de la triade representamen/objet immédiat/interprétant immédiat. Mais considérer l’interprétant immédiat comme un representamen ouvre à la fois à la structure de chaîne de la sémiose que nous appellerons alors « tonale » et à la structure dialogique des quasi-esprits que nous avons par ailleurs largement détaillée (cf. plus haut et Balat 1991b). Cette dernière structure permet de saisir le rapport de chaîne des representamens successifs comme une sorte de dialogue entre ce qu’après Lacan nous appelons le « sujet » et l’ »Autre ». La réalité de la sémiose tonale, à savoir le fait qu’elle soit ce qu’elle est indépendamment du fait que ce soit tel ou tel qui se la représente – et c’est bien là le sens de ce que nous pouvons entendre par « sémiose tonale » – amène à produire une hypothèse : celle de la réalité de l’Autre. La réalité de la sémiose tonale nous amène à penser que l’Autre doit être considéré comme indépendant des conditions temporelles, spatiales – actuelles en un mot – dans lesquelles il se manifeste, comme indépendant du fait que ce soit, disons, « moi » qui muse. L’Autre dont il est ici question possède une identité – certes vague, au sens peircien du terme – qui assure, fonde la réalité du musement, à savoir que ce dernier serait le même pour tout autrui placé dans des conditions absolument identiques. Il est évident que le sujet et l’Autre ne sont pas encore pleinement distingués en l’absence d’une actualité qui « vectorialise » le processus sémiosique. Pourtant ils sont là potentiellement, prêts à se scinder sous l’effet de l’actualisation d’un representamen. Le sujet muse avec l’Autre.

    Nous pouvons ainsi nous représenter l’ensemble du phénomène de sémiose tonale comme le véritable fondement (ground) de toute sémiose – c’est probablement ainsi que Jean Oury entend la « sous-jacence ». L’actualisation de la sémiose tonale en une sémiose « typique » (au sens du « type » peircien) n’est autre que ce que l’on appelle après Freud l’investissement d’une représentation (d’un representamen). L’ »affect » freudien serait alors l’effet primaire du surgissement d’un type : nous suivons en cela Lacan pour qui « l’affect (…) est conçu comme ce qui d’une symbolisation primordiale conserve ses effets jusque dans la structuration discursive » (1966 : 383). On voit qu’ici s’ouvre ce que nous pourrions appeler le « travail » du système tonal par les « types », travail qui ne nous apparaît dès lors comme rien d’autre qu’une activité essentiellement interprétative. Les « types » constituent dans l’actualité des frayages dans le système potentiel qu’est le tonal.

    Le musement est ce par quoi le tonal nous apparaît, il en est son contenu essentiel. Rappelons ici quelques résultats de notre article cité (1990). Les différents systèmes de tons se dessinent en référence aux différents genres de sémioses qu’un représentamen peut engager. La tonalité propre au type est le diatonique, celle propre aux traces, le syntonique, celle des tons, l’homotonique. Les sémioses engagées par des types – et donc faisant apparaître des significations – s’appuient sur et constituent (par des processus habituatifs) les representamens diatoniques. C’est ainsi que les « types » peuvent agir sur l’espace tonal : par l’intermédiaire du diatonique.

    Mais on voit aussi quels rapports peuvent exister entre le musement et les types. De même que les pensées latentes sont inférées (par une inférence appelée par Peirce « abductive ») du contenu manifeste du rêve, de même le musement – dans la mesure où il n’est pas du domaine du conscient – doit être inféré des idées qui, parce qu’elles s’imposent dans une actualité, en censurent l’accès tout en nous l’ouvrant. Dès lors le contenu du musement va être dépendant de ce qui le nie, en ce qui concerne, du moins, l’accès à la conscience. D’où un deuxième genre de rapports entre types et tons.

    Ainsi toute sémiose présuppose un système sémiosique tonal dans et par lequel elle se constitue. Dans la mesure où nous avons considéré le diatonal (ou diatonique suivant l’insistance que nous voudrons mettre sur l’idée de structure ou sur celle de dynamique – en fait les mots ont la même racine grecque « tonos », la tension) comme le seul espace tonal propre à être « travaillé » par les types, c’est dans cet espace-là que nous trouverons la plus essentielle réalité de l’inconscient promu par Lacan, celle d’une structure de sémiose. Mais cet espace diatonal ne saurait être séparé, autrement qu’analytiquement, de l’espace tonal tout entier par quoi il participe sans aucun doute du phénomène de la perception, dans lequel, bien entendu, nous rangeons aussi les perceptions dites « internes » (proprio- et intéroceptives).

    Nous avons ainsi fait apparaître un espace dont la particularité est d’être un médium entre le sujet et l’Autre, mais avec lequel chacun des deux aura un rapport immédiat dès lors qu’une actualité viendra les scinder, c’est-à-dire, dès lors que l’Autre pourra bien avoir l’obsistence d’un « autrui ». L’immédiateté du représentamen tonal ne l’empêche pas d’être un médium, quant, précisément, il entre dans une sémiose actuelle, devenant ainsi un type. On aura compris que la position du psychanalyste, celle du moins à laquelle il postule, est de jouer auprès du patient le rôle de l’Autre par l’actualisation du musement de l’analysant. La règle du « tout dire », fondatrice de l’acte psychanalytique trouve ainsi sa place essentielle dans la « tragédie » qu’est l’analyse.

    Ces quelques réflexions s’ouvrent tout naturellement sur une révision profonde de ce qu’on a coutume d’appeler la « communication ». Si l’on admet que la pensée n’atteint le stade usuellement appelé « réflexif », ou symbolique, que par l’actualisation du musement, c’est-à-dire par l’investissement « actuel » de representamens, la prétendue communication ne serait donc que la tentative d’influer sur le musement d’autrui grâce à une connaissance préalable de ses processus associatifs. L’ »intention » de communiquer qui se manifeste alors prend la forme d’une anticipation de l’interprétation, c’est-à-dire, dans la mesure où le tonal est concerné, la supposition d’un interprétant « immédiat ». On voit en quoi la réalité de l’Autre nous fournit une part de cette connaissance, mais non, bien entendu, la totalité, d’ailleurs parfaitement illusoire dans la mesure où elle est essentiellement potentielle. Le « tout » n’est envisageable que dans le monde possible, mais non dans le monde obsistant ou transuasif. Ainsi que Lacan l’avait bien souligné, il y a un manque dans l’Autre. Si ce dernier me garantit la possibilité d’un accès immédiat au tonal d’autrui, je ne puis être assuré jamais de l’effet de mon discours sur son musement – sauf à considérer que la compréhension fournie par l’habitus collectif sur les effets des signes est la plus authentique réalité à laquelle je puis accéder effectivement.

    La « communication », conçue comme l’accord tonal, l’identification partielle de musements, est donc marquée de ce qu’on peut bien, avec Lacan, appeler le « malentendu » et le musement se présente à nous comme marqué du « discours de l’Autre », dans la mesure où cet « interprétant immédiat », un des caractère de l’Autre apparaît comme une hypothèse interprétative, une abduction.

    Pour conclure

    Afin d’éclairer ce que pourraient avoir d’obscures ces considérations, voici deux cas cliniques, gros d’ailleurs de leur propre obscurité.

    Céline arrive ce jour-là, s’allonge et marque ce temps d’hésitation qui lui est propre avant de prendre la parole. Cette vague réticence insistera tout au long de la séance. Peu avant la fin de celle-ci, elle indique avoir un mal au ventre persistant. Puis, comme dans un cri, « j’ai une boule de sang qui explose dans mon ventre ». L’idée d’une grossesse extra-utérine s’impose à moi. J’évacue cette idée aussitôt afin de permettre le développement de ce qu’il me fallait sans doute appeler un fantasme. La séance se termine. Au moment du départ, je m’entends dire à Céline : « Avez-vous consulté un médecin ? » « Oui », me répond-elle, « mais en avez-vous un à me conseiller ? » Je lui donne alors l’adresse d’un de mes amis en qui j’ai toute confiance. La suite confirmera le « diagnostic » de grossesse extra-utérine de deux mois.

    La question est ici la suivante : comment est-il possible d’entendre ce « cri du corps », sinon par la considération d’une tonalité propre dont l’expression purement symbolique n’est là que comme l’indice d’un malaise corporel vaguement désigné. Car enfin l’oeuf qui est dans la trompe n’est pas cette « boule de sang », l’ »explosion » n’avait pas lieu au moment indiqué et, en tout état de cause, ne pouvait être l’explosion d’une boule de sang, mais bel et bien de la trompe elle-même. Pourtant le rôle indiciaire était là, ainsi que le ton propre à désigner l’urgence de la situation (rapidement mortelle). La compétence propre du psychanalyste n’est pas la question, sans quoi cette pratique ne serait que magie. Le musement propre de l’analyste lui laisse la possibilité d’inscrire tout ce dont l’habitude humaine (onto- et phylogénétique – pour parler grossièrement) est porteuse. Le « cri du corps » n’est-il pas une des variétés du musement, avant qu’il soit exprimé ? Ce que Freud appelle l’ »attention flottante » n’est autre que, précisément, l’ouverture libre du psychanalyste à son propre musement par laquelle il se refuse à tout contrôle dont l’ »activité » ou l’ »actualité » viendrait obérer le potentiel tonal. Bien entendu rien n’est ici assuré avant que la réalité sociale ne vienne donner aux effets de l’hypothèse sa plus profonde réalité. Il nous faut renoncer aux certitudes d’être dans le « ton », jusqu’au moment du moins où la « vérification » des conséquences m’en assurera sinon la certitude – ô combien tardive ! – mais du moins la probabilité.

    Peut-être pourra-t-on reprocher à ce cas d’être – mais peut-il en être autrement ? – particulier, trop particulier, et plus obscur que ce qu’il prétend éclairer.

    Hiératique dans son fauteuil roulant, la partie droite de son corps tordue par une hémiplégie, les yeux grands ouverts, répondant aux sollicitations de l’équipe par de légers battements de paupière, de petits gestes de la main, laissant ses interlocuteurs à leur interprétation, Renaud participe à la réunion de l’équipe de réanimation et de rééducation des comateux dans la phase d’éveil. L’enquête menée, les bribes de renseignements vaguement coordonnées vont permettre toutefois d’aborder son cas en sa présence si peu « responsive ». Le protocole mis sur pied consiste à parler du cas en présence du malade lui-même. L’idée sous-jacente est de donner à ce dernier l’occasion d’accorder son musement aux productions verbales (et tonales) qui l’entourent. Nous tentons des incursions dans des domaines hautement investis : l’enfance, la mère, le père, la place réciproque des enfants de la fratrie. Il n’est pas souhaitable de reprendre ici ne fût-ce qu’une partie des considérants qui nous guidaient. La seule obligation que nous nous faisions étant de « parler tonal », Renaud se mêle bientôt à la discussion par ses mouvements des paupières et de la main, éclairant çà et là quelques points obscurs, indiquant aussi une certaine tension lors de quelques échanges.

    En soi ce résultat est une petite victoire dans la mesure où il indique un début d’investissement dans ce que nous appellerons un dialogue : le problème pour le comateux paraissant être celui du passage à l’investissement de représentations, comme si le barrage, à l’image d’un « Boulder Dam », impliquait une très haute « différence de potentiel » entre le musement et l’insertion de celui-ci dans l’actualité. L’intérêt que Renaud marquait pour ces representamens qui le concernaient marquait un début d’abaissement de ces différences de niveau, sans doute vers le passage à la parole. La semaine suivante, Renaud, surmontant ses épouvantables handicaps physiques « dictait » en désignant une à une les caractères d’un alphabet une lettre d’amour à l’une des soignantes. Eros pouvait s’affranchir un instant de la garde de Thanatos. Car, bien entendu, des considérations sur les pulsions et leur intrication/ désintrication doivent être envisagées pour faire une théorie de la relation au comateux.

    Mais il n’est évidemment pas nécessaire de le faire dans le cadre de cet article.

    Références

     Arrivé, Michel (1986). Linguistique et psychanalyse. Paris : Méridiens Klincksieck.
     Balat, Michel (1986). « Peirce et Lacan : Introdução para um Aborgadem Formalizada », Cruzeiro Semiótico 4.
    — (1988). « De Peirce à Lacan : le stade du miroir et l’accès au langage », Semiotics Theory and Practice, actes du Troisième Congrès de l’Association Internationale de Sémiotique, Palerme 1984. Berlin, New York, Amsterdam : Mouton-de Gruyter.
    — (1989). « Logique du vague et psychanalyse » in S, revue européenne d’études sémiotiques 1/1. Vienne : IASS.
    — (1990). « Type, trace et ton : le ton peircien » in Semiosis 57/58. Agis-Verlag : Baden-Baden, 85-92.
    — (1991a). « Assumer l’abduction », in L’Homme et ses signes, Actes du IVe congrès de l’Association Internationale de Sémiotique, Barcelone-Perpignan 1989. Berlin, New York, Amsterdam : Mouton-de Gruyter.
    — (1991b). Des fondements sémiotiques de la psychanalyse : Peirce, Freud et Lacan. Paris : Méridiens-Klincksieck.
     Benveniste, Emile (1974). Problèmes de linguistique générale, II. Paris : Gallimard.
     Chrétien de Troyes (1984-1990). Le conte du Graal (Perceval), t I et II. Paris : Librairie Honoré Champion.
     Delbos, Victor (1919). La philosophie française. Paris : Plon.
     Deledalle, Gérard (1971). Le pragmatisme. Paris : Bordas.
    — (1987). Charles S. Peirce, phénoménologue et sémioticien. Amsterdam/ Philadelphia : John Benjamins.
    — (1988). La philosophie américaine. Bruxelles : De Boeck.
    — (1990). Lire Peirce aujourd’hui. Bruxelles : De Boeck.

    Ghyka, Matila (1952). Philosophie et mystique du nombre. Paris : Payot.
     Julien, Philippe (1985). Le retour à Freud de Jacques Lacan. Toulouse : Erès.
     Lacan, Jacques (1962). L’identification (1961-2),t.II. SL : SE.
    — (1966). Ecrits. Paris : Seuil.
    — (1972). …ou pire (1971-2). SL : SE.
    — (1975). Le séminaire, Livre I : Les écrits techniques de Freud. Paris : Seuil.
    — (1982). L’acte psychanalytique (1967-8). Lyon : Shamans.
    — (1985). Petits écrits et conférences : 1945-1981. SL : SE.
     Peirce, Charles Sanders (1931 – 1958). Collected Papers, Volumes I à VI édités par Charles Hartshorne et Paul Weiss et Volumes VII et VIII par Arthur W. Burks. Cambridge : Harvard University Press. (Nous notons les références, comme d’habitude, en indiquant le numéro du volume suivi du numéro du paragraphe dans le volume).
    — (1978). Ecrits sur le signe (Rassemblés, traduits et commentés par Gérard Deledalle). Paris : Seuil.
    — (1964). The Microfilm Edition of the Charles S. Peirce Papers in the Houghton Library of Harvard University : Manuscrits 292, 478.
     Platon (1950). Oeuvres complètes II. Paris : NRF, Editions de La Pléiade.
     Ornicar ?, Bulletin périodique du Champ freudien, n°3, p. 102 et n°9 p. 33.

  • Festibages 2011 !

    Festibages 2011 !

    Festibages 2011 reprend ! Le programme est à télécharger.

  • Paola vous invite à assister à son spectacle au Fort de Bellegarde du Perthus le jeudi 21 juillet à 21h, et le 5 août à 20h30 dans les Arènes de Céret.

    Paola vous invite à assister à son spectacle au Fort de Bellegarde du Perthus le jeudi 21 juillet à 21h, et le 5 août à 20h30 dans les Arènes de Céret.

  • Prochaine Journée de l’AMPPEA le SAMEDI 24 SEPTEMBRE 2011 9h- 17h / Salle du Sénéchal – 17 rue de Rémusat 31000 TOULOUSE

    Prochaine Journée de l’AMPPEA le SAMEDI 24 SEPTEMBRE 2011 9h- 17h / Salle du Sénéchal – 17 rue de Rémusat 31000 TOULOUSE

    ENTRE SOLITUDE ET ISOLEMENT …
    De la nostalgie chez l’enfant et l’adolescent

    ARGUMENT :
    Etat et affect composite selon M. Klein et DW. Winnicott …
    Comment la solitude vient aux enfants ?
    La solitude chez l’enfant, l’adolescent et le soignant ne peut se décliner sans son devers : l’isolement, le repli narcissique, l’exclusion, « l’orgasme du moi »…
    Ces deux mouvements, mettent à l’oeuvre l’espace et le temps et questionnent le rapport du sujet à son environnement primaire, aux groupes, et aux institutions.
    Paradoxalement, pas de « bonne solitude » sans l’autre présent ou absent, sans symbolisation de l’absence.
    La nostalgie n’est, ni deuil, ni dépression, mais un médium venant décaler nos regards autour de la psychopathologie et du soin et ouvrir à d’autres disciplines, littéraires, poétiques, philosophiques…
    La solitude dans son rapport au spirituel, à la relation d’inconnu, à la mort, à la folie, à la douleur physique chez l’enfant et l’adolescent, en résonance à l’inquiétante étrangeté du soignant, sera proposée à la réflexion.

    SAMEDI 24 SEPTEMBRE 2011
    9h- 17h / Salle du Sénéchal – 17 rue de Rémusat 31000 TOULOUSE 

  • à ORLEANS le Vendredi 24 juin 2011, à 20h 30, CONFÉRENCE INAUGURALE de Michel BALAT : « Le corps des signes, traces et inscription. »

    à ORLEANS le Vendredi 24 juin 2011, à 20h 30, CONFÉRENCE INAUGURALE de Michel BALAT : « Le corps des signes, traces et inscription. »

    Vendredi 24 juin 2011, à 20h 30,

    au Muséum des Sciences Naturelles

    Rue Marcel Proust à ORLEANS

    PSYPROPOS vous invite

    à partager l’étude de son thème 2011

    « SCIENCE, SAVOIR ET VÉRITÉ »

    CONFÉRENCE INAUGURALE de Michel BALAT

    Psychanalyste.

    Sémioticien.

    Mathématicien.

    Docteur ès-Lettres.

    « Le corps des signes, traces et inscription. »

    Au delà de son anatomie, le rapport de chaque humain à la question de la vérité est structuré par le langage, la parole, son histoire personnelle et familiale… C’est cette logique sémiotique tout à la fois simple et complexe qu’enseignent les blessés végétatifs en éveil de coma à ceux qui parviennent à les rencontrer.

    PSYPROPOS

    est née en 1990 avec pour but de « créer des lieux de réflexion et de recherche ayant pour objet la psychiatrie, la psychanalyse et leur articulation avec le champ social, dans leurs rapports à la littérature, l’art, la philosophie, la sociologie, le droit, l’histoire… »

    Ses activités sont les suivantes :
     l’organisation de journées d’étude, de recherche, et de rencontres
     la publication de travaux (article 5), en l’occurrence les actes des Journées d’automne et de la conférence de juin.

    Les journées ainsi organisées se déroulent alternativement à Orléans et à Blois » (article 2 des statuts).

    Elles ont abordé les thèmes suivants :

    « Voix et regards »

    « Les passions »

    « Les logiques du temps »

    « Du cri à l’écrit »

    « Figures du Père »

    « L’interprétation »

    « Du malaise… »

    « Création, invention »

    « Utopies »

    « Histoire, histoires »

    « Rêver, peut-être ? »

    « Voyages, déplacements »

    « De l’amour »

    « Singularité et société »

    « Origines et transmission »

    « La fabrique du corps »

    « Éloge du risque »

    « Dire le plaisir de la langue »

    « Détour et répétition »

    « Enfance(s) »

    Vendredi 24 juin 2011, à 20h 30,

    au Muséum des Sciences Naturelles

    Rue Marcel Proust à ORLEANS

    PSYPROPOS vous invite

    à partager l’étude de son thème 2011

    « SCIENCE, SAVOIR ET VÉRITÉ »

    CONFÉRENCE INAUGURALE de Michel BALAT

    Psychanalyste.

    Sémioticien.

    Mathématicien.

    Docteur ès-Lettres.

    « Le corps des signes, traces et inscription. »

    Au delà de son anatomie, le rapport de chaque humain à la question de la vérité est structuré par le langage, la parole, son histoire personnelle et familiale… C’est cette logique sémiotique tout à la fois simple et complexe qu’enseignent les blessés végétatifs en éveil de coma à ceux qui parviennent à les rencontrer.

    ENTRÉE LIBRE

    Les 21èmes Journées d’étude PSYPROPOS se dérouleront

    – le samedi 22 octobre 2011 à Blois

    à l’Auditorium de la Bibliothèque Abbé Grégoire

    – le samedi 19 novembre 2011 à Orléans

    au Musée des Beaux Arts d’Orléans (attention, changement de lieu)

    PSYPROPOS 2011 : « SCIENCE, SAVOIR ET VÉRITÉ »

    Lacan évoquait « le statut du sujet dans la psychanalyse » dans son texte fameux de 1965, intitulé « La science et la vérité ». Aujourd’hui, le réel de la réalité sociale néolibérale tend à insérer chacun à une place assignée dans un champ de production où la valeur humaine se transforme en valeur financière.

    Le savoir sur l’homme est historiquement défini sous l’égide des sciences de la nature (biologie, chimie, physique,…), des sciences formelles (Algèbre, Géométrie, Informatique, Logique, Topologie, Statistique, …) et des sciences humaines (Anthropologie, Économique, Linguistique, Psychologie, Sociologie, …). Mais la fétichisation, qui domine aujourd’hui notre économie restreinte au processus de production consommation, fait essentiellement, de chacun, un produit concurrentiel dans la démocratie du marché.

    Les méthodologies de sélection incitent dès l’enfance à s’adapter aux objectifs normés de la future employabilité. L’espèce humaine bureaucratisée oublie sa dignité et son histoire, le singulier est effacé, chacun vaut comme unité, insérée dans des groupes homogènes où avoir le même profil objective la possible substitution de l’un à l’autre.

    Ni sélectionneur, ni sélectionné ne trouvent de sens à ce conformisme qui ne permet pas d’approcher la vérité, à la connaissance de laquelle chacun aspire : il ne peut inscrire dans une histoire collective le désir le plus singulier qui s’incarne en leur personne. Cette conception simplifiée de l’homme réduit à sa qualité marchande domine désormais les processus d’humanisation. Dans le même temps, l’approche anthropologique complexe cède le pas à un pragmatisme dépersonnalisant. « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » mais la psychanalyse disparaît des Universités.

    En médecine, en psychiatrie, la biologie tend à dominer les recherches, oubliant les effets structurants de la parole qui soutient les rencontres et donne sens à la co-existence des humains : le patrimoine génétique apparaît garantir, à lui seul l’unicité, la singularité. L’époque tend à prôner à l’excès ce savoir scientifique mais partiel et à naturaliser les humains : on parle de père ou de mère biologique, d’enfant-médicament, d’enfant désirable, de capital génétique, tandis que les débats éthiques essaient de déjouer les tendances eugéniques, biopolitiques et le consumérisme : tout est possible quand il s’agit de séduire usagers, clients et électeurs en réalisant leurs rêves. Rien ne semble plus interdit : aujourd’hui, les comportements et la désirabilité utilitariste sont induits ou instrumentalisés par les conditionnements hypnotiques de la publicité.

    Lacan articula le concept freudien de pulsion avec la position inconsciente du sujet, permettant de penser l’homme selon les entrelacs de l’hérédité psychologique et de la parenté biologique, spécifiant ainsi l’homme comme homme, et non comme animal ou marchandise. Mais avec un simplisme dérisoire et tragique, les neurosciences, liées aux logiques industrielles, ne pensent plus le rapport existentiel de l’homme au langage, et instaurent la prévalence de la biologie cérébrale qui détermine les comportements et utilise l’outil linguistique pour communiquer. Les « sciences du vivant », la neuroéconomie se développent.

    La justice est politiquement sommée de contrôler ce qui est pensé comme surdéterminations biologiques des déviances, déniant par là-même toute possibilité de réhabilitation.

    Cette position scientiste infiltre aussi la pédagogie et l’école doit viser la maîtrise et le contrôle d’un socle de savoirs où signes et significations dominent l’apprentissage : parler, lire, écrire, compter et bien se comporter fondent la nouvelle culture de l’évaluation fondée sur la recherche de la performance. Dans la collection des élèves, les plus performants trouveront une filière d’excellence, les autres, d’adaptation.

    Van Gogh, Artaud, Hölderlin, n’étaient-ils que des inadaptés à éduquer ou des chercheurs sublimes en quête de sens ? L’homme, produit d’aujourd’hui, peut-il encore habiter « en poète » ? Comment peut-il demeurer ouvert à l’économie générale, et savoir, comme le proposait François Tosquelles, convertir le milieu naturel en monde ?

    Après d’exaspérantes, pénibles et ternes études au Lycée Arago (du CP à la terminale), un transport passionné, comme on disait au Grand Siècle, pour mathématiques et astronomie, un transfert bienvenu sur Vincent Mazeran, par la grâce d’une longue analyse, Mathématiques, politique et psychanalyse ont tressé, dès la fin des années 60, mon appareil à penser les pensées, côté Bion.

    C’est la sémiotique de Peirce, dans la rencontre avec Gérard Deledalle en 1980, puis l’analyse institutionnelle, dans celle avec Jean Oury en 1986, qui ont décidé de la suite. Des Systèmes triples de Lie à torsion, mon premier — et seul — travail mathématique, à La triade en psychanalyse qui inaugurait cette suite, un long travail invisible.

    En ce qui concerne le visible, un stage déterminant à l’Observatoire du mont St Michel, où j’ai eu la chance de travailler sur le grand télescope, un autre, qui allait l’être, comme vacataire au service de mathématiques de l’université de Perpignan. Puis assistant dans ce lieu-même, un bref séjour de 2 ans à Casablanca et à Fès, des études de psychologie où se sont scellées des amitiés toujours actuelles, une thèse « ès-Lettres » sur la fameuse triade, et l’enseignement de sémiotique qui s’en est suivi. Enfin, sonnant comme un mot d’ordre de mes années militantes, la retraite à 60 ans.

    Les ouvrages de Michel BALAT seront à la table de la de Catherine Martin-Zay.

    * PSYCHANALYSE, LOGIQUE, ÉVEIL DE COMA Le Musement du Scribe

    Ouverture Philosophique L’Harmattan

    Pierce, Freud, Lacan… quelques autres, et non des moindres, sont appelés au chevet de traumatisés crâniens. Pour cela, il faut reprendre, remanier, voire inventer des conceptions, les ajuster au travail institutionnel, aux particularités du trauma crânien, il faut s’émerveiller, jusqu’à en avoir parfois la gorge serrée…

    * DES FONDEMENTS SEMIOTIQUES DE LA PSYCHANALYSE

    Peirce après Freud et Lacan suivi de Logique des Mathématiques de C.S. Peirce

    Ouverture Philosophique L’Harmattan

    L’auteur tente d’établir les points de jonction entre Lacan et Peirce, ce philosophe logicien qui exécrait l’inconnaissable et donc de constituer une relation triadique entre Freud, Peirce et Lacan.

    * A LA RECHERCHE D’UNE METHODE, DE C. S. PEIRCE Traduction en collaboration avec Gérard Deledalle (dir.) et Janice Deledalle-Rhodes Editeur : Pu Perpignan (1 janvier 1993) Collection : Collection études

    * LES TEXTES LOGIQUES DE PEIRCE DANS LE BALDWIN DICTIONARY traduction avec Janice Deledalle-Rhodes Champ Social Editions Collection Essais

    * AUTISME ET EVEIL DE COMA (dir.) Champ Social Ed. Collection Connivences

    Michel BALAT anime, avec Pierre DELION la Collection Psychothérapie Institutionnelle des Editions Champ social

  • Vous êtes fous !? : Festival de films du 15 au 21 juin, Paris

    Vous êtes fous !? : Festival de films du 15 au 21 juin, Paris

    L’Appel des Appels présente

    Vous êtes fous !?

    Festival de films

    du mercredi 15 au mardi 21 juin 2011

    au cinéma Les 3 Luxembourg

    67, rue Monsieur Le Prince, Paris 5ème

    www.lestroisluxembourg.com

    www.appeldesappels.org

    www.horschamp.org

  • La profondeur : un aperçu topologique et sémiotique

    La profondeur : un aperçu topologique et sémiotique

    Introduction

    La profondeur est le caractère de ce qui est profond. Ce terme, en psychanalyse, a deux raisons d’être célèbre. La première est son occurrence dans « psychologie des profondeurs » (Tiefenpsychologie), nom donné parfois par Freud (sans doute par E. Bleuler puis repris par Freud) à la psychanalyse et qui a pu faire problème ; la deuxième est le système d’oppositions haut/profond analysé par Freud dans « Du sens opposé des mots originaires » (1910). Notons que ces deux occurrences voisinent dans son court et dernier ouvrage, l’Abrégé de psychanalyse

    Documents joints

  • De Peirce et Freud à Lacan

    De Peirce et Freud à Lacan

    Nous voudrions, au cours de ces quelques pages, présenter et développer quelques éléments de notre thèse portant sur les rapports entre Sémiotique et Psychanalyse.

    Psychanalyse et psychologie : le signifiant

    Si le socle théorique de la psychanalyse est solidement constitué par l’oeuvre de Freud et de son école, il n’en est pas moins vrai que les développements actuels qui en ont jailli ne sont pas nécessairement dans le droit fil de la pensée freudienne, du moins si l’on en juge par les appréciations que portent les uns sur les autres les différents courants se réclamant de l’oeuvre du maître.

    Il nous semble indéniable que le grand apport a la psychanalyse post-freudienne, tant sur le plan de la théorie que de la pratique analytique, a été le fait de Jacques Lacan. Non que nous tenions pour négligeables les élaborations d’auteurs comme M. Klein, D. Winnicott, par exemple, dont les oeuvres sont riches et stimulantes. Mais Lacan a pour lui d’avoir repris dans son articulation d’ensemble le propos freudien, essayant à la fois d’intégrer à celui-ci des éléments significatifs des sciences modernes et de le prolonger en tenant compte des progrès de la clinique (que l’on songe ici, par exemple, à la « transmutation » en « objet petit a » qu’il va faire subir à l’ »objet transitionnel » de Winnicott). Nous ne pourrons négliger le fait que ce programme lacanien s’est développé en réaction à la transformation de la psychanalyse en orthopédie du « moi ».

    Documents joints

  • Sylviane GIAMPINO à MONTPELLIER le MARDI 7 JUIN 2011 Salle Rabelais à 20h30

    Sylviane GIAMPINO à MONTPELLIER le MARDI 7 JUIN 2011 Salle Rabelais à 20h30

    Quelle place,aujourd’hui, pour la parole des tout-petits

    Il y a plus de 20 ans que PAUSE-GOUTER, à Montpellier, accueille les tout-petits et leurs parents.

    Depuis sa création inspirée par l’expérience de la Maison Verte, PAUSE-GOUTER a porté une attention vigilante à la parole : celle de l’enfant et celle qui lui est adressée.

    Il y a 20 ans, les paroles de Françoise DOLTO considérant le tout-petit comme un sujet étaient encore novatrices.

    Aujourd’hui, le discours social est empreint d’une incitation permanente à « tout dire », et l’enfant semble mis au centre de toutes les attentions.

    Qu’en est-il alors du rôle d’accompagnement, de prévention, de création de lien social d’un lieu comme PAUSE-GOUTER ?

    Nous avons choisi, pour fêter ces 20 ans, de réfléchir à cette actualité en compagnie de

    Sylviane GIAMPINO, psychanalyste, psychologue petite enfance, qui sera à MONTPELLIER

    le MARDI 7 JUIN 2011 Salle Rabelais à 20h30

    pour une conférence  » Quelle place,aujourd’hui, pour la parole des tout-petits »

    Nous espérons votre présence et vous saluons cordialement,

    L’équipe de PAUSE-GOUTER

  • Encorporation, Scription et Inscription

    Encorporation, Scription et Inscription

    Sujet et traduction

    Introduction

    Comme souvent lorsqu’il s’agit de présenter quelques développements des concepts de Charles S. Peirce, il est difficile de supposer chez le lecteur une connaissance établie de l’oeuvre source, celle-ci étant peu publiée, peu connue, malgré les efforts de quelques-uns. Certes, avec les années la situation change. Plusieurs textes essentiels sont aujourd’hui accessibles au francophone, et les pionniers sont passés des prémisses aux prémices. Sans doute n’est-il plus nécessaire d’ânonner la priméité et ses soeurs, les classes de signes, le synéchisme ou le tychisme. Pourtant s’il est un domaine à l’évidence peu connu, c’est cette partie de la logique de Peirce ayant pour nom les « Graphes Existentiels ».

    Les Graphes Existentiels se présentent comme une contribution à l’étude du raisonnement et de l’assertion. A soi seul cela suffirait à les rendre indispensables au lecteur cultivé. Aussi me permettrez-vous de vous présenter des généralités sur ces graphes, leur contribution à une théorie de l’énonciation quelque peu renouvelée et une timide approche de « qu’est-ce que lire ? » à partir d’eux. N’ayant pas de familiarité réelle avec la ou les théorie(s) de la lecture, je me contenterai de n’évoquer que des ouvertures théoriques et non un corps constitué de concepts.

    Documents joints

  • Le 14 mai 2011, 1ère journée régionale de Psychothérapie institutionnelle à Agen

    Le 14 mai 2011, 1ère journée régionale de Psychothérapie institutionnelle à Agen

    1ère journée régionale de Psychothérapie institutionnelle
    organisée par les Associations Culturelles :

    Métiers à tisser – Auch

    A travers champs – Agen

    Les Passerelles – Cadillac s/ Garonne

    La Palabre – La Force/Bergerac

    Des « institutions »

    sont-elles encore

    possibles dans nos

    « établissements » ?

    Samedi 14 Mai 2011

    de 8H30 à 17H

    Faculté de Droit

    2 Quai Dunkerque

    AGEN

    Argumentaire

    François Tosquelles opérait une distinction entre « l’établissement » et « l’institution ».

    Pour le premier il s’agissait de définir ce qui est « établi » dans des lois et des règles

    administratives, des moyens financiers, des bâtiments…

    Pour la seconde, il s’agissait de repérer et d’organiser au moyen « d’opérateurs » (clubs,

    constellations, associations culturelles, réunions de patients et des personnels…) la dynamique

    interrelationnelle entre rôles, fonctions, statuts, de favoriser la circulation de la parole, de

    soutenir l’élaboration permanente de la pensée, de mener en continuité l’analyse

    institutionnelle et la lutte contre les mécanismes d’aliénation mentale et sociale à l’oeuvre au

    sein de « l’établissement », d’articuler constamment l’individuel et le collectif….

    Qu’en est-il aujourd’hui de cette distinction ?

    Il semble que ces deux mots se soient peu à peu superposés et confondus, on parle

    fréquemment de telle ou telle « institution » pour désigner tel ou tel établissement.

    Ce repliement d’un mot sur l’autre au point de les confondre n’est certainement pas sans effet

    sur notre possibilité de penser nos pratiques de soins, éducatives ou pédagogiques.

    La logique « d’établissement » tend à devenir de plus en plus prégnante avec son cortège de

    lois, directives, référentiels qui tendent à organiser par le menu, de manière quasi

    obsessionnelle, ce qui se passe et surtout ce qui doit se passer et comment cela doit se passer !

    « L’établissement » vient ainsi prendre la place et réifier (le « pratico-inerte » pour Jean Oury)

    ce qui devrait rester inscrit dans une dynamique institutionnelle vivante.

    Face à cette pression de « l’établissement », n’avons-nous pas tendance à nous résigner à

    assister passivement à la fin des » institutions » ?

    Or les institutions « sont »… mais savons-nous en repérer les émergences, les soutenir, les

    institutionnaliser comme autant d’opérateurs de soin, éducatifs ou pédagogiques. Savons-nous

    aussi en susciter la création de nouvelles quand d’autres s’éteignent ?

    Si la logique d’établissement peut paraître omnipotente et s’il est légitime de lutter contre ses

    effets, elle ne nous exonère pas de notre responsabilité de soignants ou d’éducateurs à « faire

    de l’institution » avec des choses aussi simples que l’accueil, l’organisation de la vie

    quotidienne, la circulation de la parole dans les groupes, la manière dont on va « s’y prendre »

    ensemble pour faire le ménage, organiser une sortie ou apprendre le théorème de Pythagore…

    Souvenons-nous que ce que nous appelons la « psychothérapie institutionnelle » est née

    dans les pires conditions d’aliénation dans les établissements psychiatriques durant la

    seconde guerre mondiale. Face à ces dérives, elle a posé pour exigence d’articuler à cette

    logique d’établissement une autre logique, celle du transfert qui ne se décrète pas, qui opère

    là où on le l’attend pas, qui ne se laisse pas enfermer dans les filets de l’administration et de

    la gestion et qui a donc besoin d’institutions pour qu’il lui soit possible d’y inscrire quelques

    effets

  • LE ROI RECUPERATEUR par Hakima oum Loubna

    LE ROI RECUPERATEUR par Hakima oum Loubna

    LE ROI RECUPERATEUR

    Avec cette révolution de palais du 9 mars , toute la bourgeoisie dite

    nationale(quand elle n’est que le porte drapeau

    du capitalisme libéral )va faire la fête !

    Alors qu’elle ne fait que récolter ce qu’elle n’a pas semé:c’est le

    mouvement insurrectionnel radical qui s’est déployé

    dans les petites villes,( elles ont brûlé des lieux de pouvoir et de

    marchandises ce

    qui n’a pas été le cas dans les grandes villes)qui l’a fait sans elle

    Alors qu’elle n’est que la fille des classes dominantes des

    lendemains qui déchantent de

    l’Indépendance, »qui-ne-sont-indépendantes-que-de-leurs-propres-masses »

    Alors que les humiliés-exploités par elle d’abord se sont mis

    à ne plus avoir peur du despotisme , à se dégager de la Servitude

    volontaire qui les plombait, à ne plus craindre ni le Makhzen ,ni le

    roi qui symbolise cette classe avec toutes ses générations [ C’est

    qu’il est »Le » Capitaliste libéral par excellence ,mais faut dire aussi

    , l’un des

    seuls à déclarer l’ensemble de ses salariés ,à ne pas les payer au

    dessous du famélique SMIG, à l’inverse de la majorité des PME qui

    pratiquent l’abus des biens sociaux systématique]

    Certes cette classe qui a tout eu sans jamais se battre, devait

    laisser au Palais les meilleures « affaires »….Mais ce n’était que le

    « juste prix » du parapluie royal et de sa permissivité infinie devant

    les abus de biens sociaux, que cette classe capitaliste arabo-berbère

    pratique en toute impunité:Plus que jamais la phrase qui affirme que

    le capitaliste ne paie rien malgré les apparences est vraie dans ce

    système.

    Cette classe on ne saurait le zapper , s’est constituée depuis la

    pseudo-indépendance et

    s’est engraissée sous le parapluie de Sa Majesté.

    Rien à voir avec la classe capitaliste issue de la Révolution de1989.

    La nôtre , a eu TOUS les avantages sans aucun inconvénient

    C’est pourquoi encore une fois cette  » révolution constitutionnelle

    du Palais » , de ce 9 mars est bien au goût de cette classe.

    Mohamed VI en Royal Récupérateur lui a donné « djaja b-kammounha »tout

    en sauvant et sa royauté et ses entreprises capitalistes

    hypersophistiquées : Le plus grand capitaliste du pays sauve toute la

    classe !

    C’est effectivement un coup de maître à divers titres :

    – il dame le pion à son soi-disant rouge cousin

    – il récupère la rébellion

    contre la soumission, el-boussan del yeddin »,

    contre la servitude devant l’Autorité et les boss,

    contre l’humiliation instituée de tous ceux qui ont

    besoin de travailler pour survivre

    contre la survie de tous l qui ne trouvaient d’issue

    qu’en humiliant le subalterne

    – Et donne à tous les autres rois d’Orient « la »leçon de la

    Grande Récupération pour barrer la route définitivement à Autre chose

    de véritablement « grand »et dont tout dirigeant despotique ou

    capitaliste a peur

    Nous ne pouvons oublier cette affirmation de Rosa Luxembourg : »

    « Quand les masses ont mal au ventre, les dirigeants ont la diarrhée ».

    De nos jours, elles n’ont pas seulement mal au ventre mais mal

    partout et surtout dans leur karamthoum.

    Cette classe capitaliste arabo-berbère -qui-n’a-jamais-fait »sa »

    révolution »ne connait que la « Jouissance »à laquelle elle croît avoir

    droit et comme dit le bon peuple »Avec l’Indépendance pour laquelle

    elle, n’a pas pris les armes, elle a reçu « sfenja b-3ssalha »

    Exploiteuse, voleuse, humiliante qui ignore TOUT de cette masse

    d’en bas(toutes générations confondues, rappelons le plus que jamais)

    même quand elle développe ses paternalismes « islamipolyformes » et

    « ta3mel- el kher » ou crée toutes sortes d’organismes soi-disant non

    gouvernementaux, (les véritables « non gouvernementaux » sont quasi

    nulles, comme partout ailleurs.

    C’est pourtant sur le dos de ceux là que cette classe

    capitaliste »moderne » avec le Palais à sa tête gagne « encore »,ce 9 mars

    2011 !

    Sans rien faire, elle a enfin les réforms constitutionnelles qu’elle

    souhaite sans jamais se battre pour elles

    Mais nous savons bien que la meilleure constitution , même concoctée

    sous l’égide du ô combien sérieux Mannouni ne pourra jamais être mieux

    que celle reconnue la meilleure par tous les historiens et les

    constitutionnalistes : celle de Staline !

    Cette classe qui a trouvé en M6 son meilleur défenseur et le plus

    grand récupérateur du tsunami soulevé par les masses de la minuscule

    « Tunisie-sans pétrole-ni phosphate »et qui ddéferle sur cette partie du

    monde lpour le moment .

    Encore une fois elle récupère de la pure  » jouissance » sur le dos de

    ceux qui ont été tués le 20 février au soir, que ce roi a zappé en ne

    parlant que des »jeunes » comme si les luttes de classe pouvaient être

    voilées par des différence d’âge, comme si les enfants des nantis

    privilégiés avaient les mêmes intérêts que les enfants de leur

    personnel domestique !! !

    Alors ? ; ; ; ;Et maintenant ?

    Bin « tout reste à faire ».

    Car les récupérateurs de ce tsunami soulevé par les exclus tunisiens

    (toutes générations confondues) sont « modernes et variés » :

    Politiques, intellos, bourgeois éclairés, islamisants charitables ,

    tous ces donateurs de moutons de l’3id,( pour transformer ainsi les

    exclus en moutons ?), parlementaires affairistes, militants de gôche

    , tous ces commis de l’Etat quelque soit leur petite idéologie et qui

    ont trempé leur doit dans le miel du Makhzen ,capitalistes modernes

    liés nécessairement à la Banque Mondiale et à sa politique de rigueur

    qui enrichit le petit nombre scandaleusement et appauvrit le plus

    grand nombre partout

    Bref….Encore un effort si nous voulons aller jusqu’aux ultimes

    conséquences de l’éradication de la Servitude Volontaire

    Le résultat sera notre création ..et elle se cherche dans la vigilance

    soutenue et permanente

    0

    hakima oum Loubna

  • Pétition. Appel du Collectif des 39 Contre La Nuit Sécuritaire Réforme de la Psychiatrie : Une déraison d’Etat

    Pétition. Appel du Collectif des 39 Contre La Nuit Sécuritaire Réforme de la Psychiatrie : Une déraison d’Etat

    Appel du Collectif des 39

    Contre La Nuit Sécuritaire

    Réforme de la Psychiatrie :
    Une déraison d’Etat

    Trente mille personnes ont signé avec nous l’Appel contre La Nuit Sécuritaire, lancé en réaction au discours du président de la République le 2 décembre 2008 qui assimilait la maladie mentale à une supposée dangerosité. À nouveau, le Collectif des 39* en appelle à l’ensemble des citoyens.

    Ce discours promettait un traitement sécuritaire des malades mentaux.

    Il a depuis largement pris corps dans la pratique quotidienne : les lieux de soins psychiatriques sont désormais truffés de caméras de surveillance et de chambres d’isolement, des grillages ont été disposés, des protocoles de neutralisation physique des patients ont vu le jour, les préfets empêchent les levées d’internements caducs.

    Un projet de loi propose aujourd’hui un cadre juridique à cette dérive sécuritaire.

    Adopté le 26 janvier 2011 en Conseil des Ministres, il sera discuté au Parlement le 15 mars après un simulacre de concertation.

     Dans un vocabulaire relevant du code pénal, il cautionne la défiance à l’égard de citoyens souffrants.

     Dans ce dispositif, seul le trouble à l’ordre public est pris en compte.

     Il instaure un changement paradigmatique sans précédent : l’institution des « soins » sans consentement en ambulatoire. En effet, le projet de loi n’identifie plus seulement l’hospitalisation comme contraignante, mais les soins eux-mêmes, à l’hôpital comme à l’extérieur, avec le risque majeur de la mise en place d’une surveillance sociale planifiée.

    Ainsi, pour répondre à l’inquiétude légitime des patients et de leurs familles, ce projet de loi, sous couvert de déstigmatisation, va instituer une logique de dérive sécuritaire induisant un contrôle inédit de la population. Il s’appuie sur un principe de précaution inapproprié.

    La mystification est totale :

    Il ne s’agit pas d’un projet de soins, mais d’un engrenage portant atteinte aux libertés fondamentales dans un état démocratique.

    Prétendant améliorer « l’accès aux soins » et leur « continuité », ce projet propose uniquement un accès à la contrainte sans limite de durée.

    Il détourne la fonction des soignants vers une orientation de dénonciation, de rétention, de « soins » sous contraintes et de surveillance.

    Il impose aux patients d’accepter des « soins » stéréotypés, protocolisés, identiques pour tous. Ils seront sous surveillance, associée à un contrôle de leur dignité : ainsi se met en place une police de l’intime. Il instaure un fichier national, « un casier psychiatrique ? », de toute personne ayant été soumise ne serait-ce qu’une seule fois aux soins sans consentement.

    Il institue un mensonge en laissant penser que seuls les médicaments psychotropes administrés sous contrainte suffisent à soigner les patients gravement atteints : enfermés chez eux, malgré eux.

    Une partie des citoyens a été désignée à la vindicte médiatique. Le mot schizophrène, jeté à tort et à travers, en bafouant le secret médical, n’est plus un diagnostic mais une menace, qui accable les malades et leurs familles, effraie jusqu’à leur voisinage.

    Penser que ce projet de loi va améliorer cette situation est une déraison d’Etat.

    Bien plus, il risque de s’opposer frontalement à toute réforme sanitaire digne de ce nom, qui aurait pour principes élémentaires de reposer sur une fonction d’accueil, une logique ouverte et déségrégative, des thérapeutiques diversifiées centrées sur le lien relationnel et la confiance, dans la durée.

    Ce projet va à l’encontre d’une politique de soins psychiatriques respectueux des libertés, offrant une hospitalité pour la folie au coeur du lien social, qui allierait sécurité publique et soins à la personne.

    Il institue la défiance envers les professionnels dans une démarche politique analogue à celle appliquée récemment aux magistrats et à la Justice, comme à d’autres professions.
     Nous voulons que les budgets subventionnent des soins et non des aménagements carcéraux, la formation des personnels, des effectifs conséquents, pour une conception humaine de l’accueil de la souffrance.

     Nous rejetons les réponses démagogiques qui amplifient délibérément l’émotion suscitée par des faits-divers dramatiques. Ces réponses ne font qu’accroître et entretenir la peur de l’autre.

     Nous voulons résister, nous opposer, avec une élaboration citoyenne de propositions pour une politique de soins psychiatriques au plus proche des réalités de terrain. La psychiatrie est l’affaire de tous.

    Nous soignants, patients, familles, citoyens appelons au retrait immédiat de ce projet de loi.

    Signer sur le site suivant :http://www.collectifpsychiatrie.fr/…

    * Le Collectif des 39 s’est constitué le 12 décembre 2008, autour de l’Appel contre La Nuit Sécuritaire signé depuis par près de 30.000 citoyens. Il réunit des professionnels de la psychiatrie tous statuts confondus (en grande majorité), et des personnes du monde de la Culture et des citoyens qui nous ont rejoints.

  • Une petite lumière sur le soin précoce par Marie Allione

    Une petite lumière sur le soin précoce par Marie Allione

    Une petite
    lumière
    sur
    le
    soin
    précoce

    Marie Allione [1]

    Ce titre est d’abord un clin d’oeil au prénom d’une petite fille que j’ai reçue à l’âge de
    8 mois et demi car ses parents étaient très inquiets. Je vais l’appeler Myrtille pour la
    circonstance. C’est ensuite une façon de reconnaître que les parents sont les mieux placés
    pour appréhender la nature si déroutante des difficultés de leur enfant et, souvent, ils s’en
    rendent compte très tôt mais c’est un savoir qui ne se sait pas et qui n’est pas toujours
    entendu. C’est enfin une manière de proposer une hypothèse de travail et une matrice à penser
    pour le repérage précoce d’une possible évolution vers l’autisme chez le bébé à partir de la
    question de la pulsion, question au coeur de la reconnaissance de l’autre de la relation.

    C’est cette vive inquiétude des parents qui a alerté le médecin de la PMI, plus que
    l’état de santé de Myrtille. C’est dire que l’acuité des parents peut-être précieuse et mérite
    toute notre attention et que les signes avant-coureurs d’une possible évolution vers un autisme
    peuvent être discrets et subtils. L’idée que, chez un bébé, les difficultés vont disparaître en
    grandissant a toujours cours. Cette idée souvent évoquée pour ne pas inquiéter inutilement des
    parents a la « peau dure » car elle est encore d’actualité. Malgré tous les travaux sur les signes
    de souffrance précoce ou sur les clignotants de risque d’évolution vers un autisme et la
    formation qui est faite auprès des professionnels de la petite enfance, nous voyons encore trop
    souvent les enfants tardivement, le plus souvent au mieux vers l’âge de deux ans ou entre
    deux ans et trois ans.

    Or la clinique précoce nous montre que chaque jour qui passe, chaque mois passé est
    du temps perdu pour le développement psychique, psychomoteur et pour la plasticité
    cérébrale. Sans être trop alarmiste, il paraît vraiment important d’être attentif et de ne pas
    laisser passer un temps si précieux. Et lorsque nous pouvons soigner des bébés très tôt,
    l’évolution peut-être significative et très rapide.
    Mais soyons prudents, tous les bébés que nous recevons n’ont pas, heureusement, de
    signes inquiétants et nous ne savons pas, lorsque les choses rentrent dans l’ordre rapidement,
    si l’évolution aurait conduit à un processus autistisant2. Mais comme nous voyons bien qu’il
    faut deux à trois ans pour fabriquer un autisme « fini »3, avec les signes classiques que nous
    connaissons, comment repérer des clignotants de risque autistique chez le bébé de quatre à 12
    mois ?

    (…)

     [2] Médecin chef du secteur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, Alès.
    Psychanalyste, membre de l’association Espace Analytique

  • Journée avec… Jean Oury le 4 juin 2011 à Canet-en-Roussillon

    Journée avec… Jean Oury le 4 juin 2011 à Canet-en-Roussillon

    La prochaine « Journée avec… » aura lieu à l’Écoute du port de Canet-en-Roussillon, avec Jean Oury.

  • Journée d’étude le 16 février à Nîmes

    Journée d’étude le 16 février à Nîmes

    Voici le programme de la prochaine journée d’étude de l’Association Départementale de Santé Mentale Infantile, le 16 février 2011 sur le thème :

    « Quelle place les hôpitaux de jour peuvent-ils tenir dans le parcours d’un enfant avec Trouble du Spectre Autistique ? »

  • COLLOQUE le Vendredi 29 avril 2011 à Bourges, 8h – 19h

    COLLOQUE le Vendredi 29 avril 2011 à Bourges, 8h – 19h

    DE L’AMOUR A LA MORT, “de l’art à vivre à l’éthique du soin.”

    Argument

    De l’art à vivre

    à l’éthique du soin.

    L’homme est sans doute, de tous les êtres vivants, le seul qui se perçoive contingent, déroulant son existence entre deux néants aux bornes incertaines : celui de sa naissance qui aurait pu n’être jamais, celui de sa mort qui surviendra inévitablement, sans qu’il en connaisse pour autant le moment précis.

    C’est, par conséquent, un avant et un après qui enserrent sa trajectoire, donc une scansion temporelle qui construit son parcours, une succession d’apparitions-disparaissantes qui jalonne son présent, qui n’est que perpétuel projet ou continuel regret, certainement constante transformation.

    Cette perception de sa contingence est, peut-être, ce qui conduit l’homme à vouloir faire comme s’il pouvait s’en affranchir, à se penser « comme maître et possesseur de la nature », à prévoir l’avenir, rechercher le temps perdu, écrire son histoire.

    N’est-ce pas là l’objectif de toute éducation ? Mais n’est-ce pas aussi l’objectif de toute démarche thérapeutique que de permettre de se repenser dans une dimension temporelle et historique, de retrouver un potentiel narratif, donc re-créatif de soi-même ? N’est-ce pas également l’enjeu de toute création artistique de questionner cette contingence, faisant de chaque oeuvre, toujours, une première -dernière fois.

    Ces interrogations, à l’évidence de dimension éthique, bien que récurrentes, demeurent toujours ouvertes, au coeur même de nos pratiques de soin ou de nos processus de création.

    Inscriptions

    Pôle Médico Psychologique de l’enfant et de l’adolescent.

    Inscriptions : Ch George Sand – Alain VERNET 02 48 67 25 00

    alain.vernet@ch-george-sand.fr

  • Samedi 12 février 2011, Toulouse:Le dessin de l’enfant en regard de l’art contemporain : projection ou sublimation ?

    Samedi 12 février 2011, Toulouse:Le dessin de l’enfant en regard de l’art contemporain : projection ou sublimation ?

    Samedi 12 février 2011,

    au CH G. Marchant, 134 route d’Espagne à Toulouse

    « Le dessin de l’enfant en regard de l’art contemporain : projection ou sublimation ? »

    avec Jeanne POURRINET

    Discutant : Bernard BENSIDOUN

  • 26 mars 2011. Journées de Psychothérapie Institutionnelle à Lille

    26 mars 2011. Journées de Psychothérapie Institutionnelle à Lille

    JOURNEE NATIONALE DE PSYCHOTHERAPIE
    INSTITUTIONNELLE
    FEDERATION INTERASSOCIATION CULTURELLE
    SAMEDI 26 MARS 2011
    Faculté de Médecine de Lille

    Après la journée nationale organisée en 2010 à Bergerac par nos amis

    Roger Fleuret, Philippe Chavaroche et leurs équipes, l’Association

    culturelle de Lille (ACIOS) vous propose de recevoir la journée

    nationale de la Fédération Inter Associations Culturelles le samedi 26

    Mars 2011.

    Nous pensons qu’il peut être intéressant de réfléchir ensemble sur la

    question de la formation en psychiatrie, dans la lignée de l’aphorisme

    de Jean Oury : « La psychothérapie institutionnelle, c’est la

    psychiatrie », repris par Alain Buzaré pour en faire le titre de son livre.

    Il sera donc question de travailler ensemble sur la façon dont les

    concepts et les pratiques de la psychothérapie institutionnelle viennent

    féconder la psychiatrie elle-même.

    Les associations culturelles et leur fédération, ainsi que la revue

    Institutions qui permet la diffusion des idées partagées, sont sans

    doute essentielles pour approfondir ce travail sur la formation de tous

    les professionnels de la psychiatrie d’aujourd’hui. Il en va d’un enjeu

    déterminant pour l’avenir des patients que nous accueillons.

    La journée sera organisée pour permettre les échanges en ateliers et en

    grand groupe.

    Réservez dès à présent la date de cette journée dans votre calendrier

    2011.

    Le vendredi 25 Mars à 19H aura lieu l’assemblée générale de la FIAC

    Pierre Delion

  • Canet, le 17 janvier 2011. Les tessères, encore…

    Canet, le 17 janvier 2011. Les tessères, encore…

    Canet, le 17 01 2011

    M. B. : Nous sommes le lundi 17 janvier 2011. La dernière fois je vous avais parlé du tonal et du tonique, et j’avais insisté sur le fait que les phénomènes étaient décrits sous l’angle de la tonicité. Ce qui m’intéressait, c’était de voir comment le système de la bouche chez le nourrisson organisait les répartitions de tonicité ; et je disais qu’on pouvait postuler des accidents tonals dont témoigne une disharmonie, voire une dystonie archaïque, et que le packing pouvait rétablir une certaine harmonie tonale, une certaine musique tonique chez certains enfants autistes chez qui l’on pouvait observer cette dystonie.

    L’idée suivante consisterait à examiner ce qui se pose d’emblée pour le petit d’homme, à savoir la question de la parole. Parce que le discours a sa propre tonalité, et que de ce point de vue, il peut être rattaché au tonal et au tonique.

    Je vous avais parlé du travail qui était fait avec les traumatisés crâniens, mais l’on peut aussi évoquer le travail psychothérapique.

    Il existe un concept intermédiaire qui est indispensable, et dont je vais vous reparler.

    Pierre Delion dans son dernier ouvrage Le corps retrouvé indique que le corps n’est pas considéré comme fondamental dans toutes les dimensions. Mais comment peut-on penser la dimension psychique si on omet la dimension corporelle ?…

    « Oui, dans la psychanalyse le corps n’est pas pris en compte », on connaît l’antienne, on nous la répète assez souvent. Mais le corps est là tout le temps. Le fait que la personne soit allongée sur le divan et qu’elle ait l’air de se reposer ne signifie pas que le corps est absent pour autant : le corps tout entier participe au travail du discours.

    Et l’on peut penser que l’intervention sur le discours a ses incidences sur le corps. Quand quelqu’un vous dit un mot gentil, vous êtes apaisé. On peut observer que les paroles soignent, c’est l’effet placebo du médecin ; et l’on peut même se dispenser des circuits chimiques parce que la chimie du discours suffit souvent à soigner. De façon générale, on voit cela comme complément, mais la psychiatrie médicamenteuse, dans laquelle l’art du psychiatre est réduit à la prescription, oublie que le psychiatre se prescrit lui-même, ce que Balint avait déjà fait remarquer, et il est incroyable que cela ait été oublié en psychiatrie. La plupart des psychiatres ne veulent pas être psychothérapeutes, mais ils le sont sans le savoir d’une certaine façon, parce qu’ils sont investis, parce qu’il y a du transfert. Ne pas reconnaître l’existence du transfert ne l’empêche pas d’exister, cela introduit simplement des distorsions pénibles parfois, quand on prend pour argent comptant quelque chose qui n’est autre qu’un effet du transfert.

    C’est par exemple le cas d’un type qui se met à faire des choses bizarres dans une équipe. Aussitôt l’équipe crie haro sur le baudet, il s’agit de le punir, de l’éjecter.

    Maintenant, si l’on prenait le temps d’observer la dimension transférentielle, ce qui se passe, les conditions concrètes, si l’on faisait ce que Oury appelle une analyse institutionnelle suffisamment approfondie, on s’apercevrait que ce que fait ce type n’est rien d’autre qu’un symptôme qui lie à la fois le destin des soignants et le destin des soignés ; et ce sont ces symptômes erratiques qui permettent de dire qu’on n’a pas fait suffisamment d’analyse institutionnelle.

    (…)

  • La revue « Institutions » et ses hors-série

    La revue « Institutions » et ses hors-série

    Voici, entièrement renouvelé, le nouveau site de la revue Institutions et de la Fédération des associations culturelles : www.revue-institutions.com. (Comme il est encore en travaux, nous signalerons le moment où il sera effectivement consultable.)

    Après « Paroles », d’Hélène Chaigneau, voici le nouvel hors série « Nosographie », de Jacques Schotte en souscription.

  • Canet, le 10 janvier 2011 : fil de trame et fil de tisse

    Canet, le 10 janvier 2011 : fil de trame et fil de tisse

    Canet, le 10 01 2011

    M. B. : Nous sommes le lundi 10 janvier 2011. J’aimerais vous parler aujourd’hui du packing. Pour faire un bref historique, le packing a été réintroduit en Europe par un américain nommé Woodbury, qui utilisait sa technique essentiellement avec des psychotiques et des schizophrènes ; et il a eu la bonne idée de passer dans quelques endroits particulièrement réceptifs, dont La Borde. Au début des années 80, Pierre Delion, qui entretient avec La Borde les liens qu’on sait, compte tenu de la conception qu’on avait de l’autisme et de ses différentes formes d’angoisse, a envisagé le packing avec les enfants comme une solution intéressante. Il considérait que face à la carapace autistique, quelque chose de ce niveau pouvait présenter un intérêt, mais que cela devait être placé d’emblée dans une dimension relationnelle.

    Il s’agit de fabriquer une enveloppe suffisamment présente, et pour ce faire il existe deux moyens. Le premier, c’est de faire quelque chose qui puisse être immédiatement perçu par l’enfant, c’est le rôle du froid humide ; et le second, c’est le serrage, faire jouer quelque chose qui soit du registre de la tenue, quelque chose qui contienne. Les bras et les jambes sont d’abord enserrés dans une première enveloppe et puis dans une seconde enveloppe. L’enfant est allongé sur un lit, et la séance dure entre une demi-heure et une heure, suivant les dispositions des équipes et suivant d’autres éléments, mais en général des variables exogènes, et rarement endogènes. Formellement les choses se passent de la manière suivante : il y a au moins trois personnes qui sont présentes autour de l’enfant, comme dans des thérapies plus anciennes comme la cure de Sakel ou les électrochocs.

    Il y a là quelqu’un qui est appelé le scribe, qui note tout ce qu’il observe, c’est-à-dire les discours qui sont tenus par les personnes présentes autour de l’enfant et les éventuelles réactions de l’enfant qui est enveloppé.

    De quoi causent les personnes qui sont là ? Eh bien, ça dépend. Il n’y pas de théorie sur le sujet, mais il importe qu’il y ait de la parole qui circule dans ce moment-là. Et l’on peut dire que les personnes qui sont présentes assurent une sorte de permanence de la parole qui introduit l’enfant dans une dimension relationnelle, même s’il est passif dans la relation, ce qui n’est pas toujours le cas. La particularité du travail dans le packing réside dans le fait que les personnes qui sont là travaillent à partir de ce qu’elles croient voir et de ce qu’elles ressentent de la situation telle qu’elle se présente à elles à ce moment-là.

    Elles observent les mimiques de l’enfant, ses mouvements, etc., et elles disposent d’une connaissance de ce qu’il a vécu auparavant, soit dans l’équipe soit dans la famille. Il est évident que les témoignages sur la trajectoire de l’enfant entre deux packings permettent parfois de saisir un certain nombre de choses.

    On pourrait dire qu’il s’agit là d’une mise en parole contextualisée. Cela met d’emblée en jeu quelque chose de fondamental, à savoir la question de l’équipe ; et l’équipe doit justement constituer cette base arrière pour le moment du pack, cette base sur laquelle les gens qui font le pack vont pouvoir s’appuyer.

  • Livres d’Hélène Chaigneau

    Livres d’Hélène Chaigneau

    S’étonner que ce ne soit qu’après sa mort, récente, qu’Hélène Chaigneau soit enfin mise en écrits. Deux livres en effet sortent quasi simultanément sous son nom. Le premier, édité par Campagne Première , sous le titre Soigner la folie, une vie au service de la clinique , le second, édité par les édition Institutions sous le titre Paroles . Lisez vous-mêmes.

  • MISES {EN} JEU & {ENJEUX} DU CORPS le Samedi 19 & Dimanche 20 mars 2011

    MISES {EN} JEU & {ENJEUX} DU CORPS le Samedi 19 & Dimanche 20 mars 2011

    Samedi 19 & Dimanche 20 mars 2011

    UNIVERSITÉ DE POITIERS

    MISES EN JEU & ENJEUX DU CORPS

    La psychanalyse est une méthode de travail psychique par des échanges de paroles

    qui fait appel à la liberté associative possible pour chacun. Avec le dispositif

    inaugural, Freud souhaitait mettre le corps du patient dans le confort du repos et à

    l’abri du regard. Il créait une configuration propice à la disponibilité psychique du

    patient autant qu’à l’attention flottante et l’implication distanciée du psychanalyste.

    Dans les dispositifs groupaux du travail psychanalytique, les participants

    se voient. Quelque chose des corps en présence est sollicité. Ils

    entrent en immédiate interliaison. Lorsqu’une médiation est

    instaurée, comme dans le psychodrame, même si une règle délimite

    un espace entre les interactions corporelles, les techniques de jeu

    appellent une motilité du corps. Lors des jeux psychodramatiques,

    bien des motions corporelles internes se libèrent, qui surprennent,

    dont on parle ensuite.

    Par les mises en jeu du corps en groupe, les dispositifs groupaux

    ont-ils une efficacité pour des émergences du sujet inconscient qui ne

    peuvent apparaître ailleurs ? Et par voie de conséquence, constituent-

    ils un lieu d’élaborations nouvelles pour la psychanalyse ?

    Par le corps groupal métaphorique que le groupe forme, et ce qui

    pourra s’en dire, du fait des processus spécifiques du transfert dans les

    groupes, et notamment sa diffraction, le sujet affecté par des traces

    d’expériences déposées dans son corps, mais non liées dans sa psyché,

    peut-il trouver des étayages suffisants, pour passer d’une corporéisation

    à la parole et libérer à la fois son corps et sa psyché de ce qui

    l’aliène ?

    Dans les modèles sociaux dominants, le corps est objet de tous les

    soins, à condition que le sujet ne proteste pas, ne pense pas, se laisse

    séquestrer et serve, jusqu’à en mourir parfois, à l’idolâtrie de la

    performance sans l’autre, celle du sport, de l’argent, du sexe, de la

    réussite, ou de la suppression des frontières entre les âges de la vie.

    Les enjeux économiques ont investi le corps humain contemporain.

    Colossaux, ils sont anthropologiques. D’où une question : en quoi,

    par les effets de l’idéologie, ces enjeux façonnent-ils les représentations

    conscientes et modifient-ils peut-être le fantasme lui-même, les

    expressions du désir et les symptômes, les pathologies corporelles, les

    quêtes de sens dans la recherche d’une transformation corporelle,

    d’un marquage, voire d’un changement de sexe, jusqu’au souhait

    d’une immortalité congelée d’un corps sans âme ?

    Quand on se risque à occuper la fonction du psychanalyste groupal,

    a-t-on pris la mesure de ce qui va être déposé dans le groupe et dans

    sa psyché avec les effets de co-excitation ou de co-dépression par

    lesquels les groupes sont travaillés ?

    Avec les contributions des intervenants, aux expériences contrastées,

    nous nous proposons de revisiter les incidences des démarches et

    dispositifs psychanalytiques de groupe qui accueillent des sujets aux

    pathologies corporelles visibles ou dont le corps se trouve mobilisé

    dans le soin psychique et/ou dans le travail culturel.

  • Journée avec… Marc Ledoux le 12 février 2011 à Canet-en-Roussillon

    Journée avec… Marc Ledoux le 12 février 2011 à Canet-en-Roussillon

    Les Associations APEX, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette vingtième « journée avec… » ont demandé à Marc Ledoux de venir nous présenter ses travaux. Marc Ledoux, philosophe, docteur en sociologie, psychanalyste, travaille depuis vingt ans dans la clinique de La Borde à Cour-Chevemy, lieu de psychothérapie institutionnelle, et transmet depuis plusieurs années ses concepts fondamentaux dans différentes structures de soins en Belgique, par des séminaires, des supervisions et des publications.

    Nous aurons, comme à l’accoutumée, trois temps d’échanges : le matin, dès

    9h 30 ; l’après-midi, à 14h 30 ; de 16h 30 à 18h.

    L’accueil des participants se fera à partir de 9h autour d’un petit déjeuner.

  • Ça continue ? Oui, Saba, on continue ! par Louisa Musso

    Ça continue ? Oui, Saba, on continue ! par Louisa Musso

    Ça continue ? Oui, Saba, on continue !

    Sans doute n’est-ce pas par hasard si elle est la première patiente que j’ai vraiment aperçue dans le pavillon à mon arrivée dans ce service !

    Son doigt semblait tracer une ligne imaginaire le long du mur, peut-être son corps apparaissait-il dans cette continuité ?

    Deux billes bleues se cachent derrière un rideau de cheveux blonds pourtant régulièrement coupés parce que jamais coiffables.

    Le nez, droit, descend vers une bouche dont la lèvre inférieure est mutilée, orifice dévorée de moitié dans un temps d’angoisse passé. Réel du corps non bordé par le symbolique mais comme invaginé, Moebius condamné à une bande unilatère, sans coupure, sans dessus dessous. J’aperçois le trou, inscrit dans le Réel, dans le bord de ses lèvres.

    Yeux, nez, bouche sont encadrés par deux joues rondes d’une blancheur diaphane, comme si tous les vaisseaux sanguins afférents à cette surface avaient été fermés.

    Dos, mains, bras, ventre, jambes, tout est d’une douce rondeur par ailleurs.

    Pourtant, il m’a été conté qu’à son arrivée, du haut de ses 19ans, dans ce corps tout juste adolescent, elle était fluette, timide et calme, ne faisant part à aucun moment, durant ses deux premières hospitalisations, de l’horreur violente qui l’habitait.

    Sa voix est celle d’une enfant qui demande, appelle ou pleure, mais qui peut aussi exiger ou insulter dans des tonalités plus graves dès que surgit l’angoisse du morcellement.

    Ses seins se dessinent sous son vêtement, pas question de mettre un soutien-gorge !

    Est-ce une entrave, s’y sent-elle engoncée ou pense-t-elle que c’est une parure réservée aux femmes ?

    De fait, elle est d’ailleurs, la plupart du temps, vêtue comme une enfant et souvent tachée : T-shirt, caleçon très fluide jusqu’à mi-mollets, sandales ou chaussettes dans des tennis l’hiver.

    Fermer une veste est une souffrance pour elle, à moins qu’on ne l’y aide avec insistance.

    Sa main droite est réservée au port d’un sac visiblement rempli à l’extrême.

    Voilà 4 ans que nous faisons la route ensemble, chaque jour nous nous rencontrons et parfois plusieurs fois par jour.

    J’ai été prise dans le bain de ses cris en entrant pour la première fois au pavillon 4.

    Plaquée contre le mur, elle hurlait et se frappait le visage à coups de poing.

    Que dire face à cette souffrance ? Je n’ai pas su !

    Elle m’a été parlée en réunion.

    Le lendemain, je lui ai adressé un prudent :

    « Bonjour Mademoiselle »

    Auquel elle a bien voulu répondre :

    « Casse-toi connasse ! »

    Je me suis cassée, contente d’avoir pu obtenir la confirmation que j’avais, au moins, frôlé sa bulle, au plus, j’allais devoir m’y coller !

    Il nous a fallu le temps de nous apprivoiser.

    (…)

  • La prise en compte de l’autisme dans le travail social

    La prise en compte de l’autisme dans le travail social

    Il reste des places sur le stage « La prise en compte de l’autisme dans le travail social » du 29 novembre au 3 décembre, à Montpellier. En cliquant sur le lien suivant vous aurez toutes les renseignements utiles :

    http://www.psychasoc.com/Formations…

  • Interview de Michel BALAT par Laura GRIGNOLI Pescara, le 02 11 2009

    Interview de Michel BALAT par Laura GRIGNOLI Pescara, le 02 11 2009

    Interview de Michel BALAT par Laura GRIGNOLI

    Pescara, le 02 11 2009

    (…)

    M. B. : Distinctions et répétitions. Voilà, ça, c’était le point qui nous intéressait. Comme dès cette époque-là on avait aussi en tête la question de l’espace tonal, on disait voilà, ça, se sont des tonalités mais des tonalités propres à un langage. C’est quelque chose qu’on repère très bien avec une mère et un bébé, sans aller dans ces états terribles qui nous mettent mal, une mère apprends le langage de son bébé en le regardant ou en le voyant vivre, c’est-à-dire qu’elle va apprendre des choses qui se distinguent dans ces états et ce qu’il est capable de répéter. Il me semble que c’est autour de ça que se constitue la notion de langue. Ces distinctions apparaissent dans l’espace tonal. L’espace tonal c’est intéressant comme notion, parce que évidemment on pourrait dire atmosphère… plein de termes existent, mais espace tonal c’est plus spécifique justement parce que c’est relié à cet aspect langagier. L’atmosphère, non ; dans l’atmosphère on a l’idée de quelque chose qui se passe entre les gens, mais là on est dans quelque chose de plus particulier, et on pourrait dire que dans l’espace tonal du bébé apparaissent des distinctions et des répétitions.

    C’était un premier temps, mais il me semble que c’est un temps qu’on peut généraliser à des tas de situations, et d’ailleurs même alors le silence, le silence est langagier, un silence en puissance de parole, un silence…

    L. G. : Silencio morso….

    M. B. : Là est apparue cette idée, ce concept, le musement. Le musement, c’est quoi ? Par exemple, je ne fais rien du tout, je ne pense à rien, vide, vaguement endormi, je n’ai pas l’impression de sentir, de penser quoi que ce soit, et tout à coup quelque chose arrive, soit à l’occasion d’un bruit extérieur, quelqu’un qui rentre, une présence qui s’impose, tout à coup je me dis « ah tiens, j’étais en train de penser à »…

    L. G. : Ah oui…

    M. B. : « J’étais en train de penser à quelque chose », alors je peux parfois arriver à saisir ça, et en disant « je pensais ça mais juste avant je pensais encore ça », et en remontant on peut saisir, sur un certain temps, tout un système de pensées qu’on avait eues sans le savoir, voilà, sans le savoir. C’est pour ça que je trouve le concept de musement plus pertinent que celui de flux de conscience ou autre, parce que la conscience, la conscience, elle n’y est pas, je ne peux que reconstituer, car dans le moment où je pensais ça il n’y avait personne pour dire que je pensais ça ; c’est à l’occasion d’un événement, un peu au hasard, qu’alors je peux me rendre compte que j’avais pensé ces choses-là.

    L. G. : Mais peut-être quand on dit le flux de conscience on peut dire seulement que la pensée c’est toujours en travail, au travail. Peut-être on n’entend pas, je pense, mais dans ce moment qu’on ne pense pas qu’on est conscient de ce qu’on pense vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

    M. B. : Voilà.

    L. G. : Et donc, oui, c’est un paradoxe, on ne peut dire pas d’être conscient de ce qu’il pense, parce que quand on pense le conscient, on pense avec le langage de la langue originelle.

    M. B. : Avec la langue, voilà, oui. Mais justement ce paradoxe, c’est un paradoxe qui avait été soulevé largement par Freud dans Métapsychologie, par exemple, dans tout le chapitre sur l’inconscient, il dit ça, il dit : faut-il aller jusqu’à dire qu’il peut y avoir une conscience qui n’est pas consciente à elle-même. Pourquoi employer le mot conscience à ce moment-là, et se mettre devant le paradoxe d’une conscience inconsciente.

    Alors le musement a pris ensuite un développement plus important avec l’idée d’un musement feuilleté.

    L. G. : Comment tu as dit, feuilleté ?

    M. B. : Avec des feuilles, folio.

    L. G. : Oui.

    M. B. : Un feuilletage.

    L. G. : La pâte feuilletée.

    M. B. : La pâte feuilletée, voilà, un feuilletage, et au fond sur chaque feuille il y aurait un système associatif de pensées…

    (…)

  • Colloque et films à Perpignan, 18 au 20 novembre 2010

    Colloque et films à Perpignan, 18 au 20 novembre 2010

    Le Taureau et l’homme / l’homme et le Toro dans le cinéma

    18-19-20 novembre 2010

    Perpignan

    Cinémathèque euro-régionale – Institut Jean Vigo

    Arsenal des Cultures Populaire

    Salle Marcel Oms

    Présentation. Par une coïncidence involontaire, alors que l’actualité a braqué ses projecteurs sur la question des spectacles taurins et de leur légitimité, l’Institut Jean Vigo propose – mais cela avait été décidé de longue date -comme sujet de son colloque biennal : la représentation du taureau, des toros, au cinéma. Pourquoi ? Parce que c’est là en effet un sujet de cinéma, et nous nous attacherons à le montrer.

    Certes, le cinéma a toujours aimé les spectacles de toutes sortes, danse, musique, sport ; mais celui-ci a quelque chose de particulier, que nous essaierons de cerner avec l’aide de spécialistes ; et avec l’aide de ces mêmes spécialistes, nous poserons la question du rapport qu’il y a entre l’espace de l’arène, entre les mouvements de l’animal dans la manade ou la ganaderia, et le langage de cet art du cadrage, du mouvement et du montage qu’est le cinéma.

    Le thème est le spectacle (et l’élevage) taurin dans toutes ses variétés : corrida espagnole, portugaise, mais aussi course « libre » camarguaise et landaise et les diverses variétés du rodéo dans l’espace nord-américain.

    Contrairement a ce qui a pu être fait jusque-là, nous allons nous centrer sur l’élément essentiel de cette confrontation, le taureau (ou le toro), ce qui conduira à poser un certain nombre de questions essentielles touchant à la représentation cinématographique et à ses dimensions anthropologiques, mythologiques, mais aussi sociologiques ou politiques.

    Le toro, comme sujet de la caméra, a-t-il généré un mode spécifique de filmage ? Les mythologies que le taureau a suscitées de toute antiquité se retrouvent-elles dans la représentation filmique ?

    Comment sont représentés les rapports de l’homme et de cet animal fascinant et effrayant, quels discours cachent ces représentations, y compris dans leur relation à l’histoire des sociétés humaines dans lesquelles cet élevage et ces spectacles sont enracinés ?

    Comme de coutume, après les communications, des projections seront proposées : un programme que nous avons spécialement composé avec beaucoup de pièces rares venues de diverses cinémathèques ainsi que du riche fonds propre de la Cinémathèque euro régionale.

    ((cf. pièce jointe))

  • De cascades en brocantes, par Loriane Brunessaux

    De cascades en brocantes, par Loriane Brunessaux

    De cascades en brocantes, par Loriane Brunessaux

    Dialogue entendu au détour d’une rue du 19ème arrondissement de Paris, en 2007, dans un bar-restaurant appelé « la cascade » :

    Lui (parlant depuis plusieurs minutes de son sujet de prédilection, la psychothérapie institutionnelle) : …Et c’est ainsi que Jean Oury théorise la distinction entre statut, rôle et fonction, avec pour implication principale le partage entre tous de la fonction soignante, c’est-à-dire, par exemple, que tout le monde dans l’institution peut occuper une place psychothérapique, y compris les infirmiers.

    Elle (dubitative) : Mmm… Ah, oui, d’accord.

    Lui (déjà un peu agacé de ne pas avoir emporté d’emblée son adhésion) : Tu n’as pas l’air convaincue !

    Elle : Si, si, carrément. Enfin… Je ne sais pas, en fait ça me chiffonne un peu cette histoire d’infirmier, tu es sûr que c’est une bonne idée ?

    Lui (sur la défensive) : Eh bien oui, pourquoi ?

    Elle (subitement provocatrice) : Sincèrement, je ne sais pas s’il faut donner trop de pouvoir aux infirmiers. C’est déjà tellement difficile de se faire respecter par eux en tant que médecin et surtout en tant qu’interne, ils peuvent si facilement nous empêcher de travailler, nous faire attendre pendant des plombes alors qu’on doit faire un entretien avec eux, discuter toutes nos prescriptions en exigeant un traitement qui « tasse » plus le patient, nous mettre devant le fait accompli face à des mises en contention ou en chambre d’isolement qu’on n’a plus qu’à signer, user d’intimidation ou de culpabilisation pour nous amener à faire ce qu’ils veulent, saper notre crédibilité en se moquant de nous dans notre dos… Moi je trouve que les infirmiers ont déjà un énorme pouvoir ! Alors si on leur en donne encore plus… Il y en a toujours qui sont envieux des médecins et c’est à cause de cela que les rapports sont compliqués.

    Lui (tendu, le visage fermé) : Ecoute, on va arrêter cette conversation car sinon je sens que je vais me mettre en colère. Sache seulement que je ne suis absolument pas d’accord avec toi.

    S’il n’avait pas été tellement en colère, il lui aurait expliqué que tout cela était le fruit d’un milieu non travaillé, de difficultés institutionnelles non élaborées, que cela caractérisait les services où les relations entre collègues dépendent des rapports de pouvoir réglementaire et non d’une réflexion collective sur la clinique et l’intérêt des patients.

    Peu importe, elle comprendrait tout ça plus tard.

    Ils ont 25 ans. Ils sont tous deux internes en psychiatrie.

    Lui a fait ses études de médecine à Paris. Une personne de sa famille travaillant dans le champ psychiatrique l’a mis en contact dès sa deuxième année de médecine avec un CMP d’une ville de province qui travaille avec la psychothérapie institutionnelle, le centre Artaud. Il y a effectué plusieurs stages successifs pendant 7 ans. Il y a trouvé sa vocation de psychiatre et sa passion pour le travail institutionnel.

    Elle, a fait médecine à Reims pour devenir pédopsychiatre. Elle a cette idée depuis son adolescence. Personne, dans son entourage, n’est lié au milieu psychiatrique. Au lycée, elle s’est passionnée pour la psychanalyse.

    Elle a donc fait ses études dans la ville où se trouve le centre Artaud.

    Cependant, avant d’arriver à Paris pour son internat, un an auparavant, et de le rencontrer, lui, elle n’en a jamais entendu parler. Ni du centre Artaud, ni de la psychothérapie institutionnelle. Elle n’est pourtant ni inculte, ni incurieuse.

    Comment peut-on être interne en psychiatrie et ne jamais avoir entendu parler de la psychothérapie institutionnelle ?

    En fait ce n’est pas si difficile. Il faut savoir que les études de médecine sont désormais axées, dès la troisième année, sur la préparation du concours d’internat. Fonctionnant au « par cœur » et par mots clés, réduisant chaque question à une approche technique et pragmatique, cette formation ne rend pas l’approche du métier forcément enthousiasmante.

    Les items de psychiatrie révèlent les préoccupations politiques du moment : savoir dépister un déviant sexuel, connaître les modalités de l’hospitalisation sous contrainte, connaître la psychopathologie de l’adolescent (futur délinquant ?), maîtriser la prescription des psychotropes.

    Il existe bien un item « Grands courants de la pensée psychiatriques » mais chaque conférencier d’internat l’assure aux étudiants : cette question ne tombe jamais, pas besoin d’y jeter un œil. Si l’on s’y risque tout de même, voici le document officiel du CNUP (Collège National des Universitaires en Psychiatrie) dont le déroulé des chapitres est évocateur : d’abord un premier chapitre historique, avec quelques paragraphes de cinq phrases environ. Une blague. Puis ce qui nous intéresse, le deuxième chapitre : les théories de la psychiatrie contemporaine. On y trouve cette phrase introductive :

    « Au XXème siècle au paradigme de l’aliénation mentale se substitue un courant de classification des troubles psychiques et de psychopathologie. Simultanément se développe la Psychopathologie générale, la Psychanalyse, la Phénoménologie, la Psychiatrie Biologique, les thérapies cognitivo-comportementales, les approches socio-culturalistes. »

    Cherchons la psychothérapie institutionnelle dans ces différents paragraphes.

    Le 1er paragraphe s’intitule « le courant de psychopathologie générale ». Il évoque vaguement Jaspers, Kretschmer et Henri Ey.

    Le 2ème paragraphe consiste en deux lignes sur la phénoménologie.

    Le 3ème paragraphe est consacré à la psychanalyse. Il s’achève sur cette phrase édifiante : « Les progrès réels et souhaitables dans le domaine des neuro-sciences et de la neuropsychologie cognitive n’enlèveront jamais à la Psychanalyse sa qualité fondamentale et spécifique d’écoute et de compréhension. Néanmoins l’expérience psychanalytique n’est applicable qu’à celle ou celui qui s’y laisse prendre. La Psychanalyse ne permet pas de s’appliquer. Elle permet de réfléchir sur un mode analytique aux autres pratiques ».

    Le 4ème paragraphe décrit le courant comportementaliste.

    Si l’on n’en a pas assez, le 5ème paragraphe est consacré au courant cognitiviste.

    Le 6ème paragraphe aborde enfin un sujet sérieux, le courant de la psychiatrie biologique, où l’on apprend que « Le courant récent de recherche couplant les données de la neuropsychologie cognitive et développementale et des techniques modernes d’imagerie cérébrale (Tomographie par émission de positions ou PET) pourrait faire avancer la connaissance de certains facteurs de causalité de la schizophrénie, en particulier des dimensions neuro-développementales. Le développement de la Biologie moléculaire de la Génétique des comportements pourrait permettre d’ici peu de connaître les gènes impliqués dans la transmission de la vulnérabilité génétique aux maladies dépressives unipolaires et bipolaires, à la psychose schizophrénique. »

    Le 7ème et minuscule paragraphe s’intitule « Le courant d’inspiration socio-culturelle ». On y trouve, en vrac, le freudo-marxisme et l’ethnopsychiatrie, et ce qui est censé être leur résultante actuelle, les thérapies familiales systémiques.

    Le titre du 8ème et dernier paragraphe constitue un véritable oxymore : « le courant clinique critériologique ». Bien entendu, il s’agit du DSM. Il est précisé que « Ce courant est incontournable depuis la publication en 1980 du DSM III ; en particulier pour toute recherche en Psychiatrie qui nécessite des critères communs à toutes les équipes. »

    Nulle mention, donc, de la psychothérapie institutionnelle. Quoique, en lisant de plus près le paragraphe sur la psychanalyse, on peut trouver, parmi les « applications » de celle-ci, l’indication suivant : « le travail d’aide, d’élaboration psychique et de réflexion théorique des soins psychiatriques institutionnels »

    Il faut savoir lire entre les lignes pour devenir psychiatre !

    A Reims, parmi les étudiants en médecine, elle ne rencontre personne qui connaisse le centre Artaud. Je précise tout de suite que plus tard, à Paris, elle rencontrerait des internes en psychiatrie rémois qui lui en parleraient comme d’un service spécial, où on laisse délirer les patients pendant des journées entières, où l’on se réunit certains soirs dans une salle aux murs drapés de velours rouge pour parler d’on ne sait quoi (il s’agirait tout simplement du séminaire de la CRIEE).

    Une fois interne à Paris, elle traverse des services de psychiatrie classiques, rencontre des patients psychotiques à l’abandon, des médecins peu concernés par le travail collectif, des infirmiers prompts aux passages à l’acte. L’idée qui lui semble insister, sous-jacente, et infiltrer tout un chacun, est qu’il n’y a pas grand-chose à faire avec la psychose et que c’est bien triste.

    L’enseignement officiel proposé aux internes ne fait nulle mention de la psychothérapie institutionnelle. Ne connaissant personne à Paris et non introduite dans un quelconque milieu concerné par le sujet, elle n’a plus qu’une seule chance pour découvrir ce travail : une bonne rencontre.

    Et justement, elle le rencontre, lui. Il faut dire qu’il fait tout pour se faire rencontrer, multipliant les mails aux internes et les informations sur le sujet que le passionne.

    Ils se parlent. Il lui fait découvrir un monde : celui de la psychanalyse des psychoses, du travail collectif en institution, de l’analyse institutionnelle.

    Une bien belle idée, se dit-elle, quand elle comprend qu’il s’agit de ne plus rabattre tout conflit institutionnel sur des enjeux de rivalité entre personnes mais de chercher dans quelle mesure un clivage dans une équipe peut refléter celui d’un patient.

    Une bien belle idée, se dit-elle encore, soudain émue, en participant à la fête de Noël du Centre Artaud, quelques mois après cette conversation initiale. Passer cette soirée avec les patients et les soignants, sans distinction, attablée avec eux, la bouleverse. Elle se souvient brusquement de la raison pour laquelle elle a voulu devenir psychiatre, de son envie d’évoluer dans un milieu moins normatif et plus accueillant que ce qu’elle perçoit comme le monde ordinaire.

    De retour à Paris, la question « Comment ai-je pu passer à côté de tout ça ? » devient lancinante pour elle, alors qu’elle découvre que la psychothérapie institutionnelle est un monde en soi, possède ses personnages et lieux consacrés, comme le séminaire de Jean Oury. Ce séminaire, elle le vit au départ dans une grande violence symbolique : « Mais je ne comprends rien ! Je ne suis pas à la hauteur ! ». Il lui explique que la plupart des personnes de l’assistance viennent depuis plusieurs années, se sont accoutumés au vocabulaire et aux concepts, sont souvent passés en stage à Laborde.

    Plus tard, quand elle en parlerait dans des colloques, on lui dirait que tout cela est avant tout une affaire de curiosité personnelle. Elle penserait alors qu’il est bien difficile d’être curieux vis-à-vis de quelque chose dont on ignore jusqu’à l’existence.

    Elle voudrait faire connaître tout ce qu’elle découvre. Lui, de son côté, a très envie de créer un séminaire alternatif aux enseignements officiels.

    Ils créent, avec plusieurs autres, une association qui organise un séminaire de formation officieuse, Utopsy.

    A travers ce travail, ils partagent et approfondissent une réflexion sur l’articulation entre clinique et politique, sur le traitement psychanalytique des psychoses en institution et ses implications.

    Trois ans plus tard, ils discutent à nouveau ensemble.

    Elle (sur un ton passionné) : tu te rends compte, ce serait génial si on organisait dans mon Cmp une brocante avec les enfants qu’on reçoit et leurs parents, à l’occasion de la fête des associations de la ville. J’aurais sûrement plusieurs collègues intéressés, je vais leur en parler dès demain. Et puis ça permettrait d’avoir un peu d’argent pour l’association du service, qu’on pourrait faire circuler entre les enfants dont l’un serait désigné comme trésorier. Qu’en penses-tu ?

    Lui (souriant en coin) : Tu te souviens d’une discussion qu’on a eue il y a trois ans à « la cascade » où tu m’as tenu des propos impossibles sur les infirmiers ? Et bien maintenant, tu me parles de brocante avec tes collègues et les patients.

    Elle (souriant franchement) : Oui, et bien ? Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, non ?

    Fin (provisoire) de l’histoire.

    Je vous ai exposé ce récit lors de ce colloque dédié à l’actualité de la psychothérapie institutionnelle parce que, pour moi, en ce moment, cette actualité se confond avec la mienne, tout simplement.

    Le plus grand service que m’aura rendu la découverte de la psychothérapie institutionnelle, dans les différents lieux que j’ai traversés, est celui d’interroger les « ça va de soi » de l’institution. Ce refus d’un prêt-à-penser, voilà qui donne du grain à moudre et me semble salutaire après l’enseignement que l’on reçoit à la faculté de médecine.

    Et si je dois dire quelque chose pour conclure cette intervention c’est qu’au fond, l’actualité de la psychothérapie institutionnelle est en effet quelque chose de très important à questionner aujourd’hui car elle concerne, ni plus ni moins, l’actualité de la manière dont sont traités et accueillis les patients en psychiatrie.

    Colloque de l’AMPI, Marseille, octobre 2010

  • « Sa bat », par Martine Bumb

    « Sa bat », par Martine Bumb

    « Sa bat » (Sonore…)

    Un appel, un appel tel…

    Est-ce là que ça commence ?

    Que ça commence ou que ça continue…

    Un appel, un désir, comme une rencontre proposée… un lieu…

    « Participer à une intervention ? »

    « L’AMPI ? »

    « C’est… C’est que, c’est plus mon actualité… »

    « Ah, vous avez su …mes soucis !….

    C’est comme ça que vous appelez ça ?… »

    L’argument…non !

    Mais…..je vais le lire…on se rappelle….

    L’Argument… ?

    Confusionnant, il vient me heurter…contusionnant …

    A sa lecture, comme une grande colère, un ça déborde de moi,

    Comment la dire sans glisser sur ça… (Cette partie pulsionnelle… déferlant surmoi…)

    Et pourtant tenter « la border » de mots…

    Comment attraper la perche tendue comme une opportunité de travail, la retenir dans un lâché prise …pour que ça continue…vivant….éthiquement parlant…

    Juste témoigner…

    Condamnée à « parlêtre »

    L’exercice est de taille…

    Déshabiller le propos…. Et donner corps…du corps et un peu d’âme…

    « Oui…mais pas tout de suite… pas trop vite… »

    Question choc dans l’argument :

    « Quelle place doit-être réservée aux psychothérapies et plus précisément aux psychothérapies analytiques dans la psychiatrie contemporaine ? »

    Ça alors !

    Peut être que pour certains ce mouvement, ce souffle questionnant, cette invitation à révolution constante …pas plus qu’un ingrédient dans une cuisine…

    Quelle « sa laide » !

    J’imagine…l’échange entre « pot- pots’ ! »

    Avant, j’utilisais la psychothérapie institutionnelle, aujourd’hui, j’en mets beaucoup moins…avec le progrès…et toutes ces molécules à notre disposition…

    Ça n’empêche pas !….

    Comme une étiquette, un label qui aurait fini son tps, vestige remisé … pin’s sur redingote fétichisée…

    (…)

  • XXIII° Colloque de la Société Internationale d’Histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse

    XXIII° Colloque de la Société Internationale d’Histoire de la Psychiatrie et de la Psychanalyse

    L’autisme au coeur de l’humain

    Approche psychanalytique

    XXIII° Colloque de la
    Société Internationale d’Histoire de la
    Psychiatrie et de la Psychanalyse

    Samedi 27 Novembre 2010

    Villa Gillet

    25 rue Chazière, 69004 Lyon

    Au cours de l’histoire, l’autisme, tour à tour désigné comme
    « maladie » génétique, neurobiologique, handicap ou
    symptôme, demeure une énigme. Ces enfants, beaux,
    intelligents, doués, « dans leur monde », restent au bord de
    l’humain, au plus près de l’abîme, et n’en émergent qu’au
    prix de grands efforts.

    La bataille actuelle des approches conceptuelles et
    thérapeutiques s’exacerbe. Ainsi la nouvelle nomenclature
    psychiatrique (DSM) a-t-elle évacué ce trouble profond de
    la communication cerné en 1943 par le psychiatre américain
    Léo Kanner, au profit de « signes » fragmentés sans
    cohérence.

    De même, les dispositifs en place dans le champ social,
    éducatif, thérapeutique, favorisent-ils les méthodes
    comportementalistes, cognitivistes remises en question par
    les américains eux-mêmes, après des décennies
    d’expérimentation et d’évaluation.

    La psychanalyse persiste et signe, de découvertes en butées
    théoriques, à interroger cette souffrance des familles, des
    enfants, dominés, terrorisés par l’afflux de sensations
    primitives, internes et externes, les empêchant de tisser des
    liens avec leur entourage, d’accéder au langage, bloqués
    dans une position entre conservation et perte de substance –
    qu’en est-il d’un être humain, doué de parole, situé dans un
    « non agir », faisant l’économie du symbolique ?

    Le chemin à parcourir, hors des repères conceptuels
    habituels, pour atteindre ces continents reculés, ces enclaves
    psychiques, est d’une difficulté insondable. Tenter de
    ramener à l’humain, à l’existence ce qui n’a pu s’y inscrire
    dès le début de la vie, afin qu’un sujet advienne, depuis le
    chaos à son activité créatrice intrinsèque, est le moindre des
    respects que nous devons à ces enfants, dans ce long
    cheminement partagé au coeur de la nuit, avec eux.

  • Journées d’Albi le 6 novembre 2010

    Journées d’Albi le 6 novembre 2010

    Argument

    Selon une certaine sagesse, l’illusion ne serait que trompeuse.

    L’homme de raison pour être équilibré devrait se méfier d’elle et

    débusquer toutes ses formes. Mais quelle surprise de constater

    que plus cette exigence est sévère et plus le rêve, l’illusion, les

    croyances illusoires ont tendance à faire retour, aussi bien au sein

    de l’organisation personnelle que de l’organisation collective.

    La psychanalyse a montré depuis Winnicott que l’illusion est

    indispensable à la construction psychique, dès les premiers temps

    de la vie : le bébé a besoin d’une aire d’illusion pour se construire,

    être subjectif inscrit dans la réalité. L’enfant a besoin d’illusion

    pour grandir, avec des jeux qui mêlent imaginaire et réalité,

    l’adulte en a besoin pour créer, dans sa vie et sa relation aux

    autres. L’illusion est dans la société, art et culture, mythes et

    grands idéaux, elle est dans le psychisme, force de transfert

    pour la psychanalyse qui l’a théorisée et qui doit rendre compte

    aussi des désillusions de sa pratique.

    Cette troisième journée Psychanalyse et Société se veut illustration

    et compréhension de l’importance de l’illusion dans le

    psychisme et dans la société, de sa place dans les sciences et

    la culture.

    Avec la soirée teatro-cinema organisée par la Scène Nationale

    d’Albi, nous laisserons ensuite images et temps, thèmes de nos

    premières journées, inscrire l’émotion au coeur de la perception,

    pour donner à l’illusion sa force et sa vérité.

  • Conférence de Michel Balat à Chieti

    Conférence de Michel Balat à Chieti

    Corps et psychanalyse

  • Il “risveglio” e il linguaggio tonale Conversazione con Michel Balat di Laura GRIGNOLI

    Il “risveglio” e il linguaggio tonale Conversazione con Michel Balat di Laura GRIGNOLI

    Il “risveglio” e il linguaggio tonale
    Conversazione con Michel Balat di Laura GRIGNOLI

    — Comment on dit en italien ’Musement’ ?

    — Cosa ? rispondo distratta.

    — Non esiste traduzione letterale… è un neologismo…

    — Bon, on dira ’Musamento’.

    — Ci pensa un po’, poi — Et ’scriba’— ?

    — Scriba ! È… é latino… rispondo soddisfatta di essere preparata all’interrogazione a sorpresa.

    Stiamo recandoci all’incontro con degli studenti in formazione psicoanalitica e lui mentalmente coagula, forse, i suoi pensieri attorno a temi a lui familiari, di cui probabilmente vuol parlare… Si accerta, dunque, se l’interprete naïve (la sottoscritta scoprirà poi cosa lui intende per interprete !) sia in grado di cavarsela di fronte a parole intraducibili…

    Approfitto di Michel Balat presente a due seminari presso due nostre strutture abruzzesi per approfondire i temi di cui in questi giorni l’ho sentito parlare.

    Avevo tentato di leggere qualche suo scritto in proposito (2000), ma un po’ per le difficoltà a leggere in una altra lingua (è una scusa… i romanzi li leggo senza fatica…), un po’ per il tema ostico della semiotica peirciana avevo abbandonato disillusa.

    È tutt’altra cosa sentir parlare Balat dal vivo e quegli stessi temi, che l’inchiostro tipografico rende piuttosto ipnotici, nel racconto verbale, farcito di aneddoti e di casi clinici, risultano addirittura affascinanti.

    Non si fa pregare per rilasciare questa intervista. È domenica pomeriggio : il lavoro è finito, la tensione sparita, la convivialità di un buon pranzo all’abruzzese ci ha reso più complici. È visibilmente contento di poter approfondire i temi a lui cari. Ma se la sua è un’emozione gradita, la mia è un’ansia da scolaretta. Mi mostro curiosa di sapere di più su un Pierce il cui nome avevo da sempre legato al pragmatismo deweyano quando affrontai in ’un’altra vita’ la mia preparazione all’insegnamento. Fine anni sessanta. Quasi mezzo secolo fa…

    Ma torniamo alla conversazione. Si avvisa il lettore che molti concetti non sono esaustivi, che le risposte danno per scontato che si abbia una conoscenza almeno vaga del suo lavoro con pazienti in risveglio dal coma. Tuttavia, l’interrogativo che mi preme di far emergere è quello di far risaltare il linguaggio nelle sfu¬mature e nelle funzioni interlocutorie.

    (…)

  • Pierre Delion : Pour que ça continue : la fonction phorique

    Pierre Delion : Pour que ça continue : la fonction phorique

    Colloque AMPI 8 et 9 Octobre 2010
    Ça continue…
    Pour que ça continue : la fonction phorique
    Pierre Delion

    La psychiatrie va mal, la pédopsychiatrie va mal, la psychologie va mal, la psychothérapie risque d’aller mal avec le décret qui en réglemente les modes d’exercice, et la psychanalyse a encore une fois failli aller mal avec les attaques du bas normand dont on ne doit pas prononcer le nom. Mais surtout les patients vont mal. Je ne m’arrêterai pas sur ce diagnostic actuel, car il pourrait nous amener à des simplifications abusives et surtout contre-productives. En fait c’est probablement la société dans son ensemble qui ne va pas très bien, au-delà ou en deçà de la crise qui a bon dos. Et il me semble que lorsque Bernard Golse, dans son éditorial du dernier Carnet/Psy nous fait part de son analyse de ce qui se passe aujourd’hui, il redit avec force une des thèses qu’il défend depuis longtemps : les personnes au pouvoir dans notre société contemporaine n’aiment pas la pensée. Et c’est bien ce qui m’inquiète le plus, ce refus affiché de la nécessité de penser. Un autre éditorial, signalé par notre ami de « Pas de zéro de conduite » Pierre Suesser, celui de la revue Prescrire, vient en rajouter à ces tristes considérations, en montrant ce qui est en jeu dans la préparation du prochain DSM V. Tout bonnement affligeant. Une pathologisation de la société sous l’influence intéressée des laboratoires pharmaceutiques qui, de plus, veulent nous faire accroire qu’il s’agit de science. Une fois de plus, Rabelais avait raison : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ».

    Mais pourquoi commencer par de tels propos, puisque, ici, ensemble, nous tentons de continuer à penser en termes psychopathologiques et institutionnels, et que le sujet du jour va nous y aider. Eh bien parce que je suis convaincu, sans doute con et vaincu, que cette attaque généralisée des pensées plurielles et polyphoniques par les dominants actuels a des effets sur les bébés, les enfants, les ados et sur leurs parents, en déconstruisant leur propre pensée de la parentalité, et sur les adultes, patients et soignants, en fragilisant du même coup tous les mécanismes qui concourent de près ou de loin à l’identité de chacun des sujets humains. Le lamentable spectacle des extrémismes qui s’emparent de nos sociétés contemporaines coïncide me semble t-il avec une fragilité de l’identité de ceux qui en sont les messagers. Lapider, exciser, fatwer, bomber, attenter, reconduire à la frontière, sont autant de mécanismes qui tendent vers une identité statistique : voilà ce que vous devez être ou ne pas être, identiques ou étrangers et ennemis. Nos réflexions anthropopsychopathologiques nous conduisent au contraire à penser que dans le processus de construction de l’enfant, en fonction de son génome, de son environnement, de son histoire et de celle du groupe auquel il appartient, une identité se construit faisant de lui un sujet à nul autre pareil. Et dans sa construction, le passage obligé par l’angoisse de l’étranger est là pour nous rappeler à quel point les processus d’identification ne peuvent se passer de l’étrangeté pour sortir l’enfant de la tentation du même, voire des risques de l’endogamie. Bien sûr, il peut arriver qu’une souffrance psychique résulte de cette identité singulière, et avec ce sujet, il faudra déployer tout un art de la rencontre, ce qu’on peut appeler aussi une phénoménologie du transfert, pour l’aider à faire-avec son identité authentique. Ce travail psychothérapique porte sur le monde interne. Or ce monde interne se créé par représentation des expériences que le petit d’homme fait depuis qu’il existe. Et pour ce faire, vous proposez qu’il faut que « ça continue ». Et je suis en accord profond avec cette proposition. Pour au moins deux raisons. Tout d’abord, j’étais à Barcelone quand Oury a téléphoné la dernière fois à Tosquelles, et que de ses dernières heures, il nous a dit la fameuse phrase qui restera dans mes oreilles : « ces trucs-là (parlant de la psychothérapie institutionnelle), il faut que ça continue ». J’associe, comme il savait si bien le faire avec le ça freudien. Le « ça » en question, pour qu’il puisse être pris au sérieux dans son rapport avec le moi et le surmoi, et la relation de transfert que Freud a réinventé à partir de la deuxième topique, et toute la psychopathologie qui en a résulté, et in fine, pour que « ça continue », la réflexion et la pratique institutionnelle doivent faire l’objet de grandes précautions épistémologiques et éthiques sur lesquelles il s’agit de ne pas céder. Mais le « ça continue » pose également la question de la continuité, telle qu’elle a été définie par les pères fondateurs de la doctrine de secteur, lorsqu’il s’est agi de trouver un dispositif propice à permettre le déploiement de la relation transférentielle. Et je ne maque jamais une occasion de rappeler que la psychothérapie institutionnelle est la méthode de navigation sur l’océan de la folie quand la psychiatrie de secteur en est la condition de possibilité organisationnelle. A mes yeux, la fonction phorique est un des piliers de la sagesse psychiatrique et psychopathologique sur laquelle je souhaitais revenir.

    En tout état de cause, je crois qu’au-delà des parents qui semblent fragilisés dans la fondation du monde de leurs enfants, des patients quels que soit leur âge, les soignants, aussi bien à titre individuel qu’en équipe, sont également touchés par ce processus qui conduit au burn out un trop grand nombre d’entre eux. Et ce n’est pas avec des remises en ordre sécuritaires de type père-fouettard qu’une solution sera trouvée. Bien au contraire, en remettant en marche les appareils à penser les pensées (Bion), en appui sur un bon objet d’arrière plan, exerçant une fonction phorique « good enough ».

    Mais d’où vient donc ce « binz » de la fonction phorique ? Je vois deux sources principales d’inspiration : Winnicott et Tournier.

    (…)

  • Le temps de l’inscription par Laurence Fanjoux-Cohen

    Le temps de l’inscription par Laurence Fanjoux-Cohen

    Le temps de l’inscription
    (L’usage sémiotique du temps dans le quotidien d’une psychiatrie de ville).

    Dr Laurence Fanjoux-Cohen. Psychiatre. (Perpignan)

    Au début de mon activité de psychiatre, le concept de temps n’intervenait que très peu dans ma pratique quotidienne. Je faisais une psychiatrie que l’on peut qualifier de « généraliste », basée sur l’enseignement universitaire durant mes années d’internat à Marseille où se mêlaient à la fois des notions phénoménologiques et quelques rudiments psychanalytiques. Une orientation en thérapie systémique m’a conduite à travailler un an à San Francisco sur les thérapies de couple puis trois ans à Paris avec Mony Elkaïm, mais là aussi la notion de temps n’intervenait que très peu dans ma pratique. Si je réfléchissais au temps, c’était celui du temps vécu, concept que j’avais étudié dans le service du Pr Tatossian. On parlait de ralentissement du temps vécu dans les dépressions, d’accélération du temps vécu dans les manies et il nous était demandé à nous, étudiants internes de l’époque, de toujours rechercher cette dimension temporelle dans l’approche clinique des patients.

    (…)

  • Un film : Solstices, documentaire de B. Richard

    Un film : Solstices, documentaire de B. Richard

    La première du film SOLSTICES, documentaire de B. Richard (1h20), aura
    lieu au cinéma La Clef, 34 rue Daubenton Paris V, le vendredi 22
    octobre à 20h.

    Solstices a soigné au long cours, sans médicament et sans technique comportementale, des enfants et des adolescents souffrant d’autisme, de psychose ou de troubles du caractère et du comportement.

    Ce service autogéré, ce « laboratoire pour l’autisme » installé en Lozère a connu pendant trente ans des réussites remarquables. A l’aide de quelles pratiques et de quelle gestion, fondées sur quelles théories ?

    Une expérience politique et sociale irremplaçable pour une réhumanisation concomitante du travail et du soin.

    Pas de soin sans parole libre,
    pas de parole libre sans démocratie

    Roger Gentis

    La projection sera suivie d’une discussion et d’un cocktail léger.

  • TOUT NE SE JOUE PAS AVANT 3 ANS. Conférence de Pierre DELION à LANDERNEAU, Mardi 7 décembre 2010

    TOUT NE SE JOUE PAS AVANT 3 ANS. Conférence de Pierre DELION à LANDERNEAU, Mardi 7 décembre 2010

    « TOUT NE SE JOUE PAS AVANT 3 ANS »

    Conférence avec le Professeur Pierre DELION

    Professeur des Universités, Pédo-psychiatre,Chef de service – CHU de Lille

    à LANDERNEAU

    Mardi 7 decembre 2010

    à 20h30

    au Family

    Association Culturelle du Personnel du Secteur 13 de Psychiatrie Générale du

    Finistère

    49 r. de la Fontaine Blanche -29800 –LANDERNEAU tél : 02 98 21 80 40

    Deux conceptions de la psychopathologie s’affrontent

    aujourd’hui. L’une, celle d’un rapport de l’Inserm sur les troubles

    de conduite chez les enfants de 3 ans, pose un diagnostic à partir

    du repérage de certains signes cliniques, avec rééducation et/ou

    prescription de psychotropes à la clé, afin de faire rentrer dans le

    rang les semeurs de troubles.

    L’autre conception, défendue par le Pr Pierre Delion,

    s’appuie sur une démarche visant à donner du sens aux

    symptômes, pour aider l’enfant et ses parents à rouvrir des

    perspectives d’avenir plus sereines.

    À l’opposé des prédictions alarmistes qui

    tendent à ramener l’enfant à une norme toujours

    arbitraire, le Pr Pierre Delion considère qu’il n’y a

    pas de signes prédictifs d’une future délinquance,

    mais des appels à l’aide d’enfants qui ne

    parviennent pas à mettre en mots leur souffrance

    psychique. À travers des exemples cliniques, et en

    retraçant les grandes étapes du développement, il nous aide à

    comprendre ces troubles et plaide pour une vraie politique de

    prévention et de prise en charge.

    À ceux qui affirment que nous serions tellement

    déterminés par nos gènes et nos premières années que, passé la

    date fatidique de 3 ans, le destin d’un enfant serait tout tracé,

    Pierre Delion apporte un démenti salutaire.

    Rien n’est joué à 3, 6 ou même 10 ans.

    Tout est toujours jouable pourvu que l’on veuille bien

    entendre ce que les troubles ont à nous dire.

    Cette conférence sur le développement de l’enfant est

    ouverte à tous, aux professionnels de la santé et de

    l’éducation bien sûr, mais aussi aux familles, et à tous ceux

    et celles qui veulent rappeler que l’on ne peut jamais faire

    abstraction de la complexité de l’être humain et le réduire à

    des symptômes.

    participation aux frais : 3 euros


    Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l’anti-virus mail.

    Aucun virus connu a ce jour par nos services n’a ete detecte.

  • Appel à souscription par Guy Baillon

    Appel à souscription par Guy Baillon

    Guy Baillon

    Psychiatrie : quel accueil pour la folie ?

    La tourmente des débats actuels sur la psychiatrie accroît de façon inacceptable la souffrance des malades, celle de leur famille, et inquiète l’opinion de façon injustifiée. L’Etat prend le prétexte de quelques évènements exceptionnels pour faire une loi qui va utiliser la psychiatrie comme une arme supplémentaire de sa politique sécuritaire.

    Il est temps de montrer que les clés pour comprendre la folie sont à notre portée, que de nouvelles idées et de nouveaux arguments permettent d’en parler autrement, en termes humains, démythifiant l’idée de danger et la peur qu’elle entraine, ouvrant des perspectives passionnantes sur le plan des connaissances et des échanges sociaux.

    La loi récente du 11-2-2005 sur « l’égalité des chances pour l’accès aux soins et à la citoyenneté des personnes en situation de handicap » comble la lacune des appuis sociaux ; il est temps de l’appliquer réellement et de ne pas laisser l’inégalité s’installer là aussi.

    Il est temps d’écarter avec force le projet de loi 2010 de l’Etat sur la psychiatrie et de nourrir une vision nouvelle de la Santé Mentale dans un « projet-cadre » associant soins de proximité et appuis sociaux, projet qui tout en accueillant les techniques modernes tienne compte d’abord de la dimension humaine pour toute réponse à la folie et à ses souffrances.

    Cet ouvrage veut participer à l’information des citoyens et de leurs élus sur la Santé Mentale (c’est-à-dire l’ensemble associant psychiatrie et action sociale) pour permettre leur participation à un débat national, et à soutenir la démarche des usagers et des familles.

    Par ailleurs, Guy Baillon propose une nouvelle introduction dans le champ de la folie à tous ceux qui se préparent aux professions de la Santé Mentale, et une ouverture pour les acteurs chevronnés.

    Guy Baillon psychiatre des hôpitaux, a travaillé avec la même équipe de secteur pendant 30 ans dans le 93 entre l’Hôpital de Ville-Evrard et le secteur de Bondy, cofondateur de l’Association Accueils. Auteur de nombreux articles sur la psychiatrie au quotidien, « Chronique du lundi » sur le site de SERPSY (www.serpsy.org) et de deux ouvrages : Les urgences de la folie. L’accueil en santé mentale, 1998, Gaëtan Morin éd. et PUF et Les usagers au secours de la psychiatrie. La parole retrouvée, 2009, Erès.

  • Journées Psypropos à Blois (23/10/10) et Orléans (27/11/10)

    Journées Psypropos à Blois (23/10/10) et Orléans (27/11/10)

    Enfance(s)

    Déjà parlé avant sa naissance, par ses parents dès leur propre enfance, et avant même leur rencontre, l’enfant vient au monde, réalisant son désir et le leur dans le bain du langage qui spécifie l’espèce humaine.

    A travers les premiers contacts familiaux, se structurent les premiers pas de son développement singulier. Il éprouve le monde des sensations, des paysages psychiques qui l’entourent : monde immédiat tissé de mots, d’histoires où il découvre peu à peu sa « maison-corps » selon l’expression de Françoise Dolto, base de son processus de séparation-individuation (Donald Winnicott). Portée par le respect, l’assentiment et par l’articulation symbolique qui les fonde, la « fonction phorique » (Pierre Delion) parentale dispense encouragements, incitations, sollicitations, émerveillement et lui permet de cheminer de l’illusion omnipotente à l’assumation de sa solitude de parlêtre à la rencontre d’autrui, dans un processus où le travail de la culture accueille la précarité de l’humanisation partagée. Quelle enfance lui sera possible ?

    La relative indétermination du hasard de jadis, rencontre aujourd’hui le progrès de la science intégrée à la logique du marché qui offre une réponse aux demandes naguère informulées. Le désir d’enfant et le désir de l’enfant se réalisent désormais à cette aune : fécondation in vitro, grossesses tardives, embryons congelés, banques de sperme par exemple. Partage, angoisse, discorde, péril psychique modèlent et infléchissent dans l’actualité technicisée, la tranquillité et la sagesse pratique ancestrale. Qu’en est-il du désir objectivé par la production et la reproduction humaine ?

    Le climat familial lui-même s’est modifié : séparation, divorce, familles dites recomposées, adoption au sein de familles monoparentales, ou homosexuelles. Qu’en est-il alors des premières identifications, de la castration, des interdits quand, au service du bien, semblent s’abolir toutes les restrictions de jouissance ? Comment, dès son plus jeune âge, va-t-il trouver la possibilité de se situer ? La convoitise des marques ou des objets offerts à la satisfaction des jeunes « téléphages », la réelle toxicomanie programmée par ces embrayeurs de jouissance qui agitent, qui hyperactivent, sont une production médiatique de masse, court-circuitant dans des conduites à risque dès le plus jeune âge la possibilité d’une sublimation.

    Au-delà du berceau familial où se tisse sa structure, l’enfant rencontre aussi l’aliénatoire social qui, à l’opposé de ce marché de la séduction, impose ses exigences normalisantes à l’émergence du singulier. L’école lui propose ses objectifs et ses méthodes, l’évalue, mesure sa progression, ses performances et ses acquis fondamentaux. Ces impératifs restreints et structurants à la fois, lui font alors encourir le risque d’une soumission, d’une servitude volontaire où le surmoi le plus férocement archaïque peut censurer ses rêves d’initiative, d’invention, de création, de croissance… L’idéal du moi, héritier du narcissisme originaire, y est toujours mis en difficulté, et du fait des stratégies d’émulation compétitive, tenté de se replier sur une image idéale réglant de façon homogénéisante ses comportements et ceux de ses semblables. La compulsion domine son rapport au savoir. Sa progression surdéterminera son orientation scolaire et professionnelle à la mesure de ses performances. Les questions qui animaient « l’âge de la grâce » à son entrée dans la scolarité se trouvent rabattues par l’utilitarisme malthusien qui anticipe les futurs bassins d’emploi. Une autre option anthropologique est-elle possible aujourd’hui ?

    Sur le plan éducatif, comment les droits de l’enfant sont-ils respectés ? Et quand la protection de l’enfant jugé en danger devient-elle nécessaire ? Car l’enfant est aussi « croissance », mot qui a la même étymologie que « création » nous dit H. G. Gadamer : comment cette potentialité se trouvera-t-elle maintenue ou mise à mal dans son mouvement d’être allant et devenant ?

    Imprévu, surprenant, étonnant, l’enfant émerveille ou déçoit. Selon les avatars de l’existence, il chemine, répète, s’identifie, bifurque, s’ouvre, se referme, se replie, se déploie… Unique, il butte sur ce qui le détermine, éprouve sa solitude. Ses bonnes ou mauvaises rencontres infléchissent sa ligne d’existence. Devenir autre tout en demeurant le même, cette dialectique le confronte aux diverses présentations de l’idéal, aménage l’estime de lui-même et lui fait penser son enfance, son âge adulte, réarticuler les questions de sa naissance et ce qu’il connaît de ses ancêtres pour s’envisager dans un horizonné où au-delà des deuils qu’il a déjà éprouvé, il peut se familiariser avec la mort, le terme de sa vie. Tout cela fait-il une existence qui vaille la peine d’être vécue ?

    Il n’y a d’enfant que singulier, pourtant les enfances de chacun, ses enfances, seront remémorées par les autres et en première personne, par lui-même, l’oubli cheminera au regard des nouveautés vécues. Pour chacun, ses Rencontres déterminantes réarticuleront le sens et le rapport à la vérité qui fondent sa disparité subjective d’avec tout autre.

    En 2010, Psypropos et ses invités, pour qui « tout ne se joue pas avant trois ans » chemineront dans le questionnement que nous vous proposons, sur ce thème « Enfance(s) » dont Pierre Delion a posé les premiers jalons le 1er juin.

    Informations complémentaires : 02.38.54.46.89

    Journée d’étude à Blois

    Samedi 23 Octobre 2010

    Auditorium de la Bibliothèque Abbé-Grégoire (place Jean-Jaurès)

    [Accueil des participants : 8h30/9h00]

    9h15 – Serge Bruckmann, psychiatre (Orléans), ancien président de l’association : Ouverture.

    Modération de la matinée : Frédéric Godard et Michel Lecarpentier

    9h30 – Marc Ledoux, psychanalyste, La Borde : « L’enfant qui joue en nous. »

    10h00 – Monique Chassagnol, professeur émérite à Paris X Nanterre : « La famille en question et la mort en jeu dans Peter Pan. »

    10h30 à 11h00 – Pause.

    11h00 – Catherine Pochet, Institutrice : « Heureux hasards ? Accueillir des enfants dans une classe coopérative institutionnalisée. »

    11h30 – Débat.

    12h30 – Pause Déjeuner.

    Modération de l’après-midi : Marie-Christine Hiebel et Elisabeth Demessine

    14h15 – Cléopâtre Athanassiou-Popesco, psychanalyste : « L’expérience de la lumière dans l’instauration des processus de symbolisation, à propos de Iolenta de Tchaïkovski. »

    15h15 – Jean Oury, psychiatre, psychanalyste, La Borde : « Les enfants. Groupes. Psychothérapie et pédagogie institutionnelles. »

    16h00 – Débat. (Clôture de la journée à 17h00)

    Journée d’étude à Orléans

    Samedi 27 Novembre 2010

    Musée des Beaux Arts d’Orléans (Proche Cathédrale) 1 rue Fernand Rabier

    [Accueil des participants (pas de petit-déjeuner prévu) : 10h00]

    Modération de la matinée : Serge Bruckmann et Patrice Ridoux

    10h30 – Martine Menès, psychanalyste, Paris : « L’enfant, entre désir et horreur de ça-voir. »

    11h – Benoît Bayle, philosophe, psychiatre : « Psychopathologie de la conception. »

    11h30 – Débat.

    12h30 – Pause Déjeuner.

    Modération de l’après-midi : Elisabeth Batier et Monique Moussier

    14h15 – Sébastien Perbal, professeur de philosophie (Orléans) : « Enfance et Education. »

    15h – Dominique Décant-Paoli, pédopsychiatre, psychanalyste (présidente du Centre International de Recherche et Développement de l’Haptonomie) : « L’’appel à l’intentionnalité vitale comme ressort de l’éducation et de la thérapie en haptonomie. »

    15h45 – Bernadette Després, illustratrice : « Le parcours d’une artiste qui fait rire et grandir les enfants. »

    16h15 – Débat. (Clôture de la journée 17h15)


    PSYPROPOS 2010 Enfance(s)

    [Bulletin d’inscription]

    A renvoyer dès que possible (par défaut sur place) à

    PSYPROPOS 4 rue chanzy, 45000 Orléans (02 38 54 46 89)

    Nom : Prénom :

    Adresse :

    E-mail :

    ¤ Adhésion annuelle (Soutien à l’association Psypropos) : 10 € o

    ¤ Inscription pour Blois & Orléans :

     [UNE JOURNEE BLOIS o OU ORLEANS o] 40 € o
     Tarif étudiant 25 € o

     [DEUX JOURNEES BLOIS ET ORLEANS] 70 € o
     Tarif étudiant 40 € o

    (les montants comprennent l’inscription et les actes des journées)


    [Bon de commande Actes]

    (+ 2€ de frais de port)

    Les actes des journées des annees passees sont egalement disponible sur place :

    [1991 à 2001] – (5 € l’unité) : o Voix et Regards. o Figures du père. o L’interprétation. o Du malaise…

    o Création, Invention. o Utopies. o Histoire, Histoires. o Rêver, peut-être.

    [2002 à 2006] – (10 € l’unité) : o Voyages, déplacements. o De l’Amour. o Singularité et Société.

    o Origines et Transmission. o La fabrique du Corps.

    [2007 à 2009] – (18 € l’unité) : o Eloge du risque. o Dire le plaisir de la langue. o Détour et répétition.

     Total : … €

    (Montant à régler par chèque libellé à l’Association psypropos)
    _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _

    Association PSYPROPOS

    Comité d’organisation :
     Marie-Christine Barat-Hiebel, Elisabeth Batier, Serge Bruckmann, Elisabeth Demessine, Benoit Drunat, Frederic Godard,

    Eric Labussière, Michel Lecarpentier, Sylvie Misek, Monique Moussier, Patrice Ridoux, Valérie Viginier.

    Comité de parrainage :
     Roger Gentis, Paule Cabrol, Jean-Paul Liauzu, Catherine Martin-Zay, Jean Oury, Jean-Pierre Sueur, Horrace Torrubia.

    L’association Psypropos a également le soutien :

    – De la ville de Blois, de la ville d’Orléans, du CHD Georges Daumezon (à Fleury-les-aubrais), ainsi que des librairies Labbé (à Blois) et Les Temps Modernes (à Orléans).

  • Création d’une Association Culturelle à Auch

    Création d’une Association Culturelle à Auch

    association
    culturelle

    « métiers à tisser »

    56 Chemin de Lescat 32000 Auch
    metiersatisser@orange.fr

    « … En fait, notre métier n’est pas le tout de notre vie. Il en est une tranche particulièrement signjficative, voire féconde, dans laquelle au delà de la dimension sociale de nos services, on retrouve le noeud fondamental et la portée de l’existence humaine avec ses singularités. En quelque sorte, nous reprenons le vieux métier de tisserand qui façonne des liens rythmiques, répétitifs, entrecoupés par l’étonnement. Le rythme même, de nature répétitive, vient constituer des arabesques mélodiques très diversifiées… »

    Extrait d’un texte de François TOSQUELLES des VIIes Rencontres de ST ALBAN 1992 Actes des Rencontres P.58

    Protocoles standardisés, codifications vides de sens, logiques de gestion rigides fondées uniquement sur l’économique et le quantifiable, terminologies empruntées au management… tout concourt actuellement à provoquer des clivages, à semer le doute dans les équipes et à fragiliser les professionnels du soin psychique, de l’accompagnement éducatif et social.

    Plus que jamais apparaissent la nécessité et l’urgence d’un questionnement collectif et transversal sur nos métiers qui sont attaqués dans leurs fondements.

    A ce titre le constat et la plainte sont légitimes mais insuffisants ; ils doivent se transformer en résistance active et en riposte ; c’est collectivement que les professionnels doivent prendre la parole et faire des propositions pour que leurs pratiques institutionnelles restent au service du sujet souffrant dans le respect de sa’ singularité et de sa complexité.

    Il s’agit là d’un enjeu éthique et politique !
    La création en décembre 2009 de l’association culturelle  » Métiers à tisser  » est portée par un petit collectif de professionnels du Gers travaillant dans les champs de la psychiatrie, du médico-social, du social, de la psychanalyse ou de l’éducation, (éducateurs, psychologues, assistants sociaux, infirmiers, médecins).

    Les membres de ce collectif sont engagés depuis 2004 dans une démarche d’étude et de réflexion sur le travail clinique et thérapeutique institutionnel à partir d’ouvrages, d’articles ou de contributions et en référence aux travaux, idées et concepts soutenus par le mouvement de psychothérapie institutionnelle.

    L’association culturelle  » métiers à tisser  » prend appui sur le modèle des associations culturelles fondées par le courant de psychothérapie institutionnelle dans plusieurs hôpitaux ou établissements et regroupées au plan national par la fédération inter associations culturelles F.I.A.C.

    OBJECTIFS

    Au delà du maintien de ce dispositif de réflexion déjà en place, le but de l’association culturelle est de permettre la création et le développement d’autres instances d’échanges et de réflexion sur les pratiques institutionnelles pour tous ceux qui sont confrontés à la maladie mentale et à la souffrance psychique.

    Par ailleurs l’association culturelle s’inscrit dans une dynamique de formation et d’étude et à ce titre elle souhaite développer des actions de partenariat avec les établissements et services du département accueillant des enfants, adolescents ou adultes.

    MOYENS

    Une réunion mensuelle le 2ème mardi de chaque mois,

    ( dans un premier temps ) pour faciliter la rencontre entre les adhérents, transmettre des informations et définir des axes de travail.

    Constitution d’une bibliothèque et d’un archivage de revues, articles, textes divers, films.

    Contribution de l’association à des démarches et des réflexions institutionnelles.

    Organisation de soirées thématiques et d’une journée annuelle de formation.

    Participation des adhérents aux différents colloques et journées organisés parles associations et la fédération inter associations de psychothérapie institutionnelle :

    Les demandes d’adhésion sont à adresser au président
    de l’association par courrier ou mall :

    Marc Salvetat
    56 Chemin de Lescat 32000 Auch

    Mail : metiersatisser@orange.fr

  • Hélène Chaigneau (1919-2010)

    Hélène Chaigneau (1919-2010)

    Hélène Chaigneau (1919-2010)

    Née le 12 octobre 1919, Hélène Chaigneau s’est éteinte le mardi 31 août 2010 au matin. Une cérémonie funéraire a eu lieu à Paris le mardi 7 septembre au cours de laquelle ses amis lui ont rendu hommage.

    Le silence. La complexité ; des signes d’approbation ou de non-accord, sans dysharmonie. C’est resté intact depuis mars 1955 : notre rencontre à Poitiers, au stage des CEMEA, avec Germaine Le Guillant, Georges Daumézon… La neige ; un bistrot, face à face : l’idée de regrouper un certain nombre de psychiatres qui puissent être dans le coup. Des « zigomards », disait-elle, mais du « religieux B ». Notre première rencontre, définitive, sur fond de « religieux B » ! Kierkegaard à peine convoqué, présent dans le silence.

    En 1958, un essai de créer une « Amicale des infirmiers ». Ça n’a pas collé, vu le contexte. Puis le GTpsy en 1960. Peut-être un peu trop mélangé ; hypersensible quand elle sentait que l’hétérogène virait à l’hétéroclite.

    Beaucoup d’affinités ? Souvenir lumineux du dialogue devant toute la salle, à Laragne, avec la complicité de Dimitri Karavokiros, il y a quelques années.

    En mars dernier, à Gap, avec Dimitri, nous lui avons téléphoné. Je lui ai dit « Bon anniversaire », pensant à notre rencontre de mars 1955. Le rire, la joie, de quelques minutes…

    Pour moi : trois rencontres absolues… qui plient l’existence de façon définitive : François Tosquelles et Jacques Lacan en 1947, et Hélène Chaigneau en 1955… Trois variétés de silence, d’“intériorité subjective”, comme on le dit quelque part.

    L’émotion vient assourdir ces évocations à peine dicibles. Les images deviennent transparentes et nous restons là, sur un bout de terre, esseulés, en-deçà de toute tristesse, sans bornes, sans horizon. Ça ne cessera jamais sinon par quelques clins d’oeil d’un visage déjà lointain.

    Jean Oury,

    le 7 septembre 2010

    *

    Une notice de Pierre Delion

    Hélène Chaigneau, psychiatre des hôpitaux, chef de service à Niort, Prémontré, Ville Evrard puis à Maison Blanche, a contribué à l’approfondissement permanent des concepts de la psychothérapie institutionnelle par son souci de la rigueur et de la justesse. Son esprit profond et critique et sa brillante intelligence des personnes et des évènements en ont fait un des piliers de la sagesse psychiatrique. Par sa présence elle contribuait toujours à l’élévation du débat, en dévoilant chez chacun des participants des qualités souvent insoupçonnées, et en renvoyant les auteurs d’interventions verbeuses dans leur médiocrité. Sans jamais manquer de respect avec l’autre, elle pouvait tenir ses propres positions avec une éthique intangible. Les soignants qui ont travaillé avec elle, les patients qu’elle a pris en charge quelquefois sur des dizaines d’années, se souviendront d’une femme remarquable qui avait su mener à bien la révolution psychiatrique du secteur en appui sur sa praxis psychanalytique et sur les réflexions de la Psychothérapie Institutionnelle. Membre active de ce mouvement avec François Tosquelles, Jean Oury, Horace Torrubia et d’autres, elle était très connue et estimée plus généralement dans les cercles psychiatriques, et notamment autour du mouvement de l’Evolution psychiatrique, elle a puissamment contribué à la formation des psychiatres et des infirmiers psychiatriques, en insistant toujours sur l’importance de ces derniers dans le soin au long cours. Plusieurs de ses élèves (Karavokyros, Baillon…) n’ont pas peu contribué à développer de véritables politiques de secteur dans les services qu’ils ont dirigés. Elle a été l’auteur avec Chanoît et Garrabé du rapport sur les « Thérapeutiques institutionnelles » au congrès de Psychiatrie et de Neurologie de Langue Française à Caen en 1971. Elle laisse une énorme série d’articles de fond sur la psychiatrie et la psychopathologie dispersés dans de nombreuses revues scientifiques. Une édition de ses principaux articles et contributions est en gestation sous la direction de Jean Garrabé, Lise Gaignard, Josette Puel, Michel Balat. Le premier volume devrait paraître en fin d’année 2010 aux éditions Campagne première.

    Pierre Delion

    *

    Une si singulière présence

    Je n’ai rencontré Hélène Chaigneau que rarement, au hasard de ces Rencontres que des équipes de psychiatrie organisent aux quatre coins de la pensée, peut-être pour que ne s’éteignît point encore ce qui justement fut mis à feu par nos aînés, puis d’une façon plus directe lorsque, accompagné de Guy Baillon , et préparant L’ombre portée de François Tosquelles, je la retrouvai, pensionnaire d’une maison de retraite parisienne, telle que je l’avais toujours imaginée, enveloppée d’une solitude peuplée. Parfois certaines maladies dont l’issue ne peut qu’être fatale, paraissent mettre à nu les nervures de l’être qu’habituellement la mondanité et son semblant obligé recouvrent, et se révèle comme essentiel ce qui ne fut jusque-là qu’un trait, plus ou moins caractéristique, de la personnalité. Tout au long de l’entretien que nous eûmes, alors qu’elle paraissait exposée au vide laissé par les mots ou les idées soudain indociles, s’imposait parfois un silence rompu par une parole ou une pensée buissonnière, suivi quelquefois d’une traîne de phrases, de quelques mots, d’une pensée se faufilant par la brèche ou bien, d’autres fois, des souvenirs non encore émergés plissaient le front d’Hélène. Pourtant cette attente, dans laquelle tous trois étions plongés, n’était nullement embarrassée, aucune impatience, aucun malaise qu’un sentiment anxieux aurait fait naître, aucune conscience tragique ne venait la contraindre. Nous attendions sans aucune gêne qu’Hélène attrape dans les rets du discours les mots et les souvenirs semblant devenus dès lors célibataires et dispersés. Et quelquefois, une salve de mots se faisait entendre et, rangés comme on imagine que le sont certaines archives, un souvenir, une anecdote, un bout d’histoire se déroulait sans à-coup, arraché au silence et à l’oubli. Il est vrai que nos entretiens faisaient appel à la mémoire, et donc aussi à la subjectivité et supposaient un grand effort de rassemblement. Mais, bien au-delà, il me semble que rien ne pouvait être jugé choquant dans cette façon de faire, sinon que, là, se trouvait exagérée, amplifiée, caricaturée une impression que j’avais toujours ressentie en présence d’Hélène, en l’écoutant, c’est que chaque phrase qu’elle énonçait, comme si, musicienne, elle avait été surtout soucieuse de la justesse du ton, semblait, sans effet d’annonce, épurée de tout pathos et de tout bénéfice narcissique.

    On peut imaginer ce que peut être le travail poétique lorsque, libéré de toute emphase et tourné vers le réel, il s’emploie à accueillir les mots que la rencontre avec la réalité appelle et soulève, un travail qui suppose naïveté, modestie et patience. Ne nous empressons donc pas de ranger le poétique du côté de l’art ou de croire qu’il est l’apanage de quelque élite, pas plus que de considérer la naïveté comme un défaut dont il faudrait s’affranchir, ou de traiter la modestie comme une attitude morale. L’exigence dont Hélène Chaigneau, avec d’autres, a toujours fait montre vis-à-vis de la réalité, refusant les mots d’ordre, la fascination qu’exercent les idées, les discours convenus, le prêt à penser, la séduction des petits maîtres, les accointances, les pseudo copinages, appelant et ramenant toujours au concret, non par refus de penser, bien au contraire, ne peut se comprendre que par le souci de ne pas succomber aux facilités que toute représentation semble offrir, aux amalgames et consensus qu’elle occasionne, et aux bénéfices narcissiques qu’elle promet.

    C’est en cela, me semble-t-il, que lors de notre entretien à propos de François Tosquelles , l’attente curieuse dans laquelle nous étions quant à ce qui pouvait venir se dire n’était pas si surprenante que cela, car lorsque Hélène Chaigneau, par ailleurs, prenait la parole en public, et qu’elle semblait embarrassée de le faire, non par timidité mais par grand souci de vérité, elle nous avait déjà habitué à porter une certaine attention à ce lointain d’où viennent les mots justes. Non par timidité mais c’est, semble-t-il, avec une pudeur propre à la nette conscience du pouvoir des mots, de leurs effets destructeurs ou édifiants, mais due aussi à la fidélité à une éthique que l’on pourrait qualifier – si, dans le fond, l’expression n’était redondante – de la singularité, qu’Hélène parlait de ces petits évènements quotidiens qu’un regard affairé ne saurait voir. S’intéresser au singulier, bien au-delà du particulier ou de l’individuel, bien au-delà même du sujet, implique nécessairement qu’on s’intéresse tout autant au collectif dont il s’extrait et qui éventuellement l’accueille. Cette consubstantielle différence entre le singulier et le collectif est certainement une des tensions théoriques majeures qui traverse l’intégralité de l’œuvre d’Hélène Chaigneau qui, très tôt, s’est intéressée à ce que l’on appelait alors la sociothérapie, c’est-à-dire les effets des dynamiques institutionnelles sur les pathologies et leurs thérapeutiques. C’est un intérêt qui emporte avec lui deux corollaires immédiats, s’employer d’une part à reconnaître, et parfois à exhumer, la singularité enfouie sous le fatras des discours et du pathos et d’autre part et simultanément à « travailler » l’institution pour que se développe une autre conception du partage, entendu dans tous les sens du terme et à tout propos.

    Par exemple, au cours de notre entretien à propos de François Tosquelles, un souvenir est venu se poser parmi nous, raconté d’une traite et sans hésitation, sans le moindre doute quant à sa véracité, qui évoquait une déambulation d’Hélène et de son copain François Tosquelles dans les allées de l’hôpital de Saint-Alban, à l’époque où ce dernier y pratiquait encore. Croisant une patiente qui mangeait un bout de pain sur le bord du chemin, Tosquelles se pencha vers elle, « a pris un bout de la nourriture, et puis il se l’est tapé en disant quelque chose comme : « Tu m’en donnes un peu ? » Hélène Chaigneau commente : « …il ne donnait pas une démonstration de la familiarité que l’on peut se permettre avec les malades…Il partageait la nourriture et l’humanité… » Ce n’était pas une mince affaire, en ces temps où, pourtant, la psychiatrie semblait prendre la véritable mesure de la misère qui la minait, de quelque côté qu’elle se tournât, que d’affirmer ce partage d’une même humanité avec le fou, pas plus d’ailleurs que cela semble l’être aujourd’hui. Mais Hélène Chaigneau, fidèle au seul maître qu’elle se reconnaissait, Paul Sivadon , à côté des « copains de la psychothérapie institutionnelle » qu’elle avait rejoints dans le cadre du GTPSY , ne se contentait pas de cette vision humaniste et quelquefois compassionnelle sur les fous et leurs conditions de vie dans les asiles. Simultanément à un intérêt théorique florissant vis-à-vis de la psychose comme mode d’existence, se développaient nombre de disputes et s’expérimentaient nombre de pratiques qui, sous l’aiguillon, entre autres, de la psychanalyse et des travaux de Lacan notamment, avaient pour objet l’élaboration d’une clinique des psychoses. Quoique nécessaire, il devient délicat, alors, de mettre en question les agglomérats qui, dans les établissements, se créent, comme autant d’îlots de résistance, sans que s’y substituent aussitôt des groupes à caractère affectivo-religieux, et malgré cela d’avancer et de soutenir la dimension du collectif. Il est tout aussi difficile d’affirmer la singularité lorsque la saisie diagnostique et idéologique n’est que stigmatisation et rejet ou lorsque, à l’opposé ou par revers, on la confond avec les particularités individuelles, bref où, croyant différencier, de fait on assimile.

    Il me revient à la mémoire, au fil de ces quelques lignes, ce que Jean Oury aime à raconter à propos de sa rencontre avec Hélène Chaigneau, rencontre qui eut lieu en 1955 dans un bistrot, lors d’un stage Cemea, et qui se déroula sous l’égide du philosophe S. Kierkegaard, à propos, plus précisément, de sa conception du « religieux B », que l’on pourrait sommairement traduire par « l’ouverture au possible ». Vue ainsi, la notion de partage, porteuse, semblerait-il, d’une contradiction sémantique, et qui, ici, s’avère cliniquement centrale et fondatrice de la communauté « Psychothérapie institutionnelle », amène à penser que ce qui fondamentalement importe dans le partage, c’est le partage lui-même. Merci à Hélène Chaigneau d’incarner, d’une façon définitive, cette vérité.

    Hélène Chaigneau, (1919-2010) fut psychiatre des hôpitaux à Niort, puis à Prémontré, ensuite dès 1954 à Ville Évrard, enfin à Maison-Blanche de 1971 à 1984. Engagée scientifiquement, dans le cadre de la revue « L’évolution psychiatrique », elle le fut aussi syndicalement, étant longtemps membre du bureau du Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux, au côté de son ami Lucien Bonnafé, syndicat qui promut ce que l’on a depuis appelé La Psychiatrie de Secteur.



    Patrick Faugeras

  • Le 13 novembre 2010 à Canet « Une journée avec… » Claude Rabant

    Le 13 novembre 2010 à Canet « Une journée avec… » Claude Rabant

    Le 13 novembre 2010 à Canet « Une journée avec… » Claude Rabant à partir de 9h 3O à l’Écoute du Port, Port de Canet-en-Roussillon

    Les Associations APEX, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette dix-huitième « journée avec… » ont demandé à Claude Rabant de venir nous présenter ses travaux. Psychanalyste et philosophe, ancien élève de l’École normale supérieure (rue d’Ulm), agrégé de philosophie, membre de l’École freudienne de Paris jusqu’à sa dissolution par Lacan en 1980, Claude Rabant a cofondé le Cercle freudien en 1982 et dirigé, de 1983 à 1989, la revue Patio (Éditions de l’Éclat) et, de 1992 à 1997, la revue internationale de psychanalyse Io (Éditions Érès). Professeur à la Faculté des Lettres de Clermont-Ferrand, puis à l’Université de Paris-VIII (département de psychanalyse), il est l’auteur de Délire et théorie (Aubier-Montaigne, 1978), Clins (Aubier-Montaigne, 1984), Inventer le réel (Denoël, 1992) et de Métamorphoses de la mélancolie (collection psychanalyse, Éditions Hermann, 2010), dont Jean Oury a écrit la préface.

    Nous aurons, comme à l’accoutumée, trois temps d’échanges : le matin, dès 9h 30 ; l’après-midi, à 14h 30 et de 16h 30 à 18h.

    L’accueil des participants se fera à partir de 9h autour d’un petit déjeuner.

  • Causeries de Canet

    Causeries de Canet

    Pychanalyse et Sémiotique

    Tous les lundis de 18h à 20h, sauf vacances scolaires, j’anime à mon cabinet, 104 boulevard Cassanyes à Canet-en-Roussillon, une causerie sur les thèmes touchant à la psychanalyse, la sémiotique, l’éveil de coma. Ce séminaire est ouvert. Cette année il débutera le 10 septembre 2012.

    Vous pourrez trouver les traces écrites de celles-ci au chapitre « Causerie de Canet » sur ce site, où elles sont régulièrement à peu près mises à jour.

  • Intervention d’Émilie Bousquet à Lille 03 juin 2010

    Intervention d’Émilie Bousquet à Lille 03 juin 2010

    DIU PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE

    Je voudrais parler de l’espace de l’institution, tout à la fois espace de projection et espace de création, pour introduire une situation clinique qui illustre, à mon sens, comment l’espace institutionnel s’investit du relationnel, même avec les patients psychotiques.

    Tout premier contact avec une institution qui « abrite des fous » se fonde comme une expérience de la violence. Violence du corps exposé, explosé, monstrueux, qui renvoie à un réel, qui, par définition, ne peut se dire.

    Comme l’écrit Henry Maldiney dans Penser l’homme et la folie. : « La psychose ne se laisse pas faire. Sa dramatique témoigne de ce qu’il y a d’irréductible dans l’homme. »

    Cette violence que nous voyons se déployer dans l’espace de soin, nous la relions, en utilisant le terme de projection, à la violence du vécu psychotique.

    C’est en quelque sorte ce qu‘on pourrait concevoir comme le premier plan de la projection. La projection, au sens général, comme « opération » psychique qui concerne un sujet ; « Opération par laquelle le sujet expulse de soi et localise dans l’autre, personne ou chose, des qualités, des désirs voir des « objets » qu’il méconnaît ou refuse en lui. » selon la définition du Laplanche.

    Ce qui nous intéresse, dans ce concept de projection, c’est son caractère spatial, et notamment autour de ce qu’il montre de l’espace du corps.

    Ainsi, déjà chez Freud, la projection renvoie aux fondements de la différenciation intérieur-extérieur, et moi-monde extérieur :

    En effet, c’est un mode de défense originaire contre les excitations internes trop déplaisantes. Freud explique dans au delà du principe de plaisir : « il existe une inclination à les traiter comme si elles venaient de l’extérieur pour pouvoir utiliser contre elles le moyen de défense du pare-excitations. »

    C’est aussi un terme essentiel de la construction dynamique introjection-projection, largement reprise par M.Klein, autour de sa théorisation de la position schizo-paranoïde.

    (…)

  • C’est pas un malheur, c’est le début des soucis par Françoise Pierens

    C’est pas un malheur, c’est le début des soucis par Françoise Pierens

    C’est pas un malheur,
    c’est le début des soucis.

    « Chaque vie se fait son destin »

    Henri Frédéric Amiel

    Je m’appelle Cindy, j’ai 23 ans, je suis caissière au Super-machin.

    Je ne suis pas franchement belle, ni moche non plus, je suis.

    Je suis la fille de Sylviane (48 ans pour l’état civil, sans âge depuis toujours), et de José (49 ans, trop de ventre et pas assez de dents).

    Fille unique de cette mère et de ce père que j’ai toujours rêvé autres, mais tellement semblables à eux mêmes… je n’ai jamais pu les changer. Sylviane fait des ménages à la Mairie (elle en est très fière… femme de ménage mais pas chez les gens, dans des BUREAUX… c’est là sa fierté. José est maçon dans une Collectivité Territoriale (il en est très fier… maçon d’accord mais fonctionnaire… c’est là sa réussite).

    Ils se sont rencontrés aux « voeux du Maire ». Sylviane, 23 ans, 1m60, 75 kg, habitait chez ses parents. José, 24 ans, 1m75, 82 kg occupait un studio classé « logement social » par le gérant des HLM de la ZUP.

    Ni José, ni Sylviane n’aimait trop ces cérémonies, mais leurs supérieurs leur avaient expliqué que les boudeurs pouvaient remettre en cause la sécurité de leurs emplois.

    L’un et l’autre ne savaient vraiment ni à qui parler, ni s’il fallait se servir abondamment à la table du buffet. À noter que pour être à l’aise avec un verre dans une main, un toast dans l’autre et la bouche pleine, il aurait fallu qu’ils s’entraînent plus d’une fois par an, et ça ils n’en avaient pas l’occasion.

    Pour faire honneur à leur Maire, Sylviane avait emprunté quelques vêtements à une amie de sa mère (1m65, 60 kg), et José avait fait de même auprès d’un de ses multiples frères (1m82, 75 kg). Alors en plus des mains occupées et de la bouche pleine, ils devaient penser à ne pas trop se mouvoir de peur d’entraîner la rupture de quelques coutures.

    (…)

  • CLUB COULEURS DU TEMPS, par M.-O. Suppligeau

    CLUB COULEURS DU TEMPS, par M.-O. Suppligeau

    CLUB COULEURS DU TEMPS.

    « Madame, j’administre depuis des années cet hôpital de la Croix-Rouge Française, bénévolement. Je ne vous permets pas, je ne permettrai à personne, jamais, de changer la couleur de sa croix ! J’avais consenti, de ma qualité de directrice, dans l’ignorance de ce détail. Tant que je serai en poste, il n’y aura ni club, ni coopérative, ni association loi 1901 ou d’aucune sorte ici. Je m’oppose formellement et définitivement à cette déclaration en Préfecture. Suite de l’ordre du jour de notre réunion, s’il vous plait ! »

    Au décours de cette mensuelle réunion institutionnelle, pour ne pas disparaître à ma propre conscience, je me crispais sur la liasse de documents rapportés de la clinique de La Borde . J’y prenais conseil, le week-end précédent, auprès de Brivette pour formaliser (club ? coopérative ? association du personnel ? de parents ?) le travail collectif qui -de fait- s’institutionnalisait, laborieusement, dans l’établissement pour enfants qui m’employait. Brivette me combla d’une brassée de modèles de statuts, d’articles, de son sourire encourageant et de ses recommandations : « Envisagez aussi une éventuelle affiliation aux Croix Marines . Ca fera sérieux. Vous serez moins isolés. »

    Enclave d’un secteur de pédopsychiatrie parisien à la riche histoire, ce complexe thérapeutique se distinguait vigoureusement du réputé secteur du 13ème arrondissement auquel il disputait, rival jaloux, ses identiques valeurs fondatrices. Les arcanes de ces tensions échappèrent longtemps à mon incurie politique. Les rivalités fraternelles s’éteignirent avec le décès accidentel, sur la route des vacances, du fondateur des lieux, le docteur Abraham. Son successeur, le Dr Ben, « nommé par l’opération du Saint Esprit », dernière recrue de la bande des médecins, se destinait à une fonction de psychothérapeute, dans l’hôpital voisin, pour d’adolescents. Illégitime successeur, car le Dr Simon, dauphin officiellement désigné, faisait brillamment ses classes, la carrière d’Abraham tirant vers sa fin. Lors de notre entretien d’embauche, le nom de Claude Poncin sur mon CV eut valeur de sésame auprès du Dr Ben : leur collaboration passée à l’hôpital de jour de St Quentin (Aisne) virait à l’amitié et, au miroir biseauté de leur estime réciproque, ils se contemplaient l’un pour le maître de l’autre. Ben, usant de son nouveau titre, recruta des collègues issus de leurs partages.

    Mademoiselle De, fille de grande famille, bénévole de la Croix-Rouge, gouvernait. Chaque matin, postée avant l’heure au palier du premier étage, de sa présence vigilante, d’une poignée de main et d’un mot bienveillant, elle saluait en le nommant chaque membre de son personnel et pointait le moindre dysfonctionnement : – « Vous avez cinq minutes de retard. Veillez à ce que cela ne se reproduise pas. » Son adjoint, salarié, fils et petit-fils de militants communistes, bercé par les sirènes des houillères du nord, grandit à l’ombre des drapeaux rouges, avant de faire dans le social des études de boursier. La psychologue, une des filles spirituelles d’Abraham et le nouveau médecin chef « nommé par l’opération du St Esprit », fille et fils d’émigrés juifs, taisaient encore leurs ancêtres disparus de la shoah et complétaient l’équipe directoriale.

    Trois « couples éducatifs » prenaient en charge, pour l’entière durée de leur hospitalisation, chacun douze filles et garçons de six à quatorze ans, au sein de « groupes de vie », modèle importé des internats et que les « Hôpitaux de Jour », dans les espérances désaliénistes de l’époque, compléteraient, transformeraient ou éviteraient. Les groupes « verticaux et mixtes », les couples éducatifs induiraient les identifications masculine et féminine, mais début de la fuite des mâles de nos métiers mal gratifiés, un homme seul demeurait en poste et les éducatrices en couple. L’évaluation de l’évolution des enfants transitait, pour l’essentiel, par « la dynamique de groupe », schème savant et évolutif que Simon le dauphin, élaborait mensuellement, avec chacun des couples éducatifs, pendant l’heure de classe des enfants, c’est-à-dire en leur absence. La méthode -d’actualité- répondait à des préoccupations fines de repérage des relations individu-groupe d’appartenance, subjectivité et socialisation, transfert et contre-transfert. Évaluer, par ailleurs, le sérieux des éducateurs à partir de ce document était un jeu d’enfant. L’honnête et attentif Simon n’en pouvait, n’en voulait rien savoir. L’administration, si. Ben, promu, se heurta à la contestation endeuillée des anciens, chagrins et loyaux aux valeurs éprouvées, alors que bâtards et nouveaux (exclus de la lignée du père fondateur) l’encensaient, enclenchant des conflits bruyants, révélateurs des principes qui, à l’insu de chacun, gouvernaient l’établissement.

    (…)

  • 3ème Meeting National
 du Collectif des 39
 
 Samedi 25 Septembre 2010
 De 10 h. à 17 h

    3ème Meeting National
 du Collectif des 39
 
 Samedi 25 Septembre 2010
 De 10 h. à 17 h

    Collectif des 39 
Contre La Nuit Sécuritaire
 


    Quelle hospitalité pour la Folie ?


    Pour une psychiatrie humaine


    Non à une loi de grand renfermement 
 


    3ème Meeting National
 du Collectif des 39
 


    Samedi 25 Septembre 2010
 De 10 h. à 17 h .
 


    A Villejuif 94800

    Espace Congrès les Esselières

    3, boulevard Chastenet du Géry

    94800 Villejuif

    M° Villejuif Léo Lagrange

    http://www.collectifpsychiatrie.fr/…

    Un projet de loi de réforme de la loi du 27 Juin 1990 va être débattu au Parlement à l’automne, « Projet de loi relatif aux droits et à la protection des personnes faisant l’objet de soins psychiatriques et à leurs modalités de prise en charge ».

    Trois mots résument ce projet qui s’inscrit dans le droit fil du discours sécuritaire du Président de la République à Antony le 2 décembre 2010.
Imposture, Illusion, et Régression.


    Imposture,
Car ce texte détourne, pervertit le mot « soin ». Sous le prétexte « d’améliorer l’accès aux soins et de garantir la continuité des soins », il met en place une logique de contrôle et de surveillance aux antipodes d’une approche qui permette de tisser une relation thérapeutique. Il est articulé essentiellement uniquement (pas un article ne concerne les soins sans contrainte !) autour de la dangerosité.
 
Avec la notion de soins sans consentement, qui remplace celle d’hospitalisation, il instaure une « garde à vue psychiatrique » de 72 h. qui pourra passer à 6 jours avec le délai dont disposerait le Préfet pour rendre son avis.
Avec l’instauration des soins sans consentement, il s’agit d’un saut, d’une rupture avec la conception des soins psychiques et des libertés analogue à celle de la loi de février 2008 sur la rétention de sûreté !
À aucun moment, il n’est question des hospitalisations libres ou des soins librement consentis, alors que ceux-ci représentent 80 % des situations cliniques.
Imposture enfin, car il s’appuie sur un pseudo – consensus des syndicats et des associations professionnelles, qui pour la plupart ont dénoncé cette loi comme une loi sécuritaire et non sanitaire.


    Illusion,
Car elle laisse croire aux familles que cette loi « répondra enfin » à leurs inquiétudes, leurs désarrois, leurs impasses dans les situations complexes.
Car elle veut faire croire à l’opinion publique qu’avec cette loi, le risque zéro drame sera possible !
Car elle veut faire croire que le traitement médicamenteux est le seul garant et le seul à même de soigner les maladies mentales.
 


    Régression,
Car il s’agit d’un renforcement de l’hospitalocentrisme, avec la mise en place systématique d’une hospitalisation à plein temps inaugurale pendant au minimum trois jours.
Car, de ce fait, elle conduirait à la fermeture systématique des services d’hospitalisation.
Car elle instaure des assouplissements pour les entrées et un durcissement des procédures de sortie.
Car « les soins sans consentement en ambulatoire » assortis d’une obligation à accepter visites et consultations seraient sous – tendus par une menace de réhospitalisation par la force publique !
Car il instaure sans le dire un fichier psychiatrique (équivalent du casier judiciaire) : le médecin, demandant que le patient bénéficie du droit commun, devra systématiquement rappeler tous les antécédents d’hospitalisation sous contrainte.

    Ce projet de loi est inacceptable !


    Le Collectif des 39 appelle à un grand débat national de société sur l’hospitalité pour la folie, qui définisse une nouvelle politique de soins en psychiatrie :

    Quelle conception de la folie ?


    Quelle formation pour les professionnels ?


    Quels moyens en effectifs et quel budget pour la psychiatrie ?


    Quels droits et libertés ?


    Quelles places pour les patients et les familles dans le dispositif soignant ?

  • Festi Bages, Casa Carrère, été 2010

    Festi Bages, Casa Carrère, été 2010

    Le 16 juillet à Bages.

    Autour de l’exposition de notre grande amie Francesca Caruana, dont le vernissage aura lieu à la Casa Carrère le vendredi 16 juillet à 18h30, les manifestations maintenant habituelles des vendredis des étés de Bages. Le programme est à télécharger au bas de cette introduction.

    Notez tout de suite sur vos tablettes la soirée du 6 août où se produira, à 21h, notre chère Maryvonne (dont certaines chansons sont écoutables sur ce site !).

  • Canet, le 28 juin 2010 : Le désir dans les générations.

    Canet, le 28 juin 2010 : Le désir dans les générations.

    Le désir dans les générations. Canet, le 28 06 2010

    M. B. : Nous sommes le lundi 28 juin 2010, c’est donc la dernière séance de l’année. Je vous signale la sortie de l’avant-dernier livre de Pierre Delion, qui vaut vraiment le coup… c’est épatant, comme toujours, La consultation avec l’enfant, c’est vraiment une description du travail extraordinaire qu’il fait, les liens avec l’environnement, c’est à la fois assez didactique sur les symptômes, les syndromes, tout est expliqué, avec même les classifications française, internationale, et même le DSM IV, et il montre comment on peut accueillir un enfant dans la détresse, avec les parents, très bien…

    Thérèse Martiris : Il reprend les choses qu’il y avait dans le livre L’enfant autiste, le bébé et la sémiotique ?

    M. B. : C’est une autre logique, c’est la consultation. Bon, aujourd’hui comme c’est la dernière, j’aime bien que ce soit plutôt des questions sur l’année, sur ce qu’on a fait, dit, pas dit, toutes les questions rentrées que vous n’avez jamais osé produire parce que vous étiez fatigués… mais peut-être qu’aujourd’hui vous allez être en pleine forme pour poser des questions… Alors vous m’avez posé une question par mail…

    Public : Oui, mais ce n’était pas vraiment une question…

    M. B. : Non…

    Public : … Wittgenstein…

    M. B. : Wittgenstein ?

    Public : Je le voyais dans les séminaires de Jean Oury, et parle beaucoup de lui dans un Collège à Paris. Parce que j’avais entendu dire que sa sémiotique était binaire…

    M. B. : C’est-à-dire que c’est compliqué, Wittgenstein, qui a eu tout un parcours assez complexe, enfin en dehors du fait qu’il était en classe avec Hitler, il y a eu d’abord tout cet apport à la logique, c’étaient ses premiers ouvrages, et il semble qu’à partir de son livre La certitude il avait rencontré Peirce, enfin il l’a lu, ce qui fait que ça modifie un petit peu ce qu’il racontait. Mais comme je ne comprends rien à Wittgenstein, il y a plein de gens que je ne comprends pas, il en fait partie, hélas ! Mais ça ne me mobilise pas plus que ça. C’est un type intéressant, mais je ne comprends pas ce qu’il raconte. Comme Guattari ! Guattari, je l’avais rencontré à La Borde. Il m’avait invité à venir à son séminaire à Paris, j’étais allé y faire un blabla, c’était très sympathique, un type charmant, et il m’a dit « mais tu ne m’as jamais lu ! », et je lui ai dit « non, je ne te comprends pas ! ». Du coup il m’a offert une pile de livres, qui sont toujours là, que je n’arrive toujours pas à lire… Je ne me force pas, et comme je ne suis pas un fan de l’érudition, comme vous avez pu le remarquer, je ne prends que les gens qui m’intéressent. Gérard Deledalle avait beaucoup étudié Wittgenstein, il a écrit d’ailleurs sur lui, sur les rapports Wittgenstein/Peirce. Je suis désolé…

    Public : Non mais c’est parce qu’il y a un problème…

    M. B. : Peut-être pourriez-vous en dire quelques mots de ce problème ?

    Public : … je l’ai commencé trois fois jusqu’à la dixième page et puis…

    M. B. : Ah ? Aussi ?

    Public : Un jour j’ai lu la fin, qui est pas mal aussi, mais le milieu…

    M. B. : D’accord, c’était pour combler ! Eh bien, vous êtes mal tombé, il faut trouver quelqu’un d’autre, c’est désespérant ! Quand ça le fait pas, ça le fait pas… (rires)

    Je vais parloter comme ça, et si vous avez quelque chose qui vous vient, vous m’interrompez, n’hésitez pas. La dernière fois j’avais essayé d’aborder quelque chose qui est sans doute la chose la plus difficile dans le parcours qu’on a fait cette année, la question du temps. On avait vu au début de la séance Florence fixée sur les petits ronds, mais ça va, il paraît que depuis tu as renoncé à voir tous les ronds. Oui ? C’était à partir de l’article de Lacan sur le temps logique, et ce que j’essayais de vous dire, c’est que finalement la question du temps est très voisine de la question du possible et de la possibilisation. Laurence, qui écoute les séminaires, m’a envoyé un mail dans lequel elle me disait : est-ce que finalement le rôle du psychanalyste ne serait pas d’introduire le temps ? C’est une question intéressante parce que, après tout, pourquoi pas ? C’est une question qui mérite une réflexion, mais je ne sais pas si on va pouvoir aller jusqu’au bout de celle-ci.

    Je suis en train de lire doucement ce livre superbe de Claude Rabant, que je vous recommande, Métamorphoses de la mélancolie, c’est vraiment très bien, et j’ai lu quelque chose de remarquable et de terrible : j’ai été plagié par Walter Benjamin ! J’avais ‘inventé’ le « désir du scribe », j’en ai souvent parlé ici, à savoir les interprétants qui auront été donnés à son inscription. C’est majestueux ! mais je dois dire que personne n’a jamais réagi à cette chose-là. Je le pense toujours, mais bon, je n’ai pas eu de succès ! Et qu’est-ce que je vois chez Rabant, page 167 au cas où vous le lirez : « De fait, si l’inscription se transfère d’elle-même, pour ainsi dire, ou désire sa propre traduction, selon le mot de Walter Benjamin… » Je ne sais si vous voyez ! Ça avait déjà été inventé par ce type. Je trouve fabuleux qu’un bonhomme, que je n’arrive pas à lire, qui est si loin, mais qui est venu mourir à côté de chez nous, — il est mort à Port-Bou le 26 septembre 1940, — qui a beaucoup travaillé sur la traduction, un des grands penseurs de l’époque d’avant-guerre, vienne me plagier ainsi !

    (…)

  • Canet, le 21 juin 2010 : le nuage sémiosique et le temps

    Canet, le 21 juin 2010 : le nuage sémiosique et le temps

    Canet, le 21 06 2010 : le nuage sémiosique et le temps

    M. B. : Nous sommes le lundi 21 juin 2010. Pour indiquer un peu la démarche que je suis, du verbe suivre, comme toujours, je me sers de la logique, avec tous ses développements. Ce ne sont pas des logiques extraordinaires, mais plus simples et les plus classiques qui soient, mais qui donnent des bases solides. Plus ça va, plus j’essaie d’intégrer le concept de sémiose dans ce que je fais, c’est-à-dire que, comme vous l’avez vu, nous sommes passés la dernière fois, de définitions purement logiques, simples, — comme : qu’est-ce que le général ? Réponse : c’est quand on omet le principe du tiers exclu ; qu’est-ce que le vague ? Réponse : c’est quand on omet le principe de contradiction, — à quelque chose de plus subtil : dans une sémiose concrète comment ça se manifeste ? C’est-à-dire, est-ce qu’il y a un manière de caractériser les sémioses qui puisse permettre de savoir s’il y a du général, du vague, etc. ? J’avais développé ça en vous disant que, au fond, le général et le particulier, l’universelle je veux dire, et la particulière sont à mettre du côté du général sans doute, mais cette fois-ci avec l’idée, mais c’est un vieux truc de Peirce, qui est que lorsque une proposition universelle est affirmée, à ce moment-là l’interprète, lui, est libre de choisir le sujet qu’il veut. « Tout homme est mortel ». « Quel homme ? » Celui que vous voulez ! Dans la sémiose qui permet de définir le vague, c’est « quelqu’un est venu hier soir », et si je dis « mais qui ? », « à vous de trouver ! » Il y a bien quelqu’un de précis qui est venu. C’est et ce que j’essayais de développer, mais en essayant maintenant de différencier le particulier du singulier. En fait le particulier est doté d’une certaine généralité, ne serait-ce que la généralité que lui confère le fait d’être un ensemble de sujets. Que cet ensemble lui-même soit vague d’une certaine façon c’est à voir, car il y a une part de vague. On ne peut pas choisir tout à fait, il y a une part de contrainte importante dans le fait d’avoir à choisir dans cet ensemble, mais la généralité tient au fait que cet ensemble ayant été défini, on peut prendre n’importe lequel des sujets dans l’ensemble, et ça, c’est la généralité. Ainsi le particulier est quelque chose qui se distingue d’une certaine manière du vague, parce qu’on peut choisir le sujet qu’on veut dans l’ensemble, mais aussi du vague, parce que l’ensemble en question est bien défini. D’où l’idée de mettre le singulier comme le vrai sujet de la logique du vague.

    Je vous avais promis aussi de vous parler de la question du temps, puisque c’était la question que pose Mathieu. Je vous avais demandé de lire un petit texte qui est sur mon site qui s’appelle Lois du temps, loi de l’espace, c’est un extrait du bouquin, à la fin du Des fondements sémiotiques de la psychanalyse, j’ai traduit avec ma cousine germaine le texte de Peirce, enfin c’est elle qui l’a traduit parce que si c’était moi !… J’ai trouvé intéressante la question de Mathieu, vous lui transmettrez ce que je dis, qui demande : qu’en est-il de l’assertion de certitude anticipée ? Je vous rappelle un petit peu, c’est un texte de Lacan, un ancien texte de Lacan, dans les Écrits, c’est un des premiers textes des Écrits. Il y a trois prisonniers, et l’un d’entre eux va pouvoir être libéré à condition qu’il résolve la question suivante : chaque prisonnier a dans son dos un rond noir ou blanc, le premier qui devine la couleur du rond qu’il a dans son dos, sera libéré. Bon, il y a des contraintes morales là-dedans, enfin morales immorales, parce qu’évidemment les deux autres ne vont pas lui dire ce qu’il a dans le dos, donc il va falloir qu’il le trouve en ne voyant que celles qui sont sur le dos des autres.

    Je vous lis le début du texte : Le directeur de la prison fait comparaître trois détenus de choix et leur communique l’avis suivant : pour des raisons que je n’ai pas à vous rapporter maintenant messieurs, je dois libérer l’un d’entre vous. Pour décider lequel, j’en remets le sort à une épreuve que vous allez courir s’il vous agrée. Bon, admettons le ton d’une prison inusuelle.

    Il y a cinq disques, trois sont blancs et deux sont noirs. Il accroche trois des disques dans le dos des prisonniers et il attend. À un moment donné, un des prisonniers dit « j’ai un disque de telle couleur dans le dos », c’était ça, et il s’en va. Voilà, c’est simple. Alors, comment ce prisonnier a-t-il fait ? Supposons qu’il y ait deux noirs dans les trois choisis par le directeur stylé, celui qui verrait les deux noirs dirait « le mien est blanc » puisqu’il n’y a que deux ronds noirs, et il partirait. Or cette configuration ne s’est pas produite, c’est là que se pose la question du temps logique. Premier temps, personne ne bouge, donc le fait que personne ne bouge est déjà un événement en soi, parce que ça signifie qu’il n’y a pas deux disques noirs dans la distribution. Supposons maintenant qu’il y ait un noir uniquement. Le prisonnier qui verrait le noir saurait qu’il a un blanc dans le dos, et partirait. À nouveau, dans ce deuxième temps, personne ne part. Donc il y a trois disques blancs, et le premier prisonnier qui peut penser ça énonce « j’ai un disque blanc », et part. C’est d’une logique implacable.

    (…)

  • Tours Dr Royer 2010

    Tours Dr Royer 2010

    PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE,
    UNE PSYCHOTHERAPIE DE CONTACT

    La vie dans un service de psychiatrie à l’hôpital est faite de portes qui s’ouvrent, se ferment, s’ouvrent, se ferment, parfois tranquillement, parfois sèchement, parfois de façon accueillante, parfois de façon repoussante.

    Une porte est particulièrement prise dans cette affaire, c’est la porte du bureau des infirmiers, bureau poste de manœuvre, havre de paix, lieu de connivence, forteresse assiégée, terrain d’accueil, champ clos des synthèses, réunions et autres joutes.

    Et la porte d’être poussée jour après jour, semaine après semaine, mois après mois, année après année, par des patients, des habitués souvent, chroniques comme on dit, psychotiques, autistes, retardés mentaux, abandonniques, quelques arrivés de plus fraîche date se joignant à l’affaire.

    Cette poussée de porte est intempestive, répétitive, envahissante à en devenir parfois harcelante, au point de générer à un moment ou à un autre de l’agacement, du rejet chez l’infirmière la mieux disposée, intrusion de l’espace vital, intrusion dans l’espace mental, méconnaissant ce qui se déroule dans le bureau, le travail, les réflexions, échanges ou pauses en cours. Ça ouvre, ça entre quoi qu’on dise, quoi qu’il arrive. Pour dire quoi ? Pour demander quoi ? Pas grand-chose, des petites choses en apparence. Demander une cigarette, s’asseoir sans rien dire, énoncer une phrase pas très claire, signaler un soi disant incident, chercher un objet perdu, se plaindre, se réfugier, quêter une approbation, grappiller de la présence, entrer pour entrer. Et quand c’est fini, ça recommence.

    C’est à la fois disparate, mais c’est permanent, exerçant une pression avec peu de répit, invariante, difficile à lire, à accueillir, tant c’est hétérogène, instantané, ne permettant pas d’avoir une stratégie établie individuelle ou collective de réponse, un temps soit peu structurée, partagée, efficace, avec un effet de dépourvu malgré l’aspect répétitif qui confine parfois à la stéréotypie.

    Se montrer ouvert, disponible, accueillant à s’en faire phagocyter, se blinder, tout fermer à passer à côté de tout. Les tentatives d’organisation rationnelle de temps d’accueil spécifique sont mises à mal.

    D’une manière plus expressive, mais sur le même mode intempestif, une patiente schizophrène, délirante, hospitalisée au long cours, il y a quelques jours, justement, entre dans le bureau infirmier, en s’imposant plus ou moins comme elle le fait d’habitude et énonce : « J’ai besoin d’avoir un contact froid pour avoir la tête plus froide. J’ai les mains chaudes » puis enchaîne, « J’aimerais qu’on me facilite le langage », puis continue sur des considérations hermétiques sur les coccinelles, les petites bêtes à Bon Dieu et les petites bêtes à diable.

    Il est question de la qualité d’un contact, du contact comme un besoin, comme manger ou dormir, comme si l’existence en dépendait, en regard d’une difficulté à utiliser pleinement le langage et ses représentations symboliques.

    Un autre patient, schizophrène, en consultation au CMP, aux propos toujours un peu tortueux, empreints de paralogisme, dit que maintenant il fait « la prière », référence faite à la religion musulmane. D’origine kabyle par son père, de culture chrétienne, il fréquente des musulmans, chez qui il prie selon le culte musulman, sans pour autant exprimer une volonté de réelle conversion. Il met en balance la prière mahométane et la prière chrétienne. Pour la prière mahométane : « C’est mieux que le signe de croix ». Il n’est pas tellement question de choix, de conviction religieuse, de foi, mais plutôt de dispositif psychomoteur, corporel, précisant ensuite que pour prier il est déchaussé, nu pied, qu’il sent le sol dur avec ses pieds, que c’est un bon contact, facteur d’on ne sait quel vécu positif, sentiment d’exister, voire de bien être.

    Dans toutes ces affaires, il est question de contact, entre autre instantané, répétitif, irrépressible, avec les soignants et leur espace à la porte du bureau infirmer, vecteur d’une forme de possibilité d’exister par la sensation, le corps, la présence, en regard de la difficulté à exister par le langage et sa composante symbolique.

    (…)

  • Dr Serge Drylewicz

    Dr Serge Drylewicz

    Intervention DU Lille 3 juin 2010 version 31 mai 2010
    Destigmatisation, désaliènisme et vie associative : vers une psychiatrie populaire.

    La semaine de la santé mentale avec pour thème la destigmatisation, se déroule à un moment qui parait crucial pour le système de santé publique. La loi HPST se met en place, ,et des réformes sont annoncés qui , si elles se confirment risquent de mettre en question les principes même de l’organisation de la psychiatrie fondée sur la sectorisation.

    Les réformes qui se mettent en place surfent sur une ambiance très particulière qui frappent la psychiatrie, de plein fouet. Nous parlons de destigmatisation, mais il nous semble notamment avec le débat sur l’identité nationale, la mise en avant des priorités sécuritaires, que se banalise les petites phrases racistes, le rejet, l’humiliation, la culpabilisation à l’égard de ce qui semble différence du  » corps traditionnel français ».

    A l’occasion de faits divers, la presse, mais aussi hélas des responsables de l’état, pratiquent l’amalgame entre maladies mentales et dangerosité.

    Une vision génétique, innée, fataliste des comportements et des trajectoires de vie, semble devenir vérité officielle justifiant la prédominance du répressif sur la remise en question de processus sociaux pathogéniques. Hélas aussi, les pouvoirs publiques, surfant sur des effets de peur, annoncent des mesures répressives et retrograde sur l’organisation des soins en psychiatrie. C’est au quotidien que nous devons lutter contre des pressions tendant à à rendre les soignants de psychiatrie garants de l’ordre public, devenu prioritaire par rapport aux objectifs de soins. Cette pression s’accompagne d’une culpabilisation des équipes, et d’un grand malaise de celles ci sur leur mission, notamment d’accompagnement et de réinsertion dans la cité.

    Ce qui se manifeste en psychiatrie participe d’une tentative de modifier profondément des valeurs collectives de notre société, héritées notamment du Conseil national de la Résistance , qui mettait l’accent sur la solidarité, les responsabilités mises en partage, une conception exigeante de la justice sociale. Ces remises en question du service public hospitalier, du secteur psychiatrique, se retrouvent dans des champs différents , éducatifs, sanitaires, social, mobilisant , et pour y résister des dizaines de milliers de professionnels et d’usagers, se retrouvent notamment dans l’Appel des Appels animé par le psychanalyste Roland Gori.

    La destigmatisation de la maladie mentale et de la folie, elle doit encore s’accomplir aujourd’hui dans un climat de regain de stigmatisation, et elle peut s’appuyer sur cette expérience accumulée depuis ce que Lucien Bonnafé ( 1912-2003, il fut l’un des inventeurs du secteur) appelait la révolution psychiatrique au lendemain de la guerre. Ce mouvement était fait d’inventivité, d’enthousiasme, d’esprit critique incisif à l’égard de ce qui oppresse ,déshumanise dans les institutions à visée ségrégative. Les réformes actuelles se font contre l’avis de l’écrasante majorité des professionnels, sans concertation, et dans la précipitation. Mais parait il les réformes connaitront une pause à la fin 2011…

  • Canet, le 07 juin 2010. Logique du vague, logique du général : le singulier.

    Canet, le 07 juin 2010. Logique du vague, logique du général : le singulier.

    Logique du vague, logique du général : le singulier

    Canet, le 07 06 2010

    M. B. : Nous sommes le lundi 7 juin 2010, ah…

    Public : (brouhaha)

    M. B. : Ça devient difficile là, quand il y en a qui…

    Public : Pardon…

    M. B. : On constatait avec quelques uns, qu’habituellement il y a des moments où, très généralement, quand un groupe se réunit comme ça, même si personne n’intervient, il y a un moment de silence. Je disais que ce devait être lié à un phénomène nommé « la loi des séries », je ne sais pas si vous connaissez. La meilleure, et la moins évidente façon de la définir, c’est de dire que la probabilité pour que des événements suivent exactement la loi de probabilité est nulle, que, par exemple si vous jouez à pile ou face, la probabilité pour tirer indéfiniment la succession pile puis face etc. est nulle. C’est pour ça qu’il y a des embouteillages sur les autoroutes, des bouchons ! La répartition statistique sur une portion donnée de la voie n’est jamais réellement uniforme, les voitures vont par paquets, et font un bouchon. Il en va de même pour un groupe : à un moment donné il y a un « paquet » de silence qui s’installe par hasard, enfin suivant la loi des séries, et ce silence tout à coup s’impose. C’est là qu’il faut en profiter et commencer le speech, sinon il faut attendre le prochain et parfois c’est long ! C’est comme sur les autoroutes bouchonnées, vous n’avez pas toujours des bouchons, il y a des endroits où ça roule serré mais sans bouchon, voilà, loi des séries. Avoir pu établir que la probabilité pour que les événements suivent exactement la loi de probabilité est nulle, ça fait partie des choses qui font croire en l’humanité.

    Cela dit, aujourd’hui après la parenthèse de la dernière fois, — je ne sais pas ce que vous en avez pensé mais je crois avoir trouvé un truc un petit peu nouveau, mais j’en reparlerai à l’occasion —, je voudrais continuer sur ce que j’avais dit il y a quinze jours. Je me suis fait engueuler par Laurence, qui ne vient plus mais écoute l’enregistrement. Elle me demande avant de prendre l’enregistrement sur son ordinateur si c’était mauvais ou excellent. Ce n’est jamais ni mauvais ni excellent ! C’est comme ça vient ! Là elle m’a dit que, vraiment, on ne comprenait rien à ce que je racontais sur le général, que jusque là elle avait les idées claires et que maintenant elle ne les a plus… Je trouve ça plutôt bien, parce que les idées claires c’est parfois dangereux, enfin il faut faire gaffe parce qu’on a l’impression de comprendre alors qu’on ne comprend rien, on est complètement à côté de tout. Du coup j’étais plutôt pas mécontent.

    Alors je vous rappelle brièvement la chose. Je vais vous le faire un peu didactique, ce n’est pas trop mon style, mais enfin… Vous savez qu’il y a trois grands principes qui dominent la logique, vous les connaissez tous les trois, le premier, c’est fondamental, on a l’impression que sans ça on ne pourrait rien faire, ce qui n’est pas faux, c’est le Principe d’identité, qui est très simple, c’est de dire que « A est A ». On pourrait considérer que c’est très clair, que c’est évident, et c’est un peu le problème ! Les principes ont l’air évidents comme ça, méfiez-vous ! Le deuxième principe, c’est le Principe du tiers exclu, c’est celui que j’ai exposé il y a quinze jours, le principe du tiers exclu étant, je vous le rappelle, le fait qu’étant donné un prédicat ou qualité quelconque A, c’est le nom de la qualité, vous y mettez dessous tout ce que vous voulez, et étant donné un objet logique quelconque, ou bien je prédique A ou bien je lui prédique non-A, la manière dont vous l’attribuez, les raisons pour lesquelles vous l’attribuez ne nous intéressent pas. Ça va ? Toute chose est soit A soit non-A, c’est toute chose, toute chose est soit A soit non-A, chaque chose du « tout ». Le troisième principe est dit Principe de contradiction, — on devrait l’appeler le principe de non-contradiction mais on l’appelle le principe de contradiction, c’est comme ça —, qui nous dit que rien ne peut être à la fois A et non-A, par exemple pour reprendre les choses sur l’alcool, personne n’est à la fois saoul et à jeun. Ça va ? C’est sur ces trois principes que repose toute la logique, ce sont des postulats de base de la logique classique. Que se passe-t-il si on omet l’un des principes ? C’est la question posée. La dernière fois je demandais comment peut-on considérer les objets qui n’obéissent pas au principe du tiers exclu ? Si vous souvenez, je vous avais d’abord dit essayez d’abord de voir ces objets comme des propositions, est-ce qu’une proposition obéit au principe du tiers exclu ou pas, et je vous avais fait remarquer qu’en fait là on touchait à quelque chose d’un autre niveau, c’était le niveau de ce qu’on appelle les propositions universelles, dont vous avez peut-être entendu parler. Certes il faudrait que je vous reprenne tout ça, mais vous savez que vous avez un très bon livre là dessus, qu’on s’est donné du mal à faire avec Janice Deledalle : on y a traduit toutes les entrées logiques de Peirce dans le grand dictionnaire Baldwin de 1900 ! C’est rude à lire, mais vous y trouverez des lueurs sur tout ça. D’ailleurs un de ces jours il faudrait que je vous fasse un truc sur le quadrant de Peirce, dont Lacan a fait grand cas, mais aujourd’hui je vais me contenter de vous parler tout d’abord du général, vous en reparler, et pour cela je vais directement à la conclusion, ce sera plus simple. Nous avions vu que les concepts étaient par nature généraux, car pour eux, de certains prédicats on ne peut dire si le concept en question les possède ou pas. Par exemple dans la phrase célèbre « tout homme est mortel » il n’y a pas lieu de répondre à la question du sexe de « l’homme » en question, ni de la couleur éventuelle de sa peau, et bien d’autres choses, d’autres prédicats, encore. Y a-t-il d’autres « objets logiques » qui s’évadent du principe du tiers exclu ? Nous n’avons pas répondu à cette question très générale, mais disons que nous en avons un bon morceau avec les concepts. Par ailleurs je vous avais fait remarquer que les concepts ne devaient pas être vus comme des ensembles totalisants, ce ne sont pas des ensembles à proprement parler, pour une raison simple, c’est qu’on ne peut, en général, ni les donner en extension, c’est-à-dire en citer tous les membres, ni en intention, le niveau de précision de leur définition étant insuffisant. Ce qui gît sous la question du général, c’est le fait qu’on ne peut pas dire « tout » de façon suffisamment informée, sauf peut-être lorsqu’on a affaire à quelque chose propre à être un ensemble (les « patates » de votre enfance !). Toutefois, si je dis « tout homme est mortel », voilà ce que j’entends par là avec Peirce. Si je prends un objet du monde, quel qu’il soit, et si cet objet est un homme, alors cet objet est mortel, et c’est très précisément ce que signifie « tout homme est mortel ». Ça ne signifie pas que je totalise les hommes et que je les vois crever, depuis Sirius ! Si je peux dire de quelque chose que c’est un homme alors cette même chose est mortelle. Voilà, j’ai résumé très brièvement ce à quoi nous étions arrivés, à peu près. Je ne sais pas si ça va calmer Laurence, si ça vous permet d’avoir une idée un peu plus claire de ce dont on parlait ? J’avais opposé les concepts aux objets existentiels, un objet existentiel étant un objet qui a de l’existence c’est-à-dire qu’on peut décider, pour chaque prédicat qui va se proposer, dire s’il peut en être affecté ou non.

    (…)

  • L’Incommensurable, un conte de Saïd Sabia

    L’Incommensurable, un conte de Saïd Sabia

    INCOMMENSURABLE
    (Histoire d’un collier)
    Conte de Saïd Sabia ∗

    Après les salamalecs d’usage et le rituel du thé de bienvenue, commença la longue exposition de bracelets, bagues et colliers, entrecoupée de temps à autre par un commentaire sur l’origine, la qualité ou la matière avec laquelle on avait fabriqué, vieilli, détérioré ou amélioré le bijou montré. Le vendeur, après avoir vérifié qu’aucun des objets ne retenait l’attention de Michel, lui demanda s’il était disposé à acheter, à présent sans marchandage ni prise de tête, auquel cas il sortirait la boîte magique.

    Michel éclata de rire comme il l’avait souvent fait ce matin avec les nombreuses blagues que lui avaient racontées ses compagnons sur la vache folle dont l’énigme avait été déchiffrée par un yébli de Tanger, ou le sousi qui voulait étudier jusqu’à devenir fasi, et beaucoup d’autres dont il ne se souvenait plus.

    Qu’est-ce que c’était que cette histoire de boîte magique ? Etait-ce une autre des centaines d’inventions que sortaient de leur manche les vendeurs de la médina et grâce auxquelles ils faisaient payer à prix d’or n’importe quelle babiole ? De toute façon, que perdait-il à voir le contenu de cette boîte ?

     Allez, sortez-la, voyons ce qu’elle contient.

     Non, lui répondit le vendeur, cette boîte est réservée aux clients qui ne craignent pas les émotions fortes et qui ont des grosses liasses de billets dans de gros portefeuilles. S’il avait l’intention de beaucoup marchander, qu’il le dise. Il pouvait lui montrer le contenu sans engagement, juste pour le plaisir des yeux, mais, par pitié, si cela l’intéressait, qu’il ne marchande pas. C’était à cette condition-là. Michel était intrigué tout en sachant pertinemment que les vendeurs ont mille et un trucs pour intéresser les clients, lesquels, quoiqu’ils fassent, finissent toujours par se faire prendre la tête et achètent en un rien de temps cinq fois plus cher que prévu. Bref, il allait être vigilant.

     Bien, allons-y, j’accepte votre condition juste pour le plaisir de voir.

    De toute façon, parmi tout ce que lui avait montré le vendeur, Michel avait repéré ce qui l’intéressait et, suivant le conseil d’autres amis qui avaient séjourné avant lui à Fez, il ne montra pas le moindre intérêt devant ce qu’il comptait acheter. On lui avait, en effet, expliqué que ce qui perdait les touristes, c’était l’expression de leur visage devant les objets qui leur plaisaient. Les vendeurs faisaient attention à tout et lorsqu’ils voyaient ces expressions, les prix étaient multipliés comme par magie et on avait beau marchander, ils finissaient toujours par vendre au triple ou plus de la valeur de l’objet. Mais lui était prévenu et il ferait attention.

     Allons, voyons la boîte magique, j’accepte votre condition. Si quelque chose me plaît vraiment, on en reparlera.

    Derrière le siège où était assis Michel, il y avait un miroir qui couvrait tout le mur et qui permettait aux clients de voir comment leur allaient les bijoux qu’on leur montrait. Le vendeur lui demanda de le faire glisser un peu vers la gauche, ce que fit Michel. Au début il s’attendait à trouver une armoire à étagères comme il en avait vues beaucoup dans d’autres bazars ; son regard, prêt à s’arrêter à quelques centimètres derrière la fente le long de laquelle courait le miroir, ne trouvant rien qui l’arrêtât, se perdit dans un espace profond et mystérieux qui n’était ni une armoire ni rien qui y ressemblât. On aurait dit une grotte sortie des légendes que racontaient les vendeurs. Vide. Les murs, qui n’en étaient pas, ne supportaient aucun objet et le sol, duquel se dégageait une humidité ancienne, ne semblait avoir ni surface ni couleur. Juste au milieu, il fallait allonger beaucoup le bras pour le toucher, il y avait un objet. Un objet petit et décoloré dont il n’arrivait pas à déterminer les formes. Il semblait également sortir de ces fameux contes. Pendant un instant, Michel se sentit transporté hors de l’espace. Il avait perdu, rien que pour avoir vu cet objet, la notion de l’espace auquel il tournait maintenant le dos. Un frisson infini l’envahit et il se sentit transporté dans d’indéchiffrables mondes. Il lui sembla s’être perdu dans cette grotte. Il lui semblait qu’il changeait de dimension, qu’il perdait pied Il se sentit envahi d’une horrible peur. En un millième de fraction de seconde qui, à lui, lui parut une éternité, il se sentit dépouillé de son identité, de sa culture, de son savoir ; il se sentit nu et désemparé. Comme s’il allait perdre connaissance. Il ne sut pas exactement s’il allait avoir un malaise, mais la sensation qui l’envahit à cet instant était semblable à celle qu’il avait eue la fois où, dans sa lointaine jeunesse, il s’était aventuré à fumer son premier et unique joint. Il sentit qu’il avait besoin d’aide, lui qui aidait les autres, lui qui n’hésitait pas le moins du monde à s’immiscer dans les intimités, à explorer les rêves, à résoudre des énigmes, à remonter le cours des vies de ses patients ; lui qui avait l’habitude de parcourir tranquillement les méandres et recoins des consciences des autres ; lui qui se croyait immunisé contre la surprise et le mystère.

    Il se surprit lui-même à demander « pardon » et le vendeur qui lui demandait « de quoi ? Que s’est-il passé ? Tu la vois, elle est là, apporte-la s’il te plaît. »

    Les paroles du vendeur le ramenèrent au temps et à l’espace desquels, pendant un moment, il s’était cru chassé. Eh c’est peut-être vrai, cette histoire de boîte magique. Allons, arrête tes bêtises. Ce doit être l’ambiance, les histoires qu’on lui a racontées sur cette ville et ses contes magiques. Il eut envie de leur dire ce qu’il avait ressenti, ce qui lui était arrivé dans cette grotte, mais il eut honte et il se souvint qu’il tournait le dos au vendeur et qu’il devait voir et prendre la boîte. Son cerveau donna l’ordre à ses yeux de voir la boîte, qui pourtant était là depuis toujours et qu’il avait vue sans la voir ; et ses yeux ne comprenaient pas comment son cerveau pouvait donner un ordre qui était déjà exécuté puisqu’ils étaient posés depuis un moment sur la boîte et qu’ils ne s’en étaient pas éloignés ne fut-ce qu’un instant. C’était le cerveau qui n’y était pas.

    C’était le cerveau qui était fermé à ce que lui transmettaient ses yeux. C’est pourquoi il ne réussissait pas à discerner lui, non ses yeux, ce petit coffret décoloré peut-être par les années ou par les milliers de mains noires, blanches, dures, molles, fines, fraîches ou ridées qui l’avaient effleuré, les milliers de souffles et d’haleines, chauds ou froids, parfumées ou rances haleines, les milliers de souffles qui lui avaient ôté la poussière de jours, de mois, d’années.

    Sa contenance retrouvée, Michel récupéra d’un coup son identité et ne put éviter que son esprit de psychanalyste se mît à fonctionner à toute allure. Il voulait trouver tout de suite l’explication de ce qui lui était arrivé. Il savait par ses lectures que le fantastique résidait dans ce que certains auteurs appelaient apparition, il considéra donc pendant une seconde que cet objet, cette grotte qui ne devaient pas se trouver là et qui pourtant s’y trouvaient, pouvaient être considérés comme quelque chose de fantastique. Mais il se dit que cela ne pouvait pas être fantastique car il savait parfaitement où il se trouvait bien qu’il ne sache pas à quoi attribuer ce qui lui était arrivé.

    Mais qu’est-ce que c’était « ça » ? Il pensa qu’il réfléchissait depuis un temps incommensurable, cherchant une explication plausible. Comment aborder cela ? Comment l’analyser ? Par où commencer ? Il recommença à avoir peur en se voyant lui, psychanalyste, incapable de répondre à ces questions. Il se sentit fatigué, comme s’il avait passé de longues heures à réfléchir à ce problème.

    Ça ne va pas ? lui demanda le vendeur. Vous vous sentez bien ?

    Ces deux questions le ramenèrent à la réalité pour la deuxième fois. Il était sûr, lui, qu’il n’était pas sorti de cette réalité. Il savait parfaitement pourquoi il était venu, ce qu’il était en train de faire dans ce bazar, et ce que le vendeur s’apprêtait à lui montrer : une boîte que l’on disait magique et qui probablement ne contenait rien d’autre que les mêmes babioles que l’on exposait dans toutes les vitrines des boutiques de la médina.

    Il était onze heures du matin et il n’avait rien bu ni fumé. Même la superbe pipe qu’il arborait ne lui servait qu’à quelque chose que, en tant que psychanalyste, il se refusait à reconnaître. Il n’avalait pas la fumée. Il n’avait rien bu d’autre que le thé qu’on lui avait offert ici même, un thé délicieux, à la menthe et très sucré. Serait-ce le thé ? Mais tous les gens qui étaient dans le bazar étaient en train de boire le même thé, dans les mêmes verres d’une curieuse morphologie, qui, ça non plus il ne savait pas l’expliquer, lui rappelaient les « rondeurs » que les espagnols appelaient avec un manque absolu de sentiment érotique « courbes » ou pire, « rotondités ». Non.

    Décidément non. Il n’avait rien pris de bizarre ni n’avait avalé à aucun moment la fumée de sa grosse pipe.

    Pourtant, il hésitait à considérer l’affaire résolue, et en se rendant compte qu’il hésitait, il se souvint d’un autre critique qui s’était occupé de fantastique et qui disait que c’était cela même, l’hésitation devant un fait insolite ou peu fréquent, ce qui déterminait que le fait devienne fantastique.

    Mais qu’est-ce qui se passe, bordel ? Je suis dans la médina de Fez, dans un bazar. Je viens acheter à ma femme et à ma fille un collier et un bracelet pas trop voyants et si possible avec quelques petites boules d’ambre, pas trop grosses. Ça oui, pas de couleurs voyantes. Ni l’une ni l’autre n’aimaient ces babioles avec de grosses pierres de sept couleurs avec lesquelles leurs amies revenaient de leurs fréquents voyages en Afrique. De cela, oui, je me rends parfaitement compte. Je me rends compte aussi que cette histoire de boîte magique ne peut être qu’un truc du monsieur que j’ai devant moi et qui essaye de me prendre la tête pour me vendre sa camelote.

    Il n’eut pas le temps de dire au vendeur d’ouvrir la fameuse boîte magique parce qu’au moment où il se rendit compte qu’il avait enfin recouvré une contenance et où il pensa qu’il allait être enfin comme il devait être et où ses lèvres s’apprêtaient à prononcer les mots qui étaient déjà sortis de son cerveau, à ce moment précis la boîte s’ouvrait donnant le jour au contenu de ses entrailles et l’offrant : celui-ci est d’ argent pur avec des petites boules d’ambre et de malachite.
     Malachite ? Voyons voir, comment peut-on faire des boules de malachite alors que cette sorte de minerai perd sa couche extérieure verte quand on la frotte ? Il faut voir comment sont ces arabes ; il faut voir ce qu’ils inventent pour vendre leur camelote.

    Ce collier est fait d’un assortiment de fausses perles noires – heureusement qu’il avait reconnu qu’elles étaient fausses – et d’authentiques boules de quartz ; et allez donc avec les boules de quartz ! Avec du quartz on fait aussi des boules dans ce pays ? Enfin, ça ne m’étonne pas outre mesure, s’ils disent qu’avec du couscous aussi ils font des boules, parce qu’ils ont l’habitude de le manger avec les mains. Maintenant il va me dire que le prochain collier est fait de vanadinite ou de barytine, je ne me laisserai pas avoir.

     Regarde cet or, c’est le plus fin de tous, mais il y en a pour tous les goûts, vous savez bien, il en faut pour tous les goûts, celui-ci, qui est le plus délicat de tous, il a dû appartenir à des gens des trois religions, regarde ces croix et ces incrustations ; les petites boules, pareilles à celles du rosaire musulman sont en ébène incrusté de fil d’argent…

    Il se prit la tête entre les paumes de ses deux mains tandis que résonnait dans son esprit le mot délicat, délicat, délicat… et il appuya ses coudes sur ses genoux dans une attitude qui semblait de dédain face à ce qu’était en train de lui montrer le vendeur. En réalité, il avait décidé d’adopter cette posture pour sentir son visage, ses mains et ses jambes. Pour savoir à tout moment qu’il était toujours là où il était.

    Il ne voulait pas perdre pied. Il ne voulait pas que l’envahisse à nouveau cette atroce peur qui pendant une seconde lui avait donné l’impression qu’il se mourait. Il ne voulait pas que lui arrive la même chose que ce qui lui était arrivé quelques instants auparavant dans la grotte. Les petites boules d’ébène incrustées de fil d’argent racontaient du collier ses joies infinies et ses peines interminables. Plus que par les années, les boules et les croix étaient usées à force de se frotter à des poitrines et des sueurs ; poitrines proéminentes qui les avaient portées l’espace d’une vie avant de s’incliner devant les ravages de l’amour et de la maternité, devant le pouvoir dévastateur du temps et de l’âge, poitrines qui ne s’étaient séparées du collier pas même durant les mille et un moments de l’amour partagé ou subi, lorsque de viriles mains le rejetaient mille et une fois vers le cou pour qu’il cède momentanément sa place aux assauts baignés de sueur des ongles, lèvres et dents du désir ; pas même dans les mille et un moments d’accouchements ou d’allaitement. Lorsque ces poitrines n’avaient plus la force de le soutenir, elles le cédaient à d’autres poitrines plus fortes et fraîches qui le soumettaient à nouveau aux mêmes épreuves renouvelées des assauts de l’amour et de la sueur, amour et sueur en d’autres langues, sous d’autres toits et d’autres cieux, halètements qui le secouaient inlassablement génération après génération.

    Jusqu’aux éléments naturels qui le maltraitaient, l’eau, le vent et le soleil l’attaquaient. Les petites boules, les courageuses petites boules d’ébène résistèrent, résignées face à leur sort ; elles résistèrent mieux que les croix qui les condamnaient à vivre séparées les unes de autres. Elles se portaient même mieux après les épreuves répétées auxquelles elles étaient soumises. Leur noir était chaque fois plus noir et leur brillant plus brillant, quand les croix perdaient peu à peu leurs dessins, empreintes que chrétiens, juifs et musulmans avaient laissées sur elles. Les croix, parce que c’était des croix, étaient beaucoup plus sensibles à l’amour qui les usait irrémédiablement. Ignominie et malédiction, sacrifice et rédemption, amour et gloire, paix ou tourment, les croix du collier semblaient porter leur propre croix signifiant ce qu’on les faisait signifier.

    A peine pouvait-on distinguer les formes estompées avec lesquelles on avait orné leur tronc et leurs membres. Il y en avait de deux, de trois et de quatre extrémités et elles s’obstinaient à insinuer, elles se contentaient maintenant d’insinuer, malgré la volonté de l’histoire de l’effacer de la mémoire des hommes, le caractère amical ou belliqueux de qui les avaient forgées. Elles avaient été le témoin, avec les petites boules, de tant de joies et de tant de craintes. Elles avaient dansé au rythme des mêmes heureux corps et les mêmes larmes de chagrins et de peines les avaient brûlées. Sur les croix qui avaient le moins de bras il ne restait aucune trace d’en avoir eu plus et de les avoir perdus au fil des vies. Ainsi leurs donnèrent vie les doigts des artisans qui les avaient forgées et livrées aux poitrines et sueurs pour qu’elles se chargent de les polir par le dédain ou par l’amour. Le cordon qui maintenait unies les croix et les petites boules avait grossi et noirci au fil des vies et des poitrines, avec la poussière d’interminables voyages et d’intarissables sueurs d’intarissables amours.
     Que me dites-vous de celui-ci ? Hein ? Les paroles du vendeur arrivèrent à son oreille comme venues d’un abîme sans fond. Pendant qu’il écoutait ce que lui racontaient croix et petites boules, il pensa avec effroi que ces paroles devaient tomber, que le charme devait se désenchanter et, en même temps le désenchanter lui. Il désirait avec toute la force du désir que tardent à venir les maudites paroles du vendeur. Il se refusait à réfléchir. Il avait décidé de se donner complètement à la magie de la boîte, des petites boules et des croix. Il avait décidé d’oublier qui il était et ce qu’il faisait là. Au diable la psychanalyse. Au diable l’identité. Au diable tout.

    Ce n’était pas le moment de revenir de la dimension où l’avait transporté le collier. Il voulait continuer à écouter l’incommensurable conte des croix et des petites boules et la seule façon d’y arriver était de s’unir pour la vie aux croix et petites boules de l’incommensurable collier.

     Je l’achète. Ses mains laissèrent sur son visage les traces de ses ongles qui s’étaient incrustés dans ses joues tandis que d’anonymes ongles délogeaient le collier de son emplacement dans la frénétique recherche de délicieux et joyeux mamelons. Je l’achète.

    L’éclat de rire du vendeur acheva de le renvoyer à la dimension présente.

      Je l’achète.

      Mais c’est la troisième fois que je vous dis de demander d’abord le prix

      Ça m’est égal. Je l’achète. Ne me l’enveloppez pas. Enveloppez-moi celui-ci avec les petites boules d’ambre et ce bracelet ; celui-la non, celui-la. Mais ce collier, ne me l’enveloppez pas. Je le mettrai dans la poche de ma chemise.

      Nous n’avons pas fini de parler.

      Mais que racontez-vous ? De quoi devons-nous parler ?

      Non. Pas avec vous.

      Dites-moi combien tout cela vaut. Ne me dites pas combien vaut chaque chose. Simplement combien coûte le tout. Et enveloppez avec du papier-cadeau. Non, le collier, non.

    L’incommensurable ne méritait pas qu’on lui donne un prix ni qu’on l’enveloppe dans du papier-cadeau comme un vulgaire cadeau. Finies les sueurs et les souffrances, finis les tourments et les brûlures des larmes. Il jouira à présent d’un repos bien mérité. Je lui mettrai une plaque doublée de feutre et, à l’abri du soleil, de la pluie et de la poussière, à l’abri des ongles, des lèvres et des dents, il reposera enfin et m’accompagnera le long des méandres des rêves et des obsessions des occupants successifs du divan, et, quand il le voudra, il continuera à me raconter son histoire.

    Saïd Sabia

    Saïd Sabia est professeur du Département d’Espagnol de la Faculté de Lettres de l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fez (Maroc).

    Haroun al-Rachid, faites que ce conte continue et que Michel me fasse admirer ce collier des Mille et Une Nuits… Bisous à Marie-Jo Noël La Traductrice !

    Documents joints

  • Canet, le 17 mai 2010 Logique du vague et du général- Principe du tiers exclu

    Canet, le 17 mai 2010 Logique du vague et du général- Principe du tiers exclu

    Canet, le 17 mai 2010 Logique du vague et du général- Principe du tiers exclu

    M. B. : Lundi 17 mai 2010, ça marche… Aujourd’hui, je me disais que ça vaudrait le coup de revenir sur quelque chose dont je n’ai pas parlé depuis longtemps, la logique du vague et du général. Je voudrais essayer de le prendre d’une façon qui ne vous décourage pas tout de suite parce que, s’il y a une façon brève mais insupportable de présenter ça, il y aurait sans doute une façon plus délayée qui peut permettre de saisir les points d’application dans notre champ de ces idées-là. La question suivante qui se pose : quelle est la portée d’un discours qui serait un discours général ? Nous, on a l’impression de savoir ce que c’est qu’un discours général, on dit des généralités, vous en avez sans doute en tête du genre..

    Public : Les Espagnols sont bavards.

    M. B. : Oui, les Espagnols sont bavards, c’est une généralité…mais en quoi ?

    Olivier Friedrich : Tous les Espagnols ne sont pas bavards.

    M. B. : Ah, il faudrait savoir… On est dans quelque chose d’un petit peu compliqué, on pourrait dire pour des raisons logico pratiques que l’Espagnol est bavard…

    G. Perez. : C’est ce que je pensais…

    M. B. : C’est plus précis et en même temps ça a le niveau de généralité voulu. L’espagnol est bavard, ça veut dire que si vous prenez quelque chose et que cette chose est espagnole, alors cette chose sera bavarde mais si on prend l’exemple d’un Espagnol muet, c’est foutu, or il existe des Espagnols muets. Ce sont des généralités qui très rapidement cèdent devant l’expérience, il suffit d’essayer de tester la généralité pour voir qu’elle s’effondre ipso facto, on est d’accord… ça pourrait laisser croire que les généralités sont fausses, mais non, il y a des généralités qui ne sont pas fausses, un exemple si on peut dire l’homme est un mammifère, on est dans une généralité, si vous prenez quelque chose dans l’univers que vous pouvez qualifier d’homme, cette même chose sera qualifiable de mammifère, c’est ça l’idée de fond, une idée très importante parce que c’est celle à laquelle on ne pense pas. Quand on dit une généralité ça veut dire que, quoi que vous preniez dans le monde qui puisse être qualifié de la première partie, sera qualifié de la deuxième partie, lorsqu’il s’agit de propositions qui sont en général comme ça. Cela équivaut à ce qu’on appelle une implication…

    Francesca Caruana : C’est pas une universelle de dire ça ?

    M. B. : C’est une implication dite universelle, c’est une proposition universelle, ça veut dire que si quoi que ce soit est un homme, alors cette même chose est un mammifère. Caché derrière cette généralité il y a une implication et elle n’est fausse que quand la prémisse est vraie, et que la conclusion est fausse ; dans tous les autres cas, l’inférence est vraie, c’est le seul cas de fausseté. Autrement dit, si vous pouvez dire qu’il est vrai que cette chose est un homme et si vous dites il est faux que ce soit un mammifère ça signifierait que votre implication serait fausse, ce qu’elle n’est pas. D’accord ? Vous voyez comment on vérifie que quelque chose est faux, il me semble que dans la démarche de pensée c’est rarement quelque chose à quoi on a recours et qui est pourtant sans doute la chose la plus intéressante qui soit. Nous avons tendance à avoir une révérence pour les affirmatives surtout universelles même les particulières, par contre les négatives ne nous paraissent pas aussi attirantes, or pouvoir voir que quelque chose est faux permet souvent de tirer des conclusions bien plus importantes que les conclusions directes qu’on peut tirer par des inférences qui se succèdent. Un exemple, quelqu’un vous dit « l’espagnol est bavard », vous lui dites que vous en connaissait un qui est muet, il rétorque que c’est une exception, donc ce n’est pas une généralité…Ce n’est pas une proposition générale, c’est une proposition particulière… Est-ce que là nous touchons seulement à la question de la logique du général, eh bien, pas tout à fait, la logique du général touche non pas ces généralités au sens où on l’entend habituellement, non pas quelque chose de type propositionnel, souvenez-vous des catégories que je présentais, le général est quelque chose qui touche au rhème. Je m’explique : si je dis l’homme est un général, j’enlève l’inférence dans laquelle je l’avais pris et je l’isole comme terme. En quoi l’homme est-il général ? Vous êtes d’accord pour dire que l’homme est un concept général ? vous vous dites qu’il y a un piège, mais non, vous pouvez dire oui tranquillement, c’est un concept général… Mais que cache ce terme ?

    Florence Fabre : Ça englobe les hommes, les femmes…

    M. B. : Oui, ça englobe tout ce qui peut être qualifié du nom d’homme, sous le général se cache une multitude mais un peu indéfinie…

    (…)

  • Journées de l’Ampi à Marseille les 8 et 9 octobre 2010

    Journées de l’Ampi à Marseille les 8 et 9 octobre 2010

    Argument

    « Çà continue… »

    De l’actualité de la psychothérapie institutionnelle

    Le paysage de la psychiatrie du 21ème siècle se dessine progressivement.

    La Loi HPST a été promulguée, les premiers des 150 décrets d’application sont publiés, une cinquième UMD a vu le jour, le premier centre socio-médico-judiciaire de rétention de sureté a été ouvert, la première USHA va être inaugurée, les hôpitaux se ferment, la vidéosurveillance progresse…

    Les soins sans consentement en ambulatoire sont la « grande innovation » prévue pour la révision de la Loi de 1990.

    Le Conseil d’Analyse Stratégique sort de l’ombre et promeut la neuro-justice.

    La vague sécuritaire et neuro-scientiste déferle emportant (jusqu’à présent !) les quelques digues dressées çà et là…

    En même temps, au quotidien, puisant dans leur humanité plus que dans leur formation, des femmes et des hommes, appelés soignants, tentent de tisser des liens avec celles et ceux qui perdent pied dans cette société qui se délite.

    Les relations intersubjectives ainsi suscitées, bénéficient toujours de la pertinence des apports de la psychanalyse comme lecture d’une tentative de compréhension de « ce qui se passe là », en insistant sur le mot tentative… « Çà » continue …

    Dans cette psychiatrie du 21ème siècle pense-t-on encore possibles des remaniements subjectifs ou le seul objet de notre discipline serait-il d’aménager un environnement social adapté pour un cerveau malade à traiter ?

    Autrement dit quelle place doit-être réservée aux psychothérapies et plus précisément aux psychothérapies analytiques dans la psychiatrie contemporaine ?

    La dérive sécuritaire doit nous mobiliser. Elle ne doit pas monopoliser toute notre énergie et nous dispenser de penser, re-penser les réflexions psychopathologiques.

    Ayant comme objet la pathologie de la liberté, comme définissait la maladie mentale H. EY, et inscrite dans le champ social, la psychiatrie ne peut être que militante ! Mais pas seulement…

    Militante mais pas seulement, autrement dit toujours les mêmes questions sur l’articulation du singulier et du collectif, aliénation mentale / aliénation sociale…

    La psychothérapie institutionnelle… Çà continue…on continue…

  • Canet, le 10 mai 2010 Le transfert, Don Quichotte, espace-temps et alcool

    Canet, le 10 mai 2010 Le transfert, Don Quichotte, espace-temps et alcool

    Canet, le 10 mai 2010 Le transfert, Don Quichotte, espace-temps et alcool

    M. B. : Nous sommes le, rappelez-moi, le 10…

    Public : Le 10 mai

    M. B. : … le 10 mai 2010…

    Oliver Friedrich : … Oui, un colloque sur l’alcoologie mettait en parallèle le modèle canadien et le modèle français plus humaniste, dans l’intervention d’une alcoologue canadienne, ce qui revenait comme moteur du soin, c’était la question du transfert, même dans les choses cognitivo-comportementales…

    M. B. : Ils n’ont pas réussi à effacer le thérapeute…

    O. F. : Ils voient bien qu’il y a quelque chose qui entre en relation, même en prenant des modèles, des protocoles, etc. C’est intéressant parce que ça venait de quelqu’un qui était sur le modèle canadien…

    M. B. : Une fois l’inconscient et le transfert lancés dans le monde… On peut nier le transfert, c’est ce qui est tenté actuellement en psychiatrie, mais, comme disait l’autre « ça n’empêche pas d’exister ». Décider que tout ce qui se passe est un symptôme, c’est une façon de parler du transfert… Quand je suis arrivé à la clinique de Château Rauzé, Edwige m’a dit que si nous voulions travailler, il ne fallait pas que la psychanalyse intervienne : « Je te fais venir parce que tu es psychanalyste, mais débrouille-toi pour faire intervenir la sémiotique partout », ce que j’ai fait pendant des années. Edwige, elle même, n’a pas dit un mot sur ce qu’on faisait pour ne pas prendre le risque d’être déconsidérée, de perdre l’oreille des médecins, c’était sa stratégie…

    O. F. : Le fait de parler sémiotique, ça donnait une valeur plus scientifique…

    M. B. : Je vous signale qu’il y a eu une conférence de consensus sur la sémiotique où toutes les grosses têtes du coma se sont réunies pour envisager le traitement par la sémiotique, le traitement par la systémie, et un troisième traitement semblable à celui des hôpitaux parisiens, cherchez sur internet à « Conférence de consensus sur le trauma crânien »… Ils n’ont pas trouvé de différence notable, la sémiotique avait tout à fait sa place dans le traitement du trauma crânien, nous sommes fondateurs avec Edwige d’une discipline à part entière, le traitement sémiotique du trauma crânien… Voici un extrait des conclusions de la conférence :

    L’approche thérapeutique fondée sur la sémiotique (AS) est plus globale et individualisée. Elle considère la dimension, chez le blessé, d’être en relation. Elle vise à favoriser une communication avec le patient en éveil de coma afin de permettre une récupération des repères personnels, une restructuration de la conscience de soi. Elle est fondée sur l’observation des comportements du patient, puis sur l’interprétation de leur sens pour le sujet et leur utilisation comme moyens de communication. Initialement, les comportements ne sont que des manifestations singulières, le plus souvent d’ordre émotionnel (sons, sourires) qui préludent souvent à des comportements plus conventionnels (tenue de la tête) et à la reconquête de l’autonomie. Ainsi, organise-t-on un programme de vie aboutissant à une meilleure intégration du blessé dans un lieu de vie adapté, où il réapprend à communiquer avec sa famille, l’équipe de soin et les autres patients. (Rapin et Richer, 1994). (…)

    La poursuite des programmes scientifiques susceptibles de confirmer (ou d’infirmer) l’efficacité des procédures de rééducation (RS [La régulation sensorielle vise un contrôle de l’environnement sensoriel du patient, de façon à faciliter le traitement de l’information, en réduisant le rythme et la complexité de l’exposition aux stimuli à un niveau proportionnel à la capacité de traitement limitée du patient (Wood, 1992). Les sessions de stimulation doivent alterner avec des périodes de repos afin d’augmenter la vigilance durant les temps d’exposition aux stimuli et d’améliorer les capacités de réponse.], SS [La stimulation sensorielle fait appel à l’application de stimuli environnementaux par un agent externe, dans le but de favoriser la reprise de conscience. Cette stimulation peut être multimodale – plusieurs ou toutes les modalités sensorielles sont stimulées à tour de rôle, ou unimodale, une seule modalité sensorielle est stimulée, habituellement l’audition – car elle serait la modalité la plus susceptible d’être préservée à la suite d’une atteinte cérébrale (Sisson, 1990). La stimulation sensorielle vise à éviter la privation sensorielle et à bénéficier de la plasticité cérébrale et des périodes critiques des processus physiologiques de récupération (LeWinn et Dimancescu, 1978 ; Mitchell et al, 1990 ; Doman et al, 1993 ; Johnson et al, 1993 ; Wilson et al, 1993 ; Jones et al, 1994), à susciter une capacité à réagir à l’environnement (Boyle et Greer, 1983) ou vise à favoriser une organisation cohérente entre le cerveau, le corps et l’esprit (Aldridge, 1991).], AS) doit être maintenue. Ces recherches devraient recourir, dans un premier temps, à des études de type « cas unique avec mesures répétées dans le temps » et mieux définir les critères d’inclusion des patients, le choix des critères d’évaluation les plus pertinents. Ainsi pourrait-on préciser le cadre méthodologique le plus adapté pour mener, dans un second temps, des essais contrôlés difficiles à mettre en œuvre, au sein d’une population hétérogène (avis d’experts).

    O. F. : Ça y est maintenant on va pouvoir tous mettre ça sur nos CV, psychologue sémioticien…

    M. B. : Oui, psychologue sémioticien, ça va marcher, vous pourrez aller à peu près nulle part… Le problème tout à fait réel est plutôt celui de l’infiltration de toutes ces conneries dans l’esprit des psychanalystes, il faut vraiment faire un gros effort théorique, je le vois avec ce que je peux lire des Lacaniens officiels, des choses pas trop intelligibles……

    O. F. : … un peu sectaires…

    M. B. : La plupart du temps je n’y comprends rien…

    O. F. : … de ce point de vue-là, Onfray a raison…

    M. B. : Mais il ne parle pas des Lacaniens, il parle de Freud…

    (…)

  • Logique du vague et psychanalyse

    Logique du vague et psychanalyse

    Logique du vague et psychanalyse

    Vague et dénégation

    Considérons la proposition suivante : ’Il fait chaud à Suez’. En elle même cette proposition a un caractère indiciaire prévalent, c’est-à-dire que cette proposition, assertée, attirera l’attention du locutaire sur les conditions mêmes de son assertion. Par ailleurs, nous avons à nous prononcer sur sa valeur de vérité : cette proposition, assertée, est vraie ou fausse. Mais il s’agit d’un genre de proposition qui révèle de manière particulièrement crue la nature de l’objet de la proposition comme étroitement lié aux conditions de l’énonciation, ainsi que la nature même de la proposition qui doit pouvoir être déclarée vraie ou fausse. Car de cette proposition, comme telle, indépendamment de ses assertions possibles, on ne peut dire s’il est faux qu’elle soit vraie ou fausse. Elle est donc vague. L’expérience ou le signe qui permettra de compléter la détermination est en germe dans l’assertion de la proposition .

    Précisions alors maintenant les conditions de cette assertion. La BBC envoie par ondes hertziennes une réplique de cette proposition dans l’après-midi du 5 juin 1944. Reçue sur un matériel ad hoc, elle est ainsi entendue par une somme de ’locutaires’ indéfinie – et pourtant déterminée. Nous allons maintenant classer ces ’locutaires’ en quatre classes : 1- ceux qui sont naïfs, les ’premiers degrés’, qui prennent ceci pour une information sur l’état du temps à Suez, 2- ceux qui, écoutant souvent Radio-Londres, savent qu’il s’agit d’un message codé, les ’seconds degrés’, sans pour cela disposer du code, mais n’ont aucun indice de l’importance de cette assertion, 3- ceux qui tentent de décoder le message parce qu’ils savent que la période est importante – par exemple les services secrets de l’armée allemande, 4- ceux qui attendaient ce message pour entrer en action, et qui en connaissent le code. Dans les quatre cas la proposition conserve son caractère compulsif : toute proposition exige – à plus ou moins long terme – qu’on se prononce sur sa vérité ou sa fausseté. Seuls ceux de la deuxième classe la laissent en attente indéfinie dans la mesure où ils se savent incapables de la décoder. Pourtant, ils ont une opinion certaine sur la fausseté ou la vérité de la proposition : ils savent qu’elle est fausse eu égard à son objet immédiat. Cela seul montrerait l’importance de la distinction objet immédiat/objet dynamique en sémiotique . L’objet immédiat de la proposition est ici, bien entendu, l’idée du temps à Suez, affectée du prédicat ’chaud’.

    (…)

    Article écrit en 1988

  • Canet, le 03 mai 2010 Le refoulement historique – Onfray – La levée du refoulement

    Canet, le 03 mai 2010 Le refoulement historique – Onfray – La levée du refoulement

    Canet, le 03 mai 2010
    Le refoulement historique – Onfray – La levée du refoulement

    M. B. : Nous sommes le 3 avril…

    Public : Mai…

    M. B. : Lundi 3 mai 2010 ! Comme le temps passe, c’est effrayant… Aujourd’hui, j’avais envie de vous re-parler de quelque chose, de l’histoire du zéro et de tous ces machins-là, du dernier de la fratrie par rapport à l’aîné. Je ne sais pas si vous vous souvenez, je parlais d’une patiente à propos de la tragédie vécue par sa famille, une tragédie dans l’Histoire avec un grand H, pas simplement dans son histoire familiale. Je ne vous donnerai pas de noms mais je ne peux pas inventer la situation, j’avais parlé d’un peuple qui avait vécu une tragédie atroce, ce peuple, c’est l’Arménie. Je lui avais donné un texte où apparaissait son histoire de façon très voilée mais après l’avoir lu plusieurs fois, elle n’avait jamais éprouvé le besoin de m’en parler. Aujourd’hui, elle l’a évoqué avec une certaine émotion, les choses que je disais l’avaient beaucoup touchée, même si c’était allusif, et elle m’a demandé si ma connaissance de la tragédie arménienne était récente. Je lui ai répondu que depuis les années soixante dix, j’étais déjà au fait de ce qui s’était passé en Arménie, mais en même temps je sentais bien que ce n’était pas suffisant, elle avait senti un certain engagement de ma part même si je n’ai jamais milité, ni écrit des textes sur l’Arménie. À ce moment-là, m’est apparu avec beaucoup de clarté quelque chose qui couvre tout un champ de préoccupations autour des camps de la mort et toutes ces choses-là… Face à une connaissance intellectuelle, on peut avoir des discours relativement convenus, mais à un moment donné, il y a quelque chose qui vient frapper, même si directement je n’ai pas de parents juifs, arméniens, roms, ni quoi que ce soit… Un jour, ma copine Janice Deledalle dont le nom de jeune fille est Israël m’a demandé pourquoi je m’intéressais autant à la question des camps, j’ai eu une réponse que je qualifierai d’intellectuelle… Grâce sans doute au livre Howard Zinn… vous le connaissez ? J’emmerde tout le monde avec ce livre depuis quelque temps mais c’est une rencontre, comme on en fait une fois tous les dix ans, l’autre étant Klemperer… Howard Zinn, Une histoire populaire des Etats-Unis aux éditions Agone, ça vaudrait vraiment le coup d’en avoir quelques uns pour le stand des journées avec, avec deux autres titres, L’impossible neutralité et Désobéissance civile et démocratie…Cette patiente m’a posé cette question, comment vous êtes-vous intéressé à cette question arménienne ? Et j’ai visualisé quelque chose, en 1970, on avait fait un meeting avec les copains contre la guerre du Vietnam, ça se passait au cinéma le familial qui n’existe plus…

    Georges Perez : En face du palais de justice…

    M. B. : Ah non, Georges, le Familial était à côté du petit pont en fer qui va vers le passage des Variétés…On faisait des meetings de soutien pour les Vietnamiens, les Cambodgiens et les Laotiens puisque en 1970, tous ces pays-là étaient bombardés en douce par les Américains, mais ça filtrait… A l’époque, je faisais de la politique de manière assez féroce, on était très au courant de ce qui se passait dans le détail dans ces pays, aucun doute là-dessus… J’avais reçu chez moi l’ambassadeur du gouvernement révolutionnaire populaire du Vietnam qui avait passé trois jour à la maison, il s’appelait Huin Cong Tam, un type extraordinaire, très fin, il était d’abord venu avec son interprète mais quand il a vu qu’on pouvait causer, il parlait un français magnifique, on a pu parler tranquillement et c’était très chouette… Quand j’ai vu les Khmers rouges, j’ai eu un haut le cœur, ces types parlaient dans le plus pur style stalinien, une horreur, un langage bureaucratique, c’était infâme j’en avais parlé à Huin qui m’avait dit ces types, ils ne sont pas bien, mais il était ambassadeur, alors… Et c’est cette image du meeting qui est revenue… Il y en a une autre qui est arrivée quelques années après, vous voyez c’est une drôle d’histoire, comme une psychanalyse, on remonte des trucs… En 77-78, quand Sihanouk est destitué au Cambodge, les Khmers rouges arrivent au pouvoir, l’image vient d’un un film très court où on montrait Phnom Penh, une ville de près deux millions d’habitants, vidée de ses habitants et j’ai pensé : « Combien de morts ? »… Car on ne déplace pas deux millions de personnes d’une ville sans perpétrer des massacres, vous connaissez la suite, pas besoin de vous faire un dessin… Ces types sinistres, c’est comme si on ressentait la pulsion de destruction à l’état brut, ça me fait penser à une photo très célèbre d’ Hitler en train de vendre le journal de l’extrême droite en 1923, sous la pluie, tout seul, ça donne la même impression… Les Vietnamiens, je savais bien le genre de régime qu’ils allaient s’installer, un régime bureaucratique à la stalinienne, mais là, on est dans une dimension totalement différente, quasiment un auto-génocide, le ressenti de la pulsion de mort à l’état pur… à la suite de la séance avec cette dame, sont arrivés les années 77, Staline, un précurseur des camps, j’étais au courant depuis longtemps de la question des camps, de celui de Vorkouta tristement célèbre dans les années trente dans lequel il traitait tous les opposants de manière inouïe, une horreur, les internés arrivaient à faire passer des messages, j’avais eu l’occasion début 70 de lire déjà ces choses-là… Dans les années trente, Staline a réalisé le grand déplacement de population Tchétchènes et Ingouches pour résoudre le problème de l’opposition dans ces pays-là, plusieurs millions de personnes déplacées en Sibérie…

    Comment se débarrasser des opposants, de passer des camps de la mort à cette fois-ci la logique de la destruction, comment détruire systématiquement avec une sorte d’économie bureaucratique… On peut dire qu’on est arrivé là au maximum de ce qu’il est possible de faire…

    (…)

  • Chansons de Maryvonne. Au chant : Maryvonne et Gaëlle

    Chansons de Maryvonne. Au chant : Maryvonne et Gaëlle

    Maryvonne et Gaëlle

    Paroles et musique de Maryvonne

    Chant : Maryvonne et Gaëlle

  • Canet, le 26 avril 2010 Les praticables, la fonction décisoire et le symptôme.

    Canet, le 26 avril 2010 Les praticables, la fonction décisoire et le symptôme.

    Canet, le 26 avril 2010

    Les praticables, la fonction décisoire et le symptôme.

    M. B. : On est le lundi 26 avril 2010. Il y a plein de choses… D’abord un acte manqué, le plus gros que j’ai pu vivre, dimanche dernier, j’arrive à l’hôtel à Bourges et on m’informe qu’il n’y a pas de réservation à mon nom… Il y a trois mois, déjà, j’avais pris des rendez-vous pour le pack de Béziers, pour Le Vigan, et trois rendez-vous ne s’étaient pas notés sur l’ordinateur… J’étais dans cette atmosphère-là, qu’est-ce qui se passe ? qu’est-ce que c’est cette histoire ? Je regarde mes papiers et je vois que c’était pour la semaine prochaine, je me dis ça y est, c’est la fin… (rires) je perds la tête, l’histoire est finie, il faut que je me retire, ce n’est plus possible… Je laisse un message à l’hôpital, je trouve une chambre en plein « Printemps de Bourges ». Je téléphone à ma fille, qui me confirme la date sur l’ordinateur, à savoir la semaine suivante… et alors là, un calme, une tranquillité, je me dis putain ! une semaine de vacances… (rires) parce qu’il n’était pas question que je revienne à Canet pour repartir à Lille, via Paris… C’était très sympathique, on s’est promené, j’ai dormi comme jamais, des années de retard de sommeil, je n’ai pas travaillé, rien, j’ai beaucoup lu. Je suis allé le jeudi à Lille où m’attendait Pierre, c’était le D.U de psychothérapie institutionnelle qui se fait sur deux ans. A Paris, j’ai rencontré un psychanalyste connu, Claude Rabant que je ne connaissais pas, et vous ? Personne ? ça vaudrait le coup qu’il vienne faire un lundi de Canet pour présenter son livre, c’est un grand connaisseur de Freud, ce serait le premier psychanalyste qui viendrait comme psychanalyste officiel… Qu’est-ce que vous en pensez ?

    Public : Un lundi ?…

    M. B. : Pas un lundi, le samedi… vous voyez où j’en suis, je ne vous cache pas un certain désordre dans ma tête…

    Public :…(rires)

    M. B. : Avec Michel Henin, on s’est débrouillés tous les deux, moi, ces dates je les avais sous les yeux et je n’y ai pas fait attention, j’étais attentif mais je ne voyais pas le quantième du jour, je n’avais que le semainier… Je me suis effectivement rendu compte qu’il y avait quelque chose qui m’avait travaillé puisqu’à « L’observation du nourrisson » j’avais dit que je ne serai pas là la semaine suivante… Ce qui veut dire que j’avais lu ces trucs-là, que ça m’était resté, mais que je ne l’avais pas inscrit… et lui se demandait si on avait bien vérifié les dates… Il y avait une sorte d’accord entre nous pour que ça ne se fasse pas à ce moment-là…

    Georges Perez : Mais pas avec le service infirmier, pas avec les cadres…

    M. B. : Pourquoi ?

    G. P. : Parce que tu dis qu’entre le psychiatre et le cadre il y avait une différence d’une semaine…

    M. B. : Oui, il y avait une différence entre eux, mais entre lui et moi sur le plan inconscient, il y a eu une sorte de complicité autour de l’acte manqué, j’y participe à cet acte manqué, j’ai peut-être besoin de vacances… On était tous les deux dans une certaine complicité inconsciente pour ne pas faire le truc…

    Public : Le sujet, c’était ?

    M. B. : Ah, il y avait plein de sujets sur ces cinq jours, à l’hôpital de jour c’était l’approche thérapeutique : comment s’inscrit dans le corps de l’équipe la problématique de cet enfant et de cette famille , comment s’inscrivent les effets de cette problématique au sein de l’équipe pour permettre un échappement des figures de répétition pathogènes et limitatives, ça c’était le mardi, le vendredi c’était la prise en charge institutionnelle de l’enfant et de l’adolescent, le lundi c’était, alors là c’est très long… (rires) donc je vous en fais grâce…

    G. P. : C’est vachement structuré ton truc là, c’est incroyable…

    (…)

  • Michel BALAT. Séminaire de Ste Anne, 17 février 2010

    Michel BALAT. Séminaire de Ste Anne, 17 février 2010

    Michel BALAT. Séminaire de Ste Anne, 17 février 2010

    Jean Oury va passer le micro à Michel Balat afin qu’il parle un peu autour de la question du zéro absolu.

    Michel Balat :

    Ça fait longtemps que l’histoire du zéro me travaille. Comme tu dis, en ‘86, j’avais écrit quelque chose là-dessus (cf. http://www.balat.fr/ecrire/?exec=ar… et http://www.balat.fr/ecrire/?exec=ar….

    J’avais été frappé, surtout dans le travail avec des enfants, je crois au CE1. Je travaillais à l’époque avec un prof d’École normale, on allait dans les classes. Et j’avais trouvé quelque chose d’extraordinaire, c’est que, un jour où l’institutrice présentait les prémisses de la soustraction, j’avais été stupéfait lorsqu’elle a dit : « Bon ! Et maintenant, vous connaissez l’addition, et voilà ce qu’est la soustraction ! le signe de la soustraction, c’est le signe « — » ».

    Et je me souviens des cris d’enthousiasme des enfants au moment où ça c’était passé… Enthousiasme ! Franchement pour une petite barre comme ça, je trouvais ça tout à fait étonnant, et il me semblait que ça recélait quelque chose d’énorme ! Certains disaient : « Oui ! Je le savais déjà ! » Ça, ce sont quand même des choses intéressantes parce que c’est ce qu’on entend dans nos pratiques !

    La question du zéro s’est posée dans ce registre-là. À partir d’un livre de vulgarisation sur la question de la numérisation, mais qui est très bien fait, de Georges Ifrah, très connu, j’avais été frappé de voir le temps que l’humanité avait mis pour arriver à construire le zéro ! C’est absolument incroyable !

    À Babylone, les prêtres — c’est sans doute à cause de ça que ça marchait pas — les prêtres avaient commencé à inventer le zéro, mais sur le plan de l’écriture, ils avaient fait une erreur : je vous donne pas le détail, bien que le détail compte beaucoup pour arriver à accéder à cette histoire-là ! C’est là un peu le problème ! Pour aller vite : ils avaient pris une notation qui n’allait pas bien. C’est des choses qu’on trouve, que LACAN avait relevé sur la question des dérivées, des intégrales, avec la différence entre LEIBNIZ et NEWTON. C’est évidemment Newton qui avait trouvé depuis longtemps cette chose-là bien avant Leibniz, mais on se sert des notations de Leibniz. Parce qu’en mathématiques, c’est tout à fait essentiel.

    La notation, c’est ce que PEIRCE appelle « iconique », c’est-à-dire que ça suggère parfaitement la chose-même qui est en question.

    Donc, ils n’avaient pas trouvé un bon système de notation.

    Puis, à l’époque des Maya au IVe siècle après Jésus-Christ, ils ont fait une erreur, toujours liée, et là, c’est plus explicitable, à la religion des prêtres. Parce que, à ce moment-là, ils avaient comme base 20 … puis 400… puis en principe… 800, au lieu de 10, 100, 1000 comme les nôtres. Seulement, 400, ça n’allait pas, parce que c’était proche du nombre de jours de l’année et ils ont décidé de mettre 360. Alors, ils ont tout foutu en l’air ! Ils avaient toujours le zéro, mais il n’avait pas le même usage que le zéro que nous connaissons et qui est un zéro parfaitement opératoire puisque on peut faire des additions, des choses comme ça.

    Alors, l’idée fondamentale — voyez, j’ai essayé de faire bref, mais c’est difficile — l’idée fondamentale est la suivante : c’est le moment où on passe des abaques, des sortes de tables avec des colonnes tracées, et sur laquelle on mettait des jetons : la première colonne était censée représenter celle des unités, la seconde, celle des dizaines, la troisième, celle de centaines, etc. Avec les jeux de jetons, on pouvait représenter n’importe quel nombre mais on pouvait aussi les additionner. Moyennant le fait que quand on rajoutait des jetons et qu’il y en avait dix dans une colonne, on en mettait un dans la colonne de gauche. Voilà. C’est un système. C’est très pratique et très utile qui servait, de toute éternité ! Enfin, depuis… 3000 ans avant Jésus-Christ.

    Alors, le passage à la numération et au zéro, qui s’est opérée en Inde vers le 1V siècle après JC, c’est… on abstrait ! On abstrait la matière-même de l’abaque, on en garde ce que l’on pourrait appeler la « structure » en considérant que maintenant on va lire tout ce qui va se passer comme nombre à l’aune de cette structure de l’abaque. Quand vous écrivez 1 236, eh bien vous avez :

    6, c’est la colonne des unités,

    30, c’est 3 dans la colonne des dizaines,

    200, c’est 2 dans la colonne des centaines,

    1000, c’est 1 dans la colonne des milliers.

    Vous voyez, c’est le passage de quelque chose du purement matériel, pratique, manipulable à quelque chose qui va pouvoir être du niveau conceptuel. Mais, la grosse différence, c’est qu’il faut représenter la colonne où il n’y a rien ! Où il n’y a pas de jetons ! Question qui ne se posait pas jusque-là ni pour les abaques, ni dans les systèmes de numération précédents, et c’est là qu’est toute la question…

    Il fallait créer quelque chose qui soit une représentation de la colonne vide. Et c’est donc le zéro qui est arrivé… bon, dans des conditions complexes… Par exemple, dans le langage, quand il y avait plusieurs zéros dans le même nombre, ils portaient des noms différents, mais, en somme, on est resté sur le zéro que nous connaissons depuis toujours. Et qui, quand même, par des dérivations très intéressantes, a donné, d’une part, la racine, le nom « zéro », qui vient de « vide » « sifr » et ce mot, sifr, a dérivé, en passant par l’Espagne, en « chiffre » et, en passant par l’Italie, « zephirum » « zéro ». Le même terme, en passant par des endroits différents, s’est chargé de significations différentes, ce qui fait que, au bout du compte, quand on dit « zéro » et « chiffre », c’est la même chose. Donc, c’est le chiffrage.

    Il y a quelque chose dans cette nouvelle rencontre du zéro avec lui-même, cette espèce de chiffrage.

    Il faut savoir aussi, que le zéro ne s’est pas imposé du tout à partir du IVe siècle. Il a fallu attendre quasiment le XVe, XVIe siècle pour que les mathématiciens, même les comptables, acceptent de reconnaître la pratique des chiffres. Jusque là, tout le monde avait ses abaques. C’était plus sûr ! Plusieurs siècles pendant lesquels le zéro a été nié dans sa puissance de représentation. Voilà.

    Jusque là, l’idée-même de représenter « rien » comme quelque chose de l’ordre du nombre, n’était pas pensable. Quand on lit Aristote et tout ce monde-là, ils pensaient pas à… rien comme ‘rien’ nombrant.

    Les Stoïciens ! … Le vide… toutes les questions qu’ils se posaient — extraordinaires — sur le vide, on peut dire que jamais pour eux la question, si je puis dire, du numéral, ne pouvait être convoquée dans ces moments-là !

    Et c’est là, il me semble, que lorsque la question du zéro arrive elle provoque une révolution fondamentale dans la pensée parce qu’il fait arriver quelque chose qui va faire rentrer toutes ces catégories, le « rien », le « vide », le « manque », toutes ces choses-là, dans la dimension du « numéral », donc de l’inscriptible dans une structure.

    La création même du zéro, comme la création de tout symbole dans l’histoire de l’humanité, est quelque chose qui porte une trace indélébile dans le symbole lui-même. Et que, d’une certaine façon, on peut dire une chose du zéro, qui est sans doute très importante, c’est que, en tant que symbole arrivant et transformant les conditions mêmes de la pensée de plusieurs choses fondamentales comme le « vide », le « rien », etc., il y a quelque chose qui reste… qui n’a pas « prise » par rapport au temps. C’est pour ça qu’il me semble que là on est dans quelque chose qui est du hors-temps et qui plus est, au moment où ça arrive, on ne peut plus penser le monde comme avant.

    Mais il y a le zéro, dans une autre dimension, dans celle du « comptant », du +1, du successeur, de l’origine… Et là, on est dans un autre monde, c’est le « zéro relatif », celui qu’on connaît bien… Mais le zéro absolu, c’est celui qui garde, à mon sens, la trace de son irruption dans le monde symbolique.

    Et au fond, ça pose quand même cette question de la fabrication des symboles. Et c’est là que l’on l’histoire de l’embarras et la production du concept qui lui est liée. Dans mes approches du tableau de l’angoisse de Lacan, j’avais indiqué que l’embarras portait en gestation la production d’un type, au sens que lui donne Peirce.

    Jean Oury :

    Et ça justifie un peu, les rapports entre ce que dit Lacan du zéro absolu et du désir, du désir inconscient. Il faudra reprendre ça très en détail…

  • Variations sémiotiques

    Variations sémiotiques

    Variations sémiotiques,

    Elne, le 20 02 2010,

    Atelier de Florence Fabre

    M. B. : Que voulez-vous que je vous raconte sur la sémiotique ? Je ne peux pas vous dire ce qu’est la sémiotique parce que je ne le sais pas, je crois que je ne le saurai jamais, je finirai mes jours sans savoir ce que c’est ! Mais vous, qu’est-ce que vous en fantasmez de ce truc-là, qu’est-ce ça vous évoque ?

    Public : Les signes… les symboles… le sens… le ciment, les choses qui se mettent ensemble et qui font que ça a du sens.

    M. B. : Une des grandes difficultés, c’est la question du signe : pratiquement tout peut être signe. Certes, il y a des signes, il y a du sens, il y a de l’interprétation, il y a de la signification, on peut faire des distinctions entre le sens, la signification, mais qu’est-ce qui pousserait à analyser ce qu’est un signe ? À mon sens, il faut une raison philosophique, pas une raison pratique : la sémiotique est une démarche philosophique qu’il faut rendre le plus explicite possible, une prima philosophia, une philosophie première. Quelle est votre philosophie première ? Chacun d’entre nous en a une, implicite. C’est ça le piège ; des bouts, des bribes, ajustés, sans cet effort de réflexion qui fait qu’on puisse ajuster les concepts les uns avec les autres. Vous êtes cartésien ? Descartes. Je ne sais pas si vous l’avez lu ? C’est un type épatant ! En fait, cartésien, ça implique dualiste, le psychique et le physique, la pensée et le corps, notre pensée de base. Si nous étions nés en Chine, en Inde, au Japon vous n’auriez pas les même présupposés généraux, ce dualisme ne serait peut-être pas aussi prononcé, d’autres ambiances philosophiques y ont forgé les esprits. Ce sont des choses qu’on a héritées et, comme le dit Freud après Goethe : « ce que tes aïeux t’ont laissé en héritage, si tu veux le posséder, gagne-le. »

    Une des conséquences de ces premières observations, c’est que lorsque je vous parle, vous allez traduire ce que je dis dans des termes dualistes (du moins pour ceux qui n’ont pas tenté de constituer une philosophie première non dualiste).

    Par exemple, si l’âme et le corps, ou le psychique et le physique, ont quelque chose à voir l’un avec l’autre, c’est sans doute que ces concepts ont quelque rapport interne qui permet justement de pouvoir les considérer ensemble, et non pas comme séparés. Qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce que, par exemple, ça signifie que c’est la psyché qui vient infiltrer, on ne sait pas comment, la physis, ou bien est-ce que c’est le physique qui vient bombarder la psyché ? Quand vous dites « psychosomatique », à quoi ça vous renvoie ? Le corps qui parle ? Mais, si le corps parle, il se met évidemment du côté psychique, alors comment vous concevez ça ? Comment des ajustements corporels, un symptôme, peuvent-ils être considérés comme l’équivalent de mots ou de propositions, quelque chose qui est d’une dimension psychique. Par exemple, je vois, je lis, « psyché et physique », pourtant c’est physique, ce qu’il y a d’écrit dessus là, c’est de l’encre, du papier, alors comment se fait-il que ça m’évoque des idées ?

    F. F. : Parce que je l’inscris…

    M. B. : Oui, mais par quel ‘mécanisme’ ces choses-là se passent elles ?

    Public : Par la subjectivation, enfin c’est par le fait qu’on est un sujet qui se saisit de ce sens-là ; dans le psychosomatique le corps parle parce qu’il y a quelqu’un qui parlait, l’autre.

    M. B. : Donc c’est l’autre qui le fait parler, si j’ai bien compris…

    Public : Ce serait un peu réducteur mais peut-être que c’est avec la place de l’autre, comme on est différent de l’autre il peut y avoir un dialogue on peut dire, même si c’est un dialogue détourné.

    M. B. : Par exemple, je reviens sur mon « psyché physique », si je vous montre le cahier là, qu’est-ce que vous lisez là, en bas…

    Public : …

    M. B. : Pourquoi lit-on la même chose ? Pourquoi ça nous évoque les mêmes idées ?

    F. F. : Parce qu’on est en train d’en parler.

    M. B. : Ah… si on n’en parlait pas et que je montre cela à une tierce personne qui n’est pas au courant, elle ne lirait pas ‘psyché et physique’ ?

    F. F. : Si, mais elle lirait peut-être pas les mêmes choses derrière…

    Public : … les mêmes sens aux mots…

    Public : On nous a appris les mêmes choses…

    Public : Le même code.

    M. B. : On nous a appris les mêmes choses, d’accord, et comment connaît-on à partir de quelque chose de matériel ?

    Public : Parce qu’on nous a appris aussi par rapport à la base matérielle justement.

    M. B. : Par rapport à la base matérielle, c’est-à-dire qu’on a pris l’habitude d’associer à un événement matériel un événement psychique. Mais ne vous est-il jamais arrivé de lire un livre et de vous apercevoir que vous n’étiez pas en train de le lire ?

    Public : C’est courant.

    F. F. : (rires) Retour à la case départ. (rires)

    M. B. : Donc ça ne marche pas toujours, et pourquoi ? Si on dit que dans certaines conditions particulières, à savoir la co-présence d’une écriture et de quelqu’un qui a pris l’habitude de lire, cette personne regarde ‘avec ses yeux’, autrement dit si ces traces matérielles lui évoquent des idées, — et on est là dans un lien typique du physique et du psychique —, il faudrait que cela soit constant.

    Public : Ça ne l’est pas parce que la pensée s’évade…

    F. F. : Elle s’échappe.

    M. B. : Donc la pensée peut s’évader ?

    Public : Oui.

    Public : On est dans un acte et en fait, elle est ailleurs…

    M. B. : Ah, elle est ailleurs, mais où ? Vous pensez qu’il y a un lieu pour la pensée ?

    Public : Un peu oui, il y a… dans le futur comme…

    Public : Et finalement pas être au moment présent là où tu es devant ton livre, quoi…

    Public : C’est parce qu’il y a un environnement aussi, la pensée, selon les environnements elle peut…

    M. B. : Oui… Ça fait un peu bricolage, non ? L’inconstance pose problème, vous êtes obligés de parler d’évasion de la pensée. Or vous ne pouvez pas à la fois dire « je lie la pensée, du verbe lier cette fois-ci, je lie la pensée à ses traces physiques », et en même temps « il y a des moments où je peux la délier », parce que, à ce moment-là, il faudrait savoir quel est son lieu, ce qui veut dire un lieu autre.

    (…)

  • « Un monde sans fous » de Philippe Borrel

    « Un monde sans fous » de Philippe Borrel

    Le champ social vient de publier Un monde sans fous. À lire absolument !

  • La San Jordi à Bages du 17 au 24 avril 2010

    La San Jordi à Bages du 17 au 24 avril 2010

    Nos amis de Bages organisent pour la quatrième année une San Jordi devenue un classique. Expositions, musique, débats, tout est présenté dans les trois volets joints du dossier de presse.

  • Le 29 mai 2010 : Journée avec… Laura Grignoli, à Canet

    Le 29 mai 2010 : Journée avec… Laura Grignoli, à Canet

    Les 16e « Journées avec… » auront lieu le samedi 29 mai 2010 à l’Écoute du port de Canet-en-Roussillon.

    L’invitée sera Laura Grignoli notre amie italienne de Pescara dans les Abruzzes, psychanalyste, philosophe, plasticienne et art-thérapeute.

    Elle viendra nous faire part de son expérience et de ses élaborations dans les champs de son travail, que ce soit auprès des enfants comme philosophe et pédagogue, ou de ses patients comme psychanalyste et art-thérapeute — terme qu’elle critique de plus en plus comme ne convenant pas à son travail réel, mais qu’elle utilise faute de mieux.

  • Equipe de Landernau 2010

    Equipe de Landernau 2010

    « SUR LES CHEMINS DU SECTEUR »

    Pour commencer par les présentations, comme il se doit, je suis donc Jean Michel de Chaisemartin, médecin responsable du 13ème secteur du Finistère pour avoir pris le relais lors du départ en retraite de Marie-Françoise Le Roux, et après avoir travaillé plus de 25 ans avec elle.

    Par-delà le rôle de maître qu’elle a tenu pour moi et quelques autres, il m’a semblé nécessaire de l’associer d’emblée à cette journée car sans son apport et sa détermination, l’élaboration de notre dispositif de soins ne serait sûrement pas ce qu’elle est aujourd’hui, et nous-mêmes ne serions sans doute pas ici.

    Il faut aussi expliquer pourquoi dans le programme du Diplôme Universitaire notre intervention d’aujourd’hui ne porte aucun titre : c’est parce que nous ne savions pas comment condenser notre proposition.

    Nous voulions parler du secteur mais nous n’avions pas l’intention de faire un cours de secteur, la promotion d’un modèle standardisé, stérile autant qu’imaginaire.

    Nous ne venons pas distribuer des recettes ; mais plutôt vous proposer une sorte de balade, « Sur les chemins du secteur », ceux que nous connaissons pour les pratiquer assidument, ceux du secteur 13 de psychiatrie générale du Finistère. Vous parler de notre travail, en discuter avec vous, pour, comme l’écrivait François Tosquelles dans l’introduction du n°1 de la Revue de Psychothérapie Institutionnelle en 1965, pour donc « continuer à élucider les concepts opérationnels surgis à la lumière de notre expérience et compte tenu de celle de nos devanciers » .

    Comme les textes règlementaires le définissent, ce secteur 13 est un ensemble géo-démographique, une population et un territoire au sein desquels une même équipe organise un dispositif de soins articulant les outils de la prévention et des soins, qu’ils soient de courte ou de longue durée.

    En décrire « objectivement » l’ossature, comme l’étude anatomique d’un squelette, n’est pas le plus compliqué. Albert Rolland, cadre supérieur de notre équipe, et moi nous en brosserons les grandes lignes, pour planter le décor.

    Mais ce n’est pas le décor qui fait l’intrigue, et aucune énumération ne peut rendre compte du jeu des articulations, des complémentarités et des flux qui, comme dans tout organisme, sont le support, l’expression du vivant, et ici l’essence même du travail.

    Seuls les récits permettent d’en donner une idée.

    C’est pourquoi nous avons choisi de reprendre aujourd’hui des fragments d’histoires, en nous centrant sur l’indispensable travail de lutte qu’il faut mener de façon permanente contre les clivages et les cloisonnements de toutes sortes.

    Le secteur 13 donc, un « si joli secteur », 85 kms dans sa plus grande longueur, la carte distribuée en situe les limites.

    Il rassemble les 67 368 personnes habitant les cantons de Landerneau, Ploudiry, Daoulas, Le Faou et Crozon, regroupées dans trois communautés de communes : les pays de Landerneau-Daoulas, de l’Aulne maritime et de la presqu’île de Crozon.

    L’accès à celle-ci suppose de passer la rivière de l’Aulne, qu’un seul pont franchit sur notre territoire : quand il est fermé, il faut faire une boucle de 40 kms supplémentaires.

    Je me suis appuyé sur un travail très documenté des services du Conseil Général, produit en décembre 2005, et je remercie les auteur-e-s de cette étude pour avoir bien voulu nous en permettre l’utilisation.

    (…)

  • Canet, le 22 Mars 2010 – Art Thérapie, Feuille D’assertion, Fonction Scribe

    Canet, le 22 Mars 2010 – Art Thérapie, Feuille D’assertion, Fonction Scribe

    Canet, le 22 03 2010 – Art Thérapie, Feuille D’assertion, Fonction Scribe

    M. B. : C’est parti, nous sommes le 22 mars aujourd’hui… jour célèbre… Vous n’avez pas connu le mouvement du 22 mars, vous ? Cohn-Bendit… tous mes copains là-bas…

    Public : C’est pour ça qu’il a relancé cet article aujourd’hui dans Libération…

    M. B. : Je n’ai pas lu Libération… C’est là qu’il avait jeté, je crois, un ministre dans la piscine, ça commençait fort…

    Public : Ah oui ?

    M. B. : Et le copain a fait de la taule, jeter un ministre dans la piscine, ça ne se fait pas. Le mouvement du 22 mars a lancé mai 68. Ils avaient concocté tous les grands thèmes de mai 68, en s’appuyant sur un livre, un petit opuscule écrit par mon grand ami Mustafa Khayati, dont je vous ai parlé, De la misère en milieu étudiant, il était à ce moment-là étudiant à Strasbourg. Je me souviens, un beau jour je lui dis « le grand livre de mai 68 c’est De la misère en milieu étudiant », il me répond « c’est moi qui l’ai écrit », ce que je ne savais pas parce que ce n’était pas signé, à l’époque, ils ne signaient pas ces trucs-là… Aujourd’hui 22 mai, non, 22 mars, oui, 22 mai parce que…Aujourd’hui nous avons des visiteuses illustres. Tu peux te présenter, ou tu peux la présenter…

    Laura Grignoli : Je peux… Conchita de Palma est art thérapeute, médecin pédiatre, en Italie et c’est une de mes meilleures amies…

    M. B. : Et Florence peut présenter Laura…

    Florence Fabre : Laura Grignoli vient de Pescara en Italie, psychologue et art thérapeute, elle a une école d’art thérapie depuis déjà vingt-cinq ans, c’est ça Laura ?

    F. F. : ArteLieu…

    L. G. : … huit ans et c’est moi qui fait de l’art thérapie depuis longtemps…

    M. B. : (rires)

    L. G. : Officiellement, ArteLieu est né en 2002.

    M. B. : C’est bon à savoir, il faut noter tout ça parce que j’ai demandé à Laura si elle voulait bien venir le 29 mai pour nous parler de psychanalyse et art thérapie à « Une journée avec ». Ça va comme thème ?

    L. G. : Oui… c’est un peu trop général…

    M. B. : Mais après tu diras ce que tu veux…

    L. G. : Parce que dans une journée…

    M. B. : Oui… ce sera bien, comme thème, ça ?

    L. G. : Oui…

    M. B. : Une des questions mais je vais essayer d’en parler aujourd’hui avec toi et tu interviens… (rires)

    L. G : … parlez doucement que je puisse comprendre…

    M. B. : ça va me faire beaucoup de bien, ça va me soigner ça…

    L. G. : Parce que hier soir moi et Conchita nous étions mortes…

    M. B. : (rires) Conchita, tu comprends très bien le français mais pour le parler, tu as un peu plus de mal… Moi, je comprends un peu le français, mais pas l’italien, je n’y comprends rien… Je comprends tout, oui, l’inconscient alors, consciemment non…

    Public : (rires)

    M. B. : C’est un thème intéressant à aborder parce qu’il pose la question du rapport entre la psychanalyse mais c’est difficile parce qu’on a l’impression tout à coup de réduire les choses à une théorie ou à qui sait quoi… La conception qu’on peut avoir de la psychanalyse peut être très vaste… Quand on le prend dans cette dimension, c’est un champ qui rencontre nécessairement la question de la création, et c’est en tant que tel que ça m’intéresse d’aborder l’art thérapie. Nous avons eu une discussion hier et nous sommes tombés d’accord sur le fait que la question de la création est centrale. Ce n’est pas de l’occupation, faire produire des choses à des personnes, ce qui n’a absolument aucun intérêt et en général on ne produit pas des trucs extraordinaires. La position de créateur doit être assumée à ce moment-là à une certaine place et j’aimerais essayer d’en parler aujourd’hui, pour la première fois. Le 22 avril, avec Florence on va animer un débat sur l’art thérapie à Bages.

    (…)

  • Site de Jacques Pain

    Site de Jacques Pain

    Voici un nouveau site remarquable, celui de notre ami Jacques Pain, grand pédagogue devant l’Éternel.

  • Les éditions Le champ social

    Les éditions Le champ social

    Les éditions Le champ social publient de nombreux ouvrages d’auteurs très appréciés ici.

  • CORPS-ZéARTS vous invite à la projection du film Valvert

    CORPS-ZéARTS vous invite à la projection du film Valvert

    Projection de « Valvert » à Toulouse le mercredi 31 mars à 20h45.

    Et, au Centre Joë Bousquet et son Temps

    l’écrivain Bernard NOËL fera une conférence le

    Samedi 3 avril 2010 à 15h

    Maison des Mémoires – Maison Joë Bousquet

    53, rue de Verdun – Carcassonne

  • Canet, le 15 Mars 2010 Hospitalité et amitié

    Canet, le 15 Mars 2010 Hospitalité et amitié

    Canet, le 15 03 2010

    Hospitalité et amitié

    M. B. : On est quel jour déjà ?

    Public : Le 15.

    M. B. : Déjà, le 15 mars, c’est effrayant, lundi 15 mars 2010. Dimanche il y a… Mais elle n’arrête pas une minute…

    G. F. : (rires)

    M. B. : Et toujours, elle ne peut pas s’en empêcher. Ça fait cent ans que je la connais, et depuis cent ans elle fait comme ça…

    G. P. : C’est à cause de Laura…

    M. B. : Ah, de Laura… Laura Grignoli écrit des livres qui sont absolument épatants, je ne vous ai jamais montré les livres de Laura ?

    Public : Non…

    M. B. : C’est en italien, elle est italienne…

    G. F. : En catalan aussi on dit Laura…

    M. B. : Oui, peut-être qu’en italien on ne dit pas Laura d’ailleurs. Moi, je dis Laura peut-être à la catalane, alors c’est Perché i gatti non dicono bugie ?… Pourquoi les chats ne disent pas de bêtises ? c’est pas mal ça, comme truc…

    G. P. : C’est un beau titre.

    M. B. : Elle fait un cours de philosophie aux enfants de maternelle, elle note toutes les choses que disent les enfants, c’est extraordinaire, c’est un livre épatant, elle a écrit un deuxième livre mais mon idiot d’éditeur ne veut pas le publier, ils font chier, ils ne servent à rien, ces types… c’est percorsi transformati in art therapia, parcours transformatif en art thérapie… Ce dimanche, on va faire tous les deux un blabla sur l’art thérapie, je n’y connais rien, ça va, je peux en parler, puisqu’on ne parle que de ce qu’on ne connaît pas, comme vous le savez, car si on le savait on n’en parlerait pas, on n’en aurait rien à foutre, c’est parce que on est continuellement à se dire mais qu’est-ce que c’est ce truc-là ? On essaie de parler pour expliciter ce qu’on ne se sait pas savoir, c’est toujours ça, le travail… L’université, c’est autre chose, c’est le contraire, on n’a le droit de parler que de ce qu’on croit savoir parce qu’il faut être prudent. Nous, notre boulot c’est de parler de ce qu’on ne se sait pas savoir, arriver à trouver le moyen etc., comme par exemple aujourd’hui comme toujours, je n’ai pas la moindre idée de ce dont je vais parler, à part le mot, j’ai dévoilé en public que tu m’avais envoyé un mot, que je t’avais répondu et que ça m’avait touché…

    Figurez-vous, nous étions donc en réunion à l’hôpital de jour, au CMP, de pédo-nord, dans lequel tu travailles avec d’autres, dans lequel Dominique a travaillé pendant des siècles, de temps en temps on se retrouve là pour parler un peu de ce qui se passe, on sait pas trop de quoi d’ailleurs, c’est bizarre ces réunions, moi j’étais comme toujours un peu vaseux, il faut être dans un état doucement vaseux, parce que si on est trop excité, on embête les autres, on les empêche de penser… Au bout d’un quart d’heure de réunion je reçois un coup de téléphone, on m’annonce la mort de mon cousin germain, ouf, je me dis que je ne vais pas les emmerder avec mes histoires, je ne vais pas leur dire et je me suis rentré ça, c’est un truc vachement délicat, de parler ou non, il y a une décision à prendre tout de suite, pour parler de ces choses-là il faut avoir un tissu plus solide, ça peut passer dans les trames et même contribuer à la constitution du tissu… À Château Rauzé, une clinique dans laquelle je travaille depuis vingt ans sur l’éveil de coma, avec les équipes, le tissu est bien, ça va, là j’aurais pu le dire, de manière à m’en débarrasser et pouvoir être tranquille pour la suite des événements mais là, impossible de parler de ce que je suis en train de ressentir, parce que je pensais que le tissu n’était pas assez solide, ce qui fait que je me le suis gardé, seulement voilà, on le paie toujours… C’est une expérience intéressante sur le plan tonal, ça a introduit chez moi une espèce de tension. Vous savez, le ton, la trace, le type, c’est de la sémiotique, le ton, comme son nom l’indique, c’est une dimension presque… comment dire imageante, ça ne s’attrape pas, c’est insaisissable, c’est là, présent.

    (…)

  • Rapport de synthèse d’experts du HAUT CONSEIL DE LA SANTÉ PUBLIQUE sur le packing

    Rapport de synthèse d’experts du HAUT CONSEIL DE LA SANTÉ PUBLIQUE sur le packing

    On sait qu’à la suite des polémiques sur le packing, les autorités de santé avaient demandé un rapport sur cette ’technique’ à un comité d’experts. Voici le rapport produit au bout de 4 mois de réflexions et de consultations.

    Documents joints

  • Formation à l’observation du nourrisson 2011/2013

    Formation à l’observation du nourrisson 2011/2013

    La formation à l’observation du nourrisson selon la méthode Bick va reprendre pour deux nouvelles années. Nous proposons à ceux qui sont intéressés de se faire connaître directement à nous (mail : balat.michel@orange.fr) afin que nous puissions prévoir une réunion d’information à Canet et une autre en Cerdagne.

    Voici la plaquette, ci-jointe, concernant la formation à l’observation du nourrisson suivant la méthode Bick.

    Ces deux années, 2009 et 2010 (encore 6 mois !) nous avons eu trois enfants à observer, deux dans la plaine et un en Cerdagne. Pour cela nous avons constitué deux groupes, l’un à Canet et l’autre à Osséja. Nous pouvons pour les deux années qui viennent opérer de la même façon.

    Voici un résumé de ce que demandent habituellement les établissements :

    Formation à l’observation du nourrisson

    Contenu pédagogique :

    1. Un observateur va 40 semaines dans l’année, observer dans son cadre familial, un enfant, dès sa naissance. Il ne prend pas de notes sur ce qu’il observe des interactions avec l’environnement pendant le moment de l’observation. Puis il produit un texte détaillant ce qu’il a observé, ce texte étant écrit juste après le temps de l’observation.

    2. Ce texte est distribué au groupe de formation et immédiatement discuté. Dans ce groupe un secrétaire, distinct de l’observateur, note ce qui se dit et produit à son tour, pour la fois suivante, un résumé de ce qui a été dit, ce résumé faisant à son tour l’objet d’une discussion.

    Objectifs :

    Les objectifs de cette formation sont

    1. d’affiner les capacités d’observation des participants, à l’occasion de leur confrontation à ce qu’un autre a pu observer,

    2. de saisir le détail du développement d’un enfant normal durant les deux premières années de sa vie,

    3. de permettre ainsi à ceux qui sont confrontés à des enfants souffrant de diverses pathologies d’avoir des repères dans le champ du développement.

    Nombre d’heures :

    40heures

    Dates :

    40 mardis dans l’année, hors vacances scolaires (pour la plaine) et 10 vendredis dans l’année pour la Cerdagne. La différence entre les deux tient au nombre d’heures consacrées par séance (1h par séance pour Canet et 4h pour Osséja).

  • Violence et inscription

    Violence et inscription

    Violence et inscription

    Minard :

    « Michel Balat qui n’était jamais venu à Dax mais que l’on retrouve régulièrement à St Alban, Marseille, Michel Balat est sémioticien, psychanalyste, il travaille beaucoup auprès des comateux et il va maintenant nous causer et il va nous dire ce qu’il avait à nous dire ce matin. Le titre est : « Violence et Inscription ».

    Michel Balat :

    Parler de la question de la violence s’est posé pour moi il y a une dizaine d’années, lorsqu’on m’a proposé de participer à un colloque sur ce thème. J’ai refusé l’invitation car je n’avais alors qu’une seule idée et ça ne me semblait pas suffisant pour causer. Jacques Pain m’a confirmé que j’avais eu raison parce qu’une seule idée cela ne suffisait pas. Quand Michel Minard m’a demandé de venir à celui-ci, le problème est que je n’avais toujours qu’une seule idée… mais ça avait l’air de lui suffire, j’espère qu’il en sera de même pour vous.

    À vrai dire, c’est une idée qui est arrivée à la suite d’un événement comme on en connaît de temps en temps, dans le travail clinique. Je vous raconte l’événement en question : ça se passe à Château Rauzé, cette clinique près de Bordeaux où l’on s’occupe de personnes en éveil de coma. Quand la réunion allait commencer, avec des blessés qui sont en réadaptation, en rééducation, on me dit : « attention il y en a un qui est violent ! » C’était vrai. Il était violent, il gueulait, il tapait avec sa canne un peu partout, mais il était suffisamment amoché pour ne pas mettre les autres en danger, il ne pouvait pas courir, etc. On m’a dit « tu vas voir, dès qu’on va commencer la réunion, il va hurler, il va gigoter sur sa chaise, il va essayer de taper sur les voisins et puis il se lèvera et il partira en claudiquant. »

    La réunion s’ouvre, et comme d’habitude je demande : « de quoi parle-t-on aujourd’hui ? » C’était une réunion avec des blessés, avec toute l’équipe et là, tous, d’un seul chœur : « DE LA VIOLENCE » !

    Il me semblait comprendre pourquoi… À ce moment-là, à peine l’ordre du jour avait-il été établi, que notre bonhomme se met à éructer, à hurler littéralement, enfin c’était effrayant d’entendre ça, et il termine son exorde et sa péroraison en se levant, furieux. C’est alors que se produit un coup de chance, ça n’arrive pas tout le temps, mais alors là c’était vraiment un coup de chance. Il se trouve que j’avais écouté, j’avais écouté ce qu’il disait,- ce qui était un exploit, enfin j’étais un peu moins sourd qu’actuellement, enfin ça fait 10 ans, et j’avais donc pu écouter tous les mots et les phrases qu’il prononçait, par chance -, donc, au moment où il se lève, je lui dis : « C’est pas mal ce que tu as raconté ».

    Là, tous me regardent d’un drôle d’air comme pour me dire, mais enfin il n’a rien dit, guettant dans mon regard si je plaisantais. Le bonhomme s’arrête alors un moment, me regarde et j’ai répété pour les autres ce qu’il avait dit. Il s’est assis, à nouveau, et il est resté fort sage pendant 2 heures à participer à la discussion générale.

    Voilà un petit épisode, simple. Il n’y a pas de quoi fouetter un chat.

    (…)

  • Colloque Enfance et Psy, 17 mai 2010 Paris

    Colloque Enfance et Psy, 17 mai 2010 Paris

    Nous avons le plaisir de vous informer du prochain colloque organisé par Enfances et psy.

    L’autisme a beaucoup évolué ces dernières années dans sa définition, la compréhension de ses mécanismes, et dans ses prises en charges. Fidèle à sa vocation d’informer, de susciter des débats et de faire évoluer les pratiques des professionnels de l’enfance, Enfances et psy propose donc un colloque le 17 mai à Paris, à l’ASIEM, sur le thème « Nouvelles approches en Autisme ».

    Au cours de cette journée, nous souhaitons ouvrir le dialogue entre les différents champs concernés par l’autisme, déjouer les faux antagonismes et promouvoir l’intégration des pratiques, afin de rassembler notre énergie créatrice autour de ces enfants, ces adolescents et ces familles.

    Le colloque s’accompagne du n° de la Revue Enfances et Psy sur le même thème, compris dans le prix de l’inscription.

    En espérant vous compter bientôt parmi nous

    Enfances & PSY
    1 boulevard du Montparnasse
    75006 Paris
    09 71 57 99 94 (boite vocale si absence)

  • Journée d’Elne, le 21 mars 2010

    Journée d’Elne, le 21 mars 2010

    Journée du 21 Mars 2010
    L’Art thérapie, un espace de découverte

    avec Laura GRIGNOLI
    (Art thérapeute, psychologue et Directrice de l’école d’art thérapie et de psychopathologie de l’expréssion, PESCARA, ITALIE)
    www.artelieu.it

    et Michel BALAT
    Psychanalyse, Sémiotique et eveil du coma
    www.balat.fr

    Pour plus d’information n’hésitez pas à nous contacter par mail ou par téléphone
    et si vous connaissez des gens interessés n’hésitez pas à faire circuler l’information
    cordialement
    Florence FABRE
    Directrice de Formation
    Art thérapeute
    06 80 41 38 69
    www.art-motion.fr

  • Canet, le 01 mars 2010 : Histoire et Historial, entre Hélène Chaigneau et Howard Zinn

    Canet, le 01 mars 2010 : Histoire et Historial, entre Hélène Chaigneau et Howard Zinn

    Histoire et Historial, entre Hélène Chaigneau et Howard Zinn
    Canet, le 01 03 2010

    M. B. : Voilà, nous sommes le 1er mars, le 1er mars 2010. Alors, aujourd’hui je vais vous faire de la lecture, parce que il me semble d’abord que ça me relance, après toutes ces vacances en continu qui hachent un peu la pensée. La continuité du musement n’est plus tellement assurée… Pour moi c’est dur parce que je n’ai plus ce rendez-vous de parole, et ce rythme hebdomadaire. Il y a deux choses en cours. Actuellement, avec quelques potes, nous sommes en train de nous occuper d’Hélène Chaigneau, une amie psychiatre. Une femme absolument extraordinaire, qui a environ quatre vingt dix ans, et nous essayons de publier ses écrits, ou ses paroles écrites, les deux. Hélène Chaigneau est une femme remarquable en tout point, je veux dire qu’elle a une parole inouïe, elle dit des choses ailées, toujours ; c’est remarquable. Un jour, je reçois un mail de Lise Gaignard, qui me dit que ça vaudrait peut-être le coup de publier Hélène Chaigneau, et j’écris immédiatement à deux des personnes qui connaissent bien Hélène Chaigneau, à savoir Jacques Tosquellas et Guy Baillon. Tous les deux me répondent qu’ils sont d’accord mais Guy Baillon m’indique qu’il est nécessaire de contacter Jean Garrabé parce qu’il est celui qui connaît le mieux Hélène Chaigneau. J’écris alors à Jean Garrabé, qui me donne son accord et me dit la nécessité réunir ses articles, et la même semaine, c’est extraordinaire, on apprend qu’un ouvrage devait être publié par Campagne Première, la maison d’édition qui édite Gisela Pankow. Le projet était en rade depuis trois ans, et, du coup, ça les a relancés. Donc, la partie de texte que je vais vous lire est extraite du livre à paraître chez Campagne Première.

    Petit à petit on commence à assister à l’extraction de ses articles — parce qu’elle a beaucoup écrit, cette femme, ce qu’on ne savait pas. On ne le savait pas parce que elle disait rien, elle faisait ses trucs comme ça presque en douce, c’est un ton particulier, ce n’est pas quelque chose qu’on trouve chez n’importe qui, une certaine façon de parler de ce qu’elle tourne en dérision à savoir la maladie mentale, quand on dit la maladie, on dit pas la maladie somatique, donc pourquoi dire la maladie mentale, c’est idiot, enfin, elle a bien des de points de vue comme ça très extraordinaires sur les choses. Ce que j’ai ici, c’est le livre qui sera publié chez Campagne Première, une interview, je ne sais combien d’entretiens qui se sont passés entre 1988 et 1989. Je vous lirai quelque chose qui me paraît intéressant et sur lequel on pourrait faire des commentaires, enfin vous êtes invités à faire des commentaires, ça c’est l’interview le troisième entretien du 7 novembre 1988, voilà une chose.

    Deuxième chose, c’est ce bonhomme, beaucoup de pages, 800 pages, écrit tout petit, là j’en ai pour un siècle pour lire ça, mais un type assez extraordinaire, qui s’appelle Howard Zinn, étatsunien, et c’est son grand livre qui s’appelle Une histoire populaire des États-Unis de 1492 à nos jours, « à nos jours » parce que ça va jusqu’à ces toutes dernières années. C’est un historien qu’on pourrait qualifier d’engagé, mais le mot est faible. Il est mort à quatre vingt-six ou quatre vingt-sept ans, cette année. Il a traversé personnellement la grande dépression, avec ses parents évidemment, puis le New Deal de Roosevelt, la guerre où il était dans des bombardiers, etc., enfin… puis il a été nommé prof au sortir de la guerre dans des conditions c’était en Alabama, alors je sais pas si vous voyez le coin, après guerre, avec la ségrégation raciale, etc., enfin bon, il était toujours de tous les combats. Il a traversé le maccarthysme, parce qu’évidemment comme il était communiste il était plutôt en difficulté de ce côté-là. Un vrai bonhomme, très vivant. Ce n’est pas un témoignage, c’est un historien qui parle de l’histoire comme peu en parlent. Je vais vous lire des extraits.

    [p. 14sq] Mettre l’accent sur l’héroïsme de Christophe Colomb et de ses successeurs en tant que navigateurs et découvreurs, en évoquant en passant le génocide qu’ils ont perpétré,…

    Alors génocide faut voir… le mot n’est pas fort, le génocide, puisque en l’espace de cinq ans par exemple dans tel endroit d’Amérique du sud la population autochtone est passée de plusieurs millions à cinq cents personnes. En fait on le sait, on l’a entendu, lu, mais ça ne s’inscrit pas ces choses-là, c’est bizarre.

    (…)

  • Canet, le 08 février 2010 La discussion logique, comment ça marche ?

    Canet, le 08 février 2010 La discussion logique, comment ça marche ?

    Canet, le 08 février 2010

    La discussion logique, comment ça marche ?

    M. B. : Nous sommes le lundi 8 février 2010. Il y en a beaucoup qui n’ont pas assisté au colloque de Roger Fleuret et Philippe Chavaroche samedi mais ça ne fait rien, on peut en parler…

    M. P. : Moi, j’ai bien aimé, j’ai trouvé que c’était très tranquille, très associatif, que ça cheminait, ça m’a bien plu. Il n’y avait pas d’exposé très théorique, les choses s’enchaînaient, leur histoire personnelle, les contours de leur vie, leur rapport à la population, l’accueil de tous les cheminements des uns et des autres, c’était très sympa…

    M. B. : C’est vrai que cette introduction était assez étonnante, puisqu’ils ont passé chacun une demi-heure à parler de leurs trajectoires, c’était très chouette. Je trouve qu’il y avait des résonances avec ces histoires de destin dont on a parlé, comment à un moment donné ils rencontraient quelqu’un, une question et ils la résolvaient par des modifications réelles de leur chemin. Roger Fleuret nous a expliqué qu’il était radiologue puis comment il est passé de la radiologie à la médecine générale, puis de la médecine générale à la psychiatrie, avec une analyse interminable.

    Public : Vingt-cinq ans…

    N. C. : Il y avait beaucoup de questions et une participation qui m’a étonnée parce que ce n’est pas très fréquent…

    L. F.-C. : Peut-être parce qu’ils étaient vraiment tranquilles… Il a dit d’ailleurs qu’ils étaient un peu étonnés d’être là. Moi, j’ai trouvé que Philippe Chavaroche était très posé…Mais alors, quel travail ! C’est dur, je ne sais pas si je pourrais le faire…

    M. B. : Oh, tu sais, à l’époque où je faisais des supervisions dans une MAS, j’ai rencontré à plusieurs reprises, pendant deux ou trois journées les patients parce que je voulais m’en faire une idée. Je me suis régalé parce qu’ils sont attachants, c’était extraordinaire… On voit ce qu’on pourrait y faire, et qui ne se fait pas, on le pressent, c’est comme ça.

    Je me souviens toujours de cette jeune femme de trente cinq ans qui rampait, en bavant, ça soulevait un peu le cœur, mais c’est une manière particulière d’être humain. Elle venait de chez toi, de Banyuls, elle a été l’une des premières à venir au monde à cinq mois de grossesse. Tu vois qui c’est ?

    M. P. : Oui, je vois… éducation motrice…

    M. B. : Justement, on a vu… Elle m’a touché particulièrement, et j’ai proposé qu’on regarde son dossier. On avait des histoires sur elle, la plupart fausses, c’était une sorte de mythe individuel du névrosé, mais du côté de l’équipe. Petit à petit, on s’est aperçu qu’à Banyuls elle se tenait très bien, qu’elle était moins dégradée que là où elle se trouvait maintenant, alors qu’elle n’avait pas de maladie dégénérative. L’équipe s’est rendu compte que la dégradation provenait de la prise en charge… Après avoir bien discuté autour d’elle, après avoir vu le dossier et réfléchi entre autres à la manière de lui permettre de s’appuyer le long du couloir pour ne pas tomber au moment des repas, petit à petit elle a commencé à faire quelques pas, elle ne rampait plus. Elle rampait parce qu’elle n’avait aucun intérêt à vivre ; elle vivait parce qu’il fallait vivre, mais c’était tout. Le regard des autres avait changé et on s’aperçoit qu’un regard sur les personnes très défectives, comme on dit, peut transformer les choses…

    N. C. : C’est à ce moment-là que des choses viennent se greffer et se mettre en place…

    M. B. : Tout à fait, il faut greffer du possible…

    N. C. : Il suffisait d’impulser quelque chose, même une ânerie énorme, ça interpellait, et de l’interpellation surgissait un autre regard, des choses se mettaient en place.

    M. P. : Je trouve qu’en MAS, ce n’est pas forcément la population la plus difficile. Je pense aux jeunes enfants qui arrivent à Banyuls avec des handicaps très lourds, avec des pronostics vitaux à très court terme, et qui sont accueillis avec l’idée qu’ils seront encore là dans dix ans, parce que c’est comme ça. Ce sont des enfants qui arrivent avec un diagnostic et un tableau catastrophiques, mais ils ont des potentialités, et parce qu’ils sont accueillis, on leur donne la possibilité de développer ces choses-là, et ils évoluent. Je trouve que la population des MAS est loin d’être la population la plus terrible…

    M. B. : Oui, c’est vrai…

    M. P. : Mais cela demande une équipe avec une capacité de rêverie sur l’enfant importante…

    (…)

  • 3 ÈME CONGRÈS TRAVAIL SOCIAL ET PSYCHANALYSE. Montpellier 4, 5, 6 octobre 2010

    3 ÈME CONGRÈS TRAVAIL SOCIAL ET PSYCHANALYSE. Montpellier 4, 5, 6 octobre 2010

    Travail social : actes de résistance ?

    3 ÈME CONGRÈS TRAVAIL SOCIAL ET PSYCHANALYSE

    Psychasoc

    Montpellier du 04/10/2010 au 06/10/2010

    3 ème Congrès Travail Social et Psychanalyse

    Montpellier 4, 5, 6 octobre 2010

    La résistance a mauvaise presse. Que ce soit chez les psy : résistance inconsciente du patient ou de l’analyste. Ou chez les managers : résistance au changement. Il est vrai qu’à résister « contre », et parfois tout contre, on s’y épuise en vaines plaintes et revendications. Mais il existe une autre face de la résistance, une face « pour », que l’engagement de nos aînés nous laisse en legs : la Résistance et ses réseaux firent pièce à l’oppresseur. La résistance, pour ne pas sombrer dans l’opposition stérile, ne nécessite-elle pas un pas de côté ? D’abord prendre un peu de recul pour analyser la situation. Ce qui se met en scène dans le travail social n’est-il pas intimement lié au système néolibéral ? Il s’agit alors d’en produire l’analyse, les constats ne suffisent pas. Seule l’évaluation de la situation et des forces en présence permet d’envisager un combat de tous les instants. Résister au laminage de la langue de bois qui pétrifie les paroles et les écrits des travailleurs sociaux ; résister au management industriel débridé qui écrase les dispositifs institutionnels ; résister aux procédures de formatage, démarche-qualité, référentiels, domaines de compétence et autres avatars du psycho-socio-bio pouvoir qui tel un rouleau-compresseur écrase sur son passage les capacités d’invention des acteurs sociaux comme des usagers etc autant d’expressions de la résistance qui se déploient dans le travail social dans ces trois dimensions ouvertes lors du 2e Congrès, sous l’éclairage de la psychanalyse : clinique, institutionnelle, politique.

    Ne s’agit-il pas pour les professionnels de s’exprimer pour que ces métiers de l’ombre, ces métiers de « trouvailleurs soucieux » de l’humain, prennent toute leur place ? Cette « fraternité discrète » auprès des plus démunis de nos contemporains n’a-t-elle pas force de résistance face à « la plus formidable galère sociale » (J. Lacan) ? Les travailleurs sociaux réclament à corps et à cris une reconnaissance publique de leur travail. Le plus simple n’est-il pas de donner à lire, à voir, de faire savoir ce qu’il en est de ces métiers de l’intervention sociale, véritables « môles de résistance » en acte (M. Chauvière) ? Alors que tout dans notre société néolibérale tend à réduire la valeur à la seule valeur marchande, les travailleurs sociaux ne sont-ils pas aux avant-postes d’un combat pour l’humain ? Les décideurs, financeurs, responsables politiques veulent savoir légitimement ce que font les travailleurs sociaux, quel usage ils font des deniers publics. Nous donnerons lors de ce congrès, une réponse, en acte… de résistance. Soutenus par des philosophes, des sociologues, des ethnologues, des psychanalystes, des praticiens de terrain, c’est à un véritable état des lieux des idées, des actions et des trouvailles de chacun, que nous nous attacherons.

    Joseph Rouzel, responsable de PSYCHASOC

  • L’« invention » de la Psychothérapie Institutionnelle

    L’« invention » de la Psychothérapie Institutionnelle

    L’intervention d’Ouria va me permettre de prendre une certaine direction dans le véritable océan que recouvre le thème de ces journées. Le titre que je proposerais serait le suivant : « l’invention de la psychothérapie institutionnelle ». Je tenterai de justifier le choix du terme « invention ».

    Cette fois-ci, il m’a été particulièrement difficile de préparer quelque chose, au point où, maintenant à l’instant je ne sais pas encore très bien vers où je vais me diriger. La raison peut paraître extraordinaire : jusque-là les journées avaient des intitulés, – je ne dirai pas exotiques, mais enfin c’est dit -, sur lesquels l’on pouvait se concentrer un petit peu, fureter. Mais aujourd’hui, ces questions de rêve, d’action, d’acte etc., sont des questions si cruciales qu’il est sans doutenécessaire d’y revenir constamment dans notre travail. Alors je me demande par quel bout je pourrais les saisir. Je vais donc profiter du fait que je peux me laisser prendre par l’ambiance de la salle, par ce qui s’est dit jusqu’ici.

    Je ferai débuter l’affaire le mois dernier. Depuis dix ans, à peu près, je vais travailler régulièrement, trois jours tous les deux mois, dans une clinique qui s’occupe de personnes en éveil de coma. L’éveil de coma recouvre en somme tout ce qui va de l’état végétatif de l’éveil au moment des premières réactions, l’éveil de coma étant lui-même caractérisé par le fait que la personne qui était dans le coma ouvre les yeux, même si elle reste parfois dans un état végétatif. Ainsi l’état végétatif est en fait une phase de l’éveil. La nature de cet état est un des mystères de l’humain, il en est une des possibilités.

    Documents joints

  • Canet, le 01 février 2010, Le Lac (IV)

    Canet, le 01 février 2010, Le Lac (IV)

    Canet, le 01 02 2010

    Le Lac (IV)

    La surface du lac considérée comme une membrane

    La tonalité, faciliteur du passage des percepts

    M. B. : Nous sommes le premier février 2010. Il y a une revue de sémiotique Degrés, dont le thème est la sémiologie du corps, dans laquelle est publié un article « Du corps en institution ».

    M. P. : Il n’est pas sur le site ?

    M. B. : Non, parce qu’il n’était pas encore publié, il faut que je laisse le truc se tasser un peu. Helbo, celui qui dirige la revue, suit d’ailleurs mes épisodes… Voulez-vous que je lise la première page, pour vous mettre en…

    G. P. : En bouche.

    M. B. : Ça vous dit ?

    Public : Oui.

    M. B. : Cela commence par :

    Anselme. dans le Prosologion, Saint Anselme de Canterbury, en principe ça ne s’écrit pas comme ça… expose ce qui deviendra la fameuse preuve ontologique de l’existence de Dieu. Pour cela, il dialogue avec l’Insensé qu’il conduira à reconnaître l’impossibilité de dire sans contradiction fatale son « Dieu n’existe pas ». Au départ de son argumentation Anselme pose cette simple question à son adversaire : parlons-nous tous les deux du même Dieu ? Que ne prenons-nous une telle précaution avant d’entamer quelque dialogue sur quelque sujet dont nous admettons peut-être trop rapidement qu’il est parfaitement partagé par notre interlocuteur. La réponse positive à la question est nécessaire pour que le dialogue commence.

    Tchouang-Tseu. Lisons cet extrait d’un des beaux ouvrages sur Tchouang-Tseu : « Le lieu du vide n’est autre que le corps, à la condition d’entendre par là non le corps objet ou la machine de Descartes mais l’ensemble des facultés et des ressources et des forces connues ou inconnues que nous avons à notre disposition et qui nous déterminent. » On ne demandera pas à l’auteur de préciser ce qu’il entend par « nous », car il répondrait sans doute comme Saint Augustin, qu’il cite peu après : « Si personne ne le demande, je le sais ; si quelqu’un me pose la question et que je veux lui expliquer, je ne sais plus. » C’est bien, ça ! il était pas con, l’Auguste… Ici, Billleter suppose son lecteur dans une disposition d’esprit qu’il récuse, « non pas le corps objet ou la machine de Descartes ». S’il la maintient quand même, il peut continuer, mais au mépris d’une méconnaissance de la pensée de Tchouang-Tseu.

    L’insensé va rapidement apprendre de saint Anselme que ce qu’il sait, i.e. dieu n’existe pas, il ne peut le dire sans se trouver pris dans une aporie. Va-t-il aller au Canossa de la preuve « ontologique », rejetant son ancienne (in)croyance ou encore va-t-il assumer comme l’enseigne Wittgenstein, avoir atteint les limites de son monde ou, estimera-t-il avec Lacan avoir touché au réel, c’est-à-dire à l’impossible ?

    Peirce. Là où cieux et mers se confondent à l’horizon d’une plage où devisent deux compères, l’un dit, montrant un point de la mer, « ce bateau là-bas est un cargo, il ne transporte nul passager ». Charles Sanders Peirce, qui passait sans doute par là, nous demande ceci : si l’autre, pour quelque raison, capacité oculaire ou autre, ne voit pas le bateau, celui-ci est-il l’objet du signe ?

    Avant de donner la position de Peirce, examinons le rapport avec les deux situations précédentes. Saint Anselme réclamait, avant de produire ses signes, l’accord de l’interlocuteur concernant leur objet, Dieu. Billeter demande au lecteur d’adopter la notion de corps qu’il présente afin de s’accorder au signe après que Tchouang-Tseu les a produits. Pour le premier, il s’agit d’un accord préalable à toute production de signes ; pour le second, à quelque interprétation.

    Que dit donc Peirce ? La réponse à sa question est à trois volets, comme on l’imagine bien : un, le bateau ne saurait être l’objet du signe « phrase + destination » dans la mesure où il n’y a pas accord entre l’émetteur (que nous appellerons plus loin le Scribe) et le récepteur (ou Interprète) sur l’objet ; deux, l’objet du signe est dans ce cas-là la portion de mer indiquée aussi par le scribe et perçue par l’interprète, autrement dit ce dont ils partagent la connaissance perceptuelle ; trois, mais la phrase prépare l’interprète à sa future connaissance du bateau en question, y compris visuelle. Ici pas de véritable préalable, mais l’articulation de sémioses vivantes modifiant le savoir de l’interprète et non sa seule information, ce que fait toute préposition, ses jugements d’attribution, comme le dirait Freud, mais aussi ses jugements d’existence. Le processus ainsi présenté est profondément dialectique, et il ne nécessite en somme que l’état des choses aux prémices des sémioses. C’est cette position qui sera prise ici, ne nécessitant chez le lecteur rien d’autre que ce qu’il sait ou croit savoir, et lui proposant, s’il le désire, d’examiner l’objet (concept) corps, ici même, dans le malentendu — comme de bien entendu !

    Cela ne vous inspire pas, hein ? Je vous sens tout…

    (…)

  • XVe Journée avec… Philippe Chavaroche et Roger Fleuret

    XVe Journée avec… Philippe Chavaroche et Roger Fleuret

    Le 6 février 2010 à Canet-en-Roussillon

    Le 6 février 2010 à Canet-en-Roussillon : XVe Journée avec… Philippe Chavaroche et Roger Fleuret

    Le prochaines journées avec auront lieu à l’Écoute du Port (comme d’habitude !) le 6 février 2010. Philippe Chavaroche et Roger Fleuret nous parleront de leurs expériences croisées, ce dernier en psychiatrie avec des psychoses plutôt sur des versants schizophrénie, et le premier en médico-social avec des psychoses infantiles, plutôt déficitaires, ainsi que de la question de la formation.

    Ils travaillent tous deux à La Force, dans le cadre de la Fondation John Bost.

  • Hospitalité et amitié

    Hospitalité et amitié

    Antoine VIADER

    Avant de donner la parole à Michel Balat, je vais me permettre de vous signaler dans la suite de ce qui se disait dans la discussion avant la pose, deux petits bouquins de Derrida, l’un s’appelle : “ Cosmopolites de tous les pays, encore un effort ! ”, et surtout l’autre qui est très riche sur ces questions d’hospitalité : “ Adieu à Emmanuel Lévinas ”.

    Bien ! Michel Balat, tu as la parole.

    Michel BALAT

    Merci !

    Finalement, cette question de l’hospitalité m’a fait beaucoup travailler mais pour autant, je n’ai pas produit, c’est habituel, un texte à lire. J’ai pris des notes que, sans doute, je ne consulterai pas !

    On pourrait commencer par un livre de Victor Klemperer, publié chez Albin Michel, dont le titre est “ L.T.I. ”, trois lettres de l’alphabet qui signifient “ Lingua Tertii Imperii ” – La langue du troisième Reich. Victor Klemperer était philologue, professeur de Lettres françaises à l’Université de Dresde, jusqu’à sa destitution en 1935, à l’âge de 55 ans. Il a vécu dans cette ville jusqu’à sa mort en 1960. Il a donc connu, lui, le Juif, le stalinisme succédant au nazisme. Pour résister, il lui est apparu comme indispensable de repérer dans la langue allemande de ce moment-là,…

  • Don Quichotte le Scribe

    Don Quichotte le Scribe

    Don Quichotte, le scribe

    Michel Balat, le 27 mai 1998

    Il semble qu’on traite habituellement Don Quichotte à la légère. Peut-on penser sérieusement qu’un tel personnage aurait traversé les siècles sans porter en lui quelque chose d’essentiel ? Il est vrai qu’on pourrait considérer sa folie comme celle que tout homme porte en lui, mais je pense que cela ne suffirait pas à en faire une référence. Je voudrais proposer un hypothèse : don Quichotte est le chevalier du désir. Il y a en nous (ou hors de nous, ou les deux à la fois,) ou encore chacun de nous est dans, un « idiolecte », une langue qui est la sienne, ou du moins dans laquelle il réside et qui fait sa singularité. L’idiolecte n’est pas directement accessible, il est une abduction nécessaire, si j’ose dire. L’idiolecte comme « fondement » d’abductions ? Oui, sans doute, mais encore faut-il pouvoir les inscrire, ça ne résout rien. Opposer l’idiolecte à ce qu’il faudrait sans doute appeler le « polylecte » (le « lecte » de plusieurs) ? Sans doute aussi, en songeant qu’on se soumet au polylecte et que sans doute même, c’est de lui que procède l’idiolecte, qui est toujours là. Cela fait de l’idiolecte un polylecte singulier, celui, bien entendu, du museur. Alors, comme il procède de l’autre, du poly, sans doute a-t-il du coup une vocation à pouvoir être repris en charge par le poly. En introduisant le scribe, voici une formule : le scribe inscrit comme polylecte l’idiolecte du museur.L’idiolecte comme langage du désir ?, donc inaccessible, c’est pourquoi il ne peut s’inscrire qu’en polylecte. Mais le caractère idiolectal doit passer par l’agencement des mots et des phrases, la fameuse « rencontre entre des mots qui ne s’étaient jamais rencontrés ».

    L’autre jour à Hyères nous avons eu l’occasion de travailler avec un homme qui avait eu un trauma crânien suivi d’un coma relativement bref. Il se trouve que cet homme avait la difficulté suivante : il était incapable d’exprimer quelque chose parce que les mots qui venaient et qu’il s’entendait dire, n’étaient jamais adéquats. Les phrases étaient bien construites, son vocabulaire était riche, mais tout se passait comme s’il souffrait d’une sorte de jargonophasie. En fait il n’en était rien, du moins sur le plan de son état cérébral : c’était une sorte de jargonophasie psychique, si ce n’est que, contrairement à la jargonophasie, rien chez lui ne soulevait le rire, on sentait bien plutôt avec force et intensité son drame intérieur, nous pouvons inscrire ici le terme « idiolecte ». Par contre, et c’est là ce qui est remarquable, il était parfaitement capable de décrire ce qui se passait globalement dans sa pensée, cette fuite des mots, etc. Au bout d’une heure il était épuisé de ne pas parvenir à ce qu’il voulait dire et il propose alors d’arrêter. Pour des raisons qui m’échappent, nous n’avons pas voulu et nous avons ainsi continué quelque temps jusqu’au moment où, alors qu’il prononçait certains mots (je n’ai pas hélas retenu lesquels, mais je crois que ce n’était pas vraiment essentiel) il s’exclame tout à coup : « Ah, non, ça non, ce n’est pas ça que je veux dire ». Nous avons alors pensé qu’il avait fait un grand pas puisqu’il arrivait pour la première fois à mettre en rapport cet état intérieur de pensée avec la visée intentionnelle, ce rapport étant exprimé par la phrase en question (polylectale). En somme il arrivait à introduire une discontinuité signifiante dans la continuité de son amusement « auto-scribé ». Je crois qu’il y a plein de trucs à tirer de là, pour nous. Pour lui, ça a été une vraie découverte. Trois ou quatre jours après, il était encore sous le choc de ce qui s’était passé.

    Le romancier, qui a tous les droits, nous livre l’idiolecte de don Quichotte : c’est la masse des écrits sur la chevalerie errante. Et don Quichotte, comme chacun de nous, mais, lui, de façon conséquente, se fait le défenseur de son idiolecte. Nous, nous sommes toujours prêts à en rabattre sur notre singularité idiolectale au profit d’une communauté de pensers, d’une identification, d’une imitation (au sens que donne à ce terme Gabriel de Tarde). Or don Quichotte, lui, ne cède jamais ! Il se pose dans le monde comme idiolectal et, faisant ça, il s’abandonne à l’errance, à la tuché, à la rencontre. Cela fait de lui cet homme qui polarise autour de lui le désir de tous autres. Rappelons-nous le Duc et la Duchesse qui se présentent comme voulant se moquer d’une sorte de fou, mais qui se retrouvent au bout du compte totalement pris dans le désir de don Quichotte, au point même où ils sont amenés à donner un poste de gouverneur à Sancho. D’ailleurs, don Quichotte mourra lorsque l’Étudiant le mettra dans la nécessité de renoncer à son désir pour être conséquent avec ce désir même.

    Mais, direz-vous, et les Moulins à vent ! C’est là que don Quichotte se montre pour ce qu’il est, un vrai, un authentique pragmaticiste. Il voit des géants et mobilise ses possibilités d’action en conséquence. Il va « à la rencontre » et, conséquent avec ses concepts, il tâte du « géant » et note qu’il y a parfaite cohérence, totale adéquation. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Sancho est dans l’imaginaire alors que don Quichotte traite le « réel » (au sens de Lacan) par le symbolique, d’une façon pragmaticiste. Pourquoi Sancho est-il dans l’imaginaire ? Pour la simple raison qu’il est paysan et que (comme pour les moutons) les Moulins à vent, qui venaient d’être introduits en Espagne peu avant le moment du récit, sont pour lui déjà familier, alors qu’ils sont du « réel » pour don Quichotte. Et c’est parce que ce dernier est conséquent avec son idiolecte qu’il repère abductivement des géants. Mais, répéterez-vous, c’étaient des Moulins à vent ! Ah, cher lecteur, il faudra donc que je vous laisse dans un monde où le rêve est échappatoire. Dans celui de don Quichotte, comme, je l’espère, dans le nôtre, le rêve est dans le monde, que le musement idiolectal construit. Il y a un univers entier entre « prendre des Moulins à vent pour des géants » (ce qui est une abduction parfaitement raisonnable, et qui donne lieu à une position pragmaticiste chez don Quichotte) et « prendre des vessies pour des lanternes » (qui est une croyance immodérée dans l’imaginaire, dans l’univers du même).

    Évidemment, tout ça mériterait d’être précisé et argumenté, mais il semble qu’en somme, don quichotte est la représentation même de cette chose si mystérieuse, c’est-à-dire le désir du scribe. Quelle différence y a-t-il entre faire une assertion et faire un pari ? Ce sont tous deux des actes par lesquels l’agent se soumet délibérément aux pires conséquences si une certaine proposition n’est pas vraie. Seulement, lorsqu’il s’offre à parier, il espère que l’autre personne se sentira au même niveau de responsabilité que lui si la proposition contraire est vraie ; tandis que lorsqu’il fait une assertion, il souhaite toujours, ou presque, que la personne à qui il la destine sera conduite à faire ce qu’elle fait. (5.31) Si le désir du scribe est le désir des interprétants qui viendront, comme le suggère Peirce, il me semble que don Quichotte, lorsqu’il se place, en sortant de chez lui, face au monde en position d’« errant » qui désire ce qu’il va rencontrer, est une représentation quasi parfaite de ce désir. Peirce, puisqu’il dit qu’« asserter c’est toujours, ou presque toujours, souhaiter que l’allocutaire soit conduit à faire ce qu’il fait ». Faut voir le contexte, qui est celui d’une série de conférences sur le pragmatisme, et, au cours de la première, il indique ce qu’il entend par « practicalité ». Alors on voit bien ici que l’assertion « complète » met en cause directement l’interprète (les interprétants). C’est sans doute pour cela que le désir du scribe ne recouvre pas entièrement l’assertion comme telle, mais ne concerne que ce que l’interprète pourrait être conduit à faire. En cela il me semble que c’est le scribe qui est au cœur de la question pragmatique, c’est-à-dire la logique de l’abduction (comme l’a si bien vu Oury). Le scribe ébauche l’assertion, mais l’assertion comme telle nécessite l’efficience de l’interprète (des interprétants : je précise, pour éviter la chosification de l’interprète qui est, pour moi, le lieu des interprétants, une fonction).

    Je laisse là ces élucubrations, mais il me semble quand même qu’il y a quelque chose dans tout ça qui permettrait, par exemple, de reprendre la question du délire, en affirmant que don Quichotte n’est pas délirant mais pragmaticiste. L’exemple que donne Danielle Roulot de cette jeune femme qui pense qu’elle délire parce qu’elle a entendu le psychiatre jouer de l’orgue dans l’église et qui maintient qu’elle délire alors même que le psychiatre jouait réellement ce jour-là dans l’église, — et que c’est bien lui qu’elle a entendu —, tendrait à montrer que si le délire a à voir avec une certaine position par rapport au réel (impossibilité de trouver des ressources imaginaires ou symboliques pour le « traiter »), il n’a par contre à peu près rien à voir avec la réalité. Or don Quichotte, lui, traite correctement le réel par le symbolique. Le seul « reproche » qu’on pourrait lui faire, c’est d’être quelque peu défaillant dans ses inductions.

    Documents joints

  • Canet, le 18 janvier 2010, Le lac de Peirce (III)

    Canet, le 18 janvier 2010, Le lac de Peirce (III)

    Canet, le 18 01 2010

    Le lac de Peirce (III)

    La rencontre avec le destin

    L’immortalité de l’homme-signe

    M. B. : Aujourd’hui, on est lundi 18 janvier 2010…

    G. P. : On ne s’est pas vu pour se souhaiter la bonne année…

    M. B. : Oui… ça fait deux fois que je parle du lac de Peirce en le mettant en rapport avec la question des pulsions. On a un peu tendance à oublier quelque chose dans les pulsions sur quoi Szondi insiste beaucoup, le caractère destinal des pulsions. C’est quelque chose d’intéressant… je vais improviser comme d’habitude, ce ne sont pas des choses auxquelles je réfléchis toute la journée…

    L’autre jour, dans un groupe, on parlait d’un enfant en difficulté, et j’ai dit : « C’est son destin ! ». Je ne vous raconte pas la réaction du groupe ! On était prêt à m’arracher les yeux… « qu’est-ce que c’est cette histoire de destin ? Vous dites n’importe quoi ! ». Ce n’est pas faux, mais je l’ai dit, donc c’est foutu, à partir du moment où on a dit quelque chose, il faut y aller, il faut assumer, sinon on est foutu… je maintiens cette question de destin, puisque je l’ai dit, c’est la seule raison… (rires)

    G. F. : (rires) Suffisante.

    M. B. : C’est vrai !… Quelle représentation pourrait-on se faire du destin ? Cela voudrait dire qu’il y a quelque nécessité qui nous travaille. Quelles sont les nécessités les plus évidentes, les plus fortes, les plus extraordinaires ? Ce sont les nécessités pulsionnelles. Il y a des pulsions qui nous traversent. C’est le destin des pulsions ! Il n’y a pas que Szondi qui en parle, Dans « Métapsychologie », Freud le disait déjà dans un article intitulé « Pulsions et destin des pulsions ». Le destin des pulsions, c’est d’aller vers la satisfaction. La pulsion est là, à partir de la manière dont on est constitué, de comment on s’est développé. On a affaire à tout un système pulsionnel qui nous amène vers des choses qui peut-être ne se réaliseront jamais. Le pulsionnel ne se transforme en destin que dans certaines occasions, encore faut-il que l’occasion soit fournie. Je me disais que cela pouvait être une définition du destin : le destin est une occasion fournie à la pulsion, quelque chose qui est sur son chemin et qui, à un moment donné, dans une circonstance particulière, peut se trouver effectivement engagé. Ce n’est pas pour rien que Freud parlait du destin des pulsions, ce n’est pas pour rien non plus qu’un type comme Szondi a inventé la daseinanalyse, l’analyse du destin. Il y met évidemment au premier chef les pulsions et leur articulation, et il montre comment des gens se retrouvent à faire certaines professions par le biais de… vous vous souvenez de ce terme typique de Szondi… de l’opérotropisation, une manière de fixer…

    O. F. : Littéralement dasein c’est l’être là.

    M. B. : L’être là, oui, c’est pour ça que je pense que je me trompe de mot…mais c’est compliqué, n’en profitez pas pour vous lancer dans des discussions infinies parce que sinon, je ne sais plus où j’en suis, déjà que j’ai tendance à faire ça spontanément… L’opérotropisation est le fait que des gens, de par leur constitution pulsionnelle, se retrouvent à faire certains types de métiers. C’est intéressant comme idée. Un type se retrouve épicier, pourquoi ? Il peut dire que ce sont les circonstances de la vie qui ont fait qu’il s’est retrouvé épicier mais n’y a-t-il pas quelque chose d’autre qui travaillait ? Est-ce simplement une série de circonstances tychiques, comme dirait Peirce, est-ce uniquement le fait du hasard ?

    Le hasard est une question qu’on s’est toujours posé à Château Rauzé parce que chaque fois que l’on regarde l’histoire d’un bonhomme végétatif suite à un accident dont il est responsable, on s’aperçoit qu’il avait de bonnes raisons de faire ça . Dans les cas où l’accident n’est pas de son fait, comme le cas où le type marche tranquillement sur le trottoir et qu’une voiture lui fonce dessus, on peut dire qu’il y a des limites à l’idée qu’il était destiné à avoir un accident. Mais si on le prend sous l’angle du destin pulsionnel, on peut dire qu’il y a quelque chose de la pulsion de destruction qui travaillait chez lui et qui le destinait à ça… La pulsion le poussait vers ça, mais encore fallait-il qu’une occasion se présente pour qu’il plonge dedans. C’est dans ce sens là qu’on peut avoir une idée de ce que peut être le rapport de la pulsion et du hasard, où les deux combinés font du destin.

    Lorsque vous lisez Freud, -toujours en continu parce que c’est bien de lire Freud en continu- il parle de la névrose de destin. Qu’est-ce que la névrose de destin ? Il explique le cas d’une femme dont les six maris meurent successivement. Elle ne les tue pas, pas besoin…

    Public : (rires)

    M. B. : … le destin s’en charge… C’est son destin. Et ce destin nous est révélé parce qu’il arrive de telle manière qu’on peut dire qu’il y a quelque chose de tendanciel en lui. Et comme toujours avec le tendanciel, si on lui en donne l’occasion, il devient de l’actuel. Ce sont des choses toutes simples, je ne vais pas très loin dans ces réflexions… (sonnerie portable) Ah, c’est une dame qui me téléphone tous les lundis vers six heures du soir bien qu’on ait convenu qu’elle devait me téléphoner le lendemain matin à six heures et demi mais elle veut me stresser un peu, juste avant, comme ça, demain, je serai en pleine forme pour écouter tout ce qu’elle a à me dire. Ça fait dix ans que ça dure, c’est son destin, et c’est le mien aussi par la même occasion… (rires)

    G. P. : Et le nôtre.

    M. B. : Et le vôtre, oui, c’est accablant… (rires)

    F. C. : Je peux te poser une question Michel…

    M. B. : Oui, vas-y…

    F. C. : Tel que tu le décris, on a l’impression que c’est une autre version de la fatalité mais de façon plus globale… si on suit un ordre logique, l’occasion devrait être considérée aussi sous l’angle destinal ce qui supprime la notion de hasard …

  • Intervention au DU de Psychothérapie Institutionnelle LILLE Jeudi 12 Novembre 2009

    Intervention au DU de Psychothérapie Institutionnelle LILLE Jeudi 12 Novembre 2009

    Intervention au DU
    de
    Psychothérapie Institutionnelle
    LILLE Jeudi 12 Novembre 2009

    par Pascal Crété

    Je voudrais tout d’abord remercier Pierre DELION de m’avoir invité à cette nouvelle journée du DU de PI. Un DU dont on parle aujourd’hui, même à distance, comme à CAEN où j’entendais il y a quelques jours des internes en psychiatrie évoquer la possibilité de s’y inscrire alors qu’on venait de leur remettre entre les mains, des informations relatives à des enseignements neurobiologiques. C’est dire que la clinique ne cesse d’interroger et de questionner, même si elle est mise à mal en ce moment. Ce lieu du DU est pour moi un lieu de résistance, comme d’autres qu’il convient de préserver ; votre présence nombreuse témoigne de l’intérêt que suscite la question de l’institution.

    Ce n’était pas gagné de franchir le pas et d’introduire les questions relatives au mouvement de la psychothérapie institutionnelle dans le cadre d’un enseignement universitaire. S’il est vrai que « la psychothérapie institutionnelle en soi cela n’existe pas », qu’on ne peut la situer du côté d’une science, qu’il n’y a pas une méthodologie appliquée, il n’empêche que ce mouvement, cette manière d’être et de se positionner dans le travail fonctionne et a depuis quelques décennies, montré sa pertinence et son intérêt thérapeutique, notamment dans le champ de la clinique des psychoses, mais pas uniquement. La rencontre entre la psychothérapie institutionnelle et l’université est un étonnant mélange, peut-être explosif, pour le moins paradoxal puisque dans un lieu où la question de la science et du savoir semblent établis, nous allons parler de questions qui ne peuvent être vraiment saisies, qui nous échappent sans cesse, qui nous amènent à formuler des hypothèses, notamment celle essentielle du désir inconscient, rien que des hypothèses que le travail quotidien viendra valider ou non dans l’après-coup. Cette rencontre est bien celle du savoir de la science et de celui de l’inconscient.

    (…)

  • Canet, le 11 janvier 2010, Le lac de Pierce (II)

    Canet, le 11 janvier 2010, Le lac de Pierce (II)

    Canet, le 11 01 2010

    Le Lac (II)

    Etude de « matter is effete mind » de Peirce ou la transformation du mind en matière

    M. B. : Nous sommes le lundi 11 janvier 2010, oh, ça va vite, ça va fort, 2010, mais quand ça s’arrêtera ?…

    Public : Jamais…

    M. B. : (rires) C’est sans fin, pas sans fond, sans fin… Oui, la dernière fois j’ai oublié de vous donner quelques livres comme ça en passant. Il y a celui-là, La Chine sur le divan, c’est pas mal, c’est un peu documentaire mais c’est intéressant parce qu’il n’y a qu’un seul psychanalyste en Chine, alors…

    Public : (rires)

    M. B : … il faut tomber dessus…

    G. F. : En plus il est rouge…

    M. B. : Il est interviewé par un bonhomme, Dorian Malovic… il est prof et a un cabinet à l’intérieur de son université, il a pu avoir ça, et il forme des gens qui vont devenir psychanalyste… il les envoie en France, un peu partout…

    A. R. : Il travaille dans quelle ville en Chine ?

    M. B. : Cheng Du… tu connais ?

    A. R. : Je connais un peu la Chine mais je ne connais pas chaque ville, enfin je connais le nom.

    M. B. : Et tu sais où c’est ?

    A. R. : Pas vraiment.

    M. B. : C’est là qu’il faut raconter ton histoire, ta magnifique histoire sur les étudiants chinois qui te pilotaient…

    A. R. : …

    M. B. : Ah, c’est moi qui vais devoir la raconter, franchement, là tu exagères un peu ! La fois où ils te demandent d’où tu étais, tu dis « de Perpignan », et ils connaissaient Perpignan à cause du diplôme de tourisme… et quand tu leur dis que c’est une petite ville, ils te demandent « un million et demi d’habitants ? »…

    Public : (rires)

    M. B. : Et ce n’était pas une plaisanterie ! C’était sérieux ! Pour eux, petite ville, c’est un million et demi d’habitants… Cela dit, sur ce livre, je ne suis pas enthousiaste… il est agréable à lire, ça se lit simplement et il faut dire que c’est simple aussi, ce n’est pas transcendant. Mais le type, il se décarcasse, il essaie d’adapter Lacan, Freud et tout ce monde aux réalités chinoises, ce n’est pas évident, c’est difficile d’avoir une hauteur de vue, ça ne se commande pas… J’ai retrouvé un vieux livre que vous avez sans doute lu et qui vaut le coup, celui-là, Les identifications. C’est bien foutu, il y a un gros article de Jean Florence, très récapitulatif, ça se trouve sur Abebooks.

    Public : Quel éditeur ?

    M. B. : Denoël, c’est la collection L’espace analytique, une très bonne collection, c’est la famille Mannoni qui s’en occupe et comme ils sont vraiment intéressants… Je vous ai dit qu’il y avait les Writings numéro VIII… vous qui êtes des passionnés de Peirce, je le sais ! Vous le cachez comme vous le pouvez, mais je le sens bien… Je vous recommande les Writings numéro VIII parce que c’est vraiment excellent, c’est un bon cru de Peirce — 1890-1892 — c’est vraiment sa grande envolée. En 1868, il avait déjà créé une nouvelle philosophie mais il n’empêche que là, c’est d’une densité folle… Qu’est-ce que j’ai vu aussi…? Marx, ça c’est bien aussi… Jean-Marc m’a appris que c’était un des plus grands éditeurs d’art français qui a fait ce petit livre très beau, je vous le montre, ça prend du temps pour le lire, c’est très précis, il s’appelle ?

    J.-M. Q. : Guy Lévis Mano.

    M. B. : Guy Lévis Mano, le type qui fait ces éditions est mort depuis longtemps, le livre est chouette comme tout, Je vois un pays aride. Il y aussi ce livre splendide sur la construction des abbayes cisterciennes Les pierres sauvages dont je vous reparle parce que c’est un pur chef d’œuvre, de Fernand Pouillon, grand architecte. Il avait défrayé la chronique dans ma jeunesse, il avait été en taule parce qu’il était en avance sur son temps, sur les lois. C’est emmerdant d’être en avance sur les lois, mais après le débat qui a eu lieu autour de son cas, les lois ont changé. En s’inspirant des abbayes cisterciennes, il disait qu’il fallait que ce soit la même personne qui fasse le plan et qui soit le constructeur, que l’architecte soit nécessairement désolidarisé de l’entrepreneur est une idiotie. Il avait monté une entreprise de maçonnerie, ce qui était absolument interdit à l’époque, dans les années soixante et donc il s’est retrouvé en taule, alors scandale terrible. Ce livre est un pur chef d’œuvre, il écrit magnifiquement, et on est dedans, dans la construction de l’abbaye. Il raconte comment trouver le site ne suffit pas, il faut qu’il y ait les pierres pas trop loin, il faut qu’il y ait des chemins qui puissent mener à des trucs et des machins (signal portable) Ah, Éric Rohmer est mort… donc le Monde m’envoie ça !

    F. C. : Comment ça s’appelle ?

    M. B. : Les pierres sauvages, qu’on peut trouver sur Abebooks parce que c’est un livre qui est très vieux, il est de 64, j’avais vingt ans… Ensuite il y a ce livre, qu’en principe je suis chargé de présenter chez Torcatis mais je crois que je ne vais pas le faire… c’est un peu dans la lignée d’Agamben. L’introduction est d’une grande prétention et si je commence à présenter le livre comme ça je crois qu’il ne se vendra pas. Par contre, il y a un très bel article sur l’assujetissement, très intelligent. Il doit y avoir quelques perles dans ce bouquin, il faut les attraper… Vous savez comment on attrape une perle ? On lit en diagonale, et puis quand tout à coup on est accroché par une ligne, c’est que c’est la perle, le grain de sable qui retient… En plus, c’est un lexique. Après le reste ce sont des vieilleries… j’aime bien les vieilleries… alors une vieillerie intéressante, La psychanalyse par Blondel. Vous connaissez Blondel…

    G. F : Oui…

    M. B. : Ah oui, vous connaissez Blondel…

    G. F. : Le syndicaliste…

    M. B. : Oh non… à vrai dire, si je devais absolument choisir un syndicaliste, ce ne serait pas lui. Et puis il y a notre grand ami Victor Martinez, qui a publié un avant propos du petit livre d’André Du Bouchet, le grand poète. C’est de la prose, très beau, comme toujours d’ailleurs, il a des trouvailles, Victor Martinez. Il paraît que le livre de Cooren se trouve facilement maintenant, tout le monde peut l’avoir, donc je vous le recommande, ceux qui l’ont lu témoignent, toi tu t’es régalée de le lire, hein…

    L. J : Ah oui, De la cruauté ! On le trouve facilement…

    M. B. : Très facilement, alors j’espère qu’il sera à la bibliothèque pour la « journée avec »

    T. M. : Dominique s’en occupe, oui.

    M. B. : Voilà, c’est pour vous mettre un peu en jambes. Par ailleurs sur le site, j’ai rajouté des trucs à Matter is effete mind, quelques lignes, pour re-préciser ce que j’avais raconté la dernière fois, un point d’appui pour ceux qui sont intéressés. J’aimerais qu’on revienne encore là-dessus si ça ne vous ennuie pas ; ça vous intéresse, cette histoire ?…

    Public : Oui.

    (…)

  • Note sur Matter is effete mind par Michel Balat

    Note sur Matter is effete mind par Michel Balat

    Note sur Matter is effete mind

    Cette phrase de Peirce apparaît dans différents contextes entre 1890 et 1893 (cf. Writings 8, p. 384). J’en extrais deux :

    W8, 22 : The only possible way of explaining the connection of body and soul is to make matter effete mind, or mind which has become thoroughly under the dominion of habit, till consciousness and spontaneity are almost extinct.

    W8, 106 : The one intelligible theory of the universe is that of objective idealism, that matter is effet mind, inveterate habits becoming physical laws.

    Je voudrais ici simplement mettre en évidence le sens du terme ‘effete’.

    On lit à l’entrée ‘effete’ du Skeat, le dictionnaire étymologique de la langue anglaise :

    Effete, exhausted. (L.) In Burton, Anat. of Melancholy, ii. 4. I. 5 ; p. 370 (R.). — L. effetus, effœtus, weakened by having brought forth young. — L. ef– = ec– (ex) ; and fetus, breeding. See Fetus.

    En nous reportant au dictionnaire étymologique de la langue latine d’Ernout et Meillet :

    *fe-, fetus, –a, –um : fécondé ; d’où au fém. « [femelle] pleine, grosse de » ; et par extension, comme effetus, « qui a mis bas » et « qui a cessé d’enfanter ». (…) Puis « fertile ». Synonyme poétique de plenus. (…)

    On pourrait dire qu’il s’agit ici de la pierre de touche de l’Idéalisme objectif de Peirce. On voit clairement dans les deux termes latin et anglais, apparaître l’idée d’une cessation de la modalité en quelque sorte créatrice de la tiercéité, ou encore l’extinction du processus sémiosique. Il semble que nous puissions rapprocher cela de l’idée présentée par Peirce dans le « Lac de Peirce » (cf. http://www.michel-balat.fr/ecrire/?…), que je rappelle ici. Sous l’effet de la gravité une idée peut perdre petit à petit ses associations jusqu’à tomber au fond du lac sans fond. Si le potentiel lié à l’idée est mesuré par ce qu’il faudrait de travail pour la faire remonter à la surface, on voit que, en tombant suivant la gravité, elle croît en potentiel et décroît en possibilités associatives, autrement dit en énergie potentielle, c’est-à-dire encore en vivacité. Ainsi le lac de Peirce se présente comme une création continue de matière (le fond du lac sans fond (!)) par affaiblissement des possibilités de liaison d’une idée, autrement dit de sa capacité reproductrice. C’est en cela que nous rejoignons le « matter is effete mind ».

    Je pense que nous pourrions rapprocher de la notion de pulsion de mort chez Freud, la tension entre le fond du lac et sa surface donnant l’exacte image de la tension bipolaire des deux grandes pulsions. L’une, la pulsion de mort, est assimilable à la gravité, à l’acquisition de potentiel, l’autre, la pulsion de vie, aux échanges associatifs (unification) et au transfert d’énergie potentielle.

    Par ailleurs, le lac étant sans fond, la matière perd peut-être sa capacité reproductrice (associative), mais jamais totalement. Nous sommes confrontés ici à la question de la continuité. La métaphore du lac sans fond, parce qu’il est sans fond est cohérente avec la démarche de Peirce où l’on ne peut constituer de la secondéité avec de la tiercéité sinon par un passage à la limite. Ici la limite serait le fond du lac, une sorte de matière absolue qui ne peut vraiment se concevoir, sauf comme, précisément, une limite. Les différences de profondeur nous permettraient sans doute de penser, dans la matière comme signe épuisé, des niveaux de « matérialisation » divers. Si je me permettais une abduction, ce serait la suivante : ce qui est actuellement la matière « absolue » encore pensable serait celle du « trou noir », au sein desquels les lois physiques ne règnent pas. Il semble que quelqu’un comme Frances Tustin évoque bien ce règne absolu de la pulsion de mort dans Le trou noir de la psyché.

    Le 8 janvier 2010 Michel Balat

  • Mardi 19 janvier 2010 9 h à 17 h à BLOIS : Maladies psychiques, pauvreté et existence

    Mardi 19 janvier 2010 9 h à 17 h à BLOIS : Maladies psychiques, pauvreté et existence

    FÉDÉRATION D’AIDE
    À LA SANTÉ MENTALE JOURNÉE DE FORMATION CONTINUE
    CROIX-MARINE COORDINATION RÉGIONALE CENTRE

     Reconnue d’utilité publique – Organisme Formateur n° : 11 75 203 79 75 siret n° : 347 399 701 00023 ape : 913 E
    JOURNÉE AGRÉÉE par l’A.N.F.H. et l’U.N.I.F.A.F.

    Mardi 19 janvier 2010 9 h à 17 h à BLOIS
    Salle de la Roselière (nouvelle maison médicale)

    Centre Hospitalier de BLOIS – Mail Pierre Charlot – 41000 BLOIS

    « Maladies psychiques, pauvreté et existence. »

    Les maladies psychiques les plus graves rendent difficile voire impossible le travail suffisamment rémunéré qui permet d’avoir un niveau de vie offrant la possibilité de faire des choix matériels, de s’investir en sécurité, de pouvoir se mettre en mouvement dans son existence et d’habiter la cité en y trouvant du sens.

    Les personnes malades se confrontent donc le plus souvent à une situation de pauvreté objective qui impose une précarité et l’obligation de limiter ses initiatives personnelles. L’entrain s’en trouve amenuisé, et l’expérience réellement vécue entame l’estime de soi. La sécurité de base qui conforte « les axiomes de la quotidienneté », peut s’en trouver compromise. Si l’espoir d’une amélioration semble hors d’atteinte, le glissement de l’isolement vers la sédimentation est fréquent.

    Toute personne pauvre est aujourd’hui mise en difficulté pour accéder au large éventail des possibilités de choix que la société de production-consommation exhibe. Dans ses options néo-libérales prédominantes, la marchandisation produit des lois d’échange où l’argent, comme « équivalent général » domine les commerces humains. Chaque personne peut même être considérée comme une entreprise individuelle, produit et producteur de richesse, en concurrence avec les autres dans la logique aliénatoire banale. Une formule célèbre voulait garantir que « l’homme n’est pas une marchandise comme les autres », soulignant ipso facto la valeur marchande de l’homme.

    Chacun ne doit pas coûter à la collectivité plus qu’il ne lui rapporte : ce devoir fonde la responsabilité de chacun dans le contrat implicite ou explicite qui le lie à l’État et à l’ensemble des citoyens. Contrairement aux thématiques morales et éthiques de la première moitié du XXe siècle dans laquelle certaines vies « ne valaient pas la peine d’être vécues » aboutissant à l’hécatombe française des fous et à leur extermination en Allemagne nazie, se développe aujourd’hui dans notre « société post-hitlérienne », selon l’expression de Pierre Legendre, la thématique de l’accompagnement : nécessité éthique de protéger les personnes et de reconnaître le handicap qui rend difficile leur « projet de vie » du fait de leur maladie. L’État aménage donc une rémunération garantie dans sa régularité : pension d’invalidité pour qui a pu exercer un travail salarié avant que la maladie ne le rende impossible, Allocation Adulte Handicapé pour ceux qui ne furent pas salariés, allocation compensatrice, etc. Ces dispositifs ambivalents permettent de vivre et de continuer à se soigner activement pendant le temps nécessaire jusqu’à une reprise de travail ou l’âge de la retraite. Mais leur montant est souvent inférieur au seuil de pauvreté de 908 euros et, en cas d’hospitalisation, le forfait hospitalier de 12 euros quotidiens est dû impérativement au risque de compromettre l’insertion.
    Toute personne malade psychiquement se trouve donc, confrontée à ce contexte économico-financier et aux effets de sa maladie qui réduit les possibilités dialectiques de construire l’existence dans la parole, le langage et un équilibre affectif suffisant. Comment en situation de pauvreté redonner une mobilité psychique soutenant l’existence ?

    Le vécu personnel est confronté à la dureté et aux exigences de la société et de l’État. Est-il donc suffisant d’avoir comme unique objectif la compensation d’une difficulté d’adaptation ? Est-il suffisant de bénéficier d’une protection juridique qui a souvent plus d’efficace pour les créanciers que pour la personne protégée ? En effet, disait François Tosquelles, « l’homme n’est pas confronté au dilemme de l’animal qui doit s’adapter à son milieu ou périr, il convertit, avec les autres hommes, le milieu naturel en monde, et c’est ce processus d’humanisation active qui constitue notre devenir homme. » Ainsi, l’homme n’est pas seulement dans une logique d’être vivant mais dans une logique de partage et de construction commune d’un champ d’existence. Chacun s’inscrit et trouve du sens aux commerces humains s’ils sont ressaisis dans une « économie générale » au sens de Georges Bataille. Le désir de chacun peut être soutenu dans son cheminement par la rencontre du désir de chaque autre. Comment construire avec les autres quand la maladie et la pauvreté isolent et réduisent les possibilités de contacts ?

    Cette journée explorera comment ces questions économiques, dans les champs sanitaire, médico-social et social viennent concrètement questionner notre éthique, c’est-à-dire notre séjour les uns auprès des autres. Quel monde peuvent construire nos fréquentations humaines confrontées aux difficultés de la gestion personnelle, de l’endettement, des créances, des secours, de la solidarité, familiale ou caritative, ou de la protection des majeurs récemment réformée par le législateur en 2007 ?
    Dr Michel Lecarpentier

    PROGRAMME DE LA JOURNÉE

    08 H 45 Inscriptions Accueil

    09 H 30 Accueil de la Coordination Centre :

    Présentation de la journée : Dr Michel Lecarpentier (Psychiatre)

    (chaque intervention sera suivie d’une discussion avec les participants)

    09 H 45 « Nouvelles mesures de protection juridique des majeurs : réflexions sur la loi du 5 mars 2007 »

    Dr Alain GRIVEL (Psychiatre, Président de l’Association pour la réadaptation et l’intégration par l’accompagnement (ARIA 85), Administrateur de la Fédération Croix-Marine.

    10 H 30 « L’exercice de la fonction du Mandataire Judiciaire avec les personnes soignées en psychiatrie et les professionnels du soin »
    Benoît MOIREAU et Sandra JOUHANNEAU (Mandataires judiciaires UDAF 41) Thierry LEPANSE (Directeur UDAF 41)
    et Nils CORNACCHIARI (Chef de service à l’Association Tutélaire Croix-Marine du Cher)

    11 H 30 discussion avec la salle

    12h 00 Pause

    12 H 15 : « Les familles de malades psychiques confrontées à la pauvreté de leur proche. »
    Mme Mireio HUISKES (Présidente UNAFAM 41)

    12h H 45 débat

    13h : repas sur place

    14 H 30 : « Quels outils de travail est-il possible de mettre en œuvre pour accueillir et aider les personnes pauvres au CIAS du Blésois ? »
    Équipe des Assistantes sociales du CIAS et Équipe Mobile Santé Précarité de Blois

    15 H 00 : « Accueillir et soigner en tenant compte de la pauvreté en Psychiatrie : utilité d’une caisse de dépôts et retraits, et d’une caisse de solidarité dans le processus thérapeutique et la vie dans la cité. »
    Luz-Olivia PIGNY (assistante sociale) Michèle DELEBECQUE (infirmière) Dr Christophe Du FONTBARÉ (psychiatre) Clinique de La Borde

    15 H 45 : « Habiter la cité : traiter l’isolement, aménager les solidarités collectives et l’accès à la culture, sensibiliser les élus. »
    Marie LEYDIER, le Comité des Appartements de la Croix-Marine 41.

    16H 30 : Débat général sur l’ensemble de la journée.

    17 H 00 : fin de la journée

    À NOTER :

    Prochaine JOURNÉE DE FORMATION CONTINUE CROIX-MARINE CENTRE :
    Chateauroux 16 mars 2010 : Semaine d’Information sur la santé mentale
    Santé mentale : comment en parler sans stigmatiser ? En parler tôt pour en parler à temps

    Journée NATIONALE

    &—————————————————————————————————————————

    FICHE INDIVIDUELLE D’INSCRIPTION

    MARDI 19 JANVIER 2010 : « Maladie psychique, pauvreté et existence » Inscription individuelle : 25 Euros Formation Continue : 50 euros

    NOM……………………………….Prénom………………….Profession…………………………………e-mail :………………………..………………..

    Adresse………………………………………………………………………………………..

    Souhaite avoir : Une convention OUI NON

    Une facture acquittée OUI NON

    Une attestation de présence OUI NON
    Autre………………………………….

    Règlement : • Par chèque à l’ordre de CROIX-MARINE • Par virement bancaire à l’ordre de FASM CROIX-MARINE
    Organisme Formateur n° : 11 75 203 79 75 siret n° : 347 399 701 00023 ape : 913 E

    Nouvelles coordonnées bancaires : Caisse d’Épargne Ile de France C/Etabl. : 17515 C/Guichet : 90000 Compte n° : 08172088534 C/rib : 78
    Repas de 13 heures : chèque à l’ordre du Trésor Public (environ 7 euros)
    Merci de retourner votre bulletin d’inscription avant le 16 janvier 2010 à Mme Marie-Christine HIEBEL – CH de Romorantin : BP 148 – 96, rue des Capuçins – 41206 ROMORANTIN-LANTHENAY Tél. : 02 54 88 33 00 Fax. : 02 54 88 33 48


    COORDINATION RÉGIONALE CROIX-MARINE CENTRE 120, Route de Tour-en-Sologne 41700 COUR-CHEVERNY
    TÉL. : 02 54 79 77 70 FAX : 02 54 79 77 96 ou par E-mail : croix.marine.centre@wanadoo.fr

  • Canet, le 04 janvier 2010, Le lac de Peirce (I)

    Canet, le 04 janvier 2010, Le lac de Peirce (I)

    -présentation des différents éléments du lac de Pierce -hypothèse sur le rôle de l’énergie potentielle et son évolution dans la gravitation des idées

    PDF – 127.2 ko(PDF)

    Canet, le 04 01 2010

    Le lac de Peirce (I)

     présentation des différents éléments du lac de Pierce

     hypothèse sur le rôle de l’énergie potentielle et son évolution dans la gravitation des idées

    M. B. : J’ai reçu le tome VIII des Writings ! Notre ami André de Tienne dirige le Peirce Project, j’y contribue financièrement : je donne de l’argent aux Américains pour qu’ils travaillent, c’est terrible ! Donc ils ont fait le numéro VIII… c’est méticuleux, c’est extraordinaire… Vous avez entendu parler de Charles Sanders Peirce…

    Public : Lui, non.

    M. B. : Charles Sanders Peirce. Il se trouve que c’est un vieux copain, Charles Sanders Peirce…

    G. P. : Depuis il est mort…

    Public : (rires)

    M. B. : Depuis quarante ans on s’intéresse beaucoup à lui, c’est un bonhomme, américain, mort en 1917, mais pas à la guerre… non, il est mort en 14, je ne sais pas pourquoi j’ai dit 17, il est mort en 14…

    Public : Comme Freud.

    M. B. : Non, Freud, c’était l’autre guerre, il est mort en 39…

    Public : …

    M. B. : Non, ils n’ont pas le même âge, Freud est né en 54, 56…

    L. J. : 1856.

    M. B. : Peirce est né en 1830 et quelques…

    Public : …

    MB. : Alors justement… ils ont failli se rencontrer à un quart de poil quand Freud est allé aux États-Unis. Certains avaient organisé concrètement les choses, mais c’est William James qui a poussé à ce que Freud vienne, et William James était le grand ami et l’élève spirituel de Charles Peirce… donc ça fait tout un mic-mac de gens, mais Peirce n’était pas aux conférences de Freud et c’est bien dommage parce que cela aurait été vraiment intéressant. A l’université de Perpignan nous avons les manuscrits de Peirce microfilmés. C’est compliqué parce que beaucoup sont non datés.

    Peirce n’était pas du tout apprécié à sa juste valeur. C’était un graphomane, et si on imprimait ses écrits dans des caractères de dictionnaire, on obtiendrait cent dictionnaires ! Ces écrits ont été largués à Harvard, laissés en jachère, jusqu’au moment où deux philosophes ont commencé à éditer des morceaux choisis. L’avantage des morceaux choisis est que cela permet de faire connaître l’œuvre, mais l’inconvénient est que cela trahit les textes plus ou moins complets. Très peu ont été publiés de son vivant, mais il avait écrit une somme largement digne d’Aristote. Maintenant on publie les Writings, c’est-à-dire les textes (presque) complets. Quand on veut savoir comment il pensait cette idée là dans le moment où il l’a écrite, eh bien, il faut aller la chercher dans quatre ou cinq volumes des Writings, des Collected Papers, pour avoir un morceau par-ci, là un morceau par-là. Le fonds Peirce a été littéralement pillé, des étudiants venaient prendre des papiers et rentraient chez eux, les ramenaient… A un moment donné, ils ont mis le holà, mais on voit même des éditeurs des Collected Papers découper des trucs dans les manuscrits, ça s’est vu quand les manuscrits ont été microfilmés, il y avait des trous. Les éditeurs ont essayé de mettre ensemble les bouts, un travail pénible mais ils ont réussi à faire un travail intéressant, à partir des idées. Ils sont obligés de regarder, de faire l’analyse des documents page par page, et quand ça ne suit pas, ils font des analyses chimiques du papier, de l’encre, du style, c’est tout un boulot extraordinaire, magnifique. Là, ils sont sur les textes de la grande période créatrice pour Peirce, les années 1890-92, période fabuleuse, où il y a des trucs d’une densité folle. Je suis tombé sur quelque chose de très important qui concerne la philosophie de Peirce et la manière dont on peut venir la crocheter avec Freud, c’est toujours mes conneries à moi… Le point de départ sont les discussions avec François Cohadon avec qui je travaille à Bordeaux, un grand neurochirurgien d’une grande culture, qui parle le grec, le latin, vraiment un type de bonne hauteur, un grand bonhomme. Il lit Peirce, c’est dire à quel point c’est un type de haut niveau, parce que je ne sais pas combien de neurochirurgiens au monde lisent Peirce ! Il me disait qu’en lisant Peirce, il avait l’impression que celui-ci parlait tout le temps du cerveau ! Bon, c’est une vision de neurochirurgien. J’avais des réticences mais enfin c’est intéressant le point de vue d’un type très cultivé, ça vaut le coup. Un jour nous avons eu un échange autour d’une courte phrase ; je la connais par cœur, ce n’est pas très difficile : matter is effete mind. La matière c’est du mind qui est effete ! C’est un truc qu’il répète plusieurs fois, en particulier dans ces années 90-92. Je suis allé me renseigner sur effete, il n’y a qu’à prendre un dictionnaire d’anglais et on le voit tout de suite, mais comme c’est subtil et que ça appartient aux fondements philosophiques de Peirce, il faut développer un peu plus. Il en fait le mot d’ordre de son orientation philosophique, c’est énorme. Je vous dis tout ça en vrac, et puis après on verra comment ça s’ordonne…

    (…)

  • Eric Pireyre, Psychomotricien : précisions sur le packing

    Eric Pireyre, Psychomotricien : précisions sur le packing

    Un psychomotricien parle du packing

    Dans un courrier datant du 30 juin 2009 et adressé à Mme R. Bachelot, Ministre de la santé, le président de l’association « Léa pour Samy » a choisi de faire porter son combat, après les psychiatres, du côté des psychomotriciens. Je suis calomnié et implicitement accusé de maltraitance envers les patients autistes dont je m’occupe.

    Je voudrais rappeler ici certains points qui ne seront pas du tout inconnus ni des psychomotriciens ni de leurs collègues du soin psychique en général.

    Le packing est une technique ancienne qui a fait ses preuves, cliniques et empiriques il est vrai pour l‘instant, mais réelles dans la prise en charge de l’autisme. Les psychomotriciens, praticiens en santé mentale diplômés d’Etat depuis 1974 en France, peuvent faire le choix de s’impliquer dans ce type de soin. Leur place y est naturelle tant la souffrance se joue sur le terrain de l’image du corps dans les pathologies autistiques. Le décret de compétences de 1994 donne effectivement aux psychomotriciens la mission de « Contribuer, par des techniques d’approche corporelle, au traitement des déficiences intellectuelles, des troubles caractériels ou de la personnalité, des troubles des régulations émotionnelles et relationnelles et des troubles de la représentation du corps d’origine psychique ou physique ». Il ne s’agit donc pas pour les psychomotriciens de simplement « prendre en charge » des patients autistes, mais de participer à l’ensemble des soins apportés à ces derniers dans la mesure où leurs souffrances portent en très grande partie sur la relation psychopathologique qu’ils entretiennent avec leur corps. Par ailleurs, l’origine psychique ou physique des troubles de l’image du corps, stipulée dans le décret de compétences, ne préjuge donc pas forcément d’un point de vue particulier sur l’origine de l’autisme. Que l’autisme soit considéré comme une maladie mentale ou non, ses conséquences sur la relation au corps sont telles qu’elles justifient, du point de vue légal mais pas seulement, l’intervention psychomotrice.

    Cette intervention est toujours discutée en équipe, les médecins, éventuellement psychiatres, se réservant enfin la décision finale. La prescription est donc médicale. Mais la prise en charge par packing ne peut pas relever du seul psychomotricien de l’institution. Le packing réclame un dispositif très particulier impliquant plusieurs soignants : médecins, psychologues, éducateurs, infirmiers… L’engagement des membres de l’équipe non impliqués directement dans les séances de packing est de même indispensable. Cette participation collective et collégiale est, dans l’immense majorité des cas, une garantie contre toute pratique déviante et maltraitante.

    La technique en elle-même est présentée aux parents qui donnent leur accord. Elle est pensée, et continuellement ajustée pour optimiser le profit thérapeutique pour le patient. Ainsi, si la tête peut effectivement être enveloppée dans les draps, le visage ne l’est bien sûr pas. Bien sûr que le patient doit pouvoir respirer. Mais bien sûr aussi qu’il doit pouvoir parler s’il en a la capacité et le désir. S’il ne dispose pas de la parole, il est tout à fait capable, l’expérience le montre, de faire comprendre son acquiescement ou son désaccord. Dans ce dernier cas de figure, il est arrivé à toutes les équipes soignantes de devoir stopper les séances de packing.

    Comment peut fonctionner le soin par packing ? Au-delà d’une simple prise de conscience de la peau et des limites corporelles, indubitable par ailleurs et qui permet de lutter contre les angoisses de morcellement, il s’agit pour le patient de se réapproprier son corps. En effet, l’une des caractéristiques de l’autiste est de ne pas disposer d’un corps qui lui appartienne en propre. Cette non appartenance est la conséquence d’une déconnexion du corps et de l’esprit. Cette non appartenance, entre autre, a pour conséquence de priver l’autiste d’un sentiment de continuité d’existence et d’une identité solidement assises. Pour obtenir un effet thérapeutique sur la prise de conscience des limites corporelles, un apaisement, même transitoire, des angoisses de morcellement, et un retentissement sur la conviction de continuité d’existence et l’identité, il est nécessaire de recourir à une stimulation sensorielle importante. C’est le froid puis le réchauffement qui s’ensuit qui constitue le préalable à une reconnexion du corps avec l’esprit. Le fait que les draps soient serrés participe également à l’effet thérapeutique. C’est pour ces raisons que le patient doit être en maillot de bain.

    Il est certain que, présenté ainsi « abruptement », un tel projet de soin peut en effrayer plus d’un. Il est nécessaire de rappeler que chaque personne présente des seuils sensoriels particuliers. Nous ne sommes pas tous, autistes ou non, sensibles de la même façon. Nous ne percevons pas les informations sensorielles avec la même intensité ni la même acuité. Les réticences et angoisses de certains soignants et des familles trouvent donc leurs origines ailleurs. Probablement dans un parcours personnel singulier, source de projections multiples.

    Que vit le soignant dans une séance de packing ? Psychomotricien ou non, il est exposé à la pathologie de son patient et doit y faire face. L’organisation de ce soin en équipe aide à prendre conscience des souffrances du patient et de leurs retentissement sur les « entourant ». Combien d’entre nous se sont sentis envahis par l’angoisse, la dépression, la souffrance… du patient ? Combien de temps faut il à chaque fois pour surmonter ce mal-être qui nous envahit à notre insu ?

    Que nous disent les patients qui peuvent s’exprimer verbalement ?

     « Ca m’aide à mieux me sentir moi ».

     « Je me sens plus exister »

    Le médecin se souvient de cet adolescent qui lui a réclamé, en apparence à brûle-pourpoint, « un pack » lors d’un entretien avec ses parents et au cours duquel on lui racontait, pour la première fois, certains éléments, angoissants, de ses origines.

    Pour s’éloigner de la clinique, je souhaite quand même répondre a minima aux autres attaques dont je fais l’objet. Les paroles que l’on a mis dans ma bouche « avec des guillemets » sont calomnieuses. Je les aurais tenues lors du colloque sur le packing à l’hôpital Théophile Roussel en décembre 2008. Or, si j’ai participé à l’organisation de cette rencontre, je n’y ai en aucune façon pris la parole ! On ne peut donc même pas affirmer qu’elles sont rapportées hors contexte.

    Je déplore, pour finir, les conséquences de cette polémique pour plusieurs raisons :

     elle retentit inévitablement sur l’état de santé de nos malades ainsi que sur celui de leur famille ;

     elle nuit aux soins à apporter à des patients porteurs d’autres pathologies et donc non concernés de prime abord par nos débats ;

     elle implique de façon totalement infondée des membres tout à fait honorables de nos professions auxquels je tiens ici à apporter mon soutien et mon respect ;

     elle n’est absolument pas constructive mais plutôt motivée par des objectifs masqués ;

     elle atteint quasi aveuglément les uns ou les autres.

    En conséquence et pour ne pas offrir de tribune au président de l’Association « Léa pour Samy », ma réaction s’arrêtera là.

  • Niels Egebak : Le concept du travail en général chez MARX – Vers une anthropologie matérialiste

    Niels Egebak : Le concept du travail en général chez MARX – Vers une anthropologie matérialiste

    Le concept du travail en général chez MARX – Vers une anthropologie matérialiste

    On a pu observer une tendance à appliquer les concepts et les catégories de la critique de l’économie politique dans les réflexions de méthodes marxistes et dans le cadre de ce qu’on appelle traditionnellement les sciences humaines sans pour autant avoir changé ni remanié ces dits concepts et catégories. L’exemple le plus frappant est bien le champ de la critique littéraire. À ce titre, on peut citer l’analyse de la marchandise de Marx, dans le Premier Livre du Capital, l’analyse qui a fait date en ce qui concerne l’économie politique. Au lieu d’analyser la méthode de Marx, ses bases et ses implications épistémologiques, on en reste très souvent à une série d’analogismes plus ou moins superficiels, par exemple en partant de l’observation, en soi correcte et indiscutable, qu’une œuvre littéraire, un livre, circule effectivement comme marchandise : production distribution consommation.
    À ce sujet, il est cependant nécessaire de souligner que la critique de l’économie politique, malgré le caractère principal et fondamental de son objet, est et reste une science régionale, à savoir une économie restreinte qui n’est pas simplement généralisable, pas plus que ses concepts et ses catégories ne sont applicables à d’autres domaines, p. ex. par un effet de reflet plus ou moins dissimulé. En plus, il faut souligner que les structures socioéconomiques, à leur tour, sont des structures symboliques (l’homme est le seul animal qui ait une économie !) et en conséquence elles sont définitivement déterminées par la même logicité qui intervient dans le fonctionnement de 1’appareil psychique. Autrement dit : quand bien même les structures socioéconomiques seraient déterminantes en dernière instance pour le mode de développement des formes de connaissance, elles ne sont pas suffisantes pour l’explication de la condition de possibilité de la conscience puisqu’elles ont, en tant que structures symboliques, la même condition de possibilité que la structure de l’appareil psychique. Pour circonscrire et décrire cette condition de possibilité, il nous faudrait une théorie matérialiste d’une envergure plus grande qu’on pourrait appeler, comme le fait Georges Bataille, une économie générale et qui devrait aussi comprendre la théorie de la littérature, et dans un sens plus large : la théorie de texte.

    Documents joints

  • Cours de Xyloglossie

    Cours de Xyloglossie

    ECOLE NATIONALE D’ADMINISTRATION – E.N.A.

    COURS DE LANGUE DE BOIS

    Commencez par la case en haut à gauche, puis enchaînez avec n’importe quelle case en colonne 2, puis avec n’importe laquelle en 3, puis n’importe laquelle en 4 et revenez ensuite où bon vous semble en colonne 1 pour enchaîner au hasard…

    Mais surtout, n’oubliez pas d’y mettre l’intonation et la force de conviction…

    1 2 3 4
    Mesdames, messieurs, la conjoncture actuelle doit s’intégrer à la finalisation globale d’un processus allant vers plus d’égalité.
    Je reste fondamentalement persuadé que la situation d’exclusion que certains d’entre vous connaissent oblige à la prise en compte encore plus effective d’un avenir s’orientant vers plus de progrès et plus de justice.
    Dès lors, sachez que je me battrai pour faire admettre que l’acuité des problèmes de la vie quotidienne interpelle le citoyen que je suis et nous oblige tous à aller de l’avant dans la voie d’une restructuration dans laquelle chacun pourra enfin retrouver sa dignité.
    Par ailleurs, c’est en toute connaissance de cause que je peux affirmer aujourd’hui que la volonté farouche de sortir notre pays de la crise a pour conséquence obligatoire l’urgente nécessité d’une valorisation sans concession de nos caractères spécifiques.
    Je tiens à vous dire ici ma détermination sans faille pour clamer haut et fort que l’effort prioritaire en faveur du statut précaire des exclus conforte mon désir incontestable d’aller dans le sens d’un plan correspondant véritablement aux exigences légitimes de chacun.
    J’ai depuis longtemps (ai-je besoin de vous le rappeler ?), défendu l’idée que le particularisme dû à notre histoire unique doit nous amener au choix réellement impératif de solutions rapides correspondant aux grands axes sociaux prioritaires.
    Et c’est en toute conscience que je déclare avec conviction que l’aspiration plus que légitime de chacun au progrès social doit prendre en compte les préoccupations de la population de base dans l’élaboration d’un programme plus humain, plus fraternel et plus juste.
    Et ce n’est certainement pas vous, mes chers compatriotes, qui me contredirez si je vous dis que la nécessité de répondre à votre inquiétude journalière, que vous soyez jeunes ou âgés, entraîne une mission somme toute des plus exaltantes pour moi : l’élaboration d’un projet porteur de véritables espoirs, notamment pour les plus démunis.

    Ermisse M.A.E.

  • Revue de Psychothérapie Institutionnelle n°6

    Revue de Psychothérapie Institutionnelle n°6

    Revue de Psychothérapie Institutionnelle, N°6

    Table des matières

    REVUE DE PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE, N°6 p1

    INTRODUCTION : A PROPOS DE H. S. SULLIVAN p2

    A PROPOS D’UNE PSYCHOTHERAPIE. SOL RABINOVITCH. p8

    DISCUSSION p13

    DOCTEUR JEAN-PIERRE SICHEL. LES FANTASMES DE MORT CHEZ L’ENFANT : A PROPOS D’UNE PSYCHOTHERAPIE. p35

    1. L’histoire résumée de Bernard.

    2. La psychothérapie

    3. Considérations théoriques.

    Conclusions

    DISCUSSION p39

    HARRY STACK SULLIVAN. LA RECHERCHE SOCIO-PSYCHIATRIQUE. SES IMPLICATIONS EN CE QUI CONCERNE LE PROBLEME DE LA SCHIZOPHRENIE ET L’HYGIENE MENTALE. p58

    MAXWELL JONES. FORMATION A LA PSYCHIATRIE SOCIALE p68

    D. J. LANSEN. THERAPIE DE GROUPE DANS UNE COMMUNAUTE THERAPEUTIQUE. p71

    DISCUSSION p74

    A NOS AMIS LOUIS LE GUILLANT ET YVES BERTHERAT p82

    NOTRE AMI BERTHERAT p83

  • Notes développées sur un séminaire de Sainte-Anne

    Notes développées sur un séminaire de Sainte-Anne

    Pour mémoire. L’éveil de coma : concepts à partir de Peirce et de Jean Oury

    On pourra trouver les notes extraordinaires d’Annick Bouleau sur une intervention que j’ai faite à Sainte Anne le 18/04/07. Les questions tournent autour de l’éveil de coma et des concepts élaborés à l’occasion du travail fait avec Edwige Richer, le personnel et les blessés de Château Rauzé. Le texte se trouve à l’adresse suivante : http://ouvrir.le.cinema.free.fr/pag…. Il suffira de cliquer alors sur le séminaire du 18 avril de l’année 2006/7 consacrée à l’analyse institutionnelle.

    Et merci encore à Annick Bouleau pour son travail de scribe et la publication de ses prises de notes des séminaires mensuels de Jean Oury à Sainte Anne.

    Introduction

    Jean Oury n’est pas là ce soir, ni Jean Ayme. Il y a moins de monde dans l’amphi. Michel Balat nous annonce que Jean Oury, qui a eu un petit « accident

    domestique », lui a demandé de venir à sa place (Pierre Delion, lui aussi devait être présent mais n’a pu se libérer) pour parler un peu de Peirce.

    Le rituel des annonces sera très court…

    (…)

  • Un compte-rendu critique sur Lovaas par Mileen Janssens

    Un compte-rendu critique sur Lovaas par Mileen Janssens

    Centre for Health Services and Policy Research. Autism and Lovaas treatment :
    A systematic review of effectiveness evidence, 2000.

    Pour ceux qui aiment lire en anglais : une étude très critique de la scientificité des recherches de Lovaas. Cette étude a été demandée par trois ministères du gouvernement provincial de Colombie Britannique (Canada), Santé, Enfants et Familles et Education. Elle a été réalisée par la « British Columbia Office of Health Technology Assessment (BCOHTA) » Ce qui est bien expliqué : à quelles exigences scientifiques les recherches de Lovaas ne répondent pas. On peut également lire des critiques fondamentales.

    Ces 3 ministères ont demandé cette étude à la suite d’attaques judiciaires de la part de certaines groupes qui réclamaient des « traitements ABA » pour leurs enfants autistes.

    Selon les auteurs l’influence de la presse joue un rôle important dans l’image qu’on se fait à présent de la problématique de l’autisme et des traitements ou thérapies.

    « Si une thérapie ou un programme donnant un espoir de « remède » sont présentés à ces familles confrontées à de grands défis, l’impact sur eux peut être important. Et (…) la possibilité existe que les décisions finales de financement et de projet de programmation soient influencées : les décideurs politiques sont après tout eux-mêmes hommes et femmes de famille. »

    Dans le paragraphe Behaviour Modification Therapy (p. 4) les auteurs soulignent la différence entre la thérapie comportementale, les « thérapies psychologiques » et les « thérapies médicales ». « Le but des thérapies psychologiques est d’améliorer le comportement humain de façon indirecte par le développement de la compréhension de soi. Selon le modèle psychanalytique Freudien classique une thérapie intensive efficace amène à un changement pénétrant et de longue durée. Mais cette approche thérapeutique – contrairement à la thérapie comportementale – demande une formation intensive par des thérapeutes spécialisés. Par contre la thérapie comportementale est plus adaptée à l’entraînement de parents et enseignants de sorte qu’ils peuvent jouer un rôle souvent important dans la thérapie elle-même. »

    Les auteurs ne se penchent que sur les recherches concernant les thérapies comportementales. Il semble qu’ils ne soient pas au courant des adaptations des psychothérapies psychanalytiques pour les patients autistes.
    Ils laissent de côté la question de savoir s’il vaut mieux allier des points de vue et des façons de faire ou si au contraire il faut continuer à améliorer les pratiques éducatives (les deux dans le sens alchimique). On peut se demander – et je le fais après lecture de Utah Frith. Autism. A very Short Introduction (2008)– si l’augmentation du diagnostic d’autisme ne va pas de pair avec l’augmentation des contraintes culturelles à s’adapter de plus en plus aux exigences économiques qui changent de plus en plus vite

    Résumé de l’article

    This systematic review examined whether early, intensive behavioural therapy for children with autism results in normal functioning, or essentially a cure. The scientific validity of this curative claim is central both to legal proceedings brought on behalf of several children in British Columbia against the Province seeking an intensive behavioural program ; and to cost-benefit analyses and clinical guidelines used for planning autism treatment programs.

    The report concludes that, while many forms of intensive behavioural therapy clearly benefit children with autism, there is insufficient, scientifically-valid effectiveness evidence to establish a causal relationship between a particular program of intensive, behavioural treatment, and the achievement of ’normal functioning’.

    Traduction

    Ce compte-rendu systématique examinait si les thérapies comportementales précoces, intensives des enfants qualifiés d’autistes aboutissent à un fonctionnement normal, ou essentiellement à une soin. La validité scientifique de cette revendication curative est centrale, tant pour les procédures légales intentées au nom de plusieurs enfants en Colombie Britannique qui suivent un programme comportemental intensif, que pour les analyses bénéfices-coûts et les directives utilisées pour la conception des programmes de traitement de l’autisme.

    Le rapport conclut que, même si plusieurs formes de thérapies comportementales intensives bénéficient clairement aux enfants déclarés autistes, il y a des preuves effectives insuffisantes et scientifiquement valides pour établir une relation causale entre un programme particulier de traitement comportemental intensif et la réalisation d’un ’fonctionnement normal’.

    http://www.chspr.ubc.ca/files/publi…

  • Soutien au Professeur Pierre Delion, Clinique de la Borde

    Soutien au Professeur Pierre Delion, Clinique de la Borde

    Marie-Emmanuelle LOUBIÈRE

    1, bis avenue de la Loire

    41500 Muides sur Loire

    Je suis infirmière à la clinique psychiatrique de la Borde depuis quelques années.

    Très vite j’ai intégré l’équipe des packs qui se réunit toutes les semaines. Les packants et un médecin réfléchissent sur leur pratique. Après s’être concertés, ils proposent à certains patients ce soin. Les personnes concernées peuvent avoir des pathologies différentes et complexes. C’est la souffrance du patient dont nous sommes témoins qui nous conduit à ce choix. Elle peut, entre autres, se manifester par de l’angoisse, des idées délirantes, ds hallucinations, un repli sur soi important, des difficultés à s’investir… La personne peut avoir une image ou un vécu de son corps parfois très altérés.

    Nous formons des petites équipes de quatre ou cinq soignants autour d’un même patient ? Pour chaque pack nous sommes deux moniteurs à en être responsables. C’est dans un climat de confiance que le pack se déroule. Le patient, souvent, ressent la fraîcheur des linges humides qui l’enveloppent, mais il se réchauffe par la suite, et cela lui permet de se réapproprier ses sensations corporelles et l’image du corps qui peuvent tant lui faire défaut. Pendant ce temps qui lui est consacré, il peut s’exprimer, parler de son et de ses histoires, de son quotidien, mais aussi nous faire partager sa créativité et son questionnement…

    Pour beaucoup de patients packés, le résultat est appréciable, aussi bien par lui que par les autres. L’ambiance peut être plus sereine quand un patient agité a pu avoir ses packs. D’autres sont moins angoissés, moins délirants, ils peuvent être plus dans le contact. D’autres s’investissent dans différentes activités et prennent des responsabilités dans le quotidien… Cela a une grande importance pour avoir le sentiment continu d’exister.

    Voilà en quoi je trouve nécessaire la possibilité d’offrir ce soin, suite à la concertation d’une équipe, à un patient en souffrance. Cela ne prend vraiment sens que grâce à la diversité des rencontres, aux différentes possibilités de prise ne charge (consultations, activités du quotidien et du club, soins…) de la structure soignante. Pour les soignants, il s’agit là du sens, de la position éthique apportée à notre travail.

    Mes amitiés à Pierre DELION en qui j’ai tout confiance.

    Maire-Emmanuelle LOUBIÈRE

    *

    Témoignages de patients

    Les dits de Chantal D.

    J’ai eu 50 ou 60 packs, je ne sais plus.

    Ce n’est pas toujours avec la même équipe, mais c’est toujours le même chose.

    On sent qu’on s’endort un peu. C’est confortable. On vous laisse tranquille. On n’est pas forcé de parler. C’est du repos. Ça m’a permis d’apprécier mon corps. On a arrêté quand j’en avais marre. C’est mon médecin qui a décidé.

    Après le pack on se sent plus vivante.

    Je ne sais pas ce que je raconte dans le pack.

    Dans le pack, on parle doucement, en attendant. Après on boit le thé.

    Les gens sont là pour écouter et popur faire le thé.

    Le pack ça lave un peu. Après on a moins froid. Ça lave et ça réchauffe.

    Je n’aime pas quand on sort du pack. Il faut boire du thé quand on sort du pack.

    Des fois ça calme. Mais des fois ça énerve.

    Quand on a fini le pack on peut oublier qu’on en a fait un. C’est un moment. Pas la durée.

    Comme on danse : il faut savoir respirer.

    *

    Bruno A.

    J’ai eu des packs pendant plusieurs années — quatre ou cinq années, peut-être plus, je ne sais plus. Un par semaine.

    C’est pas toujours avec les mêmes personnes. Les gens du pack proposent des personnes et je donne — ou non — mon accord. Je n’ai jamais dit « non » parce que c’est des gens que je connais. J’ai confiance.

    Cela dure une heure. Il y en a qui prennent des notes. C’es tpour faire le point de temps en temps avec le médecin. Autrement personne ne les lit. Cela reste au pack.

    Une fois, j’allais mal. J’ai demandé deux packs par semaine. Ils l’ont fait. Cela dépend des disponibilités des équipes.

    Je supporte bien l’emballement froid et humide. Cela se réchauffe assez vite.

    Des fois, je n’avais pas envie. Alors je ne suis pas obligé. On change la date ou bien on reste dans la salle de pack et on boit un thé en parlant.

    Le pack, ça dure une heure, je crois. Après on se sèche avec un peignoir et on est assis pour parler encore, si on veut. Pour prolonger en buvant du thé. Alors ils n’écrivent pas, ne prennent plus de notes.

    Il faut se déshabiller, c’est comme chez le médecin ; ça va et ils sont pudiques, gentils. Ça va vite, l’enveloppement.

    C’est un soulagement d’avoir parlé ; ça détend ; ça redonne le moral ; c’est tranquille.

    Je dirais que c’est doux.

    On est entre soi.

    Des fois, ça dure toute la journée ; ça dépend.

    *

    Témoignage d’Yvonne LODDER

    Le Pack me fait approfondir mes sensations. Voire les Idées.

    Je me sens emmitouflée comme si j’étais statique dedans.

    Mes idées s’échappent.

    Il y a une harmonie qui pousse dehors mes sensations et mes Idées.

    Témoignage d’Yves F.

    Ancien patient d’un hôpital psychiatrique, j’ai très bien supporté le packing même si je ne parlais pas ou peu, alors que les moniteurs pensaient que la parole pouvait apaiser l’angoisse. Un packing est dix fois moins dangereux qu’un médicament et avant de dénoncer cette pratique il conviendrait de la connaître.

    *

    Témoignage de Claire C. Interview de Bénédicte B.

    —  Bonjour Claire.

    —  Bonjour.

    —  Depuis combien de temps pratiquez-vous le Packing ?

    —  J’en ai fait 4 ans puis j’ai arrêté et je viens de reprendre depuis 3 mois.

    —  Pourquoi avez-vous arrêté au bout de ces 4 ans ?

    —  J’ai ressenti de l’agressivité en moi. J’ai eu peur. Puis j’ai pris conscience que c’était mon imagination, que je ne voyais pas les choses telles qu’elles étaient vraiment. Puis j’ai repris parce que je me suis rendu compte que le packing me fait beaucoup de bien.

    —  Actuellement à quel rythme faites-vous des packings ?

    —  Une fois par semaine, et je me suis rendu compte que c’était beaucoup plus sérieux que je ne l’imaginais.

    —  Pourriez-vous me faire part de ce que cette technique vous apporte ? Avez-vous senti une évolution, au travers de cette expérience ?

    —  Au début j’étais très seule, dans le noir, très angoissée et j’ai appris avec le pack que je n’étais pas… et qu’on pouvait m’aider. On s’intéressait à moi.

    —  C’est un peu une sorte de cocon ?

    —  Une sorte de mise à jour. Je n’étais plus seule dans ma souffrance.

    —  On m’a parlé d’un rassemblement de la personne. Quelle évolution avez-vous ressentie ?

    —  Que j’étais devenue un sujet guérissable. Il y a donc une lumière dans mon mal. Quelque chose d’humain.

    —  Es-tu seule dans la pièce pendant le packing ?

    —  Non, il y a toujours des moniteurs qui me connaissent.

    *

  • Le samedi 27 mars 2010 à Bergerac, 24e Journées de Psychothérapie Institutionnelle

    Le samedi 27 mars 2010 à Bergerac, 24e Journées de Psychothérapie Institutionnelle

  • Canet, le 14 décembre 2009 Les mystères de l’aliénation consentie

    Canet, le 14 décembre 2009 Les mystères de l’aliénation consentie

    Canet, le 14 12 2009
    Les mystères de l’aliénation consentie

    M. B. : Nous sommes donc le lundi 14 décembre 2009, et comme c’est le dernier séminaire de l’année, si vous avez des choses à dire, c’est le moment de les dire. Aujourd’hui c’est jour de questions, mais vous pouvez aussi vouloir dire des choses importantes, ou pas, des conneries, tout, n’importe quoi…

    N. C. : C’est quoi des conneries ?

    M. B. : C’est ce qu’on dit… (rires) Parfois on le sait, parfois on ne le sait pas, c’est la seule différence… Alors, qui se lance ?



    L. J. : L’autre jour quand tu as parlé de l’établissement, l’institution…

    M. B. : Oui…

    L. J. : Et le troisième élément, si l’on peut dire, c’était …

    M.B : Le contrat.

    L. J. : C’est ça ! J’ai trouvé intéressant cette triangulation qui pouvait permettre de sortir d’une relation duelle, qui pouvait permettre que des choses adviennent…

    M. B. Pas plus tard qu’aujourd’hui j’étais dans un établissement qui se pose la question de comment faire pour être soignant… en dehors du club dont je vous ai déjà parlé, je travaille aussi avec l’équipe dite d’internat qui se posait la question de ce qui les différencie d’une MECS ?

    L. F.-C. : C’est quoi les MECS ?

    T. S. : Maison Éducative à Caractère Social.

    M. B. : Un établissement est chargé d’un certain nombre de trucs prévus par l’État, il y a un listing fixé par un arrêté ministériel, un autre arrêté qui crée l’établissement en question, comme n’importe quel établissement, avec des procédures qui stipulent que tout enfant qui y rentre doit être évalué par la MDPH, tout est prévu. Il ne reste plus qu’à trouver des enfants particuliers, qui vont rentrer dans la grande généralité de l’établissement. Particulier et général ne s’opposent pas vraiment, le particulier est toujours le particulier d’un général. Quand on parle du soin, on parle de l’accueil, de prendre soin, et on fait référence au singulier, qui échappe aux catégories du général et du particulier. En aucun cas on ne peut dire comment on prend soin du singulier, cela ne peut être prévu par l’établissement.

    Prenez par exemple l’hôpital de Perpignan et la création d’un service d’urologie. On sait qu’il faut un chef de service spécialiste, quelques médecins, un cadre infirmier, des infirmiers, des aides soignantes, des femmes de ménage, un lieu, du matériel, des trucs pour faire des opérations, des choses comme ça. Les uros-dépendants se précipitent en masse là-dedans et ils sont reçus par les uro-dépendeurs qui vont généralement s’en occuper. Ils vont recevoir des clients particuliers, mais vus sous l’angle de l’urologie. Et si par exemple, les enfants de moins de quinze ans ne peuvent pas être pris en charge par le service d’urologie de Perpignan, ils seront orientés sur un autre service, plus spécifique de leur classe d’âge. Nous sommes très exactement dans le système de l’entreprise de production. Lorsqu’il y a quelque chose qui est trop difficile à réaliser pour l’entreprise de production, on va demander à d’autres gens de réaliser cette pièce. Toute la logique actuelle, c’est cette logique-là. La question des institutions se pose de manière encore plus cruciale qu’elle ne s’est jamais posée. Créer une institution, c’est précisément prendre en compte le singulier, c’est-à-dire prendre en charge d’une façon particulière la personne qui a un problème spécifique. La question institutionnelle, c’est totalement la question de la prise en charge du singulier. Pour prendre en charge le singulier il faut s’articuler avec l’établissement. La question est celle des articulations. Oury parle de ça dans un livre que je vous recommande, vous l’avez en portugais, c’est très bien et en même temps vous apprendrez le portugais, ce qui n’est pas inutile…

    (…)

  • Le sujet à bras le corps par Ginette Michaud

    Le sujet à bras le corps par Ginette Michaud

    Colloque Euro-Psy 17 et 18 octobre 2009

    Le sujet à bras le corps

    Ginette Michaud

    17 Octobre 2009

    Jeudi soir

    J‘ouvre un œil, enfin, je crois. Il n’y a que les yeux pour faire communiquer avec l’autre côté de soi. Enfin, j’ouvre à droite. Je n’ai la perception que d’un petit espace centré par l’œil.

    Un petit carré de lumière se détache. Je ne dirais pas « je vois », mais « il y a » du laiteux, de l’autre côté. Par contre, je le vois du dedans, c’est sûr.

    Je me risque, j’insiste. Je ne peux pas tourner la tête, qui est on ne sait où.

    A droite : du noir, à gauche : du noir, en haut : du laiteux qui bouge, qui se rétracte, se contracte, recule, descend.

    En bas, juste au ras, une rangée de pieux irréguliers : un élevage de moules de bouchots. Qu’est ce que c’est ? Je fixe les pieux, ils bougent, maigrissent, s’écartent les uns des autres.

    Ça devient des clous, puis, plus fins, des petites barres. Une rambarde de fenêtre. Entre les barres, le laiteux s’approche et recule à une place qui semble être la sienne. Ça fait une perspective avec les barres. Est-ce que ce sont mes cils : rangée de cils que je vois, maintenant, avec mon regard rasant ?

    En haut, le laiteux. Au milieu, une torche qui s’étale doucement. Vive. Un spot ? J’aurais envie de fermer l’œil. Quelque chose me dit que ce n’est pas le moment.

    Comprendre où je suis. Bruissements à droite. L’opération du rein. Est-ce que je suis en salle de réveil ? Un temps doit suivre, puis les couloirs, plus ou moins réveillée. Le brancard qui fait des kilomètres. La couverture qui serre. Le dossier jeté sur le pied du brancard et qui glisse, ramassé au vol avec précision par le brancardier. Le coulissé grinçant des portes d’ascenseurs. C’est toujours comme ça, je connais. Est-ce que je viens de le vivre ? Je ne sais plus. Je me glisse dans l’attente.

    Une petite voix me dit « on attend ». Celle de ma petite fille quand on jouait à la cuisine.

    Oui, ma chérie, on attend. Je replonge dans un demi sommeil, pas désagréable.

    J’ouvre à nouveau l’œil. La petite fenêtre. Les moules de bouchot ont disparu. Je passe vite de la rambarde aux cils, paysage laiteux toujours là. À travers, je cherche, vue obligatoire et familière pour ce lieu, la succession des têtes de lits entrecoupées des lignes brutes et fonctionnelles des brancards.

    Rien en vue.

    Impossible. Je devrais être en salle de réveil. Je devrais même être dans ma chambre à ce stade supposé du déroulement de l’intervention.

    Si je pouvais bouger la tête pour voir, mais inutile, je le sais, il n’y a rien en face. Je ne suis pas en salle de réveil. Quelque chose ne va pas. Qu’est-ce qu’il se passe ?

    Où est-ce que je suis ?

    (…)

  • Canet, le 07 décembre 2009 Accréditation et hiérarchie

    Canet, le 07 décembre 2009 Accréditation et hiérarchie

    Canet, le 07 12 2009

    -« l’enfant autiste est un savant… »,

    -l’accréditation renforce la hiérarchie dans les établissements

    M. B. : Bon, allez, on y va, nous sommes le 7 novembre 2009…

    Public : Décembre !

    M. B. : Décembre même, vous voyez jusqu’où ça va ! Le 7 décembre. Alors j’ai tout un tas de papiers à vous communiquer. Françou organise une exposition de photographies.

    F. C. : Pas de moi…

    M. B. : De photographies de plusieurs personnes : Mohamed Bourouissa, Denis Darzacq et Xavier Ribas. Ça se passe au Palais des rois de Majorque le vendredi 11 décembre à 18h, vous avez là les cartons d’invitation…

    Public : On les fait passer…

    F. C. : Je voulais juste dire un petit mot de Denis Darzacq. Denis Darzacq est un photographe que vous connaissez sans doute, sans même connaître son nom, parce qu’il a fait un reportage extraordinaire, qui est passé dans tous les magazines, La Chute. Il a fait ça dans les banlieues, Bobigny je crois, et on a l’impression que les corps sont en suspension : ce sont en fait des danseurs de hip hop, qui dansent dans la rue. Il n’y a aucun trucage dans ses photos. Il est venu un an en résidence sur le campus. Avec Xavier Ribas et Mohamed Bourouissa ce sont trois photographes qui font un travail très singulier. Mais là vous ne verrez pas La Chute mais ce qu’il a fait sur l’expo de Perpignan et sur le campus.

    M. B. : Je vous rappelle par ailleurs qu’il y a l’expo de Florence à Elne le 10 décembre. Vous avez ici un témoin du passage lillois ! Elle était à Lille …

    G. F. : Mais elle est de Lille !

    M. B. : C’est pour ça qu’elle était à Lille, mais pas uniquement pour ça puisqu’il y avait le colloque sur l’autisme. Trois jours sur l’autisme, c’était énorme… Il y avait aussi Victor Martinez, un des vieux de la sémiotique, qui est prof à Lille, et puis un des premiers étudiants de sémiotique que j’ai retrouvé là-bas : il fait actuellement un truc avec Paul Laurent Hassoun, tout ça à Lille, mais on en a déjà parlé la dernière fois…

    Et puis il y a ce petit livre qui est pas mal, publié par L’ADAPT, l’association qui gère 2865 centres en France dont Château Rauzé, mais vous ne pouvez pas l’avoir ! Le titre est pas mal, Château Rauzé, là où le patient commande, c’est pas rien, ça, ils l’ont compris, c’est incroyable, « l’essentiel réside dans la transmission d’une méthode dont l’efficacité repose entièrement sur le patient lui-même ». C’était une semaine Château Rauzé, mais avant d’en parler il me semble intéressant de reprendre quelque chose que dit Pierre Delion « l’enfant autiste est un savant à qui les équipes mettent à disposition un laboratoire et des laborantins pour qu’il puisse mener ses expériences », une idée très puissante, et qui correspond au truc de L’ADAPT.

    En somme, c’est une inversion tout à fait fondamentale de la position naïve, — enfin naïve, pas que naïve ! — de la position réelle de la plupart des établissements, avec leur projet d’établissement, leur projet de soin, travail doit être vu avec une grande généralité : on sait ce qu’on veut faire, on a des idées sur ce qui est bon pour les jeunes, comment on peut les soigner, etc., tout ça est très clair, et on applique finalement ces pensées préalables à tout le travail, alors la question n’est pas qu’il y ait des pensées préalables, — parce que je me demande bien comment on pourrait faire quoi que ce soit sans un paquet de pensées préalables. La plupart des établissements considère l’ensemble des idées développées a priori sur ce qu’il est bon de faire, d’où la recherche éperdue de définitions précises, strictes, etc. Alors, par exemple, qu’est-ce que l’accueil ? L’accueil c’est un livret d’accueil, une banque d’accueil, etc., des généralités qui doivent être suffisamment compatibles les unes avec les autres, et c’est cette comptabi… et c’est cette compatibilité, la comptabilité théorique des établissements, qui mène entre autres à des formations ad hoc sur tout les termes qui sont fondamentaux pour eux, comme par exemple, la formation au jujitsu pour l’accueil. Vous avez actuellement des formations obligatoires et obligatoirement faites par des gens qui sont faits pour ça, et reconnus pour ça, comme par exemple celles pour la maltraitance. Qu’est-ce que la maltraitance ? La maltraitance est définie a priori, on vous dit ce qu’est être maltraitant, s’ensuivent tout un tas de choses, toute une conceptualisation de la maltraitance. Il y a aussi des formations sur la bientraitance, qu’est-ce qu’être bientraitant ? c’est autre chose que ne pas être maltraitant, et on vous l’explique, on vous dit des choses comme ça, c’est-à-dire que vous avez là tout un système conceptuel qui est mis en place, alors je dis conceptuel, enfin je devrais dire des conceptions, parce que les concepts, le mot est un peu fort peut-être, mais enfin en tout cas des conceptions qui doivent être en accord les unes avec les autres et la mesure fondamentale de la validité de ces conceptions c’est la cohérence d’ensemble. Il faut que la conception de bientraitance ne soit pas en contradiction avec la conception de maltraitance, car il peut pas y avoir un acte qui puisse être défini à la fois comme bientraitant et maltraitant, sinon ça ne va plus, on serait dans la logique du vague, ce qui ruinerait complètement les conceptions en question. Vous voyez, c’est quelque chose qui est très précis, et qui pousse d’une certaine façon au oui et au non, donc à un certain dualisme conceptuel tout à fait fondamental. Tous ceux, ici, qui sont dans un établissement, pourront voir ce que ça donne, par exemple dans les projets, dans les rapports de fin d’année donnés à la Ddass ou ailleurs, et ils verront toute cette cohérence, cette cohérence de conceptualisation. Alors au fond ici la personne soignée n’intervient que d’une façon très particulière, c’est au titre d’une occurrence d’un général ; les soignants n’interviennent que comme occurrence d’un général eux aussi, puisqu’il y a une définition générale des statuts, où il est dit ce que doivent être les infirmiers, les aide soignants, les éducateurs, les cadres, les psys, les trucs et tout le toutim, chacun doit avoir sa place parfaitement repérée dans un ensemble totalement articulé, voilà, c’est comme ça que sont pensées les choses, elles sont…

    T. M. : Les fiches métier.

    M. B. : Avant on appelait ça les fiches de poste, mais enfin maintenant c’est même pas le poste, c’est le métier, et on monte en généralité dans toutes ces choses-là, c’est tout à fait normal. Vous vous souvenez peut-être du fameux colloque sur la maltraitance. L’équipe de Banyuls avait été attaquée d’emblée quand la nouvelle Ddass était arrivée, elle avait dit que les équipes maltraitaient les enfants, et à la suite de ça il y a eu ce colloque sur la maltraitance, auquel ils n’ont pas convié les équipes, seulement quelques cadres, ce qui m’a amené à leur dire que c’était de la maltraitance « vous les accusez, vous faites une formation sur la maltraitance et vous ne les faites pas venir, qu’est-ce que ça veut dire ? » Lorsque je dis à madame la Ddass, qu’en organisant ce colloque elle a maltraité l’équipe de Banyuls, ça a fait scandale, ce n’était pas prévu, c’était hors de propos, parce que la maltraitance, ça ne saurait être ça. C’est une position à priori, qui est une position de logique du général et on peut dire que la totalité du fonctionnement de ces établissements c’est la logique du général. Ce sont des établissements où le travail est commandité par l’État, sous le registre des lois de l’État. Alors évidemment cela influe sur l’ensemble de la conception du travail dans ces établissements, sur la conception générale de ce qui se passe… on s’aperçoit que là-dedans on va toujours du général vers son application, du général au particulier, voilà la démarche fondamentale ! On va du général au particulier, on particularise quelque chose. Par exemple les enfants qui arrivent dans un IME y arrivent à titre de particuliers d’un enfant en général ; d’ailleurs, les enfants polyhandicapés sont nommés annexe 24 ter, c’est leur nom, alors évidemment c’est un peu terrible comme façon de voir, mais il n’empêche que c’est comme ça !

    La question qui se pose, qui est l’idée de Pierre Delion et d’Edwige Richer est comment arriver à ce que ce soit les patients qui commandent ? Comment peut-on arriver à ça ? On s’aperçoit qu’on ne peut pas y arriver directement. Aucune place n’est laissée dans l’établissement pour que les choses se passent de cette façon-là, que l’établissement soit donné comme un laboratoire pour les enfants savants, où les équipes soignantes ne sont que des laborantins, et où ce sont les enfants qui font leurs expériences. On voit bien qu’on n’est pas du tout dans ce registre-là, puisqu’on est dans le registre de l’application, où on sait déjà ce qu’il nous faut, donc ta gueule, et marche ! et c’est là l’idée assez extraordinaire de Tosquelles qui était de dire qu’il faut fabriquer des institutions qui soient en contrat avec l’établissement et qui vont faire valoir la position propre des personnes dont on s’occupe, ça, c’est le point nodal de l’histoire. Pour toute psychothérapie institutionnelle, l’idée c’est celle là, la création d’un club, dit club thérapeutique articulé par le comité hospitalier. Alors, pourquoi il s’appelle club thérapeutique ? Parce que, au fond, le club thérapeutique, il se veut thérapeutique, c’est bien par rapport à la thérapie que ça se pose. Ce n’est pas un club de jeu, ce n’est pas un club de troisième âge, ou de premier âge, ni de macramé ni de qui sait quoi, c’est un club thérapeutique ! Le club thérapeutique va être amené à regrouper toutes personnes qui sont dans le registre de l’établissement et les organiser selon une visée thérapeutique différente de celle qui était proposée, c’est-à-dire non pas par une application directe et sauvage de généralités mais à partir d’un autre point de vue, et en contrat avec l’établissement. C’est-à-dire qu’il va y avoir deux discours différents, le discours du club thérapeutique et le discours de l’établissement, que ces deux discours vont se rencontrer tout le temps, avec évidemment des oppositions, des problèmes, toute sorte de questions.

    Je vous donne l’exemple de Château Rauzé. L’articulation se fait à partir d’une bicéphalie avec, d’un côté un directeur d’établissement et de l’autre côté Edwige et Marie-Madeleine qui animent l’aspect institutionnel. Le contrat qui a été établi entre Edwige et le directeur était un contrat de séparation des pouvoirs, c’est-à-dire la gestion de l’établissement revenait au directeur, et l’institution thérapeutique qu’est Château Rauzé à Edwige. Ils s’étaient mis d’accord là-dessus. De temps en temps il y avait des cris, ça gueulait, ça ne marchait pas toujours, mais globalement la plupart des soignants et des blessés étaient vraiment en adhésion avec la proposition institutionnelle. Lorsqu’il y a eu l’obligation de se soumettre à l’accréditation, Edwige a demandé que Cohadon et moi participiions au comité de pilotage. Alors, au début, l’accréditation nous proposait des trucs qui nous ont fait pouffer… le premier thème, la question de l’accueil, mais franchement on se tenait les côtes de lire ce qu’on nous proposait, on disait « mais ce n’est pas possible qu’ils en soient là, ce sont des arriérés mentaux, ceux qui proposent ça ». En tout cas il fallait en passer par là, et nous en sommes passés par là… Maintenant il y a un livret d’accueil et il est compatible avec l’institution ! Et quelles sont les conditions requises pour que ce livret d’accueil soit compatible avec l’institution ? C’est que le livret d’accueil ne vienne pas résumer l’accueil ! Et ça, c’est une bataille constante parce qu’on va vous dire « ça y est, maintenant l’accueil ça marche, il y a quelqu’un qui est l’accueil… ».

    Avant le fameux livret, il n’y avait personne à l’accueil à Château Rauzé, c’est-à-dire que quand quelqu’un arrivait, immédiatement les gens qui vivaient là, allaient voir le nouveau pour l’accueillir et le piloter éventuellement, c’était tout simple… maintenant il y a des flèches et il faut qu’il aille à l’accueil. Alors est-ce que ça dédouane les équipes du travail précédent ? A priori non, a posteriori oui… C’est quand même pas mal de repérer des gens nouveaux et de les accompagner, c’est désaliénant. Là, il y a quelque chose qui a changé, on nous a appris à communiquer… alors là aussi on pouffait comme des diables, mais effectivement, on s’est aperçu que petit à petit sont venus s’installer des gens dont un qui est là tout le temps pour s’occuper des ordinateurs, afin que des mails soient échangés continuellement, avec des listes de mails, des différences entre ce que les médecins peuvent savoir, ce que les infirmiers peuvent savoir, avec des codes d’accès… J’essaie de vous faire comprendre l’infiltration de la connerie dans un établissement qui ne l’est pas, con… on voit arriver dans tous les étages de la dimension institutionnelle des trucs comme ça, qui viennent petit à petit enlever aux soignants tout ce qui faisait le sel de leur travail… Par exemple, maintenant, pour qu’une infirmière puisse avoir accès à certaines données, ce n’est pas possible… quand on fait une réunion dite de sémiotique, c’est-à-dire où un blessé vient et où on parle, avec lui, de lui, là c’est l’horreur absolue… si jamais il y avait un accréditeur là-dedans, Château Rauzé serait fermé immédiatement. On voit deux personnes dans l’après-midi ou dans la matinée, et tout le monde amène les dossiers médicaux, les dossiers infirmiers, on a besoin de ces dossiers pour savoir où en est la personne. C’est interdit de faire ce qu’on fait, c’est interdit de divulguer auprès de quiconque des informations concernant l’état médical de la personne… alors vous voyez comment à tous les niveaux, l’accréditation a introduit un changement dans les rapports entre les deux têtes qui symbolisent l’établissement d’un côté, l’institution de l’autre, changement extraordinairement concret… Par exemple la qualité. Là aussi vous pouvez imaginer les rires qu’on a eu quand on a commencé à parler de la politique qualité, « mais qu’est-ce que ça veut dire politique qualité ? »… En plus, la qualité qui devient de la quantité c’est inouï ! Chez Marx c’était le contraire d’ailleurs, c’est la quantité qui devenait de la qualité, le saut qualitatif… pour faire cette politique qualité il faut un groupe qualité, avec un responsable qualité, ça bouffe du temps tout ça, et ça bouffe la tête parce que la ‘qualité’ c’est de la connerie. On arrive par exemple avec les fameuses fiches d’incident, vous vous rendez compte jusqu’à quel point les fiches d’incident se sont développées ? Avant-hier je lisais l’Indépendant et ils parlaient de fiches d’incident, c’est dire à quel point ça travaille… alors, vous avez le fameux cas que je vous ai déjà exposé : une infirmière arrive auprès d’Edwige et dit : « Nom de Dieu, on a fait une erreur, on a donné un médicament à machin au lieu de le donner à machin, on a inversé ! ». Edwige réfléchit et dit : « à machin vous lui donnez ça et à machin vous lui donnez ça ». L’infirmière repart avec sa nouvelle ordonnance, fin de l’histoire… Seulement maintenant, puisque c’est obligatoire, l’infirmière fait une fiche d’incident qui arrive chez le directeur : « Comment !!! Une infirmière a osé se tromper en donnant des médicaments ? Je la convoque ! ». Heureusement Edwige entend ça, se fout en pétard et va voir le directeur, — vous voyez toujours la question du contrat — elle lui dit : « Non mais, ça ne va pas du tout cette histoire, vous savez pourquoi il ne faut surtout pas convoquer l’infirmière ? Depuis longtemps nous avons un accord avec elles quand elles se trompent… — parce que ça arrive, bien entendu, comment ça pourrait ne pas arriver ? Quand elles se trompent, immédiatement elles viennent me voir pour qu’on arrange les choses et que le blessé n’en souffre pas. Si jamais à un moment donné on convoquait une infirmière qui fait ça, les infirmières fermeraient leurs gueules, elles ne diraient rien ! » Certes, au final cela se saurait, mais entre temps le blessé, lui, il aura peut-être pâti de la chose, donc il est essentiel de ne jamais morigéner quelqu’un qui a fait quelque chose alors qu’on sait que ça peut se produire… c’est impossible que cela ne se produise pas… alors, du coup, le directeur a accepté et a dit : « Bon, je comprends ». Vous commencez à voir un petit peu comment cette question du contrat entre l’établissement et l’institution est un contrat qui est diabolique, qui se renégocie tout le temps ! Dans l’établissement, on décrète des choses et elles doivent se faire, même si elles se font pas d’ailleurs… c’est un système qui tourne uniquement sur la cohérence conceptuelle, donc la réalité des choses n’a que peu d’importance, le tout c’est que les ‘concepts’ soient sauvegardés.

    Maintenant, si je reprends la position de Pierre Delion, c’est de dire que c’est le blessé qui fait ses expériences, on lui propose un cadre de travail, on lui propose des outils, nos têtes, et c’est à lui de faire avec ça. Vous voyez donc qu’on n’est pas du tout dans la position établissement, ce sont vraiment deux positions inverses et c’est pour ça qu’évidemment au niveau du contrat il peut y avoir des choses qui coincent, parce qu’on sent bien que les logiques ne sont pas les mêmes… on peut dire que la logique de l’établissement, c’est la logique du général qui triomphe, alors que dans la logique de l’institution, c’est la logique du vague, c’est-à-dire que deux choses contradictoires peuvent être vraies en même temps, et on doit laisser ça se développer, jusqu’au moment où les choses peuvent se transformer. La logique du vague, c’est la logique des événements. Nous, on travaille pour qu’il y ait des événements fructueux qui se passent du côté des blessés. Or, un événement c’est fondamentalement quelque chose de contradictoire. Je vous rappelle la définition de l’événement : l’événement c’est la jonction existentielle de faits incompossibles (qui ne peuvent pas être se produire en même temps) et qui pourtant sont joints existentiellement… vous vous souvenez, ça va ?

    Public : Tu peux redonner la définition ?

    M. B. : Un événement est la jonction existentielle de faits incompossibles. Par exemple, le fait A, le briquet est dans ma main, le fait B, le briquet est par terre, les deux événements sont incompossibles, il ne peut pas être à la fois là et là, ça va ? La jonction existentielle, c’est la chute du briquet, voilà un événement. Ce n’est pas toujours quelque chose de torride…

    Public : (rires)

    M. B. : … mais un petit événement peut poser des problèmes. Quand vous allumez votre pipe et que tout à coup le briquet tombe, vous vous penchez, et alors là, tous les trucs qui sont en train de commencer à se consumer sur les pantalons et les trouent…

    D. S. : Il me semble que ça t’es souvent arrivé…

    Public : (rires)

    M. B. : Si vous voyiez le nombre de chemises, de pull over et de pantalons que j’ai dû jeter à cause de ça… vous n’en avez même pas idée… La jonction existentielle de faits incompossibles, voilà la nature même de l’événement. Et comment peut-on intégrer l’incompossibilité dans le général ? Dans le général il n’y a pas d’événement, le général ne connaît pas l’événement…

    L. J. : L’événement c’est la surprise, c’est ce qui surgit…

    M. B. : Jonction existentielle de faits incomposssibles ! Même au-delà de la surprise. Il y a des événements surprenants, mais l’événement lui-même, c’est quelque chose qui ne saurait rentrer dans la logique du général parce que cela concerne des faits incomposssibles. Alors, certes, ces deux faits qui sont différents ne peuvent pas avoir lieu en même temps, mais ce n’est pas grave, il suffit de les distinguer comme faits et d’oublier la jonction existentielle… A ce moment là, on est devant deux faits… D’ailleurs on voit bien comment la logique du général privilégie les faits alors que la logique du vague privilégie les événements, on voit bien la différence de perspective entre les deux… Or, la cause d’un fait, c’est tout ce qui n’est pas le fait. Un fait est causé par tout ce qui n’est pas lui. Autrement dit pour chercher les causes là-dedans, vous pouvez toujours courir ! Alors que dans les événements, on peut éventuellement définir des systèmes de causalité. Vous voyez pourquoi dans la logique du général, on privilégie les faits, parce que de toute façon toutes les causes sont entendues, si je puis dire… dans la vaste conception de l’établissement, il ne saurait y avoir d’autre cause que les causes logiques des choses… Alors que dans la logique du vague, un événement surprenant peut tout à coup modifier considérablement tout le traitement de quelqu’un ! C’est-à-dire que la personne se trouve dans un autre état au sortir de l’événement qu’elle ne l’était en rentrant. D’où le fait que notre travail doit permettre que des événements aient lieu… Il faut fournir un terreau suffisamment riche pour que des choses différentes puissent s’y produire.

    Je ne sais pas si vous vous souvenez, l’autre fois à Château Rauzé, il y avait un monsieur qui perdait son pantalon ! Ça avait foutu en émoi un des kinés de l’établissement. Donc grande discussion qui nous a pris une demi-journée… le monsieur qui était là au début de la discussion a foutu le camp, parce qu’il avait honte qu’on parle de ça et de son pantalon… J’ai proposé qu’il porte une salopette mais sa belle-sœur ne voulait pas : « les salopettes c’est pour les ouvriers, mon beau frère n’est pas un ouvrier donc il n’aura pas de salopette ! » donc le général. On discute là dessus, dans deux réunions différentes, on suit de près les symptômes de l’établissement, « finalement si ses pantalons tombent, c’est parce qu’il a des couches parce qu’il n’a pas de contrôle sphinctérien, mais si on enlève les couches pour que les pantalons ne tombent plus, ils seront sales et ce n’est pas mieux… ». Donc, on réfléchit à tout ça, deux discussions collectives avec deux équipes différentes… et le jeudi matin, j’arrive à Château Rauzé et je vois mon bonhomme avec une salopette ! Qu’est-ce qui s’est passé ? Eh bien, une des infirmières dont le père fabrique des salopettes lui en a donné une.

    Finalement, c’est grâce à la discussion qu’on a eue qu’on a pu aller trouver des salopettes dehors, je ne sais pas si vous mesurez la chose ! L’énormité de la chose ! Ça n’a l’air de rien, mais le type était franchement transformé ! Il devait sentir que j’avais eu quelque responsabilité dans tout ça, je sais pas trop laquelle d’ailleurs, parce qu’il est venu me voir et il était très chaleureux, il n’a pas arrêté de me suivre pendant les deux jours… Lors d’une réunion, la sacrée, celle du vendredi après-midi où il n’y a que les soignants, ce monsieur rentre dans la pièce après moi. Une jeune infirmière, un peu nouvelle à Château Rauzé, se lève alors immédiatement et le raccompagne dehors. Quand elle se rassied, je lui dis avec toute la douceur nécessaire : « Ce monsieur ne fait que passer de toute façon, il est instable, c’est un marcheur, il marche tout le temps… (Edwige, a trouvé un nom pour ça, les confus-marcheurs, le type il est confus et il est marcheur) vous savez, ça vaut le coup peut-être de le laisser rentrer… »… pour dire que voilà où ça va le singulier. Évidemment la logique du général incarnée pourrait répliquer : « Ah, mais alors, il faudrait laisser rentrer tous les blessés … » Eh bien, non ! Les blessés savent bien qu’il ne faut pas y venir, et s’il y en a un qui vient, c’est que ça veut dire quelque chose ! Et il faut qu’on conserve précieusement ces choses là ! Vous voyez comment la logique du général nous habite continuellement. Cette jeune infirmière sympathique était dans la logique du général : « Personne ne doit venir troubler les travaux de cette auguste assemblée ! ». Mais, lui, ce qui le troublait plutôt, c’était d’être mis dehors… De la même manière, il est évident que le père de l’infirmière ne va pas donner des salopettes à tous les blessés. Chaque cas est un cas, chaque blessé commande… lui, il a commandé à cette infirmière une salopette parce qu’avec sa belle sœur il n’y arrivait pas.

    L. F.-C. : C’est ce qui se passe quand même quand on travaille en cabinet…

    M. B. : Ça dépend du cabinet individuel, parce qu’il peut y avoir la logique du général aussi… Par exemple quand tu entends les psychanalystes définir ce que doit être un psychanalyste en cabinet, je peux te dire que moi, je ne m’y reconnais pas vraiment…

    Le type à la salopette, c’est un savant, et on lui a fournit ce qu’il lui fallait pour qu’il puisse faire son expérience… Son expérience fondamentale c’est de rôder ! Comme disait ma mère en catalan : es un roudaïre… je sais pas si ça a un but. Il faudrait faire ses lignes d’erre, le suivre pour savoir quels sont ses trajets… Donc, avec cette idée du laboratoire, il doit pouvoir faire ses expériences, rentrer dans des lieux où il y a des réunions, et pour ça, il ne doit pas perdre son pantalon… Vous voyez comment le laboratoire et les laborantins lui fournissent le matériel pour pouvoir faire ses expériences.

    Ce jeudi matin, on a fait la réunion dite de réadaptation. Et une des filles explique qu’actuellement les blessés demandent tout le temps. « Qu’est-ce qu’ils demandent ? », « Du chewing-gum ou des cigarettes, vous voyez des trucs comme ça, ils sont tout le temps en train de demander, ils arrivent auprès de nous et ils demandent, et ils demandent, et ça n’arrête pas… ». Alors ces soignants sont des personnes qui sont là depuis longtemps et qui ont été amenées à réfléchir à la question de comment on répond à la demande, comment on n’y répond pas, comment on feinte, tout un système qui est bien connu pour ça. Je leur ai dit « Mais attendez, c’est un symptôme ! Comment se fait-il que les blessés demandent comme ça ? » Alors ils expliquent que ça rappelle tout à fait les enfants qui viennent demander des trucs tout le temps à celui qui peut leur donner… Je leur ai dit : actuellement peut-être qu’il y a des rapports qui sont en train de s’établir entre les soignants et les blessés qui sont des rapports de type parent-enfant. Les enfants viennent faire les demandes aux parents, et les autres répondent ou ne répondent pas… on ne peut pas refuser tout le temps, ce qui fait qu’à la fin ils acceptent et leur donnent ce qu’ils demandent comme des chewing-gums, — « Ah, je suis faible quand même ! » —, mais après les chewing-gums sont partout, dans les draps de lit, c’est une horreur, et les lavandières de Bordeaux ne sont pas contentes, vous voyez toutes ces choses là… Les femmes de ménage râlent comme des poux parce qu’elles en trouvent partout sur le sol. On sent bien qu’il y a là tout un problème d’ajustement entre l’équipe prise globalement et les blessés pris globalement, qui d’emblée se sentent dans une position infantile. Ça, c’est un symptôme de l’équipe, il y a quelque chose dans l’institution qui déconne puisque les blessés demandent tout le temps.

    Deuxième symptôme : la bande des voyous. Ce sont cinq loulous qui sont contre un mur, ils clopent de la marie-jeanne toute la journée et ne foutent rien… des ados qui se foutent de la gueule de ceux qui passent. Parmi eux, il y a trois externes. Ils viennent le matin, ne foutent rien de toute la journée, puis repartent le soir, en taxi. Alors ça fait râler tout le monde, « et après c’est la sécu qui paye, c’est nous qui payons, etc. ». Et eux répondent « Eh ! C’est nous qui vous donnons votre travail ! ». C’est vrai, ils ont raison…

    Public : (rires)

    M. B. : Ils ont raison, ces salopards ! Donc, deuxième symptôme important : Pourquoi des bandes de jeunes à Château Rauzé ? Qu’est-ce qui se passe ? Et bien là aussi, sans doute, il y a des positions qui sont différentes de celles qu’on était accoutumé à avoir, un type de rapport qui est justement le rapport d’autorité… D’habitude les vrais loulous à Château Rauzé sont les chéris ! Edwige disait toujours « Moi j’aime les mauvais garçons ! », ce qui fait que dès qu’il y avait un mauvais garçon, elle se jetait dessus comme la misère sur le pauvre monde et elle le chouchoutait, et le mauvais garçon était bien emmerdé, il ne pouvait plus rester trop mauvais quand même… (rires) il y a maman Edwige qui s’en occupait.. Mais là, non, rien de tel, même Edwige est agacée !

    Troisième symptôme : on apprend qu’il y a des rapports difficiles entre deux femmes. Quand elles se voient, elles font comme Zouzouille et Pupuce, deux de mes chats. Zouzouille, grise, très jolie, avec un regard à te fusiller à chaque instant et Pupuce qui est un petit chat, tout petit… quand Zouzouille et Pupuce se croisent, pffrt, elles se battent, c’est une horreur… et bien, c’est pareil entre ces deux-là, c’est du même niveau. L’une d’elle a une perte de la mémoire immédiate, massive, donc elle ne devrait pas se souvenir mais leur première dispute s’est passé dans des conditions telles que ça l’a marquée affectivement, et depuis quand elle voit l’autre, elle a peur, et sentant la peur, l’autre l’attaque. C’est dire la complexité de la mémoire immédiate ! — quand on dit de quelqu’un qu’il a perdu la mémoire immédiate, vous voyez que ce n’est pas tout à fait exact, ce n’est pas une perte absolue. Donc violence, et une violence qui est relayée, il y en a d’autres qui ont envie de se friter aussi. Donc troisième symptôme, la violence.

    Maintenant, si on rassemble tout ça, on se rend compte qu’en fait, une certaine aliénation s’installe en profondeur à Château Rauzé. Pour la première situation, la question des demandes, où l’équipe se met en position d’être la bonne mère dispensatrice de bienfaits et… où elle en reçoit plein la gueule évidemment. On leur dit « Vous n’êtes pas là pour ça ! ». La question de ces demandes, c’est d’en user pour que l’équipe puisse comprendre que leur boulot ce n’est pas d’être une bonne mère dispensatrice du sein. Deuxième histoire, c’est les loulous. Eux, c’est la sensibilité à l’autorité. Cela veut dire qu’il y a de l’autorité qui est en train de se développer mais de l’autorité au sens de l’autorité générale, c’est-à-dire « Nous qui savons ce qui est bon pour vous ! ». D’ailleurs, pour vous dire à quel point on est dans une position quasi parentale : à la réunion du jeudi matin, deux des loulous étaient venus pour parler ; ils ont parlé d’ailleurs. Et là, l’équipe de rééducation leur reproche de ne pas venir en rééducation ! Au point où une des rééducatrices astucieuse a dit « Merde ! On dirait Supernanny… » je ne connais pas trop Supernanny… mais il paraît que c’est un genre de père fouettard. Et le troisième symptôme est la violence. Si on rassemble ces trois symptômes, on s’aperçoit qu’on a toutes les caractéristiques d’une équipe qui est soumise à l’autorité et qui donc le reproduit… Un phénomène hyper classique dans les établissements mais pas dans les institutions. Tout ce que les cadres font aux éducateurs, les éducateurs le font sur les enfants, ça ne rate jamais. Si les éducateurs sont maltraités par les cadres, ils maltraiteront les enfants ! Ce sont les systèmes despotiques. Mon copain Bruno Étienne disait ça dans un cours qu’il donnait à la fac de droit de Casablanca — il était gonflé quand même — : « le royaume marocain est un royaume despotique »…

    O. F. : Dire ça là-bas, c’était culotté…

    M. B. : Il n’avait pas peur, non… il expliquait que finalement le roi maltraite ses ministres qui maltraitent les sous-fifres qui maltraitent leurs sujets qui maltraitent leurs femmes qui maltraitent leurs enfants qui maltraitent leurs animaux… alors il faut voir les animaux au Maroc, ils en bavent… donc, ça descend, c’est un grand classique du despotisme… on sent bien le despotisme de l’établissement qui commence à produire sa marque sur Château Rauzé…

    Les accréditations successives et ses effets rampants comme la recherche d’une autorité ! Le vendredi après-midi, j’ai fait une descente en flèche sur la question de la bientraitance alors qu’ils venaient de recevoir toute une formation obligatoire sur cette question. Le premier, l’histoire des chewing-gums, c’est justement toute cette dimension maternelle que peuvent trouver les Supernanny… si on enlève Super, il reste Nanny… L’équipe de rééducation a toujours été rétive au travail institutionnel — de moins en moins — pendant plus de dix ans ils refusaient de discuter, de participer aux réunions, c’était vraiment très dur, et ce sont eux qui craquent les premiers, et en même temps ils donnent la manifestation la plus claire : Supernanny ! Et puis enfin, il y a la violence ressentie par les équipes sur ce qui est en train de leur être fait, quand ils sont auprès d’un blessé il y a une vraie violence qu’ils vivent intérieurement pour savoir ce qu’ils doivent faire : « Est-ce qu’on se met résolument du côté du blessé comme on avait l’habitude de le faire ou bien est-ce qu’on obéit aux lois d’airain de l’établissement qui dit qu’il faut faire ceci et cela ? »

    Ce sont les trois symptômes les plus importants de cet élan nouveau de l’établissement contre l’institution, avec une sorte d’affaiblissement de la dimension institutionnelle à Château Rauzé. Alors on a pu en parler collectivement, sous la forme du symptôme. Parce qu’évidemment, tout cela ne va pas sans symptôme. Et je vous le dis pour vos établissements : si vous voulez pouvoir intervenir d’une quelconque façon sur ces phénomènes aliénatoires dans les établissements, il est important de toujours penser ce qui se produit comme des symptômes, là, vous êtes sûrs de ne jamais vous tromper ! Cela signifie que c’est à transformer en langage : qu’est-ce que ça dit ? Qu’est-ce que ça nous dit de ce qu’on est ? Est-ce qu’on est vraiment du côté des personnels soignants et non du côté du patient… Le patient, lui, se débrouille, mais le personnel soignant devient fou si on ne lui donne pas les moyens de travailler. On peut dire qu’il va se mettre à développer des symptômes qui seront liés au fait qu’il n’a pas les moyens de travailler, il est bloqué dans la recherche à laquelle il participe sous la direction dudit patient. D’un autre côté ça a permis aussi de donner un petit coup d’éclairage, la phrase de Pierre Delion, sur la question des référents. On sait que la question des référents est largement présente dans tous les établissements et je verrais bien le référent comme l’assistant du savant, parce que au bout du compte, lui, il sait à peu près quelles sont les visées du savant, peut-être pas dans le détail mais grossièrement. Il sait par exemple le type d’expérience qu’il est en train de mener et il va pouvoir à ce moment-là demander aux laborantins et au laboratoire des transformations pour pouvoir tenir compte des demandes du savant. C’est le type qui a le souci du patient, mais cela me paraît insuffisant ; il me semble que là, on a quelque chose de beaucoup plus complet sur le plan structurel, on saisit mieux la structure et les perspectives du référent. Voilà, deux jours à Château Rauzé résumés en une heure et demie…

  • Canet, le 16 novembre 2009 : La création du zéro et son effet sur la pensée de la structure

    Canet, le 16 novembre 2009 : La création du zéro et son effet sur la pensée de la structure

    La création du zéro et son effet sur la pensée de la structure

    Canet, le 16 11 2009

    M. B. : Nous sommes le lundi 16 novembre, et tout d’abord, samedi Françou m’a fait découvrir quelque chose qui vaut le coup : un cours de l’École Nationale d’administration qui s’appelle « Cours de la langue de bois » (cf. http://www.balat.fr/spip.php?article642), mais qui, pour aller jusqu’au bout de la chose, devrait s’appeler « Cours de Xyloglossie ». Ça se présente de la façon suivante : il y a 4 colonnes et 8 lignes, et avec des bouts de phrases figurant dans les différentes cases. On peut prendre n’importe quelle case de la première colonne, et faire suivre son contenu par celui de n’importe quelle case de la deuxième colonne, etc. Par exemple : « Par ailleurs, c’est en toute connaissance de cause, que je peux affirmer aujourd’hui que// le particularisme dû à notre histoire unique// oblige à la prise en compte encore plus effective// d’un programme plus humain, plus fraternel et plus juste ». Ça marche à tous les coups. Vous pouvez y aller : « Mesdames, messieurs, la nécessité de répondre à votre inquiétude journalière que vous soyez jeune ou âgé, interpelle le citoyen que je suis, et nous oblige tous à aller de l’avant dans la voie d’un projet porteur de véritables espoirs, notamment pour les plus démunis ».

    Public : (rires)

    M. B. : Il y a 8 puissances 4 discours de langue de bois.

    Public : C’est un cours sérieux ?

    F. C. : Oui, c’est un cours de l’ENA. On en entend ses effets tous les jours.

    M. B. : C’est au programme, et ils ont des examens « Savez-vous parler la langue de bois ? »

    F. C. : C’est-à-dire… c’est dans le contexte de se sortir de situations quand ils ne sont pas en mesure de répondre. Ils peuvent toujours fournir. Si tu as du mal à inventer, tu pioches…

    M. B. : « J’ai depuis longtemps, ai-je besoin de vous le rappeler, défendu l’idée que l’acuité des problèmes de la vie quotidienne doit nous amener au choix vraiment impératif, de la valorisation sans concession de nos caractères spécifiques. »

    Public : (rires ) C’est le discours politique.

    G. P. : Ce n’est pas que le discours politique. C’est aussi souvent le discours quotidien. C’est ce qu’on appelle la parole vide.

    Public : ….

    M. B. : C’est comme ça qu’ils apprennent à parler. Alors maintenant un autre type de discours : « Maintenant, ça y est, nous y sommes. Mais qu’est ce que ça veut dire maintenant. Déjà là, ça continue. Est-ce vraiment du temps ? Ce n’est pas le présent, mais le présent, un point entre le passé et l’avenir. Le présent se déplace. Ça n’arrête pas et ça augmente le passé et l’avenir en même temps. Mais le maintenant est-il du hors-temps ? immobile entre deux chronothèses. À moins que cela ne se rapproche du parfait. Alors déjà, mise en relief qui ressemble à de l’historial. On doit être tissé de temps. Tout s’y réfère. À moins d’être dans une déstructuration schizophrénique. Et ce qui se passe existentiellement, n’est-il pas de l’ordre du futur antérieur ? certainement, peut-être… » Ça, c’est du Oury, ce n’est pas de la langue de bois. Ce n’est pas immédiat.

    F. C. : Ça fait penser un peu à Beckett.

    M. B. : C’est un stage que je vous recommande chaque année, un stage extraordinaire. Une semaine à la Borde. Du lundi 3 mai au 7 mai 2010. Un stage de formation sur le Temps. Voilà. Il y a quelques petites plaquettes. Je ne vous les donne pas. Sauf si vous êtes décidés à y aller. Ça vaut vraiment le coup. Vous passez une semaine dans La Borde. Avec les poissons-pilotes, qui vous conduisent à travers la clinique. La première journée qui est extraordinaire, c’est la journée où chacun se présente. Je ne sais pas combien ça coûte : 700 euros, déjeuners inclus, hébergement non compris. Voilà. C’est surtout pour ceux qui peuvent se le faire payer. 700 euros, ce n’est pas donné.

    Mon ami Enrique m’a passé un livre : Tosquelles. Puisque je parle de Tosquelles, je vous signale que demain, l’ITEP de Toulouges va être baptisée « François Tosquelles ». Avec la présence de la fratrie, Jacques, sa sœur, tout ce monde-là. Demain. Entre 10h et midi. Ça se finit à 1h et demie. Il faudra que cet Itep le mérite ! Mais il y avait une question sur la dernière fois.

    C. S. : Je n’ai pas compris pourquoi vous dites que le dernier d’une fratrie, c’était le père.

    M. B. : Alors, ça vaut le coup de se référer à Oury « …et ce qui se passe existentiellement n’est-il pas de l’ordre du futur antérieur ? certainement. Peut-être ». Il me semble que c’est de ce registre-là. Au bout du compte, le dernier enfant, c’est celui qui vient clôturer une génération qui, de son fait, aura été du fait de sa naissance ultime. Comme il vient clôturer une génération, il est un terminal, il met un terme. On peut dire alors qu’il peut visiter ce qui se passe dans l’ordinateur central. L’image, qui est celle de Vincent Mazeran, est un peu osée. Au bout du compte, tous ceux qui étaient avant lui, leurs histoires étaient déjà engagées quand il est arrivé, et c’est lui qui vient, d’une certaine façon, dire ce qu’aura été l’histoire des autres au sens de la structure, la structure familiale, qu’il vient d’installer puisque c’est le benjamin. Le dernier vient dire ce qu’aura été la structure, du fait qu’il arrive. Chose qu’aucun des autres ne peut faire puisqu’il y en a un qui vient après. Donc c’est ce point de vue-là, structural familial, qui permet de dire que, en somme, c’est lui qui vient fonder la famille. Il la fonde puisqu’il la clôt. C’est alors qu’on peut dire que c’est le père des autres, c’est ainsi que j’ai cru saisir Horace Torrubia lorsqu’il énonçait cela.

    (…)

  • Canet, le 19 octobre 2009 Observation minutieuse de la constitution d’un club

    Canet, le 19 octobre 2009 Observation minutieuse de la constitution d’un club

    Canet, le 19 10 2009
    Observation minutieuse de la constitution d’un club

    M. B. : Aujourd’hui nous sommes le 19 octobre 2009. Avant de commencer je fais de la pub spéciale famille, j’ai mon neveu qui a écrit un livre, c’est bien, non ?

    Public : oui.

    M. B. : Regardez ça ! Balat, comme son nom l’indique, est un type épatant ! Benjamin. Il a vingt-six ans, il est ingénieur et lors d’un stage à Taiwan il a décidé de tenir le journal de son stage. C’est très bien, vraiment. Il va concourir pour le prix Pierre Loti, ce n’est pas n’importe quoi. Voilà pour Benjamin, un bon petit.

    Pour la suite, je voudrais vous parler de quelque chose qui est en train de se faire dans un établissement du département, l’X… ado, 12-18 ans. Je vous raconte brièvement.

    Il y a quelques années de ça, le sous-directeur de l’X…, qui est un copain, m’a demandé de venir faire des séances de… alors je ne sais pas comment il faut appeler ça, supervision, régulation, machin-chose, ce truc innommable… avec les équipes de l’X…, ce que j’ai fait. Comme il était sous-directeur, et que la directrice avait l’air pas mal, je me suis dit que peut-être on pourrait faire quelque chose… donc on a commencé le travail… Les équipes sont toujours en grande souffrance dans ces trucs-là parce que les gamins de l’X… sont… comment vous décrire, c’est compliqué. Cela va d’enfants psychotiques à des enfants qui sont hyper je ne sais pas quoi…

    G. P. : Actifs.

    Public : Hyper actifs.

    M. B. : Agressifs donc, qui attaquent, se bagarrent, sont en échec scolaire massif, et souvent sont virés de l’école… On ne peut pas virer de l’école un enfant entre 12 et 16 ans, mais il n’empêche qu’ils sont quand même virés ! Ils vont d’école en école ou de collège en collège avec souvent des histoires familiales très complexes, des familles pas possibles. L’X… c’est assez dingue, et les équipes qui travaillent là, les éducateurs, s’en prennent plein la gueule pour pas un rond, mais en même temps ils sont éducateurs… Une chose que j’avais fait remarquer depuis le début, était que l’X… reproduisait exactement la structure de l’école, avec les éducateurs qui jouent le rôle des profs, des UV, unités de vie, qui reproduisent les classes. On est tout à fait là-dedans avec la directrice, le sous-directeur, les cadres, quelques enseignants parce qu’il faut bien faire quelques cours. Et tout ça était très difficile. La manière dont je travaillais avec les équipes n’était pas très compliquée : pour l’essentiel on voyait tel enfant, on essayait de suivre un peu l’histoire, de voir comment on pouvait l’aborder autrement. Ça aidait les équipes, cela leur permettait parfois de respirer, de pouvoir penser autrement. Mais ça n’allait pas plus loin que ça, un emplâtre sur une jambe de bois… Au bout de deux ans, la directrice trouve un autre poste, le copain de même, ce qui fait que les équipes se retrouvent de nouveau désespérées avec une nouvelle directrice. Je rencontre celle-ci qui me dit « On continue comme avant ! ». Je la trouve intéressante, elle me paraît pas mal. Evidemment, elle en prend plein la gueule pour pas un rond de la part des équipes qui sont déçues de tout à coup devoir s’habituer à quelqu’un d’autre, de ne pas être sûres que les choses vont continuer, normal, on peut comprendre ça. Il y a eu une année vraiment très difficile, où les équipes allaient très mal. Pour vous donner la structure de l’X…, il y a un externat, très grand, qui est l’essentiel de l’X…, et un internat avec quelques élèves. Les supervisions concernaient les équipes d’externat, mais évidemment on pouvait parler un peu de l’internat. Deux ans se passent encore ainsi jusqu’à un jour de fin d’année, au mois de juillet, où on avait l’habitude de faire le point, où je dis que ce n’est plus possible. Je leur annonce que j’arrête de travailler de cette manière-là, parce que cela ne sert à rien, que ça masque les véritables problèmes. J’ajoute que je suis très content de travailler avec eux, mais pas de cette façon là… ça a foutu un froid… mais je propose de faire un club, ce qui pourrait permettre aux jeunes d’intervenir sur leur propre existence, de s’occuper du collectif des jeunes, de s’occuper de quelque chose, qu’ils aient une responsabilité dans l’X…, qu’ils ne soient pas servilement à attendre que les éducateurs les éduquent, que les enseignants les enseignent. Tout le monde était intéressé mais voilà qu’à la rentrée, j’apprends que mon idée n’est pas retenue. Par contre, ils font venir un groupe de systémiciens, pour faire l’analyse systémique de l’X…. Je demande à la directrice : « Expliquez moi pourquoi vous faites ça, ça n’a aucun sens, je vous propose quelque chose, vous aviez l’air de vous y intéresser, et puis vous me foutez des systémiciens ! Qu’est-ce qu’ils vont faire de la systémie ? » Bon, je n’ai rien contre la systémie, rien de rédhibitoire en tout cas, sauf sur la pratique… analyser les interactions dans le système, on fait ça toute la journée sans lui donner un nom particulier… Vous savez, tous ces trucs que Freud dénonçait déjà de son temps, quand il parlait d‘Adler, de Steckel, de Jung, de tout ce monde là, il disait : « Ils prennent une partie de ce qu’on développe et ils essaient de la faire passer pour le tout, mais ça ne marche pas comme ça, c’est complexe et articulé ! » La revendication phallique de Adler, ou, de Rank, le cri primal, c’était inventé du temps de Freud, les thérapies brèves, ce n’est pas nouveau ! Donc, si je peux avoir quelque chose contre la systémie sur le plan théorique ce serait plutôt ça, de se limiter à un certain point de vue sur les organisations et je trouve aussi que la pratique est souvent très défaillante. Je sais qu’à Bordeaux ça se passe très mal et nous avons plein de comptes à régler avec les systémiciens qui font des trucs mal foutus. La directrice était un peu embêtée, et simplement pour préserver la suite de nos relations, elle me propose de m’occuper de l’internat, ce que je fait et cela se passe plutôt bien avec les équipes.

    (…)

  • Comme si l’autisme était contagieux par BERNARD GOLSE

    Lu dans le journal « Libération » du 23/09

    Comme si l’autisme était contagieux par BERNARD GOLSE

    Comme si l’autisme était contagieux

    Par BERNARD GOLSE Pédo-psychiatre et psychanalyste, hôpital Necker-Enfants malades

    in http://www.liberation.fr/societe/01…

    Nous vivons, décidément, une bien curieuse époque en matière d’autisme infantile, une époque qui n’est pas seulement antipsychanalytique, mais plus fondamentalement anti- psychiatrique, voire antimédicale. Un certain nombre de parents d’enfants autistes considèrent en effet désormais que les troubles envahissants du développement sont d’ordre purement neurodéveloppemental, qu’ils répondent à un modèle causal linéaire et que, comme tels, ils n’appellent pas de mesure d’aide psychothérapeutique, mais seulement des approches éducatives, rééducatives et pédagogiques spécialisées.

    En tant que responsable, à l’hôpital Necker-Enfants malades, de l’un des cinq centres d’évaluation et de diagnostic de l’autisme du Centre de ressources autisme Ile-de-France (Craif), à côté des services de pédopsychiatrie des hôpitaux Robert-Debré, la Pitié-Salpêtrière, Bicêtre et Sainte-Anne, je persiste à penser que l’origine des troubles envahissants du développement répond fondamentalement à un ensemble de causes multiples et variables selon chaque enfant, d’où la nécessité de recourir à une approche multidimensionnelle, une approche qui associe de manière adaptée à chaque cas, diverses mesures d’aide appartenant aux trois registres du soin, de l’éducation et de la pédagogie. Et ceci, sur le fond d’une intégration scolaire digne de ce nom, ce qui n’est pas encore le cas, tant s’en faut, en dépit de la loi de 2005.

    Personnellement, je pense que certaines techniques éducatives spécialisées peuvent être les bienvenues, que certaines rééducations (orthophonique ou psychomotrice) sont, à un moment ou à un autre, toujours nécessaires, mais que les psychothérapies psychanalytiques ont encore une place importante à tenir, moins pour éclairer sur la cause intime de l’autisme, que pour nous aider à mieux comprendre le monde interne de ces enfants dont les souffrances sont immenses, et dont les progrès eux-mêmes ne vont pas sans faire surgir des angoisses qui doivent être continûment élaborées pour ne pas freiner l’évolution des enfants, et pour leur permettre de s’adapter à leurs nouveaux fonctionnements. Je plaide donc, encore une fois, pour une approche résolument multidimensionnelle de ces pathologies si douloureuses.

    Au moment même où une vision intégrative commence à émerger, vision intégrative centrée, notamment, sur les troubles de la sensorialité des enfants autistes qui les empêcheraient d’accéder normalement à l’intersubjectivité (capacité de savoir que l’autre existe et capacité de savoir que soi et l’autre, cela fait deux), on voit certaines associations de parents attaquer et insulter gravement les pédopsychiatres, voire certains centres d’évaluation et de diagnostic de l’autisme qui, pourtant, travaillent tous en conformité absolue avec les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) en matière de dépistage précoce et de diagnostic des troubles envahissants du développement, comme vient de le rappeler énergiquement le Craif.

    L’une de ces associations (association Léa pour Samy) prône, de manière caricaturale, la méthode ABA (Analysis Behaviour Applied ou « analyse appliquée du comportement ») comme la seule méthode utile et validée, ce qui appellerait de multiples commentaires, car cette méthode de conditionnement est ancienne (en dépit de son aura de modernité), et parce que ses supposées validations demeurent encore très contestables et contestées. Mon propos n’est pas de polémiquer avec cette association qui vient d’ailleurs d’être déboutée par la ministre Roselyne Bachelot dans sa demande de moratoire envers le Programme hospitalier de recherche clinique sur la technique du « packing » (une technique de soin) mis en place par le professeur Pierre Delion (chef de service de pédopsychiatrie au CHU de Lille), dans des conditions légales et rigoureuses. Mon propos est de dire que toute méthode qui se présente comme la seule méthode légitime, se trouve, à mon sens, ipso facto, disqualifiée, car si le tout thérapeutique a échoué, le tout pédagogique et le tout éducatif échoueront de même.

    Les enfants autistes ont du mal à généraliser leurs apprentissages, du mal à anticiper, et du mal à faire une synthèse de leurs diverses perceptions sensorielles.

    Or, tout se passe un petit peu, aujourd’hui, comme si l’autisme était « contagieux », comme s’il amenait les professionnels à fonctionner eux-mêmes de manière autistique et clivée, en s’arc-boutant sur une méthode unique au détriment d’une véritable approche multidimensionnelle et intégrative. L’autisme autistise… et il fait le jeu d’un consensus plus ou moins implicite entre les médias et le grand public, pour évacuer toute forme de complexité qui nous confronte inéluctablement à la souffrance, à la sexualité et à la mort. Or, le développement psychique n’est pas simple, les troubles du développement ne le sont pas davantage, et vouloir le faire croire est une pure escroquerie.

    En février, avec le service de neuro-imagerie de l’hôpital Necker-Enfants malades (professeur Francis Brunelle), nous avons participé à une séance de l’Académie nationale de médecine consacrée à une approche intégrative de l’autisme infantile, avec la présentation de résultats concernant un dysfonctionnement du lobe temporal supérieur qui peut désormais être compris à la fois dans l’optique des neurosciences et dans celle de la psychopathologie psychanalytique. Ce serait donc vraiment dommage de se laisser happer par des divisions haineuses et conceptuellement coûteuses, car les enfants autistes ont mieux à faire que de nous voir les imiter dans des querelles et des divisions interprofessionnelles à valeur de clivage, à l’image de leur propre fonctionnement.

  • Canet, le 21 septembre 2009 : la plus-value de Marx, l’évolutionnisme de Darwin et l’inconscient de Freud

    Canet, le 21 septembre 2009 : la plus-value de Marx, l’évolutionnisme de Darwin et l’inconscient de Freud

    Canet, le 21 09 2009

    -la plus-value de Marx, l’évolutionnisme de Darwin et l’inconscient de Freud.

    M. B. : 21 septembre 2009, demain, soixante cinq ans…

    F. C. : Il ne faut pas le dire.

    M. B. : Oh pff ! (rires) De toute façon on sait qu’on gagne une année chaque année… (rires)

    Mercredi j’étais à Paris, avec Oury et toute la bande. Quatre vingt cinq ans et il revenait du Brésil comme une fleur ! C’est loin le Brésil ! il m’a donné des trucs… les œuvres ouriennes, c’est magnifique, le graphisme, extraordinaire ! Ça, c’est le collectif traduit en brésilien, ça c’est Tarde selon Oury, là c’est Szondi et Gagnepain selon Jean Oury, il m’a donné ça gentiment…

    F. C. : Le schéma sur la page de ton site ressemble comme deux gouttes d’eau au graphisme de Ben.

    M.B. : Ah bon ? Oury m’a dit que le plus important, c’est le centre. Alors je lui ai dit que son truc ressemblait à un cerveau. Il m’a donné aussi un très chouette texte qu’il a écrit sur Jacques Schotte et qui va être publié par Institutions. Il dit : « Il faut essayer de bâtir quelque chose qui ne soit pas des mièvreries ». Alors je ne sais pas si vous voyez les mièvreries d’Oury, enfin ! Il est trop intelligent cet homme, c’est fatiguant, réellement. Bon, voilà pour les introductions diverses.

    La dernière fois, ça vous convenait cette reprise ? Ça ne fait pas de mal de reprendre un peu les choses. Par exemple Darwin : qu’est-ce qu’il a apporté comme idées forces ? Il y a beaucoup de choses chez Darwin, mais la grande idée c’est celle de l’évolutionnisme, c’est-à-dire la modification constante des formes d’expression de la vie. Si on pouvait résumer de façon un peu mièvre — comme dirait mon cher Jean Oury — la question serait : comment toutes ces formes de vie évoluent et s’emboîtent les unes dans les autres. Darwin disait que c’est à l’épreuve de l’existence que certaines formes ont été abandonnées : si elles ne survivent pas, elles tombent en désuétude. Ce n’est peut-être pas aussi direct que ça dans Darwin, mais par contre c’est comme ça qu’il a été lu ! Sa doctrine a été résumée au « struggle for life ». Le struggle for life c’est la doctrine de la colonisation ! À cette époque on pouvait lire Darwin dans ce sens-là ; il fallait justifier la colonisation sur le plan politique, justifier que les mieux armés pouvaient réduire les autres à leur merci. L’idée du struggle for life, ce n’est pas la peine de s’appeler Darwin pour l’inventer, ça fait longtemps qu’on y pense, c’est comme ça qu’on lit par exemple la conquête des Amériques. Pas la découverte, la conquête ! Il y avait des fusils, c’est le struggle for life, ça s’appelle aussi la loi du plus fort. Ça n’a l’air de rien, mais ce sont des choses très importantes, parce qu’on en est imbibés ! La loi du plus fort c’est une loi dominante, on y croit d’une certaine façon, même sur le plan psycho-pathologique. Je pense que là il faut faire un petit retour en arrière et j’en profite pour dire que la doctrine de l’évolutionnisme ne se réduit pas au simple struggle for life… Beaucoup de penseurs reprennent Darwin pour essayer de voir comment on peut l’arranger, le mettre au goût du jour, mais je pense qu’il faut regarder la plupart de ces entreprises avec une certaine méfiance, dont en particulier celle qui concerne la notion de gène. La notion de gène a fini par devenir le point par lequel Darwin a accédé à la démonstration, à la vérification expérimentale, à la science, quoi ! Vous savez sans doute qu’un peu avant, il y avait un type comme Lamarck qui avait eu le malheur de parler de la transmission des caractères acquis. C’est-à-dire que vous prenez quelqu’un, n’importe qui, qui vit sa vie, eh bien, sa descendance pourrait bien avoir des caractères acquis au cours de la vie de la personne, ça fait partie des hypothèses lamarckiennes. Evidemment actuellement elles ne sont pas persona grata… et pourtant, si vous regardez comment fonctionne une lignée, vous verrez qu’il y a des symboles, il y a un langage qui se transmet dans la lignée, de telle manière que la transmission des caractères acquis est un phénomène étroitement lié à la question du langage, alors peut-être pas de façon génique pour ne pas dire génétique, mais par le langage. Reste donc à faire quelque chose qui puisse permettre de tenir tout ça ensemble, c’est-à-dire de pouvoir parler de l’évolution autrement que sur le plan génique ou dans les termes du struggle for life. Il y a quelques années, à l’époque où je szondisais, où on essayait de parler de Szondi, vous vous souvenez, Léopold, ce bon Léopold, non ?

    Public : …

    (…)

  • Le 7/11/09, « Journée avec… » Enrique Serrano, à Canet

    Le 7/11/09, « Journée avec… » Enrique Serrano, à Canet

    Le 7 novembre 2009 à partir de 9h 3O
    à l’Écoute du Port
    Port de Canet-en-Roussillon…

    Les Associations APEX, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette quatorzième « journée avec… » ont demandé à Enrique Serrano de venir évoquer son travail auprès des enfants et des adolescents. Pédopsychiatre, de formation analytique, chef du département de psychiatrie des enfants et des adolescents à Oviedo, en Espagne (aujourd’hui retraité), où il est conseiller du Centre maternelle et infantile, il fut attaché de recherche et médecin interne de Tosquelles à Longueil Annel.

    Quelques précisions encore sur l’ampleur du travail d’Enrique Serrano.

    o Superviseur du programme de Psychiatrie de liaison pédopsychiatrique

    o Conseiller du Centre maternel et infantile

    o Formation de spécialistes (médecins et psychologues)

    o Collaborateur de l’OMS (formation des psychiatres en Amérique latine)

    o En Équateur, il a été professeur à l’Université

    o Créateur et directeur de l’Institut de Psychothérapie de Quito

    Les thèmes de la journée :

    L’ensemble de ces thèmes est structuré autour de la dynamique familiale en tant que “mouvement” causé par l’enfant, en particulier s’il pose des problèmes. Le thérapeute doit connaître et tirer parti de ce rôle soignant de la famille. On pourrait aborder à partir de ce point de vue (et en tant qu’exemple) certaines situations telles que celles relatives à :

    o la grossesse et à la naissance

    o la relation symbiotique, de dépendance et d’ambivalence

    o le rôle du père et de la mère

    o les mères et les pères supposés sains ou pathogènes

    o les types de famille

    o l’enfant comme une personne et non comme un simple objet de soins

    o le lien fraternel et la structure fraternelle

    o le rôle des grands-parents

    o problèmes soulevés par la scolarisation

    o le divorce, le remariage et l’adoption

    o l’expérience de la mort dans la famille

    o l’expérience de la maladie dans la famille

    Il pourrait également être du plus grand intérêt de parler :

    o du maternage thérapeutique de Tosquelles. Une forme de reconstruction thérapeutique des relations précoces. Une projection du travail psychothérapeutique dans la prise en charge des soins quotidiens

    o les approches de Tosquelles sur la théorie kleinienne, à la recherche d’un espoir réaliste.

  • Canet le 14 septembre 2009 : La question du Moi. Une approche.

    Canet le 14 septembre 2009 : La question du Moi. Une approche.

    Canet le 14/09/2009. La question du Moi, une approche

    Donc nous sommes le 14 septembre 2009 et nous allons reprendre tout ça.

    En fait aujourd’hui, et je concocte ça depuis un bout de temps, je me disais que cela vaudrait le coup de revenir sur les questions autour de l’inscription. Je vais vous dire pourquoi cela me semble important de revenir là dessus. L’autre jour, j’étais avec une équipe dans les confins lozérogardois, et nous avons eu une discussion passionnante, toute la matinée. C’est un hôpital de jour qui s’occupe d’enfants autistes et psychotiques, une équipe avec un grand savoir faire, où quelques jeunes membres ont quelques difficultés d’intégration. Nous étions confrontés à deux difficultés : l’une avec un enfant et l’autre à l’intérieur de l’équipe où deux éducateurs se bouffaient le nez, un ancien et une nouvelle. Cette dernière est là depuis trois ans, mais ça ne fait rien, elle est toujours nouvelle, et je pense qu’elle va le rester encore un bout de temps. Tout ce qu’elle pouvait dire agressait l’autre. Elle était plutôt en demande, une demande d’amour, que l’autre récusait. Au cours des disputes la question de l’enfant est vite arrivée, et on en vient à décrire sa situation familiale. La psychiatre, qui est une femme sympathique, qui cultive ses tomates et va aux champignons, expliquait que la mère donnait le sentiment d’être une paire de seins énormes ; son corps ne correspondait pas à ses seins. Elle était assistante maternelle. Normal ! On sent une logique implacable là dedans. « Et le père ? » lui dis-je . « Ah, oui ! le père ! ». J’insiste un peu. Et de façon un peu lasse, elle dit « le père, tout mince… ». Un fil. Un truc à peine existant. Pour le faire exister, il faudrait mettre de la poussière autour, pour mettre un peu de consistance. Je vous saute quelques étapes, parce que cela a duré trois heures et demie. J’introduis alors ce que j’ai déjà écrit dans la préface du livre de Delion L’enfant autiste, le bébé, et la sémiotique.

    (…)

  • Journée de Landerneau le 17 octobre 2009

    Journée de Landerneau le 17 octobre 2009

    Ces petits riens auxquels on tient

    Journées de psychothérapie institutionnelle

    Ces petits riens auxquels on tient

    Landerneau

  • L’affaire Delion : A qui profite le crime ? par Laurence Gourmez-Fleuret

    L’affaire Delion : A qui profite le crime ? par Laurence Gourmez-Fleuret

    L’affaire Delion
    A qui profite le crime ?

    Merci à P. DELION de tant donner à notre psychiatrie de ce 21e siècle, qui, après avoir connu un élan extraordinaire ces 50 dernières années, se rigidifie dans des positions de clivage, et perd de son humanité.

    P DELION parle de ce qu’il fait et fait ce dont il parle et, dans un formidable élan vital, tente de résister à l’organisation paranoïaque de notre nouvelle société.

    L’envahissement procédurier médiatisé prend le pas sur l’approche humaniste, et tyrannise les professionnels de la psychiatrie qui refusent de moins en moins de fonctionner selon le modèle médical actuel comme des techniciens spécialistes de symptômes, syndrome, âge, et pourquoi pas couleur, odeur…

    A refuser ce modèle de fonctionnement restreint et cloisonné, nous voici diabolisés comme par le passé, et c’est la chasse aux sorcières qui reprend. La pensée, c’est le diable…

    Je veux dire par penser, panser mais surtout repenser la place que chacun des professionnels de la psychiatrie occupe pour chaque patient.

    C’est donc se questionner au quotidien nos réponses ou nos non-réponses. Dans la plus grande humilité, notre accompagnement doit être l’objet de notre critique sur notre organisation personnelle. C’est pourtant tellement plus facile de refuser le fonctionnement du voisin, plus facile de suivre des idées reçues de neutralité bienveillante, plus faclle de redorer l’image de la psychiatrie en la réduisant à une science froide et distante, botanique, biologique, chimique et génétique.

    Le serpent de mer de la psychothérapie institutionnelle se nourrit des avatars d’approches psychodynamiques et sociothérapiques qui ont vrillé leur objectif, et se sont ridiculisés dans des caricatures grotesques de club med ou d’apprentis sorciers.

    Affirmer que le travail en psychothérapie appartient au champ de l’affect, du contact, émietté à travers la quotidienneté, c’est réfuter toute évaluation quantitative de notre pratique, et surtout à travers les espaces du dire revendiquer une nécessaire liberté.

    Et c’est à propos d’une pratique à médiation corporelle, le pack, qui engage cette énergie humaine que je viens d’évoquer, que jaillit le passionnel, la peur, la haine.

    J’ai découvert en passant devant un institut de beauté, que le pack est proposé à ses clientes à des prix fort déraisonnables.

    Pourquoi s’acharner sur le symbole « P. DELION » ? Que représente t il ?

    Un excellent praticien pétri de culture analytique, mais également érudit et rompu aux autres techniques de soins en psychiatrie.

    Un homme ouvert et engagé, peut être trop ouvert et trop engagé.

    Un professeur qui ne ménage ni son temps, ni son ardeur pour parler juste, direct, qui ne se soucie guère de ses effets de séduction, et n’assure pas ses appuis politiques.

    Le cibler, c’est faire taire et détruire tout un courant psychiatrique puissant, redoutable par sa pertinence et son intelligence, qui s’oppose au saucissonnage des affections psychothérapiques selon l’âge, le symptôme, la génétique et bien d’autres critères qu’il convient de distinguer pour enrichir l’approche thérapeutique ouverte. Réduire l’autisme à une affection neurologique qui ne justifie qu’une rééducation, c’est aussi proposer de protocoliser les réponses thérapeutiques à des maladies identifiées souvent par un symptôme (ex : anorexie, boulimie, alcoolisme, troubles bipolaires … )

    Le grand intérêt de la protocolisation c’est finalement d’économiser du temps, des engagements personnels, de réduire à leur simple technicité les professionnels de la psychiatrie et leur interdire de penser.

    Pierre DELION fait l’objet d’un harcèlement moral dans une volonté politique délibérée de refonte des soins psychiatriques selon un modèle simpliste, rentable, évaluable à deux dimensions quand l’âme humaine en souffrance requiert une approche multiple et complexe…

    Laisserions nous, par désengagement, par faiblesse, cette forfaiture se commettre à notre barbe sans sourcillier, assisterons nous impuissants au désengagement sociétal de notre nouveau siècle ?

    Laurence Gourmez-Fleuret

  • Fragments d’un discours « non amoureux » de la psychiatrie française Par Philippe Chavaroche

    Fragments d’un discours « non amoureux » de la psychiatrie française Par Philippe Chavaroche

    Fragments d’un discours « non amoureux »
    de la psychiatrie française

    Etude (non exhaustive !) d’un discours tenu, par l’un des contributeurs, sur le forum de Michel Balat à propos de l’appel de Pierre Delion sur la pratique du packing

    A/ LE FOND

    I/ Le fond du discours est clair, il s’agit d’attaquer la psychiatrie française et plus particulièrement la pédo-psychiatrie

    Plusieurs angles d’attaque sont développés…

    1/ la position des psychiatres qui seraient imbus de leur pouvoir, de leur position et qui, au nom de cela, refuseraient toute évolution de leur discipline notamment face à l’autisme :

    « ne vous faites pas manipuler par des chefs de service qui ont peur de perdre leur prestige », « l’attitude de vos pairs occupant eux-aussi des positions à responsabilité » , « il existe des endroits, dont des hôpitaux de jours ou l’attitude des chefs de service permet cette flexibilité (sous-entendu il y a des endroits où leur attitude ne le permet pas) » , « C’est l’attitude commune à ses pairs et aux décideurs en matière d’autisme » , « dans le but d’avoir un monopole du soin a l’autisme »

    2/ la psychiatrie en tant que discipline lié au pouvoir politique :

    « ces jeux politiciens », « tout débat se retrouve immédiatement politisé »

    3/ la psychiatrie française est rétrograde vis-à-vis des autres pays (essentiellement les USA !) :

    « La France traîne le pas en matière d’autisme », « pourquoi cette pratique ne subsiste encore qu’en France ? », « la France accuse un réel retard dans la qualité de prise en charge de l’autisme », « la situation qui n’est que trop fréquente en France : diagnostic tardif et donc prise en charge tardive », « les différents outils et méthodes réalisées outre-Atlantique depuis des décennies » « des années-lumière de ce qui se fait dans le reste du monde » « L’autisme ne relève pas de la psychiatrie, sauf dans les rares pays en retard au niveau du diagnostic précoce et du soin aux autistes, dont la France fait encore honteusement partie », « la France accuse un réel retard dans la qualité de prise en charge de l’autisme, la packing en est un symptôme »

    4/ la psychiatrie française est peu rigoureuse, voire dangereuse :

    « les erreurs de diagnostics », « il existe des données que les professionnels se doivent de connaître, et si elles ne font pas partie de leur formation, ils se doivent de se tenir à jour des derniers développements », « l’incompétence des professionnels », « La pratique clinique se doit d’être rigoureusement conduite, et doit se baser sur les meilleurs outils disponibles, adaptés au cas particulier du patient », « sans indication appropriée », « Les pratiques se doivent d’être évaluées avant d’être utilisées, les patients doivent avoir le choix entre les méthodes validées, et le corpus théorique et les applications se doivent d’être à jour des dernières avancées », « Comment réagiriez-vous si on vous proposait de traiter le cancer avec du paracétamol »

    5/ la psychiatrie française détourne de l’argent public pour ses propres fins :

    « les ressources ainsi mises en œuvres sont détournées au lieu de servir à des méthodes plus adaptées à ces autres enfants », « tout l’argent va aux structures psychiatriques d’inspiration psychanalytiques »

    6/ enfin, la psychiatrie française est-elle légitime, et plus particulièrement ses hôpitaux de jour :

    « Finalement, pensez-vous vraiment que les autistes ont leur place en hôpital de jour ? »

    II/ Mais, derrière la psychiatrie française, c’est aussi la psychanalyse qui est visée…

    1/ la psychiatrie française serait totalement inféodée à la psychanalyse pour le soin aux autistes :

    « l’approche psychiatrique d’inspiration psychanalytique était et est encore en position monopolisant les soins à l’autisme en France », « une exploitation extrême de la psychanalyse – inadéquate pour le soin a l’autisme », « l’emprise hégémonique d’une idéologie bornée en ce qui concerne l’autisme », « d’une ignorance profonde de ce qui n’appartient pas au domaine de la psychanalyse », « vouloir faire croire que la psychanalyse n’est pas à la base du packing ».

    2/ la psychanalyse est une idéologie, une croyance qui n’a pas fait ses preuves :

    « Quand aux bases théoriques sous-adjacentes (sic), elles ne tiennent pas debout », « elle n’a pas fait ses preuves », « sous prétexte d’idéologie psychanalytique une idéologie théorique inadaptée et donc néfaste », « les théories psychanalytiques, dont aucune étude n’a à ce jour prouvé la validité en matière d’autisme », « une grave tendance propre à la psychanalyse : la théorisation et les interprétations allant dans ce sens », « ceux qui ne partagent pas votre idéologie », « à cause de soucis dogmatico-idéologiques »

    3/ les psychanalystes sont considérés comme « sectaires » :

    « cette chapelle théorique », « la gente psychanalytique »

    4/ la psychanalyse devrait disparaître :

    « On apprend de ses erreurs, ou l’on disparaît »,

    III/ De manière plus large, la psychiatrie est considérée comme une discipline totalitaire :

    1/ dans son histoire (pourquoi seulement des références à la psychiatrie américaine ?) :

    « aux plus barbares de la psychiatrie US du siècle dernier », « dérives de la psychiatrie US du siècle dernier »

    2/ dans ses pratiques :

    « L’utilisation exclusive de neuroleptiques », « le packing est employé partout et sur tous les enfants »

    IV/ En fait, il s’agit bien de promouvoir les méthodes comportementalistes :

    « l’éducatif doit être la priorité car il permet de modifier et d’apprendre des comportements », « l’apprentissage de comportement dont je parle est de celui qui fait défaut aux plus jeunes des autistes », « gâcher les occasions données par le jeune âge, avant que l’enfant rigidifie ses habitudes et comportements », « En effet, les méthodes éducatives sont efficaces si appliquées dès le plus jeune âge, afin d’empêcher la rigidification de comportements répétitifs indésirables, plus tard cela devient en effet pratiquement impossible ou tout du moins très difficile d’avancer ».

    B/ LA FORME

    1/ vocabulaire accréditant la barbarie du packing :

    « cette méthode barbare qu’est le Packing », « Elle doit être interdite », « La lobotomie a aussi été interdite, MALGRÉ l’avis des parents qui la désiraient pour leurs enfants. Une torture qui de plus est inefficace (y-aurait-il alors des tortures efficaces ?) reste une torture. L’arrêt d’une séance de torture peux en effet arracher un sourire à sa victime, cela ne légitime pas cette méthode », « Quelle barbarie », « une torture au procédé assez basique », « la température de l’eau semble avoir échappé à votre brillante et éloquente démonstration linguistique », « l’approche désuète, barbare et inefficace », « les mauvais traitements », « méthodes inadaptées, voire barbares », « les témoignages d’anciens GI d’Abou Ghraib », « subir ce traitement », « cette pratique inefficace et barbare », « avez-vous essayé la lobotomie avant de la critiquer ? Non ? Bon alors on va l’utiliser sur vos proches » « L’enfer est pavé de bonnes intentions »

    2/ la menace judiciaire :

    « l’on oublie les rapports soulignant la maltraitance des autistes en France depuis des décennies », « les différentes condamnations de la France au sujet de l’Autisme », « Donc des condamnations, il y en aura d’autres, j’en ai bien peur »

    3/ les données chiffrées invérifiables :

    « Packing is currently used in hundreds of French clinics », « il est pratiqué dans 300 établissements »

    4/ les affirmations scientifiques non référencées :

    « Quand à ma connaissance de l’EBM, elle se limite modestement à ma participation à des revues d’études scientifiques en milieu paramédical ».

    5/ le discours « donneur de leçons » (à quel titre ?) :

    « Merci pour votre message, qui bien qu’argumenté sur la base d’articles datant des années 50-70, prouve une recherche personnelle qui dans sa forme inspire le respect », « Distinguez-vous la différence entre « crying » et « autistic » », « Ne pas pouvoir reconnaître ses erreurs est très humain et c’est une tendance naturelle qui en psychologie s’appelle la « dissonance cognitive » », « renseignez-vous un peu au sujet de l’autisme », « Cela permettra peut-être de juger de vos connaissances et pratiques », « Biologique du Biopsychosocial, pourriez-vous SVP m’énumérer les études médicales scientifiques (vous avez cité « médecine » plusieurs fois, n’est-ce-pas ?) situant l’autisme, à proportions comparées, quel domaine semble prédominant », « Vous parlez de manque de connaissance, informez-vous donc au sujet des nombreuses études », « Vous confondez Evidence (résultats d’études) et Pratique », « Faites une recherche sur EBM versus Practice-based, le débat en deviendra peut-être plus appréciable du point de vue informatif », « Peut-être devriez-vous prendre la peine de lire avant de répondre », « C’est bien cela qui vous échappe dans votre argumentation sur les méthodes », « Je réitère : votre raisonnement est déplacé et ne se base donc sur rien d’autre que vos idées », « Votre texte est truffé d’inexactitudes », « Auriez-vous l’humilité de vous regardez dans une glace », « si vous n’y comprenez rien, renseignez-vous SVP »

    6/ le discours « savant » en anglais ou autre langue (?) :

    “Applied behavior analysis ; Interventions based on applied behavior analysis (ABA) focus on teaching tasks one-on-one using the behaviorist principles of stimulus, response and reward…”, “Of is dat te moeilijk voor u ?” “donner un tip

    7/ l’utilisation d’un concept psychologique (“dissonance cognitive”) complexe dans une visée réductrice :

    « Ne pas pouvoir reconnaître ses erreurs est très humain et c’est une tendance naturelle qui en psychologie s’appelle la « dissonance cognitive » », « vous devriez aussi citer le phénomène de dissonance cognitive », « mon attitude à ce sujet relève typiquement d’une dissonance cognitive, ce qui me permets d’affirmer A tout en sachant bien que A signifie que mon discours sur B est faux ».

    8/ les dénégations :

    « De haine il n’est absolument pas question », Le Professeur Pierre Delion, est l’objet d’attaques personnelles Faux, c’est le packing qui est visé, et sa pratique en France », « à lire tous les commentaires vous décrivant comme étant chaleureux, et humain, je ne peux que vous porter crédit dans ce sens », « il n’y a pas de procès fait à Mr Delion « , « Je ne suis pas fâché »

    9/ les attaques « ad hominem » :

    « les programmes d’études, les colloques et les différentes présentations de Mr Delion et de ses collègues Lillois ne laisse entrapercevoir AUCUNE référence pratique a ces approches (quelques références théoriques en guise d’introductions, pour la forme, plan autisme oblige) », « Jouer aux victimes comme Delion », « Le silence de Mr Delion et de Mme Lenfant sera donc interprété comme étant éloquentes. Visiblement leur discours d’ouverture aux nouvelles méthodes n’est que pur mensonge », « Cher Monsieur Delion, votre texte m’étonne lorsqu’on le compare à cette diatribe anti-associations de parents d’autistes qui est la vôtre. Êtes-vous donc de bonne foi lorsque vous louez le biopsychosocial en psychiatrie ? », « un certain Mr Delion », « Sur le fond nous attendons toujours une réponse de Mme Lenfant ou de Mr Delion qui visiblement sont bien plus occupés à promouvoir leurs méthodes qu’à argumenter leurs discours concernant leurs prétendues ouvertures aux méthodes éducatives comme l’ABA et le TEACCH ».

    10/ les « fausses gentillesses » :

    « Avec tout le respect que votre attitude mérite », « Je respecte votre travail mais je vous rappelle que la France accuse un réel retard… », Chère Madame LENFANT, si seulement tous les professionnels concernés pouvaient avoir votre discours informé et votre attitude courtoise, la situation serait bien différente de ce qu’elle est en France, j’imagine. J’espère tout comme vous que le dialogue sera possible », « Chère Dr Lenfant, merci pour votre réponse qui réconfortera plus d’un parent d’autiste. Il y a encore beaucoup de chemin à faire mais tout voyage commence par un pas, n’est-ce-pas. Bonne continuation », « Vous excuserez mon ton un tant soi peu ironique », « mais je veux bien (quand même) vous donner un tip »

    11/ les affirmations faussement conciliatrices :

    « J’espère qu’en France la coopération sera possible entre les différentes approches de l’autisme je préférerais qu’elle (la psychanalyse) conserve au moins la place partagée comme dans les autres pays, voire mieux, mais cela dépend des êtres humains avant tout, de leur humilité et de leur intelligence », « Vous avez raison sur un point, il ne faut pas partir dans un autre extrême : le tout-éducatif négligeant le psychisme et les autres dimensions humaines », « Je ne pense pas que l’un devrait exclure l’autre, je pointe que cela arrive trop souvent dans l’autre sens » », « J’espère que cela changera, mais j’espère surtout que les dissensions d’ordre idéologiques laisseront place à une entraide équilibrée et adéquate ».

    12/ les contradictions :

    « Le packing ? je ne suis pas complètement contre »

    CQFD !

  • DEFENSE DE BERNARD GOLSE par Pierre Delion

    DEFENSE DE BERNARD GOLSE par Pierre Delion

    KING versus PACKING

    DEFENSE DE BERNARD GOLSE

    par Pierre Delion

    Juillet 2009

    Il n’aura pas fallu attendre longtemps après la réponse claire et nette — il n’y aura pas de moratoire ni d’interdiction ; le packing peut être utilisé dans certaines indications avec les enfants autiste — de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé à la demande d’une association réclamant un moratoire visant à interdire le packing en France, pour constater une fois encore la stratégie et les tactiques utilisées par ce groupe de pression en la matière, d’autant que le discours de la secrétaire d’Etat au handicap avait pu les faire espérer : c’est maintenant Bernard Golse qui est la cible visée par ces personnes qui ont résolument besoin de la haine comme moteur de leurs actions revendicatives et surtout expansionnistes.

    On l’a compris désormais, il suffit d’attaquer une personne représentative de la pédopsychiatrie en répandant à son sujet des propos calomnieux et disqualifiants visant à déstabiliser la réputation dont elle bénéficie auprès d’une large population de professionnels voire de parents sous le couvert de citations tronquées et sorties de leur contexte. La technique vaut aussi bien pour décrédibiliser l’adversaire en extrayant de ses écrits des phrases qui sont manipulées et détournées de leur sens originel pour servir le but poursuivi, que pour obtenir des soi-disant appuis de scientifiques de renommée nationale ou internationale, démontrant à l’envi que la science, appelée sans cesse à la rescousse n’est qu’un prétexte idéologique et non une praxis profondément enracinée dans la pensée même de ceux qui la convoquent sans vergogne, et en tirent une arrogance de droit divin. Or la science médicale n’est pas une religion à laquelle on se réfère comme à un dogme, c’est une démarche en constante évolution qui nécessite de prendre les risques de soumettre les observations de sa clinique à des hypothèses dont il faut vérifier la cohérence logique dans un cadre éthique instauré par les personnes qui en ont la charge.
    Et si les attaques ne suffisent pas, c’est l’intimidation qui vient compléter les techniques de désinformation citées précédemment. On vous menace de plaintes, d’instruction de dossiers chez un juge d’une chambre parisienne, les doubles du courrier que vous recevez sont adressés non seulement au Président de la République et à un ensemble de personnes importantes, mais également à un nombre considérable de personnes qui vont relayer ces déclarations d’importance dans leurs circuits propres, si possible en séduisant les médias. La rumeur se répand, gonfle et finalement, comme la voix populaire le dit, il en restera toujours quelque chose. Et c’est important pour déstabiliser la cause de celui qu’on attaque, car non seulement il peut être sali dans sa réputation, ses recherches, son œuvre sociale, mais de plus, il peut craindre les ennuis judiciaires. Pourquoi me direz vous ? Eh bien parce que les pédopsychiatres et l’ensemble des praticiens de la relation humaine (pédagogues, soignants, éducateurs…) basent leur exercice professionnel sur des éléments qui sont certains comme ceux que la démarche scientifique permet d’intégrer dans nos pratiques, mais beaucoup aussi sur d’autres qui le sont moins. Ce sont alors notre modestie et notre humilité qui nous permettent de progresser. La désinformation et l’intimidation viennent rencontrer ces parts imparfaites de nos réflexions et de nos pratiques et toutes les personnes attaquées jusqu’à présent ont évidemment été touchées par de telles tactiques de sabotages, aux antipodes de ce qu’il faudrait utiliser dans le champ des troubles envahissants du développement, à savoir la pensée intégrative. La stratégie générale a pour seul but d’amener les victimes à penser qu’ils doivent abandonner leur position et renoncer à leurs hypothèses antérieures. Je le dis tout de go : surtout n’en faites rien. La discussion nécessaire aujourd’hui consiste à réunir autour de « la table des négociations » les différentes parties en présence et à essayer d’articuler les points de vue pour déboucher sur des pratiques permettant d’intégrer les éléments nécessaires au dispositif pour cet enfant-là, sachant que pour un autre enfant, le dispositif sera sans doute différent, et à en accepter l’augure.

    Alors que l’association en question ne veut absolument pas négocier les articulations, mais supprimer l’adversaire.

    Or là, il s’agit de Bernard Golse. Et Bernard Golse n’est pas n’importe qui, c’est le meilleur d’entre nous. Combien de soignants de la pédopsychiatrie a-t-il formé, soit par ses enseignements oraux soit par ses très nombreux et réputés écrits ? Nul ne saurait le dire, mais son importance est considérable pour nous tous, car il a un sens de la synthèse comme peu de personnes aujourd’hui. A ce titre nous avons absolument besoin de lui, puisqu’il s’agit précisément de pédopsychiatrie intégrative, et qu’il ne suffit pas de la décréter, encore faut-il la réussir. Et vouloir le disqualifier ou l’intimider est aussi ridicule qu’inefficace. Cela n’aboutira qu’à discréditer ceux qui en sont les auteurs. Quant aux attaques en rapport avec ses travaux sur la dépression du bébé, elles montrent à quel point lire les écrits d’un scientifique, fût-il pédopsychiatre, n’est pas suffisant pour en extraire la substantifique moelle, et pouvoir juger avec pertinence du problème important soulevé par le diagnostic différentiel entre autisme précoce et dépression du bébé. Il s’agit là d’un des enjeux majeurs de la psychiatrie du bébé. Et ce n’est pas en maniant sans cesse l’incantation suivant laquelle l’autisme ne serait pas une pathologie psychiatrique que cela fera avancer le problème. J’en profite pour rappeler à ce propos que les troubles envahissants du développement font partie des classifications internationales des maladies mentales, qui ne précisent pas s’il s’agit d’une maladie neurologique, génétique, ou psychique : ce n’est pas leur rôle de le faire.

    Enfin, là encore l’intimidation, déclarer tout à trac que de nombreux parents se plaignent de telles ou telles difficultés rencontrées avec un praticien comme Bernard Golse est un procédé calomniateur, car de deux choses l’une : soit c’est vrai et dans mon expérience cela donne lieu à une explication directe avec les personnes intéressées, soit c’est un ressenti qui ne peut faire l’objet que de supputations et d’avis contradictoires puisqu’il s’agit de relations humaines. Dans les deux cas, Bernard Golse a montré à de nombreuses reprises qu’il savait avoir le courage et l’honnêteté intellectuelle nécessaires. Mais ceux qui le connaissent savent aussi qu’il peut être modeste et humble quand il le faut.
    On ne peut pas tous être parfaits comme le souhaite le Roi de nos détracteurs : King versus packing ?

    Je souhaite ardemment que Bernard Golse ne soit pas entamé par ces basses manœuvres et continue de tous nous représenter comme il fait depuis longtemps.

  • XXIIIe Journées de l’Ampi à Marseille, 9/10 octobre 2009

    XXIIIe Journées de l’Ampi à Marseille, 9/10 octobre 2009

    ET DEMAIN… LA PSYCHIATRIE

    Evoquer la psychiatrie de demain relève d’une double gageure = prédire l’avenir et ce dans un contexte contemporain qui a perdu la boussole.

    Le présent de l’argument se situe en pleine crise sociale et économique et dans une ambiance psychiatrique de colères exprimées tous azimuts.

    Le front du refus est net, tant mieux !

    La sortie de la sidération contemporaine de la pensée est salutaire, mais à quoi va aboutir ce remue-méninges ?

    Bien malin ou bien malhonnête qui pourra répondre à cette question.

    Cependant une certitude apparaît : l’effet dévastateur du discours actuel objectivo-déshumanisant.

    La maladie mentale est évoquée en terme de déficit qu’il faut corriger (médicament ou thérapie cognitivo-comportementale) ou compenser (prestations liées au handicap).

    Ce discours déjà critiquable est dangereux quand il devient hégémonique et fait fi de toutes les autres conceptions de la maladie mentale.

    Une urgence surgit alors dans la psychiatrie d’aujourd’hui = retrouver l’être humain dans l’usager et lutter contre l’évolution totalitaire de ce discours.

    Cela passe par l’enseignement qui doit être nécessairement – obligatoirement – impérativement – hétérogène et polyphonique.

    Cela passe par une « réflexion-action », ou mieux-dit une praxis, sur les modalités de la transmission en psychiatrie.

    Une transmission qui dépasse le discours nostalgique, aussi stérile que celui de la plainte généralisée ; transmission multiforme difficile mais dont la seule impossibilité réside dans l’absence du désir de transmettre.

    Evoquer le passé est nécessaire car parler d’hier est inévitable pour comprendre aujourd’hui et penser demain.
    « si tu veux voir loin, monte sur les épaules de tes pères. » François Tosquelles.

    Ces journées dites de formation participent de cette transmission…

    Programme

    VENDREDI 9 OCTOBRE 2009

    Matin

      8h30 Accueil

      9h00 Ouverture des journées

    Alain Abrieu – Président de l’AMPI

    Président de séance : Jacques Tosquellas

      9h30 Patrick Chemla

      10h00 Enrique Serrano

      10h30 Discussion

      11h00 Pause

      11h15 Michel Lecarpentier

      11h45 Discussion

      12h15 Déjeuner (libre)

    Après midi : de 14H15 à 17H00 :

    3 ateliers centrés sur la transmission seront organisés

    SAMEDI 10 OCTOBRE 2009

    Matin

      8h30 Accueil

      Président de séance : Martine Fournier

      9h00 Dimitri Karavokyros

      9h30 Mathieu Bellahsen

    – 10h00 Discussion

      10h30 Pause

      10h45 Joseph Mornet

    – 11H15 Jean Oury

      11h45 Discussion

      12h15 Déjeuner (libre)

    Après midi

    Président de Séance : Fernando Vicente

      14h15 Patrick Coupechoux

      14h45 Michel Balat

      15h15 Discussion

      15h45 Pause

      16h00 Patrice Hortoneda

    Clôture des journées Alain Abrieu

    (Places limitées pas d’inscription le jour même)

    Renseignements : AMPI Secteur 13 – 04 91 96 97 43/ 04 91 96 99 93 – fax : 04 91 96 97 58

    Chèque à l’ordre de : AMPI/Bibliothèque du CH Edouard Toulouse – 118 chemin de Mimet -13917 Marseille cedex 15

    Lieu du colloque : Archives et Bibliothèque Départementales- Gaston Defferre 18-20 rue Mires – 13003 Marseille

  • Le « packing » au secours de l’intégration

    Présenté par les Pr André Bullinger et Pierre Delion

    Le « packing » au secours de l’intégration

    Pierre Delion

    Voici un témoignage très intéressant au sujet du packing puisqu’il rassemble les points de vue de l’enfant, de ses parents et de son psychologue. On y voit l’intérêt des convergences des réflexions venant de différentes origines, et notamment des théorisations ouvertes par andré bullinger autour des premiers stades développementaux de l’enfant. Pour timothée, la possibilité qui lui a été offerte par son équipe de la Fondation Ensemble non seulement de lui proposer un packing, mais encore d’inventer l’idée de recueillir son expression graphique avant et après est démonstrative des tentatives représentatives qu’il fait pour exprimer ses sensations dans une structure narrative partagée avec ses soignants et ses parents. Nul doute que ce dispositif permet ce travail de reconstruction de l’entité corps-psyché dans l’interaction avec les autres. Je tenais à en remercier timothée, ses parents, l’équipe de Jérôme et andré bullinger de leur confiance et de leur inventivité

    Le « packing » au secours de l’intégration

    Notre fils Timothée souffre d’un trouble envahissant du développement avec déficience mentale. Il a suivi son cursus spécialisé et va quitter L’Atelier à la fin de cette période scolaire.

    Depuis quelques années, Timothée connaît de grosses angoisses qui l’empêchent de progresser et mettent en péril son intégration à L’Atelier. En tant que parents nous étions démunis et voulions éviter l’hospitalisation en milieu psychiatrique. En accord avec le Professeur Büllinger, Jérôme Laederach, directeur de la Fondation Ensemble, l’équipe éducative de L’Atelier et nous-mêmes, il a été mis en place une technique de soin,  » le packing « , à raison d’une à deux fois par semaine.

    Comme le cite Pierre Delion :  » Le packing est une technique de soin qui appartient à un groupe de techniques d’enveloppement requises pour rassembler le corps d’un jeune qui manque de contenance du fait de sa pathologie. Elle consiste à envelopper doucement le jeune qui garde ses sous-vêtements, dans des serviettes trempées dans de l’eau à température du robinet (10 degrés) jusqu’au cou, puis dans un tissu imperméable qui permettra un réchauffement rapide et dans une grosse couverture chaude. Le corps du jeune se réchauffe rapidement produisant une détente importante, des échanges par le regard, des paroles et des mimiques à partager « . La séance dure une trentaine de minutes et se termine par le  » désenveloppement  » de Timothée, son rhabillage, un temps de massage et un partage autour d’une boisson.

    J’ai pu, en tant que parent, assister exceptionnellement à ces séances. A la fin de chaque séance, nous nous retrouvons avec son éducateur et la psychologue, tous deux formés pour ce soin, pour échanger autour de ce moment. Durant la séance, une personne prend des notes et nous les retransmet. L’équipe est supervisée 2 à 3 fois par année et les notes sont analysées afin de mieux comprendre où trouver des liens avec l’angoisse de notre fils. Le fait d’être contenu permet à Timothée, lors de très fortes angoisses, de retrouver son corps qui est morcelé par moments. Notre fils demande de lui même le packing lorsqu’il se sent mal. Cela fait un peu plus d’un an que Timothée bénéficie de ce soin. Nous pouvons observer que lors de forts moments d’angoisse, il arrive à consolider un peu mieux son enveloppe corporelle. Par ce témoignage, nous avions envie de souligner l’importance du partenariat entre parents et équipe éducative. Les échanges et la collaboration que nous avons eus ont amené des réflexions et une meilleure connaissance des comportements de notre fils de part et d’autre. C’est une chance que nous offre la Fondation Ensemble.

    Légendes : Les dessins réalisés expriment l’état tonique de Timothée en début de séance de packing

    et en fin de séance.

    André Bullinger

    Dans une perspective relative au développement sensorimoteur les moyens offerts par la technique du packing correspondent à offrir à l’enfant la possibilité d’être contenu, porté par une enveloppe corporelle solide.
    Pour réaliser une action matérielle il est nécessaire d’avoir un point d’appui. Ce point d’appui n’est pas seulement physique mais aussi représentatif. Dans le développement de l’enfant la constitution des représentations de l’organisme de l’espace et de l’objet se fait de manière synchrone. Si l’une des composantes de ce trio vient à manquer la réalisation de conduites dans le milieu est gravement perturbée. Le packing est un des moyens qui permet de suppléer aux représentations déficientes de l’organisme. Son effet dans le court terme est visible (détente, expression du visage, etc.). Dans le long terme, les sensations corporelles créées pendant les séances offrent un matériel pour que l’enfant construise les points d’appui représentatifs qui lèveront les angoisses très profondes qui sont liées à cette fragilité.

  • Olivier Legré

    Olivier Legré

    … quelque part dans Paris, deux aliénistes d’(avant)garde

  • Conférence de Yannick Gayraud

    Conférence de Yannick Gayraud

    Dépendance chez la personne alcoolique et formes pathologiques du lien d’attachement

    Répondre à l’invitation du séminaire « Autour de l’Attachement » a pu se faire à partir de réflexions interrogatives.

    Comment l’alcool intervient à un autre niveau que l’alcool, pour des mamans alcoolisées avec leur bébé ?

    D’où vient cette attitude intérieure de se sentir désarmé devant « l’adhésivité » de cette jeune maman ? Ne protège-t-elle pas sa part d’enfant dans l’agrippement à sa fille pour ne pas être délaissée par les soins ? Ne s’agrippe-t-elle pas à l’alcool pour ne pas se laisser tomber ?

    Comment une maman passe au récit de la disparition de son enfant vécue dans le chaos, en se donnant de la peine dans la quête des vêtements disparus qui enveloppaient son enfant comme pour le tenir à nouveau dans ses bras…
    Que faisons-nous dans les soins au quotidien de cette dimension de contact de base ? de la mise en parole de la dimension historique de l’histoire familiale croisée à celle des soins d’un enfant qui ne cessait de vivre des ruptures et des rejets si forts de ses lieux d’enfance où il se retrouvait violemment contre eux ? Cet enfant se relève et grandit…

    Ces réflexions interrogatives m’amènent à considérer la fonction propre du langage, ce qui en passant, nous dit François Tosquelles dans Fonction poétique et Psychothérapie : « fait le nid même du sujet, un nid qui, bien que fait de chutes qui tombent hors du cours du discours, ou restent souvent accrochées à ses branches, constitue le lieu souvent garni de duvet, de feuilles sèches, ou de brins de n’importe quoi, le lieu que nous appellerons le sujet. Un lieu d’où l’homme renaît et prend son vol avec toutes les interrogations qui lui servent d’ailes. Il est évident, en tout cas, que rien de tout cela ne peut advenir avant qu’aient eu lieu les tries de l’écouter et du parler, avant, s’il me permet de continuer mon image métaphore, que les plumes de la langue ne recouvrent le corps nu des petits oiseaux. C’est avec le langage que nous faisons notre deuxième naissance… ».

    Comment s’éprouve celui qui a un « penchant » à l’alcool ?

    Il se ressent comme aplati, chaotique, esquinté, ozimé, en vrille, saboté, vide, effondré, douloureux, anéanti, avec des bleus… Son corps est marqué… Il ressent des malaises corporels comme la transpiration, des tremblements, des vertiges et des pertes d’équilibre…

    Ces mouvements dans la relation à l’autre sont soit des mouvements d’isolement, de fuite, de chute, de rupture, d’arrachage, soit des mouvements d’accaparement et d’accrochage…

    Ces tournures reflètent un monde de la « sensorialité » douloureux et tourmenté où les mouvements de proximité, d’approche et d’éloignement, de hauts et de bas, ont des degrés excessifs de dépendance et de distance par rapport aux autres.

    Comment aborder celui qui se dit « à part », « inabordable », « qui incommode », qui ne supporte pas la dépendance, elle lui est insupportable.

    (…)

  • Sur le singulier ou l’opacité de chacun

    Sur le singulier ou l’opacité de chacun

    Sur le singulier ou l’opacité de chacun

    « Le duc Houan lisait dans la salle, le charron Pien taillait une roue au bas des marches. Le charron posa son ciseau et son maillet, monta les marches et demanda au duc : Puis-je vous vous demander ce que vous lisez ?

    Les paroles des grands hommes, répondit le duc.

    Sont ils encore en vie ?

    Non, ils sont morts.

    Alors ce que vous lisez là, ce sont les déjections des Anciens !

    Comment un charron ose-t-il discuter ce que je lis ! répliqua le duc : si tu as une explication, je te ferai grâce ; sinon tu mourras !

    J’en juge d’après mon expérience, répondit le charron. Quand je taille une roue et que j’attaque trop doucement, mon coup ne mord pas. Quand j’attaque trop fort, il s’arrête [dans le bois]. Entre force et douceur, la main trouve, et l’esprit répond. Il y a un tour que je ne puis exprimer par les mots, de sorte que je n’ai pas pu le transmettre à mes fils, que mes fils n’ont pu le recevoir de moi et que, passé la septantaine, je suis encore là à tailler des roues malgré mon grand âge. Ce qu’ils ne pouvaient transmettre, les Anciens l’ont emporté dans la mort. Ce ne sont que leurs déjections que vous lisez là ! »

    D’après Mirille Cifali in La pédagogie institutionnelle de Fernand Oury, Matrice éd., Lucien Martin, Philippe Meirieu et Jacques Pain (dir.), Vigneux (91270), 2009, p. 201. Tiré de Billeter J. F., Leçons sur Tchouang Tseu, Paris, éditions Alia, 2002, p.21.

  • Canet, le 29 juin 2009 Retour sur le corps sémiotique

    Canet, le 29 juin 2009 Retour sur le corps sémiotique

    Canet, le 29 06 2009
    Retour sur le corps sémiotique

    M. B. : Nous sommes le 29 juin 2009, dernière séance de l’année scolaire… je vérifie la hauteur du son, je suis à dix, je suis au max. Ma voix est de plus en plus affaiblie.

    J. M. : C’est la fin de la journée…

    M. B. : Oui, mais … je ne parle pas tellement dans la journée, je n’ai pas trop l’occasion, on ne me laisse pas parler…

    N. C. : Suivant ce qu’on entend…

    M. B. : C’est terrible. Bon, je vous signale que le site a été cité au congrès des bickiens. Golse dit qu’il faut absolument que vous alliez sur le site de Michel Balat, parce qu’il contient des pépites ! Si vous n’y allez pas, c’est que vraiment vous n’avez pas la mentalité du chercheur d’or… — je ne sais pas où il a vu des pépites mais il paraît qu’il y en a… (rires).

    Aujourd’hui je comptais faire un petit bilan mais finalement je suis un peu pressé par le temps. André Helbo qui est un type charmant, m’a demandé un article sur le corps. Je devais le rendre aujourd’hui, seulement je l’ai oublié et il ne me l’a rappelé qu’hier ! Je me disais que ça vaudrait le coup de cadrer un peu les choses. J’ai essayé de faire des découpages d’articles anciens, mais c’est impossible, le patchwork ce n’est pas mon truc, quand on n’est pas dans les même logiques, on le sent bien… alors j’ai essayé, en réécrivant les trucs, en essayant de faire des articulations, mais non, c’est nul, donc il faut écrire un article, ce qui me fait toujours… Donc, c’est sur le corps ! Je me disais que je pourrais essayer d’aborder les choses un peu autrement qu’habituellement… ce n’est pas la première fois que je parle du corps, j’en parle très souvent, j’ai fait plein d’articles qui traitent du corps : le corps sémiotique, le corps des tessères, enfin tous ces machins-là… mais c’est vrai que je n’ai jamais fait une présentation un peu unifiée de cet ensemble de choses. Bien sûr, comme à chaque fois je cherche mon inspiration chez Peirce et j’ai essayé de relever toutes les fois où il parle du signe et du corps.

    J. M. : Mais cette recherche n’est pas une recherche sur l’œuvre exhaustive de Peirce… ?

    M. B. : Oh non, c’est sur l’œuvre publiée.

    J. M. : Qui représente quel pourcentage ?

    M. B. : Qui représente 3%.

    J. M. : D’accord.

    M. B. : J’ai eu l’occasion de me promener dans les manuscrits de Peirce. On sent bien que les types qui ont sélectionnés ces textes ont trouvé les choses essentielles, c’est un peu comme les écrits sur le signe, qui sont un résumé des huit volumes des Collected Papers… c’est bien foutu… il y a des types qui savent faire des sortes de synthèses ! Evidemment on perd le contact avec la pensée vivante, puisqu’on n’a plus que des morceaux, mais par contre c’est très intéressant.

    En attendant il faut que je vous lise des trucs de Peirce. C’est en anglais, mais je vais vous les lire en Français. C’est très intéressant sur la question des émotions. La démonstration du fait que l’homme est un signe, c’est magnifique ! À un moment donné il a une phrase : « En fait, les hommes et les mots s’éduquent réciproquement ». C’est magnifique, superbe ! « Ils s’éduquent réciproquement. »

    (…)

  • Message de Pierre Delion suite au rejet du moratoire

    Message de Pierre Delion suite au rejet du moratoire

    Je suis très heureux d’apprendre grâce à michel balat, et à son site toujours plus réactif, que la lettre de Mme Bachelot renvoie le président d’une association de parents d’enfants autistes, trop agressive à mon goût et qui n’a aucune envie de dialoguer avec qui que ce soit, dans ses buts (aux différents sens du terme).

    Evidemment je suis très satisfait de constater que la commission sécurité des patients va pouvoir découvrir que la pratique du packing n’atteint en rien la sécurité des patients, -beaucoup de parents ont témoigné courageusement sur ce site de leur étonnement voire de leur écoeurement de cette attaque sans fondements-, et qu’elle pourra peut-être même faire état, avant les résultats de la recherche (validée en bonne et due forme par le ministère et le comité de protection des personnes/cf la lettre du ministre), de la satisfaction des patients destinataires et de leurs parents ainsi que de l’amélioration clinique qui résulte de son application. Je souhaite que cette auguste commission fasse le même travail de surveillance des autres pratiques en matière d’autisme, pour les pratiques éducatives autant que pour les autres.

    Je constate par ailleurs que d’autres cibles sont maintenant désignées par le président en colère (ARAPI, Sesame et d’autres…), comme si certaines personnes prétendant défendre une cause ne pouvaient pas le faire sans écraser leurs partenaires, comme si elles jouissaient d’une clause d’exclusivité. Aujourd’hui, au contraire, tout nous montre que seule l’union tous ensemble autour de cette juste cause pourra nous faire avancer, et cela sans que les uns soient plus forts que les autres. Car le problème n’est pas là : il est de réussir la complémentarité.

    Après ce combat aussi inutile que délétère, il me semble que nous devons rassembler nos forces partout où nous œuvrons pour les personnes avec autisme afin de leur procurer les apports éducatifs, pédagogiques et thérapeutiques dont ils ont bien plus besoin que de victoires à la pyrrhus. Enfin, je ne résiste pas au plaisir de souhaiter à Mme Létard une pleine réussite au secrétariat d’Etat aux technologies écologiques.

    Pierre Delion

  • Lettre de l’association Isadora

    Lettre de l’association Isadora

    Le Centre psychothérapique Saint Martin de Vignogoul
    et l’association ISASORA
    34570 Pignan

    Cher Pierre

    L’équipe de Saint Martin et les membres de l’association Isadora tiennent à te dire leur entière solidarité et leur total soutien face aux événements que tu traverses.

    Ils ne peuvent que trouver profondément injustes les procès qui te sont faits. Tu as toujours été du côté de l’humanité dans le soin, du respect de l’intimité aussi bien psychique que corporelle des personnes que tu as en charge, du souci du travail en lien avec l’environnement familial et enfin de la nécessité d’un cadre institutionnel qui garantisse aussi bien les pratiques des soignants que la sécurité des soignés.

    Tu as toujours fait l’effort de théoriser tes pratiques, notamment celles du packing, pour ne pas les laisser au niveau d’un empirisme clinique qui, de fait, pourrait les fragiliser : l’abondance de tes écrits en témoigne largement.

    Enfin tu as toujours eu le souci de transmettre sachant que ce n’est que de cette manière que les pratiques soignantes peuvent s’appuyer les unes sur les autres et que les praticiens ont la possibilité de se confronter aux autres soignants engagés eux-mêmes dans la clinique.

    Nous sommes solidaires, également, car nous savons tous que le procès qui t’est fait nous concerne tous. Nous n’oublions pas qu’il a commencé par la mise en cause de l’utilisation des théories psychanalytiques dans le soin psychopathologique au nom d’une soi-disant défense des familles que ces approches auraient accablées ou culpabilisées.

    Nous savons bien, au contraire, que l’approche analytique permet une approche globale d’une souffrance psychique en tenant compte aussi bien des facteurs individuels liés à la pathologie d’un sujet, que de son environnement social, familial et institutionnel. Dans cette approche nous avons toujours le souci de ne pas tomber dans des clivages ou des cloisonnements manichéens entre le corps et l’esprit, le biologique et le psychique, l’être et ses manières d’être au monde.

    L’expérience nous a appris, également, que le soin des personnes les plus profondément en souffrance psychique, ne peut que s’appuyer sur le contact et la rencontre corporels, les autres modes de relation plus évolués leur étant, en général, impossibles d’accès. Les équipes ont suffisamment d’éthique professionnelle pour savoir les pratiquer en tout respect des uns et des autres.

    Nous ne pouvons que dénoncer les politiques de soin qui sont proposées en lieu et place de celles que tu proposes et défends. Le discours de la Secrétaire d’Etat chargée de la solidarité, Valérie Létard, à l’IME de la rue Falguière, sonne comme un nouveau discours d’Antony sur l’autisme. L’Etat devient soudain prescripteur de soin. C’est lui qui décide de ce qui est bon ou pas bon dans une approche thérapeutique. Il interdit, par la bouche de sa Secrétaire d’Etat, certaines approches, comme le packing, dans des établissements en décidant arbitrairement que « cette méthode n’a pas à être employée ». Il définit des protocoles et impose des évaluations. Qui plus est, il ordonne que « tout recours en dehors de ce cadre … peut légitimement donner lieu à un signalement, en vue d’une enquête de la DDASS, et même à un signalement judiciaire, en cas de soupçon de maltraitance ».

    Quelle capacité thérapeutique peuvent garder un soignant ou une institution ainsi mis sous la tutelle de contrôleurs externes et sous la menace du juge ?

    Pour toutes ces raisons, nous te disons, Pierre, notre plein soutien. Nous t’assurons de tout notre accompagnement amical. Nous nous permettons même de te dire notre fierté envers toi, ce que tu représentes et ce que tu défends.

    Saint Martin, le 21 juin 2009

  • Rejet du moratoire sur le packing

    Rejet du moratoire sur le packing

    Si l’on m’avait dit qu’un jour je publierais une lettre d’un Ministre !

    Voir le texte de la Ministre en réponse à la demande de moratoire sur le packing, en document attaché. Notons que ce texte est daté du 9 juin 2009 !

    Documents joints

  • Le 26/09/09 à Toulouse : Sur les traces de Mélanie Klein

    Le 26/09/09 à Toulouse : Sur les traces de Mélanie Klein

    Argument

     » Dans les traces de Mélanie Klein « 

    Du temps de Freud la pulsion a une source et un but, mais pas d’objet. Dans la théorie kleinienne les pulsions sont d’emblée dirigées vers l’objet : le sein, la mère. L’autre est déjà là et chaque incitation pulsionnelle contient un fantasme spécifique qui lui correspond. Le fantasme avec Mélanie KLEIN n’est pas seulement une fuite devant la réalité, mais un accompagnement permanent et inévitable du vécu réel et avec lequel il est en constante interaction. L’importance du facteur environnant ne peut donc correctement être apprécié que par rapport à ce qu’il signifie en termes de pulsions et de fantasmes.
    Les vicissitudes de ce lien précoce qui se joue entre l’objet et un moi précoce, avec son surmoi et son oedipe précocissimes, génèrent une figurabilité capable de produire des scènes à la Jérôme BOSCH . Mélanie KLEIN, « cette aruspice aux yeux d’enfants, cette tripière inspirée’’, nous ouvre l’accès à une fantasmatique plus hétérogène que le fantasme freudien , même s’il est de sang mêlé. Avec elle, la fantasmatique est plus charnelle, plus proche de l’acte :elle peut jouer avec les angoisses primitives et la destructivité des premiers temps
    Mais ne nous y trompons pas, le flair, qui pourrait nous paraître magique et que Mélanie KLEIN nous montre dans ses écrits cliniques, sa capacité à formuler une interprétation qui prend, repose sur beaucoup de tact à rencontrer l’inconscient et à trouver les mots qui respectent le langage et le mouvement interne de l’enfant.

    En se tenant au plus près de la douleur, avec son exceptionnelle perméabilité à l’angoisse, en utilisant des interventions alliant substance et sens, Mélanie KLEIN fait de la psychanalyse un art à symboliser.

    James GAMMILL qui a introduit l’oeuvre de Mélanie KLEIN en France et dans notre Sud-Ouest nous présentera sa réflexion issue d’un contrôle avec elle.
    Suzanne MEAUX avec un admirable matériel clinique nous mettra de plain-pied avec la pratique et théorie Kleinienne.

    Dominique ARNOUX partant de l’oeuvre de Mélanie KLEIN, particulièrement de son travail clinique, nous aidera à réfléchir à la technique psychanalytique d’aujourd’hui. Des prolongements utiles seront cernés dans la clinique contemporaine des états en rapport avec une a-structuration de la personnalité mais aussi dans le cadre de l’abord familial des troubles d’un enfant ou d’un adolescent lorsque cela s’avère nécessaire.

    En avant dans les pas de Mélanie KLEIN…

    Jean-Paul MAIGNIAL

  • COMMUNIQUE DE PRESSE de la Fédération des Croix Marines

    COMMUNIQUE DE PRESSE de la Fédération des Croix Marines

    Le 15 juin 2009

    COMMUNIQUE DE PRESSE

    PARIS, le 15 JUIN 2009

    « Quand la haine ou la faveur de la multitude s’attache à un homme, il faut

    examiner pourquoi1… »

    Notre collègue et ami, le Professeur Pierre Delion, est l’objet d’attaques personnelles et professionnelles difficiles à

    comprendre quand on prend le temps de s’informer sur l’objet de ces attaques et quand on connaît l’homme.

    Elles visent à discréditer un programme de recherche scientifique, réglé et validé, concernant une pratique de soins, le

    packing, recherche dont l’objectif est de confirmer scientifiquement l’intérêt de son utilisation dans la prise en charge de

    l’autisme infantile. Une étude scientique ne préjuge pas de son résultat, ce que font les associations de parents d’enfants

    autistes qui ont décidé que cette technique « relevait de la torture2 », qu’elle était pratiquée « sans protocole, sans

    évaluation et sans résultat2 » et qu’il fallait y mettre un terme parce que « dénuée de tout respect et de toute dignité2 ».

    Sans s’appesantir sur le caractère outrancier du propos, rappelons que le packing s’inscrit dans une longue tradition

    médicale3. Cette technique consiste en un enveloppement humide d’environ une heure et exige une grande mobilisation des

    équipes pluridisciplinaires qui accompagnent attentivement l’enfant pendant les séances. Elle a pour but de l’aider à

    retrouver une image corporelle apaisante en privilégiant ses vécus sensoriels et émotionnels. Le packing entre dans le cadre

    d’un projet de soins individualisés défini en accord avec les parents. Il est toujours pratiqué en lien étroit avec la famille de

    l’enfant, ce dont les parents confrontés à cette pratique peuvent témoigner. Il n’a jamais lieu quand il est refusé par

    l’enfant.

    Ce recours thérapeutique n’est jamais utilisé en première intention. Il s’avère très précieux dans des indications précises

    (enfants et adolescents autistes les plus gravement malades, ou qui présentent des troubles graves du comportement) pour

    soulager des enfants dans des moments de grande détresse où l’intensité des troubles du comportement (hyperactivité,

    instabilité grave, agressivité, stéréotypies envahissantes, voire automutilation) ne permet plus d’assurer le soutien d’une

    relation et la prise en charge éducative quotidienne. Le packing s’intègre donc à un dispositif qui associe des soins à des

    approches éducatives et pédagogiques adaptées.

    Paradoxalement, cette démarche thérapeutique n’avait pas donné lieu à une évaluation clinique et c’est tout à l’honneur de

    Pierre Delion d’avoir proposé et obtenu un projet de recherche multicentrique dans le cadre des Programmes Hospitaliers

    de Recherche Clinique.

    Les attaques visant Pierre Delion visent aussi toute une profession dans une optique de « mise en cause des compétences

    médicales de la psychiatrie4 » et, plus généralement, de disqualification de la psychiatrie et de la psychanalyse.

    Notre mouvement regroupe des professionnels divers, des champs de la psychiatrie et du médico-social, et travaille

    régulièrement avec les représentants des familles et des usagers. Il a pu constater, dans d’autres circonstances,

    l’enrichissement que s’apportaient mutuellement professionnels, familles et usagers et l’intérêt majeur de définir ensemble

    des priorités face aux pouvoirs publics.

    Malgré des réponses encore insuffisantes en matière d’équipement pour les personnes autistes, nous constatons que les

    progrès réalisés par les recherches fondamentales en matière de génétique et de neurobiologie montrent la complexité du

    fonctionnement humain et conduisent à des rapprochements et à des convergences entre cliniciens et chercheurs de toutes

    origines. Loin d’opposer un modèle neuronal à celui d’un psychisme complexe5, ou la dimension clinique et

    psychopathologique de l’autisme à celle du handicap (le DSM américain, référence de la psychiatrie américaine, inclut les

    troubles envahissants du développement et la CIM 10 également, dans la rubrique “Troubles mentaux et du

    comportement”), les recherches actuelles montrent la complémentarité des approches diverses et l’importance des soins

    psychiques, nécessaires à la prise en compte de l’humain, chez les enfants comme chez leurs parents.

    Pour une action coordonnée en faveur des personnes

    présentant une souffrance ou un handicap psychiques

    dans les champs sanitaire, social et médico-social

    Ces attaques, enfin, visent un homme, Pierre Delion, dont l’intégrité professionnelle, le sens éthique, et l’humanité peuvent

    difficilement être discutés par quiconque est de bonne foi. « Nous sommes tous des Pierre Delion » ont affirmé certains

    psychiatres. Nous dirions plutôt « Nous voudrions tous être des Pierre Delion ». Et avoir ses qualités humanistes, son

    profond respect de l’autre souffrant, sa rigueur scientifique, sa compétence dans l’animation des équipes dont il a eu la

    charge, sa qualité d’enseignant “maïeutique”, la cohérence qui est la sienne entre sa pratique et son enseignement, son

    attachement à la “défense et illustration” de la prise en charge des enfants autistes et de leurs familles.

    Tout le monde est aujourd’hui d’accord pour dire que l’autisme, on devrait probablement dire les autismes, est un trouble

    neuro-développemental, entrant dans le cadre des troubles envahissants du développement ce qui ne préjuge en rien de son

    étiologie qui demeure inconnue, les hypothèses allant des anomalies génétiques aux atteintes infectieuses ou toxiques,

    probablement associés à des degrés divers.

    Mais l’autisme est une souffrance, pour l’autiste d’abord, pour ses proches ensuite.

    La douleur voire la révolte des parents confrontés aux troubles envahissants de leur enfant doit être respectée, y compris

    quand elle s’exprime de manière excessive, mais ceci n’autorise personne à dicter leurs choix aux responsables de la

    recherche universitaire. L’alliance thérapeutique que prône l’ensemble des dispositifs voulus ces dernières années par les

    pouvoirs publics suppose respect mutuel et confiance réciproque. Chacun doit se regarder en conscience, la pratique de la

    psychiatrie et de la psychanalyse n’a pas toujours été heureuse en matière d’autisme, toutes les associations de parents

    d’autistes ne se reconnaissent pas dans des discours excessifs, et chercher comment concilier au mieux « corps et esprit

    humains, inséparables6 ».

    Cette nécessaire alliance, chacun doit y participer.

    Autistes, dans la mesure de leurs moyens, parents, qui doivent trouver une réponse à leur détresse et aider leur enfant à

    progresser autant qu’il lui est possible afin de « garantir l’intégration des personnes autistes en milieu ordinaire ou la

    création de places adaptées en milieu spécialisé7 » ; pouvoirs publics, qui doivent éviter toute posture démagogique,

    proposer des espaces de médiation et soutenir toute recherche, sans exclusive aucune, qui permettra de faire avancer les

    connaissances en matière de troubles envahissants du développement ; les médias, qui doivent aider à la prise de

    conscience en ces matières mais aussi informer de manière objective. Les professionnels, enfin, dont le dévouement ne

    peut être contesté et qui, quoi qu’il advienne et quel que soit le champ de compétence de leur intervention, demeureront un

    maillon indispensable à l’évolution positive des enfants et adultes concernés.

    Notes

    1 Confucius, Entretien du maître avec ses disciples

    2 Association Léa pour Samy

    3 On trouvera sur le site de la Fédération une explication plus détaillée de l’origine du packing

    4 Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux

    5 Mais, quelle que soit la nature du handicap de la personne autiste, le mérite de la psychiatrie et de la psychanalyse aura été de

    montrer qu’elle demeure un être de relation, doté d’un inconscient, tout comme ses parents, et que les interactions relationnelles

    et identificatoires sont modifiées par le trouble. Et ce même si l’on réduit l’inconscient à ses dimensions cognitives, ce qui n’est

    plus le cas des neuro-biologistes, Lionel Naccache considérant même Freud comme le Christophe Colomb des neurosciences.

    6 Pierre Delion, Lettre ouverte

    7 Autisme France

    Contacts presse :

    Dr Bernard DURAND

    Président

    courriel : b.j.durand@free.fr

    Tel : 06 85 21 38 79

    Dr Patrick ALARY

    Vice-Président

    Président de la Commission Scientifique

    courriel : patrick.alary@orange.fr

    Tel : 06 80 21 16 28

  • Canet, le 08 juin 2009 -L’interdit permet de faire émerger la parole -mémoire tonale, mémoire affective – les « ça va pas de soi » -connivence versus reconnaissance au sein des équipes -la demande éternellement silencieuse dans la toxicomanie

    Canet, le 08 juin 2009 -L’interdit permet de faire émerger la parole -mémoire tonale, mémoire affective – les « ça va pas de soi » -connivence versus reconnaissance au sein des équipes -la demande éternellement silencieuse dans la toxicomanie

    Canet, le 08 06 2009

    -L’interdit permet de faire émerger la parole

    -mémoire tonale, mémoire affective

    – les « ça va pas de soi »

    -connivence versus reconnaissance au sein des équipes

    -la demande éternellement silencieuse dans la toxicomanie

    M. B. : Voilà. Donc nous sommes le 8 juin 2009. Je pourrais vous parler peut-être de ce long week-end qui a commencé jeudi, sauf si vous avez quelque chose dont vous aimeriez pouvoir discuter ? Non, rien de spécial, un truc qui vous tracasse ? J’espère que tout le monde ici a signé la lettre ouverte à Pierre Delion, mais mettez des messages parce que c’est sympa les messages…

    T. M. : Je n’ai pas mis de message.

    M. B. : Oui, je sais, je l’ai vu, mais ça vaut le coup de mettre des messages.

    T. M. : Par contre, Gabriel en a fait un…

    M. B. : Il était très bien, ça vaut le coup de faire des messages, pour exprimer quelque chose, parce que sinon…en tout cas il y a actuellement quatorze cents signatures, ce qui est pas mal. Qu’est-ce que c’est qui circule ?

    T. M. : Un article du Monde…

    M. B. : Oui, de Caroline Eliacheff…

    T. M. : « Halte à la désinformation »…

    M. B. : Oui, il est sur mon site.

    Bon, cela dit, jeudi, nous sommes allés avec Laurence à Bordeaux. On part à 4h1/2 du matin !

    L.F.C. : L’horreur ! (rires)

    (…)

  • Le corps retrouvé, par Pierre Delion

    Le corps retrouvé, par Pierre Delion

    LE CORPS RETROUVÉ. FRANCHIR LE TABOU DU CORPS EN PSYCHIATRIE

    Rapport introductif journées de la Société de l’Info psy Lille 2008

    Pierre Delion

    La psychiatrie est passionnante. Et si les patients qu’elle tente de soigner y sont souvent pour quelque chose, c’est à une condition me semble-t-il, celle de la prise en compte du transfert, c’est-à-dire de ce phénomène qui actualise la vie infantile dans la relation de confiance avec un autre, et suscite en nous cette passion contre-transférentielle en retour. Quoi qu’on en dise, la psychiatrie a ses singularités, et particulièrement celle de comprendre et traiter les passions ; et si je revendique haut et fort le fait qu’elle appartient à la grande famille de la médecine, cela ne m’empêche pas de la considérer comme une de ses membres présentant quelques traits particuliers à prendre en considération si l’on veut que, dans cette famille, chacun puisse s’exprimer selon son désir et ses possibilités, mais sans aliéner celui et celles des autres. Depuis quelques lustres, j’ai la nette impression que sous prétexte de faire absolument partie de la famille, la psychiatrie devrait exactement faire comme les autres, et finalement y passer inaperçue, de façon à ce que lors des mariages et des enterrements, un vieil oncle un peu éméché ou une belle-sœur acariâtre ne vienne pas troubler l’harmonie de la réunion par des remarques intempestives et humiliantes. J’ai un avis radicalement différent : la psychiatrie est une branche de la médecine,— Tosquelles disait même souvent qu’en fait c’est la médecine qui est une branche de la psychiatrie —, mais elle a des spécificités qui enrichissent très notablement la médecine en général, et plutôt que d’en avoir honte ou peur, il s’agit de s’appuyer sur elles pour inventer ou plutôt réinventer une médecine plus humaine. Quand Schotte fonde l’anthropopsychiatrie, c’est d’un tel projet qu’il rêve, celui d’un corps retrouvé dans une complexité biosociopsychologique. Et dans cette perspective, le corps est à la fois le lien entre la médecine et la psychiatrie, ou plus justement entre le patient accueilli par un médecin et celui accueilli par un psychiatre. Mais à la condition que ce corps ne soit pas scindé de l’esprit qui l’habite dans une visée objectivante, plutôt pensé comme entité corporopsychique subjectale. Quand un chirurgien opère, on ne peut pas lui demander de pratiquer l’empathie métaphorisante, ce n’est sûrement pas le bon moment. Quand un biologiste ou un radiologue, voire un médecin généraliste est, au cours de son exercice, en train de réfléchir et de synthétiser les éléments diagnostiques et thérapeutiques à propos d’un patient, il n’en est pas forcément au stade de l’information objective de ce patient ou à celui de la compassion pour le pronostic fâcheux qu’il va lui annoncer. Mais dans tous ces cas, sous le prétexte qu’à certains moments cruciaux de notre exercice médical, il nous revient de nous extraire de la relation pour telle ou telle raison, le style « sciences dures » de ces pas de côté temporaires ne doit pas venir s’imposer comme le seul modèle dit sérieux de la relation médicale. A fortiori pour le psychiatre. Or nous allons voir que le corps, plutôt que d’incarner le lien entre les deux mondes, a souvent joué celui de repoussoir. Il est donc plus que jamais temps de franchir le tabou du corps en psychiatrie.

    (…)

  • Lettre du Pr Hubert Montagné

    Lettre du Pr Hubert Montagné

    Lettre du Pr Hubert Montagné

    Psychophysiologiste dans le champ du développement, du comportement et des rythmes de l’enfant

    Professeur des Universités en retraite

    ancien Directeur de Recherche à l’INSERM Ancien Directeur de l’Unité 70 de l’INSERM “Enfance Inadaptée”

    La cabale organisée par quelques-uns contre le Professeur Pierre DELION, est indigne et inacceptable. Pierre DELION est en effet un homme intègre, compétent et humaniste. Prônant à juste titre la pédopsychiatre intégrative, c’est sans exclusive ou dogmatisme, et avec beaucoup d’humilité, que Pierre DELION fonde sa réflexion et sa pratique médicale sur différents corpus de concepts et d’apports théoriques ainsi que sur l’ensemble des données scientifiques et médicales qui permettent ou peuvent permettre d’éclairer l’autisme (les autismes), et d’améliorer les thérapies. Riche d’une longue expérience et d’une pratique largement reconnue, il ne rejette aucune des démarches, méthodes et techniques reproductibles et contrôlables pour améliorer les soins aux enfants autistes, avec le souci constant de soutenir les parents. Il préconise des “prises en charge multiples et complémentaires réfléchies avec les parents en fonction de chaque cas”. Pierre DELION a fortement contribué à démontrer en particulier l’efficacité du packing sur lequel il s’exprime très clairement et de façon convaincante dans sa lettre ouverte. Il est navrant et profondément injuste que des parents lui fassent un procès en sorcellerie alors qu’il ne ménage pas ses efforts, ses qualités humaines, ses compétences et son intelligence pour soulager la souffrance des enfants autistes, et pour les aider à se construire. Plus généralement, il se penche au quotidien sur les souffrances des enfants qui “ne sont pas comme les autres”, en particulier ceux qui sont atteints des formes les plus graves de ce qu’on appelle les “troubles du comportement”. Il travaille de façon inlassable à l’amélioration des comportements sociaux des enfants autistes et des autres enfants qui “ne sont pas comme les autres”, de leurs capacités d’expression, de communication et si possible de leurs capacités langagières. Il est nécessaire que les parents des enfants autistes sachent mieux et plus complètement qu’il y a différentes formes d’autisme et qu’il faut élaborer une prise en charge individualisée pour chacune d’entre elles. Il n’y a pas de modèle généralisable. Pourquoi faudrait-il se priver du packing qui a fait ses preuves et que Pierre DELION maîtrise bien, en tout cas lorsque les parents ont donné leur adhésion ? On peut s’interroger sur la signification et le sens des attaques dont Pierre DELION est la victime. Par ailleurs, il n’est pas normal que les médias ignorent ou mésestiment l’importance de l’approche scientifique et médicale de l’autisme par Pierre DELION et l’ensemble des pédopsychiatres, même si certains articles de journaux et certaines émissions de radio ou de télévision ont pu faire illusion. Il est grave que, même si des programmes (limités) ont été lancés ou sont lancés sur l’autisme, nos gouvernants se désintéressent du “sort” des enfants qui “ne sont pas comme les autres” … et qui “gênent”, en particulier les enfants autistes qui n’en demeurent pas moins des enfants. Ils sont peu nombreux à s’intéresser à leur souffrance quotidienne, et à la souffrance de leur famille. Pourtant, ils sont aussi les enfants de la communauté nationale. Ils sont nos enfants. Mais, le Président de la République et son gouvernement aiment-ils les enfants ? C’est à Pierre DELION et aux spécialistes, experts et humanistes qui partagent ses compétences qu’il faudrait confier une mission et un grand programme scientifique et médico-social dans le domaine si complexe et compliqué de l’autisme (des autismes). Pierre DELION est en effet un grand Monsieur qui mérite notre respect, notre reconnaissance, notre admiration.et notre confiance. Hubert MONTAGNER Psychophysiologiste dans le champ du développement, du comportement et des rythmes de l’enfant Professeur des Universités en retraite et ancien Directeur de Recherche à l’INSERM Ancien Directeur de l’Unité 70 de l’INSERM “Enfance Inadaptée”.

  • UN PHÉNOMÈNE SOCIAL : L’AUTISME, par Jacques Hochmann

    UN PHÉNOMÈNE SOCIAL : L’AUTISME, par Jacques Hochmann

    JACQUES HOCHMANN

    Professeur émérite à l’Université Claude Bernard

    Médecin honoraire des Hôpitaux de Lyon

    UN PHÉNOMÈNE SOCIAL : L’AUTISME.

    Syndrome sévére, d’origine le plus souvent inconnue, affectant les très jeunes enfants, l’autisme infantile précoce, décrit presque simultanément, en 1943 et 1944, par un psychiatre américain, Leo Kanner, et par un pédiatre autrichien, Hans Asperger (qui, du fait de la guerre, ignoraient leurs travaux respectifs) est en train de devenir un phénomène de société. Très médiatisée, donnant lieu à de nombreux écrits de professionnels, de parents et d’autistes dits « de haut niveau », cette pathologie de la communication, longtemps ignorée, source de handicaps sociaux et souvent intellectuels importants, fait l’objet d’un grand nombre de recherches qui n’ont pas encore apporté de révolution significative dans le domaine de la connaissance. L’autisme reste une énigme. Cependant le terme connaît une curieuse dérive. Il n’est pas de jour où un dirigeant d’entreprise supposé insensible au désarroi de ses ouvriers, un homme politique ignorant les signaux de ses électeurs, ne s’entendent taxer d’autisme. Le Saint Père lui-même dont les déclarations sur le préservatif ont fait scandale a été publiquement traité d’autiste par un ancien premier ministre, chrétien sincère, qui ne se doutait pas qu’il allait à son tour scandaliser les parents d’enfants atteints par ce trouble du développement et entraîner une mise au point de la secrétaire d’état en charge du dossier.

    Au moment où la parole des usagers est mieux prise en compte, l’influence des associations de familles devient, en effet, de plus en plus grande au niveau politique comme, de manière plus générale, dans la formation de l’opinion publique. Depuis de nombreuses années ces associations ont mis leur courage, leur créativité et leur énergie au service de la défense des droits de leurs enfants handicapés et de la gestion de projets institutionnels particulièrement performants. On pense ici à tous les instituts médico-pédagogiques, médico-éducatifs ou médico-professionnels, au lieux de vie, aux foyers d’hébergement et aux foyers médicalisés, ainsi qu’aux établissements de travail protégé développés, en particulier, par la Fédération Sésame Autisme, par Pro Aid Autisme et par d’autres associations locales, départementales ou régionales. regroupées dans l’Union Nationale des Associations de Parents d’Enfants Inadaptés (UNAPEI). Un travail remarquable s’y poursuit, généralement en collaboration confiante avec les professionnels, dans un esprit d’ouverture qui ne se réclame pas d’une orientation dominante, mais qui essaie d’adapter à chaque enfant un projet aussi individualisé que possible, tenant compte de tous ses besoins, aussi bien de ses besoins d’être éduqué et instruit, comme n’importe quel enfant, que de ses besoins d’être soutenu de manière spécifique dans son développement et son intégration sociale, tout en étant aidé psychologiquement face à des angoisses parfois insoutenables conduisant, dans les cas les plus dramatiques, à des troubles majeurs du comportement, notamment à des automutilations. Dans le domaine du soin psychologique, la France s’est dotée, à travers sa politique dite de secteur, d’un service public constitué de centres médico-psychologiques, de centres de jour, de centres d’action thérapeutique à temps partiel et de centres de crise, qui a complétement renouvelé une assistance psychiatrique où, jadis, l’abandon à vie dans des unités dites d’arriérés profonds tenait lieu de seule réponse à l’autisme. Ce service sectorisé est resté trop longtemps coupé des institutions médico-sociales et de l’école, au détriment des enfants autistes qui commençaient généralement leur parcours dans un centre de jour, pour le poursuivre, après l’âge de dix ou douze ans, dans un institut médico-pédagogique puis, lorsqu’ils y trouvaient place, dans une institution médico-sociale pour adultes et, trop souvent, dans un service d’adultes d’hôpital psychiatrique mal adapté à leur état. Actuellement, se dessinent au contraire des coopérations précoces entre les institutions sanitaires et les institutions médico-sociales, avec un souci d’assurer la complémentarité et l’articulation des diverses approches. Éviter les ruptures dans la continuité des trajectoires est en effet essentiel pour des sujets qui ont le plus grand mal à maintenir un sentiment d’identité, à travers les différents changements qu’impose la vie. Dans la suite d’expériences d’intégration en milieu scolaire, entreprises à l’initiative de quelques équipes pédopsychiatriques ou médico-pédagogiques, l’accueil à l’école, prévu par la loi, se généralise peu à peu, avec le soutien d’aides à la vie scolaire, encore trop peu nombreuses et insuffisamment formées et, parfois, de services d’éducation spécialisée et de soins à domicile. Certes, beaucoup reste à faire, mais les orientations générales et des projets précis, cohérents et innovants, existent, élaborés en accord avec les représentants associatifs. au niveau de comités nationaux et de centres régionaux de ressources, où se pratiquent le diagnostic précoce, l’évaluation, la formation et, grâce à des services de documentation, l’information des familles et des personnels.

    Cette montée en influence des associations représente un progrès social indiscutable où l’usager d’un service peut réclamer la transparence, exprimer un avis, exercer un contrôle. Mais ces droits reconnus par la loi devraient, en retour, imposer aux dirigeants de ces associations une responsabilité vis à vis de leurs adhérents, des parents en proie souvent à une grande souffrance et, de ce fait, prompts à succomber aux séductions, quelquefois purement commerciales, de marchands de « méthodes » et à adopter, sans réserve, des modes ou des idéologies nouvelles répandues sans critique sur Internet ou dans la presse. La propagande en faveur de ces méthodes et de ces idéologies va de pair avec un rejet violent de tout ce qui s’est pensé et fait jusqu’à présent. L’autisme est ainsi devenu, depuis quelques années, l’objet d’une bataille dont la violence étonne. Cette bataille se déroule sur trois fronts, celui de la définition même du trouble autistique, celui de son origine, celui des prises en charge.

    La définition de l’autisme.

    Kanner considérait que l’autisme infantile tel qu’il l’avait décrit restait un trouble rare affectant un enfant sur dix mille. Des études épidémiologiques ultérieures ont proposé longtemps le chiffre de cinq pour dix mille puis de un pour mille, en tenant compte des autres troubles envahissants du développement plus ou moins voisins ou associés. Sous la pression de la puissante association des parents d’enfants autistes américains ces chiffres sont en train d’exploser. On parle aujourd’hui de un enfant pour cent cinquante, avec une augmentation de 15% par an qui laisse augurer prochainement plus de quatre millions d’autistes aux États-Unis soit près de 1,5% de la population. Pour expliquer cette véritable épidémie, on a invoqué un certain nombre de facteurs : une intolérance croissante à certains aliments liée à la pollution où à l’industrialisation, l’atteinte par des virus, l’intoxication par un dérivé mercurique utilisé pour stabiliser certains vaccins. Tous les chercheurs sérieux s’accordent pour rejeter ces hypothèses et admettent que l’augmentation vertigineuse du nombre des autistes est liée à un dépistage plus fin et plus précoce, mais surtout à la modification des critères diagnostiques. Il n’existe pas, en effet, de test biologique, d’image cérébrale ou de tracé électroencéphalographique permettant d’affirmer ou d’infirmer le diagnostic d’autisme. Celui-ci repose uniquement sur un consensus rassemblant un certain nombre de symptômes et soumis, comme tout consensus, à des tractations. Or certaines associations de parents, d’abord aux États-Unis puis en Europe, font pression pour inclure dans ce qui s’appelle désormais « trouble du spectre autistique » une très grande diversité de pathologies et de handicaps allant de l’arriération mentale profonde, quelle qu’en soit l’origine, à des formes d’intelligence et de mémoire particulières, manifestées parfois par des dons intellectuels étonnants associés à une certaine maladresse dans les relations sociales, qu’on a baptisées« syndrome d’Asperger ». Ainsi se constitue un ensemble flou dont les limites sont de plus en plus vagues et qui regroupe probablement un très grand nombre de « sous-catégories » ayant peu de rapport les unes avec les autres, tant du point de vue des mécanismes en cause que du pronostic et des modalités de prise en charge qui leur sont adaptées. À la suite de Kanner, de nombreux travaux psychiatriques, d’abord aux États-Unis, puis en Angleterre, en France, en Suisse avaient déjà tenté de distinguer dans les troubles graves de la personnalité de l’enfant des processus distincts dont le trouble autistique n’était qu’une espèce. Ils avaient reconnu, dans ce qui s’était d’abord appelé la schizophrénie de l’enfant, outre les rares formes très précoces de début d’une authentique schizophrénie de l’adulte, des pathologies spécifiques à l’enfance qu’une auteure américaine, Margaret Mahler, avait proposé de nommer « psychoses infantiles », sans préjuger de leurs causes. Ils en distinguaient plusieurs formes dont celle qu’on désigne, en France, sous le nom de dysharmonie d’évolution psychotique, caractérisée, entre autres, par une confusion entre la réalité et l’imaginaire source d’angoisses massives, une désorganisation de la pensée, des troubles du comportement et un mode de contact perturbé. Ce terme de psychose infantile a été abandonné, depuis 1980, par la classification américaine et, dans un souci de conformité, par l’Organisation Mondiale de la Santé. Cet abandon n’a correspondu à aucune découverte scientifique majeure mais surtout à des considérations économico-administratives liées au nouveau système de gestion des dépenses de santé des États-Unis, qui tendait à repousser les troubles mentaux de l’enfance et de l’adolescence hors du champ de la maladie et du côté d’un handicap justiciable seulement de mesures éducatives. Disposant, avec la Sécurité Sociale, d’autres modalités de prise en charge, notamment thérapeutiques, la France est restée fidèle aux distinctions premières fondées sur des arguments cliniques non démentis jusqu’à aujourd’hui. Les pédopsychiatres français ont simplement cherché à actualiser leur classification en fonction des recherches psychopathologiques modernes et ont mis au point un outil de traduction de la classification française dans les classifications internationales. Ils se sentent confortés dans leur position, en voyant aujourd’hui leurs collègues américains reconnaître eux-mêmes les faiblesses de leur classification dans ce domaine, puisqu’elle laisse subsister, aux côtés de l’autisme, une catégorie d’attente beaucoup plus nombreuse dite de « troubles envahissants non spécifiés », un diagnostic d’exclusion (ce qui ressemble à l’autisme mais n’est pas de l’autisme) qui, contrairement à celui de psychose, reposant, lui, sur des signes positifs, ne facilite ni la recherche ni les indications de traitement.

    Ce maintien d’une originalité francophone heurte la sensibilité de la frange la plus radicale des familles d’enfants atteints de troubles envahissants du développement, qui, bien introduits dans les médias, réclame son abolition. Récemment, une association connue pour son opposition frontale à la psychiatrie s’indignait ainsi de la tenue dans une université d’un séminaire intitulé « autisme et psychose infantile ». Au mépris de toute liberté d’expression et de recherche, elle en réclamait la suppression, estimant éthiquement condamnable le simple projet d’étudier, dans une perspective d’ailleurs critique, les différentes approches théoriques qui avaient jalonné l’histoire de l’autisme.

    La question des origines.

    Cette sensibilité s’explique elle-même historiquement. Le mot « psychose », aux oreilles de certains parents, évoque la folie et surtout des présupposés sur son origine. Un certain nombre de psychanalystes ont hélas propagé l’hypothèse désastreuse d’une filiation directe entre les positions inconscientes des parents, notamment de la mère, et l’autisme de l’enfant. On en a tiré la conclusion, inlassablement répétée, qu’une approche psychanalytique de l’autisme impliquait nécessairement une mise en cause culpabilisante de la mère. C’était ignorer le nombre considérable d’auteurs d’inspiration psychanalytique, qui, s’opposant clairement à ces dérives, ont explicitement exonéré les mères de toute responsabilité consciente ou inconsciente. La psychanalyse bien comprise et les hypothèses qu’elle permet de faire sur la psychopathologie de l’autisme n’ont aucune prétention causale. Elles cherchent à élucider les mécanismes qu’utilise un enfant, privé, pour toutes sortes de raisons, en grande partie biologiques, d’une communication normale avec son environnement, afin d’organiser sa représentation du monde. Elles visent à donner sens aux symptômes et à les relier entre eux dans un récit ordonné dont l’enfant peut se saisir pour établir une articulation cohérente entre les événements de sa vie. Une telle approche n’entre en rien en contradiction avec les travaux d’imagerie médicale, de génétique ou de psychologie cognitive, qui suscitent de grands espoirs mais sont loin d’avoir, comme on le déclare parfois hâtivement, apporté une réponse définitive à un problème complexe dont la solution ne saurait se réduire à un gène ou au dysfonctionnement d’une zone localisée du cerveau. S’opposant à ce que soit poursuivie côte à côte des recherches fondamentales et des recherches cliniques, les associations extrémistes veulent imposer un « socle théorique » qui ferait de l’autisme un trouble purement neurologique, « hautement génétique » et exclurait de l’enseignement et de la recherche toute référence à une compréhension psychologique du vécu autistique. Confondant la loi sociale et la loi scientifique, elles exigent du législateur qu’il mette « hors la loi » toute approche théorique ou pratique qui continuerait à s’inspirer de cette compréhension. On n’est pas loin des régimes où la psychanalyse était censurée comme science juive ou comme science bourgeoise !

    Les prises en charge.

    C’est là que la dispute est la plus vive et, sans doute, que la parole des parents doit être le plus entendue. Autant on peut s’étonner que des associations s’arrogent le pouvoir de déterminer quels sont les champs de recherche légitimes, quel doit être le contenu de l’enseignement et quelle nomenclature médicale est autorisée, autant on peut admettre que des parents, soient en mesure de choisir les méthodes de traitement qu’ils pensent le mieux convenir à leur enfant. Encore faudrait-il que, comme c’est la règle en médecine, ils soient informés clairement et honnêtement des principes qui guident ces méthodes, des avantages et des inconvénients de chacune et de la possibilité de les associer au lieu de les opposer. Or ce qui se répand actuellement est une campagne de dénigrement, qui, au nom d’une séparation arbitraire entre maladie et handicap, non seulement attaque l’existant dans son ensemble, mais voudrait imposer une vision unique, seule politiquement correcte, de l’autisme et de sa prise en charge. Selon les associations extrémistes la pédopsychiatrie française (élégamment désignée sur les forums Internet par le sobriquet psykk) et les institutions qu’elle gère, en collaboration avec le secteur médico-social, serait non seulement inefficace mais dominée par un attachement criminel à des théories psychanalytiques dont le caractère nuisible serait démontré. Il faudrait lui substituer sans attendre une méthode unique inspirée du conditionnement opérant et qui seule serait validée.

    Qu’en est-il objectivement ? La cure psychanalytique, au sens strict, a des exigences techniques qui, dans les cas d’autisme, limitent son indication. Elle nécessite des praticiens particulièrement formés. Ils ne sont pas légion. De même, les enfants susceptibles d’en bénéficier et les familles pouvant accompagner leur enfant régulièrement chez un analyste, quatre à cinq fois par semaine, sur plusieurs années, pour des séances d’environ une heure, doivent pouvoir disposer d’une disponibilité que les circonstances rendent relativement rare. On désigne en fait souvent, sous le nom de psychanalyse, des psychothérapies plus espacées, adaptées au contexte de la famille et aux possiblités de l’enfant. Elles ne constituent un traitement à elles seules que dans des situations exceptionnelles. Plus largement, l’écoute psychanalytique est utilisée au sein de programmes multidimensionnels, intégrant des psychothérapies individuelles et de groupe, des ateliers d’expression, parfois des thérapies corporelles visant à restaurer une image du corps altérée. Il s’y associe généralement des rééducations orthophoniques et psychomotriciennes et des temps éducatifs aidant l’enfant à développer ses moyens de communication et ses habiletés sociales. On y a ajouté, dès le début, une indispensable dimension pédagogique avec la présence, dans les institutions psychiatriques ou médicopédagogiques, d’enseignants spécialisés, relayés, de plus en plus souvent aujourd’hui, par un accueil scolaire à temps partiel, voire à temps plein, en milieu ordinaire. Ces programmes mériteraient davantage le qualificatif de relationnel que celui de psychanalytique, généralement accolé de manière péjorative par leurs ennemis. Ils n’ont pas, en effet, pour objet principal de dévoiler des fantasmes inconscients, mais d’établir avec l’enfant un milieu accueillant favorable où ses tentatives d’entrer en relation avec autrui seront encouragées et où il pourra, tout en faisant des apprentissages, trouver progressivement remède aux angoisses qui l’habite lorsqu’il doit se confronter à l’imprévu et se risquer dans une rencontre intersubjective. La collaboration avec la famille est ici essentielle. Elle seule connaît l’histoire de l’enfant et peut contribuer à l’articulation de cette histoire avec ce que l’enfant vit à l’école ou dans le centre de soins et d’éducation spécialisée. La mise en récit de l’expérience vécue entre les professionnels, la famille et l’enfant forme en effet la base du traitement d’un sujet qui a souvent beaucoup de peine à se constituer spontanément un récit intérieur. En même temps, la famille trouve, dans ces échanges, un soutien qui l’aide à traverser des moments difficiles. La psychanalyse n’est qu’une des références de ces programmes relationnels. Les théories psychanalytiques mais aussi, pour ceux qui le souhaitent, une expérience analytique personnelle contribuent à aider les professionnels à mieux comprendre et à mieux maîtriser les émotions parfois tumultueuses que leur fait vivre l’enfant autiste. Elles permettent ainsi de développer une souplesse psychique et une créativité, indispensables au travail soignant, en maintenant une attitude ouverte qui laisse germer entre l’enfant et ceux qui s’occupent de lui des modalités relationnelles nouvelles, ce qu’un psychanalyste britannique, W. Bion, a appelé une « relation d’inconnu ». Sans doute, les résultats de ces approches multidimensionnelles sont difficiles à évaluer. Elles ne répondent pas, par définition, à un moule unique et varient d’un lieu à un autre, en fonction de l’expérience et de la personnalité de chacun. Leurs effets ne sont pas aisèment mesurables car ils ne portent pas sur des symptômes ciblés, mais sur la formation globale, dans la durée, d’une personnalité et sur ses capacités générales à s’intégrer socialement et à éprouver un certain bien-être. Elles ont été marquée par l’ esprit humaniste qui, dans la perspective de la Libération, a placé au centre de tout projet thérapeutique et éducatif la prise en compte de la subjectivité du patient et de sa souffrance.

    Ceux qui, aujourd’hui, se dressent contre elles, se réclament, le plus souvent, de méthodes de modification du comportement, connues depuis un demi-siècle et fondées sur une théorie encore plus ancienne, le « béhaviorisme », aujourd’hui considérée par les sciences cognitives modernes comme une théorie désuète, parce qu’elle réduisait le développement à l’apprentissage d’un lien entre un stimulus et une réponse adaptée et ignorait les capacités innées du cerveau. La plus répandue, l’A.B.A. (Applied Behavioral Analysis) utilisée d’abord pour réduire des comportements considérés comme non souhaitables (l’alcoolisme, une toxicomanie, la délinquance ou même, à l’époque, l’homosexualité) a été appliquée à l’autisme, à partir de 1960, par un psychologue américain, O. I. Lovaas. Longtemps tenue en suspicion pour des raisons éthiques, du fait des méthodes d’aversion utilisées par son auteur (des chocs électriques, la douleur ou la peur suscitées par des réprimandes violentes), elle connaît, de nos jours, un succès grandissant. Dans sa forme intensive complète, elle consiste en quarante heures hebdomadaires d’exercices où l’enfant est pris en charge individuellement par une série d’ « éducateurs » (des étudiants, des bénévoles) qui se succèdent à son domicile, ainsi que par ses parents qui reçoivent une formation. Renforcé par des récompenses, il doit exécuter un certain nombre de comportements souhaités. Il doit aussi abandonner des comportements négatifs, comme les automutilations, les grandes crises d’agitation ou l’écholalie (la répétition en écho des paroles entendues). sous l’effet de punitions qui, avec le temps, se sont adoucies et se résument souvent à une mise à l’isolement ou à un retrait d’attention. L’évaluation directe quotidienne, incluse dans le programme éducatif, permet d’affiner la méthode, de l’adapter à chaque enfant et de vérifier son efficacité. Du fait de leurs objectifs ciblés, les méthodes comportementalistes, du type de l’A.B.A., sont plus faciles à mesurer que les traitements multidimensionnels et relationnels. Elles ont donc donné lieu à de nombreuses publications avec des proclamations de résultats dont le triomphalisme a été parfois critiqué. Cette accumulation de résultats concrets contraste avec le nombre beaucoup plus faible d’études chiffrées portant sur les traitements multidimensionnels, dont les effets, plus globaux et à beaucoup plus long terme, sur des années, sont plus difficilement quantifiables. Certains parents, surtout de jeunes parents, impatients de voir leurs enfants changer rapidement, se sont saisis de ces méthodes avec enthousiasme. Cet enthousiasme est d’autant plus compréhensible qu’il est soutenu par une campagne de promotion particulièrement habile. Se référant aux principes utilisés par la médecine moderne pour évaluer l’effet de médicaments comme les antibiotiques ou les chimiothérapies anti-cancéreuses, les promoteurs de l’A.B.A affirment ainsi qu’elle seule correspond aux exigences scientifiques. Ce qui aurait pu être simplement le choix d’une méthode parmi d’autres, pouvant , dans des cas précis, être éventuellement utilisée en complément avec d’autres approches, à la poursuite d’autres objectifs, est ainsi revendiqué, par certains, comme la méthode unique au service d’une pensée unique, dans une démarche négatrice de toute autre pensée ou méthode, qui n’est pas sans évoquer une véritable dérive sectaire.

    Une dérive sectaire.

    C’est ce sectarisme qui inquiète et qui nous a poussé à réagir. On peut comprendre, dans des cas individuels, la révolte de parents doublement blessés, d’une part par le handicap de leur enfant et ses conséquences sur leur vie quotidienne, d’autre part par les maladresses et le manque d’empathie de certaines équipes soignantes. Il est plus difficile d’accepter que des associations, se saisissant de ce malheur, cherchent à influencer l’opinion, les pouvoirs publics, les universités et les autres centres de formation, pour imposer leur définition extensive de l’autisme, leur conception sur l’origine du trouble autistique ainsi qu’une prise en charge particulière fondée exclusivement sur une technologie de modification du comportement. Il est difficile d’accepter que, pour arriver à leurs fins, tirant partie des insuffisances encore patentes de l’équipement national et des erreurs de certains, ils jettent l’opprobre sur l’ensemble des praticiens de la santé et de l’éducation spécialisée qui ont consacré leur vie professionnelle à traiter des personnes autistes, généralement dans une relation de confiance avec les familles. Il est encore plus difficile d’accepter que toute l’expérience et toutes les connaissances cliniques, rassemblées pendant des années par ces praticiens, dans une perspective dynamique qui valorise la part créative de la personnalité, soient présentées, sans l’ombre d’une analyse sérieuse, comme un tissu d’inanités. La psychiatrie, dans son histoire, s’est heurtée à diverses anti-psychiatries : celle de philosophes qui l’accusaient d’être une forme de contrôle social au service du pouvoir, celle de certains psychiatres dissidents et de certains psychanalystes non médecins qui niaient l’existence des maladies mentales et faisaient l’apologie d’une folie annonciatrice d’une pensée surréelle, libérée des chaînes de la raison. Il lui restait à connaître l’anti-psychiatrie de certains de ses usagers, regroupés en associations sectaires. Ces mouvements contestataires s’expliquent. L’histoire de la psychiatrie est une histoire heurtée. Des périodes d’ouverture marquées par une tentative d’aider les malades mentaux en comprenant leur souffrance, ont alterné avec des périodes de régression souvent dominées par la répression des troubles qui dérangeaient l’entourage, au nom d’un scientisme réducteur et mystificateur. Depuis un demi-siècle, grâce à des changements radicaux dans la politique de santé, grâce à des médicaments nouveaux, d’abord actifs dans les pathologies des adultes, grâce surtout à la recherche psychopathologique, la psychiatrie a connu de grands progrès dans les pratiques de soins et de réhabilitation sociale et dans l’humanisation des conditions d’accueil.

    Aujourd’hui, les nouveaux moyens d’exploration du fonctionnement cérébral, les progrès de la génétique, les recherches en sciences cognitives permettent d’espérer de nouvelles avancées. Ces avancées n’invalideront pas la poursuite d’une réflexion sur le sens des symptômes. Il faut peut-être sortir de l’ère des batailles, dépasser les affrontements et chercher un enrichissement mutuel par un échange entre des points de vue différents, au lieu de redoubler, par une concurrence destructrice, l’exclusivité de l’autiste enfermé dans sa bulle.

  • POINT DE VUE DE PSYCHOTHERAPEUTES, MEMBRES DE LA CIPPA

    POINT DE VUE DE PSYCHOTHERAPEUTES, MEMBRES DE LA CIPPA

    POINT DE VUE DE PSYCHOTHERAPEUTES, MEMBRES DE LA CIPPA CONCERNANT LA COMPREHENSION DE LA TECHNIQUE DU PACKING

    Les controverses, parfois passionnelles, au sujet de cette technique viennent d’une méconnaissance de beaucoup de parents et de professionnels concernant le mal-être corporel de la plupart des sujets avec autisme et pouvant être très intense chez certains. L’expression de ce mal être appartient au domaine de ce que le Pr J.C. Ameisen, dans la réponse du Comité d’éthique à la saisine de 2004 et dans l’Avis 102, appelle le « la vie intérieure des personnes atteintes du syndrome autistique ». C’est précisément le travail des psychanalystes de s’approcher le plus possible de cette vie intérieure ; c’est notre pierre à l’édifice. Les témoignages d’adultes autistes évoqués par J. C. Ameisen rejoignent ce que les enfants peuvent aussi nous faire comprendre dans les séances de thérapie, analytique où ils sont en expression libre, ou psychomotrice, la psychomotricité s’occupant plus particulièrement des constructions corps/espace.

    Ce mal être corporel ainsi que les angoisses spatiales qui lui sont liées (tomber, être englouti, se répandre) nous permettent de comprendre les stéréotypies que par contre beaucoup s’accordent, et bien en dehors du courant psychodynamique, à reconnaître, comme une manière de s’auto-stimuler pour « se sentir ». Tous ceux qui formulent les choses en ces termes reconnaissent donc implicitement. ce mal-être Une grande partie des travaux psychanalytiques des trois dernières décennies concernent les approfondissements de ces aspects du handicap autistique gênant beaucoup les apprentissages quand une grande partie de l’énergie et de l’attention est mobilisée pour se tenir à défaut d’auto contenance.

    En effet, les enfants nous précisent qu’il faut ce faire ou se refaire un sentiment d’enveloppe et d’unité corporelle autour des grandes articulations (axe vertébral) et périphériques, correspondant à ce que le langage populaire appelle ‘être dans sa peau’. Ils théâtralisent eux-mêmes que pour se faire, il faut rassembler le tactile, le sonore dans la communication pénétrante du regard. On peut aussi formuler les choses en termes de structuration de base de l’image du corps au sens du ‘moi corporel’. Du point de vue développemental, cette structuration se fait dans la première année de la vie notamment par l’organisation des sensorialités dans la communication émotionnelle avec forte participation du jeu du regard, domaines particulièrement troublés dans l’autisme.

    Il y a une bonne convergence entre les travaux des psychanalystes se trouvant en position de recueillir beaucoup de détails sur les anomalies sensorielles des enfants, ainsi que sur leurs dysrégulations émotionnelles et d’autre part les travaux de psychologie développementale, les recherches cognitivistes et neurophysiologiques concernant ces mêmes domaines. Dans les définitions de l’autisme, le consensus se déplace de la formulation trouble cognitif à la formulation ‘trouble cognitivo émotionnel’.

    N’y a-t-il pas intérêt à combiner les approches et à dialoguer sur le plan théorique en liaison avec les recherches de la neurophysiologie et notamment celles concernant les connectivités neuronales, et la biochimie du cerveau ? C’est cela que Pierre Delion propose d’appeler la « pédopsychiatrie intégrative ».

    Dans le courant psychodynamique, nous obtenons des améliorations :

    • dans les thérapies psychanalytiques, individuelles ou groupales, en rassemblant les expressions et démonstrations spontanées des enfants souvent en langage préverbal et en communiquant avec empathie verbalement et gestuellement notre décryptage de leur langage et notre compréhension ; les enfants nous témoignent que cela leur fabrique du ‘tout autour’, c’est-à-dire de ‘l’enveloppe’, de ‘la peau’ et/ou de meilleures articulations corporelles. Les enfants pouvant bénéficier de ces séances savent eux-mêmes trouver dans le décor les appuis sensorielles pour les rassembler dans la communication du regard, et en élaborer des représentations, éventuellement modelées, dessinées, théâtralisées dans le jeu symbolique avec les objets abstraits ou figurés

    • dans le packing, réservé aux cas très graves, la proposition est de ressaisir le sensoriel fortement au niveau du tactile de la peau qui ne se sent pas ou très mal et à reprendre cette sensorialité dans la communication. Certains enfants montrent eux-mêmes spontanément une quête des éléments de la technique, cherchant à s’envelopper, se serrer très fort, trouver des surfaces froides pour s’y coller le maximum de peau, se tremper partiellement ou totalement dans l’eau froide dont l’un des effets thérapeutiques est sans doute de saisir la peau par serrage. Le froid n’est donc pas choc douloureux et l’enveloppement n’est pas contention contraignante, mais soulageante et apaisante. Le deuxième élément important du côté sensoriel bien signalé par P. Delion, est le réchauffement rapide, le tout inséré dans la communication par la voix exprimant l’empathie, et les paroles donnant la compréhension au plus près des expressions de l’enfant.

    • Dans les thérapies psychomotrices, les propositions de jeux moteurs, de jeux d’échanges, d’explorations de l’espace et des objets sont très attentives au registre de ces troubles sensoriels et d’organisation corporelle et spatiale.

    Les aides à la communication, les propositions éducatives et instructives plus structurées ne peuvent que bénéficier du fait du travail fait dans ces thérapies qui elles-mêmes n’ont de sens que si elles s’insèrent dans une prise en charge complète.

    L’esprit de la CIPPA est ainsi d’avancer à réaliser et à perfectionner les articulations entre les approches éducatives, instructives et thérapeutiques, ainsi que le travail et les recherches qui se font dans la famille. En effet, contrairement à ce qui se passe habituellement dans les thérapies analytiques proposées aux enfants souffrant de troubles névrotiques, d’anxiété ou de dépression où le thérapeute reste réservé et un peu à l’écart des autres intervenants dans l’éducation et l’instruction de l’enfant, dans les troubles graves et particulièrement dans l’autisme où nous avons eu à décrypter le langage préverbal, le thérapeute doit communiquer aux parents et aux professionnels les éléments de compréhension qu’il possède dans un échange régulier d’observations partagées. Il peut ainsi valider ou permettre certaines interprétations parentales ou professionnelles assorties de réassurances qui peuvent être trouvées spontanément dans la vie quotidienne comme auprès des bébés et des très jeunes enfants, mais qui sont souvent indisponibles en raison de la dysharmonie du développement que présentent les enfants ; par exemple les agrippements, collages corporels ou tensions musculaires extrêmes peuvent être comprises comme réactions au vécu de chute souvent mis en scène dans les manipulations d’objet « T’agrippe pas comme ça, tu vas pas tomber, je suis là… » disent les parents.. Or, nous apprenons qu’un des facteurs de la communication participant à la fabrication du sentiment d’enveloppe est la réponse compréhensive au plus près de ce que vit l’enfant.

    Nous appelons donc, non seulement autour du problème du packing, mais autour de la conception globale de la prise en charge de l’autisme, au renforcement du dialogue afin de réduire les clivages fortement induits par la nature même des troubles autistiques, leur gravité, et sans doute par leur part encore incomplètement connaissable suscitant divergences et conflits.

  • En défense d’un humanisme psychiatrique, par Fernando Vicente

    En défense d’un humanisme psychiatrique, par Fernando Vicente

    On se croirait au moyen âge tant sur l’objet que sur les arguments utilisés pour attaquer le packing et en l’occurrence le Docteur DELION.

    Mais, allons y sur le terrain de bataille, malgré l’absurdité des arguments utilisés…

    L’association « Pro Aid Autisme » ou « Lea pour Samy », parle, à propos du packing, comme d’une « méthode proche de la torture pour les pauvres enfants », et en plus sans l’accord des parents. Je veux prévenir, pour ne pas décevoir tous ceux qui sont à la recherche de spécialistes étrangers de préférence ; je suis un grand spécialiste étranger… en rien… sauf,un peu dans la souffrance et la connerie humaine, pour la cotoyer et l’alimenter moi-même quotidiennement. La dimension humaine de la souffrance surtout en milieu psychiatrique, et encore plus chez le sujet autiste, je l’ai vue,reconnue et très bien accueillie, à travers l’application de « cette méthode barbare » appelée packing. Je ne suis pas un expert bien que un peu étranger, mais à deux reprises avec des membres de l’équipe du DOCTEUR DELION, j’ai assisté à des séances de packing et j’ai vu comment était accueilli un « sujet » autiste de façon délicate et respectueuse, comme je souhaiterais le voir dans l’ensemble de notre champ psychiatrique. Ils étaient trois soignants (ou trois personnes si le mot soignant est blessant) pour accompagner un enfant de sept ans pendant ce moment si important pour lui et pour nous. Nous, on était là, à son « écoute », pardonnez-moi l’expression, à côté de lui physiquement… avant… pendant et après… son enveloppement » si proche de la torture ». Un enveloppement d’abord physique, oui, mais surtout humain et donc symbolique, produisant donc surement des effets thérapeutiques. Les parents avaient accompagné leur enfant, comme d’habitude d’ailleurs, et sans les gendarmes… Ils attendaient la fin de la séance pour le raccompagner après un échange de quelques mots avec les membres de l’équipe. Dans l’ensemble, comme vous pouvez le constater, une façon de faire très barbare indigne de notre époque si scientifique et si humaine. Je dois remercier cette association : jamais je n’avais parlé autant du packing… Je ne veux pas faire une apologie sur la méthode du packing, mais par contre je suis un peu surpris sur la méthode et le discours un peu barbare de ceux qui le critiquent, sans aucun respect et en prenant leurs idées comme des évidences à imposer aux autres. Les évidences ont toujours raison mais la plupart des fois ne sont-elles pas dangereuses ? Les dernières avancées scientifiques, si chères a cette association, sûre de l’évolution de la génétique comme de l’économie, nous donnent un aperçu du bienfait des évidences ! Faites ce qui vous plaira, mais de grace, laissez-nous, avec des parents qui ne sont pas dans la certitude ni dans la calomnie, la liberté de nous tromper avec nos choix d’une autre époque mais laissez-nous aussi douter de votre dangereuse certitude ! La présence physique, l’accueil, l’accompagnement de ces sujets autistes, à travers le packing, et la parole qui enveloppe aussi leurs corps, seraient inutiles voire dangereuses pour vous ? Alors ne le faites pas… personne ne vous y obligera… Jamais dans mon milieu professionnel je n’ai connu des usagers contraints de venir sous la menace, nous déposer leur enfant pour faire à notre guise… pour être écouté et accueilli… oui… malgré les difficultés qui nous entourent de plus en plus pour accomplir notre « tâche barbare » d’écouter l’autre souffrant. Par contre, je connais, j’ai vu des sujets, des patients, très patients, très passifs, même au point de suivre une méthode éducative déterminée et d’avaler aussi des médicaments très efficaces… pour qui ?… mais aux résultats plus que douteux, d’un point de vue scientifique, Messieurs, Mesdames, sans parler des effets secondaires certainement négatifs pouvant conduire à porter plainte contre tous deux qui n’assurent pas des résultats prouvés scientifiquement. Un grand nombre de laboratoires et de membres éminents du corps médical, devrait sûrement aller en prison et vous parlez de maltraitance en parlant du packing… ! Ce qui est sûr par principe et par idéologie, mais pas pour une pédagogie ou une clinique mieux adaptée à vos enfants, c’est que vous maltraitez des soignants (pardons,des citoyens) qui, d’un point de vue éthique, essaient le meilleur pour « le sujet » qui souffre avec son autisme. J’espère que le ministère, à votre appel, ne tombera pas, encore une fois, dans la réponse facile, pour plaire à tout le monde en tournant le dos aux efforts multiples et variés de la plupart des professionnels qui travaillent dans le champ de la pédagogie ou dans celui de la thérapeutique en milieu psychiatrique. En tout cas, mon grand respect pour le travail du Docteur DELION et de son équipe et pour sa lutte permanente pour une thérapeutique plus humaine.

    Fernando VICENTE Expert étranger en rien mais militant toujours pour un humanisme de plus en plus en danger même dans notre milieu psychiatrique.

  • Sur ABA et TEACCH, par Mileen Janssens

    Sur ABA et TEACCH, par Mileen Janssens

    Ce n’est pas que je veuille répondre à la place de Pierre Delion à la question que vous posez, mais je présente quelques éléments dont j’ai parlé avec lui. M. Janssens

    ABA et TEACCH

    Les méthodes éducatives peuvent venir à l’aide des besoins de parents qui se voient confrontés aux problèmes de leurs enfants autistes dans la vie de tous les jours, surtout quand il s’agit d’enfants du spectre autistique, ou enfants Asperger, qui sont en mesure – quoique parfois avec beaucoup de peine – de se « tenir » debout sans résider en hôpital ou centre de jour. Et quand l’enfant se trouve dans un embarras chronique à profiter d’un « environnement facilitant », terme de Winnicott, un entourage où l’enfant trouve des d’outils pour opérer sa « maturation », dans la forme d’objets et valeurs qu’on laissé traîner autour de lui les adultes, processus décrit par Winnicott . Ce même Winnicott parle d’éducation : « Education means sanctions and the implantation of parental or social values apart from the child’s inner growth or maturation.” Si la maturation psychique normale est en panne comme c’est le cas pour l’enfant autiste, le recours à des apprentissages plus artificiels peut être un soutien, éventuellement. Que ces apprentissages puissent devenir une couche pas très bien intégrée dans la personne de l’enfant est illustré dans le livre policier « Eye Contact » de Cammie Mc Govern. L’auteur américaine (mère d’un enfant autiste) décrit comment les méthodes (dont on peut comprendre qu’il s’agit de méthodes ABA) ont bien aidé le petit protagoniste autiste profond à s’adapter un peu mieux et à « survivre », mais au moment de grandes émotions, ce qu’il avait appris, ne paraissait qu’une couche restée de surface. L’auteur n’est pas psychanalyste mais elle me semble avoir une bonne intuition de ce qu’est l’autisme. Elle est active dans des associations de parents aux Etats Unis. Elle met les parents en garde contre un optimisme irréaliste concernant certaines méthodes. Sur son site www.cammiemcgovern.com vous pouvez lire la présentation de ses points de vue et du centre qu’elle a créé (« Whole Children ») où elle se distancie des méthodes de conditionnement social. (Elle donne l’exemple de son fils : « prompting p.e. et lui donner des récompenses – reinforcements – ridicules : « frappes la balle une fois et tu peux retourner au sable ». Il faisait oui de la tête, obéissait et retournait à sa sable. Pas ainsi à « Whole children » où les parents ont découvert l’importance du jeu pour les enfants autistes – et autres enfants en souffrance -, comme le lieu où l’enfant apprend à « mesurer » le monde pour y trouver sa place, un lieu qui commence tout près de l’enfant. »)

    Dans l’enseignement les méthodes TEACCH peuvent montrer leur validité, si elles sont utilisées avec modération. A l’aide de ce support l’enfant peut parvenir à mieux s’orienter dans le temps et l’espace. L’organisation de tâches par la méthode TEACCH peut l’aider à acquérir plus d’autonomie. Tout de même Francis Tustin conseille ceci : « A skilful working together of both educationalists and psychotherapists who have developed insights into the deep needs of the encapsulated child seems to be the answer. » Elle conseille d’utiliser les méthodes éducatives de façon tempérée , pour ne pas fortifier les barrières autistiques. Même un des « founding fathers » du TEACCH, Schopler ou Reichler, dans les années ’90 (à un congrès), a averti de ne pas utiliser le TEACCH pendant 50 – 60 h par semaine, comme il l’avait constaté dans certains services aux EU : n’oublions pas qu’un des symptômes les plus reconnus de l’enfant autiste est l’ « insistance on sameness », la tendance « naturelle » de l’enfant autiste à faire durer ce qu’il est en train de faire et de vivre dans une continuité obsessionnelle avec son environnement. On sait trop bien que la personne autiste éprouve toute interruption de cette continuité comme une infraction. Il y a des auteurs (psychodynamiques) qui parlent d’une hypertraumatibilité de l’E.A. : chaque interruption étant vécue comme un traumatisme.

    Les méthodes de « visualisation » peuvent certainement être utile à mettre en marche ou à soutenir une communication avec l’enfant. Un fichier avec les moments à venir et les tâches à faire peut même amener à l’ouverture d’une interaction trop collante (avec les collisions connues) qui est souvent recherchée par l’enfant autiste. Des méthodes de « visualisation » et de structuration peuvent ainsi installer le début d’un triangle interactionnel qui prend d’autant plus de sens quand il peut être élaboré dans des moments thérapeutiques et des entretiens avec les parents.

    « Applied Behavior analysis » ou ABA

    L’ analyse de tâches en tâches partielles et l’apprentissage de celles-ci peut se montrer utile si on n’est pas trop fanatique et s’il n’est pas nécessaire de recourir à des stimulis aversifs. Autrement dit s’il s’agit d’enfants ne se perdant pas trop dans des stéréotypies et automutilations. Tout de même, l’exemple semi-fictif suivant veut illustrer l’unidimensionnallité de la façon de faire ABA.

    Imaginez-vous que vous voulez apprendre à un enfant autiste ayant un handicap mental, à remplir un verre sans faire déborder l’eau et que ça ne réussit pas. On peut effectivement ajouter des stimuli discriminatifs toujours plus fins, pour faire avancer l’apprentissage. Et c’est vrai qu’on peut aboutir à l’accomplissement de la tâche par l’enfant après d’innombrables exercices. Quelqu’un qui observe ce même enfant du point de vue de la pathologie au niveau de l’image du corps et des « symptômes qui nous parlent d’autre chose », notamment d’angoisses, pourrait arriver à d’autres conclusions et à une autre prise en charge. L’enfant dont je parle était incontinent. Il se peut très bien qu’il mette en scène, par cette impossibilité de remplir un verre sans débordement, des questions concernant « ce qui coule dans et de son corps ». Il n’a pas la créativité symbolique propre à un metteur en scène d’ un spectacle de théâtre mais il a une créativité certaine au niveau de l’expression par son corps, pour laquelle traducteurs et interprètes sont nécessaires puisqu’il s’agit d’un « langage » présymbolique. Cette « question » de l’enfant, lue par de bons soignants, éducateurs ou thérapeutes qui ont appris à « lire » les symptômes exprimés de façon corporelle, pourrait être travaillée dans un atelier « pataugeoire » : l’image et le schéma corporel peuvent y être travaillés, expliqués, joués etc. en présence de thérapeutes (p.e. des psychomotriciens)

    L’ABA qui – en Europe – est à l’instant le plus réclamé en France, provoque des réserves à cause de l’utilisation de stimuli aversifs, et pas seulement dans le passé. Dans la période où Lovaas a commencé à développer les méthodes connues, il a pris le défense des agressions au corps de l’enfant : dans deux anciennes interviews il a justifié pourquoi ses assistants administraient des gifles aux enfants (vous trouvez les liens vers ces sites – avec des photos – dans des commentaires plus haut) et il y a plusieurs articles qui estiment l’effet de chocs électriques administrés aux enfants autistes. Après-coup il a nié ce recours aux stimulis aversifs. En tout cas dans certaines institutions pour enfants gravement perturbés qui s’expriment en faveur d’utilisation de méthodes de conditionnement dur « si nécessaire » on utilise jusqu’à ce jour des chocs électriques. J’ajoute un lien du Judge Rotenberg Center (Massachusetts), où on justifie l’utilisation de chocs électriques pour des enfants qui présentent des automutilations extrêmement graves (dont des enfants autistes) ou pour enfants extrêmement agressifs. L’efficience de ces chocs semble être vérifiée par des recherches scientifiques, que vous pouvez lire ici : www.judgerc.org choisissez « Information for the media », puis l’article de « Van Oorsouw, Israel, von Heyn and Duker . Side Effects of Contingent Shock Treatment.” On peut y lire qu’on mesure le lien de base des comportement en exerçant des procédures aversives « douces », p.e. « contention mécanique ou physique = tenir les bras, les jambes, le haut du corps, pour des durées jusqu’à 6 h. » Ces méthodes sont utilisées pour tempérer automutilation et agressivité. De surcroît sont donc administré des chocs électriques à la hauteur de la peau. J’ajoute en-dessous quelques liens vers des associations de parents d’enfants autistes qui contestent cette façon de faire.

    J’ajoute le lien vers la site de Lovaas où vous pouvez découvrir la comparaison des effets de 3 méthodes : TEACCH, ABA et DIR (Floortime de Greenspan, un psychanalyste qui a développé une méthode intéressante qui s’effectue dans des circonstances de jeu, entre soignants/ parents, enfants). Lovaas ne mentionne pas que les effets positifs de la méthode ABA (les prétendus 47 % de normalisation) n’ont pas pu être répliqués plus tard. Lui-même se limite à dire qu’ « une grande minorité d’enfants » éprouve des effets positifs.

    http://www.lovaas.com/approach-diff…

    La méthode Floortime : voici un lien vers le programme du congrès la semaine prochaine à Amsterdam :

    http://www.rino.nl/paginas/37863.html

    Le centre où on administre des chocs électriques aux enfants perturbés (autistes et autres)

    http://www.judgerc.org/ avec des articles justifiant ces « méthodes » discutables. Lisez l’article “Response to articles that have recently apeared in blogs (Information for the media)”.

    On peut se demander si on ne peut pas reformuler la question :

    si on ne parle que des enfants en grande souffrance et si le packing sera interdit pour eux, qu’est-ce qu’il y a comme méthode alternative pour les enfants gravement en souffrance ? La contention, les chocs électriques, la fixation au lit ??? http://disabledsoapbox.blogspot.com

    On the basis of what autistic people themselves have said about ABA, I think that it should be banned under UN Resolution 3542 (and others).” http://autismdiva.blogspot.com/2006…

    M. Janssens

  • LE SOIN EN PSYCHIATRIE : QUI EST COMPETENT , QUI DECIDE DE LA VALIDITE ?, par Dr Fabienne Roos-weil

    LE SOIN EN PSYCHIATRIE : QUI EST COMPETENT , QUI DECIDE DE LA VALIDITE ?, par Dr Fabienne Roos-weil

    MESSAGE DE LA SOCIETE DE L’INFORMATION PSYCHIATRIQUE :
    LE SOIN EN PSYCHIATRIE : QUI EST COMPETENT , QUI DECIDE DE LA VALIDITE ?

    Les options thérapeutiques prises en psychiatrie infanto-juvénile, pour les enfants autistes, font de longue date l’objet de controverses, voire de querelles idéologiques (1). Les parents de ces enfants, et les associations qui les représentent, se trouvent aux prises avec des doutes quant au meilleur choix thérapeutique possible et peuvent manifester à l’égard des soignants une grande variété de réactions, des plus extrêmes aux plus mesurées. La contestation prend aujourd’hui une forme virulente à l’égard de Pierre Delion, au sujet du packing ; c’est notre discipline toute entière qui se trouve ainsi mise en cause, à travers l’un de ses plus remarquables praticiens.

    Une association de parents a demandé récemment aux pouvoirs publics d’interdire dès à présent la pratique du packing par le biais d’un moratoire et de nommer une commission parlementaire « pour constater la réalité du terrain ». Les pouvoirs publics se trouvent sommés, sous la pression de cette action des usagers, de prendre position immédiate dans le domaine de la pratique et du savoir médical, et de suspendre une recherche en cours sur le packing ; cela constituerait, comme le constate Bernard Golse dans un communiqué publié sur Psynem www.psynem.necker.fr, un fait inédit dans le champ de notre exercice.

    Dans une réponse à la lettre ouverte de Pierre Delion, le 24 avril 2009, les auteurs de cette demande évoquent, à propos des enfants recevant ce soin, les notions de « maltraitance, délaissement, atteinte aux droits de l’enfant, aux droits humains, inefficacité du soin, manque d’évaluation » ; la validation officielle du protocole de recherche en cours sur le packing (PHRC) est estimée douteuse ; l’importance de l’éducation (avec la confusion déjà relevée par Denys Ribas (2) entre éducation, rééducations et traitement comportemental) y est mise en avant une énième fois dans une opposition erronée au soin. La critique de l’ensemble des soins en psychiatrie y est explicite.

    Ces attaques sont loin de faire l’unanimité parmi les associations, comme en témoignent certains communiqués ; elles sont pour nous l’occasion de tenter de dégager des questionnements dans le domaine de l’éthique et des méthodologies de l’évaluation et de l’épistémologie au sens large, qui ont particulièrement occupé le champ de notre discipline ces dernières années, et de tenter de pointer les impasses où se trouvent conduits des positionnements trop radicaux.

    L’éthique se trouve donc interpelée au nom d’une atteinte à la bientraitance de l’enfant :

    Toute réflexion éthique s’adresse particulièrement au cadre du lien thérapeutique établi entre les 2 parties : le patient et ici ses parents d’une part, le médecin d’autre part, avec en arrière plan le tiers social ; ce lien est le fondement essentiel et le reflet du respect réciproque et de la confiance entre le patient et le médecin ; l’éthique orientera le savoir et le savoir-faire. Le malade, ses parents, ont droit à la confidentialité, à la vérité, au respect de leurs valeurs. Ces données sont inchangées depuis Hippocrate : « une confiance rencontrant une conscience ».

    D’ailleurs la démocratisation de la santé qu’a su promouvoir la loi du 4 mars 2002 relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, dite loi Kouchner, a contribué à infléchir les pratiques dans le sens d’une meilleure information du patient. De plus, la notion d’alliance thérapeutique, préoccupation de longue date des psychiatres, supposant le dialogue, l’écoute, est au cœur des théories psychodynamiques et des thérapies institutionnelles, accordant au patient la place active de sujet.

    L’éthique professionnelle apparaît d’autant mieux respectée que le psychiatre recourt à une pluralité théorique et pratique (3). Ce nous semble être le cas avec la perspective « intégrative » de la psychiatrie infanto-juvénile aujourd’hui.

    Pour autant, on sait que le principe d’un rapport d’égalité entre deux parties dans la dignité ne signifie pas égalité face à la maladie : il y a inégalité dans la relation médecin malade ; les psychiatres savent ce que l’autisme impose de souffrance à la famille qui entoure l’enfant ; les parents que nous rencontrons sont en détresse et demande d’aide. Dans le cas de troubles massifs menaçant la vie de l’enfant (automutilations de l’enfant autiste, mais aussi formes graves d’autodestruction dans d’autres pathologies) ou compromettant radicalement la vie relationnelle (violence), le psychiatre peut se sentir tenu de prendre ses responsabilités en choisissant certaines formes d’actions (le packing en est une, mais bien plus souvent encore des traitements médicamenteux non dénués d’effets secondaires) ; l’information précise des parents conditionnera la valeur d’un consentement que l’on qualifiera d’éclairé. C’est en tenant compte avant tout de la vulnérabilité de l’enfant, de la nécessité d’atténuer son angoisse face à la maladie, tout en étant attentif aux souhaits de la famille, que le psychiatre prendra ses décisions, sans en faire peser toute la charge sur la famille.

    La défiance à l’égard du pouvoir médical, les attitudes procédurières, conduisent à l’échec du lien thérapeutique. Et si, au nom des normes juridiques, des droits du citoyen, le sujet souffrant cède la place au sujet de droit, le malade (citoyen) au citoyen(malade), ce peut être l’impasse de toute entreprise de soin (4).

    Les modèles d’évaluation et l’épistémologie au sens large sont aussi convoqués à partir de la remise en cause de l’efficacité :

    Il y a aujourd’hui une demande de partage du savoir, qui ne devrait plus être le monopole du monde médical et ce « droit de savoir » est légitimé . Quand il ne confine pas à la contestation de tout savoir disciplinaire,comme dans la situation qui nous occupe, ce partage trouve sa limite dans la difficulté de la tâche : justifier auprès de l’opinion, du public des conditions de notre savoir, c’est supposer que le public, l’usager, comprend les conditions de production de ce savoir ; c’est lui supposer une connaissance de concepts précis et fondamentaux, tels que la distinction entre validité interne (de la démarche scientifique) et validité externe (transposable dans les pratiques réelles). C’est l’informer qu’en psychiatrie et en particulier dans les évaluations des méthodes psychothérapiques (5), on tend à abandonner les mesures objectives comme seul critère de vérité et on soutient l’intérêt de modélisations et de stratégies d’évaluation complexes et diversifiées ; on recourt à diverses méthodes de vérification empirique et notamment les protocoles de cas singulier, et surtout la reconnaissance primordiale du savoir clinique ou du jugement clinique.

    Les avancées des neurosciences, admises par tout un chacun, ont modifié les points de vue sur l’autisme ; certains symptômes, par exemple, y sont perçus comme vraisemblablement induits par des difficultés d’intégration sensorielle précoces ; l’hypothèse multifactorielle, avec combinaison de facteurs génétiques multiples, facteurs neurodéveloppementaux et environnementaux est le plus souvent reconnue.

    Mais aucun chercheur en neurosciences n’affirme que l’on est en droit de déduire, d’un montage neuronal, un montage comportemental et aucun traitement n’a encore fait la preuve de résultats spectaculaires. Les projets thérapeutiques demeurent marqués par l’empirisme et la volonté intégrative, ce qui ne les empêchent pas d’être évalués dans leurs effets. Nombre de traitements médicamenteux, dans d’autres champs de la médecine, ont d’ailleurs connu d’abord un succès pragmatique, avant qu’on puisse identifier plus précisément le mode d’action.

    Le packing peut se réclamer de théories de construction de l’image du corps, celle-ci contribuant aux processus de pensée ; ces théories ont leur cohérence propre ; comme bien d’autres modèles théoriques, elles ont une valeur de « compréhension » ou de « représentation » des troubles ; cette valeur se vérifie avec d’autres médiations corporelles (thérapies psycho-motrices , pataugeoire, massage…) et soutiennent le travail quotidien des soignants. Le PHRC en cours pourra valider d’autres hypothèses quant à son mode d’action : les premières recherches s’orientent par exemple sur l’éventualité que la voie thermoalgique proposée dans l’enveloppement aide l’enfant à se décentrer des sensations douloureuses provoquées par les automutilations, et par effet d’ouverture, à se rendre disponible à d’autres sensations offertes par l’environnement. La pluralité des références théoriques viendra nous montrer que la recherche clinique, comme la pratique clinique, est aussi une création.

    On ne peut que souhaiter que le public reconnaisse au psychiatre la possibilité de faire valoir un savoir- faire issu d’une « théorie de la pratique » (développée par G. Lantéri Laura) qui permet au praticien d’adapter les références théoriques aux situations singulières ; c’est cette reconnaissance qui aidera à apaiser les conflits

    Dr Fabienne Roos-weil Membre du conseil d’administration de la Société de l’Information Psychiatrique.

    1-J. Hochman –« Histoire de l’autisme »- Odile Jacob-2009

    2-Lettre ouverte au Comité Consultatif National d’Ethique pour les sciences de la vie et de la santé- avis n°102- décembre 2007

    3-J.J.Kress-« Ethique en psychiatrie : information-consentement-décision » in :Où va la médecine ? Sens des représentations et pratiques médicales- M.J Thiel -PUF-2003

    4-A. Danion-Grilliat-« Le diagnostic en psychiatrie : questions éthiques »-Introduction-Masson-2006

    5-G.Fischman (sous la direction) « Evaluation des psychothérapies et de la psychanalyse -fondements et enjeux »-Masson-2009

  • Communiqué du Syndicat des psychiatres des Hôpitaux

    Communiqué du Syndicat des psychiatres des Hôpitaux

    Communiqué du 26 mai 2009

    Nous sommes tous des Pierre Delion

    Le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux réuni ce jour en Conseil National, condamne l’inadmissible attaque dont fait l’objet notre collègue Pierre Delion dans sa démarche de recherche et de développement de pratiques de soins.

    Reconnu par l’ensemble de la profession pour être un ardent défenseur d’une psychiatrie humaniste et éthique, Pierre Delion travaille avec son équipe à la validation, sous certaines conditions, de pratiques de soins qui visent à l’apaisement des angoisses de morcellement et d’effondrement qui dominent dans certaines pathologies et sur lesquelles la psychiatrie infanto juvénile a construit au fil des années un corpus de connaissances cliniques et théoriques.

    Ces techniques constituent un des éléments du dispositif de soins dont dispose la discipline de psychiatrie infanto juvénile et il est légitime que les praticiens se soucient de mener une démarche de recherche scientifique sur laquelle appuyer leur pratique soignante.

    Le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux exprime son entière solidarité à Pierre Delion et considérant qu’il s’agit là d’une attaque directe de la communauté soignante, est déterminé à réagir à cette nouvelle mise en cause des compétences médicales de la psychiatrie.

    Télécharger ici le texte suivi d’un article du Dr Fabienne Roos-Weil, Membre du conseil d’administration de la Société de l’Information Psychiatrique.

  • Au-delà de cette limite…, par Caroline Eliacheff

    Au-delà de cette limite…, par Caroline Eliacheff

    AU DELÀ DE CETTE LIMITE…

    par Caroline Eliacheff

    Il y a des limites que nul ne devrait se permettre de franchir, pas plus certaines associations de parents d’enfants autistes que les autres. Pourtant, dans le but louable de « défendre » les autistes, une association, Léa pour Sami, franchit de façon répétitive ces limites en prenant pour cible les pédopsychiatres en général et les psychanalystes en particulier. Fait-on avancer la cause de ces enfants quand on use et abuse de la désinformation et de la calomnie ? Jusqu’à présent, aucun professionnel n’a réagi publiquement par respect pour la souffrance de parents atteints par la maladie de leur enfant et peinant à trouver des réponses adéquates, tant nous sommes en retard en matière de places d’accueil et de pédagogie adaptée pour les enfants autistes.

    Nul parent, même s’il encense une méthode qui a fait ses preuves pour son enfant n’est en droit de chercher à l’imposer à tous les enfants à l’exclusion de toute autre. Nul spécialiste ne se prétend détenteur d’un savoir, ou d’une pratique, qui s’appliquerait à tous les enfants autistes en excluant toute autre approche : l’autisme, par la variété de sa clinique et probablement de ses causes, n’autorise pas la simplification, si rassurante soit-elle.

    C’est pourquoi la pétition et la manifestation du 2 avril dernier à l’initiative de l’association Léa pour Sami devant le Ministère de la Santé pour je cite »demander un moratoire contre le « packing » fin de citation est particulièrement choquante : les médecins sont accusés de prendre les enfants pour des « cobayes » à qui on appliquerait « des méthodes scandaleuses » et j’en passe… Au fait, de quoi s’agit-il ? D’une technique d’enveloppement qui a des indications précises mais limitées puisqu’elle concerne des jeunes se mutilant gravement ou tellement violents qu’ils mettent en péril la vie familiale, la poursuite de leurs soins et de leur intégration scolaire. Cette technique obéit à des règles éthiques précises. Elle ne constitue qu’un élément, à un moment donné, de l’ensemble de la prise en charge de ces patients. Alors qu’elle est pratiquée depuis plus de dix ans dans le monde entier, le Professeur Delion a présenté un projet d’évaluation de ses effets thérapeutiques avec avis favorable du Comité de Protection des Personnes. C’est pour empêcher cette évaluation — ratifiée par les instances scientifiques — que cette association mobilise d’autres parents avec des arguments injustifiables.

    Notre silence finit par nous rendre complices. Contrairement aux idées véhiculées par cette association qui ne jure que par les méthodes éducatives dont ils prétendent que les pédopsychiatres se désintéressent, l’ensemble des professionnels concernés par la psychose et l’autisme a intégré l’apport des neurosciences, des techniques éducatives et de la psychothérapie. Ils réorganisent leurs dispositifs avec les moyens dont ils disposent pour en faire bénéficier les enfants, avec le soutien actif des parents dont l’adhésion est non seulement souhaitée mais indispensable.

    Il ne faut pas nous leurrer sur le sens de ces attaques. Le professeur Delion quant à lui n’a rien à prouver : sa compétence, son humanité, sa rigueur et son inventivité sont unanimement reconnues. Mais à travers lui, c’est la possibilité de délivrer des soins aux autistes quand ils en ont besoin, à leur fratrie et à leurs parents, qui est visée. L’autisme serait-elle la seule maladie à ne pas englober le psychisme au prétexte qu’elle serait d’origine génétique ou neurobiologique ? C’est aussi la mort souhaitée d’une collaboration — oh combien précieuse — entre neuroscientifiques et pédopsychiatres dans l’élaboration d’hypothèses cognitives et psychopathologiques qui nourrissent la recherche et à terme le traitement des autistes. C’est pourquoi il est grand temps de réagir et de ne plus laisser passer ces entreprises de désinformation aussi bruyantes que nocives.

    (mai 2009)

  • Info : Lettre du président de LéapourSamy + un communiqué de presse

    Info : Lettre du président de LéapourSamy + un communiqué de presse

    Lettre du président de l’association en réponse à la lettre ouverte de Pierre Delion
    suivie du communiqué de presse après l’émission de M6 avec Pierre Delion

    Association LEA POUR SAMY

    51 rue Léon Frot 75011 Paris

    Tel : 01.47.00.47.83 – Fax : 01.43.73.64.49

    www.leapoursamy.com – leapoursamy@wanadoo.fr

    A l’attention de M. Pierre DELION

    Professeur à l’Université de Lille 2

    Paris, le 24 Avril 2009

    Objet : Réponse à votre lettre ouverte d’avril 2009

    Monsieur,

    Nous avons pris connaissance de votre « Lettre ouverte aux parents d’enfants d’adolescents et d’adultes

    autistes, à leurs professionnels éducateurs pédagogues et soignants » et nous nous réjouissons de pouvoir

    enfin entamer le dialogue.

    En guise d’introduction, nous vous rappelons que l’autisme est une maladie neurobiologique d’origine

    génétique qui constitue un handicap cognitif sévère, il touche une personne sur 150, en France 430 000

    personnes dont 108 000 enfants.

    L’association Léa pour Samy est certes une association de parents mais elle est avant tout une

    association de défense des droits fondamentaux et humains de l’Enfant autiste et de sa famille (cf. Objet

    statutaire ci-dessous). Léa pour Samy planifie son action face aux mauvais diagnostics, mauvais

    traitements, maltraitance, exploitation et face à toutes les ambiguïtés sur l’autisme, sur ses particularités et

    sur ses besoins spécifiques. Les droits humains priment dans notre action, nous agissons pour les faire

    respecter par tous à travers des actions en justice si besoin.

    Dans cette logique, Léa pour Samy saisira la justice dans les cas d’enfants orientés vers cette expérience

    sans fondement, à chaque fois que cela sera nécessaire.

    C’est donc dans cette logique que Léa pour Samy a demandé un moratoire contre le packing, et l’arrêt

    immédiat de cette pratique sur les enfants autistes, avec ou sans l’accord des parents, au nom du droit de

    l’Enfant et a rappelé à l’Etat et à ses représentants leur obligation d’agir dans les plus brefs délais avec

    la nomination d’une commission parlementaire pour constater la réalité du terrain.

    Nous refusons vos pratiques et votre étude pour la simple raison que les prises en charge et les traitements

    adaptés à l’autisme sont connus aujourd’hui de tous et c’est à ces traitements que le droit donne accès.

    C’est pourquoi nous menons une action contre le Packing, pour prouver qu’il s’agit là d’un traitement non

    seulement inefficace mais maltraitant par défaut de soin, appliqué sur des enfants vulnérables sans

    évaluation, sans résultat et sans aucune prévention, avec l’appel au soutien des professionnels étrangers.

    Nous trouvons extrêmement grave qu’un Comité de Protection des Personnes puisse valider une telle

    étude. Nous souhaitons donc alerter ce comité quant à ses obligations et aimerions comprendre (en tant

    que représentant des usagers) la motivation de sa décision de valider une étude dont le protocole est

    douteux.

    Nous n’agressons personne en particulier, ce sont des pratiques que nous dénonçons. D’ailleurs, les

    « rares » parents d’enfants autistes qui dénoncent le packing ne sont pas si rares que ça et n’essayent pas

    de « régner dans le monde des associations de parents » car il ne s’agit pas là de monopole. Notre seul

    objectif, comme celui d’autres associations représentantes des usagers est de faire respecter la loi afin que

    nos enfants puissent accéder à leurs droits comme tous les enfants.

    Les parents d’enfants autistes, Monsieur Delion, ne sont pas tous en souffrance, en tout cas ne souhaitent

    pas le rester. Passé le diagnostic et la découverte de ce qu’est l’autisme, ce n’est pas de la souffrance

    qu’ils ressentent mais de la colère. Très souvent, cette colère se transforme en volonté d’agir et

    logiquement dans l’investissement associatif. C’est d’ailleurs grâce à cette mobilisation des parents que la

    sensibilisation des hautes instances a pu se faire, vous le reconnaissez vous-même.

    Malgré votre discours sur « la prise en compte des avancées scientifiques », vous continuez de parler « du

    corps de l’enfant qui manque de contenance du fait de sa pathologie »… où est la cohérence avec les

    avancées scientifiques et le fait que l’autisme soit reconnu comme trouble neurologique ?

    Vous « développez des aides éducatives pour tous les enfants qui en ont besoin » : y a-t-il donc pour vous

    des enfants qui n’ont pas besoin d’éducation ? « Développement d’une approche pédagogique à chaque

    fois que c’est nécessaire » : vous considérez donc que la pédagogie n’est pas indispensable au

    développement de chaque enfant ? Vous précisez même que « l’enveloppement constitue un moyen utilisé

    par les équipes soignantes et souvent éducatives », ces dernières ne sont-elles pas censées éduquer les

    enfants, comme leur nom l’indique ?

    Dans votre définition du packing, vous présentez cette méthode comme la solution pour gérer les troubles

    du comportement et particulièrement les automutilations, mais vous êtes vous posé la question de savoir

    quelle(s) autre(s) méthode(s) (non axées sur la psychanalyse ou la psychiatrie) permettrait de prendre en

    charge cette (auto) agressivité ?

    Concernant votre présentation du packing, elle ne correspond ni à ce que nous avons pu voir dans certains

    reportages télévisés au sein d’hôpitaux de jour, ni aux témoignages que rapportent les parents

    (témoignages concernant aussi bien des structures médico-éducatives que des hôpitaux de jour).

    Vous parlez « d’équipes formées dans une perspective intégrative » : nous notons tout de même que votre

    perspective intégrative est intéressante dans la mesure où elle intègre les parents à la prise en charge.

    Seulement, nous nous interrogeons sur la façon de savoir qui du PECS ou du Packing apporte le plus de

    résultats s’ils sont combinés ?

    Vous parlez de calomnies, de manipulations dans votre lettre et en même temps, annoncez que « dans tous

    les cas, les parents donnent leur accord à cette prise en charge pour laquelle ils sont informés loyalement

    des effets attendus ». Les témoignages de parents que nous possédons, dont l’enfant a subi le packing et

    n’ont pas été informés sont-ils à considérer comme calomnies ? Les spectres d’enfants que nous avons vu

    après-packing sont-ils eux aussi calomnies ?

    Vous demandez aux parents de vous aider à continuer d’infliger une telle pratique à leurs enfants ? Il ne

    s’agit pas là d’une chance qu’on donne aux enfants de pouvoir être traités par le packing. La plupart des

    parents sont obligés de se rabattre sur l’hôpital de jour à défaut d’une meilleure prise en charge

    disponible de suite et surtout, pour ne pas risquer le signalement abusif.

    Vous précisez également que les enfants « peuvent bénéficier pleinement des approches éducatives si les

    parents le souhaitent », en France l’éducation est une obligation, pas un droit ! Le droit (et le bon vouloir)

    du parent s’arrête là où commence celui de l’enfant.

    Les professionnels des équipes de pédopsychiatrie française sont tous victimes ? Les professionnels oui, un

    certain nombre de chefs de service, non. Les professionnels concernés n’ont pas la bonne information, ni la

    bonne formation en matière d’autisme. S’ils sont victimes, c’est d’avoir eu une mauvaise formation

    concernant l’autisme. D’ailleurs, un nombre conséquent de témoignages de professionnels dénoncent

    certaines pratiques comme le packing, mais ne peuvent le faire ouvertement. Par peur des conséquences ?

    Ou par peur d’être mis à l’écart dans la profession ?

    Encore une fois, ce ne sont pas les personnes qui sont remises en cause mais les pratiques.

    « Il ne suffit pas de lire des informations sur internet pour devenir compétent de ce seul fait » ? Il ne suffit

    pas non plus de tester des méthodes arriérées sur nos enfants autistes pour se revendiquer compétent en la

    matière.

    Toutes les hypothèses ne peuvent pas être envisagées. Nos enfants ne sont pas des cobayes !

    Vous nous livrez une information encore plus grave en nous dévoilant, non pas sans fierté, qu’un « grand

    nombre de professionnels […] vous demandent d’apprendre la technique pour en faire bénéficier les

    enfants et adolescents ». Combien d’enfants sont donc victimes d’un tel traitement sans aucune

    évaluation ? Vous pouvez seulement aujourd’hui lancer une recherche pour évaluer les effets du packing,

    utilisé jusqu’alors sans validation et sans protocole.

    Que vous soyez ou non à l’heure du bilan ne justifie pas que vous puissiez atteindre aux droits

    fondamentaux des enfants.

    Vous demandez « aux politiques de ne pas tenir compte de ceux qui font du bruit » mais admettez que le

    travail des parents d’enfants autistes a permis une prise de conscience. Ce travail justement ne peut se

    faire en silence, votre réaction en est la preuve.

    Si « la psychiatrie est aujourd’hui un bouc émissaire trop facile à désigner » c’est qu’elle est surtout un

    coupable facile à identifier pour avoir fait tant de dégâts sur des enfants, adolescents et adultes atteints

    d’autisme. Les hôpitaux psychiatriques ne sont pas des lieux adaptés pour les personnes autistes, dans la

    mesure où ils n’ont pas les moyens de s’occuper de leur éducation.

    Nous tenons d’ailleurs à préciser que nous dénonçons la psychiatrie psychanalytique pour le traitement de

    l’autisme mais d’autres se chargent de parler de la refonte du secteur psychiatrique de manière générale…

    Le mauvais diagnostic, le défaut de soins, les prises en charge inadaptées, le délaissement, la

    désinformation des professionnels sont responsables de l’état des personnes autistes aujourd’hui. Un

    enfant qui reçoit un diagnostic précoce et une éducation précoce structurée, adaptée et permanente dans

    son milieu ordinaire n’a aucune raison de s’automutiler, ayant les outils nécessaires pour

    communiquer.

    Ne vous méprenez pas Monsieur Delion, nous ne dénonçons pas le packing subitement. Notre travail est

    depuis longtemps centré sur la manière légale avec laquelle nous pourrons définitivement éradiquer une

    telle méthode. Il ne s’agit pas là d’une polémique et encore moins d’une polémique haineuse, nous

    représentons un certain nombre de parents d’enfants autistes, sommes alertes sur les avancées en matière

    de traitement de l’autisme et ne faisons qu’expliquer, que ce soit aux médias ou aux instances

    décisionnaires, que l’autisme ne peut pas (plus) être traité de manière approximative et maltraitante en

    France.

    Parmi toutes vos déclarations, nous sommes d’accord sur un point : nous ne pouvons pas reconnaître que

    des parents trouvent des réponses pour leur enfant avec le packing. Des parents mal informés, mal

    redirigés, mal pris en charge, mal traités par le système français et parfois manipulés peuvent croire à des

    discours tels que le vôtre, mais pas des parents possédant les informations et l’aide dont ils ont besoin.

    Nous allons procéder à faire de votre lettre ouverte une pièce à conviction (comme pour vos autres

    écrits) dans le cadre de notre plainte au pénal contre X pour discrimination à l’égard des enfants autistes

    en cours d’instruction au pôle santé du Tribunal de Grande Instance de Paris par le Juge d’Instruction,

    M. Didier Peltier. Notre association a demandé que soit recherchés, lors de cette instruction, les délits

    pénaux graves de défaut de soins, de délaissement et de mise en danger.

    Dans votre lettre, ces différents délits apparaissent à travers :

    • Refus de reconnaître que cette maladie neurologique constitue un handicap cognitif sévère, qui

    sollicite une intervention éducative précoce, structurée et permanente, quel que soit le degré

    d’autisme de la personne atteinte

    • Assimilation de la personne atteinte d’autisme à un malade mental

    • Affirmation de formations basées sur une vision dépassée de l’autisme et renforcement de

    pratiques inadaptées

    Nous vous rappelons votre obligation de médecin d’intégrer et de respecter toutes les avancées

    scientifiques et médicales qui s’imposent à vous. De même manière que l’Etat a pour obligation de

    protéger l’enfance contre le défaut de soins et est censé ne financer que les pratiques qui ont fait leurs

    preuves, d’un point de vue scientifique. Malheureusement, nous constations que seule la justice permettra

    que soient respectés les droits des personnes atteints d’autisme.

    De même manière que vous interpellez Etat, citoyens, parents d’enfants et adolescents atteints d’autisme

    et professionnels, nous nous permettons de joindre cette lettre aux personnes concernées de près ou de

    loin qui devront prendre des décisions, en leur âme et conscience, dans l’intérêt des enfants, nous

    l’espérons.

    M’Hammed SAJIDI

    Président

    Copies :

     M. Nicolas SARKOZY – Président de la République
     M. François FILLON – 1er Ministre
     M. Brice HORTEFEUX – Ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la

    Ville
     Mme Roselyne BACHELOT -Ministre de la Santé
     M. Xavier DARCOS – Ministre de l’Education Nationale
     Mme Valérie PECRESSE – Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche
     Mme Valérie LETARD – Secrétaire d’Etat à la Solidarité
     Mme Rama YADE – Secrétaire d’Etat aux droits de l’Homme
     M. Gérard LARCHER – Président du Sénat
     Sénateurs de France
     M. Bernard ACCOYER – Président de l’Assemblée Nationale
     Députés de France
     M. Joël THORAVAL – Président de la Commission nationale consultative des droits de l’homme
     M. Christian SAOUT- Conférence Nationale de Santé
     M. Jean-Marc SAUVE – Vice Président du Conseil d’Etat
     Présidents des Conseils Généraux et Régionaux de France
     M. Bertrand DELANOE – Maire de Paris
     M. Jean-Paul HUCHON – Président du Conseil Régional Ile de France
     Professeur GRIMFELD – Président du Comité Consultatif National d’Ethique
     M. Michel FRANC – Conseil national de l’ordre des médecins
     M. Thierry Wickers – Président du Conseil national des barreaux
     Président de la Ligue des Droits de l’Homme
     M. Jean-Paul DELEVOYE – Médiateur de la République
     Mme Dominique VERSINI – Défenseur des enfants
     M. Louis SCHWEITZER – HALDE
     Députés Européens
     Dr Margaret CHAN – Directrice générale de l’Organisation Mondiale de la Santé
     Directeur de l’ANESM
     Directeur de l’HAS
     Mme Polonca KONCAR – Présidente du Comité européen des Droits Sociaux
     M.GAHLER – Vice Président de la Commission des affaires Etrangères au Parlement Européen – Membre de

    la sous commission des Droits de l’Homme
     Président du Comité européen pour la prévention de la torture
     Président de la Commission des droits de l’Homme à l’ONU
     M. Nicolas DELEUZE – Président de l’Association des Magistrats de l’Union Européenne
     M. Didier PELTIER – Juge d’Instruction
     Comités scientifique, juridique et d’éthique de Léa pour Samy
     Associations de parents d’enfants, adolescents et adultes atteints d’autisme
     Professionnels de l’autisme en France et à l’Etranger
     Familles d’enfants autistes

    17 octobre 2008
    communiqué de l’association « Léa pour Samy » suite à l’émission « Zone interdite » sur l’autisme

    A l’attention de l’équipe de Zone Interdite

    A l’attention de l’équipe de Tac-Presse

    A Paris le 17 octobre 2008

    Nous connaissons la difficulté qu’un sujet comme l’Autisme peut représenter pour les journalistes c’est pourquoi nous souhaitions tout d’abord vous féliciter pour votre démarche d’information sur l’autisme à travers votre numéro de Zone Interdite, diffusé le dimanche 12 octobre à 20h45 et dont le sujet était « Autisme, le scandale des enfants oubliés ».

    L’éventail des enfants et jeunes adultes a permis de faire prendre conscience au Grand Public de l’hétérogénéité de l’autisme et remis en cause l’image selon laquelle un enfant autiste ne parle pas, ne peut évoluer, que sa place est en hôpital psychiatrique.

    Cependant, à la demande de nos adhérents, nous nous devons de réagir à l’intervention du Pr DELION. Voilà quelques morceaux choisis de nombreux témoignages diffusés sur des forums de parents dédiés à l’autisme.

    « Manque d’impartialité et d’objectivité », « l’opinion prime sur l’investigation », « les vrais questions, comme la non reconnaissance des prises en charge éducatives, qui, elles, donnent de réels résultats, ne sont pas posées », « le roi du packing qui essaie de faire une étude scientifiques sur les bienfaits du packing, mais qui n’y arrive pas ».

    C’est d’ailleurs par rapport à ces méthodes archaïques que nous souhaitions vous alerter. Votre invité, le Pr. Pierre Delion, est connu dans le milieu de l’Autisme pour prôner le traitement psychanalytique de l’Autisme. Pour information, nous tenons à vous rappeler que l’Autisme est une maladie neurobiologique constituant un handicap cognitif sévère.

    « La psychothérapie apporte des réponses sur les angoisses qui envahissent les enfants », c’est avec des affirmations comme celles-ci que le Pr Delion et ses confrères contribuent à la désinformation sur l’Autisme.

    Depuis maintenant la fin du 19ème siècle, les « spécialistes » français utilisent des méthodes scandaleuses au premier rang desquelles le packing, cheval de bataille du professeur Delion « Il s’agit d’envelopper le corps dénudé du patient dans des linges trempés dans l’eau froide et d’être là avec lui au cours du réchauffement, attentif à ce que cette situation particulière va lui permettre d’évoquer, de revivre ». Il est reconnu que l’Autisme est une maladie neurobiologique d’origine génétique, en quoi cette pratique non évaluée scientifiquement est censée traiter l’autisme ?

    Vous trouverez ci-joint un article d’Emmanuel Dubrulle qui a fait l’objet d’un de vos reportages, article sur le packing qui vous donnera plus d’éléments sur ce que nous dénonçons.

    Nous avons été déçus, comme beaucoup de parents et d’autres associations, de voir votre reportage pollué par l’intervention d’une personne ayant fait d’énormes dégâts sur de nombreux enfants et continuant à anéantir le travail des associations. Notre combat premier, en tant qu’association de défense et de protection, est de faire abolir les classifications franco-françaises de l’Autisme et ce qui en résulte, comme ces méthodes psychanalytiques qui cherchent « le message qui est contenu dans le symptôme » ! Comme l’a dit le Pr Delion dans votre émission.

    Il continue en expliquant que la France est divisée en deux courants, le plan autisme 2008-2010 en est un exemple plus que concret puisque demandant l’évaluation des méthodes éducatives, mais ne contrôlant pas l’efficacité de l’approche psychanalytique, financée par le contribuable. « Ainsi il n’existe pas d’études sur l’effet des thérapies à référence psychanalytique ce qui nous amène à dire qu’il n’existe pas de preuve de leur efficacité » (DGAS, 2007, P 260)

    Le scandale français est de permettre que continue la désinformation sur ce qu’est l’autisme et sur les moyens pour le traiter.

    Ce sont des personnes comme le Pr. Delion qui maintiennent en place ce système cloisonné, créant chaque année de nouvelles victimes, ne faisant qu’aggraver l’état de ces enfants, ayant besoin avant tout d’une éducation adaptée leur permettant l’accès à l’Education.

    Les « prises en charge courantes dans les institutions sanitaires ou médicosociales en France se construisent autour d’une approche théorique dominante inspirée par la psychanalyse » (DGAS, 2007 p40)

    Les Hôpitaux de Jour, comme celui l’Hôpital de jour pour enfants Mosaïque, montré dans le reportage, que gère le professeur Delion, on y attend que « le désir de l’enfant émerge », qu’il ait envie de participer.alors que ces enfants ont besoin d’être stimulés pour progresser. Cet aspect est très visible dans votre reportage.

    C’est contre ces institutions que nous militons. Nous sommes d’ailleurs à l’initiative de la plainte contre X pour discrimination à l’égard des enfants autistes, déposée en septembre 2006 auprès du Tribunal de Grande Instance de Paris, en cours d’instruction au pôle Santé.

    Pour information, votre reportage, comme d’autres, seront ajoutés comme pièce à conviction pour ce dossier et remis au juge d’instruction.

    Le Comité Consultatif National d’Ethique saisi par plusieurs associations de parents d’enfants autistes publie son rapport qui conclue que pour les personnes atteintes d’autisme : « L’absence de diagnostic précoce, d’accès à l’éducation, de socialisation, et de prise en charge précoce adaptée conduit donc, dans ce handicap grave, à une perte de chance pour l’enfant qui constitue une « maltraitance » par défaut » (CCNE, 2007,p7)

    Nous ne pouvons rester muets face à ces personnes qui maintiennent l’ambiguïté autour de l’Autisme et qui empêche l’évolution de la France vers un bon traitement de l’Autisme.

    Nous avions commencé à participer à la construction de cette émission et avions d’ailleurs fait part de notre crainte quant à l’intervention de psychiatres d’obédience psychanalytique dont le Pr Delion. Or les seuls professionnels qui interviennent dans votre émission s’avèrent être tous des psychiatres d’obédience psychanalytique.

    Nos échanges ont curieusement cessé quand nous avons averti un des journalistes, mis en relation avec certaines des familles adhérentes à notre association, que le vécu quotidien avec un enfant autiste nécessitait un minimum de respect de leur intimité.

    Plusieurs familles que vous avez contactées n’ont pas été sélectionnées du fait que leur vécu était trop positif. C’est dommage, vous ne pouvez imaginer l’espoir que cela aurait pu donner aux milliers de familles qui pensent qu’il n’y a aucun espoir pour leurs enfants. Les progrès de Titouan dans votre reportage auraient pu être montrés de manière plus explicite.

    Nous savons qu’il est maintenant trop tard pour revenir sur le reportage, mais souhaitions vous faire part de notre point de vue, partagé par d’autres associations et par des centaines de familles par le biais d’une tribune afin d’évoquer les progrès que font les enfants atteints d’autisme et de Troubles Envahissants du Développement quand ils sont pris en charge de manière efficace.

    Dans l’attente d’un prochain contact, je vous prie de croire à l’expression de nos sentiments les meilleurs.

    M’Hammed SAJIDI

    Président

  • Canet, le 18 mai 2009 L’adolescence, cela n’existe pas !

    Canet, le 18 mai 2009 L’adolescence, cela n’existe pas !

    Canet, le 18 mai 2009

    L’adolescence, cela n’existe pas !

    -l’alcool, la toxicomanie, la télévision organisateurs de silence

    -L’aisthésis

    -l’insupportable de l’inconscient

    MB : Aujourd’hui je voulais dire quelques mots sur le week-end. Nous étions invités avec Georges à Osseja par une association de Cerdagne qui fait des trucs intéressants. La réunion avait lieu dans le cinéma. La dernière fois où j’étais allé au cinéma d’Osseja, c’était pour voir le film d’Hélène Viard. Hélène Viard, c’est elle qui est restée deux ans à Château Rauzé pour filmer les traumatisés crâniens et qui en a fait ce film magnifique La réparation. Là, le week-end dernier, le titre de la journée était « La fureur de vivre », et ils ont passé le film avec James Dean. Qui a mal vieilli d’ailleurs. C’est un film chiant ! Il a quand même un peu plus de 50 ans ! Et quand les films sont un peu vieux, on voit les effets de mode. Ça c’est terrible, cela ne pardonne pas. D’ailleurs les grands films sont ceux dans lesquels il n’y a pas d’effets de mode.

    Alors, on a eu droit le matin à une intervention d’une ethnologue. Elle a fait un truc très bien. Tout ce que vous voulez savoir sur l’ethnologie sans jamais avoir osé le demander. Sur le plan pratique, cela ne débouchait pas sur grand-chose sinon la question des rituels et de leur importance dans la constitution des sociétés. Elle a beaucoup critiqué le sociologue Le Breton qui plaide pour l’idée de rituels individuels. Alors elle dit que cela ne va pas. Il ne peut pas y avoir de rituels individuels. Le rituel concerne le lien social et pas les liens internes. Alors je ne sais pas. Elle a peut être raison. Il faudrait peut-être donner un autre terme, il faudrait discuter, cela serait intéressant.

    (…)

  • Canet les 27 avril, 4 et 11 mai 2009 L’angoisse de chute sans fin à la naissance et ses rapports à la pesanteur -La télévision et Gabriel de Tarde.

    Canet les 27 avril, 4 et 11 mai 2009 L’angoisse de chute sans fin à la naissance et ses rapports à la pesanteur -La télévision et Gabriel de Tarde.

    Canet les 27 avril, 4 et 11 mai 2009

    L’angoisse de chute sans fin à la naissance et ses rapports à la pesanteur

     La télévision et Gabriel de Tarde.

    Préambule en fonction de post-scriptum

    Les trois causeries qui vont suivre ont eu un effet inattendu sur la publication de mes bla-bla du lundi. En effet, après elles, je n’ai quasiment plus publié sur mon site ces improvisations canétoises. Jusqu’alors, de temps en temps, je reprenais les paroles transformées en écrits par Jean-Marc Queffelec, les corrigeais au sabre, modifiais de-ci de-là quelques formulations, et les confiais aux supposés lecteurs de mon site. Bouteilles à la mer au destin précaire. A l’occasion, Laurence Fanjoux-Cohen décidait d’en corriger certains, ce qui m’était d’une grande aide. C’est d’ailleurs elle qui, entourée de deux autres participants de ces lundis, m’a proposé la version des trois textes dont j’ai pris connaissance, et dont elle m’a chargé de la révision finale. Ainsi mis au pied du mur, je me vois contraint de donner quelques explications préalables.

    Les improvisations ne sont pas de façade ! Ne sachant ce que je vais dire au moment où je parle ces lundi-là, je me trouve confronté à ce que je ne savais pas… et que ce même ‘je’ ne sait plus. Cette faille est une ouverture sur la connerie (je n’ose dire ‘la mienne’ car cela n’aurait aucun sens) ou, dans un langage plus précis, sur l’abduction. Ici l’abduction rejoint la connerie de façon visible, si j’ose dire. La voici : lorsque, au sortir de l’utérus, le nouveau-né se trouve en contact avec l’atmosphère trois phénomènes liés se produisent. Le premier, celui de la pesanteur qui maintenant s’exerce sur son corps, le second, celui du dépliement des poumons sous l’effet de la pression atmosphérique après, hormis les accouchements par césarienne, une intense pression sur eux, lors du passage par les voies dites naturelles, qui les expurge des produits qui tapissent les bronches, enfin le troisième, qui est le cœur de l’abduction (et de la connerie), le fait que cette première inspiration modifie le volume du corps de façon sensible, celui-ci passant de 2,5 litres à environ 2,75 litres, et qu’ainsi un supplément de poussée d’Archimède vient s’opposer à la pesanteur, de telle façon que, dès ses débuts, nu dans ce monde sublunaire, le bébé voit se déployer pour lui la pesanteur puis son opposée, infiniment scandée jusqu’au bout de sa vie dans l’expiration et l’inspiration.

    [Voilà donc un type se déclarant, à l’occasion, mathématicien, voire même initié à la physique théorique du cosmos (d’évidence pour lui la physique est uniquement théorique !), capable d’énoncer de telles âneries, alors qu’il lui suffisait de calculer les quantités en présence pour se rendre compte (ce qu’il a fait lors de la troisième causerie et dont nous lui savons gré) qu’elles étaient infinitésimales. Lui qui comptait en parsecs et années-lumière avait omis de signaler à lui-même et à ses auditeurs que les quantités concernées avoisinaient le millième voire le dix-millième de g ! Honte à lui. Fin de l’épisode césaréen d’hétéro-autoflagellation.]

    Car renoncer à l’abduction n’est pas une solution. Certes, je pourrais rappeler que du faux, le vrai et le faux peuvent s’ensuivre, selon la logique la plus traditionnelle. Mais alors, pour toucher à quelque chose de moins faux, il faudrait creuser plus profond dans l’abduction et voir ce qu’elle recèle qui pourrait permettre d’approcher quelque ‘vérité’. Mais ce serait une démarche aprioriste visant à maintenir la conclusion à tout prix. Je choisis délibérément une autre voie en me posant la question de la possibilité réelle de ladite abduction. Est-il pensable que des quantités aussi infimes puissent s’inscrire dans le corps d’un bébé ? La réponse est, là, clairement, non ! Nous avons suffisamment développé notre conception de l’inscription pour pouvoir répondre cela : aucune feuille d’assertion n’est susceptible d’inscrire une telle variation. Par contre nous pouvons passer du champ de l’inscription à celui de l’écriture.

    Une fois de plus je me tourne vers mon cher Peirce et son étude sur les petites différences de sensations menée avec Jastrow . On peut lui faire confiance sur les conditions de l’expérimentation au cours de laquelle (un millier d’expériences) il demandait au cobaye d’indiquer s’il ressentait une variation d’un poids posé sur sa main. Ce dernier devait associer à la réponse oui ou à la réponse non un nombre entre 0 et 3 où 3 signifiait la certitude de la réponse et 0 le fait que celle-ci avait été donnée au hasard. Il se trouve que 3/5ème des réponses données au hasard (note 0) étaient en fait exactes. Je traduis : ce qui s’écrivait (la variation de poids) ne s’inscrivait pas.

    D’où la précision que je voudrais faire ici : la faiblesse des quantités engagées n’a peut-être pas d’inscription (vous pouvez toujours gonfler vos poumons sans que cela affecte la sensation de pesanteur), mais nous ne pouvons affirmer qu’elle n’est pas ‘écrite’ dans le corps. Cela m’encourage à maintenir l’hypothèse faite ici, à savoir que l’enfant, le nouveau-né, écrit dans son corps la pesanteur sous une forme problématique, c’est-à-dire par l’écriture de son opposée lors de la première inspiration. Voilà le système d’opposition logique que je cherchais à mettre en œuvre dès la première causerie. Je rajouterai, en référence la conceptualisation de Jacques Schotte, que cette première inspiration participe de la ‘base’, sans doute au sens où Dolto indiquait que l’atmosphère était la transposition du placenta, là où l’expiration (le ‘jeter’) participe du ‘fondement’. Reste le troisième terme schottien, l’‘origine’ liée au ‘saut’ auquel donner un sens. Mais ceci est une autre histoire.

    (…)

  • Le Lac de Peirce

    Le Lac de Peirce

    7.553. We are going to shock the physiological psychologists, for once, by attempting, not an account of a hypothesis about the brain, but a description of an image which shall correspond, point by point, to the different features of the phenomena of consciousness. Consciousness is like a bottomless lake in which ideas are suspended at different depths. Indeed, these ideas themselves constitute the very medium of consciousness itself. Percepts alone are uncovered by the medium. We must imagine that there is a continual fall of rain upon the lake ; which images the constant inflow of percepts in experience. All ideas other than percepts are more or less deep, and we may conceive that there is a force of gravitation, so that the deeper ideas are, the more work will be required to bring them to the surface. This virtual work, which the mathematicians call the ’potentials’ of the particles, is the negative of the ’potential energy’ ; and the potential energy is that feature of the image which corresponds to the degree of vividness of the idea. Or we may see that the potential, or depth, represents the degree of energy of attention that is requisite to discern the idea at that depth. But it must not be thought that an idea actually has to be brought to the surface of consciousness before it can be discerned. To bring it to the surface of consciousness would be to produce a hallucination. Not only do all ideas tend to gravitate toward oblivion, but we are to imagine that various ideas react upon one another by selective attractions. This images the associations between ideas which tend to agglomerate them into single ideas. Just as our idea of spatial distance consists in the sense of time that it would take with a given effort to pass from one object to another, so the distance between ideas is measured by the time it will take to unite them. One tries to think of the French for shark or for linchpin. The time that it will take to recover the forgotten word depends upon the force of association between the ideas of the English and French words and upon circumstances which we image by their distance. This, it must be confessed, is exceedingly vague ; as vague as would be our notion of spatial distance if we lived in the body of an ocean, and were destitute of anything rigid to measure with, being ourselves mere portions of fluid.

    7.554. Consciousness is rather like a bottomless lake in which ideas are suspended, at different depths. Percepts alone are uncovered by the medium. The meaning of this metaphor is that those which [are] deeper are discernible only by a greater effort, and controlled only by much greater effort. These ideas suspended in the medium of consciousness, or rather themselves parts of the fluid, are attracted to one another by associational habits and dispositions, — the former in association by contiguity, the latter in association by resemblance. An idea near the surface will attract an idea that is very deep only so slightly that the action must continue for some time before the latter is brought to a level of easy discernment. Meantime the former is sinking to dimmer consciousness. There seems to be a factor like momentum, so that the idea originally dimmer becomes more vivid than the one which brought it up. In addition, the mind has but a finite area at each level ; so that the bringing of a mass of ideas up inevitably involves the carrying of other ideas down. Still another factor seems to be a certain degree of buoyancy or association with whatever idea may be vivid, which belongs to those ideas that we call purposes, by virtue of which they are particularly apt to be brought up and held up near the surface by the inflowing percepts and thus to hold up any ideas with which they may be associated. The control which we exercise over our thoughts in reasoning consists in our purpose holding certain thoughts up where they may be scrutinized. The levels of easily controlled ideas are those that are so near the surface as to be strongly affected by present purposes. The aptness of this metaphor is very great. 7.553. Nous allons choquer les psychologues physiologistes, cette fois, en essayant non la prise en compte d’une hypothèse sur le cerveau, mais la description d’une image qui correspondra point par point aux différents traits du phénomène de conscience. La conscience est comme un lac sans fond dans lequel les idées sont suspendues à différentes profondeurs. Bien entendu, ces idées elles-mêmes constituent le milieu propre de la conscience elle-même . Seuls les percepts sont découverts par le milieu. Nous devons imaginer qu’il y a une chute de pluie continuelle sur le lac ; ce qui image le flux constant de percepts dans l’expérience. Toutes les idées autres que les percepts sont à plus ou moins de profondeur, et nous pouvons concevoir qu’il y a une force de gravitation, de telle façon que plus les idées sont profondes, plus il sera requis de travail pour les amener à la surface. Ce travail virtuel, ce que les mathématiciens appellent les « potentiels » des particules, est le négatif de l’« énergie potentielle » ; et l’énergie potentielle est ce trait de l’image qui correspond au degré de vividité de l’idée. Nous pouvons aussi dire que le potentiel, ou profondeur, représente le degré d’énergie de l’attention qui est requise afin de discerner l’idée à cette profondeur. Mais on ne doit pas penser qu’une idée doit être réellement conduite à la surface de la conscience avant de pouvoir être discernée. L’amener à la surface de la conscience serait produire une hallucination. Non seulement toutes les idées ont à tendre à graviter vers l’oubli, mais nous devons imaginer que les diverses idées réagissent les unes sur les autres par des attractions sélectives. Cela image les associations entre les idées qui tendent à les agglomérer en idées uniques. De même que notre idée de distance spatiale consiste dans le sens du temps qu’il faudrait, avec un effort donné, pour passer d’un objet à un autre, de même la distance entre les idées est mesurée par le temps que prendrait leur unification. Tel tente de penser au terme français pour shark ou pour linchpin*. Le temps qu’il mettra pour retrouver le mot oublié dépend de la force d’association entre les idées des mots anglais et français et des circonstances que nous imageons par leur distance. Ceci, dois-je le confesser, est excessivement vague ; aussi vague que le serait notre notion de distance spatiale si nous vivions dans le corps d’un océan et étions démunis de quoi que ce soit de rigide pour prendre des mesures, étant nous-mêmes de simples portions de fluide. »

    7.554. La conscience est plutôt comme un lac sans fond dans lequel les idées sont suspendues, à différentes profondeurs. Seuls les percepts ne sont pas recouverts par le milieu. La signification de cette métaphore est que celles qui sont plus profondes ne sont discernables que par un plus grand effort, et ne sont contrôlées que par un bien plus grand effort. Ces idées suspendues au sein de la conscience, ou plutôt elles-mêmes parts du fluide, sont attirées les unes les autres par des habitudes et des dispositions associatives, — ces premières en association par contiguïté, ces dernières en association par ressemblance. Une idée près de la surface n’attirera une idée qui est très en profondeur que dans la faible mesure où l’action doit continuer pendant quelques temps avant que cette dernière soit amenée à un niveau de discernement aisé. Pendant ce temps la première plonge dans une plus faible conscience. Cela semble être un facteur comme le momentum, de façon que l’idée qui était originellement plus faible devient plus vivace que celle qui l’a attirée. De plus, l’esprit n’a qu’une surface finie à chaque niveau ; dès lors, faire remonter une masse d’idées implique inévitablement en faire descendre d’autres. Un autre facteur encore semble être un certain degré de flottabilité ou d’association avec toute idée pouvant être vivace, ce qui appartient à ces idées que nous appelons des buts, en vertu de quoi elles sont particulièrement aptes à être remontées et maintenues près de la surface par les percepts qui affluent et, ainsi, à retenir toute idée avec qui elles peuvent être associées. Le contrôle que nous exerçons sur nos pensées dans le raisonnement consiste dans notre but de maintenir à la surface certaines pensées, où elles peuvent être étudiées. Les niveaux des idées facilement contrôlées sont ceux qui sont si près de la surface qu’ils sont fortement affectés par les buts présents.

  • Librairie Torcatis à 18h, le Jeudi 7 mai 2009 : Signature du livre de Francesca Caruana

    Signature du livre de Francesca Caruana

    Librairie Torcatis à 18h, le Jeudi 7 mai 2009 : Signature du livre de Francesca Caruana

    Arts, esthétique

    PEIRCE ET UNE INTRODUCTION À LA SÉMIOTIQUE DE L’ART (Ouverture Philosophique)

    Francesca CARUANA

    Cet ouvrage expose dans le domaine de l’interprétation de l’art une conception triadique du signe, au coeur de la théorie sémiotique inventée par le philosophe Charles S. Peirce (1839-1914). L’analyse sémiotique au carrefour des trois points de vue esthétique, critique et créatif, permet de dépasser la question du goût et la simple approche sensible, insuffisantes à embrasser la notion d’art.

  • Pierre DELION : LETTRE OUVERTE

    Vous pouvez signer la lettre en ligne et ajouter un message.

    Pierre DELION : LETTRE OUVERTE

    PROPOSITION POUR UNE DEFENSE DES SOINS PSYCHIQUES

    LETTRE OUVERTE AUX PARENTS D’ENFANTS D’ADOLESCENTS ET D’ADULTES AUTISTES, A LEURS PROFESSIONNELS EDUCATEURS PEDAGOGUES ET SOIGNANTS

    Pierre Delion

    Avril 2009

    Depuis plusieurs années, quelques rares parents d’enfants autistes règnent dans le monde des associations de parents d’enfants autistes par la terreur, les dénonciations, les calomnies ad hominem et la manipulation médiatique. Jusqu’à présent, nous étions un certain nombre de professionnels de la pédopsychiatrie à y voir le signe d’une souffrance telle qu’en vivent tous les parents dont un enfant est touché par une maladie, un handicap ou une difficulté majeure qui met en jeu son présent et son avenir. Entre-temps, les pratiques et les prises en charge éducatives, pédagogiques et thérapeutiques ont progressé quelquefois de manière notable, notamment en ce qui concerne les neurosciences, mais aussi les techniques éducatives et les psychothérapies intensives. Aujourd’hui, les équipes de pédopsychiatrie françaises se forment activement pour se situer dans cette perspective intégrative, réorganisent leurs dispositifs pour y accueillir les aspects complémentaires nécessaires pour la prise en charge de chaque enfant et engagent des réflexions cliniques, psychopathologiques et thérapeutiques en tenant compte des avancées des neurosciences, notamment dans la pratique des bilans diagnostiques, mais aussi dans l’élaboration d’hypothèses intégrant les différents aspects complémentaires.

    Nous arrivons ainsi à ce que d’aucuns appellent une « pédopsychiatrie intégrative » qui conjugue sous l’égide des parents, un développement des aides éducatives pour tous les enfants qui en ont besoin, une approche pédagogique à chaque fois que c’est possible et un soutien thérapeutique quand c’est nécessaire. Cette approche plurielle nécessite de se concerter avec les partenaires autour de l’enfant de façon à lui apporter au plus près de ses besoins définis lors du bilan, du diagnostic et des indications de prises en charge, les différentes aides nécessaires. Dans ces perspectives intégratives, le rôle de l’équipe de pédopsychiatrie est de proposer les soins dont chaque enfant a besoin en fonction de son histoire pathologique, de ses symptômes actuels et d’autres éléments qui sont déterminés par les ressources existant autour de l’enfant et de sa famille. C’est ainsi que certains enfants présentant des symptômes très préoccupants tels que les très graves automutilations, une violence mettant en péril la vie familiale, la poursuite de leurs soins et de leur intégration scolaire et finalement leur développement, peuvent recevoir des soins spécifiques tels que le packing ou enveloppements humides, ou une approche avec la pataugeoire, ou tout autre média qui peut faciliter l’instauration du lien avec l’enfant atteint de TED, et qui constituent autant de moyens utilisés par les équipes soignantes et souvent éducatives pour rentrer en contact avec ces enfants. Dans le grand ensemble de ces approches, le packing est une technique de soin qui appartient au groupe des techniques d’enveloppement requises pour rassembler le corps d’un enfant qui manque de contenance du fait de sa pathologie. Elle consiste à envelopper doucement un enfant qui garde ses sous vêtements, dans des serviettes trempées dans l’eau à la température du robinet (autour de dix degrés) jusqu’au cou, puis dans un drap sec, puis dans un tissu imperméable qui permettra un réchauffement rapide et dans deux couvertures chaudes. L’enveloppement dure environ une minute et en quelques minutes (deux à cinq), le corps de l’enfant se réchauffe soudainement produisant chez lui une détente musculaire importante, le surgissement de sourires et éventuellement de sons (et de paroles quand il a accès au langage) et d’échanges par le regard. La séance dure entre quarante cinq et soixante minutes et se termine par le « désenveloppement » de l’enfant, son rhabillage et le partage d’une collation avec les soignants qui sont restés avec lui pendant la séance. En fonction de la pathologie de l’enfant, l’équipe peut lui prodiguer plusieurs séances par semaine quand l’effectif des soignants le permet. Ces traitements peuvent durer plusieurs semaines ou mois en fonction de l’évolution clinique.

    Dans tous les cas, les parents donnent leur accord à cette prise en charge pour laquelle ils sont informés loyalement des effets attendus.

    Nous voyons désormais un grand nombre de professionnels participant à des équipes d’établissements du médicosocial venir nous demander d’apprendre la technique pour en faire bénéficier les enfants et les adolescents qu’ils accueillent. Quand c’est possible, la prise en charge par packing commence en milieu hospitalier et se poursuit dans l’établissement médicosocial avec des réunions de supervision communes aux équipes thérapeutiques et médicosociales dans le cadre d’une pratique de psychiatrie de secteur. La pratique de cette technique permet de ne pas utiliser les médicaments psychotropes de façon excessive et facilite la restauration des échanges entre l’enfant et ceux qui le prennent en charge, et donc avec ses parents et sa fratrie.

    Les reproches qui sont faits aux praticiens du packing au sujet du fait qu’ils ne demandent pas leur avis aux enfants ne sont pas recevables puisque dans les cas de la plupart de ces enfants, leur avis ne serait pas suffisant du fait de l’importance de leur retard de langage voire de leur déficience co-morbide, ce qui vaut pour tous les soins qui sont indiqués pour les enfants en question, et que ce sont les parents qui doivent donner un accord éclairé pour les soins proposés à leur enfant. Dans certains cas d’enfants qui parlent, nous leur présentons la technique et demandons aux parents d’en parler avec eux de leur côté. Et il n’est pas rare de voir un enfant sans langage nous prendre par la main lors des jours qui suivent les premières séances pour nous conduire dans la salle dans laquelle son enveloppement est réalisé. Ces reproches montrent à quel point un malentendu existe puisque nous ne parlons manifestement pas des mêmes enfants autistes : les uns ont un pronostic relativement favorable et peuvent bénéficier pleinement des approches éducatives si les parents le souhaitent, tandis que d’autres ont absolument besoin d’approches thérapeutiques du fait de la gravité de leur tableau clinique. Les praticiens sont dans l’obligation de tenir compte de tous les cas et ne peuvent s’en tenir à généraliser à partir d’un seul exemple. Et les parents le comprennent habituellement sans difficulté.

    Enfin, cette technique fait l’objet de l’expérience de très nombreuses équipes, et depuis plus de dix ans, des demandes ont été faites pour obtenir la possibilité d’en évaluer les effets thérapeutiques en référence aux critères habituellement reconnus en médecine et en psychiatrie sous la forme de dossiers de Programme Hospitalier de Recherche Clinique. Après plusieurs demandes déposées auprès des commissions ad hoc, un Programme Hospitalier de Recherche Clinique National a été obtenu en 2007, suivi d’un avis favorable du Comité de Protection des Personnes du CHRU de Lille ( à l’unanimité et à bulletin secret) fin 2008. Nous venons donc de rassembler tous les éléments qui nous permettent de lancer cette recherche pour démontrer les effets de cette méthode et en évaluer l’efficacité. Je rappelle qu’une telle évaluation ne peut être entreprise que si la technique est réalisée en fonction de critères éthiques admis par la communauté scientifique médicale. Ce qui est le cas pour notre recherche.

    Nous voici donc dans la position paradoxale d’avoir enfin réuni les éléments permettant d’évaluer clairement et rigoureusement ce que l’expérience nous montre depuis longtemps. Et c’est précisément à ce moment-là que des voix s’élèvent pour demander un arrêt de ces pratiques, sans avoir pris la précaution de se renseigner suffisamment sur elles ni auprès de ceux qui la proposent. Et loin de le faire dans un esprit consistant à s’informer à partir des expériences de ceux qui en expriment le besoin, à savoir des professionnels posant les indications de soins par packing pour les raisons déjà évoquées, mais aussi plus fréquemment que ces détracteurs ne veulent le reconnaître, par des parents qui y trouvent une réponse aux symptômes épouvantables que sont, entre autres, les automutilations graves.

    Je crois pour ma part que cet aveuglement manifesté par les calomniateurs tient à plusieurs raisons : premièrement, au fait qu’ils ont été blessés par des praticiens s’inspirant de la psychanalyse et souhaitent que tout ce qui s’en inspire soit banni à jamais, oubliant que si des psychanalystes ont sans doute commis des erreurs en ce qui concerne la prise en charge de l’autisme, la psychanalyse a eu un rôle prévalent dans la construction d’un savoir psychopathologique aux effets considérables sur les processus civilisateurs contemporains. Pour ce qui est de l’autisme, de nombreux praticiens formés aujourd’hui à la psychothérapie des enfants présentant des TED peuvent apporter un témoignage de leur travail dans ce domaine et plusieurs d’entre eux participent à une évaluation de leurs prises en charge.

    Le deuxième faisceau d’arguments se trouve dans le fait que les calomniateurs ne connaissent sans doute pas assez les cas les plus graves d’autisme, aboutissant trop souvent à des symptômes difficilement imaginables par la violence que ces personnes autistes produisent soit sur eux-mêmes soit sur autrui. Je pense d’ailleurs à ce sujet que les méthodes prônées de façon univoque ne peuvent pas répondre en général à toutes les formes d’autisme et qu’il y a bon nombre de malentendus qui résultent de cette méconnaissance. La méthode ABA pourra répondre à certains types d’autisme tandis que d’autres méthodes ou techniques pourront répondre à d’autres types. Il en va de même pour la plupart des symptômes. Ce qui nous conduit à penser des prises en charge multiples et complémentaires réfléchies avec les parents en fonction de chaque cas. Et d’ailleurs, les praticiens du packing ne proposent en aucun cas d’étendre la technique à tous les enfants autistes, juste à ceux qui en ont besoin. Troisièmement, il apparaît que lorsqu’une technique est efficace pour certains patients, je suis toujours surpris que des parents, dont ce n’est sommes toutes pas le métier, puissent s’arroger le droit d’empêcher d’autres parents d’en bénéficier pour leur enfant, les soumettant ainsi à une tyrannie qui se fait passer pour la vérité, y compris en utilisant la science comme caution, quand elle n’est que l’expression d’une intolérance vertigineuse et peut-être la couverture d’une publicité commerciale, voire sectaire, pour la méthode encensée. Et d’ailleurs, n’ayant pas les arguments pertinents pour leur plaidoyer, ils manipulent les médias pour faire pression sur l’opinion de façon à obtenir par la rue ce que les procédures classiques ne peuvent leur donner.

    Les autres approches proposées dans les lieux de soins des équipes de pédopsychiatrie française, c’est-à-dire les hôpitaux de jour qu’il est devenu habituel de critiquer sans vergogne, sont également menacées par ces nouveaux contempteurs de la psychiatrie : ne nous faisons aucune illusion, leur haine tenace a l’ensemble des équipes de pédopsychiatrie dans le collimateur, et sitôt le packing interdit, ce sont les autres soins qui seront les victimes suivantes. Car à quelque chose près, il s’agit de la même pensée clivante et simplificatrice qui consiste à utiliser la calomnie quand on est à court d’arguments recevables. Jusqu’à présent, j’avais supporté avec une indulgence trop bienveillante ces procédés dignes de régimes totalitaires de sinistre mémoire, mais aujourd’hui, la limite est franchie, il n’est pas possible de continuer à accepter de quelques parents qui ont dépassé la norme du fonctionnement démocratique, les pratiques qu’ils utilisent pour occire leurs opposants sur le modèle inquisitorial.

    Je demande à tous les parents qui bénéficient pour leurs enfants de prises en charge dans les secteurs de pédopsychiatrie de France de nous aider à aider leurs enfants dans la poursuite de la mise en œuvre de telles prises en charge avec tous les partenaires nécessaires, étant entendu que ces équipes qui les accueillent sont dans un processus de formation à l’intégration des différents aspects complémentaires : l’éducatif, la pédagogie et les soins psychiques.

    Je demande à tous les professionnels des équipes de pédopsychiatrie française de se ressaisir, et de ne pas continuer à accepter les calomnies dont nous sommes aujourd’hui pratiquement tous victimes de façon scandaleuse et injustifiée, et de développer avec les parents des enfants qu’ils accueillent dans le cadre d’une politique de secteur bien comprise, des actions qui visent à montrer que les agresseurs ne sont pas les seuls à pouvoir parler de l’autisme de façon autorisée, et notamment de ce qu’ils ne connaissent pas personnellement et que leurs calomnies montre de façon éclatante ; j’en profite pour dire qu’il ne suffit pas de lire des informations sur internet pour devenir compétent de ce seul fait. Si je répugne à demander aux parents de nous aider, je crois qu’aujourd’hui, après avoir observé en silence les dégâts réalisés par notre attitude antérieure de neutralité bienveillante, il n’est plus possible de laisser se répandre de telles manifestations de haine sans que cela ait des conséquences sur le travail que nous menons.

    Je demande aux scientifiques de faire l’effort conceptuel d’avancer sur les chemins des neurosciences autant que faire se peut, mais sans réduire les pratiques admises aux seuls résultats validés. Par définition, avant d’être validés toutes les hypothèses doivent pouvoir être envisagées, posées, travaillées, sans courir le risque d’être disqualifiées pour des raisons idéologiques, si les conditions éthiques dans lesquelles ces soins se délivrent font l’objet d’un consensus accepté par les instances concernées. Je ne parle pas là des caricatures toujours faciles à faire pour dénigrer celui qu’on veut déstabiliser.

    Je demande aux politiques de ne pas tomber dans la posture démagogique qui consisterait à tenir compte de ceux qui font le plus de bruits sans tenir compte des différents points de vue concernés. Bien au contraire, nous avons vu que c’est de la mobilisation des parents d’enfants autistes qu’est venue la possibilité de faire remonter auprès des décideurs les manques insondables en matière de prises en charge sur tout le territoire national. Ils doivent tenir compte de l’ensemble de la problématique présentée, et aussi prendre en considération les avis exprimés par les professionnels et leurs représentants. C’est de cette articulation fondamentale que leur rôle pourra produire les meilleurs effets de déblocage des crispations insupportables auxquelles nous sommes arrivés.

    Je demande aux administrations nationales, régionales et locales de nous aider à mettre autour de la table de discussion, quitte à se faire aider d’un médiateur, tous les partenaires qui gravitent autour de la question de l’autisme pour que le dialogue qui est le seul ressort sur lequel nous pourrons avancer puisse devenir le scénario le plus fréquent.

    Je demande aux médias dont le rôle de quatrième pouvoir se vérifie de plus en plus, de continuer à tenir bon sur leur rôle qui consiste à informer le citoyen de la façon la plus objective possible en donnant la parole aux différentes parties en présence, et de ne pas tomber dans une utilisation pervertie de leur outil, qui accentuerait, déformerait et conflictualiserait les souffrances des uns contre les autres dans une visée médiamétrique aux effets ravageurs sur les personnes directement concernées, alors que cet outil recèle des possibilités pédagogiques énormes quand il est justement utilisé. La psychiatrie est aujourd’hui un bouc émissaire trop facile à désigner. Les professionnels qui y travaillent font dans la plupart des cas tout ce qui est dans leurs capacités pour rester humains dans la relation qu’ils instaurent avec les patients qui leur sont confiés. A trop leur faire porter l’ensemble des malheurs qui touchent la population des personnes autistes, on risque d’aboutir à un « burn out » généralisé qui aurait des conséquences désastreuses en matière de psychiatrie, et in fine, sur le plan sociétal. Les médias peuvent nous aider puissamment à un véritable débat démocratique.

    Je demande enfin à tous les citoyens de ce pays de ne pas oublier que nous sommes des corps et des esprits humains, dont les deux aspects sont inséparables. Une maladie, même d’origine génétique ou neurologique, connaît toujours des développements qui englobent le psychisme du malade, et contribuer à une meilleure santé nécessite d’associer des approches physiques et psychiques pour y parvenir. Les soins psychiques proposés par les équipes de psychiatrie de secteur aujourd’hui ont pour objectif d’aider à cette démarche dans un climat pacifié. Toute polémique haineuse ne peut qu’en minimiser les effets bénéfiques attendus.

    Documents joints

  • Une journée avec… Pierre Delion

    LE 25 AVRIL 2009 À PARTIR DE 9H 30,

    Une journée avec… Pierre Delion

    À L’ÉCOUTE DU PORT DE CANET-EN-ROUSSILLON

    « Une journée
    avec…
    Pierre Delion »

    L’accueil des participants se fera à partir de 9h
    autour d’un petit déjeuner, puis nous aurons trois
    temps d’échanges : le matin, dès 9h 30, Pierre
    Delion nous présentera une vue en perspective de
    ses travaux et conceptions, tels que présentés, par
    exemple dans Tout ne se passe pas avant 3 ans, et
    l’après-midi, à 14h 30, puis de 16h 30 à 18h, il
    reprendra certains thèmes cruciaux dans la pratique
    de soin autour de l’articulation des différentes
    conceptions de la prise en charge des enfants.

    Les Associations APEX, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette treizième
    « journée avec… » ont demandé à Pierre Delion de venir évoquer son travail
    auprès des enfants souffrant d’autisme ou de psychose, et de différents champs,
    reliés, que ce soin nécessite, entre autres ceux des pathologies, de leur conception et leur délimitation, et des soins dans un collectif, incluant la question des rapports aux familles.

  • PSYPROPOS 2009 : LUNDI 23 MARS 2009

    PSYPROPOS 2009 : LUNDI 23 MARS 2009

    LUNDI 23 MARS 2009
    Psypropos 2009 c’est parti !

    Conférence inaugurale

    PSYPROPOS 2009

    sur le thème :

    Détour et répétition

    Cristoforo Armeno raconte, dans un conte persan, que le roi Giafer de Serendip avait trois fils fort bien éduqués. Aucun d’entre eux n’acceptait de régner à la suite de son père. Alors, le roi les envoya parfaire leur instruction dans les pays étrangers. En route, ils rencontrèrent un conducteur de chameaux, qui en avait perdu un. Il leur demanda s’ils ne l’avaient pas vu par hasard. Les jeunes princes, qui avaient remarqué sur le chemin les pas d’un semblable animal, lui dirent qu’ils l’avaient rencontré et, afin qu’il n’en doutât point, l’aîné des trois princes lui demanda : « – Ton chameau n’est-il pas borgne ? » ; le second, interrompant, lui dit : « – Ne lui manque-t-il pas une dent ? » et le cadet ajouta : « – Ne serait-il pas boiteux ? » Le conducteur assura que tout cela était vrai… Subtile illustration de l’émergence de la trouvaille, par le détour qui donne à chacun une place irremplaçable dans son dialogue avec autrui.

    Loin du conte et de toute mythologie, lorsque le maître moderne interdit le détour et fixe la ligne droite comme unique chemin sans horizon, son discours ne tend-il pas à effacer l’équivoque pour produire une société sans dire, un monde où seule vaut la norme, l’objectivation et la signification ? Eradication des troubles, multiplication des fichiers et des caméras, veille de l’opinion, politique sécuritaire, préjugés et prédictions, empire de la méthodologie et de l’évaluation : la réalité en pleine face oublie le sens et assigne au Réel. Plus question de métonymies, de métaphores, de rêves : chacun doit être transparent et conscient de l’être. Foucault ne s’y était pas trompé avec sa définition du panoptisme.

    Pourtant, l’aptitude au détour – motif de l’invention, parcours labyrinthique ou rencontre inattendue – de même que la poésie ou la phrase musicale sont facultés d’accueillir le nouveau qui se présente toujours là où on ne l’attend pas. Et l’importance de la copie pour les artistes en est une illustration paradoxale : l’imitation n’est-elle pas indispensable à l’inscription, au savoir du corps ? La puissance créatrice de Picasso n’a-t-elle pas été, cette année, magnifiquement exposée au cœur des œuvres des Maîtres qui l’ont précédé ou côtoyé ? Tout enfant, en silence, imite ceux qui l’entourent et favorisent sa croissance.

    L’expérience psychanalytique, qui propose l’errance dans la langue, enseigne que l’association libre, les formations de l’inconscient et le dispositif analytique même sont trois des conditions de l’émergence de la vérité subjective, via un trajet où l’intention s’efface devant la surprise, lorsque le sujet met au travail son inconscient et consent à entendre que se répètent les empêchements, les évitements, telles les embrouilles du désir.

    Alors, propice à la rencontre, mêlé de répétition, le détour ne vaut-il pas également comme trace de la pulsion ou métaphore de la jouissance ? L’inédit ne s’espère-t-il pas, précisément, de se laisser pressentir comme déjà là, comme l’enseigne Lacan ? Ne s’inscrit-il comme événement que sur fond de répétition ? Qu’en est-il du concept de progrès et de ses formes modernes, scientifiques ou techniques ? De la répétition de l’Histoire si, comme le formule Freud, il n’existe pas de pulsion de perfectionnement ?

    Conférence d’ouverture en juin 09 (info. ultérieure)
    Journées d’automne :
    à Blois le samedi 3 Octobre 09 Auditorium de l’Abbé Grégoire
    à Orléans le samedi 14 novembre 09 au Muséum des Sciences naturelles
    et peut-être en décembre une soirée avec Roland Gori (Appel des appels) qui n’est pas disponible pour les autres dates que nous lui avons proposées.

    A suivre…

  • Psynem, site d’information sur la pédopsychiatrie

    Psynem, site d’information sur la pédopsychiatrie

    Psynem , site d’information sur la pédopsychiatrie

    Psynem se veut un outil de référence, à l’usage des étudiants, des chercheurs, des professionnels de santé en psychiatrie infantile. A vocation interdisciplinaire, il se veut ouvert aux approches actuelles, psychanalytiques, périnatales, développementales, neurologiques, sans exclusion de l’une par l’autre, mais dans la certitude que la complémentarité et la transdisciplinarité seront les voies de recherches futures.

  • Journée avec… Salomon Resnik

    Journée avec… Salomon Resnik

    Le 14 mars 09 à Canet

    Journée avec… Salomon Resnik
    Le 14 mars 2009 à partir de 9h 3O
    à l’Écoute du Port
    Port de Canet-en-Roussillon

    Les Associations APEX, ÉQUINOXE et AFPREA, organisatrices de cette douzième « journée avec… » ont demandé à Salomon Resnik de venir évoquer son œuvre et son travail qui couvrent plus d’un demi-siècle. Ses rencontres,

    évoquées dans le récent ouvrage Culture, fantasme et folie, avec Mélanie Klein, Winnicott et bien d’autres l’ont amené à devenir une des grandes personnalités de la thérapie des psychoses et de l’autisme infantile.

    L’accueil des participants se fera à partir de 9h autour d’un petit déjeuner, puis nous aurons trois temps d’échanges :

    le matin, dès 9h 30 Salomon Resnik nous présentera une vue en perspective de ses travaux et conceptions, et l’après-midi, à 14h 30, puis de 16h 30 à 18h il discutera autour de cas présentés par des équipes de soin en pédo

    psychiatrie. Toute équipe désirant présenter un cas doit se faire auparavant connaître de nous.

  • « Politique ta mère » ou Le destin de Jennifer

    « Politique ta mère » ou Le destin de Jennifer

    par une non-Zuppienne mal identifiée : Françoise-Ginette-Jennifer PIERENS

    « Politique ta mère »

    ou

    Le destin de Jennifer

    ####

    « Ne dis jamais ça à ton père……!!!!!! »

    Agée de 4 ans, prénommée Jennifer, je fréquentais l’école d’une ZUP en 1984. En raison de la carte scolaire, cette école accueillait quelques enfants « gauche-caviar ». Les autres parents « non-zuppiens » avaient trouvé plus sécurisant, pour l’avenir de leurs enfants, de les scolariser dans les écoles privées du centre-ville.

    Entre beaucoup de Jennifer, Jessica, Cindy, Mickaël, Johnny et Kévin, on pouvait découvrir quelques Charlotte, Clémence, Charles et Edouard.

    En 1981, la France s’était émue de graves incidents survenus à Vénissieux près de Lyon, et le gouvernement ne pouvait rester muet devant l’ampleur médiatique des évènements. Ne rien faire et ne rien dire auraient compromis les élections à venir. Alors le Premier Ministre de la France décida qu’il fallait faire semblant de faire quelque chose. Il réunit une savante commission dont aucun des membres n’avait jamais habité une HLM, et décida d’apporter de l’argent à 23 quartiers prioritaires ( c’est à dire 23 quartiers de misère ). On appela cela le DSQ ………….entendez par là « Développement Social des Quartiers ».

    Puis en 1982, le Ministre de l’Education Nationale décida de la création des ZEP ( Zone d’Education Prioritaire ).

    J’avais 4 ans, j’habitais une ZUP, dans un des 23 quartiers DSQ, et mon école était classée ZEP.

    J’avais beaucoup de difficultés à parler parce que ma mère n’avait jamais le temps, ni de m’entendre, ni de répondre. Et puis dans l’appartement, il y avait beaucoup de bruits d’enfants, de grandes personnes connues et inconnues, et j’avais vite compris qu’il ne servait à rien de parler et encore moins de poser des questions.

    Parmi les cris, je percevais à intervalles réguliers ceux d’un nouveau bébé. J’avais remarqué qu’environ une fois par an, maman s’absentait quelques jours de l’appartement, et qu’elle revenait chaque fois avec un marmot hurlant.

    Les jours qui suivaient, il y avait un défilé incessant de gens connus ou pas, venus trinquer à la santé du nouveau bébé………Personne ne le regardait, ni lui, ni moi, ni tous les autres enfants, mais il n’y avait jamais assez de verres propres pour chacun. Et chaque matin, c’était très fatigant d’aller à « super-machin » pour acheter de nouvelles bouteilles.

    J’avais aussi remarqué que pendant les quelques semaines qui suivaient l’arrivée du nouveau bébé, maman ne se plaignait pas de l’argent qui manque. Elle se montrait même très généreuse en gâteaux , bonbons, et coca-bidules….à croire qu’il suffisait d’un nouveau bébé pour acheter tout ce que l’on voulait. Une expression magique résonne encore dans ma tête « Prime de naissance ».

    (…)

  • Canet, le 23 février 2009. Sur Klemperer, suite : la L. B. I.

    Canet, le 23 février 2009. Sur Klemperer, suite : la L. B. I.

    Canet, le 23 02 2009

    La LBI

    M. B. : Nous sommes le lundi 23 février 2009, je vous l’annonce. J’aimerais bien, soit poursuivre un peu la réflexion entamée la dernière fois, si ça vous intéresse, soit que vous me relanciez sur quelque chose, et je parlerai de ce qui vous intéresse. Alors ? Non, il y a rien qui vient ? En attendant, il faut absolument que je vous lise un petit morceau du bouquin, parce que ça donne la clef de beaucoup de choses. Je vous explique, puisqu’il y a deux nouveaux parmi nous, la dernière fois j’ai à peu près consacré tout mon temps à parler d’un type qui s’appelle Klemperer, l’auteur de LTI, la langue du IIIe Reich, livre qui rassemble des morceaux choisis de son journal, qui a été publié. Victor Klemperer a vécu à Dresde de 1881 à 1960, autrement dit il est arrivé avec l’école publique, laïque et obligatoire. Je ne sais pas quand l’école est devenue laïque, publique et obligatoire en Allemagne ?

    O. F. : Bien avant. Mais en fait l’influence de l’école est liée au protestantisme, et donc l’accès à la lecture de la Bible de façon individuelle.

    M. B. : Oui, mais laïque ?

    O. F. : La laïcité, eh bien, littéralement ils ne l’utilisent que depuis 1870.

    L’administration s’est mise en place à cette époque-là, avec des droits sociaux quand même bien plus en avance que ce qu’il y avait en France.

    M. B. : Ah, c’est la fameuse ‘tactique éprouvée’ de Karl Liebknecht, l’autre, — parce que vous connaissez peut-être Karl Liebknecht le grand révolutionnaire, l’ami de Rosa Luxembourg, les spartakistes, mais ce Karl Liebknecht-là, c’est un autre, celui qui a dirigé le syndicat ouvrier allemand pendant de nombreuses années, et qui avait exprimé cette idée forte qui est de dire : le syndicat ne se laissera pas ébranler par les spartakistes, en particulier, parce que notre vieille tactique éprouvée nous a permis de conquérir pied à pied des améliorations de la vie ouvrière. Puis il y a eu 33 ! la vieille tactique éprouvée s’est retrouvée très éprouvée, ça a été terrible !

    Donc, 1881-1960, un type qui a vécu à Dresde, il faut l’imaginer, ça. D’abord, il faut aller à Dresde, ça vaut le coup, une ville impossible, sinistre, atroce. Vous la connaissez la ville de Dresde ? En l’Allemagne du sud, entourée des camps Sobibor, etc., et Dresde a vécu à partir de 33 sous la férule nazie puis, à partir de 45 sous celle de Staline et ses acolytes. C’est tout à fait extraordinaire qu’un type comme Victor Klemperer ait pu vivre, — enfin il faut se le représenter, ça, — vivre dans Dresde depuis 1881 jusqu’à 1960. C’est à peine imaginable. Dans la première période, comme je vous le faisais remarquer la dernière fois, de 1881 jusqu’à 1933 c’était un homme ordinaire qu’on n’aurait jamais repéré. À partir de 1933 jusqu’en 1945 c’était un sous-homme, un juif, et puis de 1945 à 1960 ça a été un héros, et c’est le même bonhomme pourtant, je veux dire qu’il n’avait rien fait pour être tout ça, ni juif ni héros, je veux dire que ça lui est arrivé comme un malheur. Il ne pensait pas qu’il était juif, il s’en foutait, enfin la question ne se posait même pas. L’intégration était telle que la question de la judéité ne se posait pas comme en Autriche, où là par contre c’était beaucoup plus sec. Il suffit de voir toutes les plaintes de Freud ! Dans ses écrits officiels on ne le voit pas trop, mais dans la quantité innombrable de lettres qu’il a écrites, il se plaignait souvent du statut des juifs en Autriche. Il ne pouvait pas être professeur entre autres à cause de ça. Klemperer était professeur de littérature française, spécialiste, si je me souviens bien, du XVIIIe siècle. En 33 il a été destitué de son poste, et il a travaillé comme ouvrier dans des usines diverses à Dresde. En 45, il a enfin pu vivre correctement, dans une maison, que je suis allé voir, une petite maison sympa, en petit bourgeois qu’il était. Entre temps, il a vécu dans la maison des juifs de 1935 jusqu’à 45 je crois, maison qui était réservée aux couples mixtes ; mixtes, il y a des trucs qui effraient, mixtes ! Alors, mixtes pourquoi ? parce que lui, était juif, et elle, sa femme, aryenne. Je vous rappelais la dernière fois qu’une des phrases que j’avais trouvé les plus épatantes, enfin il y en a plein de phrases épatantes dans ce livre mais il y en a une qui est extraordinaire, c’est lorsqu’il dit : au fond quand j’essaie de réfléchir à ce que je reproche le plus à Hitler, c’est de m’avoir obligé à réfléchir à cette stupide question des juifs et des aryens. Quel humour terrible !

    (…)

  • Canet, le 09 février 2009, Sur Klemperer

    Canet, le 09 février 2009, Sur Klemperer

    Sur Klemperer, Canet, le 09 02 2009

    Victor Klemperer a écrit son journal quotidien, dont une partie, de 1933 à 1941, a été publiée sous le nom de Mes soldats de papier, sur des petits bouts de papier. Il est des livres comme celui-là dont le mode de production est essentiel. J’en connais un autre, Le scaphandre et le papillon de Jean-Dominique Bauby, dont il faut lire chaque lettre, puisqu’on sait qu’il a dicté ce texte avec sa seule paupière. Ces deux livres forcent l’admiration.

    Klemperer est né en 1881 à Dresde et il y est mort en 1960. Il a donc passé toute sa vie dans cette ville, ce qui, en soi, est une épopée car était juif. Professeur de littérature française, en 1933 il a été destitué de sa chaire, est devenu manœuvre, contraint de travailler en usine, dans les conditions qu’on imagine, mais il a survécu. Étant « demi-juif » (!) pour avoir épousé, par hasard, une « aryenne », il avait le droit de survivre dans la « maison des Juifs ». En 1945, sa déportation est décidée, le jour du bombardement de Dresde et ses 100 000 morts. N’épiloguons pas sur ce massacre. Les services de répression sont désorganisés, Klemperer s’enfuit dans la forêt, et parvient à retrouver ses petits bouts de papier. Arrive l’Armée Rouge. Et Klemperer va vivre le reste de sa vie sous la férule de Staline et consorts. Après avoir été un homme du commun jusqu’à Hitler, puis sous-homme sous Hitler, il se retrouve héros sous Staline, ce qui impliquait pour lui un certain nombre de devoirs, comme faire des conférences un peu partout. C’est ce qui justifie le commentaire de ces trois pages, qui vous donneront à la fois le style de Klemperer, et ce qu’il tente de noter : l’évolution et l’empoisonnement, en quelque sorte, de la langue allemande par les mots du IIIe Reich, une novlangue qu’il nommera LTI , Lingua Tertii Imperii, ce troisième empire qui devait durer mille ans. Voici le texte et ses commentaires.

    (…)

  • IIèmes Journées de La Palabre

    Le Samedi 4 Avril 2009, Salle Paul Ricoeur, Fondation John Bost, La Force

    IIèmes Journées de La Palabre

    L’Association Culturelle « LA PALABRE »
    La Force (Dordogne)
    et
    L’Association L’ATELIER
    Nersac (Charentes)

    vous invitent à leur 2ème journée annuelle de formation

    Créativité…création…

    re-création…

    Le Samedi 4 Avril 2009

    Salle Paul Ricoeur

    Fondation John Bost

    La Force

    Avec la participation du Docteur Jean OURY

    et de Michel BALAT

  • Inscription sur PaperBlog

    Inscription sur PaperBlog

    Je valide l’inscription de ce blog au service Paperblog sous le pseudo balatmichel

  • Fantaisie-Impromptu

    Fantaisie-Impromptu

    Ah ! ah ! Monsieur est Peircien ? c’est une chose bien extraordinaire ! Comment peut-on être Peircien ?

    C’est une malédiction Madame ! Devoir sans cesse ânonner l’alphabet de cette langue : quel ennui !

    Vous pourriez vous montrer plus aimable ! (à part) Quel original !

    Je vous ai entendue… L’originalité, Madame, est la catégorie de la pure présence, de ce dont l’être ne dépend de nulle autre chose, de ce qui est simplement possible. A peine la remarquez-vous qu’elle s’enfuit, effarouchée, vous y livrez-vous qu’alors vous ne vous savez même plus être : la conscience frémit et s’abolit.

    Existe-t-il une telle chose !

    Mais l’existence est autre chose ! Elle est marquée d’altérité, de résistance, d’effort et de réaction. Le réel brut, l’être-là de l’existant, le Secondat, Madame, s’impose vivement à vous : il m’arrive parfois d’appeler celui-ci l’obsistant, condensation des mots « objet » et « existant ». Il faut être deux pour exister.

    Ah ! vous me transportez ! Allez-vous finir par me persuader que moi aussi… comme vous…

    Documents joints

  • XXIIIe Journée Nationale de Psychothérapie Institutionnelle

    XXIIIe Journée Nationale de Psychothérapie Institutionnelle

    Samedi 28 février 2009 à Blois

    XXIIIe
    JOURNÉENATIONALE
    DE
    PSYCHOTHÉRAPIE
    INSTITUTIONNELLE

    SOIN & DIALECTIQUE INSTITUTIONNELLE

    « Soin », nous en avons déjà parlé, ne serait-ce que lors de la Xe journée nationale de Psychothérapie Institutionnelle du 15 mars 1997.

    C’est un mot apparemment simple qui traverse incognito des bar rières invisibles. En général, ça ne gêne pas, on continue son chemin comme si de rien n’était. Il faut peut-être retourner sur ses pas et s’arrêter, prendre une vieille diligence, celle de la « signification », ce qui apparemment ne sert à rien. Ça arrive d’attendre l’inutile.

    « To take care » : prendre soin, avoir le souci de, être attentif, vigilant, disponible. Ça ne s’incarne pas dans le personnage du « soignant » ou du « soigné » : surtout ne pas fétichiser les « statuts » mais être sensible aux « qualités intensives », comme le dit Freud. Sensible aux variations subtiles d’atmosphère, de « Stimmung ».

    Le soin, c’est peut-être d’abord se poser la question du « comment » et non du

    « pourquoi ». C’est per mettre que se disposent les arcanes de l’insolite, du non-

    manifeste. Ne s’agit-il pas d’une création permanente, création d’un espace de rencontre, d’un « possible » toujours en souffrance ?… Notre travail est peut-être le maintien d’un certain topos tissé de fils invisibles dont la fonction est d’accueillir – même s’il ne se présente pas – autrui, dans sa déréliction, dans sa misère plus ou moins camouf lée. Le soin est une sorte de pli, de décision éthique, de persévérance.

    Tout ceci ne peut se réaliser que collectivement, par une dialectique institution-nelle qui tient compte des systèmes fantasmatiques de tout un chacun, du

    transfert multiréférentiel, des groupes, des constellations…

    Jean OURY

    La journée aura lieu le Samedi 28 février 2009 à la Halle aux grains de BLOIS

    En fin d’après midi, un spectacle mis en scène par notre ami Gilles Marais

  • Soin et relation dans l’éveil du coma

    Soin et relation dans l’éveil du coma

    Introduction

    Il serait peut-être judicieux d’indiquer tout d’abord quelles conceptions du soin sont au fondement du travail des équipes de la clinique de Château Rauzé à Cénac, près de Bordeaux, premier établissement entièrement conçu pour s’occuper des traumatisés crâniens ayant vécu un long coma. Le soin y est pensé comme un processus continu mettant en jeu un complexe relationnel – ce que Freud a découvert comme ‘transfert’ – entre les personnes en présence. Celui-ci peut être considéré de plusieurs points de vue, chacun faisant apparaître une dimension présente en lui. Le champ couvert par cette conception est immense, puisqu’il va, par exemple, de la moindre intervention sur le corps (piqûre, pansement, etc.) à la politique de la santé : il ne sépare rien. (On peut comprendre, dans l’exemple choisi, le lien entre la politique de la santé et la piqûre si l’on songe à l’histoire de l’asepsie, sa naissance, ses avatars et sa diffusion.) C’est donc autour de cette idée-force que se constitue ce que nous pourrions appeler l’« institutionnalisation » de la clinique. Nous entendons par ce terme l’ensemble des groupes, réunions, articulations, mises en œuvre pour pouvoir « traiter » l’établissement comme une sorte d’organisme vivant.

  • Zoubida, la fortune

    Zoubida, la fortune

    Hommage à Zoubida Hagani, Oran 1997

    La Fortune était cette déesse des Latins dont l’original était Tuché, déesse du panthéon Grec, qui symbolisait la rencontre et le hasard, et donc le hasard de la rencontre. « Comment as-tu rencontré Zoubida ? » n’a pas d’autre vraie réponse, s’il y a en une, que « par hasard ! » ; car énoncer les circonstances, suivre les trajectoires de chacun, ne pourra jamais que démontrer « qu’il ne pouvait en être autrement ». Alors disons que Zoubida est descendue, de l’Olympe, de l’Atlas ou du Canigou, pour déposer autour d’elle de la tuché.

    Documents joints

  • TOUT CECI N’EST PAS NOUVEAU par Jean Oury

    TOUT CECI N’EST PAS NOUVEAU par Jean Oury

    « Tout ceci n’est pas nouveau »

    Lecture par Jean Oury, lors de la séance de son séminaire à Sainte-Anne (21 janvier 2009) du message qu’il a envoyé récemment aux « copains » :

    ÉCOUTEZ !

    Voici la transcription qu’en a faite Annick Bouleau, et qui sera intégrée aux prochaines ’prises de notes’ de cette séance du 19 janvier :

    « TOUT CECI N’EST PAS NOUVEAU. »

    Déjà à l’automne 1967, je dénonçais un avenir hyperségrégationniste lors des Journées sur l’enfance aliénée. Mais le temps passe. Et les retombées de 68 ont vu se développer très rapidement l’univers des gestionnaires. Pas simplement en psychiatrie, mais sur le reste de toute la médecine et de l’éducation. Tout le monde devenait client. Et la logique de l’entreprise s’est mise très rapidement en place. Nous sommes tous devenus des produits dans cette concrétisation de ’l’économie restreinte’.

    On a vite reconnu le profil, appuyé naïvement par des idéologies pseudo-révolutionnaires complices de la transformation des hôpitaux de toutes sortes en machines administratives fonctionnant de façon ubuesque dans le brouhaha assourdi des tiroirs caisses. L’idéologie galopante — cours séjours, suppression des « malades », réduction drastique du personnel : infirmiers, médecins, etc, pseudo-concept de “santé mentale”, surencombrement paradoxal, logique pseudo-technocratique avec hyper-cloisonnement hiérarchique, etc.

    La suppression de plus de 100000 lits en psychiatrie, des écoles d’infirmiers psychiatriques, le numerosus clausus des médecins, etc… qui s’est opposé vraiment à ça ?

    Ça fait des dizaines d’années que nous dénonçons la destruction de la psychiatrie. Il a fallu beaucoup de bonne volonté ou d’inconscience politique pour en arriver là. Alors, maintenant, qu’un moustique, ou une puce, vienne s’agiter et proclame l’accomplissement de la destruction de la psychiatrie, de l’éducation, pourquoi pas ? bien que les puces transmettent la peste qui a toujours été une maladie internationale. Bien sûr, Hitler, aussi, était une puce qui a été lancée sur le marché par le grand capital. On en voit le résultat.

    C’est pas fini ! surtout, soutenu par cette Armada de pseudo-sciences de toutes sortes camouflant sans trop le savoir une idéologie de mort programmée. Que ce discours de Sarkozy et toutes ses pirouettes nous réveille de la léthargie politique qui date de loin, nous pourrons peut-être en saluer l’opportunité.

    Il est peut-être encore temps de profiter de cette occasion un peu sordide pour redéfinir collectivement ce qu’il en est de la psychiatrie et de L’ACCUEIL dans les services hospitaliers, accueil rendu difficile par le manque de personnel et la montée au pouvoir des idéologues pseudo-positivistes d’autant plus puissants qu’ils ignorent absolument le matériau sur lequel ils s’implantent. Mais qui les a laissé faire depuis si longtemps ? Qui s’est vraiment opposé à la montée d’un bureaucratisme aussi débile ?

    Nous souhaitons que des regroupements se constituent à partir des réflexions concrètes de notre travail de base, contre ce cloisonnement de fausse hiérarchie, aussi bien en psychiatrie, en pédagogie, etc., cloisonnement d’une logique néopositiviste dégénérée, sorte de division du travail ridicule et tragique. Hegel ne disait-il pas déjà avant 1800 que la division du travail était une des bases de l’aliénation sociale. Après “68”, on avait essayé de mettre en place ce qu’on avait appelé des “collèges” de formation, de réflexion : ça n’a pas fait long feu, par l’infiltration d’une sorte d’intellingenstia absolument incompétente. Tout reste donc à faire, à se réunir, à se constituer en cellules de réflexion concrète, pourquoi pas ?

    Cet article, rédigé par Annick Bouleau est tiré du site « Ouvrir le cinéma« , dont elle est une des animatrice.

  • Formation à l’observation du nourrisson

    Formation à l’observation du nourrisson

    Formation à l’observation du nourrisson

    Télécharger le document

  • Blog-Tone de Ginette : Une vie de peuplier, Lundi 12 janvier 2009

    Blog-Tone de Ginette : Une vie de peuplier, Lundi 12 janvier 2009

    Une vie de Peuplier

    ********

    « C’est très beau un arbre dans un cimetière. On dirait un cercueil qui pousse » Pierre Doris.

    Moi je n’ai pas eu cette chance, ma vie ne s’est pas déroulée dans un cimetière. Jamais personne n’est venu me dire que j’étais beau.

    J’ai vu le jour il y a 28 ans, c’était en 1980. De cette année, il n’y a rien de remarquable à retenir. La France ne votait pas, ne se mettait pas en grève. Le Président de la République goûtait aux joies du Pouvoir, il avait bien raison, en 1981 il ne serait plus Président, ce qui le rendra très triste.

    1980 a quand même vu la mort de Jean-Paul Sartre (le 15/4/80 à l’âge de 75 ans), de Joe Dassin (le 20/8/80 à l’âge de 42 ans), de Tex Avery (le 26/8/80 à 72 ans). . . . . . . . et surtout celle de John Lennon (le 8/12/80 à 40 ans).

    Pour le reste, Lech Walesa créait le syndicat Solidarnosc et Indira Gandhi revenait au pouvoir.

    J’ai donc vu le jour en France. . . . . . . . . Peuplier du genre « peuplier tremble » (=populus tremola). . . . . . . Les Humanoïdes nous ont dénommé ainsi parce que nos feuilles bougent au moindre courant d’air. Eux, les Humanoïdes. . . . . . ils tremblent dès que le vent se lève, ils ont peur que l’on endommage leurs toitures, leurs voitures, leurs lignes électriques. . . . . . . bref tout ce qui nous gâche le paysage.

    Ma naissance n’a pas été très romantique. . . . . . . . . je suis né par bouturage. Ma naissance n’a donc rien à voir avec la sexualité quelconque de mes géniteurs. Il n’y a pas besoin d’un peuplier mâle et d’un peuplier femelle. . . . . . . . .

    Philippe et Martine (nés en 1958 et cette année-là, ces 2 prénoms se donnaient beaucoup) âgés de 22 ans venaient de faire l’acquisition de la maison de leurs rêves. . . . . . . . . . . une ancienne ferme au fin fond de la France profonde. . . . . . . . . Enfin pas vraiment parce qu’ils avaient choisi d’habiter à moins de 15 km d’une ville moyenne pourvue de tous les commerces et de lieux de distractions. Leur jardin leur donnait une vue imprenable sur l’infini et cet infini leur donnait le vertige. Ils décidèrent donc d’ajouter au grillage une « clôture verte ». Non loin de chez eux, ils avaient repérer de superbes arbres dont ils ignoraient d’ailleurs le nom. Le fermier voisin leur dit comment on pouvait « bouturer ». Il leur expliqua tout simplement que dans la nature végétale, on pouvait cloner à l’infini. Ils clonèrent donc pas moins de 30 « peupliers tremble » : 10 à gauche, 10 à droite, et 10 au fond du jardin.

    Philippe et Martine aimaient la symétrie. Quant à leur ancienne ferme, elle ressembla bientôt à un transformateur électrique. . . . . . . . . une ferme à la campagne, pas loin de la ville. . . . . . . . . ils décidèrent que tout serait électrique : le chauffage, l’eau chaude, le four etc. . . etc. . .

    Rapidement nous vîmes naître Aurélie en 1982 puis Julien en 1985.

    La ville « tous commerces et loisirs » n’étant qu ’à 15 km, le dernier fermier du pseudo-village décida de prendre une confortable retraite en vendant ses terres agricoles en terrains à bâtir.

    Philippe et Martine en plus de 2 enfants et 30 peupliers écopèrent donc de nombreux voisins. Cela ne fut pas pour leur déplaire puisque pour desservir le lotissement, on construisit une superbe route et des trottoirs. . . . . . . . . les voitures et les chaussures n’étaient plus constamment sales.

    A nous les peupliers, personne ne nous a demandé notre avis et nous nous sommes adaptés au monde « moderne ».

    Notre torture commençait en mai. . . . . . avec le bruit infernal des tondeuses. . . . . . . et pire la fumée du barbecue et tout ce qui y grillait.

    Nous nous vengions à chaque printemps en inondant l’intérieur des maisons de nos « chatons » dès qu’une fenêtre était ouverte. . . . . et oui les fleurs , de peupliers s’appellent des chatons !!!!!.

    A noter que personne ne dans le quartier connaissait ce détail « végétal ». . . . . . même Philippe et Martine qui chaque année devaient affronter la colère de quelques ménagères pointilleuses et fanatiques de l’aspirateur.

    «  il y a deux sortes d’arbres : les hêtres et les non-hêtres »

    Raymond Queneau.

    7 ème à gauche. . . . . . 7 est un chiffre biblique. . . . . gauche, ça correspond aux tendances politiques du quartier. . . . . . . Philippe et Martine donnent dans « le social ». . . . . . . A gauche, à droite, ils apprennent tout du monde enseignant. . . . . . derrière et devant, ils ne parlent que de collectivités territoriales.

    Très vite, je me suis aperçu que j’aimais les heures où il n’y avait personne ni à droite, ni à gauche, ni devant, ni derrière. Durant 10 ans j’ai calculé les horaires des uns et des autres, et je redoutais les ventres ronds annonciateurs de congés maternité, paternité, de grossesse pathologique (difficile à comprendre lorsque l’on a vu le jour par bouturage !!!!!).

    Renseigné par le fermier-retraité-riche de terrains à bâtir. . . . . . Philippe a employé les ouvriers du CAT (Centre d’aide par le travail) local pour nous élaguer 3 fois en 10 ans pour que l’on atteigne 6 à 8 mètres.

    J’aimais bien la compagnie des élagueurs du CAT, beaucoup plus drôles que mes propriétaires et leurs voisins et leurs éducateurs. Un rien pour les faire rire ou pleurer, et souvent les deux en même temps. Heureusement qu’ils étaient là lors des séances d’élagage parce qu’à chaque fois, j’ai bien cru mourir de douleur. Quelle torture de sentir mes branches tronçonnées, sciées, tombant à droite, à gauche, devant, derrière. . . . . . . . Branches aussitôt ramassées et avalées par un broyeur pour laisser la pelouse intacte !!!!!!

    A peine remis de mes amputations, il fallait que j’assiste au broyage de mes membres !!!!!

    A 10 ans, je mesurais donc 9m50 et je n’avais pas fini ma croissance. Philippe et Martine et les autres semblaient nous avoir presque oubliés. . . . . . . nous faisions partie du décor et il n’y avait plus personne pour s’extasier sur notre bonne santé. Les enfants du quartier grandissaient, en 1995 Julien s’est vu offrir une chienne. . . . . . . . une bête pleine de vie, qui ne ratait jamais une bêtise, et courait après tout ce qui pouvait se manger.

    Une brave bête que l’on conduisait tous les 2 mois chez le coiffe-toutou pour la faire tondre. . . . . elle en revenait à chaque fois triste et embaumant le shampooing. . . . . . elle qui ne ratait jamais une flaque glauque pour s’y rouler !!!!!!

    Léonie (c’était son nom), je la plaignais à chaque fois qu’elle disparaissait chez le coiffe-toutou et je me disais que j’étais un peuplier heureux. On m’avait élagué 3 fois en 10 ans et depuis on m’ignorait. . . . . . . elle. . . . elle devait subir la tonte (la honte !!!!!!!) tous les 2 mois.

    Dans le quartier, il y avait aussi pas mal de chats. . . . et de chattes. . . . . quel vacarme lorsqu’ils s’aimaient. . . . . . je regrettais de n’être qu’un végétal bouturé et bouturable.

    J’ai vu aussi quantité d’oiseaux se percher sur mes branches : des moineaux, des merles, des rouge-gorges, un superbe pic-vert. . . . . . .

    J’aimais beaucoup le coucou qui mettait Martine très en colère parce qu’il la réveillait à 5h35 très exactement. A chaque printemps, elle se promettait d’acheter une carabine, ce qui faisait hurler d’horreur tout le quartier.

    Nous n’étions pas les seuls arbres, chacun des propriétaires avait tenu à arborer son jardin. Certains s’étaient même rendu dans des hyper-machins spécialisés où l’on ne vendait que cela. J’ai assisté à la plantation de pruniers, de pommiers, de noyers, de saules pleureurs, de marronniers et de sapins (un après chaque Noël dans chaque jardin). Il y avait aussi de plus en plus de fleurs en parterre s bien rangées, avec conscience certains avaient même pensé mettre jonquilles et tulipes au pied de chacun de leurs arbres.

    Je m’étais fait à cette nature bien ordonnée, j’y trouvais même un certain repos. . . . . . c’était rassurant la chronologie des floraisons. Les perce-neiges puis les primevères, les jonquilles, les tulipes etc. . etc. . .

    J’étais donc un peuplier épanoui et heureux. Certains enfants du quartier

    étaient devenus des adolescents, et pour leur assurer plus d’autonomie, on leur offrit des scooters. . . . . . . . une nuisance difficile à apprivoiser surtout lorsqu’ils décidaient de se réunir pour bricoler leurs mortels engins.

    «  Les arbres ont des feuilles en été pour se garantir du soleil »

    Francis Picabia.

    Comme tous les arbres, j’étais habitué aux vents d’automne, aux rafales d’hiver, aux bourrasques de printemps et aux orages d’été.

    C’est en décembre 1999 que j’ai vraiment eu peur. Pourtant rien ne semblait aller mal. . . . . . . dans le quartier, ils préparaient tous une fête pour le passage au 21 ème siècle, ils craignaient seulement pour leurs ordinateurs. Ils n’avaient que 2 mots à la bouche :fête et bug. . . . . . . . . Les gens de la météo avaient bien vu venir la « CHOSE » mais ils pensaient que c’étaient leurs ordinateurs qui buggaient avant l’heure, et ils n’étaient pas nombreux au travail. . . . . . . . . . . . et ceux qui y étaient ne pensaient qu’à la fête du 31 décembre.

    L ’an 2000. . . . . . l’an 2000. . . . . . . l’an 2000. . . . . . . . . on y était à J-5. C’est alors que la France connut une des pires tempêtes du siècle. 88 morts, des dizaines de milliers d’arbres déracinés, 3, 5 millions de foyers privés d’électricité, plus de 12 milliards d’euros de dégats.

    Là, j’ai vraiment eu peur : peur que mes racines ne s’arrachent de la terre, peur de mes voisins et puis j’ai perdu beaucoup de branches, c’était pire qu’un élagage. Nous avons résisté. . . . tous les 30. . . . . pas une chute. . . . . Par contre notre géniteur commun est tombé sur la ligne EDF, et le quartier est resté 4 jours sans chauffage, sans ordinateur bref sans électricité.

    Philippe et Martine avaient eu très peur. . . . . . . . 30 peupliers avec un vent à 130 km/h. . . . . . . . . ils se disaient qu’ils avaient eu beaucoup de chance. Les mois qui suivirent, ils invitèrent de nombreuses fois leurs voisins comme pour se faire pardonner, et aussi créer un collectif qui demanda au distributeur d’électricité d’établir un réseau plus solide, capable de supporter la chute d’un peuplier.

    Ils y mirent tellement d’énergie que le distributeur d’énergie céda à leur demande et installa de nouveaux poteaux et câbles plus gros et plus solides.

    Mais à partir de cette date, l’ambiance n’était plus la même. . . . . . . . les enfants devenus grands détestaient la campagne et rêvaient de bitume. Leurs parents trouvaient leurs maisons trop grandes, leurs jardins trop vastes etc. . etc. . Tous étaient maintenant équipés d’insert. . . . ils brûlaient du bois pour consommer moins d’électrons. . . . . . Moi l’odeur du bois brûlé me rendait malade. . . . j’étais malade 6 mois sur 12.

    Puis il y eut d’autres tempêtes moins meurtrières certes mais des tempêtes quand même.

    Ils étaient plusieurs dans le quartier à penser à une guerre « climatique ». ils disaient que les avions et les bombes, ce n’est pas très discret et que cela coûte cher. . . . alors qu’un gros nuage par ici, un petit coup de vent par là, c’est aussi efficace et ça ne coûte rien.

    Puis il y eut 2003 et sa canicule. . . . . . . . vrai que j’ai souffert cet été là. . . . une chaleur là-haut. . . . . . . et une soif dans mes racines. . . . . . . . . . mais quel silence et quelle paix !!!!! volets baissés et fenêtres fermées toute la journée. . . . . . . personne sur les pelouses grillées et tous se retenant de bouger. . . . . . un paradis pour les peupliers !!!!!

    Tempêtes et canicule eurent raison de mon avenir. Philippe, Martine et leurs voisins, estimèrent qu’ils n’étaient pas raisonnable d’avoir des arbres aussi hauts près des habitations.

    «  La mort, c’est tellement obligatoire que c’est presque une formalité  »

    Marcel Pagnol.

    Le quartier se mit donc en quête de massacreurs de peupliers les moins chers de la région. Il n’y avait pas beaucoup de concurrence, à croire que le métier de bûcherons des villes, ça n’existe pas.

    A la veille de l’hiver 2007-2008, Philippe eut connaissance d’un jeune entrepreneur qui acceptait tous les travaux extérieurs. Je m’étonnais de me prendre d’amitié pour ce brave et courageux jeune homme. . . . . . sûr qu’il était dur à la tâche, mais en même temps capable de saluer la beauté des arbres, des fleurs et des vieilles pierres. Il se proposa pour abattre les 10 peupliers de gauche plus les 10 de droite. . . . . . . les 10 du fond n’avaient pas lieu de disparaître puisqu’ils ne pouvaient causer aucun dégât alentour en cas de chute.

    Il dit qu’il viendrait avec 2 autres élagueurs, ébrancheurs, abatteurs d’arbres, et qu’il leur faudrait une semaine de travail. Nos branches seraient broyées, le tiers supérieur de nos troncs vendu pour être transformé en pâte à papier, le tiers médian débité pour alimenter inserts et autres feux à bois, le tiers inférieur intéresserait sans aucun doute la scierie locale.

    Je ne fus pas effrayé par tous ces macabres détails, je commençais à me sentir vieux, et je sentais en mon tronc quelques bestioles qui me rongeaient de l’intérieur. Élagages et tempêtes m’avaient appris à apprivoiser la douleur. . . . . . le plus pénible, ce fut le bruit de cette folle semaine de novembre 2007.

    Tronçonneuses, broyeur, camions et remorques. . . . impossible même d’entendre nos tueurs se parler.

    Le tiers supérieur de mon tronc fut rapidement débité en petits morceaux puis cuit avec de la lessive caustique puis passé au défibreur. . . . . . . j’étais devenu une pâte à papier rapidement transformée en feuilles. . . . . . . feuilles vite imprimées de toutes sortes de publicité pour les super-machins spécialisés ou non. . . . . bref une partie de moi-même vint remplir la boite aux lettres de Philippe et Martine. Le tiers médian de mon tronc fut débité en tronçons de 50 cm, et stocké pour séchage avant d’alimenter les inserts et feux à bois du quartier. . . . . . ça me faisait plaisir d’aller réchauffer les maisons de mon quartier. . . . . . je me demandais simplement si, en proie aux flammes, l’odeur du bois brûlé me rendrait aussi malade que par le passé.

    Le tiers inférieur de mon tronc eut une destinée plus aventureuse. Arrivé à la scierie, je fus débité en planches empilées et rangées en attendant un acquéreur. Un jour, j’ai eu la visite d’un « drôle de citoyen ». Il disait qu’il était « pompe funèbre » et il cherchait du bois pas cher.

    Il expliqua avec détails que la mode chez les morts-humains était à l’incinération, et qu’il avait reçu de nouvelles directives. . . . . il devait proposer à ses clients des cercueils faits de planches de 18 mm d’épaisseur maximum.

    Il avait entendu parler que des citoyens de ce monde trouvaient ridicule un cercueil pour incinérer leurs morts. Dans bien des pays, les corps étaient brûlés sans cercueil pour limiter la pollution et le gaspillage du bois.

    Bref, il avait peur parce que les cercueils lui rapportaient beaucoup d’argent.

    Il avait aussi entendu parler d’un inventeur génial qui venait de mettre au point un « éco-cercueil ». . . . . . . carton recyclé, colles végétales, et peintures à l’eau. . . . la mode était au « mourir propre », et l’éco-cercueil pourrait bien un jour ruiner en partie les pompes funèbres et l’industrie du bois.

    Il avait eu l’idée d’organiser des journées « promotions » !!!! Il avait acheté quelques encarts dans la presse locale et fait fabriquer des affiches apposées dans les hôpitaux et les cliniques sans oublier les fleuristes et les entreprises de transports sanitaires.

    Dans la presse et sur les affiches, on pouvait lire :

    « Profitez des promotions »

    « Prix d’enterrement défiant toute concurrence »

    « Dimanches et jours fériés sans majoration de prix »

    Moi, la planche de peuplier de 18 mm, 3 ème rang, 7 ème stère, je trouvais ce dernier argument surprenant. . . . . cela voulait dire que d’autres professionnels de la mort demandent plus cher à ceux qui ont l’audace de mourir en dehors des jours ouvrables.

    Excité par autant de projets et d’adversité à venir, notre homme fit l’acquisition d’un stock de planches-peupliers-locaux-18 mm d’épaisseur. Il aimait le peuplier parce que ce bois se prête bien à la falsification. Peuplier façon merisier, façon chêne, façon orme, façon bois exotique à décliner dans toute la gamme des cercueils pour incinérations : « Pensée » ou « Souvenir » ou »Nostalgie » ou Mémoire » !!!!!.

    Il commanda donc le tiers inférieur de mon tronc et se promit d’ajouter aux encarts publicitaires :

    « demander à voir nos cercueils fabriqués en bois d’origine locale ».

    Quelques mois plus tard, par la magie des séchages, des étuvages, bains anti-parasitaires, et des mains d’un ébéniste doué, j’ai rejoint d’autres cercueils dans un hall d’exposition.

    Je m’appelle désormais « Mémoire », je suis en peuplier façon chêne clair. Je suis assez fier de moi, j’ai belle allure même si mes voisins non destinés à l’incinération ont été fabriqués en des bois beaucoup plus luxueux.

    À Jane, mon Amie.

    Françoise Pierens

  • Blog-Tone : Mamie Ginou (suite) 1 janvier 2009

    Blog-Tone : Mamie Ginou (suite) 1 janvier 2009

    Le Grand Voyage de Mamie Ginou

    par Ginette

    Bon… je l’ai fait… ben oui le grand voyage… Mamie Ginou est morte le 31 Octobre.

    Cela aurait pu se passer fort bien. J’étais assise dans ma chambre et je regardais le cimetière qui jouxte la MRMMPT se transformer en un vaste champ de chrysanthèmes.

    Chaque année le cimetière vit… ça commence début Octobre : balais-brosses, eau de javel, détartrant, décapant… presque toutes les tombes ont droit à leur toilette annuelle.

    Puis vers la mi-octobre arrivent les premières fleurs… celles-là je ne les aime pas… Elles sont en pur plastique garanti à vie. J’ai toujours pensé que mettre de l’éternel dans un cimetière c’était faire preuve de mauvais goût.

    A partir du 26 octobre ça devient vraiment intéressant… et fort joli… Des charrettes entières de chrysanthèmes frais, des jaunes, des mauves, des blancs et autres couleurs qui transforment le cimetière en arc-en-ciel.

    De ma fenêtre je devine les propos des généreux donateurs de fleurs… ils n’ont pas changé depuis que j’accompagnais ma grand-mère dans ce même cimetière sur les tombes de mes arrières-grands-parents, mes grands-oncles et tantes et je ne sais qui encore.

    Et de déplorer la mode des pomponnettes qui remplacent les chrysanthèmes à grosses têtes et de trouver que cette année la Toussaint coûte cher. Plus cher que l’an dernier pour des têtes mauves de plus en plus rares et petites.

    J’étais donc bien installée, évitant de regarder la 3ème rangée à gauche à partir du monument aux Morts pour la Monarchie… C’est là que Papy, mon mari, repose depuis 15 ans, ce n’est pas la tristesse qui me fait éviter sa dernière demeure c’est les mauvais souvenirs… Pas commode mon mari et à l’époque pas question de divorcer…

    J’ai tout supporté, aussi quant il est parti j’ai vraiment dû faire des efforts pour sembler triste… Une veuve joyeuse ça ne se fait pas c’est pire que d’être divorcée !!!… Cela fait 15 ans qu’il est parti Papy, j’ai enfin pu profiter de la vie.

    Quelle étourdie je fais… je n’ai pas encore les papiers demandant à être incinérée et mes cendres dispersées au jardin des souvenirs…

    Pas question d’aller rejoindre Papy…

    Je me consolais en pensant que j’en avais parlé à Gino un de mes petits-fils… mon préféré (ça je ne devrais pas le dire, ni même le penser… une grand-mère respectable aime tous ses petits-enfants de la même façon… comment cela est-il possible ???)

    Bon, j’espérais qu’il viendrait le lendemain et m’aiderait à écrire mes dernières volontés.

    J’en étais là de mes pensées lorsque je me suis sentie lasse… très lasse… Le cimetière perdait ses belles couleurs et la TV qui hurlait dans la chambre d’à côté fit moins de bruit.

    Je me suis allongée, ma très chère Léonie étonnée de me voir couchée à une heure non autorisée a appelé l’infirmière.

    L’infirmière était occupée à remplir les dossiers de certification attestant que les pensionnaires de la MRMMPT étaient non-morts. C’était très important ces papiers… ça justifie des sommes réclamées à l’Administration et aux héritiers pour l’entretien des vieux.

    Alors l’infirmière n’avait pas envie d’avoir à recommencer ses certificats de non-mort et elle a ignoré l’appel de Léonie qui a réussi à se déplacer jusqu’au téléphone d’urgence obligatoire dans chaque couloir et à chaque étage de la MRMMPT.

    Dès que l’on décroche le combiné on est directement en relation avec la Gendarmerie qui transfère l’appel au SAMU ou aux Pompiers ou aux Pompes Funèbres…. selon la disponibilité des uns et des autres.

    J’ai pas eu de chance… au SAMU ils s’ennuyaient et craignaient pour le budget de l’année prochaine calculé en fonction du nombre de déplacements et de victimes en tous genres ramenées vivantes à l’hôpital… Eh oui, les gens du SAMU ils savaient que de leur travail dépendait la survie du service de réanimation !!!

    Quand ils sont arrivés dans ma chambre Mamie Ginou était déjà morte… Eux ils ont fait leur boulot et ils ont fait comme si j’étais un organisme vieillissant atteint d’un subit accès de finitude.

    Comme j’étais déjà morte et que je ne sentais rien… ils ont sorti le grand jeu : intubation, perfusions, électrodes électro-magnétiques, massage cardiaque…. J’aurai bien aimé que le jeune médecin du SAMU me fasse le bouche à bouche mais je n’avais plus 20 ans… ça ne l’a pas intéressé… Moi j’avais envie de rire mais je ne pouvais pas j’étais déjà morte…

    L’infirmière est arrivée au milieu des tuyaux et des flacons, elle était très en colère et demandait constamment si elle devait recommencer ses avis de certificats de non-mort.

    Le chauffeur du SAMU s’est bien amusé, il a grillé tous les feux rouges et les stops pour m’amener dans le service de réanimation… où j’ai enfin été déclarée morte après que l’on a vérifié la validité de ma carte Vitale et mon affiliation à la Mutuelle Pré-Avis.

    Le chef de la réanimation… il était drôlement content et il a déclaré que j’avais occupé un lit de son service durant 24h. Il a même pensé à facturer le forfait repas-repassage-ménage à ma Mutuelle.

    Puis tout est allé très vite la chef infirmière a appelé les employés de la morgue et la MRMMPT qui a prévenu mes proches. Ils n’ont pas réussi à joindre Gino le jour même, il était au tribunal pour son 3ème divorce… un échec terrible pour lui… il avait décidé de « faire le mort » en débranchant son téléphone.

    Quand j’ai compris que Gino ne serait pas là pour discuter de l’avenir de ma mortelle dépouille, j’ai su que je finirai dans le trou avec Papy. L’idée de passer l’éternité avec celui qui m’avait rendu malheureuse durant 52 ans m’a glacé le corps… je n’ai pas eu à souffrir de la table réfrigérante.

    Mes proches ont trouvé que c’était une bonne idée de mourir en une veille de Toussaint. Grosse économie et de fleurs et de déplacements… vu qu’ils étaient tous en route pour les différents cimetières. Comme la Toussaint tombait un jeudi cette année-là et qu’ils avaient un long week-end ils ont décidé de mon enterrement pour le samedi 3 novembre (le jour de la St Hubert).

    Vu le peu de temps entre ma mort et mon enterrement, ils ont décidé de faire un enterrement « express », il n’y avait pas le temps de prévenir grand monde… pas question d’envoyer de faire-parts… juste un avis dans la presse locale.

    Gino est arrivé le Vendredi tout chamboulé sa calculatrice à la main pour tenter de savoir ce qu’il lui restait par mois après le paiement de 5 pensions alimentaires dont il était redevable.

    Il a bien tenté de dire à ses parents, ses oncles et tantes que je voulais être incinérée… personne n’a pris le temps de l’écouter. Et puis il était tellement triste mon pauvre Gino que ça me donnait envie de pleurer avec lui.

    A défaut de me faire incinérer, il a tenté de m’organiser de grandes funérailles… impossible… tout était déjà décidé : cercueil le moins cher, service funèbre rapide, pas de fleurs (il y en avait déjà plein le cimetière avec la Toussaint ).

    Ce samedi 3 novembre, j’ai donc rejoint mon défunt mari en notre dernière demeure.

    Texte de Ginette approuvé par le Dr O’Gino

  • Nouvel Appel de Bondy 93, le 7 décembre 2008

    Nouvel Appel de Bondy 93, le 7 décembre 2008

    Nouvel Appel de Bondy 93 le 7 décembre 2008

    A distance de la sinistre annonce du 2 décembre, nous invitons tous les français à s’associer à un nouveau plan de santé mentale, adapté à la situation de la France en Décembre 2008, intégrant dans un seul ensemble la psychiatrie et les continuateurs de son action que sont l’action sociale et médico-sociale (les soins et la vie sociale de la personne étant ainsi intégrés dans son contexte de vie).

    Cessons de ‘surveiller et punir’, pour, exceptionnellement ‘temporiser pour soigner’ (aucun soin réel ne s’établit sous la contrainte et donc sans susciter le désir du patient). Il est temps de définir les nécessités du soin psychique et les conditions de la santé mentale en 15 points indissociables

    PLAN SANTE MENTALE 2008

    1-rendre rare et de courte durée toute hospitalisation sous contrainte en psychiatrie : remplacer la loi de 1990, ségrégative, simple toilettage de la loi de 1838 sur l’internement, par une loi de droit commun, ne faisant pas allusion au fantasme de dangerosité, une contrainte lorsque nécessaire sera limitée à dix jours maximum.

    2-recentrer chaque secteur sur la réalité humaine d’une Cité, son assise politique. Pour cela, tous les soins doivent être présents dans le tissu de la ville et les élus locaux doivent installer, avec tous les partenaires du champ de la Santé Mentale, y compris usagers et familles, le Conseil Local de Santé Mentale

    3-reconvertir dans les 5 ans tous les grands hôpitaux psychiatriques si fortement stigmatisants ‘en soins diversifiés en ville’, dont 20 lits par secteur dans des « cliniques de service public » où seront réunis les lits de 2 à 3 secteurs, chacun disposant d’une équipe mobile d’Accueil, assurant ainsi les urgences

    Chaque clinique est située ‘hors hôpital’, grâce à l’intégration d’un somaticien.
    4-diminuer le nombre de structures de soin par secteur en renforçant son personnel, et en y augmentant les modalités de soin différenciées

    5-assurer la continuité des soins des patients en s’appuyant sur leurs proches, retrouvant ainsi les trois principes essentiels de la psychiatrie de secteur, enfin installés sur le terrain :continuité, proximité, contextualité

    6-renforcer le caractère ‘généraliste’ des équipes de secteur en faisant l’économie des intersecteurs adultes lourds qui s’opposent à la continuité et la proximité des soins, rapprochant aussi les enfants et adolescents des adultes d’un même territoire (sans les confondre) les équipes ayant besoin de s’enrichir de leurs savoirs réciproques et de la contigüité des générations, tous construisant les soins sur le support majeur qu’est le contexte relationnel de la personne.

    7-contractualiser en urgence un nombre suffisant de psychiatres libéraux pour faire face à la vacance des postes du service public (2ème pays le plus riche en psychiatres), et revaloriser le statut des psychiatres du service public

    8-créer une spécialisation des infirmiers ‘en psychiatrie’ pour leur redonner, grâce à cette identité, le ‘souffle’ et le dynamisme dont ils ont l’ambition et dont les patients ont tant besoin. Soutenir ‘le travail d’équipe pluri professionnelle’

    9-développer au plus vite les applications de la loi 2005-102 sur l’Egalité des Chances et de la Citoyenneté pour les personnes en situation de handicap psychique, la chance étant ainsi donnée à tous de réaliser l’unité de la ‘santé mentale’ en rassemblant tous les acteurs de ce champ. Dans cet objectif, former tous les acteurs de la santé mentale à créer des liens constants dans l’élaboration des réponses aux troubles psychiques et aux pertes de chances associées (handicap psychique).

    10- La Psychiatrie, avec l’Action Sociale, et Médico-sociale sont suffisamment importantes et spécifiques pour constituer une unité de gestion « une Agence Régionale de Santé Mentale », ARSM, tangentielle à la médecine, englobant une part sanitaire et une part sociale et médico-sociale. L’EPLSM « l’établissement public local de santé mentale » étant réparti, au sein du tissu social en espaces de soins et espaces sociaux à dimension humaine,

    11-humaniser la gestion des équipes de secteur généralistes en déléguant à chaque secteur un responsable administratif, ‘à son niveau’, pouvant aussi gérer les activités sociales et médico-sociales proches,

    12-soutenir énergiquement le développement des associations d’usagers et de familles, acteurs à part entière de la santé mentale aux côtés des professionnels de la psychiatrie et de l’action sociale, d’autant qu’ils sont à la fois des acteurs du soin et de l’accompagnement social.

    13-consolider les Maisons Départementales de l’Egalité des Chances et de la Citoyenneté (Mdph rebaptisées dans l’esprit de la loi 2005-102) en soutenant leurs liens et leur articulation avec leurs partenaires,

    14-développer le travail d’information et de formation continue dans les deux champs, à la fois dans un tronc commun et dans des spécialisations précises, en lien avec les usagers et les familles. Y impulser les recherches

    15-instituer sans délai un Institut de Recherche sur le bilan de 48 ans de la Psychiatrie de Secteur dans ses liens avec l’Action Sociale. (1960-2008)

    Ainsi la politique de secteur sera t’elle enfin redéfinie et installée.

    « Ce Plan de Santé Mentale ne se conçoit que si dans le même temps un autre Plan est instauré pour lutter contre la pauvreté et la précarité »

    Guy Baillon baillon.guy@noos.fr, Dimitri Karavokyros dimitri.karavokyros@wanadoo.fr, Patrick Chaltiel Yves GIGOU yves.gigou@wanadoo.fr ; Jean-Marc Antoine  ; Pierre DELION  ; Michel Balat

    Si vous êtes d’accord rejoignez nous sur le forum : http://www.acpsy.com/
    Et diffusez et apposez signature : nom, prénom, profession, ville, mail

  • Guy Baillon : Sinistre 2 décembre 2008

    Guy Baillon : Sinistre 2 décembre 2008

    Docteur Guy Baillon

    Psychiatre des Hôpitaux

    guy-baillon@orange.fr

    Paris le 2 décembre 2008

    Sinistre 2 décembre 2008

    Le Président a voulu parler de la psychiatrie à la Nation. Il a tenu à le faire d’un hôpital psychiatrique, ce qu’aucun Président n’avait encore osé faire, alors que selon ses propos son entourage lui avait dit « Ne touches pas à ce domaine. Tout le monde s’y casse la figure ». (Il aurait du écouter, hélas … !)

    Mais lui ne recule devant aucun défi.

    En effet, témoins des propos tenus et des gestes qui l’accompagnaient, nous savons qu’il faudra un autre Président de la République pour que pareil affront à l’humain soit effacé.

    Comment n’avons-nous pas pu crier notre honte et notre colère sur le champ ?

    La folie est redevenue à la demande d’un Président l’objet de la vindicte populaire.

    La folie est condamnable il faut l’enfermer et l’effacer !

    Le danger est à nos portes. Il faut soigner certes mais il faut surtout ‘protéger’ la société, avons-nous entendu.

    D’abord les hôpitaux vont être ‘sécurisés’ (on pense barbelés, caméra, miradors, doubles portes blindées, les fouilles au corps, les chiens,…)

    Mais d’abord il va y avoir « obligation de soins ».

    Cette affirmation n’avait jamais été prononcée par un Président, ni par un ministre.
    C’est une décision d’une gravité exceptionnelle. Elle vient s’ajouter à l’atteinte à la liberté que représente toute hospitalisation d’office. Elle vient enfreindre toutes les règles médicales. Elle empiète sur la liberté des familles. C’est en fait l’ouverture à l’arbitraire, car elle ne s’appuie sur aucune donnée vérifiable, et ses limites seront incontrôlables.

    Elle va même pouvoir se continuer « à domicile ».

    Un pas de plus dans l’atteinte à la liberté.

    Ces deux décisions constituent l’écrasement de tout espace thérapeutique : toute la psychiatrie est dans cet espace : nous connaissons la difficulté pour une personne qui n’a pas conscience de la nature de ses troubles pour qu’elle arrive peu à peu se sentir soutenue en confiance et qu’elle perçoive l’appui qu’elle peut tirer des soins. Tout soin obligatoire au contraire la pousse à comprendre que la société qui l’entoure lui est hostile, alors consciemment et inconsciemment elle va s’organiser pour lutter contre elle.
    Cette obligation vient annuler la psychiatrie dans sa qualité de soins.

    On a cru l’entendre dire aux familles ‘Dormez tranquille : un officier de police va venir apporter les médicaments à domicile, les pompiers les assisteront au cas où votre malade de refuserait d’avaler son médicament (certes on a quelques doutes sur l’ambiance pour faire les injections ‘obligatoires’). C’est avoir une piètre idée du désir de soin qu’ont les familles.

    Le schizophrène (car le terme a été employé comme si la science avait reconnu le terme comme une vérité scientifique incontournable), qui sera sorti sans permission, fera l’objet d’une poursuite ; pour prévenir pareille ‘folie’ il recevra un bracelet de « géo-localisation ». Ce bracelet pourra de façon préventive être posé d’emblée en même temps que le diagnostic, tout comme les personnes ayant une maladie d’Alzheimer, la comparaison a été affirmée et elle est forte, elle montre la méconnaissance ‘totale’ qu’a le Président sur ce que sont les troubles psychiques. Comment ses conseillers le laissent-ils ainsi se couvrir de ridicule ?

    Une autre barrière est ainsi franchie : celle de la « géo-localisation » de la folie. Il n’y a plus moyen d’échapper. Georges Orwell doit être stupéfait de voir son ‘1984’ se réaliser.

    Les placements d’office seront l’objet d’une liste nationale connue (sous secret médical, bien sûr) de tous les hôpitaux psychiatriques. C’est bien pire que le casier judiciaire, car les ‘erreurs’ ne seront jamais effacées.

    On ne sait pas encore avec précision quelles seront les conditions permettant de placer une personne d’office, c’est capital, car une fois mise dans cette liste, elle n’en sortira plus !

    D’abord l’hospitalisation d’office donnera droit à un ‘régime spécial’ qui va être extrêmement difficile à délimiter. Il faudra être sûr que les patients soient dans des espaces d’hospitalisation d’où on ne peut s’échapper. ‘Ce n’est pas comme en prison’, la différence a été affirmée cinq fois, c’est exact que d’une prison on peut encore s’échapper. « D’un hôpital psychiatrique on ne pourra plus fuguer ».

    La Ministre veillera aussi à la construction de 200 cellules ; une somme d’argent considérable a déjà été donnée à la Ministre de la Santé. Y seront associés quatre nouveaux centres pour malades difficiles de 40 places chacun. L’enfermement est ainsi affirmé comme l’arme définitive contre la folie.

    Si quelqu’un a l’idée (folle) de penser que le malade a été traité suffisamment pour pouvoir sortir (on se demande en effet comment pareille éventualité pourra être envisagée) il faudra obtenir d’abord l’accord du ‘Préfet’ en personne. Car le Président a insisté : le Préfet ne déléguera plus à un sous-fifre cette surveillance. Cet homme ‘responsable’, le premier représentant de l’Etat dans le département, saura comment surveiller toute tentative de sortie. Le Président en a appelé constamment à la ‘responsabilité’ de chacun. Cela veut dire clairement que les sanctions devant toute ‘erreur vont ‘pleuvoir dru, du Préfet au portier. L’allusion aux victimes éventuelles d’un fou était discrète mais portée au plus haut niveau.

    Le Préfet va s’appuyer sur l’avis d’un comité de trois personnes. On entrevoit les procédures, les attentes interminables, les doutes, les demandes de vérification pour être certains ! On ne va pas demander aux experts en qui on fait toute confiance mais ils ont déjà tant de tâches difficiles. On demandera au chef de service concerné, à un cadre infirmier, et à un autre psychiatre libéral par exemple, car il faut que les libéraux s’associent au public. Ce choix est malicieux si on l’examine, il ne pourra pas décider d’une sortie.

    Comment un tel comité pourrait-il affirmer que ce malade n’est pas dangereux ?

    La notion de danger étant un pur fantasme (il n’y a jamais eu la moindre donnée scientifique pour dire ce qu’est le danger en la matière), la conséquence est grave : personne n’est capable d’affirmer que dans les moments qui viennent une personne que nous avons devant les yeux ‘ne peut être dangereuse’, personne ; et si un accident survenait tous les trois seront coupables. Le chef de service sachant que des peines de prison l’attendent ne pourra le faire, le cadre infirmer pourra le faire encore moins car il voudra défendre tous ses collaborateurs infirmiers, quant au psychiatre libéral, plus on peut enfermer les malades difficiles, plus son travail en cabinet sera paisible ; pour sa sauvegarde personnelle, pour sa vie de famille, il ne peut prendre le risque d’aller en prison.

    Ainsi quatre professions seront à partir de demain ‘extrêmement’ attentives à ne pas laisser sortir un malade qui aura manifesté le moindre signe de violence.

    Va s’y adjoindre une cinquième qui après la condamnation récente à Grenoble de l’un d’entre eux sera encore plus vigilant pour que toutes ces mesures soient respectées : ce sont les Directeurs d’Hôpitaux, d’autant que le Président leur a rendu un vibrant hommage.

    Le directeur va veiller à la reconstruction de murs infranchissables, des sauts de loups (détruits depuis 40 ans), au contrôle à la porte de l’hôpital, aux fermetures des cellules et des services, aux miradors aux quatre coins de l’hôpital (les caméras ne sont pas encore arrivées, on ne voit pas comment on va pouvoir s’en passer dorénavant), à la bonne observance des traitements obligatoires (car il faut aussi une surveillance administrative), au contrôle de tous les documents de placement d’office et surtout, surtout, aux mesures de permissions avec leurs traitements obligatoires associés, à son parc automobile enfin, pour aller rechercher avec la police les malades fugueurs, à tout moment et en nombre suffisant.

    Si quelqu’un a besoin de soins psychiatriques « ne pas le soigner c’est être coupable de non assistance à personne en danger », c’est d’autant plus simple qu’on ne saurait comment demander son consentement à une personne qui a perdu les sens ? (ceci était accompagné d’un geste significatif : le doigt présidentiel a pointé l’honorable crâne ! La démonstration scientifique est irrésistible.)

    Pour conclure le Président a mis un terme à toute hésitation à obéir à ses ordres, la menace était claire, bien présente, elle a été affirmée avec une émotion sacrée, celle du Président, écartant d’un mot et d’un revers de main toute contestation, qui ne pourrait être « qu’idéologique ». Sur un champ aussi grave l’idéologie est donc interdite. Chacun a compris là que tout effort de compréhension clinique des troubles et toutes les approches humaines étaient ainsi écartées après avoir été sévèrement condamnées, car ‘idéologiques’ Le mot de conclusion a été prononcé avec le sourire, comme s’il savait qu’il y avait un mot qui allait tout faire accepter. Il a été dit que toutes ces affirmations allaient dans le sens de « l’humain » ‘bien entendu’ ! (clin d’œil appuyé) nous devons savoir qu’il sait ce qu’il faut nous dire !

    Notre honte ! Mais pourquoi n’avons-nous pas crié notre terreur de voir s’imposer un tel régime de crainte, de perte de liberté. Jusqu’alors aucune loi française n’a franchi ces barrières intimes que sont le domicile, l’obligation de soins, la ‘géo-localisation ! cette barrière a été franchie en s’appuyant sur cette notion insaisissable de danger.

    Nous sommes effarés de constater l’état d’ignorance qui existe en haut lieu ?

    C’est aussi la première fois qu’un Président de la République stigmatise une maladie précise. C’est une blessure humaine grave. Comment ces personnes portant cette prétendue maladie vont s’en relever alors que nous savons très bien la variété de troubles correspondant à ce diagnostic ? Nombre d’entre eux peuvent ne jamais être soignées parce qu’ils n’en ont pas besoin.

    Comment les usagers de la Santé Mentale vont-ils oser dire que leurs troubles se rapportent à cette prétendue maladie ? Comment les usagers vont-ils pouvoir se défendre après telle affirmation venant de si haut, en public ?

    Jamais la stigmatisation n’avait atteint ce niveau.

    Ces usagers vont se sentir associés aux personnes ‘dangereuses’. Affirmation sans fondement qui devient sans limites.

    Et pourtant :

    Toutes les statistiques montrent que les malades mentaux ne sont pas plus souvent auteurs de crimes que la moyenne de la population.

    Toutes les statistiques montrent qu’ils commettent moins de délits.

    Toutes les statistiques montrent qu’au contraire les malades mentaux, au lieu d’être agresseurs sont 20 fois plus souvent victimes de violences que le reste de la population.

    Pourquoi l’entourage du Président lui a-t-il permis de se couvrir ainsi de ridicule. Quand le Président des français se ridiculise, je me sens comme citoyen malmené et blessé car il nous représente tous.

    C’est vrai que la folie fait peur depuis que l’homme existe. C’est vrai que tout doit être fait pour montrer à la population que la folie fait partie de l’homme, et que plus l’homme est entouré par la solidarité humaine plus sa folie est intégrée à sa personne, et au lieu de le diminuer, l’enrichit.

    Une commission a été nommée au début de l’été pour faire des propositions afin de sauver la psychiatrie française de l’abandon dont elle était l’objet, la commission Couty ; son travail est ‘balayé’ par cette invitation à la violence sécuritaire renforçant encore l’hôpital transformé en prison, et stigmatisant la folie avec tant de mépris.

    Ce 2 décembre 2008 les professionnels de la psychiatrie, les usagers de la santé mentale ne peuvent rester muets. La seconde étape sera la loi. Il y a maintenant urgence. Nous savions qu’elle était dans les tiroirs depuis deux ans. Il fallait un évènement. Ce fut le drame de Grenoble. La situation d’une personne suffit pour faire une loi qui va troubler 65 millions de personnes en ciblant un million et demi d’entre elles comme susceptibles de violences.
    Dans les plus brefs délais c’est dans la rue qu’il faut défendre notre société, ses malades. Il y va de l’homme et des français. De Tous.

  • Heinrich von Kleist : Sur le théâtre de marionnettes

    Heinrich von Kleist : Sur le théâtre de marionnettes

    Heinrich von Kleist : Sur le théâtre de marionnettes

    Passant l’hiver de 1801 à M…, j’y rencontrai un soir, dans un jardin public, Monsieur C…, engagé depuis peu comme premier danseur à l’Opéra de la ville, ou il connaissait un vif succès auprès du public.

    Je lui dis mon étonnement de l’avoir remarqué plusieurs fois déjà au théâtre de marionnettes dressé sur le marché pour divertir la foule par de petits drames burlesques entrecoupés de chants et de danses.

    Il m’assura que la pantomime de ces poupées lui donnait beaucoup de plaisir et déclara sans ambages qu’un danseur désireux de perfection pourrait apprendre d’elles toutes sortes de choses.

    Comme le propos me semblait, dans le ton, plus qu’une simple boutade, je m’assis près de lui pour mieux connaître les raisons sur lesquelles il pouvait bien fonder une affirmation aussi étrange.

    Il me demanda si je n’avais pas en effet trouvé certains mouvements des poupées, surtout des plus petites, très gracieux dans la danse.

    Je ne pus le nier. Téniers n’eût pas peint de façon plus charmante un groupe de quatre paysans dansant la ronde en vive cadence.

    Je m’informai du mécanisme de ces figures et demandai comment il était possible de commander leurs membres en tous points, comme l’exigeait le rythme des mouvements ou de la danse, sans avoir aux doigts des myriades de fils.

    Il répondit qu’il ne fallait pas m’imaginer que chaque membre était avancé et retiré par le machiniste, aux différents moments de la danse.

    Chaque mouvement avait un centre de gravité ; il suffisait de commander celui ci, à l’intérieur de la figure ; les membres, qui n’étaient que des pendules, obéissaient d’eux-mêmes de façon mécanique, sans qu’on y soit pour rien.

    Il ajouta que ce mouvement était très simple : chaque fois que le centre de gravité était déplacé en ligne droite, les membres se mettaient à décrire des courbes ; souvent même, agité de manière purement fortuite, le tout adoptait une sorte de mouvement rythmique, qui ressemblait à la danse.

    La remarque me parut jeter déjà quelque lumière sur le plaisir qu’il disait trouver au théâtre de marionnettes. Mais j’étais encore loin de soupçonner les conséquences qu’il en tirerait par la suite.

    (…)

  • Canet le 24 novembre 2008 : le jugement de Salomon aux fondements de la fonction maternelle

    Canet le 24 novembre 2008 : le jugement de Salomon aux fondements de la fonction maternelle

    Canet le 24 novembre2008 : le jugement de Salomon aux fondements de la fonction maternelle

    MB : Nous sommes le 24 Novembre 2008 et nous pouvons entamer les hostilités. C’est intéressant parce qu’hostilité c’est le même mot qu’hospitalité. C’est la même chose. L’hostile, c’est la même chose que l’hôte. Je ne sais pas si j’en ai jamais parlé ici ? Non ?

    GF : Non ! Parles-en !

    MB : Oh, j’ai d’autres choses là, mais un jour, je vous parlerai de l’hostilité.

    Public : Il n’y a pas Jean-Marc

    MB : Bon, on y va. Alors voilà, on excuser du monde : Georges est à une réunion sur l’addiction ; Florence a un empêchement, elle vient de m’envoyer un message ; Jean-Marc aussi, n’a pas pu venir de la journée ; il a souvent des problèmes de chien, parce qu’il recueille les chiens perdus sans collier. Le dernier est particulièrement mal fichu, alors je pense en fait, — il m’écoute là, au futur — qu’il doit être chez le vétérinaire pour faire quelque chose. C’est très complexe avec ce chien, qu’il a découvert dans la rue, alors évidemment, malade, mal fichu. En fait il y a 4 excusés. Heureusement parce qu’il n’y a plus que deux chaises libres. Puis ce livre vient de sortir, la Revue de Psychothérapie Institutionelle sur Schotte, c’est passionnant. Il y a tout un tas de gens très bien : il y a Ledoux, Mélon et Lekeuche, Oury, Delion et puis Schotte lui-même, donc ça promet. C’est le premier numéro de deux, il y avait trop d’articles. En fait il faudrait la commander, et puis franchement, en avion, ce n’est pas pratique de transporter… c’est le numéro 42. Voilà. Il y a eu 42 numéros d’Institutions, ce qui est tout de même honorable.

    Par ailleurs, si ça vous intéresse, j’ai des trucs comme ça, qui traînaient dans mon sac à dos de voyage, une pub pour la 23ième Journée de Psychothérapie Institutionelle qui a lieu à Blois. J’essaie de vous appâter, je sais que cela ne marche pas.Vous avez donc à 9h et quart Jean Oury, psychiatre, Lise Gaignart, psychanalyste, et Claude Jeangirard, psychiatre, vous connaissez peut-être, et puis les ateliers, et la conclusion par Jean Oury, Michel Balat, Pierre Delion et Madeleine Alapetite. Pour ceux qui sont venus à « Autisme et éveil de coma », ils étaient beaucoup intervenus à cette occasion. Enfin, samedi dernier, j’ai reçu des coups de téléphone qui me disaient « mais, comment ?? Tu n’es pas à l’université pour parler, — j’imagine, — de psychanalyse ? ». Alors, non, je n’y étais pas parce que 1. je ne pouvais pas y être parce que 2. je n’avais pas prévu d’y être et je ne pouvais pas y être puisque 3. Les organisateurs n’avaient pas prévu que j’y sois. C’est l’Université Populaire, et sur Internet il n’y avait pas le bon rendez-vous. Comme quoi, internet, il faut s’en méfier. L’Université Populaire, je ne sais pas ce que c’est. Mais comme c’est mon copain Henri Solans qui m’a demandé d’y être, et que j’ai un faible pour lui, je lui ai dis oui, mais je dis souvent oui, de toutes façons. Il m’avait demandé de faire quelques interventions à l’Université Populaire. Je ne sais vraiment pas ce que c’est. Toi, tu as l’air de savoir ? tu peux en dire quelques mots ? Non ? Tu n’en dirais que du mal, je sens. Il y en a qui pourrait dire du bien ? Toi, tu connais ?

    DF : Je ne connais pas vraiment bien mais je connais ces Universités Populaires qui se sont montées dans quelques villes de France, là et celle-là a démarré l’année dernière. C’est la deuxième année, là.

    MB : C’est coorganisé par un nommé Sistach. Je ne sais pas qui est Sistach.

    Public : J’y suis allé cette année. C’était intéressant, un régal, j’y suis allée plusieurs fois. Ils ont relancé le truc cette année parce que ça a pas mal marché…

    FC : c’est calqué sur la grande initiative qu’a eu Michel Onfray.

    MB : Bon, je parle en fait le 13 décembre. Samedi je travaillais en Cerdagne. Cela dit, on attend de pied ferme Pierre Johan Laffitte pour la « Journée avec » de samedi. Il y a combien d’inscrits ?

    TF : 30. Mais il y a aussi les habitués qui ne se sont pas encore inscrits… Il y en aura beaucoup plus.

    MB : Bon. Aujourd’hui j’avais envie de faire un peu d’exotisme. Quand je fais un blabla un peu trop difficile, comme celui de la dernière fois, il me semble que cela avait été un peu sec, je fais quelque chose de plus doux pour faire passer la pilule. C’est ce que je fais toujours. Comme il se trouve qu’il y a une chose qui intéresse certains, dimanche on en parlait, on parlait de Salomon. Pas Reznik. J’attend la réponse de Reznik pour la « Journée avec » suivante, je lui ai proposé le 7 et le 14 mars 2009. Il avait demandé début mars 2009. Donc, pas Salomon Reznik, mais l’autre, celui d’origine. Vous allez voir pourquoi. L’histoire du roi Salomon est connue, le temple de Salomon, qui a été détruit, etc. Quand se situe le début de la diaspora ?

    (…)

  • Blog-Tone : Spécial Victor Hugo, lundi 17 novembre 2008

    Blog-Tone : Spécial Victor Hugo, lundi 17 novembre 2008

    Victor HUGO, dans Napoléon, le petit

    Réédité chez Actes Sud

     » Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien.

    Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire.

    Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide.

    L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé « .

     

  • Les 23-24-25 novembre 2009 : Secondes Assises de la Psychiatrie Médico-Sociale

    Les 23-24-25 novembre 2009 : Secondes Assises de la Psychiatrie Médico-Sociale

    L’ Association Scientifique de Psychiatrie Institutionnelle organise les 23-24-25 novembre 2009 ses Secondes Assises de la Psychiatrie Médico-Sociale :

    Autismes : à tous âges, quelles institutions ?

    Leurs places dans le médico-social aujourd’hui ?

    Des premiers autistes à ceux d’aujourd’hui et peut-être en lien avec la notion de troubles envahissants du développement, cette population s’est accrue de façon exponentielle ! Malgré tous nos efforts, tous n’ont pas été guéris, mais beaucoup se sont améliorés. La chronicité est dès lors apparue. Les enfants que nous avons connus, soignés, aidés, sont devenus des adolescents, puis des adultes et les besoins sont apparus considérables, les exigences des familles sont devenues plus que compréhensibles, légitimes. En effet, après le Centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP), le Centre médico-psychologique de secteur (CMP), le Centre médico-psycho pédagogique (CMPP), l’Hôpital de jour, le Centre d’accueil thérapeutique à temps partiel (CATTP), que leur proposer ?

    À juste titre, les familles se sont donc inquiétées, se sont organisées, ont réclamé des mesures, des moyens : de nouveaux soins, de nouveaux accompagnements ont vu le jour, des Centres ressources ont été créés, la pédagogie s’est renouvelée, les bienfaits d’une intégration scolaire bien préparée et bien accompagnée ont été reconnus. Mais où et comment mettre en œuvre ces différents progrès ? Comment s’y repérer, ne pas les opposer, mais au contraire les rendre successifs et/ou complémentaires dans l’intérêt de l’enfant, puis de l’adolescent ou de l’adulte ? Comment les adapter aux indications et à l’âge ? Comment, lorsque l’on ne peut faire de miracles, ne pas baisser les bras et développer, puis entretenir les compétences, dans un climat serein et ceci, dans la durée ? À l’inverse, à trop vouloir bien faire, comment ne pas devenir maltraitant ?

    C’est peut-être en redécouvrant la finalité et la valeur du fonctionnement institutionnel dans la diversité de la panoplie médico-sociale, depuis les services ambulatoires, à domicile, les établissements résidentiels à la carte, à temps partiel ou plus permanents, les séjours de rupture, que chacun pourra trouver une réponse humaine à ses besoins spécifiques et particuliers.

    Je me tiens à votre entière disposition pour tout complément d’information et vous remercie par avance d’afficher l’annonce de ces assises dans votre service.

    — 

    Fanny BOY

    SANTEXCEL/CREAFI/EXCELFI

    255 rue Nelson Mandéla

    59120 LOOS

    Tél : 03.28.55.67.52 – Fax : 03.28.55.67.35

    www.santexcel.com

    www.psy-enfant-ado.com (pour toute information – Réponses à l’appel à communication – inscriptions)

    Portfolio

    Télécharger l’Affiche

  • Frédéric Scheider : Voulons-nous des Sarkopitaux psychiatriques ?

    Frédéric Scheider : Voulons-nous des Sarkopitaux psychiatriques ?

    Voulons-nous des Sarkopitaux psychiatriques ?

    Dans le discours d’Antony, Sarkozy flatte l’humanisme des soignants pour mieux amener sa conception sécuritaire de la psychiatrie. La loi de 1838 sur les placements d’office et volontaires était une loi libérale d’ « ordre et de liberté », la loi de 1990 se voulait plus libérale encore. Il était encore question d’elle avec « Sécurité et Liberté », mais aujourd’hui, la liberté n’est plus au goût du jour.

    Ce discours d’Antony sonne le glas d’une psychiatrie qui se risquait depuis Pinel à aller auprès du patient pour le « libérer de ses chaines », et tisser une alliance thérapeutique avec la partie saine du malade. Sans cette alliance respectueuse, point de confiance, point de transfert, point de soin possible. Les aliénistes après lui ont été heureux peu à peu de diminuer dans les asiles le nombre de « loges ». Ils ont tout fait pour défendre les aliénés devant les tribunaux, et les soigner dans des asiles qui ne soient plus des prisons.

    Sarkozy, lui, après qu’on a fermé trop de lits de psychiatrie, ouvre des chambres d’isolement sécurisées par des caméras et passe aux malades le bracelet magnétique des condamnés !

    Pinel ouvrait des infirmeries spéciales pour soigner les aliénés dans les vastes hôpitaux généraux hérités de l’âge classique, Sarkozy multiplie à souhait les quartiers de « force » dans l’hôpital psychiatrique.

    Mais en même temps, ce discours paraît anodin, il ne soulèvera sans doute pas le tollé qu’on croirait, parce qu’il dit tout haut ce que l’on perçoit partout, et qu’il reflète tout à fait la tendance qu’on observe depuis quelques années dans les hôpitaux psychiatriques, grands ou petits : déqualification du personnel infirmier et médical, raréfaction du personnel et des temps véritablement soignants, concentration des patients graves, turn over effréné, montée de la peur des professionnels, durcissement et rigidification des règles institutionnelles pour tous, soignants et soignés, qui va de pair avec la mort des initiatives et de l’imagination des soignants. Les malades, à juste titre, vont pouvoir avoir à nouveau peur, et nous n’aurons rien à dire pour les rassurer. Comment convaincrons-nous les parents du jeune étudiant en bouffée délirante qu’il faut faire admettre leur enfant dans de tels hôpitaux ? Comme au temps de l’asile qui faisait peur, on médiatise déjà à outrance les accidents (qui ne disparaîtront jamais !), et les journalistes s’empressent de nous montrer dans des urgences-vitrines comment le fou est maitrisé attaché et sédaté.

    La stigmatisation par Sarkozy des hospitalisés d’office est caricaturale, quand on sait que souvent l’arrivée en HO ou en HDT ne tient qu’aux circonstances. Or le patient en HO sera stigmatisé et mis au ban. Toute HO sera désormais pris en compte comme une HO judiciaire. Plus question d’envisager comme par le passé la sortie d’essai de ces patients en Hospitalisation d’office pour « favoriser leur réinsertion ». Il faut trois jours aujourd’hui pour organiser la sortie d’essai ou la sortie définitive d’un patient en HO. Il faudra dorénavant le passage du « psychiatre non traitant », et l’engagement des cadres de santé, qui reflèteront, pour l’un, les craintes de la société, et pour l’autre celles d’équipes de plus en plus frileuses et défensives… Combien imposera-t-on d’infirmiers et de policiers en civils pour organiser la visite à domicile d’un patient en sortie d’essai d’HO ? Au moment de la sortie, il se nouait dans la poignée de main entre le psychiatre et le patient un contrat à deux, un engagement, une promesse mutuelle.

    Le résultat va être un formidable retour en arrière, en toute bonne conscience, pour le plus grand soulagement des journalistes et de l’opinion, pour peu qu’on donne la Légion d’Honneur à quelques psychiatres héroïques et à quelques directeurs d’hôpitaux fidèles serviteurs du régime…

    Rappelons nous que Napoléon III avait fait mieux que Louis XIV, et avait enfermé un français sur dix… Où serai-je, combien de temps vais-je pouvoir vivre mes opinions de psychiatre dissident dans des institutions qui débusqueront de plus en plus violemment les esprits rebelles !

    L’urgence n’est pas dans des mesures de sécurité qui ne sont que démagogie et poudre aux yeux.

    L’urgence, c’est de cesser d’assassiner les deux professions clés de la psychiatrie : il est temps de former un vrai corps de psychiatres publics et d’infirmiers de soins psychiatriques, de repenser leur formation en fonction de la santé publique et des questions de société, et de les former afin de réaliser véritablement le projet trop tôt abandonné de la psychiatrie de secteur.

    Quant à aujourd’hui, il n’y a qu’à aller s’enchaîner aux grilles de l’Élysée avec les associations de familles et d’usagers en signe de protestation. Le ferons-nous ?

    Frédéric Scheider

    Psychiatre, docteur en histoire

  • Un Appel urgent à la mobilistion par le Dr Alain Buzaré

    Un Appel urgent à la mobilistion par le Dr Alain Buzaré

    APPEL ALERTE APPEL ALERTE APPEL ALERTE

    (Dr Alain Buzaré Le 23 octobre 2008)

    Mes amis, confrères, collègues et citoyens,

    Le projet de démanteler et de rayer de la carte de la sectorisation psychiatrique du Maine-et-Loire le secteur 3 du Centre Hospitalier Spécialisé de Sainte-Gemmes-sur-Loire se fait jour.

    Il circule depuis plusieurs mois dans ce qu’il est convenu d’appeler « les milieux autorisés » et a été récemment officiellement exposé par le Directeur Général de cet hôpital à son Conseil Exécutif de septembre 2008. Il s’agirait, dans une pure logique gestionnaire économique et technocratique, d’assurer le retour à l’équilibre budgétaire de l’établissement et de créer de nouvelles structures hospitalières, exigées par la loi ou par les pressions politiques et sociales : une structure d’hospitalisation de 72 heures, une structure d’hospitalisation réservée aux hospitalisés d’office ainsi qu’une structure hospitalière… pour ceux qui n’auraient plus besoin d’être hospitalisés. Les ressources humaines du secteur 3 seraient, pour certaines, affectées à ces nouvelles structures pendant que d’autres de ces postes passeraient à la trappe. Il est évoqué de manière très insouciante que le suivi des patients du secteur 3 serait réparti dans les autres secteurs. Il en serait de même pour ses locaux extra et intra hospitaliers (dont on notera au passage, qu’après les avoir pensés et attendus pendant de longues années, le secteur 3 les a investis il y a un an à peine).

    Ce qui aurait du rester à l’état d’une idée à mettre démocratiquement au travail dans les instances consultatives et délibératives, a envahi le Centre Hospitalier sous la forme d’une « rumeur » dont il devient maintenant évident…qu’elle n’en était pas une. Une assemblée générale des personnels du secteur 3 a permis le 2 octobre dernier à la hiérarchie du service d’apporter les informations connues d’elle, aux agents de ce service d’exprimer des sentiments d’incrédulité puis de grande préoccupation et à tous de commencer à envisager la résistance. Les personnels du secteur 3 ont dit attendre beaucoup, des prochaines réunions médicales, une prise de position clairement opposée à ce projet, estimant qu’une grande responsabilité reposait sur le corps médical dans l’organisation du refus de voir ainsi disparaître un secteur de psychiatrie entier, corps et âme. Ils ont également saisi leurs organisations syndicales et la réunion des adhérents du secteur 3 de l’une d’entre elles a fait état d’une rencontre entre ce syndicat et le directeur au cours de laquelle ce dernier a exposé très précisément le déroulement de ce scénario, confirmant son existence concrète bien au-delà d’une pensée individuelle. Aujourd’hui, ce sont les patients qui, touchés eux aussi par cette « rumeur », questionnent, avec l’angoisse que l’on peut imaginer.

    Un espoir certain est toutefois né d’une rencontre des médecins de cet établissement : cette réunion a en effet affirmé qu’une restructuration éventuelle de l’établissement devrait concerner l’ensemble de ses acteurs et que le nombre des secteurs de psychiatrie ne pouvait être une variable d’ajustement d’un budget hospitalier en déséquilibre.

    Cette prise de position était essentielle. Tout danger n’est pas pour autant écarté de voir prendre forme ce projet, dans les mois qui viennent, dans le cadre du nouveau projet d’établissement.

    L’analyse des tenants et des aboutissants de cette situation est sans aucun doute extrêmement complexe, liant le macro et le micro politique. Il ne saurait être question ici d’exhaustivité mais nous pouvons retenir deux idées :

    1°) de nombreuses organisations syndicales et professionnelles et un nombre de plus en plus grand de personnalités estiment que se déroule actuellement sous nos yeux une entreprise de démantèlement du service public hospitalier. Celle-ci est d’autant plus redoutable qu’elle s’effectue pas à pas, petit à petit, de loi en loi (hôpital 2007, hôpital-patients-santé-territoires…) dans un climat général de résignation n’engendrant que d’éparses protestations. Il s’agit de l’organisation calculée d’un étranglement économique massif de tous les hôpitaux publics du territoire et de la prise en main de ces établissements par des « managers » guidés, de gré ou de force, par l’idéologie forcenée de l’hôpital entreprise, avant que ce service public ne soit bientôt offert aux intérêts privés lucratifs (ou du moins ses aspects rentables, le comble étant que nos propres relevés statistiques sont en train de les faire connaître !!!) Le professeur Grimaldi demande : « assisterons-nous en spectateurs impuissants à l’effondrement du service public hospitalier ? On ne saurait exclure cette éventualité, tant la stratégie de la « contre-réforme » est : morcellements, divisions, avances par petits pas, reculs temporaires, dénégations voire mensonges… Ou bien verrons-nous dans un sursaut éthique les médecins hospitaliers se joindre aux surveillant(e)s et aux infirmier(e)s pour défendre non pas des intérêts corporatistes, mais l’hôpital public au service du public selon des valeurs très anciennes mais en réalité d’une grande modernité » Précisons qu’en matière de psychiatrie, cette situation aboutit de fait à l’abandon d’un nombre de plus en plus important de patients (dans les rues, dans le métro, dans les prisons, dans de sordides logements…) au point que des études constatent une augmentation considérable de la mortalité des personnes psychotiques et que des voix s’élèvent contre cette forme nouvelle d’hécatombe.

     2°) le choix du secteur 3 pour cette opération de démantèlement, même camouflé derrière une soi-disant intense réflexion (menée avec qui ?) sur l’opportunité de la destruction de tel ou tel service, n’apparaît à personne comme le fruit du hasard. Disons pour aller vite qu’il est normal que ce soit ce secteur qui « valse », lui qui, à la préhistoire de la psychiatrie de secteur dans le Maine-et-Loire et même en France, avait osé faire valser les « soignants » avec les « soignés » au cours d’un bal, au foyer des malades, à l’occasion d’une soirée de réveillon, dans les années 60. Disons encore que toute l’histoire de ce service, ses théories (en mouvement permanent) et ses mises en pratique des soins en particulier aux personnes psychotiques ainsi que sa façon de mettre au service de ces soins la gestion de ses ressources humaines va à l’encontre de la mise en place de cette psychiatrie dite nouvelle aux forts relents de passé nauséabond. Unité de 72 heures ou pavillon des entrants ? Unité pour HO ou pavillon des agités ? Unité pour patients « chroniques » ou pavillon de défectologie ? Resteront « les calmes, tranquilles et travailleurs » qui ne travailleront même plus, dans des unités désertées de personnel soignant. Lucien Bonnafé nous invitait à construire le contraire de la psychiatrie asilaire sur les ruines de l’asile et nous voyons aujourd’hui le phénomène inverse se dérouler, ce qui n’étonnera pas les historiens, lucides à propos de ces mouvements, courants et contre-courants traversant en permanence l’histoire de la psychiatrie, rythmée par la qualité de ce que Henri Ey appelait « l’éthico-social »

    Est-il nécessaire de préciser en quoi ce projet de démantèlement d’un secteur de psychiatrie générale, quel qu’il soit, serait porteur de violence et de mort ? En mesure-t-on les effets extrêmement délétères sur les patients ainsi déconsidérés, eux dont on dit, dans le cadre d’une « certification » complètement détachée du réel, qu’ils sont le centre de nos préoccupations ? En mesure-t-on les effets extrêmement déstabilisants sur son équipe soignante ainsi niée dans la qualité de son travail ? A-t-on une idée de qui pourrait assumer la responsabilité de la gestion de la destruction d’une équipe d’un point de vue éthique ou même « simplement » d’un point de vue juridique lorsque l’on sait les risques humains encourus dans l’actuel climat irrespirable des pressions administrative et judiciaire ?

    Est-il nécessaire de préciser que ce projet ne sera en rien la « solution » aux problèmes posés à notre établissement ? Quelques questions, soi-disant non encore réfléchies, devraient permettre de s’en convaincre : combien de postes devraient être nécessaires au fonctionnement de ces nouvelles structures particulièrement gourmandes en personnels ? Combien de postes disparaîtraient dans le cadre du rééquilibrage d’un budget dont le déficit est aujourd’hui annoncé à 15 « équivalents temps plein » (l’équivalent temps plein étant devenu la nouvelle unité de mesure des déséquilibres budgétaires…) ? Combien en resterait-t-il dans ce que l’on continuerait peut-être à dénommer « secteurs » pour s’occuper d’une file active en constante augmentation et à laquelle s’ajouterait, par une mathématique répartition, environ 12 000 habitants et plus de 200 patients par secteur émanant du secteur 3 ? Sait-on quel sera le prochain secteur à disparaître si cette logique de l’économique à tout prix s’impose ?

    Mes amis, confrères, collègues et citoyens, cette expérience locale a le mérite de mettre en évidence l’intensité du conflit éthique au centre duquel les médecins et leurs collaborateurs sont aujourd’hui placés : d’un côté ils doivent assurer à chaque patient le soin optimum, de l’autre ils sont soumis aux impératifs de la rentabilité, des déficits permanents, du contrôle tatillon et des contrats léonins. Il n’y a pas d’autres solutions que de s’opposer à cette déclinaison locale des méfaits d’une politique nationale de manière confraternelle, au sens que chacun sait que l’on ne ralentit pas la montée des eaux en appuyant sur la tête de son frère (fût-il con…) Il s’agit de refuser de cautionner un tel projet de disparition d’un secteur mais surtout du secteur comme concept opératoire de la psychiatrie publique. Il s’agit de résister à cette idée, profondément ancrée, et dont la psychiatrie nous parle en tous temps et en tous lieux, que le sacrifice des uns pourrait assurer la tranquillité des autres ( « on tira-z-à la courte paille »…) et de faire face à cette adversité par des positions de solidarité. Toutes les rencontres à venir se devraient de réfléchir à cette situation, de donner un avis sur cette question et de faire des propositions de résistance concrète.

    Vous pouvez adresser vos réactions et vos témoignages à :

    Docteur Alain Buzaré

    Psychiatre Hospitalier

    Secteur 3

    CESAME Centre Hospitalier Spécialisé

    49130 SAINTE-GEMMES-SUR-LOIRE

    Docteur Alain Buzaré

    Ces quelques paroles, même brèves, seront très utiles au soutien de tous et pourront être si besoin des éléments de la résistance multiforme qui s’annonce nécessaire .

  • STAGE DE LA BORDE:Du lundi 4 mai au vendredi 8 mai 2009

    STAGE DE LA BORDE:Du lundi 4 mai au vendredi 8 mai 2009

    ASSOCIATION CULTURELLE de la
    CLINIQUE de LA BORDE

    STAGE DE FORMATION

    RETOUR

    À LA CASE DÉPART ?

    Du lundi 4 mai au vendredi 8 mai 2009

    Le stage est placé sous la responsabilité de l’Association Culturelle

    de la Clinique de La Borde

  • Assumer l’abduction

    Assumer l’abduction

    Assumer l’abduction

    Fantaisie abductive

    Etrange journée. Peut-être n’ai-je pas rêvé cette nuit, peut-être même n’ai-je pas rêvé depuis plusieurs nuits. Au fond j’ai toujours pensé que le rêve était une sorte de remise en place des impressions sensorielles de la journée, une mise en perspective du logos et dans le logos. Si je n’ai pas rêvé depuis plusieurs nuits, j’ai donc accumulé un paquet de choses qui sont là, en attente d’une écriture. Est-ce que l’écriture n’est pas cela : ce qui permet d’installer ce que le rêve a été impuissant à réaliser ?

    Vers l’âge de 4 ou 5 ans, alors que j’étais en classe, à l’école maternelle, l’école Lamartine, la maîtresse demande à tous les enfants qui étaient là de prendre un papier et de dessiner la pluie. A ce moment là j’ai découvert quelque chose, mais je ne sais quoi. J’ai prétendu dans ma thèse (1991) (pas explicitement) que c’était l’origine de ma question, celle qui me guide dans ma vie : comment peut-on dessiner la pluie ? Mais toujours cette chose qui m’échappe. Comme psychanalyste, je vois bien qu’il y a quelque chose à saisir chez les autres. Mais là aussi, au moment de saisir cette chose, elle s’écoule entre mes doigts. En fait je ne me résous pas à accepter que la seule réalité que nous puissions trouver soit dans la fulgurance d’une parole. Sans doute l’esprit de l’escalier qui m’habite est-il à l’origine de ce doute ou de ce refus.

    Je puis dire sans mentir que je cherche une réponse à ma question depuis plus de quarante ans. Je devrais maintenant en savoir un bout sur tout ça, et pourtant je n’ai jamais eu l’occasion de faire le point. J’écris des morceaux, des lambeaux autour de ma question. Mais je ne suis jamais allé à son coeur. Aujourd’hui peut-être ? Il faut que je me laisse aller. C’est-à-dire oublier ce que je sais d’organisé au profit des sédimentations qui restent en moi (mon « tonal »).

    (…)

    Article écrit en 1989

  • Guy Baillon

    Guy Baillon

    Deux textes alertant sur les nouvelles attaques contre le secteur et la poursuite du démantèlement de la psychiatrie. Ils sont écrit par Guy Baillon, psychiatre des hôpitaux. Pour ceux qui voudraient réagir à ces deux textes, ils peuvent prendre la parole sur le « For intérieur », sur ce site, ou envoyer directement leurs commentaires à Guy Baillon. Voici des extraits de ces deux textes.

    ALERTE ROUGE EN SANTE MENTALE

    Vous savez qu’un projet de psychiatrie remarquable est né pendant la dernière guerre à partir des trois données suivantes :

     le constat d’une triple horreur concomitante, horreur de la guerre, horreur de l’occupation, horreur de l’asile, et en opposition à elles deux certitudes :

     une première certitude : la certitude que les personnes dites folles ne sont jamais totalement folles et qu’elles sont aussi d’abord des hommes, ensuite des citoyens, avant d’être considérées comme partiellement malades

     une seconde certitude : ces personnes peuvent être soignées si leurs soignants s’appuient sur leurs capacités de soignants à créer un groupe uni par la Résistance contre ces horreurs au nom d’une société sûre de ses valeurs, dont celle de soigner l’homme partiellement fou par des traitements qui n’abandonnent jamais l’humain.

    _________________________

    Ces hommes de la Résistance sont partis de la réflexion clinique suivante : les troubles psychiques graves de l’ordre des psychoses, des dépressions graves et des névroses graves surviennent chez des personnes qui sont dans la méconnaissance de leurs troubles, lesquels se prolongent de façon variable toute la vie. Mais leur évolution peut être favorable à partir du moment où de mêmes personnes de professions différentes ont le souci de leur apporter une aide adéquate tout au long de la trajectoire de ces troubles. La « politique de secteur » était née : ‘une même équipe pour toutes les pathologies psychiques d’une population ayant une histoire de vie commune dans une cité, un quartier, des villages’. Cette idée née en 1960 ne commence à être appliquée progressivement qu’après 1972. Elle devait s’appuyer sur la reconversion des hôpitaux psychiatriques en unités de soins à taille humaine diversifiées et évolutives dans le tissu social. Cette reconversion n’a été que partielle. Les hôpitaux à deux exceptions prés se sont pérennisés. La définition des secteurs par contre s’est étendue à l’ensemble de la France en 850 secteurs d’environ 65.000 h.

    Il fallait une foi titanesque, comme celle des hommes de la Résistance pour penser faire cette reconversion d’espaces de renfermement en équipes se déplaçant dans le tissu social. Surtout nous savons qu’une chose ne s’est pas transmise 30 ans après le début de cette formidable aventure, c’est cette foi dans la Résistance à l’oppression.

    Une majorité de soignants est devenue peu à peu indifférente à ce défi humain que constituent les troubles psychiques graves. L’application de cette politique a été variable, forte ici, modeste là, défaite ailleurs par des acteurs non soignants non compétents. Beaucoup de psychiatres devant ces obstacles ont déserté le service public pour le privé où la densité médicale a atteint la première place en Europe ; car les psychiatres sont très nombreux en France, sauf dans le service public. Dans le même temps la base essentielle de la pratique, les infirmiers psychiatriques, a perdu son identité par abrogation de son diplôme qui a été aligné sur celui de la médecine. De façon paradoxale les seuls qui défendent ardemment aujourd’hui le ‘secteur’ sont les Associations de Familles et les Associations d’usagers, c’est chez eux que s’est conservé l’esprit de la Résistance à l’oppression. L’oppression a changé de visage, c’est celle du chiffre, de la qualité, de la bonne pratique, de l’acte. Ces familles et usagers demandent une psychiatrie moderne et humaine, c’est-à-dire associant toutes les connaissances les psychothérapies, la chimie, l’institutionnel, articulée avec le champ social où est né depuis 2005 sous leur impulsion la compensation sociale du handicap psychique (prolongeant dans la vie sociale l’appui dont ces personnes ont besoin, mais un appui en continuité avec les soins).

    (…)

    LA PSYCHIATRIE DE SECTEUR ‘CRIE’ : AU SECOURS !

    Il est urgent d’aller au secours de la Psychiatrie de Secteur !

    Un nombre de plus en plus grand d’équipes de secteur sont sur les genoux et certains en profitent pour les achever.

    Lorsque l’on n’est plus en prise directe avec le terrain parce qu’on est à la retraite, on est stupéfait de découvrir les séismes à répétition dont sont victimes les équipes infirmières, abandonnées par leurs médecins partis dans le ‘pôle à côté’. Ainsi déjà, sur le terrain, on ne parle plus de secteur, mais de pôle.

    Ces infirmiers, rencontrés lors de formations, ne comprennent pas pourquoi leurs psychiatres aussitôt après avoir demandé la création de pôles s’en vont ; ces infirmiers se retrouvent dans des espaces qui ne s’appellent plus équipe de secteur, mais « équipe de pôle ». Ils constatent effarés que leur pôle regroupe des unités de soin dispersées sur des espaces de différents secteurs, alors que d’autres ‘pôles’ sur les mêmes espaces géographiques s’enchevêtrent, un pôle pour les services d’hospitalisation de plusieurs secteurs, un autre pour des ‘soins au long cours’ ? Qu’est-ce que ce désordre, insensé ?

    Ces infirmiers constatent que leur ancien secteur est maintenant coupé en trois portions, chacune réunissant des soignants et des patients d’autres secteurs. Et tout cela s’est fait en douce de-ci de-là sans révolte, parce que ces actions ont été réalisées en catimini.

    Donc la psychiatrie de secteur est déjà en miettes dans un nombre assez important de secteurs, remplacée par une psychiatrie ‘polaire’ sur d’immenses ‘territoires’. Ainsi lorsque ces infirmiers appartiennent au ‘pôle CMP sud’ ils savent que 80 patients de ‘leur secteur’ sont hospitalisés au ‘pôle hospitalier’ où les soins sont donnés par une équipe hospitalière qui ne travaille plus avec eux, ni comme eux. Ainsi les demandes d’hospitalisation comme les fins d’hospitalisation sont causes de conflits entre les équipes et malgré le nombre ‘trop’ élevé de lits (80 pour 50.000 habitants), … tout le monde se plaint de n’avoir pas assez de lits (le CMP, les familles, l’hôpital, le directeur !). Évidemment ! Puisque les soignants de l’hospitalisation n’ont plus confiance dans l’autre équipe, celle du CMP, et inversement !

    Ce n’est pas fini, il y a pire.

    Actuellement une grosse entreprise d’audit connue, promue par des acteurs officiels salariés du ministère, est chargée de bétonner cette évolution en analysant le fonctionnement des CMP pour y monter en épingle les « bonnes pratiques » des CMP.

    La MEAH, pour ne pas la nommer, est constituée de gens ‘neutres’ bien sûr, ne connaissant rien de la psychiatrie, de la folie, de plus elle ne se soumet pas au regard des usagers ni des familles, pourtant ce regard est demandé par l’Etat, c’est depuis les lois 2002 et 2005 une obligation ; certes la capacité de séduction de l’entreprise leur aurait peut être jeté de la poudre aux yeux à eux aussi, mais au début seulement, car les enquêtes durent 20 mois, ensuite comme les usagers ont l’habitude d’analyser les dérives ils auraient pointé celle là !

    Dans le texte ci-contre, plus long, nous analysons cette dérive extrêmement grave qui s’installe sous couvert de séduction (j’ai des amis qui au début étaient ‘ravis’) avec un discours comme celui-ci : « Nous savons que vous avez quelques difficultés dans votre travail un peu désordonné. Nous en connaissons les raisons. C’est parce que votre ORGANISATION est défaillante. Nous sommes d’excellents organisateurs avec des références fortes. Laissez-nous analyser votre travail et ensuite vous conseiller ! »

    Les infirmiers (leurs médecins, simili fonctionnaires soumis à leur administration, n’ont pu qu’obéir à cette offre de service mirobolante, et parfois sont partis après), eux, ont été écrasés par cette enquête, et culpabilisés ; certains ont voulu montrer qu’il y a pourtant des choses qu’ils savent faire ; l’Audit aussitôt leur a distribué des ‘bons points’ et les voilà promus acteurs de ‘bonnes pratiques’ ; d’autres ne comprennent plus rien à leur travail après des remarques pour eux absurdes, mais ils ne le disent à personne, car ils savent qu’ils seront mal vus, mal ‘notés’.

    (…)

  • Blog-Tone : Mamie Ginou, dimanche 26 octobre 2008

    Blog-Tone : Mamie Ginou, dimanche 26 octobre 2008

    Je m’étais assis à côté d’elle, sur un banc en PVC blanc, patiné par l’usure du temps et des fesses, dans le jardin de la « résidence du vieux chêne », une MRMMPT (Maison de Retraite Médicalisée Mais Pas Trop…), par un bel après-midi d’automne. D’autres pensionnaires, les plus valides, arpentaient les allées, vieillissant à petits pas, l’échine voûtée, les bras arc-boutés sur des cannes ou un déambulateur, emmitouflées dans une pèlerine grise, uniforme, estampillée du logo de la résidence sur le bras droit, et du numéro matricule sur la poitrine gauche. C’était une maison de retraite et de soins de longue durée pour nos aïeux en perdition, une institution à la pointe de la modernité en cette fin de 21ème siècle, avec toute les normes de sécurité s’y afférentes et où l’humain prenait une place prépondérante (chaque pensionnaire se voyait octroyer 45 minutes le matin et 45 minutes l’après-midi pour assister -c’était obligatoire- aux « ateliers d’humanité empathique et compassionnelle »). C’était un établissement modèle, fruit des années de cogitation, de débats parlementaires, de projets de lois, de décrets, de colloques internationaux animés par les plus grandes sommités médicales, spécialistes de la dépendance des 3ème et 4ème âges et de la progression inexorable des troubles de la sénescence, dont le syndrome « d’oubli de soi et d’abandon des autres », syndrome à la prévalence que l’on estimait exponentielle. Tout était parti du plan Alzheimer, lancé par un ancien président de la république, dans les années 2000, Nicolas Sarkozy, qui, à l’instar de la Pucelle d’Orléans qui voulait bouter les anglais hors de France, était déterminé à guérir les incurables, à promouvoir l’extinction du paupérisme après 22 heures, et prolonger le boulevard Saint Michel jusqu’au Mont !

    Je m’étais donc assis à côté de ma grand-mère, Mamie Ginou, à l’occasion de ma visite hebdomadaire (c’était une clause du contrat d’admission : obligation aux ayants droits et assimilés d’assister le résident 2 heures par semaines dans son projet de vie, faute de voir ce dernier exclu du programme « santé-humanité », voire d’être chassé de la résidence.), lui apportant ce jour là des nougats.

    « – Tiens Mamie Ginou, j’ t’ai apporté des nougats…

    – Oh ! Des nougats ! Y sont pas trop durs j’espère. Les derniers qu’tu m’as offerts étaient juste bien. J’enlevais mon dentier et j’les laissais fondre dans la bouche…Un régal !…Même qu’après l’docteur y était pas content, vu qu’mon diabète dépassait la norme. « Madame Ginette ! D’après les recommandations internationales et ce dans le cadre de l’amélioration des conditions de fin de vie applicable stricto sensu au sein de notre établissement, vous ne devez pas dépasser 6,5% ! C’est à croire que vous n’avez plus envie de vivre ! Seriez vous en phase pré-dépressive ?, Avez-vous des envies suicidaires, des idées noires ? Avez vous perdu du poids ? Et … et votre libido ?… C’est vrai que depuis votre arrivée chez nous il y a 3 ans, vous n’avez toujours pas refait votre vie avec un autre pensionnaire… ». Tu parles, les mecs ici y sont tous vieux, moches et y puent la pisse. A part un jeune infirmier. Mais y est pédé… « Madame Ginette, je vais vous programmer une consultation avec le Docteur Deubeulmort, notre séno-psychiatre vacataire. Mais avant j’exposerai votre cas lors de la réunion multidisciplinaire médico-administrative qui se tient le 1er jeudi de chaque trimestre. »

    – Si je comprends bien, à t’apporter des nougats je t’apporte aussi des emmerdes.

    – Oh, t’inquiètes pas mon p’tit garçon. Avant qu’ils ne percutent et que des décisions soient prises, j’ai le temps de mourir 4 fois d’un coma diabétique. La prochaine fois, si tu pouvais me ramener un paquet de couches. Comme j’ai qu’une petite retraite, j’ai droit qu’à 2 couches par jour. C’est pas Byzance !

    – Tu sais bien, Mamie Ginou, c’est formellement interdit d’apporter du matériel de l’extérieur. Y sont vachement strict la dessus. C’est pour la lutte contre les maladies nosocomiales. Tu peux te faire exclure sur le champ si ils te piquent avec une couche qui vient pas d’ici.

    – Ben justement, j’me demande si ça s’rait pas mieux… Mais toi, raconte un peu. Donnes moi un peu de tes nouvelles. Et dehors, derrière les murs, qu’est-ce qui se passe ? Tu m’as ramené un journal ? « La gerbille assassinée », j’aime bien, pour l’irrévérence et l’album de la comtesse…

    – Ben, non Mamie Ginou. J’ai du le jeter dans l’incinérateur en arrivant ici, les gardiens à l’entrée l’avait repéré dans mon pantalon…

    – Ah merde ! J’vais devoir me contenter de « la chaîne de l’espoir » sur canal 69. Et tes petiots, comment y vont ?

    – Ah !… J’ai des soucis avec le cinquième, Maël. Tu sais celui que j’ai eu avec Hélène, ma 3ème femme. Il va sur ses 7 ans et y refait caca dans sa culotte. Pourtant à 2 ans, il était propre et fier de l’être. Je me demande si c’est pas à cause du divorce… Je t’avais pas dit ?… Hélène et moi, on va se séparer… Pourtant on lui a encore rien dit, on veut l’protéger au maximum. Mais c’est sur que parfois ça pète à la maison et que, depuis sa chambre, y doit entendre des trucs… On l’a emmené à la maison médicale. Le docteur y avait pas l’temps de s’en occuper. Mais on a été reçu par une auxiliaire de psycho-puericulture.

    – Et qu’est-ce qu’elle en pense ?

    – Ben elle lui a fait faire des dessins et elle pense que c’est un retour au stade anal avec conflit anxiogène de séparation qui déstabilise l’évacuation des humeurs tant physiques que psychiques… Une sorte de maladie des boyaux d’la tête…

    – Et qu’est ce que vous allez faire ?

    – Ben elle nous a dit qu’on va avoir la visite à la maison, à plusieurs reprises, d’une auxiliaire de pédo-éducation. Elle veut voir comment Maël évolue dans un contexte conflictuel, quelles sont ses capacités à autogérer ses angoisses, quelles attitudes on doit avoir quand y fait dans sa culotte. Par exemple, faut pas dramatiser, ni l’engueuler. On risque de le braquer. Mais faut pas non plus rester indifférent. Faut qu’on lui montre que nous percevons sa souffrance profonde, qu’on est compatissant, et qu’on est prêt à l’écouter, à discuter avec lui de sa déstabilisation et de son trouble de l’évacuation… Après elle va faire un rapport, le soumettre à son chef, et y vont s’réunir avec toute une équipe pour étudier le cas du gamin… Normalement, dans six mois, il devrait être revu par une assistante de pédo-psychologie clinique appliquée

    – Ah… Et pour le soigner ?…

    – Ben après tout ça, elle va essayer de nous décrocher un rendez-vous avec le professeur Ch. E. Moquette. Tu sais celui qu’on voit partout à la télé, chez Delavenue, chez Mireille Mousquetère, chez Bernard Apfelstrum… C’est le spécialiste mondial de la pédopsychiatrie en souffrance. Y donne même des interviou dans « femme libérée », « parents, z’êtes pas cons », « mon gamin, ma maison »… C’est sur que pour le rencontrer faudra être patient… Mais si on est pressé, on peut avoir un rendez-vous un peu plus vite avec un de ses assistants…

    – Et Maël, dans tout ça, t’en fait quoi en attendant…

    – Ben… on lui a racheté des couches…

    – Ben dis donc ! Quel bordel ! Ton p’tit Maël, y est pas prêt d’arrêter d’chier dans ses culottes. Faut croiser les doigts pour qu’il soit vu par un psy avant sa communion. Ca f’rait tache avec une aube toute blanche… De mon temps, c’était déjà comme ça… Y a rien d’ changé… Moi aussi j’ai eu des soucis avec ton père… Il a pissé toutes les nuits dans son lit, jusqu’à 13 ou 14 ans… Mais à l’époque, y avait des médecins, les « généralistes » qu’on les appelait. Des médecins de proximité, qu’on pouvait joindre pratiquement 7 jours sur 7… J’ai consulté avec ton père… Y m’a d’abord rassurée, déculpabilisée… Puis on a essayé des médicaments, du « pchic-pchic » dans l’ nez le soir avant d’aller dormir… Comme ça marchait pas trop fort, il m’a proposé d’aller voir un psychia-truc. A l’époque, les psychiatrucs étaient enfermés avec leurs malades dans un grand centre, une sorte de grande demeure avec dépendances, entourée d’un haut mur de briques rouges. On l’appelait « la grande maison » ou « le donjon de Naheulbeurck »… Quand on passait à côté, on avait les pétoches… Personne ne savait ce qu’il s’y passait… De temps en temps on entendait un cri… Des fois on voyait arriver une ambulance à toute allure… Parfois c’était un corbillard qui en sortait…On rasait les murs de peur de s’retrouver happé et interné… Même que certains parents en profitaient ; « si t’es pas sage, on va t’emmener à la grande maison. Si tu travailles pas à l’école, le docteur y va t’faire une piqûre et on va t’enfermer dans le donjon de Naheulbeurck ! »… Alors tu parles, quand l’ docteur y m’a demandé d’aller voir un psychia-chose, j’ai tout de suite pensé à la grande maison… Y vont m’enfermer mon petit pour toujours dans le donjon…Mais y était tellement gentil mon médecin, que je lui ai fait confiance. J’ai pris un rendez- vous avec ton père. Deux mois d’attente pour être reçue d’abord par une assistante sociale, qui voulait me persuader que « si votre enfant est énurétique, c’est à cause d’un lien mère-enfant trop fusionnel qui l’empêche d’exprimer son oedipe ». Suite à l’entretien, plusieurs rendez-vous à la file avec une psychologue qui faisait faire à ton père des dessins. J’ m’étonne plus qu’y soit devenu infographiste… « Il faut le laisser s’exprimer par les formes et la couleur afin qu’il évacue la pression maternante qui bouche son horizon et empêche ses pulsions de jaillir »… En attendant, ses pulsions, ton père y les pissait chaque nuit dans son plumard… Bien évidemment, les rendez-vous c’était toujours pendant les heures de classe. Quand j’ai demandé si ton père pouvait pas être reçu un mercredi après midi, on m’a répondu que « la psychotsointsoin était aussi mère de famille et qu’elle devait s’occuper aussi de ses enfants, elle … ». Désespérée, je retournais chez mon docteur et lui expliquais mes déboires et surtout que, mois après mois, ton père pissait toujours au lit… Il était aussi désemparé que moi le docteur… Il décrocha son téléphone. « Allo ? Bonjour Ginette – elle s’appelait Ginette, comme moi ! -, Est-ce que vous pourriez recevoir un de mes jeunes patients qui pose de sérieux problèmes d’énurésie ?… » Cette brave Ginette c’était, ce qu’on appelait à l’époque, une psychiatre libéral… Une doctoresse gentille comme tout, qui consultait dans sa maison… Dans sa maison, tu t’ rends compte ?… Essaye d’imaginer un peu, maintenant, t’es malade, tu tousses, tu fais de la fièvre et tu vas toquer à la maison du docteur, y t’ouvre la porte avec un grand sourire, y t’fait asseoir dans son bureau, il t’examine … eh oui, il t’examine… comme dans les vieux films… et il te donne une ordonnance pour aller chercher tes médicaments… Tu peux pas te rendre compte… T’es trop jeune. T’as connu qu’ les maisons médicales pluridisciplinaires… Et ben le docteur Ginette, c’était pareil. Elle nous a reçu dans sa maison, le mercredi après midi, parfois même le soir après l’école ou pendant les vacances, et elle a soigné ton père. 6 mois après y pissait plus au lit…

    – Ben merde alors… T’en as d’ la chance d’avoir connu la belle époque… Et elle est devenu quoi ta docteur Ginette ?…P’t être que… pour Maël … le soir, au black… on pourrait p’t être s’arranger…

    – Rêve pas mon p’tit gars… Elle a du prendre sa retraite et elle est certainement partie finir ses jours au soleil. Maintenant, t’as plus le choix. Il te reste que l’institution psychiatrique décentralisée et de proximité. Bon courage, petit !… »

    octobre 2008

  • ACS de Seuilly pour le 20 09 2008 à Blois

    ACS de Seuilly pour le 20 09 2008 à Blois

    ACS de Seuilly pour le 20 09 2008 à Blois

    Les petits riens du quotidien

    L’Institut Médico-Éducatif de Seuilly où nous travaillons, mes collègues et moi, reçoit, depuis toujours certainement, des enfants autistes et psychotiques ou TED comme on dit maintenant, c’est-à-dire atteints de troubles envahissants du développement.

    Depuis plus de 20 ans, une réflexion collective s’est mise en place en se structurant progressivement. Les concepts de la psychothérapie institutionnelle, Lise Gaignard en sait quelque chose, sont venus, à cet égard, enrichir cette réflexion et la mise en place d’un fonctionnement qui cherche sa cohérence, à la fois dynamique, adaptable et supportable par tous, jeunes, familles et salariés.

    En deçà et au-delà des prises en charges traditionnelles, éducatives, pédagogiques quand c’est possible, et thérapeutiques en orthophonie, psychomotricité et psychothérapies, nous nous sommes toujours appuyés sur la vie quotidienne, et toutes les richesses qu’elle recèle, pour proposer aux jeunes un accueil sécure et familier ajusté à la problématique de chacun.

    Cet accueil s’appuie sur l’inventivité des personnes qui travaillent avec ces enfants et mettent en place des ateliers et des accompagnements du plus grand intérêt pour tous.

    L’important est, surtout, d’éviter tout ce qui pourrait les empêcher de travailler, ce qui n’est toujours simple…

    Caroline Hiernard vous parlera de son observation : « Le linge à proprement parler… Une préoccupation matérielle primaire. » Puis Colette Pied vous présentera son atelier : « Les glaneurs au rythme des saisons ».

    Le 23 septembre 2008

    Dr. Jean-François Aouillé

    Le linge à proprement parler… Une préoccupation matérielle primaire ?


    Le linge… première peau d’après naissance, après les bras peut-être, et le peau à peau. Première barrière protectrice, une enveloppe pour les personnes autistes, psychotiques.

    L’attention des parents est toute particulière autour du trousseau de leur enfant et plus précisément en internat. Il faut en prendre soin ! De leur enfant bien-sûr ; mais de ce qui l’enveloppe, l’entoure, aussi !

    Ces enfants souffrent de troubles graves qui ne leur permettent pas toujours de se sentir bien définis, bien délimités corporellement. Les angoisses sont archaïques et les obligent à recourir à des conduites parfois étranges. Certains s’enveloppent de plusieurs couches de vêtements, été comme hiver, ont besoin de leurs chaussures pour dormir, n’ôtent ni chaussettes ni casquette, d’autres déchirent leur vêtements, les décousent dans les moments d’éclatement, de crise, ou s’abîment la peau, mordillent ou triturent leurs cols…

    Le pull de maman est parfois porté toute la semaine, même trop grand. Zoé réclame toujours le même tee-shirt marqué « Montréal ».

    Ces manifestations autour des vêtements sont autant de signes cliniques précieux pour ajuster notre accompagnement.

    Se séparer, s’individualiser… mais comment ?

    Pour ces enfants, il est toujours difficile de se représenter l’absence ; le défaut se symbolisation les rend fragiles, vulnérables à l’endroit même où nous ne pourrions voir que des banalités. Suivre le trajet du linge, se séparer de cette partie de soi n’est pas chose aisée.

    Confier son linge à un autre, n’est pas une évidence, même pour les gens ordinaires !

    Alors, qu’en est-il du « traitement », du traitement du linge ?

    L’odeur familière des machines sur les groupes d’hébergement a sans doute pour beaucoup des effets de rassemblement – des tenants-lieu de continuité d’existence, c’est un peu « l’odeur de la maison (base sécure). »

    On pourrait développer plus longtemps l’importance, l’intérêt porté aux odeurs.

    Certains enfants viennent nous sentir dans une sorte de reconnaissance ; d’autres se souillent dans les moments de passage d’un lieu à l’autre. D’autres manifestent des comportements plus discrets mais éclairants.

    Angélique manipule depuis quelques minutes les crayons de couleurs qu’elle a sortis du pot. Ils ne se distinguent que par leurs couleurs. Elle passe un long moment à les renifler, les tapoter, les regarder, les sentir de nouveau, dans une sorte de questionnement qui pourrait être :

    « Les couleurs ont-elles une odeur ? »

    Je reçois, un jour, Christophe dans mon bureau. Il semble préoccupé. Valérie est son enseignante et Valérie est noire de peau. Il me dit :

    « Éric (un camarade), il est noir ! » Je lui réponds :

    « Oui ! » Il poursuit :

    « Alexia, elle est blanche ! » J’acquiesce.

    « Valérie… » – et là, j’imaginais bien la suite… Il poursuit :

    « Elle sent bon ! »

    Voilà, sans doute est-il important de prendre en compte cette dimension, celle des odeurs – dimension intriquée dans les expressions les plus usuelles : Sentir, ressentir et qui semble conforter chez ces enfants un précaire sentiment d’identité. Mais revenons au linge…

    Il est important pour certains de suivre les manipulations autour du linge, les étapes, les trajets, le passage du sale jusqu’au propre, pouvoir vérifier que la maîtresse de maison reste garante de ce qui leur assure protection, réconfort.

    Prendre soin du linge, c’est veiller à l’apposition des noms tissés, petites étiquettes qui viennent reconnaître, authentifier, c’est remplacer le bouton qui manque, recoudre le vêtement déchiré, savoir que pour tel enfant, c’est important, que tel autre s’en moque.

    Les fonctions apparemment matérielles des maîtresses de maison sont bien plus soignantes qu’il n’y paraît. Elles participent à l’apaisement de troubles en partie liés aux sentiments de perte, en portant un regard tout particulier à la problématique corporelle des jeunes accueillis. Elles connaissent les rituels, l’intérêt de ranger, plier avec certains, vérifier la valise… Autour du linge, il y a une véritable individualisation du traitement, une prise en compte de l’enfant, de la culture familiale.

    C’est dans cette quotidienneté que se construisent « des leviers thérapeutiques inestimables » précise Philippe Chavaroche.

    Sur le lieu même du pavillon, espace familier, sécure, stable, dans « l’odeur de la maison », ses allers et venues, son rythme, la maîtresse de maison incarne une présence rassurante, sans doute parce qu’elle n’a pas à « proprement » parler une mission « éducative » mais un rôle clairement identifié et repérable.

    Aussi, par l’attention qu’elle porte, cette préoccupation matérielle primaire, elle manifeste dans des actes concrets, une disposition thérapeutique réelle et participe indéniablement au besoin de sécurité et de protection des jeunes qui nous sont confiés.

    Septembre 2008

    Caroline Hiernard

     Les glaneurs au rythme des saisons –

    ************

    Ce projet a été mis en place à l’IME de Seuilly qui accueille des enfants et adolescents présentant des troubles autistiques graves.

    Ce travail n’a pour ambition que l’adaptation de notre outil institutionnel au besoin des enfants et d’en favoriser ainsi le développement et leur bien-être dans un contexte rassurant, contenant de proximité mais aussi de surprise et d’accès au changement …

    Une majorité de ces jeunes ne peut pas accéder aux apprentissages « sociaux ou scolaires » et sont difficilement intégrables dans des ateliers « classiques » de l’IME : pièce fermée, temps défini, apprentissages.

    Prise en compte de leurs besoins :

    Certains ne supportent pas de rester longtemps dans des lieux clos,

    besoin de déambulation, d’entrer et sortir,

    peu ou pas du tout dans le faire, peu accessibles à des apprentissages,

    Accrochés à des rituels envahissants,

    Envahis par des angoisses d’ordre psychotique,

    Ils ont un rapport très particulier à la nourriture, cela peut être très archaïque et dérangeant,

    Ils sont bien dans des activités de portage, de contenance :

    Atelier en lien avec les animaux, équitation, attelage, en lien avec l’eau, avec la musique, avec les histoires.

    Ils aiment se procurer, s’envelopper de sensations : sentir, toucher, faire différents bruitages, se balancer…toutes les activités autour de la nourriture.

    Ils ont besoin que leur temps soit rythmé par quelques « ateliers » répondant à leur centre d’intérêt, dans un cadre sécurisant, rassurant, respectant leur façon d’être.

    Compte tenu de ces observations et constats, temps lieux relation à l’autre, à l’environnement, etc., une équipe de trois personnes a proposé un atelier intitulé : « les glaneurs au rythme des saisons »

    Trois temps :

    Le temps de la récolte, le temps de la transformation ou la vente de nos produits. Un temps pour retracer avec des photos, des commentaires nos activités.

    Premier temps : Glaner : ramasser après la récolte.

    Synonymes : butiner, puiser, ramasser, récolter, recueillir.

    Un groupe de 7 jeunes, répondant aux critères évoqués ci-dessus a été constitué. Ce groupe était, lors de la mise en place homogène. Seul un jeune était dans l’échange, exprimait des souhaits, manifestait de la curiosité et avait des questionnements.

    Puis peu à peu, nous avons pu constituer un groupe plus hétérogène avec trois jeunes pouvant participer aux différents stades de notre atelier. Ce qui est aussi plus porteur pour les encadrants et pour les autres.

    Les activités se pratiquent hors institution, dans des lieux privés : fermes, associations tous les mercredis de 10h à 15h.

    Nous allons cueillir, ramasser les fruits tombés ou restant après les récoltes. En hiver, nous visitons des fermes d’élevage, ce sont les mois des naissances : des agneaux, des chevreaux des poulains.

    Activité en lien avec le cycle des saisons. D’une année sur l’autre, il y a un retour, une continuité : Les mêmes fruits sont à ramasser tous les ans, nous retrouvons les mêmes personnes qui nous accueillent.

    Nous appréhendons en même temps la découverte de notre région, de notre terroir.

    Cet atelier présente un éventail de possibilités. Il prend en compte le projet individualisé et les besoins de chacun d’eux :
     Plaisir d’aller et venir avec un sentiment de liberté. Nous ramassons ici et là, un peu où nos pas nous portent…plaisir aussi de remplir nos seaux, de montrer nos récoltes.

    Plaisir de toucher, sentir, goûter

    Certains restent en périphérie, tout en jetant un œil sur ce qui se passe.

    D’autres aident à porter les caisses, vont voir ce que font les autres.

    D’autres questionnent, échanges avec les personnes extérieures, participent aux cueillettes.

    Plaisir de goûter dans l’arbre : du plaisir à l’état pur.

    Plaisir d’être avec ce groupe là, de prendre un repas ensemble après la sortie.

    Travail sur le temps, les saisons qui reviennent.

    Travail autour de la maîtrise du temps, de l’attente. Exemple : les noix se font sécher deux mois avant de pouvoir être pressées pour donner de l’huile..

    Les nèfles se cueillent après la première gelée. L’attente est incontournable.

    Les lieux qui nous sont accessibles sont sélectionnés : nous ne pouvons pas aller dans des lieux répertoriés ferme de découvertes ou sites inscrits sur internet.

    Nous avons besoin de « lieux sur mesure », d’être accueillis, de rencontre avec les personnes accueillantes avant.

    Nous intervenons après les récoltes pour avoir moins de contraintes, de règles. Nous ramassons ce qui reste.

    Les jeunes ont besoin d’être en contact direct avec la nature, les animaux : les vidéos ou de trop grandes explications ne les tiennent pas longtemps. Ils apprennent par l’expérience, par le ressenti. Toucher les animaux doit être possible, goûter le lait, le fromage…

    Ces jeunes suscitent des questionnements. Ils permettent aux personnes accueillantes, par notre intermédiaire, de s’ouvrir à la différence et parfois même à l’impensable (mettre tout à la bouche, feuilles, noix entières).

    De plus en plus souvent, après plusieurs rencontres, les personnes accueillantes nous ont préparé un gâteau, une boisson. Ils nous accueillent chez eux. Des liens se tissent… et nous offrent d’autres possibilités : des producteurs de noix ont mis à notre disposition une cave pourvue d’un four à pain où nous avons pu confectionner fouées et pizzas et inviter nos hôtes à partager ce repas, moment chaleureux et unique.

    Cela nécessite tout un travail en amont. Cela fonctionne un peu du bouche à oreille, par connaissance et peu à peu un réseau s’est constitué.

    Deuxième temps : travail de transformation de nos récoltes :

    Jus de fruits, huile transformés dans des lieux associatifs là ou nous rencontrons aussi d’autres personnes.

    Ces fabrications permettent à tous les jeunes de participer :

    Ce peut-être appuyer sur un bouton, poser les bouteilles sur un tapis roulant, remplir les caisses de bouteilles etc.

    Quant à la fabrication de l’huile de noix, c’est tout simplement une enveloppe d’odeurs…

    Fabrication de confiture, compotes, desserts, …C’est aussi retrouver la chaîne signifiante des produits alimentaires à travers le faire : le fruit cru ou cuit mélangé à d’autres ingrédients va donner un plat, une confiture, un produit unique, de notre composition. C’est aussi apprendre à reconnaître des fruits plus rares comme les nèfles, différentes variétés de pommes et les fruits sont une source inépuisable de recettes variées Ex : Les pommes se cuisinent aussi bien en entrée, en plat d’accompagnement, en dessert, en confiture, en pâte de fruits.-

    Pesée et mise en sachet des fruits pour les mettre en vente par le biais du foyer socio-éducatif ;

    Nous passons plusieurs matinées à casser les noix séchées pour aller faire notre huile à l’huilerie de Loudun :
     Se rassembler autour d’une activité commune, comme casser les noix, égrainer les raisins, sont des temps riches en convivialité (parler de petits riens, échanges auxquels chacun peut participer).

    Troisième temps : nous nous retrouvons également pour faire les comptes-rendus de nos sorties avec photos et commentaires des jeunes.

    Cette année, le groupe est plus hétérogène. Deux jeunes du groupe peuvent taper sur l’ordinateur les comptes-rendus, aider à la mise en page des documents, taper des recettes de cuisine . Ce sont aussi des moments riches. Les photos font sens, favorisent la remise en mémoire.

    Cet atelier suscite aussi à l’intérieur de l’institution des rencontres, des échanges, fait du lien : échange de recettes ; participation au marché de Noël. Avec la dégustation de nos produits, les jeunes sont valorisés. Ils peuvent rendre compte de leur travail.

    Vie, mouvements, diversité, échanges… cet atelier suscite tout cela. C’est le contraire de l’immuabilité, la non communication et tous les sentiments négatifs, mortifères pouvant être déclenchés face aux troubles autistiques.

    A Seuilly le 23 septembre 2008

    Colette Pied

  • APPEL A SIGNER LA PÉTITION DE LA CRIÉE

    APPEL A SIGNER LA PÉTITION DE LA CRIÉE

    Contre le rejet de l’enseignement de la psychanalyse et de la psychothérapie institutionnelle à l’université de Reims.

    Pour l‘année universitaire 2007/2008, la responsable de l’enseignement à la faculté de psychologie de Reims, avait contacté le Docteur Patrick Chemla en tant que président de la CRIEE (Collectif de Réflexion Institutionnelle Et d’Ethique) pour assurer un enseignement d’initiation à la psychanalyse et à la pratique de la psychothérapie institutionnelle.
    Cette demande se justifiait par le départ d’enseignants qui jusque là assuraient cet enseignement, et par un souci de faire entendre aux étudiants diverses théories et pratiques. Pour les membres de la CRIEE, il a semblé important d’assumer cette tâche de manière militante. Un enseignement à plusieurs voix a été mis en place avec la participation de Mmes Thierion (psychologue) et Zampaglione (psychologue) et Mrs Chemla (psychiatre médecin-chef) et Lumbroso (psychologue). Cet enseignement ayant été apprécié devait être reconduit voire s’étendre, mais début septembre un mail de la même responsable nous signale que le Master de psychologie de l’année 2008/2009 s’intitule « Psychologie des perturbations cognitives » et que de plus sous les recommandations du ministère et de l’AERES (Agence d’Evaluation de la Recherche et de l‘enseignement Supérieur) le master de psychologie est recentré sur une perspective cognitive et neuropsychologique, ce qui exclut toute autre approche théorique de la psychologie.

    Dans le même mouvement, c’est l’ensemble des autres enseignements d’approche psychanalytique ou tout simplement psychodynamique qui se voit rejeté.

    Il faut entendre ce qui se joue dans l’exclusion de cet enseignement et le replacer dans le contexte de l’élimination de l’enseignement de la psychanalyse à l’Université comme le dénonce le mouvement « Sauvons la Clinique », mais aussi de la création des pôles sous l’autorité des professeurs de psychiatrie qui sont dans leur grande majorité cognitivo-biologistes.

    Pour nous, il n’est pas question de défendre l‘enseignement de la psychanalyse à l’université comme seule approche de la personne souffrante, mais de soutenir une formation hétérogène où toutes les approches ont droit de cité. Nous voyons dans cette exclusion, une attaque contre l’apport de la psychanalyse à la prise en charge des sujets souffrants et un formatage unidimensionnel de l’approche de la maladie mentale excluant toute pratique de psychothérapie institutionnelle.

    Cette pétition est soutenue par :

    LE CERCLE FREUDIEN PARIS

    EURO-PSY PARIS

    L’ARDPF association régionale des psychiatres privés pour la formation en Champagne Ardennes

    L’AMPI association méditerranéenne de psychothérapie institutionnelle Marseille

    Le collège des psychologues de l’EPSDM ( Marne)

    Le point de Capiton Avignon

    Le http://psychanalyse-philosophie.org…

  • Revue de Psychothérapie Institutionnelle n°5

    Revue de Psychothérapie Institutionnelle n°5

    AVANT-PROPOS 5

    PREMIERE SECTION — TECHNIQUES D’ « ACTIVATION » DES COLLECTIVITES PSYCHIATRIQUES. 6

    À PROPOS DE L’ANIMATION CULTURELLE DANS UNE INSTITUTION PSYCHIATRIQUE — J.-C. POLACK 6

    Discussion 12

    DU ROLE POSSIBLE DU JOURNAL DANS UN SERVICE INSTITUTIONNEL — MME LE DR BARDET (FLEURY-LES-AUBRAIS) 16

    Un cas concret : Description du Journal du Service Général des Hommes de l’Hôpital Psychiatrique de Clermont-de-l’Oise 16

    A. Le Service. 17

    B. La réunion journal. 17

    C. Le journal lui-même. 17

    Réflexions sur le rôle du journal dans un service institutionnalisé 18

    De la signification du journal et de la censure : de ce qui est publié et de ce qui ne l’est pas. 22

    La réunion-journal. 23

    La censure : la signification essentielle du journal. 24

    Conclusions 25

    DISCUSSION 25

    ESSAI DE DELIMITATION DE LA NOTION DE CLIMAT PSYCHOTHERAPIQUE DANS UN SERVICE PSYCHIATRIQUE — F. HAJEK, J. TUFFERY ET COLLABORATEURS 30

    DISCUSSION 32

    PEUT-ON PARLER D’UN CONCEPT DES REUNIONS ? — DOCTEUR OURY 32

    DISCUSSION 38

    LE CLUB DES MALADES : LIEU D’ARTICULATION DES DIVERS ECHANGES ENTRE LES GROUPES, A L’HOPITAL DE SAINT-ALBAN — MM. BONNET, SOLIER, TUFFERY, CHEVALIER 38

    Les activités du Club : 40

    Les échanges économiques 41

    « LA FETE A L’HOPITAL » (RESUME) — DRS SIM SIM, CARVALHO, BARTHES ET BOURDIMI 42

    À PROPOS DU CONTEXTE INSTITUTIONNEL DANS LES DIFFICULTES DE LA MISE EN PLACE DES ACTIVITES PSYCHOTHERAPIQUES ET NOTAMMENT DU PSYCHODRAME DANS UN SERVICE DE PSYCHIATRIE DE LA SEINE — DOCTEUR GINETTE MICHAUD 43

    En conclusion : 49

    CONSIDERATIONS AUTOUR DE L’INTERVENTION — H. TORRUBIA, O. BICHERON ET Y. MORIN 50

    RAPPORTS ENTRE GROUPE DE PSYCHOTHERAPIE ET GROUPES D’ACTIVITES DANS UN COLLECTIF SOIGNANT — DOCTEUR RACINE 54

    DEUXIEME SECTION — GROUPES DE FORMATION DU PERSONNEL DE SOINS DANS LES INSTITUTIONS THERAPEUTIQUES 59

    LES GROUPES DE FORMATION DES EDUCATEURS A L’ÉCOLE D’EDUCATEURS SPECIALISES DE L’INSTITUT PEDOTECHNIQUE DE TOULOUSE (DIRECTION : DOCTEUR CHAURAND) — M. HERMANN MLLE RIVIERE MM. JACOBSON ET PEYRON 59

    DISCUSSION (TOULOUSE) 63

    SUR LES GROUPES DE FORMATION DES ELEVES INFIRMIERS A L’HOPITAL DE SAINT-ALBAN — SŒURS JEAN-MARIE, MARIE-LOUISE, ST-AUGUSTIN, MICHELE-MARIE, MM. SADOUL, SOULIER, MLLE PALMIER 68

    Présentation de l’École — 1° année 69

    A – Évolution du groupe des élèves 69

    B – Échanges divers avec d’autres groupes : 70

    C – Évolution du groupe des professeurs et problèmes posés 72

    Conclusion 73

    LES REUNIONS DE PAVILLON DANS LA FORMATION DU PERSONNEL A SAINT-ALBAN, A QUI S’ADRESSENT-ELLES ? — SŒURS MARIE-LOUISE, JEAN-MARIE, MLLE GAUZY 73

    Comment sont organisées ces réunions ? 73

    A) — Le lieu : 73

    B) – L’horaire : 73

    C) – Le temps : 74

    D) – Le climat — L’ambiance 74

    La place de chaque élément dans l’équipe soignante 75

    De quoi parle-t-on à ces réunions ? 75

    Remarque 76

    Importance de ces réunions pour la formation du personnel 76

    Conclusion 77

    L’ASSOCIATION CULTURELLE DU PERSONNEL DE L’HOPITAL DE SAINT-ALBAN — MME SADOUL – M. GAUZY 77

    Fonctionnement 77

    Activités : 77

    Rôle médiateur 78

    Conclusions 79

    DISCUSSION 79

    PSYCHODRAME CHEZ LES ADOLESCENTES DEBILES MENTALES EN INSTITUTION — P.J. FONTAINE, A. CASSIERS, F. CUVELIER, M. UYTTENHOVE, L. VANECK, A.M. WILLETTE-MINNE (UNIVERSITE DE LOUVAIN – BELGIQUE) 87

    DISCUSSION 89

    UTILITE ET DELIMITATION DE CERTAINES TECHNIQUES PSYCHODRAMATIQUES POUR LA FORMATION DES AIDES-MATERNELLES DANS UN INSTITUT POUR DEBILES PROFONDS EN L’OCCURRENCE LE CLOS DU NID (LOZERE) — MLLE FAISANDIER MME BONNAL (LE CLOS DU NID MARVEJOLS 91

    DISCUSSION 95

    TROIS ANS DE PSYCHOTHERAPIE DE GROUPE INSTITUTIONNELLE CHEZ LES ADOLESCENTES PRESENTANT DES TROUBLES DU CARACTERE — DOCTEURS MAURICE MAER ET MARIE-JOSEPHE RAMEL, NEUROPSYCHIATRES POUR ENFANTS ET ADOLESCENTS, ATTACHES DES HOPITAUX DE LYON (FRANCE) 97

    DYNAMIQUE DES RELATIONS INTERNES ET EXTERNES DANS LES GROUPES INSTITUTIONNELS REEDUCATIFS — J. PROCHASSON (FRANCE) 100

    EXPERIENCE DE PETITS GROUPES « REELS » DANS UNE ECOLE DE PSYCHOLOGUES CLINICIENS A CLERMONT-FERRAND — MME C. JEAN-RIGAUD, MM. M. POROT, P. DOUSSINET, M COLLET 101

    DISCUSSION 104

    TROISIEME SECTION — PROBLEMES INSTITUTIONNELS DE TECHNIQUES THERAPEUTIQUES 109

    PSYCHOTHERAPIES INDIVIDUELLES DANS UN SERVICE HOSPITALIER — R. GENTIS 109

    DISCUSSION 119

    INCIDENCES DE LA THERAPEUTIQUE BIOLOGIQUE DANS LA PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE — DRS SIM-SIM, A. BARTHEZ, BRAULIO ET MR SADOUL (ST-ALBAN) 125

    Conclusion : 127

    RECHERCHE PSYCHOPHARMACOLOGIE ET CHAMP DE PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE — DR BRAULIO ALMEIDA DE SOUSA — ASSISTANT DE L’INSTITUT D’ASSISTANCE PSYCHOTHERAPIQUE DE LISBONNE, (TRAVAIL DU SERVICE DU DOCTEUR RACINE — ST-ALBAN 128

    Résume – Conclusion 134

    DISCUSSION 134

    XVE ASSEMBLEE FEDERALE DES SOCIETES DE CROIX-MARINE PARIS, 28, 29, 30 SEPTEMBRE ET 1ER OCTOBRE 1966 142

    Principales motions et résolutions 142

    l. – L’évolution de l’assistance psychiatrique : 142

    Il. – Le travail d’équipe en secteur psychiatrique : 143

    Ill. – L’équipement en faveur de la jeunesse déficiente : 143

    IV. – La rééducation psycho-motrice et ses techniciens : 144

    V. – La réadaptation et le reclassement des handicapés psychiques : 144

    La Fédération des Sociétés de Croix-Marine nous prie d’insérer le programme de la XVIe Assemblée Fédérale des Sociétés de Croix-Marine, Nantes, 17, 18, 19 et 20 septembre 1967 144

    Programme des réunions de travail 144

    COMMUNIQUE : LA PREMIERE REUNION DU SYNDICAT DES PSYCHIATRES FRANÇAIS 145

    INFORMATIONS SUR LA S.P.I. GROUPES REGIONAUX DE LA SOCIETE DE PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE 146

    Activités du groupe de la Région Nord 147

    Activites du Groupe de la Région du Centre – Année 1966 147

    Compte rendu d’activités de Groupe Centre-Sud 148

    Compte rendu des activités du Groupe Parisien 148

    Documents joints

  • Blog spécial de Michel Balat ce dimanche 5 octobre 2008

    Blog spécial de Michel Balat ce dimanche 5 octobre 2008

    Cher visiteurs de mon site,

    je voudrais vous faire part des choses suivantes.

    1. Cela fait 8 ans environ que je fais ce site pour partager publiquement non seulement mes propres élaborations, mais aussi celles d’autres qui me sont chers. C’est un site, disons, amical.

    2. Ce que j’y raconte, en mon nom propre, et tout à fait criticable, dans les deux sens du terme. J’ai parfaitement conscience de l’imperfection de bien des « causeries », par exemple ; mais ce sont des choses que j’ai dites, devant un public qui vient m’écouter, et je me dois d’assumer mes propres paroles.

    3. Récemment, j’ai ouvert un forum, le « for intérieur », pour recueillir les réactions de ceux qui me lisent. Je me fais un devoir de publier tout ce qu’on m’écrit.

    4. Mais quiconque lirait les réactions des lecteurs au fil des mois pourrait à bon titre se demander pourquoi je continue à faire ce site ! C’est le dernier en date de ces écrits, aujourd’hui, à propos du blog-tone de mon fils Ian et qui, de ce fait, me touche directement, qui m’apporte une certaine amertume.

    5. Son blog-tone visait, à l’aide d’une image fort astucieuse, à faire saisir ce qu’il en est de ces mécanismes financiers souvent opaques. Le traiter comme ce lecteur ou lectrice l’a fait est répugnant.

    6. Cela ne m’empêchera pas de continuer à maintenir le site dans son état actuel, « for intérieur » compris. Mais je serais vraiment soulagé de voir apparaître dans celui-ci une vraie critique, au sens philosophique du terme cette-fois-ci.

    Merci de m’avoir lu

    Michel Balat

  • Journée avec… Pierre-Johan Laffitte le 29 novembre à Canet

    Journée avec… Pierre-Johan Laffitte le 29 novembre à Canet

    La prochaine « journée avec aura lieu le 29 novembre 2008 à Canet-en-Roussillon, comme toujours à l’Ecoute du port. Vous pouvez télécharger la plaquette.

  • XXIIe journées de l’Ampi, Marseille

    XXIIe journées de l’Ampi, Marseille

    Les 17 18 octobre 2008 MARSEILLE

    XXIIèmes journées de psychothérapie

    Institutionnelle

    A.M.P.I.

    Souffrances croisées dans les lieux de soins

    en psychiatrie

    La souffrance au travail : réalité incontestable décrite par les sociologues, attestée par les médecins de la santé au travail, évoquée par les médias au décours d’un drame, entendue maintes fois dans la quotidienneté du travail d’équipe.

    Dans les lieux de soins en psychiatrie, si les soignants « souffrent » des mêmes aggravations des conditions de travail que tout travailleur, se surajoute une difficulté supplémentaire, l’objet même de leur mission : la souffrance des patients.

    Accueillir la souffrance de l’autre n’est pas chose anodine, sans risques, sans conséquences ….

    Que faire ? Fuir, éviter la rencontre ? La psychiatrie dite moderne offre de nombreuses possibilités : protocolisation mal comprise tous azimuts, objectalisation de la maladie mentale, clinique comportementale axée sur un symptôme à éradiquer, surinvestissement des fonctions gestionnaires, des missions transversales…

    Cette fuite défensive laisse un goût amer et alimente le discours de la plainte.

    Si accueillir la souffrance est évidemment difficile, une dimension supplémentaire apparaît lorsque cette souffrance est liée à une pathologie mentale.

    Les mécanismes de défense mis enjeu dans ces situations entraînent des attaques fortes des liens aussi bien intra psychiques qu’inter personnels et mobilisent des affects qui, s’ils ne sont pas travaillés, vont entraîner une réelle souffrance chez les soignants.

    A méconnaître, ou refuser une lecture des vécus institutionnels, le risque est grand de participer avec regret, impuissance ou jouissance au discours de la plainte, sans possibilité de changement…

    L’aggravation généralisée des conditions de travail et notamment la baisse des effectifs est une cause indéniable de la souffrance au travail, mais elle n’est pas la seule.

    Evoquer cette seule cause participerait au déni de la maladie mentale et d’un pan entier de l’histoire de la psychiatrie et de tous les apports psychanalytiques.

    C’est de cette articulation, aliénation sociale aliénation mentale, toujours difficile à concrétiser qu’il s’agira, encore une fois, cette année.

    Pour nous aider à y parvenir (sociologues, philosophes, journalistes, psychiatres, psychanalystes… ) croiseront avec nous, avec vous, leurs discours sur ces souffrances croisées, avec un espoir, une utopie ( !) : plus ou moins facilitée la rencontre est toujours possible lorsqu’il y a du désir ….

    ARCHIVES et BIBLIOTHEQUE DEPARTEMENTALES GASTON DEFFERRE
    18 20 rue Mirès 13003 Marseille

    BULLETIN D ’INSCRIPTION

    NOM :

    Prénom :

    Adresse Professionnelle :

    Inscription : (Places limitées pas d’inscription lejour même)

    Individuelle : 120 €

    Etudiants : 50 €. (sur présentation d’un justificatif) Formation Continue : 150 €.

    N°A.N.F.H. : 93.13.02.688.13

    N° S.I.R.E.T. : 403 156 458 000 16

    Chèques à l’ordre de

    A.M.P.I. I Bibliothèque du C.H. Edouard Toulouse

    118, chemin de Mimet 13 917 Marseille Cedex 15

    Tél. secrétariat secteur XIII : 04 9196 97 43 I 04 9196 99 93

    Fax : 0491 969758

    C.C.P. : 2969-15 Y MARSEILLE

  • Sur une source infantile de Lacan

    Sur une source infantile de Lacan

    Sur une source infantile de Lacan

    Dans son séminaire L’envers de la psychanalyse, Lacan indique une source de sa conception du sujet : l’ »histoire d’une moitié de poulet » (en fait le titre est « Histoire de moitié de poulet, un nom propre !).

    Voici l’histoire en question :

    La Moitié de Poulet

    Voici une histoire qui se racontait autrefois dans le pays de Montbéliard. C’est un conte de bonne femme ; mais il amusait beaucoup les enfants.

    Il y avait une fois une Moitié de Poulet qui, à force de travailler et d’économiser, avait amassé cent écus. Le roi, qui avait toujours besoin d’argent, ne l’eut pas plus tôt appris qu’il vint les lui emprunter, et la Moitié de Poulet était bien fière dans les commencements d’avoir prêté de l’argent au roi. Mais il vint une mauvaise année, et elle voulut ravoir son argent. Elle avait beau écrire lettre sur lettre tant au roi qu’à ses ministres personne ne lui répondait. À la fin elle prit la résolution d’aller chercher elle-même ses cent écus, et se mit en route pour le palais du roi.

    Chemin faisant elle rencontra un renard.

    — Où vas-tu, Moitié de Poulet ?

    — Je vais chez le roi. Cent écus me doit.

    — Prends-moi avec toi.

    — Point de façons ne ferai. Entre dans mon cou, je t’y porterai.

    Le renard entra dans son cou, et la voilà partie, toute joyeuse d’avoir fait plaisir au renard.

    Un peu plus loin elle rencontra un loup.

    — Où vas-tu, Moitié de Poulet ?

    — Je vais chez le roi. Cent écus me doit.

    — Prends-moi avec toi.

    — Du plaisir en aurai. Entre dans mon cou, je t’y porterai.

    Le loup entra dans son cou et la voilà partie. C’était un peu lourd ; mais la pensée que le loup était content de voyager lui donnait du courage.

    Comme elle approchait du palais, elle trouva sur sa route une rivière.

    — Où vas-tu, Moitié de Poulet ?

    — Je vais chez le roi. Cent écus me doit.

    — Prends-moi avec toi.

    — Bien des charges j’ai. Si tu peux tenir dans mon cou, je t’y porterai.

    La rivière se fit toute petite et se glissa dans son cou.

    La pauvre petite bête avait bien de la peine à marcher ; mais elle arriva pourtant à la porte du palais.

    Toc ! toc ! toc !

    Le portier passa la tête par son carreau.

    — Où vas-tu, Moitié de Poulet ?

    — Je vais chez le roi. Cent écus me doit.

    Le portier eut pitié de la petite bête, qui avait un air tout innocent.

    — Va-t’en ma bellotte. Le roi n’aime pas qu’on le dérange. Mal en prend à qui s’y frotte.

    — Ouvrez toujours ; je lui parlerai. Il a mon bien ; il me connaît bien.

    Quand on vint dire au roi que la Moitié de Poulet demandait à lui parler il était à table, et faisait bombance avec ses courtisans. Il se prit à rire car il se doutait bien de quoi il s’agissait.

    — Ouvrez à ma chère amie, répondit-il, et qu’on la mette dans le poulailler.

    La porte s’ouvrit et la chère amie du roi entra tout tranquillement, persuadée qu’on allait lui rendre son argent. Mais au lieu de lui faire monter le grand escalier, voilà qu’on la mène vers une petite cour de côté ; on lève un loquet ; on la pousse, et crac ! ma Moitié de Poulet se trouve enfermée dans le poulailler.

    Le coq, qui piquait dans une épluchure de salade, la regarda d’en haut sans rien dire. Mais les poules commencèrent à la poursuivre et à lui donner des coups de bec. Il n’y a pas de bête plus cruelle que les poules quand leur vient des étrangers sans défense.

    La Moitié de Poulet, qui était une petite personne paisible et rangée, habituée chez elle à n’avoir jamais de querelles, se trouva bien effrayée au milieu de tant d’ennemies. Elle courut se blottir dans un coin, et cria de toutes ses forces :

    — Renard, renard, sors de mon cou ou je suis un petit poulet perdu.

    Le renard sortit de son cou et croqua toutes les poules.

    La servante qui portait à manger aux poules ne trouva que les plumes en arrivant. Elle courut en pleurant prévenir le roi, qui se fâcha tout rouge.

    — Qu’on enferme cette enragée dans la bergerie, dit-il.

    Et pour se consoler il fit apporter d’autres bouteilles.

    Une fois dans la bergerie la Moitié de Poulet se vit plus en péril que dans le poulailler. Les moutons étaient les uns sur les autres, et menaçaient à tout instant de l’écraser sous leurs pieds. Elle était enfin parvenue à s’abriter sous un pilier quand un gros bélier vint se coucher là, et faillit l’étouffer dans sa toison.

    — Loup, cria-t-elle, loup, sors de mon cou, ou je suis un poulet perdu.

    Le loup sortit de son cou, et en un clin-d’œil étrangla tous les moutons.

    La colère du roi ne connut plus de bornes quand il apprit ce qui venait de se passer. Il renversa les verres et les bouteilles, fit allumer un grand feu, et envoya chercher une broche à la cuisine.

    — Ah ! la scélérate ! s’écria-t-il, je vais la faire rôtir pour lui apprendre à tout massacrer chez moi.

    On amena devant le feu la Moitié de Poulet, qui tremblait de tous ses membres ; et déjà le roi la tenait d’une main, et la broche de l’autre, quand elle se dépêcha de murmurer :

    — Rivière, rivière, sors de mon cou, ou je suis un poulet perdu.

    La rivière sortit de son cou, éteignit le feu, et noya le roi avec tous ses courtisans.

    La Moitié de Poulet, restée maîtresse du palais, chercha en vain ses cent écus : ils avaient été dépensés et il n’en restait trace. Mais comme il n’y avait plus personne sur le trône, elle monta dessus à la place du roi, et le peuple salua son avènement avec de grands cris de joie. Il était tout enchanté d’avoir une reine qui savait si bien économiser.

    L’histoire paraîtra peut-être bien un peu extraordinaire ; mais j’en ai cherché la morale avant de lui faire l’honneur de vous la raconter. Il y en a une qui saute aux yeux tout d’abord, à savoir qu’il ne fait pas bon prêter son argent aux dépensiers : ce n’est pas la bonne. La vraie morale, c’est qu’il est bon de se montrer complaisant avec les gens. On a l’air quelquefois absurde, mais on est toujours récompensé.

    Jean Macé , Contes du petit château, Hetzel, 1862.

  • Canet, le 09 juin 2008

    Canet, le 09 juin 2008

    Canet, le 09 06 2008

    M. B. : Nous sommes le 9 juin 2008. Il faut parler de la journée de samedi… Il y avait une atmosphère d’enthousiasme, dans l’ensemble. Vous n’avez pas trouvé ?

    G. F. : J’ai trouvé ça intéressant. Deux ans d’observation d’un nourrisson, c’est très long, je trouve que c’est un boulot de fou.

    L. F.-C. : J’ai regretté qu’il n’y ait pas eu suffisamment d’élaborations théoriques, même si c’était passionnant, mais ça manquait. Elles ont expliqué leurs trucs et on sentait bien le matériel qu’il y avait…

    G. P. : Au-delà de ça, c’est, quand tu vois un nourrisson, quand tu regardes un nourrisson, l’impact émotionnel que tu reçois. Par exemple, quand elle décrit la scène où le bras est tout blanc, quand elle le disait on était de marbre, mais quand tu y es, toi, et que tu ne peux pas intervenir, tu te dis que le sang ne circule plus, et tu te demandes s’il va retrouver l’usage de son bras, ou s’il ne s’est pas crevé l’œil, il y a toutes ces questions qui se posent…

    L. F.-C. : Mais ça, elles ne l’ont pas décrit, aucune des deux…

    G. F. : Le sang qui… dans le cerveau…

    L. F.-C. : Oui, d’accord, mais il n’y a pas eu d’élaboration…

    G. F. : Pourtant, il y aurait de quoi interpréter…

    L. F.-C. : Lors de la première observation, cette fille avait eu une réaction un peu rude, je pense à la première description, et dès qu’elle est sortie de la présentation, l’après-midi, elle a complètement changé, je pense que tout le monde l’a vu, elle s’est complètement débridée, alors autour de ça il y avait vraiment beaucoup de choses à dire sur ce que ça fait. Comme tu dis, ça fait des trucs auxquels on est sensibles, mais ce que ça fait et ce sur quoi cela nous entraîne n’a pas été élaboré, et j’ai trouvé que c’était dommage… avec des outils théoriques, la tessérisation par exemple. Je trouve que ça aurait dû s’appeler « Observation de la tessérisation ». J’ai trouvé ça fantastique de voir comme ça au milimètre ce que la mère faisait sur l’enfant, en étant au plus près de la mère, en étant au plus près de l’enfant, et puis de voir comment ça avance, mais ça n’a pas été dit… Non ?

    G. P. : Il s’agit de la formation des psychothérapeutes, donc il faut imaginer qu’après, toi, tu es dans ton bureau et que tu accueilles une mère, un père, et son enfant, je veux dire que c’est dans cette configuration : le but, c’est, à un moment donné, de pouvoir accueillir des familles qui souffrent avec un enfant qui souffre ; il y a un symptôme. Ça te permet donc d’avoir une vision de l’enfant, du bébé entre zéro et deux ans, de pouvoir accéder d’emblée…

    L. F.-C. : C’est ça qu’on a vu, mais je regrette simplement que toute cette richesse de matériel n’ait pas été plus…

    T. M. : Élaborée, voilà !

    L. F.-C. : Par exemple aujourd’hui, depuis ce matin je ne pense qu’à ça, donc ça a fait un truc sur moi : je vois le bébé dans le patient avec sa maman et tout ça… Ça donne une sorte d’acuité sur la construction psychique, mais tout ça, ces nanas qui bossent depuis des années là-dedans, elles auraient pu le développer avec des outils conceptuels…

    N. C. : Là, le descriptif, toute l’observation était, fine d’ailleurs, extrêmement bien bien travaillée, mais ce qui manquait c’était le travail que le groupe faisait ensuite, et ça, on n’en a pas trop entendu parler…

    G. P. : Parce que le groupe, c’était nous…

    L. F.-C. : On n’en a pas fait grand chose…

    N. C. : Oui, mais du coup, on n’a peut-être pas suffisamment perçu ce que c’était qu’être à l’intérieur de ce groupe, peut-être qu’on attendait qu’elles nous apportent aussi leurs élaborations…

    G. P. : Elle l’a fait une fois…

    N. C. : Mais très peu…

    (…)

  • Journée avec… Maguy Monmayrant et Françoise Jardin

    Journée avec… Maguy Monmayrant et Françoise Jardin

    Les prochaines « journées avec » auront lieu le 7 juin à Canet-plage (66140), à l’Ecoute du port. Maguy Monmayrant et Françoise Jardin viendront parler de l’observation du nourrisson selon la méthode Esther Bick.

  • Le sacré et la feuille d’assertion

    Le sacré et la feuille d’assertion

    Institutions 1997 – Michel Balat – Canet-en-Roussillon

    La question qui est posée ici provient de la convergence de plusieurs fils de préoccupations ou d’intérêts :

     Une analyse de Totem et Tabou, proposée pendant une année d’un séminaire fait à Perpinyà, a amené tout naturellement la question du sacré, particulièrement dans l’abord du chapitre intitulé « Le tabou et l’ambivalence des sentiments »,

     La réminiscence de questions qui avaient été abordées par Jean Oury lors de son séminaire de Ste Anne sur la hiérarchie – particulièrement une série de réflexions sur les mots du sacré en grec, tels qu’ils sont analysés par Benveniste dans son Vocabulaire des institutions indo-européennes – et que j’avais poursuivies alors, pour les confier ensuite au musement, comme à mon habitude, en attendant qu’elles refassent surface à telle ou telle occasion,

     Une relance (l’occasion !) par Horace Torrubia,

     Et, bien entendu, le développement des concepts de scribe, museur et interprète, auquel je me consacre depuis quelques années.

    Je commencerai par prendre le fil de Benveniste.

    S’il est quelque chose de frappant dans l’analyse que ce dernier fait des mots du sacré, c’est la méthode. Elle est entièrement sous le signe du dyadisme, de l’opposition des termes. « Un fait frappant est que, presque partout, pour la notion de sacré, nous avons non pas un seul terme, mais deux termes distincts » (p. 185), énonce-t-il, alors que le corps même du texte en comporte trois en latin : Sacer, Sanctus et Profanum, et trois autres en grec, Hierós, Hósios et Hágios.

    Documents joints

  • Canet, le 17 mars 2008 : autour de Tarde

    Canet, le 17 mars 2008 : autour de Tarde

    Canet, le 17 03 2008

    M. B. : Nous sommes le 17 mars 2008. Exceptionnellement, causerie !… (rires) Oui, cette année c’est une causerie à trous. Il y a beaucoup de vacances, surtout le lundi, quoique le lundi de Pentecôte ou le lundi de Pâques, ce soit un peu fatal… (rires) La dernière fois j’avais parlé du for intérieur, ça vous a fait réagir ?

    F. C. : Oui, que le public se constitue autour d’un discours.

    M. B. : D’un journal. Mais j’ai aussi fait remarquer que Lacan définissait le discours comme lien social. C’est probablement pour ça que tu as entendu discours, je l’ai fait remarquer en même temps.

    F. C. : J’ai entendu discours et je me demandais si c’était restrictif, parce que sur la notion de public, on peut dire la même chose avec l’image.

    M. B. : Le public ne se constitue sans doute pas autour d’une image, mais d’un journal, parce que le journal est du registre du discours, ce qui inclut l’image en tant que composant du discours, confer la télévision. Il est extraordinaire que Gabriel de Tarde ait pu élaborer ça à son époque, à la fin du XIXe siècle, alors que Gustave Le Bon avait écrit son livre célèbre, la Psychologie des foules , où il annonçait de manière tonitruante : « Nous sommes rentrés dans l’ère des foules ». Tarde lui répond dans un petit livre, indispensable, L’opinion et la foule , en disant que des foules, il y en a toujours eu, mais que le public est un phénomène récent, lié à la constitution des journaux. Entre autres remarques géniales, il dit que l’actualité, c’est le journal qui la constitue, il n’y a pas d’actualité en soi ; et on peut d’ailleurs remarquer que si vous prenez un journal de la veille, eh bien, il ne vous intéressera pas, il ne sera bon qu’à entourer les poissons, — enfin à mon époque il entourait les poissons, maintenant ça doit être interdit à cause des produits toxiques ! alors que les poissons sont largement intoxiqués par tous les produits jetés dans la mer… Gustave Le Bon a écrit la Psychologie des foules dont s’est inspiré Freud ; vous avez ça dans Psychologie des masses et analyse du moi . Il fait remarquer le rôle de l’idéal du moi dans cette histoire : permettre l’hypnose des foules. C’est très intéressant, l’hypnose dont parle beaucoup aussi Gabriel de Tarde.

    O. F. : Le livre de chevet d’Adolf Hitler.

    M. B. : Gustave Le Bon ?

    O. F. : Psychologie des foules.

    M. B. : Pour dormir ? Gabriel de Tarde disait que chaque journal forge son public, qui, contrairement à la foule, n’a pas besoin d’être rassemblé en un même lieu. Il avait évidemment à l’esprit l’idée d’étendre la notion de personne à celle de public. La foule, elle, a besoin d’être rassemblée, du contact des corps, et là, la notion de corps-foule se distingue de celle de personne-public. La distinction entre les deux est très importante et ça peut permettre justement de saisir à quel point on peut se sentir en rapport avec quelqu’un sans jamais l’avoir rencontré, ni même savoir qu’il existe : des idées peuvent naître dans l’esprit de personnes différentes et surgir au même moment. Vous avez un exemple qui est donné cette semaine par mon petit chéri, Didier Nordon, qui fait le bloc-notes de Pour la science, qui s’intéresse beaucoup aux mathématiques :

    En 1826 deux jeunes hommes arpentaient les rues de Paris, ils ne se connaissaient pas mais les mêmes questions mathématiques hantaient leur esprits. La question, c’était la résolution des équations algébriques, et ces deux-là qui ont sillonné les rues de Paris pendant un temps, sans jamais se rencontrer, qui ne se connaissaient ni l’un ni l’autre, l’un avait quinze ans, et il était en train déjà d’élaborer sa théorie, c’était Évariste Gallois, et l’autre avait vingt-quatre ans, c’était Niels Abel, celui des groupes abéliens, un type qui est aujourd’hui très connu, et tous les deux, à ce moment précis, pensaient à la même chose ; l’un et l’autre ont réussi à transformer les mathématiques de leur époque autour de cette question en inventant des outils auxquels jamais personne n’avait pensé. C’est inouï ! Autour du journal (au sens large !) la notion de public peut nous permettre de comprendre comment des idées peuvent passer de l’un à l’autre, un journal vient ensemencer, si je puis dire, les esprits, vient ensemencer le musement, c’est-à-dire manifester des connexions, comme dans une institution (au sens d’Oury). Pour permettre l’inscription de quoi que ce soit, eh bien, il doit y avoir quand même une sorte de journal, autrement dit des réunions, des choses comme ça, où l’on vient à un moment donné ensemencer le musement pour que la connivence puisse se créer entre les personnes, sont nécessaires. Autrement dit, un public, ça se travaille, et ça se travaille par le journal.

    (…)

  • Sur le pragmatisme de Peirce à l’usage des psychistes

    Sur le pragmatisme de Peirce à l’usage des psychistes

    Introduction

    Les responsables de cette revue m’ont demandé d’exposer la question du pragmatisme peircien. Sans doute ont-ils pensé que l’auteur de la première thèse « ès-lettres » française sur Peirce et psychanalyste, était qualifié pour le faire. Peut-être ont-ils pris un gros risque. Au lecteur d’en juger.

    S’il est une chose lumineuse aux familiers de Peirce, c’est la distance astronomique qui s’est creusée au fils des décennies entre la conception commune du pragmatisme – telle qu’on peut la lire dans les rubriques « pragmatique » d’un dictionnaire quelconque, par exemple – et celle qui a été voulue par son inventeur. Le paradoxe est savoureux quand on songe que la philosophie dite du critical common sensism, du sens commun critique, en a été dérivée par Peirce lui-même. Mais en cette matière nous ne sommes pas au bout de paradoxes, comme nous le verrons.

    Toutefois si le pragmatisme a été à ce point déformé par les effets qu’il a produit dans les esprits, est-il encore raisonnable de défendre une conception au cœur de laquelle sont, précisément, les effets pratiques. Car nous pouvons rappeler que, pragmatiquement parlant, la « somme des effets pratiques escomptés » d’une conception en est la signification même. Est-ce que tout n’est pas dit, et ne nous faut-il pas laisser le pragmatisme à ce qu’il est « pratiquement », pour penser à autre chose ?

    Documents joints

  • Type, Trace et Ton : Le ton peircien.

    Type, Trace et Ton : Le ton peircien.

    Semiosis 57-8, 1990

    A Max Bense.

    Je pourrais ici évoquer le maître de Samos en rappelant ces journées de 1987 où Max Bense nous démontrait de mille manières que

    « Tout est arrangé d’après le nombre ».

    Il semble que la division catégorielle la plus intéressante chez Peirce soit celle dont les noms se frottent le mieux à nos conceptions verbales. En cela, priméité, secondéité et tiercéité, comme les plus proches des catégories des formes de l’expérience (monade, dyade et triade) ne sont guère adaptées à la suggestion de la réalité des catégories. C’est pourquoi nous choisirions plutôt les termes de, respectivement, Originalité, Obsistence et Transuasion pour désigner, dans l’ordre, les trois catégories. Ainsi l’Originalité est d’être ce que l’être est, sans s’occuper de quoi que ce soit d’autre. L’Obsistence est cet élément qui, mis en connexion avec l’Originalité, fait qu’une chose est ce qu’une autre la pousse compulsivement à être. Enfin la Transuasion est la médiation, ou encore est être par le fait de créer de l’Obsistence. Un signe dégénéré au premier degré est un signe Obsistant, ou indice, dégénéré au deuxième degré, c’est un signe original ou icône, authentique, c’est un signe transuasif, ou symbole.

    Documents joints

  • Canet, le 03 mars 2008 : le semblant

    Canet, le 03 mars 2008 : le semblant

    Canet, le 03 03 2008

    M. B. : Nous sommes le lundi 3 mars 2008. Ça fait une grosse coupure, et c’est dur de faire la reprise, d’autant que je marchais un peu sur des œufs, si je puis dire, là, autour de cette question de l’écriture, et puis il se trouve qu’il y a — enfin ça se passe comme ça, des découvertes, qui n’en sont pas — des trucs, que j’avais déjà dits ou abduits, qui reviennent. C’est un mode de fonctionnement, j’oublie et je retrouve. Quand elles ont été écrites, ça va, je peux savoir quand je l’ai dit ou pensé, mais généralement je ne les dépose pas par écrit, sauf le blabla qui est retranscrit depuis peu d’années. Il me semble que ça a quelque rapport avec la chose même dont il est question.

    Depuis des années je cherche à saisir ce que Lacan entend par « semblant », et je me suis mis bêtement en tête de mettre Peirce dans le circuit Freud, Lacan, et les autres, car je pense qu’il serait étonnant qu’il n’ait pas eu les grandes intuitions de ses successeurs. Cela n’a peut-être aucun sens, c’est éventuellement burlesque, mais il se trouve que c’est le chemin que je suis depuis un quart de siècle. Ainsi, depuis longtemps, j’ai décidé de « coincer » le semblant, avec l’aide de Peirce. Mais ça ne se laisse pas coincer comme ça, le semblant. Pendant toute une époque, enfin peut-être t’en souviens-tu, Françou, j’insistais sur l’icône, sur la semblance au lieu de la ressemblance — enfin c’est ce que dit Peirce, l’icône ressemble à son objet —, je suggérais de mettre du catalan là-dedans, et, par translittération, de dire que l’icône semble son objet. Mais ça ne collait pas du tout, je veux dire que ça n’avait rien à voir avec le semblant chez Lacan, qui n’est pas vraiment de la dimension de l’icône. Mais un semblant au sens de semblant de. On pouvait tenter ce sens-là, un semblant de, je ne sais pas, d’air marin. Par exemple, dans cette pièce, malgré la fumée que j’y fais entrer, c’est un semblant d’air marin qui passe quand on est un peu attentif. Or Lacan en fait l’agent du discours. Si l’agent du discours est une icône, c’est mal barré. En fait, tout cela ne me menait à rien ; depuis longtemps déjà j’avais abandonné ces idées, et je dois dire que ça m’était sorti de l’esprit, parce que du semblant je n’en bouffe pas à tous les repas, du moins me semblait-il ! Mais il se trouve qu’il y a le fameux séminaire de Lacan, que je suis en train de relire, D’un discours qui ne serait pas du semblant, dans lequel il parle du semblant, et je me disais que c’est pas mal son histoire là, d’avoir un agent du discours, quelque chose qui, à un moment donné, est en position d’agent, agent au sens latin de agere, faire, quelque chose qui lance un processus ; et, lisant tous ces trucs-là, je le voyais distinguer certaines choses.

    Par exemple, il parle parfois de représentation. C’est très intéressant, cette histoire de la représentation. J’ai failli aller, il y a quelques années, à un congrès de sémiotique sur la représentation, avant de renoncer. J’avais préparé tout un truc, à propos du « re » qui est non pas le « re » de répétition mais le « re » d’insistance. Je m’appuyais sur Littré qui dit : « À la frontière j’ai représenté mon passeport », ce qui fait de ce terme un strict équivalent de « présenter ». Au séminaire de sémiotique, depuis de nombreuses années, nous avions évoqué la question de savoir si une simple présentation pouvait être un signe. La réponse est évidemment positive, même si tout ça peut paraître byzantin. Donc, ça pose la question de la représentation, et, enfin, un beau jour, il y a peu de temps, je me suis dit, mais il faut être vraiment bouché à l’émeri pour ne pas avoir vu ça tout de suite, parce que c’est élémentaire, évident, que bien entendu le semblant est très exactement ce que Peirce appelle le représentement. Fallait-il vraiment que je sois stupide pour ne pas voir ça. Alors il faut justifier, pas la stupidité, quoique en même temps oui, il faudra qu’à un moment donné j’en dise quelques mots, parce que c’est un peu extraordinaire qu’il m’ait fallu vingt cinq ans pour arriver à une idée aussi élémentaire, aussi évidente pour quiconque découvre le semblant chez Lacan et le représentement chez Peirce !

    (…)

    Documents joints

  • L’actualité du representamen chez Peirce

    L’actualité du representamen chez Peirce

    Travaux du Centre de Recherches Sémiologiques, N°62, 04/94, Université de Neuchâtel (Suisse)

    Introduction

    S’il est un fait remarquable dans la sémiotique peircienne, c’est bien l’absence du “sujet” : la sémiose se développe, l’enquête se déroule, sinon hors-sujet, mais, dirions-nous, sans se fonder sur lui. Que l’interprétant peircien soit une détermination d’une pensée, certes, puisqu’il faut bien que la sémiose ait aussi cette heccéité, ce lieu et ce temps où quelqu’homme pense ; mais il est avant tout une détermination d’un champ d’interprétants dont, il faut bien dire, toute la problématique peircienne tend à faire que sa consistance soit le fruit d’une validation publique. Ainsi, si un sujet apparaît, c’est en liaison avec l’interprétant et son exercice public.

    Nous appuyant sur le fait que le representamen comme tel est le fondement de la sémiose, nous assumerons ici que l’on peut préscinder le representamen du sujet, et non l’inverse, ce qui nous amènera à tenter de constituer une représentation des liens du sujet avec la sémiose.

    Documents joints

  • Journée « Violence : des mots pour dire des maux »

    Le samedi 17 mai 2008

    Journée « Violence : des mots pour dire des maux »

    Fondation John Bost à La Force (24130 )

    ARGUMENTAIRE

    La question de la violence se pose avec de plus en plus d’acuité dans notre environnement géopolitique, social et professionnel.

    La recherche des responsabilités et des solutions possibles donne lieu à un jeu de dupes où chacun cherche à se refiler cette« patate chaude » qu’est le sujet ou le groupe violent : les hommes politiques, les juges, les parents, les psychiatres, les policiers, les éducateurs, les sociologues…

    Et si la solution venait non pas de chacun d’eux pris individuellement mais de leur capacité à faire ensemble « institution » ?

    Pouvons-nous faire l’hypothèse que la violence s’installe là où il y a un déficit « d’institution », c’est-à-dire que la parole ne circule plus ou qu’elle est pervertie dans de la « communication » ?

    Les mouvements de la psychothérapie institutionnelle et de la pédagogie institutionnelle nous ont appris, depuis déjà longtemps, à organiser tant au sein des établissements qu’au dehors (l’hôpital, le secteur, la classe, l’IME, le foyer…) des institutions : le club thérapeutique, le conseil, l’assemblée générale, la coopérative, le groupe de parole… pour que s’articulent les distinctions entre identité et altérité, pour que la différence soit moins menaçante et même utile, pour que se déhiérarchisent les rapports soignant-soigné, éducateur-éduqué, enseignant-enseigné, pour que la parole de chacun soit entendue comme celle d’un sujet désirant, pour que se modifie l’ambiance…

    L’expérience a montré que la violence est moindre lorsque fonctionnent ces « appareillages » institutionnels, l’agitation des « fous » diminue, les dégradations se font plus rares, les « passages à l’acte » s’inscrivent dans le langage, l’emprise perverse se relâche…

    Et nous, dans nos pratiques éducatives et soignantes comment bricolons-nous des institutions pour civiliser les relations et faire rempart à la violence, celle qui sourd de l’angoisse qui ne trouve de mots pour se dire, celle qui masque la fragilité derrière la toute puissance, celle qui, telle une bouée de sauvetage, empêche de sombrer « corps et bien » ?

    Cette journée se propose de mettre en mots nos diverses expériences pour tenter de penser l’impensable de la violence, d’échanger sur nos pratiques institutionnelles dans divers champs professionnels.

  • Démocratie, prison et internement arbitraire

    Pierre Delion

    Démocratie, prison et internement arbitraire

    Février 2008

    Démocratie, prison et internement arbitraire

    Pierre Delion

    Février 2008

    Et si la prison d’aujourd’hui, en ne jouant pas son rôle, rien que son rôle, mais tout son rôle, dans la démocratie, avait dans la vie quotidienne des citoyens beaucoup plus d’importance que nous ne le pensons ?

    Que ce soit au niveau de sa fonction organisatrice dans la représentation que se font concrètement les citoyens de ce qui peut arriver en cas de « dépassement » des limites socialement acceptées, et par ce biais dans la construction des racines du sur moi chez l’enfant des citoyens-parents

    Que ce soit au niveau du délinquant qui doit y trouver un moyen d’être retenu de continuer sur sa lancée délictueuse

    Que ce soit au niveau de sa valeur symbolique sur un prisonnier qui, ayant purgé sa peine, ne doit plus à ses victimes ni à la société rien d’autre que l’engagement moral de son changement de comportement lorsqu’il retrouve la liberté

    Que ce soit au niveau de ce qui résulte des premiers points, à savoir que la prison est bien sûr un lieu de privation de liberté pour celui qui en a mésusé, mais en attente d’une modification profonde du sujet qui y est incarcéré

    Dans ces conditions, et en appui sur un des principaux fondements d’une société civilisée, l’abolition de la peine de mort, la prison, par son existence même, est un lieu hautement symbolique puisqu’il représente le dépassement de la loi du talion : vous avez commis un crime ou un délit, la société ne commettra pas sur vous un acte de vengeance en miroir ; vous serez privé de liberté le temps nécessaire à un changement authentique. Mais une fois cette peine effectuée, vous serez libre à nouveau.

    Mais voilà, la prison n’est pas ce lieu qui permet de passer de la loi du talion vers la loi symbolique, celle de la transcendance spécifiquement humaine. Elle est aujourd’hui un lieu qui est régi exactement par l’inverse, point par point, de cet idéal d’une société digne du nom de démocratique : œil pour œil, dent pour dent. La prison plutôt que d’élever le prisonnier vers la loi symbolique, le laisse croupir dans l’immanence de la loi du talion. Il n’est pas question pour moi de désigner telle ou telle catégorie de personnel pénitentiaire comme responsable de cette situation décriée depuis des années par de très nombreuses personnalités. Malgré les déclarations d’intention, les personnes qui ont le courage de travailler en prison ne sont pas soutenues par le tissu social qui se réjouit d’y voir envoyer ces indésirables qui lui pourrissent la vie de tous les jours. Non, le seul responsable, c’est moi, c’est nous, qui ne pensons pas acceptable l’idée que la prison doit devenir un lieu où nous devons mettre « le paquet » pour changer d’une façon humaine les hommes qui y sont condamnés.

    La tâche est immense, et surtout du côté du citoyen qui n’ira jamais en prison : pourquoi devrions nous mettre beaucoup de moyens pour des personnes que nous méprisons et qui doivent payer pour les malheurs qu’elles ont occasionnés, quand à côté de celles-ci, il y en a d’autres qui sont victimes de la misère, du chômage ou de la clochardisation ? Il me semble qu’aujourd’hui, un pas de plus est franchi : inventer en 2008 une prison après la prison, sous le faux prétexte de la dangerosité, est un triste retour de l’internement arbitraire et même de la lettre de cachet. Qui n’a pas envie de protéger les enfants des séductions des pédophiles ou quiconque d’une violence meurtrière ? Mais le faire de cette manière est abject, tant ce comportement primitif, la peine sans limite de temps, indique une reculade dans l’élaboration d’une pensée de la démocratie qui prenne en compte tous les aspects qui la font grandir.

    La prison doit devenir le lieu le plus moral de la société, condition indispensable à la fois pour que ceux qui y travaillent puissent exercer leur mission, et pour que sa représentation ait la vertu pédagogique de dissuasion nécessaire à son efficacité. Si telle était sa réputation, point ne serait besoin de prévoir des structures de « justice-santé » pour y « garder » sans limite des personnes que la prison à laquelle ils ont été condamnés n’a pas changé, avouant ainsi de la plus éclatante manière qu’elle ne sert strictement à rien d’autre qu’à augmenter chez ceux qui y passent le désir de vengeance, résultat aux antipodes de ce qui en est attendu. Il est temps de dire enfin non seulement à tous les politiques qui veulent vraiment changer la vie de leurs électeurs, mais aussi à tous nos concitoyens qui ne savent plus comment sortir de l’engrenage de la violence insensée que nous traversons désormais, que l’une des principales possibilités sur laquelle nous pourrions agir est de miser sur la refonte du concept de prison en postulant la qualité humaine à laquelle elle doit maintenant parvenir. Il ne s’agit en aucune manière d’un luxe de philanthrope, il en va de l’avenir de nos sociétés contemporaines.

  • Canet, le 04 février 2008

    Canet, le 04 février 2008

    Canet, le 04 02 2008

    M. B. : D’une fois sur l’autre je me souviens pas de ce que j’ai raconté, et comme personne n’écoute… (rires) nous pouvons être tranquilles. On pourrait se demander à quoi ça sert. Peut-être, sans doute même pour les interstices, pas pour ce que je raconte qui n’a qu’un intérêt limité. Mais parfois, à raconter des conneries, on finit par dire des choses, par hasard.

    Public : On a parlé de Jérôme Kerviel.

    M. B. : Ah, on a parlé de Jérôme Kerviel ? Oui, à cause de mon fiston.

    Public : Le sujet de l’inconscient qui est un représentement mental, moi j’ai noté des trucs…

    M. B. : J’ai dit ça ?!

    T. M. : La nécessité qu’il y ait des hommes mais pas des sujets.

    Public : Qu’il y ait eu un homme ou un corps ?

    M. B. : Bon, on peut donc continuer (rires) d’un bon pied.

    Public : Il y en a encore à dire…

    O. F. : On y revient, chaque semaine.

    M. B. : Eh bien oui, c’est pour ça, il doit bien y avoir quelque chose. Ça y est, Laurence est arrivée, on peut commencer

    Public : Oui, mais voilà, c’est à partir de ça qu’on a travaillé…

    M. B. : Oui, très bien. Les chaises se cassent les unes après les autres, c’est une véritable hécatombe.

    Public : Le poids de la pensée.

    M. B. : Le poids de la pensée, disons le comme ça (rires), ça fera plaisir à tout le monde.

    Je pars, disons, d’une idée vague, que j’essayais d’exprimer en essayant d’y mettre des petites fleurs autour, mais enfin c’est une sorte de sentiment théorique, à savoir que quand l’écriture se met à fonctionner qu’est-ce qu’elle vient révéler de ce qui était déjà là et qui a permis qu’elle se constitue ? Il y a maintenant bien longtemps, j’ai décidé d’élire comme ennemi intime Piaget, lorsque j’ai lu chez lui que lorsque les mathématiciens ont découvert la théorie des groupes, elle était déjà efficiente dans les mathématiques.

    Public : Et tu lui reproches ça ?

    M. B. : Oui, je lui reproche ça, car lorsqu’est créé un nouveau concept — et la notion de groupe en mathématiques et un authentique concept — il transforme le champ, ouvre de nouvelles possibilités de penser, déchaîne de nouveaux interprétants. Je pense à ce proposa ce que dit Peirce à propos de l’inférence (référez-vous à ce terme dans le livre que nous avons traduit avec Janice Deledalle ) : L’inférence est l’« action de déterminer consciemment le contenu d’une cognition ou des cognitions antérieures, d’une manière qui paraît devoir avancer l’état des connaissances ». Dès lors l’efficience de la conclusion est autre que celle de la prémisse. Piaget eût-il seulement utilisé un futur antérieur, je ne l’aurais pas élu ainsi. Pour avoir son efficience la théorie des groupes doit être énoncée. Sa psychologie génétique me semble viciée logiquement par cette prise de position. (C’est un peu l’histoire du lapin dans le chapeau du prestidigitateur : s’il l’en sort, c’est qu’il y était.) Ça me rappelle une visite dans une maternelle. J’enseignais à ce moment-là les mathématiques aux normaliens, avec mon cher ami Joseph Jaume. Nous étions dans la classe et je propose à une enfant une expérience hautement piagétienne concernant le dénombrement. Je mets sur la table en correspondance bi-univoque deux séries de jetons, 6 rouges et 6 jaunes (à la Piaget, c’est-à-dire chaque jeton jaune sous un jeton rouge). Je demande alors à l’enfant s’il y en a le même nombre et il répond, piagetiennement, oui. Puis j’en mets 8 rouges alignés, et 8 jaunes au-dessous, mais cette fois-ci sans les faire correspondre un à un. Même question à l’enfant. Il me répond, fort peu piagetien cette fois, oui. Je lui demande de justifier son « oui ». C’est alors qu’il me répond « parce qu’il y en a 8 ! » Sans commentaires !

    (.)

  • Non à la destruction de la psychiatrie publique et de secteur

    Pétition

    Non à la destruction de la psychiatrie publique et de secteur

    La révolution de la psychiatrie française qui a amené l’élaboration de la psychiatrie de Secteur et la dimension de la Psychothérapie Institutionnelle, s’est faite pendant la guerre à partir de la dimension psychodynamique duSujet. Ses fondamentaux sont la psychanalyse et le Marxisme. Son objectif fut de mettre fin à l’enfermement des malades mentaux, ainsi qu’à leur relégation en dehors de la société. Il s’agissait de rétablir du lien social, redonner leur statut de citoyen aux « fous ».

    Elle se propose d’articuler étroitement soins de prévention, de cure et de post-cure des maladies mentales, de créer les conditions d’un droit de cité aux développements de ses pratiques et à ceux qui en font usage, en recentrant fermement ses activités sur l’accompagnement et le traitement de la souffrance singulière (dimension psychodynamique) du sujet et non sur son « contrôle social ».
    Suite Texte de la pétition

  • La revue « en ligne » Khéopsy

    La revue « en ligne » Khéopsy

    Kheopsy n°1

    ZEO éditions

    Pour assurer la qualité et le sérieux de l’entreprise, le comité de
    rédaction de la revue s’engage à ne publier, que des articles ayant
    préalablement reçu l’aval de deux membres d’un comité de lecture .
    Cela vaut également pour les articles que les membres du comité de
    rédaction peuvent faire paraître dans la revue.

    Pour pallier les insuffisances de nos moyens financiers tout comme
    pour contourner les difficultés d’une diffusion en librairie, la revue
    ¿ Khéopsy ? est, au moins provisoirement, une revue en ligne. Nous
    n’écartons pas cependant le projet de la transformer à terme en une
    revue classique sur papier. En attendant, nous nous proposons de
    mettre en ligne douze numéros de la revue par an.

    Frans Tassigny

    Sommaire :

    Manifeste pour Kheopsy p.5

    Frans Tassigny

    Les spectres rôdent sur internet ! p.7

    Emmanuel Fleury

    Akhenaton – Moïse – OEdipe p.12

    Pierre Nillon et Jocelyne Mennessier

    Malaise du sujet dans la civilisation II p.24

    Jean-Jacques Moscovitz

    (Psychanalyse)³ p.39

    Marie Laure Caussanel

    Hypnose-Resistances p.52

    Alain Lemoyne de Vernon

    Hystérie : le cas de Laurence p.64

    JP.Bègue

    Quelles ruptures p.71

    Roland Léthier

    Liens p.96

    Documents joints

  • Canet, le 28 janvier 2008

    Canet, le 28 janvier 2008

    Canet, le 28 01 2008

    M. B. : Nous sommes le 28 janvier 2008. Vous avez le bonjour de la jeune psychologue qui venait là qui allait à Toulouse.

    Public : Fabienne Chiroleux.

    M. B. : Voilà, Fabienne Chiroleux qui est dans un pays impossible, enfin impossible, n’exagérons rien…

    Public : On dit improbable.

    M. B. : Improbable, voilà, allez, improbable. Alors il faut que je vous dise que le dernier séminaire de Lacan publié au Seuil, c’est D’un discours qui ne serait pas du semblant . Un grand séminaire. Ce n’est pas qu’il y ait des grands et des petits, chacun apporte son lot, mais celui-là est particulièrement riche. Et puis il y a le livre dont je ne vous ai pas parlé la dernière fois, mais que je vous le signale parce que, vraiment, ça vaut le coup de le lire, Tout ne se joue pas avant trois ans de notre ami Pierre Delion.

    T. M. : Qu’on trouvera le 9 février aux « Journées avec… ».

    M. B : Qu’on trouvera le 9 février, en de multiples exemplaires : je pense qu’on va se l’arracher, parce qu’il est formidable. Il a vraiment réussi son bouquin, c’est magnifique. Le corps du livre est pris en sandwich entre disons deux chapitres, qui sont beaucoup plus politiques, polémiques, etc. Il y mène une polémique douce. Et tout le centre est consacré au développement de l’enfant, au soin en institution, etc. Très simple, direct, vivant, enfin c’est magnifique, donc si vous le voulez, vous l’aurez le 9, mais vous pouvez l’avoir avant.

    T. M. : Pas avant le 6.

    M . B. : Ah ! pas avant le 6.

    T. M. : Eh oui, il sort le 6.

    G. P. : Il paraît le 6.

    M. B. : Donc très bien. Bon, ce n’est pas simple, ce dans quoi nous sommes engagés ici.

    G. P. : Maintenant que tu me le dis…

    M. B. : Oui (rires). La dernière fois j’avais introduit la notion de la concaténation, et je vous avais fait remarquer que tout le système des tessères qui supportent la concaténation, c’est un système qu’il nous faut considérer comme directement interprétant, et j’avais repris à cette occasion les histoires de représentement, interprétant, ou scribe, interprète, avec le museur au milieu qui vient donner du sens à l’ensemble. Je vous rappelle aussi, mais enfin je le redis, que si on reprend la manière dont Peirce aborde de la façon la plus large la question du signe, je vous rappelle qu’il l’énonce, le signe, comme une relation triadique entre trois sujets, — ne prenez pas ça au sens du sujet de Lacan —, dont le premier est le représentement, le deuxième sujet l’objet, et le troisième sujet l’interprétant. Cette relation triadique fonctionne intérieurement de la manière suivante à savoir que l’interprétant devient un représentement du même sujet pour un autre interprétant, c’est-à-dire c’est ce qui, en quelque sorte, marque la place de l’interprétant ; l’interprétant, en tant qu’interprétant, est d’abord un représentement du même objet pour un autre interprétant, qui va être lui-même un représentement du même objet pour un autre interprétant, voilà. C’est le développement de ce que Peirce appelle la sémiose, un processus qui n’est pas destiné à être limité, théoriquement. En effet, si jamais à un moment donné un interprétant achevait le processus du signe, il ne serait plus un représentement du même objet pour un autre interprétant, de telle manière que, théoriquement, ça ne doit pas s’arrêter. Bon, devant ça, on peut se dire qu’alors c’est fichu puisque jamais on ne pourra avoir l’interprétation d’un signe. S’il faut toujours dire, eh bien, oui, chaque fois, il faut aller un peu plus loin, allez plus loin, encore, c’est terrible. Ceci ne peut avoir de sens véritable que si on suppose, — je vous renvoie aux quelques années précédentes, —que si on considère que ce processus est continu, et que la description qui en est donnée, la description théorique, structurelle, ne mène pas à une aporie. Car cette dimension de continuité peut résoudre la question en considérant le paradoxe de Zénon, dont je vous avais déjà expliqué l’histoire. Achille et la tortue est la description du mécanisme. Achille doit toujours passer par la place qu’avait occupée la tortue lorsque lui-même était derrière elle. C’est en saisissant ce mécanisme qu’on se rend compte qu’effectivement il peut y avoir interprétation même s’il y a une infinité d’interprétants, mobilisés en tout cas. Voilà, ça c’est un point qui est très important, d’où, dans les réflexions précédentes, j’avais déduit qu’il y avait là tout un rapport entre la continuité du processus et la discontinuité de ce qui est décrit, théorisé, pensé du dit processus. Les interprétants, au sens discontinu de « chaque » interprétant, peuvent introduire des discontinuités lorsqu’on saisit les points comme les pas d’Achille. Mais cette discontinuité est dans un continuum. Dès lors, nous sommes amenés à considérer qu’en fait, de même que chaque pas d’Achille n’est pas « marqué », « chaque » interprétant n’est pas marqué, n’est pas, pour imager la chose, un point d’arrêt. Alors pourquoi tout ces tracas ?

    (…)

  • Rencontres de périnatalité de Béziers

    Les 3/4 avril 2008

    Rencontres de périnatalité de Béziers

    Les XVIIIe rencontres de périnatalité de Béziers auront lieu les 3&4 avril 2008 au Palais des Congrès de Béziers sous le thème « Hériter, transmettre le bagage de bébé ». Vous pouvez télécharger le programme et le bulletin d’inscription ci-dessous.

    Portfolio

  • Colloque de Royaumont : Henri Maldiney, le 6 avril 2008

    Colloque de Royaumont : Henri Maldiney, le 6 avril 2008

    Association Internationale Henri Maldiney

    Association régie par la loi du 1er Juillet 1901

    Siège social : 24 bis Avenue du Président Wilson 75116 Paris

    Tél. : 01 47 55 61 62 E-Mail : association.maldiney@yahoo.fr

    COLLOQUE 2008 :

    Journée Henri Maldiney à l’Abbaye de Royaumont :

    « Du vide à l’ouvert, le surgissement de l’existence »

    Rencontre avec Henri Maldiney

    Exposition Elsa Maldiney

    6 avril 2008

    Matinée :

    Accueil à partir de 9h

    9h30 : Introduction

    10h : Georges Didi-Hubermann : « Images à l’aoriste », échange avec Henri Maldiney

    11h – 11h15 : Pause

    11h15 : Jean Oury : « Transpassible et processus schizophrénique, possibilisation et transfert dissocié », échange avec Henri Maldiney

    12h15 : Commentaires d’œuvres picturales par Henri Maldiney

    13h : Repas

    14h – 15h 30 : Temps libre pour la visite de l’exposition Elsa Maldiney

    Après-midi

    15h30 : Dialogue avec Henri Maldiney :

    « Qu’est-ce qu’enfin (c’est-à-dire originairement) la philosophie »

    16h30 16h45 : Pause

    16h 45 : Robert Christe, Henri Maldiney, Anne-Marie Deschamps introduction au concert

    « Voix : De l’Errance au surgissement du Lieu / Y être dans l’ouverture au chant »

    17h 30 – 18h 30 : Concert : Anne-Marie Deschamps et son ensemble Venance Fortunat

    Modérateurs : Eliane Escoubas, Maria Villela-Petit, Joël Bouderlique, Richard Brunner- Haour, Christian Chaput, Jean-Pierre Charcosset, Philippe Grosos.

    Tarifs d’inscription au Colloque :

    # Tarif ouvrant à la participation au colloque incluant le repas de midi (120 couverts), l’accès à l’exposition des œuvres d’Elsa Maldiney et au concert d’Anne-Marie Deschamps :

    Membre AIHM 110 Euros

    Non-membre 140

    # Tarif ouvrant aux mêmes prestations mais sans le repas de midi***

    Étudiant, Demandeur d’emploi … 45 Euros

    Membre AIHM 90

    Non-membre 100

    *** Dans la limite des 250 places disponibles au total dans la salle des Charpentes de l’Abbaye de Royaumont

    _____________________

    Toute inscription se fait en adressant un chèque à l’ordre de l’Association Internationale Henri Maldiney, au siège social, 24bis avenue du Pt. Wilson 75116 Paris

    Un reçu vous sera adressé, les précisions pratiques (itinéraires, bon repas) seront jointes.

    Lors de votre inscription, demandez une fiche congrès SNCF ouvrant droit à 20% de réduction sur le transport.

    Tarif des adhésions annuelles à l’Association Internationale Henri Maldiney :

    Étudiant, Demandeur d’emploi… 15 Euros

    Membre résidant en France 40

    Membre résidant hors de France 45

    Donateur 80*

    Bienfaiteur à partir de 200*

    L’adhésion ouvre droit aux quatre séances du séminaire annuel, à un exemplaire du bulletin édité par l’AIHM et à un tarif réduit pour le colloque annuel.

    * Justificatif pour déduction fiscale fourni par l’AIHM

  • Journées de psychiatrie d’Abbeville

    Journées de psychiatrie d’Abbeville

    Les 7e journées de psychiatrie d’Abbeville auront lieu le jeudi 29 mai 2008 sous la présidence du poète Alvaro Escobar autour du thème de L’enfermement.

  • Nouvel ouvrage de Pierre Delion, chez Albin Michel

    Tout ne se joue pas avant trois ans

    Nouvel ouvrage de Pierre Delion, chez Albin Michel

    PIERRE DELION

    Tout ne se joue pas avant 3 ans

    Existe-t-il des signes prédictifs d’une future délinquance ? Non, répond avec force le Pr Pierre Delion à ceux qui, sous couvert de prévention, tendent à ramener l’enfant à une norme arbitraire. Pour lui, les troubles de la conduite du jeune âge sont des appels à l’aide exprimant une souffrance psychique qui ne parvient pas à se dire. A travers des exemples cliniques, et en retraçant les grandes étapes du développement, il nous aide à en comprendre l’origine et plaide pour une vraie politique de prévention et de prise en charge.

    Chemin faisant, Pierre Delion apporte un démenti salutaire à ceux qui prétendent que nous ne serions déterminés que par nos gènes et nos premières années. A tel point que, passé l’âge fatidique de 3 ans, le destin d’un enfant serait tout tracé.

    Rien n’est joué à 3, 6 ou même à 10 ans. Mais beaucoup reste à jouer pourvu que l’on veuille bien entendre ce que les troubles ont à nous dire et prendre en compte la personne humaine.

    (4e de couverture)

  • Canet, le 14 janvier 2008, Rappels sur l’invention de la numération et de l’écriture. Concepts d’hémorragie symbolique, de concaténation. Liens avec le corpenser.

    Canet, le 14 janvier 2008, Rappels sur l’invention de la numération et de l’écriture. Concepts d’hémorragie symbolique, de concaténation. Liens avec le corpenser.

    Canet, le 14 janvier 2008

    Rappels sur l’invention de la numération et de l’écriture. Concepts d’hémorragie symbolique, de concaténation. Liens avec le corpenser.

    M. B. : Nous sommes le 14 janvier 2008, et aujourd’hui il faudrait que j’aborde ce que j’avais annoncé la dernière fois, et que je n’ai même pas effleuré. J’ai ressorti de vieux articles que j’avais écrits sur Corps et institution, dont un qui s’appelle « Corps et inscription de la parole dans les institutions ». Nous en sommes toujours plus ou moins autour de cette idée de ce qu’on peut appeler, connement, « les premiers mots » de l’enfant, — connement au sens où il n’est pas obligatoire qu’il y ait quelque chose comme des « premiers mots », mais il y aura eu des premiers mots. Je veux dire par là qu’on ne va pas rester avec un magnétophone aux pieds de l’enfant jusqu’au moment où on aura enfin recueilli les premiers mots. La question ne se pose pas comme ça, elle se pose, comme toujours d’ailleurs dans le domaine des signes, dans le « aura été ». Lorsqu’on essaie de faire une étude sémiotique, on s’aperçoit que tout ce dont on parle c’est quelque chose qui aura été, qui permet de penser ce modèle pratique, qui peut servir à bien des fonctions, à savoir la triade du représentement, de l’objet et de l’interprétant. C’est un modèle inépuisable. Nous allons tâcher de nous en servir, en particulier pour reposer la question de l’écriture.

    Je vous avais fait remarquer que, toujours en se servant de ce modèle, nous pouvions reprendre la question du type, dont un exemple est le mot, et de la tessère, dont je vous rappelle que c’est, en quelque sorte le corps du signe, qui nous conduit à l’hypothèse, faite depuis de nombreuses années, des tessères corporelles, c’est-à-dire la conception que le corps lui-même est organisé selon les lois des tessères, c’est-à-dire qu’il peut servir de corps des représentements. Le corps n’est pas organisé selon la nature, — dès lors que le langage apparaît on se demande s’il y a une nature quelconque — mais selon son « destin » de porte-type. La nature devient quelque chose de tout à fait problématique puisqu’au bout du compte la dite nature ne se livre à nous que par le biais des signes, c’est-à-dire lorsqu’elle n’est plus naturelle ! Ainsi la nature est une hypothèse. Je dis souvent que c’est, hélas ! le seul point commun que j’ai avec Socrate, c’est une défiance concrète concernant la nature. Avez-vous remarqué que tous les dialogues de Platon se tiennent à l’intérieur de la cité au plus près du forum. Je ne sais si vous êtes déjà allés à Athènes, mais le forum est vraiment un coin très petit, fermé. Seul un dialogue a lieu hors des limites de la ville, ça a quand même son intérêt, un seul, c’est le Phèdre. Socrate et Phèdre vont discuter à l’extérieur des limites d’Athènes. Il y met en valeur un grand platane — dont on avait sans doute remarqué depuis l’antiquité le caractère urbain —, et le gattilier — connu pour son pouvoir « féminisateur » et dont le nom savant « agnus castus » signifie « chaste agneau ». Par ailleurs les rives de l’Illisos auprès desquelles le dialogue va se tenir, est tout d’abord investi comme lieu mythologique. C’est dire à quel point cette nature-là est bien peu naturelle ! Par ailleurs, le Phèdre, soit dit en passant, est le dialogue fondamental si l’on veut pouvoir parler de l’écriture, puisque c’est là qu’est avancé le mythe égyptien de Thor. Enfin, lorsque Phèdre fait remarquer à Socrate qu’il est étranger à la nature, n’ayant semble-t-il jamais quitté Athènes, celui-ci lui répond que la nature ne lui a jamais rien appris : « ni les champs ni les arbres ne veulent rien m’apprendre, mais bien les hommes qui sont dans les villes ».

    Ainsi notre modèle nous a servi sur la question du corps du signe, qui a ses propres qualités, je vous le rappelais la dernière fois, les qualités matérielles du signe. On peut se rapporter à des phrases de notre ami Salomon Resnik — qui ne veut pas venir à Canet —, qui fait remarquer que matière vient de materia c’est-à-dire les choses de la mère. Les qualités matérielles des signes, renvoient ainsi à cette dimension du corps de la mère. Alors revenons sur notre distinction type-tessère, et je vous renvoie à ces articles où j’en parle dans le détail, si vous voulez vous rafraîchir la mémoire. Cette distinction type-tessère, entre le corps du signe, qui porte le signe, c’est bien l’histoire de la tessère et de sa logique, eh bien, c’est ce qu’on va essayer de regarder de beaucoup plus près. J’ai ressorti pour cela un vieux livre, un livre assez extraordinaire, — c’est un gros livre, écrit en caractère courrier, le pire des caractères qui existe, parce que c’est pénible à lire, c’est resserré, c’est mal foutu, c’est en fait un polycop, quoi, c’est un polycop qui a été broché, mais enfin un gros polycop quand même —, et c’est de James Février qui est vraiment quelqu’un de tout à fait épatant. Il était prof à l’Ecole des Hautes Études, un vrai savant, qui est mort dans les années 70. Son livre a été édité une première fois en 48, et je dispose du texte de 59. Sans doute depuis des progrès ont dû être réalisés : il parle des écritures amérindiennes, mais maintenant on sait déchiffrer l’écriture maya, ce qu’on ne savait pas faire à son époque. Ce que je voudrais relever en particulier, c’est son évocation de proto-histoire, de la préhistoire de l’écriture. Vous savez sans doute, certains me l’ont déjà entendu évoquer, que proto- ou préhistoire, cette distinction, est précisément quelque chose qui est lié à l’écriture, c’est-à-dire que ce qu’on appelle la préhistoire c’est tout ce dont on ne peut avoir connaissance que dans la période qui précède l’invention de l’écriture ; ce qu’on appelle la proto-histoire c’est la part de l’histoire dont on a des témoignages par les écritures les plus anciennes qui existent, donc ça fait un bout, un espace de temps là où les gens dans l’écriture parlaient déjà de phénomènes qui avaient lieu avant l’écriture. On peut fabriquer des mythes d’invention de l’écriture, comme Platon le fait dans le Phèdre, mais on peut aussi avoir des « mythes scientifiques » puisque quand même la science est largement créatrice de mythes. Vous verrez, enfin si vous le lisez, sur les gestes, sur des choses comme ça, des proto-écritures. Au fond dans toutes ces choses-là, même si ce n’est pas de ce côté là que nous allons aller, ce qui me paraît peut-être plus intéressant c’est d’essayer de voir à l’instar de ce qu’on a fait pour l’enfant c’est-à-dire à quel moment l’enfant se met-il à parler ? Eh bien, à quel moment apparaît l’écriture ?

    (…)

  • Corps et inscription de la parole dans les institutions

    Corps et inscription de la parole dans les institutions

    Introduction

    La notion de corps est, comme on le sait, susceptible de recouvrir bien des réalités. Nous entendrons ici le corps comme « sémiotique », c’est-à-dire le corps-signe. Il y a longtemps que les logiciens utilisent une distinction fondamentale entre la proposition « type » et la proposition « token ». De quoi s’agit-il ? Enoncer une proposition est mettre en avant un symbole (la proposition-type) grâce à une marque perceptible (sonore, visuelle… ou autres) que nous avons l’habitude de nommer « tessère » (la proposition-token). Pour fixer les idées, représentons-nous un mot, « la » par exemple, qui est unique dans le dictionnaire, c’est alors un type, mais qui a plusieurs occurrences sur cette page, chacune étant une tessère du type. La production d’une tessère sera une opération d’écriture, celle du symbole afférent, du type, un opération d’inscription. L’inscription réclame donc logiquement une dimension matérielle de support d’écriture (orale, scripturale, gestuelle, etc.) et une dimension, en quelque sorte, légale d’inscription. Ce qui permet l’ensemble de ces fonctions sera désigné sous le nom de « feuille d’assertion » . Pour donner un petit exemple, être inscrit à l’université nécessite non seulement une mobilisation matérielle de divers secrétaires, lieux et formulaires, mais aussi un cadre légal qui rende cette inscription telle : l’ensemble constitue la feuille d’assertion En somme il ne suffit pas pour s’inscrire de mettre son nom sur un bout de papier et remiser celui-ci dans sa poche !

    Documents joints

  • Ian, le retour

    Ian, le retour

    Ian nous revient, après un mois de vacances, avec la haine (comme on dit maintenant) et en pleine forme (comme on le disait avant).

  • Canet, le 07 janvier 2008, Les premiers mots de l’enfant : rappels sur les modes de fixation de la croyance

    Canet, le 07 janvier 2008, Les premiers mots de l’enfant : rappels sur les modes de fixation de la croyance

    Canet, le 07 janvier 2008

    Les premiers mots de l’enfant : rappels sur les modes de fixation de la croyance

    M. B. : Voilà, ça y est, nous sommes le 7 janvier 2008. Bonne année ! Il ne s’est rien passé de spécial le 7 janvier ? Bon, alors vous vous souvenez ? On pourrait oublier ! Ça fait combien ? Trois semaines !

    Public : Quatre.

    M. B. : Quatre semaines, et en plus c’était l’an dernier, oh ! Nous en étions à toujours essayer d’explorer quelque chose qui est quand même difficile, enfin j’essaie de m’en persuader en même temps que je vous parle, ce n’est pas totalement… Mais je vais vous dire ce qui me tracasse, je vais passer aux aveux, les aveux de nouvel an, meilleurs aveux ! Je suis un peu inquiet parce que je n’ai jamais vu quelqu’un qui racontait ces choses-là, sur l’entrée dans le langage par une abduction. Bon, vous me direz que je n’ai peut-être pas lu grand-chose, mais peut-être vous, dans vos lectures, vous avez peut-être vu des gens qui traitaient de ça spécifiquement. Je vous pose la question. Je me dis que des gens ont dû y penser, il n’y a pas de raison, c’est dans ce sens-là que j’essaie de voir s’il n’y a pas une grosse bêtise cachée dans ce que je vous raconte. Alors je compte sur vous pour la débusquer au cas où elle surgirait de manière impromptue.

    J’ai d’ailleurs déjà commencé à en rabattre puisque j’ai remplacé l’idée qui était un peu simplette, je le reconnais volontiers, des « premiers » mots prononcés par l’enfant en tant qu’ils arrivent, qu’il les prononce dans le cadre, si je puis dire, de la fonction scribe, en assumant cette fonction. Ce sur quoi je m’appuie, c’est le fait, posé depuis longtemps à Château Rauzé, que de la phase végétative de l’éveil de coma jusqu’à disons la phase de reprise de conscience, cette progression-là se fait de museur/interprète, à scribe, le scribe étant, si je puis dire « signé » par ce moment où le blessé produit ce qu’on appelle habituellement un signe intentionnel, mais que nous appelons la fonction scribe. Nous avons posé cela parce qu’il se trouve que ça produit des effets dans l’équipe, des phénomènes tout à fait paradoxaux, c’est-à-dire que l’équipe, mobilisée pour permettre de passer de museur/interprète à la position de scribe, trouve tout à coup un certain désintérêt pour le blessé. Ce qui prouve qu’il y a bien quelque chose là qui se passe, et dont on peut justement rendre compte par le fait justement que comme producteur de signes il est décidément bien maladroit, et que cette personne qu’on dotait de toutes les capacités possibles de compréhension, parce qu’il les a eues, — il a été un museur/interprète doté de toutes ses compétences —, s’avère bien maladroit lorsqu’il s’agit pour lui d’assumer sa fonction de scribe. Et dès lors, l’investissement que faisait cette équipe sur le blessé, se trouve bien mal « récompensé » par les productions balbutiantes de ce dernier. C’est d’ailleurs à ce moment-là qu’Edwige Richer a eue l’idée de dire « alors il faut une équipe qui puisse prendre en charge le passage », et elle a créée une équipe qui opère le passage entre l’éveil et la rééducation, qui est déjà alors à un niveau un peu élevé pour certains de ceux qui commencent à peine à disons à maladroitement assumer leur fonction scribe, avec fragilité. Voilà ce sur quoi je m’appuie pour pouvoir tenir ce que je vous raconte, mais avec des hésitations, parce qu’après tout est-ce qu’il est raisonnable de penser que pour l’enfant il s’agit de quelque chose comme ça ?

    L’enfant à qui l’on pardonne d’être maladroit dans ses premières expressions parce qu’il créé quelque chose, alors que l’on demande au blessé de revenir à un état antérieur, qu’il avait perdu. Là où l’enfant induit un certain émerveillement, le blessé produit une déception. Là, chez cet enfant, c’est un émerveillement continu parce qu’il y a une croissance régulière, liée à un phénomène sans doute phylogénétique. Il y a là tout un océan de questions absolument faramineux. Mais, un océan, on risque de s’y noyer, il y a des tempêtes, tout ça.

    (…)

  • Quelques conséquences de quatre incapacités

    Quelques conséquences de quatre incapacités

    Vous pouvez maintenant consulter la traduction de Janice et Gérard Deledalle ainsi que le texte original de Peirce.

  • Séminaire de « La Criée » à Reims

    Séminaire de « La Criée » à Reims

    Conférences débats La CRIEE 2008

    Jeudi 24 janvier 2008

    A 21h00 au Centre Artaud


    Jean Oury

    Autour de son livre :

    « Rencontre avec le Japon »

    Jeudi 28 février 2008
    A 21h00 au Centre Artaud


    Claude Rabant, psychanalyste

    « Folie et sublimation. Expériences créatrices aux limites. »

    Jeudi 20 mars 2008
    A 21h00 au Centre Artaud


    Radmila Zygouris, psychanalyste

    « Le désir de vengeance ».

    Séminaire à plusieurs voix animé par :

    F. ATTIBA, Y. AMHIS, P. CHEMLA, P. DEMOUGEOT, E. LUMBROSO, E. WARGNY, T. ZAMPAGLIONE …


    Prochains séminaires


    lundi 14 janvier 2008, lundi 4 février 2008 et lundi 10 mars 2008,

    à 21h00 au centre de jour Antonin Artaud


    Ce séminaire s’inscrit également dans les enseignements du Cercle Freudien.

  • Le corps sémiotique

    Le corps sémiotique

    Angers, Décembre 2000

    Le corps sémiotique

    Michel Balat

    Pour tenter de définir quelles sont les grandes fonctions qui sont concernées par le fait d’être un être de langage, celles qui sont impliquées dans l’exercice du langage, il faudrait pour cela se tourner, semble-t-il, vers les linguistes. Celui qui est le plus clair sur cette question c’est, à mon sens, Benveniste, même j’ai un désaccord sur sa démarche, parce qu’elle est obstinément dyadique : pour lui, tout est divisible en deux. Il est entre autres l’auteur de ce livre génial qui s’appelle le Vocabulaire des institutions indo-européennes, un livre de base. Bien entendu l’indo-européen, ça n’existe pas, il n’y avait donc pas d’institution indo-européenne, ni même par conséquent de vocabulaire, mais enfin, il en a fait un, créant ainsi une chose d’une utilité phénoménale.

    Benveniste est le créateur de ces grandes fonctions attachées à la parole, qu’il a appelées la fonction de l’énoncé et la fonction de l’énonciation, — que ceux qui sont au fait de la linguistique connaissent. De manière un peu barbare nous pourrions dire que l’énoncé, c’est ce qui est écrit, et l’énonciation c’est l’acte d’assomption, de production de la chose écrite. Un écrit a une histoire, un moment où il prend corps, et ce moment de prise de corps de l’écrit, c’est l’énonciation. C’est utile dans certaines distinctions, comme celle qui est opérée entre le sujet de l’énoncé et le sujet de l’énonciation : quand je dis une phrase, le « je », c’est sans aucun doute le sujet de l’énoncé, mais pas le sujet de l’énonciation, qui est la production de la phrase et les conditions dans lesquelles je suis amené à produire cette phrase, — un autre registre. Benveniste a été repris de manière très fine par Lacan, qui en a fait, permettez-moi cette inconvenance, tout un fromage, mais un bon fromage, bien affiné, élaborant des conceptions comme celle de division du sujet, etc.

    Il se trouve, qu’étant en désaccord avec cette démarche de Benveniste, et, de manière bien aventureuse, il m’a semblé, en m’appuyant sur C. S. Peirce, que l’on pouvait reprendre cette question des grandes fonctions, et en observer trois. Ce n’est pas parce qu’il y en a trois, ce n’est pas trois contre deux, mais trois qui sont articulées et dont aucune n’est réductible à l’autre. Je vais vous énoncer les trois grandes fonctions et nous verrons ensuite comment nous pouvons les articuler.

    La première fonction de base, c’est celle que j’appelle la fonction scribe. Peirce en parle sur quelques pages. Une deuxième fonction de base c’est la fonction museur, et la troisième grande fonction c’est la fonction interprète.

    La fonction scribe c’est la possibilité même que quelque chose puisse connaître une certaine matérialisation, c’est-à-dire que quand je parle, j’écris, tout cela nécessite quelque matérialité. Imaginez que je parle mais qu’aucun son ne sorte de ma bouche, rien ne va s’inscrire : de telle manière qu’il y a sans doute un moment d’origine dans lequel il est indispensable de définir quelque chose qui ait une certaine matérialité. Mais cette matérialité ne suffit pas. Par exemple, supposons qu’au lieu de parler, je fasse un brouhaha. Il y aura du son, c’est le sens du mot brouhaha, qui est un son indistinct, on n’a rien à en tirer. Vous rentrez dans une foule, et il y a un brouhaha, ce sont peut-être des paroles, c’est sonore, pas de problème. Remarquons que je ne fais pas référence à la musique qui est organisée : le brouhaha est une espèce de chaos sonore duquel rien ne sort. Vous voyez les deux pôles, la matérialité, mais il ne peut pas y avoir que la matérialité, — si j’écris avec des pattes de mouches, illisible, vous serez encore Gros-Jean comme devant, ce qui montre que cette fonction scribe nécessite une certaine matérialité, — il doit y avoir de plus une fonction que nous allons qualifier de fonction d’inscription.

    L’inscription, c’est quelque chose d’autre que la matérialité mais c’est quelque chose qui fait appel à la matérialité. J’inscris, mais au sens où par exemple l’enfant autiste par son corps, inscrit quelque chose. Nous ne faisons pas ici référence uniquement à la langue telle qu’elle est organisée, ni à l’écrit tel qu’il est organisé : cette matérialité peut être celle du corps, et sans doute même pouvons-nous penser que de toute façon, et à un moment originaire, il faut bien que cette fonction scribe fût d’abord et avant tout une fonction corporelle, dont la matérialité ait été corporelle. Je précise que cette inscription est une fonction qui s’inscrit sur le leib, sur le corps vivant, dans le sens que lui donne Jean Oury, — nous pourrions dire le corps sémiotique —, en le distinguant du körper. Cette fonction d’inscription comme fonction de base sans doute, de manière originaire, nécessite-t-elle le corps. Le nourrisson doit pouvoir inscrire, c’est-à-dire découper son corps pour pouvoir l’utiliser « comme un langage ». Avouez que les premiers rapports de la mère et de l’enfant semblent aller de ce côté quand la maman voit gigoter son petit et dit, « il est content ». Gigoter, c’est du leib, c’est un morceau de leib, il faut mettre les pieds et jambes d’une certaine façon, — on ne peut plus trop le faire quand on grandit, mais les petits savent très bien faire ça. Au troisième mois le premier organisateur de Spitz, le sourire, « il est content » ou bien le premier pleur, « il a faim » : c’est bien toujours en référence au corps que la mère vient introduire de la parole.

    On peut dire que la fonction scribe est une fonction matérielle d’inscription, et cette fonction-là est une fonction originaire puisque c’est elle qui dans un premier temps se présente à l’enfant. On verra plus tard la place de la mère, mais pour le moment disons que certains éléments, le tonus, le système musculaire, les voies de conductions nerveuses, l’organisation cérébrale, etc., — on pourrait parler de toutes ces choses-là, et de manière très utile —, assurent la matérialité. Par exemple, si vous écrivez « a » à l’envers, vous pouvez le lire, mais si vous pratiquez certaines déformations, vous ne pourrez plus lire le « a »,. C’est une très bonne analogie pour faire comprendre ce qui se passe au niveau du corps, ce sont des « a » qu’il faut former, il faut trouver tout un ensemble de mouvement : ce n’est pas le körper c’est le leib, c’est le corps en émergence de signes, donc c’est ce corps vivant dont il s’agit, et c’est lui qui est porteur de ça. On retrouvera beaucoup plus tard de telles choses, dans certains phénomènes somatiques : dans certaines somatisations nous trouverons des formes d’archaïsmes, une forme de langage qui ne peut plus être exprimé dans l’universel de la langue, où seul le corps peut venir dire quelque chose, mais on ne sait quoi, puisque nous avons perdu la clé de ce langage-là. Nous pouvons trouver ça, d’une autre façon cette fois-ci, dans les phénomènes hystériques. Vous savez, dans les phénomènes hystériques, il y a les, « ha, j’ai mal à la tête, je ne vais pas pourvoir aller à… », ou bien, « j’ai de la tachycardie » ou bien « j’ai de la spasmophilie », toutes ces choses qui sont la vie élémentaire végétative d’une hystérique et qui sont sans doute des restes d’une autre nature que les somatisations. Mais ce sont des formes particulières d’appel à un langage corporel, et, contrairement aux somatisations, la clé de ce langage n’est pas dans le langage lui-même comme cela se produit dans la somatisation, mais elle est dans l’appareil symbolique de la langue, ce qui évidemment n’est pas susceptible du même type d’approche ou d’analyse.

    Quand vous parlez, vous vous entendez. Comment vous entendez-vous ? Ce n’est pas la voix que vous pourriez enregistrer sur un magnétophone, par exemple. Vous vous entendez par la voie osseuse, les os, le squelette, c’est le squelette qui vibre. Vous avez quelque chose dans le larynx, qui vibre, les cordes vocales, qui font sifflet, (d’ailleurs lorsqu’on veut couper la parole à quelqu’un, nous disons qu’on lui coupe le sifflet) ce petit sifflet, qui est un muscle, fait vibrer les os du crâne, et c’est par eux que vous entendez votre propre parole. Pourquoi, parce que le son se déplace plus vite dans un milieu plus solide, la vitesse dépend de la densité. Le son se déplace plus vite dans tout le système des os du crâne, et c’est lui qui arrive le premier à la perception de l’oreille interne. Le deuxième type de son c’est celui qui arrive par l’extérieur. On se représente bien la catastrophe qui consisterait en ce que quelques millièmes de secondes après, vous entendiiez en écho votre propre parole, ce serait insupportable. Il y a un système d’inhibition particulier qui fait que nous sommes accoutumés à ne pas entendre notre propre parole telle qu’elle passe par la voie aérienne : nous ne nous entendons pas comme nous entendons les autres. Les autres ne nous font pas vibrer les os par leur parole, ils font vibrer le tympan directement par la colonne d’air modulé qui provoque l’onde sonore, alors que nous nous faisons vibrer le tympan par l’intermédiaire de la transmission osseuse.

    Cette inhibition fondamentale du circuit de notre parole « externe » évite le phénomène de réplication ou d’écho : peut-être est-ce même à l’origine du mythe d’Écho avec Narcisse. Imaginons la situation suivante, dans laquelle cette inhibition ne fonctionnerait pas et où vous entendriez toujours votre voix osseuse, mais aussi votre voix « aérienne », comme, par analogie, tel qui souffre d’une légère diplopie : il peut très bien s’en accommoder parce que c’est comme ça qu’il a toujours vu. On pourrait peut-être faire l’hypothèse que, chez l’enfant bègue, la parole correspond à ces deux niveaux d’écoute par manque l’inhibition. Cette hypothèse, je la présente non pas pour elle-même, mais pour explorer ce que signifie le fait qu’on ne s’entende pas comme nous entendons les autres, ce qui a un sens. La parole que nous entendons est celle qui fait vibrer le squelette.

    Je peux vous livrer une petite expérience dont je me serais passé très largement. Il y quelques temps de ça, j’étais en gare de Bordeaux. Je me préparais à sortir du train avec mon sac, un peu lourd. Alors que je descendais les escaliers, le sac s’est un peu balancé et m’a entraîné : je me suis senti courir après ce sac qui me tirait, et je suis tombé lamentablement. C’était certes lamentable, mais il m’est arrivé quelque chose de magnifique que je n’entendrai, j’espère, plus jamais : j’ai entendu sonner mon squelette, parce que j’ai tapé sur le bassin, ça a fait un son de caisse claire. C’est extraordinaire d’entendre ça, — ne le faites pas —, ça vibre.

    Dans l’acte de parole c’est le corps entier qui est mobilisé, il est parcouru par les ondes sonores. Ce son de caisse claire montre bien que l’ensemble du squelette est un résonateur. Le squelette vibrant est quelque chose qui habite le corps tout entier, et quand nous parlons, la parole que nous entendons, émise de nous, est une parole totalement corporelle, c’est une vibration du corps tout entier.

    Cette chose ne nous arrive pas quand nous entendons quelqu’un d’autre parler, il n’y a pas de vibration du corps, la seule chose qui vibre ce sont tous ces osselets de l’oreille, tout ce monde qui fait son petit travail, l’usine, le marteau, l’enclume et tutti quanti, mais il n’y a que l’usine qui travaille, les appareils de la perception sont des filtres tout à fait extraordinaires du monde extérieur, parce qu’on reçoit très peu de son là-dedans, vous imaginez la sphère sonore que vous dégagez quand vous parlez et le petit trou ici, c’est une perte gigantesque d’énergie, mais ça suffit. L’oreille est destinée officiellement à pouvoir entendre le choc d’un atome sur le tympan, pas à mon âge, mais officiellement il n’y a pas de limite inférieure à l’audition, je ne parle pas de la fréquence, mais de l’intensité.

    Il n’est pas sûr que tout un ensemble d’expériences menées généralement par les adolescents dans les boîtes de nuit n’ait pas quelque chose à voir avec ce que je viens de dire : cette vibration du corps lorsqu’on se met près des enceintes acoustiques, c’est quelque chose qui n’est pas sans rappeler précisément sa propre parole, un peu comme si l’on émettait sa propre musique, ce sont, dans ces conditions, des émissions de sa propre musique par le corps. C’est une manière de l’adopter totalement, nous prenons entièrement la musique comme si elle émanait de notre propre corps, parce qu’il y a toute cette conduction osseuse.

    Il en est de même au cinéma, où il y a une vibration corporelle, le son est tellement fort qu’il fait vibrer le corps : on sent bien comment tout ceci peut être utilisé pour faire comme si chacun était habité par les dialogues du film, il y aurait tout un monde, tout un univers à reprendre autour de ça. Nous pourrions dire en somme que, quand je parle, ce que j’entends, ce n’est pas l’émission vocale comme l’autre pourrait la produire vis-à-vis de moi, puisque je ne l’entends pas par cette voie-là, mais par la vibration produite à partir de la caisse de résonance qu’est mon corps. Qu’est cet icelui qui parle par le corps ?

    Faisons une hypothèse : c’est comme si c’était l’Autre qui me parlait. Quand je parle c’est l’autre, le corps, le leib mis en émoi par les paroles vibrantes, c’est le leib qui parle, l’Autre. On peut dire qu’il y a quelque chose de l’Autre en moi qui parle. L’Autre, celui qui est vraiment le résonateur de base, qui est capable d’inscrire mes propres paroles, ce lieu-là, c’est ce leib, qui est l’autre résonant. L’Autre, c’est moi en tant que je résonne. Comme l’indiquait Lacan, le grand Autre, l’Autre, c’est le corps, le leib ajouterait sans doute Jean Oury.

    La deuxième grande fonction est la fonction de musement. Le musement, de même que le Scribe, est une idée de Peirce, …mais aussi de Chrétien de Troyes, dans l’histoire de Perceval, le conte du Graal, le Graal qui est devenu religieux par la suite, mais qui n’a pas dans cet ouvrage cette dimension christique qu’on lui donne habituellement. Dans le conte du Graal il y a quelque chose de magnifique, vous croyez que le Graal est l’objet inatteignable, l’inaccessible étoile de Jacques Brel. Eh bien ce n’est pas vrai ! Perceval a déjà été en contact avec le Graal. L’histoire se passe dans le château du roi Pêcheur. Perceval arrive et voit passer devant lui des gens qui font des choses bizarres, l’un avec une lance au bout de laquelle gouttent des gouttes de sang, un autre qui transporte un objet, le Graal. Il était certes intrigué par la scène, sans doute des questions arrivaient, mais il n’en a posé aucune, un vrai petit obsessionnel. C’est à partir de là que commence la quête du Graal, c’est-à-dire, de cet objet qui est un objet perdu, un vrai objet. Puis, Perceval dort avec Blanchefleur, vous savez comment, avec l’épée dans le mitan du lit, tout ça c’était très initiatique, et part à la recherche du roi Arthur. Et c’est là qu’arrive le musement, en chemin. Il y a une oie blessée qui laisse tomber trois gouttes de sang sur la neige. Perceval devant ces trois gouttes de sang est, ne dites pas médusé, stupéfait, ne dites rien de tout ça, il est en arrêt sur son cheval, appuyé sur sa lance, devant ces gouttes de sang, et là, il muse. Le verbe est de Chrétien de Troyes, en vieux français. Évidemment ce n’est pas traduit par muser, puisque c’est un mot qui n’existe pas en français ans ce sens-là, maintenant il faut qu’il existe, c’est indispensable. Il muse sur ces gouttes de sang. Au loin un chevalier du roi Arthur passe, qui le voit, et retourne chez le roi pour annoncer la nouvelle. C’est un nommé Keu qui va chercher Perceval, mais le maladroit se précipite sur Perceval et lui dit de venir. Mais Perceval musait sur les gouttes de sang, c’est une activité à temps plein, on ne peut pas faire autre chose, et Perceval tout en musant se bat avec Keu et le blesse. Ce dernier va voir le roi Arthur pour se plaindre, et c’est Gauvain qui propose d’aller chercher Perceval. Gauvain saisit qu’il se passe quelque chose de très important pour Perceval qui muse. Et ce n’est que lorsque les gouttes de sang ont fini par disparaître de la neige, que Perceval peut être approché. Gauvain vient « en oblique », pour respecter ce musement, et l’amène chez le roi Arthur. Astucieux. Sur le plan clinique, c’est très important : la manière dont on approche quelqu’un, ce ne peut être de plein fouet, parce qu’il est en train de muser.

    Le musement n’a pas d’étymologie, c’est bien, on peut en inventer une. Je ne suis pas le seul à avoir cherché à inventer une étymologie au musement, mais il y en a une qui me paraît sérieuse, c’est le même mot que muet pas le verbe muer de la mue, quoique, mais être muet, qui vient de museau, la moue. En latin être muet se disait faire mu, le musement est lié à la mutité, c’est une fonction du silence.

    Qu’est-ce que cette fonction-là ? nous voyons que dans son extrême c’est une fonction dans laquelle le cours de pensées n’est pas dévié, il est lié à la perception, créé ou au moins soutenu par elle, et c’est un état continu, de base, quelque chose qui est en développement continu. Le musement, si on essaie de le saisir sur le plan phénoménologique, c’est ce qui vous arrive quand vous êtes comme ça, arrêté, un peu hors du monde. Il y a une perception sur laquelle le musement se soutient, — toujours la question de la matérialité, — mais la perception c’est l’occasion du musement. Ça vous arrive tout le temps, tout à coup vous restez en arrêt devant quelque chose, vous ne savez pas quoi, vous ne savez même pas que vous regardez, mais vous êtes pris dans vos pensées, la perception agit comme une relance, comme une occasion de processus, et sans doute un processus continu. Ça ne cesse pas par le sommeil, même quand on dort nous continuons à muser. Nous sommes en plein débats, depuis des années, avec mes amis du trauma crânien, parce que je soutiens que les gens qui sont dans le coma musent, eux soutiennent que non. Ce n’est pas une question très importante, même si on peut leur demander ce que voudrait dire « reprendre » le musement. Vous en avez l’expérience, mais vous en avez surtout l’expérience quand vous le découvrez, parce que lorsque vous musez, vous ne savez pas que vous musez, vous êtes « en musement », mais vous ne savez pas que vous y êtes, vous ne pensez pas au musement que vous faites. Par quoi vous y accédez, que ce soit en pensée ou autrement ? Par un drôle de processus, à un moment donné, quelque chose vient faire obstacle à ce flot du musement. Le musement, pour reprendre les catégories de Peirce, de l’être-là de la priméité, devient objet secondal de l’inscription.

    Le musement ce n’est pas quelque chose à quoi vous pensez : quand vous êtes dans le musement, et que vous n’êtes que dans le musement, vous ne pouvez avoir une idée de ce qu’est ce musement. Quand vous y pensez, d’une certaine façon vous n’êtes plus dans le musement puisque c’est une pensée consciente cette fois ci, mais quand vous en avez une pensée consciente, vous savez que vous avez musé. Musé, ça devrait toujours se mettre au passé où nous pouvons le reconstituer : « ah ! j’étais en train de penser à quelque chose, ah ! oui je pensais à ça, et puis avant cela je pensais à ça, » et vous vous retrouvez à faire un chemin de remontée dans le musement, ça c’est l’approche propre du musement par la pensée. On a certes une possibilité d’y accéder, mais le musement excède tout ce à quoi l’on peut accéder, parce que nous sentons bien que nous sommes devant un flot, quelque chose de continu. Ce musement-là, je ne peux le connaître que lorsqu’il est au passé, que dans un temps du passé, mais je ne peux pas le saisir évidemment ni dans le présent, puisque j’y suis, ni dans le futur puisque je ne sais pas ce que le musement va être.

    Ainsi, le scribe est premier et le museur second. Les descriptions spontanées — c.-à-d. je muse puis j’inscris le musement — ne nous préparaient pas à cette idée, mais enfin, depuis Copernic, nous avons pris l’habitude de ne pas nous fier entièrement à l’évidence des descriptions pour saisir l’articulation des phénomènes : à une époque, le soleil tournait autour de la terre. Eh bien, nous sommes en cette matière-là, placés devant cette nécessaire révolution copernicienne.

    Sans doute y a-t-il quelque chose qui présente une sorte de contrainte, corporelle, qui fait qu’il y a le langage de l’Autre, du corps, qui est ce musement continu, mais ce qui est premier c’est la discontinuité. Tout commence par une discontinuité. « In principio erat verbum », ou, comme le dit Chouraki « Entête, lui, le logos » : Jean était copernicien ! Freud précise avec Goethe, « au commencement était l’acte ». C’est sans doute plus clair comme ça, au commencement était l’acte. C’est la sortie théâtrale de Totem et tabou. Bien entendu, Lacan rajoute : l’acte signifiant. Au commencement était l’acte est l’introduction d’une discontinuité, une origine, un début. C’est ainsi que nous pouvons entendre que le scribe est premier, c’est lui qui fonde. On peut remarquer qu’il serait tout à fait déplaisant de mettre le museur en premier puisque, le musement, nous ne pouvons le connaître que par autre chose, et le mettre en premier serait rendre compte du connu par l’inconnu. De plus, le musement nous ne pouvons le connaître qu’au passé, c’est-à-dire quand il est objectifié : on voit bien que pour qu’il soit objet, il faut bien qu’il y ait un signe.

    Au commencement était l’acte, parce que l’acte est un acte de langage, — le verbe c’est la parole.

    Qu’en est-il maintenant de notre troisième fonction, celle d’interprète ? La fonction de base de l’interprète, sa fonction essentielle, est d’expliciter, de dire, de présenter, de représenter, choisissez le mot que vous voulez, le musement à partir du travail du scribe. Le scribe laisse quelque inscription, et nous savons que, par ailleurs, il y a un museur. Je suis amené à parler de museur, de scribe, comme si c’étaient des personnes. Pourquoi ? parce que c’est pratique et je me prévaux en cela de Freud qui, chaque fois qu’il est amené à parler des instances psychiques, les traite comme des personnes. Il montre le moi se bagarrant avec le surmoi, le ça, etc., finalement c’est assez clair comme ça à condition de préciser toujours qu’il ne s’agit pas de personnes mais de fonctions. Je mets des personnes parce que ça donne plus de chair à la chose, mais ce sont des fonctions. En mathématiques, la fonction sinus s’écrit : sinus x. C’est une fonction, c’est insaisissable, et pourtant vous écrivez la fonction sinus x et vous tracez quelque chose, qui n’est pas du tout une fonction, c’est l’image de l’ensemble de départ par la fonction, le graphe. Si nous voulons pouvoir saisir une fonction, il faut l’hypostasier, c’est-à-dire lui donner chair, faire comme si c’était quelque chose. Comme ces fonctions sont par excellence humaines, il n’y a aucun mal à les représenter comme des personnes, — le savant Cosinus, par exemple.

    Vous auriez alors, la fonction scribe représentée par une personne dont le seul travail serait celui de scripter c’est-à-dire d’inscrire. Si vous prenez la fonction museur, je vous l’ai illustrée avec Perceval qui est celui qui muse. Mais nous, nous savons bien que ce n’est pas vrai, nul n’est entièrement consacré à une des fonctions. Il en est de même avec la fonction interprète : comment penser quelqu’un qui ne serait qu’un interprète, qui passerait son temps à dire quel est le musement à partir de l’inscription du scribe ? Donc, la fonction de l’interprète, c’est de « duire » (déduire, induire ou abduire) les inscriptions, nous allons dire interpréter, ce n’est pas plus mal. C’est une fonction qui est, bien entendu, essentielle, parce qu’au bout de compte, sans elle, la fonction scribe et la fonction museur seraient vides.

    La question de l’interprète est essentielle, lors de notre travail avec des personnes en éveil de coma, dans ce que nous faisons avec elles. Selon une décision clinique, épistémologique, éthique, etc., chacun des termes peut être justifié, nous avons décidé que la personne est interprète, c’est-à-dire que nous observons l’interprétation qu’elle fait de nos propres productions. Tous, nous musons, il doit y avoir des connexions sur les musement, nous musons tous sur les mêmes choses. Par ailleurs les scribes, manifestement, c’est nous puisque c’est nous qui blablatons. Ainsi la place réservée au blessé est celle d’interprète. C’est une position qui s’est avérée d’un grand usage dans le travail psychanalytique : que sais-je de l’autre ? rien, ou bien peu de choses ! Mais ce que je peux faire c’est dire les choses qui me viennent comme ça, mais en sachant que c’est toujours l’autre qui interprète, celui dont je ne sais pas ce qu’il a dans la tête, car nous ne savons jamais ce que nous avons dans la tête les uns des autres (même pas dans la nôtre !). La fonction interprète est une fonction clé, mais relativement facile à saisir, parce que c’est ce que nous sommes tout le temps, nous nous présentons toujours comme l’interprète des signes.

    Quand vous pensez au signe, vous pensez à l’interprétation du signe, toujours, et c’est quelque chose qui rend la sémiotique si délicate, c’est qu’elle attire toujours l’attention sur le signe inscrit : quand on montre la lune à un imbécile, il regarde le doigt, eh bien, le sémioticien est résolument imbécile, il regarde le doigt ! Notez que si vous ne regardiez pas le doigt, vous ne verriez pas qu’il indique la lune… C’est tout le travail de la sémiotique en amont de l’interprétation.

    Il nous faut maintenant regarder d’un peu près ce qu’est la question de l’inscription. Pour cela nous allons examiner un phénomène mis en évidence à Château Rauzé, où nous travaillons avec des personnes en éveil de coma.

    Il y a quelque temps de ça, un orthophoniste, Van Eeckoute, était venu faire un stage à Château Rauzé pour expliquer aux kinésithérapeutes et aux orthophonistes quelle était sa technique pour faire parler les gens qui ne parlent pas. Il les prend à bras le corps, et, par des poussées sur le diaphragme, fait sortir de l’air, il contrôle la colonne d’air avec la mâchoire, et réussit à faire formuler des mots. C’est assez impressionnant. Au sortir de ce stage, une des orthophonistes, qui a été très choquée par ça, a décidé de faire quelque chose tout à fait étonnant. Elle a tenté de prendre la main de quelqu’un qui est en phase végétative, lui mettant un crayon dans la main, se laissant guider par les impulsions du blessé. Elle a obtenu une phrase. Elle s’est heurtée tout d’abord au scepticisme général. Mais enfin quand même, par précaution, des tentatives sont faites sur les personnes en phase végétative et là, on s’est rendu compte de cette chose extraordinaire, c’est qu’elles écrivent toutes. Bien entendu, le contenu est très important : l’une a demandé qu’on lui ramène les boucles d’oreilles qui étaient dans le tiroir de l’armoire de sa chambre, chez elle, ce que personne ne savait, une autre a expliqué ce qui s’était passé la veille et qui n’avait eu comme témoin qu’Edwige Richer, le médecin, qui n’en avait parlé à personne, elle racontait ce qui s’était passé, les rapports avec sa mère. Donc vous voyez c’est énorme comme situation. En quoi ça nous concerne ? Ça concerne beaucoup les états végétatifs, parce que nous disposons d’un autre moyen de communication, non conscient : si la conscience a un sens, ces personnes-là ne sont pas conscientes, ou, en tous les cas, on ne leur prête pas la conscience ou bien alors il faudrait élargir considérablement la notion de conscience au point de la vider de sens.

    L’écriture consciente assumée, celle-là a disparu, par contre, reste une forme d’écriture basale, corporelle, enfin si nous reprenons ce que nous avons déjà dit, on voit bien que cela correspond tout à fait à nos hypothèses.

    Il faut dire que ce sont des personnes qui ont eu leur accident, à une époque où elles savaient notoirement écrire. Il y a bien quelque chose qui passe dans l’écriture parce que c’est quelque chose qui vient du corps, non pas par la conscience de ce qu’on est en train de faire, mais justement parce que ça se fabrique, ça se forge à un tout autre niveau que le pur niveau conscient, nous arrivons à écrire quand nous arrivons à oublier que nous écrivons, et quand nous oublions que nous écrivons cela veut dire que l’écriture est devenue intégralement corporelle. Là on le voit, ç’en est une démonstration tout à fait extraordinaire, puisque ces blessés arrivent à écrire. Cela dit, il a fallu une certaine fraîcheur d’âme pour aborder tous ces problèmes-là, la « science » n’y suffit pas. Parfois un peu de poésie est bien plus essentiel.

    Pour saisir le caractère corporel (au sens du leib, toujours) de l’écriture, que l’on songe au pianiste qui travaille un morceau un peu difficile, se trompe tout le temps sur un certain passage, se repose une nuit et le lendemain joue le morceau sans faute. C’est quelque chose que nous connaissons bien, mais c’est tout sauf automatique, il ne faut pas exagérer, nous avons un terme pour ça, c’est un acte tessérisé, ces tessères corporelles dont nous avons déjà beaucoup parlé.

    Les tessères ? Bon maintenant il n’y a plus de linotypistes, le linotypiste était face à un clavier, il tapait à la machine, dans les imprimeries, les journaux, il avait un énorme appareil, chaque fois qu’il tapait sur une lettre, ça faisait couler du plomb qui venait fabriquer une lettre, il composait la page avec du plomb, grâce à sa linotype, c’est extraordinaire comme machine. La tessère c’est l’analogue de ces morceaux de plomb, c’est quelque chose de matériel, mais qui porte une inscription, c’est le porte-type, comme le dit Edwige Richer. Nous avons supposé depuis longtemps que pour qu’il puisse avoir langage de quelque manière que ce soit, il était important de supposer que le corps, — il ne faut pas voir ça comme les morceaux de plomb, c’est peut-être dans des grandes voies, ce n’est pas quelque chose qui est rassemblé comme le sont les morceaux de plomb, c’est beaucoup plus diffus —, comportait toutes les tessères possibles, nous avons les tessères de tout ce que nous pouvons penser et dire, la tessère fondamentale de tout ça, c’est le corps : on pourrait dire que le corps « comme tel » n’est autre que la feuille d’assertion « blanche », qui représente l’univers du discours.

    Le musement est corporel, le musement s’appuie sur des tessères corporelles. C’est le musement du corps, le corps qui pense à notre place. Notez bien que sans cette hypothèse, on ne voit pas comment les personnes en phase végétative pourraient écrire. Il y a bien quelque chose qui est corporel, qui a la matérialité du corps, mais qui est porteur d’inscription.

    Nous avons l’habitude de dissocier ce qui est du registre de la pensée et de ce qui est celui du corps, en fait, cette dissociation, nous l’avons héritée de temps immémoriaux, mais elle n’est absolument pas pertinente. Elle nous conduit à des contradictions tout à fait extraordinaires, c’est-à-dire que si nous avons quelque chose comme la pensée qui est séparée du corps on ne voit pas du tout comment à un moment donné quoi que ce soit de la pensée peut interagir avec le corps. Ce qui rend ces choses-là difficiles à penser, ce sont nos habitudes. Si nous décidons de considérer un « corpensée », alors l’idée de tessère, comporte à la fois quelque chose qui est du registre du corps, mais en même temps quelque chose du registre de la pensée, une émergence de pensée possible.

    Depuis près d’un siècle, les logiciens ont pris l’habitude de faire une distinction sans doute très importante dans notre champ, c’est-à-dire celle entre « type » et « token », que nous traduisons habituellement par « type » et « tessère ». Il est aisé de saisir la signification de cette différence dans un métier, la typographie, qui a, sous sa forme classique, quasiment disparu maintenant. Quand les linotypistes fabriquaient les plombs dans lesquels ils fondaient les lettres, les mots, les espaces, les signes de ponctuation, quand ils faisaient ce travail de typographes, ils fabriquaient en somme des matières, les tessères, à travers lesquelles nous pouvions lire toutes les belles histoires… c’est-à-dire les lettres, les mots, etc. D’ailleurs les typographes avaient très, très bien compris qu’ils faisaient quelque chose de tout à fait essentiel pour l’humain, puisque ce qu’ils faisaient s’appelait des caractères d’écriture. Il faut savoir aussi que dans l’argot des typographes, il y avait deux types d’ouvriers : ceux qui travaillaient à la tâche et ceux qui travaillaient à la journée. Un ouvrier qui travaillait à la journée s’appelait une conscience. Ça vaut le coup quand même, hein ? La conscience. Bon hein, donc on sent qu’il y a quand même là des affinités tout à fait extraordinaires entre la typographie et la dimension de l’humain, de l’être parlant sans doute.

    Tessère vient du latin tessera qui lui-même vient du grec et signifie le cube ou le carré. En fait, les tessères étaient les jetons de présence, exemple, quand vous allez en boîte de nuit, on vous tessérise le corps, on vous tamponne la main, on l’on vous donne une contremarque. Dans les jeux de cirque, on donnait des morceaux d’argile aux personnes qui avaient payé leur billet. Donc quand vous prenez un billet, une tessère, ça signifie que vous êtes inscrit. Ce n’est pas l’inscription elle-même, qui elle est beaucoup plus complexe, mais c’est le témoignage matériel d’un contrat, voilà l’idée de tessère, et nous pouvons penser le corps comme ça.

    Alors, les tessères font que l’organisation interne du corps, du leib, est quelque chose qui a à voir avec l’organisation des signes, puisque, d’une certaine façon les tessères corporelles ont leur propre logique, corporelle, matérielle. Regardez le grand pas dans l’histoire de l’écriture, qu’a représenté l’invention du blanc, ce qu’on appelle une espace. Une espace est quelque chose qui est inséré entre des lettres typographiées de manière à séparer les mots : les Grecs ne faisaient pas ça, c’est relativement tardif, mais c’est une invention tout à fait extraordinaire parce qu’elle a permis cette organisation des mots, qui était implicite dans le discours et qui devenait explicite dans l’écriture — logique interne de la typographie. Prenez cette logique de la typographie, de l’écriture, de l’écrit et essayez de penser ce que peut être cette même logique pour l’écrit que constitue la pensée corporelle.

    Bien entendu se pose la question de la conscience qui pour nous est toujours prééminente — c’est ce qui nous permet de savoir qu’on sait. Savoir et savoir qu’on sait, ce n’est pas du tout la même chose. Je vous rappelle comment se définit le possible, au moins le possible dit subjectif, le possible est ce que je ne sais pas ne pas être. Par exemple dire il est possible que demain il pleuve, signifie, je ne sais pas que demain il ne pleuvra pas : la possibilité d’un événement, par exemple, n’est autre que le fait de ne pas savoir que cet événement ne se produira pas. La possibilité suit une logique négative. Cette définition du possible date du moyen âge mais ne couvre sans doute pas tout le champ du possible, par exemple, si je dis, il est possible que je lève le bras, ce n’est pas du tout le même registre, ça ne veut pas dire, je ne sais pas que je ne le lèverai pas, c’est une possibilité dite objective. Possibilité subjective et objective sont assez bien exprimées par les verbes anglais may et can. May I tell you something ? Je ne sais si quelque chose s’oppose à ce que je le dise. I can tell you something. Rien ne s’oppose à ce que je dise. On voit là la négation opérer dans les deux genres de possibilités.

    Reprenons le scribe. On voit bien qu’il est important de pouvoir considérer dans cette fonction scribe, quelque chose de particulier qui sera la fonction d’écriture, au sens d’une production matérielle. Le scribe inscrit, mais pour cela il faut bien quelque matérialité, il faut quelques tessères, c’est sa fonction scriptive c’est-à-dire, fonction de production matérielle. La fonction scriptive peut être parfaitement distinguée — mais pas séparée — des autres, en somme cette fonction peut être mise en acte par quelqu’un d’autre. Elle peut exister toute seule parce qu’elle est sans doute première.

    La fonction scriptive est première. Si nous reprenons la personne à l’état végétatif en train d’écrire, matériellement l’essentiel est fait, la scription est faite à deux, avec la personne qui accompagne la main, qui permet d’ajuster la pression sur la feuille de papier, mais en obéissant à des ébauches de gestes. Comment pouvons-nous interpréter, les ébauches de gestes ? Comme des ébauches d’inscription. La personne nous donne une sorte de direction qui, elle, a quelque chose à voir avec l’inscription. On voit bien comment tout ça est lié, il ne s’agit pas de tout séparer, là-dedans, mais c’est quand même important de le voir analytiquement.

    Depuis longtemps, nous avions fait une distinction à l’intérieur de la fonction scribe, et je vous donne les trois fonctions liées à cette fonction, directement comme fonction elle-même, nous avions le scribe proprement dit qui est la fonction d’écriture, ou de scription, ou fonction scriptive, une deuxième fonction que nous avons appelée, la fonction pythique, et la troisième fonction, la fonction mantique.

    Pour vous préciser ces trois fonctions, voilà l’histoire de la pythie de Delphes. La pythie de Delphes était une prêtresse d’Apollon, qui avait comme mission, en dehors de celle de fêter Apollon, de rendre des oracles, l’oracle de Delphes et la pythie de Delphes étaient très célèbres dans l’Antiquité parce qu’elle avait rendu des oracles fameux, citons en particulier celui sur Crésus. On venait la consulter, elle avait son jour de consultation et ce jour-là, tout le monde défilait.

    Pour avoir un oracle, que fallait-il faire ? Vous arriviez, vous êtes l’oraculant c’est-à-dire celui qui postule à recevoir l’oracle, vous arrivez d’un long voyage, plein de poussière, une idée derrière la tête, vous voulez savoir quelque chose, en général ce n’était pas la personne elle-même qui venait, quand c’étaient des personnes célèbres, elles envoyaient des représentants. L’oraculant était reçu dans une pièce spéciale qui s’appelait l’adyton, par ceux qu’on appelait les herméneutes. Ces herméneutes je les ai baptisés, à la suite d’une discussion avec Jean Oury, les manticiens. La mantique est l’art du devinement, donc le manticien est celui qui devine. Alors vous arriviez chez le manticien et vous lui disiez ce que vous vouliez savoir : la fonction du manticien à cet instant précis était de vous dire comment vous alliez poser la question à la pythie. Le lendemain arrivait le grand moment de la rencontre avec la pythie, assise sur un trépied au-dessus de la faille, vous lui posiez la question et, après un moment de recueillement, elle poussait des cris. Vous étiez Gros-Jean comme devant, parce que, bien entendu, vous n’aviez rien compris aux cris, il vous fallait un traducteur. Vous retourniez à l’adyton et l’herméneute, le manticien, vous disait ce qu’avait dit la pythie — il vous le disait très bien, généralement sous la forme d’une énigme, un petit poème, 2, 3 ou 4 lignes, parfois une ligne, ça dépendait de la durée des cris de la pythie —, et puis vous repartiez.

    Vous dites, le manticien ou l’herméneute c’est l’interprète ! eh bien non ! vous repartiez avec un oracle et celui qui l’interprétait, c’était vous, par la conduite à laquelle donnait lieu votre « traduction » de l’énigme. Lorsque la pythie de Delphes lance à Crésus « Quand un mulet sera roi des Mèdes, ne rougis pas de fuir, ô Lydien, le long du fleuve Hermus » celui-ci crut son royaume indestructible ! Or Cyrus, son vainqueur, était fils d’une jument, une princesse mède, et d’un âne, un Perse de condition modeste.

    Nous voyons ainsi que le manticien intervient dans l’inscription, il n’intervient pas dans l’interprétation fondamentalement, par rapport à l’objet, c’est-à-dire l’oracle. La production de l’oracle est le fait d’une triple coopération, celle de l’inspiration divine de la pythie, celle des cris et de l’écrit du manticien-scripteur, et enfin la force de devinement du manticien.

    La fonction scribe est donc la composée de trois fonctions, un : fonctions scriptive, ou tessérique ou scribe proprement dit, deux : fonction pythique qui est proche du musement, trois : une fonction mantique, qui est celle du devinement, les trois collaborant à la production de l’inscription, c.-à-d. de l’interprétation possible. La fonction mantique est dans le geste de l’orthophoniste, qui devine vers où la pythie l’amène, elle soutient le poignet, elle assure la pression sur la feuille, certes cela implique la fonction scriptive, mais ce n’est pas tout, elle va obéir aux impulsions pythiques de musement du végétatif. Elle devine, ce qui est le point important, et cette fonction mantique est celle que nous pensons avoir auprès des personnes en éveil de coma quand nous travaillons avec elle, nous devinons les choses, et les ayant devinées nous les laissons interpréter.

    On devine, on assure la fonction scribe, par la fonction scriptive et mantique, laissant la fonction pythique au blessé, et puis nous le mettons en position d’interpréter ses propres paroles. On voit que dans les éveils de coma, il y a comme une dissociation, la personne qui produit quelque chose ne sait pas ce qu’elle a produit : la reprise de conscience est justement le moment où ces choses vont pouvoir aller, la fin de l’extrême dissociation.

    La « théorie » que je vous présente a comme seul mérite avoué celui de nous permettre d’observer ça, d’en rendre compte, de ne pas être en contradiction avec ce qu’on observe, et comme seule attente de nous permette d’observer des choses nouvelles.

    La mère pythique va occuper les trois fonctions, c’est elle qui va dire, par exemple, au troisième mois, il a souri, là, elle fixe le sourire de l’enfant et elle est dans la fonction scriptive, et comme cette fonction ne peut pas être détachée des autres, c’est quand même la signification du sourire qui est là-dedans, ce n’est pas le sourire tout seul, pas le rictus. Fonction pythique, c’est l’être de la mère avec l’enfant, il y a là quelque chose de pythique, un mélange, une confusion presque corporelle. L’enfant au sein par exemple, bien porté, c’est d’une confusion totale, on ne sait plus qui est qui, on sait tout ce qui se passe dans le gamin, parce que le corps n’est pas totalement différencié. Troisième temps, la fonction mantique, c’est celle que j’appelle la mamanticienne, qui est, bien entendu, celle qui devine et qui, devinant, inscrit. Parce qu’elle devine, elle inscrit, on peut reprendre le sourire, elle devine quelque chose.

    On peut alors considérer que l’absence de l’une de ces trois fonctions qui concourent à la fonction scribe empêche l’inscription. Mais étant des fonctions, elles peuvent donner lieu à des substitutions, si nous songeons aux personnes. Dans ce qu’on peut appeler l’invention de l’enfant, cette « invention » consiste d’abord dans ce phénomène de l’inscription.

    Précisons encore ces fonctions, la pythie, elle-même, ce qu’elle produisait était sous l’inspiration d’Apollon, puisqu’elle était en contact direct avec lui. Certes la demande de l’oraculant fournissait l’occasion, mais le point de base était qu’elle recevait l’inspiration d’Apollon : elle était donc la manticienne et la scriptrice de celui qui était en position pythique à ce moment-là, Apollon. C’est un processus qui n’a pas de fin, ni d’un côté ni de l’autre. Une sorte d’objet fractal.

    Nous décidons d’être à un certain niveau de lecture, comme avec les traumatisés crâniens pour qui nous pouvons très bien dire, là ils sont interprètes, dans la situation qui est à saisir, mais quand nous sommes dans l’analyse de la fonction scribe nous voyons que le blessé est plutôt du côté pythique et nous du côté manticien, scripteur et devineur : nous voyons bien que les places sont différentes suivant les endroits où l’on se situe et la finesse des fonctions qui permettent d’y accéder. Parfois c’est lui qui par son interprétation peut devenir le manticien pour nous. Il est évident que lorsque par exemple un blessé qui est à l’état végétatif se met à pleurer, en nous ça touche quelque chose qui fait qu’il a deviné en nous un sentiment d’émotion qui jusque-là n’avait pu s’extraire.

    C’est un modèle que je vous propose, il est à prendre comme quelque chose qui est à articuler chaque fois dans les différentes positions, et voir ce qu’il peut nous permettre de produire. Qu’est-ce que ça nous permet de produire le fait de placer le blessé en position d’interprète, c’est de le respecter. Je ne sais pas ce qu’il pense et je persiste à ne pas savoir ce qu’il pense, donc c’est à lui de nous dire si ce que nous sommes en train de jacter tient le coup ou pas, et comme par ailleurs nous ne savons pas ce qu’il interprète de nos inscriptions, simplement, il nous dit que dans tout ce qu’on a raconté, il y a quelque chose qui a touché. On a dû toucher quelque chose, donc on a inscrit quelque chose. On a inscrit, ça lui a permis d’interpréter.

    La position inverse, celle qui consisterait à interpréter le blessé est une position qui est terrible, on considère le bonhomme et l’on dit ce qu’il pense. Ça c’est épouvantable, on peut le mener à des horreurs. Parfois nous n’échappons pas au fait de ne pas être toujours dans cette position, parce que sinon, cela fait longtemps qu’ils auraient écrit, il a fallu cette orthophoniste poète, qui a la fraîcheur nécessaire pour faire ce qu’on appelle en analyse, une interprétation. Une interprétation en psychanalyse est mantique, elle n’est pas du côté de l’interprète, mais du manticien. Le patient repart avec son oracle, et c’est lui qui interprète, comme nous le savons, puisque l’interprétation est toujours après coup. Quand nous interprétons, nous ne savons pas que nous sommes en train de le faire. Nous pouvons dire que le manticien, évidemment c’est très réglé avec la pythie, c’est un peu bureaucratique tout ça, mais le manticien ne sait pas ce qu’il a interprété.

    Les rapports entre le scribe et le museur doivent être des rapports de familiarité, on le sent, parce que sinon, nous ne voyons pas très bien comment nous pourrions inscrire le musement. La plupart du temps c’est la même personne, ces fonctions nous pouvons les distinguer, mais pas les séparer, on voit qu’il faut une certaine familiarité. Moins de familiarité est demandée à l’interprète, il n’en a pas besoin, le savoir, un certain savoir sur l’inscription et ses règles, peut suffire. Vous pouvez interpréter les hiéroglyphes, vous n’avez pas besoin pour ça d’être très familier avec la civilisation égyptienne, il vaut mieux, plus vous serez familier plus l’interprétation sera complète, il n’empêche que vous pouvez donner une interprétation tout à fait intéressante. Mais il a fallu à Champollion une réelle familiarité avec elle pour pouvoir les deviner. Le rapport scribe-museur et le rapport scribe-interprète ne nécessitent pas le même genre de familiarité, autant le museur et le scribe doivent l’être l’un avec l’autre, autant nous pouvons imaginer une distance plus importante entre le scribe et l’interprète, cela correspond à la distinction de William James entre « savoir sur » (knowledge about) et « savoir de familiarité » (knowledge by acquaintance).

    On peut se poser la question suivante : est-ce que la pensée ne vient pas aux enfants parce que la mère tessérise le corps ? Autrement dit, la mère, qui la mère type, — Lacan parle de la mère symbolique. Parce qu’à ce moment-là, tout ce dont elle est porteuse en termes de types, elle en forge les tessères dans ou avec ou par le corps de l’enfant. Elle le tient d’une certaine façon dans les postures, elle l’accompagne dans le mouvement de son corps, elle l’initie à ses tessères. Tessères que l’enfant va dans un premier temps vivre dans son corps avant de pouvoir, d’une façon ou d’une autre, les lire. Et qu’est-ce que l’enfant qui lit les tessères de son corps ? Eh bien, c’est le museur. C’est un lecteur, un lecteur infatigable des tessères du corps. Mais il lit dans toutes les langues du monde, il ne se fixe pas à une langue, comme chacun de nous, — à part Salomon Resnik, bien entendu.

    La tessérisation du corps est une opération qui se fait sous la houlette de la mère, de la mère symbolique, qui introduit l’enfant aux types. L’enfant, lui, muse sur, avec ou par son propre corps. C’est un peu ce que dit, précisément, Salomon Resnik à propos de ces personnes qui avaient les tessères dehors ; et son travail consiste à les faire rentrer petit à petit, à tessériser, à scripter ces corps vides. Eu égard à la parole, ils sont vides, puisque les tessères sont au-dehors et n’ont pas été accompagnées de manière à pouvoir avoir ce discours tessérique interne que nous lisons tout le temps, comme museurs.

    Qu’en est-il maintenant de ce que, plus haut, nous avons appelé la feuille d’assertion ? C’est ce qu’il nous faut bien supposer pour recevoir l’inscription dans toutes ses dimensions. Il faut écrire des trucs, ou bien parler. Enfin, ce n’est sans doute pas aussi simple qu’une feuille de papier. Cette feuille d’assertion, il me semble qu’on peut en trouver l’ébauche chez Winnicott, dans ce doublet que fait Winnicott : l’espace transitionnel et l’espace potentiel. La feuille d’assertion serait du côté de l’espace transitionnel. Pensons à la mounaque ! La mounaque, dont Pierre Lafforgue disait : « ce type qui revient vingt ans après, un peu comme le patient de Freud, et qui dit : quand même, vous m’avez volé la mounaque ! » Avec la pataugeoire, Pierre Lafforgue créait une feuille d’assertion, ce qui est un vol de mounaque caractérisé, puisque c’est quelque chose qui vient à la place de la mounaque. C’est, en somme, la feuille de transactions avec l’autre. L’espace potentiel, lui, serait vraiment cet espace que Peirce appelle le lecteur d’esprit… le museur. Mais il faut voir que l’esprit, c’est mind en Anglais, qui a des connotations infiniment plus concrètes que l’esprit « français ».

    Au fond, nous, il faut qu’on assure une feuille d’assertion pour qu’un scribe puisse inscrire les choses. Un musement continu qui ne s’inscrit jamais, c’est l’équivalent d’un état végétatif. Donc il faut pouvoir inscrire, mais pour pouvoir inscrire il faut une feuille d’assertion. Cette feuille d’assertion, c’est espace transitionnel, autrement dit c’est une opération de l’Autre, du corps-leib, et fondamentalement, comme opération de l’Autre, en lien avec le sujet. Mais le corps est bien plus complexe que la complexité anatomique, au point où dans l’autisme, le corps va même jusqu’au coin de la pièce, il peut être ailleurs, il est peut-être situé à quelques kilomètres de là, dans un endroit qu’on ignore.

    Si la feuille d’assertion est un corps, alors elle peut être ce que rapporte Patrick Chemla, un corps à plusieurs. Mais le corps à plusieurs, c’est un corps, c’est ça qui est important. Elle peut être le corps d’une équipe, ça peut être un corps que, parfois, il faut découvrir, car le seul fait de savoir, de connaître la feuille d’assertion, peut être un renseignement magnifique sur l’état d’une personne. Tiens, la feuille d’assertion aujourd’hui, va jusque-là, mais elle ne permet pas d’asserter grand chose. On peut dire que quand elle est trop, peut-être, dispersée, elle ne peut plus inscrire. Imaginez qu’il y ait trop de trous dans une feuille d’assertion, vous pouvez écrire tous les discours dans les trous, eh bien c’est foutu, vous n’avez rien qui peut arriver.

    Cette idée rend des services pour différentes équipes, mais aussi pour le psychanalyste : que les choses puissent s’inscrire. Qu’est-ce que c’est, le travail d’un psychanalyste ? Que les choses puissent s’inscrire.

    L’interprétation, il ne sait pas la faire, c’est au bonhomme ou à la bonne femme de se la cogner l’interprétation, il se borne à permettre, à fournir un dispositif pour que ça puisse s’inscrire, à l’autre d’interpréter, on ne va pas se mêler à ce point de la vie des gens, hein, c’est leur vie !

    La question est donc toujours : est-ce que ça s’est inscrit ? Est-ce qu’on a vraiment un dispositif qui permet de s’inscrire ? On a pu apprécier à sa pleine valeur ce que disait Eve-Marie Roth, parce que c’était ce qu’elle apportait, c’était sa préoccupation, et l’on voit bien l’effet soignant extraordinaire que ça a. Du seul fait d’avoir disposé une feuille d’assertion, immédiatement tout change, parce que précisément il se met à y avoir un libre jeu de ce corps. On pourrait reprendre l’hypothèse de Bernard Golse, qui dit : finalement, le bébé, c’est une institution.

    Quel est le statut de l’écriture des blessés en phase végétative de l’éveil de coma ? Ces sortes mouvements, ces mélodies kinésiques, renvoient aux tessères corporelles dont je parlais. C’est-à-dire que l’on aurait là presque à cru, si je puis dire, quelque chose qui s’avère être une écriture qui serait plus archaïque que la parole. Bon, dans le déroulement temporel, il y a peu de doute, l’écriture arrive après la parole. Et pourtant, il faudrait arriver à cette conclusion : l’écriture est plus archaïque, au sens de plus intime, que la parole. Au lieu de penser l’écriture comme un moyen de communication, on pourrait la considérer comme un journal intime, celui du sujet dans son dialogue avec l’Autre. L’écriture est intime, quoiqu’un peu extime tout de même. Et l’on se rend compte qu’en fait il y a quelque chose, là, d’extrêmement profond, qui touche l’essence même de l’intimité du sujet, qui est, peut-être, du registre scriptural.

    On parle beaucoup des enveloppes. Or qu’y a-t-il dans les enveloppes ? On le sait bien, des écrits. Surtout quand les enveloppes sont timbrées ! Car, quand les enveloppes ne sont pas timbrées, elles peuvent être vides. Quelle est la fonction de ces enveloppes ? C’est de receler des écrits cachés. Je n’aime pas trop le dualisme, même si parfois j’y tombe dedans comme tout le monde — j’essaye de me soigner comme je peux —, en particulier les contenants et les contenus. Je ne crois pas qu’il y ait des contenants et des contenus. Même le moi-peau. Je préfère les membranes à la peau. C’est quand même plus astucieux, les membranes, parce que ce sont des lieux d’échanges, beaucoup plus nets… Enfin si vous voulez, les enveloppes, peut-être ne faudrait-il pas les penser en termes de contenant, il faudrait peut-être les penser comme là où sont déposés les écrits secrets. C’est-à-dire les premières écritures fondamentales, c’est-à-dire au bout du compte, les tessères qu’on pourrait appeler des tessères primordiales, qui sont peut-être, ce que Jean Oury développe en parlant du narcissisme originaire.

    Pour terminer, j’ai promis à Pierre Delion de parler de deux choses. D’abord du structuralisme. J’aurais deux critiques à faire qui sont destinées non pas aux structuralistes, parce qu’il paraît qu’il n’y en a plus, mais à éclairer ce dont j’ai parlé ici. La première est que les structures peuvent être vides. Certes, les lois renvoient à des lois qui renvoient à des lois, ce n’est pas faux, mais une loi n’est loi que si elle a des occurrences. Ainsi que le dit Gérard Deledalle, sans occurrence, une loi est vide, ce n’est rien, ça n’a aucun intérêt, c’est un pur rêve. C’est bien, les rêves, mais enfin quand même il faut savoir : quand on parle du rêve, on ne parle pas de la loi, ce n’est pas tout à fait pareil. La seconde est que ce sont parfois ces occurrences qui organisent les rapports entre les lois. Ainsi une position étroitement structuraliste (mais non pas structurale, ce n’est pas pareil) risque de manquer des articulations essentielles.

    Enfin pour Jean Oury, une petite contribution aux ça va d’soi et ça va pas d’soi. Freud oppose dans « Pourquoi la guerre » puis dans « Actuelles… » les vrais pacifiés — les vrais-pacifiés c’est quoi ? Ce sont ceux qui ont réussi à faire un travail suffisant de liaison pulsionnelle pour que la pulsion de destruction ne parte pas tout à coup, comme ça, dans une erre invraisemblable —. aux faux-pacifiés, ceux qui ont tendance à repousser la pulsion de destruction pour des raisons inavouables, c’est-à-dire c’est parce qu’ils ont peur, en somme. La peur du gendarme. Quand même, dans les équipes, ça existe : il y a les vrais pacifiés, très peu —, Freud donne presque des pourcentages —, et puis il y a les faux pacifiés, nombreux, multiples, et qui sont toujours prêts à se déclarer, à tout moment. Alors, voilà un problème à poser à Jean Oury, c’est : est-ce que les ça-va-d’soi et les ça-va-pas-d’soi ont une ligne de partage qui rejoint les faux pacifiés et les vrais pacifiés ? Je vous remercie.

    Congrès d’Angers, Décembre 2000

    Documents joints

  • Le corps sémiotique de l’équipe

    Le corps sémiotique de l’équipe

    AMPI, Marseille 2001

    Le corps sémiotique de l’équipe

    Michel Balat

    A-t-on une garantie de ne pas dire des choses qui vont se révéler par la suite être de grosses conneries, comme celles que nous venons d’entendre ? Il n’y en a pas. C’est une horreur ce qu’on a entendu ! En même temps, ça a presque un effet un peu inhibiteur. Une certaine légèreté dans le champ théorique doit pourtant pouvoir exister, sinon on est foutu ! D’un autre côté, on peut être amené à entendre des trucs comme ça. Il y a donc eu des énormités, on aurait pu les éviter… D’accord. Mais ce n’est pas le plus important. Heureusement parfois on peut prévoir : je pense à des constructions telle l’ethnopsychiatrie. Je suis assez d’accord pour dire que ce n’est pas clair. Il y a derrière ça des choses vraiment très dangereuses, et des formulations qui me paraissent très risquées. Il me semble que la psychiatrie, la psychanalyse…, c’est ethno, sans quoi ça n’est pas. Puisque c’est l’autre, celui qui vient nous voir, qui doit toujours interpréter ce qui est dit. C’est avec son ethno-quelque chose qu’il pratique l’interprétation. Nous, simplement, notre travail, c’est d’être suffisamment cultivés, c’est tout.

    Je voudrais vous faire aujourd’hui une proposition sur la question du corps.

    L’année dernière, Jean Oury a présenté dans son séminaire du troisième mercredi de chaque mois à Sainte-Anne sur le travail, entre autres, un type épatant, Niels Egebach, qui élabore des trucs extrêmement intéressants. En particulier, il fait le lien entre la question du travail chez Marx et la question de la pulsion, le jeu et bien d’autres choses, et il propose l’idée du corps sémiotique. Ça me va droit au cœur parce que, le corps sémiotique, c’est ce dont j’essaye de parler depuis plusieurs années. Ça m’a relancé un peu dans cette voie-là. Il faudrait que je m’en explique un peu.

    Il se trouve qu’actuellement, je suis en train de lire un livre qui s’appelle : « Traité de neuropsychologie clinique », de Van der Linden. Je ne sais pas si vous connaissez ? Dans le premier article, celui qui présente l’ensemble du livre, et qui s’appelle « Les fondements de la clinique neurologique et la corrélation anatomo-clinique », d’un nommé Patrick Verstichel… (C’est la première phrase, ce n’est pas le titre ! Vous n’avez pas des yeux de rechange ? ) on peut lire : « Si une faculté est perdue à la suite de la lésion d’une région cérébrale, on en déduit que la zone en question gouverne cette faculté dans les conditions normales, et on peut prédire qu’à chaque fois que cette faculté sera altérée, la même zone sera détruite chez tous les patients ». Voilà ! Les fondements. C’est un livre très sérieux. Il paraît que ce n’est pas n’importe qui Van der Linden ! Est-ce qu’on peut aller quand-même au-delà de ça ? au-delà de cette idée à laquelle un philosophe que j’aime beaucoup, dont je parle souvent, Peirce, a déjà fait une objection sérieuse. Il dit, par exemple, si on renverse mon encrier, je ne peux plus écrire. Donc la faculté d’écrire est gouvernée par mon encrier (je traduis Verstichel), et chaque fois que je n’arriverai pas à écrire, c’est parce que mon encrier aura été renversé ! Voilà à peu près la traduction qu’on peut donner dans ces termes-là. C’est quand-même quelque chose ! Alors, comment s’extraire de ces ornières ? Ces ornières-là, qui sont celles dans lesquelles nous sommes actuellement avec la pseudo-science qui envahit tout le champ… On pourrait prendre chaque mot et voir à quel point il n’est vraiment pas adapté à la situation.

    Alors donc, le corps sémiotique. Après plusieurs années de travail avec les traumatisés crâniens à Château Rauzé près de Bordeaux, je me suis rendu compte que la première question qu’on posait quand on faisait une réunion spécifique parce qu’il y avait un blessé qui n’allait pas bien, l’équipe n’allait pas bien non plus – tout le monde était là, le blessé, l’équipe… mais des personnes souvent en état végétatif, donc ils ne parlent pas, rien du tout, ¬— chaque fois la question était : au fond, pourquoi avez-vous demandé cette réunion ? Question tout à fait anodine. J’avais l’impression que c’était pour engager la discussion. Et à la réflexion, je me suis dit que ce n’était peut-être pas ça. Peut-être que finalement, on est en train de s’occuper d’un corps. Mais alors d’un corps sémiotique. Le corps sémiotique étant une sorte de rassemblement non précisé, vague, de membres de l’équipe et au-delà, — quand je dis équipe, c’est au sens large, incluant le blessé. Comme si tout à coup, dans ces moments-là, on pouvait presque saisir comme un corps qui fonctionnait et qui trouvait un interlocuteur pour exprimer son mal-être de corps sémiotique. Ça à l’air d’être un fantasme, on pourrait aussi dire que ce pourrait être une métaphore. Alors, et si ce n’était pas un métaphore ?

    C’est là le début de l’idée de ce que je suis en train de vous présenter et qui peut être une chose évidente pour chacun d’entre vous. Peut-être qu’au fond cette remarque, vous vous l’êtes déjà faite et que vous travaillez avec ça, mais pour moi, c’est nouveau. Donc, c’est avec une certaine naïveté que je viens vous le présenter.

    Un jour la télévision passait un reportage sur Château Rauzé. On y voit arriver un patient qui s’appelait Nicolas. Il arrivait de l’extérieur. Il venait de l’hôpital. On saisit l’arrivée, la caméra suit le patient. On perçoit tout un tas de gens qui se précipitent, s’agglutinent autour de la civière et, n même temps, d’autres personnes qui passent au large, n’accordant même pas un regard à la scène. Or, parmi les gens autour de la civière, certains faisaient partie de l’équipe et d’autres non (par « l’équipe », j’entends l’équipe officielle). Par ailleurs, parmi ceux qui croisaient au large, certains étaient de l’équipe. J’ai pensé, voilà une sorte de corps qui apparaît. C’est la « constellation », évidemment ! Tout ça, c’est préparé depuis longtemps ! Mais quand-même, là, c’est comme si tout à coup, il y avait un point de vue presque physique de la chose. On le voyait, ce corps. C’est ainsi qu’est venue l’idée que ce corps, on le rencontre finalement dans les réunions que nous faisons avec les blessés. On le rencontre, ce corps, et il trouve des interlocuteurs. Finalement, est-ce que ce n’est pas ça à quoi nous sommes confrontés ? Si nous considérions que ce n’est pas le malade qui est spécifiquement malade mais toujours un certain corps sémiotique, c’est quand-même autre chose ! Bien entendu, en arrière-fond, on peut penser à cette question de Winnicott qui dit : il faut parler de l’environnement, c’est dans l’environnement et selon sa richesse et sa pauvreté qu’un certain nombre de choses peuvent se déclencher. Là, c’est la question du corps plus que celle de l’environnement, c’est la question du corps dans un environnement. Finalement penser que chaque membre de l’équipe participe à un ou plusieurs corps dans lesquels il y a d’autres membres de l’équipe, et des blessés. Penser peut-être un peu autrement tout le brouillard institutionnel, ces petites gouttes en suspension partout, considérer qu’il y ait comme ça des corps inaperçus, peut-être invisibles, des corps invisibles qui ont quand même une certaine manière d’être.

    Mais si on veut dépasser la métaphore, il faut passer à autre chose. Il faut qu’on prête à ce corps une certaine autonomie. Si on parle de corps, il faut parler d’autonomie, peut-être avec une problématique autonomie/hétéronomie. C’est-à-dire, dans quelle mesure la loi propre du corps est-elle interne ou externe ? Tout ça ce sont des choses à discuter, mais ce sont des problèmes extrêmement concrets. Ainsi dans les traumatismes crâniens, dans les comas graves, ça se voit. On voit bien que chez quelqu’un qui est dans un coma grave, avec assistance respiratoire… etc., il y a une hétéronomie de son corps. Il n’est pas autonome. Il devient autonome dès lors que les fonctions végétatives peuvent à nouveau être reprises. C’est toujours autonomie/hétéronomie par rapport à des fonctions. Là, c’est par rapport aux fonctions végétatives.

    Bon ! Je laisse un peu ça. Il y a un deuxième aspect qui est l’aspect de l’homéostase. Un corps doit avoir une certaine homéostase. L’homéostase étant, grossièrement, un manière de s’adapter au monde environnant en maintenant une certaine tension, un certain équilibre du corps. Avec l’homésotase, c’est surtout un rapport avec l’environnement. Donc, le corps comme ça, le corps malade, équipe plus patient, plus tout ce que vous voulez, on peut dire qu’il a une certaine homéostase. Il me semble qu’on peut dire que l’homéostase, c’est le principe du principe du plaisir chez Freud. Avec le fait que la rencontre peut se faire avec l’extérieur sous la forme de la jouissance, de la répétition, toutes ces choses-là.

    Je vais vous donner un exemple de la façon dont cette idée peut être perçue. Un jour, un patient qui arrive, un blessé. On l’amène. Il est sur un fauteuil roulant. Il est complètement fermé… il est dans la phase végétative de l’éveil. Lors de cette réunion, il y avait plein de monde. La porte s’ouvre. On fait rentrer le monsieur. On l’installe autour de la table avec les autres. On ferme la porte. On commence à parler. En principe, la question sacrée devait être posée : alors, pourquoi est-on là… etc. ? Il se trouve que ce jour-là, cette question n’est pas posée. Même au contraire, « l’animateur » de la réunion décide de ne pas parler du bonhomme. Rien. Pas un mot. Le type était là et on n’en parlait pas. Ce jeune homme avait un mouvement spastique du pied. Il tapait sur le sol. Au fur et à mesure que la discussion se menait sans parler de lui, le fauteuil reculait sous l’effet du choc du pied sur le sol. Petit à petit, il est arrivé jusqu’à la porte. À ce moment-là, un des soignants, en colère, — il râlait comme un poux qu’on ne s’occupait pas d’un type auquel il tenait, il voulait à tout prix qu’on en parle —, se lève, prend le bonhomme, ouvre la porte, le sort, le ramène dans sa chambre… Il redescend. Là, il se plante devant l’animateur et dit : « maintenant, tu vas t’expliquer ! ». L’animateur dit : « Oh ! Il fallait lui foutre la paix ».

    Il faut dire que le lendemain, ce blessé est sorti de l’état végétatif. Ça a fait un choc.

    En fait, le corps sémiotique était ankylosé ! Vous êtes assis depuis longtemps. Vous avez une jambe ankylosée. Vous vous levez. Vous n’allez pas gambader quand même ! Il faut attendre que tout ça se remette bien. Ce blessé, dans le corps, c’était la jambe ankylosée. On lui proposer de courir, de gambader, « Vas-y ! Tu vas sortir de là ! Tu vas voir, nous on saura le faire ! ». Combien de fois, on observe des trucs comme ça ? Combien de fois, on est complètement hors rythme par rapport à la personne ? On essaye de la faire gambader alors qu’elle ne peut pas. Toutes ces choses-là sont extraordinairement pesantes. Ce corps, c’était un corps avec une partie ankylosée. Il faut dire alors : « attendez ! On se calme ! Laissons toutes les choses bien se détendre ».

    J’aurais, bien entendu, des tas d’autres exemples à vous proposer et puis chacun vous avez sans doute en tête. Mais il m’a semblé que la pensée du corps, comme ça, pouvait être intéressante.

    Maintenant, vous remarquez que j’ai pris l’autonomie et l’homéostase et que je n’ai pas pris l’unité. Parce qu’il y a effectivement là un problème d’unité. Mais est-ce que l’unité est indispensable à un corps ? Il faut voir. C’est peut-être vrai. Mais quel est le type d’unité ? Est-ce que c’est une unité possible, est-ce que c’est une unité réelle ? Quel est le type d’unité dont on parle quand on parle d’unité de notre corps, en dehors de l’autonomie et de l’homéostase ? Ce sont des choses qui sont toujours à discuter dans le travail qu’on fait, tout particulièrement lorsqu’il s’agit du corps sémiotique. C’est là que la question se pose.

    Qu’est-ce qui permet d’une manière très concrète de pouvoir parler de ce corps sémiotique ? La notion de corps est, comme on le sait, susceptible de recouvrir bien des réalités. Nous entendrons ici le corps comme « sémiotique », c’est-à-dire le corps-signe. Il y a longtemps que les logiciens utilisent une distinction fondamentale entre la proposition « type » et la proposition « token ». De quoi s’agit-il ? Énoncer une proposition, c’est mettre en avant un symbole (la proposition-type) grâce à une marque perceptible (sonore, visuelle… ou autres) que nous avons l’habitude de nommer « tessère » (la proposition-token). Pour fixer les idées, représentons-nous un mot, « la » par exemple, qui est unique dans le dictionnaire, c’est alors un type, mais qui a plusieurs occurrences sur cette page, chacune étant une tessère du type. La production d’une tessère sera une opération d’écriture, celle du symbole afférent, du type, une opération d’inscription. L’inscription réclame donc logiquement une dimension matérielle de support d’écriture (orale, scripturale, gestuelle, etc.) et une dimension, en quelque sorte, légale d’inscription. Ce qui permet l’ensemble de ces fonctions sera désigné sous le nom de « feuille d’assertion » . Pour donner un petit exemple, être admis à l’hôpital nécessite non seulement une mobilisation matérielle de divers secrétaires, lieux et formulaires, mais aussi un cadre légal qui rende cette inscription telle : l’ensemble constitue la feuille d’assertion. En somme il ne suffit pas pour s’inscrire de mettre son nom sur un bout de papier et remiser celui-ci dans sa poche !

    Ce point de vue permet de préciser une distinction entre établissement et institution : l’institution sera un établissement où l’attention collective sera portée fondamentalement sur la constitution d’une feuille d’assertion pour ceux dont ce dernier a la charge (personnel et ayant-droits). Dans la mesure où il s’agit d’inscrire des propositions, nous concevons facilement qu’il s’agit là de processus continuels d’institutionnalisation.

    Ce que nous avons appelé le corps-signe sera à considérer à la fois comme tessère et (donc) comme type.

    Depuis longtemps et peut-être ici pour ceux qui viennent depuis plusieurs fois et qui ont pu entendre des trucs que je raconte, il y a ce concept que je trouve très utile pour penser ces choses-là, c’est le concept de tessère dont je viens de parler. Pour préciser encore. Quand vous écrivez un mot, il faut bien que vous traciez une certaine forme sur un papier matériel. Si vous le parlez, c’est avec un son. Cette dimension « matérialo-psychique » du mot, c’est ce qu’on appellera une tessère. Ainsi, est-ce que vous pouvez considérer qu’il existe une pure pensée du mot sans avoir une occurrence sous la forme d’une tessère ? On peut avoir plusieurs réponses. On peut prendre la réponse platonicienne : oui. Les idées existent sans support. Ou bien, on peut dire non : nous ne connaissons ces choses-là que parce qu’elles ont une certaine matérialité. Nous ne connaissons les mots en général que parce qu’ils ont une matérialité. Mais, au départ, quand même, l’enfant, quand il commence, cette matérialité, où est-elle sinon dans le corps. L’enfant est aidé par la mère, guidée par elle…, dans le contact, dans ce corps à deux qui ne fait qu’un corps sémiotique pendant longtemps, jusqu’au divorce, si jamais il a lieu, ce qui n’est jamais sûr. On appelle ça d’un mot très laid, la tessérisation du corps de l’enfant. Petit à petit, l’ensemble de son corps, je ne parle pas de paquets de chair, l’ensemble du corps est investi de ces matières signifiantes. Et son corps devient matière signifiante avec ses articulations… C’est d’une complexité inouïe !

    Dans une équipe, c’est très facile de fabriquer un corps. Enfin, très facile ! Je veux dire que ça se fait tout seul. Personne ne va réfléchir et dire : « et si j’allais fabriquer un corps ! ». Non ! Ce n’est pas comme ça que ça se passe. Ça se fait tout seul. À un moment donné, il y a une prise ensemble qui se fait et qui dépasse bien entendu les limites-mêmes qui sont définies officiellement. Par exemple : « vous, vous allez être le référent ! ». Le référent, parfois, n’est même pas dans le corps. Il n’y est même pas ! Parfois, il est en plein dedans. Allez donc savoir ! Ça ne dépend pas des limites administratives instaurées. Ça dépend de quelque chose d’autre. C’est-à-dire que l’observation de ce corps est une des tâches qu’on peut se donner. Et effectivement, on voit dans ces réunions-là de quoi il s’agit. De quoi s’agit-il par exemple dans ce genre de réunions, quand le corps trouve un interlocuteur ? Dans ce moment-là, on observe quelque chose tout fait intéressant. Ce corps qui porte un symptôme, qui est en grande difficulté – comme corps, il pose symptôme, je ne dis pas que le blessé est un symptôme du corps, c’est bien plus vaste que ça -, du fait de trouver un interlocuteur, tout à coup, on peut dire que – excusez l’expression – chacun peut reprendre ses billes. Parce que chacun parle, donc se redéfinit soi-même comme corps, pouvant d’une certaine façon faire apparaître des systèmes relationnels qui restent tus dans le corps, bien entendu. Chacun reprend ses billes. On quitte le corps un petit peu… pour le retrouver le lendemain matin quand on retourne le travail ! Ces réunions-là sont extrêmement importantes parce qu’elles permettent à un moment donné de pouvoir mettre à jour un certain nombre de systèmes relationnels qui étaient cachés derrière le symptôme évident qui est le mal-être du corps. Ce n’est pas toujours un mal-être.

    Un jour, j’ai trouvé un vieux bouquin d’un nommé Landré Bauvais. Je ne sais pas s’il a laissé des traces en médecine. Je l’ai acheté parce qu’il s’appelait la séméiotique : Séméiotique ou traité des signes des maladies. Je n’ai pas hésité longtemps. J’ai bien fait parce que dedans, il fait une triple distinction intéressante entre le phénomène, le symptôme et le signe. Ce que j’aime bien, c’est le phénomène. Le phénomène, c’est : « il se passe quelque chose », comme le dit Jean Oury. Qu’est-ce qui est ce qui se passe ? Le ce qui se passe, c’est au niveau du phénomène. Est-ce que c’est pathologique ? On n’en sait rien. Il se passe quelque chose. C’est tout. Ce niveau-là, c’est finalement celui qu’on peut atteindre dans le premier rapport avec ce corps. Qu’est-ce qui se passe ? Là, on voit tout à coup le corps apparaître parce qu’on voit les personnes qui se mobilisent en parlant chacune en son nom propre, mais aussi en parlant au nom du corps. — parce que quand même est-ce qu’on toujours sûr de parler en son nom propre ? Ce n’est pas une chose toujours simple à faire ! — donc en parlant en même temps au nom du corps et en son nom propre, mais dans tous les cas permettant d’une certaine façon de pouvoir reprendre un temps, s’extraire en quelque sorte de ce corps, tout en témoignant de la participation qu’on a à ce corps-là.

    J’ai parfaitement conscience que je vous ai sans doute dit des choses que vous savez sans doute depuis longtemps. Par ailleurs, je suis un peu hors-champ par rapport au thème. Mais peut-être pas tout à fait non plus. À partir du moment où l’on peut poser la clinique comme celle de corps mêlant des gens de l’équipe presque pris au hasard, comment pourrait-on alors maltraiter ce corps quand on prétend le soigner ? Il me semble que ça peut fournir quelques (trop pauvres) barrières contre les interventions bureaucratiques, administratives… On pourrait dire : « Attendez ! Vous êtres en train de massacrer un corps, d’éradiquer drôlement un symptôme… ». Ça peut être un moyen aussi de penser ce lien multiple qui existe, et qui fait que finalement on est bien obligé d’avoir une éthique qui va avec, si je puis me permettre cette expression cavalière. On ne peut pas en rester à des pratiques dites médicales, mais qui ne le sont pas.

    Je vous remercie.

    AMPI Marseille le 17/11/2001

    Documents joints

  • XXII ème Journée Nationale de Psychothérapie Institutionnelle

    XXII ème Journée Nationale de Psychothérapie Institutionnelle

    Caen le 15 mars 2008

    Les journées annuelles de Psychothérapie Institutionnelle auront lieu cette année à Caen, organisées par le CRIC, sous le titre :

    Actualité du travail en institution : entre résistance et création.

    Le bulletin d’information et d’inscription est à télécharger ici.

  • Trialogue : Michel Balat – Jean Oury – Marie Depussé

    Trialogue : Michel Balat – Jean Oury – Marie Depussé

    ÉCRITURES ET PSYCHOTHÉRAPIE INSTITUTIONNELLE

    Mardi 9 mai 2002

    Trialogue : Michel Balat – Jean Oury – Marie Depussé

    M. Balat : L’histoire du scribe n’est pas de moi. Elle vient de Peirce, dont Lacan faisait grand cas. Il s’est demandé : que faut-il pour pouvoir dialoguer ? une feuille d’assertion sur laquelle le scribe écrit, et où quelqu’un d’autre, appelé l’Interprète vient faire des transformations selon des règles précises d’interprétation.

    La feuille représente l’univers du discours, sur lequel le scribe et l’interprète s’accordent pour parler. L’univers du discours donne lieu à des tas de productions possibles. Il faut ajouter à cet univers du discours, une fonction plutôt qu’une personne : le « muser ». Nous musons tout le temps. La situation est la suivante :

    Un museur qui muse tout le temps

    Un scribe qui parfois inscrit

    Un interprète qui dit : si vous, le scribe, avez écrit cela, c’est que vous, le museur, le forgiez

    Le scribe inscrit. Il est celui qui décide d’inscrire. Personne ne le lui demande. La fonction scribe saisit un surgissement à partir d’une réflexion externe.

    Première saisie du scribe : il ne sait pas ce qu’il va inscrire, ce qui signifie qu’il y a une part de tuché, de hasard, dans son activité. On pourrait dire, même si c’est difficile à soutenir, le scribe inscrit par hasard quelque chose qu’il ne sait pas qu’il va inscrire. On s’en rend compte dans notre travail, on ne sait pas, on dit quelque chose, on ne sait pas pourquoi. Quand on n’est pas un scribe mais un peu interprète, on peut inhiber ce qu’on va dire. Un jour où l’on faisait les prévisions du samedi, on amène un jeune homme sur son lit, je le vois de loin et je me dis : pourquoi tu n’es pas mort ? je pense : tu ne vas pas dire ça. Dans un second mouvement, je me suis dit : obligé, et je lui ai dit : pourquoi tu n’es pas mort ? Les effets ont été extraordinaires sur l’équipe, tout le monde pensait ça finalement, et lui, ça l’a aidé et il a pu en sortir. La question du scribe est là, elle surgit par hasard on ne sait pas pourquoi, il n’y a pas de raison. Le scribe est sans raison, il est un produit tychique (la tuché). Il est dans une drôle de position car il ne peut pas calculer les effets de ce qu’il a inscrit. Ils sont incalculables les effets de l’inscription, nul ne peut savoir ce que ça donnera. On pourrait dire que le scribe ne sait pas ce qu’il a inscrit, sa position éthique serait de dire : j’obéis à une nécessité tychique de l’inscription, je ne sais pas ce que j’ai inscrit ni pourquoi j’ai inscrit, mais je l’ai inscrit.

    Le scribe et la feuille d’assertion font corps, ils sont étroitement dépendants l’un de l’autre. Il y a une complicité entre le scribe et la feuille d’assertion. La feuille d’assertion ce n’est pas la feuille de papier, même s’il y en a une. (…)

  • Site Europsy/Ginette Michaud

    Site Europsy/Ginette Michaud

    Encore un oubli invraisemblable ! Je corrige vite, visitez de toute urgence Euro Psy, le site de Ginette Michaud…

  • Canet, le 03 décembre 2007, Les premiers mots de l’enfant : élaborations autour du stade du miroir

    Canet, le 03 décembre 2007, Les premiers mots de l’enfant : élaborations autour du stade du miroir

    Canet, le 03 décembre 2007

    Les premiers mots de l’enfant : élaborations autour du stade du miroir

    M. B. : Nous sommes le 3 décembre 2007. Je vois qu’il y a des questions autour du miroir, mais tout d’abord, je ne sais pas s’il y en a certains d’entre vous qui sont allés visiter mon nouveau site. Je ne sais pas ce que vous en pensez ?

    Public : C’était mieux avant.

    M. B. : Ah, c’était mieux avant ! Mais il y a tout de même beaucoup plus de choses qui apparaissent en première page. Auparavant c’était trop serré, et le blog-tone apparaissait dans toutes les rubriques ou presque. Puis vous avez vu qu’on peut être syndiqué ! Ah mais vous ne connaissez pas la syndication ? Vous ne pouvez pas ? Parce que la passion de l’ignorance vous étouffe ? C’est Jérôme Gounod, qui travaille bien, on lui dit « je veux ça comme ça » et tu l’obtiens en cinq minutes.

    L. F.-C. : …

    M. B. : Ah c’était toi, Ferenczi ! D’accord, parce que j’ai repéré quelqu’un qui cherchait Ferenczi sans le trouver. Je me disais quand même quelle drôle d’idée de le chercher sur mon site ! Maintenant vous avez plusieurs vidéos de Freud, une photo magnifique de Thérèse, super, vous pourrez l’encadrer ! Pour le moment j’ai mis les photos de la journée avec Coupechoux, de chouettes photos, et vous verrez en première page, le dessin : la vie selon Jean Oury. Il n’y a qu’un extrait mais on lit bien ce qui est écrit, et c’est autour du miroir justement, comment ça se construit autour du miroir, et ça tombe bien puisque je vois que tu t’intéresses à la question, et à juste titre, pour ce dont nous traitons.

    Bien entendu, le fait d’aborder les choses comme nous les abordons, — et je rappelle brièvement que la question c’est le « premier accès au langage », avec des guillemets en raison des précautions qu’il faut toujours prendre, à savoir ne pas chercher un moment précis où l’enfant se mettrait à prendre la parole en son nom propre. Moyennant quoi, d’ailleurs, à ce « moment » là il fabriquerait lui-même son nom, autrement dit, il devient sujet et même sujet barré, et du coup, en antériorité, il était sujet non barré. Ainsi au moment où l’enfant s’empare de la langue pour son propre compte, il se barre comme sujet, c’est du fait du langage qu’il se barre, — sauf que quand il était sujet non barré il n’était pas du tout sujet. C’est très complexe mais nous sommes tout le temps autour de choses comme ça, tous les phénomènes d’après coup nous posent ce genre de relations logiques difficiles. Nous sommes obligés de constituer des catégories qui n’ont d’existence que parce que quelque chose est venu s’installer, et donc après coup on reconstitue ce qui n’a jamais été comme tel.

    Par exemple le un est d’abord un tout dans sa priméité, et puis l’autre dans sa secondéité, et enfin le premier dans sa tiercéité. Est-ce qu’il a déjà été tout ce un-là ? Non. Mais du point de vue de l’accès au trois, c’est-à-dire au premier, il a été un tout, il n’a jamais été rien d’autre, il l’a été logiquement. J’insiste beaucoup là-dessus parce que dans le miroir c’est tout de même ce qui se passe. Quand on fait l’histoire naturelle du miroir, au sens de Wallon et autres, de façon piagétienne, en pensant que les choses se construisent petit à petit comme ça, comme les ruches, comme les nids des oiseaux, des pinsons des Galápagos, — dont j’ai appris depuis qu’on les appelle les pinsons de Darwin, ce n’est pas pour rien, et que ce ne sont pas des pinsons, il paraît que ce sont des passereaux. Y a-t-il des ornithologues dans la salle ? …

    (…)

  • Séminaire de la Nouvelle Forge

    Séminaire de la Nouvelle Forge

    Les lundis à 17h30 CPR de Senlis

    Prochains séminaires :

     17 Décembre 2007, Michel Balat « La fonction scribe »

     14 janvier 2008, Jean Oury et Pierre Delion « Psychothérapie institutionnelle et psychiatrie publique »

    etc…

  • Bio

    Bio

    C’est la vie…

    …officiellement depuis le 22 septembre 1944 (1er Vendémiaire an 152), dans une clinique de Perpinyà où, dans une chambre voisine, Aristide Maillol se mourait des suites d’un accident de voiture sur la route de Banyuls sur mer (Banyuls de la marenda par ici). Est-on assez attentif au fait que l’on nait toujours entre deux morts ? Ça balise ! L’autre, celle d’avant, avait été décisive côté bios.

    Après d’exaspérantes, pénibles et ternes études au Lycée Arago (du CP à la terminale), un transport passionné, comme on disait au Grand Siècle, pour mathématiques et astronomie, un transfert bienvenu sur Vincent Mazeran, par la grâce d’une longue analyse d’au moins 18 ans et une transmutation gaullo-« gauchiste » menant à une active vie politique. Mathématiques, politique et psychanalyse ont tressé, dès la fin des années 60, mon appareil à penser les pensées, côté Bion.

    C’est la sémiotique de Peirce, dans la rencontre avec Gérard Deledalle en 1980, puis l’analyse institutionnelle, dans celle avec Jean Oury en 1986, qui ont décidé de la suite. Des Systèmes triples de Lie à torsion, mon premier — et seul — travail mathématique, à La triade en psychanalyse qui inaugurait cette suite, un long travail invisible.

    En ce qui concerne le visible, un stage déterminant à l’Observatoire du mont St Michel, où j’ai eu la chance de travailler sur le grand télescope, un autre, qui allait l’être, comme vacataire au service de math de l’université de Perpignan. Puis assistant de math dans ce lieu-même, un bref séjour de 2 ans à Casablanca et à Fès, des études de psycho où se sont scellées des amitiés toujours actuelles, une thèse « ès-Lettres » sur la fameuse triade, et l’enseignement de sémiotique qui s’en est suivi.

    Enfin, sonnant comme un mot d’ordre de mes années militantes, la retraite à 60 ans. Pour le privé, on verra plus tard.

  • Biblio

    Biblio

    Biblio

    L’homme et ses signes (3 tomes, 2000 pages), en collaboration avec Gérard Deledalle (dir.) et Janice Deledalle-Rhodes

    À la recherche d’une méthode, de C. S. Peirce traduction en collaboration avec Gérard Deledalle (dir.) et Janice Deledalle-Rhodes

    Autisme et éveil de coma (dir.)

    Des fondements sémiotiques de la psychanalyse

    Psychanalyse, logique, éveil de coma

    Les textes logiques de Peirce dans le Baldwin dictionary traduction avec Janice Deledalle-Rhodes

    Articles avant 1998

  • Journée Coupechoux-Faugeras, Canet

    Journée Coupechoux-Faugeras, Canet

    Portfolio

  • Séminaire de La Borde

    Séminaire de La Borde

    Portfolio

  • Journées de l’AMPI, Marseille

    Journées de l’AMPI, Marseille

    Portfolio

  • Ouvrir le cinéma

    Ouvrir le cinéma

    Un site où Annick Bouleau réalise un travail immense et précieux de recueil et de mise en contexte du séminaire de Jean Oury à Ste Anne. Je suis inexcusable de ne pas l’avoir mis plus tôt au premier rang des liens sur ce site.

  • Canet, le 19 novembre 2007. Quand l’enfant parle-t-il pour la première fois ?

    Canet, le 19 novembre 2007. Quand l’enfant parle-t-il pour la première fois ?

    Canet, le 19 11 2007

    Quand l’enfant parle-t-il pour la première fois ?

    M. B. : Nous sommes le 19 novembre 2007. Aujourd’hui j’aimerais vraiment qu’on puisse ensemble bien saisir cette affaire d’argument. Pour avoir les garanties j’ai pris le petit livre blanc, Psychanalyse, logique, éveil de coma, dans lequel vous pouvez trouver un chapitre intitulé « La déduction, l’induction et l’abduction ». En somme, puisque je dis que l’entrée dans le langage est signée par une première inférence, je prétends que quand l’enfant fait sa première inférence, il fait une abduction. Et il ne fait pas une déduction parce que la déduction ne saurait donner lieu à un saut : quand on dit « Tout homme est mortel, Socrate est mortel donc Socrate est mortel », tout le monde comprend, cela ne pose aucun problème. Si l’on se fiait uniquement à la déduction, les choses seraient certes bien organisées, puisqu’on y passe du vrai au vrai, mais, cela dit, l’apport ne serait pas très grand. D’ailleurs, c’est tout un débat, et l’histoire de l’étude de la déduction par les logiciens a fait l’objet d’un nombre considérable d’ouvrages : la déduction apporte-t-elle quelque chose de nouveau ou pas ? l’idée de la conclusion n’est-elle pas déjà contenue dans les idées des prémisses ? Pour certains il est entendu que c’est contenu puisque c’est déduit ; et pour d’autres les idées ne sont pas explicitement dans les prémisses, on a progressé. Cela paraît compliqué mais ça l’est vraiment. Cela peut vous paraître des discussions byzantines, mais n’en croyez rien, elles ne le sont pas. Alors justement, allons du côté de l’enfant, supposons que l’enfant fasse une inférence, un argument, la question sera alors de savoir s’il fait une inférence déductive. Qu’on soit du premier groupe de logiciens ou du second, l’idée de la conclusion est peu ou prou dans les prémisses, par morceaux, dès lors on ne voit pas pourquoi l’enfant se mettrait à parler pour une chose qui au fond glisse toute seule : premier point. Il me semble donc que c’est là un raisonnement qui réfute la proposition selon laquelle l’argument présenté par l’enfant serait une déduction. Par contre du côté de l’abduction on a effectivement la surprise, et un vocabulaire qui lui est attaché pour en rendre compte du type « Ah ! mais oui ! enfin Bon Dieu ! mais quel idiot ! », pour se fustiger de ne pas avoir pensé à quelque chose qui a une certaine évidence dès lors qu’elle est formulée mais qui, avant, était totalement masquée. Vous voyez ici la différence avec la formule « Tout homme est mortel, Socrate est un homme donc Socrate est mortel », où ce n’était pas tellement masqué. Donc voilà un autre argument.

    Vous allez me dire que j’oublie l’induction. Mais la grande différence est que l’induction est un argument qui est, comme le dirait Raimu dans Marius, un argument « réfléchi », c’est-à-dire qu’il introduit une dimension d’une relative complexité : la probabilité. Je vous rappelle que là où la déduction introduit la notion de nécessité, l’induction introduit la probabilité, et l’abduction introduit la possibilité. La nécessité, l’ananké, est déductive ; par contre la probabilité ne se réduit pas à la possibilité, même si la probabilité est une forme de possibilité, un mixte pourrait-on dire. Surtout ne le pensez pas comme ça, mais il n’empêche, c’est un mixte de nécessité et de possibilité, puisque c’est probable. Par exemple, si vous jouez avec un dé dont cinq faces comportent des un et la sixième aucun chiffre, vous pourrez le jeter avec une certaine confiance d’emblée : il existe une certaine probabilité pour que mon dé tombe sur une face marquée du chiffre un. Maintenant, si vous jouez à la roulette, vous allez devoir miser sur pair, impair, ou bien sur rouge, sur noir, donc quand on joue à ces jeux on joue gagne petit, et encore, là c’est une chance sur deux. Ce n’est pas la même chose que le loto. Vous pouvez saisir à quel point la probabilité est là proche de la nécessité. Vous voyez que l’introduction de la probabilité nécessite, si je puis dire, de concevoir quelque chose comme un mixte de nécessité et de possibilité, et c’est une conception complexe. C’est pour cette raison qu’au début je mettais l’alternative sur déduction ou abduction, j’avais écarté l’induction à cause de son caractère de haute complexité.

    En fait, j’essaie de préciser tout ça. La déduction dit manifestement quelque chose de plus que les prémisses. Si l’on considère maintenant tout ce que peuvent vouloir signifier les prémisses, il est évident que la conclusion y sera présente d’une façon ou d’une autre, mais il faut alors concevoir un « tout ce que peuvent vouloir signifier ». Donc, d’une certaine façon, quand on prend la déduction, on dit qu’elle apporte le fait que la conclusion est nécessaire : si vous avez aimé le tome un de Harry Potter, alors vous aimerez nécessairement le tome deux de Harrry Potter. C’est une nécessité absolue dont vous ne pouvez pas vous écarter, parce que la règle est d’aimer Harry Potter, sans quoi vous êtes un moins que rien. C’est très intéressant parce que la déduction peut être toujours vraie même si l’on ne parle de rien : « Tout martien est rouge, tout ce qui est rouge est une couleur, donc tout martien est une couleur ». Au bout du compte, quand on y réfléchit, on se dit qu’il s’agit là d’une simple causerie, comme celle du lundi. Peut-être ne parle-t-on de rien, peut-être ne dit-on que des conneries, mais ça ne fait rien, on cause, et là, dans la déduction, on peut causer. Peut-on parler de rien dans l’abduction ? C’est plus difficile. Dans l’abduction on peut certes dire des conneries puisqu’on ne dit que des choses possibles, mais il n’empêche qu’on part de choses qui ne sont pas rien. Quoique, on pourrait en discuter, on sent que l’abduction s’appuie sur une familiarité avec un certain univers, sans quoi il ne nous est pas permis de faire d’abduction. Si Sherlock Holmes peut faire une abduction qui laisse Watson sur le cul, dire « ce type, le meurtrier était un irano-indien », c’est parce qu’il est familier avec tout le champ dont il s’occupe ; il ne viendrait jamais à l’esprit des gens qui ne connaissent pas le champ de dire une chose pareille. Quant à l’induction, elle peut porter sur un objet théorique qui, lui, ne parle de rien. Par exemple, toi qui a fait de la sociologie pendant des années : de quoi parle-t-on les trois quarts du temps ? De rien.

  • Textes de l’AC Seuilly

    Textes de l’AC Seuilly

    AVEC SOIN, SI POSSIBLE !

    INTRODUCTION

    Nous travaillons dans un IME à Seuilly qui accueille des enfants et adolescents de 6 à 20 ans, déficients intellectuels avec ou sans troubles de la personnalité.

    L’établissement est organisé en 2 axes : un Axe Formation pour les enfants et adolescents capables d’apprentissages scolaires et préprofessionnels.

    Les enfants et adolescents autistes et psychotiques sont accueillis sur une structure de l’établissement appelé « l’Axe Eveil ».

    Ces jeunes sont quelquefois là depuis l’enfance. D’autres arrivent à l’adolescence venant d’IME, de Services de pédo-psychiatrie, d’hôpitaux de jour… Ils sont accueillis pour une période transitoire dans l’attente d’une réorientation vers une structure pour adultes (MAS – F.O. – Lieux de vie) ou parfois un retour en famille.

    Les premiers mois à l’IME sont souvent difficiles avec une recrudescence des angoisses dues à une perte des repères, l’environnement inconnu, un mode de prise en charge différent par des personnes nouvelles et parfois à l’éloignement familial.

    Ces jeunes sont aussi en pleine période de transformation, passant de l’enfance à l’adolescence, ce qui redouble parfois leur excitation et leur agitation.

    Nous posons sur eux un regard différent parce qu’ils sont grands. Leur physique de presqu’adulte peut nous faire croire qu’ils n’ont plus besoin des mêmes dispositifs de pare-excitation ou de contenant. Nous avons parfois des exigences inadaptées, des maladresses dans notre prise en charge, parce qu’il y a un trop grand décalage entre leur apparence physique et leurs besoins. Nous nous confrontons parfois à leur violence, auto ou hétéro agressive, à de la destruction.

    La difficulté à les contenir ne peut que nous inciter à agencer le collectif :

      importance de la libre circulation, des relais qui concernent à un moment ou à un autre l’ensemble du personnel
      nécessité d’être à l’affût de leurs centres d’intérêt, de nous laisser guider par eux,
      nécessité de réunions où parler de ces jeunes, de leur histoire, de leur pathologie,…

    Nous avons choisi d’aborder la notion du soin à travers la fonction d’accueil :

    (…)

    Documents joints

  • Canet, le 12 11 2007 L’être humain n’est pas un pinson.

    Canet, le 12 11 2007 L’être humain n’est pas un pinson.

    Canet, le 12 11 2007

    L’être humain n’est pas un pinson.

    M. B. : Nous ne nous sommes pas vus depuis plusieurs semaines, et figurez-vous que quand on ne se voit pas, ça m’inspire (rires). J’ai regardé un reportage animalier sur les pinsons des Galápagos, et à cette occasion, j’ai pu voir quelque chose d’intéressant : le fait que les pinsons des Galápagos, pour se nourrir, mangent les vers des arbres. C’est tout simple, mais le hic, c’est qu’ils ont un bec trop gros, trop court, en forme d’entonnoir. Il leur permet de trouver les galeries, mais arrivés devant la bestiole, au moment de s’en emparer ils ne peuvent pas. C’est un sort cruel, mais ils ont la parade. Ils vont choisir une brindille sur un arbre, et si la brindille est légèrement effilée, ils coupent le haut et ne gardent que le bas, c’est très étudié ; puis avec celle-ci ils arrivent à accrocher la bestiole, la font un peu sortir, se débarrassent de la brindille et prennent le vers, qu’ils tirent et qu’ils mangent. Même avec ces remarquables outils que sont les mains de l’homme peut-être aurez-vous quelques difficultés à extraire un ver d’un arbre, — mais peut-être la perspective de le manger après l’avoir débusqué vous enchante-t-elle modérément.

    Alors, voici la réflexion profonde que je me suis faite en regardant ce reportage : « Mais, au fond, le bébé est con » puisqu’il n’est même pas capable de faire ce que fait le pinson des Galápagos.

    Public : Il y a la prématuration qui…

    M. B. : Ah voilà ! Alors c’était ça ! Parce que, évidemment, nous sommes tous bardés de références comme celle-là, la néoténie, etc., mais ça ne suffit pas. Parce que, au bout de quelque temps, le bébé n’est plus prématuré. Quand il est prématuré, admettons qu’il soit désavantagé pendant quelques temps par rapport aux autres, mais il ne l’est plus au bout de peu de semaines.

    Public : C’est une dépendance physiologique aussi, son corps a besoin d’un adulte qui réponde à ses besoins les plus physiologiques.

    M. B. : De quoi parle-t-on là ?

    Public : Question d’autonomie, enfin je pensais à l’oiseau qui se débrouille pour trouver une solution, il sait vers quoi il veut aller et il trouve une solution pour y arriver, et voilà. L’oiseau, dans ce cas, trouve une solution pour combler ce qu’il lui manque pour atteindre son objectif.

    M. B. : Autrement dit l’oiseau a un manque et il va trouver une solution parce qu’il a pensé à la brindille ? Ah, le désir de l’oiseau…

    Public : Ou par tâtonnements ?

    M. B. : Mais tous les pinsons des Galápagos font ça ou peuvent le faire. Simplement, pourquoi le gamin qui a six mois est-il incapable de faire un epsilon de ce que fait l’oiseau, le chat ou n’importe qui, dans les mêmes conditions ? Alors je sais que vous avez déjà beaucoup de réponses dans votre tête, mais peut-être s’agit-il de réponses qui sont là pour ne pas réfléchir à ça ? Je pose la question sous la forme suivante : pourquoi le bébé est-il incapable de faire la moindre chose astucieuse ? Quand on voit toutes les prouesses des animaux, les captations avec les couleurs, etc., des plantes, peut-être même des pierres, on se dit que toute ce qui nous entoure, et qu’on appelle habituellement la nature, est là pour nous prouver l’extraordinaire capacité de création dans l’évolution. Or le petit d’homme, lui, est mal fichu d’emblée. C’est saisissant, ça. Je veux bien admettre la prématuration mais la maturation arrive vite et, pour autant, il est toujours aussi mal fichu (et il le reste, non ?). Je ne vois pas cette explication classique comme une réponse à la question que je pose.

    O. F. : Et s’il pouvait faire un tas de choses est-ce qu’il parlerait ?

    M. B. : Ah ! L’incomplétude, le manque, etc. Mais pourquoi doit-il parler ?

    M. P. : Pour communiquer…

    Public : Il communique gestuellement, il a un langage gestuel, enfin quand on est au milieu de bébés en bonne santé.

    M. B. : Mais, les chats, ça communique à plein bords. Mais pourquoi, le bébé, doit-il parler ?

    O. F. : Peut-être que la parole fait office de la brindille qui permet d’aller chercher le ver ?

    M. B. : Autrement dit la parole serait ustensile à sa racine.

  • Journée avec… » Jacques Tosquellas et son équipe

    Le 9 février à Canet-plage

    Journée avec… » Jacques Tosquellas et son équipe

    IXème Journée

    Les IXe « journées avec… » ont eu lieu le 9 février avec Jacques Tosquellas et son équipe. Le thème en a été le psychodrame Balint. Tous ceux qui voudraient réagir à cette journée sont invités à le faire en répondant à cet article.

  • Canet, le 26 novembre 2007, C’est quand ça ne va pas que ça peut aller (ou assumer l’embarras de l’effraction du pare-excitation)

    Canet, le 26 novembre 2007, C’est quand ça ne va pas que ça peut aller (ou assumer l’embarras de l’effraction du pare-excitation)

    Canet, le 26 11 2007

    C’est quand ça ne va pas que ça peut aller

    (ou assumer l’embarras de l’effraction du pare-excitation)

    M. B. : Nous sommes le 26 novembre 2007. Je vais reprendre un petit peu tout ça et essayer d’avancer, d’autant que j’ai pu discuter en public avec Oury mercredi dernier lors du séminaire qu’il anime tous les mois à Sainte Anne, et que j’y ai parlé de mes trucs.

    Nous en étions restés en gros à l’idée que je répète, même si elle reste encore un peu brute, et il sera nécessaire de la saisir sous plusieurs points de vue, nous en étions restés à la question un peu baroque : quand est-ce que l’enfant parle pour la première fois ? Si vous me dites que c’est idiot, je serai d’accord avec vous. Je ne trouve pas vraiment que ce le soit, mais je serai d’accord avec toute personne qui me le dirait, parce que c’est plus compliqué (rires). La question est trop sommaire parce qu’il n’y a pas de raison pour qu’il y ait un moment précis où l’on se mette tout à coup à dire, donc a priori je suis prêt à tout compromis sur le fait que ça se passe sur un certain laps de temps, on peut dire qu’il s’agit d’une sorte de phase d’éveil de l’enfant à la parole, d’éveil à la fonction scribe. Il nous importe peu de savoir si cela se passe sur un moment particulier, par contre il est intéressant d’observer l’enfant dans cette phase, et de pouvoir saisir la pertinence éventuelle de ce que l’on raconte.

    En tout cas, au point de départ, la question de l’accès de l’enfant au langage prenait appui sur la position sémiotique que je défends, à savoir qu’on ne peut avoir la saisie de ce qu’est un mot ou de ce qu’est une proposition si l’on n’a pas d’abord une familiarité avec l’argument. Je vous rappelle que nous étions partis des pinsons des Galápagos. En fait, les pinsons des Galápagos sont célèbres. Vous avez ça dans le Good Book, L’origine des espèces , le livre qui a révolutionné le monde, qui a donné naissance à Freud, Peirce et à bien d’autres. Il n’empêche que cette histoire de pinsons me semblait être l’occasion de dire que l’homme est un être de langage. De plus, le terme de parlêtre… Lacan avait réfléchi à ce qu’il disait, enfin je ne sais pas s’il avait réfléchi vraiment parce que je ne sais pas s’il y a des réflexions là-dedans, je ne sais pas si l’on réfléchit. Il y a des gens qui réfléchissent, mais il y en a aussi qui ne réfléchissent pas. C’est vrai, réellement. Pour ce qui me concerne, je ne crois pas réfléchir : cet exercice me fatigue. Je pense des conneries, mais quand je ne réfléchis pas, j’arrive parfois à dire des trucs qui m’intéressent, donc vous voyez que c’est très paradoxal. La réflexion nécessite qu’on soit vraiment très intelligent, sans quoi on ne dit que des conneries. Mais quand on dit de façon directe des conneries, eh bien, on peut parfois dire quelque chose d’intéressant. C’est un peu sommaire, mais comme je n’y ai pas réfléchi ! (rires)

    N. C. : Les conneries n’émergent pas comme ça, quand même !

    (…)

  • Canet, le 22 octobre 2007 Autour de la logique de l’abduction. La nécessaire greffe du rien au coeur de notre travail

    Canet, le 22 octobre 2007 Autour de la logique de l’abduction. La nécessaire greffe du rien au coeur de notre travail

    Canet, le 22 octobre 2007

    Autour de la logique de l’abduction. La nécessaire greffe du rien au cœur de notre travail

    M. B. : Nous sommes aujourd’hui le 22 octobre 2007. Samedi se tenaient les journées de l’AMPI à Marseille, et je suis désolé que personne d’ici n’y vienne ! Ça prend trois heures et demi, à la vitesse Sarkozy, donc c’est pas le diable… et puis c’est vraiment très intéressant.

    Cette fois-ci Salomon Resnik n’était pas présent, il était fatigué, donc il a renoncé. Oury non plus, à cause des grèves, mais Danielle Roulot a lu un texte de Jean Oury, un texte très bien… (consultation du programme Les journées de l’AMPI) Patrick Chemla a fait un truc sur la folie très intéressant, superbe… Il y avait aussi Patrick Coupechoux, l’incontournable ; Pierre Evrard… très intéressant ; Martine Fournier, une fille épatante ; Patrick Faugeras, évidemment ; Pierre Delion ; un type super, d’Oviedo, Enrique Serrano, très chouette, vraiment… Il s’occupe des enfants, formidable ! Le tandem Balat-Lecarpentier, ça, c’était pas mal… ! un psychiatre de Marseille manifestement, que je ne connais pas, Nadim El Malki ; et Dimitri Karavokyros, qui est toujours là, puisque c’est lui qui organise Les journées de Laragne. Vous connaissez, non ? Parce que c’est intéressant… Vraiment, tout ça, c’est… Laragne, Reims et tous ces gens, ce sont quand même les derniers résistants de la psychiatrie, donc ça vaut le coup d’y aller parce qu’ils ont tous des trucs à dire, des trucs vraiment passionnants… Ce sont des lieux plus que fréquentables. S’il y en a parmi vous qui veulent aller à Reims, j’ai un bulletin d’inscription, mais enfin… vous êtes scotchés au Roussillon !

    Quant à moi, j’ai fait quelque chose dans la veine logique, et samedi matin j’étais un peu stressé, pour tout vous dire… On parle toujours de logique de ceci, de cela, et il faudrait se mettre un peu d’accord… J’ai alors parlé de la logique du vague et de la logique du général : qu’est-ce qui se passe quand on affaiblit un des principes logiques fondamentaux ? Comme vous le savez, il y en a trois, je n’ai pas besoin…

    G. P. : Rappelle-les nous quand même…

    Public : (rires)

    M. B. : D’accord, mais c’est vraiment pour vous rafraîchir la mémoire… (rires) Le premier principe, c’est le principe dit d’identité, A est A. Sans lui on ne pourrait même pas écrire A puisque A pourrait ne plus être A quand on le relirait, donc c’est un principe qui a l’air incontournable, celui-là, et très difficile à remettre en question, et pourtant, on peut, et nous le ferons d’ici quelques temps.

    Ensuite, le second principe, c’est le principe dit de contradiction : rien ne peut être à la fois A et non A.

    Le troisième principe, c’est le principe du tiers exclu, qui fait rêver tout le monde… In english, c’est the excluded middle…

    C’est intéressant : on exclut le moyen, le milieu. Et quand on enlève le troisième, on garde une logique particulière qui est la logique du général. J’en ai parlé au moins cent fois ici ; là-bas, c’était la première fois, mais ici, vous savez tout ça par cœur…

    Si l’on exclut le deuxième principe, c’est-à-dire celui de contradiction, on obtient la logique du vague ; le premier, c’est-à-dire le principe d’identité, lui, ne se trouve pas dans un continu, parce que rien n’y est absolument auto-identique puisque tout ce qui est présent est lié à ce qui suit et à ce qui précède. Si l’on pouvait l’isoler, et dire A = A, eh bien, on aurait quelque chose qui serait discontinu. Donc on peut dire que le principe d’identité vient introduire de la discontinuité dans le continu, ce qui signifie que le continu ne respecte pas le principe d’identité. Le fait que les éléments du continu ne soient pas auto-identiques, et même qu’il n’y ait pas d’éléments du continu est intéressant. C’est un autre type de pensée… On est obligé de considérer les choses autrement.

    Puisqu’on dit que rien n’est à la fois A et non A, ça veut dire que la logique du vague est la logique du rien, donc quand on fonctionne selon la logique du vague, ça veut dire qu’on greffe du rien sur ce dont on parle… Ça fait référence aux « greffes d’ouvert » d’Oury. On greffe du rien, c’est-à-dire qu’on regarde les choses du point de vue du rien : le rien d’une certaine façon est le lieu du possible, puisqu’au fond, du rien, tout est possible. Dès que l’on quitte le rien, on rentre dans des choses qui ne sont plus possibles, donc de l’impossible. D’ailleurs, Lacan disait très bien ça, il disait « Le Réel, c’est l’impossible »… bien entendu, de ce point de vue-là. C’est donc une logique qui est évidemment très intéressante, puisque c’est celle qui permet en quelque sorte de possibiliser les choses. Alors j’ai pris un exemple un peu amusant pour montrer la différence.

    M. B. : Nous sommes aujourd’hui le 22 octobre 2007. Samedi se tenaient les journées de l’AMPI à Marseille, et je suis désolé que personne d’ici n’y vienne ! Ça prend trois heures et demi, à la vitesse Sarkozy, donc c’est pas le diable… et puis c’est vraiment très intéressant.

    Cette fois-ci Salomon Resnik n’était pas présent, il était fatigué, donc il a renoncé. Oury non plus, à cause des grèves, mais Danielle Roulot a lu un texte de Jean Oury, un texte très bien… (consultation du programme Les journées de l’AMPI) Patrick Chemla a fait un truc sur la folie très intéressant, superbe… Il y avait aussi Patrick Coupechoux, l’incontournable ; Pierre Evrard… très intéressant ; Martine Fournier, une fille épatante ; Patrick Faugeras, évidemment ; Pierre Delion ; un type super, d’Oviedo, Enrique Serrano, très chouette, vraiment… Il s’occupe des enfants, formidable ! Le tandem Balat-Lecarpentier, ça, c’était pas mal… ! un psychiatre de Marseille manifestement, que je ne connais pas, Nadim El Malki ; et Dimitri Karavokyros, qui est toujours là, puisque c’est lui qui organise Les journées de Laragne. Vous connaissez, non ? Parce que c’est intéressant… Vraiment, tout ça, c’est… Laragne, Reims et tous ces gens, ce sont quand même les derniers résistants de la psychiatrie, donc ça vaut le coup d’y aller parce qu’ils ont tous des trucs à dire, des trucs vraiment passionnants… Ce sont des lieux plus que fréquentables. S’il y en a parmi vous qui veulent aller à Reims, j’ai un bulletin d’inscription, mais enfin… vous êtes scotchés au Roussillon !

    Quant à moi, j’ai fait quelque chose dans la veine logique, et samedi matin j’étais un peu stressé, pour tout vous dire… On parle toujours de logique de ceci, de cela, et il faudrait se mettre un peu d’accord… J’ai alors parlé de la logique du vague et de la logique du général : qu’est-ce qui se passe quand on affaiblit un des principes logiques fondamentaux ? Comme vous le savez, il y en a trois, je n’ai pas besoin…

    G. P. : Rappelle-les nous quand même…

    Public : (rires)

    M. B. : D’accord, mais c’est vraiment pour vous rafraîchir la mémoire… (rires) Le premier principe, c’est le principe dit d’identité, A est A. Sans lui on ne pourrait même pas écrire A puisque A pourrait ne plus être A quand on le relirait, donc c’est un principe qui a l’air incontournable, celui-là, et très difficile à remettre en question, et pourtant, on peut, et nous le ferons d’ici quelques temps.

    Ensuite, le second principe, c’est le principe dit de contradiction : rien ne peut être à la fois A et non A.

    Le troisième principe, c’est le principe du tiers exclu, qui fait rêver tout le monde… In english, c’est the excluded middle…

    C’est intéressant : on exclut le moyen, le milieu. Et quand on enlève le troisième, on garde une logique particulière qui est la logique du général. J’en ai parlé au moins cent fois ici ; là-bas, c’était la première fois, mais ici, vous savez tout ça par cœur…

    Si l’on exclut le deuxième principe, c’est-à-dire celui de contradiction, on obtient la logique du vague ; le premier, c’est-à-dire le principe d’identité, lui, ne se trouve pas dans un continu, parce que rien n’y est absolument auto-identique puisque tout ce qui est présent est lié à ce qui suit et à ce qui précède. Si l’on pouvait l’isoler, et dire A = A, eh bien, on aurait quelque chose qui serait discontinu. Donc on peut dire que le principe d’identité vient introduire de la discontinuité dans le continu, ce qui signifie que le continu ne respecte pas le principe d’identité. Le fait que les éléments du continu ne soient pas auto-identiques, et même qu’il n’y ait pas d’éléments du continu est intéressant. C’est un autre type de pensée… On est obligé de considérer les choses autrement.

    Puisqu’on dit que rien n’est à la fois A et non A, ça veut dire que la logique du vague est la logique du rien, donc quand on fonctionne selon la logique du vague, ça veut dire qu’on greffe du rien sur ce dont on parle… Ça fait référence aux « greffes d’ouvert » d’Oury. On greffe du rien, c’est-à-dire qu’on regarde les choses du point de vue du rien : le rien d’une certaine façon est le lieu du possible, puisqu’au fond, du rien, tout est possible. Dès que l’on quitte le rien, on rentre dans des choses qui ne sont plus possibles, donc de l’impossible. D’ailleurs, Lacan disait très bien ça, il disait « Le Réel, c’est l’impossible »… bien entendu, de ce point de vue-là. C’est donc une logique qui est évidemment très intéressante, puisque c’est celle qui permet en quelque sorte de possibiliser les choses. Alors j’ai pris un exemple un peu amusant pour montrer la différence.

    (…)

  • Spécial copains : Festibages les 19,20, 21 octobre 2007

    Spécial copains : Festibages les 19,20, 21 octobre 2007

    Festibages les 19,20, 21 octobre 2007

    Ci joint le programme de FESTIBAGES 07

    Si vous voulez déguster l’ollade, inscription à la mairie dernier délai mercredi prix 20 euros . tel 04 68 21 71 25

  • Canet, le 15 octobre 2007 L’émerveillement de l’abduction

    Canet, le 15 octobre 2007 L’émerveillement de l’abduction

    Canet, le 15 10 2007

    L’émerveillement de l’abduction

    M. B. : Nous sommes le 15 octobre 2007. (Sonnette.) Ah ben voilà, il fallait lancer la chose… (rires) Oui, il faut avoir comme ça, des personnes ressources… Ça me rappelle un monsieur qui venait me voir il y a de nombreuses années, et un jour, je trouvais qu’il était vraiment à l’heure, mais vraiment, et une fois, juste avant l’heure, j’ai appelé l’horloge parlante, eh bien, j’ai entendu la porte s’ouvrir au quatrième top… C’est extraordinaire, ça ! C’est une névrose obsessionnelle carabinée là, avec une telle intégration du temps… Parce qu’on peut être à l’heure, on peut être angoissé, enfin on peut être à l’heure, on peut être agressif… Vous connaissez l’histoire… (Hello à L. F.-C.) Donc tu me donnes le moment du départ…

    L. F.-C. : Ce n’est pas toujours vrai…

    M. B. : Non, ce n’est pas toujours vrai, c’est ça qui est embêtant. L’histoire, c’est l’histoire que se racontent, paraît-il, les psychanalystes : si quelqu’un arrive en retard, c’est un agressif sournois ; s’il arrive à l’heure, c’est un obsessionnel ; s’il arrive en avance, c’est un angoissé… (rires)

    Bon, aujourd’hui, on va essayer de continuer, lentement mais sûrement. Là, je suis vraiment désolé parce que je sens que je suis actuellement sur des choses qui sont peut-être moins intéressantes sur le plan de la clinique, mais qui, en même temps, me semblent indispensables pour pouvoir mettre tout ça en place : si l’on veut pouvoir parler de l’interprétant il faut aller naviguer dans plein d’eaux bizarres, avec des grands vents, des tempêtes, et peu de moments de grand calme ; il n’y a pas trop de pot-au-noir là.

    Autour de cette question j’avais essayé de montrer qu’il y avait un rapport très étroit entre la question de l’interprétant et la question de la continuité. Je l’avais suffisamment expliqué pour ne pas y revenir maintenant, et j’en étais venu à vous dire quelque chose qui est d’une importance considérable, à savoir que si l’on veut pouvoir évoquer de façon non piagétienne, la question de la manière dont l’enfant rentre dans le langage, c’est-à-dire assume la position que nous avons pris l’habitude d’appeler ici la « position de scribe », eh bien, à ce moment-là, il faut qu’il soit déjà largement plongé dans ce que j’avais appelé la dernière fois l’« argument » ; et il faut qu’il soit déjà capable de saisir la dimension argumentale du langage. Il n’y a aucune possibilité de s’emparer du langage de quelque façon que ce soit si l’on ne saisit pas sa dimension argumentale. Lorsque, mettons, devant ce stylo, l’enfant montrant du doigt dit « bleu », on pourrait être tenté, et on le fait, d’appeler ça une holophrase. Sur un plan sémiotique, on pourrait dire que le doigt est un indice et que le mot « bleu » est un rhème. Le rhème, c’est en somme l’attribut, l’épithète, mais c’est aussi le verbe. Dans la proposition « je marche », il y a un « je » qui est du niveau, disons, de l’indice, et un « marche » qui est du niveau du rhème, du verbe, et l’on peut dire que « je marche », eh bien, ça marche parce que les deux éléments sont concaténés. C’est grace à cette concaténation que le rhème s’applique à « je », qui est un indice, ou plus précisément un type indiciaire. Le langage comporte donc des choses comme celles-là, et ça, comme vous le savez depuis toujours, ça s’appelle une proposition, et, de même qu’il y a un niveau où l’on pourrait traiter le langage comme composé d’autant de mots, de termes, comme on disait à l’époque, de même il y a un niveau où l’on pourrait tout traiter comme des propositions.

    Vous êtes d’accord, on analyse, on prend une phrase : « En effet, il ne s’agit plus ici de la discontinuité naturelle du langage mais d’un hiatus plus fondamental où, d’une certaine façon, la parole montre soit une surcharge soit une carence au niveau de son messager de l’émotion, dans l’expérience du sujet avec son expérience vitale. »

    (…)

  • Marseille 19/20 Octobre

    Marseille 19/20 Octobre

    Colloque de l’AMPI : « Management »… résister pour soigner

    « Management »… résister pour soigner

    Associer « Management » qui renvoie à l’aliénation sociale à soigner qui renvoie à l’aliénation mentale n’a rien d’étonnant dans une journée se référant à la psychothérapie institutionnelle.

    L’articuler autour de la résistance peut cependant questionner, surtout si l’on tire

    la lecture du côté du politique avec incitation à la résistance, à contrario du travail habituel sur le dépassement des résistances.

    S’il est répétitif d’évoquer « la crise de la psychiatrie », il est légitime dans le contexte actuel de poser la question de l’avenir d’une psychiatrie centrée sur la clinique du sujet, respectant l’humain et concevant la folie comme faisant partie de la condition humaine

    Diriger, organiser une entreprise, qui est la définition de l’anglicisme « management », a des effets sur les soins .

    Déresponsabilisation, interchangeabilité, protocolisation effrénée , envahissement des écrits, sous -effectif, aboutissent à une perte de sens du travail et à une fuite du personnel soignant qui rendent difficile l’exercice du métier de soignant.

    La référence à la gestion d’entreprise avec son corollaire de rentabilité effrénée est-elle compatible avec l’exercice d’une mission de service public de santé ?

    Sans désigner un persécuteur bouc émissaire anglo-saxon, est ce un hasard si la « psychiatrie » du DSM est compatible avec la référence au management ?

    Quelle position tenir face au novlangue anglicisant et acronymique ?

    Comment soutenir dans la nosographie et les thérapeutiques une clinique du sujet ?.

    Ou, dit autrement, quelles formes donner à la Psychothérapie Institutionnelle dans les lieux dits de soins psychiatriques en ce début du 21ème siècle ?

  • Psychiatrie de Secteur, Réseau et constellation sanitaire et sociale

    Psychiatrie de Secteur, Réseau et constellation sanitaire et sociale

    par Michel Lecarpentier

    Psychiatrie de Secteur, Réseau et constellation sanitaire et sociale

    par Michel Lecarpentier

    Toute thérapeutique pose la question de la continuité et de la discontinuité des soins, de la place qu’ils occupent par rapport aux investissements et inscriptions de la personne dans le champ social.
    La politique de Secteur vise à cette articulation subtile et à la garantie d’une égalité des citoyens pour que chacun, quel que soit son lieu de résidence, son niveau de vie, sa pathologie, puisse avoir la possibilité de bénéficier de ce service public.
    Le clivage du champ sanitaire et du champ social, leur mise en opposition d’abord sur le plan de leur financement puis sur le plan idéologique, n’étaient pas dans les prémices du Secteur. Tout au contraire, son objet semblait être de tenir compte et de prendre en charge l’aliénation psychique et l’aliénation sociale dans leurs effets conjoints et bien souvent de renforcement réciproque.
    A la faveur de la « rencontre fortuite » de l’idéologie antipsychiatrique et des logiques technocratiques visant à réduire ou à contenir le poids économique de la médecine et de certaines de ses pratiques, la « dissection » de la psychiatrie s’amorça. La psychiatrie générale fut mise en question par le morcellement tendant à la diviser en spécialités dans la spécialité. Des spécialistes éminents trouvèrent alors une reconnaissance en répondant à des thèmes lancés par la « société », auxquels il était tentant de répondre, il faut bien le reconnaître. Beaucoup n’ont pas résisté à cette tentation et cette approche symptomatique fraya le champ de nouvelles identités : pour les professionnels dont le savoir faire particulier ouvrait un champ d’investissement à la quête identitaire des patients qui savaient dès lors ce dont ils souffraient, et pouvaient adhérer aux offres individualisées qui leur étaient dévolues. Les séquences proposées purent quelque temps trouver leur place dans le Secteur, mais progressivement, pour développer ces pôles de compétence partielle mais réputée réelle, l’idée se formula, de leur donner l’ampleur qu’ils mérite et de les rentabiliser dans leur excellence : le statut d’intersectorialité sembla la meilleure aux décideurs ; de plus en plus nombreuses sont les unités fonctionnelles qui l’acceptent ou le sollicitent. Se pose dès lors la question de la suite de ces prises en charge puisque chacun à la modestie de reconnaître ses limites, mais les conflits avec le secteur ou son éloignement, voire simplement les effets surajoutés de morcellement, de clivage, de cloisonnement, rendent problématique le « service après vente », d’autant que la possibilité d’un retour ou du maintien du contact n’est pas inscrit dans le projet de cette prestation.
    La continuité au long cours est donc difficile à mettre en place, et de nombreux malades « tombent hors du monde » du Transfert. Étant donnée la gravité de leurs troubles qui résistent aux projets thérapeutiques intensifs mais de courte durée, certains se trouvent engagés dans des hospitalisations en moyens séjours puis en séjours de longue durée. S’impose, dans le même temps, la prévalence de doctrines d’incurabilité, de handicaps traités comme fixés, et pour lesquels un accompagnement social dépsychiatrisé, sinon démédicalisé serait le garant d’une citoyenneté « de droit commun » en milieu ordinaire.
    Le nombre des mesures de protection a crû ces dernières années au point de concerner 1% de la population française, les urgences sont devenues un problème de Santé Publique, soulignant des problématiques non pas seulement en rapport avec les pathologies elles-mêmes, mais avec la difficulté du suivi et de l’admission en cas de nécessité.

    Documents joints

  • La contractualisation de la société

    La contractualisation de la société

    par Alain Supiot

    La contractualisation de la société par Alain Supiot

    Résumé : L’idée s’est affirmée en occident depuis deux siècles que le contrat serait l’aboutissement indépassable d’un progrès historique arrachant l’Homme aux sujétions des statuts pour le faire accéder à la liberté. Un mouvement irrésistible nous conduirait à un monde où chaque individu ne portera pas d’autres chaînes que celles qu’il se fixe à lui-même.

    Mais le contrat n’est pas cet universel abstrait qu’on se plaît à imaginer : sa signification varie selon les cultures, les époques, et les contextes juridiques. Le contrat n’est pas davantage cette pure relation binaire entre personnes égales, à quoi on croit pouvoir le réduire : il implique une foi commune en un Garant des pactes.

    Dès lors la contractualisation de la société ne signifie certainement pas une libération totale des individus. Elle est plutôt le symptôme du déclin des États et d’une « reféodalisation » du lien social.

    Documents joints

  • Canet, le 08 octobre 2007 Elaboration sur le ton. La dimension tonale du visage à l’œuvre dans le test de Szondi.

    Canet, le 08 octobre 2007 Elaboration sur le ton. La dimension tonale du visage à l’œuvre dans le test de Szondi.

    Canet, le 08 octobre 2007

    Elaboration sur le ton. La dimension tonale du visage à l’œuvre dans le test de Szondi.

    M. B. : Nous sommes le lundi 8 octobre 2007. Vous voulez réagir par rapport à la Journée avec Michel Lecarpentier de samedi ?

    Public : … super…

    M. B. : C’est bref. (rires)

    L. F.-C. : Non, il parle vachement bien… enfin moi, j’ai aimé. C’était bien d’entendre… et Pankow dit par quelqu’un d’autre ! Mais je n’ai rien appris de nouveau, parce que ce sont des trucs que tu dis tout le temps… Enfin j’ai eu l’impression ? Mais c’était bien de l’entendre dire par quelqu’un d’autre.

    Public : C’était bien dit en plus.

    L. F.-C. : Oui.

    P. T. : C’était agréable à écouter…

    Public : … rien que la voix…

    Public : Ah oui, il a une voix… il a l’art de capter… je veux dire, malgré sa voix qui est douce et tout ça, on l’écoutait… Il disait « Vous vous endormez », ben non, pas du tout !

    L. F.-C. : Bon, on sent une osmose ourienne… quand même !

    Public : Il y a un courant là…

    M. B. : (rires)

    L. F.-C. : On sent Oury, les formules, tout ça… Comme Oury, il est super…

    Public : On sent bien qu’il est de là-bas…

    G. P. : … imprégnation…

    L. F.-C. : Oui, les blagues, tout ça, donc… Non ?

    G. P. : Il fait référence à la phénoménologie… quand il se met à citer, c’est pareil…

    Public : C’est bien parce que c’est un peu les mêmes… donc, s’il en avait encore rajouté… ça m’aurait fait un peu peur, mais au moins il parlait des gens dont j’avais entendu un peu parler, que j’avais un peu lus… donc c’était un peu rassurant…

    M. B. : (rires)

    L. F.-C. : Je voyais qu’il était quand même un peu réticent à aller un peu dans les détails. Il a quand même raconté cette anecdote d’Oury là qu’il faut froisser et puis jeter à la poubelle.

    M. B. : Je crois comprendre que ce n’est pratiquement pas la peine de faire passer le test quand on connaît bien Szondi, parce qu’on entrevoit le résultat du test. Ce qui est une manière de dire qu’il y a une réalité profonde touchée par Szondi dans son test. Ça, c’est déjà quelque chose d’intéressant en soi. Puis, il y a toute cette dimension qu’il a développée, dont je n’ai pas beaucoup parlé, et que je trouve intéressante, à savoir ce que le szondi implique sur la question du visage et de la sympathie. On regarde des photos, vraiment des gueules pas possibles…

    G. P. : Il y a des possibles et des pas possibles…

    M. B. : Oui, mais les possibles, ce sont les plus pervers de tous, et tu sens que ce n’est pas… mais en fait, des sales gueules, disons-le, et quand il faut dire quels sont ceux avec qui l’on est en sympathie, il faut faire un effort ! Et tu finis toujours par te dire, en te pinçant le nez, « oh, quand même, allez… celui-là » ! Il ne demande pas le moins antipathique, ce qui pourrait être une solution. La question de la sympathie est donc infiniment subtile. Parce qu’on pourrait confondre ça avec la beauté des traits ou des choses comme ça, mais il s’agit de quelque chose de plus essentiel, c’est une entrée en sympathie avec le « visage ». Lecarpentier, comme Oury, dit que ça vaut vraiment le coup de le distinguer de la figure. C’est un point qu’il a bien soulevé, qu’il a bien développé. Parce que quand même, quand quelqu’un rencontre quelqu’un pour la première fois, il y a quelque chose d’immédiat qui se passe dans la captation du visage.

    (…)

  • Blog invité de Sylvain Bourg

    Blog invité de Sylvain Bourg

    Notre ami Sylvain Bourg nous a fait parvenir ces messages de grande alerte. Nous les relayons aujourd’hui en marque de soutien.

    SUD Santé Sociaux appelle les salariés du Centre de Guidance Infantile à un mouvement de grève le Mardi 28 août 07 à partir de 9h00, en soutien aux éducateurs de l’équipe de l’Hôpital de Jour pour Adolescents.

    Mai 2007 : Exclusion de Mr Daniel Rosé, Psychanalyste dans l’équipe, de toute réunion institutionnelle.

    Juillet 2007 : Mutation autoritaire de Mr Sylvain Bourg, Educateur spécialisé.

    Nous ne pouvons accepter que l’exclusion des professionnels soient l’unique mode de réponse aux questions inhérentes au fonctionnement d’une équipe pluridisciplinaire.

    Après plusieurs changements inter-unité de vie des éducateurs, nous revendiquons un minimum de stabilité afin de maintenir un accompagnement éducatif cohérent avec le projet de soin de l’Hôpital de Jour.

    Fin juillet 2007 : Imposition d’un énième changement interne aux unités de vie, contraire à l’avis de l’équipe éducative et en inadéquation avec le protocole établi en 2006 à l’Hôpital de Jour.

    Nous exigeons que les éducateurs de l’équipe soient entendus dans leurs propositions de modalité d’accueil des adolescents.

    (…)

  • La constellation et le Balint

    La constellation et le Balint

    Christophe Roffi (éducateur spécialisé dans l’unité court séjour au centre de psychiatrie infantile « les Goélands » Spy, Belgique)

    La constellation et le Balint :

    La constellation contre-transférentielle.

    « Il y a les ça-va-de soi et les ça-va-pas de soi ! »1

    « (Ce) fut seulement l’une des nombreuses situations qui ont confirmé ma conviction que les gens ne remarquent que ce qu’ils veulent remarquer »2

    « Pour pauline, le yapounisme tombait sous le sens, lui ayant été inculqué dès sa plus tendre enfance. On le lui avait enseigné, elle y adhérait. Jamais elle n’aurait pu sérieusement considérer que le yapou fût humain. Mieux, jamais elle n’aurait eu le moindre doute concernant l’essence du yapou. Une fois, elle avait entendu son frère Cecil, qui était un spécialiste de l’histoire culturelle du bétail, dire qu’un savant, environ cinq cents ans auparavant, avait soutenu la thèse que le Yapou était un être humain. Ce savant s’appelait Mister Kerela, c’était la femme du directeur du ministère du Bétail, il avait publié le résultat de recherches menées sur terre dans un ouvrage intitulé discours sur l’émancipation yapou, dans lequel il adoptait une position soutenant les droits fondamentaux des yapous, critiquait la nature idéologique de la thèse d’après Rosenberg et prônait une émancipation du Yapou. Personne ne lui avait prêté attention, son mari demanda même le divorce et le comique de la situation atteignit son comble lorsque son propre urinoir télépathe capta sa réticence « est-il juste d’employer un être humain comme urinoir ? » et refusa d’ouvrir la bouche, si bien que le savant fut obligé d’avoir recours à un aspirateur dont l’usage est exclusivement réservé aux esclaves noirs… »3

    Un nouveau patient arrive et je calque des images d’anciens patients sur ce nouveau.

    Certains de ses modes de fonctionnement me font penser à d’autres patients que nous avons accueilli, comme la façon dont se manifestent ses angoisses, ses peurs, sa jouissance. Cela me permet de traiter les diverses manifestations de ses symptômes, ses troubles, ses angoisses et mes résistances.

    En prenant appui sur ma pratique, cela me rassure, calme mon angoisse de recommencer à zéro avec ce nouvel arrivant et au loin de le perdre. Perdre quoi ? Qui ? On dirait une répétition.

    Derrière cela, il y a aussi une implication d’un savoir. Qui implique de savoir d’où on vient.

    Sans m’en rendre compte, je calque des images négatives sur ce nouveau patient, et de plus, ça se colporte.

    Ces identités fictives font leur chemin chez les adultes et les patients. Voilà donc ce nouveau patient -à peine arrivé- qu’il est déjà quelque peu catalogué.

    Je ne suis pas seul à penser qu’il rappelle certain des enfants difficiles.

    En lui mettant un signifiant quelque peu négatif, cela rappelle à l’équipe les difficultés que nous avons eues avec les trois autres enfants à qui il fait penser. Cela crée certaines zones d’incertitudes, d’angoisse vis-à-vis de la violence que ce jeune va faire subir à l’institution (patients et adultes).

    Le voilà à peine arrivé qu’un signifiant lui est apposé.

    Cela a comme résultat une certaine angoisse chez des éducateurs et une peur chez des patients qui sont sensibles aux angoisses des adultes et sur cet enfant qui peut coller à l’image qu’on lui donne. 4

    Comme un Autre du transfert où l’on serait un tout où ce supposé sujet deviendrait un objet de l’Autre.

    Ceci revient alors à une catastrophe pour le patient.

    Pour le dire avec Lacan : « A partir du moment où on connaît la vérité, celle-ci nous ment ».

    Le travail sera de dé-stigmatiser cette identité plaquée en travaillant chez l’enfant, les adultes, les partenaires, l’image de cet enfant que l’on transmettra aux autres.

    Le travail consiste aussi et surtout dans le fait de me poser la question « pourquoi j’ai eu telle ou telle image de cet enfant. »

    Dans ce contexte, Lacan parle du contre-transfert en termes de ‘bêtise’ de l’analyste. Présupposer des choses chez le patient. Qui ne sont que des présuppositions en direct ligne de notre imaginaire.5

    Le travail déjà commencé avec ce patient, il me dit qu’une personne de son entourage lui propose de porter plainte contre un membre de sa famille. Cela me rappelle un moment de mon histoire ou moi-même je suis amené à porter plainte contre un membre de ma famille.

    J’en parle dans le local éducateur. Surprise : certaines des personnes présentes semblent mal à l’aise. Aurai-je profané un lieu saint ? Les dires d’une partie de mon histoire leur rappellent t’ils une situation ? Cela a-t-il ouvert une porte de leur inconscient ?

    Bref !

    Cet enfant est en errance, comme s’il était dans un labyrinthe en train de chercher une issue. Dans ce labyrinthe, il y rencontre diverses personnes à qui il adresse des propos d’une façon que l’on peut interpréter comme étant agressive. C’est sa façon à lui de s’adresser à l’autre. Mais l’autre peut, ou ne peut pas, accepter sa façon de s’adresser, de parler, et lui renvoie une image positive ou négative. Le jeune patient est alors confronté à une impasse et devient quelque peu agressif. Il va errer dans un autre couloir et peut tomber cette fois sur une personne qui le mettra devant une voie de sortie envisageable.

    Dans les méandres du labyrinthe, il y a ce qu’on pourrait nommer des guides de sens, des interlocuteurs qui vont l’accompagner par le biais d’un arrêt en atelier, en thérapie, ou autre moment vers un sens de son errance, un sens de sortie possible. 3

    Il peut aussi escalader le mur pour sortir d’un moment d’impasse – mais il rentrera vite vers l’intérieur du labyrinthe, car dehors il est beaucoup moins évident d’être entendu de la même façon que dans l’institution.

    Les culs de sac du labyrinthe sont comme des signifiants vides de sens, ou qui le renvoient à une image négative de lui : il y répond en étant agressif, en étant le signifiant.

    Les signifiants qu’on lui adresse… pourquoi les lui adressons-nous ? Est-ce ici qu’entre en jeu le contre-transfert ?

    Que lui voulons-nous ? Qu’il réponde conformément à notre attente ?

    Lors de la formation, quelqu’un nous parle du transfert comme d’une métaphore du frigo.

    « C’est de prendre une chose dans un frigo et de le mettre dans un autre frigo. »

    Mais dans un frigo, il se peut qu’il y ait des aliments périmés sans qu’on le sache – mieux vaut ne pas mettre ces aliments dans l’autre frigo pour ne pas le contaminer.

    D’un frigo à un autre, les bactéries du signifiant peuvent en contaminer beaucoup d’autres, voire toute une équipe de frigo…

    Cependant, et heureusement il y a des antibactériens : le Lacan bactéricide, le Delion bactéricide, le Oury bactéricide, le Freud bactéricide et bien d’autres pour désinfecter le frigo avec leurs manuels mis en vente dans toutes les bonnes librairies. Ils sont, comme tout bon manuel, difficiles à comprendre ; il y a des moyens pour les comprendre comme les séminaires, les cartels … mais même désinfecté, il y reste toujours des vestiges.

    La psychanalyse comme outil m’aide à réapprendre à travailler chaque fois différemment.

    Ces vestiges peuvent être un peu d’amour ou un peu de haine voir de l’ignorance du savoir de notre propre bêtisier. 6 Peut-on dire que c’est une sorte d’envahissement d’un signifiant à un Autre ?

    Cet enfant me rappelle des bribes de mon histoire, comme beaucoup d’enfants qui viennent aux Goélands. Et qu’en est-il de l’après notre analyse ? Etre en supervision suffit-il ? Y’a-t-il hygiènisation après ? Entre le un dire et le tout dire, Il y a-t-il des choses à dire et à ne pas dire ? 7

    L’hygiènisation du contre-transfert c’est la supervision et/ou l’analyse ?

    En somme le prix d’une très grosse voiture, voire une maison !

    Ces vestiges, c’est aussi les enfants avec qui nous avons eu des difficultés, qui nous ont mis dans des situations où nos nerfs ont lâché tant ils nous en faisaient voir. Répétition ?

    Et cela le patient le sent, il nous le dit par des « va te faire foutre », « ta gueule connard », ainsi que par des passages à l’acte comme frapper, lancer des objets sur des éducateurs etc. Mais un éducateur doit restituer/reformer/reconstruire le lien entre le patient et l’éducateur.

    De par l’incompréhension de certains mots du langage compliqué des adultes, notre jeune patient se sent agressé par notre façon de lui parler et nous renvoie une réponse fulgurante. A son arrivée, il disait « il faut me parler doucement, calmement », et en effet, il a raison. Il faut y aller doucement et calmement.

    Puis cela fonctionne, un lien se fait. Le transfert va et vient. On peut le percevoir lorsqu’on se dit « on les aime bien quand même, ils nous apportent beaucoup, grâce à eux j’apprends,… ». Sous des aspects d’affectivité soudaine du patient vis-à-vis de nous, nous sommes dans l’erreur.9

    Comment expliquer ma recherche incluant des morceaux choisis de ma vie et son impact sur un, plusieurs patients ?

    Et bien j’en parle à des collègues de « la clinique de moi-même » certains d’entre eux interprètent, font barrage à leur propre vécu. Avec d’autres, on s’en sert comme apport, matériel pour la thérapie ‘institutionnelle’, pour avancer dans le travail avec les patients. On s’aperçoit que les réunions payées ne sont pas toujours les payantes. (D’où l’importance de se parler hors réunion, lors de moments de rencontres fortuites).

    Dans une équipe, il est important de ne pas être seul dans sa pratique. Pour ne pas être seul, il y a les réunions d’équipes, les réunions de reprise et pour ma part mon analyse et les supervisions.

    Certains font une sorte de résistance face à un miroir que peut-être le psychotique. Sorte de psychanalyse parfaite mais horriblement angoissante.

    Certains diront qu’ils ont de la technique psychanalytique.

    Mais attention de ne pas confondre technique et contre-transfert : c’est ici qu’entre l’Ethique.

    1 Jean Oury, entendu lors de la formation du D.U de Psychothérapie institutionnelle, 12-01-2006.

    2 Jerzy Kosinski, Cockpit, Paris, le livre de poche, 1978, page 142.

    3 Shozo Numa, Yapou, bétail humain, vol 1 ch. IV – Discours sur l’essence des yapous, Dijon-Quetigny, éditions désordres, 2005, page 65.

    4 Effet Rosenthal : le patient « deviendra » ce que le soignant « présuppose » de lui.

    5 (Jorge Aleman, Le transfert négatif, Collection rue Huysmans, Navarin, diffusion Seuil, page 66, édition 2005)

    6 Tuteur de résilience selon Cyrulnik.

    7 « …- à la jonction du symbolique et de l’imaginaire, cette cassure, si vous voulez, cette ligne d’arête qui s’appelle l’amour – à la jonction de l’imaginaire et du réel, la haine – à la jonction du réel et du symbolique, l’ignorance. » in Jacques Lacan, le séminaire : les écrits techniques de Freud, livre I, Paris, le Seuil, 1975, page 298).

    8 (cf. intervention de J-A Miller, histoires de … psychanalyse, les pratiques du tout dire, France Culture, 14 juin 2005)

    9 Jacques Lacan, Ecrits, Seuil, Paris, 1966, Intervention sur le transfert, page 225-226.

    Documents joints

  • PI et hiérarchie subjectales

    PI et hiérarchie subjectales

    MEMOIRE DE D.U. DE PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE

    PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE ET HIERARCHIE SUBJECTALE

    INTRODUCTION

    Nul doute au moment du choix du sujet : c’est le terme de « hiérarchie » qui nous a attiré ; évoquant pour certains la notion de rapport de force, pour d’autres des schémas d’organisation napoléoniens, et pour tous des souvenirs hospitaliers de rencontres plus ou moins riches ou difficiles.

    Infirmier, interne, cadres infirmiers, médecin du travail, psychiatre, assistant généraliste : notre groupe de travail est marqué par des trajectoires professionnelles différentes, et c’est tant mieux pour qui se réclame d’une « hétérogénéïté » si chère à J.OURY. Malgré ces expériences variées, nous sommes facilement tombés d’accord sur l’existence de différentes formes de hiérarchie.

    Mais voilà que la hiérarchie devient « subjectale », et que le débat s’anime au sein du groupe. Les avis divergent sur le sens à donner à ce mot, et ce d’autant plus qu’aucun dictionnaire ne peut nous venir en aide…quelle fichue manie que celle de ces psychiatres qui ne peuvent s’exprimer comme tout le monde ! Ceci dit, les néologismes présentent un avantage certain : ils permettent à chacun de les cuisiner à sa sauce ; subjectal comme subjectif, subjectal comme sujet, subjectal comme spatial, comme l’espace des compréhensions qui s’offre à nous.

    Après que chacun ait pû donner son opinion, et que la somme des opinions égale le nombre de personnes présentes, nous avons pensé qu’il était plus intéressant de faire part de nos cheminements personnels dans la hiérarchie subjectale plutôt que de trouver à tout prix un consensus, tout en essayant de mettre en lumière quelques uns de nos points de convergence.

    En somme, respecter notre côté subjectif, tel a été notre objectif…ou peut-être notre « objectal » !

    Cathy FERREIRA, cadre infirmier.

    DIPLOME UNIVERSITAIRE

    PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE

    EQUIPE SOIGNANTE ET HIERARCHIE SUBJECTALE : DANS QUEL CADRE ?

    Cadre de santé depuis un peu plus d’un an , j’ai pris mes fonctions en psychiatrie adulte dans une unité dite de réhabilitation psychosociale mais en fait prenant en charge des patients atteints de pathologies chroniques.

    Consciente de l’importance que peut revêtir la psychothérapie institutionnelle dans le bon fonctionnement d’un service, j’ai tenu dans un premier temps à recevoir chacun des membres du personnel en entretien pour entendre leurs attentes, leurs désirs, leurs projets au sein du service, mais aussi les critiques éventuelles sur le fonctionnement du service. Dans un deuxième temps, il m’est paru tout aussi important de rencontrer un à un les patients parfois hospitalisés depuis plus de vingt ans dans le service afin de faire connaissance et d’entendre ce qu’ils avaient à me dire.

    Il me paraît essentiel de trouver sa place et de définir des objectifs de travail en tant que cadre soignant dans un service de psychiatrie au sein d’un hôpital général. En effet, aujourd’hui le poids de l’administration, le système hospitalier imposent au cadre de nombreuses fonctions administratives (ainsi qu’aux infirmiers) de gestion de temps de travail, gestion de stocks, tableau de bord…. En effet, la lourdeur des charges administratives et la volonté de la hiérarchie hospitalière font que le cadre de santé est bien souvent réduit à un travail de gestionnaire et nié dans sa fonction de cadre soignant.

    Un autre écueil me paraît être la position d’un service de psychiatrie dans un hôpital général, service qui doit être et rester un lieu de rencontres et de désirs mais où le poids de l’administration et la technocratie essaient de formater le fonctionnement des services de psychiatrie comme des services de médecines ou de chirurgie. Des directives d’application de protocoles, de transmissions ciblées, de règles d’homogénéisation, de polyvalence des infirmiers (comme s’ils étaient des personnes interchangeables donc niant la question du transfert) annulent le moindre espace d’autonomie et de créativité donc de désirs pour cré des lieux mortifères.

    La nouvelle gouvernance, l’hôpital entreprise où tout doit être organisé, contrôlé, maîtrisé, contribuent à rétrécir, étouffer cet espace de liberté.

    En concertation avec l’équipe soignante, l’idée est venue de mettre en place des réunions soignants-soignés supervisées par un psychologue. Ces réunions ont pour but d’entendre la parole du patient, d’évoquer leur quotidien. Ceci permet de donner une place de sujet au patient, place souvent oubliée au sein d’une institution toute puissante (service fermé, des journées répétitives, sans responsabilité, absence de clubs thérapeutiques…).

    Il m’est apparu nécessaire de travailler en collaboration avec une psychologue extérieure au service afin d’instaurer une réunion mensuelle avec le personnel soignant. Ces réunions répondaient aussi à un besoin exprimé lors des entretiens individuels que j’avais pu avoir avec les membres de l’équipe. Ce temps de travail leur permet de parler de leur pratique, de prendre de la distance par rapport à certains patients, d’analyser les situations de transferts et de contre transfert. En psychiatrie, il n’y a pas de réponses toutes faites, de protocoles ou de solutions miracles pour la prise en charge des patients. La gestion des phénomènes transférentiels passent par la réflexion sur le déroulement de la relation soignant-soigné.

    J’ai pu constater une résistance de la part de certains soignants qui ne venaient jamais à ces réunions. Ils ne voyaient pas la nécessité de ce travail. Une des raisons pouvant expliquer cette résistance peut-être dans le fait que ces réunions au niveau historique de l’institution n’ont jamais été proposé auparavant.

    Un travail sur l’anamnèse des patients a également lieu dans le service. L’idée de se réunir pour parler d’un malade permet de changer le regard que l’on porte sur lui et ainsi de changer l’ambiance, ce que Jean Oury appelle la pathoplastie.

    Ce travail institutionnel a pu être mis en place progressivement sur une année grâce à un espace de liberté que l’on a bien voulu m’accorder malgré l’absence de soutien ou de reconnaissance dans cette démarche par la hiérarchie. Il ne s’agit pas d’un travail mené collectivement en psychiatrie adulte car les médecins ne sont pas impliqués.

    Bibliographie

    Ouvrages :

    GUATTARI F, OURY J., TOSQUELLES F., « Pratique de l’institutionnel et politique », Ed., Matrice, 1985, 165 pages.

    OURY J., « Il, donc », Ed. Matrice, 1998, 223 pages.

    Revues :

    Soins psychiatrique n°186 ;1996

    Soins psychiatrie n°239 juillet/août 2005

    L’information psychiatrique n°6 juin 1997

    Michel BOUSSEMAERE, cadre infirmier

    Hiérarchie subjectale et équipe soignante. Dans quel cadre ?

    Reconfiguration des hiérarchies au sein de l’hôpital entreprise « en dehors du cadre institutionnel »…Ou vers une organisation scientifique d’un cadre de soins normalisés en psychiatrie

    Dans cette période de transformation du milieu du travail des soignants et donc d’un changement de cadre pour les soignés, il semble que « c’est un enjeu décisif que de parvenir à interroger de telles évolutions qui s’affirment en déstabilisant les cadres de représentations traditionnelles sur le travail et des hiérarchies » (8) et à terme « sur la relation soignant soigné » .

    Jean Oury (9 ) développe à maintes reprises, sur la base de concepts psychanalytiques, les enjeux des » rapports hiérarchiques au sein de l’équipe soignante qui sont transposés tels quels auprès des soignés « ainsi que la « valeur structurelle de l’entourage dans l’édification d’une partie du syndrome psychiatrique » (encore appelée « pathoplastie. ». P Delion (6) développe le concept de hiérarchie subjectale …« les rencontres entre un sujet malade mental et les soignants qui l’accueillent dans un service de psychiatrie ne peuvent passer que par un premier niveau, celui du sujet dont la fonction peut être soignant puisqu’il en a le statut et donc le rôle. Mais pour qu’une telle promesse soit tenue, il est incontournable que le soignant soit lui aussi respecté par « sa hiérarchie » comme un sujet « . Cette définition de la hiérarchie institutionnelle répond sans doute au souhait de L Bonafé d’une hiérarchie permettant « un ordonnancement équilibré, harmonieux, des rôles et des responsabilités ».

    Cependant il me semble que la mutation actuelle de l’hôpital et sa pseudo-logique économique risque de contaminer l’espace institutionnel. Cette crainte me semble confirmée par les auteurs d’un rapport de recherche « sur les relations hiérarchiques au sein des établissements de santé de septembre 2006 du Centre d’Etudes de l’Emploi. Ces auteurs constatent en effet une « reconfiguration de la hiérarchie »(8) imposée par de nouvelles techniques de management de « scientificisation du travail » (8)au sein des « établissement de santé. « Les établissements de santé ne sont pas organisés selon une unique structure hiérarchique mais selon une structure complexe croisant plusieurs hiérarchies interdépendantes : hiérarchies managériales (un cadre infirmier donnant des ordres à ses subordonnées), hiérarchie médicale (pouvoir prescriptif des médecins), mais aussi un ensemble de règles formelles (consignes thérapeutiques, managériales) et informelles (autorégulation des collectifs et arrangements interpersonnels) ou de pratiques incorporées ( les gestions de métiers) ». De cette reconfiguration émergent une « confrontation de logiques différentes et parfois concurrentes : logique technicienne (« bien soigner voir guérir » ), logique managériale (« soigner à un moindre coût ») ; logique relationnelle(« informer ; accompagner, écouter ») ». (8)

    La logique financière semble ainsi prévaloir et justifier des techniques managériales qui tendent quant à elle « à supprimer les spécificités » de la pratique au sein des différents services et d’un service à l’autre (8) : « Protocolisation et certification de l’activité dans une démarche d’accréditation qui tend à uniformiser les pratiques » et « centralisation de la gestion de la main d’œuvre afin de casser les îlots susceptibles de se former dans les services, dans les unités ». L’objectif est de faire tourner davantage les équipes d’un service à l’autre et ainsi de supprimer des spécificités : turn-over des soignants au sein des différents services, sociétés prestataires.. ». C Dejours (4), quant à lui, démontre combien « ces nouvelles méthodes managériales ne peuvent être imputées comme on le pense à l’implacable logique économique, à la loi du marché, à la mondialisation et à la guerre économique. En effet ces techniques sont extrêmement lourdes et augmentent significativement la charge de travail « .

    Par ailleurs « Ces méthodes ne doivent pas leur succès à leur pertinence technique vis-à-vis du travail, mais bel et bien à ce qu’elles apportent comme supplément de puissance. .. » .il parle même de »méthodes de domination »(4)

    Les auteurs du rapport de recherche (8) constatent un décalage constant entre le travail prescrit(la tâche ) et le travail réel (l’activité) et insistent sur le fait que « la réalité du travail

    ne peut être réduite aux plans des organisateurs, car ce sont des professions qui plus que d’autres appellent à l’improvisation ». Ils confirment ainsi le concept de C Dejours sur « le travail comme épreuve pour la subjectivité « . Intelligence pratique et opiniâtreté ne conduisent à la formation de nouveau savoir-faire que si la subjectivité entière est mise à contribution dans le rapport à la tâche »(3).« Aucune organisation, aucune administration, aucune institution aucune entreprise ne fonctionne si les agents s’en tiennent à exécuter strictement les prescriptions. Car si tel était le cas, il s’agirait d’une grève du zèle et le système tomberait en panne. »(4).

    Au sein de l’équipe soignante il me semble nécessaire de réfléchir à la place dévolue aux psychiatres au sein de ces hiérarchies hospitalières complexes et inter-dépendantes. Ainsi l’évaluation des pratiques professionnelles prescrite sur le plan national par le ministère de la santé à tous les psychiatres français a de quoi surprendre.. Même C Dejours, pourtant chercheur en psychodynamique du travail énonce l’impossibilité de décrire le travail du psychiatre qui serait pourtant la première phase indispensable de l’évaluation des pratiques. « Nul ne sait même décrire en terme de travail en quoi consiste l’activité d’un psychiatre, tant elle est complexe et variable d’un praticien à l’autre, d’une clientèle à l’autre, d’un registre de soin à l’autre ».Pourtant « dans le cas de l’évaluation, le zèle à faire fonctionner ce système est d’autant plus important qu’il est facile de montrer que, quelles que soient les méthodes mises en œuvre, elles sont toujours fausses et injustes…La place qui revient au zèle est ici facile à identifier dans le succès de ces nouvelles prescriptions nationales. Quoiqu’il en soit l’étape décisive dont dépend la réussite du projet est la mise en œuvre de l’E P P sur une partie relativement faible de la profession. Réussir une première vague d’EPP, en l’absence de tout contenu, de tout fondement et de toute justification théorique et pratique, puisque sa visée n’est pas l’amélioration de la qualité, qu’on ne peut pas définir, mais l’accroissement de la domination des médecins. ».(4)

    Je n’ose imaginer la forme ou les répercussions transférentielles de ce système de l’Organisation Scientifique du travail et donc du Soin, face à ces patients en grande souffrance de morcellement.pensée par des hiérarchies aux logiques contradictoires, organisant la division de la tâche, la pression temporelle, et ainsi déstructurant le cadre actuel pour appliquer l’éthique de la Normalisation …

    Et si à cause et grâce à leur folie, ceux qui sont dits « fous « , ceux qui fréquentent l’institution en tant que soignés en venaient à nous renvoyer l’image de notre propre assujettissement à des dogmes erronés…

    Et à nouveau de citer J Oury « L’objet sur lequel l’effort doit porter doit être précisé. En effet-malades ou personnel- ces objets d’ »exploitation » sont des « objets sujets », et d’oublier le second tend à faire dégénérer l’ensemble des rapports humains qui se développent dans le groupe… ».

    Et de finir avec F Tosquelles » sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît ».

    Bibliographie :

    1. Buzaré Alain ; La psychothérapie institutionnelle, c’est la psychiatrie ! de éditions du champ social

    2. Dejours C Souffrance en France : la banalisation de l’injustice sociale, seuil 1998

    3. Dejours C rapport final 2005 pour le ministère de la santé, commission thématique violence, travail, emploi et santé, 137p

    4. Dejours aliénation et clinique du travail p122-144

    5. Delion P « la psychothérapie institutionnelle une démarche » soins psychiatrie-1996-N°186 p7-20

    6. Delion P Encycl Méd Chir, Psychiatrie, 37-930-G-10, 2001,19p

    7. Jamet D J M e l’humiliation au respect des personnes

    8. Jouvin N ; Wolf L « Entre fonctions et statuts, les relations hiérarchiques dans les établissements de santé »Rapport de recherche du centre d’études de l’emploi dans les établissements de santé ; septembre 2006 ; n°32 ;

    9. Oury Jean Psychiatrie et psychothérapie institutionnelle éd Payot

    Ahmed BELLAHCENE, infirmier.

    Équipe soignante et hiérarchie subjectale : dans quel cadre ?

    PLAN

    Introduction

    Définition

    Cas du choix aide soignant

    Hiérarchie subjectale et équipe

    Cas de l’hospitalisation

    Hiérarchie et organisation du soin

    Cas dysfonctionnement de l équipe

    La hiérarchie n’empêche pas le conflit

    Cas de la formation tutorat

    Hiérarchie et hôpital entreprise

    Conclusion

    Position de la hiérarchie et équipe

    Moi et la hiérarchie

    Prolongement de la réflexion

    La formation en psychothérapies me donne l’occasion de faire le point sur ma pratique infirmière et de réfléchir sur les interactions entre les différents membres d’une équipe pluridisciplinaire. J’ai toujours eu à cœur de positionner le patient au centre de mes intérêts avec le souci de remettre en question ma pratique soignante. Cependant dans mon expérience professionnelle « se donner une chance au hasard » ou s’en remettre à ses convictions « ne va pas de soit » forcement . Il faut même beaucoup de courage si l’on veut dire : « ça suffit » et résister à sa hiérarchie car je ne fais pas ce que je veux .

    Je souhaiterais dans le cadre de ce mémoire réfléchir au sens que je veux (ou peux donner) à mon travail, évoquer mes convictions, mon engagement et finalement m’interroger sur les questions suivantes :
     Quelle est ma place dans l’équipe soignante ?
     Quel est mon rapport à la hiérarchie et son emprise sur moi ?

    Clarifions d’abord la hiérarchie ; il existe, en premier lieu, une hiérarchie statutaire, pyramidale où chaque soignant à un rôle, une fonction qui correspond à son statut. Cette hiérarchie met l’accent sur une vision pragmatique, avec le souci d’optimiser l’organisation des différents soignants.

    En second lieu, une hiérarchie fonctionnelle qui tient compte du sujet et de ses facultés d’initiatives, elle fait appel à des notions subjectives appelons là  » la hiérarchie subjectale ».

    A ma pratique infirmière correspond une organisation complexe où cohabite le formel et l’informel, l’implicite et l’explicite …., Le tout mobilisant notre savoir, notre savoir-faire et notre savoir être. La hiérarchie, de toute évidence, oriente et prédispose nos compétences où chacun des membres de l’équipe a une place définie et s’inscrit légitimement dans l’organisation du soin.

    Pourtant, d’un point de vue pratique, on ne peut se satisfaire d’une hiérarchie aussi structurante, cloisonnée et souvent éloignée de nos réalités.

    D’ailleurs, sur le terrain, j’ai souvent été amené à solliciter un aide soignant expérimenté plutôt qu’une jeune infirmière ; mon choix est fait dans le but de gérer au mieux une situation particulière (cas d agitation par exemple). J’ai donc procédé à une dé-hiérarchisation pour re-hiérarchiser de nouveau, c’est une manière de redistribuer les cartes de la hiérarchie où l’aide soignant me paraît plus compétent que l’infirmière a un moment donne. Il va de soit, qu’il s’opère dans les interactions quotidiennes des membres de l’équipe soignante, un remaniement permanent de la hiérarchie où cohabite la hiérarchie statutaire et subjectale. Cette dernière est donc directement liée à l’ambiance, du service où seule cette hiérarchie fonctionnelle permet d’entrevoir une autre approche du soin (sans nous départir pour autant de notre fonction principale et de nos responsabilités). Il est donc nécessaire de faire cohabiter ces hiérarchies dans une alchimie savamment dosée (sous couvert de nos supérieurs hiérarchiques) entre individus afin de facilité la bonne organisation de l‘équipe.

    Par ailleurs, chacun sait que les médecins et les cadres de santé détiennent, de par leur statut un savoir opérant. Il est simple de comparer sans cynisme la fonction d’un agent remplaçable qui effectue des actions répétitives et celle d un responsable plus libre capable de décider. Dans ma pratique infirmière, je sais qu’il est difficile de s’opposer ouvertement à un supérieur hiérarchique. On le sait : « le chef a toujours raison ». Pourtant en psychiatrie ,il est primordial de ne pas faire l ’économie d’échanger et de confronter l’avis de chacun au-delà de son statut. Je suis convaincu que plus un soignant est impliqué dans un pouvoir décisionnel et plus il sera capable de modifier son comportement. La hiérarchie subjectale permet d’écouter et d’accepter l’autre, elle évite le cloisonnement des idées. En préservant son libre arbitre et le bon sens, la hierachie subjectale oxygène la hiérarchie statutaire, elle donne une consistance, une âme aux potentialités soignantes chères à Jean OURY. Elle permet de développer nos ressources et améliore la cohabitation de chacun des membres de l’équipe pluridisciplinaire.

    La hiérarchie subjectale est une invitation à la relation, l’échange ; elle fait de nous des acteurs sur la scène du soin et des preneurs d’initiatives, elle soulage ainsi nos résistances et nos frustrations par un partage de responsabilités. Trop souvent dans les unités de soin existe un clivage entre ceux qui savent et ceux qui ne savent pas, cet isolement met de coté toute une catégorie de personnel qui se sent incompris. La hierachie subjectale rétablie cet équilibre, donne alors un sens à la démarche thérapeutique où chacun quel que soit son grade peut se sentir investi d‘une mission auprès du patient. Elle favorise le mouvement, décloisonne l’équipe qui est alors capable de se réapproprier un savoir qui devient alors l’affaire de tous ; c’est ainsi que se construit l’hétérogénéité de l’équipe.

    Il m’est souvent arrivé au cours d’entretiens infirmiers d’être à l’origine d’une hospitalisation d’un patient et de l’organiser auprès de mes collègues. Je sais que cette option m’est permise grâce à la confiance que me témoigne le médecin sans pour autant me substituer à lui au cours de l’entretien ni me passer de son accord en cas d’hospitalisation.Je sais qu’il peut y avoir un risque à prendre à la vue des responsabilités de chacun mais il vaut la peine d’être pris si on veut inscrire le soin dans un collectif et le voir dans un continuum. Bien sûr, je connais mon rôle, mon statut, mais comment ressourcer mon initiative, mon implication et mon engagement auprès du patient ?

    En effet tout est une question d’interprétation, de transfert. Au-delà des exigences de mes supérieurs hiérarchiques (sans rentrer dans l’écueil narcissique du parfait infirmier obéissant) ce qui me motive c’est aussi le désir, mon envie personnelle de venir en aide au patient qui souffre. Ma vision de l’équipe et de la hiérarchie s’inscrit dans un perpétuel mouvement, une oscillation ininterrompue dans le brassage permanent des membres de l’équipe soignante ou le « je » de mon idéal se fond dans le collectif pour se transformer en ”nous” .

    II est indispensable de revoir les principes de notre fonctionnement d’où la nécessité de repenser l’équipe sans cesse…même les crises sont nécessaires ; « soigner le patient c’est soigner l’institution » disait Pierre DELION.

    Il ne s’agit pas de réciter dans son coin une partition mais plutôt de battre la mesure à l’unisson du collectif sous le tempo de la hierachie. En réalité la hiérarchie ne règle pas tout ; en discutant avec des collègues, la cohabitation est parfois difficile et ce pour une même fonction.

    Ainsi, j’ai souvent vu des dérapages qui déstabilisent l’équipe, quand travailler avec l’autre devient difficile voir impossible. Il règne alors un climat d’incommunication où les non-dits circulent et alimentent les malentendus, le tout dans un climat de rancœur et de frustration ; le réactionnel l’emporte alors sur le relationnel et en bout de chaîne c’est le patient qui en pâtit…

    Je suis actuellement une formation « tutorat » au centre hospitalier de Seclin, qui vise à venir en aide aux jeunes infirmiers sur le terrain afin de leur transmettre l’expérience des anciens. On se rend compte aujourd’hui des lacunes dans la formation actuelle des étudiants en institut de formation en soin infirmier peu adapté aux réalités pratiques du terrain. Pour ma part, au vu de la spécificité de la psychiatrie, cette formation me paraît superflue, je pense qu’il serait plus judicieux de se donner du temps pour comprendre pourquoi nous ne communiquons plus ensemble alors que la fonction d’encadrement s’inscrit naturellement dans notre pratique quotidienne. Transmettre son expérience, son savoir c’est l’affaire de tous pour le peu qu’on intègre l’autre dans sa constellation. Je pense que nous avons une part de responsabilité dans cette problématique relationnelle et que nous alimentons nous même les clivages en distinguant les bons « anciens »et les mauvais « jeunes »,comme nous l’avons fait aussi avec les infirmiers diplômés d état et les infirmiers de secteur psychiatrique. De manière assez caricaturale, notre entendement professionnel semble hiérarchiser une échelle qualitative du soin qui devient alors plus opérante chez certains que d’autres d’où une forme de ségrégation.

    Pendant cette formation on met l’accent sur notre compétence, notre expérience et la nécessité de la transmettre…or, je ne veux pas être le dépositaire d’un savoir, convaincu que j’ai aussi à apprendre de l’autre qu ‘il soit patient ou soignant.

    A mon avis ,le problème se situe à un autre niveau car depuis un certain temps, l ‘hôpital est confronté à une logique d’entreprise où seul le résultat compte, une sorte de déshumanisation technocratique prend naissance. Le soin tend à s’uniformiser, se standardiser et fait la belle à la hierachie statutaire. On ne parvient plus à nuancer notre activité, elle s’inscrit de plus en plus dans une lisibilité administrative calculée d’avance où la spontanéité et l’imprévu n‘ont pas de place.

    Sous-investie, la hierachie subjectale est moribonde et les nouvelles techniques de management auront vite fait de formater le soin. Ce fonctionnement stigmatise une hiérarchie pesante et élitiste qui détruit notre imaginaire et notre créativité. Malheureusement, cette vison dogmatique du soin est de plus en plus présente, en atteste les nouveaux intitulés de profil de poste où l’on parle de fiches de poste pour les agents hospitaliers et de fiches de fonction pour les infirmiers : Une manière de renforcer les hiérarchies statutaires sans oublier actuellement la deuxième phase de l’accréditation qui s’attaque directement au soin par l’évaluation nos pratiques professionnelles.

    .

    Nous l’avons vu, la hierachie est complexe dans son articulation, à toutes mes questions, il n’y a pas forcément de réponses, mais des ébauches de solutions. La hiérarchie se décline dans toutes nos institutions, elle porte en elle plusieurs significations, alors qu’aucune méthode ne permet de mesurer clairement son impact au sein de l’équipe soignante. La hiérarchie est présente et le restera, elle est nécessaire car elle garantit à la fois le cadre et la stabilité institutionnelle. Cependant, elle doit être nuancée dans son application, c’est la combinaison des deux hiérarchies qui harmonise le fonctionnement de l’équipe et lui permet de se faire entendre différemment.

    En effet, l’infirmier est polyvalent, on lui demande d’élargir son champ d’intervention tout en rendant des comptes. C’est bien dans cette cohabitation du devoir et de l’initiative que se vivent les hiérarchies. La hiérarchie subjectale reste donc fragile dans ses limites, c’est un espace qui interroge nos motivations et nos ressources avec l’envie d’inscrire notre imaginaire et notre idéale dans un futur proche. “Tout est transfert disait” Jean OURY.

    Quant à moi, je ne suis pas un décideur, mais je n’ai pas envie d être qu’une courroie de transmission, cantonné à un rôle d’exécutant prédisposé à obéir…La hiérarchie subjectale véhicule en moi cet espoir où chacun de nous quelle que soit sa fonction peut participer à l’édifice du mur du soin car cette hiérarchie là ne fige pas notre statut mais l’épanouit. A l’instar de cette cohabitation entre ces deux hiérarchies je fais le parallèle entre notre raison et notre inconscient ; c’est aussi dans ce rapport ambigu à la dialectique que la raison (hiérarchie statutaire) se heurte à notre inconscient (hiérarchie subjectale) et que notre inconscient échappe à notre raison.

    Aussi, la hiérarchie prolonge ma réflexion sur la relation entre la liberté l’obéissance, l’imaginaire, le réel, pouvoir, savoir et finalement ce que je suis et ce que je voudrais être.

    La hiérarchie interroge sur les paradoxes que nous portons tous en nous, de cette part d’opacité nécessaire pour réussir la rencontre avec l‘autre. La hiérarchie subjectale ne renforce pas notre pouvoir mais améliore notre savoir pour un meilleur savoir devenir. Préserver la hiérarchie subjectale c’est garantir une cohésion solidaire et humaine de l’équipe soignante pour que subsiste un liant entre décideurs et exécutants.

    Thomas Dutoit, assistant généraliste.

    PETIT CONTE D’UNE HIERARCHIE ORDINAIRE

    OU

    L’HISTOIRE DU GRAND MECHANT VOUS.

    Il était une fois un étudiant en médecine travaillant ardemment et qui, à force d’un dur labeur et de longues journées d’amphithéâtre, passe du modeste statut d’externe (celui qui reste dehors) au tant convoité poste d’interne (celui qui entre enfin dans l’hôpital !).

    Jusqu’alors il s’appelait « Tu », Tu l’externe ; mais cette promotion change même jusqu’à son prénom. Désormais, les infirmiers, aide-soignants, brancardiers et autres ASH lui disent « Vous ». Vous n’aime pas trop son nouveau prénom, il a du mal à s’y faire. Et puis il se dit qu’on l’appelle Vous comme les docteurs, comme les professeurs, comme les patrons ! Et Vous se sent fier car il appartient maintenant à la prestigieuse tribu de « Ceux-qui-savent » et qu’on écoute. Dorénavant, nul besoin de se cacher dans l’ombre du chef durant « la visite au lit du malade, […] témoignage d’une maitrise et mise en scène d’un savoir souverain » [2].

    Finalement tout à fait satisfait de son nouveau grade, Vous rentre seul dans la chambre des patients. Aux urgences ça se passe bien, Vous reproduit les gestes et discours enseignés par ses maîtres. Le malade est une dyspnée, une douleur thoracique, une déformation douloureuse du pied en varus avec oedème sous-malléolaire externe (bref une entorse). Vous applique des questionnaires appris, additionne les symptômes, en fait un syndrome et finit par reconstituer le puzzle de la maladie. Il ordonne un soin ou un traitement et quitte le patient, reconnaissant (Mais qui de Vous ou du patient est « reconnaissant » ?…).

    Vous examine, choisit, décide, panse des plaies mais ne pense plus guère. Bien que satisfait de son nouveau grade, et alors même que ses compétences sont reconnues, il lui semble avoir abouti sans réellement être arrivé. Il finit par laisser de côté ces futiles pensées, ce d’autant plus que son semestre se termine et qu’un nouveau stage se profile : psychiatrie à Bailleul.

    Vous est étonné en pénétrant pour la première fois dans l’enceinte close de l’EPSM, appelé « la grande maison » par les autochtones. Une atmosphère particulière baigne les lieux, empreinte des temps asilaires (passés ?…) et des mythes flamands, parfum de bizarrerie, voire de surnaturel. Ca ne ressemble en tous cas en rien aux hôpitaux que Vous a déjà fréquenté. Et comble de la surprise : « Ceux-qui-savent » ne portent pas la traditionnelle blouse blanche, n’arborent aucun signe distinctif, pas même un sthéto en guise de cravate ! Vous se dit alors qu’il pourrait être pris pour un patient, et cette considération saugrenue l’angoisse quelque peu. Il demande sur un ton faussement léger et plaisant comment distinguer malades et soignants ; le cadre lui répond :

    « Les soignants, ce sont ceux qui ont les clefs, les autres, ce sont les malades. »

    « Et c’est tout ?!… »

    Bien que Vous trouve cette réponse ridicule, il s’empresse de se procurer un trousseau et questionne quelques membres de l’équipe à propos des pathologies de la population des lieux. On lui explique que certains des « sans-clefs » n’ont pas quitté l’EPSM depuis des semaines, que d’autres vivent là même, comme enfermés sur leur « Ils ». « Ils » comme « les autres », comme « Ils se plaignent, Ils remuent, Ils délirent, Ils ne respectent rien, Ils sont fous… »

    Vous tache de rester stoïque et demande à recevoir quelques Ils dans son bureau, pour leur faire bénéficier de sa science, les sortir de leur miséreuse condition.

    Le premier Il est triste, indifférent ; il pleure sans pudeur, dit qu’il veut mourir. Vous pense : idées suicidaires, apathie, aboulie, asthénie, amimie… et après qu’Il soit sorti, Vous lance glorieusement à l’infirmière qui l’accompagne :

     ? « Il est dépressif ! »

     ? « Ca c’est un scoop » répond cette dernière qui se permet même d’ajouter : « Je n’avais pas remarqué ! »

     ?

    Vous ne relève pas ce propos ironique et poursuit son travail.

    Le deuxième Il gesticule et parle sans cesse. Il interpelle Vous par son ancien prénom, tient des propos sans queue ni tête, s’esclaffe, se lève, s’assoit, rit, crie, radote, postillonne… Il amuse Vous une minute, puis l’agace de plus en plus et finit par devenir franchement insupportable car Vous ne peut pas en placer une, ne peut dérouler comme il l’entend son catalogue sémiologique. Il finit par sortir, non sans l’insistance d’un infirmier ; ses mots flottent encore dans la pièce bien après son départ, comme un écho.

    Une pause indispensable et Vous poursuit. Le troisième Il est une Elle, jeune, mutique, et assez mignonne pense Vous qui immédiatement ejecte cette remarque de son esprit scientifique. Elle fusille Vous du regard. L’inertie de son corps tranche avec le feu de ses yeux. Elle demeure silencieuse malgré les injonctions de Vous qui se sent de plus en plus mal à l’aise. Ce silence, cette absence de réponse lui sont insupportable car ils reflètent son incapacité à comprendre, à diagnostiquer. Elle quitte brutalement la pièce. Vous est épuisé.

    Pendant plusieurs jours, Vous répète rituellement les consultations. Il tente d’élaborer des hypothèses pathologiques, prescrit, se noie dans ses bouquins. Chaque soir, il rentre chez lui plus dépité et angoissé que la veille.

    Vous finit par se plaindre de ces Ils indociles et de ces conditions d’entretien. Il reproche au personnel soignant leur manque d’implication, vitupère quiconque s’octroie une pause.

    « On ne fout rien dans ce service » , « On n’avance pas… », « Les Tu sont incompétents »… Son discours devient acerbe. Vous regrette le temps des urgences et même son ancienne tribu des Tu.

    Un après-midi, à la suite d’une série d’entretiens toujours aussi désespérants, Vous est au comble d’une humeur maussade. Une ASH du nom de Peggy, dont il ignorait jusque là l’existence, s’approche et lui dit :

    « Vous voulez trop bien faire, vous vous usez à tout vouloir comprendre et changer. Ce qui est efficace, ce n’est pas ce qui est exact, mais de l’ordre de la vérité ». [6]

    Vous médite cette phrase, et le lendemain, s’adresse pour la première fois à l’équipe du service pour leur demander leurs avis sur les Ils. Les Tu s’expriment alors sous forme de « Je » et de la même manière qu’il faisait la somme des symptômes aux urgences, Vous collecte les opinions de chacun. Des divergences se font jour, mais malgré les désaccords, un nouveau savoir partagé apparaît comme par miracle. Vous découvre des pistes de soins et son angoisse s’estompe. Il possède désormais un nouveau trésor né de la constellation des personnes présentes, tapi dans les entours, caché au fin fond des sous-jacences.

    Vous est soulagé, souriant. Il conclue la réunion par un retentissant :

    « Nous avons fait du bon boulot ! »

    MORALE

    Quand le grand méchant Vous accepte de ne plus fixer les règles du Je, alors il se transforme en gentil Vous qui Nous des liens…et chacun peut se promener sans crainte dans le Moi.

    DISCUSSION

    POSITION DE SAVOIR

    « C’est un fait que dans le Collectif psychiatrique le médecin fait problème. » [5]

    Cette affirmation énoncée par J.OURY apparaît assez sentencieuse à l’égard du corps médical, dénoncé comme individualité évoluant au sein d’un groupe. Et il est vrai qu’au sortir de ses études, un jeune interne a acquis la conviction d’un savoir et d’une maîtrise. Cette position de savoir lui confère une aura qui le convainc qu’il peut travailler seul, qu’il n’a besoin de personne , mais « il est abusif de croire -et tout le monde vous le fait croire- qu’on fait œuvre médicale simplement en étant médecin et en venant régulièrement à l’hôpital. » [5] . Le statut de médecin n’implique pas le soin, surtout quand il sert à marquer une différence de valeur, une manière différente d’ « être », quand il oppose médecin et autres membres de l’équipe ou médecin et malade. D’un côté celui qui sait, et de l’autres ceux qui ignorent. Or bien souvent cette attitude caricaturale non seulement empêche de reconnaître le potentiel thérapeutique de tout un chacun, mais surtout entretient l’illusion d’une connaissance totale et d’une pleine maîtrise. Elle empêche la reconnaissance de l’autre comme individu, comme altérité et ne permet pas la rencontre, surtout quand elle se situe « dans le secret et la contrainte (séductive ou armée) du bureau médical. » [8]

    LA RENCONTRE

    « La rencontre […] peut se limiter aux répétitions des gestes et des paroles appris au cours des études, imités des patrons. » [2] ; et il semble possible de se soustraire à la dimension relationnelle du soin quand le corps du patient est perçu comme un assemblage d’organe dans lequel un dysfonctionnement traduit une pathologie. Mais quelle est la partie « psychiatrique » du corps ?

    Je serais tenté de répondre : les mots, le discours ; autrement dit, rien de bien stable ou palpable. Car les patients nous parlent, et pas seulement de leur corps, et pas uniquement en psychiatrie. Ils nous parlent d’eux, de leur histoire, de leur souffrance. Le médecin éprouve alors une « difficulté à se situer entre deux positions antinomiques, celle de l’intimité et celle du soin. » [4]. On ne choisit pas son transfert, et, quand un patient fait appel à l’homme qu’il a en face de lui en tant qu’homme et non pas en tant que médecin, ce dernier voit surgir ses propres émotions, ses propres souvenirs. En redonnant à la relation sa dimension humaine, le praticien s’expose, ne peut plus se cacher derrière son statut, or « les médecins n’aiment pas sortir de leur champ propre, ni se frotter à d’autres thèmes. Preuve encore de leur insécurité et de leur manque d’ouverture. La pluridisciplinarité tant prônée ne va tout de même pas jusqu’à souhaiter l’hétérogénéité, que d’autres scientifiques que les médecins pourtant n’hésitent pas à affronter. » [2] Il perd de sa maîtrise et cela se traduit parfois par un sentiment d’échec et des réactions d’angoisse

    LE COLLECTIF

    « Tous les pièges de l’évitement d’angoisse (rationalisation, compréhension) doivent être déjoués […] mais ils ne peuvent l’être que si l’angoisse est accueillie et tant que telle et non pas seulement maîtrisée. » [5]. Et faire le deuil de son sentiment de maîtrise pour le médecin revient à rompre avec la hiérarchie statutaire pour trouver une hiérarchie respectant l’individu, par exemple en reconnaissant le rôle soignant que chaque membre de l’équipe peut avoir au contact des patients. En reprenant le conte, cela revient à se défaire d’un « vous » de déférence et de différence pour instaurer « le primat du Nous sur le Je, par le canal de l’identification. » [8] Le « vous » peut ainsi devenir un « tu » d’appartenance à une équipe, à un collectif qui en lui-même génère un nouveau savoir. Ce collectif ne doit pas être fermé ou exclusif car « on vit dans des groupes différents, et on passe et l’on doit passer d’un groupe dans un autre groupe, aussi bien dans le processus d’individuation ou de personnalisation que dans la praxis de la vie sociale, qui est appartenance. Dans cette perspective, ce qui peut devenir « sémiologique », ce sont les signes de passage, les signes de leur articulation et de leur désarticulation. La sémiologie est celle des difficultés, des échecs, celle de la réduction des champs d’appartenance et d’action des malades. » [8]

    Comme l’a si bien dit Alain BUZARE au cours de la journée de psychothérapie institutionnelle du 07/09/06 : « Le Nous tient grâce à la somme des désirs des Je. »

    HIERARCHIE SUBJECTALE

    « Ce renversement de la perspective du fonctionnement habituel des hiérarchies professionnelles s’articule autour d’une dialectique difficile : déhiérarchisation statutaire/rehiérarchisation fonctionnelle ou subjectale. » [1]

    Au moment de conclure sur ce que représente à mes yeux la hiérarchie subjectale me reviennent quelques phrases entendues au cours de nos journées d’échange, des notes habillant les marges de mon cahier :
     Eviter que l’étrange devienne l’étranger.
     C’est avec des failles qu’on travaille
     Accepter une part d’opacité…

    Et en pensant à cette part d’opacité qui est nôtre, je me dis que la hiérarchie subjectale, si elle peut concerner les rapports qu’entretiennent entre eux les individus quelqu’ils soient, correspond avant tout au rapport que chacun entretient avec lui-même. Elle se voudrait ainsi le reflet du conflit qui nous habite, la mise en lumière de nos désirs, de nos pulsions, de nos interdits ; en somme la révélation du « ça », du « moi » et du « surmoi » que FREUD décrit dans sa deuxième topique.

    BIBLIOGRAPHIE

    10. DELION.P « Thérapeutiques institutionnelles »

    Encyclopédie Médico Chirurgicale, Psychiatrie 37930 G10 2001 4° édition 1996

    11. ISRAEL Lucien « Initiation à la psychiatrie »

    Editions MASSON 1984

    12. JAMET J.M. « De l’humiliation au respect des personnes »

    Soins en psychiatrie n°205 Nov/Dec 1999

    13. MARTINAUD M. « Hiérarchie et changement institutionnel »

    L’information psychiatrique n°6 Juin 1997

    14. OURY J. « Psychiatrie et psychothérapie institutionnelle »

    Editions PAYOT 1976

    15. OURY J. « Le Collectif. Le Séminaire de Sainte-Anne »

    Editions CHAMP SOCIAL 2005

    16. OURY J. « De l’inestimable du travail psychiatrique »

    Pratiques en Santé mentale n°3 2003

    17. TOSQUELLES F. « De la personne au groupe. A propos des équipes de soin »

    Collection « des travaux et des jours. Editions ERES 1995

    Documents joints

  • L’accueil

    L’accueil

    L’ACCUEIL :

    Petite étude sémantique du mot « accueil » et petite réflexion et rappel théorique sur le rôle de l’accueil en Psychothérapie Institutionnelle…

    Pour commencer, pour nous mettre dans « l’ambiance » de l’accueil et nous permettre d’y voir un peu plus clair, rien de tel que de s’imprégner de l’origine sémantique des mots liés à cette notion bien plus complexe qu’elle n’y paraît.

    ACCUEIL-ACCUEILLIR : du latin « accolligere » qui signifie « RASSEMBLER ». Selon la définition de notre dictionnaire Larousse national : l’accueil est défini comme la RECEPTION faite à quelqu’un. Accueillir c’est RECEVOIR bien ou mal. C’est aussi apprendre à ACCEPTER. Prendre bien ou mal ce que l’on dit ou que l’on annonce. Avant le XIIIème siècle il signifiait protéger, réunir, associer et aider.

    Il est toujours intéressant également de s’attarder sur les synonymes liés à la fonction d’accueillir : admettre-annoncer-agréer ; et ceux liés à la personne accueillante que l’on désigne comme affable, avenante, engageante.

    Nous ne manquerons pas de remarquer l’importance accordée par la signification sémantique aux notions de RECEPTION, ENGAGEMENT, de RASSEMBLEMENT et d’ACCEPTATION.

    Maintenant essayons simplement de décomposer le mot accueillir : a/cueillir. « Cueillir »…tel le fruit que l’on cueille de l’arbre. En psychiatrie le fait d’accueillir pourrait consister à cueillir le fruit mûr à point, celui qui est le plus difficilement accessible, le meilleur, avant qu’il ne tombe et pourrisse au pied de l’arbre. D’ailleurs cueillir vient du latin « colligere » qui signifie également rassembler.

    Mais que s’agit-il de cueillir, de recevoir, d’engager, de rassembler, d’accepter en psychiatrie, en psychothérapie institutionnelle ?

    Nous allons voir que nous retrouvons ces significations sémantiques…

    En psychothérapie institutionnelle, l’accueil a une fonction prépondérante, elle permet de favoriser « LA RENCONTRE », un autre concept clé de la psychothérapie institutionnelle. J’emploie le verbe « favoriser » car l’accueil ne signifie pas qu’il y ait toujours rencontre. La rencontre est un phénomène rare, inattendu, imprévisible : elle est « tissée de hasard et de réel » selon LACAN et l’accueil est certainement une des dispositions préalables à la rencontre.

    La rencontre : autrement dit « accueillir » le transfert. On pourrait même dire réceptionner, cueillir le transfert. Lorsqu’il y a rencontre, chacun est marqué par les effets de l’autre, il y a inscription et chacun n’est plus tout à fait comme avant.

    « Celui qui pourra être le réceptacle en sera pour un temps le porteur : sémaphore, porteur des signes de l’autre dans son appareil psychique. La force qui porte les signes du patient vers le soignant est celle du transfert »(1)

    La démarche on l’a bien compris ne consiste pas en l’évitement, le déni de la relation pour se protéger de l’influence possible, difficilement maîtrisable de ce qui engage une telle relation, mais bien en l’acceptation et même de la recherche de ce transfert que l’on va considérer comme un outil à disposition et qui va faire l’objet d’analyse lors de réunions :


    (1), DELION pierre. Accueillir la personne psychotique. A la mémoire d’Eddi Cheloul site internet http: //delorycd.club.fr/auteurs/DELION

    actualisation de la fonction dite « métaphorique », qui permet de travailler le sens des signes du patient autiste ou psychotique par « le repérage patient des invariants structuraux qu’il dépose à son insu tout au long de sa trajectoire transférentielle »(2)

    Pour accéder à l’interprétation de ce transfert, il faut donc que le soignant soit un minimum engageant, avenant dans la relation, admettre l’utilité de cette fonction de transfert et accepter de s’en servir, c’est à dire accepter la rencontre et accepter de parler de soi, de ce que l’on ressent, « l’effet du miroir » (« analyse du contre-transfert institutionnel » selon TOSQUELLES, par l’intermédiaire de LA PSYCHANALYSE pour traiter L’ALIENATION DU SUJET dit PSYCHOPATHOLOGIQUE ). Nous constatons alors que l’évocation de l’accueil fait appel à notre propre inconscient. Accueillir l’autre revient alors à s’accueillir soi. Voilà pourquoi l’accueil peut être source de difficulté.

    Mais attention, celui qui accueille n’est pas forcément celui que l’on croit. Pour accueillir, il faut être deux, autrement dit c’est 50/50 car l’accueil est un chemin où deux personnes vont à la rencontre l’un de l’autre. Le patient doit aussi en retour ou en premier lieu, accepter également la rencontre de l’autre.

    « Dans l’accueil, il est question de l’espace, mais aussi de la temporalité et c’est ce mouvement qui en résulte avec les effets d’une certaine tension pulsionnelle. Accueillir l’autre, c’est ouvrir et s’ouvrir à l’autre, à la différence, c’est se positionner dans cette attitude psychique qui consiste à faire le geste qui invite l’autre à se mettre en mouvement vers nous. Jeu réciproque de l’adresse, il en résulte ce mouvement, ces gestes du corps comme la main tendue, ses paroles de bienvenue, le sens qui surgit de cette rencontre lorsqu’elle a lieu. Il y a en quelques sortes toute une kinésie comme le souligne OURY dans l’accueil »(3).

    Mais ceci est plus difficile pour la personne atteint de troubles psychotiques. Notre structuration névrotique nous permet d’être « psychiquement équipés » pour accueillir l’autre. Il en est autrement pour la personne psychotique pour qui le rapport au monde est bien différent du nôtre.

    A côté de ces fonctions de rencontre, de rassemblement, d’acceptation, il ne faut pas oublier dans l’accueil la fonction de réception des angoisses des personnes atteintes de troubles psychotiques, sorte de fonction de par-excitation que remplit le soignant : c’est « la cueillette du fruit avant qu’il ne tombe et ne pourrisse au pied de l’arbre » autrement dit, avant l’envahissement trop important du patient par l’angoisse, qui ne peut se manifester comme seul langage à disposition par de l’agitation, de l’auto-agressivité ou de la violence, et dont on connait l’effet « contaminant » sur les autres patients.

    Ces angoisses sont dues à la pathologie, mais aussi à ce qu’OURY appelle « LA PATHOPLASTIE » : l’influence des entours sur le milieu, et « L’ALIENATION SOCIALE » : organisation interne, tensions hiérarchiques, conflits statutaires qui vont apparaître au fil du temps dans toute institution et dont on connait les effets toxiques si l’on n’en tient pas compte et si on ne les traite pas dans l’ANALYSE INSTITUTIONNELLE.

    Cet accueil, s’il est suffisamment contenant, « suffisamment bon », au sens de la préoccupation maternelle primaire de WINNICOTT, c’est à dire dans une identification projective comme la mère vers le nourrisson, va pouvoir permettre l’atténuation voir la libération de ces angoisses par l’échange verbal, l’échange de regards, l’ambiance qui en résulte.

    « Si la vie quotidienne peut être terrifiante pour les enfants et les adultes psychotiques et leur famille, ceux-ci vont pouvoir se saisir de la relation transférentielle complexe qui leur sera proposée par les soignants pour y déposer une forme, un contenu, un sens en déshérence à ceux qui y prêtent attention. »(4)


    (2),(4), DELION pierre. Accueillir la personne psychotique. A la mémoire d’Eddi Cheloul. http://delorycd.club.fr/auteurs/DELION

    (3) CRETE Pascal. Intervention sur le concept d’accueil.Journée du 13 avril 2006 du DU Psychothérapies Institutionnelles.

    C’est ainsi que la succession des accueils, lors de toute la durée d’une prise en charge, va favoriser l’ancrage de LA FONCTION PHORIQUE : « tout ce qui est nécessaire pour définir une scène sur laquelle le patient va pouvoir jouer sa problématique, souvent à son insu dans un premier temps »(5), que l’on peut également résumer par l’engagement d’une équipe à porter et accompagner un patient, car la personne psychotique est dans un tel état de dépendance qu’elle a besoin longtemps, voir toujours besoin de portage.

    Alexandra BERNARD

    ( Journées de formation de l’association culturelle 59I05, atelier du DU)

    Documents joints

  • Avec les personnes autistes… La question de leurs institutions

    Avec les personnes autistes… La question de leurs institutions

    Avec les personnes autistes, psychotiques et les autres :
    La question de leurs institutions

    Journées de formation, jeudi 30 novembre et vendredi 1er décembre 2006

    Vendredi 1er décembre 2006 : ATELIER

    Comment démarrer ? D’une scène à l’autre

    Taquiner l’institution

    Commencer dans une institution est toujours quelque chose de particulier, d’autant plus quand il s’agit de son premier poste. Cela fait maintenant un an, que j’exerce au Sessad de l’Itep d’Armentières et au centre de consultations Le Taquin, un an que j’ai démarré, que j’ai détaché les amarres pour voguer sur les flots de l’institution.

    Quand j’ai débuté dans l’établissement, je suis arrivée avec mes envies, avec ma représentation sur la pratique, avec mes outils, avec ce que l’on m’a transmis de-ci de-là. Arrivée à un moment donné, c’est aussi prendre le cours de l’histoire institutionnelle : départ d’une personne faisant figure dans l’institution, mon arrivée à un poste laissé vacant pendant plusieurs mois (Questions du transfert / de la transmission).

    Je parlerai aujourd’hui de ma pratique au Sessad (service d’éducation spécialisée et de soins à domicile). Il s’agit d’un des services de l’Itep d’Armentières, qui a vu le jour il y a dix ans maintenant. L’établissement accueille des adolescents qui présentent des troubles du comportement.

    A l’origine le Sessad est une émanation de l’internat. Ce service est marqué par la tentative de se distinguer par rapport à ce dernier, l’attention est centrée sur la prise en charge individuelle et ce qui touche au Collectif est mis de côté, source de résistances importantes.

    Comment articuler l’individuel et le collectif, qui reste néanmoins inhérent ?

    A mon arrivée, j’ai tout d’abord tenté de m’imprégner du fonctionnement institutionnel, puis je me suis interrogée au sujet de plusieurs choses dont :

    • l’accueil des adolescents, autant au quotidien qu’à l’admission

    • la réunion institutionnelle, où resurgissent les statuts rôles fonctions de chacun et qui est source de résistances importantes.

    J’évoquerai la question de l’accueil des adolescents au quotidien. Les adolescents viennent toutes les semaines au Sessad pour leurs différents rendez-vous, savamment orchestrés : avec l’éducatrice référente, l’institutrice, un des psychologues. Les espaces thérapeutiques sont délimités, programmés. Mais en dehors de ces temps, dans l’entre-deux, rien n’est aménagé pour ces adolescents. Ils n’ont pas d’espace à eux au sein des locaux.

    Ces derniers, limites insalubres, ne sont pas aménagés. L’entrée du lieu mène directement sur un grand couloir qui débouche sur une « fosse », endroit nommé ainsi par les différents membres de l’équipe. C’est une pièce ouverte qui fait suite au grand couloir et qui se situe sur un niveau inférieur. Elle comporte un panier de basket. Bien souvent les adolescents se ruent dans cette « fosse » pour jouer au basket. Ils errent dans le couloir, dans la « fosse », pour ensuite aller de bureau en bureau au gré de leurs rendez-vous planifiés. Un comble pour ces adolescents, adolescents pour qui il est si difficile de se poser.

    Je vais vous parler de Ludovic, 14 ans. Il est au Sessad depuis 2 ans. Il rencontre l’éducatrice plusieurs fois par semaine, voit l’institutrice et il est suivi par un psychologue du service. Pour Ludovic, les rendez-vous sont très angoissants. Régulièrement j’entrevois Ludovic : il arrive dans les locaux, court tel un fauve dans la fosse (fosse aux lions ?) et joue au ballon avec violence, se défoulant de toutes ses forces. Ce jour-là je suis dans le bureau des éducatrices en train de boire un café avec elles (bureau situé au dessus de la fosse). Ludovic arrive après s’être défoulé, il tourne autour des bureaux et de nos sièges, ne parvient pas à s’asseoir quand je lui tends un siège. Tourne et tourne encore. J’en ai le tournis. Une éducatrice lui propose d’aller acheter du jus de fruit dans le magasin d’en face. Nous sommes en train de boire du café, lui n’aime pas ça. Il y va en courant dans ce grand couloir. Quand il revient j’éspère qu’ils se pose enfin avec nous. Mais cela s’avère impossible. Il boit un jus de fruit debout et continue à s’agiter sans trop savoir quoi faire de son corps. Puis vient l’heure pour Ludovic de son temps avec l’institutrice, il s’agite de plus en plus. Difficile pour lui d’y aller. Des discussions s’entament dans le couloir avec Ludovic, l’éducatrice et l’institutrice pour finalement l’accompagner dans le bureau. L’ambiance est très souvent empreinte d’agitation, agitation en miroir avec les troubles de ses adolescents.

    Je croise souvent Ludovic dans le couloir. Nous échangeons quelques mots. Un matin, Ludovic arrive et vient se servir un verre de coca, tandis que je suis là à préparer du café. Nous parlons. En passant, l’éducatrice râle parce qu’il boit beaucoup de coca. Ludovic fait remarquer que moi je bois beaucoup de café. Il fait preuve d’humour et nous rigolons ensemble. A lieu une vraie rencontre, l’espace d’un instant.

    Nous sommes là, ensemble. Mais nous ne pouvons pas vraiment nous poser dans cette pièce impersonnelle, où il n’y a qu’un frigidaire et la cafetière. Nous sommes debout un peu maladroits. L’éducatrice nous rejoint, nous poursuivons notre discussion. Plus tard, avec l’éducatrice, nous évoquons ce moment passé avec Ludovic et nous regrettons l’absence d’un endroit sas, d’un entre-deux autre que ce cagibi où nous étions.

    A plusieurs reprises, me voilà dans cette petite pièce lugubre à préparer un café et à croiser les éducatrices et des adolescents, que je ne rencontre pas d’habitude.

    Petit à petit émerge l’idée dans l’équipe d’aménager une pièce conviviale pour se poser avec les adolescents. On en parle en réunion. Résistances. Quelle pièce peut-on utiliser ? Il n’y en a pas ? Et pourquoi pas l’ancien bureau des éducatrices ? Je suis étonnée, je ne connais même pas cette pièce, toujours fermée jusqu’à présent. Peut-être cette pièce …

    Finalement, j’aménage la pièce avec une éducatrice et un adolescent. Ça nous prend un jour. On installe une table, des chaises, un meuble avec la cafetière. Dans un placard, on trouve des livres, des jeux, des crayons. Je découvre des dessins accrochés au mur.

    Il s’agit d’une pièce à l’entrée des locaux, avant ce grand couloir. Un espace dans l’entre-deux. Cette pièce est petit à petit investie par les membres de l’équipe, par les adolescents, mais c’est encore fragile, source de résistances pour certains.

    Aujourd’hui, cet espace joue un rôle. On y passe quand on arrive pour dire bonjour à ceux qui sont là. On s’y arrête. On s’y installe seul ou à plusieurs, entre adolescents, entre adolescents et adultes. On y boit un verre, on discute, on joue… On peut faire des rencontres et enfin se poser. Il s’agit d’être-là (G. Pankow), être avec l’autre.

    En juin dernier, Edouard a fêté l’obtention de son diplôme et c’est naturellement dans cette pièce que toutes les personnes attentives à sa réussite se sont réunies.

    Il y a aussi Ahmed qui rituellement boit un thé avant d’aller voir l’institutrice. Préparer un thé, le boire, toutes ces choses peuvent être compliqué selon son état d’angoisse. Eparpillé, c’est un moment qui lui permet de se rassembler en présence des autres personnes autour de lui.

    Hocine, quant à lui, boit un chocolat avant de venir à son rendez-vous avec moi, le lundi matin à 9h. « Faut le temps que je me réveille avant de venir vous voir », me dit-il un jour. Pour lui, c’est un moment d’interface entre son réveil, l’accompagnement en voiture avec l’éducatrice jusqu’au service et enfin sa séance. Moment dans l’entre-deux qui lui permet d’envisager notre rendez-vous et de pouvoir venir dans mon bureau.

    Selon J. Oury, « créer un espace est un travail difficile et qui nécessite une remise en question de tout un appareillage ; un travail qui est toujours collectif. […] travail de retissage qui nécessite une définition, ne serait-ce que provisoire, de l’espace. Il ne s’agit pas d’espace géométrique ou architectural mais de quelque chose qui nécessite une mise en place d’une architectonique des relations, des différents rôles, des différentes fonctions des personnes qui travaillent. »

    Ce lieu est devenu un espace pour tous, espace qui commence à faire repère, espace de rencontres. Un lieu pour se poser fait maintenant sens pour les adolescents qui l’investissent chaque fois un peu plus. Ainsi peuvent s’opérer des parcelles d’échange.

    L’ambiance en est modifiée. Il s’agit d’une tentative de construction d’espaces du dire.

    Depuis cette rencontre avec Ludovic, d’autres moments d’échange ont eu lieu. Un jour, Ludovic viendra me dire bonjour dans mon bureau et m’apportera un dessin qu’il a souhaité afficher (dessin, intitulé le lézard sur la banquise, qui représente un garçon et un lézard ensemble sur une banquise). Avant les vacances, Ludovic m’apporte des contes qu’il a travaillés avec l’institutrice et me demande de les conserver. Récemment, Ludovic servait le café et échangeait avec les personnes assises autour de la table, c’est-à-dire moi et un autre adolescent plus grand, et ceci au grand étonnement de son éducatrice, qui arrivait dans la pièce à ce moment là.

    Bref, toutes ses petites choses tissent ma rencontre avec Ludovic et prennent sens au regard de sa prise en charge thérapeutique.

    L’accueil des adolescents au quotidien a donc été modifié par un aménagement de l’espace. La notion de double aliénation est à prendre en compte. Auparavant les adolescents n’avaient pas d’espace à eux et voguaient d’espaces thérapeutiques en espaces thérapeutiques. Seule la pièce, que l’on appelle la « fosse », leur permet de jouer, jouer au basket. C’est un espace de décharge pulsionnelle, en lien avec leurs troubles. Or « L’accueil, acte primordial qui engage les relations, doit être étudié et particulièrement structuré dans une perspective désaliénante » (J. Oury).

    Il s’agit alors de créer un lieu de vie, où il est possible d’être ensemble, simplement. C’est un lieu commun pour tous, où les rencontres s’improvisent au grès du hasard. (cf. Szondi).

    Selon J. Schotte, « l’accueil implique un laisser être […] l’accueil doit aussi prendre en compte ce qu’il est justement, cette dialectique qu’il comporte d’une ouverture et d’une certaine fermeture, d’une enclore, parce que l’ouverture indéfinie est une forme de pathologie, et la fermeture indéfinie en est une autre. La dialectique de l’ouverture et de la fermeture qui recueille est la dialectique originaire de l’existence. […] il faut une prise ouverte sur le monde qui accueille au lieu de vouloir dominer, et que soit donnée une tenue dynamique à cet espace-temps que nous sommes en train d’ouvrir. »

    Le dispositif de soins ne tient plus compte uniquement des espaces thérapeutiques, des divers temps de synthèses, de réunions, mais également ces moments « sas », les temps interstitiels, comme les nomme P. Delion. « Les temps interstitiels sont ces moments entre deux activités thérapeutiques. [..] c’est à ce moment-là que les enfants ou les adultes fabriquent dans leur appareil psychique des représentations de ce qu’ils viennent de faire juste avant, et qu’éventuellement ils anticipent sur ce qu’ils vont faire juste après. Ce faisant, ils éprouvent la solidité de leur système représentatif et leur capacité à garder ou non en eux ce qu’ils viennent de construire avec les soignants. »

    Démarrer dans une institution renvoie à la question du désir, qu’il faudrait approfondir.

    Pour ma part, au Sessad, je m’aperçois que j’ai dans un premier temps observé le fonctionnement, les méandres institutionnels ; pour dans un deuxième temps, amener une façon d’être, une position (proche d’une position éthique), un style, dirai-je, qui a pu sembler pour l’équipe parfois en décalage par rapport à la place où sont mis des psychologues (c’est-à-dire dans une position de savoir). Il s’agit de déplacer et de créer du mouvement.

    J’ai évoqué la question de l’accueil des adolescents au quotidien. Ce sont de petites choses mais qui ont peut-être permis d’apporter une liberté de circulation et des espaces du dire dans l’institution.

    J’ajouterai qu’il faut faire avec les résistances institutionnelles. Parfois ce que l’on tente, échoue, trop de résistances. Un minimum d’implication des différents membres de l’équipe est indispensable. Et des fois quelque chose se met en mouvement. Il est nécessaire de toujours y revenir et de persévérer.

    Peut-être pourrait-on dire qu’il s’agit démarrer toujours et encore quelque chose. Créer un mouvement. Réinterroger sans cesse la pratique clinique.

    Marie Deshayes

    Documents joints

  • Canet, le 17 septembre 2007 Le concept de continuité

    Canet, le 17 septembre 2007 Le concept de continuité

    Canet, le 17 septembre 2007

    Le concept de continuité

    M. B. : Nous sommes le 17 septembre 2007. J’annonçais pour cette année que l’on allait parler sans doute de la question de l’interprétant de manière plus précise, enfin bon, toujours à notre façon, un peu particulière. Il est vrai que Peirce doit se retourner dans sa tombe en m’entendant dire certains trucs… Mais il doit être content qu’il y ait des gens qui parlent de ses œuvres, il doit être partagé, comme Grandgousier. Vous vous souvenez de ça ? Vous savez que Gargamelle est morte en donnant naissance à Pantagruel. Et Grandgousier passait des larmes aux rires, suivant qu’il pensait à Gargamelle ou à Pantagruel.

    Pourquoi la question de l’interprétant ?

    J’avais relevé il y a cent ans un petit truc de Peirce, dans les Écrits sur le signe, une phrase : “Pour qu’un Type soit utilisé, il faut qu’il soit incorporé dans une Tessère qui sera un signe du Type et par là de l’objet que le Type signifie ”, ce qui, en somme, dit la chose suivante : la tessère d’un type est un interprétant du type.

    Je faisais remarquer la dernière fois que l’appellation « porte-type », qu’a trouvée Edwige Richer, est très astucieuce, mais qu’elle pose beaucoup de problèmes sur le plan sémiotique, en particulier le suivant : si la tessère est un signe, un représentement, quel est ce rapport entre les signes qui est un rapport de porteur à porté ? C’est un peu secondal tout ça, enfin je veux dire qu’il y en a un qui est l’âne, la tessère, et l’autre, le cavalier : on sent quand même qu’il y a là une dyadicité profondément incompatible avec leur être de signe. Qu’un signe ait partiellement des fonctions secondales, il n’y a aucun doute là-dessus, je vous renvoie à ce que nous avons examiné l’année dernière à propos des questions de l’objet ou de l’indice, mais il paraît difficile de se contenter de ce type de rapport entre deux représentements. Et c’est là que Peirce donne une clé très intéressante, il dit : “J’appelle un représentement qui est déterminé par un autre représentement un interprétant de ce dernier” . Or le Type étant une loi de formation pour ses Tessères, il les determine. Ainsi la Tessère d’un type est-elle un interprétant de ce type et signifie donc le même objet que lui. Voilà. Ça devient bien plus intéressant parce que du coup, ça met la tessère dans une position par rapport au type qui est tout à fait différente de celle de simple porte-type ; et ce n’est un porte-type que parce que c’est un interprétant du type, donc un certain genre d’interprétant.

    C’est une petite phrase, comme toujours, enfin l’œuvre de Peirce est énorme, mais ce qui est intéressant, ce sont les recoins, parce que dans les recoins on a parfois des choses comme ça, où viennent se vérifier des cohérences et des pensées extrêmement subtiles.

    C’est quelque chose qu’il avait déjà noté lorsqu’il avait montré le fonctionnement du représentement, en disant : « Le représentement est le premier sujet d’une relation triadique dont le deuxième sujet est l’objet, et le troisième sujet l’interprétant. » — rappelez-vous que j’avais consacré de longs temps à la question de la relation triadique —, et il rajoute la chose suivante : « Le représentement représente l’objet pour… », et c’est là qu’il tranche avec toutes les philosophies du signe qui l’ont précédé, il dit non pas « pour un interprète », — contrairement à ce que dit Lacan, qui exagère, que les philosophes du Moyen Age aient dit « pour un interprète », c’est une chose, mais Peirce dit « …pour un interprétant », c’est-à-dire pour un signe. Et quelle est alors la fonction de l’interprétant ? Eh bien, il dit : « L’interprétant représente le même objet pour un autre interprétant », et il ajoute : « il y a donc ici toute une série d’interprétants… qui est infinie ».

    (…)

  • Journée avec… Michel Lecarpentier le 6 octobre

    Journée avec… Michel Lecarpentier le 6 octobre

    Samedi 6 octobre

    à

    l’Écoute du Port de Canet-en-Roussillon

    8e « Journées avec… »

    Invité : Michel Lecarpentier

    Psychiatre à la clinique de La Borde

  • Francesca Caruana expose à Barcelone

    Francesca Caruana expose à Barcelone

    Exposition Institut français de Barcelone

    L’obra dels artistes del Col•lectiu 212 (Safaa Erruas, Hassan Echair i Jamila Lamrani)

    i l’obra en vídeo de Lamia Naji a la galeria

    i les obres de Francesca Caruana, “Méditerranée : détails”, a l’espai VIP.

    Vernissage jeudi 20 septembre 20 h

    (C/ Moià, 8 – BCN)

  • Canet, le 10 septembre 2007 : L’interprétant

    Canet, le 10 septembre 2007 : L’interprétant

    Canet, le 10 09 2007

    M. B. : Cette année, ça vaudrait peut-être le coup d’aborder de manière plus précise des questions qui concernent, sur le plan sémiotique, l’interprétant. Nous avons consacré les deux années précédentes à la question du rapport du signe et de l’objet : les icônes, les indices, les symboles. Auparavant, nous avions beaucoup parlé de la question des types, des traces et des tons, etc., mais il me semble que là, maintenant, ça vaudrait le coup d’aller voir du côté de l’interprétant et de tenter d’élaborer autour de ça. Alors pourquoi ? Parce que il me semble que ça nous permettrait d’aborder de manière un peu astucieuse la question de l’écriture, pour des raisons que je m’en vais évoquer là brièvement, mais que l’on développera, bien sûr.

    Vous vous rappelez l’histoire du type, de la tessère comme porte-type — dont la fonction de base est de permettre au type de surgir. Mais l’idée de ce seul rapport ne peut pas être gardée trop longtemps parce que ça voudrait dire que le porte-type est peu différencié du type.

    Comprenez moi bien, si c’est une idée suggestive, très bonne, et qu’on a intérêt à garder, elle ne nous permet pas d’analyser le rapport de la tessère et du type puisque celui-ci ne saurait être simplement un rapport de besace. Ce serait ridicule de l’envisager sous cet angle. Peirce propose quelque chose, il dit : « la tessère est un interprétant du type ».

    C’est une phrase qu’on pourrait presque prendre comme une définition, mais en fait, c’est quelque chose qui est relativement complexe. Et en quoi ça nous aiderait pour la question de l’écriture ? Eh bien, vous le devinez peut-être… c’est que finalement, dans les rapports, mettons, de ce qu’on pourrait appeler comme ça, enfin pour dire les choses de manière très vague, la pensée et l’écriture : l’écriture est en position interprétante.

    Je vous livre tout ça comme ça, un peu en vrac, pour lancer la machine. Je vous rappelle que lorsque nous avions essayé d’aborder la manière dont se structurent les différentes époques de l’éveil de coma grâce à notre outil du scribe, du museur et de l’interprète, nous avions dit que le travail du bonhomme qui est en phase végétative, c’est, ce qu’il ne quitte jamais, sa position de museur. C’est l’étape une ou plutôt, pour dire les choses autrement, le minimum de ce qu’on peut être comme être vivant, existentiel, humain, etc., autrement dit ce qu’on doit nécessairement postuler pour pouvoir s’adresser aux blessés, muser avec eux. Deuxième étape, et l’une des fonctions qui doit apparaître puisqu’il n’y a pas de museur en soi : le blessé devient interprétant. On s’adresse à lui, et c’est lui qui va interpréter ce qu’on dit. Et enfin la troisième, je ne les dis pas nécessairement dans un ordre précis, mais c’est au moins une structure : il accède à la possibilité même de produire des signes, c’est-à-dire qu’il devient scribe. Il me semble que c’est quand même grosso modo ce qui se passe pour le développement de l’enfant.

    Lorsque Dolto, par exemple, dit qu’il faut parler aux enfants, même encore dans le ventre de leur mère, cette révolution doltoïque consiste à considérer d’emblée l’enfant comme un museur. Car sur le plan historique, ça ne s’est pas toujours passé comme ça. Jusque là l’esprit public le considérait comme un tube digestif ; c’était classique. Ça a eu un grand rôle pour les enfants, enfin je ne sais pas pour ce qui concerne leur développement intellectuel, mais enfin au moins pour ce qui concerne, par exemple, le fait que les chirurgiens opéraient les enfants sans les endormir, parce qu’ils considéraient que c’était…

    Public : … ils n’allaient pas le raconter…

    M. B. : Ben non, ils n’allaient pas le raconter à tout le monde, parce qu’ils n’étaient pas encore scribes ! Donc voilà, l’enfant est d’emblée un museur. On peut dire que c’est la postulation de l’être humain : le parlêtre, c’est par essence un museur. Et puis on s’adresse à lui, et, effectivement, ce que l’on forge chez l’enfant, la tessérisation du corps de l’enfant dont je parle souvent, c’est en fait une fabrique d’interprétants. Si vous voulez, voir que les tessères sont l’interprétant du type, ça peut permettre de dire, eh bien, effectivement, ça colle avec ce qu’on raconte jusqu’ici, c’est-à-dire que la première compétence de l’enfant, alors cette fois-ci compétence, est une compétence comme interprétant.

    On forge… on le contraint à devenir un interprète, autrement dit on lui fournit des signes qu’il va intégrer, lui, par des interprétants, qu’il va interpréter. Et ce n’est que par après, que l’enfant va devenir scribe, c’est-à-dire quand il commencera à pouvoir lui-même produire des signes qui pourraient être alors qualifiés d’interprétands (avec un ‘d’), et, particulièrement, évidemment, des signes dont ses tessères seront les interprétants.

  • Le site de la Pédagogie Institutionnelle

    Le site de la Pédagogie Institutionnelle

  • Les clubs thérapeutiques par Béatrice Bénattar

    Les clubs thérapeutiques par Béatrice Bénattar

    Les clubs thérapeutiques
    par Bétrice Bénattar

    Voici un document d’une centaine de page faisant le point sur les clubs thérapeutiques.

    Ce document est publié en marge du DU où l’auteur, Béatrice, est intervenu. Voici la table des matières :

    Table des matières

    Introduction………………………………………………..6

    I. Histoire des clubs…………………………………………10

    II. Le déclin des clubs……………………………………….23

    III. Une nouvelle approche : l’aide au handicap psychique………………………………………………………31

    IV. Clubs ou structures approchantes à l’étranger…………44

    V. Etat des lieux des clubs en France aujourd’hui…………49

    5.1. Club des Peupliers…………………………….56

    5.2. Clubs UNAFAM de Bordeaux………………..59

    5.3. Club du Bouffadou……………………………62

    5.4. Club de La Borde……………………………..63

    VI. La fonction thérapeutique des clubs en question……….67

    1.1. Les clubs intra-hospitaliers………………….67

    1.2. Les clubs extra-hospitaliers contemporains…69

    VII. Discussion……………………………………………….77

    Conclusion………………………………………………88

    Bibliographie……………………………………………91

    Documents joints

  • Canet, le 02 juillet 2007 Débat autour du travail de Marie Christine Laznik Observation du surgissement du premier indice chez un enfant autiste.

    Canet, le 02 juillet 2007 Débat autour du travail de Marie Christine Laznik Observation du surgissement du premier indice chez un enfant autiste.

    Canet, le 02 juillet 2007

    Débat autour du travail de Marie Christine Laznik

    Observation du surgissement du premier indice chez un enfant autiste.

    Le 30 juin 2007, Marie Christine Laznik était l’invitée de la VIIème « Journées avec… »

    M. B. : Vous avez des réflexions à faire sur le contenu de cette journée avec Marie Christine Laznik ?

    G. P. : à un moment donné, elle a dit qu’une enfant à quatre ans et demi pouvait se représenter la détresse de sa mère. Pour moi, ça va de soi qu’une enfant à quatre ans et demi ait cette possibilité-là. J’étais étonné qu’elle puisse penser qu’un enfant de cet âge ne puisse pas se représenter ces choses-là, la douleur d’une mère face à un enfant autiste…

    M. B. : Ah ! Elle a dit ça comme ça ?!

    G. P. : Non, enfin c’est moi qui l’ai entendu comme ça…

    M. B. : Reprends parce que tout le monde n’était pas présent.

    G. P. : Elle raconte l’histoire d’une petite fille de quatre ans et demi qui était en analyse. Au cours d’une séance où la mère était présente, elle joue avec des petits chevaux, elle dit « Maman, chevaux et bébé cheval », et elle joue la douleur comme si l’enfant prenait conscience que par rapport à son état antérieur, la mère avait souffert terriblement, et elle la remet en scène par le biais des petits chevaux.

    Mais avant, il y a l’histoire du doudou qui a disparu, et c’est de catastrophe en catastrophe… le doudou a perdu des bras, après il a été jeté à la poubelle, de la poubelle il est tombé… on a l’impression que c’est dans une HLM, donc il a dégringolé jusqu’à la poubelle centrale… Et Laznik dit à l’enfant : « Je vais le récupérer en bas dans la poubelle… non, je n’ai pas pu le récupérer parce que le camion poubelle est arrivé, et donc j’ai été voir dans le camion poubelle, mais non, je n’ai pas pu parce que tout a été incinéré »… c’est toujours de mal en pis, et puis toujours en quête de cet objet-là, comme si, à un moment donné, il n’y avait pas de possibilité d’y mettre fin. Et j’ai trouvé un peu étonnant, qu’elle se mette toujours en place d’enfant, de partir en quête de ce doudou… elle ajoute catastrophe sur catastrophe…

    M. B. : Je ne vois pas bien le problème que ça te pose…

    G. P. : Est-ce qu’à un moment donné, elle n’aurait pas pu renvoyer la question à l’enfant : qu’est-ce qu’on peut faire, face à ces choses-là ?

    G. : Elle rentre dans le jeu… elle s’identifie à la mère, un peu…

    G. P. : …non, elle s’identifie à l’enfant…

    N. C. : Moi, j’ai eu l’impression qu’elle l’aidait à faire un cheminement…

    M. B. : Oui.

    N. C. : … et que si elle interrompait ça, elle interrompait le travail avec la gamine, donc elle ne posait pas d’alternative…

    G. P. : Mais ça se termine comment avec le doudou ?

    Public : Eh bien, la gamine peut peut-être imaginer quelque chose…

    M. B. : Oui, même si c’est douloureux, mais qu’elle puisse au moins en dire quelque chose, à partir du moment où elle est confrontée à ça, et si tu l’interromps avant… enfin moi, je l’ai vu comme ça… en fait une porte ouverte…

    Public : … élaboré, quoi…

    N. C. : …et puis elle en fait ce qu’elle veut, et puis il sera toujours temps de voir ce que la gamine peut lui ramener, mais au moins une ouverture …

    M. B. : Voilà, il me semble que c’est ça. C’est-à-dire qu’elle ne pouvait pas sortir du jeu. Au nom de quoi pourrait-elle sortir du jeu, puisque c’est elle qui permet qu’il ait lieu ; et le fait que ce jeu ait lieu, c’est quelque chose qui permet à la gamine d’inscrire toute une histoire. Elle, ce qu’elle fait, c’est qu’elle essaie de proposer, de l’intérieur du jeu, des solutions : on va pouvoir aller là, on va pouvoir faire ça ; la gamine s’y oppose, mais il n’empêche qu’elle raconte, à travers ça, toute une histoire. Elle déroule quelque chose et elle commence à inscrire justement la question traumatisante qui est la sienne : le jeu ne résout pas la question du traumatisme, mais il permet au moins qu’il y ait déjà des choses de ce traumatisme qui commencent à s’inscrire.

    G. P. : Oui, mais pendant toute l’histoire, elle s’identifiait à l’enfant.

    F. C. : … je ne comprends pas trop…

    G. P. : C’est-à-dire qu’à un moment donné, quand elle raconte l’histoire, Laznik s’identifie à l’enfant, elle dit « Le petit cheval, c’est toi ». L’enfant a perdu son doudou, enfin d’abord, le doudou, il perd un bras, il perd deux bras, donc on répare, après on le met à la poubelle, « Eh ben, je vais le chercher à la poubelle », et alors la petite fille dit « Non, la poubelle a été vidée dans la poubelle centrale » donc « Je descends à la poubelle en bas de l’immeuble », donc, quand elle parle à l’enfant, elle dit « Mais non, parce que là, ici le camion poubelle est passé, et je vais au camion poubelle », donc le camion poubelle est parti, et l’histoire s’arrête là-dessus.

    F. C. : Elle lui permet de faire le deuil en fait…

    G. P. : Oui, d’accord, elle propose cette séquence-là, mais on ne voit pas ce que la gamine en fait…

    Public : Elle joue le jeu pour permettre le cheminement de l’enfant, c’est ça ?

    M. B. : Oui, elle fabrique une histoire autour de. D’ailleurs, on voit qu’elle théâtralise sa voix, ses mots, de manière à pouvoir habiter un intervalle entre ce qui pourrait être la vérité d’un enfant, mais qui, dans la mesure où il n’y a pas de mots pour la dire, ne peut pas être une vérité, et le mensonge qui serait une construction fausse, faite dans l’intention de tromper. Elle se situe toujours là-dedans.

    (…)

  • Canet, le 25 juin 2007 -Débat autour du film d’Almodovar « Parle avec elle » -Etre sectateur de Galilée

    Canet, le 25 juin 2007 -Débat autour du film d’Almodovar « Parle avec elle » -Etre sectateur de Galilée

    Canet, le 25 juin 2007

    -Débat autour du film d’Almodovar « Parle avec elle »

    -Etre sectateur de Galilée.

    M. B. : Avec JPR, nous avons eu un désaccord sur l’analyse du film « Parle avec elle », qui met en scène un infirmier qui, disons, tombe amoureux d’une femme qui est dans le coma, à qui il parle tout le temps. Dans une autre chambre d’hôpital, il y a une femme toréador qui a été grièvement blessée, au chevet de laquelle se trouve son mari. Pendant tout le film l’infirmier dit au mari de la toréadora « Parle avec elle », parce que le bonhomme est plutôt introverti, il ne parle pas, il ne dit rien. Il y a donc un contraste constant entre ces deux personnages, l’un réservé, et en paroles et en gestes, et l’autre très dynamique et ouvert. Et on peut dire que le moment crucial du film, c’est le moment où, emporté par son élan amoureux et soignant, l’infirmier fait l’amour avec la jeune comateuse.

    Finalement, d’une part, la jeune comateuse se retrouve enceinte, elle sort du coma, l’infirmier se retrouve en prison, et de l’autre, la toréadora meurt dans l’autre chambre, et son mari apprend qu’elle comptait le quitter puisqu’elle avait rencontré quelqu’un d’autre avant d’avoir son accident. Voilà, résumé à grands traits, l’histoire.

    Tu as mieux à dire ?

    JPR : En effet, j’ai exprimé des hypothèses et des interprétations, et celles-ci n’étaient pas conçues afin de recouvrir les… dérivatives de Château Rauzé.

    Suite aux interprétations que je reformulerai plus loin, des sons émis par certains à l’écoute de ces interprétations prouvent que c’est le principe de plaisir qui régit la majorité du care. La fiction d’Almodovar offre un potentiel de rotation depuis la mise en blocage par le principe de plaisir jusqu’au principe de réalité. C’est pratiquement un acte de création, de réassemblage. Le principe de réalité peut se définir à partir du scénario d’Almodovar, qui n’est pas réductible aux éléments constituants mais dans la novation de l’organisation des éléments. Les interprétations que j’ai formulées sont donc les suivantes : la première était que cet infirmier se lançait dans une expérience amoureuse, et la seconde hypothèse, et là il y a eu beaucoup de bruit, c’était que cette femme avait besoin d’un enfant.

    Public : De… pardon ?

    JPR : Que la comateuse avait besoin d’un enfant. Là où la politique rejoint le politique, tel qu’il s’est manifesté par ces bruits de surprise, c’est précisément dans le fait que le principe de plaisir est d’exclure toute possibilité de rencontre avec tout facteur risquant de perturber le silence et l’état de stagnation qu’elle vise. L’objet représente par excellence désir de non-désir. Voilà une analyse de la mise en pratique immédiate des chaînes présentées durant la causerie. Si ces chaînes que je vais évoquer constituaient une mesure, une synthèse représentative, elles n’ont pas passé l’épreuve de la pratique de la démesure.

    La question qui se pose, et qui n’est pas rarement atteignable, c’est comment s’opère un transfert de représentation selon les situations, mais en fait, la véritable question dans ce cas, c’est : comment se bloque le transfert des représentations ? Bien sûr, par la démesure, et dans Parle avec elle, elle est de taille. Pour autant, puisqu’il était question de dévoilement de la catégorie du visible, du non-visible, voici où l’application de l’inconscient aurait pu nous mener la semaine dernière : dans les chaînes présentées, toujours cette femme qui s’assied, cette femme qui accepte d’être saisie un peu brutalement ou rudement pour une valse, il y avait là une expérience, celle du regard, celui que l’on pose sur un malade, puis le regard porté sur une situation, c’est-à-dire quasiment une expérience de holding. En effet, qui porte qui ? Le patient ou l’infirmière qui soutient une rencontre puis une expérience. Ce pourrait être presque pervers de prendre autant de risques, pour un infirmier, bien sûr ; mais si nous parlons exclusivement de logique thérapeutique, le patient doit pouvoir s’appuyer sur un support solide afin de pouvoir exprimer ce qui doit l’être et reconstruire ses représentations sur ce nouvel appui. Voyons comment tout ceci est orchestré dans Parle avec elle pour rendre une véritable valeur au travail de recherche d’Almodovar.

    (.…)

  • Canet, le 11 juin 2007 Intérêt du packing dans la constitution d’un simplexe : pour penser les tessères corporelles des équipes.

    Canet, le 11 juin 2007 Intérêt du packing dans la constitution d’un simplexe : pour penser les tessères corporelles des équipes.

    Canet, le 11 juin 2007

    Intérêt du packing dans la constitution d’un simplexe : pour penser les tessères corporelles des équipes.

    M. B. : Nous sommes le 11 juin 2007. Je voudrais parler de ce qu’on a évoqué la semaine dernière au sujet de l’autisme et des prématurés… j’ai fait ma petite enquête. Et je voulais questionner les équipes qui s’occupent quotidiennement des autistes.

    Deux thèses étaient abordées conjointement et l’on pouvait trouver des éléments de réponse sur le net… Alors il faut remonter à la fin des années quatre-vingt avec Renata Gaddini qui a observé des troubles totalement identiques chez les autistes et les prématurés. Ce qui m’intéresse, c’est qu’une douzaine d’années plus tard, les généticiens et une équipe en particulier d’Amérique du nord, ont découvert qu’il y avait un effet de délétion sur un certain gène aussi bien chez les prématurés que chez les autistes… l’abord génétique permet quand même de nous repositionner…

    On voit bien aujourd’hui qu’il y a une multiplication des cas d’autisme. Alors, les généticiens ont élaboré une multitude de tests pour déterminer les causes… le mercure, par exemple, est un phénomène émergent comme cause de l’autisme aujourd’hui. Et aussi le fait qu’en Occident, depuis une vingtaine d’années, le fait que l’âge du père soit de plus en plus élevé pourrait avoir une incidence.

    Je voudrais savoir si, aujourd’hui, dans la pratique quotidienne, des tests sont effectivement utilisés pour déterminer l’origine de l’autisme ? Est-ce qu’on met à profit ces informations ? Est-ce qu’il y a quelque chose qui est conjoint entre l’hôpital général et l’hôpital psychiatrique ? Est-ce qu’il n’y a pas quelque chose à faire ? Donc voilà, c’est ma question pour ceux qui travaillent avec des autistes : est-ce que tout ce matériel-là, tout cet outil est vraiment utilisé ?

    M. P. : Je peux répondre puisque je travaille quotidiennement avec des prématurés et des autistes. C’est donc un sujet que je connais un peu, surtout les enfants autistes. Alors on fait quand même un bilan neurologique complet et un bilan génétique pour tous les enfants autistes. Mais, nous ne disposons pas d’éléments qui nous permettent de faire des corrélations.

    Public : Laznik, dans cet interview sur le net de 2005… si certains parlent effectivement de troubles mentaux liés à un accouchement prématuré, c’est qu’il y a des faits qui sont observés, donc c’est moins pour opposer deux façons de voir les choses, que pour repenser la place du psychanalyste, qui est très critiquée, repenser et voir si en faisant simplement le lien avec d’autres champs, cognitivistes et génétiques, voir si on ne peut pas repenser un petit peu tout ça…

    M. B. : Bon, alors là par contre, première chose, très importante : l’autisme n’apparaît pas comme une catégorie pour la plupart des gens qui se penchent sur l’autisme. Dans le DSM, il me semble, mais je ne crois pas trop me tromper, qu’ils sont appelés « troubles envahissants du développement ». Maintenant, quand on veut essayer d’être au plus près de la clinique de l’autisme, on parle de plus en plus de syndrome autistique, comme une catégorie fourre-tout, dans laquelle on peut être sûrs d’y retrouver toute la variété immense des problèmes neurologiques. Ça, c’est une première chose, ce qui fait que lorsque des gens animent une réflexion sur l’autisme, il est nécessaire de voir à quoi ils font référence.

    Alors j’ai regardé moi aussi sur internet les rapports qu’il y avait avec la prématurité… eh bien, il y a dix fois plus d’autistes et troubles envahissants du développement chez les prématurés que chez les non prématurés, mais ça ne signifie pas que ce sont des enfants qui présentent des syndromes autistiques.

    Public : Il y a ce groupe nord américain qui a fait des études sur certains prématurés à l’âge de trois ou quatre ans, et ils ont remarqué que chez des enfants sur lesquels il y avait effectivement cette étiquette autiste, et chez certains prématurés, il y avait une délétion sur certains gènes, donc…

    (…)

  • Journées avec… Marie-Christine Laznik

    Journées avec… Marie-Christine Laznik

    VIIe « Journées avec… » le 30 juin 2007

    Les prochaines journées :

    le 30 juin, salle de conférences de l’hôpital de Thuir : Marie-Christine Laznik,

    psychanalyste (pratique des analyses d’enfants autistes), auteur de divers ouvrages, cheville ouvrière du réseau national ’diagnostic précoce de l’autisme’… entre autres.

    Vous pouvez télécharger ici le bulletin d’inscription.

    Le 6 octobre, salle de l’Ecoute du port, Canet-en-Roussillon : Jacques Schotte.

    Né en Belgique à Gand en 1928, Jacques Schotte relate [in Parcours, éditions Le Pli, 2006] son cheminement de psychiatre conformément à sa vocation d’aborder la psychiatrie scientifique entre médecine et philosophie et d’engager la discipline vers une « anthropopsychiatrie » qu’il a développée à travers l’analyse du destin. Ce choix ne l’a jamais quitté. Il raconte, dans cet entretien avec Jean-Marc Poellaer, son enseignement et ses recherches enrichis par les nombreuses rencontres qui ont jalonné son parcours scientifique dans un engagement inlassable à la raison clinique de Freud. Husserl, Heidegger, Binswanger, Maldiney, Van Breda, Kuhn, Tellenbach, De Waelhens, Chapelle, Deese, Ortigues, Foucault, Lacan, Ricœur, Dolto, Pankow, Tosquelles, Oury… sont autant de noms que de visages que l’on retrouve ici avec de nombreux poètes et amis autour de la figure majeure de Léopold Szondi dont Jacques Schotte a repensé le système dans sa propre élaboration anthropopsychiatrique.

  • Canet, le 21 mai 2007 Le « Simplexe » mère-enfant et les tessères corporelles.

    Canet, le 21 mai 2007 Le « Simplexe » mère-enfant et les tessères corporelles.

    Canet, le 21 mai 2007

    Le « Simplexe » mère-enfant et les tessères corporelles.

    M. B. : Et voilà, bon, nous sommes le…

    Public : Le 21 mai…

    M. B. : Le 21 mai 2007. Bon, aujourd’hui je me disais que ça vaudrait le coup de continuer sur ces histoires non seulement du mot d’ordre, ce qui est un peu monomaniaque, mais aussi et surtout du token, des tessères, parce que je crois qu’il y a là quelque chose d’important à gratter.

    Sur les tessères, je reprends ce que je vous disais la dernière fois, en essayant d’aller un petit peu plus loin. Comme vous savez, les choses les plus théoriques touchent au plus concret. Quand les concepts sont bien affûtés, ils touchent au concret. La tessère pose un problème sur le plan théorique, à savoir le fait que la tessère n’est pas un morceau de chair. C’est un réel embarras que nous allons tenter de préciser. Mais parler de la nature de l’embarras, ça veut dire qu’on a déjà les moyens d’en sortir.

    Si vous voulez, puisque la tessère participe à la fois du matériel et de la secondéité — elle appartient à la classe du sinsigne ou de la trace, donc à quelque chose de perceptible —, et puisqu’elle montre des types quand on l’observe, et que par conséquent elle n’appartient totalement ni au registre de la secondéité ni à celui de la matérialité, cette complexité nous autorise à la considérer comme quelque chose de fondateur : il y a des choses dans le monde qui, immédiatement, sont perçues comme des types. Voilà l’idée de la tessère.

    Évidemment, la première approche est celle de Peirce : la tessère c’est ce truc bizarre qui est une réplique. C’est intéressant, les répliques, parce que le terme est emprunté à Platon : tout ce qui est la matérialisation de l’idée en est une réplique imparfaite. Quand on reprend cette question-là, on peut dire que ces répliques doivent être liées à un certain nombre de contraintes sur le plan formel : si l’on veut pouvoir lire le a, on ne doit pas le dessiner n’importe comment, un certain nombre de contraintes de formes qui sont les contraintes fondamentales imposées par la typicité : le fait que ce soit un type impose aux répliques d’avoir un certain nombre de formes définies. Au fond, c’est là qu’on voit que la matérialité est une nécessité, mais cette nécessité se limite à contraindre la perception : au bout du compte, la tessère incorpore un certain nombre de formes, de qualités, d’icônes, voire même de tons, c’est une certaine composition de tons finalement. On peut avoir cette idée-là avec les suites de Bach par exemple, où l’on a une alternance de formes musicales particulières : ça ne peut pas être n’importe quoi. Quand vous prenez une fugue, eh bien, ça a aussi des formes particulières, il faut qu’il y ait deux thèmes ou trois thèmes, etc., enfin bon, c’est tout un système ; quand vous prenez une sonate, c’est organisé aussi d’une certaine façon, vous avez donc ces formes qui sont des formes typiques.

    Je pense beaucoup à quelqu’un qui m’a épaté à un moment donné, enfin il ne m’épate plus parce qu’il est mort, et dont j’ai parlé souvent, un nommé Stephen J. Gould. Vous connaissez Stephen J. Gould ? C’est un type épatant, un grand biologique américain, qui a écrit entre autres Le pouce du panda, enfin des livres extraordinaires où il étudie de très près la question de la théorie de l’évolution. Et il faisait remarquer une chose bigrement intéressante… dans le monde végétal par exemple, on sait depuis Linné que quand on classifie les espèces il y a un certain nombre de types qui peuvent être très semblables et appartenir en fait à des espèces différentes, par contre, à l’inverse, mais ça c’est plus commun, on peut avoir des choses extrêmement différentes qui appartiennent à la même espèce.

    Si l’on prend les mammifères, certains vivent dans l’eau, d’autres sur terre. C’est la fameuse confusion sur la baleine par exemple, qui est un mammifère alors que ça se présente tout à fait comme un poisson. Toutes ces choses-là sont importantes à noter. On pourrait alors dire qu’il y a là une sorte de raison qui est à l’oeuvre, mais on peut se demander si cette raison est raisonnable, réelle… C’est là que je place ma phrase magique, une des rares phrases que je retiens depuis mon enfance, enfin depuis mes seize ans ou mes dix sept ans : « La larve trochophore des annélides polychètes — les annélides polychètes c’est très joli comme nom, mais c’est le ténia —, la larve trochophore des annélides polychètes ressemble à la larve véligère des mollusques lamellibranches ». Autrement dit la larve du ténia ressemble à celle de la moule, et ça, c’est frappant, d’où ça vient ces ressemblances ? On voit bien là que la question des ressemblances et des dissemblances vient se heurter à la question des espèces, des familles, etc., et on se dit : mais est-ce que finalement ce heurt est un heurt de raison ? Quel est son niveau de réalité ?

    (…)

  • Les blogs de Ian

    Les blogs de Ian

    Pour accéder aux deux blogs de Ian + un « spécial copains »* :

    http://balatian.blogspot.com/

    http://nouvellevieparisienne.blogsp…

    *Le « spécial copains » :

    Les anj’ôleurs

    Poésie d’amour en tête à tête au Musée national du Moyen Age le samedi 19 mai 2007 à partir de 19h45 et jusqu’à 22h45 (entrée libre)

    Un Anj’ôleur ou une Anj’ôleuse vous choisira ! Tirez une carte, laissez-vous bander les yeux, et, en tête à tête, ce Cupidon contemporain vous susurrera une déclaration d’amour choisie au coeur des plus beaux poèmes du monde entier. Les Anj’ôleurs dérangent, troublent, ils seront les messagers de l’intime.

    Création de La Comédie des Anges

    http://www.comediedesanges.com/anjo…

    Conception : C. Bellanger

    Avec : Céline Bellanger, Florence Cabaret, Olivier Deville, Michel Duchemin

    Costumes : Fabienne Desfleches

    Maquillage : Isabelle Darde

    Photos : Olivier Ouadah

    Des poèmes d’amour de Christine de Pizan, Hadewijch d’Anvers, Charles d’Orléans, Hildegarde de Bingen, Louise Labé, Ronsard, Marceline Desbordes-Valmore, Marguerite de Valois, Aragon, Eluard, Verlaine, Hugo, Musset, Tagore, Andrée Chedid, Pablo Neruda, Alphonse Allais, Jean Senac, André Velter, Renée Vivien, Georges Jean, Bernard Mazo, Ibn Zaydun, Ibn Al-Labbâna, Khosrovâni, Beroalde de Verville, des Anonymes…

    Durée : 4 passages de 30 minutes

    Samedi 19 mai à partir de 19h45

    Musée national du Moyen Âge

    6 place Paul Painlevé 75005 Paris

    Métro Cluny-La Sorbonne / Saint-Michel / Odéon

    Bus n° 21 – 27 – 38 – 63 – 85 – 86 – 87

    RER Ligne C Saint-Michel / Ligne B Clu

  • Canet, le 14 mai 2007 La fonction du mot de passe dans la tessérisation du corps de l’enfant

    Canet, le 14 mai 2007 La fonction du mot de passe dans la tessérisation du corps de l’enfant

    Canet, le 14 mai 2007

    La fonction du mot de passe dans la tessérisation du corps de l’enfant

    M. B. Nous sommes le 14 mai 2007.

    Bon, alors là, pour le coup, c’est un fossé. C’est rude ! chaque fois, il faut reprendre tout ça. Cette fois-ci je ne refais pas un résumé des chapitres précédents, mais je rappelle brièvement le point où nous étions arrivés, et on verra pour la suite. Le point où nous étions arrivés, c’était autour du symbole, de la fonction symbolique, et j’avais fait remarquer que l’on devait pouvoir faire l’hypothèse que le noyau même de la fonction symbolique, ce qui fait l’âme de la fonction symbolique, eh bien, c’est sans doute le mot de passe. Le mot de passe qui est à la fois une séquence signifiante et qui présente le grand intérêt de ne pas faire référence, pour ce qui concerne la signification, à ce que signifie la chose : on peut donc dire « Les sanglots longs des violons de l’automne » et ça marche. Vous connaissez l’histoire des sanglots longs, non ? À l’approche du débarquement, tous les jours sur la radio de Londres il y avait quelqu’un qui disait « Les sanglots longs des violons de l’automne », et ça s’arrêtait là. Mais l’idée, c’était, vous voyez comment c’était intéressant à tous points de vue, que le jour où ils diraient l’autre partie du vers ou bien le deuxième vers, ça signifierait que le débarquement avait lieu ou aurait lieu de façon imminente. Quel est le deuxième vers ?

    G. P. : « Bercent mon cœur d’une langueur monotone »

    M. B. : Redites ça !…

    Public : « Bercent mon cœur d’une langueur monotone »

    M. B. : « Bercent mon cœur », voilà ! très bien ! C’est vraiment intéressant, ce truc-là, parce que si la radio de Londres avait dit ça début juin pour que la résistance se prépare et commence les sabotages nécessaires, personne ne se serait mobilisé, parce que le second vers dit : « Blessent mon cœur d’une langueur monotone ». C’est vrai que beaucoup font la confusion (dont ma pomme bien entendu jusqu’au jour où j’ai écrit un article que vous pouvez lire sur le site « Logique du vague et psychanalyse », où figurait la citation), et aimeraient que ça soit « bercent mon cœur d’une langueur monotone », mais non, c’est « blessent ». Du coup, à ce moment-là, sur le plan de la signification on peut discuter, mais on voit bien que si les types avaient dit « bercent mon cœur », ça suffisait à annuler tout ce truc-là.

    Vous voyez, c’est là, il me semble, quelque chose de très important qui concerne la dimension du symbolique, c’est que cette chose-là ne se voit presque pas. C’est un petit détail, comme dirait l’autre, pour les mêmes raisons, c’est un petit détail, mais si on n’en tient pas compte tout est fichu. Alors ça, c’est très important parce que, précisément, on peut penser que au niveau des mécanismes inconscients, les passages se font de façon extrêmement rigoureuse : pendant que nous nous avons les yeux braqués sur la signification des phrases, l’inconscient a les yeux braqués sur le déploiement des représentements ou des signifiants, pour parler comme Lacan, et c’est tout à fait différent. L’agencement des signifiants n’a finalement rien à voir avec la signification des phrases. Il n’est pas tout à fait vrai que ça n’ait rien à voir, mais il n’empêche que l’agencement des signifiants joue un rôle tout à fait fondamental. Si vous voulez, pour continuer sur cette voie, ce sont des choses que, hélas ! on observe très fréquemment dans les équipes : elles se braquent sur la signification des choses. On entend « ah ! cet enfant ! » ou bien « ouh ! untel, déconne, est toujours absent, il n’avertit pas » ou « elle n’avertit pas », on a donc beaucoup de descriptions, d’états de choses, qui sont parfaitement descriptibles et compréhensibles immédiatement : on va chercher des explications dites psychologiques, des explications qui reposent d’ailleurs plutôt sur la signification des mots qu’on emploie pour décrire les choses. Mais si la question du symbole ou de la fonction symbolique se résout aussi là, pour l’essentiel elle ne se résout pas à ce niveau, puisque la question du passage, du mot de passe, consiste à passer d’un état à un autre état. Et ce passage fulgurant dépend non pas de la signification des mots mais de l’agencement signifiant, pour des mots de passe dont le scribe et l’interprète sont convenu entre eux, c’est-à-dire entre le surgissement de la séquence signifiante et la personne ou le sujet qui en est le réceptacle.

    (…)

  • Colloque « Packing » avec Pierre Delion, samedi 9 juin à Toulouse

    Colloque « Packing » avec Pierre Delion, samedi 9 juin à Toulouse

    Le samedi 9 juin à l’AUDITORIUM Centre Hospitalier G. MARCHANT
    134 Rte d’Espagne
    B.P. 65714 – 31057 TOULOUSE cedex

    aura lieu le colloque sur le Packing animé par Pierre Delion et Michel Balat.

  • Francesca Caruana : Nuit des musées, le 19 mai à Collioure

    Francesca Caruana : Nuit des musées, le 19 mai à Collioure

    Le samedi 19 mai 2007 de 19h à 22h :
    performance de Francesca Caruana « Ecailles et solitons » que l’artiste partagera avec les visiteurs au Musée d’Art Moderne de Collioure.

    NUIT DES MUSEES
    19 MAI 2007-19 H A 22 H
    MUSEE DE COLLIOURE

    Ecailles et solitons

    Pendant trois heures, de 19 à 22 h, francesca caruana partagera cette fête de l’art avec le public. Le « filet de Petit Louis », les dessins, les photographies qui composent l’installation sont autant d’éléments qui entourent la performance. Sur le lieu même de son exposition, fidèle à ses formes gestuelles, aux matières et textures de cordages ou de fils, francesca caruana trempera un bout de chanvre dans du pigment coloré, le roulera ensuite sur le papier, et l’ensemble sera rehaussé de traits. Signé, daté, le visiteur pourra emporter ce petit « sceau » festif et symbolique d’une nuit consacrée à l’échange entre musées, publics et artistes.

    ……Ainsi les écailles de papier supporteront leur soliton, forme dynamique de l’enroulement du cordage.

    Le vernissage de l’exposition « Corail, épissure, garum » aura lieu au Musée d’Art Moderne de Collioure le samedi 27 octobre 2007 à 17h, et durera jusqu’au mois de février.

    Portfolio

    Télécharger

    Télécharger

  • Lopez Ibor Juan Jose : La angustia vital/L’angoisse vitale

    Lopez Ibor Juan Jose : La angustia vital/L’angoisse vitale

    Traduction de Sylvie et Serge Arbiol

    L’angoisse vitale

    Juan José Lopez Ibor

    Il y a quelques années j’ai publié un ouvrage portant ce titre. Le qualificatif « vitale » avait, dans ce livre, une signification précise. Je faisais référence à l’angoisse d’origine interne, endothymique, non produite – quoique parfois déclenchée – par les événements de la vie. L’expression « angoisse vitale » est passée dans le langage courant et il est d’usage de la comprendre comme l’angoisse que produisent les événements de la vie, c’est-à-dire cet état de préoccupation qui appartient à la vie quotidienne et qui semble à présent exacerbé ou, tout au moins, devient plus évident pour l’homme moyen.

    L’angoisse est le grand thème de la philosophie et de la littérature contemporaine. L’existence humaine se déroule entre la naissance et la mort. Ce sont ses limites naturelles et irrévocables. Vue sous cet angle, l’existence est comme un faisceau lumineux qui se découpe sur le néant. Cet être enveloppé par le néant constitue l’expérience fondamentale de l’existence humaine. Cela s’appelle l’angoisse. Lors des consultations dans les hôpitaux nous accueillons les malades. Ce sont bien souvent des personnes simples, dont les capacités d’introspection sont limitées et la connaissance des problèmes ontologiques et métaphysiques nulle.

    Les malades parlent, parfois, d’angoisse et d’autres fois de peur. Très souvent ils n’emploient aucun de ces deux mots, mais décrivent d’autres sensations ou malaises. Le mot malaise est celui qui convient le mieux ici. Malaise, mal-être. Leur être- dans -la -vie a changé. La philosophie existentielle parle de l’être dans le monde. En espagnol, il existe deux termes “ser” et “estar”. Ce dernier possède une signification concrète et bien définie qui dans d’autres langues se trouve absorbée par le mot “être”. Dans « l’anthropologie compréhensive » de Zutt, on parle du Stand en tant que caractéristique fondamentale de l’existence humaine. Sa signification présente une certaine analogie avec le (verbe) « estar » de la langue espagnole. On est dans le monde, dans la vie, d’une manière concrète, sous laquelle on apparaît. On est bien ou mal. On est malade. On est joyeux ou triste. On est angoissé. On est affligé ou de mauvaise humeur. Ce sont des variantes de la façon de se sentir (mot à mot “se trouver”) dans le monde. Non dans le monde en tant que réalité objective, mais en tant que réalité vitale.

    L’angoisse est le noyau fondamental des névroses. L’angoisse qu’éprouvent les névrosés a-t-elle quelque chose à voir avec celle de la philosophie existentielle ? Jusqu’à quel point pouvons-nous dire que l’angoisse du névrosé est angoisse face au néant, sans trahir, par cette formule, la réalité ?

    (…)

  • Souscription de l’ouvrage : Jean Oury au Japon

    Souscription de l’ouvrage : Jean Oury au Japon

    Jean Oury au Japon

    Un nouveau livre de Jean Oury est en préparation. Il s’agit du récit du voyage qu’il y a effectué l’an dernier et des conférences qu’il y a tenues dans plusieurs universités.

    Vous pouvez télécharger la couverture et la 4e de couverture.

  • Canet, le 23 avril 2007 Quelques rappels sur les catégories sémiotiques

    Canet, le 23 avril 2007 Quelques rappels sur les catégories sémiotiques

    Canet, le 23 avril 2007

    Quelques rappels sur les catégories sémiotiques

    M. B. : Donc, on continue sur nos histoires. J’ai parlé de la question du mot de passe et c’est quand même une question qui n’est pas résolue. Si vous voulez, j’essaie d’expliciter, de logiciser un sentiment, une abduction. J’ai le sentiment que le mot de passe recèle le secret de la fonction symbolique, mais je n’en suis pas sûr, j’essaie alors de m’en convaincre en vous parlant, donc, ne prenez pas ça comme argent comptant. Faut voir !

    En somme, la question du mot de passe, comme je le disais, est quelque chose qui met au moins en scène un interprétant : un mot de passe n’a de sens que si l’on considère qu’un interprétant lui est adjoint, puisque le mot de passe est une sorte d’intention pure mais dégagée de toutes les scories, néanmoins précieuses, que présente le symbole. Quand on parle, comme je suis en train de le faire là, on produit des symboles en pagaille, des double sens, des trucs compliqués qui font la richesse de la langue et qui, surtout, nous sont indispensables. Mais si l’on veut pouvoir analyser la fonction symbolique de la manière la plus précise, il faut d’abord commencer par enlever tout ce qui est à enlever pour essayer de voir le noyau, ce qui reste, ce autour de quoi les choses peuvent se construire. Donc, avant de dire que c’est la fonction du mot de passe, il faut bien s’assurer qu’on est vraiment, sérieusement, au cœur de la fonction symbolique.

    D’abord, le mot de passe se présente comme une succession de… Lacan dirait de signifiants, une sorte de concaténation de signifiants qui remplissent une certaine fonction. Je vous rappelle à ce propos les trucs de base vraiment massifs de la sémiotique — un peu de sémiotique, quand même, parce qu’on est obligé là —, je vous rappelle que quand on considère le signe en lui même, dégagé de toute interprétation, dégagé de toute suggestion d’un objet quelconque, c’est-à-dire avant qu’il ne fasse réellement signe à quelqu’un, quand on considère le signe que j’appelle donc « en lui-même », c’est-à-dire le représentement, il peut être fondamentalement de trois ordres différents, qui sont les trois catégories de Peirce. Pendant des années j’ai beaucoup insisté sur un de ces ordres-là qui est ce que Peirce appelait le ton, enfin le qualisigne, signe de qualité, dans le jargon officiel. Ça veut dire que le qualisigne ou le ton est un signe qui sera signe ou qui fera signe parce qu’il est une qualité, en tant que il est une qualité. Souvent, je prenais un exemple qui me plait beaucoup, c’est Le parfum de la dame en noir. Vous avez lu ce livre de… ? Comment il s’appelle ?

    Public : Gaston Leroux.

    M. B. : Gaston Leroux, Rouletabille. De temps en temps, il croise une femme en noir, et il y a un parfum qui reste, et un parfum qui lui fait signe de quelque chose, qui réveille quelque chose en lui, mais qu’il ne sait pas préciser, c’est une réminiscence, bon, c’est la madeleine, quelque chose comme ça. Et on voit qu’il ouvre à toute une richesse signifiante qui est restituée par le langage, certes, mais qui, au départ, est purement tout un ensemble complexe de qualités qui s’articulent : c’est ça Le parfum de la dame en noir. Au départ il y a quelque chose, des évocations, des réminiscences, jusqu’au moment où… Mais si jamais vous voulez le lire, vous ne souhaitez pas que je vous donne la clef de l’histoire… quand même bien intéressante… Donc voilà, Le parfum de la dame en noir, ce parfum qui évoque quelque chose, mais évoque n’est pas le mot juste parce que évoquer implique la voix, vocare. Il n’y a pas de voix là-dedans, on est simplement dans un ensemble, un réseau, un tissu, un tissu de sensations, des sensations qui ne sont pas, elles, nécessairement spécifiées, puisque ça peut être des sensations vagues, très vagues, des réminiscences, donc. Là, on peut dire qu’on est dans le qualisigne, le ton. J’ai beaucoup utilisé le ton pendant des années pour essayer de décrire ce qui doit se trouver dans tout discours pour avoir une fonction de présence : suivant qu’on parle d’une façon ou d’une autre, le type de discours évoquera ou pas. Et c’est moins le contenu-même du discours que le choix des mots, la manière de le dire, enfin toutes ces choses-là. Par exemple, on voit bien qu’en poésie c’est tout à fait ça : quand on écoute un poème ou même quand on lit un poème — ceux qui sont faits d’abord pour être lus —, quand on lit un poème, on se rend compte qu’il y a tout un complexe de trucs qui arrivent comme ça, je ne dis pas de sentiments, ce n’est pas la question, ou bien alors il faut le prendre presque au sens anglais du feeling, quelque chose qu’on pressent ou qu’on sent. Ça, si vous voulez, c’est ce qui constitue quand même le socle, la base dans la parole : la possibilité de choisir. On choisit donc des mots, le poète fait ça, il choisit même s’il ne sait pas comment il fait ce choix, et ça donne alors quelque chose, ça tisse autrement les mots ensemble, eh bien, ce tissage qui apparaît dans la poésie, mais qui, comme de bien entendu, est présent dans tout discours, il apparaît dans la poésie parce que, tout à coup, ça devient prévalent. On peut appeler ça : la mise en place d’un système tonal.

    (…)

  • Intervention du 18/04/2007 au séminaire de Ste Anne

    Intervention du 18/04/2007 au séminaire de Ste Anne

    Prises de notes d’Annick Bouleau

    Mercredi 18 avril 2007

    On peut trouver l’original de ce texte, l’un de ceux publiés par Annick Bouleau, sur le site « ouvrir le cinema« .

    AU NOM DE JEAN OURY

    « Pourquoi je n’avais pas donné de titre ? L’année dernière, on avait hésité. J’ai dit que j’avais

    honte de donner un titre, avec tout ce qui se passe dans cette sorte de mascarade et de destruction

    de la psychiatrie. C’était un jour d’été. Parler comme si de rien n’était ? « Logiques

    institutionnelles et stratégie analytique », c’était le titre de l’année dernière… Alors est arrivé,

    d’une façon sournoise, un titre que je dois assumer, difficilement : « Pragmatisme et

    psychiatrie ». Une fois pris au piège de ce titre, j’espère qu’on va pouvoir en parler et que vous

    m’aiderez.

    D’où vient ce titre-là ? Ce n’est pas uniquement par souvenir littéraire. Ça fait très longtemps

    que je pense au mot « pragmatisme » sans trop savoir ce que c’est. Mais je me suis dit que c’est la

    suite de « Logiques institutionnelles et stratégie analytique ». Ce pragmatisme, ce n’est pas le

    « pragmatique ».

    J’y pensais donc depuis longtemps. Peut-être pour essayer de spécifier le champ dans lequel on

    est engagé, pour regrouper ce qui était « apparu » à la suite de rencontres un peu inattendues,

    comme cette notion de « sous-jacence » que j’avais développée déjà en 1958. Puis est arrivée, il y

    a quelques années – ça me semblait plus poétique et ça complétait la sous-jacence, l’humus,

    « l’horticulture institutionnelle ! » – la notion « d’arrière-pays ». C’était pour essayer de définir,

    d’une façon plus précise, ce avec quoi on travaille dans le champ « psychiatrique ». Ce

    raisonnement pourrait s’appliquer à d’autres domaines aussi artificiels que la psychiatrie,

    comme la « pédagogie » par exemple, la vraie. Est-ce que, quand on rencontre quelqu’un, ce n’est

    pas quelque chose qui va être mis en résonance, repéré plus ou moins inconsciemment par

    l’autre ? Il y a de la « connivence », des harmoniques. Tous ces termes ont été développés

    précédemment. »

    JEAN OURY, Introduction au pragmatisme en psychiatrie

    http://www.erudit.org/revue/pr/2002/v30/n3/006871ar.html

    Jean Oury n’est pas là ce soir, ni Jean Ayme. Il y a moins de monde dans l’amphi.

    Michel Balat nous annonce que Jean Oury, qui a eu un petit « accident

    domestique », lui a demandé de venir à sa place (Pierre Delion, lui aussi devait

    être présent mais n’a pu se libérer) pour parler un peu de Peirce.

    Le rituel des annonces sera très court…

    (…)

    Documents joints

  • Jean-Sébastien Durel : poèmes

    Jean-Sébastien Durel : poèmes

    J.-S. Durel

    Que dire sur moi ?

    Que j’approche de la trentaine, que je me suis mis sur le tard à l’écriture et surtout au plaisir des mots. Etant plus jeune, j’étais allergique à La Littérature et ne lisais que des BD et autres Comics. Paradoxe de la vie, je suis aujourd’hui enseignant spécialisé et je dois donner aux élèves le goût de la lecture et de l’écriture.

    En tout cas, écrire est devenu peu à peu essentiel, indispensable.

    Je crois que j’ai fini ce petit tour de ma personne.

    Je vous remercie encore d’accepter de mettre en ligne mes textes (peut-être pas tous…) et je suis impatient d’avoir votre avis de lecteur averti.

    A bientôt.

    Jean-Sébastien DUREL.

    Voici les textes (tous) que J.-S. m’a envoyés :

  • Canet, le 16 avril 2007 Réflexions autour de la vérité et du symbole pour saisir la question du mot de passe

    Canet, le 16 avril 2007 Réflexions autour de la vérité et du symbole pour saisir la question du mot de passe

    Canet, le 16 avril 2007

    Réflexions autour de la vérité et du symbole pour saisir la question du mot de passe

    M. B. : Voyons, la dernière fois on en était où ? Est-ce que vous vous souvenez ? Je suis sûr que vous ne vous en souvenez pas.

    F. C. : On avait parlé de la journée Coupechoux.

    M. B. : Ah oui ! Donc ça nous ramène vraiment loin. Je voudrais essayer de reprendre cette histoire du mot de passe, pour essayer de développer : j’ai beaucoup regretté qu’on doive arrêter la séance à cause de l’heure, parce que j’étais vraiment prêt à dire des trucs pendant au moins deux heures, ça venait bien. Eh bien, là aussi, on est coincés. Ces contingences sont emmerdantes.

    Je vous rappelle brièvement la chose : c’était à partir de l’interrogation sur le symbole. On a essayé de faire le point sur la question de l’icône, de l’indice. Je vous rappelle que l’icône présente un objet possible, simplement possible, c’est-à-dire que l’icône est vraiment l’icône de la possibilité. C’est très important.

    Par exemple, jeudi, j’en ai parlé un peu à l’école d’art de Bourges : au bout du compte, comment pense-t-on ? Non pas au sens de la pensée, la pensée on s’en fiche un peu, ce n’est pas très intéressant, mais au sens du penser, e-r, c’est-à-dire ce que j’appelle le musement. Comment ça marche ? Eh bien, on peut dire que tout le penser est constitué d’icônes, c’est-à-dire de formes. Le penser, ce n’est pas des symboles mais des icônes. Autrement dit si l’on essaye de se regarder penser, e-r — ce qui est toujours un petit exploit parce qu’on ne peut pas vraiment s’en rendre compte —, ce qu’on voit ce n’est pas quelque chose qui est articulé, qui est précis, avec des significations établies, non, on est vraiment dans quelque chose qui est beaucoup plus proche de la forme.

    On peut alors dire que le contenu des pensées, c’est ce que les phénoménologues appellent les gestlaltung, c’est-à-dire les formes en train de se former. Il y a même des gens qui ont théorisé là-dessus, ils appellent ça des formants, ce qui n’est pas con. C’est pas mal, les formants, a-n-t. Et il me semble que c’est le contenu-même du penser. Peirce propose le terme d’icône. On peut dire que des icônes qui se succèdent, qui s’enchaînent les unes aux autres, sont des formants. Et je vous faisais remarquer que, de ce point de vue, le rôle de l’artiste c’est de saisir quelque chose de ces formants qui naviguent éventuellement dans notre monde intérieur, mais ne font que passer chez tout un chacun, et de les faire naître au monde, de faire en sorte que ces formants puissent prendre une place dans le monde.

    Et on peut dire que c’est la place dressée pour les futurs symboles ! Il y a cette fameuse réponse de Picasso à quelqu’un qui lui disait que ses dessins, ses tableaux ne ressemblaient pas au monde : « Mais dans quelque temps le monde ressemblera à mes tableaux ». Il me semble que ce qu’il dit là n’est pas une pirouette pour s’en tirer mais quelque chose de très profond : effectivement, l’artiste fait naître des formes qui pourront être utilisées comme symboles plus tard. Pour ce qui concerne la création de la pensée, le travail de l’artiste est extrêmement important.

    Si on pense en particulier à des pathologies comme l’autisme, la psychose infantile, la schizophrénie, etc., où des symboles sont restés en rade, on peut dire que permettre d’aider à la fabrication de gestaltung, d’icônes, est extraordinairement important.

    Donc voilà, l’icône est vraiment de ce registre-là, et ce que j’essaie de vous indiquer, même si je résume à grands traits, c’est la place fondamentale de l’icône dans notre travail. Lorsque je parlais du tonal par exemple, ce que j’ai fait pendant des années, c’était de ça que je voulais parler. Quand on est, soit avec quelqu’un, soit avec des blessés dans un grand groupe, comme à Château Rauzé, toute la question est d’être dans le ton, c’est-à-dire être dans les formes qui sont en train d’habiter ce monde-là et réussir à extraire de là quelque chose qui puisse avoir une certaine stabilité. Tu voulais me dire quelque chose ?

    (…)

  • JEANNINE QUILLET : UNIVERSITAS POPULI ET REPRESENTATION AU XIV° SIÈCLE

    JEANNINE QUILLET : UNIVERSITAS POPULI ET REPRESENTATION AU XIV° SIÈCLE

    UNIVERSITAS POPULI ET REPRESENTATION AU XIV° SIÈCLE

    Par JEANNINE QUILLET

    L’idée de représentation n’est pas, au XIVe siècle, une idée neuve : c’est une figure de la rhétorique littéraire, un recours de l’argumentation théologique ; c’est aussi un principe juridique qui émerge peu à peu du corps de doctrines nées de la réflexion sur les collectivités médiévales qui prennent conscience d’elles-mêmes comme personnes moraIes et juridiques, de leur volonté d’exister sur le plan législatif, administratif et judiciaire. Elle sera, au XIVe siècle, érigée en principe d’organisation politique de ces collectivités.
    Avant l’introduction de la Politique d’Aristote, juristes et canonistes avaient préparé le terrain : les penseurs avaient à leur disposition tout un ensemble de textes, commentaires et gloses du droit romain et du Décret, dans lequel ils allaient puiser largement.
    Comment s’énonce, sur le plan juridique, le principe de la représentation ? Il faut distinguer : s’il s’agit de la représentation symbole, au sens où l’on dit que l’arche de Noé « représente » l’Eglise ou le corps mystique du Christ , nous nous en éloignons ; s’il s’agit d’un second sens, précis et technique, celui de représentation-délégation alors il s’insère bien dans le processus d’expression de la volonté collective des communautés médiévales. Lorsque quelqu’un – une ou plusieurs personnes – « représente » une collectivité, il agit aux lieu et place de celui ou de ceux qui lui ont donné mandat de le faire et est censé exprimer par son action la volonté et la pensée de celui ou de ceux qui l’en ont chargé. Le choix des moyens peut différer, mais c’est là affaire de techniques juridiques diverses, en nombre restreint du reste ; mais le principe demeure. Un tel principe, les médiévaux l’ont trouvé exprimé dans le droit romain : il est limité, dans la pratique, à des situations particulières. La représentation suppose chez le représenté ou l’ensemble des représentés une incapacité juridique à accomplir eux mêmes les actes dont ils confient le soin à un autre ou à d’autres. Tel n’était pas le cas des communautés médiévales, de plus en plus jalouses de leurs droits et prérogatives ; il est caractéristique de constater qu’elles surent, ou du moins les juristes qui s’attelèrent à cette importante tâche, mettre à profit une législation allant en général à l’encontre des impulsions dont elles étaient porteuses et qu’elles voulaient inscrire dans le répertoire de leurs droits acquis.Usant ainsi de textes de la législation romaine réservés à la situation particulière qu’est l’incapacité juridique, elles affirment au contraire leur volonté propre ; elles se font reconnaître de l’autorité compétente, laïque ou ecclésiastique, le droit à l’existence, faisant de larges brèches dans les « exceptions » prévues par le droit romain à l’interdiction générale, pour un groupe quelconque, à se constituer en association sans l’autorisation – rarement accordée – du pouvoir souverain. Mais l’usage de la « Lex Regia » est ici bien révélateur : cette loi bien connue des glossateurs affirmait sans ambiguïté la liberté absolue du souverain à l’égard des lois et exaltait sa puissance, « majestas », justifiée par son origine : c’est le peuple (populus romanus) qui transfère son autorité première et légitime dans la personne du prince et la lui délègue. Les médiévaux ne manqueront pas d’insister sur l’origine de ce pouvoir et le processus par lequel il est accordé ; sur son résultat aussi, à l’occasion.

  • Canet, le 12 mars 2007 Distinction entre l’indice et le symbole.

    Canet, le 12 mars 2007 Distinction entre l’indice et le symbole.

    Canet, le 12 mars 2007

    Distinction entre l’indice et le symbole.

    Le premier État moderne

    Les collections de l’histoire n°35, Les Anglais, un peuple pas comme les autres, avril-juin 2007,

    Entretien avec Jean-Philippe Genet, Professeur à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne.

    L’H. : Pourquoi ce nom d’Échiquier ?

    J.-P. G. : Les comptes sont faits sur un tapis qui ressemble à un échiquier. C’est un système de comptabilité qui permet de manier la monnaie de compte médiévale, en livres, sous et deniers, avec une grande efficacité. Très tôt, cet Échiquier se pourvoit d’une archive sous la forme des pipe rolls : on note les comptes sur un parchemin recto verso, et lorsqu’on est arrivé au bout, on en prend un autre que l’on coud à la suite. Cela forme un énorme rouleau que l’on accroche au plafond pour pouvoir en lire les deux faces, et que l’on conserve. C’est le premier système d’archives en Europe pour un pouvoir laïque, dans les années 1110-1120 — les archives françaises ne commencent qu’avec la conquête de la Normandie en 1204.

    Cette administration « moderne », qui fonctionne par l’écrit, travaille avec des gens qui ne savent ni lire ni écrire. Un système très efficace a donc été mis au point : pour chaque opération, on fait ce qu’on appelle une « taille », on prend deux baguettes de bois identiques, et on marque dessus les sommes de la transaction grâce à un système d’encoches. Un exemplaire reste à l’Échiquier et l’autre est conservé par le visiteur.

    M. B. : Bon. Quelle histoire ! Je suis pris entre deux trucs, je voudrais à la fois vous parler un peu de Château Rauzé, puisque j’étais à Bordeaux, et puis d’autre chose… au moment de la réunion du jeudi matin, là où il y a tout le monde…

    L. F.-C. : Oui…

    M. B. : … celui qui a le crâne, tu sais, les cheveux pratiquement rasés, avec trois énormes cicatrices… ça fait deux ans que je le vois, et il dit toujours la même phrase. De temps en temps, il demande la parole et il dit sa phrase. Ça donne l’air con d’être aphasique. C’est très emmerdant pour eux, c’est terrible ! Il y en a un, je me souviens, qui avait les larmes aux yeux, en m’expliquant : « Quand on me voit, on me parle normalement, et puis quand on m’entend répondre on se dit : ce type est un couillon ! » C’est terrible ça… Donc, je lui donne la parole pour respecter les rituels, et, à ce moment-là, il dit une série de phrases, toutes différentes, parfaitement situées. J’étais stupéfait : ça marche ! D’ailleurs, c’était un petit peu le thème de ces deux jours là, c’était que ça marche.

    Et on parle d’un bonhomme, Taïeb, qui fait de tout. Il y en a toujours un qui fait de tout, c’est obligatoire. L’équipe se plaignait, et on le fait venir avec tout le monde au moment de la réunion du jeudi matin. D’habitude il n’y a que l’équipe, mais là, les autres blessés étaient présents. Alors c’est plus canulé pour faire le travail, mais enfin, en même temps, c’est très intéressant. On s’est aperçus, même si le Taïeb en question emmerde tout le monde, tout le temps, que les autres blessés n’étaient pas si désagréables que ça avec lui, et qu’ils commençaient à s’intéresser à lui et à le comprendre. Je me suis souvenu de l’état dans lequel il était deux ans auparavant : c’était invraisemblable. C’était un type détruit complètement, les bras et jambes tournés dans tous les sens… c’était terrible, et, deux ans après, le même Taïeb emmerde tout le monde. Ça c’est bien, c’est un grand progrès : il fume du haschich, il a des crises d’épilepsie, il a tout ce qu’il faut, enfin il est parfait, donc ça marche, ce qui est stupéfiant, vu l’état des blessés quand ils arrivent…

    Ma copine « la portugaise » est partie…

    Public : Ah !

    M. B. : Elle est dans une maison de retraite, elle est ravie, et elle a toute sa tête : elle se souvenait qu’elle avait oublié un papier à Château Rauzé, ce qui était pas mal. Elle l’a réclamé et voilà. Ça vaudrait le coup de faire une chronique de Château Rauzé au jour le jour, avec les variations des équipes. C’est intéressant les variations des équipes : on voit des gens qui étaient plutôt renfermés, qui refusaient de parler, tout à coup se lâcher, dire des trucs passionnants, enfin c’est vraiment intéressant.

    (…)

  • Canet, le 2005/03/07

    Canet, le 2005/03/07

    Canet, le 7 mars 2005

    Au fond, ce qu’à apporté Lacan – je crois que ça vaut le coup d’y revenir régulièrement parce qu’en somme, ça se comprend, ça se lit, il paraît que c’est difficile à lire, mais c’est pas exact. Lacan, ça se lit comme un roman – ce n’est pas une façon de penser naturelle, je veux dire habituelle… reste à savoir qu’est-ce que c’est ce « on pense ».

    Je voudrais vous proposer une sorte de formule, et puis la mettre à l’épreuve. La formule serait « il n’est rien qui ne soit produit par le langage ». C’est un aphorisme à examiner, fabriqué pour la circonstance… Ce n’est pas un mode de pensée auquel on a été habitué… il y a le monde, et puis on cause… Il y a cette séparation, ce dualisme qui fait que, au fond de nous, même quand on énonce des aphorismes comme ça, on se dit « malgré tout il y a le concret, cette table… » C’est très difficile de sortir de ça. Depuis le début de l’année, je vous dis que c’est une lutte constante parce que, spontanément, on n’est pas là-dedans…

    La première question à se poser c’est : est-ce que c’est soutenable ?… L’idée est la suivante, quelle que soit la chose avec laquelle je suis en contact, une formule est nécessairement là pour soutenir ce que je perçois, même si je ne le dis pas. Si je prends une feuille de papier… le dualiste pourrait me dire « oui, mais vous avez la perception, d’abord vous percevez »… certes, je perçois mais cette perception ne prend que lorsqu’elle est formulée… même si sans doute, on pourra lui faire une place. Ça n’est pas quelque chose qui se donne à moi d’emblée. Le dualiste pourrait reprendre « vous avez raison, je suis toujours amené à formuler en langue toutes les choses que je perçois, mais il n’empêche que ces choses sont là avant que je les ait perçues » Alors à ce moment-là, j’assène au type de façon terrible « mais “avant que” c’est une catégorie grammaticale ça ! », et là, il s’effondre dans un cri… il devrait s’il était raisonnable… il ne peut plus évoquer un monde où il n’y aurait pas le langage parce que pour pouvoir l’évoquer il faut les mots en question. Il me semble que là, le type devrait se rendre immédiatement à mon argument… un argument massif qu’avançait déjà Aristote en son temps…

    … Ça se fait encore cette sonnerie… ça m’intéresse, ça, parce que maintenant on ne la trouve plus dans les machines qu’on achète… quel que soit le restaurant où on allait, dès que ça sonnait, tout le monde se jetait sur son portable parce que tout le monde avait la même… il y a tout un langage là-dedans maintenant… Nous on pourrait dire « c’est un contre-exemple puisque c’est tout à fait spontané ». Il n’empêche que, précisément, c’est travaillé de façon extraordinaire par le langage… par les signes. Ça fonctionne comme ça parce que c’est un signe ; une perception ne suffirait pas…

    Documents joints

  • Canet, le 05 mars 2007 Le moment de l’interprétation est un acte de production d’un mot de passe

    Canet, le 05 mars 2007 Le moment de l’interprétation est un acte de production d’un mot de passe

    Canet, le 05 mars 2007

    Le moment de l’interprétation est un acte de production d’un mot de passe

    M. B. : Le 5 mars 2007 donc. Je vous rappelle que depuis longtemps déjà nous essayons d’approcher la question du symbole. L’année dernière nous avions ratissé du côté de la fonction iconique, de la fonction indiciaire, mais je vous avais dit ici que pour toucher la fonction symbolique il fallait reprendre énormément de choses, et c’est ce qu’on a fait cette année : on a tourné autour de la structure-même de la sémiose avec des interprétants dynamiques, immédiats, etc., enfin tous ces machins-là, et il me semble que maintenant on devrait quand même être prêts à aborder la question du symbole.

    Alors pourquoi c’est si compliqué ? Si Peirce était là, il nous dirait peut-être que c’est de la rigolade, mais il me semble que c’est compliqué pour la raison suivante : c’est que la tiercéité est auto entretenue, c’est-à-dire, qu’il n’y a rien au-delà, et comme il n’y a rien au-delà, on est vraiment dans quelque chose qui est dans un mouvement constant de constitution.

    On sait bien que c’est un des problèmes devant lequel nous sommes tous. Par exemple, hier, il y avait une petite réunion, et on discutait de la vérité : est-ce qu’il y a quelque chose comme la vérité ? Alors c’est terrible cette question parce que, précisément, la vérité, elle passe, elle ne fait que passer. Il n’y a rien qui nous permette de dire, de nous garantir que là, on tient la vérité : rien au delà.

    Lacan avait exprimé ça à sa façon : « Il n’y a pas de métalangage ». Alors bien sûr, du coup, je me souviens de la dame qui faisait le petit Robert… Comment s’appelle-t-elle ?

    Public : Josette…

    M. B. : Oui, Josette Rey Debove, voilà. Eh bien, Josette Rey Debove était une femme très sympathique, chouette comme tout, et alors que je lui disais : « Mais enfin, il n’y a pas de métalangage ! », elle me répondait : « Mais ne me dis pas des choses comme ça, malheureux ! moi, je vis de ça, je vis du métalangage, je fais un dictionnaire. ». Alors évidemment il faut trouver quand même un accord là-dessus. Mais, en même temps, elle savait bien, puisqu’elle faisait un dictionnaire qu’il y a pas de référence ultime : elle savait bien qu’il n’y a pas un dictionnaire des dictionnaires ! Il y a pas quelque chose qui vienne expliquer les clefs du dictionnaire, puisque rentrer dans un dictionnaire c’est y rentrer avec une connaissance suffisante de la langue, sans quoi vous comprenez que dalle !

    Par exemple, quand j’étais jeune, et que je faisais des mathématiques, il y avait le groupe Bourbaki, qui était un groupe qui a été très célèbre. Ça existe toujours, d’ailleurs. C’étaient des gens de l’École Normale Supérieure qui avaient décidé collectivement de s’appeler Bourbaki . Et on ne savait pas qui était chacun (quoique… !) parce que personne ne signait de son nom, mais il y avait les plus grands mathématiciens de l’époque réunis dans ce groupe ; ils avaient décidé de refonder les mathématiques, c’est-à-dire essayer de faire en sorte que les mathématiques puissent partir de rien et les créer. Et, je me souviens, j’étais alors en plein boum mathématique, ils avaient reconnu leur échec : on ne peut pas faire de mathématiques s’il n’y a pas un langage qui est déjà là, c’est impossible.

    Ils avaient essayé de faire au maximum : c’était l’hyperformalisation. Je ne sais pas si vous vous souvenez, vous avez dû apprendre à l’école les ensembles avec les patates et tous ces machins-là, la réunion, l’intersection, qui provenaient de l’esprit Bourbaki, qui pensaient avoir trouvé le fin du fin de l’histoire. Donc on voit bien : où qu’on se tourne, il n’y a aucun référent ultime du sens ou de la signification ! Quand vous dites quelque chose, vous êtes suspendu à quelque chose d’autre que vous ne connaissez pas nécessairement et qui n’est pas solide ! Dans la tiercéité on peut dire qu’on ne se meut pas dans un terrain solide, c’est ce qui fait l’extrême complexité de l’abord de la question du symbole. Rappelons-nous que l’interprétant se conjugue au futur ! À mon sens, c’est ça le point nodal : le symbole est en quelque sorte le résumé de toute cette position, puisque le symbole prétend a minima représenter quelque chose. Mais on n’est jamais vraiment sûr… J’ai mon exemple fameux : « Passe moi le sel », donc je vais pas vous le redire… est-ce qu’on parle du sel ? C’est même pas sûr qu’on parle du sel dans ces cas-là…

    (…)

  • Le transfert

    Le transfert

    LE TRANSFERT, DIT FONDAMENTAL DE FREUD POUR POSER LE PROBLÈME : PSYCHANALYSE ET INSTITUTION

    JACQUES SCHOTTE

    Mais quelle que soit la forme que prenne cette psychothérapie…, de quelques éléments qu’elle puisse se composer, ses parties intégrantes les plus effectives et les plus importantes resteront sûrement celles qui ont été empruntées à la psychanalyse stricte, dénuée de tendances.

    Freud, 1918 (Voies de la thérapeutique psychanalytique).

    1. Depuis les découvertes inaugurales de Freud, la puissance de choc de la psychanalyse a tenu à la portée qu’il sut leur conférer dans des domaines tout autres que ceux de leurs origines. Rappelons nous l’exemple le plus significatif d’une telle extension du champ de la discipline freudienne : c’est celui du mouvement par lequel, à partir de l’étude des névroses, en passant par le rêve et la psychopathologie de la vie quotidienne le trait d’esprit ou l’art, Freud devait conquérir par et pour sa méthode l’homme soi disant normal, en remettant en question le tout de son discours : « la psychanalyse commença comme une thérapeutique, mais ce n’est pas comme thérapeutique que je voulais la recommander à votre intérêt, mais pour sa teneur de vérité, pour les éclaircissements qu’elle nous donne sur ce qui touche l’homme du plus près : son propre être, et pour les rapports qu’elle découvre entre les plus diverses de ses activités ».

    (…)

  • Canet, le 26 février 2007 Du MacGuffin au grand Autre.

    Canet, le 26 février 2007 Du MacGuffin au grand Autre.

    Canet, le 26 février 2007

    Du MacGuffin au grand Autre.

    M. B. : Bon, la dernière fois on avait vu la question du MacGuffin, ça vous a inspiré cette histoire, ce rien ?

    Public : Super ! On l’a rempli de problèmes…

    M. B. : Ah oui ? ça pose le problème de la structure. Au bout du compte, on voit bien qu’il faut qu’il y ait ce rien : c’est quelque chose qui se présente dans une dimension objectale, mais en tant qu’objet il est rien, et c’est la condition même pour qu’il y ait une structure.

    Public : C’est le rien de la liberté…

    M. B. : Il y a quelque chose qu’Oury dit tout le temps : « Finalement, pour qu’il y ait une structure, il faut qu’il y ait un point à l’extérieur. » C’est une formulation un peu rapide, mais, vraie dans les structures disons de type topologique… dans les structures algébriques je suis moins sûr. S’il n’y avait pas le MacGuffin, tout ce système s’effondrerait de lui-même. C’est un peu ce que dit Hitchcock… si on donnait trop de consistance au MacGuffin, au suspense, tout ce qui fait la tension structurelle du film disparaîtrait.

    Et il me semble que c’est la même chose avec l’amour. Sans ce rien, il ne pourrait pas y avoir toute cette tension, ces histoires invraisemblables que sont les histoires d’amour. Il faut bien qu’il y ait du rien.

    Dans le travail analytique, le transfert met en jeu aussi ce rien. On peut le voir par exemple, quand certains patients utilisent le système même de l’analyse pour résister. Il y a quelqu’un qui me disait : « Si on était en dehors d’ici je n’aurais aucune difficulté à vous parler normalement. D’ailleurs, dans les moments où on prend les rendez-vous, on peut discuter normalement, mais dès que la séance va s’engager, déjà même en rentrant dans la pièce, ça y est ! Quelque chose est changé et il y a un certain nombre d’attitudes qui me sont obligatoires. »

    Public : … c’est artificiel…

    M. B. : Voilà, on peut dire que c’est assez artificiel…, le MacGuffin, il savait ce que c’était, et du coup ça lui permettait de figer la totalité de la situation.

    J. M. : Il y a des années, tu avais parlé d’une spirale : on se rapproche d’un truc sans jamais l’atteindre. Et tu n’avais pas, à ce moment-là, parlé de la nécessité qu’il y ait un rien au bout…

    M. B. : C’était implicite. Pourquoi faire une spirale si on peut l’atteindre directement ? Si on savait le point où on va, on irait, et on n’emmerderait pas tout le monde avec des spirales. Donc, s’il y a une spirale, c’est bien que ce point-là est énigmatique. Et, c’est cette trajectoire spiralée qui définit le point, l’œil de la spirale. Finalement, la spirale est une nécessité.

    J. M. : Mais…

    M. B. : Je rappelle un peu les choses parce que tout le monde n’est peut-être pas au courant… je développais le modèle de la spirale pour donner le modèle de la sémiose : lorsque la sémiose vise son objet, elle le vise en spirale. Notez bien que dans le travail qu’on fait, c’est quelque chose qu’on constate : on tourne autour de quelque chose, mais chaque fois, avec un léger décalage : vous répétez, mais vous répétez du différent. Autrement dit, on est à la fois dans la répétition et dans la différence, ce sont les spires qui mesurent l’écart, et, au bout du compte, cette spirale converge vers quelque chose.

    Public : Ça permet les associations en récupérant un élément…

    M. B. : Ce n’est pas pour permettre les associations, il me semble que c’est structurel.

    Par exemple, si on coupe avec une droite toutes les spires, on voit bien que là, on répète quelque chose puisque c’est la même droite, mais avec des points différents. Et on peut repérer des éléments de ce qu’on appelle la jouissance, qui est la répétition : il me semble que c’est là-dessus que ça joue.

    C’est compliqué… je ne dis pas que ce sont des spirales de la jouissance, simplement, lorsque quelque chose surgira de cette spirale dans les termes de l’interprétant -puisque c’est la spirale des interprétants-, eh bien, on pourra dire que chaque interprétant localisé, lui, sera ce que Lacan appelle « un grain de jouissance », c’est à dire la répétition.

    Je vous avais déjà parlé de la question d’Achille et de la tortue. Vous vous souvenez ?

    Public : Oui, on connaît…, mais je ne me souviens pas.

    (…)

  • Le McGuffin

    Le McGuffin

    Le McGuffin

    A. H. La fameuse clause secrète, c’était notre MacGuffin. Il faut que nous parlions du MacGuffin

    F. T. Le MacGuffin, c’est le prétexte, c’est ça ?

    A. H. C’est un biais, un truc, une combine, on appelle cela un « gimmick ».

    Alors, voilà toute l’histoire du MacGuffin. Vous savez que Kipling écrivait fréquemment sur les Indes et les Britanniques qui luttaient contre les indigènes sur la frontière de l’Afghanistan Dans toutes les histoires d’espionnage écrites dans cette atmosphère, il s’agissait invariablement du vol des plans de la forteresse. Cela, c’était le MacGuffin. MacGuffin est donc le nom que l’on donne à ce genre d’action : voler.., les papiers, voler.., les documents, voler… un secret. Cela n’a pas d’importance en réalité et les logiciens ont tort de chercher la vérité dans le MacGuffin. Dans mon travail, j’ai toujours pensé que les « papiers », ou les « documents », ou les « secrets » de construction de la forteresse doivent être extrêmement importants pour les personnages du film mais sans aucune importance pour moi, le narrateur.

    Maintenant, d’où vient le terme MacGuffin ? Cela évoque un nom écossais et l’on peut imaginer une conversation entre deux hommes dans un train. L’un dit à l’autre : « Qu’est ce que c’est que ce paquet que vous avez placé dans le filet ? » L’autre : « Ah ça C’est un MacGuffin. » Alors le premier : « Qu’est ce que c’est, un MacGuffin ? » L’autre : « Eh bien ! c’est un appareil pour attraper les lions dans les montagnes Adirondack. » Le premier : « Mais il n’y a pas de lions dans les Adirondack. » Alors l’autre conclut : « Dans ce cas, ce n’est pas un MacGuffin. » Cette anecdote vous montre le vide du MacGuffin… le néant du MacGuffin.

    F. T. C’est drôle.,. très intéressant.

    A. H. Un phénomène curieux se produit invariablement lorsque je travaille pour la première fois avec un scénariste, il a tendance à porter toute son attention au MacGuffin et je dois lui expliquer que cela n’a aucune importance. Prenons l’exemple des Trente Neuf Marches : que cherchent les espions ? L’homme à qui il manque un doigt ?… Et la femme au début, qu’est ce qu’elle cherche ?… S’est elle approchée à ce point du grand secret qu’il a fallu la poignarder dans le dos à l’intérieur de l’appartement de quelqu’un d’autre ?

    Lorsque nous construisions le scénario des Trente Neuf Marches, nous nous sommes dit, complètement à tort, qu’il nous fallait un prétexte très grand parce qu’il s’agissait d’une histoire de vie et de mort. Lorsque Robert Donat arrive en Ecosse et parvient à la maison des espions, il a trouvé des informations additionnelles, peut être a t il suivi l’espion et, en suivant l’espion dans son travail, dans notre premier scénario, Donat arrivait en haut d’une montagne et il regardait en bas de l’autre côté. Il voyait alors des hangars souterrains pour avions, découpés dans la montagne. II s’agissait donc d’un grand secret d’aviation, de hangars secrets, à l’abri des bombardements, etc. A ce moment, notre idée était que le MacGuffin devait être grandiose, effectif autant que plastique. Mais nous commencions à examiner cette idée : qu’est-ce que ce serait, qu’est-ce qu’un espion ferait, après avoir vu ces hangars ? Est-ce qu’il enverrait un message à quelqu’un pour lui dire où ils étaient ? Et dans ce cas, que feraient les ennemis futurs du pays ?

    Finalement nous abandonnions chacune de

    ces idées au fur et à mesure au profit

    de quelque chose de beaucoup plus

    simple.

    F. T. On pourrait dire que, non

    seulement le MacGuffin n’a pas besoin d’être sérieux, mais encore qu’il

    gagne à être dérisoire, comme la

    petite chanson d’Une femme disparaît.

    A. H. Certainement. Finalement le

    MacGuffin des Trente-Neuf Marches

    est une formule mathématique en

    rapport avec la construction d’un

    moteur d’avion, et cette formule

    n’existait pas sur le papier puisque

    les espions se servaient du cerveau

    de Mister Memory pour véhiculer ce

    secret et l’exporter à la faveur d’une

    tournée de music-hall.

    F. T. C’est qu’il doit y avoir une

    espèce de loi dramatique quand le

    personnage est réellement en danger ; en cours de route, la survie de

    ce personnage principal devient tellement préoccupante que l’on oublie

    complètement le MacGuffin. Mais il

    doit y avoir tout de même un danger,

    car, dans certains films, lorsqu’on

    arrive à la scène d’explication, à la

    fin, donc lorsqu’on dévoile le MacGuffin, les spectateurs ricanent, sifflent ou rouspètent. Mais je crois que

    l’une de vos astuces est de révéler le

    MacGuffin, non pas tout à la fin du

    film, mais à la fin du deuxième tiers

    ou du troisième quart, ce qui vous

    permet d’éviter un final explicatif ?

    A. H. C’est juste, en général, mais

    la chose importante que j’ai apprise

    au cours des années, c’est que le

    MacGuffin n’est rien. J’en ai la conviction, mais je sais par expérience qu’il

    est très difficile d’en persuader les

    autres.

    Mon meilleur MacGuffin et, par

    meilleur, je veux dire le plus vide, le

    plus inexistant, le plus dérisoire

    est celui de North by Northwest.

    C’est un film d’espionnage et la seule

    question posée par le scénario est :

    « Que cherchent ces espions ? » Or,

    au cours de la scène sur le champ

    d’aviation de Chicago, l’homme de l’Agence Centrale d’Intelligence

    (C.I.A.) explique tout à Cary Grant,

    qui lui demande en parlant du personnage de James Mason : « Qu’est-

    ce qu’il fait ? ». L’autre répond : « Disons que c’est un type qui fait de

    l’export-import. Mais qu’est-ce

    qu’il vend ? Oh !… juste des secrets du gouvernement ! » Vous

    voyez que, là, nous avions réduit le

    MacGuffin à sa plus pure expression : rien.

    F. T. Rien de concret, oui, et cela

    prouve évidemment que vous êtes

    très conscient de ce que vous faites

    et que vous dominez parfaitement

    votre travail. Ce genre de films,

    construits sur le MacGuffin, fait dire à

    certains critiques : Hitchcock n’a rien

    à dire et, à ce moment-là, je crois

    que la seule réponse serait : « Un

    cinéaste n’a rien à dire, il a à

    montrer ».

    A. H. Exact.

    (Hitchcock-Truffaut pp.111-113)

  • Canet, le 12 février 2007 L’amour est un MacGuffin

    Canet, le 12 février 2007 L’amour est un MacGuffin

    Canet, le 12 février 2007

    L’amour est un MacGuffin

    M. B. : Alors aujourd’hui j’avais envie de vous parler d’un truc …-j’ai toujours envie d’ailleurs, je ne sais pas pourquoi je mets l’imparfait-, … Vous connaissez ce livre, je vous l’ai déjà montré, un livre de référence : c’est le MacGuffin , celui de notre amie Danielle Roulot… Alors je vais vous raconter dans quelles conditions tout cela s’est passé, c’est assez… (sonnerie) Ah bon ! alors on attend encore un peu, il y en a deux qui arrivent, il faut les attendre. Ah oui ! c’est 6 h 1/4, c’est juste !… C’est dur d’être en retard ! On devait commencer à 6 h en principe, on avait mis un quart d’heure pour le battement de retard, mais maintenant tout le monde a pris 6 h 1/4… (rires)

    Public : … en avance. C’est 6 h.

    M. B. : Oui, il y en a qui sont à 6 h ici, on en voit à 6 h, ça il n’y a pas de problème, mais, petit à petit, tout le monde s’est aperçu que ça commençait qu’à 6 h 1/4, et, du coup, les retardataires chroniques… Pour pouvoir être en retard il faut…

    Public : Entre 6 h et 6 h 1/4 on dit des choses quand même !

    M. B. : Oui, bien sûr ! toujours… Oh oh ! (à l’adresse de G.)

    M. B. : Il y a trop de places, tu as trop de choix, il y a trop de choix ! (rires)

    Ah ! je reconnais le pas, le pas décidé. Tu fermes derrière toi. Tu sais pourquoi tu fermes toujours derrière toi ? (à l’adresse de L.-F.-C.)

    Public : c’est la dernière.

    L. F.-C. : Non, ce n’est pas vrai.

    M. B. : Non, pas toujours, c’est vrai. Allez ! Ne soyons pas mauvaises langues !

    Donc voilà, aujourd’hui je ne vais pas continuer exactement ce qu’on a fait jusque là parce qu’entre temps il y a eu une idée un peu nouvelle, enfin pour moi, alors je me dis que ça vaudrait le coup de l’exposer pour voir si elle tient le coup, comme d’habitude. Alors je vous raconte brièvement le contexte. Le contexte, c’est un film. Bon, il se trouve que les anglais font des films romantiques qui sont absolument magnifiques. Alors il y a les romantiques rigolos, et puis il y a les romantiques-romantiques, et alors j’adore ces films romantiques-romantiques, mon âme de midinette s’en donne à cœur joie, je rêve, je fais tout ça, c’est très bien…

    Public : Je ne vous connaissais pas sous ce jour…

    M. B. : Ah oui ? Moi, je suis une midinette, et donc je me régale, je regarde systématiquement ce genre de films… le dernier que j’ai vu c’était sur canal plus, il s’appelle Orgueil et préjugés, c’est une merveille, c’est beau comme tout…

    G. : Je n’ai pas vu le film mais adolescente, j’ai lu le livre.

    M. B. : C’est beau quand même !

    G. : Oui, oui.

    M. B. : C’est beau comme histoire ! En somme, il y a deux histoires d’amour qui paraissent impossibles pendant tout le film et qui s’avèreront possibles à la fin, bon voilà. Je ne veux pas tout vous raconter, surtout si vous devez le regarder, j’en ai déjà trop dit… et alors, j’étais pris dans ce film… certes, je l’étais sur le plan midinette mais pas seulement : c’était un véritable suspense… ils s’aiment tous les deux, mais ils n’arrivent pas à se le dire. Ils se disent le contraire ! Avec cette logique, que l’on trouve dans les grands romans, une logique implacable, la logique d’un destin qui frappe chacun et qui fait qu’ils sont nécessairement tiraillés par les nécessités, c’est très fort, ce n’est pas des trucs à la noix. Et donc, à la fin du film, haletant, je me dis : c’est comme un Hitchcock, mais où est le MacGuffin ?

    Alors voilà… je me suis dit que ça valait le coup de vous lire le truc du MacGuffin…, ça se trouve dans l’interview Hitchcock-Truffaut que vous connaissez puisque je vous l’ai déjà montrée. Vous permettez que je vous lise cette page… À ce moment-là ils sont en train de parler d’un film, Les trente neuf marches. Je ne sais pas si vous avez vu ce film, non ? Ah ! C’est un film très chouette ! un vieux film d’Hitchcock, ils sont tous vieux, mais particulièrement celui-là. Alors Hitchcock… :

    (…)

  • Journée avec… Patrick Coupechoux et Patrick Faugeras

    Journée avec… Patrick Coupechoux et Patrick Faugeras

    24 mars 2006 : Une journée avec Patrick Coupechoux et Patrick Faugeras

    La VIème ’Journée avec’

    aura lieu le 24 Mars 2007 à l’Écoute du Port de Canet-en-Roussillon. Sont invités Patrick Coupechoux, journaliste, auteur de ’Un monde de fous – Comment notre société matraite ses malades mentaux’, publié aux éditions du Seuil, et Patrick Faugeras, psychanalyste, directeur de collection aux éditions Érès, philosophe, traducteur, etc.!

    La journée commencera, comd’hab, vers les 9h30.

    Les prochaines journées :

    le 30 juin, même lieu : Marie-Christine Laznik, psychanalyste (pratique des analyses d’enfants autistes), auteur de divers ouvrages, cheville ouvrière du réseau national ’diagnostic précoce de l’autisme’… entre autres.

    Le 6 octobre, même lieu : Jacques Schotte, Né en Belgique à Gand en 1928, Jacques Schotte

    relate [in Parcours, éditions Le Pli, 2006] son cheminement de psychiatre conformément

    à sa vocation d’aborder la psychiatrie scientifique

    entre médecine et philosophie et d’engager la

    discipline vers une « anthropopsychiatrie » qu’il a

    développée à travers l’analyse du destin. Ce choix ne

    l’a jamais quitté. Il raconte, dans cet entretien avec

    Jean-Marc Poellaer, son enseignement et ses

    recherches enrichis par les nombreuses rencontres

    qui ont jalonné son parcours scientifique dans un

    engagement inlassable à la raison clinique de Freud.

    Husserl, Heidegger, Binswanger, Maldiney, Van

    Breda, Kuhn, Tellenbach, De Waelhens, Chapelle,

    Deese, Ortigues, Foucault, Lacan, Ricœur, Dolto,

    Pankow, Tosquelles, Ourv… sont autant de noms que

    de visages que l’on retrouve ici avec de nombreux

    poètes et amis autour de la figure majeure de Léopold

    Szondi dont Jacques Schotte a repensé le système

    dans sa propre élaboration anthropopsychiatrique.

  • XXIe Journées de Psychothérapie Institutionnelle

    Paris, le 10 mars 2007

    XXIe Journées de Psychothérapie Institutionnelle

    XXIe Journées de Psychothérapie Institutionnelle

    C’est à Paris qu’auront lieu, le 10 mars 2007 les 21èmes journées de Psychothérapie Institutionnelles. Le thème de cette journée sera « Les réunions ».

    L’argument est le suivant.

    *

    Ce thème majeur de l’agencement de base du mouvement de la psychothérapie institutionnelle est à réexaminer, non pour le rénover, mais pour en souligner, une fois de plus, l’importance.

    La réunion est une sorte d’opérateur coiiectf qui se présente sous des formes multiples avec des fonctions précises constatives, performatives, décisoires cathartiques, organisationnelles, etc. Sans oublier la fonction présidentielle.

    Les reuniréunions s’articulent aans des contextes extrêmement variés : depuis les conseils de la pédagogie institutionnelle jusqu’aux tissages de rapports complémentaires.

    Il est certain que les réunions telles que nous les envisageons n’ont de sens que sur fond de structures institutionnelles s’articulant avec toutes les variétés de groupes, ainsi qu’avec le club thérapeutique. Sorte de boîtes noires, au sens cybernétique, où chacun y développe des coefficients d’appartenance variables comme dans les sous-ensembles flous.

    La réunion est donc un maillon essentiel de ce « tissu institutionnel », tissu de langage, de prestations et contreprestations, support des phénomènes de transfert normopathiques et psychopathologiques.

    Il est intéressant de pouvoir recueillir les expériences de chacun et d’en faire un examen critique, afin de sauvegarder ces dimensions fondamentales : normes, règles et lois, rapports entre Pouvoir et parole, identifications, passages à l’acte, acting-out, etc.

    Le réexamen de toutes ces notions doit rester ouvert, en évitant de tomber dans des pièges de renfermement et de déviations idéologiques sournoises et délétères.

    Jean Oury, le 20 juin 2006

  • Canet, le 05 février 2007 Ce qu’Œdipe nous enseigne de la continuité et de l’interprétant dynamique

    Canet, le 05 février 2007 Ce qu’Œdipe nous enseigne de la continuité et de l’interprétant dynamique

    Canet, le 05 février 2007

    Ce qu’Œdipe nous enseigne de la continuité et de l’interprétant dynamique

    M. B. : Bon, la dernière fois, on avait fait des trucs, c’était comment ? C’était difficile ? Ah ! J’ai oublié de dire la date, on est le combien aujourd’hui ?

    Public : Le cinq.

    M. B. : Le cinq, le cinq février 2007, ça avance… Oui, ça allait la dernière fois, l’interprétant dynamique ?

    Public : C’était dur.

    M. B. : Oui, c’était dur ?!… C’est compliqué ça, c’est quand même compliqué…

    Je ne sais pas… par exemple, je pensais à l’histoire d’Œdipe, ce drôle d’Œdipe… bon, je ne vous fais pas la honte de vous la re-raconter… En tout cas, il y a un moment subtil, c’est quand Œdipe va consulter l’oracle de Delphes… et là, l’oracle de Delphes se répète, puisqu’il l’avait déjà dit au papa, Laïos… l’oracle dit la même chose à Œdipe, l’oracle produit un représentement, et c’est donc à Œdipe d’interpréter. Bon. À ce moment-là, Œdipe dit : « Ciel ! je vais donc tuer Polybe », c’est ça l’histoire ! Et il s’en va. Il ne retourne pas chez ceux qui l’ont élevé, il continue son chemin, et c’est sur ce chemin-là, à la sortie de Delphes…

    Je ne sais pas si vous êtes déjà allés en Grèce, mais aller de Delphes à Athènes c’est quelques kilomètres, alors même à cheval ou à pied, ça ne représente pas des distances énormes, c’est vraiment très près… comme Perpignan-Narbonne, ou Béziers peut-être, au mieux, au pire, à peu près, c’est pas plus que ça.

    Bon, donc, au fameux carrefour des trois voies il rencontre celui qu’il ne sait pas être Laïos et il le tue. Alors voilà…

    Public : … il aurait pu dire…

    M. B. : Ne pourrait-on pas considérer que le meurtre de Laïos, d’une certaine façon, est un interprétant dynamique, au sens où j’essayais de le définir la dernière fois : il n’apporte rien de particulier, il ne dit rien d’extraordinaire, et Œdipe ne peut rien en déduire. Comme tu dis, si Œdipe avait été un plus fin, il aurait pu se dire : « Je viens de tuer quelqu’un, ce doit être mon père. », enfin bon, ça aurait été une abduction un peu difficile à faire, mais enfin il aurait pu.

    Alors vous connaissez la suite… il tue donc le conducteur du char, il tue Laïos, et là, il y a un troisième larron, un serviteur, qui fiche le camp, qui s’enfuit jusqu’à Thèbes, et qui va avertir tout le monde de ce qui s’est passé. Alors ça, on sait pas trop pourquoi, mais sans doute un peu comme dans Astérix, vous savez que lorsque les romains rencontrent Astérix et Obélix et reçoivent la pâtée, chaque fois ils disent : « On a été attaqués par une force supérieure en nombre. ». Alors là il se passe à peu près la même chose, le type, lui, il fait le romain, il dit : « Des bandits nous ont attaqués et ont tué Laïos », c’est décisif ça, si je puis dire.

    C’est décisif pourquoi ? Parce que lorsqu’on raconte à Œdipe l’histoire de la mort de Laïos, Œdipe qui est arrivé à Thèbes et a réalisé les exploits que l’on sait, certes il y a le carrefour des trois routes, mais ce sont des bandits qui ont attaqué le convoi, comme dans un western.

    Or, lui, sait bien, à supposer qu’il ait pu en avoir l’idée, qu’il était tout seul quand il commettait son crime, donc là ça constitue une difficulté pour l’interprétant dynamique qui ne peut avoir une quelconque valeur.

    Et c’est lorsqu’il demande à voir le fameux serviteur, et que le serviteur vient dire : « Ce n’était pas une troupe puisqu’il n’y en avait qu’un ! » que les choses commencent à se dessiner pour Œdipe. Donc on voit bien comment ça peut fonctionner… il y a bien un interprétant dynamique, mais sur le chemin de l’interprétation vient se greffer une menterie, quelque chose qui rend impossible la suite de l’interprétation. Parce que la question c’est de savoir comment une sémiose peut s’arrêter : le mensonge, c’est-à-dire le fait de dire quelque chose qui n’est pas sous les couleurs de ce qui est. Lui venait témoigner de quelque chose qui était vrai, à savoir que Laïos avait été tué, mais, en même temps, en transformant les circonstances, il rendait impossible la reconnaissance de ce qui s’était passé à Œdipe. Mais Jocaste qui était présente à ce moment-là semble, elle, avoir compris, parce que, bon… parce que.

    Là vous savez que Lacan dit qu’elle devait le savoir depuis un bout de temps quand même, parce que tout ça s’est passé dans un mouchoir de poche.

    (…)

  • Canet, le 29 janvier 2007 L’interprétant dynamique Elaboration autour du paiement des séances.

    Canet, le 29 janvier 2007 L’interprétant dynamique Elaboration autour du paiement des séances.

    Canet, le 29 janvier 2007

    L’interprétant dynamique

    Elaboration autour du paiement des séances.

    M. B. : Bon, la dernière fois, si je me souviens bien, on avait fait tout un tas de trucs sur l’interprétant final avec la question du futur antérieur que nous avions réinterprétée vendredi dernier… (rires). Et j’avais promis d’entamer la question de ce qu’on appelle habituellement l’interprétant dynamique ou dynamoïde. Comme toujours, je ne réfléchis jamais entre deux séminaires, donc je ne sais pas du tout ce que je vais dire… l’interprétant dynamique, ça fait quand même des siècles qu’on en parle…

    Au fond, à propos de l’interprétant, comme de tous les éléments qui interviennent dans la sémiose, se pose toujours la question de la secondéité. Ça nous intéresse la participation de la secondéité, ne serait-ce qu’au niveau de la tessère, puisque la tessère doit nécessairement être un objet de perception. Ça va, vous voyez quel est le rapport, oui ? Il en est de même pour l’objet. Bien entendu, il y a l’objet qu’on a dans la tête, celui qui est décrit dans l’Entwurf , avec les neurones et tout ça, mais en fait, réellement, là-dedans, ce dont il est question, c’est de l’objet non pas au sens secondal de la chose, ni même représentationnel, mais tel qu’il est pensé, ça va au-delà de la perception. Autrement dit, il s’agit là de l’objet qu’on qualifie plutôt en sémiotique d’objet immédiat, de l’objet immédiat de la pensée : ce qui est présent à l’esprit.

    Et Peirce attirait l’attention sur le fait que l’objet avait aussi sa part dynamique, dynamique ça veut dire dans la dimension de secondéité. Mais on n’est pas toujours dans la secondéité pure… par exemple, l’objet dynamique ça peut être une pièce de théâtre de Shakespeare, parce que son être propre est différent de l’idée qu’on peut s’en faire. D’ailleurs, les objets immédiats sont des objets très évolutifs, alors que la pièce de Shakespeare, elle, a son unité propre, sa singularité, et c’est en ça que consiste sa dimension secondale. Je veux dire par là qu’il n’est pas absolument nécessaire que ces choses soient matérielles, au sens classique, la secondéité c’est un concept qui est plus large que ça, c’est quelque chose qui se met en opposition avec la priméité. La priméité de la pièce de Shakespeare c’est sa couleur particulière, on peut dire les choses comme ça, le type d’affects qu’elle touche, son allure, « ah oui ! dans Hamlet ils se tuent tous à la fin », ou le théâtre dans le théâtre… Vous voyez, on peut dire tout un tas de trucs sur Hamlet, et là on peut dire qu’on est au niveau de l’objet immédiat, c’est-à-dire la représentation immédiate qu’on peut avoir de Hamlet, ce que Hamlet évoque tout de suite.

    Mais l’objet dynamique, lui, c’est autre chose. Ça ne veut pas dire que le Hamlet en question et tout ce que raconte la pièce soit subordonné à une existentialité externe pour autant. On pourrait dire que les choses peuvent être dépourvues de ce qu’on pourrait appeler l’existentialité externe, c’est-à-dire des seconds qui peuvent s’opposer entre eux. Ça va ? Tout à coup j’ai l’impression de parler grec là… Oui, je parle grec ? La dimension matérielle…, si je prends ce hanneton en bronze qui est posé sur mon bureau, on peut dire qu’il est plein de secondéité externe. L’objet dynamique, il est matériel, un anglais dirait que c’est un objet, parce que pour les anglais il faut que… (mains heurtées l’une contre l’autre), c’est le hard fact, il faut des choses comme ça. Bon, une pièce de théâtre ne se présente pas de la même façon, ce qui ne l’empêche pas de pouvoir être un objet dynamique aussi, dans la mesure où elle a sa singularité. Ce n’est pas innocent ce que je dis là, parce que, évidemment, c’est tout un problème. Est-ce « quasi existentiel » ?

    (…)

  • Canet, le 22 janvier 2007 La question du savoir sous l’angle sémiotique. L’interprétant final.

    Canet, le 22 janvier 2007 La question du savoir sous l’angle sémiotique. L’interprétant final.

    Canet, le 22 janvier 2007

    La question du savoir sous l’angle sémiotique. L’interprétant final.

    M. B. : La dernière fois j’avais un peu abordé la question de l’interprétant en essayant de détailler la question de la continuité. J’avais insisté sur ce sujet, et il me semble qu’on peut même profiter de ces réflexions sur les interprétants, sur la continuité de la sémiose et de tous ces machins-là pour éclairer aujourd’hui des questions plus anciennes. Bon, vous connaissez l’histoire des tessères… ça va, je ne reparle plus des tessères, tout le monde y est…

    Public : …

    M. B. : Encore ! Je vais devenir idiot avec cette histoire des tessères, parce que ça fait cent ans que je répète les mêmes choses. Non, mais je sais… mercredi, on a discuté avec Danièle (Roulot) qui me dit : « je ne me souviens jamais de ce que c’est que les tessères ! ». Ça fait plus de vingt ans qu’on discute, elle n’y arrive pas. Donc je reprends, pour elle !

    Si vous voulez, les tessères sont la dimension matérielle du signe. Par exemple, quand je lis ce texte, j’ai sous les yeux un grand nombre d’occurrences du mot « le », mais il n’y a qu’un seul mot « le » dans la langue française, c’est le type.

    À la question « combien y-a-t-il de mots “le” ? » on répondra qu’on peut soit compter les occurrences sur une page, soit dire qu’il n’y en a qu’un, au choix, sauf que ce n’est pas le même mot « le » dont il est question : quand je dis qu’il n’y en a qu’un c’est le type, quand je dis qu’il y en a dix, c’est dix tessères différentes, c’est ça le point important.

    Autrement dit, les tessères se ressemblent certes, mais ce n’est jamais la même, donc elles jouent un grand rôle dans l’introduction de la singularité. Au bout du compte, le type, – dans notre exemple, c’est le mot « le »- porte en lui une loi de formation de ses tessères, c’est-à-dire ce par quoi il peut exister.

    Par exemple, hier après midi je me suis endormi devant un documentaire à la télévision sur la grossesse d’une éléphante. On peut s’endormir parce que c’est très long. Comme vous le savez, ça dure vingt-deux mois, donc on a le temps, c’est majestueux ! Et là on voyait l’éléphant grossir dans l’éléphantesque utérus maternel. (Je ne sais pas comment ils font pour obtenir ces images, c’est tout à fait hallucinant.) Et on peut dire : « il y a une sorte de loi de formation des éléphants qui permet de garder le type éléphant ». Si vous prenez le type éléphant, eh bien, il existe une loi de formation. C’est très compliqué les lois de formation, enfin ceux qui ont étudié tout ça de très près le savent. Je ne sais pas particulièrement pour les éléphants, mais pour les êtres humains c’est très compliqué.

    Pour une tessère c’est pareil, on ne peut pas faire n’importe quoi. On sait que pour écrire un « le » par exemple, c’est très compliqué. Il faut l’écrire d’une certaine façon, on n’a pas le droit de l’écrire n’importe comment. En écrivant « za », par exemple, je ne vais pas écrire « le » parce que ça ne sera pas la même forme, la matière sera traitée différemment… les tessères c’est ça.

    Il est nécessaire de faire une distinction qui est à mon sens fondamentale, entre l’écriture et l’inscription, ou si vous voulez, pour employer des mots plus élégants, entre la scription et l’inscription. La scription (l’écriture), c’est la scription des tessères. On écrit des tessères (le « qu’on dise »)… et on inscrit des types (à la fois « ce qui se dit », mais aussi, d’un autre point de vue, celui où, lisant les tessères vous percevez des types, le « ce qui s’entend »). Pour exister, les tessères doivent être écrites au bon endroit. Ça signifie que si vous écrivez une phrase sur un papier normal avec de l’encre, et que vous plongez ce papier dans l’eau, vous verrez évidemment une dissolution des tessères qui fait que vous n’aurez finalement rien inscrit : certes vous aurez écrit, mais vous n’aurez rien inscrit. Bon, ce que je vous raconte est vraiment sommaire, mais c’est pour faire cette différence entre les deux : on écrit des tessères et on inscrit des types, voilà le point important.

    (…)

  • Canet, le 15 janvier 2007 Elaborations autour du futur antérieur

    Canet, le 15 janvier 2007 Elaborations autour du futur antérieur

    Canet, le 15 janvier 2007

    Elaborations autour du futur antérieur

    M. B. : La dernière fois on avait parlé de la question du temps et de l’espace, et de la logique du temps. D’ailleurs sur le site vous pourrez trouver le texte de Peirce sur le temps, parce que tout le monde n’a peut-être pas le livre en français. C’est très riche, et j’avais essayé de vous résumer les positions. Il y a quelque chose d’important dans la manière dont Peirce aborde la question du temps, et c’est dans cet article très complexe auquel je réfléchis depuis vingt ans : « La logique des mathématiques ». Il m’a fallu très longtemps pour comprendre pourquoi c’était intitulé « La logique des mathématiques » parce qu’il ne parle pas un seul instant des mathématiques. Il essaie de voir comment les catégories s’articulent. C’est vraiment prodigieux, c’est un travail époustouflant, en particulier quand il aborde ce qu’il appelle « les lois du temps ». Il fait remarquer que fondamentalement ce qui est sujet du temps c’est l’événement. Si vous voulez, ce sont des réflexions très approfondies sur la nature d’un fait.

    Je vous rappelle la définition qu’il en donne, définition très importante. Il détaille des tas de trucs très intéressants, mais il me semble que l’idée la plus essentielle c’est que « le fait se forge un chemin contre tout le reste ». Autrement dit, le fait s’oppose à tout ce qui n’est pas lui, donc aux autres faits, et c’est là sa secondéité fondamentale. Il s’oppose à tout ce qui n’est pas le fait, ce qui est une idée intéressante, parce que si vous voulez, ça évite la conception du fait comme allant de soi. Par exemple quelqu’un vous dit « ça c’est un fait ! » — « Oh ! Attends ! Le fait dont tu parles, c’est quand même quelque chose ! Sa secondéité, sa racine et sa nature profondes sont de s’opposer à tout le reste, alors ne me dis pas que tu peux le décrire comme ça ! ».

    Je ne sais pas si vous voyez l’importance de la chose : on ne peut pas se baser sur un fait, même s’il y a des propositions qui expriment le fait, bien entendu, le fait, fondamentalement, s’oppose à tout le reste, c’est ça qui est la chose… c’est la secondéité pure du fait. Alors je ne dis pas qu’un fait ne soit que secondéité pure, mais il existe un noyau de secondéité pure qui est celui-là, et qui implique par exemple qu’un fait n’est pas uniquement opposable à un autre fait.

    Si vous réfléchissez deux secondes à la manière dont vous considérez le fait, vous verrez que vous le considérez comme opposé à d’autres faits. Par exemple, ce drapeau bouge, c’est un fait qu’il y a du vent marin. Je l’ai exprimé, voilà un fait, soit, mais sa secondéité n’est pas élucidée par le phénomène du vent, par le phénomène de la non-rigidité du drapeau, par tous ces phénomènes-là. Tout peut expliquer un fait, tout peut être mobilisé, si je puis dire, pour expliquer le fait, hormis la secondéité du fait lui-même. Vous comprenez ça… le fait n’est pas évident, ce n’est pas quelque chose sur quoi on peut se baser ?

    On a eu de nombreuses discussions à ce sujet avec Gérard Deledalle, qui assurait que Peirce est empiriste. Quand on réfléchit au fondement du pragmatisme on s’aperçoit que la base de sa philosophie est empirique. Mais comme le disait si bien Gérard, « c’est un empirisme qui est sauvé des faits », parce que la pire des choses dans l’empirisme, ce qui le rend idiot, c’est l’évidence du fait… on croit. L’empiriste c’est quelqu’un qui pense pouvoir s’appuyer sur des faits pour exprimer ce qu’il voit, ce qu’il veut faire, etc., eh bien, justement on ne peut plus s’appuyer sur le fait comme une sorte d’évidence à soi, ce qui rend donc la philosophie de Peirce bien plus complexe que le simple empirisme habituel. C’est pour cette raison qu’il a inventé le pragmatisme qui est bien plus subtil, empiroïde. C’est un empirisme, mais qui n’est pas empirique. Bon. L’empirisme c’est bien quand même ! Enfin je pense qu’il en faut toujours de l’empirisme, si on est toujours dans le théoricisme, c’est atroce, on perd de vue l’essentiel. Il faut pouvoir se laisser faire aussi par ce que nous suggèrent les faits, mais sans croire que cela constitue l’essence même du fait, c’est ça le truc.

    De plus, la définition qu’il donne de l’événement est la suivante : « le sujet du temps ce n’est ni la seconde ni la durée mais l’événement », et aussi cette définition que je vous donne depuis cent ans, parce qu’elle est très belle : « L’événement c’est la jonction existentielle de faits incompossibles ».

    Public : … incompossibles ?

    M. B. : Comme son nom l’indique !… (rires)

    (…)

  • Canet, le 08 janvier 2007 Elaboration autour de l’espace-temps et de la continuité fondamentale des sémioses.

    Canet, le 08 janvier 2007 Elaboration autour de l’espace-temps et de la continuité fondamentale des sémioses.

    Canet, le 08 janvier 2007

    Elaboration autour de l’espace-temps et de la continuité fondamentale des sémioses.

    Bibliographie :

    Giorgio Agamben, La puissance de la pensée, Collection Bibliothèque Rivages, Payot, Rivages, septembre 2006.

    Poliakoff, …

    Michel Foucault, Les anormaux, Collection Hautes études , Seuil, mars 1999.

    Naccache, Le nouvel inconscient, Collection Sciences, Odile Jacob, septembre 2006, un type qui a au moins essayé de lire Freud. Pas encore lu…

    François Darnaudet, Le papyrus de Venise, Nestiveqnen, novembre 2006, enlevé, autobiographie fantastique.

    Alain Krivine, Ça te passera avec l’âge, Collection Docs Témoignage, Flammarion, septembre 2006, vision des rapports internationaux remarquable, le temps dont il parle semble, hélas, être complètement révolu.

    M. B. : Bon, eh bien, la dernière fois on n’avait pas pu enregistrer, alors j’espère que là ça va marcher, mais ça on le saura après. Si je me souviens bien j’avais essayé de faire quelque chose autour de la question du temps et de l’espace, j’avais essayé de voir comment on pouvait combiner toutes ces choses-là, enfin je résume brièvement pour vous remettre en piste. Je disais qu’il me semblait qu’on pouvait faire une hiérarchie entre le temps et l’espace. Alors c’est un peu audacieux parce que, comme je vous l’ai dit, je ne suis pas tout à fait sûr de ce que j’avance. Mais il me semble que ça pourrait être une hypothèse intéressante parce qu’elle permettrait aussi de lire les trucs de Pankow d’une certaine façon, et par voie de conséquence de Maldiney… C’est Maldiney qui est un peu à la source du fameux débat sur Matriona avec le temps qui vient se plier dans les replis de l’espace…

    Donc l’idée était la suivante : on peut préscinder. Alors je vous rappelle ce qu’est la préscission : on peut dire que A peut être préscindé de B si on peut concevoir un état de choses où il y ait A sans qu’il y ait B. Ça va ? Par exemple, on peut préscinder un de deux, parce qu’on peut concevoir un grand nombre de choses dans lesquelles il y ait un et pas deux, par contre on ne peut pas préscinder deux de un puisqu’on ne peut pas envisager un grand nombre de choses où il y aurait deux choses sans qu’il y en ait une ! C’est con, sauf que c’est tellement con et tellement simple que ça devient un outil d’une généralité et d’une applicabilité énorme.

    Voilà l’hypothèse que je vous propose : on peut préscinder le temps de l’espace.

    La dernière fois, je vous avais parlé des apports de la physique théorique avec le Big-Bang et tout le bataclan, le Big-Bang qui amène à la création de l’espace. On peut dire qu’il n’y avait pas d’idée de l’espace avant le Big-Bang, mais à partir du moment où on a situé le Big-Bang, on l’a situé temporellement ! Non pas spatialement mais temporellement : même si on pourrait penser que la notion du temps arrive avec le Big-Bang il n’empêche que du seul fait de penser le Big-Bang le situe temporellement. Par exemple, on dit que le Big-Bang a eu lieu il y a dix milliards d’années ! Cela veut dire qu’on considère qu’il y avait un ‘avant le dix milliards d’années’. Peut-être une certaine dimension du temps n’apparaît-elle qu’avec le Big-bang…

    Mais, chronos, le temps chronos, ce temps qu’on se donne généralement, on peut considérer finalement qu’il était là sans espace. Évidemment, c’est une notion qui paraît difficile à soutenir dans la mesure où on peut se demander comment on peut compter le temps s’il n’y a pas d’espace, enfin bon, je vous laisse le soin de débroussailler ces questions-là. Mais il s’agit de dire qu’on peut préscinder le temps de l’espace, mais on ne peut pas préscinder l’espace du temps, parce que là où il y a de l’espace il y a du temps puisque l’espace, de toute façon, c’est quelque chose qui ne peut pas être considéré hors du temps. L’espace est toujours temporalisé : la temporalité est adhérente.

    Peut-être pourrait-on me retourner la question, et me demander : « De quel temps parlez-vous ? ». Effectivement, de quel temps je parle ? De chronos, c’est-à-dire celui qui s’écoule de manière uniforme. Ce n’est pas le temps mesuré parce que dès qu’on entre dans la mesure, on peut être mis devant les paradoxes de la relativité. Par exemple, le temps mesuré est un temps qui est spatialisé. D’ailleurs on sait bien que lorsqu’on veut aller pratiquement vers la mesure du temps on est obligés d’aller vers l’espace. Le temps est toujours un temps « mis pour ».

    (…)

  • Gérard Jobard, Association Entraide et amitié

    Gérard Jobard, Association Entraide et amitié

    ENTRAIDE & AMITIÉ

    Association intersectorielle qui a pour vocation de promouvoir les loisirs, les activités socio-culturelles et de faciliter l’existence quotidienne et la réadaptation des personnes hospitalisées ou suivies sur les secteurs psychiatriques.

    Association dynamique au service des personnes

    prises en charge par les secteurs de

    l’E.P.S. Paul Guiraud Villejuif

    54 avenue de la république 94806 Villejuif Cedex tel 01 42 11 72 19

  • Canet, le 04 décembre 2006 Gisela Pankow et la forge du représentement

    Canet, le 04 décembre 2006 Gisela Pankow et la forge du représentement

    Canet, le 04 décembre 2006

    Gisela Pankow et la forge du représentement

    M. B. : La dernière fois nous avons accouché !

    Public : Je n’y étais pas la dernière fois !

    M. B. : C’était sur le corps…

    Public : Et d’ailleurs ça a fait accoucher tout le monde…

    M. B. : … ça a fait accoucher tout le monde…

    Public : Chacun a sa manière…

    M. B. : Mais justement, j’aimerais poursuivre un petit peu là-dessus tout en tenant le thème général de notre année. Pour résumer brièvement, ce séminaire existe depuis — maintenant j’ai l’impression que ce séminaire existe depuis toujours — depuis 1986, ça fait donc vingt ans. Oui, le premier a eu lieu en octobre 86, c’est-à-dire juste avant que je passe ma thèse, en décembre. Donc, depuis octobre 86 on essaie de créer des liens, des liens un peu essentiels entre la psychanalyse et la sémiotique, et actuellement on en est à aborder de manière plus précise la question du corps, et du corps sémiotique. Alors bon, il faut voir ce que c’est. Évidemment, il manque vingt ans de causeries, car tout le monde n’est pas là depuis 1986, et celle qui était là depuis le début nous fait faux bond : Françou.

    J. M. : Elle devait venir ce soir, mais elle a un rendez-vous concernant son exposition. Elle va revenir.

    M. B. : Ah ! La question est que je ne peux pas toujours résumer tout, parce qu’il est impossible de résumer ces vingt ans, mais j’essaie chaque fois de présenter les choses pour que ce soit intelligible ! Que ce ne soit pas trop jargonnant. Certes, il y aurait matière à jargonner, mais le but n’est pas là. La dernière fois nous avions eu l’occasion de parler de la question du corps et en particulier le concept d’image du corps que je trouve trop réducteur. On en a surtout beaucoup parlé il y a trois/quatre ans, autour de la question de la fonction scribe, de l’inscription, et de la question du corps.

    J’avais essayé de dire que, à l’évidence, le corps dont on parle, celui-là, le leib, pour reprendre les termes de Gisela Pankow — qui est d’ailleurs un peu inconstante parce qu’elle n’utilise pas toujours le terme leib —, l’image du corps est quelque chose qu’on a tendance à restreindre au corps propre.

    Il est bien entendu évident qu’on ne parle pas du corps propre. Gisela Pankow fait bien la distinction entre une amputation, qui ne touche pas ipso facto l’image du corps, et la psychose, où, pour le coup, l’image du corps est réellement amputée de quelque chose ; et toutes les constructions qu’elle fait avec la pâte à modeler, les dessins et autres, toutes ces constructions visent à réparer l’image du corps. Les deux grands concepts de Gisela Pankow sont ce qu’elle appelle les deux fonctions symbolisantes. Je cite (à peu près) :

    « La première fonction symbolisante du corps c’est la relation dynamique entre le tout et les parties du corps, autrement dit, le corps peut certes être conçu comme morcelé, mais ce morcellement garde quand même une référence à l’unité du corps ; ça c’est lorsque la première fonction symbolisante est réalisée, peut-on dire. Cette fonction symbolisante se trouve à la fois dans la névrose et dans certaines formes de psychose, dont la psychose hystérique ; je dis que dans la psychose hystérique le corps est morcelé mais qu’il y a quand même toujours une possibilité de référence à l’image unitaire du corps.

    La deuxième fonction symbolisante, celle qui est attaquée dans toutes les psychoses, c’est la fonction qui consiste à donner sens et contenu à la relation dynamique entre le tout et les parties. Autrement dit, on n’est plus simplement dans la notion de structure du corps mais dans quelque chose qui va largement au-delà, à savoir la question du sens de cette relation, du contenu qu’on peut donner à cette relation entre le tout et les parties ». Fin de citation.

    Depuis la semaine dernière j’ai eu l’occasion d’entendre des réflexions venant d’équipes qui s’occupent d’enfants autistes, et il me semble que nous avons pu avancer sur le rapport entre les deux fonctions symbolisantes et l’autisme. Mais, pour vous en faire part de manière pratique, il est nécessaire que je revienne à la problématique que Pierre Delion avance sur la question de l’autisme.

    Je vous rappelle que la question de l’autisme est induite par le constat d’un trouble de la fonction iconique.

    (…)

  • Alain Freixe

    Alain Freixe

    Mon ami et cher poète Alain vient (enfin !) d’ouvrir un site blogant, hautement recommandable : Alain Freixe. À visiter de toute urgence et sans restrictions.

  • Ian Balat

    Ian Balat

    Ian publie son blog à l’adresse suivante :

    balat ian blogs

    et son feuilleton à :

    nouvelle vie parisienne

  • Journées « Autisme, psychose et Institutions- Lille 30/11 & 01/12 2006

    Secrétariat du Pr. Pierre Delion, Service de Pédopsychiatrie, rue André Verhaeghe, CHRU, 59037 Lille cedex

    Journées « Autisme, psychose et Institutions- Lille 30/11 & 01/12 2006

    Téléphone : 03 20 44 67 47. Fax : 03 20 44 49 13

    PRE-PROGRAMME

    JOURNEES DE FORMATION DE L’ASSOCIATION CULTURELLE 59I05
    AUTISME, PSYCHOSE ET INSITITUTIONS
    Jeudi 30 Novembre et 1er Décembre 2006
    Institut de Formation Gernez Rieux
    CHRU de Lille

    Jeudi 30 Novembre 2006

    14H Accueil par le Dr Sylvie Debarge (Lille), Présidente de l’Association Culturelle

    14H15 Présentation des journées par Pierre Delion (Lille)

    15H Jean Oury (La Borde) : Le politique

    16H30 Pause

    17H Table ronde sur « la question des institutions aujourd’hui en psychiatrie »

    Avec la participation de :

    Madeleine Alapetite (Présidente de la Fédération Nationale des Associations Culturelles/Angers), Alain Buzaré (Angers), Patrick Chavaroche (Bergerac), Hélène Claus (Dax), Pascal Crété (Caen), Serge Drylewicz (Tours), Mireille Gauzy (Saint Alban), Dimitri Karavokyros (Laragne).

    Et discussion avec la salle

    19H Fin des travaux

    Vendredi 1er Décembre 2006

    9H Travail en dix groupes animés par les participants du Diplôme Universitaire « Psychothérapies Institutionnelles », avec présentation de problématiques cliniques et institutionnelles

    10H30 Pause

    11H Travail en groupe

    12H30 Repas sur place

    14H Patrick Chemla et son équipe (Reims)

    15H Daniel Denis et son équipe (Angers)

    16H Marie Françoise Le Roux et son équipe (Landerneau)

    17H Conclusions Michel Balat (Perpignan)

    17H30 Perspectives Pierre Delion (Lille)

    18H Fin des travaux

    Inscriptions auprès de mesdames Séverine Bailleul et Christelle Lekeux, secrétariat du Pr. Pierre Delion, Service de Pédopsychiatrie, rue André Verhaeghe, CHRU, 59037 Lille cedex.

    Téléphone : 03 20 44 67 47. Fax : 03 20 44 49 13.

    Coût de la formation : 100 euros (repas du vendredi midi compris). 25 euros pour les étudiants non salariés et les chômeurs (repas non compris).

  • Canet, le 20 et le 27 novembre 2006 La conception du corps selon G. Pankow revisité sous l’angle sémiotique

    Canet, le 20 et le 27 novembre 2006 La conception du corps selon G. Pankow revisité sous l’angle sémiotique

    Canet, le 20 novembre 2006

    La conception du corps selon Gisela Pankow revisité sous l’angle sémiotique

    M. B. : Donc, je vais encore vous utiliser honteusement pour essayer de voir d’un peu plus près les histoires de Pankow. Il se trouve que ça suit très bien ce qu’on fait, donc il n’y a pas de problème… Du même coup, j’ai repris le résumé que j’avais envoyé à Pierre-Paul et Marie-Lise Lacas, qui organisent des journées Gisela Pankow… ça sera la deuxième fois je crois, la précédente a eu lieu il y a 3 ans. J’aimerais vous lire le résumé parce que franchement, tout à coup, là, en le relisant, j’ai compris pourquoi P.-P. Lacas m’avait téléphoné la semaine dernière un peu affolé… (rires) pour me dire qu’il était ravi de ce résumé, mais qu’il aimerait savoir s’il y aurait des exemples cliniques…

    Écoutez ça ! ça vaut son pesant d’or… moi-même je ne suis pas sûr de comprendre tout à fait ce que j’écris : « Alors en nous appuyant sur une distinction classique de Peirce, déjà, entre la première trichotomie du signe : type, trace, ton, trichotomie du représentement, équivalent du Vorstellungsrepräsentanz et la deuxième trichotomie : symbole, indice, icône, trichotomie du rapport du représentement à l’objet, nous tenterons de montrer en quoi la première fonction symbolisante de Pankow est liée à l’élaboration du type — ça va ?…, là où la deuxième fonction symbolisante l’est à celle du symbole. ». Ça c’est le plus simple, c’est très simple…

    G. P. : … ça va de soi !

    M. B. : « Par là même, ces deux fonctions sont hiérarchisées dans la mesure où tout symbole est un type et non l’inverse ce qui implique que la deuxième fonction symbolisante suppose la première. » Et alors, je n’ose pas vous lire la suite qui est encore pire… là c’était vraiment une mise en bouche…

    G. P. : Et encore nous sommes habitués !

    M. B. : Et encore, vous êtes habitués !… « Alors, le type, selon Peirce, est susceptible d’engager des sémioses dont le rapport à l’objet sera aussi bien symbolique qu’indiciaire ou iconique, mais il est aussi une loi pour les tessères, token, qui les porte. Nous avons depuis longtemps montré que ces tessères et leur construction devaient avoir une matrice corporelle, la fonction maternelle étant en quelque sorte la tessérisation du corps de l’enfant par ce que nous appelons les tessères corporelles originaires. Par ailleurs, le système des types comme loi de formation des tessères est l’équivalent collectivement d’une structure formelle. Le symbole pose la question de l’objet à quoi est attachée la question du sens ou objet immédiat. Comme symbole il suppose un indice visant l’objet mais aussi un interprétant qui est une habitude compulsive d’interprétation. Bien entendu, d’autres niveaux d’interprétants seront convoqués dans toutes sémioses effectives. Le génie clinique de Gisela Pankow — quand même ! —, a été dans l’interprétation sémiotique que nous proposons, de forger des tessères corporelles à partir de symboles, les greffes de transfert se faisant autour de l’extension du corps que sont les morceaux de pâte à modeler. Elles permettent d’intégrer dans la suite dynamique des constructions de figurines un interprétant immédiat qui transforme ces indices que sont les défauts du corps figuré, en symboles qui transforment la trace en tessères corporelles dont la vocation si l’on peut dire est de porter un type. »

    Je ne sais pas si vous comprenez, mais enfin bon ! C’est un peu juste, c’est limite… Alors, je me dis le pauvre ! C’est épouvantable ce que je lui ai fait…

    L. F.-C. : Ah oui !…

    M. B. : C’est incompréhensible, n’est-ce pas ?…

    L. F.-C. : Ah oui !…

    M. B. : En plus c’est mal écrit… il y a tout, je veux dire vraiment c’est une horreur ce truc, une horreur !

    G. P. : Moi, je trouve que c’est bien écrit…

    M. B. : Oh non ! La fin avec ces répétitions de dont et de transforme, enfin c’est… J’en avais marre, j’avais aucune envie de…

    G. P. : Ce n’est pas très vivant mais c’est bien écrit…

    M. B. : C’est pour les gens qui ne connaissent pas, donc je suis obligé d’intégrer l’histoire des tessères et tout ça. Si je m’adressais à vous, je n’en aurais pas besoin, je vous dirais que la première fonction symbolisante de Pankow c’est le type, la fabrique du type, et que la deuxième fonction symbolisante, c’est la fabrique du symbole : voilà.

    L. F.-C. : Chez Pankow ?

    M. B. : Pankow oui…

    (…)

  • Malick, la mort et les mots

    Malick, la mort et les mots

    Malick, la mort et les mots

    Mireille LAFFITTE

    et le groupe V.P.I.

    « L’enfant qui ne parle pas ne connaît pas la mort, il connaît l’absence. »

    G. RAIMBAULT

    Septembre 1989

    Cette école de banlieue parisienne ne manque pas d’élèves retardés ou difficiles – 11 classes, 240 élèves de 6 à 12 ans.

    J’ai accepté le cours préparatoire parce que je peux suivre les enfants pendant 2 ans : moins prisonnière du temps, je peux espérer faire un travail d’artisan pédagogique.

    Texte libre, correspondance, journal imprimé, sortie-enquête : j’utilise les Techniques Freinet et la Pédagogie Institutionnelle qui précise les rôles, les statuts, les lieux de parole et de décision. Les enfants parlent parce qu’ils sont écoutés, qu’ils ont des choses à dire et du pouvoir.

    En septembre 1989 : 23 élèves dans la classe -11 filles 12 garçons- de milieux et d’origines variés, 13 enfants d’origine étrangère dont Malick.

    I- La première année

    1- Malick

    Septembre 1989

    Malick entre au CP. Il est âgé de 6 ans 3 mois. Il est d’origine algérienne. Petit de taille et rondouillard, il fait assez bébé. Il suce son pouce. Il parle et s’agite beaucoup. Il s’intéresse de près à ce qui se met peu à peu en place dans la classe. Il pose beaucoup de questions. Peu de choses lui échappent. Plus que les autres, il cherche à m’accaparer :
      Regarde… Viens voir… Comment on fait ? … C’est dur… C’est bien ce que j’ai fait ? …

    Il faudrait presque que je sois rivée à sa table. Je remarque surtout sa peur (il se protège le visage avec les mains) quand je m’approche rapidement ou lorsque je fais un geste brusque près de lui : un réflexe d’enfant battu. Et les coups, il les cherche ! Dans la cour, c’est la bagarre, avec les petits comme avec les grands.

    Violent ou pas, il cherche le contact : il glisse sa main dans la mienne quand il rentre, excité, de la récréation et il retrouve son calme. Dans la classe ça marche aussi :

  • L’école, un lieu de recours possible pour l’enfant et ses parents

    L’école, un lieu de recours possible pour l’enfant et ses parents

    L’école, un lieu de recours possible pour l’enfant et ses parents

    ou : La Pédagogie Institutionnelle : Une non évidence

    René LAFFITTE

    Intervention du 9 novembre 2006

    D.U. de Psychothérapie Institutionnelle – CHRU Lille.

    A- La Pédagogie Institutionnelle : une non évidence

    Il n’est pas facile de parler de LA pédagogie institutionnelle sans prendre le risque de la faire apparaître comme une totalité fermée, une marque de lessive pédagogique de plus, alors qu’elle ne peut être qu’un champ praxique, un ensemble à jamais non clos.

    La pédagogie institutionnelle ça n’existe pas, du moins sous forme de définition : Il n’est pas évident de parler d’une non évidence, quelque chose de complexe, mouvant, contradictoire, multidimensionnel, multirationnel, ou, pour reprendre un mot cher à François Tosquelles, « polyphonique ».

    Difficile aussi d’éviter les images toutes faites, les mots surdéterminés, de court-circuiter les habitudes de penser inscrites par les modes de l’époque, les « ça va de soi », comme dirait Jean Oury. Or, comme pas mal de pédagogies dites nouvelles, bien que méconnue et très minoritaire (ou à cause de cela) , malgré les ouvrages publiés, c’est le plus souvent dans ces images toutes faites, que, depuis la fin des années 60, la P.I s’est inscrite : La P.I., c’est le Conseil, c’est l’autogestion, c’est Freinet, c’est la psychanalyse, c’est ringard, c’est pour les malades, c’est le « Quoi de neuf ? », c’est rigide, ça existe encore ce truc ? etc.

    La P.I. est effectivement une nouveauté des années 50, qui utilise encore des Techniques Freinet parmi lesquelles, le Texte Libre, une nouveauté découverte en 1968 mais qui datait de 1924. Il est tout aussi difficile de parler de nouveauté à propos de Marx, Freud, Lewin ou Lévi Strauss d’autant plus, qu’en pédagogie, ils n’existent même pas encore.

    Et pourtant, pour les élèves qui la rencontrent et la vivent, pour leurs parents ou même pour pas mal de lecteurs de monographies, elle apparaît comme une « modernité » atypique dont on s’étonne qu’elle ne soit pas plus répandue.

    On serait donc en droit de se poser la question : la P.I. est-elle aussi pertinente aujourd’hui qu’en 1960 ? À vrai dire la question importe peu, il ne s’agit pas de « vendre de la P.I. » La Pédagogie Institutionnelle en tant qu’étiquette, n’a aucune importance.

  • Les « 3L » d’Angel

    Les « 3L » d’Angel

    Les « 3L » d’Angel
    Ou : L’accueil de la violence

    René LAFFITTE

    et le groupe V.P.I.

    Il est plutôt petit pour ses onze ans. Mais il a la frimousse et la vitalité du gavroche gitan. C’est le frère d’Anita, l’aînée et de Tony, tous deux anciens élèves de la classe. Angel, le troisième, a une autre petite sœur de cinq ans, Jessica.

    Son père, délinquant notoire, fait des séjours réguliers en prison, et tous les enfants ne portent pas son nom.

    La mère, plus ou moins soumise et consentante, affirme être heureuse quand son mari n’est pas là :
      Tony et Anita, eux, sont gentils. Mais Angel, il est mauvais C’est dedans, il est comme son père. C’est un voyou, il ira en prison comme lui !

    Sa famille habitant dans le quartier, Angel a fréquenté l’école jusqu’à neuf ans. Mais il n’y est jamais resté plus de deux jours consécutifs : profitant de sa petite taille, il se glissait par n’importe quel trou du grillage, ou grimpait sur le toit du préfabriqué. Il se sauvait après la moindre remontrance ou bien simplement partait avec son cousin qu’il avait vu passer dans la rue.

    À dix ans, Angel avait déjà commis de nombreux larcins, ou participé à des vols de voitures avec Nono, un autre gitan de son âge, encore plus paumé et dangereux que lui. Devant l’impossibilité de le fixer à l’école, le juge des enfants l’a placé dans un établissement spécialisé.

    Peine perdue : Angel se sauve aussi facilement. On le voit alors, par intermittence, circuler dans le quartier sur des mobylettes sans mention d’origine.

    En septembre on m’annonce que le juge des enfants a estimé qu’Angel, ayant fait des progrès, peut être à nouveau scolarisé dans une école primaire.

    Quand il arrive chez nous…

    Le petit fugueur sait peu de choses scolairement mais joue de la guitare et de la batterie. Dès le premier jour, il me demande ce qu’Anita et Tony savaient faire. Je lui signale qu’Anita savait travailler et que Tony était chef d’équipe.
      J’aimerais rester toujours ici, c’est mieux qu’au centre, dit-il.

    On va voir que ce ne sera pas si simple.

    Sa capacité de travail est pratiquement nulle, mais il bouge, saute et parle fort. Il s’intéresse au Conseil, au « Quoi de neuf ? »… mais à sa façon : il commente crûment, parle sans demander la parole, ne supporte ni remarques ni frustrations qui le font hurler.

    Il discute en gitan avec Marco des infractions qu’il a commises. Je mobilise mes connaissances de catalan et d’espagnol pour lui signifier que je comprends ce qu’il dit.

    • 17 septembre :

    Après quatre jours, j’ai noté : difficultés grandissantes. C’est un euphémisme ! Il ne peut effectuer aucun travail scolaire. Par contre, on ne risque pas de l’oublier : parfois il chante du flamenco et joue de la batterie sur sa table, parfois il s’affale, gémit et délire.

    Il parle aussi, bien sûr :
      Quand je serai grand je ferai bandit, comme mon père. J’irai coucher au château (en prison).

    Les heurts avec les responsables ou le maître alternent avec les provocations. Seul travail possible et accepté : découper des feuilles de papier journal pour l’atelier limographe, et les ranger. Ce sera son métier.

    Heureusement, il veut gagner des sous. Il tente donc de ranger les caractères d’imprimerie, mais renonce au bout de quelques instants, retourne à son découpage puis à son errance que j’endigue comme je peux. Mais les journées sont longues ! …

  • Canet, le 06 novembre 2006 Une présentation du processus analytique et de quelques outils sémiotiques.

    Canet, le 06 novembre 2006 Une présentation du processus analytique et de quelques outils sémiotiques.

    Canet, le 06 novembre 2006

    Une présentation du processus analytique et de quelques outils sémiotiques.

    M. B. : C’est le 6 novembre 2006. L’inconscient est bien mal nommé, il faut le dire. C’est emmerdant d’appeler ça l’inconscient, et ça l’est de plusieurs points de vue : d’abord, parce que c’est « l’inconscient », ce qui fait qu’on considère d’emblée que c’est quelque chose… par exemple, le fœtus. Pourquoi pas ! ou le système limbique…, je veux dire que chacun met son inconscient là où il veut, mais en tous cas on a le sentiment que c’est quelque chose qui existe, enfin qui est là, un petit peu comme si on avait une besace avec un inconscient, comme si chacun transportait son truc.

    Je dis mal nommé parce que dire « l’inconscient » c’est déjà une forme d’entification. On peut dire qu’on le traite comme tous les concepts qu’on a pris l’habitude d’entifier, qu’on traite comme des choses. Mais une fois qu’on les a traités comme des choses, il faut faire gaffe, il faut simplement se rappeler rapidement que ce ne sont pas des choses et, du coup, corriger ce que cette chosification greffait sur le concept : premier point.

    Deuxième point, l’inconscient apparaît comme distinct de la conscience. Alors nous sommes de nouveau devant une sorte de salade. Évidemment, quand Freud a débroussaillé le terrain, il a dû s’opposer aux idées reçues, et dans la mesure où on soupçonnait qu’il y avait autre chose que la conscience qui travaillait, autre chose qui se voyait trop, il disait « finalement on va être obligés de faire l’hypothèse d’une conscience inconsciente ». Et il ajoutait « ça c’est une contradiction qu’on ne peut pas supporter, enfin aucun philosophe ne peut soutenir quelque chose comme ça ».

    Ah !… mais, où sont nos allemands ? Ils foutent le camp chaque fois. Ils ne sont pas stables nos deux spécialistes de l’allemand, ils sont agaçants, on ne peut pas s’appuyer sur eux. En allemand c’est Unbewusst, c’est-à-dire quelque chose qui est beaucoup plus proche de l’insu, de l’in-connu. Et là on touche déjà à quelque chose de plus intéressant. Rapprocher l’inconscient de l’insu est plus astucieux que de le rapprocher de la non-conscience qui est une simple qualité et n’a pas grand intérêt. Avec l’insu, on est vraiment dans un domaine qu’on connaît bien puisque précisément s’il y a quelque chose qui est remarquable, c’est le fait que l’insu, eh bien, on connaît : on ne sait pas, mais en tout cas on connaît. Après il faut se mettre d’accord sur ce qu’on entend par « insu », ce qui fait que la question de l’inconscient est à mon sens peut-être mieux posée au niveau où on se situe, c’est-à-dire au niveau des mots. Ceci dit, on ne va pas changer le mot inconscient, c’est reçu maintenant, donc c’est fichu. Lacan avait un peu essayé avec Unbevusst, il avait dit « l’une-bévue », c’était assez astucieux comme idée parce que finalement on fait une bévue, et quand on fait une bévue, ça signifie que l’inconscient est concerné directement.

    (…)

  • Journées Gisela Pankow

    25/26 novembre 2006

    Journées Gisela Pankow

    Le thème de ces deux journées sera Temps, Espace, Psychoses. Elles auront lieu à l’ASIEM, 6, rue Albert de Lapparent, 75007 Paris.

  • Canet, le 23 octobre 2006 Réflexions sur la triadicité authentique

    Canet, le 23 octobre 2006 Réflexions sur la triadicité authentique

    Canet, le 23 octobre 2006

    Réflexions sur la triadicité authentique

    M. B. : Où on en est ?…

    Public : À Inch Allah.

    M. B. : …

    Public : À Inch Allah.

    M. B. : Inch Allah… Bon ! alors il faut que je replace un peu les choses dans l’ordre… On en était à…

    Public : … la sémiose…

    M. B. : Voilà ! à la question de la sémiose et de toutes ces choses-là. J’avais donc parlé du représentement, assez longuement, pour vous dire que le Vorstellungsrepräsentanz de Freud, ce que Lacan appelle le signifiant et Peirce le représentement, on est donc là dans les mêmes eaux, a été traduit « représentant de la représentation é, c’est une traduction qui a le mérite de donner une indication.

    Alors ça fait un peu couillon, parce que ça voudrait dire qu’il existe une représentation dont on pourrait extraire un représentant. En fait, le représentant permet qu’il y ait représentation, mais, tant qu’il est représentant, il est représentant d’on ne sait quoi : par exemple, si vous demandez à quelqu’un « quel est votre métier ? », et qu’il vous répond « représentant », vous devrez avoir posé et résolu un grand nombre de questions avant que de savoir de quoi il est représentant, etc.

    Donc, on voit bien là qu’il en va de la question du représentant comme de la relation triadique : de la même façon qu’il n’y a pas de relation triadique en soi, il n’y a pas de représentant en soi…

    J’ai beaucoup insisté sur le fait que nous étions toujours dans des sémioses, dans des processus, c’est-à-dire des successions d’étapes élémentaires, qui, certes, peuvent être saisies à l’aide du concept de relation triadique, et seulement à cette condition, mais il n’y a pas de relation triadique en soi : il n’y a pas quelque chose qui serait une relation triadique qui se promènerait comme ça dans le ciel des idées, c’est quelque chose qui est toujours dans un processus.

    Le représentant, lui, on pourrait l’aborder de plusieurs manières, on pourrait dire, par exemple, qu’il est virtuellement…, virtuellement, au sens où omettre les questions « oui mais, représentant de quoi ? », et « pour qui êtes-vous représentant ? », c’est le priver d’efficience… Vous voyez, c’est intéressant que de se poser des questions comme celle-là… Par exemple, lorsque Lacan, méditant sur la question du signifiant, dit « mais, finalement, le signifiant, c’est quoi ça ? »… étant entendu qu’il n’y a pas de signifiant en soi et que parler de signifiant en soi ne veut rien dire, il n’y a pas de représentant en soi mais quelque chose dont on peut dire que c’est virtuellement un signifiant. Mais, si on veut vraiment aller jusqu’au bout de ce raisonnement, il faut intégrer la dimension d’efficience et même d’efficience structurelle : il peut y avoir une efficience de structure…

    Prenez une structure quelconque…, les nombres entiers, par exemple…, c’est une structure qui est générée par « plus un »… ça va ?…, d’accord ?… avec « plus un » vous pouvez générer tous les nombres entiers. Maintenant, prenons dix-huit, c’est un nombre entier, un nombre de la structure, donc, en tant que tel, il est parfaitement apte à être représentant de la structure, mais si vous ne le mettez pas en relation avec dix-sept et dix-neuf, il n’y a pas de structure pour autant… ça va ?… Chaque élément d’une structure est virtuellement un représentant de la structure, eh bien, il en va de même avec le représentement : le représentement est virtuellement une représentation.

    (…)

  • Canet, le 16 octobre 2006 Rappels sur la triadicité

    Canet, le 16 octobre 2006 Rappels sur la triadicité

    Canet, le 16 octobre 2006

    Rappels sur la triadicité

    M. B. : Ça y est ! ça marche maintenant !… C’est bizarre ces trucs-là… c’est étrange…

    G. P. : Il a un inconscient…

    M. B. : Il a un inconscient… inconscient machinique… Bon ! On est le combien ?… j’ai oublié… le 16… (rires) le 16 octobre 2006…

    La dernière fois, j’avais repris ces questions liées aux différents aspects du phanéron, et j’avais dit que la sémiose était une sorte d’extracteur d’objet, mais un extracteur complexe, triadique, puisqu’en fait, il faut d’abord produire un signe. J’avais tenté de donner des exemples que j’avoue ne pas trouver très convaincants à la relecture… (rires), je ne sais pas pour vous… En tout cas, il faut un signe et des interprétants, et c’est ce qui est compliqué.

    Autour de l’objet, il faut toute une machinerie complexe de signes et d’interprétants, sauf que cette machinerie complexe a comme effet déplorable, de transformer l’objet en signe, et, du seul fait qu’il faille une sémiose pour extraire les éléments du phanéron, on est fichus, on est dans l’impossibilité d’accéder au phanéron qui est d’emblée médiatisé par les signes… on est dans l’impossibilité d’accéder directement à la chose. Enfin ce sont des expériences que tout le monde vit de différentes façons…

    Quand on travaille depuis cent ans sur ce sujet, on connaît à peu près avec précision les moments qu’on a vécus où l’on acquiert la conviction que le monde est définitivement perdu pour nous et qu’il nous faut désormais le reconstruire continuellement. C’est vraiment une expérience profonde, essentielle, qu’on vit, et qu’on reconstitue lorsqu’on est amenés à penser la question des signes. Je trouve cette façon de l’exprimer très simple et très éclairante : « c’est fichu ! » Vraiment, c’est ça !… C’est terrible…

    Je raconte ça dans un écrit assez ancien, appelé « assumer l’abduction ». C’est un texte que vous trouverez sur le site. Je raconte comment je retrouve le moment d’angoisse où j’ai commencé à parler… c’est fou !… mais il n’empêche que le jour où j’ai écrit ça, je revivais ce moment où j’ai su que je faisais un pas qui était terrible, qui correspond au « c’est fichu ! »…

    Maintenant, plus rien ne sera comme avant : jusque là, je pouvais vivre dans un monde tout uni, tranquille, paisible, je recevais tonalement les paroles de tout le monde, j’étais dans le bain de langage avec le lait de Dolto, et puis soudainement ça a été fini, il a fallu sortir de là, il a fallu se mettre à parler. C’est une expérience que j’ai revécue à l’occasion de cet écrit, mais je pense qu’on a tous vécu l’expérience de ce passage, ce passage terrible au fond de soi, qui fait de nous des êtres de langage…

    Parce qu’une fois qu’on est un être de langage, eh bien, « c’est fichu ! »… (rires) on ne peut plus revenir en arrière…

    Des tentatives peuvent avoir lieu, et dans ce sens-là il me semble que l’état végétatif est sans doute la tentative la plus aboutie, puisque le bonhomme est résolu à demeurer sur la réserve, et dit « maintenant on ne me la refera pas une seconde fois ! ».

    À partir du moment où on est un être de langage, eh bien, « c’est fichu ! »… C’est comme pour les scorpions de l’histoire. Il suffira donc, pour le dit végétatif, d’avoir des gens un peu astucieux en face de ce bonhomme pour qu’il revienne dans le monde des signes, bon… plus ou moins appauvri, suivant les désastres auxquels il a été confronté, mais il n’empêche qu’on trouve ça dans l’état végétatif. Et on voit bien qu’il y a là une question d’astuce soignante, un care tout à fait particulier qui doit permettre de franchir ce pas, parce que le franchissement de ce pas et les conditions de franchissement de ce pas sont sans doute tout à fait décisives pour la suite des opérations…

    Je ne sais pas si tout ça vous dit quelque chose, mais enfin ça me paraît important, parce que précisément le phanéron est quelque chose dans quoi on est… de façon indubitable. Parfois même, des éléments du phanéron qui ne sont pas aussi aboutis que les objets, mais qui sont des secondéités pures, donnent lieu aussi à ce qu’on pourrait nommer des expériences qui, lorsqu’elles sont vécues, ont des effets… on peut dire des effets sémiosiques.

  • Canet, le 09 octobre 2006 La sémiose : extracteur d’éléments du phanéron

    Canet, le 09 octobre 2006 La sémiose : extracteur d’éléments du phanéron

    Canet, le 09 octobre 2006

    La sémiose : extracteur d’éléments du phanéron

    M. B. : Je vous présente notre amie Danielle Sveda qui arrive directement d’Israël…

    D. S. : Je peux me présenter : je parle anglais, je suis israélienne, en ce moment je suis en vacances ici, à Canet, et je m’intéresse un peu à la sémiotique…

    M. B. : Eh bien, c’est gentil d’être venue…Votre spécialité c’est l’éducation…

    D. S. : Et la linguistique.

    M. B. : L’éducation qui était un des chapitres des préoccupations de Gérard Deledalle…

    D. S. : … j’ai rencontré Gérard Deledalle…

    M. B. : Très bien… Alors bienvenue !… Bon ! Nous allons essayer de reprendre… Je crois qu’il y a eu des mouvements divers à la suite de la dernière causerie parce que c’était…

    Public : Des parenthèses…

    M. B. : Ah ! Il y a eu beaucoup de parenthèses ! Je suis coutumier du fait, mais j’ai cru que l’ensemble était…

    Public : Non ! Finalement c’était une parenthèse ancienne !…

    M. B. : Oui, c’est une mauvaise habitude, les parenthèses. On avait tenté de poursuivre notre étude de cette difficile et récurrente question des rapports entre la psychanalyse, la sémiotique… et la vie institutionnelle, pour faire bon poids. Depuis le début de l’année j’essaie de parler un peu de la sémiose, et d’en parler de différentes façons, et ce que je faisais remarquer la dernière fois, de manière un peu insistante, c’était la nécessité de reprendre la question du pragmatisme.

    Hormis la maxime du pragmatisme que je vous ai à peu près citée, il existe plusieurs variantes qui pourraient éclairer ça, et en particulier une phrase de Peirce que j’aime beaucoup parce qu’elle se présente comme une maxime kantienne : « Ne pas bloquer le chemin de la recherche »

    C’est quelque chose qui doit être lu à plusieurs niveaux. « Ne pas bloquer le chemin de la recherche » signifie qu’il faut laisser sa chance aux idées dans les conditions mêmes de la recherche. Ça peut paraître trivial dans la mesure où tout le monde peut s’accorder à reconnaître ça, sauf que la plupart des institutions intellectuelles sont généralement organisées pour bloquer. Pour l’illustrer vous avez l’exemple de la décision prise par le Collège de linguistique au début du XXe siècle, qui était : « Nous refuserons toute intervention et toute recherche qui porterait sur l’origine des langues. » C’était très ennuyeux parce qu’un grand nombre de thèses portaient sur ce sujet, et finalement rien ne pouvait être sérieusement installé, moyennant quoi, la question de l’origine des langues passait à la trappe. Et dans cette décision qui avait été prise, il me semble qu’il y avait quelque chose qui appartient à ce registre.

    Très bel exemple et contre-exemple en mathématique : en mathématique on sait qu’un grand nombre de mémoires ont été écrits pendant des siècles sur le problème de la quadrature du cercle — en fait, la quadrature cercle n’a rien de mystérieux, c’est construire un carré de la même circonférence qu’un cercle en s’aidant uniquement des instruments fondamentaux de la géométrie : la règle et le compas —, par des gens qui croyaient avoir démontré la chose. À un moment donné, l’assemblée des mathématiciens aurait très bien pu dire : « À partir de maintenant nous refuserons tout mémoire portant sur la quadrature du cercle », sauf que le chemin suivi a été tout à fait différent. Ils ont, certes, interdit tout mémoire démontrant la possibilité de cette quadrature, mais pas son impossibilité ! Et, un beau jour, un mathématicien a démontré (en fait, plusieurs ) qu’il était impossible de carrer un cercle avec la règle et le compas. Vous voyez, il me semble qu’on est là devant quelque chose de tout à fait différent. En effet, si, dans cette assemblée qui avait décidé de ne plus parler de l’origine des langues, quelqu’un s’était levé et avait dit : « Je vais vous démontrer qu’il est impossible de se poser cette question sainement », la démonstration étant reconnue par tout le monde, on aurait pu…

    Il existe de nombreuses occasions de bloquer les chemins de la recherche, et ça se présente dès l’enfance.

    On peut dire qu’on dépragmaticise beaucoup d’enfants en leur interdisant de se livrer à un certain nombre d’expériences : « Ah non ! Ces expériences, tu ne les mèneras pas ! » — « Et pourquoi ? » — « Peu importe ! », on trouve toujours quelque chose qui motive l’interdiction, de sorte qu’on bloque le chemin de la recherche pour ces petits chercheurs extraordinaires que sont les enfants…

    Si l’on suit ce que raconte Pierre Delion quand il dit : « L’enfant est un savant qui mène sa recherche dans un laboratoire tenu par les laborantins que nous sommes. », on peut dire que l’enfant se voit ouvert totalement le chemin de la recherche…

    (…)

  • Textes de Peirce sur le Symbole (en anglais) – augmentée

    Textes de Peirce sur le Symbole (en anglais) – augmentée

    Voici quelques textes de Peirce, extraits des Collected Papers, sur le Symbole. L’édition est plus complète aujourd’hui.

  • Textes de Peirce sur l’indice (en anglais) – augmenté

    Textes de Peirce sur l’indice (en anglais) – augmenté

    Voici quelques extraits des Collected Papers de Peirce portant sur la question de l’indice. Ces différents textes sont dans l’ordre donné par les CP, mais ne suivent pas la chronologie. Ceci constitue une nouvelle édition augmentée

  • Textes de Peirce sur l’Icône (en anglais) – augmenté

    Textes de Peirce sur l’Icône (en anglais) – augmenté

    Voici des extraits des Collected Papers de Peirce concernant les icônes. Ce texte augmenté prend en compte des termes dérivés d’’icône’, tel ’iconique’, etc.

  • Textes de Peirce sur le Phaneron (en anglais)

    Textes de Peirce sur le Phaneron (en anglais)

  • Canet, le 02 Octobre 2006 Rapprochement entre le pragmatisme et la position anarchiste bien tempérée

    Canet, le 02 Octobre 2006 Rapprochement entre le pragmatisme et la position anarchiste bien tempérée

    Canet, le 02 Octobre 2006

    Rapprochement entre le pragmatisme et la position anarchiste bien tempérée.

    Aujourd’hui nous reprenons après le petit pont de lundi dernier où l’on avait parlé de la question du travail, suite à la ‘journée avec’ Lise Gaignard et Pascale Molinier. J’aimerais le faire, mais comme d’habitude, à ma façon un peu brouillonne.

    Dimanche dernier, j’ai passé une partie de la journée avec un copain qui s’appelle André De Tienne, grand spécialiste de Peirce. C’est un philosophe belge émigré aux États Unis où il est professeur à l’université d’Indianapolis. C’est dans cette ville qu’il y a ce qu’on appelle le Peirce Edition Project, un truc énorme qui consiste à éditer les écrits de Peirce. Six volumes ont déjà été publiés, et les volumes 7, 8 et 23 sont en cours. Le chef du projet est Nathan Hauser, un type très sympathique, et André De Tienne en est la cheville ouvrière. Mon copain André est quelqu’un qui s’intéresse beaucoup aux rapports entre la phénoménologie peircienne, c’est-à-dire la phanéroscopie, et la sémiotique, il essaie d’explorer ces voies-là avec les outils philosophiques qui sont les siens.

    C’est toujours bien de discuter comme ça parce que ça permet de remuer des idées. Parmi les nombreux points qu’on a abordés, j’aimerais vous en soumettre deux qui pourraient peut-être nous servir : le premier concerne justement les rapports entre phanéroscopie et sémiotique. J’aimerais vous en dire quelques mots parce qu’il me semble que ça concerne tout ce dont on parle depuis que j’ai abordé la fonction iconique. Le second c’est quelque chose que je crois avoir déjà évoqué ici. Il y a quelques années de ça, Gérard Deledalle essayait d’obtenir des renseignements auprès de moi et d’autres personnes sur un certain nombre de figures anarchistes du XIXe siècle, en particulier sur Léo Seguin qui a traduit le texte de Peirce intitulé « Comment se fixe la croyance ? » qui figure dans À la recherche d’une méthode . Ce nom ne vous évoque pas grand-chose, mais il se trouve que Léo Seguin était un des adeptes de Blanqui. Je voyais Gérard faire nombre de recherches sur l’anarchisme et toutes ces figures, et je ne pouvais vraiment pas imaginer Peirce en anarchiste, parce que sur le plan politique il était plutôt conservateur et ne brillait pas par son extrême gauchisme. Il y a même des textes qui sont une peu limites, en tout cas qui font parfois scandale quand ils ressortent. (Sur la liste Peirce à laquelle j’ai été abonné pendant plusieurs années, il était parfois question d’une phrase un peu raciste de Peirce, qui, à mon sens n’était pas du tout raciste en contexte, c’était même le contraire.) Quoi qu’il en soit, Peirce le disait lui même : « Moi, je suis plutôt conservateur. »

    Je me demandais pourquoi Gérard s’était intéressé à l’anarchisme, et récemment, à l’occasion d’une « supervision », j’ai entendu quelque chose qui a fait tilt. J’en ai parlé la dernière fois : c’est un vieux problème qui m’avait beaucoup préoccupé et qui, à l’époque, avait occasionné ma rupture avec le militantisme politique. C’était suffisamment important puisque ça avait produit un truc très pratique.

    (…)

    Documents joints

  • 20 èmes Journées de Marseille

    20 èmes Journées de Marseille

    AMPI

    20 èmes Journées

    de

    Psychothérapie Institutionnelle de MARSEILLE

    L’ALCAZAR

    27 et 28 Octobre 2006

    La psychothérapie Institutionnelle

    Pourquoi, où, quand, comment ?

    Programme

    Vendredi 27 Octobre 2006

    8h30 Accueil

    9h Allocution du Président de l’AMPI – Docteur A ABRIEU

    9h15 Michel BALAT

    9h45 Jean AYME

    10h15 Discussion

    1àH45 Pause

    11h Pepe GARCIA IBANEZ

    11h30 Martine FOURNIER

    12h Discussion

    12h30 Repas

    14h30 Dimitri KARAVOKYROS

    15h Yann JURQUET

    15h30 Discussion

    16h Pause

    16h15 Michel LECARPENTIER

    16h45 Enrique SERRANO

    17h15 Discussion

    18h Débat Public animé par Jacqueline DE GRANDMAISON

    Samedi 28 Octobre 2006

    9h Roland GORI

    9h30 Salomon RESNIK

    10h Discussion

    10h30 Pause

    10h45 Jean OURY

    11h15 Discussion

    11h45 AMPI, les 20 ans – Table ronde des Présidents de l’AMPI – « Passé et avenir de l’AMPI »

    12h15 Apéritif et fin des Journées

  • Pourquoi des clubs thérapeutiques

    Pourquoi des clubs thérapeutiques

    POURQUOI DES ASSOCIATIONS CULTURELLES EN PSYCHOTHÉRAPIE INSTITUTIONNELLE ?

    OU « PAS DE CLUB THERAPEUTIQUE SANS ASSOCIATION CULTURELLE »

    Nous tenterons d’illustrer cet adage de la psychothérapie institutionnelle : « pas de club thérapeutique sans association culturelle » en ayant à l’esprit non pas tant l’étymologie latine « adagium » signifiant maxime en référence à un droit coutumier, mais plus encore l’origine italienne « adagio » pour faire référence à des exercices chorégraphiques exécutés sur un rythme lent et destinés à parfaire les équilibres et les attitudes, et souvent, premières parties d’un pas de deux, toutes choses véritablement très utiles lorsque l’on se préoccupe d’accueillir les troubles psychotiques !

    Pourquoi un ou des clubs thérapeutiques ?

    La psychothérapie institutionnelle reste, comme le disait Félix GUATTARI, « une enfant fragile » et doit bénéficier de toute notre attention.

    Les deux jambes que lui a toujours décrites François TOSQUELLES, la psychanalytique et la marxiste, continuent, à mes yeux, à lui donner son équilibre. Chacune d’elle nécessite beaucoup de soin : vous savez tout le mal que l’on dit en ce moment de la psychanalytique et du sort que d’aucuns rêvent de lui réserver ; quant à la marxiste, ce n’est pas simple non plus et cette référence à MARX nécessite toujours de préciser que le marxisme n’est pas à nos yeux ce que les dérives staliniennes en ont fait. FREUD et MARX, ces deux « excentriques » dont je parle dans les propos introductifs de mon livre, ont initié une pensée subversive, l’un dans le champ de l’aliénation psychopathologique et l’autre dans le champ de l’aliénation sociale. Et aujourd’hui encore, il me paraît d’importance de maintenir ouvertes les recherches, les théories et les pratiques dans ces deux champs à la fois distinctes et conjuguant leurs effets dans l’histoire de l’humanité.

    Alors et alors seulement, dans nos lieux de soins, comme le dit Jean OURY « qu’il soit dans un état de déréliction, dans une sorte de no man’s land, dans une misère existentielle, voire physiologique, l’autre est là dans sa transcendance ; Autrui en personne, qui impose le respect, n’est jamais un « cas », mais une opacité subtile à laquelle on doit avoir accès par une procédure transférentielle toujours menacé par les intrusions aliénatoires d’une organisation massive ».

    Reconnaître la dimension inconsciente de toute vie psychique en lui donnant toute sa place et travailler dans le champ psychiatrique (que ce soit à l’hôpital, dans un atelier ou dans un bureau) en tenant compte du transfert pour effectuer avec autrui un cheminement singulier, son cheminement, est ainsi une aventure qui ne sera jamais ordinaire, prévisible, jalonnable, évaluable.

    Mais c’est une décision, un choix éthique : c’est soit… soit…Soit-il ne peut être question d’inconscient et de transfert que dans la cure – type, avec fauteuils et divans (certains l’estiment et chacun peut mesurer ce qu’il en est alors de leurs pratiques de la psychiatrie). Soit ces processus psychiques ne s’arrête pas à la porte des hôpitaux psychiatriques et des secteurs et ils sont à l’œuvre ici comme ailleurs. C’est un choix conditionné par notre désir car dans le cas contraire, cela aboutit inévitablement, inexorablement à dire et à faire qu’il y a donc des hommes et d’autres qui le seraient aussi, mais moins. Mais c’est alors un engrenage dont tôt ou tard personne ne réchappe. Lucien BONNAFE le dit très bien : « l’histoire nous a douloureusement appris que l’attitude mentale investit à décréter inintéressants tels êtres fins de document est la même qui approvisionne tous les glissements, tous les dérapages, vers l’expansion illimitée des catégories d’êtres inintéressants »

    Ainsi, le concept de transfert multiréférentiel élaboré en cheminant en particulier avec les patients psychotiques nous apparaît bien plus riche et plus complexe que la seule « référence infirmière » dont il est question dans les dossiers de soins. D’abord parce qu’il met en évidence tous les processus de clivage, d’ambivalence, de transfert partiel et éclaté auquel nous avons quotidiennement à faire et qui amènent, pour véritablement tenir compte, en la rassemblant, de la vie psychique d’un patient psychotique, a réunir régulièrement sa constellation constituée des personnes réceptacles de ces transferts dissociés et divers. Ainsi, à un moment donné, pour Hadrien, l’état des lieux était le suivant : deux psychiatres, une psychologue, des « infirmiers boum-boum » autrement dits protecteurs et qu’il suffisait d’appeler en cas d’agression, des infirmiers « avec qui on peut parler » en particulier le soir avant d’aller se coucher, ceux de l’atelier journal, ceux de la commission culturelle, et « celui qui est un con et qui frappe les malades » (car personne n’a jamais dit que le transfert ne pouvait pas être négatif).Précisons que bien entendu les « infirmiers boum boum » sont de la vieille école et qu’ils ne peuvent pas piffrer ceux qui animent des ateliers et les réunions du club. Et pourtant, la réunion de cette constellation motivée par certains moments d’angoisse déferlante sur Hadrien aura eu, à plusieurs reprises, un effet d’apaisement. Il faut pour cela, parler des horaires de travail (ceux qui travaillent en équipe et ceux qui travaillent à la journée), de ce que chacun vient faire quotidiennement la et qui impose de se parler des patients que l’on soigne, de la complémentarité pour Hadrien de ces transferts multiples et de la complémentarité des contre-transferts de l’équipe. Il faut enfin que ces personnes pour se réunir et se parler, puis s’échanger sans se prendre les pieds dans les tapis de la hiérarchie, de l’inhibition, de la peur de la sanction etc.. On aperçoit la tout le travail préalable nécessaire de sous-jacence tant au plan collectif qu’individuel.

    (…)

  • Canet, le 11 septembre 2006 Le principe général d’homologie des signes du monde et de la pensée.

    Canet, le 11 septembre 2006 Le principe général d’homologie des signes du monde et de la pensée.

    Canet, le 11 09 2006

    Le principe général d’homologie des signes du monde et de la pensée.

    M. B. : Nous sommes le lundi 11 septembre, et comme vous le savez, c’est le jour de la fête nationale des catalans, c’est l’anniversaire de la prise de Barcelone ; ils fêtent la prise de Barcelone, c’est bizarre… ils fêtent une défaite… Le lundi 11 septembre 2006 donc.

    L’année dernière, on avait commencé à débrouiller les lacis de la fonction iconique et de la fonction indiciaire, et cette année, il faudrait donc ouvrir sur la fonction symbolique.

    Et je dois dire qu’à la non-réflexion, puisque je réfléchis peu, il me semble qu’on ne peut pas approcher directement la fonction symbolique, on doit emprunter d’autres chemins. Vous savez comment ça marche, je fais toujours des tours et des détours, j’adore faire ça ; il est important de ne pas… Si vous voulez, c’est quelque chose qui se construit, et ce n’est pas une construction rationnelle.

    On sait bien que pendant la construction d’un bâtiment, certains corps de métier doivent accomplir leur ouvrage avant d’autres, et ce jusqu’à l’achèvement complet des travaux, il y a une logique, et c’est ce que nous retrouvons là.

    Si nous nous lancions maintenant dans l’étude de la fonction symbolique comme ça, après avoir repris la fonction iconique et la fonction indiciaire, cela donnerait une vision trop unilatérale de ce qui est en question dans ce dont nous parlons, alors il me semble que ça vaut la peine de revenir sur certaines choses : je voudrais me risquer à faire une introduction à la question de la sémiose parce qu’il me semble que c’est le cœur de la question.

    D’abord, la question que ce mot essaie à la fois de poser sinon de résoudre, c’est la question suivante : on peut constater que chaque fois qu’on parle, qu’on écrit, qu’on fait un tableau, qu’on fait tout ce qu’il est possible de faire, donc chaque fois qu’on fait un signe, sauf à vraiment s’entêter et vouloir rester sur ses a priori, on peut constater que c’est un processus dynamique qui se met à l’œuvre. Je ne crois pas qu’on ait jamais rencontré un signe qui soit d’une transparence totale telle qu’il ne supposerait aucun processus à l’œuvre : quand vous voyez un signe, des interprétations se présentent à vous, le malentendu par exemple, pour parler de choses très communes. S’il y a malentendu c’est donc bien que les signes ne sont pas transparents ; s’ils l’étaient il n’y aurait pas de malentendu, il y aurait des ignorants et des sachants. Or on sait bien que le malentendu fait l’objet de négociations très complexes, surtout quand on avance en âge et que la surdité arrive : les occasions de malentendus deviennent très nombreuses… (rires)

    Mais on ne peut pas non plus sombrer dans ce genre d’explication douteuse qui consiste à dire qu’on n’a pas bien entendu, parce qu’un malentendu, c’est autre chose : par exemple, quand la surdité, à laquelle il faut bien se résoudre, survient, même si elle est relative, on sait bien qu’à certains moments, on peut se laisser gagner par une forme de complaisance envers nous-même, qui facilite la compréhension de tout ce que je place dans le registre du malentendu.

    Mais quand vous voulez le dissiper, vous vous rendez compte à quel point, étant admis qu’il existe un accord sur le signe, tous les systèmes d’interprétation sont à l’œuvre et prêts à s’affronter.

    Ça c’est une sorte d’hypothèse de base qui est, à mon sens, vraiment lourde, mais qui est sans doute crédible parce que, au bout du compte, quand je lis « lui-même », eh bien, je me rends compte, sauf à vouloir faire l’abruti, que le mot lui-même est d’une complexité inouïe, et que tous les champs d’interprétants sont immenses : voilà.

    Je ne sais pas si vous avez une petite idée de ce qu’implique la question…, ça signifie que tout signe provoque un mouvement, c’est un peu comme un moteur, c’est le principe de ce mouvement, et vous, vous vous engagez dans l’interprétation du signe. Mais différencier le signe et son interprétation poserait à mon sens déjà un problème parce que, — et vous allez comprendre assez vite, c’est pour cette raison que ça pose la question de la fonction symbolique, —si l’on fait cette différence-là, on crée alors une différence de nature entre le signe et ses interprétations : il y aurait d’une part quelque chose qui serait destiné à être le signe, et d’autre part quelque chose qui serait destiné à être les interprétations, il y aurait donc d’un côté les signes et de l’autre les interprétants. En effet, comment se fait-il que des interprétations arrivent comme ça lorsque vous rencontrez un signe, à ce point même où elles arrivent sans que vous puissiez vous en rendre compte, je lis « lui-même » et je lis « lui-même », ça va…, ça ne vous pose peut-être pas de problème non plus, donc c’est dire : comment se fait-il qu’en voyant ces signes je puisse avoir tous ces systèmes d’interprétants tout prêts ?… est-ce que je peux encore me permettre de séparer le « lui-même » qui est écrit sur le papier de toutes les interprétations qui me viennent lorsque je le lis ?… : voilà un problème, un gros problème, je trouve.

    (…)

  • Le pare-excitations (extraits de Freud et Lacan)

    Le pare-excitations (extraits de Freud et Lacan)

    Utilisatiion d’extraits de l’Index thématique d’Alain Delrieu (Anthropos éd.)

    Le Reizschutz

    Freud

    Au-delà du Principe de plaisir (t.XV)

    296-298 : si les excitations laissaient des traces durables dans le système Pc-Cs, ce système serait vite saturé ; « Le système Cs se caractériserait donc par cette particularité que le processus d’excitation ne laisse en lui (…) une modification permanente de ses éléments, mais qu’il se volatilise pour ainsi dire dans le phénomène du devenir-conscient ». Il faut se représenter l’organisme vivant « comme une vésicule indifférenciée de substance stimulable ». Cet organisme est « … en suspens au sein d’un monde extérieur chargé des énergies les plus fortes et serait anéanti par l’action des stimuli de celui-ci s’il n’était pourvu d’un pare-stimuli. »

    300 : contre les excitations extérieures il y a un pare-excitations mais non contre les excitations intérieures. D’où : « Premièrement, la prévalence sur tous les stimuli externes des sensations de plaisir et de déplaisir (…) deuxièmement, un comportement dirigé contre ces excitations internes qui entraînent une trop grande augmentation de déplaisir. Il en résultera un penchant à les traiter comme si elles n’agissaient pas de l’intérieur, mais au contraire de l’extérieur, pour pouvoir appliquer contre elles les moyens de défense du pare-stimuli. Telle est la provenance de la projection… »

    300-301 « Celles des excitations venant de l’extérieur, assez fortes pour faire effraction dans le pare-stimuli, nous les appelons traumatiques. (…). Un événement comme le trauma externe provoquera à coup sûr une perturbation de grande envergure dans le fonctionnement énergétique de l’organisme et mettra en mouvement tous les moyens de défense. »

    303 « Nous constatons ainsi que l’apprêtement par l’angoisse, avec le surinvestissement des systèmes récepteurs, constitue la dernière ligne du pare-stimuli. »

    (…)

  • DU Psychothérapie Institutionnelle de Lille

    DU Psychothérapie Institutionnelle de Lille

    Diplôme Universitaire de Psychothérapie Institutionnelle

    Faculté de médecine de Lille 2. Mai 2006.

    dr Daniel Denis, Catherine Portet, Anne Noëlle Rousselot,

    secteur 2, cesame, sainte gemmes sur loire.

    NOTION DE CLUB THERAPEUTIQUE

    Si l’on se reporte au dictionnaire Robert on trouve du mot « Club » la définition suivante :

    de l’anglais club : réunion, cercle
      1 / société où l’on s’entretenait des questions politiques. Le club des Cordeliers, le club des Jacobins
      2/ cercle où des gens viennent passer leurs heures de loisirs, pour bavarder, jouer, lire. ex : Inviter un ami à dîner à son club
      3/ se dit de certaines sociétés constituées pour aider leurs membres à exercer certaines activités désintéressées (sport, voyages…) V. Association ex : le Club Alpin, le Touring Club, le club sportif, le Racing club
      4 / large et profond fauteuil de cuir
      5 / au golf crosse pour frapper la balle.

    Jean OURY dans le texte du rapport, exposé lors de l’assemblée générale de la Fédération des Sociétés de Croix Marine d’Aide à la Santé mentale d’octobre 1959 à Paris, développe l’histoire et la conceptualisation de la notion de club thérapeutique.

    Il situe l’apparition relativement récente de cette notion de Club comme la résultante de plusieurs courants, celui de l’apport de FREUD et de la psychanalyse, le travail d’HERMANN SIMON à Gütersloh après la première guerre mondiale soulignant l’intérêt de proposer aux patients hospitalisés une vie collective active, capable de lutter sans arrêt contre ce qu’il désigne comme les trois maux majeurs, qui sévissent à l’Hôpital, qui sont l’inaction, l’ambiance néfaste et le préjugé d’irresponsabilité jeté sur le malade. Autre courant : le développement des psychothérapies de groupe aux Etats Unis à partir de 1930, les activités extrahospitalières en Angleterre à la Tavistock Clinic, s’inspirant de Kurt LEVIN, l’occupationnal thérapy ou clubs sociothérapiques créés en Angleterre sous l’impulsion de BIERER, l’importance prise par les méthodes dites actives dans le champ de la pédagogie avec MAKARENKO, MONTESSORI, le mouvement FREINET et les mouvements de jeunesse comme le scoutisme et le mouvement des Auberges de jeunesse

    (…)

  • Journée avec… Lise Gaignard et Pascale Molinier

    Journée avec… Lise Gaignard et Pascale Molinier

    Le 23 septembre 2006 à l’Écoute du port, Canet-en-Roussillon, 5ème ’Journée avec’

    Cette cinquième ’journée avec’ aura comme thème général ’Le travail’. Lise Gaignard, psychanalyste, et Pascale Molinier, Maître de conférences viendront discuter avec nous de la psychopathologie du travail, du soin (le ’care’), du travail des femmes, etc. Elles font partie de ce courant qui a profondément renouvelé l’analyse du travail, dont une des figures est Christophe Dejours. Nous nous retrouverons autour d’elles à l’Écoute du Port de Canet-en-Roussillon le 223 septembre à partir de 9 heures.

  • Le Frelon et la Fourmi

    En attendant la suite du Blog-Tone de Ian Balat

    Le Frelon et la Fourmi

    Fantaisie réaliste

    Le Frelon et la Fourmi

    Il était une fois, une Fourmi heureuse.

    Elle arrivait tous les jours de bonne heure à son travail. Elle passait toute la journée à travailler dans la joie et la bonne humeur. Enthousiaste, il lui arrivait même de pousser la chansonnette ! Elle était heureuse de travailler. Son rendement était excellent. Mais un jour, malheur ! On s’aperçut qu’elle n’était pas ‘encadrée’…

    Le Frelon, PDG de l’entreprise, considérant qu’il n’était pas possible que cette situation persistât, créa un poste de cadre pour lequel il recruta une Coccinelle ayant beaucoup d’expérience. La première préoccupation de la Coccinelle fut d’organiser les horaires d’entrée et de sortie de la Fourmi. Elle créa également un système de plannings et de fiches.

    Très vite, il fallut engager une secrétaire pour l’aider à préparer tous ces documents, dossiers et rapports. Une Araignée fut recrutée. Elle mit sur pied un système complexe de classement et d’archives. Pendant ce temps, la Fourmi heureuse continuait de travailler, travailler, encore et toujours travailler. Le Frelon, PDG de l’entreprise, était ravi de recevoir les rapports de la Coccinelle, si bien qu’il lui demanda des études comparatives avec graphiques, indicateurs et analyse de tendance. Mais très rapidement, devant l’abondance des rapports et l’importance des gesticulations, il apparut nécessaire de créer un poste de chef de service. Une Cigale fut embauchée pour encadrer le cadre. On lui fournit un nouvel ordinateur avec imprimante, scanner et modem.

    Assez vite, la Fourmi heureuse commença à baisser de rythme et à se plaindre de toute la paperasserie qu’il lui était dorénavant imposé de produire. Le Frelon, PDG de l’entreprise, considéra qu’il était temps de prendre des mesures. Il créa donc le poste de directeur pour superviser la Coccinelle, l’Araignée, la Cigale et la Fourmi heureuse.

    Le poste fut pourvu par un Cafard qui changea tout d’abord le mobilier de son bureau et demanda un nouveau fauteuil ergonomique ainsi qu’un nouvel ordinateur avec écran plat. Mais avec plusieurs ordinateurs, il fallait installer un réseau informatique, ce qui fut fait. Le nouveau directeur ressentit rapidement le besoin de recruter un adjoint (qui était son assistant dans son ancienne entreprise) afin de préparer le budget de son nouveau service en liaison avec un plan stratégique, en comité de pilotage. Pendant ce temps-là, la Fourmi était de moins en moins heureuse et de moins en moins productive. « Il va nous falloir bientôt commander une étude sur le climat social » dit le Cafard.

    Un jour, le Frelon, PDG de l’entreprise, en examinant les chiffres, se rendit compte que le service dans lequel la Fourmi heureuse et productive travaillait n’était plus aussi rentable qu’avant. Il eut donc recours aux services d’un prestigeux consultant, M. Hibou, afin qu’il fasse un diagnostic structurel et qu’il apporte des solutions adaptées. Le Hibou fit un audit de six mois dans l’entreprise à l’issue duquel il rendit son rapport : « il y a trop de personnel dans ce service, il faut réduire la voilure ».

    Le Frelon, PDG de l’entreprise, suivit ces recommandations et licencia la Fourmi !

    Moralités.

    Mieux vaut être incompétents et ne servir à rien, car eux, nul ne les supervise : chacun sait qu’ils ne servent à rien.

    Pour rester une Fourmi heureuse, il te faut rester caché. Au moins tu n’auras pas à faire vivre les Frelon, Coccinelle, Araignée, Cigale, Hibou et autre Cafard : autant de parasites – pleins d’avenir.

    D’après La vie des insectes de J.-H. FABRE, Éditions Micropolis.

    Auteur inconnu

  • Canet, le 26 juin 2006 Lecture et discussion d’un article de Peirce sur l’utilisation des indices.

    Canet, le 26 juin 2006 Lecture et discussion d’un article de Peirce sur l’utilisation des indices.

    Canet, le 26 juin 2006

    Lecture et discussion d’un article de Peirce sur l’utilisation des indices.

    M. B. : Alors, deux mots sur ce qui s’est passé à Château Rauzé, parce que c’est passionnant… comme toujours : la séance dite de sémiotique a été particulièrement prenante, parce qu’on a vu un monsieur dont l’histoire avait été oubliée ; personne ne se souvenait de son histoire, alors qu’on l’avait déjà vu en sémiotique quelques années auparavant, et qu’il est là depuis plusieurs années, c’était hallucinant ; on avait même perdu les notes de séance, c’est dire qu’il y avait là quelque chose de très insistant.

    Et, à partir d’une remarque d’une infirmière, on a pu noter qu’il y avait un lien entre cette perte d’histoire et ce qui avait déjà été souligné lors de la séance de sémiotique précédente ; ça a resurgi, non pas dans les notes puisqu’elles étaient perdues, mais dans les souvenirs. Il y a là quelque chose d’intéressant, mais je ne veux pas trop parler de tout ça aujourd’hui. Après on a eu une réunion assez intéressante dans les appartements, même si c’était un peu hirsute, bon, enfin je n’insiste pas.

    Enfin, pendant la dernière réunion, dite institutionnelle — je ne sais pas pourquoi ça s’appelle comme ça, mais le fait est que cette appellation est reprise partout — on a été amenés à parler de quelque chose que je trouve très intéressant, à savoir la question de l’idéal : est-ce qu’on travaille en visant un idéal ?…

    Alors c’était une question qui m’a permis de faire remarquer que la poursuite d’un idéal était quelque chose de très emmerdant. En fait, la personne qui défendait cette idée disait que c’était son moteur ; alors la question qui peut-être posée c’est : est-ce qu’un idéal peut être un moteur ?

    De fait, il me semble que se soigner de son insuffisance est un moteur bien plus intéressant que la visée de l’idéal. On est toujours insuffisants par rapport à notre tâche, c’est évident pour tout le monde ; parfois on n’ose même pas se l’avouer, mais on le sait.

    Évidemment, l’idéal nous fait toujours apparaître comme insuffisants par rapport à une norme idéale, moyennant quoi on devient un peu des fonctionnaires du moteur, autrement dit, on fabrique artificiellement un moteur en se comparant à un idéal, de sorte qu’on est tranquilles, on est assurés…

    En fait, la conclusion de cette dame c’était qu’il lui manquait un pasteur, un guide, à Château Rauzé, or, il y a un rapport très étroit, bien entendu, entre l’idéal du moi et la fonction de pasteur, ou de duce, ou de führer, c’est-à-dire entre les formes idéales et l’apparition d’un idéal du moi sous la forme d’une autorité.

    C’était un débat très intéressant que de savoir pourquoi on travaille, et c’est un débat qu’on pourrait souhaiter voir se tenir dans d’autres établissements. Je n’ai pas pu rédiger le truc parce que je suis en train de lire un article que Pascale Molinier m’a envoyé… et son dernier livre, qui est formidable. Ça sera passionnant parce que cette femme est un esprit puissant… elle m’épate…

    Par ailleurs, je me disais qu’aujourd’hui je pourrais vous faire un peu de lecture ; je ne vous lirai pas le texte en anglais, je ne veux pas vous rendre malades, je vais donc vous proposer une traduction simultanée d’un texte de Peirce.

    Public : …

    M. B. : Traduire un roman je ne pourrais pas le faire, par contre traduire Peirce c’est quelque chose que je peux faire sans trop de difficultés ; si c’était trop approximatif, vous ne manqueriez pas de me le faire remarquer rapidement. C’est un passage qui traite des indices, et si ça vous intéresse je peux le mettre en ligne sur mon site. C’est un extrait des Collected Papers, mais en anglais…

    Qui est intéressé ?…

    F. C. : En français ça m’intéresse…

    M. B. : Non, je n’ai pas de traduction en français… bon, il n’y a que toi, eh bien, je te donnerai le papier alors, parce que… (rires) Je ferai éventuellement des commentaires si ça s’impose, ou si vous ne comprenez pas. N’hésitez pas à dire que vous ne comprenez pas, sinon je continue, bon, alors voilà :

    (…)

  • Canet, le 19 juin 2006 Les signifiants fondamentaux considérés comme indices de l’amour

    Canet, le 19 juin 2006 Les signifiants fondamentaux considérés comme indices de l’amour

    Canet, le 19 juin 2006

    Les signifiants fondamentaux considérés comme indices de l’amour

    M. B. : Je parlais donc de tout ce travail dans l’animation collective, mais il en va de même pour le psychanalyste dans son cabinet… ce que je vais dire ici apparaîtra peut-être aux lacaniens comme horrible, mais ça ne fait rien, je le dis quand même : on rêvasse, on déconne comme dit Tosquelles, constamment, et tout à coup on entend un mot, un truc qui corne aux oreilles, et c’est là qu’on a à faire à un signifiant ; c’est un phénomène très curieux. Moi, par exemple, je bourre ma pipe, je la nettoie un peu, je m’occupe, enfin j’ai toute cette activité qui me permet d’écouter ; et si j’écoutais en bon élève j’entendrais moins bien parce que pour entendre il faut être occupé ailleurs : il est nécessaire de donner quelque chose en pâture au corps. Mazeran me disait : « Il faut marcher », mais je préfère bourrer ma pipe, ou arranger mon bureau. Et pendant cette occupation, je peux à la fois penser à un grand nombre de choses qui n’ont pas l’air de concerner exactement le discours et entendre ce que dit la personne ; et tout à coup un mot surgit.

    C’est ce moment-là qui est important, qu’on le relève ou pas… on peut même ronronner. Un bel exemple de ronron c’est celui qui m’a été donné par François Oury, qui est psychiatre à Toulon, le neveu de Jean Oury : un jour il m’a envoyé une note qui avait été prise pendant une séance. Il s’endormait au fur et à mesure qu’une dame lui parlait, et entendait : « Avant hier mon fils est mort, et puis on l’a enterré, et puis j’ai acheté des fleurs pour offrir à ma fille, et puis… », tout comme ça, tout sur le même ton. S’il est possible de ne pas signifier, là c’était important de le faire parce que tout était dit sur le même ton, alors il écrit : « Au moment où elle a dit ça j’ai ronronné. » C’est intéressant « ronronné », c’était une façon de relever ce point : dans ce lieu cette dame ne pouvait pas dire les choses autrement.

    Ce n’est pas une nécessité absolue que de parler, on peut aussi ne rien dire, il importe simplement de relever que ce truc a été dit. Et d’ailleurs on peut observer que le fait que ce soit reçu a des effets presque immédiats. Là, je me suis dit : est-ce qu’on ne dispose pas dans cette chose de quelque chose de la fonction indiciaire ?… on ne sait pas de quoi elle est indiciaire, et si l’on n’en sait rien c’est précisément parce que quelque chose touche ici à l’objet a… dans cette chose.

    Après la séance de lundi dernier où j’étais un peu assommé, j’aurais pu vous dire que ce n’était pas possible, que je ne pouvais pas, mais il me semble que ça n’aurait pas été raisonnable, je préfère donc procéder comme ça, mais…

    Vous voyez, je lis ce livre-là qui est sur mon bureau depuis au moins un an ; je tourne rarement les pages parce que je le lis (rarement !) en écoutant les gens ; c’est un livre sur le langage où l’on peut trouver des trucs intéressants comme : « l’affect est l’absence d’origine du langage ». C’est fou le nombre d’idées qui sont formulées par tous ces gens qui se préoccupent de l’origine du langage, mais il y a une hypothèse qui n’a pas été avancée, et que je veux vous proposer, une de plus dans la myriade d’hypothèses sur ce sujet : est-ce que le langage ne dériverait pas d’un point d’origine qui serait celui de la parade amoureuse ?… Personne n’a jamais avancé ça, par contre, on dit beaucoup de choses, notamment que tout le monde veut communiquer. Mais il n’y a pas de communication dans la parade amoureuse parce que les oiseaux qui se gonflent, poussent des cris, entre autres choses invraisemblables, se montrent simplement à qui veut bien les voir, un point c’est tout.

    F. C. : … avec le paon qui drague une pompe à essence…

    M. B. : Ah, je ne l’ai pas vu…

    F. C. : … parade amoureuse…

    M. B. : Eh bien, voilà, tu vois…

    F. C. : … parce que ça ressemble au… de la femelle…

    M. B. : Oh, ce n’est pas possible !… c’est génial !… (rires) ça tombe bien, même L’indep en parle… mais l’auteur n’en parle pas dans son livre… (rires) Si l’on considère ce que disent les éthologues les plus rigoureux, on s’aperçoit qu’ils travaillent la question du contact et de l’amour, donc je me disais que ce ne serait pas inintéressant de reprendre ces théories. Cela nécessite qu’on dispose d’un peu de temps pour s’y consacrer… et on pourrait le faire, non pas à partir de la communication, qui est une imbécillité, mais à partir de la parade amoureuse : proposer la parade amoureuse comme origine du langage.

    (…)

  • Canet, le 22 mai 2006 Etude de la fonction indiciaire autour de la singularité, de la constitution de l’objet, de l’objet transitionnel.

    Canet, le 22 mai 2006 Etude de la fonction indiciaire autour de la singularité, de la constitution de l’objet, de l’objet transitionnel.

    Canet, le 22 mai 2006

    Etude de la fonction indiciaire autour de la singularité, de la constitution de l’objet, de l’objet transitionnel.

    M. B. : On avait entamé quelque chose sur la question de l’indice et de la fonction indiciaire. On pourrait essayer de voir comment on pourrait développer ça après avoir étudié la fonction iconique, et je me disais qu’un petit historique de la question de l’indice pourrait vous intéresser. L’indice c’est un truc qui a été inventé par Peirce, mais, contrairement à son habitude, il a repris ici un nom assez commun pour désigner une certaine fonction, parmi les autres fonctions du signe : la fonction indiciaire.

    Au fond, je crois que la principale difficulté, celle qui m’a valu de tarder à en parler, et à me lancer dans son décryptage c’est que ça paraît très simple. L’indice est quelque chose qui paraît lumineusement simple : le signe se donne comme une partie de l’objet, ou plus précisément le signe indiciaire attire l’attention sur l’objet. À une époque, pour bien faire la différence avec les autres fonctions du signe je précisais même : le signe indiciaire attire l’attention sur l’objet de manière compulsive ; autrement dit, ce n’est pas quelque chose auquel on pense, et il n’y a rien du registre de la pensée qui vient s’interposer entre le signe et l’objet.

    Évidemment, le signe le plus évident, d’où le nom de la chose, c’est l’index : si on montre, il faut viser un peu, mais justement, c’est là que tout commence. Il est nécessaire de viser un peu, mais on sent bien qu’il est aussi nécessaire que l’autre ait déjà, d’une certaine façon, l’idée en tête, pour que l’index puisse désigner l’objet. Si je dis par exemple « ah, j’ai fumé la pipe aujourd’hui » — vous l’avez peut-être senti dans le bureau —, vous me poserez la question suivante, « laquelle ? », alors je répondrais « eh bien, celle-là », donc là il faut déjà que vous l’ayez d’une certaine façon sous les yeux. Mais, si quelqu’un entre et me demande, un peu distrait, « où est le port ? », je montrerai du doigt et je répondrai « là », et ce quelqu’un saura que je ne lui montre pas la fenêtre, donc dans ce cas il n’aura pas besoin de l’avoir sous les yeux. En fait, il faut que la personne voie derrière la fenêtre, et, en somme, ça signifiait la direction… à peu près. On comprend donc qu’il est nécessaire qu’il y ait déjà à l’esprit un mode de présence de l’objet, sans quoi, aucun objet ne pourrait être défini. Il faut qu’il soit présent à l’esprit soit directement par une perception directe, soit indirectement par une connaissance qui est commune des deux côtés ; autrement dit, celui qui pose la question et celui qui l’indique ont le même type de connaissance de cet objet, sinon ça ne marcherait pas.

    On peut observer qu’il y a là beaucoup de choses complexes. Par exemple, si je montre le port avec le doigt, j’accompagne toujours ma monstration de façon orale ; autrement dit, il y a toujours des symboles qui traînent ici et là. Même si je dis « passe-moi ça » en montrant la feuille qui est posée sur la chaise, eh bien, le « ça » de « passe-moi ça » révèle un certain niveau linguistique, ce n’est pas un « hmm hmm ! », ce qui signifie que le caractère indiciaire là est aussi porté par quelque chose qui a l’apparence de symboles. Et c’est précisément un des trucs fondamentaux dans la sémiotique de Peirce : ça n’est pas un symbole. Tout le monde pourrait s’accorder à dire : « à partir du moment où il s’agit d’un mot de la langue c’est un symbole », eh bien, justement, ce n’est pas le cas parce que c’est là que Peirce établit cette grande distinction entre le type (ou légisigne) et le symbole. Quand je parle du type et de la tessère, on peut dire que le type considéré est un type, c’est une certitude, mais ce n’est pas a priori un symbole ; en situation, c’est un indice ; « ça », qui est un type, possède, fondamentalement et essentiellement, une valeur indiciaire et pas symbolique. Le symbolique a toujours un certain niveau de généralité, puisque à tout symbole est associé un décryptage : quand vous dites « ça », « ça » signifie… et vous disposez d’un ensemble de choses qui est déjà tout prêt à interpréter : dans le trésor de la langue vous savez qu’il y a une certaine préparation, et quand je dis tous les mots que je prononce depuis un petit moment devant vous, vous savez à peu près comment vous débrouiller avec chacun d’entre eux, de sorte qu’on peut dire qu’un système interprétant est déjà en place, c’est-à-dire une sorte de dictionnaire. Mais « ça » est dans le dictionnaire et pourtant ce n’est pas le cas, parce que effectivement « ça » signifie uniquement en contexte ; « ça » ne signifie rien de général. Aujourd’hui je voudrais vous faire sentir toutes les problématiques qu’il y a autour de l’indice.

    (…)

  • Canet, le 15 mai 2006 Etude autour de la fonction indiciaire de ‘l’avec’

    Canet, le 15 mai 2006 Etude autour de la fonction indiciaire de ‘l’avec’

    Canet, le 15 05 2006

    Etude autour de la fonction indiciaire de ‘l’avec’

    M. B. : La dernière fois j’avais abordé ce qui me paraissait abordable dans l’état actuel du développement, à savoir tout ce qui concernait la fonction iconique, et aujourd’hui j’aimerais en venir à la deuxième grande fonction, à savoir la fonction indiciaire, pour en parler. C’est une fonction qui est particulièrement intéressante. L’indice peut être pris au sens de l’indice policier, excepté qu’il prend une tournure vraiment plus essentielle chez Peirce, pour la grande raison suivante, c’est que l’indice est la condition même de l’exister. Et c’est un peu autour de cette idée que je voudrais essayer de dire quelques petites choses aujourd’hui.

    Vous avez dû remarquer que la sémiotique dont je vous parle a quelque chose d’essentiel, à savoir le fait qu’elle part du point de vue qu’il n’y a pas un monde qui serait là, à disposition, et qu’on viendrait commenter par des signes, qu’on viendrait en quelque sorte signifier, mais il y a la signification, et c’est elle qui crée le monde. Ce que je vous dis ne constitue pas un scoop parce que c’est impliqué par tout ce que je raconte ; et j’ai prononcé ces phrases plusieurs fois, dans un sens qui est celui que nous avons constamment adopté à propos de l’enfant. Comme vous l’avez remarqué, chaque fois que j’ai été amené à parler du développement de l’enfant, j’ai évité de le prendre sous l’angle génétique qui, de mon point de vue, est une horreur absolue. Je hais la psycho génétique parce que c’est barbare et surtout con : Piaget et consorts ne se rendent même pas compte que, dans le tour où ils sortent un lapin de leur chapeau, ils posent d’abord un préalable, et c’est placer d’abord le lapin au fond du chapeau ; et ils font comme s’il y avait un développement naturel de l’enfant ou de qui sait quoi, ce qui est une horreur. Piaget c’est mon vieil ennemi. Je l’ai eu quand même, il est mort finalement… (rires) je lui ai survécu. Je crois qu’il figure parmi les plus cons. Évidemment, c’est un type remarquablement intelligent, ce n’est pas la question, mais adhérer à cette démarche intellectuelle qui pose d’abord que les choses sont là, et que, ceci étant admis, elles sont ensuite ornées de signes, si je puis dire, comme si on faisait une ornementation, c’est adhérer à la démarche la plus absurde qui soit.

    Ce sont des choses qu’on voit, et il y a quelque chose là-dedans qui est inévitable quand même, disons-le. On en a déjà parlé, et je vous disais que lorsqu’on définit un concept quelconque, on a tendance à prendre le concept pour quelque chose, et on le traite comme ça, et ce n’est pas gênant en soi. C’est ce que font les mathématiciens tout le temps : « prenez un espace vectoriel ! », eh bien, allez l’attraper, vous, l’espace vectoriel !… Et pourtant c’est quelque chose qu’on peut lire : « prenez un cercle ! », eh bien, justement, cette histoire de cercle arrive à propos, parce qu’en mathématique ça n’existe pas… les objets dont parlent les mathématiciens n’existent pas, ce qui fait qu’ils ne sont pas susceptibles de se tromper. Ceux qui sont les plus attachés à l’existence sont ceux dont les mathématiciens disent qu’ils sont des « objets-limites ». Et, par exemple, une droite est dite sans épaisseur, de sorte qu’on imagine alors quelque chose qui, petit à petit, deviendrait moins épais jusqu’à la limite où il ne le serait plus, ce qui constitue une grande erreur parce que ce n’est même pas ça. On peut parler d’une droite, on peut travailler dessus, à condition de penser qu’une droite ça n’existe pas, sans quoi l’on est foutu. On a donc toute cette dimension, et l’on passe notre temps à faire ça.

    Observez n’importe quel moment dans votre vie, et vous verrez que vous êtes en train d’entifier ou d’hypostasier — entifier, ça vient de ens qui signifie étant — ou d’étantiser les concepts. Nous passons notre temps à tendre à l’entification ou à l’hypostase, donc on peut dire que c’est là tout un ensemble, une donnée de la pensée. Si nous ne pouvons pas nous guérir de cette orientation, par contre nous pouvons nous soigner, alors nous devons constamment penser que nous avons hypostasié : ce que nous venons de traiter comme une chose n’est pas une chose. C’est très important ça, et c’est une gymnastique mentale qui est absolument indispensable, parce que c’est grâce à cette gymnastique que vous pourrez accéder à cette idée que le signe crée le monde.

    (…)

  • De l’accueil à la fonction d’accueil, de la peinture à la clio

    De l’accueil à la fonction d’accueil, de la peinture à la clio

    Frédéric Ripouteau

    De l’accueil à la fonction d’accueil, de la peinture à la clio.

    1. L’inscription du comité d’accueil à Bellengreville.

    Le comité d’accueil s’inscrit tout d’abord psychiquement dans les esprits à Bellengreville, les pensionnaires inscrits dans le comité sont responsables des accueils en fonction de leur présence dans la maison. Ils sont également responsables de leur participation (avec l’aide des éducateurs) au comité d’accueil qui se tient à la Plateforme une foi par mois. De par les accueils qu’ils effectuent à Bellengreville ils sont à même d’expliquer le soin, de prendre du recul sur leur présence, de faire visiter les locaux de Bellengreville, de présenter les personnes qui y sont (pensionnaires, femme de ménage, homme d’entretien) et les relations qui existent entre les différents acteurs du lieu de soins. Les pensionnaires du comité d’accueil vont également accompagner la personne en visite aux activités d’expression s’il y a lieu (prendre les « bus verts » et les bus de ville ou le tram).

    Les pensionnaires doivent donc être à même d’accueillir l’autre tel qu’il est avec ses difficultés, ses questionnements, ses souffrances …. Etc., ce qui n’est pas forcément une mince affaire. Pascal et Alain vous en ont parlé auparavant, l’accueil ça fait travailler plus de chose que l’on ne pense, ce n’est pas seulement un tour operator du foyer Léone Richet, c’est la rencontre de l’autre, alors on y met une majuscule ou pas, c’est selon qu’on est plus psy ou éduc, beurre ou crème, l’important c’est le plaisir à manger le plat.

    Le comité d’accueil s’inscrit également physiquement à Bellengreville par l’affichage par un pensionnaire du comité, des feuilles d’accueil dans le hall d’entrée. Ces feuilles (une par visite, futur pensionnaire, futur salarié, équipe de soins ou travailleurs sociaux, visiteurs étrangers, ….) résument l’accueil dans son déroulement et les personnes responsables de celui-ci. Les noms des personnes responsables de l’accueil sont donc inscrits sur les murs, en place publique… .

    (…)

  • Faire l’accueil, c’est moite moite

    Faire l’accueil, c’est moite moite

    Alain Galienne

    « Faire l’accueil, c’est moite moite »

    « J’accueille mais je ne suis pas curé, je ne leur demande pas de se confesser ; alors pour les mettre dans le bain, je leur raconte un peu ma vie et on boit un coup. » ainsi s’exprime Jean-Benoît, après 29 années d’accompagnement thérapeutique par l’équipe du FLR, fringuant jeune homme de 54 ans, souffrant de schizophrénie. Son propos me renvoie à la définition de l’accueil dans le dictionnaire de l’académie française de 1932, comme la réception que l’on fait à quelqu’un qui arrive ou par qui l’on est abordé. Et dans le domaine de la réception Jean-Benoît est un as, lui l’ancien facteur. Car ce qui caractérise une séquence d’accueil c’est bien une manière intentionnée de recevoir favorablement, de se comporter avec une personne quand elle arrive mais c’est aussi la manière dont celle ci accepte une posture particulière d’accueillant tout comme une idée, une œuvre ou une situation synonyme de visite d’admission par exemple. Au FLR, la fonction d’accueil relève essentiellement :
     du dispositif comité d’accueil
     et de l’ambiance institutionnelle, du fait de la circulation des pensionnaires d’un lieu à l’autre, d’une activité à l’autre. Cette fonction se décline et se joue tout au long de la journée de manière permanente et « spontanée » par tous les acteurs.

    Aujourd’hui cette fonction d’accueil est repérée par l’équipe pluridisciplinaire du Foyer comme un outil de soin psychothérapeutique et à ce titre volontairement travaillée. Nous sommes loin des temps empiriques où le sentiment de ne pas être accueilli dans ce Foyer était dominant. Accueillir la psychose et signifier la réalité aux

    personnes en situation de handicap psychique est notre vocation thérapeutique et l’un de nos fondements éthiques. Le Foyer est un espace de vie, une aire de jeu institutionnelle dans une articulation constante du singulier et du collectif où la présence de tous les acteurs (salariés et pensionnaires) est régie par la forme contractuelle soit le contrat de travail pour les uns et pour les autres la libre adhésion relayée et formalisée par les prérogatives de la loi de rénovation sociale 2002-2 avec par exemple « la nécessaire présence » du livret d’accueil et de la charte des droits et libertés de la personne accueillie.

    L’institution, FLR, se définit à la fois comme un lieu de vie et comme un espace thérapeutique. Notre démarche s’exprime par une approche holistique de la personne accueillie, sujet et actrice de son devenir. Le projet d’établissement nous éclaire ainsi : « l’individu ne peut se résumer à sa problématique …la part pathologique n’est pas à considérer en elle-même, au risque de réduire la personne à ses troubles, mais elle doit être prise en compte dans la globalité de cette personne ».

    FLR : Foyer Léone Richet

    (…)

  • Quelle place pour l’accueil sous mesure judiciaire de la protection de l’enfance ?

    Quelle place pour l’accueil sous mesure judiciaire de la protection de l’enfance ?

    Maryline Gouju

    Quelle place pour l’accueil sous mesure judiciaire de la protection de l’enfance ?

    Quand il nous a été proposé de travailler sur l’accueil, j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de partager avec vous l’expérience que je peux en avoir à la maison d’enfants dans laquelle je travaille en tant que psychologue.

    Je décrirai rapidement les lieux et mon travail un peu plus loin. Là, je vais tenter de vous faire partager comment depuis plusieurs années j’essaie de porter une attention spécifique à l’accueil d’enfants séparés du quotidien de leur famille, ordonnée par le juge des enfants, le plus souvent en lien avec des carences importantes ou des maltraitances.

    Dans les institutions sociales, appelées le plus souvent foyer, il est toujours complexe et tortueux de parler, de « penser » l’accueil. La manière d’accueillir est le plus souvent « racontée » comme se faisant de façon instinctive…toute démarche d’élaboration et le temps qu’implique cette élaboration sont souvent attaqués, mis à mal. Le temps, la pression des autres professionnels, le danger sont mis en avant.

    Si ces raisons ne sont pas à minimiser, il me semble que des mouvements contre-transférentiels n’y sont pas absents. Mot banni et parfois « atténué » par contre- attitude.

    Je vais commencer par citer une définition du mot accueil :

    Il y a deux sortes d’accueil : celui que l’on fait, et celui que l’on reçoit. Cette distinction correspondant à celle de l’emploi actif et l’emploi passif du verbe accueillir.

    L’accueil que l’on fait témoigne des dispositions, d’une attitude de l’ « accueillant » pour celui qui est accueilli. Parfois il révèle un aspect psychologique de la personnalité qui accueille. L’accueil dans ce cas entre dans le champ paradigmatique de l’ouverture qui peut être négative ou positive, favorable ou défavorable selon qu’un sentiment de sympathie ou d’antipathie préside à l’accueil.

    En ce qui concerne l’accueil que l’on reçoit, ce n’est plus alors la notion d’ouverture qui prévaut mais celle de réceptacle, de contenant. Il s’agit de laisser entrer l’accueilli dans l’intimité physique, intellectuelle, morale de celui qui accueille. Une valeur sociale s’attache à cet accueil comme le montrent les syntagmes : maison d’accueil, centre d’accueil. « Accueillir » signifie alors « entrer dans l’enclos de leurs limites, se mouler dans leurs formes, se conformer à leurs mesures ».

    Il me semble que c’est la forme active, qui est le plus souvent oubliée ou « évitée » dans les institutions. C’est-à-dire la dimension émotionnelle de celui qui accueille, et ce que cela implique dans l’accueil et qui permettra ou pas une rencontre possible, ou non.

    Le collectif est important et contenant…pour vivre, élaborer les émotions que suscite ce travail.

    (…)

  • Des vertus de l’air à la campagne…

    Des vertus de l’air à la campagne…

    Jean-François Verda

    DES VERTUS DE L’AIR DE LA CAMPAGNE…

    La Ferme Thérapeutique a ouvert ses portes en 1988, à partir d’un projet élaboré par une partie de l’équipe d’un service de patients dits « chroniques » (i.e. atteints par une pathologie psychiatrique chronique, mais surtout chronicisés à l’hôpital, avec peu voire aucune perspective de sortie…), avec pour objectifs la déchronicisation, l’évaluation et la mise en place de projets de soins… tournés vers l’extérieur…

    Concrètement, certains soignants se sont engagés, autour d’un groupe de patients, à assurer les soins « traditionnels de nursing » matin et soir et à les accompagner quotidiennement, sur la journée, à la Ferme ; ils travaillaient ainsi en alternance entre l’intra- et l’extra-hospitalier. Ce pendant trois ans ; l’ouverture de l’Hôpital de jour en tant que tel a été effective à partir de 1991, avec son équipe propre.

    Au fil des années et de l’aboutissement des projets de soin des patients initialement accueillis, la structure s’est ouverte sur d’autres secteurs, accueillant des patients de profil et de parcours différents.

    La Ferme Thérapeutique accueille deux groupes de dix patients, encadrés au quotidien par cinq infirmiers et deux aides-soignants. Interviennent également régulièrement un cadre de santé, d’une assistante sociale et d’un psychiatre.

    Pour illustrer la notion d’accueil, le plus simple me semble de vous présenter le fonctionnement de la structure par le biais du parcours d’un usager.

    L’admission :

    Tout d’abord, l’admission passe par l’accueil d’une équipe soignante qui vient « présenter » un patient à l’équipe de la Ferme (le patient n’est pas présent) ; les présentations ont toujours lieu le lundi, jour réservé à différents temps de réunion systématiques et hebdomadaires. Au terme de cette présentation, qui retrace le parcours, les difficultés et les projets, présents ou passés du patient, nous proposons une journée d’essai où le patient va pouvoir découvrir la structure et son fonctionnement. Pour ce faire, nous lui envoyons un courrier l’invitant à nous appeler et convenir d’une date… le premier contact avec la Ferme est donc téléphonique…

    Pour la journée d’essai, le patient vient avec un membre de son équipe référente, et bénéficie d’un premier entretien triangulé entre les deux équipes. Il est accompagné toute la journée par le même soignant de la Ferme, et bénéficie d’une prise en charge individuelle, aux animaux (les lapins en général). Il sera progressivement intégré dans un groupe au cours de la journée (avec la présence du soignant à proximité). Le soir, l’équipe référente vient le rechercher, et participe à nouveau à un entretien au cours duquel le patient est invité à faire le bilan de sa journée. Il n’est pas décidé à ce moment d’une prise en charge définitive ; un temps de réflexion est donné et le patient doit rappeler la Ferme pour confirmer la demande de prise en charge, et convenir d’une journée d’admission.

    (…)

  • Intervention du CRIC

    Intervention du CRIC

    Françoise Villeneuve

    Intervention du CRIC

    En écho à ce dont vient de nous parler Marie-France et pour continuer mon propos de ce matin où je situais « Camille BLAISOT » dans une sorte de roman familial du CRIC, je voudrais vous dire quelques mots à propos de l’accueil de la fin des choses, voire de l’accueil du deuil à faire.

    Pascal vient de me donner la parole en disant : la fin des choses n’est pas la fin du monde… Pour ce qui me concerne actuellement, c’est dans deux semaines mon départ à la retraite : le début donc d’un autre moment de la vie, çà, c’est plutôt heureux. Ça se fait en un temps où l’Institut Camille BLAISOT est dans un certain état. Le témoignage de Marie-France est peut-être comme une préfiguration de ce qui s’annonce.

    Sans entrer dans trop de détails, voici comme un état des lieux succinct, une photographie : depuis le départ à la retraite de Georges SEGUIN, c’est-à-dire en moins de 10 ans, 4 directeurs se sont succédés, dont 2 sur nomination par la Direction Générale sans le souhaiter personnellement.

    Un des 2 postes de psychiatre a été vacant pendant plus de 2 ans. Il va l’être de nouveau en juin suite à une démission.

    La structure (géographique, administrative, fonctionnelle) de l’Institution a été modifiée.

    Le « turn-over » dans certaines équipes « hors site » atteint des records ; les arrêts-maladie aussi. Dans le service où je travaillais, en février 6 éducateurs sur 8 étaient en arrêt une semaine sur suggestion du Médecin du Travail, seule façon qu’ils avaient alors trouvée d’interpeller la Direction sur la maltraitance que leur fait vivre la nouvelle Chef de Service.

    Ce service est en cours de restructuration par décision de la Direction Générale qui nous a retiré une partie du travail (suivi à domicile de jeunes enfants) développé à la demande des Magistrats et pour lequel nous étions reconnus… sauf par nos nouveaux dirigeants.

    Les collègues craignent que mon poste ne soit pas reconduit en volume horaire (un demi-poste éducatif est déjà gelé) et que le choix se porte sur un psychologue n’ayant pas la même formation. Le médecin psychiatre a été averti qu’il ne serait pas sollicité pour le choix des candidatures.

    (…)

  • « Construction et déconstruction de l’accueil,

    « Construction et déconstruction de l’accueil,

    Marie-France Martel

    « Construction et déconstruction de l’accueil, de l’ouverture à la fermeture »

    Je vais vous parler de l’accueil tel qu’il se pratiquait au foyer psychothérapeutique Roger Emelien, l’imparfait car ce foyer a fermé ses portes le 31 mars 2006.

    C’est une petite structure dans le mouvement de la thérapie institutionnelle, qui est passée du médico-social à un agrément dans le sanitaire en 1996. Elle est dépendante d’une grande association.

    C’est un lieu de soins où sont accueillis une vingtaine de jeunes adultes et adolescents entre 16 et 25 ans, souffrant de dysharmonies psychotiques, de psychoses de type schizophrénique débutant à l’adolescence ou de pathologie narcissique dont les traits les plus caractéristiques associent :

    • Des retards du développement affectif, les tendances régressives, les conduites de dépendances ;

    • Une souffrance dépressive avec incapacité à recevoir une aide, l’avidité sans possibilité de comblement ;

    • Des angoisses de séparation, de perte, d’abandon, parfois des attaques de panique ;

    • Des sentiments de moindre valeur, les défauts dans la régulation de l’estime de soi ;

    Cette souffrance psychologique avec ou sans comportement socialement inadapté, est la raison de leur orientation vers le foyer.

    Ces symptômes les rendent momentanément incapable d’assumer leur situation et les responsabilités qui y sont habituellement liées et de s’insérer socialement de façon satisfaisante.

    Il est nécessaire qu’ils aient des possibilités intellectuelles telles qu’on puisse présumer qu’ils aient la capacité à intégrer et comprendre ce qui leur est arrivé, à évoluer et vivre avec leurs difficultés.

    Cet accueil repose sur une hypothèse de travail partagée dont une des formulations pourrait être : « ni toi, accueilli, ni nous, accueillants, ne comprenons actuellement pourquoi tu as besoin d’avoir un tel comportement, mais nous te proposons de chercher ensemble à comprendre … » et de restituer ainsi à l’accueilli son intégrité mentale, sa responsabilité quant à ce qui lui arrive, son statut de sujet.

    Les problématiques des jeunes peuvent se situer sur un axe qui va de : ruptures fréquentes, répétées de telle façon que l’on peut avoir l’impression que « rien ne tient » dans l’histoire du sujet, à des problématiques où les jeunes vivent les séparations nécessaires pour accéder à la vie adulte, non comme des ruptures mais comme des « passages » d’une situation à une autre, tels que tout humain en rencontre d ans sa vie. Ces « passages » peuvent être douloureux, conflictuels mais sont constructifs. C’est un cheminement plus ou moins harmonieux de l’histoire des relations du sujet avec son contexte familial, social et institutionnel.

    Le foyer intervient à un moment charnière de la vie du jeune en difficulté : l’adolescence. Sa vocation est d’être principalement un lieu d’accueil où la parole du jeune peut prendre tout son volume, toute son importance.

    L’orientation psychothérapeutique du foyer est bien là, qui accepte totalement l’idée que chaque être a en lui sa vérité, sa parole, mais que les voies pour y accéder lui sont essentiellement propres.

    Le foyer, situé à F…, une petite ville de l’Orne, se compose de 2 structures :

    • Un petit internat dit « le groupe » domicilié dans une grande maison bourgeoise du centre ville avec un jardin arboré, accueillant une dizaine de jeunes et nécessitant une présence importante et continue d’éducateurs ; c’est un lieu de vie communautaire, rythmé par les actes de la vie quotidienne.

    • Une dizaine d’appartements associatifs, des studios disséminés dans la ville, rendus accueillants par la maîtresse de maison mais sans les personnaliser pour qu’il puisse y avoir un investissement ; d’ailleurs la présentation n’est pas évidente « un lieu mis à la disposition », ce n’est pas chez toi mais investis-le quand même, c’est aussi un lieu de travail donc il y a des règles … mais c’est surtout un lieu d’accueil comme nous allons le voir …

    Un des appartements est réservé à l’équipe éducative, avec un bureau où sont tous les renseignements utiles pour chaque jeune, une petite cuisine, salle de bain, chambre de veille et une petite salle avec des fauteuils et une petite table, où nous accueillons les jeunes ou autre visiteurs.

    Il y a bien sûr un pôle administratif avec les bureaux de la direction, de la secrétaire, de la psychologue, de l’éducatrice scolaire, du psychothérapeute …

    (…)

  • Sur la fonction d’accueil

    Sur la fonction d’accueil

    Pascal Crète

    « Sur la fonction d’accueil »

    Je voudrais tout d’abord remercier Pierre DELION de nous avoir conviés à cette journée mais surtout d’avoir réussi à franchir le pas en introduisant les questions de la psychothérapie institutionnelle à l’université. S’il est vrai que « la psychothérapie institutionnelle en soi cela n’existe pas », qu’on ne peut la situer du côté d’une science, qu’il n’y a pas une méthodologie appliquée, il n’empêche que ce mouvement, cette manière d’être et de se positionner dans le travail qui est le notre a, depuis quelques décennies, montré la pertinence de son intérêt, notamment dans le champ de la clinique des psychoses. Faire se rencontrer la psychothérapie institutionnelle et l’université est un étonnant mélange, peut-être explosif, pour le moins paradoxal puisque dans un lieu où la question de la science et du savoir semblent établis, nous allons parler de questions qui ne peuvent être vraiment saisies, qui nous échappent sans cesse, qui nous amènent à formuler des hypothèses, notamment celle essentielle du désir inconscient, rien que des hypothèses que le travail quotidien viendra valider ou non dans l’après-coup. Cette rencontre est bien celle du savoir de la science et de celui de l’inconscient.

    [Note : Si je me réfère à la typologie des quatre discours proposés par LACAN, l’agent du discours de l’analyste est bien l’objet a, c’est-à-dire le désir inconscient, et ce qui est produit par cette matrice est du S1, c’est-à-dire du signifiant maître et donc possiblement de la structure ; alors que l’agent du discours universitaire est S2, c’est-à-dire le savoir, et ce qui résulte de l’opération, c’est du $, sujet barré de l’inconscient. Cette typologie est une boite à outils pour définir différents types d’ambiance, de semblants et il est manifeste que l’ambiance produite pas le discours analytique et celle produite pas le discours universitaire n’est pas du même ordre.]

    Mais comme Pierre DELION est une personne extrêmement intelligente et futée, il n’a pas proposé un enseignement classique sur la psychothérapie institutionnelle, pas de DSM de PI devant vous ; il a ouvert ce lieu aux associations culturelles en santé mentale et à des personnes de terrain qui peuvent témoigner de leur praxis. Témoigner de ce que l’on fait est un exercice difficile mais indispensable pour repérer ce qui, dans notre pratique quotidienne est efficace, ce qui soigne, ce qui soulage de la souffrance. J’espère que nous saurons tout au long de cette journée vous faire partager nos expériences, aussi nos questions et qu’ensemble nous allons construire un dispositif collectif d’élaboration sur l’accueil.

    Le paradoxe de ce Diplôme Universitaire est d’autant plus fort que la psychiatrie va mal, je ne vous apprends rien en énonçant cela. Que ce soit dans le secteur sanitaire comme dans le secteur médicosocial, ce qui est de l’ordre du tissu institutionnel semble se déconstruire, voire se décomposer, alors que ce qui relève de la logique de l’établissement se rigidifie. Pourtant ce DU existe et dès la première année, vous êtes nombreux à y venir certainement dans cet esprit qui nous anime de résister et de continuer de construire, malgré tout, des outils pour soigner, éduquer, enseigner.

    Le mois dernier, au séminaire d’OURY à Ste-Anne l’amphi était comble, des gens jeunes étaient assis dans les allées centrales, cela donnait l’impression d’une AG ou d’une conférence de LACAN. A Caen, l’association culturelle le CRIC accueille plus de vingt établissements et services différents chaque mois ; même si le contexte général est catastrophique, que l’on revient à des pratiques du début du siècle, que la misère et la folie cheminent à nouveau l’une à côté de l’autre, malgré tout cela, un mouvement est en train de prendre forme et je pense sincèrement que les années à venir seront certes difficiles mais aussi riches car nous allons devoir nous réunir pour nous défendre. Mais pour se réunir, il faut des rassembleurs, des gens qui tiennent bon contre « vents et marées ». Nous savons que Pierre DELION est de ces gens, comme Jean OURY, François TOSQUELLES, Horace TORRUBIA, Hélène CHAIGNEAU et les autres.

    (…)

  • Un restaurant d’insertion pour patients psychotiques : Pourquoi ?

    Un restaurant d’insertion pour patients psychotiques : Pourquoi ?

    Charles Dissez

    Diplôme Universitaire Psychothérapies Institutionnelles
    Lille. Année 2006.

    Un restaurant d’insertion pour patients psychotiques :

    pourquoi ?

    Ce projet est né d’un constat ancien d’insatisfaction dans ma pratique de psychiatre de secteur. En effet, l’expérience prouve que dans la majorité des cas des malades souffrant de psychose arrivent avec le temps à trouver un équilibre relatif dans et avec leur fonctionnement psychotique et apparemment cet équilibre semble relativement économique quant à leur souffrance psychique. Certains n’envisagent pas d’autres solutions que cet état d’équilibre qui donne cependant une impression de stagnation surtout au bout de plusieurs années, d’autres au contraire aimeraient trouver ou retrouver une insertion professionnelle que la décompensation a fait voler en éclat et que l’état du marché du travail ne facilite pas.
    On sait que la psychose et en particulier la schizophrénie introduit dans la vie d’un sujet une rupture qui en même temps ouvre une possibilité de renaissance par où on peut devenir autre sans cesser d’être soi-même.
    À ce niveau l’enjeu est de ne pas abandonner l’évolution d’un patient à la tendance spontanée de la psychose vers la stagnation et l’entropie maximum.

    D’où l’idée d’un chantier d’une entreprise d’insertion ouvrant la possibilité d’un emploi à mi-temps en partie financé par l’État pendant un temps déterminé( un à deux ans) et destiné à des patients ayant un statut de travailleurs en insertion avant un possible retour vers le monde du travail ordinaire.

    Cette entreprise est un salon de thé -restaurant situé dans un complexe cinématographique d’art et d’essai de la ville de Tours lui-même géré par une association très vivante ( 20000 adhérents, 300000 entrées par an.)
    Cette idée remonte à plusieurs années et s’appuie sur plusieurs constats :

    Premier constat dans les années 70 avant que le chômage n’aie permis de faire pression sur les salaires et les conditions de travail, les patients psychotiques qui quittaient l’hôpital trouvaient pour une part importante à s’employer ;

    Deuxième constat il me semble que depuis cette époque on a avancé dans le soin de la psychose et que d’autre part existent des psychotropes ayant moins d’effets secondaires et se montrant moins invalidants.

    Troisième constat malgré cela, les malades qui au bout d’un certain cheminement trouvent cet équilibre dans leur maladie dont je parlais, dans la grande majorité des cas ne trouvent plus leur place dans le monde du travail, il est vrai qu’ils sont en butte aux problèmes d’une double aliénation, l’aliénation psychopathologique et l’aliénation sociale, ils se retrouvent en effet dans la même situation que les chômeurs de longue durée.

    Quatrième constat, le handicap du à la décompensation psychotique contrairement à d’autres formes de handicap n’est jamais définitivement fixé et un facteur prévalent dans son évolution tient au contexte dans lequel vivent et se soignent ces patients. Oury, a particulièrement travaillé ce problème autour de la notion de pathoplastie.
    Le concept de transpassibilité que développe Maldiney permet aussi d’approcher ces questions. Le transpassible pour Maldiney c’est la capacité pour un sujet d’accueillir l’imprévu et de négocier avec lui. Cette capacité est entamée dans la schizophrénie. Il y a là une explication à l’évolution cicatricielle de certaines psychoses sous la forme d ’une existence ritualisée où tout se reproduit à l’identique d’un jour sur l’autre dans le « hors temps ».

    Dernier constat on assiste au fil des années à une diminution importante de la durée des hospitalisations. Il n’est pas question de nier l’intérêt de cette évolution. C’est vrai qu’actuellement on n’oublie moins certains patients qui au bout de quelques mois se fondaient tellement avec les murs qu’il n’en était plus question et qu’il fallait souvent un incident pour qu’on les redécouvre. Mais en même temps il ne faut pas se cacher que ces mêmes patients peuvent aussi bien disparaître dans leur appartement fut-il thérapeutique, que les prises en charge « light » ne leur suffisent pas et on sent toujours autant la pente naturelle de la psychose qui pousse dans ces conditions vers la stagnation, l’inertie, l’entropie maximum. D’où la nécessité d’inventer de nouvelles formes d’accompagnement au long cours qui ne nie pas la dimension chronique de la psychose.

    Je reviens à cette idée d’entreprise d’insertion : il n’est pas dans mon propos d’idéaliser le travail mais en même temps il permet à chacun d’entre nous de faire des rencontres de partager des intérêts de tisser des relations et parfois même d’y trouver un épanouissement.

    D’autre part le travail est un des supports possibles de notre identité, C.Dejours parle bien de cette question dans sa recherche sur la psychopathologie du travail.
    Il définit en effet l’identité et la situe vis à vis de la personnalité. On peut avec toutes les précautions d’usage dire que la personnalité se caractérise par sa relative stabilité, son invariance alors que l’identité est cette partie de nous qui n’est jamais fixée, qui dépend du regard de l’autre, de sa reconnaissance chaque jour renouvelée, on est dans l’intersubjectif : quelle image l’autre me renvoie de moi-même ? .
    Dans le champ social cette reconnaissance s’appuie entre autre sur la reconnaissance du faire.

    En d’autre terme mon identité se conforte chaque jour par la reconnaissance du regard que l’autre porte sur ce que je suis capable de faire. Dans un contexte où la valeur travail signifie encore quelque chose, la façon dont je vis mon identité n’est pas la même si je travaille ou si je perçois une allocation.
    La difficulté qu’éprouvent les chômeurs à s’organiser collectivement montre bien à quel point cette question est prégnante.

    Travailler constitue donc une éventualité possible pour faire mais aussi pour se faire sous le regard de l’autre. C’est aussi je ne l’oublie pas, un risque de se défaire dans certaines situations de travail qui deviennent alors un obstacle à l’épanouissement.

    Remarque incidente et plus personnelle quant à ce qui sous-tend aussi ce projet et qui est très pris dans ce que je vous raconte sur l’identité. Ma retraite récente d’un travail où j’ai négocié avec la fatigue, l’angoisse mais où je ne me suis jamais ennuyé et donc le besoin de ne pas me mettre complètement en retrait. Ce besoin doit être plus répandu que je ne l’imaginais puisqu’il a croisé un désir identique chez un certain nombre d’infirmiers dans la même situation. Il est vrai que le milieu associatif est peut-être un lieu où il y a encore une possibilité d’initiative et de créativité.

    Donc un chantier d’insertion dans un cinéma et un cinéma d’art et d’essai.
    Ce choix n’est pas neutre l’exclusion culturelle participant à l’exclusion en général.
    Et un restaurant comme support comme médiation. En effet, une des choses qui m’effrayait dans mon travail de psychiatre de secteur est la difficulté que certains malades ont à habiter réellement le lieu dans lequel ils vivent, à en prendre possession, cette difficulté s’exprimant de plusieurs façons mais entre autre par la façon stéréotypée de se nourrir ou ne pas se nourrir ; et parallèlement à ce constat le caractère vivant des groupes thérapeutiques qui à l’hôpital fonctionnent autour de la nourriture.
    Ce qui me permet de rappeler une des grandes avancées de la psychothérapie institutionnelle : l’utilisation des gestes de la vie quotidienne comme support d’échanges ce que Hochman appelle la « réalité partagée » qui permet d’éviter la confrontation, le face à face avec la psychose qui bascule si facilement dans la dimension imaginaire, la rivalité, la fascination érotique mais aussi la tension agressive.

    Interposer un « faire avec » permet d’échapper à cette relation fascinatoire et permet de pouvoir incarner ce que Racamier appelle « l’ambassadeur de la réalité ».
    Je m’aperçois que j’insiste sur des choses bien connues mais qu’on a peut-être tendance à négliger dans l’ambiance néo stakhanoviste des hôpitaux actuellement. Donc je reviens sur ce « faire avec » qui se fabrique en commun et qui a une fonction d’interposition de pare excitation dont ont sait qu’il est défaillant dans la psychose.
    On sait aussi combien ce « faire avec » a à voir avec l’espace transitionnel, cet espace non-moi, non-autre, espace de créativité qui par son utilisation, par le jeu qu’il permet va accompagner la prise de conscience des limites de soi et on sait combien l’envahissement hallucinatoire signe la perte du sens des limites de soi.

    Tout ce travail autour du « faire avec » on a de moins en moins le temps de s’y impliquer dans l’organisation actuelle des soins. Sans doute ce projet en garde la nostalgie et tente d’en préserver quelque chose.

    Je ne voudrais cependant pas ignorer les risques d’une telle entreprise et les problèmes qu’elle pose :

     le risque de l’associatif et sa précarité dans le contexte actuel.

     il y a quelque chose de névrotique à vouloir à tout prix être occupé chez certains d’entre nous, je me sens un peu de ce bord, besoin qui exprime sûrement une relative incapacité à se laisser aller à la rêverie et à la contemplation. De ce côté je me sens assez handicapé face à certains schizophrènes. Il faut relire à ce propos le petit texte de Lafargue le gendre de Marx sur « Le droit à la paresse ».

     Enfin, il ne faudrait pas négliger non plus l’évolution du monde du travail depuis quelques années avec l’ambiance d’urgence pour l’urgence qui ne sert à rien sinon à empêcher de penser, avec la hiérarchisation accrue dans les relations de travail, avec le fossé qui se creuse entre le travail réel et le travail prescrit par les experts et les protocoles qui force chacun d’entre nous et de plus en plus à bidouiller, à bricoler, le travail tel qu’il est prescrit pour pouvoir le réaliser. On est là dans un compromis incessant et on sait bien que la psychose ne navigue pas bien dans l’aire du compromis et qu’au contraire un schizophrène risque de pointer toutes les contradictions de l’organisation du travail et par là de se mettre en situation difficile.

    Charles Dissez
    Psychiatre, Tours

  • Patrick Soladie

    Patrick Soladie

    Allez voir, sur le site de mon vieux pote patrick, une de ses expositions.

  • Journée avec… Marie-Françoise Le Roux et l’équipe de Landerneau

    Journée avec… Marie-Françoise Le Roux et l’équipe de Landerneau

    Le 27 mai 2006 : Journée avec Marie-Françoise Le Roux

    Les 4èmes ’Journées avec’ auront lieu à Canet-en-Roussillon, à l’Écoute du port, le samedi 27 mai 2006. C’est, après Pierre Delion, Danielle Roulot, et Jean Oury, Marie-Françoise Le Roux, psychiatre à Landerneau, qui viendra, avec une partie de l’équipe qu’elle anime, nous parler de la vie quotidienne et des institutions mises en place à l’hôpital.

  • Canet, le 3 avril 2006 Rapprochement entre le travail des équipes et le travail du plasticien autour de la forge des icônes

    Canet, le 3 avril 2006 Rapprochement entre le travail des équipes et le travail du plasticien autour de la forge des icônes

    Canet, le 3 avril 2006

    Rapprochement entre le travail des équipes et le travail du plasticien autour de la forge des icônes

    M. B. : Bon… on en était resté où la dernière fois ?… Le point sensible dans l’histoire c’était la question de l’icône comme organisateur du clivage, et il me semble que c’est une idée qui pourrait être intéressante : le clivage pouvant être considéré, au fond, comme un certain rapport du signe et de l’objet. Alors, justement, c’est ce sujet que je voudrais aujourd’hui développer un petit peu plus : déterminer la nature de l’objet qui est en question là-dedans, faire en sorte que la question du clivage soit solidaire de la question de l’objet, dire à quel point c’est ça qui est en question. Ce sont des choses que nous avons déjà abordées de différentes façons, mais ce serait intéressant de l’aborder sous l’angle…

    Au sein d’une équipe qui travaille avec des enfants relativement mal fichus, une éducatrice assez inventive avait envie de rassembler les enfants autour de quelque chose de ludique ; et, avant de savoir ce qu’elle allait exactement en faire, elle avait baptisé ce lieu « le quart d’heure des bêtises ».

    Définir un moment où les enfants peuvent faire des bêtises, je trouve l’idée intéressante.

    Public : …

    M. B. : Non, mais, justement, c’est à propos de la nature des bêtises. Sur ce point particulier, comme elle s’était rendu compte que les principales bêtises étaient liées au fait que, quel que soit leur état psychique, mental ou cérébral, tous les enfants aiment bien pipi-caca et lolo-boudin, elle s’est dit que ce moment pourrait être consacré justement à dire des bêtises. Et là, elle a eu une idée… comme ça !… des coups fabuleux !… l’idée d’un tuyau !… Elle dit : « J’ai eu cette idée de tuyau, dans la mesure où, dire des bêtises ou dire des gros mots directement est embêtant, puisque c’est globalement interdit ». Et je pense ici à une gamine qui a la grande spécialité des gros mots. Quand elle est arrivée pour la première fois dans la structure, c’est-à-dire il y a plusieurs années, elle avait un langage qu’on eût dit d’un charretier… elle jurait comme un charretier, c’était invraisemblable. Elle parlait très peu, mais elle ne disait que des saloperies, et elle ne pouvait parler qu’en jurant… « enculé !… », des trucs comme ça… fallait voir !… Et je crois que cette éducatrice a été inspirée par cette gamine ; et elle ajoutait : « Ne pas les dire directement, tout en les disant. » Et elle a inventé « le tuyau à dire des saloperies ». Vous comprenez que dire des saloperies directement est totalement différent de dire des saloperies dans un tuyau : les dire directement a pour conséquence d’en faire des signes ; tandis que les dire dans un tuyau a pour conséquence d’en faire des objets. Il s’agit de vous amener un peu sur ce terrain.

    Effectivement, là, c’est l’objet sonore « gros mot » qui est produit ; en plus de ça, un tuyau ressemble tout à fait à quelque chose d’intestinal, et, d’une certaine façon, c’est une manière de produire des objets, au sens vraiment le plus primaire de l’objet, c’est-à-dire un objet anal. Puisque, comme vous le savez, la mère attend quelque objet, à un moment donné, de son enfant ; c’est ce qu’on appelle à tort l’apprentissage de la propreté, parce qu’en fait, c’est la mère qui attend que l’enfant lui donne quelque chose. Lui, l’enfant, on pourrait dire qu’à un premier niveau, il se contente de faire caca, mais, il se rend compte qu’il produit quelque chose qui est objet d’investissement de la mère. Et la preuve en est que, au moment où il a fait son truc, la mère pousse des cris de joie : « ah, formidable !… ah, ton cadeau merveilleux !… », – d’où la problématique du cadeau par la suite, du cadeau qui montre ses traces, quoi !… Faites gaffe au cadeau !…- Et on peut dire que l’enfant, pour la première fois, comprend comment il peut séparer de son corps quelque chose comme un objet.

    Rappelez-vous la séparation précédente, si tant est que ça ait un sens, celle du sein, soit une séparation dont l’ambiguïté est totale puisque le sein, séparé de la bouche de l’enfant, était d’abord supposé être le sein appartenant à l’enfant. Donc dans un rapport corporel d’une certaine complexité, qui renvoie à ce que je racontais la dernière fois sur le mélange des corps…

    (…)

  • Texte de Brigitte

    Texte de Brigitte

    Histoire de John

    Je travaille depuis 10 ans en tant qu’infirmière dans l’unité d’admission du Dr CHEMLA à la clinique Henri Ey.

    Aujourd’hui je vous présente une réécriture d’un texte que j’avais préparé pour les

    4èmes rencontres de Corbeil l’année dernière.

    Je vais vous parler de la prise en charge d’un patient que je nommerais John, qui souffre de schizophrénie dysthymique et qui a été très formatrice pour moi.

    D’une part parce qu’elle se poursuit depuis 9 ans à sa demande et en fonction des aléas de sa vie ; d’autre part parce qu’elle m’a amenée à de multiples questionnements sur ma fonction de soignante aussi bien individuellement qu’au sein du collectif thérapeutique.

    En effet la prise en charge de ce jeune homme de 25 ans à l’époque m’a permis de mettre en perspective les principes fondamentaux enseignés lors de ma formation infirmière.

    Dans un premier temps je vais vous parler de la façon dont il m’a proclamée infirmière référente.

    Ensuite je vais vous exposer mon embarras face à la manière dont il s’adresse à moi comme à une thérapeute.

    Puis de mes interrogations au sujet de la question du cadre de la relation transférentielle dans l’institution.

    Pour en finir par son innovation dans la construction de ses soins : sa circulation sur notre secteur.

    Je suis fraîchement diplômée depuis à peine un an lorsque je rencontre John pour la première fois John. Il nous est adressé pour décompensation psychotique d’allure maniaque suite à la perte de son emploi.

    Il est en HDT fait par le père et nécessite l’isolement.

    (…)

  • Broyer du noir

    Broyer du noir

    par Marie-Odile Supligeau

    Broyer du noir

    Le transfert dans tous ses états

     « Vous n’avez qu’à dire que votre café est meilleur que le leur ! »

     « C’est faux ! Je provoque avec un minable pot de lyophilisé égaré sur ma table de travail.
    Pourtant, je ne cèderai pas : je ne cotiserai plus au café commun, dans ces conditions. Je boirai seule, ostensiblement, mon eau bouillante aromatisée de granulés bruns. »

    « Bruns ? ».

    Brun déporte mes pensées vers une collègue, éloignée de nous par la maladie, et qui, en des « moments agréables, où on laissait filer le temps en sirotant un café », nous lut « Matin brun »(1). Aventure édifiante de deux hommes ordinaires, « ni des héros ni des purs salauds », négociant leur tranquillité à coups de petits compromis de rien du tout, de lâchetés sans importance, de conformités animalières, au coeur d’une époque trouble où montait en puissance un régime extrême : « l’Etat brun « . Jusqu’un banal dimanche de bières et de belote, où le délit s’entendit « avant ». Avant l’énoncé qui désigne la transgression. Un dimanche où, sans crier gare, la milice arrêta d’innocents coupables, sanctionnant-là des actes décrétés interdits, dans l’après-coup de leur commission. Je n’eus de cesse, dès lors, d’offrir l’opuscule brun à mes amis, mes enfants et leurs copains, à mes vieux compagnons militants. Je le relis obsessionnellement comme on prie, comme on se drogue ou comme je réécoute les chants de la Commune, quand de mauvais affects m’envahissent.

    Pour éviter de broyer du noir.

     « Dites leur que votre café est meilleur ! prescrivait le Docteur de la Klinic. Et méfiez-vous : à force de dénoncer minutieusement des dysfonctionnements institutionnels, de vous rebiffer avec désinvolture, vous risquez de jouir hystériquement de vos plaintes. Même si vous avez raison ! » diagnostiquait et pronostiquait l’excellent clinicien, brisant le coutumier récit de mes lamentations.

    (…)

  • Intervention Olivier Delecaut

    Intervention Olivier Delecaut

    Notre intervention à la Mission Locale de Reims a débuté en 1993 à l’occasion d’une demande de groupe Balint adressée à Patrick Chemla. Ce groupe s’adressait au personnel de cette institution encadrant des jeunes de 16 à 25 ans désinsérés, hors parcours scolaire et pour la plupart en errance sociale.

    Ne voulant répondre directement à cette proposition visant, à la demande de la Mission Locale, à faire parler son personnel. Nous avons proposé des entretiens infirmiers et un temps de reprise clinique avec un médecin, en l’occurrence Patrick Chemla. Les entretiens étaient proposés aux jeunes aussi bien qu’aux professionnels de la mission locale.

    Lors de l’arrivée dans ce pôle de travail du centre Artaud il y a quelques années, d’un psychiatre, Yacine Amhis et d’une psychologue Véronique Jouvel, il nous est apparu intéressant et opportun de proposer une nouvelle possibilité d’accueil autre que l’entretien classique en face à face.

    Le psychiatre et la psychologue ont poursuivi les entretiens individuels. J’ai proposé de créer un accueil sous la forme d’un groupe et par le biais d’un média simple et convivial qu’est un petit déjeuner.

    Notre souci était de pouvoir permettre à des jeunes ayant des difficultés à se rencontrer, à être ensemble ; de tenter d’échanger, de partager voir de s’entre aider.

    Il apparaissait intéressant de constituer cet espace d’accueil au sein même de l’espace ouvert de la Mission Locale.

    Il ne fallait pas reléguer ce groupe dans une pièce à part, au fin fond d’un bureau, isolé dans un lieu satellitaire de la Mission Locale, à l’écart. Ce qui nous avait été proposé pour ne pas gêner le fonctionnement de cette institution.

    Cet endroit approprié est l’espace-santé de la Mission Locale tenu par une infirmière, un éducateur et une secrétaire.

    Ce petit déjeuner a accueilli en premier lieu des jeunes SDF.

    Un noyau s’est peu à peu agrandi de ces jeunes gens errants qui ne se côtoyaient pas habituellement.

    Quelques-uns ont d’ailleurs déménagé de leur squatt pour se rapprocher de la Mission Locale et ne pas être en retard à ce groupe.

    Un point d’ancrage s’est constitué pour eux.

    (…)

  • Patrick Chemla

    Patrick Chemla

    Médecin-chef du secteur 51G04 et psychanalyste

    INTERVENTION AU DU DE PSYCHOTHERAPIE INSTITUTIONNELLE DE LILLE

    Je voudrais pour commencer remercier Pierre Delion pour son invitation à intervenir et surtout pour cette initiative d’un DU de Psychothérapie Institutionnelle qui relève un défi de la plus haute importance : il est essentiel en effet que soient transmises les trouvailles , inventions cliniques et conceptualisations qui ont transformé le visage de la psychiatrie française depuis la deuxième guerre mondiale.

    Nous allons tenter une présentation à plusieurs voix à partir du travail de notre service rémois profondément engagé dans ce mouvement depuis les années 80 , pour vous donner un aperçu des questions qui se posent dès lors que l’on s’engage dans une pratique de l’institutionnel avec un abord psychothérapique des patients psychotiques .

    Avant de donner la parole aux autres personnes de l’équipe je vais essayer d’esquisser une présentation des fondations de notre dispositif de travail dans une perspective historique.

    Je ne reprendrai pas dans le cadre de cette journée l’histoire du creuset St Albanais parce que je pense qu’elle vous a déjà été enseignée mais je vais plutôt insister sur mon positionnement par rapport à cette histoire .

    Positionnement qui ne consisterait pas à idéaliser une époque glorieuse , un point de fondation mythique qui deviendrait vite une mystification , mais à produire un mouvement qui pour s’inscrire dans une tradition , la met nécessairement en crise . Transmettre la PI , de même que la psychanalyse , c’est nécessairement la réinventer, non pas ex nihilo , mais justement à partir d’une source créatrice vis-à-vis de laquelle il s’agit de produire un double mouvement pulsatile d’écart et de retrouvaille .

    (…)

  • Intervention Portelette

    Intervention Portelette

    LES ENFANTS DE LA NUIT

    « J’ai commencé ma vie comme je la finirai sans doute :

    au milieu des livres »

    J.P.SARTRE. Les mots

    Qu’est ce qui est thérapeutique ? J’avoue que je ne sais toujours pas, après 22 ans de pratique en psychiatrie. Je n’ai pas trouvé le truc. J’ai trouvé quelques artifices, certes, mais tout cela reste un mystère qui continue de motiver mon travail au quotidien. J’y mets mes envies, ma passion pour la littérature et les mots, mon amour du théâtre et je tente d’utiliser ces médias pour relancer mon désir et insuffler de la vie aux patients.

    Depuis très longtemps, au Centre Artaud, nous utilisons les médias des arts et de la littérature. Plusieurs ateliers de théâtre, un groupe de percussions africaines, quelques groupes de lecture en salle d’accueil et, depuis 2002, un atelier de lecture en ville ont servi de support à notre travail.

    C’est ce dernier qui fera l’objet de mon propos. Je tenterai d’en déployer la construction, la place de chacun, qu’il parle, qu’il lise ou qu’il écoute.

    L’histoire de Maria pourrait illustrer ce que l’un ou l’autre peut capter d’insaisissable et d’inattendu dans ces lectures, dans son écoute, dans son inconscient.

    (…)

  • Intervention Christelle

    Intervention Christelle

    Trois années dans ce service… Trois petites années me direz-vous. Mais voilà, je m’autorise aujourd’hui à venir partager ce que j’ai pu entrevoir de la PI, ce que je découvre chaque jour. Pour comprendre ce que je viens faire là, je ferai un bref rappel de mon parcours.

    J’obtiens mon diplôme d’état d’infirmière en 1998. Malgré un grand intérêt pour la psychiatrie pendant mes études, je fais le choix de travailler en chirurgie pendant 4 ans, pensant à tort qu’il était plus logique de débuter par là plutôt que par la psychiatrie. Je n’étais peut-être pas prête tout simplement.

    Deux personnes vont vite me rappeler que je n’ai pas choisi d’être infirmière pour faire des pansements et perfusion à longueur de journée.

    Les récits d’une amie travaillant dans le service de Patrick Chemla et la rencontre d’un patient en pleine bouffée délirante dans le service de chirurgie me rappelle à la psychiatrie.

    Je passe mes journées auprès de ce patient qui s’est tranché la gorge et poignardé le torse lors d’un premier épisode délirant. Je me sent enfin utile, je panse son corps certes mais j’y met des mots. Dès sa sortie, je me décide à partir également.

    En février 2003, j’intègre l’équipe intra hospitalière du secteur G04 et depuis mi-janvier je travaille dans le cmp cattp du même service.

    A mon arrivée à l’hôpital, je n’avais donc aucune notion sur la PI.

    J’ai par la suite, compris et choisi de travailler dans ce sens pour « profiter au maximum des structures existantes afin d’essayer d’exploiter tout ce qui peut servir à soigner les malades qui y vivent » Oury. Suivant ce principe, je me dois, avant toute chose, d’accueillir et prendre en considération le sujet humain et par-là même, favoriser une sorte de rendez-vous thérapeutique.

    Le cas de martine montrera à quel point l’organisation et l’aménagement de l’équipe soignante autour du patient sont nécessaires. Nous devons chaque jour, consentir et faire l’expérience de la modification des cadres et modalités de notre pratique et ce, en fonction de la personne en souffrance que nous rencontrons.

    (…)

  • Parcours

    Parcours

    Barbara Wallian

    PARCOURS

    Barbara Wallian

    Ce texte est dédié à la mémoire de Dany Rochereau.

    Ce texte s’est construit à partir d’une réflexion : comment faire part de l’actualité de la psychothérapie institutionnelle, notamment à des personnes qui découvrent le travail en psychiatrie.

    Par association, j’ai repensé à mon arrivée au Centre de jour Antonin Artaud à Reims et à ma propre découverte de la psychothérapie institutionnelle. C’est alors que s’est imposé à moi l’idée de reprendre « mon premier texte », comme pour retrouver un peu de fraîcheur et tenter de mesurer le chemin parcouru depuis. Traverser la nostalgie d’un instant premier jamais retrouvé afin de m’interroger sur la labilité du désir, sur mon parcours tant personnel que professionnel, sur l’expérience acquise par la vie mais aussi par ce que d’autres ont pu me transmettre.

    Je vais donc tenter ici de vous raconter une histoire, celle de Jean, la mienne ; deux trajets différents qui, à un moment, se rencontrent, et, à travers l’écriture, prendre un peu de temps pour voir le chemin emprunté.

    (…)

  • Récapitulatif du circuit des pulsions chez Szondi (Schotte)

    Récapitulatif du circuit des pulsions chez Szondi (Schotte)

  • Canet, le 6 mars 2006 Cheminement pas à pas dans les circuits szondiens et les connecteurs logiques

    Canet, le 6 mars 2006 Cheminement pas à pas dans les circuits szondiens et les connecteurs logiques

    Canet, le 6 mars 2006

    Cheminement pas à pas dans les circuits szondiens et les connecteurs logiques

    Ce week-end auront lieu les journées de Psychothérapie Institutionnelles à Landerneau. Ça promet d’être intéressant : Pierre Delion fera un blabla vendredi soir, et la question des clubs sera le thème d’une discussion samedi toute la journée… à mon retour je ne manquerai pas de vous raconter ce qui s’est dit d’intéressant à ce sujet ; d’autant que cette question des clubs va probablement figurer parmi les thèmes de la prochaine « journée avec ». Marie-Françoise Leroux sera présente puisque c’est elle qui organise les journées. À ce propos, j’ai relu, parmi les must, cette somme sur les clubs… je ne sais pas si vous avez lu ça… un grand article intitulé Les clubs thérapeutiques , qui est la retranscription d’une longue conférence d’Oury. Je vous le recommande.

    On peut penser parfois que les élaborations que nous faisons ici sont un peu en dehors des clous parce qu’on s’intéresse à des choses qui ne semblent pas avoir un rapport avec notre travail, sauf de manière un peu lointaine… enfin je ne sais pas, je dis ça à tout hasard… (rires) mais, il y a quelques années, j’ai écrit un article intitulé « Le sacré et la feuille d’assertion », figurez-vous… un article qui montre qu’on peut faire des interprétations intéressantes à partir de ces lents travaux de l’esprit. Je ne sais pas s’il y en a qui connaissent ce texte, un truc impossible !… ça fait partie de ces ouvrages exécutés à force de veilles et de travail… C’était une analyse de la question du sacré à partir de Benveniste… mon petit chéri… Je me trouve souvent en désaccord, et pour cela je l’aime beaucoup, c’est d’une finesse extraordinaire… c’est un érudit, il connaît tout, c’est effrayant ; mon petit jeu consistait à critiquer Benveniste, parce que c’est un dichotomiste forcené, comme Socrate, ce qui n’est pas vraiment déshonorant. Benveniste avait rédigé un texte sur le sacré et il y avait quelque chose d’étonnant : on peut lire ça dans le Vocabulaire des institutions indo-européennes , un grand livre. Bien que l’indo-européen ait été une création mythique, et qu’il n’y ait pas eu d’institutions indo-européennes et par conséquent de vocabulaire des institutions indo-européennes, ce livre, qui est en deux tomes, est un des livres les plus extraordinaires qui soit parce que c’est d’une intelligence folle, d’une érudition totale. Dans cet ouvrage, Benveniste disait : « Un fait frappant est que, presque partout, pour la notion de sacré, nous avons non pas un seul terme, mais deux termes distincts. » Il disait qu’en latin on avait : Sacer — à l’époque où j’ai fait mes humanités on disait ‘sacer’, et puis après j’ai appris qu’il fallait dire ‘saker’ —, Sanctus et Profanum, et qu’en grec on avait : Hiéros, Hosios et Hagios. Donc, trois termes alors qu’il avait dit précédemment qu’il n’y en avait que deux. C’est quand même étonnant ça ! En fait, il disait deux parce que selon lui ça se divisait en deux : il en mettait deux ensemble qui faisaient un, et ensuite il l’opposait à l’autre. C’est un classique ça : Roland Barthes fait la même chose dans Mythologies ; il dit que le signifiant et le signifié sont les deux faces du signe, comme disait Saussure, mais, pris ensemble, comme une unité, ça devient alors un signe qui s’oppose au référent. Voilà. Autrement dit, il se débrouillait aussi pour avoir trois termes, mais divisés en deux.

    Je suis donc allé regarder toute cette histoire de très près et j’ai essayé de triadiciser. Je faisais remarquer qu’il y avait un terme très important en grec qui était le terme hosios, soit un des trois termes de l’histoire du sacré, et qu’il dérivait du verbe grec hazomai qui signifie craindre, c’est-à-dire le sacré en tant que on le craint. En fait, le sacré hosios est un sacré divin ; et, si le terme divin n’existe pas en grec, par contre, il représente le sacré qui est l’émanation de l’Olympe, c’est-à-dire des dieux olympiens, puisque les grecs divisaient leurs dieux en deux catégories : olympiens et chthoniens. Les dieux chthoniens c’est toute la bande à Pluton… enfin ça c’est latin… tout ce monde-là : Adès, Perséphone et tout le toutim… les champs Élysées, tout ça c’est chthonien.

    En somme, dans cette hiérarchie qui est très forte, on avait les dieux jupitériens… enfin les dieux de l’Olympe, qui étaient comparables à ce qu’on appelle Dieu, c’est-à-dire la divinité, par contre, les dieux chthoniens étaient humanisés, au plus près des hommes — il est très difficile de représenter la distinction entre les deux, je vous renvoie aux nombreux ouvrages sur ce sujet —, de sorte que les lois chthoniennes et les lois hosia caractérisaient les lois qui régissaient les relations entre les humains. Les lois chthoniennes c’était ce qu’on appelait la loi diké qui correspondait en latin à Thémis, tout ça : la loi normale c’était une loi chthonienne, c’est-à-dire vraiment faite pour les humains entre eux ; même si quelque touche divine était présente, la loi chtonienne était faite pour régir leurs relations ; certains de leurs devoirs étaient prescrits par une loi humaine chtonienne, alors que d’autres l’étaient par la loi hosia venant du sommet de l’Olympe, par la loi divine. La loi hosia était une loi de la crainte quand même, c’est-à-dire la crainte de Dieu. Les lois humaines étaient appliquées par les moyens humains, alors que les lois divines étaient appliquées par les moyens divins, ce qui fait que sur la question de la crainte, cela ne revenait pas au même de craindre le gendarme et de craindre Dieu, parce que on échappe difficilement à ce dernier.

    (…)

  • Prise en charge au long cours ou comment le parking devient la maison

    Prise en charge au long cours ou comment le parking devient la maison

    DocteurMarie-Alice BLOT CHRU de TOURS. DU de LILLE 02.02.2006

    Prise en charge au long cours

    ou

    comment le parking devient la maison

    A. a vingt ans quand il accoste pour la première fois en psychiatrie en janvier 1991. C’est au moment de l’opération ‘Tempête du désert’, lorsque les troupes américaines entrent en guerre avec l’Irak.

    A cette époque, A. fait des études pour l’obtention d’un BTS à Armentières. Depuis le mois d’août 1990, les premiers changements sont remarqués dans son comportement, tant par ses parents que par lui-même. Il a transformé sa chambre en « toile d’araignée en mettant des fils de laine au plafond, comme à la maternelle » dit sa mère. Quant à lui, il confirme qu’il « aimait bien suspendre tout au plafond, ça bougeait… des pendules partout dans la chambre, on suit le mouvement… je considérais que la vie c’était le mouvement, je me dit qu’elle vit… quelle vie ». Durant l’été de ses vingt ans, il estime prendre de la distance avec ses parents : il peut enfin regarder son père dans les yeux, avec un sentiment d’égalité, père qui lui disait toujours à table « quand on a rien à dire on la ferme » ; dans la foulée de cette révélation il ajoute : « il n’est pas fou mon père… je voulais dire il n’est pas violent. » Avec sa mère, il décrit une relation fusionnelle : « elle a toujours été attendrie avec moi… elle n’a pas le mot facile… elle prend petit à petit son indépendance par rapport à moi ». Il parle aussi de son frère aîné qui est infirme moteur depuis la naissance, naissance difficile qui s’est soldée par la mort du jumeau. Il résumera souvent la situation familiale ainsi « je suis fils unique avec un frère » et « maman est partie sur ses terres » (c’est-à-dire chez sa mère). Il conclut le panorama familial ainsi « j’ai grandi dans ce milieu là… ça fait que je suis arrivé là ».
    Depuis l’été, donc, il prend une certaine indépendance vis-à-vis de ses parents (en effet, même si ses parents lui ont très tôt laissé de grandes libertés de déplacement et l’ont tout petit inscrit aux Eclaireurs de France, il restait très dépendant affectivement, politiquement d’eux) et se dit préoccupé par des problèmes existentiels, un intérêt pour la philosophie, l’origine du monde, de la vie, la place de chacun dans le monde. Il garde actuellement cette même préoccupation : quelle est sa place dans la famille, dans la société, dans le monde et exprime la difficulté qu’il y a à envisager le monde à une autre place que la sienne : ce qui origine le monde c’est à partir de son regard que cela se fait. Tous les jours, au réveil, il fait cet exercice de repositionnement du monde et de sa place au sein de cette construction : l’univers, le système solaire, la terre, l’Europe etc. jusqu’à lui, au centre avec la « focale » c’est-à-dire le regard. Ce regard qui lui permet, lors des crises de morcellement qu’il vivait régulièrement par le passé, de se rassembler, à la condition de garder un point fixe qui donne le point d’équilibre indispensable à la reconstruction progressive du monde de son propre corps. Pendant cet été 1990, il a peint deux tableaux qui représentent l’univers tel qu’il le conçoit et l’a vu à travers une photo de femme repérée sur un magazine prêté par un copain un an auparavant. « Elle m’attirait, je la trouvais belle, j’ai découvert des dessins cachés a à l’intérieur en transparence, un regard envoûtant, la tête d’un cow-boy, la croix du chariot qui fait office d’ancre, un bol-casque, des personnages ». « J’ai amalgamé tout ça dans le tableau : une vision de l’univers ».

    La nuit du 16 janvier 1991, il entend une émission de radio : on lui demande d’aller en D5 ou D7 afin de voir sa copine. Tout de suite il reconnaît que c’est un message crypté : il s’agit de La Femme et non sa copine et de la position géographique correspondant à D5 et non la salle de classe D5. Il s’empare donc d’un plan d’Armentières et part dans la campagne environnante. Il est retrouvé par la police en Belgique « Ils ont dit que je errai ». Ses parents prévenus viennent le chercher et le font hospitaliser dans le service. Récemment, il résumera ainsi cet épisode « ce jour là je suis passé d’étudiant à patient ».

    Cette première hospitalisation durera trois mois, se terminera par le diagnostic de schizophrénie paranoïde, un traitement neuroleptique et « critique partielle des éléments délirants ». Feront suite plusieurs hospitalisations de courte durée, un à deux mois, toujours sous la modalité de la contrainte : hospitalisation sur demande d’un tiers, le tires étant les parents ; hospitalisation d’office par mesure préfectorale. Les sorties seront le plus souvent sur le mode de la fugue, avec une présence épisodique aux consultations et une interruption systématique du traitement proposé.Traitement qu’il vit comme l’annihilant tant physiquement que psychiquement comme le montre le texte qu’il m’écrira un jour et au cours duquel il me met en garde (j’étais interne) contre l’utilisation de substance nocive pour l’individu pour faire plaisir aux laboratoires.

    A. est en échec scolaire depuis 1991. Il n’a pas pu reprendre ses études malgré plusieurs tentatives. Il s’est finalement inscrit à la Fac où il grappille quelques heures de cours et beaucoup de circulations entre les classes, les groupes.

    On est en 1996, A. a un appartement indépendant depuis le mois de mai, après une courte hospitalisation. Ses parents, épuisés par les années précédentes, effrayés par certains comportements, ne souhaitent plus qu’il demeure chez eux. En septembre 1996, il est admis à l’hôpital en Hospitalisation d’Office suite à des voies de fait chez des voisins qui ont porté plainte. Il sort de l’hôpital quelques mois plus tard en 1997, il a un nouvel appartement indépendant, et le suivi ambulatoire instauré déjà depuis plusieurs années se remet en place. Une infirmière de secteur va le voir régulièrement à domicile, les consultations hebdomadaires au CMP, quelques présences en hôpital de jour ; mais la majeur partie de son temps échappe à toute prise en charge et est faite de déambulations « en suivant les murs pour ne pas ses perdre », de « missions à remplir ». (Ces missions vont de l’aide apportée aux forains pour démonter les manèges, l’aide au boulanger pour décharger la farine, l’aide à la mairie pour faire la circulation, l’aide aux services généraux pour la sécurité des hommes politiques notamment Lionel Jospin lors d’un de ses séjours à l’Ile de Ré, etc.). Lors de notre première prise de contact, A. se présentera à moi en sortant de son porte feuille différentes cartes ‘d’identité’ : la carte d’étudiant, la carte d’invalidité « comme mon frère », une reproduction découpée dans le dictionnaire de ‘Blue Boy’ tableau de Gainsborough (peintre anglais du 18°), une photo avec une surimpression des deux tableaux de l’univers qu’il a réalisés l’été 1990, le manuel d’utilisation de ‘Samantha’ sa calculatrice, dont il ne se sépare jamais et qu’il a prénommée ainsi en référence à une héroïne d’une série télévisée qu’il appréciait.
    Un an plus tard, il est ré-hospitalisé pour un état délirant aigu avec risque de passage à l’acte violent. Il se vit en permanence en relation avec les renseignements généraux pour la surveillance des sous-marins et la protection des hommes d’état.

    L’hospitalisation, comme les précédentes est émaillée de permissions, de fugues, l’adhésion aux soins est faible : refus des médicaments, non respect des permissions, non participation aux différentes activités proposées tant aux ateliers qu’au club. Il me confiera, récemment, qu’il avait du mal à comprendre le sens de ces hospitalisations, de ces enfermements qui ne concordaient pas avec sa place dans la société puisqu’il faisait partie des R.G. et assurait la sûreté de l’Etat. Par ailleurs, il vivait ces hospitalisations comme un rejet de ses parents « ils se débarrasse de moi au profit de l’hôpital » ; ce qui est vécu très douloureusement.

    Après un nouvel essai de retour à domicile et à la vie en milieu ordinaire, il est ré-hospitalisé après une visite à domicile de l’infirmière accompagnée de son père et de son médecin. Après discussion, A. accepte, à regret, de revenir à l’hôpital. Il est toujours délirant, halluciné, et présente par ailleurs des idées noires se traduisant par une succession de tentatives de suicide : ingestion de crêpes confectionnées à l’Ajax (« il s’agit d’une histoire entre frère, d’un fratricide »), d’ascension nocturne des flèches de la grue, de la cathédrale, de bain dans le Cher (« Samantha s’y est noyée »), de traversée de l’autoroute, d’ingestion d’acide de piles. Il est d’ailleurs persuadé d’être hospitalisé à cause de ce dernier test infructueux. La description de son appartement est impressionnante : appareils électroménagers désossés, fils courant sur le sol dénudés, moquette couverte de mousse, de papier « j’ai fait de la culture sur moquette ». Cette hospitalisation, débutée en mai 1999, « je suis sur le parking ici », se poursuit encore de nos jours « c’est la maison ici maintenant, j’y suis bien … ».

    Les premiers mois sont marqués par le délire et la crainte d’un passage à l’acte violent, l’envahissement délirant est majeure. Les médicaments sont régulièrement refusés et nous n’avons pas toujours le courage de provoquer un rapport de force. Nous sommes plutôt au stade de l’apprivoisement, chacun s’observe, fait connaissance avec l’autre. Les permissions sont respectées, il n’y aura pas de réelles fugues, ni de réelles ruptures Les séjours en chambre d’isolement seront fréquents et courts.

    Puis, la symptomatologie de premier plan change. Des « crises » apparaissent, ce sont des vécus de morcellement impressionnants, angoissants tant pour A. que pour l’équipe. La prise en charge proposée change, le discours et l’ambiance autour de lui aussi, après la peur de la violence, c’est l’impuissance qui est au premier plan de ce qu’il nous renvoie quant à notre rôle soignant. Devant les crises qui se succèdent on pense et on parle des Pack, mais personne ne se sent suffisamment formés, prêts à pratiquer ce soin pour ce jeune homme, l’enjeu est trop important. On propose le substitut de Pack : la chambre d’isolement avec tout l’accompagnement infirmier qu’elle suppose, ces temps particuliers que plusieurs consacrent plusieurs fois par jour au patient pour les repas, la toilette, les cigarettes, les prises de constantes. Cependant, ce lieu est le support de deux fonctions imaginaires : punir ou soigner.

    Pendant cette hospitalisation, je rencontre souvent A. pour des entretiens. Ceux-ci sont riches, et A. a instauré un ‘rituel’ : à la fin de chaque discussion, il récapitule les liens qui nous ont permis de passer d’un sujet à un autre. Il me décrit la façon dont il vit le quotidien : entre deux activités, entre deux lieux, il faut un temps de sas et il le matérialise avec des crochets action A () action B. Au cours d’un entretien en chambre d’isolement, survenant juste après une crise, il verbalisera ce qu’il vit lors de ces périodes de morcellement et la nécessité de la « focale » pour se recomposer. Cette « focale » est le point fixe, fixé par le regard sur lequel ce dernier peut s’appuyer et autour duquel son corps puis le monde reprend vie, articulation et mouvement. Les temps passés en isolement s’allongent. A. souffre, il se déprime et l’équipe aussi. De plus en plus de questions émergent lors des réunions de synthèse qui lui sont consacrées, l’équipe doute. Je vous livre la conclusion d’une synthèse de février 2001 « sur quelques années, on est passé d’une situation où A. échappait à tous soins, pour une situation de maîtrise de plus en plus absolue sur lui ; dans une certaine mesure nous nous substituons aux parents comme contenant, avec l’induction de sentiments entre lui et nous, fait d’attachement, de difficultés à gérer la distance, les interdits (il essaie de nous faire partager de façon fusionnelle son monde imaginaire affectif, professionnel, scientifique, etc.) en nous rendant déchirant tout rejet de ce monde, tout retour à une réalité plus crue où il est dans l’incapacité de se tenir rassemblé. Cette relation transférentielle contre-transférentielle est un outil du soin mais aussi peut-être une résistance, une limite à la maturation (il conserve le rêve de rester en nous) d’où l’intérêt d’envisager l’hospitalisation dans une autre institution (service hospitalier voisin ou Unité pour malades difficiles), au moins pour un séjour de rupture ». Les événements vont alors se précipiter, les crises se rapprocher, le service voisin a refusé de le prendre. En mars 2001, une demande pour l’UMD est faite et acceptée. La décision est prise à la suite d’une crise qui s’est terminée de façon malheureuse : A. a eu les doigts coincés dans la porte, les infirmiers ont perdu, au cours de l’affrontement pour le maintenir en isolement, leur vécu de soignant.

    A. part en UMD en mai 2001 et revient dans le service en octobre 2002. Il est encore hospitalisé, toujours en HO. Les certificats de HO nous permettent différents échanges chargés d’humour. En effet, A. reçoit régulièrement pour information les certificats que j’adresse à la Préfecture, il annote toujours les récépissés qu’il doit renvoyer à la Préfecture. Par exemple, ce mois-ci il a repris le terme d’apragmatisme que j’avais employé « vous auriez pu dire que j’étais triste, car après les fêtes je n’avais plus rien à faire » et la note était « quoiqu’en dise le médecin je suis plutôt pragmatique ». Ses derniers projets ne concernent pas la sortie, puisque l’étape intermédiaire à la reprise d’une vie à l’extérieure c’est de passer une nuit chez les parents, et que malgré tout son travail pour rassurer sa mère celle-ci espace régulièrement les visites qu’il lui rend quand elle sent que leur fréquence augmente. Son projet pour l’anné2006 est de réaliser sur sa calculatrice le programme du dé à 12 faces en mouvement.

    Le dernier rebondissement concernant A.., nous nous sommes rendu compte que depuis 3 mois il n’avait plus les injections retard qui sont la base de son traitement médicamenteux. Quel acte manqué ? quel passage à l’acte ?

    Docteur Marie-Alice BLOT CHRU de TOURS. DU de LILLE 02.02.2006

  • Noana

    Noana

    Dr Jean-Claude Jouhet Psychothérapie “ D ” CHRU de TOURS

    Noana

    Ma première rencontre avec Noana, s’est faite un soir de garde de 2004, au service des urgences de l’hôpital. Elle avait alors 17 ans et demi.

    Elle venait d’inquiéter suffisamment son médecin de la clinique institutionnelle de S., où elle se trouvait admise depuis trois semaines, pour qu’il me l’adresse. Depuis une semaine, elle refusait de s’alimenter, on l’avait rattrapée sur une route, elle avait menacé de se jeter du haut d’un escalier.

    J’avais entendu parler d’elle quelques semaines plus tôt.

    Marcel, médecin responsable de l’unité intersectorielle des adolescents, m’avait adressé un courrier, résumant son histoire, dans le dessein de préparer un transfert en direction de notre service d’adultes, dans l’hypothèse d’un échec de la prise en charge à la clinique où il l’orientait. Aucune rencontre entre nos équipes n’avait encore eu lieu.

    Alors que Noana quittait S. du fait de son passage à l’acte, un autre passage à l’acte se dessinait, celui de devoir l’admettre à 23 heures dans le service où je travaille, l’unité d’adolescent n’ayant aucune place disponible pour la réadmettre et refusant quoiqu’il en soit de la reprendre. Le courrier la concernant, dont j’avais été destinataire, évoquait en particulier à son sujet « une véritable dépendance à l’institution psychiatrique pour laquelle nous nous sommes sentis impuissants », il insistait sur le fait que la jeune patiente « qui renouvelle son refus de vivre en milieu normal, jugeant que sa place est en psychiatrie », avait « largement dépassé les limites de ce qu’on pouvait lui proposer » , « puisque les séjours dans le service d’ados ne dépassait généralement guère trois semaines » et que Noana s’y trouvait depuis 18 mois….

    Nous avons heureusement trouvé ce soir-là une possibilité d’accueil temporaire dans un service qui la connaissait déjà, ce qui nous laissait du temps pour organiser le relais de cette prise en charge. On sait combien trop souvent, dans ces circonstances, et dans la situation catastrophique où se trouvent les possibilités d’admission dans les secteurs, la période de préparation à l’accueil se trouve escamotée. Or, en la circonstance, l’affaire réclamait du temps.

    Nous pûmes nous rencontrer dans les 48 heures, une bonne partie de l’équipe du pavillon était là, une infirmière de l’unité des adolescents et le médecin nous parlèrent de leurs trois ans de prise en charge. Un courrier fut adressé à Noana, qui fut accompagnée et reçue quelques jours plus tard par l’équipe du pavillon qui allait l’accueillir, elle y fut admise dans les jours suivants.

    Voilà ce qu’on nous rapporta…Noana avait vécu dans un orphelinat de Roumanie.

  • Sémiotique, pertinence et impertinence

    Sémiotique, pertinence et impertinence

    S É M I O T I Q U E

    PERTINENCE ET IMPERTINENCE

    La sémiotique commence à peine à être enseignée dans les universités françaises, et encore est-ce le plus souvent sous forme d’Unités de Valeur optionnelles. Quand elle figure au programme, c’est la plupart du temps dans des ensembles de type “Communication et langages”, voire “Communication et informatique”, où elle se noie.

    Elle apparut marginalement d’abord à l’École Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales où elle servit de refuge, sous le nom de sémiologie, à tous les domaines d’analyse : textuelle, “iconique”, cinématographique, psychanalytique, dont l’université ne voulait pas.

    L’université française fit longtemps la part belle à la philosophie qui régnait en maîtresse incontestée à la Faculté des Lettres. On était philosophe – on se spécialisait en sociologie, en psychologie ou en pédagogie. Sous l’influence des sciences quantitatives, la Faculté des Lettres ajouta à son appellation celle de “sciences humaines”, et l’on put obtenir ses diplômes en sociologie, en psychologie et en “sciences de l’éducation”, sans formation philosophique. Les conséquences de cet état de fait furent multiples et d’importances diverses. Signalons-en deux. La première est institutionnelle : ces diplômes, ne débouchant pas sur une agrégation ou un certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire, leurs titulaires entrèrent en force dans l’université et vinrent grossir la foule des chercheurs qui postulèrent des emplois au Centre National de la Recherche Scientifique et à l’École Pratique des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et débordèrent dans les media. La seconde conséquence est épistémologique et secondairement, (mais ce n’est pas moins grave) déontologique et éthique. Seul prima désormais le quantitatif.

    De la sociologie, on ne retint que les statistiques et les sondages, de la psychologie les tests et les questionnaires et, l’un appelant l’autre, la science quantitative se substitua à la philosophie. Mais comme il faut bien une philosophie, l’idéologie en tint lieu : uniformisation (scientifique) de l’individu dans un groupe qui marche (scientifiquement) au pas.

    Enfin la sémiotique vint. Pour son fondateur, Charles S. Peirce, qui ne se réclama pas de Locke, sinon tardivement, mais de Philodème, elle est un autre nom de la logique au sens d’inférence mentale.

    […] Par “semiosis’, j’entends […] une action ou influence qui est ou implique la coopération de trois sujets, tels qu’un signe, son objet et son interprétant, cette influence tri-relative n’étant en aucune façon réductible à des actions entre paires. Shmiwsij en grec de l’époque romaine, dès la période cicéronienne, si ma mémoire est fidèle, signifiait l’action de n’importe quel signe (5.484, cf., pour la référence à Philodème, 2.761 et ms 1604).

    La sémiotique est “la doctrine de la nature essentielle et des variétés fondamentales des semiosis possibles” (5.488).

    La semiotique a la rigueur qu’exige la science expérimentale et l’ouverture, déontologique et éthique, au monde dont l’homme fait partie intégrante. “Ne bloquez jamais le chemin de la recherche”, est son expression déontologique et éthique. Son épistémologie n’est pas à chercher dans la collection de cas (sociaux, psychiques ou autres), mais dans la raison pratique ou mieux pragmatique, – ce qu’exprime assez bien la pragmatique transcendantale de Karl-Otto Apel. Car l’addition de cas ne mène à rien d’autre qu’à des cas additionnés. Peirce en appelle à Descartes (Lettre XCIX), à Leibniz (Nouveaux Essais, avant-propos) et à Kant (Critique de la raison pure, 2e éd., Introduction, II). Voici le texte de Leibniz cité par Peirce en français :

    D’où il naît une autre question, à savoir, si toutes les vérités dépendent de l’expérience, c’est-à-dire de l’induction et des exemples, ou s’il y a un autre fondement … Or, tous les exemples qui confirment une vérité générale, de quelque nombre qu’ils soient, ne suffisent pas pour établir la nécessité universelle de cette même vérité ; car il ne suit pas que ce qui est arrivé arrivera toujours de même. (2.370)

    Et n’ont rien compris à l’apport de Peirce, ceux qui pensent qu’en introduisant l’interprétant dans la sémiose, Peirce leur donnait le moyen de sauver leurs théories par injection de dopants psychosociologiques ou recours au scalpel ou à l’ordinateur. La faillite des sciences humaines, sémiotique comprise, et de la culture qu’elles produisent, a pour cause la mutilation de la raison transcendantale et sa réduction à une pseudo-raison quantitative. Comme le disait Husserl que cite Habermas dans Profils philosophiques et politiques : ‘Ce qui détermine la faillite d’une culture fondée sur la raison ne réside pas dans l’essence du rationalisme lui-même, mais seulement dans son aliénation, dans le fait qu’il s’est enlisé dans le naturalisme et l’objectivisme” (éd. fr., TEL Gallimard, 1987 : 89) autrement dit dans le quantitatif.

    Une sémiotique sans philosophie est “impertinente” de l’impertinence de la Barbarie.

    Mais tout n’est pas encore dit, car il y a les professeurs de philosophie, comme le rappelle encore Habermas citant Simmel que Peirce ne désavouerait pas :

    Il y a trois catégories de philosophes : les premiers écoutent battre le coeur des choses ; les seconds seulement le coeur de l’homme ; les troisièmes le coeur des concepts ; et une quatrième catégorie, celle des professeurs de philosophie n’entend que le coeur des textes. (Ibid. : 74)

    [A paru en allemand, traduit par Gloria Withalm, sous le titre « Semiotik : Pertinenz und Im-Pertinenz » dans Theotische und praktische Relevanz der Semiotik, Institut für Sozio-Semiotische Studien, Vienn (Autriche), 1991 : 15-20.]

  • À propos d’asepsie…

    À propos d’asepsie…

    J.-M. Royer, CHU Tours, CPTS A, 02.02.2006, DU Lille

    À propos d’asepsie…

    Une des expériences historiques et maintenant une des tentatives permanentes de la psychothérapie institutionnelle est de combiner les questions du soin, de la vie quotidienne et du collectif, entités à géométrie variable, où soigner se conjugue de façon transitive et intransitive à toutes les personnes, où la vie quotidienne déplie l’échelle des temps et des détails et où le collectif va du duel à l’assemblée.

    Insaisissable sauf à tout figer.

    Alors, plutôt racontable, si raconter peut parfois devenir un sédiment fertile.

    Il était une fois, dans un service hospitalier de psychiatrie une patiente schizophrène prise dans un état de catatonie installé sévère ; debout jour et nuit au point que des œdèmes des membres inférieurs commençaient à faire ressembler ses pieds dans ses chaussures à un soufflet débordant du moule. L’apparition de lésions cutanées rend la situation intenable en l’état, et conduit à la décision de lui imposer le retrait de ses chaussures, décision, faute de mieux, dans son état, inaccessible à toute rencontre !

    Très progressivement la patiente émerge de sa catatonie et peut réaccéder à la question du jour et de la nuit, du lever et du coucher et puis de l’entendre et du parler.

    L’autonomie suffisante retrouvée permet de lui rendre ses chaussures. L’équipe infirmière se rend alors compte qu’elles ont disparues, devenues totalement introuvables. Chacun y va de son hypothèse, de son souvenir, de son soupçon, de son imagination. Et puis, finit par apparaître que, dans l’émotion du retrait des chaussures, une infirmière croit les avoir rangées pour qu’elles ne s’égarent pas, dans un sac en plastique jaune ; ce sont les sacs protocolairement destinés aux déchets devant être incinérés. Personne ne l’ayant jamais retrouvé, il en est conclu que les chaussures devaient être considérées comme irrémédiablement disparues. Cela entraîne une gêne certaine, plutôt partagée, vis-à-vis de la patiente, aggravée par le fait que les chaussures étaient neuves et la patiente RMIste.

    Devait-on présenter de sincères mais plates excuses à la patiente ? La hiérarchie devait-elle sanctionner l’infirmière maladroite ? Devait-on faire une déclaration de perte pour tenter d’obtenir je ne sais quel remboursement de je ne sais quelle assurance ? Devait-on ne pas en parler à la patiente au cas où sa folie lui aurait fait négliger, voire oublier ses chaussures ? Devait-on revoir toute l’organisation du service, refaire le monde ? Devait-on considérer que cet incident fâcheux était globalement le résultat d’un moment plutôt dense, d’un enchaînement de circonstances, de péripéties mettant en jeu de façon intriquée les attitudes personnelles des uns et des autres sur fond d’organisation générale du travail, de façon indissociable ? C’est finalement cette dernière hypothèse qui reçoit progressivement l’assentiment général, ce qui conduit à ce que chacun, tous statuts confondus (médecins, cadres, infirmiers…) donne quelques euros pour permettre de dédommager la patiente à hauteur du prix auquel il lui avait été demandé d’estimer ses chaussures.

    Tout cela fut long, puisque ce n’est que de nombreuses semaines plus tard, alors que la patiente n’était plus hospitalisée que j’ai remis la somme en question à celle-ci à l’occasion d’une consultation au CMP.

    Bien que structurellement peu affective, elle y sembla sensible et exprima des remerciements simples. Les consultations et les visites infirmières ont continué de se dérouler de façon régulière pour ne pas dire rituelle dans les années qui ont suivi.

    En quoi, il pourrait être question de psychothérapie institutionnelle à ce propos. L’affaire est plutôt banale, et nous rencontrons tous des situations analogues, où des patients du fait de leur état psychotique perdent le contact avec la réalité, au point que ce sont les équipes infirmières qui deviennent garantes de l’ensemble de leur existence, et que protéger, maintenir le corps face au chaos psychotique, qu’il soit entre autre catatonique, mutilatoire ou suicidaire est une affaire de tous les jours qui ne peut reposer sur un seul.

    L’on sait bien, chacun en fait l’évidente expérience que nos statuts de soignants hospitaliers ne nous transforment pas en techniciens à la compétence protocolarisée et indéfectible mais que si technique, compétence, savoir faire, expérience il y a, elles sont traversées par une expérience sensible de l’autre. Il est courant qu’à propos d’un patient violent, à situation partagée semblable, un soignant va ressentir et exprimer sa peur alors qu’un autre sera plus serein, moins stressé comme on dit. C’est peut-être comme cela que des chaussures aboutissent dans des sacs à incinération.

    Les patients psychotiques distribuent menaces et pétrifications au gré de leurs identifications projectives, favorisant inévitablement, à un moment ou à un autre les clivages. En regard de cela, il ne s’agit pas d’installer des recettes mais des pratiques, au sens où il s’agit d’une élaboration permanente en prise avec ce qui est vécu. Quand je raconte ma petite histoire de chaussures incinérées, je ne dis pas qu’il faut toujours rembourser par une collecte générale dès qu’un patient est lésé, ce serait absurde. Je sais qu’à ce moment-là, la maturité collective, l’expérience partagée, ont permis d’éviter des positions d’affrontement, de stigmatisation, de surenchère, de rejet et que la décision de réparation collective a été l’aboutissement d’une réflexion où la créativité et la disponibilité psychique des uns et des autres a pu cheminer. Ce genre de problématique est fragile et n’est jamais complètement acquise. Toutefois, le dispositif traditionnel de la psychothérapie institutionnelle en place à travers le club, les diverses réunions, activités thérapeutiques et autres cadres sensibles paraît favoriser une ambiance ou l’abord de l’imprévu peut se penser dans un esprit de lien institutionnel et de créativité collective.

    La patiente en a-t-elle été mieux soignée ? Dans ce domaine de subjectivité permanente, il ne peut en être donné de preuve tangible, mais toujours est-il que cette affaire de chaussures parties à l’incinérateur n’a pas empoisonné la suite de la prise en charge et qu’elle a pu être vraiment close dans des conditions acceptables par toutes et tous, ce qui n’est déjà pas si mal.

    J.-M. Royer, CHU Tours, CPTS A, 02.02.2006, DU Lille

  • À propos de constellations…

    À propos de constellations…

    J.-M. Royer, CPTS A, CHU Tours, 02.02.2006

    À propos de constellations…

    Au traditionnel repas de Noël dans le service, repas qui se tient comme tous les ans à l’hôpital, le 3ème jeudi de décembre, mon voisin de table, un patient hébéphrène mutique ne m’a adressé la parole que pour, me dire avec son rictus discordant habituel : « est-ce que c’est bien réel que je survis ? »

    Question impossible témoignant de son vécu vacillant omniprésent, vécu de perte du sentiment d’être vivant, question à laquelle il ne peut être répondu par les mots d’un seul, en tout cas je ne les ai pas trouvés, mais question qui pourtant demande réponse.

    Ce patient venait de subir quelques semaines auparavant une ablation d’un testicule suite à une surinfection grave et évoluée, par défaut d’hygiène et négligence massive, d’une banale intervention réglée de cure de hernie inguinale et d’hydrocèle. Il n’avait exprimé aucune plainte, alors qu’il avait été vu à sa consultation psychiatrique mensuelle habituelle, 48h avant l’intervention chirurgicale en urgence, comme si la souffrance incontournable de son corps à ce stade d’évolution de l’infection n’avait pas été intégrée, mais avait été clivée de façon extra-psychique.

    C’est, chez ce patient en sursis d’existence, au contact hermétique, que sur ma proposition nous nous réunissons deux à trois fois par an depuis quelques années. Nous, c’est le patient, son aide ménagère, sa curatrice, son infirmière de secteur et moi-même. Parfois, sa mère se joint à nous. C’est l’occasion pour les uns et les autres d’échanger des informations et considérations à propos du patient, des uns et des autres, de la situation de ce qui apparaît satisfaisant, de ce qui ne l’est pas. On y parle aussi un peu de la pluie et du beau temps.

    Le patient présent est le plus souvent en retrait, toujours avec sa mimique discordante, ne se contentant que de brèves réponses, voire de simples soupirs quand l’un ou l’autre s’adresse à lui. La tonalité de la rencontre est apparemment souriante, chacun s’efforçant d’y mettre un peu de légèreté.

    A mon regret, l’hôpital de jour que fréquente le patient de façon pluri-hebdomadaire n’a jamais pu être représenté ; le refus des infirmiers qui y travaillent est que par principe, de par leur affectation à l’hôpital de jour, ils n’ont pas à se déplacer à domicile, pour ne pas générer de possible confusion auprès des patients avec le rôle de l’infirmier de secteur. Il ne faut pas désespérer d’assouplir un jour cette résistance crispée.

    A quoi peut bien rimer cette constellation partielle au domicile du patient ? Ce temps de rencontre partagée permet de garder des entours un tant soit peu vivants auprès du patient, tant la lourdeur de sa pathologie amène rapidement à l’usure, voire à la dévitalisation de sa prise en charge au point de la transformer en coquille vide inhabitée. Le croisement des intérêts et point de vue a toujours pour un temps un relatif effet de relance singulière vis-à-vis du patient décourageant de par sa carapace relationnelle, avec son manteau qu’il ne quitte jamais et ses deux mains chargées en permanence de multiples objets personnels au sens où ils font partie de sa personne (cigarettes, briquets, pièces de monnaie, clef, carte de bus…)

    Cette initiative, dans le sens d’une modeste pratique collective, institutionnelle de secteur, hors les murs, a permis d’endiguer en partie les demandes intempestives, parfois impératives d’hospitalisation pour toujours le même motif rituel hermétique (« je dors pas ») ne correspondant à aucune réalité objective. Depuis que cette pratique a été installée, le patient demande parfois à son infirmier de secteur ou à moi-même : « quand est-ce que vous venez chez moi ? », comme si le temps pouvait recommencer un peu à se déplier, à partir d’un micro-événement soutenu collectivement…

    Il est moins difficile de répondre à cette question qu’à celle que je citais au début de ma présentation, « Est-ce que c’est bien réel que je survis ?… ».

    J.-M. Royer, CPTS A, CHU Tours, 02.02.2006

  • La psychothérapie institutionnelle : rencontre de la citoyenneté et de l’histoire personnelle

    La psychothérapie institutionnelle : rencontre de la citoyenneté et de l’histoire personnelle

    Serge Drylewicz & al., 2 février 2006

    La psychothérapie institutionnelle : rencontre de la citoyenneté et de l’histoire personnelle

    Notre participation au DU a une longue histoire préalable à la fois professionnelle et personnelle. Cette intrication assumée des facteurs objectifs et subjectifs est peut être déjà un indice de ce qui fait de notre pratique une implication engageant notre subjectivité, notre fonctionnement inconscient, jusqu’à cette journée de formation d’aujourd’hui, formation/ réflexion, tant pour vous que pour nous : un moment d’échange sur qui est en permanence dans notre actualité, mêlant public et privé.
    Quel est le chemin de chacun jusqu’à se réclamer de la psychothérapie institutionnelle ? on ne peut pas faire l’impasse de ces arrière plans : hasard de notre biographie, de notre histoire personnelle en lien avec nos sympathie et antipathie, nos identifications, aux allures parfois de butées narcissiques inamovibles.

    L’Histoire, les événements fondateurs des années 30 aux années 60 de cela Jean Oury a du vous les évoquer avec la pertinence qu’on lui reconnaît.

    Oury rappelle souvent que Jean Ayme le qualifie de psychiatre le plus public des psychiatres privés.

    Or ce qui fait la particularité de notre intervention c’est sans doute notre exercice prédominant dans le service public.

    C’est une question lancinante, parfois source de discordes ou d’affrontements violents entre praticiens à l’occasion de rencontres sur des sujets institutionnels : la distinction public/privé est elle pertinente ? Serions nous, nous qui nous revendiquons du service public, les plus privé des psy publiques ? Y aurait il une universalité de la psychothérapie institutionnelle, lui permettant, sous différentes formes, mais avec quelques invariants de s’appliquer tant dans le public que le privé ? Se revendiquer du mouvement de psychothérapie institutionnelle ne comporterait il pas une part de mascarade ou de faux semblant aux objectifs à décrypter ? La psychothérapie institutionnelle est elle encore une position tenable ? A-t-elle un avenir ? Voire n’est elle pas en risque de récupération pour constituer des bantousland concédés à des pratiques et des acteurs marginalisés ? éventualité qu’on se doit d’évoquer surtout dans un contexte de remaniement accéléré des structures de la psychiatrie publique et privé tel que l’envisage le projet Hôpital 2007, avec la nouvelle gouvernance et son cortège d’accréditation et de T2A.

    Ce sont ces questions que nous vous proposons de mettre en débat, en s’appuyant aussi sur des travaux cliniques que Jean-Claude Jouhet, Jean-Michel Royer, Marie-Alice Blot présentent, Charles Dissez présentant lui son projet de psychiatre aubergiste comme dépassement exemplaire des clivages public/privé. (…)

  • Canet, le 13 février 2006 Le divorce et l’adoption examinés sous l’angle du vecteur P ; la question de la légitimité pour l’enfant.

    Canet, le 13 février 2006 Le divorce et l’adoption examinés sous l’angle du vecteur P ; la question de la légitimité pour l’enfant.

    Canet, le 13 février 2006

    Le divorce et l’adoption examinés sous l’angle du vecteur P ; la question de la légitimité pour l’enfant.

    M. B. : Bon, d’abord, j’ai mis l’article fondateur de la flèche sur le site. Vous pourriez avoir une difficulté de lecture parce qu’il est en anglais… (rires) Il s’agit d’un article fondateur : on ne va pas transiger avec la probité de pensée… À vrai dire, j’ai une traduction, et je vais demander à Janice Deledalle de la vérifier, je la mettrais en ligne dimanche : voilà.

    On avait vu trois vecteurs, on avait vu le vect C, puisque la manière dont j’interviens, mon système, c’est le système de la tresse et de la spirale, enfin si vous lisez ma thèse, vous pourrez vérifier que je théorise ça : je dis que pour pouvoir avancer dans une élaboration théorique il faut pratiquer à la fois la tresse et la spirale, c’est-à-dire tresser les concepts et les atteindre en spirale. Pour la spirale c’est l’A.D.N.…

    Public : …

    M. B. : Il y a aussi la tresse… ah, il tresse !… ah bon !… eh bien, voilà ! comme l’A.D.N.… tout simplement… on va vraiment au cœur des choses… là on ne se gêne pas. La tresse et la spirale je trouve que c’est très bien. Ne jamais atteindre le point sensible de la spirale qu’on s’attend à toucher, c’est très frustrant pour tout le monde… au bout de la tresse les brins sont toujours en l’air.

    Effectivement, la nature des systèmes conceptuels n’est pas d’être fermée, c’est-à-dire d’être achevée. Il n’y a pas de système conceptuel achevé : c’est continuellement en cours d’élaboration, à cause de la nature même du concept qui est une tiercéité, et qui, de cette manière, ne peut en aucun cas être réduit à quelque chose de fixe et définitif. D’ailleurs, à mon sens, ça ruine le type de connaissances qu’on nous transmet habituellement comme quelque chose d’achevé.

    Considérez, par exemple, l’univers philosophique : les sens des différents concepts vous sont présentés, même dans leur mutiplicité, comme un réseau, or, le réseau, c’est la pire des choses, puisqu’il s’agit de quelque chose qui ferme, quelque chose qui est constitué d’éléments qui se combinent comme ça, un peu comme un atome, un truc rigide.

    D’ailleurs, quand on accepte l’idée de réseau pour la toxicomanie, je pense qu’on commet une erreur. En tout cas, y adhérer en pensant qu’on participerait à quelque chose d’intéressant, ce serait sacrifier aux modes actuelles qui n’ont rien de terrible dans l’ensemble, et cette éventualité suffit pour dire qu’il faut s’en écarter tout de suite.

    Ce sont des systèmes. Mais vous pourriez me dire que c’est un problème, dans le sens où ça pourrait signifier qu’on n’atteint jamais le terme, ce qui est faux : il s’avère qu’on le passe simplement. Je pense que c’est lié à ce dont je voudrais parler aujourd’hui, à savoir la castration. Si l’on cherche à observer comment, à un moment donné, une interprétation est donnée à ce qu’on fait, on peut évoquer ici l’idée générale qui a cours chez les peirciens, ces gens que je connais un peu, suivant laquelle l’interprétation n’est jamais finie. Autrement dit, quand un signe est lancé dans le monde, l’interprétation ne se finit pas. C’est une idée sympathique, a priori, puisque ça signifie qu’on a encore devant nous de l’espace d’interprétation.

    J’ai toujours pensé que cette idée était un peu courte parce qu’elle ne rend pas compte du fait qu’une interprétation s’est quand même achevée à un certain moment, et que le signe qu’on reprend est un autre signe dans un autre contexte, et qu’il donnera lui-même lieu à des interprétations : par exemple, quand vous écoutez ce que je suis en train de vous dire, bien entendu, la majeure partie des interprétations s’arrêtent tout de suite, et la question c’est de faire en sorte qu’elles ne s’arrêtent pas tout de suite. Si elles s’arrêtaient toutes, ça reviendrait à n’avoir rien dit, vous auriez clos une interprétation, c’en serait terminé, fin de l’histoire… on n’en parlerait plus. L’intérêt que présente mon genre de pratique en matière de parole, s’il y en a un, c’est celui de laisser des interprétations ouvertes, autrement dit, dans les énoncés que je produis, dans les phrases que j’énonce, il y a de temps en temps une énigme, c’est-à-dire quelque chose qui pousse et qui est obscur. En d’autres termes, on pourrait reprendre ça avec une classification un peu dichotomique, j’en suis désolé : il y aurait des signes transparents, ceux dont l’interprétation se présenterait de façon quasi immédiate et puis des signes opaques, comme le disait Gérard Deledalle. Au milieu des signes transparents c’est un signe opaque qui devra surgir, seul— l’opacité totale serait insupportable, nous ne pourrions pas tenir —, et c’est celui qui pousse à l’interprétation.

    Si l’on accepte de donner un peu de crédit à cette formule que j’ai trouvée : « le désir du scribe c’est celui de recevoir les interprétations qui seront données à ses signes », eh bien, à ce moment-là, on comprend sans difficulté qu’à produire seulement des signes transparents le désir serait un peu court… il est nécessaire d’avoir quelque opacité.

    Il me semble que je suis très proche de ce que Lacan évoquait au début des années 60, en parlant de la parole vide et de la parole pleine : il est évident que la parole vide n’est pas vide en elle-même, mais elle l’est en ceci qu’elle ne permet aucun travail interprétatif. On peut dire que la parole pleine est une parole qui pousse à l’interprétation, qui met la personne en état d’avoir à interpréter, qui lui impose une certaine exigence, une exigence qui lui est propre, et qui est, en quelque sorte, l’incidence du désir de l’autre sur la personne, sur l’interprète. Finalement, s’il s’agit de l’incidence du désir du scribe sur l’interprète, on pourra retrouver ici la formule « le désir de l’interprète c’est le désir de l’autre », c’est-à-dire le désir du scribe : c’est parce que le scribe a pu trouver suffisamment d’opacité dans son discours, et a su trouver des signes qui permettent d’être interprétés au long cours que l’interprète désire, c’est-à-dire est poussé à l’interprétation.

    (…)

  • La flèche de Peirce

    La flèche de Peirce

    A BOOLIAN ALGEBRA WITH ONE CONSTANT

    4.12. Every logical notation hitherto proposed has an unnecessary number of signs. It is by means of this excess that the calculus is rendered easy to use and that a symmetrical development of the subject is rendered possible ; at the same time, the number of primary formulæ is thus greatly multiplied, those signifying facts of logic being very few in comparison with those which merely define the notation. I have thought that it might be curious to see the notation in which the number of signs should be reduced to a minimum ; and with this view I have constructed the following. The apparatus of the Boolian calculus consists of the signs, =, > (not used by Boole, but necessary to express particular propositions) +, -, X, 1, 0. In place of these seven signs, I propose to use a single one.

    13. I begin with the description of the notation for conditional or « secondary » propositions. The different letters signify propositions. Any one proposition written down by itself is considered to be asserted. Thus,

    A

    means that the proposition A is true. Two propositions written in a pair are considered to be both denied.

    Thus,

    AB

    means that the propositions A and B are both false ; and

    AA

    means that A is false. We may have pairs of pairs of propositions and higher complications. In this case we shall make use of commas, semicolons, colons, periods, and parentheses, just as [in] chemical notation, to separate pairs which are themselves paired. These punctuation marks can no more count for distinct signs of algebra, than the parentheses of the ordinary notation.

    (…)

  • Canet, le 06 février 2006 Etude du rôle de superviseur à partir d’une connerie

    Canet, le 06 février 2006 Etude du rôle de superviseur à partir d’une connerie

    Canet, le 06 février 2006

    Etude du rôle de superviseur à partir d’une connerie

    M. B. : Je vous signale que je mettrai bientôt l’article fondateur de Peirce concernant la flèche sur le site ; ça va vous passionner, c’est extra, la joie se lit sur vos visages… (rires) En tout cas c’est un article intéressant. Bon, donc aujourd’hui c’est censé être un séminaire plus tranquille, parce que le dernier je crois que…

    Public : C’était bien.

    M. B. : C’était bien… bon, c’est vrai…

    Public : On a failli ne pas venir…

    M. B. : (rires) Donc vous voulez qu’on continue sur le… Remarquez que ce serait utile de continuer, mais auparavant je voulais…

    A. R. : … la question du refoulement originaire…

    M. B. : Eh bien, il me semble qu’on ne parle que du refoulement originaire, puisqu’il s’agit des fantasmes originaires. Les fantasmes originaires sont les premiers organisateurs du refoulement originaire puisque c’est à ce niveau que s’organisent les premières structures ; or, la première structure est la structure témoin du refoulement originaire, donc oui, réponse oui, tout à fait.

    D’ailleurs, afin de poursuivre un petit peu à ce sujet, je dirais que c’est intéressant parce qu’on est là, même si vous ne vous en apercevez pas trop, aux frontières du logique et de l’empirique.

    En fait, Vincent Mazeran, que j’aime bien, avait essayé de définir une nouvelle structure pathologique qu’il appelait « le sujet limite », c’est-à-dire le sujet à la limite d’être sujet, le sujet partiellement abouti comme sujet, ou encore partiellement barré ; et pour ce faire il parle d’une certaine difficulté dans le processus du refoulement originaire, ce qui implique un processus et il pose alors le problème suivant : est-ce que c’est un processus ou est-ce que c’est quelque chose qui est purement logique ?… On postule un refoulement originaire qu’on ne peut pas observer ; or, lui, il essaye justement de définir dans le processus même du refoulement originaire un certain nombre de phases et de déterminer quelle est la phase qui n’est pas advenue et a produit le sujet limite. Mazeran accorde une grande importance au sujet limite puisque c’est du fait du sujet limite que se posent toutes les somatoses, terme proposé par Oury pour remplacer ce terme merdique de psychosomatique : le terme somatose indique ici la prégnance du corps, cette fois-ci dans un exercice, somme toute, psychique.

    Mazeran a écrit plusieurs ouvrages en collaboration avec Sylvana Olindo-Weber : Les déclinaisons du corps , c’est le premier livre à ce sujet et le second c’est Pour une théorie du sujet limite , parus respectivement chez Hommes et perspectives qui est la maison d’édition de Le journal des psychologues et chez L’Harmattan.

    Alors bon… donc, finalement, en introduisant les fantasmes originaires, on peut sans doute faire une théorie processuelle en utilisant un petit peu, comme on a essayé de le faire ici, « les papillons de Szondi », et essayer de suivre l’élaboration de ces fantasmes dans tout ce système pulsionnel : voilà où nous en étions… c’est pour sortir un peu de la dimension purement logique du refoulement originaire. Bon, cela dit, je voudrais me livrer ici, en préalable, avant d’enchaîner sur la suite, à un petit exercice. Je ne sais pas ce que ça va donner, vous allez donc faire les frais de la chose… J’ai commis une erreur lors d’une supervision d’équipe, j’aimerais en parler pour essayer de comprendre moi-même ce qui s’est passé.

    (…)

  • Canet, le 30 janvier 2006 La fabrication des types par les fantasmes originaires : étude de la répétition dans les vecteurs sexuels et paroxysmaux. Le corps constitué comme la tessère du corps du père

    Canet, le 30 janvier 2006 La fabrication des types par les fantasmes originaires : étude de la répétition dans les vecteurs sexuels et paroxysmaux. Le corps constitué comme la tessère du corps du père

    Canet, le 30 janvier 2006

    La fabrication des types par les fantasmes originaires : étude de la répétition dans les vecteurs sexuels et paroxysmaux.

    Le corps constitué comme la tessère du corps du père

    M. B. : La dernière fois je vous avais un petit peu parlé de la question de la tessérisation du corps, des tessères, etc., soit un thème qu’on a longuement développé ici ; je vous disais qu’une des fonctions fondamentales de ces organisations corporelles sous forme de tessères c’est de présenter le signe.

    Dans ce sens elles présentent, elles portent ce qu’on appelle dans le jargon sémiotique, des « types »— le terme type est un terme simple et il n’y a pas de raison de s’en priver. Une définition des types ? Chaque type est une loi de formation de tessères. En somme, lorsque vous êtes en train de lire un mot, vous croyez lire le mot, alors que vous lisez de l’encre sur du papier, etc. et lire, c’est ainsi voir le type que ‘porte’ la tessère : le destin des tessères c’est, pour chacune, de présenter le type qui l’organise, comme l’occurrence porte la loi, pour l’interprétant (au sens de la pomme pour Newton).

    D’ailleurs, on peut observer qu’en anglo-américain la machine à écrire s’appelle type-writer : ce qui écrit les types. On lit directement les types et pas les tessères ; en principe il semblerait qu’ils devraient appeler ça token-writer puisqu’en anglais-américain tessère se dit token. Mais à la réflexion, la petite jambe articulée qui porte un caractère dans cette sorte de machine produit les tessères sur le papier, moyennant la frappe du writer et le défilement du ruban, se présentant ainsi bel et bien comme principe de formation desdites tessères.

    Il est frappant d’observer aussi que très peu de philosophes parlent du signe, alors que leur première tâche devrait consister à en parler, à tous les niveaux, ça cause mon étonnement… Parfois je suis sous le coup d’autres étonnements, et je m’étonne que de pouvoir encore m’étonner du caractère perpétuel de celui-là. En tout cas, il y a au moins quelques personnes qui en parlent.

    Le type est donc ce que présente la tessère, et il est essentiel dans la mesure où il fait partie du langage. J’insiste encore sur ce point. Ce matin, dans le cadre du travail avec une équipe, nous avons discuté longuement du truc des images pour les enfants autistes… c’est proche du Makaton, ça rappelle le Makaton, ça s’appelle le… en tout cas, les membres de cette équipe trouvaient extraordinaire que des enfants puissent communiquer avec des images. Il s’agit d’images qui permettent de dire : « je veux aller au w-c », « je veux faire ceci », « je veux faire cela »… Au sein de l’équipe certains étaient très contents, très fiers, en disant que ça permet de communiquer. Je regrette, on ne communique pas avec ça parce qu’on ne partage rien du tout. En fait, il s’agit de pictogrammes, mais ça ne permet pas de communiquer. La communication implique le partage d’informations concernant un objet commun aux personnes qui sont présentes, or, comment peut-on s’assurer qu’on parle bien du même objet… Il me semble qu’il y a là toute une difficulté qui renvoie à la question des types : le type n’est pas, en tant que tel, une image.

    Saussure dit que le signe est un élément à deux faces, comme une pièce de monnaie : le signifiant et le signifié ou ce que ses prédécesseurs appelaient l’image acoustique et le concept… l’héritage ! le signifiant hérite de l’image acoustique et le signifié hérite du concept.

    L’image acoustique c’est une image acoustique, or, le signifiant, en tout cas le type chez Peirce, n’est pas du registre de la simple image : l’image a un autre statut ; il ne s’agit pas de dénier la présence d’une image acoustique, c’est-à-dire l’évidence, mais de reconnaître que la réduction du signifiant à l’image acoustique est problématique, puisque le type est une loi. On est là face à quelque chose qui ne fonctionne pas, à savoir une psychologie empirique de la fin du XIXe siècle. Et il ne s’agit pas de quelque chose qui est à entendre comme ça, ce qui fait que lorsque Lacan parle du signifiant, il se débarrasse aussi, malgré tout, de l’image acoustique. S’il oublie partiellement le substrat de l’image acoustique chez Saussure, puisqu’il conserve une forme d’image, il en donne un tout autre sens qui, d’ailleurs, est beaucoup plus symbolique. C’était ça la question.

    Alors se pose la question du type… tout ce qui est du registre du langage est du niveau du type. Mais le type recouvre beaucoup d’autres situations ; par exemple, le code de la route où les panneaux sont des types et où les tessères sont particulièrement ‘visibles’.

    Le niveau du type sera celui du sens, de la signification, de sorte que tout le langage passera par les types, et ces mêmes types seront portés par — c’est une formule — par des tessères : les tessères sont des « porte-types » comme le dit Edwige Richer. Ensuite on peut prendre du recul l’espace d’un instant et se dire qu’on a ici, entre autres préoccupations, celle du fantasme originaire.

  • Le Dicopsycho

    Le Dicopsycho

    Le Dicopsycho

    Comme vous avez pu le constater, Ian Balat a pris quelques vacances… Pour ne pas laisser ce Blog-Tone en peine d’écriture, je voudrais vous faire partager le plaisir que j’ai pris l’autre jour à jouer à un nouveau jeu, Le Dicopsycho inventé par mon pote Piérô, dit Pierre Lasne, et son épouse attentive.

    Le jeu ? Un des joueurs, « le psy » écoute des récits de souvenirs faits par les autres joueurs et leur pose des questions à propos de celui-ci. Parmi eux, un seul évoque un souvenir authentique. Le psy a pour tâche de découvrir lequel des joueurs est sincère. La règle du jeu fixe la désignation, à chaque tour, du « psy », de celui qui doit parler vrai et de ceux qui doivent faire un récit mensonger. Un système de points est établi afin que, comme pour tous les jeux, une certaine compétition soit mise en œuvre. Les récits se doivent d’être de type associatif. En effet une liste de mots, tirés suivant la règle du jeu à l’aide d’un livret de « dicopsyco », est évoquée, et chacun doit choisir l’un d’entre eux fournissant la base de la remémoration du souvenir.

    Dans la mesure où le système de points pousse tous les joueurs à se montrer convaincants quant à leur authenticité, ce jeu permet de faire apparaître les divergences de situations effectivement vécues par certains des joueurs, lorsqu’il s’agit de personnes les ayant vécues ensemble.

    Il me semble que ce jeu aurait un intérêt certain pour traiter certaines pathologies de la mémoire. Le mode associatif par lequel il procède n’est pas sans évoquer, bien entendu, le travail analytique. Du coup chacun est amené, à son insu, à livrer certains éléments de sa personnalité qu’il ne laissait pas apparaître de façon évidente.

    On sort de ce jeu flottant dans la mare de ses propres souvenirs et, dans la mesure où les autres joueurs sont dans un état voisin, une certaine densité de partage devient évidente. Je pense que dans des groupes qui sont dans une communauté de vie ou de travail ce jeu pourrait servir pour cultiver ce que dans mon site, j’appelle usuellement le « musement ».

    Grâces soient rendues à Piérô, immortel auteur de « cabinet-village », immense interprète du « à la claire fontaine » de Francis Blanche, et dont la plume effilée nous a déjà livré un essai, le « communicationnaire » ainsi que ce beau polar, « le cri de la st-Jean ». Salut donc à l’archéodicospychopathe !

  • Éthique et travail social

    Éthique et travail social

    par Corinne Daubigny

    Un très bel article de Corinne Daubigny.

  • La revue « Institutions »

    La revue « Institutions »

    Voici le site de la revue Institutions sur lequel vous trouverez (entre autres) les articles d’anciens numéros.

  • « Documentaire sur grand écran »

    « Documentaire sur grand écran »

    L’inquiétante étrangeté de l’être,un cycle de films documentaires

    Un exemple de film proposé, le Dimanche 15 janvier à 11h le remarquable film,

    Séance présentée par Jean-Pierre Daniel, réalisateur, directeur de l’Alhambra Cinémarseille,

    LE MOINDRE GESTE de Fernand DELIGNY, Josée MANENTI et Jean-Pierre DANIEL

    France, 1971, 35mm, N&B, 105’

    Avec : Richard Brougère, Numa Durand, Anita Durand, Marie-Rose Aubert, Fabienne D., Monsieur T., sa femme et des amis cévenols, à côté d’Yves Guignard

    Ce film a d’abord été conçu comme une expérience – tentative, dirait Fernand Deligny – par l’équipe de chercheurs qui entourait Fernand Deligny dans les Cévennes et comme une trace des observations faites sur Yves, l’un des handicapés mentaux dont ils avaient la charge. Les images furent tournées par Josée Manenti (qui a participé aux recherches de Fernand Deligny pendant 13 ans). Montées 3 ans plus tard par Jean-Pierre Daniel, elles devinrent, par la grâce de son travail, un objet cinématographique où l’intention pédagogique s’efface pour devenir un document bouleversant. Un film singulier qui n’a pas cherché à atteindre un public et qui, rejoignant le cinéma des origines – par la qualité du noir et blanc et la densité des images – atteint l’universel.

    Rediffusion le dimanche 19 février à 18h

    Pour plus de renseignements sur l’ensemble des journées :

    www.doc-grandecran.fr

  • Sortie d’un livre

    Sortie d’un livre

    L’art c’est l’art

    Depuis Marcel Duchamp, diverses problématiques esthétiques ont provoqué enthousiasme autant que

    perplexité de la part du public. C’est la relation aux qualifications possibles “d’art” que cette rencontre

    a proposé de débattre. Au-delà des considérations psychologiques faisant de l’artiste du X Xe siècle une

    copie b e h aviouriste de celui que le XIXè m e après Kant, avait promu à grands renforts de génie et

    d’indigence sociale, les théories esthétiques récentes ont tenté d’éclaircir les points semblant contradictoires

    avec l’idée de libre arbitre, d’artiste fou, d’oeuvre globalisante, de chef-d’oeuvre, etc.

    La place des commissaires d’exposition devenue “créatrice”, la dimension souvent spectaculaire des

    modalités “artistiques” ont déplacé de façon conséquente les limites esthétiques jusque-là acquises. Que

    représente le ‘ “c’est” de l’art’ dans le contexte actuel ? Quelles formes de l’art traditionnel sont conservées,

    transgressées, éradiquées ? Quelles ruptures ? Quelles qualifications langagières ? La question implicitement

    contenue dans la tautologie “L’art c’est l’art” sous-tend cette autre : la subversion peut-elle être une définition de l’art ? f.c.

    Intervenants :

    I. ALZIEU. Maître de conférences en Hist. de l’art, Dpt d’arts plastiques, U. Toulouse II le Mirail (CERASA) – M.

    BALAT. Maître de conférences en sémiotique, U. de Perpignan, psychanalyste (IRSCE) – Y. BRETON. Maître de

    conférences associé, Centre U. de Nîmes – F. CARUANA. Plasticienne, Maître de conférences en Arts plastiques et sciences de l’art, U.Toulouse II le Mirail (IRSCE, CERASA) – D. CLEVENOT. Professeur en Arts plastiques et sciences de l’art, U. Toulouse II le Mirail (CERASA) – B. DERLON-LAVOLLÉE. Maître de conférences. Ethnologie. EHESS, Collège de France (CNRS) – A. CLEMENT. Artiste -V-E. GUITTER. Artiste, directeur école Supérieure d’Art de Perpignan – T. JAPPY. Professeur. English and North American studies. U. de Perpignan (IRSCE) – M. JEUDY- BALLINI. Maître de conférences. Ethnologie. EHESS, Collège de France (CNRS) – B. LAFARGUE. Maître de conférences en esthétique, U. M. de Montaigne Bordeaux III. Rédacteur en chef de Figures de l’art – J.-F. LEROY. Directeur artistique du Festival international de photo-journalisme VISA pour l’image – Y. MICHAUD. Philosophe, écrivain. Professeur à l’U. de Rouen. Membre de l’Institut Universitaire de France, responsable de l’U. de tous les Savoirs – S.PLANAS. Enseignant en philosophie. Doctorant. – J. RÉTHORÉ. Professeur. Département d ’ a nglais, U. de Perpignan. Directrice de l’IRSCE – J. TAFFANEL. chorégraphe, directrice du Pôle Chorégraphique Perpignan Catalogne – C. TALON-HUGON. Maître de conférences. Esthétique, Université de Nice.

    ISBN 2-914640-50-1 EAN 9782914640503

    En vente Librairie Torcatis, Perpignan Prix : 13 €

    COMMANDES

    à VOIXéditions, mas d’avall 66200 elne tél/fax 04 68 37 88 37

    email Site

  • Une chanson de Maryvonne…

    Une chanson de Maryvonne…

    « Mon moi »

    une chanson

    composée, écrite et interprétée

    par Maryvonne

    Documents joints

  • La folie au Japon

    La folie au Japon

    par Catherine de Luca-Bernier

    La folie au Japon

    Catherine de Luca-Bernier

    Afin de mieux comprendre l’importance du voyage de Jean Oury, c’est-à-dire la reviviscence de la psychothérapie institutionnelle au Japon, nous proposons un point sur l’état actuel de la psychiatrie et de la psychanalyse dans l’archipel, et, pour ce faire, nous reprendrons quelques notions historiques et culturelles de la notion de folie.

    Nous avons été aidé pour ce faire par plusieurs personnes au Japon :

      le Professeur Matsumoto, qui dirige l’hôpital psychiatrique public de Kyoto

      le Docteur Miwaki Yasuo, qui travaille à l’hôpital privé Konan, dans la banlieue de Kyoto. Cet hôpital est dirigé par le Docteur Kida.

      Mr Taga Shigeru, qui est Professeur à l’Université, spécialiste de Foucault, créateur du département « Culture et Institutions »

    Messieurs Miwaki et Taga sont à l’origine de l’invitation de Jean Oury au Japon en Juillet 2005.

    Nous avons également évoqué avec Jean Oury les liens entre la clinique de La Borde et le Japon. (…)

  • Qu’est-ce que je fous là ?

    Qu’est-ce que je fous là ?

    LA PSYCHIATRIE EN QUESTION

    Qu’est-ce que je fous là ?

    « ça fait longtemps que ça dure, mais ça ne fait que commencer »

    S. Beckett

    RENCONTRE

    MERCREDI 11 JANVIER 2006

    Jean Oury et Marc Ledoux

    avec la présence de Jacques Schotte

    à 19h30 amphithéâtre 302

    E N S A de Paris-la Villette

  • Canet, le 12 décembre 2005 Le vecteur paroxysmal, le fantasme de la scène primitive étudiés sous l’angle de l’implication.

    Canet, le 12 décembre 2005 Le vecteur paroxysmal, le fantasme de la scène primitive étudiés sous l’angle de l’implication.

    Canet, le 12 décembre 2005

    Le vecteur paroxysmal, le fantasme de la scène primitive étudiés sous l’angle de l’implication.

    Lors de la causerie du 28/11/2005 j’avais repris le sujet des connecteurs. Nous avions vu chaque connecteur l’un après l’autre, et puis nous avions essayé de voir comment tout ça s’agençait. Aujourd’hui il nous reste à voir l’implication, qui donne des soucis à tout le monde pour cette terrible raison qu’elle attire à elle une idée de causalité : « si ça alors ça, si ceci est vrai alors ceci est vrai », c’est-à-dire que la seconde idée est vraie parce que la première serait vraie, « si A est vrai alors B est vrai ». Mais, remarquez qu’on pourrait aussi inverser la causalité, « si A alors B » pourrait vouloir dire, précisément, que c’est parce qu’il y a B au fond de tout ça que A est vrai : « s’il pleut alors on se mouille », nous avons ici une vision quasiment causale de la chose, c’est réellement la pluie qui fait qu’on se mouille, et ce n’est pas parce qu’on se mouille qu’il pleut. Le problème c’est que cette idée ne nous permet pas véritablement de penser l’implication. En effet, admettant, « s’il pleut alors je suis mouillé » comme vrai, alors on peut s’interroger sur la signification de cette chose. Si l’on enlève l’idée de causalité la signification de cette chose sera située à plusieurs niveaux. Le premier niveau, qui m’intéresse ici, à cause du lien entre les différents connecteurs, c’est « ou il ne pleut pas ou je suis mouillé ». Cela signifie que « s’il pleut », par exemple, je ne suis donc pas dans « il ne pleut pas »… vous avez les deux ronds là, « il ne pleut pas et je suis mouillé ».

    Maintenant, si je dis « il pleut », je ne suis pas dans ce rond-là, donc je suis dans l’autre, dans la mesure où j’ai ou ça ou ça, et dans l’autre rond c’est « je suis mouillé », et on observe que cela fonctionne vraiment. Il existe des choses plus amusantes encore : « il ne pleut pas », donc je suis dans ce rond-là. Le problème c’est que je peux aussi être ans la lunule, auquel cas ce sera « il ne pleut pas et je suis mouillé », ce qui est embêtant, et pourtant le « ou » fonctionne toujours. Vous voyez que présenter les choses sous cette forme introduit quelque chose qui a l’air d’être un peu nouveau, à savoir le fait que je peux être dans la lunule. Au bout du compte il s’agit d’observer, avec ce qu’on avait appelé les tables de vérité et qu’on peut maintenant reconstituer différemment, que « l’implication n’est fausse que si la prémisse est vraie alors que la conclusion, c’est-à-dire la proposition conclusive, est fausse ». Le seul interdit qui persiste là-dedans c’est « si la prémisse est vraie et que la conclusion est fausse », autrement dit, il faut quasiment faire une lecture négative de l’implication. Si vous souhaitez vraiment savoir ce qu’il en est, plutôt que de regarder en détail, il est préférable d’avoir l’idée de la négation, « quand est-ce que l’implication ne fonctionne pas ? », ce qui permet d’aller souvent beaucoup plus loin que la première démarche. Par contre, ce qu’il nous faut admettre, c’est que nous sommes dans le monde de la logique classique, où « si ce n’est pas vrai c’est faux », autrement dit, dès que l’on a l’implication fausse, dans tous les cas on saura dans laquelle elle est vraie puisqu’on sait qu’il n’y a qu’un seul cas où elle est fausse.

    Si A et B sont vrais, on joue sur du velours, puisque la prémisse et la conclusion sont vraies. On descend dans le tableau, « A est vrai et B est faux » est interdit de façon absolue, est faux, donc la 2e ligne est fausse, 3e ligne, « A est faux et B est vrai », il n’y a pas de problème, nous ne sommes pas dans le cas de l’interdiction, et ce qui est encore vrai c’est « A est faux et B est faux ». L’implication est fausse, par contre dans tous les autres cas elle est vraie, et c’est cela qui rend les choses difficiles à comprendre, c’est-à-dire que, finalement, pour résumer l’ensemble :

    1, « l’implication est fausse si et seulement si A est vrai et B est faux », par contre il y a deux cas spécifiques de vérité constante dans l’implication qui sont :

    « si la conclusion est vraie alors l’implication est toujours vraie », et c’est là qu’on perd la causalité puisqu’on peut avoir une conclusion vraie quelque soit la prémisse, ce qui peut donner lieu absolument à tout ce qu’on veut, à toute folie, et, de même, « si la prémisse est fausse alors l’implication est vérifiée dans tous les cas », ce qui est aussi intéressant parce qu’on peut partir de rien d’admissible et pourtant on aboutira effectivement par une démarche logique, à savoir l’implication, à une conclusion qui est correcte.

    Cela a donné lieu à un débat orageux et hirsute qui a été pratiquement ouvert par les logiciens présocratiques, et qui s’est poursuivi jusqu’au milieu du XIXe siècle, mais on ne trouvera plus aujourd’hui un seul logicien qui défendra une autre implication que celle-ci.

    Je crois que c’est Lord Bertrand Russel… un type éminent qui avait mis en place le comité contre la guerre du Viêt-Nam alors qu’il était presque centenaire, et qui par ailleurs s’était illustré à la fin du XIXe siècle, en écrivant avec Lord Whitehead les Principia Mathematica, le grand livre des mathématiques, que Peirce détestait.

    Il n’aimait pas du tout Russel et à juste titre parce que Russell avait inféré dans sa logique — inspirée, comme celle de Peirce, de la logique de Morgan et Boole — cette idée que lorsqu’on pose une lettre elle vient à la place d’une qualité x, y ou z, elle est une certaine qualité. Pour dire les moutons noirs, il disait : « On appellera x, l’ensemble des moutons et y, noir, c’est-à-dire toutes les choses noires. Dans ce mode de pensée chaque terme représentait l’ensemble de tout ce qui tombait sous ce terme. Il s’agissait de considérer tous les moutons sans préciser, -dans leur esprit, comme ils étaient anglais, ils devaient avoir tous les moutons qui existaient, le mode de pensée anglais s’y prête-, et les noirs ce sont les choses noires qui sont là.

    Évidemment on pourrait leur dire : « Oui mais, les moutons possibles sont-ils là-dedans ? » — « Ah non, pas les moutons possibles. » — « Est-ce que ceux qui sont morts y sont ? » — « Ah, à la rigueur. » — « Est-ce que ceux qui sont à venir y sont aussi ? » — « On ne peut pas trop se projeter dans l’avenir. », donc ils posaient x et y et disaient : « Les moutons noirs seront représentés par le produit de x et de y », c’est-à-dire qu’on prend tous les moutons, et tout ce qui est noir, on fait l’intersection avec le « et », et on obtient tous les moutons noirs (qui sont pris dans la lunule).

  • Canet, le 28 novembre 2005 A partir du ‘et’ et du ‘ou’, étude de la constitution de l’objet, l’objet perdu, l’objet a, l’objet transitionnel

    Canet, le 28 novembre 2005 A partir du ‘et’ et du ‘ou’, étude de la constitution de l’objet, l’objet perdu, l’objet a, l’objet transitionnel

    Canet, le 28 novembre 2005

    A partir du ‘et’ et du ‘ou’, étude de la constitution de l’objet, l’objet perdu, l’objet a, l’objet transitionnel

    M. B. : Auriez-vous des questions pour m’aider à m’engager dans le sujet de la causerie d’aujourd’hui ?

    G. P. : Une question sur la rage par rapport au vecteur paroxysmal…

    M. B. : La rage c’est e-. Avant toute chose nous devons observer comment les choses s’arrangent dans le système de Szondi. Si on suit les différentes séries, les fameux papillons, par exemple si on considère ici la série P, paroxysmal, tout commence par e-. Cela se joue autour des deux facteurs e, épileptique, et hy, hystérique. Chaque facteur est ensuite lui-même divisé en deux classes, – et +, c’est-à-dire celle où ils sont surprésents et celle où ils sont surabsents, d’ailleurs il ne s’agit pas d’une véritable absence, mais d’un refoulement, vous avez alors e- e+, hy-, hy+. Le papillon du vecteur P commence par e-. Par exemple, ce sera : e- l’enfant crie. En effet, le cri est l’un des modes fondamentaux, primaires, qui permet de se situer dans le monde. Il est celui par lequel l’enfant se manifeste quand il voit quelqu’un s’approprier ce qu’il vise. Le cri est premier, et on peut dire qu’il s’agit là de toute la vision du e-. Dans le deuxième mouvement on va vers hy+, la tendance érotique, donc une manière d’aller vers l’autre, qui s’appuie sur le fait de masquer la rage. Dans le troisième mouvement, on passe de la liaison, tendance érotique hy+, au contraire, à savoir la destruction, hy-, où on retrouve effectivement le même facteur, mais élaboré cette fois-ci, avec un objet. Enfin, cela se conclut — il s’agit encore du vecteur hy — par le vecteur e+ qui est la béatification. En somme : on part de la rage, elle s’élabore dans le hy+/hy-, et elle se résout enfin en e+, béatification. La béatification étant ce passage, je n’ose pas dire sublimé, mais tout bien considéré il y a cependant quelque chose de cet ordre. À ce propos Lekeuche et Mélon écrivent que la question de la rage et du cri ne trouvera un début de point d’application pour une différenciation, entre la colère, l’envie, la jalousie, nées de la rage — et qui cependant appartiennent à un ensemble de sentiments divers d’une même catégorie qui peut être augmentée — que dans le fantasme de la scène primitive, précisément. C’est-à-dire que l’enfant e-, l’enragé — et on pourrait aisément relire 1968 à cette lumière — qui participera aux ébats, au débat des grandes personnes, dans la scène primitive, sera dans la position hy+. Il est vrai qu’il y a un temps où cela se passe de cette façon, ne serait-ce que par le regard, et tous les rêves de scène primitive montrent l’enfant dans cette position vis-à-vis de la scène. Il y participe soit dans la position du père, soit dans celle de la mère, et cela constitue l’un des enjeux de la scène primitive. Le troisième temps est le temps où il fait cesser la scène, hy-. D’ailleurs, on peut y suivre le trajet de l’hystérie, qui est d’abord celle de venir se lier à, à quelque chose qui se passe et qui séduit l’hystérique. Par exemple un couple amoureux, dans un premier temps, la position qu’on appelle habituellement l’ami de la famille, où l’enfant se lie, position hy+. Et puis rapidement ou bien d’ailleurs avant, cela dépend, mais enfin dans tous les cas, hy-, c’est-à-dire la tendance à faire cesser la relation du couple. Il s’agit là d’un classique qu’on peut lire dans tous les romans, cependant on donne au moins ici quelques éléments. Il est évident que dans cette situation, d’une certaine façon, l’hystérique, étant donné son rôle qui consiste soit à lier les deux par sa présence, soit à les séparer, ne choisit pas le sexe. La question sexuelle reste suspendue, d’où le débouché en e+ qui est la béatification. C’est-à-dire que l’hystérique deviendra assistante sociale, bienfaitrice, béate. Elle finit par quelque chose grâce à quoi elle sera en odeur de sainteté. Elle se dévoue pour les autres, de façon indistincte, ce qui est une façon de continuer à ne pas choisir, et de se trouver, cette fois-ci, dans une troisième position, le troisième sexe. « Il y avait trois personnes et les trois étaient de sexe différents ». Ce jeu entre hy+ et hy- est le jeu sexuel dans lequel hy+ est plutôt la dimension maternelle et hy- la dimension paternelle, et on peut y observer continuellement le jeu qui se joue sans qu’il y ait véritablement de choix qui soit opéré, d’où l’issue représentée par e+, le troisième sexe, la béatification. Voilà une des manières d’aborder la chose.

  • Jean Oury au Japon, Juillet-Août 2005

    Jean Oury au Japon, Juillet-Août 2005

    Jean Oury au Japon, Juillet-Août 2005

    Durant l’été 2005, Jean Oury s’est rendu au Japon pour présenter la psychothérapie institutionnelle, telle qu’elle est mise en oeuvre à la clinique de La Borde.

    Ce voyage s’inscrit dans une relation déjà ancienne entre La Borde et le Japon.

    Pour exemple, nous pouvons citer les visites de Danielle Roulot et François Pain au Japon, notamment à Okinawa et la relation qu’ils entretiennent avec SUGIMURA Masaaki (spécialiste de Félix Guattari).

    Celui-ci a d’ailleurs traduit en collaboration avec le Docteur MIWAKI Yasuo (l’un de nos hôtes, psychiatre) et MURASAWA Mahoro (étudiant de SUGIMURA) un livre où, entres autres, François Tosquelles, Jean Oury, Danielle Roulot, Jacques Pain et Félix Guattari s’exprimaient . Félix Guattari s’est d’ailleurs rendu à de nombreuses reprises au Japon.

    Il faut également signaler que beaucoup de japonais sont venus à la clinique, parmi eux, le Docteur MATSUMOTO (psychiatre, Directeur de l’hôpital public de Kyoto) que nous retrouverons lors de ce voyage. (…)

  • Réflexions de Sandor Ferenczi

    Réflexions de Sandor Ferenczi

    Réflexions psychanalytiques

    Sandor Ferenczi

    La psychanalyse a peu étudié jusqu’à présent ce symptôme névrotique très répandu que l’on désigne, suivant l’usage français, par le terme général de « tic » ou de « tic convulsif ». Dans un article où je décrivais les « Difficultés techniques d’une analyse d’hystérie » que j’avais dû surmonter dans un cas, j’ai fait une brève incursion dans ce domaine, formulant l’hypothèse que de nombreux tics pourraient s’avérer être des équivalents stéréotypés de l’onanisme et que le lien remarquable que l’on peut observer entre les tics et la coprolalie après suppression des manifestations motrices n’était peut-être rien d’autre que l’expression verbale de ces mêmes motions érotiques déchargées habituellement par les tiqueurs sous forme de mouvements symboliques.

  • Canet, le 21 novembre 2005 Dialectique des vecteurs Sch et du contact : le cheminement de la négation, l’ouvrir/fermer, la répétition, le ‘ou’.

    Canet, le 21 novembre 2005 Dialectique des vecteurs Sch et du contact : le cheminement de la négation, l’ouvrir/fermer, la répétition, le ‘ou’.

    Canet, le 21 novembre 2005
    Dialectique des vecteurs Sch et du contact : le cheminement de la négation, l’ouvrir/fermer, la répétition, le ‘ou’.

    Je vous recommande aujourd’hui plusieurs livres parus chez De Boeck, Dialectique des pulsions de Lekeuche et Mélon, et plus particulièrement les chapitres qui concernent le fantasme et la pulsion, et Szondi avec Freud , de ce bon Jacques Schotte. Nous préparons, Pierre Delion et moi-même, une édition de ses écrits. En effet, il n’a pratiquement pas été publié, alors qu’il a beaucoup écrit. Ça se présente sous la forme d’une quinzaine de polycopiés. Ce type génial est philosophe, médecin, et psychiatre. On peut le voir présenter Lacan sur la vidéo du séminaire de Lacan à Bruxelles. Je sais que ces ouvrages sont épuisés, mais je ne peux pas mettre les textes en ligne parce qu’ils seront réédités. Cela supposerait que je demande l’autorisation, ce qui est un peu compliqué. Alors il y a celui-là, « Fantasme originaire, nosographie psychiatrique et positions personnelles ». Il s’agit de l’exposé de quelqu’un qui a une culture extraordinaire.

    La semaine dernière nous avions repris les rapports entre les fantasmes originaires et les connecteurs logiques, en essayant de voir comment ça pouvait se passer. Je résumerai les choses en les reprenant dans l’ordre. Ce qui est intéressant, c’est que Jacques Schotte propose, dans les vecteurs de Szondi, une lecture triadique de la tétrade. Il dit : « Il y a une sorte de circuit pulsionnel général qui prend son départ au niveau du vecteur de contact — pour nous il s’agit du « ou » — pour aboutir à travers la médiation des vecteurs sexuel et paroxysmal — pour nous il s’agit du « et » et du « implique » — pour aboutir au vecteur du moi, c’est-à-dire le vecteur Sch — pour nous il s’agit de la « négation. » Il y aurait trois temps. Au début Contact, 1, ça finit par Sch, 3, et ça passe par sexuel/paroxysmal qui se dédouble d’une certaine façon. Au fond le sexuel/paroxysmal on peut dire que c’est organisé autour de deux notions, qui sont évidemment la sexualité pour le vecteur sexuel, et la question centrale chez Szondi, savoir la question de la rage, pour le vecteur paroxysmal. Comment s’élabore la rage ? Le vecteur paroxysmal est très intéressant.

    Derrière le vecteur P, il y a la scène primitive, l’Œdipe… je vous ai dit qu’avec l’implication, on a la possibilité de circulation, dans l’ensemble, etc. Nous devrons réfléchir à ça parce que l’ordre dans lequel Szondi les pose, c’est-à-dire en un, le vecteur C, en deux, la paire S/P, et en trois le vecteur Sch est quelque chose qui est assez clair, mais l’intérêt c’est de comprendre que les connecteurs logiques qui sont associés ne paraissent pas suivre la même logique. Il serait intéressant de voir, par exemple, que le vecteur Sch, le vecteur du moi, avec les deux composantes fondamentales, k et p, catatonie et paranoïa, le sommet, se termine par la négation, ce qui nous obligerait évidemment à nous interroger sur cette négation placée au sommet du circuit, à la fin, alors qu’a priori, on devrait commencer par la négation. Cela constitue un phénomène très curieux, et Jacques Schotte introduit ici quelque chose d’extrêmement intéressant en disant que la question de la castration se pose autour de ouvrir/fermer.

  • Résistances

    Résistances

    Résistances

    Vous savez c’est quelque chose à quoi je m’amuse chaque fois qu’on me donne – comme disait Viader – des exotitres, donc des titres qui tout à coup me mettent devant la nécessité de penser à autre chose autrement… Moi, en général je vais faire un tour du côté de Benveniste, mais j’ai d’autres armes… J’ai Arnault et Meillet qui sont bien. C’est en latin. Il se trouve que j’étais nul en latin, j’étais dernier, d’ailleurs on m’a chassé de la classe de latin au bout du compte ; ils ont bien fait ! Mais ça fait rien : j’ai des restes… Le verbe “sistere” rentre dans beaucoup de termes : exister, insister, résister… Ce verbe, il le rapporte, à sto, stare et il dit finalement : entre sto – stare et sisto – sistere, il y a un rapport d’indéterminé à déterminé. C’est-à-dire qu’en fait, stare, c’est une forme d’indétermination, on se tient vaguement quelque part, alors que dans sistere, c’est vraiment quelque chose qui est déjà d’une certaine façon accompli.

    Après, il fait remarquer que la racine sto est une racine très importante qui tourne autour de la question de se tenir debout ; ce qui est tout de même quelque chose d’intéressant parce que l’on voit bien qu’en somme, c’est autour de ça qu’on est. Comment se tenir debout ?

    Je vous fais grâce d’élucubration personnelle que je n’ose jamais produire en public, que je publie en privé : je crois que c’est les pieds qui sont le fondement de la pensée.

    Se tenir debout, se tenir sur ses pieds, c’est l’idée fondamentale semble-t-il autour de ces verbes. On peut regarder un peu plus en détail les verbes en question.

    (…)

  • Notes sur le Futur Antérieur

    Notes sur le Futur Antérieur

    Notes sur le Futur Antérieur : bref commentaire autour d’un extrait d’un séminaire de Lacan

    Voici l’extrait en question

    « D’une part, l’inconscient est (…) quelque chose de négatif, d’idéalement inaccessible. D’autre part, c’est quelque chose de quasi réel. Enfin, c’est quelque chose qui sera réalisé dans le symbolique ou, plus exactement, qui, grâce au progrès symbolique dans l’analyse, aura été. Je vous montrerai d’après les textes de Freud que la notion de l’inconscient doit satisfaire à ces trois termes. Mais je vais tout de suite vous illustrer le troisième d’entre eux, dont l’irruption peut vous paraître surprenante.

    N’oubliez pas ceci : Freud explique d’abord le refoulement comme une fixation. Mais au moment de la fixation, il n’y a rien qui soit le refoulement : celui de l’homme aux loups se produit bien après la fixation. La Verdrängung est toujours une Nachdrängung. Et alors, comment expliquer le retour du refoulé ? Si paradoxal que ce soit, il n’y a qu’une façon de le faire : ça ne vient pas du passé, mais de l’avenir.

    Pour vous faire une idée juste de ce qu’est le retour du refoulé dans un symptôme, il faut reprendre la métaphore que j’ai glanée chez les cybernéticiens – ça m’évite de l’inventer moi-même, car il ne faut pas inventer trop de choses.

    Wiener suppose deux personnages dont la dimension temporelle irait en sens inverse l’une de l’autre. Bien entendu, ça ne veut rien dire, et c’est ainsi que les choses qui ne veulent rien dire signifient tout d’un coup quelque chose, mais dans un tout autre domaine. Si l’un envoie un message à l’autre, par exemple un carré, le personnage qui va en sens contraire verra d’abord le carré s’effaçant, avant de voir le carré . C’est ce que, nous aussi, nous voyons. Le symptôme se présente d’abord à nous comme une trace, qui ne sera jamais qu’une trace, et qui restera toujours incomprise jusqu’à ce que l’analyse ait procédé assez loin, et que nous en ayons réalisé le sens. Aussi peut-on dire que, de même que la Verdrängung n’est jamais qu’une Nachdrängung, ce que nous voyons sous le retour du refoulé est le signal effacé de quelque chose qui ne prendra sa valeur que dans le futur, par sa réalisation symbolique, son intégration à l’histoire du sujet. Littéralement, ce ne sera jamais qu’une chose qui, à un moment donné d’accomplissement, aura été. »

    Commentaires en vue d’une lecture

    Classiquement le futur antérieur (FA) est considéré comme le temps permettant d’indiquer qu’un événement au futur (F) est antérieur à un autre événement du futur, pex « quand j’aurai terminé (FA) ce texte, je l’enverrai à (F) la revue Institution ». Aurait-on pu dire « si je termine ce texte, je l’enverrai… » ? Là, l’événement qu’est l’achèvement du texte n’est plus supposé, seule sa possibilité l’est. Dans le moment béni où j’aurai enfin clos cet écrit, alors la phrase suivante « ce texte est terminé, je l’envoie… » aura eu comme objet un événement qui a eu lieu. Ainsi trois types d’événements sont considérés, selon trois modalités : supposé, possible, accompli. Allez-vous objecter qu’il aurait pu être dit « quand je terminerai ce texte, je l’enverrai… » ? Ç’aurait été dire moins, car d’une part le lien de subordination, ne serait-ce que temporelle, entre les deux propositions « terminer ce texte » et « envoyer ce texte à… » serait une question de fait (la secondéité chez Peirce) et non d’intention (la tiercéité), d’autre part la fin de l’article est encore une question de fait et non d’événement. Cette distinction entre « fait « et « événement » peut être lue ainsi. Un fait s’oppose à tout ce qui n’est pas ce fait, il est exprimable par une proposition, pex « l’article est terminé ». Un événement procède de la rencontre d’un fait venant du passé et d’un fait venant du futur et s’exprime par la conjonction de deux propositions contradictoires, pex « l’article n’est pas terminé » et « l’article est terminé ». Il y a dans l’événement, au-delà de sa formalisation, une référence au processus, à deux procès dont les flèches temporelles sont opposées : l’« en train de s’écrire » s’oppose à la remontée temporelle, le voyage à l’envers du texte, de sa réception par les éditeurs à son achèvement.

    Il serait sans doute précieux de rapporter ici ce qu’une amie, Janice Deledalle-Rhodes, m’écrivait récemment : « L’arabe n’a que l’Accompli et l’Inaccompli. Comme ces noms l’indiquent les actions terminées s’expriment à l’accompli, et celle qui ne sont pas terminées à l’inaccompli, y compris celles qui n’étaient pas encore terminées dans un discours au passé, ce qui fait que la concordance des temps à la française n’existe pas. Toutes les autres nuances de temps peuvent être rendues par des particules, des préfixes, certaines formes du verbe ‘être’, etc. Blachère donne un exemple en arabe d’un accompli d’un verbe accompagné de l’inaccompli du verbe ‘être’ en disant que c’est ‘habituellement traduit en français par le futur antérieur’. » On voit le rapprochement avec ce qui vient d’être écrit concernant le processuel : si le verbe est à l’accompli, l’événement a eu lieu, mais si le verbe « être » est à l’inaccompli, c’est que le lien avec ce qui est accompli est en train de se faire, mais n’est pas encore fait. Là encore il y a une dimension de supposition à savoir celle de l’accompli. Ceci peut nous amener à revenir quelque peu sur cette triade des modalités d’événements : possibles, actuels et supposés.

    Envisager un événement comme possible revient en somme à formuler deux propositions contradictoires quelconques, nous dirons qu’un tel événement se « produit » en un temps 0, un temps d’avant tout temps, un temps subjonctif. Le saisir comme actuel, c’est dire qu’il « a lieu » comme événement et, dans sa formalisation par des propositions contradictoires, qu’il « a eu lieu », dans un temps 1, un temps passé, ramassé sur lui-même, unifié. Enfin, le considérer comme supposé (dans le sens que nous venons de donner à ce terme), c’est l’affirmer comme se situant dans cette double polarité, entre le possible et l’actuel, entre le 0 et le 1, dans un temps ouvert, dans un futur antérieur ordonnant les propositions contradictoires dans le temps et posant la question de l’actualité à venir. Sans doute est-ce là aussi la logique du sujet. Dans L’Identification , Lacan propose ceci : « Le je littéral dans le discours n’est sans doute rien d’autre que le sujet même qui parle, mais celui que le sujet désigne ici comme son support idéal c’est à l’avance, dans un futur antérieur, celui qu’il imagine qui aura parlé : « il aura parlé ». Au fond même du fantasme il y a de même un « il aura voulu ». » Le sujet est « supposé ».

    Le temps de la loi

    Si des événements peuvent être supposés, qu’en est-il du « supposant » ? Par le fait même de la supposition se pose la question de la Loi, car il y a un ordre, donc quelque règle dans la succession de ceux-là. Nous pouvons ainsi traiter des événements comme des occurrences d’une loi. Que les cendres de ma pipe, dont le domaine d’élection est le fourneau de celle-ci, se retrouvent au sol, et j’incriminerai certes quelque maladresse de ma part, par exemple une expiration nasale trop appuyée, mais j’y verrai surtout une occurrence de la dure loi de la pesanteur. Il ne serait pas faux de dire « la chute des cendres a été une occurrence de la loi de la pesanteur ». Mais alors j’aurai mis l’accent sur l’occurrence : la loi aurait pu aussi bien cesser de produire ses effets après cette chute-là. Par contre la phrase « la chute des cendres aura été une occurrence de la loi de la pesanteur » met l’accent sur la continuité d’exercice de la loi. Est-ce à dire que le temps de la loi serait le futur antérieur ? que la loi émerge du hors-temps, 0, du possible, pour aller vers la complétude du temps clos, 1, du passé, plongée dans un futur antérieur, entre le 0 et le 1, au point où l’on pourrait dire « la loi est la collection des occurrences qui auront été subsumées sous elle » ?

    S’il en était ainsi, alors nous verrions la loi se dégager par abduction à partir du temps 0, celui des occurrences possibles, trouver sa formule approchée par induction en considérant le temps 1, celui des occurrences passées, et trouvant sa formule « finale » (idéale) dans l’entéléchie aristotélicienne.

    On voit ici le lien avec le texte autour duquel se constitue celui-ci : la loi du symbolique est au futur antérieur, elle vient de l’avenir, comme l’interprétant dans la sémiose, et qu’un symptôme soit reconnu comme produit d’une occurrence de cette loi détache le refoulement du présent éternel pour l’insérer dans l’ordre du passé. L’opération proprement sémiotique est ici celle de l’interprétant final.

    « Ce texte est terminé » !

    Michel Balat

  • Le Collectif, Jean Oury : préambule à la réédition

    Le Collectif, Jean Oury : préambule à la réédition

    Préambule

    L’éditeur a souhaité que figure un préambule à ce séminaire de Jean Oury intitulé ‘Le Collectif’. Un préambule et pas une préface ou un avant-propos, ni un avertissement. Donc, quelque chose d’écrit avant qu’on aille et vienne dans le texte – nous sommes au niveau du vecteur C szondien -, une prise de contact en somme.

    Depuis l’élaboration improvisée, comme à l’accoutumée, de ce texte (1984-85) et son édition (1986), Jean Oury continue à bâtir des amers pour le ‘chemin qui se fait en marchant’ au cours de ses séminaires mensuels de Ste-Anne. Cette année (2005-6) ce sera ‘ De l’expérience’, mais il y a eu ‘Hiérarchie et sous-jacence’, ‘Le pragmatisme’, ‘Le singulier’, ‘L’objet a’, ‘Le politique’, etc. Ces soirées à St-Anne sont d’une rare densité, comme le texte qui suit en témoigne, mais tout se lit aisément, tout se lie, se lisse, glisse.

    Pourtant « Rome brûle » ; mais parce que, comme le dit le poète, « elle brûle tout l’temps », il faut bien continuer à penser, parler, écrire, témoigner, tout cela parfois dans la honte ; le rouge au front, – au front de la folie, comme notre cher Tosquelles empoignant celle-ci au plus près des affrontements sanglants de la guerre civile d’Espagne. Car c’est là, des leçons de cette guerre, qu’il a bien fallu penser les rapports entre l’État et ses institutions d’État, ses ‘établissements’, et le tissu d’institutions, les associations, amicales, clubs, syndicats, mutuelles, que dire encore !, créées pour être près du ‘singulier’, de l’être cheminant.

    C’est précisément là que l’ouvrage, où le lecteur va déambuler, jette une vive lumière. Saisissant une première articulation, celle de l’établissement et des institutions de cet établissement, puis une deuxième, celle entre ces institutions et un-chacun (comme le dit Tosquelles), cet opérateur qu’est le Collectif permet le jeu de cette double articulation. Une vraie relation triadique, donc d’un registre conceptuel. C’est là que Jean Oury, à l’instar de Lacan, de Peirce, propose d’identifier cet opérateur à ce que permet la double articulation dans le langage. Qu’on lise cet article qu’il cite souvent, ‘Le rapport de l’homme occidental au langage’ de Johannès Lohmann, pour saisir l’importance de cette identification.

    Quel bonheur de rendre possible par cette nouvelle édition la continuité de la diffusion de cette parole, de cette pensée !

    Michel Balat, Canet-en-Roussillon le 14 septembre 2005

  • Canet, le 14 novembre 2005 Etude de chacun des connecteurs logiques comme éléments indissociables du langage et porteurs des fantasmes originaires

    Canet, le 14 novembre 2005 Etude de chacun des connecteurs logiques comme éléments indissociables du langage et porteurs des fantasmes originaires

    Canet, le 14 novembre 2005

    Etude de chacun des connecteurs logiques comme éléments indissociables du langage et porteurs des fantasmes originaires

    Je suis désolé, après Oury ça va être dur, mais tant pis, il faut assumer.

    J’aimerais reprendre, parce que ça m’a donné le temps de réfléchir un peu sur le sens où nous allions. Je vous ai fait souffrir pendant quelque temps sur toutes ces horreurs de logique pure, et je me disais que, quand même, il fallait peut-être calmer un peu le jeu et essayer d’aborder les choses autrement pour retrouver ce qu’on a mis en place d’une autre façon — et non pas de cette façon presque déductive qui était épouvantable. Alors je me suis dit que ça vaudrait peut-être le coup de reprendre ce petit livre de 1964 intitulé Fantasme des origines, origine du fantasme , hautement recommandable et remarquable parce qu’il pose vraiment des questions intéressantes. Je me propose de vous en faire un (très, trop) bref résumé.

    Il est introduit par une démarche un petit peu historique, qui ne me paraît pas inintéressante, à savoir, comment le concept de fantasme est arrivé chez Freud ? En somme : tout commence par la théorie de la séduction. Les hystériques ont été réellement traumatisées à la suite d’une séduction qui introduit la sexualité de l’extérieur chez l’enfant et, dans la mesure où elle est introduite de l’extérieur, dans un premier temps le premier événement dit traumatique ne l’est pas, traumatique, parce que c’est comme s’il ne se passait rien, et il faut attendre un deuxième événement qui se situe au moment de la puberté, qui n’est pas traumatique directement. C’est la conjonction de ces deux événements qui, parce qu’il y a quelque chose de commun entre les deux, provoque le traumatisme. Donc le traumatisme est toujours instauré après coup, le deuxième temps venant instaurer le premier comme traumatique. Cette idée très claire posait évidemment un problème puisque ça revenait à nier la sexualité infantile en affirmant que ça venait de l’extérieur, comme s’il fallait attendre une certaine maturation sexuelle pour que l’événement devienne réellement traumatique. Pour un tas de raisons qui ne sont pas des plus intéressantes pour nous, Freud abandonne cette position en disant que cette chose-là est en fait ce qu’il appellera un fantasme de séduction, fantasme de base, c’est-à-dire que ce n’est pas un événement qui a eu lieu réellement, mais un événement qui a une réalité psychique. Évidemment ils parlent longuement de la réalité. Qu’est-ce que la réalité matérielle, la réalité psychique, leur différence ?

    Il y a là tout un désordre compliqué qu’on a essayé d’aborder l’année dernière, notamment cette question de la réalité, que j’ai un petit peu reprise cette année. Les choses se posent dans un deuxième temps sous cet angle, c’est-à-dire que l’enfant a une sexualité de base, et c’est dans ce cadre que se constitue un fantasme qui est le fantasme de séduction. Mais s’il y a un fantasme qui est à peu près régulier dans l’espèce, cela signifie qu’il doit avoir lui-même une origine, sans quoi on ne le trouverait pas chez tous les petits d’homme, puisqu’ils ne vivent pas les mêmes choses. Là, Freud, accompagné très largement par Ferenczi, — qu’on peut lire entre autres dans Thalassa où il propose une sorte de métapsychologie originaire, — pose l’idée qu’il doit y avoir quelque chose d’originaire, et que peut-être ce fantasme a été dans l’humanité, à un moment donné, quelque chose qui s’est produit, et s’est instauré phylogénétiquement, jusqu’au point où même dans l’ontogenèse de l’enfant on peut retrouver ce fantasme, avec toujours ce souci permanent de Freud qui est intéressant, et que Laplanche et Pontalis appellent le souci de l’indice, ce qui est vrai, Freud a toujours eu ce souci de l’indice. En somme c’est toujours par un indice que quelque chose se fait valoir. Seulement un indice a toujours sa propre archéologie, sa propre histoire, sa propre origine, donc la question est celle de l’origine première de l’indice, qu’il pose dans l’espèce a un certain moment de son développement. Dans le dernier manuscrit de Freud, qu’on a découvert il y a une vingtaine d’années, il décrit les glaciations, l’instauration de l’hystérie, de la névrose obsessionnelle, de la paranoïa, comme suivant plusieurs étapes de ce qu’a été le développement de l’humanité, et qui sont des restes de ce que l’homme a été obligé de déployer dans ces différents moments par lesquels il est passé. Ce qui constitue une idée extrêmement intéressante. La question qui, à mon sens, reste en suspens c’est que, malgré tout, on n’y voit pas bien le rapport avec la question du langage. C’est-à-dire que si le fantasme est un récit portant sur un certain objet, ce dernier serait donc le véritable fantasme et le récit serait une mise en récit de quelque chose qui serait instauré — donc dans la deuxième version freudienne — phylogénétiquement, quelque chose qui resterait dans les gènes, un petit peu au sens de Szondi, comme s’il y avait quelque chose qui allait pouvoir traverser le temps, et qui serait le germe même du fantasme.

    C’est là que je propose un renversement de cette chose. Il me semble que, ce point de vue, c’est celui que Lacan a apporté. Il consiste à dire : peut-être faudrait-il trouver dans le langage lui-même et dans ses contraintes la base-même du fantasme. C’est-à-dire que le langage ne serait pas simplement quelque chose qui permettrait de communiquer ou même de se communiquer éventuellement un récit, mais la chose-même qui est mise en scène, et qu’ainsi le fantasme serait quelque chose qui appartiendrait à la fonction-même du langage, et prendrait sa source et sa réalité dans le langage lui-même. Et dans ce que je vous propose, je vous dis à peu près ça. Il faut distinguer langue et langage. L’idiolecte est du côté de lalangue en un seul mot, mais le langage est quelque chose qui est plutôt du côté de la structure. D’ailleurs je me suis toujours demandé pourquoi Lacan disait « l’inconscient est structuré comme un langage ». Il devrait dire que l’inconscient est un langage puisque le langage c’est l’être-même de la structure, c’est-à-dire quelque chose qui est structuré fondamentalement. Il y a là des positions très importantes, comme par exemple celle qui consiste à saisir que l’enfant autiste est dans le langage, — ce que Lacan appelle le parlêtre, — certes de manière problématique mais il est dans le langage. C’est dans ce sens-là que je prendrais le langage, même s’il est vrai qu’il existe des appréciations différentes. On peut prendre la langue (en deux mots) au sens général, celui de Saussure, mais lalangue (en un seul mot) est le point d’insertion dans le langage, ce dernier étant lui-même la structure qui le porte. Or, dans le langage, il y a quelque chose qui peut être la structure de toute langue possible, que les auteurs du moyen-âge appelaient la « grammaire spéculative ».

  • Le pli

    Le pli

    Voici le nouveau site des Éditions le pli.

  • Les connecteurs (à télécharger)

    Les connecteurs (à télécharger)

    Certains des connecteurs n’apparaissent pas sur ce texte, mais sont présents dans le fichier à télécharger.

    Tableau de Szondi

    Vecteurs S P Sch C
    Facteurs h & s e & hy k & p d & m
    Verbes Avancer-reculer Entrer-sortir Ouvrir-fermer Aller-venir
    Fantasme Séduction Scène primitive Castration Régression
    Connecteur Et (?) Implique (?) Négation (¬) Ou (?)

    Les connecteurs obtenus par les ‘Tables de vérité’

    Connecteur A Proposition B Proposition ¬A négation A ?B conjonction A ?B disjonction A ?B implication A ?B Flèche de Peirce A ?B Barre de Sheffer
    Valeurs de vérité V V F V V V F F

    |V |F |F |F |V |F |F |V|

    |F |V |V |F |V |V |F |V|

    |F |F |V |F |F |V |V |V|

    Les 4 connecteurs obtenus par la ‘flèche de Peirce’ et par la ‘barre de Sheffer’

    Connecteur Négation (¬) Et (?) Ou (?) Implique (?)
    Flèche de Peirce (?) A ?A (A ?A) ?(B ?B) (A ?B) ?(A ?B) [(A ?A) ?B] ?[(A ?A) ?B]
    Barre de Sheffer (?) A ?A (A ?B) ?(A ?B) (A ?A) ?(B ?B) [A ?(B ?B)] ?[A ?(B ?B)]
  • Histoires rocambolesques de l’élection cantonale 1976 en Roussillon

    Histoires rocambolesques de l’élection cantonale 1976 en Roussillon

    « Le destin d’une préface étant imprévisible, le préfacier est libre de toute intention vis-à-vis du lecteur. Mon cher Louis, c’est donc à toi que s’adressent ces quelques mots d’amitié. »

    Ainsi commençait cette préface écrite il y a une dizaine d’années. Louis Monich vient de mourir, à 66 ans, assassiné dans des conditions non encore élucidées. C’était un ami cher, le deuil est difficile. Nous nous connaissions depuis 30 ans. Chaque histoire d’amitié a son rythme, le nôtre était majestueux mais chaque rencontre était riche et pleine.

    Cher Louis, je te rappelle les derniers mots de la préface : « Que Théophraste t’aie en sa sainte garde. » Qu’il en soit donc ainsi, maintenant que tu as accédé à l’immortalité.

  • Journée avec… Jean Oury

    Journée avec… Jean Oury

    Le 12 novembre la troisième « Journée avec… », après celles de Pierre Delion et de Danielle Roulot, se tiendra avec Jean Oury, médecin-directeur de la clinique de La Borde. Ceux qui veulent participer à cette journée (les places seront comptées !) peuvent utiliser le document (en .pdf) joint à cette annonce.

  • Canet, le 26 septembre 2005 Etude du fantasme comme articulation de l’Imaginaire au monde.

    Canet, le 26 septembre 2005 Etude du fantasme comme articulation de l’Imaginaire au monde.

    Canet, le 26 septembre 2005

    Etude du fantasme comme articulation de l’Imaginaire au monde.

    Oui, Fabien a envoyé un mail pour redire que les causeries s’adressaient maintenant beaucoup plus aux psy, et qu’il se sentait donc moins impliqué. Cela le faisait moins rêver et du même coup il préférait ne plus venir, voilà. On le regrettera beaucoup.

    Avant de reprendre les fantasmes originaires je me disais qu’il serait peut-être utile de reprendre une question que nous avions abordée lors de la causerie du 19 septembre et qui, à mon sens, légitime ce que j’ai raconté l’année dernière : le fait d’utiliser les fantasmes en leur attribuant comme fonction d’installer les connecteurs logiques.

    Je ne sais pas si l’on a examiné le fantasme avec suffisamment d’attention lundi dernier. Il me semble que parfois on fasse comme si les fantasmes étaient évidents, mais ce sont de drôles d’objets qui se manifestent à nous… on pourrait interroger leur nature en général comme leur fonction… Vous savez que la nécessité de l’écrire avec ph ou avec un f est un débat de vieille date. Des propositions très précises consistent par exemple à réserver le ph au fantasme inconscient et le f au fantasme conscient. Il me semble que ce n’est pas utile. J’ai moi aussi hésité longtemps, mais un fantasme orthographié avec ph ou f reste un fantasme.

    L’idée consiste évidemment à donner aux fantasmes inconscients une place tout à fait particulière. Il reste qu’il n’est pas nécessaire de distinguer des fantasmes conscients ou inconscients qui remplissent, d’une façon ou d’une autre, la même fonction, selon un artifice orthographique qui, de plus, n’est pas même sensible à l’oreille.

    L’idée que nous avons balayée l’année dernière avec toutes sortes de balais, des gros à crin et des balayettes plus fines, était celle de la réalité. Dans le sens commun du terme, le fantasme est ce qui se distingue de la réalité. Or, d’après ce que nous avons observé et détaillé avec un grand nombre d’outils très lourds, de telle sorte que toute la philosophie du monde nous est alors tombée sur le râble, une telle distinction ne pouvait être patente puisque, la réalité étant psychique, le fantasme est partie intégrante de la réalité. Le fantasme a donc une certaine fonction dans l’économie psychique et celle-ci ne consiste pas à fabriquer un monde qu’on appellerait à tort imaginaire par rapport au monde réel et bien réel dont on dispose, puisqu’en dernière analyse nous avons pu dire, là aussi, que la réalité c’est pratiquement l’imaginaire. Dans son essence la réalité est l’imaginaire, avec cette idée toute simple qu’il est nécessaire que notre esprit porte le monde, sans quoi l’on ne pourrait pas avancer. Si je ne m’attendais pas à trouver la table ici, jamais je ne me reposerais dessus, ce qui signifie que le monde est parfaitement constitué dans mon imaginaire.

    Bon, évidemment il ne faut pas confondre l’imaginaire avec le privé. L’imaginaire est public, c’est quelque chose qu’on partage, sur quoi on s’accorde avec nos contemporains, parfois des inepties. Quand j’étais gamin, j’étais un fanatique de la mythologie grecque, et mes livres de chevet étaient des éditions abrégées de l’Iliade et de l’Odyssée — je n’ai lu les éditions intégrales, les vraies, que beaucoup plus tard. Je me souviendrai toujours du duel de Pâris et de Ménélas, et de l’intervention d’Aphrodite. Je voyais Pâris lutter comme une bête au milieu de la poussière, du sang, des larmes et des cris, je voyais Aphrodite le voiler « d’un brouillard épais », puis l’enlever, avant de le ramener sur le Mont Œta, et je me disais : « Mais ils y croyaient ! ». S’ils n’y avaient pas cru, ç’aurait été absurde ; ils y croyaient, donc il était nécessaire que les dieux interviennent réellement. Tout bien considéré, même l’église catholique demande que les miracles soient confirmés.

  • Canet, le 19 septembre 2005 Rappel sur le lien entre les connecteurs logiques, les fantasmes originaires et les circuits pulsionnels szondiens.

    Canet, le 19 septembre 2005 Rappel sur le lien entre les connecteurs logiques, les fantasmes originaires et les circuits pulsionnels szondiens.

    Canet, le 19 septembre 2005

    Rappel sur le lien entre les connecteurs logiques, les fantasmes originaires et les circuits pulsionnels szondiens.

    Cette nouvelle année sera consacrée au fantasme parce qu’elle est le prolongement d’une fin d’année pendant laquelle nous avons eu des idées un petit peu décapantes à ce sujet, et nous continuerons à interroger le fantasme pour voir ce qu’on peut en extraire.

    Donc il faudrait que je fasse un résumé des chapitres précédents. Nous avions d’abord essayé d’explorer la question de la réalité et du réel, ce qui avait pris beaucoup de temps. Je suis en train de corriger les séminaires pour les mettre en ligne et je ne pense pas que beaucoup de choses extraordinaires aient été dites. Pour le moment j’assume ce qui est écrit, par ailleurs j’assume aussi ce que j’ai dit. Si on n’assume pas ses conneries c’est la fin de tout. En particulier la distinction qu’on pouvait faire entre le réel et la réalité me paraît à peu près tenable, indépendamment des catégories de Peirce. Au fond la réalité est ce que l’on s’attend à voir, par exemple vous tournez la poignée de la porte et puis elle tourne, c’est à dire qu’il n’est pas douteux que la réalité est psychique. De ce point de vue, pour faire un résumé, le réel c’est ce qui surprend, ce qui arrive, du moins ce qui échappe, justement, il ne s’inscrit pas. On inscrit quelque chose, on répare la réalité qui a été abîmée par le réel, pourquoi pas, on peut réparer, mais cela n’empêche pas que le réel… — et là il y a cette belle formule de Lacan : « le Réel c’est ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire ». Il dit « s’écrire », on doit le prendre de cette façon, mais, il a proposé une formule à quatre termes. Il disait : « Le nécessaire c’est ce qui ne cesse pas de s’écrire — avec le jeu de mot sur « ne cesse pas », est nécessaire… —, le contingent c’est ce qui cesse de ne pas s’écrire, le possible c’est ce qui cesse de s’écrire, et le réel c’est ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire. » Si vous posez les négations dans les deux membres de cette phrase, vous obtenez à peu près toutes les possibilités. C’est intéressant parce qu’à mon sens, le « s’écrire » — je ne sais pas pourquoi il a pris « s’écrire » —, il me semble qu’on devrait aussi pouvoir l’entendre comme « s’inscrire », à condition de distinguer écrire et inscrire. Il s’agit là d’une distinction importante : on peut écrire sans inscrire. L’inscription c’est quand même quelque chose de plus que cela. Elle nécessite un ensemble de conditions autour d’elle que je résume sous le nom de feuille d’assertion.

    Par exemple si vous souhaitiez vous inscrire à l’association Équinoxe, et si pour ce faire vous écriviez « j’adhère à l’association Équinoxe » sur un papier que vous abandonneriez ici, cela ne suffirait pas, ce serait écrit, mais certainement pas inscrit. Pour que cela soit inscrit c’est beaucoup plus compliqué, comme vous avez pu le constater la dernière fois : il faut des cartes, il faut définir des cadres, des lois, des trucs, des machins. Cela fait réfléchir tout le monde et la question qui se pose c’est « qui peut s’inscrire ? » Quand on réussit à inscrire cela signifie qu’on a véritablement traversé tout un chemin d’une complexité absolument inouïe. Mais on peut noter que si ‘ça’ ne peut s’écrire, a fortiori, ‘ça’ ne peut s’inscrire. Cela dit, on peut voir que sur le plan clinique le rapport entre le fantasme et la réalité peut s’avérer être un problème. J’ai à l’esprit des choses que vous connaissez très bien, qui font même l’objet de grands débats, par exemple un enfant qui dit qu’il a été violé, dont on dit, de manière pudique, qu’il a subi des attouchements : est-ce, dans une situation donnée, un fantasme ? La question est importante pratiquement, bien des choses se jouent autour de cela. Certes, en disant cela l’enfant peut dire une vérité, mais on peut interroger l’exactitude de qu’il dit, et il me semble qu’il est important de distinguer ces deux termes. La vérité déchaîne quelque chose, cela ouvre, cela oblige à penser quelque chose, quant à l’exactitude on s’en moque un peu. Alors « est-ce que c’est exact ? » « ou est-ce que c’est vrai ? » ce n’est pas vraiment la même formule, la même chose. Pour en revenir au fantasme, je pense à ce jour où Edwige Richer est appelée aux appartements par une aide de soins qui lui dit : « Untel dit que le kiné l’a violé », ce qui était gênant parce que le kiné travaillait dans les appartements, et ce n’était donc pas très correct de se livrer à ça. Elle se disait que c’était bizarre parce qu’elle le connaissait bien et ce n’était certainement pas un violeur. Elle se rend aux appartements, elle mène l’enquête et demande à ce jeune homme de lui expliquer ce qui s’est passé. Il décrit des choses tout à fait invraisemblables : le kiné l’a poussé dans le placard et là il s’est livré à toutes sortes d’abus sur lui. Vérification faite il y avait d’autres blessés autour d’eux, donc le kiné était dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit, sinon au vu et au su de tout le monde, même dans un placard. On était là devant une situation tout à fait intéressante, le type racontait une histoire avec un accent de vérité, donc il disait une vérité, mais ce n’était pas exact. Il me semble qu’il y a là quelque chose sur vérité et exactitude qui a peut-être quelque chose à voir avec la distinction entre réel et réalité. La vérité serait du côté du réel — c’est une hypothèse, je ne prétends pas qu’il s’agisse d’une certitude —, et l’exactitude serait du côté de la réalité, puisqu’elle nécessite qu’on ait un repérage de la réalité suffisant pour pouvoir dire que c’est exact. Donc c’est dire que cette question du fantasme dans son rapport à la réalité n’était pas complètement idiote.

  • Brève présentation

    Brève présentation

    Ces séminaires, les « Causeries de Canet », n’ont que rarement donné lieu à leur réalisation écrite. La plupart – et ce séminaire a lieu depuis 21 ans – n’ont pas été enregistrés. C’est pour cette même raison que le premier de l’année 2004/5 ne commence qu’en Novembre.

  • Éditorial

    Éditorial

    Le site sera en repos jusqu’au 5 septembre.

    Nous donnons rendez-vous à ceux qui le fréquentent quotidiennement à la rentrée. Le blog-tone de Ian Balat reprendra alors et plusieurs articles seront mis en ligne dans le courant du trimestre.

    À bientôt !

    Michel Balat

  • L’Amourier

    L’Amourier

    Président de l’Association Les Amis de l’Amourier (AAA) l’ami Alain Freixe, le poète philosophe catalano-niçois anime avec ses potes ce site littéraire dédié à « l’aide à la distribution et la diffusion des éditions de l’Amourier » (mais c’est bien plus que ça !).

    Portfolio

    Marie-Jo et Alain Freixe

  • Francesca Caruana : Figures, etc.

    Francesca Caruana : Figures, etc.

    Depuis presque un siècle que nous côtoyons, bon gré mal gré, l’univers de la peinture « abstraite », je suis étonnée que la question de la figuration soit encore si brûlante. Nous pourrions nous trouver à un seuil de saturation sur le pourquoi et le comment de la peinture qui, au fil du temps, a perdu son apparence figurative, nous pourrions être confrontés à des réponses blasées sur l’évidence de cette représentation, or, il n’en n’est rien, c’est même tout le contraire ( à supposer que les questions viennent du public et que les réponses soient faites par les artistes, ce qui paraît légitime, dans la mesure où l’auteur est sensé connaître son domaine d’action ). Tant bien que mal, il semble qu’un public minimum ait été acquis, mais ne voilà-t-il pas que ce même public aussi changeant que les modes se met à revenir sur ses convictions, ses enthousiasmes, sur ses raisons. Attitude qu’accompagnent autant de critiques, si ce n’est que fatigués de justifier la présence de matériaux hétéroclites ou las d’essayer de comprendre l’importance langagière dans des couleurs scotchées sur un mur, ils ont induit eux-mêmes chez le public une méfiance, une prudence quant au « sérieux » du travail plastique, allant jusqu’au désaccord, parfois même jusqu’à la définitive et systématique contestation, plaie éternelle d’une impossibilité à interpréter.

  • Scènes de Château Rauzé

    Scènes de Château Rauzé

    « Je ne l’aime plus » dit E. R.

    J.-C. a pourtant tout pour lui plaire, c’est un mauvais garçon. Pourtant lorsque il passe la voir dans son bureau elle se force à l’écouter. Ce jeudi soir même nous avons une réunion, de l’équipe « de rééducation », à laquelle J.-C. va participer, quoiqu’il fasse partie de l’équipe « de réadaptation ». Au cours de la discussion, où il se montre sous un jour d’emmerdeur, la vérité explose : mais c’est un con ! Après la réunion, échange de vues : J.-C. a une carte de visite sur laquelle on peut lire, en gros caractères, « drogué, voleur et… con ». Nous sommes avertis, il va falloir faire gaffe, se détourner de la carte de visite… « Oui, mais quand même ! Après tout, être traumatisé crânien ne protège pas de la connerie, etc. » On verra demain, mais il faudra quand même l’accueillir.

  • Le scribe, le museur et l’interprète

    Le scribe, le museur et l’interprète

    Actes du colloque Psypropos « Du cri à l’écrit », 10/1994

    Je me suis engagé à vous parler ici de trois concepts, celui de scribe, celui de museur et celui d’interprète. Deux d’entre eux, le scribe et l’interprète, pourraient sembler clairs ; nous imaginons qu’ils ont sans doute un lien extrêmement étroit entre eux, au point qu’on pourrait dire que l’un ne va pas sans l’autre. Nous verrons qu’il n’en est pas exactement ainsi. Le troisième, le museur, est plus inhabituel. Pourtant l’introduction de ce concept a pu permettre de saisir un certain nombre de situations pour lesquelles il n’avait pas d’équivalent existant.

    Je voudrais essayer de vous faire partager un peu ces trois concepts et particulièrement, bien entendu, leur articulation, puisque c’est toujours ce qui est essentiel pour des concepts.

    Le point de départ de ce qui arrive sous ces noms là maintenant, est une certaine conception du signe. Depuis longtemps, le traitement du signe sous la forme signifiant/signifié, ne m’a jamais satisfait. Cette espèce de collage entre les deux termes « signifiant » et « signifié » ne permet pas de rendre compte des effets de la parole, de nombre de gestes, de sensations, d’atmosphères, toutes choses dont éventuellement nous pourrions tenter de repérer le signifiant mais pour lesquelles le signifié échappe un petit peu – à moins que ce ne soit le contraire ! Pour ne parler que de l’atmosphère, par exemple, le signifiant est aussi franchement difficile à saisir que l’est le signifié.

  • Le corps sémiotique de l’équipe

    Le corps sémiotique de l’équipe

    A-t-on une garantie de ne pas dire des choses qui vont se révéler par la suite être de grosses conneries, comme celles que nous venons d’entendre ? Il n’y en a pas. C’est une horreur ce qu’on a entendu ! En même temps, ça a presque un effet un peu inhibiteur. Une certaine légèreté dans le champ théorique doit pourtant pouvoir exister, sinon on est foutu ! D’un autre côté, on peut être amené à entendre des trucs comme ça. Il y a donc eu des énormités, on aurait pu les éviter… D’accord. Mais ce n’est pas le plus important. Heureusement parfois on peut prévoir : je pense à des constructions telle l’ethnopsychiatrie. Je suis assez d’accord pour dire que ce n’est pas clair. Il y a derrière ça des choses vraiment très dangereuses, et des formulations qui me paraissent très risquées. Il me semble que la psychiatrie, la psychanalyse…, c’est ethno, sans quoi ça n’est pas. Puisque c’est l’autre, celui qui vient nous voir, qui doit toujours interpréter ce qui est dit. C’est avec son ethno-quelque chose qu’il pratique l’interprétation. Nous, simplement, notre travail, c’est d’être suffisamment cultivés, c’est tout.

  • Étude des rapports de deux connecteurs logiques binaires

    Étude des rapports de deux connecteurs logiques binaires

    Dans ce qui suit, nous représenterons formellement les “tables de vérité” de la manière suivante, par exemple pour les connecteur “et” et “ou” qui opèrent sur deux vecteurs a et b :

    Les vecteurs comme ceux de la troisième et de la quatrième colonne permettent de représenter formellement les 16 connecteurs logiques binaires possibles (qui peuvent être obtenus en mettant à chaque ligne de la matrice colonne un 0 ou un 1).

    Nous appellerons “opérateur de dualité” (ou simplement “dualité”) et nous noterons “*”, l’opération qui consiste à remplacer toutes les occurrences de 1 par 0, et vice versa.

    Documents joints

  • Pierre Lasne

    Pierre Lasne

    Un vieux pote, un humour d’écorché, un amour d’artiste, un chanteur, un musicien, un écrivain, un Grrrrand communicateur, enfin, piérô.

    Vous voulez en savoir plus ? Allez là->www.plc-communication.com.

  • Théétète et Champ Social

    Théétète et Champ Social

    Pour entrer en contact avec les Éditions Théétète et Champ social.

    Portfolio

  • Serpsy

    Serpsy

     [1]] http://www.serpsy.org/

    Espace de réflexion et d’échanges autour de la relation soignant / soigné.

    Ne vous contentez pas de butiner, devenez acteur et réagissez…!

  • Le Communicationnaire

    Le Communicationnaire

    Dans cette préface, d’abord penser à développer quelques qualités connues de Pierre Lasne : originalité etc., mais surtout les oreilles. Parler de ses oreilles, trouver une formule, du type « à faire pâlir un psychanalyste ». La musique, donc. Un truc intelligent « son ouvrage est composé comme une fugue ». C’est vrai, ça ? Comment c’est foutu une fugue ? Parler des cadences, la rompue, la parfaite, la plagale, ça pourrait marcher. Non. Ça ne marche pas. Autre chose.

    Documents joints

  • L’enfant autiste, le bébé et la sémiotique

    L’enfant autiste, le bébé et la sémiotique

    Les habitudes de lecture font négliger les préfaces, du moins dans leur fonction avouée de pré-diction de ce qui va suivre. Elles sont la plupart du temps lues après l’ouvrage, lorsque celui-ci a la grâce de faire émerger ce sentiment d’inachèvement dans le plaisir. « Encore ! » demande le lecteur. « C’est hélas fini » doit annoncer le préfacier. Cela fixe son rôle : prolonger le texte de l’auteur comme par un point d’orgue.

  • Séminaire sur l’Autisme et la Psychose infantile

    Séminaire sur l’Autisme et la Psychose infantile

    Postface

    Cher Pierre,

    au syndrome du casse-noisettes ou à celui de Batman, à la logique des boites contre la logique des sacs, au lacunaire de Hochmann ou aux organisateurs de Spitz comme aux identifications intracorporelles de Haag, toutes choses que tu fais vivre dans ton ouvrage, j’ai préféré, vu ma condition de postfacier, le syndrome de l’automne. L’hiver tarde ici à venir et, entre la chute du fruit mûr et la récolte précoce dommageable à la branche, la question se pose encore de la cueillette, c’est-à-dire de l’accueil du fruit.

  • Recension de Peirce, Semiotics and Psychoanalysis

    Recension de Peirce, Semiotics and Psychoanalysis

    Cet ouvrage, très agréable dans sa présentation sobre, relié, – un genre de présentation que les grands éditeurs français ne savent plus faire, semble-t-il – se compose de 10 articles de philosophes, psychiatres, psychanalystes concernant, comme le titre l’indique, les rapports entre la pensée de Peirce (essentiellement sa Sémiotique, mais aussi sa Phanéroscopie, la théorie des catégories) et la psychanalyse. Il semble que le fil qui relie ces différents exposés soit celui de la triadicité peircienne comme outil méthodologique d’exploration de la théorie analytique.

  • Laurette Alhalel : Histoire sans parole

    Laurette Alhalel : Histoire sans parole

    Histoire sans parole

    Trente cinq ans, un mètre quatre vingt dix, cent kilos, Sébastien souffre depuis quinze années déjà : sa vie est un long combat fantasmagorique avec des transformations corporelles, face à des entités multiples qui le défient sans cesse en combats singuliers lorsqu’elles n’entrent pas dans son propre corps. Sa tenue noire, de style militaire ( bomber, boots et pantalon multi-poches ) est la garantie de sa sauvegarde extérieure. Pour le reste, il essaie d’amadouer toute cette vie grouillante à l’intérieur de lui. Bien sûr il faut un peu d’entraînement physique et les gestes brusques, soudains, sans signes avant-coureur, de Sébastien font peur. Il y a de quoi ! Lorsque vous retrouvez son pied ou son poing à quelques centimètres de votre visage… Certes, cet arrêt sur image lui sert à nous montrer sa force et son degré d’entraînement, histoire de ne pas se laisser surprendre par l’ennemi !.. Mais lorsque Sébastien se fâche, sa corpulence n’est pas pour nous rassurer et lui vaut quelques séjours en u.m.d.

    Documents joints

  • Gérard Deledalle : Du possible à l’existant par le discours

    Gérard Deledalle : Du possible à l’existant par le discours

    On n’insistera jamais trop sur la hiérarchie des catégories dans la théorie phénoménologique de Charles S. Peirce qu’il a baptisée « phanéroscopie ». Mais sans nier l’insertion idéologique les idées, il est possible de mettre en valeur des processus de pensée dont la mise en oeuvre ou en pratique a des conséquences qui améliorent le bien-être de l’homme, de tous les hommes, et, par le fait même permettent de vérifier leur bien-fondé comme hypothèse de travail, ou, comme le disait John Dewey, garantissent leur assertibilité.

  • Pour une exposition de Patrick Soladie

    Pour une exposition de Patrick Soladie

    Ce texte a été écrit pour la brochure de présentation de l’exposition au Couvent des Minimes, à Perpinyà, début 2005.

    Documents joints

  • Danielle Roulot par Pierre Delion

    Danielle Roulot par Pierre Delion

    Danielle Roulot a pu conduire ses études de médecine après avoir entrepris d’abord des études de sciences fondamentales, tout en continuant d’exercer ses talents de monitrice dans la clinique de La Borde, fondée par Jean Oury en 1953. Il s’agissait là pour Oury de mettre en pratique, dans le cadre d’une clinique de Sologne, une psychiatrie humaine pouvant acueillir des personnes en déshérence psychopathologique, y compris celles présentant des pathologies psychotiques graves. Quoi de particulier à cela me direz-vous ? Beaucoup de cliniques et d’hôpitaux le font, sans en tirer une telle réclame ! Détrompezvous

    le destin des personnes psychotiques qui sont accueillies dans cet endroit n’est pas le même que dans la plupart des autres lieux de soins psychiatriques.

    En s’appuyant sur les grands auteurs, des présocratiques à Lacan, Klein, Winnicott et beaucoup d’autres, elle développe les singularités de la construction schizophrénique, notamment en ce qui concerne sa difficulité à exister entre réalité et représentations, entre corps et réalité et entre corps et représentations. Les notions de jugement d’existence, d’espace transitionnel, d’intégration et de continuité d’existence sont revues et réarticulées à cette occasion d’une façon convaincante. Danielle Roulot, par sa réflexion à la fois profonde et novatrice, fait oeuvre de pionnière dans l’élaboration des psychothérapies de personnes psychotiques en « institution ». Et par la cohérence de ses avancées avec la pensée freudienne, elle se révèle bien dans la continuité de l’oeuvre de l’inventeur de la psychanalyse.

    Tous ceux qui accueillent et soignent des personnes psychotiques lui sauront gré d’avoir accepté d’éditer, vingt ans après son écriture, un texte qui n’a pas pris une ride.

    Pierre Delion

  • Le S�minaire de Ste Anne

    � l’h�pital St Anne � Paris

    Le S�minaire de Ste Anne

    de Jean Oury

    Tous les troisi�mes mercredi du mois, Jean Oury anime un s�minaire � Ste Anne (Paris) de 21h � 23h30. Cette ann�e le sujet est « L’analyse institutionnelle ».

  • Album 1

    Album 1

    Portfolio

    François Cohadon, Pierre Delion, Edwige Richer

    François Cohadon

    François Cohadon

    Marie-Hélène Boucand

    Jean Oury

    Jean Oury

    Fernando Vicente, Marie-Hélène Boucand

    France Jouanin, David Hubble

    Jean Oury, Danielle Roulot…

    Joëlle Réthoré, Antoine Viader, Mme Viader

    Jacques Tosquellas

    Marie-Françoise Leroux et l’équipe de Landerneau

  • Notes à propos d’un cas d’aphasie

    Notes à propos d’un cas d’aphasie

    Michel Balat et Maryvonne Estienne

    La première rencontre avec monsieur Pouyout (J. M.) a eu lieu lors d’une réunion de l’équipe de réadaptation le 18 juin 1993 . Le trait remarquable qui se dégage à son contact est l’impression d’une compréhension totale de l’interlocuteur. Il reste toutefois silencieux. Nous apprendrons, lorsque le médecin (E. R.) abordera son cas, qu’il souffre d’un aphasie de Broca. Il ne peut s’exprimer d’aucune manière, sinon par un oui et un non, quelques mots “je sais pas”, “p’tain”, un mouvement de la main gauche pour signifier, semble-t-il, l’hésitation quand à l’interprétation qu’on lui propose, le cas échéant. Il est, de plus, aveugle d’un oeil et souffre d’une hémianopsie de l’autre. Il se déplace en fauteuil roulant, suite à une opération du pied. Il est hémiplégique.

    L’idée que lance E. R. au cours de la réunion est de faire un “Petit Pouyout Illustré” afin de lui permettre de communiquer avec son entourage. La double difficulté est à la fois la mise sur pied de ce dictionnaire “privé” et, en conséquence de ce caractère, la compréhension de celui-ci par l’entourage. Ce qui paraît faisable dans un groupe stable et éduqué au langage “ Pouyout ”, l’est moins dans la confrontation avec des inconnus.

    Personne ne semble relever la proposition.

    M. intervient alors pour lancer l’idée qu’un système de rébus pourrait peut-être permettre la constitution de ce livre d’images. Cette hypothèse surgit en liaison avec un travail sur le rêve et l’inscription – préoccupation récurrente. Il propose alors de venir une semaine durant l’été pour mettre à l’épreuve cette hypothèse.

    M. ne connaissant rien sur l’aphasie, sauf des éléments glanés au cours d’études de psychologie à la fac, s’informe sur les concepts mis à l’oeuvre pour aborder ce problème (Hécaen, Jakobson,…). Aucune des lectures de ne fait apparaître cette conception du rébus comme applicable à la rééducation de l’aphasie.

  • Loczy, par Emmi Pikler

    Loczy, par Emmi Pikler

    Préambule

    L’Institut LOCZY est une pouponnière où les enfants vivent 24 heures sur 24, privée momentanément ou définitivement de leur famille.

    Les enfants peuvent avoir quelques semaines ou quel¬ques mois quand ils arrivent, ils peuvent vivre dans cette institution jusqu’à l’âge de trois ans, mais ils sont en général adoptés avant cet âge.

    Dirigé par Mme le Dr. Emmi PIKLER, l’institut fonctionne depuis 1946.

    Les articles qui suivent ne prétendent pas faire connaître au lecteur le travail et les principes de fonctionnement de 1’institut ; ils en donnent simplement quelques images. Mais ils illustrent bien les deux niveaux de préoccupation de l’équipe de LOCZY. Faire un travail quotidien minutieux et réfléchi, assumant entièrement l’immense responsabilité face à chacun des enfants qui leur sont confiés (enfants qui ne reçoivent aucun autre apport leur permettant de devenir des personnes à part entière). Réfléchirpar ailleurs sur ce travail, en tirer des enseignements particuliers ou à portée générale : ce qui vaut pour l’enfant en institution, en collectivité, nais aussi ce qui vaut pour l’enfant tout court. C’est cette attitude globale par rapport à la première enfance qui fait que les leçons de l’expérience LOCZY dépassent singulièrement son propre cadre.

    DANS LES POUPONNIERES.
    par
    Dr. Emmi PIKLER

    Ma conférence a pour thème un groupe de symptômes d’hospitalisme qui, contrairement au syndrome déjà décrit, ont une caractéristique remarquable : la détérioration des enfants ne se présente pas sous des aspects essentiellement négatifs.

    En Hongrie, comme partout ailleurs dans le monde civilisé, les institutions s’occupant de l’éducation des enfants bien portants de moins de trois ans, ont connu, au cours de notre siècle, un développement considérable. Le syndrome d’hospitalisme, responsable de la mort de la majorité des enfants, observé et décrit au début de ce siècle par PFAUNDLER chez les petits enfants qui, après la guérison restent à l’hôpital, puis par SPITZ chez les nourrissons vivant dans des pouponnières, appartient déjà, sous sa forme classique, au passé. Dans la plupart des institutions les enfants restent, de nos jours, généralement en vie. Cependant des enquêtes précises ont prouvé que le taux de mortalité est, aujourd’hui encore, dans ces institutions, plus élevé que le taux moyen dans cette tranche d’âge, et ceci aussi bien dans le reste du monde que chez nous.

    Les petits enfants élevés en institution restant, à l’heure actuelle, généralement en vie, les anomalies du développement de la personnalité se sont manifestées à l’âge adulte chez les anciens élèves d’internats dès le milieu de notre siècle, ce qui constitue un problème nouveau.

    Sur la base des données recueillies dans le monde entier à la demande de l’Organisation Mondiale de la Santé, BOWLBY a constaté (1951, p. 31, l957,pp. 3437) que la plupart des individus élevés en dehors du cadre familial pendant les premières années de leur vie présentent des troubles particuliers de la personnalité qui se manifestent en premier lieu par le caractère superficiel des relations sociales, par la difficulté de réprimer les émotions et, parfois, par le caractère limité des fonctions de notion et de perception. Des troubles tardifs de la personnalité apparaissant également dans le cas où les enfants retournent dans leur famille après 1, 2, 3 ans, ces quelques années peuvent être considérées comme la cause déterminante de ces troubles. HIRSCH a fait les mêmes constatations (1962) au cours d’examens catamnestiques effectués en Hongrie.

    (…)

  • Gabriel de Tarde

    Gabriel de Tarde

    Le Public et la foule

    Ce document de travail est destiné aux étudiants de Licence de sociologie de l’Université de Perpignan, 1er semestre 2002/3. Les notes sont de G. de Tarde. Nous avons ajouté après certains mots ou phrases des renvois ([A1], [A2], etc.) au document d’Annexes nommé “Annexes Tarde 1”. Le but en est évident.

    Non seulement la foule est attirante et appelle irrésistiblement son spectateur, mais son nom exerce un prestigieux attrait sur le lecteur contemporain, et certains écrivains sont trop portés à désigner par ce mot ambigu toutes sortes de groupements humains. Il importe de faire cesser cette confusion et, notamment, de ne pas confondre avec la foule le Public, vocable susceptible lui même d’acceptions diverses, mais que je vais tâcher de préciser. On dit le public d’un théâtre, le public d’une assemblée quelconque ; ici, public signifie foule. Mais cette signification n’est pas la seule ni la principale, et, pendant que son importance décroît ou reste stationnaire, l’âie moderne, depuis l’invention de l’imprimerie, a fait apparaître une espèce de public toute différentes, qui rie cesse de grandir, et dont l’extension indéfinie est l’un des traits les mieux marqués de notre époque. On a fait la psychologie des foules ; il reste à faire la psychologie du public, entendu en cet autre sens, c’est à dire comme une collectivité purement spirituelle, comme une dissémination d’individus physiquement séparés et dont la cohésion est toute mentale. D’où procède le public, comment il naît, comment il se développe ; ses variétés ; ses rapports avec ses directeurs ; ses rapports avec la foule, avec les corporations, avec les États ; sa puissance en bien ou en mal, et ses manières de sentir ou d’agir : voilà ce que nous nous proposons de rechercher dans cette étude.

  • Ménage, Espace, Psychose

    Ménage, Espace, Psychose

    P. Dejuan, F. Drogoul, L. Giraudon, S. Leclerc, A. M. Leroux, S. Moreau, M. Papon, E. Vaillant. Texte rédigé par M. Lecarpentier

    Cela va de soi, faire le ménage est une nécessité pratique dans un établissement de soin. Propreté, hygiène, sécurité des locaux sont des impératifs. Cette tâche est confiée à un personnel spécialisé, le matériel, choisi par l’administration, est silencieux pour ne pas gêner la tranquillité des malades. Des consignes précisent même souvent de ne pas leur adresser la parole : discrétion, effacement, contact minimum sont garants de la neutralité requise pour que les soins soient assurés dans les meilleures conditions. La monotonie, la routine, le practico-inerte imposent leur style uniforme.

    Il s’agit de s’occuper de l’entretien des chambres, des zones de circulation, et d’assurer la maintenance des pièces et des installations : la logique prévalante est de gestion immobilière Le personnel est confiné statutairement dans la répétition des gestes de la division du travail, aliéné par la mystique magico-technique de la hiérarchie hospitalière.

    Dans un établissement psychiatrique, il importe de remettre en question ce mode de penser qui appréhende l’espace sans tenir compte de la manière dont il est investi, vécu par les malades. Comment accueillir quelqu’un qui, du fait d’un processus psychotique, se trouve nulle part, errant dans le monde des choses, interpellé par les signes qu’il s’efforce de déchiffrer dans une démarche infinie vers l’inaccessible, en proie à la menace de l’étranger, du tout autre ?

    Comment accueillir quelqu’un qui n’a pas la possibilité de distinguer un lieu d’un autre, étant lui-même différent d’un moment à l’autre ?

    Documents joints

  • Cruzeiro N°13 (pour le séminaire de Ste Anne 2002/3)

    Cruzeiro N°13 (pour le séminaire de Ste Anne 2002/3)

    Sumario

    NORMA B. TASCA Editorial

    GERARD DELEDALLE /MICHEL BALAT Exergue : « Ce que je crois »

    GERARD DELEDALLE De l’objet

    JEAN OURY L’objet chez Lacan

    MARC BERTRAND L’objet selon Sartre : de l’état sauvage à l’humanisation forcée – et retour ?

    LUCIA SANTAELLA An introduction to Peirce’s concept of object

    ALEJANDRO RUSSOVICH Tout près de l’objet en-soi

    MICHEL BALAT L’inconscient et l’opération de Peirce-Scheffer

  • Entretien avec Héléne Chaigneau

    Entretien avec Héléne Chaigneau

    LETTRE DE LA SCHIZOPHRÉNIE N° 20 – SEPTEMBRE 2000 RENCONTRE

    À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’urgence en santé mentale portait sur l’état abominable de la vie asilaire. Il fallait « traiter l’hôpital avant tout ». Un contexte social, politique et psychiatrique bien précis a donné naissance à un mouvement de grande envergure en France et à son concept recteur : la psychothérapie institutionnelle. Qu’en est-il dans la France psychiatrique d’aujourd’hui ? La Lettre de la Schizophrénie est allée à la rencontre d’une des personnes les plus représentatives de ce mouvement d’idées et d’actions : Hélène Chaigneau, psychiatre, médecin des hôpitaux psychiatriques de la Seine, a été médecin-chef chargée d’un secteur de service public de psychiatrie à Paris. Elle a consacré toute sa vie professionnelle au travail institutionnel, c’est-à-dire à la recherche et à l’analyse de la pratique des soins et de l’aménagement du collectif d’accueil des sujets malades.

    Au cours de vos études médicales, vous avez été attirée par la neurochirurgie …

    Ce qui me tentait dans la neurochirurgie, si vous voulez, c’était l’idée de précision, l’idée de rigueur. Les préjugés de l’époque, qui existent toujours maintenant mais qui étaient plus forts avant, consistaient à dire : « On va trouver ce que c’est, on va y remédier, on va porter le scalpel là où il y a le mal. » C’était ça.

    Finalement, vous avez choisi l’opposé puisque la psychiatrie est justement moins précise et pose problème, notamment pour la recherche, par le manque de précision dans les définitions et dans les concepts.

    Je ne l’ai jamais vu comme opposé. La psychiatrie, moins précise ? Allez savoir ! Elle n’est pas précise dans le sens où vous l’évoquez. Personnellement, je pense qu’il est d’autant plus important de souligner que la pensée psychiatrique se doit d’être rigoureuse, dans son raisonnement, dans son cheminement. Elle peut poser problème, je suis tout à fait d’accord avec vous ; surtout si, sans l’avoir dit, on considère la psychiatrie comme une science exacte. Car la psychiatrie n’est pas du tout une science exacte. Il est même contestable de dire qu’elle soit une science. Il n’y a pas de psychiatrie sans art. Remarquez, on peut dire que la pratique d’une science exacte demande aussi un art. On ne peut pas laisser les choses compartimentées à ce point-là.

    Documents joints

  • Nicole Maillard : Institutions…

    Nicole Maillard : Institutions…

    Nous sommes un jeudi matin d’octobre et il est peu après neuf heures, Le Quoi de neuf ? a commencé depuis une dizaine de minutes. Arrive le tour de parole d’Emmanuel, un nouveau, qui s’exclame avec virulence : “Ma manman, elle est pas v’nue ! Elle vient jamais !” Et il rit. Jaune. Allan l’interroge, incrédule (sa maman à lui vient plusieurs fois par semaine) :
    Ta manman, elle est pas v’nue ?
    Naaan ! J’l’ai d’jà dit !
    Je pose à mon tour une question :
    Quand es-tu arrivé ici, au Centre d’Accueil ?
    Avant-hier, avec les flics !
    Avec la police ?
    Ouaih ! Elle est pas bien la police !
    Pourquoi ?
    Pasqu’i-z-ont arrêté mon papa en prison !
    Il rit à nouveau. Rire de plus en plus jaune. Allan revient à la charge :
    I lui ont fait quoi, à ton père ?
    I lui ont fait une baffe avec la bombe ! (Il mime en même temps, appuyant imaginairement sur un pulvérisateur.)

    J’interviens alors à nouveau prudemment :
    Tu veux peut-être dire une ‘bombe’… une ‘bombe’… lacrymogène ?
    Oui, à tout 1’monde : moi, ma manman aussi !
    Ça t’a fait quoi ?
    Ça fait mal quand on sent, ça fait pleurer, ça fait mal, après, moi, j’ai pris un mouchoir…
    Les questions-réponses s’échangent tellement vite que je ne peux plus prendre de notes, sinon encore ces phrases éparses d’Emmanuel, de plus en plus excité :
    … I m’ont dit : ‘Arrête-toi !’ J’ai marché, et i m’ont mis la bombe !…
    … Pasque j’suis fou, moi, j’ai une bombe dans la poche !

    Documents joints

  • Marc Bertrand : L’objet selon Sartre : de l’état sauvage à l’humanisation forcée et retour ?

    Marc Bertrand : L’objet selon Sartre : de l’état sauvage à l’humanisation forcée et retour ?

    1. La Nausée

    Dès cette première œuvre de Sartre, qui l’occupa de 1931 à 1938, apparaît le statut original que le philosophe et le romancier conféreront à l’objet, un statut par absence de définition, qui le met au ban de la logique et qui interdit qu’on le circonscrive pour lui faire sa part. Car les choses qui se manifestent autour de Roquentin sont systématiquement dénuées de toute raison d’être : galet sur la plage, verre de bière au café, marronnier du Jardin public, tout est “de trop” parce que rien n’est justifié. Encore faut-il s’entendre. Du point de vue de l’essence, les objets sont explicables. Leur forme et leur matière sont dues à des causes, humaines (objets fabriqués) ou naturelles, et la science a pour but de remonter aussi loin que possible dans cette étude. Mais avec l’existence, le fait pur et simple d’être là, cette même étude est impossible, arrêtée dès le départ par l’absurdité fondamentale de l’être. En d’autres termes, je puis rendre compte du verre de bière comme essence (usage, nature du verre…), mais non point expliquer que cette essence existe, qu’elle se maintienne devant moi. L’existence est le fait premier dont je ne puis rien dire, sauf à le ramener à une autre instance (existence de Dieu ?) qui sera frappée de la même injustifiabilité. Elle est la matière ontologique dont les choses sont faites, avant de prendre telle forme ou telle matière concrètes. Certes, elle n’existe qu’en s’incarnant dans des essences (exister, c’est toujours exister de telle ou telle façon) mais elle ne saurait être confondue avec l’échantillonnage dans lequel elle se disperse, elle conserve une sorte de préséance : se manifester, se maintenir, apparaître, quelles qu’en soient les circonstances et les modalités, c’est la condition derrière laquelle la réflexion ne peut se glisser, la constatation à laquelle il faut se tenir, qu’on ne peut qu’enregistrer : il y a “quelque chose”, avant tous les visages et aspects variés que ce quelque chose peut revêtir.

    Documents joints

  • Les Stoïciens

    Les Stoïciens

    Les Topiques

    La doctrine philosophique des stoïciens se divise en trois parties : les « lieux ». La physique, la morale et la logique. Cette division n’est pas une séparation. Ces trois lieux sont unis. On pourrait en déduire une appellation comme celle de « topique ». Et effectivement, les comparaisons produites par les stoïciens y invitent. Si la philosophie est un animal, la logique en est le système osseux et musculaire, la morale la chair et la physique l’âme ; si elle est un oeuf, la coque est la logique, le blanc la morale et le jaune la physique ; si elle est un champ, la clôture est la logique, les fruits la morale, la terre et les arbres la physique. On voit que l’ordre n’est pas le même chez tous – et effectivement il y a divergence dans la hiérarchisation topique. Mais pour tous la logique est le « squelette » de la philosophie, et la morale y est un intermédiaire entre elle et le principe central, la physique (notons que la nature, le « feu d’artiste », se hiérachise chez Philon, par exemple en exis « hexis », l’habitude, chez les êtres anorganiques, fusis « physis », la nature proprement dite, chez les plantes, yuch « psyché », l’âme, chez les animaux qui possèdent ce qui en dépend, à savoir la perception sensible, la représentation imaginative fantasia « phantasia » et l’impulsion motrice ormh « hormé », à quoi s’ajoute chez l’homme le logos « logos » qui le sépare de manière nette et discontinue de l’animal ou de l’enfant de moins de 7 ans).

  • Lu Xun : Le cerf-volant

    Lu Xun : Le cerf-volant

    L’hiver à Pékin avec ses monceaux de neige qui restent accumulés sur le sol, les branches nues de ses arbres, couleur de cendre, qui se découpent sur un ciel radieux où très haut cabriolent un ou deux cerfs-volants, me serre le cœur d’une façon indicible.

    Dans ma province natale, la saison des cerfs-volants commençait en mars. Vous entendiez un bourdonnement d’hélice et, levant le nez, vous pouviez apercevoir ici un cerf-volant gris en forme de crabe, là un autre bleu-pâle en forme de scolopendre… Parfois aussi apparaissait un de ces cerfs-volants plats, tristement dépourvu d’hélice, tout esseulé et incapable de prendre de la hauteur. Au sol, partout, peupliers et saules poussaient déjà leurs surgeons, et les précoces pêchers sauvages se couvraient de boutons ; cette éclosion de la terre répondant à celle que les enfants faisaient surgir dans le ciel, se fondait avec elle dans la tiédeur du printemps. Mais où suis-je à présent ? Autour de moi s’étend la désolation de l’impitoyable hiver, cependant que l’azur du ciel me remet en mémoire ces printemps abolis d’une province quittée depuis si longtemps déjà.

    Et pourtant je n’aimais pas les cerfs-volants ; c’est trop peu dire que je ne les aimais pas : je les avais positivement en aversion ; dans mon esprit, c’était un jouet ridicule, bon seulement à amuser des gosses stupides. Il n’en allait pas de même pour mon petit frère. Celui-ci, qui à l’époque pouvait avoir une dizaine d’années, était un enfant maladif et maigre à faire peur ; il adorait les cerfs-volants, mais comme il n’avait pas les moyens de s’en acheter et que, de mon côté, je m’opposais à ce genre de divertissement, il en était réduit à passer des journées entières, bouche bée, en extase, le regard perdu dans le ciel. Qu’un “crabe” tout à coup plonge au sol, et il poussait des cris d’effroi ; si les fils embrouillés de deux cerfs-volants plats venaient à se dégager, il sautait de joie. De telles manifestations me paraissaient risibles et méprisables.

  • Jean Ayme : Essai sur l’Histoire de la Psychothérapie Institutionnelle

    Jean Ayme : Essai sur l’Histoire de la Psychothérapie Institutionnelle

    Ce syntagme, proposé en 1952 par Georges Daumézon, indique sa double origine. La psychothérapie institutionnelle naît de la rencontre de la psychanalyse et de la psychiatrie publique au milieu des années 40.

    Certes, la première rencontre entre héritiers de Pinel et héritiers de Freud remonte à 1925, année de la création de L’Évolution Psychiatrique, creuset de réflexions et d’élaborations très riches sur le plan clinique, psychopathologique, épistémologique mais sans retombées pratiques sur les structures de soins. En revanche la fin de la guerre et de l’occupation, dans le grand élan de renouveau qui suit la libération, est l’occasion d’une remise en question du sort fait aux malades dans un dispositif de soins archaïque et de projets novateurs, en même temps que la psychanalyse freudienne, qui envahit le champ socioculturel, pénètre le milieu médical. C’est à l’intersection de ces deux mouvements que prend naissance la psychothérapie institutionnelle.

    Objet d’un engouement pour la création d’activités offertes aux malades au sein de l’hôpital, elle reste souvent plus un gadget ou un effet de mode qu’un véritable travail pratique et théorique sur ce tissage du sociologique et du psychanalytique. Et, même chez ceux qui s’y engagent avec plus de rigueur, l’accord ne se réalise pas toujours sur les conditions nécessaires et suffisantes.

    Les conditions nécessaires ne seront réalisées que par une transformation, voire une subversion de l’appareil de soins centré sur l’accueil, la resocialisation et un traitement assuré au plus près du lieu de vie des malades. Les Journées Nationales de 1945 et 1947 tracent les grandes lignes de ce renouveau escompté. Elles seront reprises dans le combat mené par le Syndicat des Médecins des Hôpitaux Psychiatriques pour la modernisation de l’hôpital, la multiplication des dispensaires, la création de structures extra-hospitalières, l’augmentation des effectifs de personnel et de médecins. Déjà se dessine le schéma de ce qu’on appellera plus tard la politique de secteur.

    Documents joints

  • Hommage à Zoubida Hagani

    Hommage à Zoubida Hagani

    Oran 1997 – Michel Balat

    La Fortune était cette déesse des Latins dont l’original était Tuché, déesse du panthéon Grec, qui symbolisait la rencontre et le hasard, et donc le hasard de la rencontre. “ Comment as-tu rencontré Zoubida ? ” n’a pas d’autre vraie réponse, s’il y a en une, que “ par hasard ! ” ; car énoncer les circonstances, suivre les trajectoires de chacun, ne pourra jamais que démontrer “ qu’il ne pouvait en être autrement ”. Alors disons que Zoubida est descendue, de l’Olympe, de l’Atlas ou du Canigou, pour déposer autour d’elle de la tuché.

    C’était une de nos premières rencontres. Une soirée entre amis. Avec elle, inutile de ronronner, d’échanger des banalités rassurantes dont l’unique fonction est de combler les demandes d’amour réciproques et informulées. Non, non, il lui fallait sentir le présent, bousculer les habitudes, affirmer la présence de chacun, donner ses chances à de nouveaux liens. C’est autour d’une phrase que les événements se sont précipités. “ Dans mon quartier d’Oran ”, nous faisait-elle remarquer, “ un proverbe dit ‘tes voisins sont plus proches que tes parents’ ”. “ Quel quartier ? ”, demande Raymond. Vous l’avez peut-être déjà deviné, ils étaient nés et avaient tous deux passé leur enfance dans la même partie de la ville. Josette avait vécu dans un village voisin. Échanges, joie, stupeur, rires, rien ne manquait. Raymond est actif dans la communauté juive. “ Mais je passais mes journées chez la femme du rabbin ! ” s’exclame Zoubida, “ chez nous, il n’y avait pas de séparation des cultures ; ‘tes voisins sont plus proches que tes parents’ était respecté à la lettre, une sorte de principe éthique. ” Raymond et elle échangent alors quelques mots d’arabe, quelques mots d’hébreu, de ces mots qui naissent et nichent dans le giron de la mère, presque des mots de passe. L’enthousiasme aidant, Zoubida entame une comptine enfantine. Raymond la reprend, les yeux brillants : “ je ne l’avais plus chantée depuis mon enfance ; je ne savais pas que je la savais encore, je ne savais même pas que je la savais ”.

    Un souvenir monte alors en moi, enfant, près des berges de la Têt, il fait beau, tout est calme, quelques phrases en catalan, une petite mélodie, traînent dans le paysage.

  • Richer Edwige : L’éveil du coma traumatique et les techniques de stimulation

    Richer Edwige : L’éveil du coma traumatique et les techniques de stimulation

    Les notions de coma, d’éveil et de conscience posent un problème de définition.

    Nous retiendrons comme définition du coma, celle que proposait Fischer en 1969 « Etat de non éveil, non réponse » faisant du coma une abolition de la vigilance et de la conscience (5). Cela veut dire que le coma cesse à la restauration de la vigilance. Quant à la conscience, soulignant qu’elle ne peut être réduite à la vigilance, Henri Ey (4), la définit comme « cette forme d’activité basale du cerveau et de la pensée indispensable à l’organisation de l’expérience sensible actuelle (dont font partie intégrante les courants affectifs) qui, elle-même, dans le temps s’incorpore à l’histoire de la personne pour structurer la personnalité ou l’être conscient de soi ». C’est dire combien est long le chemin à parcourir entre la phase de coma traumatique et la restauration de la conscience.

    Nous avons l’habitude dans notre équipe de repérer l’évolution des patients à travers un enchaînement de six étapes successives pour lesquelles nous avons déterminé les points cibles de l’action globale que nous menons auprès d’eux. La plupart vont devoir parcourir ces différentes étapes, mais ils le feront dans un délai qui peut aller de trois mois à deux ans. Bien entendu, malheureusement, l’évolution est susceptible de s’arrêter à n’importe quel stade pour lequel se définit alors un état séquellaire correspondant aux différents niveaux de la Glasgow Outcome Scale (G. O. S.)

  • Spécificité et a-spécificité de la psychiatrie

    Spécificité et a-spécificité de la psychiatrie

    à Félix Guattari

    « Il est de toute première importance pour nous de reconnaître ouvertement que l’absence de maladies psycho-névrotiques est peut-être la santé, mais que ce n’est pas la vie ».

    C’est en ces termes que Winnicott, pédiatre, devenu psychanalyste par nécessité de son rôle de médecin, interpelle tout psychiatre : quelle est notre action ? Supprimer les « maladies psycho-névrotiques » ? Effacer les symptômes ? Un laboratoire fabriquant de tranquillisants distribue pour sa « pub » d’énormes gommes (13 cm x 7 cm x 1 cm) : « Pour gommer l’angoisse de vos patients », dit le visiteur médical…

    Il a dû se tromper de porte. Je ne suis pas psychiatre pour gommer les symptômes, ni pour réinsérer, ni pour réhabiliter, ni pour resocialiser.

    « La vie, en quoi consiste-t-elle vraiment ? » Psychotiques, névrosés, angoissés ou simplement êtres humains, c’est fondamentalement la question qu’ils me posent.

    Ce matin, un matin bien ordinaire, quatre d’entre eux m’ont dit : « Je n’ai pas plus de raisons de vivre que de mourir ».

    Au moins, eux, officiellement « fous », eux qui sont hospitalisés, « adultes handicapés », « invalides », peuvent le formuler. Le médecin que je suis remet pour lui-même la phrase dans l’autre sens, ça me permet de me décontracter. Au moins, « ils » n’ont pas (pas encore ?) plus de raisons pour mourir que pour rester en vie…

    À les écouter, on comprend mieux : les loubards, la violence, ce que les sociologues qualifient de « phénomènes de société »… Ceux pour qui la vie d’autrui n’a plus aucune valeur. Parce que leur vie à eux n’en n’a aucune à leurs propres yeux. Ceux qui, par leurs actes, nous renvoient leur question : « la vie, en quoi consiste-t-elle vraiment ? » Eux aussi ont perdu, non pas une « raison de vivre », ais le sentiment même que la vie vaut la peine d’être vécue.

    Nous le savons tous, même si nous nous en remettons, pour régler ces « problèmes de société », à quelques « décideurs » ou « chercheurs » psycho-sociologiques dûment appointés par l’État. Je le sais. Nous le savons : ce qui est là aussi en question n’est qu’une petite chose ; imperceptible, si ténue ; déjà presque indicible ; et, de plus, devenue étrange aux oreilles de notre société de consommation… « Ce » qui donne à l’individu le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue : le désir, dirait Jean Oury.

  • Présentation de la Psychothérapie Institutionnelle aux administratifs

    Présentation de la Psychothérapie Institutionnelle aux administratifs

    exercice de style

    La psychothérapie institutionnelle n’est ni une innovation hardie, ni une méthode dépassée. Car si même elle a reçu son nom comme tel dans les années 1950, on peut, dans le cours des deux siècles derniers, lui trouver de nombreux prédécesseurs ; ces cliniciens, qui avaient une pratique proche de la nôtre, estimaient simplement exercer une psychiatrie honnête.

    Ainsi, Bleuler lui-même – le créateur de la notion de schizophrénie en 1911 – décrivait-il déjà comment la structure hospitalière peut venir renforcer la symptomatologie psychotique. « Notre tâche, écrit A. Répond, l’un des disciples de Bleuler, consiste à choisir un instant favorable pour faire une brèche dans l’autisme où s’ensevelit le schizophrène et à l’empêcher d’y retomber ». Mais cet « instant favorable » n’est nullement programmable ; encore est-il nécessaire qu’un membre de l’équipe soignante soit présent pour le saisir, ce qui exige naturellement une certaine qualité de présence.

    La psychothérapie institutionnelle n’est qu’un approfondissement de ce type de réflexion, qu’elle mène jusqu’à sa conséquence logique : l’organisation de structures adaptées au type de malades que nous soignons… « Nous constatons que nous n’avons pas de contact affectif avec le schizophrène. N’est-ce pas dire que nous devrions essayer de l’établir ? » disait E. Minkowski, autre disciple de Bleuler. Et ajouterions-nous, ne devons-nous pas mettre en place tous les moyens possibles pour favoriser les occasions de l’établir ? C’est en ce sens que la psychothérapie institutionnelle n’est pas une simple « pratique », car sa mise en place concrète n’existe que sur la base d’une réflexion clinique incessante.

  • Greffe de transfert, bouture de fantasme

    Greffe de transfert, bouture de fantasme

    Je voudrais vous parler d’une certaine espèce botanique qu’on appelle communément « fantasme » ; cette espèce a été jusqu’ici surtout étudiée sur les terrains dits « névrotiques », où elle est particulièrement luxuriante (certains disent même « luxurieuse ») quoique se développant d’une façon essentiellement souterraine. Cependant, il arrive que sur certains de ces terrains (à forte composante hystérique), elle prolifère jusqu’à envahir tout l’espace, et, comme on dit alors : « elle prédomine sur le champ de la conscience ». Par contre, le problème reste controversé de la croissance du fantasme sur les terrains dits « psychotiques ». Certains contestent même qu’il puisse pousser sur ces terrains. D’autres (mais, à mon avis, c’est un manque de rigueur) tendent à le confondre avec une autre espèce, qui par contre y prolifère, appelée « délire », ce qui revient à considérer le délire comme une variété inhabituelle de fantasme, simplement trop exubérante et inadéquate en ce qu’elle s’étale au grand jour. On parle aussi d’un mode d’enracinement particulier de cette variété, dit « enracinement dans la conviction délirante ».

    Cette « métaflore » vous a déjà indiqué que je voudrais parler de la problématique du fantasme dans la psychose. C’est une problématique centrale, aussi bien au niveau de ce qu’on aimerait bien pouvoir qualifier de « prise en charge analytique » qu’au niveau de ce qu’on appelle « vie institutionnelle », ou « tissu institutionnel ».

    Pour définir le fantasme, je vais essayer d’aller vite… Il faut d’abord que j’annonce un petit peu ma promenade au jardin des espèces. Donc, je voudrais essayer de redéfinir rapidement le fantasme, essentiellement en me référant à Freud. Ensuite, je poserai le problème du fantasme dans la psychose. Dans un troisième temps, Je voudrais aborder le problème des fantasmes originaires, en particulier de celui qui me préoccupe le plus en ce moment, qui est le fantasme de la scène primitive. Et j’enchainerai sur deux cas cliniques.

  • L’objet chez Lacan

    L’objet chez Lacan

    JEAN OURY Clínique de La Borde

    Le mot « objet »… Jarry : « L’objet aimé » ? Corneille : « Rome, unique objet de mon ressentiment » ?… D’où vient ce mot ? L’objet, chez Lacan, a t il le même sens ? Sans réflexion préalable, tout en lisant Lacan, on pense à l’objet au sens de « l’objet aimé » ou de « l’unique objet de mon ressentiment » ; à moins qu’on ne l’assimile à l’objet des sciences dites « objectives », lesquelles posent l’objet en face, toujours en face ; mais en face de quoi ? Il serait opportun de reprendre quelques passages d’un texte de Johannes Lohmann (« Le rapport de l’homme occidental au langage ») qui démontre qu’il y a eu fracture dans l’évolution de la pensée, vers les XIIIe et XIVe siècles, fracture qui a permis aux sciences dites « objectives » de se développer, du fait de la séparation entre le sujet et l’objet. (« Plus le Moi s’éprouve lui même comme le point de départ de la pensée, plus le langage est objectivé »… « Entre le subjectivisme radical des Temps Modernes, et la forme de pensée grecque originaire, se trouve une forme d’existence, dans laquelle la forme du langage devient un mode du comportement humain ». J. Lohmann).

    L’objet, c’est d’abord ce qu’on rencontre. On est bien tranquille dans une nébuleuse narcissique… et on rencontre – par hasard, comme toujours – quelque chose qu’on va appeler un « objet ». C’est un « événement ». L’objet, au sens traditionnel, c’est un mixte de cette rencontre (tugkanon) et du dicible (lekton). Il s’agit donc encore d’un objet « non objectivé ». C’est l’objectivation c’est à dire une sorte de coupure projetée qui fait qu’il y a un « objet » distinct et qu’on va pouvoir l’étudier. L’objet s’oppose alors au « sujet ».

    Documents joints

  • La Fonction Scribe

    La Fonction Scribe

    Le corps et ses entours

    À propos de « Corps, psychose et institution », il m’est venu l’idée de parler du corps, de ses entours et de la fonction scribe.

    La fonction scribe fait partie de la logique de Charles Sanders Peirce. Peirce parle de la fonction « graphiste ». Mais Michel Balat l’a remplacée par ce mot bien plus harmonieux de « scribe ». Surtout qu’il y a toute une aura historique sur le mot « scribe ». Il a remplacé également la « fonction grapheur » par le « musement ». Et le troisième terme, c’est « l’interprétant » ou « les interprétants ». Tout cela pour situer dans quel domaine logique je veux parler ici.

    Depuis toujours, dans ce travail, aussi bien à l’hôpital que dans les « entours » de l’hôpital et ailleurs, et même dans la vie quotidienne de tout un chacun, il y a une tendance, depuis des millénaires, de glisser vers des relations dyadiques, des dyades, ce qui me semble une pente dangereuse, la plus aliénante qui soit. Les dyades, ça aboutit à des structures institutionnelles aussi bien dans les hôpitaux que dans les écoles, dans les administrations de nature incestueuse. Le modèle de la dyade, c’est la relation incestueuse.

    Alors, quelles sont les procédures pour essayer, non pas d’ouvrir la dyade, mais de proposer quelque chose qui serait plus efficace ? Introduire une triade ? Mais alors, à partir de là, ça exigerait un développement d’une grande complexité…

    Documents joints

  • Histoire, institution, soins

    Histoire, institution, soins

    Journée de la Waimh.France La narrativité – 7 Mars 2002 – Paris

    Dans mon bestiaire personnel, le mot « narrativité » évoque irrésistiblement par une association cratylienne dont notre inconscient a le secret, le mot « nativité » et par déformation mé(ga ?)lomaniaque, celle que Olivier Messiaen a écrite en 1935, « La nativité du Seigneur ». Pour moi cette suite de neuf méditations pour orgue est une des grandes œuvres musicales du Xxème siècle. Elle narre le récit de la naissance de Jésus, cette belle aventure humaine, glorifiée par les chrétiens au point d’en faire l’histoire d’un nouveau lien, voire d’une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes et celle de ses avatars, et dont, soit dit en passant, nous n’avons pas fini de comprendre toutes les subtilités transgénérationnelles qu’elle recèle dans ses archives orales et écrites. La seule constellation représentée par Marie, Joseph, l’archange Gabriel, le Saint-Esprit et Jésus a déjà donné de quoi penser pendant deux millénaires aux plus grands exégètes, et cela pourrait d’ailleurs faire l’objet d’une autre journée d’étude de la Waimh ! Chacune des neuf pièces de la Suite de Messiaen est empreinte d’une atmosphère particulière en rapport avec les temps forts de la Nativité de Jésus, « La vierge et l’enfant », « Les bergers », « Le verbe », « Les anges », « Les mages »… Gisèle Brelet nous dit que « Messiaen voudrait y rapprocher l’auditeur de l’éternité dans l’espace, ou infini, par des modes réalisant mélodiquement et harmoniquement une sorte d’ubiquité tonale et par des rythmes spéciaux, hors de toute mesure, contribuant puissamment à éloigner le temporel …Ce qu’il y a de plus neuf et de plus audacieux chez ce musicien, c’est son langage rythmique, issu du sentiment profond de l’essence temporelle de toute vie ». D’ailleurs, un autre auteur, Henri Maldiney, extrêmement important à mes yeux sur ce sujet, a établi que le rythme est au principe même de toute vie. Il a également parlé avec talent de ce que « Erving Straus a nommé le « moment pathique », cette dimension intérieure du sentir, selon laquelle nous communiquons avec les données (de la matière) hylétiques, avant toute référence et en dehors de toute référence à l’objet perçu. Cette logique est une esthétique intégralement exprimable en termes d’espace et de temps, aux niveaux du « se sentir » et du « se mouvoir ».

  • Mécanismes autistiques

    Mécanismes autistiques

    et modèlisation sémiotique peircienne – Eté 2001

    Un travail de très longue durée avec les enfants autistes m’a amené à me pencher sur plusieurs séries de questions. Je n’aborderai dans cet article que la question de la psychopathologie singulière des autistes. En effet, il est facilement compréhensible que la survenue d’une telle pathologie chez un enfant, en le privant de toute communication inter-relationnelle avec un alter ego, aboutit à une demande d’aide formulée par les parents de cet enfant auprès des spécialistes de l’autisme, les pédopsychiatres. Mais nous savons maintenant que ce trouble envahissant du développement ne survient pas ex nihilo à l’âge de trois ans chez un enfant qui se serait développé sans autre problème auparavant : des manifestations existent souvent dès les premiers mois de la vie et compliquent singulièrement le climat interactif dans lequel le bébé se développe avec ses parents. Une angoisse délétère infiltre cette relation et parasite les échanges entre ces trois partenaires que sont le bébé, sa mère et son père. Or nous savons que l’angoisse est une pathologie extrêmement « contagieuse », dans le sens où elle sature très vite les capacités de transformation que la mère notamment, utilise avec son bébé dans tous les temps de la vie quotidienne. Le bébé pleure comme ci ou comme ça et la maman sait très vite la signification qu’il faut accorder à ce pleur-là. La détresse primordiale que le bébé a traversé pendant quelques instants à cause de la faim, de la soif, du besoin de sommeil ou de la douleur, et qui ont été interprétés pertinemment par sa maman, est rapidement suivie d’une sensation qui s’y oppose point par point et que Freud avait rangé sous le premier principe de fonctionnement de l’appareil psychique : le principe de plaisir-déplaisir.

  • Thérapeutiques institutionnelles

    Thérapeutiques institutionnelles

    EMC-Psychiatrie

    « Sans la reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît… »

    François Tosquelles

    « N’avons-nous pas le devoir de rendre « habitables » ces lieux désertiques dans lesquels se sont égarés, souvent à jamais, ceux que nous nommons psychotiques ? »

    Jean Oury

    « Un des principes fondamentaux de la Psychothérapie Institutionnelle, et cela ne surprendra personne puisqu’il s’agit de psychothérapie, pourrait être qu’elle est une entreprise de dévoilement méthodique de la vérité. »

    Roger Gentis et Horace Torrubia

    Les thérapeutiques institutionnelles appartiennent désormais à l’histoire de la psychiatrie et, leur importance dans les pratiques et les théorisations psychiatriques contemporaines n’est plus à prouver. Partant de la nécessaire critique radicale de l’asile, dominant jusqu’à la deuxième guerre mondiale, les thérapeutiques institutionnelles ont ensuite montré leur fécondité dans la transformation de la psychiatrie. Aujourd’hui, les thérapeutiques institutionnelles démontrent, plus que jamais, le visage humain que la psychiatrie doit préserver en insistant sur les pratiques concrètes qui mettent le sujet, bien qu’il soit malade mental, au centre de sa « guérison ».

  • La violence

    La violence

    LA VIOLENCE DU JEUNE ENFANT COLLOQUE DE TOULOUSE Septembre 1998 Un jeune enfant est violent : une institution ?

    Si un jeune enfant est violent, comment cela s’institue-t-il pour lui et quelles sont les institutions dont il a besoin pour dépasser ce comportement difficilement toléré ?

    C’est à ces questions que nous allons tenter d’apporter quelques éléments de réponse.

    Depuis que la psychanayse existe, il y a eu des psychanalystes pour se poser la question de la violence : S.Freud, A.Aichorn, T.Reik, H.Deutsch, H.Hug Von Hellmuth, M.Klein, P.Greenacre …

    Mais dans beaucoup de cas, les psychanalystes se sont peu risqués à se frotter eux-mêmes à la violence, persuadés qu’ils étaient, et avec juste raison, que le cadre analytique habituel n’était sans doute pas adapté tel quel à cette rencontre.

    Pourtant quelques uns se sont organisés de telle façon que la pensée psychanalytique leur serve dans ces conditions extrêmes et cela nous a permis de mieux comprendre les rapports entre la violence et la loi, entre l’enfance-l’enfant en train de se construire-et l’introjection de la loi, en un mot, entre le sujet et ce qui va devenir chez lui le sur-moi et l’idéal du moi.

    Pendant ce temps, la société évoluait de telle manière que le problème de la violence devenait non seulement un problème préoccupant pour les pédagogues au sens large, mais pour chacun des citoyens dans sa vie quotidienne. On sait l’utilisation qui en a été faite par certains hommes et partis soi-disant politiques, et qui a grandement contribué à en caricaturer les tenants et les aboutissants, et finalement à en obscurcir les enjeux.

    Outre chacun des citoyens, deux catégories de personnes se retrouvent de par leur profession dans un rapport direct avec la violence : les défenseurs de l’ordre établi, dit-on, et tous ceux qui sont chargés de « l’accueil » des sujets porteurs de cette violence, pour les aider à s’insérer dans le tissu social autrement que par elle, y compris à s’en soigner. Les rapports entre ces deux catégories de personnes ne sont pas très simples, d’autant que les médias simplifient souvent aux yeux de leurs « spectateurs-victimes », l’attitude des premiers envers les seconds et vice versa.

  • Autistes et exclusion

    Autistes et exclusion

    LES AUTISTES, EXCLUS DE L’AN 01 Journées de DAX sur l’Exclusion Novembre 1997

    Ce texte est un hommage à ceux qui travaillent avec moi , directement et indirectement, à Angers, et sans lesquels ce que nous pouvons encore faire serait même impossible.

    INTRODUCTION

    Si j’ai proposé à Michel Minard de parler encore une fois de l’autisme infantile, c’est parce qu’il me semble très intéressant de faire le point aujourd’hui sur une des raisons pour lesquelles les enfants autistes deviennent des exclus, à savoir leur rencontre trop tardive avec une équipe de soins intensifs ayant suffisamment réfléchi à ce problème de bébé. Mais aussi parce que le problème des autistes est exemplaire de la tendance actuelle de l’orientation vers le médico-social, voire même le socio-familial… les excluant ainsi du soin qui leur est nécessaire, comme si les dimensions familiales, sociales, et médicales ne pouvaient pas s’articuler ensemble.

    Dans une telle logique décadente(Francis Jeanson), exclusion et ségrégation sont les deux mamelles du destin des pulsions de mort.

    Bien sûr, je souhaite évoquer avec vous ce problème, non pas du point de vue antipsychiatrique au sens large-comment faire pour échapper à la psychiatrie- ce qui d’une certaine manière est encore une position beaucoup plus développée que nous ne le pensons habituellement, mais du point de vue pragmatique voire pragmaticiste, comme dirait Peirce, afin de comprendre en quoi et comment nous pouvons changer cet état de chose regrettable.

    Mais la question générale est de savoir si une équipe de psychiatrie elle-même en danger d’exclusion, est capable de faire en sorte que ses clients ne le soient pas.

  • Ibn ‘Arabî (1165-1240)

    Ibn ‘Arabî (1165-1240)

    Ibn ‘Arabî (1165-1240) est un des plus illustres représentants de la mystique ésotérique. Son œuvre est complexe, mais elle a un aspect philosophique important. Dieu en révélant qu’il n’y a de divinité que Lui, s’affirme sur fond de non-être. Face à son Unicité monadique (ahadiyya), le non-être est multiplicité de négations possibles de l’Essence infinie. En lui-même, Dieu est absolument indifférencié et inconnaissable. Il est dans un ’amâ’ mutlaq (nuage, brouillard absolu), l’invisible des invisibilités (ghayb al-ghuyub). Dieu le “ teinte ” d’abord d’une lumière essentielle et y engage les “ formes des anges éperdus d’amour ”. Pour créer le monde, il prend un de ces “ chérubins ” appelé le Calame ou l’Intellect.

  • Gérard Deledalle : Saint Thomas d’Aquin : Les Transcendantaux de l’Être

    Gérard Deledalle : Saint Thomas d’Aquin : Les Transcendantaux de l’Être

    État de la question

    1. Terminologie thomiste

    (a) Le Transcendantal se définit comme ce qui se retrouve dans tous les genres de l’Être.

    (b) Les Transcendantaux sont l’Un, le Vrai et le Bien. Le Beau, qui, pour les Modernes est un Transcendantal, est pour saint Thomas d’Aquin un Transcendantal dérivé.

    (c) Les Transcendantaux sont des distinctions de raison, selon saint Thomas d’Aquin. Ces distinctions diffèrent des distinctions réelles en ce qu’elles sont proposées par notre intelligence, alors que les distinctions réelles ne dépendent pas de ce que nous en pensons.

    Saint Thomas qui bat Peirce pour la subtilité de ses distinctions distingue plusieurs distinctions de raison :

    (l) La distinction de raison raisonnée qui se subdivise en (la) distinction de raison raisonnée majeure ou parfaite et en (lb) distinction de raison raisonnée mineure ou imparfaite.

    (2) La distinction de raison raisonnante.

    (1) peut avoir un fondement dans la réalité.

    (1a) ne peut contenir l’autre qu’en puissance : le genre et l’espèce.

    (1b) peut contenir l’autre virtuellement en acte : l’Être et deux de ses Transcendantaux : le Vrai et le Bien

    (2) est un pur artifice de pensée. C’est le cas du Transcendantal Un qui se confond avec l’Être.

    (d) Les Transcendantaux ne sont donc pas obtenus par raisonnement déductif, comme chez les idéalistes, mais par intégration des aspects les plus généraux du donné au sens de réel existentiel.

    Documents joints

  • Frank Drogoul : La sexualité dans les institutions psychiatriques

    Frank Drogoul : La sexualité dans les institutions psychiatriques

    Ce texte a pour objet la sexualité dans les collectifs psychiatriques. Mais pour éviter toute confusion à ce sujet, il est important de resituer ce problème de la sexualité dans les rapports qu’entretient cette dernière avec la Loi, la morale, la psychopathologie.

    En effet, à la question de la sexualité en psychiatrie on ne peut répondre par un oui ou un non idéologique comme cela pourrait être le cas dans d’autres collectivités telles les foyers d’étudiants, les foyers de jeunes travailleurs ou les internats.

    Comme nous pouvons le voir dans notre pratique quotidienne, la question des relations sexuelles se situe souvent en expérience charnière par rapport à l’équilibre ou, plus fréquemment hélas, l’écroulement psychopathologique des personnes dont nous sommes amenés à nous occuper. L’image que nous présente le film de Milos Forman Vol au dessus d’un nid de coucou – où nous voyons un jeune interné bégayant, soudain guéri après avoir couché avec une femme légère, et aussi brusquement replongé dans son symptôme psychiatrique après l’intervention autoritaire de l’infirmière en chef, militante de la morale intégriste, ce qui le pousse à se donner la mort – ne correspond qu’à une déformation grossière des problèmes que nous rencontrons journellement dans notre métier par rapport à la sexualité.

    Pourquoi donc sommes-nous réunis aujourd’hui pour réfléchir sur cette question, pourquoi est-ce celle-ci qui surgit régulièrement dans les débats institutionnels, où morale, démocratisation et psychothérapie sont très vite confondus ?

    Pour introduire une réflexion à ce sujet, il paraît préférable de prendre deux points fondamentaux de la théorie analytique, grâce auxquels cette question pourra être envisagée dans son rapport au fonctionnement du collectif où elle émerge, et aux enjeux thérapeutiques de la ou des personnes pour qui elle se pose.

  • Henri Maldiney : L’Esthétique des Rythmes

    Henri Maldiney : L’Esthétique des Rythmes

    I-LE DESTIN DE L’ART ET LA NAISSANCE DU RYTHME

    Le philosophe est un perturbateur. C’est là son trait commun avec l’artiste, s’il est vrai, comme dit G. Braque, que l’art soit fait pour troubler et que la science rassure. Il trouble la bonne conscience, même et surtout scientifique. Mais il commence par ébranler la sienne. A cet égard l’esthétique est exemplaire. Sa première question met en jeu son existence même avec celle de son objet. Cette question la voici : l’art peut-il mourir ? L’art doit-il mourir ? – “ il est mort ”, répond Hegel. Ce constat de décès prête à l’ironie. Il date d’un siècle et demi pendant lequel l’art a eu et a encore une assez belle survie. Mais que la multitude des artistes ne fasse pas illusion ! Schiller nous en prévient : “ Il y en a beaucoup de bons et d’intelligents ; mais tous comptent pour un seul, car ils sont gouvernés par les concept. Triste est l’empire du concept : avec mille formes changeantes il n’en fait qu’une, indigente, vide. ”

    Hegel est le philosophe du concept, mais le concept hégélien n’est pas une idée fixe ; et les vers qu’il cite de Schiller prennent alors un autre sens, encore plus grave pour l’art. Le concept est le sens qui gouverne tout à travers tout. Non pas un sens tout fait qui attend d’être mis à jour, mais un sens qui s’effectue lui-même dans l’histoire du monde et qui, en se produisant en elle, y produit la lumière dans laquelle il vient à son propre jour. L’art a été cette lumière où l’esprit se savait lui-même comme esprit. Il a été le plus vivant de la vie. Mais l’art ne vit de l’esprit qu’aussi longtemps que l’esprit vit de l’art. Or l’esprit a dépassé cette forme de lui-même, il a cessé de se constituer et de se communiquer sous une forme sensible dans les œuvres de l’art. Il a désormais à se réaliser et à s’exprimer dans les conduites et les situations humaines qui sont son existence effective, et à se savoir en elles comme sujet et objet de son monde. Le rôle de l’art est seulement d’ordonner le décor de la vie, d’une vie dont le sens se décide hors de lui. L’esthétique doit céder la place à l’éthique.

  • Travail du rêve, travail du deuil

    Travail du rêve, travail du deuil

    Lorsqu’on m’a demandé, il y a quelques mois, un titre pour ces journées, c’est celui-ci qui m’est venu à l’esprit. Et était clair pour moi d’emblée que, bien avant de savoir ce que j’allais pouvoir raconter sous ce titre, il s’agissait avant tout d’une démarche en négatif par rapport à ce mouvement actuel d’évaluation, de quantification, d’adéquation, de recensement du geste thérapeutique et de celui qui ne l’est pas…

    Que A partage à La Borde la chambre de B, que C et D, maintenant sortis depuis 2 ans et se retrouvant habiter la même ville, décident de prendre un appartement ensemble, est-ce que ce sera « thérapeutique » ou au contraire nocif, régressif, voire pervers ? Ce type de question se pose à chaque instant. Et comment pourrions-nous y répondre ? D’autant que si je pense au couple que forment E et F, couple mixte celui-là, je dois bien dire que cet assemblage – où l’un était la béquille de l’autre – a fonctionné un an ou deux de façon très positive, facteur d’équilibre et de resocialisation, avant de devenir, comme c’est le cas actuellement, un système spéculaire ou chacun met son inertie sur le compte de celle de l’autre – ce qui annule toute tentative de prise en charge thérapeutique de l’un ou de l’autre.

    On peut dire que travailler avec des psychotiques est l’une de ces professions « impossibles » dont parle Freud. Ce sont d’ailleurs plutôt des fonctions : « éduquer, gouverner, psychanalyser » ; tâches impossibles « parce que, dit-il, on peut y être sûr par avance de n’obtenir que des résultats insatisfaisants »1. Freud aborde d’ailleurs dans ce texte des problèmes qui sont, si l’on peut dire, notre pain quotidien, et en particulier, cette question – contenue dans le titre, dont ce n’est pas par hasard si sa traduction déchaîne les passions – cette question qu’en transposant un peu on pourrait formuler ainsi : Quand, et dans quelles conditions peut-on, sans trop de risque, cesser une prise en charge ? Étant bien entendu que rien ne peut garantir que la décision soit judicieuse.

    Documents joints

  • Secondéité pure et univers schizophrénique

    Secondéité pure et univers schizophrénique

    J’ai appelé ça « Secondéité pure et univers schizophrénique », et j’ai mis en exergue une petite phrase de Peirce que j’aime particulièrement ; je dois même dire que c’est elle qui m’a inspiré ces réflexions : « La secondéité du second, quelque soit celui des deux objets qu’on appelle second, diffère de la secondéité du premier, c’est-à-dire qu’il en va ainsi généralement. Tuer et être tué sont différents. Il y a de bonnes raisons d’appeler l’un des deux premier tandis que l’autre demeure second : c’est que la secondéité est plus accidentelle pour l’un que l’autre ». (I – 527)

    Si cette phrase a accroché mon attention, c’est parce qu’elle m’a évoqué des situations cliniques que l’on peut ramener à une sorte de secondéité où « tuer et être tué » seraient équivalents.

    Je commencerai par une banalité : dans la logique de Peirce, il semble que les catégories de priméité, secondéité et tiercéité sont indissociablement liées ; en particulier, nous ne pouvons penser la priméité et la secondéité qu’avec la pensée, c’est-à-dire à partir de la tiercéité.

    On évoquait ce matin la thèse de Michel Balat (« Pierce, Freud, Lacan ») dans laquelle il établit une correspondance entre les catégories phanéroscopiques de Peirce et les catégories (respectivement : Imaginaire, Réel, Symbolique) de Lacan. Les trois catégories de Lacan sont elles aussi, indissociablement liées, l’image qu’il donne de leur mode de liaison est celle des annaux borroméens : que l’un des maillons se brise, et chacun des anneaux se trouve isolé, perdant du même coup tout sens, car dans cette triade, chaque catégorie ne reçoit son sens qu’articulée aux deux autres.

  • Névroses et psychoses

    Névroses et psychoses

    Extrait de : L’apport freudien, « Élément pour une Encyclopédie de la psychanalyse » Sous la direction de P. Kaufman, éditions Bordas, Paris 1993

    Les toutes premières réflexions de Freud sur la psychose concernent la paranoïa, qu’il englobe, avec l’hystérie et la névrose obsessionnelle, dans les « psychonévroses de défense ». Mais alors que, dans ces deux dernières affections, le « contenu représentatif » dont il s’agit de se défendre est « détaché », « maintenant hors du conscient » (l’affect étant alors « séparé » de la représentation), dans la paranoïa, « contenu (de la représentation) et affect sont maintenus (présents au niveau conscient), mais se trouvent projetés dans le monde extérieur ». Dès ce moment, paranoïa et projection se trouvent intimement liées : « le but de la paranoïa est de se défendre d’une représentation inconciliable avec le Moi en projetant son contenu dans le monde extérieur ». Notons ici que le cas de « paranoïa » étudié par Freud dans les « Nouvelles remarques sur les psychonévroses de défense » sera ultérieurement considéré par lui comme relevant « plus certainement de la démence précoce », ce qui nous autorise de fait à relier la projection à l’ensemble des mécanismes hallucinatoires et interprétatifs des psychoses.

  • Les marches du délire

    Les marches du délire

    Le mot « marche », dérivé du francique « marka » signifie au XIe siècle : « pays frontière ». Mais le sens premier du germanique « marka » est « signe marquant une frontière ». Deux familles sémantiques sont donc issues de « mark » : l’une, directement dérivée du germanique, garde le sens de « signe », « empreinte » ; on la retrouve dans le français « marquer », « remarquer », et dans l’allemand « Mark » (« empreinte sur une pièce de métal ») qui, après avoir désigné un poids, est devenu le nom-même de la monnaie ; l’autre direction sémantique nous est parvenue à travers les formes latines « margo », « marginis » qui signifient « bord », « frontière », que l’on retrouve par exemple dans les termes français « marge » et « marginal ».

    C’est pour cette polysémie que j’ai choisi le terme de « marches » du délire pour présenter ce dont je voudrais essayer de parler ici : le phénomène que l’on appelle classiquement « interprétation délirante ». J’ajouterai que si le verbe « marcher » – qui vient aussi de « marka » – n’implique en son sens premier aucune idée de mouvement (il signifie simplement : « laisser des empreintes sur le sol »), l’idée de dynamisme qu’il comporte aujourd’hui, cette idée « d’être en marche » ajoute encore à sa richesse sémantique et situe mieux encore le sens que je donne à l’interprétation délirante par rapport au phénomène du délire.

    La sémiologie classique française définit l’interprétation délirante comme « inférence d’un percept exact à un concept erroné » (Dromard) ou « jugement faux sur une perception exacte » (H. Ey).

    C’est une définition quelque peu embarrassante. D’une part, je ne sais pas trop comment se mesure « l’exactitude » d’une perception, par ailleurs il faudrait préciser ce que l’on entend par « jugement ».

  • Bébé, agressivité, Institution

    Bébé, agressivité, Institution

    Comment le bébé vit-il la violence institutionnelle et comment sollicite-t-il notre agressivité dans les institutions ? Journée Nationale de la WAIMH – Paris – 11 Janvier 2002

    « Toute mère, tout père, chacun d’entre nous a des raisons de haïr son enfant et de souhaiter sa mort. Nous voulons en revanche tenter d’étudier les processus qui font que chez certaines mères de certains enfants, dans certaines circonstances, les mécanismes de contre-investissement, de contention, de maîtrise, de sublimation, n’ont pas pu s’élaborer ou n’ont pas été efficaces ou ont été dépassés. »

    C’est ainsi que Michel Soulé introduit le livre « Mère mortifère, mère meurtrière, mère mortifiée » qu’il a dirigé et qui, paru en 1978, garde aujourd’hui toute son actualité. Nous allons tenter de voir si ses propositions en ce qui concerne la mère peuvent être utiles pour comprendre les phénomènes institutionnels en rapport avec cette problématique.

    Dans le « Vocabulaire de la psychanalyse », le terme « Agressivité » est défini de la manière suivante : « Tendance ou ensemble de tendances qui s’actualisent dans des conduites réelles ou fantasmatiques, celles-ci visant à nuire à autrui, le détruire, le contraindre, l’humilier… L’agression connaît d’autres modalités que l’action motrice violente et destructrice ; il n’est aucune conduite aussi bien négative (refus d’assistance par exemple) que positive, symbolique (ironie par exemple) qu’effectivement agie, qui ne puisse fonctionner comme agression. La psychanalyse a donné une importance croissante à l’agressivité, en la montrant à l’œuvre très tôt dans le développement du sujet et en soulignant le jeu complexe de son union et de sa désunion avec la sexualité. Cette évolution des idées culmine avec la tentative de chercher à l’agressivité un substrat pulsionnel unique et fondamental dans la notion de pulsion de mort. »

    Nous sommes donc bien dans le sujet puisqu’il s’agit de travailler ensemble cette notion d’agressivité, « en la montrant à l’œuvre très tôt dans le développement du sujet », précisément chez le bébé. Et dans l’ensemble des possibilités pour le bébé d’être en relation avec l’agressivité, nous avons choisi l’occurrence des institutions

  • Processus cognitifs dans la psychose

    Processus cognitifs dans la psychose

    PROCESSUS COGNITIFS ET PSYCHOSES INFANTILES

    Résumé : La psychose infantile contraint l’enfant à des processus cognitifs spécifiques. L’objet de cet article est d’en préciser certains mécanismes psychopathologiques, et plus précisément le « processus psychotisant », à partir des nombreux travaux écrits à ce sujet dans les dernières décennies. Mais ce processus peut également être à la source de surprises inattendues que nous tenterons de présenter succintement. Enfin, des conséquences théoriques et organisationnelles peuvent en être inférées pour une meilleure approche globale, thérapeutique et pédagogique, des enfants psychotiques.

    Mots-clés : Psychose infantile, processus cognitif, processus psychotisant, identification adhésive pathologique, identification projective pathologique, pédagogie institutionnelle.

  • A la recherche d’une méthode

    A la recherche d’une méthode

    Traduction et Édition Michel Balat et Janice Deledalle-Rhodes sous la direction de Gérard Deledalle

    un ouvrage inédit de C. S. Peirce.

    Peirce ne publia de son vivant aucun ouvrage philosophique. Ce ne fut pas faute d’en avoir projeté. Pendant la seule période de 1890 à 1893, il n’en projeta pas moins de trois : A Guess at the Riddle [La solution de l’énigme], Grand Logic [Grande Logique] qu’il intitula également How to Reason : a Critick of Arguments [Comment raisonner : Critique des arguments] et Search for a Method [A la recherche d’une méthode] qui porte également un autre titre : The Quest of a Method [En quête d’une méthode]. Le premier ne fut jamais achevé, mais les deux ouvrages de 1893 le furent, car ils comprenaient presque exclusivement des articles publiés que l’on retrouve d’ailleurs pour certains dans l’une et l’autre des tables des matières. Il y a davantage d’articles de logique dans le premier volume dont “The Logic of Relatives” [Logique des relations] de 1880, davantage d’articles proprement philosophiques dans le second dont la série du Monist de 1893 sur la métaphysique. Ce dernier volume aurait pu voir le jour, car un éditeur, “ The Open Court Publishing Company ”, avait accepté le principe de sa publication. C’est celui dont nous donnons ici la traduction.

    Voir l’ouvrage A la Recherche d’une Méthode, de Charles Sanders Peirce, Théétète/Le champ social éditeur, Nîmes, 1993

  • Peirce : logique des mathématiques

    Peirce : logique des mathématiques

    Nous nous sommes attachés dans cette traduction à suivre au plus près le texte du manuscrit de Peirce (MS 900), aussi bien pour les termes qu’il utilise – et les ratures, que nous indiquerons parfois, montrent à l’évidence qu’il cherchait le mot juste -, pour la syntaxe – même si la lourdeur de nombre de tournures nous a parfois contraints à alléger l’expression -, que pour la ponctuation. Cette dernière a souvent été transformée dans le texte des Collected Papers : aussi n’avons-nous que très rarement suivi la ponctuation de ce texte – nous ne l’avons fait que lorsqu’il s’agissait d’une erreur évidente dans le manuscrit. Nous pensons ainsi avoir été fidèles au texte, au prix souvent d’une syntaxe pesante : Peirce n’était manifestement pas un écrivain, et ses préoccupations allaient vers l’exactitude de l’expression plutôt que vers la beauté de la phrase.

    Nous avons aussi tenté de rendre les jeux de mots, voire les « puns », par des équivalents. Cela nous a amenés à produire dans notre traduction des termes inhabituels. Nous pensons ici à la traduction de « place » par « lieu », à celle de « statement » par « établissement » (au sens où l’on « établit » un théorème) ou à celle de « to involve » par « envelopper » (au sens mathématique d’« enveloppe »). Peirce était mathématicien, et nous nous en sommes souvenus tout au long de ce travail. Chacun de ces équivalent sera justifié dans nos notes.

    Nous ne saurions conclure ce bref commentaire sur les notes sans indiquer que le choix de ce texte a été dicté par son importance. Nous le faisons figurer en Annexe de cet ouvrage parce qu’il présente et articule bien des concepts qui sont à l’œuvre dans la plupart des écrits de Peirce. De plus, la démarche même d’analyse y est définie clairement, et utilisée de manière systématique. Enfin, il rassemble sous nos yeux et éclaire un grand nombre d’idées philosophiques d’importance – celles de temps et d’espace, par exemple -, qui sont analysées sous le point de vue de l’évolution et de l’involution, dont nous avons fait grand cas dans les chapitres précédents. Ce dernier fait à lui seul aurait justifié que nous mettions la Logique des mathématiques en exergue.

    Documents joints

  • L’homme blessé et la psyché

    L’homme blessé et la psyché

    Agressologie 1993, 34, 3 : 136-140

    Depuis plus de trois ans maintenant, nous tentons d’explorer une voie qui prend en compte le blessé non seulement dans sa dimension corporelle ou affective, mais dans son être relationnel, là où il est le plus proprement humain. Cela nécessite un certain nombre d’hypothèses de travail dont certaines persistent parce que rien n’est venu les infirmer, tandis que d’autres ont été abandonnées en chemin.

    Mais tout d’abord, il nous faut remarquer en quoi il ne suffit pas, pour s’occuper de traumatisés crâniens, même si cela est absolument indispensable, d’une compétence concernant le corps comme organisme somatique – en quoi le traitement des différentes parties de ce corps contribuent à son morcellement – ou d’une capacité à “souffrir avec” le blessé – la compassion ne nous forge pas d’outil pour modifier les capacités relationnelles du blessé, quoiqu’elle nous fournisse la certitude du contact avec lui. Car ce relationnel consiste en ceci, que le blessé est souffrance de la souffrance que nous vivons avec lui, qu’il est la voix empêchée de la phonation improbable qu’investit l’orthophoniste, le membre inhibé dont s’occupe le kiné, la plaie ouverte que soigne l’infirmier, l’organisme traumatisé qui est la préoccupation du médecin. Comment pourrait-il dès lors accéder à cette singularité problématique, celle d’un sujet reprenant sa place dans le tissu langagier commun ? Poser cette question nous impose de savoir ce que l’on entend par “reprendre sa place dans le tissu langagier commun”. C’est ce que nous allons examiner maintenant.

    Et pour cela, dans la mesure où en fait ce n’est pas d’abord sur le plan du langage que nous attendons l’éveil, mais plus simplement sur celui de la production intentionnelle de signes, nous remarquerons que la fameuse “réponse à un ordre simple” se présente pour nous sous la forme d’une équation : intention = capacité d’interprétation, puisque toute réponse est une interprétation de ce qui la produit. Dès lors il nous faudra comme préalable définir ce que l’on peut entendre par interprétation, et pour ce faire, nous tourner vers la sémiotique, discipline à laquelle est dévolue la tâche de définir ce terme par la considération de ce qu’est un signe.

    Documents joints

  • Eveil de coma et “ transfert placentaire ”

    Eveil de coma et “ transfert placentaire ”

    Les cahiers du réseau, 1992, 1, 50-58

    Le corps et sa topologie

    Dans l’espace du physicien, qui est aussi celui du biologiste, la surface du corps (incluant les muqueuses) en est la frontière. On pourra alors parler d’intérieur et d’extérieur du corps (à condition d’inclure dans ce dernier l’intérieur de l’estomac, par exemple). La topologie commune du physicien et du biologiste est celle de l’espace dit “ euclidien ”, l’espace habituel, en somme. La membrane-frontière de la cellule délimite l’intérieur de la cellule du milieu extérieur. C’est d’une autre topologie qu’usera le psychanalyste quant au corps, dans la mesure où il introduit une notion délicate, la psyché. Le corps est, dans la théorie analytique, un des modes d’être de la psyché : il en est une dimension existentielle. La topologie de la psyché induit sur le corps une autre topologie que celle des biologistes. Les confondre conduit à des apories. Les phénomènes de surface ne seront pas les mêmes pour l’un et pour l’autre.

    Prenons le cas du foetus. Dans l’espace euclidien, celui du biologiste, nous avons ici deux corps : le foetus et la mère. La frontière commune de ces deux corps est à situer comme la surface de contact de la muqueuse utérine, la caduque basale, et du placenta. L’expulsion consiste en une perte de cette surface, surface d’échanges par passages à la limite (un point de la surface de contact pouvant être atteint à partir de séquences de l’un ou de l’autre corps). Le psychanalyste posera le problème en d’autres termes. L’individuation psychique est un processus ouvert dont l’origine est à situer dans les rapports du complexe foetus/placenta et de l’utérus. Dans cette perspective, la coupure de l’enfant et du placenta serait le premier événement psychique et le maternage, la suppléance du placenta nécessitée par la prématuration (néoténie). La tension libidinale est, elle aussi, d’origine : la coupure du placenta en transforme les conditions (cf. les angoisses situées au nombril, le phantasme du rattachement ombilical à une sphère, les mythes de jumeaux, etc.). Psychanalyste et biologiste peuvent bien s’accorder sur les faits dans leur dimension existentielle, mais peuvent différer conceptuellement de par les distinctions topologiques qui les supportent.

    Documents joints

  • Autour de l’éveil de coma

    Autour de l’éveil de coma

    Les Cahiers du CTNERHI, “ Handicap et Inadaptation ”, janvier 1998

    Le travail dont il va être ici question a lieu depuis 7 ans dans la clinique de Château Rauzé près de Bordeaux, qui accueille des patients traumatisés crâniens en éveil de coma. Edwige Richer, qui dirige la clinique, et François Cohadon ont, dans de nombreux articles , présenté la problématique clinique générale et les solutions adoptées pour le traitement de ces personnes, – qui se sont nommées “ les blessés ”, du fait de l’accident qui a été la cause de leur état. Nous renvoyons à leurs études pour ce qui concerne les états de coma et, plus spécifiquement, d’éveil de coma.

    Nous voudrions présenter au lecteur une conception du soin qui nous a semblé adaptée aux conditions particulières d’une clinique de l’éveil du coma et de son suivi. Nous décrirons pour cela quelques situations vécues permettant de se faire une idée de ce qui se passe dans le rapport entre les équipes et les blessés. Puis nous donnerons des éléments sur les élaborations à partir de la vie quotidienne dans cet établissement, et qui puisent à trois sources : la théorie médicale du coma, du trauma crânien et de la récupération cérébrale, la théorie sémiotique de Peirce, sa logique et son pragmaticisme, et la théorie psychanalytique de Freud, incluant aussi bien les développements de Lacan que ceux des Winnicott, Klein, etc. Malgré la véritable débauche théorique à laquelle le lecteur peut paraître convié, les conditions mêmes du travail font de ces élaborations un bricolage plus qu’une théorie. Il ne semble pas qu’à l’heure actuelle existe une conception unifiée du travail auprès des traumatisés crâniens. Ce qui suit peut donc être considéré comme une approche, parmi d’autres possibles.

    Documents joints

  • Peirce : New Elements

    Peirce : New Elements

    Charles S. Peirce

    Je me permets d’offrir une critique du style mathématique en logique. Je dis en « logique », car les mathématiciens n’emploient le style euclidien que pour présenter la logique du sujet. Quand ils ne font que chercher une solution à des problèmes difficiles ils oublient tout à son propos. J’appelle ce style euclidien car le premier livre des Eléments d’Euclide en est le plus ancien et le modèle le plus parfait. Euclide le maintient, dans une certaine mesure, dans ses autres écrits ; mais ce n’est que dans le premier livre des Eléments qu’il est poli par un travail et une pensée infinis. Il est aisé de voir que ce style prend son origine dans le goût esthétique des Grecs. Tout ce qu’ils ont fait, en littérature et en art, montre une prééminence de leur horreur du « trop ». Peut-être cette horreur était-elle due à l’irrépressible activité des esprits grecs, et par suite à leur agacement devant les considérations inutiles, et la cherté, dans ces temps d’énergie de tout type, des processus mécaniques d’écriture et de lecture. Ils assumaient que le lecteur penserait activement ; et les phrases de l’écrivain devaient simplement servir d’autant de marques lui permettant de suivre la trace de la pensée de l’écrivain. Le livre moderne doit être approuvé par une jeune femme profondément stupide et indiciblement indolente tournant ses pages tout en regardant par la fenêtre pour être admirée. Pour mettre une idée sous une forme telle qu’elle ne puisse éviter de la saisir, il est d’abord requis qu’elle remplisse un certain nombre de lignes, et ensuite que le moindre pas ne soit laissé à sa propre activité intellectuelle.

    Documents joints

  • « Comment se fixe la croyance » et « Comment rendre nos idées claires »

    « Comment se fixe la croyance » et « Comment rendre nos idées claires »

    On se soucie peu généralement d’étudier la logique, car chacun se considère comme suffisamment versé déjà dans l’art de raisonner. Mais il est à remarquer qu’on n’applique cette satisfaction qu’à son propre raisonnement sans l’étendre à celui des autres.

    Le pouvoir de tirer des conséquences des prémisses est de toutes nos facultés celle à la pleine possession de laquelle nous atteignons en dernier lieu, car c’est moins un don naturel qu’un art long et difficile. L’histoire du raisonnement fournirait le sujet d’un grand ouvrage. Au moyen âge, les scolastiques, suivant l’exemple des Romains, firent de la logique, après la grammaire, le premier sujet des études d’un enfant, comme étant très facile. Elle l’était de la façon qu’ils la comprenaient. Le principe fondamental était, selon eux, que toute connaissance a pour base l’autorité ou la raison. Mais tout ce qui est déduit par la raison repose en fin de compte sur des prémisses émanant de l’autorité. Par conséquent, dès qu’un jeune homme était rompu aux procédés du syllogisme, son arsenal intellectuel passait pour complet.

    Roger Bacon, ce remarquable génie qui, au milieu du XIIIe siècle, eut presque l’esprit scientifique, n’apercevait dans la conception scolastique du raisonnement qu’un obstacle à la vérité. Il voyait que seule l’expérience apprend quelque chose. Pour nous, c’est là une proposition qui semble facilement intelligible, parce que les générations passées nous ont légué une notion exacte de l’expérience. A Bacon, elle paraissait aussi parfaitement claire, parce que ses difficultés ne s’étaient pas encore dévoilées. De tous les genres d’expériences, le meilleur, pensait-il, était une intuition, une lumière intime qui apprend sur la nature bien des choses que les sens ne pourraient jamais découvrir : par exemple, la transmutation des espèces.

    Documents joints

  • Prolégomènes à une apologie du Pragmaticisme

    Prolégomènes à une apologie du Pragmaticisme

    Charles S. Peirce

    Que le lecteur se joigne à moi pour construire un diagramme afin d’illustrer le cours général de la pensée ; je veux dire un Système de diagrammatisation au moyen duquel on puisse représenter avec exactitude quelque cours de pensée que ce soit.

    « Mais pourquoi faire cela alors que la pensée elle-même est présente à nous ? » Telle a été en substance l’objection interrogative soulevée par plus d’une ou deux intelligences supérieures, parmi lesquelles je distinguerai un éminent et glorieux Général.

    Reclus que je suis, je n’étais pas prêt à émettre la contre-interrogation, qui aurait dû suivre, « Mon Général, vous utilisez des cartes pendant une campagne, je pense. Mais pourquoi faire cela quand le territoire qu’elles représentent est juste là ? » Là-dessus, aurait-il répliqué qu’il trouvait des détails dans les cartes si loin d’être “juste là” qu’ils étaient à l’intérieur des lignes ennemies, que j’aurais dû alors insister sur ma question, « Ai-je ainsi raison de comprendre que, si vous connaissiez totalement et parfaitement le pays, comme si, par exemple, vous sous trouviez dans le voisinage des lieux de votre enfance, vous n’auriez nulle utilité d’une carte lors de l’élaboration du détail de vos plans ? » Ce à quoi il n’aurait pu que répliquer, « Non, je ne dis pas cela, parce que je pourrais probablement avoir besoin des cartes pour y piquer des fanions, de façon à indiquer par avance les changements du jour anticipés dans la situation des deux armées. » Là encore ma contre-réplique aurait alors dû être, « Eh bien, mon Général, cela correspond précisément aux avantages d’un diagramme du déroulement d’une discussion.

    Documents joints

  • Sémiotique et sémiologie

    Sémiotique et sémiologie

    Introduction à deux jours de formation donnée à des médecins généralistes – 03/04/92

    La sémiotique s’intéresse aux processus dans lesquels interviennent des signes. La sémiologie en est la partie qui concerne pour l’essentiel le rapport des signes à leur(s) objet(s). Si la sémiologie médicale est le nom de cette activité qui consiste, 1°, à connaître le repérage des signes sur le corps des patients (directement par l’observation clinique ou indirectement par les examens complémentaires)

    2°, à savoir les rapports que ces signes (symptômes ou syndromes) entretiennent avec la maladie comme objet de l’investigation,

    la sémiotique, dans la mesure où elle a comme objet le processus lui-même, englobera donc l’aspect couvert par la sémiologie, mais sous l’angle de l’enquête prenant en compte l’ensemble des effets que produisent les signes.

    Dès lors, si la sémiologie mettait en quelque sorte hors champ la relation qui s’établit entre le médecin et le malade (puisqu’il ne s’agit pour elle que d’une sorte de lecture du corps accompagnée d’un savoir ad hoc), la sémiotique considérera celle-ci comme l’un des éléments de l’enquête.

    Nous tenterons de voir ce que modifie de la sémiologie classique cet autre abord sémiotique.

    Dans la mesure où le signe (pris en son sens le plus vague) est au centre de notre interrogation, peut-être faut-il tenter d’en donner la description la plus précise possible.

    Usuellement un signe est considéré comme ce qui représente quelque chose (son objet) pour quelqu’un. Dans la mesure où l’évidence de ce « quelqu’un » n’est pas nette (par exemple, ce quelqu’un est-il là comme représentant d’un savoir – médical -, comme présence empathique, comme objet de désir, etc ?), il serait peut-être plus prudent de considérer ce quelqu’un comme étant lui-même un signe (signe du savoir, signe de présence, signe de désir, etc.).

  • Sur le concept de limite en psychanalyse

    Sur le concept de limite en psychanalyse

    Les Etats-Limites, Actes du colloque de la Grand Motte, Paris, AFPEP ed., 1993

    Pourquoi les mathématiques ?

    Les mathématiques hantent la théorie psychanalytique depuis ses origines. On trouve chez Freud des considérations sur la notion de quantité (Esquisse, étude des pulsions, etc.), de limites et frontières comme dans cet extrait de Métapsychologie : “ Si, maintenant, nous abordons par le côté biologique l’examen de la vie d’âme, la pulsion nous apparaît comme un concept frontière entre animique et somatique, comme représentant psychique des stimulus issus de l’intérieur du corps et parvenant à l’âme, comme une mesure de l’exigence de travail qui est imposée à l’animique par suite de sa corrélation avec le corporel ”, de variations, de logique (L’interprétation des rêves), de topologie, etc., toutes notions qui sont le fond même de la réflexion mathématique. Depuis les travaux de Lacan, la logique et la topologie semblent avoir trouvé de nouveaux champs de développement dans notre science.

    Cela devrait nous amener à nous interroger sur la place que les mathématiques peuvent occuper dans nos conceptualisations. Sans prétendre résoudre cette difficile question, je me bornerai à faire à ce propos quelques remarques. Les mathématiques sont une discipline où l’iconisme est dominant. Cela signifie que, pour l’essentiel, le travail mathématique porte sur des icônes (des images) qui doivent être cohérentes mais qui permettent aussi de soutenir les élaborations des mathématiciens. Un bon dessin suffit souvent comme preuve, la démonstration proprement dite n’étant là que pour vérifier la consistance d’ensemble. Non qu’il faille négliger la logique propre de ces constructions, bien au contraire.

    Documents joints

  • Coma, rêve et pensée : une approche sémiotique

    Coma, rêve et pensée : une approche sémiotique

    Agressologie vol. 31, n° 10, pp.699/701.

    On sait qu’un certain nombre de comateux produisent, au sortir de leur coma, le texte d’un rêve – ou de ce qu’ils appellent un rêve. C’est un point qui mérite réflexion. (cf.Plum et Posner : la page 11 est particulièrement éclairante si l’on considère que le rêve ne manque pas lorsque le sommeil est en phase paradoxale.) J’ai fait l’hypothèse, dans ma thèse (Balat 1986), qu’en phase paradoxale la mise hors circuit d’une partie du corps pouvait induire des phénomènes psychiques involutifs (de type métaphorique), si caractéristiques de la pensée vigile, mais qu’en phase lente le tissu continu du « penser » n’est pas pour autant aboli, puisque le réveil dans cette phase amène la production de vagues souvenirs ponctuels et non, comme dans le cas du réveil en phase paradoxale, à de véritables tableaux-rébus (cf. aussi Dement 1981).

    Le problème du rêve : considérations sémiotiques

    Bien entendu se pose ici une question théorique importante : comment faire l’hypothèse que « le tissu du ’penser’ n’est pas aboli » sans aucun témoignage qui puisse faire valoir cette hypothèse ? En effet rien ne prouve que l’on puisse la vérifier expérimentalement. Toutefois si l’on fait l’hypothèse contraire, il semble que l’on se trouve rapidement soumis à des difficultés bien plus grandes. Tout d’abord qu’est-ce que le « penser » ? Pour les sémioticiens, la pensée et le penser sont par essence des signes. La distinction que l’on peut faire entre la pensée et le penser est, toujours d’un point de vue sémiotique, une question de faits. Logiquement, la pensée ne nécessite pas, puisqu’elle est liée aux faits, qu’un penser actuel la fasse être, elle est latente dans le fait, sous la forme d’un « peut être » et d’un « serait », c’est-à-dire de ce que nous appelons une « habitude ». Car la forme essentielle même de la pensée est qu’elle déterminerait une habitude de pensée. Ainsi, le souvenir d’un rêve est en lui-même une habitude suffisamment remarquable pour que l’on se penche sur la nature de ce qui a produit cette habitude. Ce ne peut être qu’un signe (ou un ensemble de signes).

    Documents joints

  • Autisme et Eveil de coma

    Autisme et Eveil de coma

    Introduction aux journées

    Je voudrais, tout d’abord, dire quelques mots pour excuser des absents. Excuser Jean Ayme qui, depuis qu’il a pris la retraite, a trop de travail, beaucoup trop de travail, et excuser de même Antonio Labad de Reus. Nous regrettons aussi l’absence de notre ami, notre cher Horace Torrubia, qui est encore un peu fatigué pour se déplacer aussi loin, mais enfin ça va mieux, je pense qu’aujourd’hui nous allons lui passer un petit coup de fil pour lui donner le bonjour de tout le colloque. Regretter aussi l’absence de quelqu’un que vous ne connaissez pas et dont je me faisais un vrai plaisir de le présenter à notre communauté, Alvaro Escobar Molina, un homme épatant qui, hélas, est dans la même situation qu’Horace et ne pourra pas être là. Et si vous me le permettez je voudrais quand même donner, alors là, un souvenir hélas, puisqu’elle n’est plus là, mais je pense beaucoup à Zoubida Hagani, cette amie venue d’Oran, chassée d’Algérie, mais dont la présence fut un rayon de soleil dans ce département, un moment de rencontre extraordinaire, et qui est morte d’un cancer. Il y a quelques mois nous avions, ensemble, une semaine avant sa mort, préparé une liste d’invités, elle m’avait donné des noms, et m’avait dit, il faut absolument qu’untel vienne, etc. Donc voilà, je voulais dédier ces journées à son souvenir.

    Si Edwige Richer et Pierre Delion pouvaient venir à la tribune pour m’accompagner, je me sens un peu seul, d’autant que ce que je vais dire maintenant, puisque je me propose de faire une petite introduction à ces journées, leur doit beaucoup, ainsi qu’à Jean Oury, ainsi qu’à d’autres, enfin, c’est trop !

    Documents joints

  • Cours de sémiotique 1992/1993 partie 2

    Cours de sémiotique 1992/1993 partie 2

    Michel Balat (…) 5/01/93

    Rappel sur les trois catégories : la priméité, la secondéité, la tiercéité.

    La priméité c’est tout ce que nous rencontrons de manière immédiate, au point que nous ne pouvons même pas parler de rencontre, mais d’une manière d’être là avec la chose même. Ensuite, la secondéité, je vous avais parlé d’une sorte de rencontre brutale, un peu comme un poing qui tape sur la table, qui correspond à la catégorie classique des existants, ou des singuliers. Et enfin, la troisième catégorie, celle de la tiercéité, qui est en somme celle du signe, c’est-à-dire, tout ce qui est là pour autre chose.

    Donc trois modes de rencontre du monde. Puis nous avons montré que ces catégories étaient hiérarchisées. La catégorie première se suffisait à elle-même, la catégorie seconde présupposait la première, à savoir que tous les objets de l’univers second doivent nécessairement posséder quelques éléments dans la catégorie première. La catégorie troisième présupposait les deux autres hiérarchiquement. Je vous avais montré comment nous pouvions appliquer cela au signe, en disant que nous rencontrons pleinement le signe, dans la tiercéité. Nous avons vu que dès que nous postulions une chose pareille, cela voulait dire que nous rencontrions le signe comme un interprétant, ce qui présupposait un objet et un représentement, qui était le premier du signe. D’où la définition.

    Le signe est une relation triadique entre un premier, le Représentement, un second, l’Objet du signe, et un troisième qui est l’Interprétant proprement dit.

  • Cours de sémiotique 1992/1993 partie 1

    Cours de sémiotique 1992/1993 partie 1

    Michel Balat 13/10/92

    Chaque année je me demande comment je vais aborder ce cours, car à la fois il faut que ce soit une nouvelle histoire et en même temps un corps de savoir, quelque chose que je vous enseigne, dont j’essaie de vous donner quelques termes.

    Alors un enseignement, qu’est-ce que c’est ? Si nous décomposons, c’est mettre dans les signes. Enseigner : mettre en signes. Mettre quoi en signes ? C’est une question délicate. Est-ce que c’est vous qu’il faut mettre en signes ? est-ce qu’il faut mettre les signes en vous ? Cela veut dire qu’en tous les cas nous pouvons repérer ces fameux signes. Cette année, ce sera quasiment une obsession, celle de savoir ce qu’est la nature des signes. S’il n’y avait que cela à étudier, ce serait trop pénible, et je ne me proposerais même pas de vous le faire. Mais il se trouve qu’au détour de ces questions, nous découvrirons des champs, des choses nouvelles, avec parfois quelque intérêt.

    Pour commencer, quelqu’un me demandait si c’était un cours de Sémiologie. Y a-t-il une différence à faire entre Sémiologie et Sémiotique ? Vous savez peut-être que, dans cet univers impitoyable, il y a la Sémantique, la Syntactique, la Pragmatique, autant de termes qu’il faudrait essayer d’ordonner en mettant en place quelques définitions.

  • Rhèmes d’amour

    Rhèmes d’amour

    Quelqu’un aime quelqu’un, une histoire d’amour, certes, mais une histoire de rhème, car tout cela peut varier. À l’infini ? C’est ce que nous nous proposons d’étudier. Nous supposons connue la base du maniement des graphes existentiels de C. S. Peirce. (Voir en annexe les éléments nécessaires).

    Nous voudrions montrer une des utilisations possibles de la théorie des icônes chez Peirce. Pour cela, nous prenons quelques graphes, dont, bien entendu, la compréhension suppose une dimension de symbole, mais dont le traitement, lui, ne nécessite que la fonction iconique. C’est-à-dire que, indépendamment de la signification qui peut être donnée au(x) graphe(s), nous pouvons les manipuler comme des images, disons plutôt, dans la classification de Peirce, des diagrammes. Nous allons voir que ces opérations vont permettre de trouver un certain nombre de résultats systématiques, en particulier de montrer que le nombre de propositions simples, du type grammatical « sujet-verbe-complément d’objet direct », que l’on peut obtenir par négation de parties de la proposition d’origine est de 448, et ceci quelle que soit la proposition en question. Peut-être certaines d’entre elles, à telle ou telle occasion, n’auront aucun sens, mais il s’agit là de possibilités de propositions. Par contre les propositions ainsi obtenues sont, formellement, toutes distinctes. Bien entendu il était hors de question de les expliciter toutes, aussi nous n’avons donné la formulation que de certaines d’entre elles, au hasard.

    Nous commençons par une étude préalable de propositions plus simples encore, à sujet et complément totalement indéfinis, et nous terminons par des propositions triadiques à sujets indéfinis, que nous traitons de la même façon.

    Documents joints

  • L’espace-temps du légisigne

    L’espace-temps du légisigne

    Recherches sémiotiques/Semiotics Inquiry (Revue de l’Association canadienne de sémiotique), vol. 9, n° 1/2/3, 1989, pp.171/178.

    Cet article a pour but d’amener et d’éclairer une notion qui ne nous semble pas avoir été jusqu’ici produite, du moins à l’aide des instruments que nous utilisons, à savoir, celle de la collection des légisignes ou signifiants conçue comme espace-temps. Pour ceci nous commencerons par reprendre les « lois des Faits » telle que C.S. Peirce les articule dans son article « La logique des mathématiques ». Cette notion de « logique des faits » nous paraît essentielle dans la mesure où c’est l’ensemble des rapports de la logique, de la métaphysique et de la physique qui est concerné par elle. Nous nous sommes efforcé de rester à la fois très près de la problématique peircienne et, en même temps, de l’exposer de manière « pédagogique » (très relativement comme il pourra rapidement être constaté). Dans la deuxième partie, nous énoncerons notre hypothèse et tenterons de l’étayer.

  • Le Manticien et l’interprète

    Le Manticien et l’interprète

    Actes du colloque Psypropos 1996

    Le travail dont il va être ici question a pour cadre une clinique de la région bordelaise, Château Rauzé près de Cénac, dirigée sur le plan médical par Le Dr Edwige Richer. Les soins sont donnés à des personnes ayant été, à la suite d’un traumatisme crânien, plongées dans le coma. Le séjour de ces blessés (c’est le nom qu’ils ont choisi de se donner) commence à l’éveil du coma et se conclut généralement au bout de 6 mois à 3 ans. Le jeune Nicolas dont nous allons parler traverse ce que l’on appelle la phase d’éveil et, plus particulièrement, la phase végétative. Il faut savoir que la sortie du coma ressemble souvent au coma proprement dit, si ce n’est que le blessé a ouvert les yeux, ce qui suffit pour le considérer comme éveillé. Toutefois l’état d’ensemble est souvent celui de quelqu’un sans réaction notable aux sollicitations de l’environnement, et c’est en cela que ce moment est appelé végétatif. Ce n’est pas non plus l’état végétatif, qui est supposé être un état constant, si toutefois un tel état existe, ce dont nous pouvons douter.

    Nous avons, depuis huit ans maintenant, conçu un travail complexe, extrêmement articulé, travail imprégné des conceptions de la psychothérapie institutionnelle. Les blessés vivent leur vie quotidienne dans l’établissement, souvent pour de longues durées, et nous avons tenté de déterminer en tenant compte des exigences particulières du soin à leur égard, les lieux, les temps et les concepts, largement indéfinis, où les hasards peuvent advenir qui ensemencent la vie institutionnelle.

  • Le myosotis et puis la rose…

    Le myosotis et puis la rose…

    J’avais prévu de parler de cette belle chanson, « Comme un p’tit coquelicot », qui date de 1951 ; Mouloudji l’a immortalisée, mais bon nombre de chanteurs l’avaient, dès cette époque, reprise. Les paroles en sont de Raymond Asso. C’était un des amours d’Edith Piaf ; il est, je crois, mort assassiné. L’histoire contée dans la chanson se termine d’ailleurs assez mal, le p’tit coquelicot, à la fin, est un « trou rouge au côté droit » :

    Y’avait trois goutt’s de sang

    Qui faisaient comm’un’fleur

    Comm’un p’tit coqu’licot, Mon âme !

    Un tout p’tit coqu’licot.

    C’est une façon d’introduire un petit peu mon… laïus ! J’imagine que c’est un jeu de mots ? L’AIHUS, Laïus : le père de celui qui l’a tué… bon ! Vous savez peut-être d’où vient l’expression : faire un laïus ? Je crois avoir su qu’elle datait du premier examen de Polytechnique, lors de la création de l’école. Les examinateurs ayant remarqué que Laïus, étant donné sa position dans les tragédies d’Oedipe n’avait guère la possibilité de faire valoir son point de vue, ont posé comme question aux étudiants : « Laïus parle, rapportez son discours ». Se non è vero… N’en sommes-nous pas toujours là, puisque, parlant, nous inventons la parole – pas le langage ! -, nous émergeons d’un vieux silence, comme le ferait Laïus. C’est le présent : Jacques Lacan ne faisait-il pas remarquer que « le présent, c’est quand je parle ».

  • La structure

    La structure

    Thérapie psychomotrice et Recherches, n°110, 1997.

    C’est une lourde tâche puisque c’est la première communication de ce colloque, d’autant qu’après le repas, au moment où les yeux se ferment tout seul, il est quand même un peu difficile de maintenir l’attention éveillée. Je vais m’y essayer. Après tout une partie de mon travail se passe dans les services d’éveil de coma ! j’ai peut-être acquis une technique ?

    Lorsqu’Eric van Doesburg m’a demandé de faire quelque chose sur la structure, de par ma formation de mathématicien, il me semblait qu’il fallait peut être commencer par la structure au sens mathématique. Finalement, d’où venait la notion de structure ? C’est un mot qui, hormis chez les mathématiciens qui sont gens fort précis, est souvent employé de manière contradictoire, cela se voit bien d’ailleurs dans la petite plaquette, l’argument de ce congrès, où l’on sent bien qu’il n’y a pas du tout une unification de l’utilisation du terme structure. Peut-être faudrait-il alors reprendre très rapidement l’histoire du terme, de manière à pouvoir préciser dans quelles utilisations il peut être plus utile voire recommandé que pour d’autres.

  • Muser, inscrire, interpréter

    Muser, inscrire, interpréter

    De la sensorialitéà la parole, Vernazobres-Grego eds., 1998

    Comment donner la réplique à Diderot ! Trouver des phrases à la hauteur des dialogues du Neveu de Rameau ! D’autant que l’intervention de Mme Choklair était très forte et nous rappelle que dans ces débats de congrès, il est parfois presque facile d’oublier qu’il y a un monde qui presse, avec les réalités politiques et sociales du moment, qui sont là, et qui, lorsqu’elles font éruption de manière aussi forte, sonnent presque comme un rappel à l’ordre, dévoilant notre aliénation et notre honte. Je ne peux m’empêcher de citer ici ce passage d’une chanson de Brassens :

    « Honte à cet effronté qui peut chanter pendant

    Que Rome brûle, ell’brûl’ tout l’temps. »

    En fait la question dont nous pourrions partir est celle posée par le titre même du colloque. « De la sensorialité à la parole ». Y a-t-il un chemin de la sensorialité à la parole ? S’il n’y a pas la parole, comment peut-on aller de la sensorialité à la parole ? Y a-t-il d’abord la sensorialité, amenant quelques phonèmes de ci de là, qui s’organisent à peu près entre eux, pour parvenir, au bout du compte, à cette magie extraordinaire qu’est la langue, mais si mal utilisé, si mal fichu pour rendre compte des phénomènes sensoriels, que la sensorialité nous paraît bien misérable pour avoir accouché d’un si faible produit.

    Documents joints

  • L’opération de Peirce-Sheffer et l’Inconscient

    L’opération de Peirce-Sheffer et l’Inconscient

    Cruzeiro Semiotico, N°13, 07/90

    Imaginons-nous maintenant dans un des marchés de Dakar, par exemple. La foule y est imposante, une impression de multitude s’en dégage. La couleur noire de la peau des chalands contribue à l’impression générale d’uniformité bariolée, de non-singularité, pour l’observateur à peau héliophobe. Pourtant, à y regarder de plus près, on s’aperçoit qu’il n’y a pas deux personnes qui portent des vêtements identiques. Etait-il nécessaire de se transporter à Dakar pour faire une telle constatation ?! Des traits vestimentaires permettent la comparaison dichotomique a posteriori : par couleur, genre de vêtement, type de col, etc. La saisie de la différence précède la rationalisation de celle-ci, mais cette rationalisation permet d’asseoir puis de développer cette abduction primaire : tous les vêtements sont différents. Le même trait par lequel sera saisie la distinction sera celui par lequel quelque ressemblance surgira. Mais est-ce bien le même trait dans les deux cas ? Tout d’abord – prenons par exemple le trait « chemise à col ouvert » – ce trait se donne comme une possibilité universelle et fait ainsi partie du « stock » universel de prédicats que nous avons à disposition. C’est un prédicat non-relatif (non relationnel) et, à cette étape, un simple « ton », le ton « chemise à col ouvert », saisi comme un tout, original. Bien entendu, un tel « ton » n’est saisi que parce qu’il est incorporé dans quelque chemise « obsistante », actuelle, contrairement à celle du roi nu du conte.

    Documents joints

  • Le vide et la logique du vague

    Le vide et la logique du vague

    Dires, Revue d’études psychanalytiques, « Le Vide », N°19, 1996

    Introduction

    On peut lire sur la plaquette du colloque que le samedi 8 juin entre 9 h et midi un certain “ M. Ballat ” parlera à propos de la logique du vague dans son rapport au vide. Or ce M. Ballat, avec ses deux ailes, m’est inconnu, quoiqu’il fasse peu de doute que ce soit une métonymie de mon nom propre. Notons que cela peut poser un problème administratif : les ordinateurs sont ainsi fait que deux noms distincts quant à leur graphie sont traités comme deux personnes étrangères. Ici, nous avons un « l » en plus : d’où sort-il ?

    D’une certaine manière cette graphie rééquilibre les choses, elle donne une idée de complétude fonctionnelle : avec deux ailes, on vole beaucoup mieux qu’avec une seule, ce qui fait irrésistiblement penser à cette parole de Freud, “ ce qu’on ne peut atteindre en volant, tentons de l’atteindre en boitant ”. Lorsqu’on a l’habitude de boiter, se trouver tout à coup pourvu de cette deuxième aile déséquilibre quelque peu. Si cette aile complète l’écriture du nom, c’est donc qu’aile y manquait. On entrevoit comment, d’une certaine manière, la catégorie du manque apparaît à partir d’une sorte de complétude que nous pourrions qualifier, à bon droit, d’imaginaire, à savoir le fait d’avoir, de disposer d’une représentation de ce nom qui, elle, serait complète, avec deux ailes parfaitement symétriques.

  • La traumatisé crânien et la faille du sujet (tentative de correction du séminaire, non aboutie)

    La traumatisé crânien et la faille du sujet (tentative de correction du séminaire, non aboutie)

    Exergue : Page 38 de LTI (Victor Klemperer)

    (…) combien de fois n’ai-je pas entendu le bruit des cartes à jouer qui claquaient sur la table et les conversations à voix haute au sujet des rations de viande et de tabac et sur le cinéma, tandis que le Führer ou l’un de ses paladins tenaient de prolixes discours, et après on lisait dans les journaux que le peuple tout entier les avait écoutés attentivement. Non, l’effet le plus puissant ne fut pas produit par des discours isolés, ni par des articles ou des tracts, ni par des affiches ou des drapeaux, il ne fut obtenu par rien de ce qu’on était forcé d’enregistrer par la pensée ou la perception. Le nazisme s’insinua dans la chair et le sang du grand nombre à travers des expressions isolées, des tournures, des formes syntaxiques qui s’imposaient à des millions d’exemplaires et qui furent adoptées de façon mécanique et inconsciente. On a coutume de prendre ce distique de Schiller, qui parle de la « langue cultivée qui poétise et pense à ta place », dans un sens purement esthétique et, pour ainsi dire, anodin. Un vers réussi, dans une « langue cultivée », ne prouve en rien la force poétique de celui qui l’a trouvé ; il n’est pas si difficile, dans une langue éminemment cultivée, de se donner l’air d’un poète et d’un penseur. Mais la langue ne se contente pas de poétiser et de penser à ma place, elle dirige aussi mes sentiments, elle régit tout mon être moral d’autant plus naturellement que je m’en remets inconsciemment à elle.

  • Sur la division du sujet

    Sur la division du sujet

    Introduction – S- Revue Européenne de sémiotique Vol.6 (3, 4) 1994

    Sujet barré, sujet divisé, division du sujet, autant de termes qui font partie de l’attirail conceptuel post-lacanien de la psychanalyse, au point d’en devenir une sorte de shibboleth, ce qui n’est guère propice aux questions sur le concept lui-même : on ne s’interroge pas en effet sur la validité d’un signe de reconnaissance.

    Musardant depuis plusieurs années sur les prés verts de la logique, il m’est souvent apparu qu’à l’occasion d’une réflexion concernant tel ou tel élément mis au-devant de l’attention sur les chemins inéluctables du procès sémiotique, un éclairage nouveau pouvait surgir à son propos, accentuant en traits fermes et précis le dessin qui le forge, organisant de façon inattendue les rapports de tels ou tels concepts. Notons que ces rencontres ne sauraient être dues à des motifs psychologiques, mais bien plus à ce que nous pourrions appeler une “tychologie”, mêlant ainsi ce que le hasard ne manque pas d’apporter à qui le sert, phénomène qu’il m’arrive parfois d’appeler “assumer l’abduction”.

    Il serait dès lors du plus haut intérêt de demander à quiconque reprend tel ou tel concept ou le crée, d’indiquer les conditions de l’expérience de laboratoire qui l’on amené à soutenir ce qu’il propose. Ce faisant, il s’agit, bien entendu, de procéder en négligeant certaines des conditions de l’expérience et en attirant l’attention sur d’autres, car l’exhaustivité n’est assurément pas de mise. Le seul guide en la matière devant être le sentiment intellectuel d’un lien vague, d’un noeud, entre ces conditions et les éléments étudiés.

    Documents joints

  • L’identité analytique

    L’identité analytique

    Semiotica N°79-1/2 (1990) pp. 197-205.

    Le président Schreber est entré dans l’histoire du mouvement psychanalytique par la grande porte, celle ouverte par Freud, qui consacre à ce grand paranoïaque un article fondateur, à plusieurs égards, de la théorie psychanalytique des psychoses (Freud, 1979 : 263-324). L’analyse de ce cas de Dementia paranoides fut faite à partir d’un document, les mémoires du Senatspräsident Daniel-Paul Schreber lui-même (Schreber, 1975). Depuis, cette étude est devenue le passage obligé pour toute élaboration psychanalytique sur la psychose.

    L’ouvrage que nous présentons ici est une nouvelle contribution à cette étude. Il se compose de trois parties, précédées par une courte introduction et suivies par quelques illustrations, une intéressante bibliographie des écrits sur Schreber, déjà publiée (Israëls, 1987), et un court index. L’ensemble, en sa majeure partie, met à la disposition du lecteur de langue anglaise, plusieurs articles sur le président Schreber ainsi que quelques écrits inédits du célèbre paranoïaque, recueillis par Israëls.

    Les noms de ceux qui ont été choisis par les rédacteurs pour figurer dans ce qui n’est pas une anthologie, garantissent largement la qualité de l’ouvrage : ils suffisent à le rendre parfaitement recommandable. Pourtant nous devons émettre quelques critiques de fond sur sa conception générale ou plutôt sur les conceptions des rédacteurs qu’il assume.

    Documents joints

  • L’inconscient et son sujet (Séminaire 1999/2000)

    L’inconscient et son sujet (Séminaire 1999/2000)

    Notes prises par le Dr Fabien Benghozi.

    On peut dire que Freud a découvert, ou plutôt « inventé », l’Inconscient. La différence entre découverte et invention se voit mieux quand on parle de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb : Il a « découvert » une terre qui existait déjà, dont il n’a fait qu’ôter la couverture qui la cachait, comme on découvre un objet ; du même coup il a découvert sur cette terre d’autres objets, les amérindiens… ce qui autorise une attitude d’objectification qui justifie les pires comportements. Tandis qu’en « inventant » l’Amérique, un lien est déjà créé : une invention n’est pas quelque chose de fixe, mais d’évolutif, qui se construit avec le temps ; dès lors ce lien aurait permis d’établir d’autres types de relation avec les autochtones.

    On a pu dire aussi que Freud a pris la « décision » de l’Inconscient !

    En réalité l’inconscient est quelque chose de facile à concevoir : il suffit d’évoquer le lapsus, lapsus involontaire, qui peut s’accompagner d’un rougissement, ce qui montre une certaine pertinence par rapport au discours et donc à la pensée ; le lapsus révèle ainsi des choses qu’on aurait préféré ne pas voir. Et Freud nous dit qu’il y a quelqu’un dans ma personne qui veut s’exprimer à ma place, quelqu’un toujours prêt à me déborder. C’est ce que l’on constate aussi dans les actes manqués : la chaussure qui, comme par hasard, va briser le vase de la belle-mère… comme s’il y avait à l’intérieur de moi quelqu’un d’autre singulièrement adroit, comme si cet autre, inconscient, avait une certaine connivence profonde avec mon corps !

  • Le transfert

    Le transfert

    …Opéra en un acte – Livret d’après Freud, Lacan et les autres… – Musique de Michel Balat – Institutions N°9, juin 1991 – Ouverture

    L’établissement d’un protocole de travail ne saurait naître simplement d’un savoir préalable : la surprise d’un hasard est indispensable pour assurer dans la réalité ce qui n’aurait été qu’un schéma théorique.

    En visite à l’Hôpital d’Orléans, dans le service de Christian Phéline (neurochirurgie), une surveillante me faisait remarquer que les ASH jouaient un rôle déterminant dans l’éveil des comateux. Telle d’entre elles, racontait-elle, lorsqu’elle faisait le ménage auprès d’un comateux, emplissait d’un gentil babillage l’espace de la chambre : « Alors, Mr Untel, comment ça va aujourd’hui ? Savez-vous qu’hier, Mme Unetelle a quitté le service ? Figurez-vous que… ». A ce gisant qui n’en pouvait mais, elle présentait une vie tissée de tous les jours simples, riches et banals, sur un ton dans lequel ne perçait – et pour cause – aucune intention soignante, un ton qui n’exigeait pas de réponse.

  • Des Barbares sans Barbarie

    Des Barbares sans Barbarie

    Psychiatrie et Barabarie : pour une clinique de l’humain, actes des 10èmes journées de Marseille 15/6-10-96, édité par l’Association Méditerranéenne de psychthérapie Institutionnelle

    C’est un petit peu difficile d’intervenir maintenant, c’est-à-dire après les exposés du début d’après-midi. Les discussions qui ont eu lieu, leur ton comme leur style, sont un obstacle à franchir pour pouvoir aborder les choses de manière, je n’ose pas dire détendue, mais au moins avec quelque latitude intellectuelle, ce que l’on entend habituellement par « pouvoir dire des conneries ».

    On voit bien que ce sujet est extrêmement ardu parce qu’il y a à la fois quelque chose qui est absolument évident, – la barbarie est quelque chose dont le sens a l’air d’aller de soi -, mais nous pressentons aussi, et c’est ce que Minard a dit tout à l’heure, que cela ne peut pas régler grand-chose. Nous pouvons dire que la barbarie est un état qui a l’air à peu près spécifié : en regardant dans le dictionnaire, nous voyons que ce n’est pas bien, il ne faut pas être dans la barbarie. Mais par contre, l’état de barbare, c’est une autre paire de manches. En sortant tout à l’heure dans le couloir, j’ai vu dans un « poster » de François Oury une phrase, « quand j’entends parler de pureté je flaire un cloaque ou un charnier ». La pureté c’est un truc qui marche dans tous les sens, la pureté cela peut être aussi celle des intentions, celle de la décision de placer la barbarie dans un certain comportement et pas dans un autre. Nous voyons la pureté comme étant l’inverse de la barbarie, moyennant quoi, et c’est ce que dit très bien ce petit bout de texte, est-ce que ce ne serait pas une autre forme de barbarie que de n’être pas barbare soi-même, pour parodier Pascal ? Bien. Là, je vous fais part de mon trouble le plus essentiel concernant la barbarie.

  • Notes sur l’apprentissage de la numération

    Notes sur l’apprentissage de la numération

    L’expérience quotidienne nous montre que les nombres de un à quatre n’impliquent, quant à leur utilisation, aucun « comptage ». La perception des ensembles de un, deux, trois ou quatre objets est globale : cela se vérifie dès l’accès de l’enfant à la notion de nombre ; c’est d’ailleurs sur le caractère immédiat de la perception de la qualité « nombre » de ces ensembles que va pouvoir se constituer la suite complète de ceux-ci. La discrimination de ces quatre qualités – et leur dissociation – est le premier objet de l’apprentissage mathématique à l’école maternelle.

    Cet apprentissage constitue les prémices, voire la prémisse, de l’accès à la notion : pourtant elle n’est pas encore formée ; c’est par un jeu de mises en relation que ces « qualités-nombres » vont pouvoir accéder à l’institution du concept. Parmi les relations qu’elles peuvent nouer, deux sont en général privilégiées dans l’enseignement : « même » et « plus grand (ou plus petit) ». Disons immédiatement que ces deux relations ne sont en fait que des appuis à la discrimination et à la dissociation. Certes il semble qu’une sorte de hiérarchie propre aux nombres s’instaure avec le second type de relation ; mais on peut voir qu’il s’agit simplement de l’instauration d’un système dégénéré de qualités, et non d’un véritable « saut » catégoriel.

    La relation la plus « primitive » entre, par exemple, le « deux » et le « un » est : il y a du « un » dans le « deux ». C’est un simple rapport de qualités, immédiatement perceptible. Là où le rapport n’est plus immédiat, c’est dans l’opération de comptage ; cette opération va nécessiter une sorte de « protocole expérimental ». Le passage de l’univers de la qualité à celui où se meut le nombre – l’univers du signe – enveloppe une expérience, à savoir : « la réunion de deux quelque chose à un quelque chose est trois quelque chose ». Bien entendu cette « expérience » ne prend son sens que d’être répétée. Donc, comme répétable, elle revêt un caractère de généralité. L’ensemble de qualité « trois » constitue la relation de celui de qualité « deux » à celui de qualité « un ».

    Documents joints

  • Journée avec… Danielle Roulot

    Le 25 Juin à L’Écoute du Port (66140-Canet-en-Roussillon)

    Journée avec… Danielle Roulot

    Après le succès de la première « journée avec… » où l’invité, et parrain de cette manifestation, était Pierre Delion, nous avons demandé à Danielle Roulot de venir nous parler du champ théorico-clinique qui est le sien : la prise en charge des personnes souffrant de psychose dans des établissements de soin.

    L’accueil se fera à l’Écoute du Port (Capitainerie) à Canet-en-Roussillon à partir de 9h.

    Le travail commencera à 10h, s’achèvera à 18h.

    Trois séquences sont prévues :

     matin 10h-12h30, présentation et première intervention de Danielle Roulot.

     après-midi 14h30-16h, projection du film et débat

     après-midi 16h30-18h, deuxième intervention.

    Voir la biographie de Danielle Roulot par Pierre Delion

    Portfolio

    D. Roulot à l’Écoute du Port

  • Feuille d’assertion, icônes logiques : nouvelle (?) vue sur l’inconscient-Ics

    Feuille d’assertion, icônes logiques : nouvelle (?) vue sur l’inconscient-Ics

    La méthode générale que nous avons l’habitude de suivre part de la considération que le dialogique est aux fondements de notre connaissance. C’est par la persuasion d’un autre ou de soi-même que l’on peut asseoir ses convictions, ses opinions. Qu’une école philosophique fonde ses articulations sur ce qu’elle pressent d’essentiel ne l’empêchera pas d’avoir à utiliser, tant dans l’expression de ses forgeries que dans l’articulation de ses concepts, ce qu’on appelle – dans le sens commun – la logique. Lorsque Freud expose dans l’“Esquisse pour une psychologie scientifique” une théorie du psychisme appuyée sur l’étude des circuits neuronaux, comment rendre compte du fait qu’en déplaçant le champ de sa découverte des neurones aux « processus associatifs » psychiques on y retrouve les principes fondateurs de la psychanalyse, si ce n’est en considérant qu’il s’agissait alors d’un développement logique nouveau saisissant vaguement (au sens de la logique du vague) son objet. Il est frappant de constater l’étendue du développement, de la création des idées en mathématiques ; or le mathématicien est le seul logicien véritablement obstiné. C’est d’ailleurs en référence à lui et inspiré par lui que nous suivons la méthode qui consiste à développer une trame logique à partir d’abductions, d’hypothèses suggérées par la situation vécue, puis de constater et recueillir les éléments qui se déposent, qui “floculent” le long de ce chemin. Ainsi, la logique n’est pas un but, mais, sous la forme dialectique qui est naturellement la sienne, une occasion de rencontrer des idées qui se présentent à nous sous une forme plus pure, plus claire que dans tout autre mode de rencontre. Sans doute est-ce là l’idée même de la dialectique chez Socrate : c’est dire que nous n’inventons rien !

  • Corps et inscription de la parole dans les institutions

    Corps et inscription de la parole dans les institutions

    Introduction

    La notion de corps est, comme on le sait, susceptible de recouvrir bien des réalités. Nous entendrons ici le corps comme « sémiotique », c’est-à-dire le corps-signe. Il y a longtemps que les logiciens utilisent une distinction fondamentale entre la proposition « type » et la proposition « token ». De quoi s’agit-il ? Enoncer une proposition est mettre en avant un symbole (la proposition-type) grâce à une marque perceptible (sonore, visuelle… ou autres) que nous avons l’habitude de nommer « tessère » (la proposition-token). Pour fixer les idées, représentons-nous un mot, « la » par exemple, qui est unique dans le dictionnaire, c’est alors un type, mais qui a plusieurs occurrences sur cette page, chacune étant une tessère du type. La production d’une tessère sera une opération d’écriture, celle du symbole afférent, du type, un opération d’inscription. L’inscription réclame donc logiquement une dimension matérielle de support d’écriture (orale, scripturale, gestuelle, etc.) et une dimension, en quelque sorte, légale d’inscription. Ce qui permet l’ensemble de ces fonctions sera désigné sous le nom de « feuille d’assertion » . Pour donner un petit exemple, être inscrit à l’université nécessite non seulement une mobilisation matérielle de divers secrétaires, lieux et formulaires, mais aussi un cadre légal qui rende cette inscription telle : l’ensemble constitue la feuille d’assertion En somme il ne suffit pas pour s’inscrire de mettre son nom sur un bout de papier et remiser celui-ci dans sa poche !

    Documents joints

  • Autour de la sémiose

    Autour de la sémiose

    Il y a bien des façons d’introduire la notion de sémiose chez Peirce. En suivant Gérard Deledalle , nous pourrions utilement distinguer celle-ci du signe-représentement, ou encore prendre les célèbres définitions de Peirce lui-même. Pourtant ce ne sont pas ces voies-là que je choisirai, sans doute parce qu’elles impliqueraient des compétences dans l’ordre philosophique dont je suis quelque peu dépourvu. Le but étant de livrer des réflexions autour du concept, nous laissons chacun à l’idée qu’il a pu s’en faire et nous nous en tiendrons à un certain impressionnisme, propre à permettre de faire sentir quelques ouvertures et, peut-être, de modifier, fût-ce imperceptiblement, certaines opinions préalables.

  • Essai de psychanalyse du « moins »

    Essai de psychanalyse du « moins »

    C’est dans la classe de CE1 (enfants de 7/8 ans) que la soustraction est enseignée pour la première fois. La présentation s’opère de la manière suivante. Inscrivant au tableau une « situation additive » du type : 8 + 3 = ?, l’enseignant fait remarquer que le «  ? » n’a de sens que si, comme c’est le cas, le premier nombre est plus grand que le second. L’inconnu est alors nommé : ce sera « la différence de 8 et de 3 ». Ceci est du langage, pas de la formalisation mathématique. Le passage à la formalisation va suivre comme ceci :

     L’équation (i) 8 + 3 = ? est inscrite au tableau,

     L’équation (ii) 8 + 3 = ? lui succède.

    Il est alors fait remarquer que si (i) est calculable directement, on sait faire la somme indiquée, il est par contre impossible de faire la somme 3 + ?! De plus la condition 8 > 3 s’impose. On ne retrouve pas dans ce système l’équilibre de l’addition.- Le signe « – » est alors présenté ainsi aux enfants : « Nous avions écrit la somme de huit et de trois, ‘8 + 3’, nous écrirons la différence de huit et de trois, ‘8 – 3’ ». On écrit alors au tableau : ? = 8 – 3, puis l’équivalence suivante :

    (E) 8 = 3 + ∆  8 – 3 = ∆

    Documents joints

  • Mémoire Michel Balat 1970

    Mémoire Michel Balat 1970

    La première partie est un rappel des fonctions sur les espaces homogènes (les notations employées sont celles de [2]) suivi d’une étude des champs d’éléments invariants sur un espace homogène.

    La deuxième partie est consacrée à l’étude de la catégorie des espaces homogènes réductifs : on y définit les sous objets, les objets quotient et utilisation est faite des notions étudiées précédemment.

    Dans la troisième partie, on définit les systèmes Triple de Lie à torsion (STLT) en construisant un foncteur T de la 1ère catégorie dans la 2ème, – qui est bijectif, – et on démontre l’équivalence de la catégorie des espaces homogènes réductifs simplement connexes à point base et de celles des S.T.L.T de dimension finie.

  • Album 2

    Album 2

    Portfolio

    Edwige Richer, France Jouanin, David Hubble

    Extrait de la salle

    Marie-Françoise Leroux et l’équipe de Landerneau

    Trois de l’IRSCE

    Francesca Caruana, Georges Perez, Jacques Lorieux

    Didier Petit, Sylvie Arbiol

    Violette Vicente, Jacques Lorieux

    Gérard Deledalle, Martine Trouilhas-Pascal

    Georges Perez, Sylvie Arbiol, Dominique Stievenard

    Pepe Garcia-Ibanez, J.Tosquellas, P.Collet, C.Darnaudet, H.Chaffai-Shahli

    Marie-Françoise Leroux et l’équipe de Landerneau

    Pierre Delion, Gerard Deledalle

  • Album 3

    Album 3

    Portfolio

    Francesca Caruana, Gérard Deledalle, Marie-Hélène Boucand

    Francesca Caruana, Gérard Deledalle

    Jean Oury, Pierre Delion, Maguy Montmayrand

    Vue de la salle

    Jean Oury, Pierre Delion, Maguy Montmayrand

    Moment de repos sur la terrasse

    Edwige Richer

    Vue de la salle

    Vue de la salle

    Pierre Delion

    George Perez et Marie Giné (équipe des « Romarins »)

    Pierre Delion, Edwige Richer

  • Freud

    Freud



  • Colloque « L’objet » en hommage à Gérard Deledalle

    Colloque « L’objet » en hommage à Gérard Deledalle

    Portfolio

    Gérard Deledalle, Joëlle Réthoré, Michel Balat

    André Detienne, Jean Fisette, Jean Oury, Danielle Roulot, Karl-Otto (…)

    Pascal Frissant, Danielle Roulot, Jean Oury

  • Album 4

    Album 4

    Portfolio

    Jean Oury, Gérard Deledalle, Danielle Roulot

    Jean Oury, Gérard Deledalle, Danielle Roulot

    Houria Chaffai-Sahli

    Pierre Delion, François Cohadon

    D. Stievenard, S. Arbiol, M. Montmayrand, J. Oury, G. deledalle

    Jean Oury

    Intervention de J. Oury depuis la salle

    Danielle Roulot et Gérard Deledalle

    Intervention de J. Oury depuis la salle

    Vue de la salle

    Gérard Daigueperse

    Quelques pionniers de Chateau-Rauzé

  • Album 6

    Album 6

    Portfolio

    Tony Jappy

    La photographe photographiée

    Vue de la salle

    Intervention de J. Oury depuis la salle

    T.Jappy, G.Daigueperse, J.Said, J.Tosquellas

    D.Hubble, P.Delion,M.Pantobe

    F.Caruana, J.Lorieux, D.Petit

    Joëlle Réthoré

    Didier Petit, Marie-René Legrand

  • Photos diverses

    Photos diverses

    Portfolio

    Freud et Anna

    Michel Balat, Gérard Deledalle, Franceesca Caruana

    Le groupe du mercredi

  • Album 5

    Album 5

    Portfolio

    F.Vincente, D.Petit, J.Lorieux, J.Garcia-Ibanez

    Marie-Ange Gambier, M.Lecarpantier, J.Said-Sananes

    Tony Jappy

    Vue de la salle

    Gérard Deledalle

    Gérard Deledalle

    Gérard Deledalle

    Gérard Deledalle

    Gérard Deledalle

    Gérard Deledalle

    Gérard Deledalle

    Gérard Deledalle

  • Canet, le 2004/12/13

    Canet, le 2004/12/13

    Canet, le 13 décembre 2004

    Je vous proposerais bien de faire un petit digest du trimestre, ça permettrait de mettre un peu de perspective. En rappelant que, disons, le thème principal était d’aborder la question du fantasme. Pour aborder la question du fantasme il faut prendre beaucoup de précautions, il faut faire des tas de boucles autour et je ne sais pas si on ira jusqu’au bout de l’histoire. Mais enfin il semblait que pour pouvoir aborder la question du fantasme il fallait sans doute commencer par remettre un petit peu en piste toutes ces questions concernant la réalité, le Réel, etc. C’est un petit peu ce qu’on a essayé de faire depuis le début du trimestre. Non pas au niveau de ce qu’on dit dans la langue courante, parce qu’on change pas de vocabulaire comme ça, ce n’est pas la question, mais qu’au moins au niveau de la conception on puisse avoir une idée un peu précise de ces questions-là, en s’aidant de la sémiotique de Peirce. D’ailleurs je dois vous dire que par chance je dispose actuellement d’une quantité importante de séminaires de Lacan qui sont bien faits, qui ne sont plus les séminaires épouvantables qu’on avait pendant toute une époque, ceux des éditions Schaman qui étaient parfois presque illisibles. Maintenant des gens se sont regroupés pour travailler sur les séminaires et les publient. Pour des raisons d’héritage, ils les publient uniquement pour les adhérents de leur association. Voilà. Alors comme je suis allé à Paris là, à l’invitation d’une des associations, j’ai pu faire une razzia sur les séminaires.

    Documents joints

  • Canet, le 2004/11/22

    Canet, le 2004/11/22

    Canet, le 2004/11/22

    J’ai eu quelques échos de la dernière fois… et on m’a dit, une nouvelle fois, que cette histoire du Réel n’était pas claire… Dieu soit loué ! parce que ce n’est quand même pas clair. Je me suis demandé si ça vous intéresserait qu’on reprenne un petit peu ça, ou bien on passe ?… On reprend un petit peu tout ça…

    Bon, je vous rappelle brièvement que ce à quoi on était arrivés c’était à des distinctions autour de trois termes qui sont trois termes clé : la réalité donc, le Réel et l’existence ; c’était eux sur lesquels on avait essayé de gamberger un petit peu. L’idée que j’avais essayé de développer, c’est que la réalité était quelque chose qui était toujours en voie de construction. Étant en voie de construction, ça signifie qu’il y a quelque… quelque chose qui est à construire, quelque objet… qui est à construire, et je faisais remarquer qu’en fait la réalité c’était ce qui était supposé dans la démarche scientifique : dans la « logique des sciences ». Il est supposé qu’il y a quelque chose comme la réalité pour pouvoir développer toute la démarche scientifique et, comme vous le savez, contrairement à ce qu’on dit habituellement, la démarche scientifique, la « logique des sciences » implique un temps premier qui est un temps fondamental, régulièrement oublié, ce qu’on appelle le « temps abductif » : c’est-à-dire celui où en quelque sorte surgit l’hypothèse. C’est intéressant sur tout un ensemble de registres, ce surgissement de l’hypothèse… Alors peut-être je pourrais en dire quelques mots là pour éclaircir ça parce que c’est quand même important pour la suite.

    Le surgissement de l’hypothèse de quoi s’agit-il ? Jusque à Peirce les idées sur la « logique des sciences », en tous les cas les idées les plus courantes, se présentaient comme une sorte de dialogue entre la déduction et l’induction. Vous avez du l’apprendre à l’école ça : l’induction, c’est ce qui va du particulier au général et la déduction c’est ce qui va du général au particulier.

    Bon, je vais pas vous démontrer ça parce que c’est pas le lieu mais l’induction a été soigneusement critiquée par Peirce qui, lui, dit « au fond, ce n’est pas du particulier que peut surgir le général ». En effet, vous pouvez contempler pendant des heures n’importe quel phénomène, eh bien vous n’allez pas pour autant avoir un général qui va surgir. De même, ce n’est pas parce que vous allez mettre des particuliers avec des particuliers, accumuler ls ‘expériences’, que vous allez fabriquer du général. Ce n’est pas à partir du particulier comme tel que le général se présente. Donc Peirce dit : « Voilà il faut distinguer deux choses, c’est-à-dire ce temps de production de l’hypothèse qu’essayait de recouvrir le ‘particulier au général’, et un deuxième temps, qui serait le temps d’induction proprement dit qui serait alors une induction sous forme de vérification », je vous en dirai deux mots.

    Documents joints

  • Canet, le 2004/11/15

    Canet, le 2004/11/15

    Canet, le 15 novembre 2004

    La dernière fois nous avions abordé un thème qui a été reçu de manières très diverses… Certains ont trouvé ça très clair, d’autres ont trouvé ça très obscur. Alors je ne sais pas si vous avez des réactions… C’était sur la réalité… nous avions tenté de parler de la réalité …

    Public : Moi ce qui m’avait frappée, c’était que la réalité est à la fois évident et précaire… enfin comme ça… En fait, c’est l’existence.

    M. B. : Ah ! bon… alors !

    Public : … pour les rapprocher, comme ça, rapidement…

    M. B. : C’est important de voir quel est le rapport entre la réalité et l’existence, toujours au sens de Peirce. Pour en donner une vision peircienne, voici ce que Peirce en dit à peu près, à partir d’un exemple (pour plus de précision voir Les fondements…). Il dit : « prenez deux graines absolument semblables, » nous dirions des clones aujourd’hui, « et plantez-les dans deux endroits, nécessairement différents. La future différence des plantes qui en sortiront est réelle. Quant aux plantes elles-mêmes, leur existence sera ce qu’elle sera. »

    Nous sommes partis d’une définition de la réalité à peu près reconnue par tout le monde, à savoir, « la réalité c’est ce qui est indépendant de ce que moi ou un quelconque nombre de personnes en pense ». Notez qu’il ne s’agit pas ici de rendre la réalité indépendante de la pensée, mais de pensées spécifiques. Puis, petit à petit, en cheminant, nous nous disons que, finalement, tous les modes d’être dont j’ai déjà parlé au début de l’année : la priméité, la secondéité, la tiercéité, sont réels… réels au sens de réalité… parfois je dirais réel au sens du réel de Lacan, alors, à ce moment-là, je dirais le Réel, sinon, quand je dirais réel comme adjectif, c’est l’adjectif qui correspond à la réalité.

    F. C. : Tu pourrais préciser la différence que tu fais ?

    M. B. : Oui bien sûr, je vais essayer d’en parler aujourd’hui. Nous avons vu que les trois catégories étaient réelles ; la ‘préscission’ nous montre que que ces trois catégories sont hiérarchisées. Vous vous souvenez : pas de secondéité sans priméité, pas de tiercéité sans secondéité et priméité ; autrement dit, puisque elles sont hiérarchisées, ça signifie que la clé de ces trois catégories est quand même la catégorie troisième, en ceci que si elle est réelle, les deux autres le sont ipso facto. La tiercéité mobilise les deux autres. Parce qu’au bout du compte, la priméité, je vous ai déjà dit qu’on ne la perçoit pas comme telle… ce qui ne l’empêche pas d’être réelle aussi. Idem pour la secondéité : la secondéité, on ne la rencontre pas comme telle, sauf peut-être dans certaines ‘expériences’, dont on parlera… La tiercéité, par contre, elle, est une catégorie dans laquelle on se meut tout le temps, et qui est susceptible d’être auto-réflexive, puisqu’on peut penser la tiercéité. Je disais alors, est-ce qu’au bout du compte, la réalité ne serait pas simplement le mode d’être fondamental de la tiercéité, sa priméité, au sens où la tiercéité, c’est, quand même, quelque chose qui est le déploiement de la sémiose.

    Je vois bien… vous commencez déjà à avoir le cafard, je le vois dans vos yeux… « ah ! de nouveau on est repartis là-dedans »… bon… Il n’empêche. On peut sans doute dire les choses autrement qu’avec des gros mots comme ça, mais enfin, si vous voulez, les gros mots sont quand même pratiques parfois, ça sert parce qu’on peut donner des définitions, enfin ça donne un cadre pour penser. (…)